vendredi 29 septembre 2023

Comprendre la stratégie hongroise. Le livre de Balázs Orbán publié en français

 

Ce texte est la préface de l’édition française de Comprendre la stratégie hongroise, The Hungarian Way of Strategy de Balázs Orbán, qui est sorti le 28 septembre grâce à la collaboration de l’éditeur La Nouvelle Librairie. Une préface signée Thibaud Gibelin que nous vous proposons de découvrir ci-dessous.

Au printemps 2010, en Hongrie, une coalition de droite a remporté une victoire massive aux élections législatives. S’agissait-il d’un simple épisode électoral en marge de l’Occident dépolitisé ? Certainement pas. Il s’agit d’un changement d’époque pour la Hongrie et de l’affirmation, depuis le centre de l’Europe, d’une nouvelle pensée politique de dimension continentale.

Le Fidesz et ses alliés obtiennent une majorité des deux tiers au Parlement, ce qui permet l’adoption, l’année suivante, d’une nouvelle constitution, pierre angulaire de l’État post-libéral qui reste à nommer. Pour Viktor Orbán, président du Fidesz et leader du camp national-conservateur, c’est une revanche éclatante. Premier ministre de 1998 à 2002, il a révisé son projet politique pendant huit ans sur les bancs de l’opposition. Il n’est plus le jeune dissident anticommuniste ou le néophyte des années 1990, mais un chef d’Etat doté d’une vision politique mûre et d’une stratégie forgée par l’étude et l’expérience.

Depuis 2022, le Fidesz a effectué son quatrième mandat consécutif avec une majorité constitutionnelle des deux tiers au Parlement. Ces succès électoraux répétés en font l’expression démocratique de la Hongrie contemporaine et ouvrent la voie à une alternative au modèle libéral en crise. Au fil des ans, la Hongrie a donné l’exemple d’un développement national en rupture avec les normes européennes actuelles. Le droit est un complément de la souveraineté politique. Le développement économique du pays élargit la marge de manœuvre des autorités étatiques. L’identité nationale est célébrée avec enthousiasme et méthode dans le cadre de la civilisation européenne. La famille traditionnelle est protégée. Et pourtant, la Hongrie est membre de l’Union européenne (UE), avec une multitude d’engagements internationaux qui pèsent sur elle. Quels sont les secrets de la stratégie hongroise ? Le livre de Balázs Orbán (sans lien de parenté avec Viktor Orbán), La stratégie à la hongroise, les révèle.

Balázs Orbán n’est pas seulement un connaisseur de la politique hongroise. À 37 ans, il est une étoile montante de la politique hongroise et s’est imposé comme l’un des plus proches conseillers du Premier ministre. Juriste et politologue de formation, Balázs Orbán a travaillé au ministère de la justice en 2012 et au Mathias Corvinus Collegium (MCC) à partir de 2015 avant de devenir président de son conseil d’administration en 2020. Depuis 2018, Balázs Orbán joue un rôle au sein de l’exécutif et, depuis août 2021, il est le directeur politique du Premier ministre, une tâche de coordination au sommet de la chaîne décisionnelle.

Après avoir été traduit du hongrois à l’anglais, The Hungarian Way of Strategy est aujourd’hui publié en français. Que peut-il apporter au lecteur français ? L’objet de cette préface est de l’évaluer.

Une différence de taille considérable rend délicate une comparaison stricte entre les stratégies politiques de la Hongrie et de la France. D’un côté, un pays tronqué et enclavé dans le bassin des Carpates ; de l’autre, la position exceptionnelle de l’hexagone et une présence sur les cinq continents. La France métropolitaine est six fois plus grande et sept fois plus peuplée que la Hongrie. L’écart est encore plus grand en termes économiques, le PIB nominal de la France en 2022 étant 17 fois supérieur à celui de la Hongrie (seulement 1,33 fois supérieur par habitant en parité de pouvoir d’achat). Cet écart quantitatif cache des différences profondes dans la structure de l’économie et de la société, ainsi que dans les principales représentations qui façonnent l’imaginaire des deux peuples. Comprendre la relation propice entre la France et la Hongrie nécessite un regard neuf sur le passé et sur les immenses périls de notre futur proche.

La métaphore de la respiration permet de mettre en évidence des analogies évidentes entre les deux pays. Des organismes différents sont soumis au même air ambiant. Le défi commun d’une stratégie politique est de respirer dans une époque étouffante et sous une pression internationale écrasante. La France et la Hongrie sont prises dans les mêmes circonstances. La stratégie hongroise révèle les mystères d’un métabolisme identitaire capable d’oxygéner le peuple malgré une atmosphère viciée.

Il existe une convergence indéniable entre Paris et Budapest depuis la fin de la guerre froide et l’intégration de l’Europe centrale dans le bloc atlantique. La Hongrie a adhéré à l’UE en 2004 et a retrouvé, de manière inédite, l’orientation occidentale traditionnelle dont elle avait été exclue par la conférence de Yalta en 1945. Surtout, l’UE a établi une sorte d’unité continentale par le biais de ses institutions et d’un espace économique intégré. Un mollusque commercial insipide a remplacé l’Europe nationaliste de la première moitié du XXe siècle et la domination commune américano-soviétique de la seconde moitié.

Dans ce contexte, chaque nation risque de se dissoudre dans un modèle post-national d’inspiration américaine à vocation mondialiste. Les nations européennes prennent exemple sur leurs métropoles et s’américanisent : un pays se définit comme une terre d’immigration permanente, un peuple autochtone n’a de valeur que folklorique ou transitoire, la société n’existe que par l’individu guidé par son propre intérêt, le sens de l’histoire s’identifie à un développement économique sans fin ni répit.

Des vies parallèles

Si la France et la Hongrie partagent une même civilisation européenne, elles n’évoluent pas dans la même temporalité. La France ignore souvent sa grandeur telle que l’Europe centrale la perçoit encore : La France est la “grande nation”. Elle a été à la genèse du monde médiéval puis à l’avant-garde des développements modernes. Elle ne cesse de s’affirmer, mais aussi de se dépasser. Plus que toute autre nation, la France écrit l’histoire. La royauté franque fonde la chrétienté occidentale et déplace le centre de gravité de l’Europe du sud vers le nord. Un demi-millénaire après Clovis, les Hongrois établissent leur pays en tant que royaume au sein de l’ordre catholique romain. Ils rejoignent ce que les Francs ont fondé : L’Europe.

À partir de la Renaissance, l’identité nationale s’affirme en même temps que l’unité confessionnelle de l’Occident se désagrège. Parmi les langues vernaculaires, la langue de Paris devient l’idiome classique, remplaçant le latin. Au XVIIIe siècle, les bouleversements intellectuels qui secouent la conscience européenne trouvent en France leur expression la plus aboutie. Enfin, avec la Révolution de 1789, la France défait ce qu’elle avait commencé avec le baptême de Clovis : la légitimité du pouvoir ne vient plus du ciel mais du peuple. Là encore, la France est à l’origine d’un changement de paradigme pour toute l’Europe. Cet immense prestige rend le déclin français d’autant plus spectaculaire. Le principal paradoxe réside dans l’ascension et la chute conjuguées du peuple. Après avoir sacré vingt-cinq millions de sujets comme peuple souverain, la France s’est projetée à l’extérieur, se faisant la championne de droits universels qui n’avaient plus grand-chose à voir avec la communauté historique que les rois avaient rassemblée au fil des siècles. À l’universalité de la langue française répond l’universalité de la personne française.

En Hongrie, en revanche, la peur de disparaître et la conscience d’un fort particularisme entretiennent une identité nationale moins perméable aux sortilèges de l’universalisme. Le Royaume de Hongrie entre dans l’ordre européen vers l’an 1000 et s’impose rapidement comme une puissance majeure de la chrétienté. Il poursuit son effort d’affirmation lorsque la France est secouée par la guerre de Cent Ans. Dans la seconde moitié du XVe siècle, le règne de Matthias Corvinus peut être comparé à celui de Philippe le Bel en France, un siècle et demi plus tôt. Même affirmation du pouvoir royal, même point d’équilibre dans la société d’ordre, même apogée fragile. Mais en 1526, la défaite de Mohács face à l’Empire ottoman brise la Hongrie : elle n’est plus une grande puissance et partage le sort d’autres nations vulnérables d’Europe centrale. Cependant, les Magyars ont réussi à repousser l’absolutisme autrichien, la principale menace après l’expulsion des Turcs à la fin du XVIIe siècle. La noblesse hongroise a défendu ses libertés nationales avec ses privilèges et a obtenu une large autonomie dans le cadre du compromis austro-hongrois établi en 1867. Après le somptueux demi-siècle de la Double Monarchie, la Hongrie a connu la défaite dans les deux guerres mondiales du XXe siècle, le dépeçage de son territoire par le traité de Trianon et le communisme pendant la guerre froide.

Depuis mille ans, la langue hongroise exprime l’originalité d’une culture et la permanence d’une nation. En même temps qu’ils apprivoisaient les héritages grec, romain et chrétien, les Hongrois ont introduit la spécificité magyare dans la civilisation européenne. Plus que tout autre pays, la Hongrie conjugue l’appartenance à l’Europe et le maintien de sa spécificité. Il y a allégeance et résistance, à la fois absorption d’éléments européens et résorption de ces éléments voisins et apparentés par le génie national créatif et persistant. La capacité à “magyariser” l’Europe est autant une manière de proposer une solution locale qu’un exercice de responsabilité et de liberté collectives, une manière de créer une nation, de créer l’Europe, au sens le plus élogieux et le plus précis du terme.

Loin d’abdiquer son destin national au cours des cinq derniers siècles, la Hongrie l’a forgé à travers les revers et les périodes d’accalmie. À la fin de la guerre froide, lorsque le communisme et la domination russe se sont évanouis d’un même mouvement, une opportunité historique s’est présentée aux pays du glacis soviétique disloqué. Un kairos que le jeune Viktor Orbán a immédiatement saisi en appelant au départ de l’Armée rouge le 16 juin 1989.

Donner le rythme

La condition sine qua non d’une renaissance nationale a été de saisir le sens du tournant historique de 1990. En effet, l’ordre politique qui se développe actuellement en Hongrie repose avant tout sur un phénomène générationnel. Les jeunes sont non seulement libérés du joug communiste mais aussi libres de saisir leur chance et d’orienter le cours de l’histoire nationale. Rien n’a été gagné pendant les vingt années d’interrègne. À ses débuts, le Fidesz avait une tendance libérale et était opposé au communisme. Toutefois, en 1993, Viktor Orbán a forcé son parti à prendre un virage national-conservateur, ce qui lui a fait perdre de nombreux partisans. L’expression dominante de la jeunesse postcommuniste se trouve chez les libéraux du SZDSZ (Alliance des démocrates libres). Ils choisissent de s’allier aux socialistes, héritiers du parti communiste, et entrent au gouvernement en 1994. À l’époque, l’histoire nationale semble s’accommoder de l’héritage communiste et s’imprégner du mondialisme occidental. La coalition de droite dirigée par Viktor Orbán, qui a remporté les élections de 1998, était d’un avis contraire. Le premier ministre, âgé de 35 ans, manquait de ressources, d’expérience et de radicalité. Il perd le pouvoir quatre ans plus tard sans avoir modifié de manière significative la trajectoire du pays. L’incurie des gouvernements libéraux-socialistes et la situation internationale difficile ont conduit au raz-de-marée de 2010. Ce n’est pas seulement le gouvernement sortant qui a été battu, mais tout ce qu’il représentait.

L’esprit national a perduré à travers l’hostilité au système communiste, et le Fidesz s’est imposé comme la grande force nationale qui résiste au rouleau compresseur étranger. Comme une graine enfouie dans le sol, le refus obstiné de plusieurs générations a permis au peuple de se réapproprier son histoire. L’élite conservatrice s’approprie le récit national et s’impose comme une nécessité légitime. Elle se considère comme la génération du redressement, destinée à fonder un nouveau siècle ; à elle de s’imposer au nom de mille ans d’histoire hongroise.

Le souffle des peuples

Observateur lucide d’une Europe en sommeil, Dominique Venner notait dès 1990 ce que l’effondrement du bloc de l’Est rendait possible. Les mots de cet historien méditatif, extraits de ses Carnets rebelles, méritent d’être cités :

Le grand mouvement qui explose en Europe de l’Est n’est pas, comme les socialistes occidentaux feignent de le croire, une aspiration à une sorte de social-démocratie qui se substituerait au communisme. Il s’agit d’un mouvement de fond, d’une sorte de révolution nationale-conservatrice. Le soulèvement populaire qui se développe signifie autre chose, qui n’est pas non plus une “victoire du libéralisme”, comme d’autres voudraient le voir. C’est un mouvement qui combine le rejet du mensonge socialiste, la revendication fondamentale de l’identité nationale, le réveil des cultures, le sentiment religieux. Le mouvement qui émerge et qui n’a pas encore de nom rejette à la fois le libéralisme et le socialisme. Il s’agit d’un retour aux sources des peuples. Ce n’est pas de l’Occident que viendra l’aide au grand soulèvement national partisan de la liberté, mais de ce soulèvement lui-même, et c’est ce soulèvement qui aidera peut-être l’Occident à se libérer de ses propres mensonges et de ses propres servitudes.

Encore une fois, c’est une question de souffle. Les rapports de force s’apparentent à des vents contraires dans le tumulte de l’histoire. Le vent dominant ne souffle pas seul ; s’il faiblit, un autre prend le relais. Depuis que la tempête communiste venue de Moscou s’est calmée, la lutte se joue entre le vent occidental libéral-socialiste et un vent local qualifié de national-conservateur. En Hongrie, le Fidesz assure le déploiement de ce second potentiel.

Non pas que la réalité se réduise au noir et blanc. Cette simplification s’applique au débat partisan et découle, politiquement, de la nécessaire distinction entre amis et ennemis. Car la réalité a le foisonnement de la vie, pas le manichéisme des militants. L’art de la politique consiste donc à ordonner le réel et non à le diviser. La capacité à réconcilier est le mérite supérieur de la politique. La concorde n’est pas un effet d’apesanteur mais un équilibre patiemment atteint ; le chef-d’œuvre paraît facile parce que l’artiste a fait l’effort prodigieux de surmonter les difficultés de son art.

La pensée politique hongroise consiste donc à “faire peuple” chaque jour, au milieu des tendances antagonistes inhérentes à la vie collective. Un tel travail exige bien plus qu’un simple doigté de circonstance. Aujourd’hui, un parti au pouvoir donne généralement une coloration simple à l’actualité ; il est le reflet biaisé de la majorité indécise et subit l’ascendant de l’économie et de l’hégémonie internationale. Une nouvelle législation imprime lentement ses conséquences, qui peuvent souvent être annulées par d’autres lois, mais un nouvel ordre constitutionnel garantit des tendances plus durables. Ainsi, finalement, les institutions ont le privilège de structurer la société et, au contact prolongé de ce relief, le peuple adopte certains traits qui survivent aux générations. Le paysage des institutions et des traditions, patiemment sédimenté, imprègne le pays d’un caractère propre. C’est à ce niveau que l’élite hongroise déploie sa stratégie, au-delà des questions électorales ou administratives, et ce niveau de vision n’a pas d’équivalent parmi les nations européennes.

Viktor Orbán joue le rôle de catalyseur et d’interprète du génie national hongrois. Il est tout le contraire d’un pouvoir infligé au peuple et séparé de lui. À l’opposé de tout idéalisme militant, Viktor Orbán incarne la centralité, un certain “mainstream fonctionnel”, et se fait l’écho de la majorité dans tout ce qui est politiquement viable.

Le mandat actuel, qui a débuté en 2022, garantit au Fidesz le pouvoir jusqu’en 2026 ; Viktor Orbán entend maintenir le cap jusqu’en 2030 et travaille à la construction d’un ordre durable. Cela fait maintenant treize ans qu’il est au pouvoir depuis l’alternance de 2010. La période écoulée est déjà une ère. Elle dépasse la décennie gaulliste (1958-1969) où les bases d’un pouvoir français fonctionnel ont été mises en place pour plusieurs décennies. Seize ans jusqu’en 2026, c’est une période plus longue que les restaurations tentées sans succès par Louis XVIII et Charles X. C’est aussi plus long que la première période de la Révolution française et plus long que les Première, Deuxième et Quatrième Républiques.

L’inspiration hongroise

Le peuple d’Árpád est celui qui a le plus fort sentiment de continuité essentielle, et Balázs Orbán esquisse une stratégie pour l’assurer aujourd’hui. Cet ouvrage a suscité l’intérêt de l’Institut Iliade pour la longue mémoire européenne, qui a permis sa publication en français en collaboration avec La Nouvelle Librairie.

Notre pays peut ajuster sa ligne de mire et sa boussole aux réalisations d’un pouvoir actuel en Europe. A tout le moins, nous pouvons prendre la Hongrie comme témoin, comme étalon, comme cas pratique de ce qui peut être réalisé aujourd’hui.

Il y a certainement une école de persévérance et de lucidité en Hongrie. Pourtant, dans la confusion qui règne en France, beaucoup d’hommes de bonne volonté s’interrogent sur ce à quoi ils doivent rester fidèles et sur ce qu’ils doivent être prêts à perdre. La “grande nation” s’est tellement érodée qu’il ne reste plus grand-chose à quoi se raccrocher. A ce moment critique de l’histoire de France, l’avenir national nécessite des archétypes plus fondamentaux et des perspectives plus nouvelles que les références mobilisées par le gouvernement hongrois.

Le cas magyar nous enseigne que l’avenir n’est pas condamné tant qu’un peuple défini comme une communauté ethnoculturelle organisée survit, même sans État, même malgré ou contre l’État. C’est au niveau de ce qu’est un peuple que la France peut, à la lumière du cas hongrois, découvrir en elle une force dormante qu’il lui appartient de faire revivre, un nouveau vent dominant à opposer au vent dominant de plusieurs décennies. La France a besoin de retrouver le sens de l’unité organique.

Avec les Hongrois, nous pouvons renouer avec une puissante simplicité. Leur identité est mobilisatrice, la nôtre est souvent incapacitante. Ils savent être directs et immédiats ; nous sommes submergés par la médiation. Ils savent nommer le danger et l’ennemi pour agir ; nous sommes dominés et divisés par les mots. Dans un cycle d’entropie, les atouts de la puissance française deviennent une caricature de ce qu’ils étaient, et les éléments qui devaient unir s’annulent. Une querelle s’est alors engagée entre les tenants de l’identité et ceux de la souveraineté. D’une manière générale, l’identité renvoie au “nous” et la souveraineté au “décider”. Séparément, ces termes sont impuissants. Il faut les combiner pour obtenir le “nous décidons”.

Les Français peuvent aussi apprendre des Hongrois qu’une minorité organisée doit être prête à reprendre l’ascendant à l’occasion d’un événement historique ou à construire un consensus majoritaire retentissant et à libérer l’énergie vitale du peuple. Enfin, un homme doit être la figure de ce moment. Aucun peuple ne peut se passer d’une élite et d’un leader. En définitive, la régénération politique passe par une figure royale qui la personnifie et l’atteste pour la communauté politique elle-même.

Thibaud Gibelin

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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Sur l’Inquisition et la chasse aux sorcières

 

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Ciril Valant, un journaliste slovène qui travaille pour une chaîne catholique, m’a demandé de participer à rétablir certaines vérités historiques. Je me suis prêtée au jeu de ses questions avec plaisir, la vérité semblant aussi difficile à faire connaître de ce côté de l’Europe que chez nous.
La partie en français commence à 1’38’’.
J’y parle de la révolution, de la chasse aux sorcières et de divers mensonges que j’ai rencontrés et que je m’efforce de dénoncer.

2’48 : ce qu’est la République.
8’12 : l’Inquisition et la chasse aux sorcières, guerres de religion, Norman Cohn, Lamothe-Langon, Tortures de l’Inquisition. Diffamation de l’Église, Wikipédia et la censure.
18’09 l’Église et la torture. Perte de la foi et peur du diable. René Girard et le bouc émissaire. Les sorciers sont jugés par des laïcs et pas par l’Église. Ni chasse ni sorcières. Plus de sorciers que de sorcières. Prêtre brûlé à Loudun.
30’ : psychose collective qui fait brûler des villages entiers. Louis XIV et Colbert. Interdiction en France de la chasse aux sorcières. Chiffres mirobolants et fous.
33’ Sorcellerie et Nouveau monde. Naissance de l’humanisme chrétien. Las Casas. Jésuites et Guaranis. Mensonges contre les jésuites.
36’ : génocide et extermination de femmes savantes, encore un mensonge. Inventions féministes. L’Église s’est mal défendue. Le roi absolu interdit les procès absolument.


http://marionsigaut.com/2020/10/01/sur-linquisition-et-la-chasse-aux-sorcieres/

Le temps des guerres écologiques

 

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Georges Feltin-Tracol

La chronique n°51 du 15 novembre 2022 intitulée « Vers la poliorcétique des cyborgs » recensait l’ouvrage collectif de Red Team, ce projet du ministère français des Armées qui réunit illustrateurs, auteurs de science-fiction, ingénieurs et militaires de carrière afin de réfléchir aux prochains conflits.

Toujours intitulé Ces guerres qui nous attendent 2030 – 2060. Saison 2 (éditions des Équateurs/PSL – Université Paris Sciences et Lettres, 2023, 210 p., 22 €), un nouvel ouvrage est paru sous la même signature qui rassemble Virginie Tournay, Laurent Genefort, Romain Lucazeau, Capitaine Numericus, François Schuiten et Saran Diakité Kaba avec une préface commune d’Alain Fuchs et de Cédric Denis-Rémis. Mais, à la différence du premier, on trouve aussi de courtes contributions de plusieurs spécialistes et un avant-propos des animateurs de ce programme, Nicolas Minvielle et Olivier Wathelet.

Ainsi apprend-on l’existence d’une Blue Team, un groupe de « militaires de différents corps » qui examine la véracité et la pertinence des hypothèses émises par Red Team. Il paraît évident que « l’initiative du collectif Red Team Défense, par sa dimension inédite et son engagement citoyen, est un nouvel outil d’anticipation qui contribue à l’orientation des efforts d’innovation et de défense ». Tout aussi ambitieux que le premier, ce nouveau livre explore deux facettes inattendues de la confrontation inter-étatique.

Le premier scénario part d’une uchronie un peu bancale. Dans ce monde perdure la Horde d’Or d’origine mongole qui contrôle les khanats de Königsberg et de Minsk et qui vient de s’emparer de la Ruthénie de Khief. Elle doit composer, à l’Est de l’Eurasie, avec l’Empire han et, à l’Ouest, avec la Ligue hanséatique qui regroupe entre autres la Francie occidentale, la Bretagne et la Bourgogne… La Horde et la Ligue traversent une ère de guerre froide. Or émerge « une cinquième révolution industrielle marquée par les biotechnologies ». Ces avancées techno-scientifiques concernent la « bio-ingénierie » et le travail sur l’ADN chez soi en utilisant un matériel perfectionné au coût assez faible. Au risque que l’homme perde toute maîtrise sur le vivant, il devient bientôt possible de fabriquer des chimères issues de manipulations génétiques audacieuses. À l’intersection de l’agronomie et de l’industrie militaire surgissent alors des armes nouvelles qui ne sont plus biologiques, mais « écosystémiques, c’est-à-dire capables de modifier un écosystème entier pour le rendre plus favorable à un camp dans un conflit ». Par exemple, la « surveillance basée sur des capteurs de mouvement constitués de filaments de mycélium ». L’historien militaire Michel Goya conclut que « la “ weaponization “ du vivant peut se jouer à la fois dans le microscopique, avec des virus et de l’ADN, et dans la macroscopique, avec des organismes animaux et végétaux ».

Le second scénario s’intéresse au déroulement d’une opération extérieure soumise aux contraintes de la sobriété énergétique et au respect absolu des réserves naturelles riches en biodiversité. En raison de la « décarbonation progressive de tous les systèmes militaires à tous les niveaux », les engins militaires roulent désormais au moteur électrique. Dans le même temps, « la carrière de chaque membre est indexée sur sa note énergétique ». Or les combattants portent une combinaison à camouflage actif et une série d’appareils très énergivores (casques à vision nocturne avec intelligence artificielle intégrée, sac de combat modulaire de 100 litres, chaussures de combat « intelligentes », etc.). Chaque soldat emploie en outre des drones-éclaireurs et des drones-batteries afin de réussir la mission.

La rareté des sources énergétiques disponibles oblige l’état-major à considérer un nouveau cadre opérationnel, surtout si « chaque opération est indexée sur un budget énergétique ». Dans ces conditions restrictives, « les armées se sont dotées de centrales électriques mobiles (flottantes ou terrestres) où les unités peuvent recharger leurs batteries ». Tant pour le port des tenues de combat que pour l’alimentation en énergie des troupes, le design prend dès lors une valeur cruciale. Qui aurait pensé que « le design, explique Édith Buser, directrice adjointe de la recherche de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, est mobilisé sur des projets impliquant les sciences cognitives, l’IA, la chimie, la biologie, la médecine, la soft robotique mais aussi l’économie, le management, la sociologie, l’anthropologie ainsi que d’autres champs artistiques » ? Elle ajoute aussitôt que « chercheurs et doctorants sont impliqués dans des projets de recherche liés à la santé et au soin, au textile, à l’architecture, ou encore à la data visualisation de grandes masses de données ».

Ces supputations n’empêchent pas « le brouillard de la guerre » de perdurer, voire de s’épaissir, car l’application de la sobriété énergétique dépend en premier lieu de la volonté politique. On pourrait en effet croire que ce deuxième ouvrage contredit le premier qui met en avant les missiles hypervéloces et les forteresses à grand besoin d’énergie. La contradiction n’est qu’apparente. En fonction du déroulement des combats peuvent se succéder des phases d’intenses consommations énergétiques et d’autres à très basse consommation. L’art de la guerre prend vraiment des voies singulières.

Salutations flibustières !

« Vigie d’un monde en ébullition », n°85, mise en ligne le 26 septembre 2023 sur Radio Méridien Zéro.

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2023/09/28/le-temps-des-guerres-ecologiques-6463510.html

Le nouveau Passé-Présent : Histoire de l'Humanité et Histoire du climat

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L’été 2023 fut particulièrement chaud sur la planète, personne ne peut le nier et la presse alarmiste s’en est donné à cœur joie : "la plus grande sécheresse que le pays ait connu", "des incendies sans précédent", "des records de température jamais atteints", "la fonte des glaciers a un niveau inédit" a-t-on pu lire ici ou là, à la une de nos journaux tandis que Marion Cotillard et Guillaume Canet appellent à "sauver la planète"…. Mais justement cette planète a-t-elle vraiment besoin de nous ? Nous, pauvres petits homo sapiens, qui l’occupons depuis 250 000/300 000 ans environ, une virgule, une poussière à l’échelle de l’histoire terrestre.

Depuis le paléolithique jusqu’à nos jours, l’homme s’est trouvé face à des changements climatiques majeurs, mégasécheresse, glaciations, inondations, tempêtes, et si ces événements ont pu faire chuter des civilisations, d’autres les ont remplacées, et les périodes dites "optimum" ont aussi favorisé notre développement.
Pour considérer le changement climatique auquel nous assistons, il faut donc le replacer dans une véritable perspective historique. Survol d’une histoire du climat avec Alban d’Arguin.

La Revue d'Histoire européenne


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-histoire-de-l-humanite-et-histoire-du-climat

jeudi 28 septembre 2023

Entretien avec Robert Steuckers sur l'Europe, le néo-nationalisme, l'immigration, etc. 6/6

 

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Le danger pernicieux de l'intégrisme catholique

Le poids des équations personnelles de Le Pen nous semble trop lourd aussi pour que nous nous attardions, en tant qu'“Impériaux”, à examiner son discours. Son militarisme, sanctionné sans doute par des décorations dûment méritées, nous laisse toutefois sceptiques ; que peut comprendre un baroudeur, même sympathique, aux mécanismes subtils de l'économique et du social ? En outre, Le Pen a végété trop longtemps dans une marginalité sordide où grenouillaient de beaux contingents de fous furieux : les intégristes catholiques, ces maniaques aigris, rejetons de petits notables d'arrière-province qui ont raté leur entrée dans la modernité technologique, xénophobes qui haïssent d'abord le Protestant allemand ou anglais. Ces fossiles dangereux, parce que fanatiques, n'ont rien de “nationaliste”, puisque leur idéologie est universaliste, et sont prêt à lâcher contre les Protestants et les Orthodoxes d'Europe les indigènes de tous les continents pourvu qu'ils soient décrétés catholiques.

Le vote pied-noir, qui fournit à Le Pen de gros bataillons d'électeurs dans le Midi, est un vote trop passionnel et trop irréfléchi. L'anti-gaullisme sommaire de cet électorat empêche le FN de reprendre sereinement à son compte les bons projets de De Gaulle : sénat des régions et des professions, participation, planisme, autonomie militaire, etc.

Les 4 conditions que nous sommes en droit d'exiger de la France

En tant que ressortissants de nos régions, un nationalisme français n'est interlocuteur valable que s'il envisage les mesures suivantes (et le FN ne les envisage pas) :

• Retrait total, immédiat et inconditionnel de toutes les troupes françaises stationnées en Allemagne ;
• Renforcement de la marine française, afin de montrer que la France renonce à toute ingérence dans les affaires de l'Europe Centrale et s'apprête à défendre, pour le bénéfice de l'Europe Totale, la façade atlantique de notre continent ;
• Démantèlement complet, immédiat et inconditionnel des missiles Pluton braqués sur les Ardennes et le Palatinat (les suggestions dans ce sens, faites par le Président Mitterrand, sont encore trop floues et trop vagues et, de surcroît, ne semblent pas rencontrer l'approbation de Chirac et des militaires) ;
• Reconnaissance à toutes les régions françaises du droit d'entretenir des relations économiques et culturelles avec des régions extérieures à l'Hexagone et ce, en pleine autonomie et sans ingérence de Paris (le projet Faure sera-t-il un pas dans cette direction ?).

Le retrait des troupes françaises d'Allemagne n'a jusqu'ici été inscrit que dans le programme des Verts. Trois soldats français casernés en Baden-Wurtemberg ont été lourdement condamnés pour avoir distribué ce programme à leurs camarades. Nous demandons, dans l'optique d'une réconciliation franco-allemande, que ces soldats soient relâchés et totalement blanchis et que les officiers et les juges militaires qui les ont condamnés soient publiquement dénoncés et sanctionnés dans leur avancement. C'est là un minimum, si la France veut apparaître crédible dans ses projets de pôle franco-allemand en Europe. Nous nous alignons ici sur les suggestions du député vert de Berlin, Rolf Stolz (3).

Le démantèlement des missiles Pluton est un minimum également, si la France ne veut pas persister dans son déni de souveraineté à l'égard de la Belgique, du Luxembourg et de la RFA. L'autonomie des régions semble, quant à elle, progresser… À Paris, les spécialistes attitrés ès-questions allemandes, ainsi que l'ancien ministre des Affaires étrangères de Giscard, Jean François-Poncet (cf. Time n°36/1987), raisonnent comme si l'Allemagne était définitivement divisée et manifestent de l'inquiétude quand, au sein de l'opinion publique allemande, germent des projets de réunification sous statut de neutralité.

Les Français doivent cesser d'écouter ces représentants d'une bourgeoisie occidentaliste, pro-américaine, hypocritement adepte d'un nationalisme anti-germanique totalement éculé. Autrement plus pertinentes sont les paroles de l'ancien Ministre Michel Jobert (cf. Der Spiegel n°37/1987) ou du fils de Charles De Gaulle, Jean De Gaulle (cf. Die Welt, 1.12.86), pour lesquels l'Allemagne est à long terme indivisible et l'Europe idéale n'est pensable qu'avec une Allemagne Totale (Deutschland als Ganzes).  Ni Jobert ni Jean De Gaulle ne sont au Front National. Les formations au sein desquelles ils militent, les cénacles qu'ils président, les journaux auxquels ils collaborent doivent devenir nos interlocuteurs privilégiés et non un FN (Le Gallou excepté), dont la presse est pauvre, souillée par les élucubrations idiotes des intégristes catholiques, et qui n'a rien proposé de concret quant au démantèlement des missiles qui menacent Liège, Maastricht, Namur, Luxembourg et Trèves ou quant au retrait définitif des troupes d'occupation françaises.

Pour revenir au FN, nous pensons que s'il n'inscrit pas à son programme les 4 points, énoncés ci-dessus, aucun citoyen belge, luxembourgeois ou ouest-allemand n'a le droit de pactiser avec lui, ni de se poser en interlocuteur exclusif de Le Pen. Celui ou celle qui pratique une telle collaboration néglige des intérêts vitaux de nos peuples et ne peut nullement prétendre incarner un “idéal national”. Ce refus de tout alignement vaut aussi, bien sûr, pour les autres partis français (PS, RPR, UDF, PCF), à l'exception des “Verts” qui ont réclamé l'évacuation de l'Allemagne. Notre critique du FN ne participe pas donc de la logique médiatique dominante qui cherche à isoler complètement Le Pen, pour des raisons de jalousie politicienne, mais d'une analyse globale de la situation en Europe occidentale, d'où il ressort que nos intérêts propres, ceux de nos nationaux, celui de notre sol, et notre souveraineté la plus légitime, ne sauraient être sacrifiés, sous prétexte que tel ou tel aspect du programme de Le Pen nous apparaît sympathique.

Quelques conclusions sur le FN

Le Pen ne s'est jamais positionné non plus contre  la fiction d'une “communauté atlantique des valeurs”, alors que de larges strates du MSI italien l'ont fait, que les nationalismes allemands (NPD), britanniques (NF) et espagnols (Phalangistes républicains) sont hostiles à l'OTAN. Le FN se pose dès lors en marge de son propre vivier potentiel, celui de l'Europe des nationalistes, et se singularise par une orientation droitière particulièrement stérile.

Bien sûr, nous ne nions pas au FN son “utilité démocratique”. Sa lutte contre l'immigration, vaine s'il ne rejette pas le libéralisme, correspond à un souci bien ancré dans la population française de souche européenne, largement majoritaire. Ses propositions de lutte préventive contre le SIDA rejoignent nos préoccupations et notre souci de préserver la bonne santé de tous nos concitoyens. Son exigence de voir siéger réellement les parlementaires, lorsque se prennent des décisions importantes, est une excellente chose qui lui confère un label authentiquement démocratique, label que lui dénient les tenants fanatiques des idéologies dominantes et les funambules qui simplifient leurs discours sur les ondes et le petit écran. Indéniablement les sondages signalent une progression du FN, montrant qu'il sait se mettre au diapason des instincts du peuple. Nous admettons ces atouts du FN, même si, en tant que non Français, nous serons sans doute obliger de combattre durement, sur la scène internationale, un gouvernement partiellement ou majoritairement lepéniste, parce qu'il serait trop atlantiste et n'accepterait pas nos 4 propositions-clefs qui, pour nous, sont irrévocables.

Un populisme plus positif : celui des Scandinaves

L'hostilité populaire à l'immigration prend un visage nettement plus acceptable, moins tonitruant et plus serein, dans les pays scandinaves et, de ce fait, notre attention se focalise davantage sur les résultats obtenus pas les “progressistes” (4) danois et norvégiens, refusant la submersion de leur pays dans le melting-pot occidentalo-capitaliste.

En Scandinavie, les résultats des partis hostiles à cette pratique socio-économique moralement condamnable qu'est l'immigration mobilisent donc toute notre attention. Au Danemark, le Parti du Progrès de Glistrup et un parti social-révolutionnaire, dirigé par le syndicaliste Preben Møller-Hansen, ont renforcé leurs positions au Parlement parce qu'ils se sont insurgé contre l'afflux déraisonnable des réfugiés politiques. En Norvège, le Parti du Progrès de Carl I. Hagen est désormais le troisième parti du Royaume, avec un score national de 12,2% et un score urbain d'environ 20%. En Suède et en Hollande, l'hostilité populaire aux mesures autoritaires visant à installer d'office des réfugiés, sans consultation des habitants autochtones, croît sans cesse.

Ces mouvements rejettent les transferts de population sans perdre de vue la logique planiste qu'a véhiculé la social-démocratie sans y demeurer entièrement fidèle. Les mouvements de Glistrup, Møller-Hansen et Hagen nous sont beaucoup plus sympathiques, parce plus populistes, plus soucieux de faire fonctionner la société politique par referendum, moins cocardiers, non militaristes, pas du tout infectés par l'intégrisme catholique. Cette sagesse scandinave correspond davantage à notre mentalité et à notre tempérament que le style “FN”, avec ses arrogances, sa puérilité et sa vulgarité “gavroche”. C'est pourquoi leur évolution doit davantage nous préoccuper. Le modèle qu'ils préconisent est plus adaptable à notre populisme, à notre communalisme et à notre souci d'émettre notre avis par referendum.

• Monsieur Steuckers, je vous remercie pour cet entretien.

  Notes :

(1) Cf. Rik COOLSAET, De Veiligheid van België, De Belgische buitenlandse politiek en de internationale bewapeningsdynamiek,  Kluwer, Deurne/Antwerpen, 1983 et Buitenlandse zaken,  Kritak, Leuven, 1987. En français, on lira not. « La politique belge vis-à-vis de l'Est », in : La Revue Nouvelle n°12, déc. 1985. Ainsi que l'article qu'a consacré Guy Claes à cette problématique dans Vouloir n°23/24, nov.-déc. 1985.
(2) Jean Thiriart (né en 1922), a fondé le mouvement Jeune Europe dans les années 60 à Bruxelles. Ce mouvement avait pour symbole la croix celtique. Vers 1967-68, Thiriart, dans les colonnes de La Nation Européenne, organe théorique de son mouvement, préconisait un dialogue avec la Roumanie, à l'époque rebelle dans le camp socialiste. Au même moment, Harmel engageait des pourparlers directement avec Bucarest, sans tenir compte de l'avis des super-gros. Les Américains et leurs complices voyaient ce dialogue belgo-roumain d'un très mauvais œil et y percevaient l'amorce d'un rapprochement inter-européen capable de restaurer un espace européen autonome libéré de la tutelle des super-gros.
(3) Cf. Rolf STOLZ,  Ein anderes Deutschland, Grün-alternative Bewegung und neue Antworten auf die Deutsche Frage, éd. Ahrens im Verlag Clemens Zerling, Berlin, 1985.
(4) Signalons ici que l'étiquette “progressiste” en Scandinavie ne correspond pas du tout à l'étiquette “progressiste” en usage dans notre pays. En un sens, le terme “progressisme”, en Scandinavie, recouvre une démarche moderne, bien en prise avec les réalités de notre temps, tandis que le “progressisme” de la bourgeoisie de gauche, qui se pique de penser, n'est, en notre malheureux pays, que le déguisement d'un moralisme hyper-réactionnaire, porté par les castes oisives, n'exerçant plus aucune responsabilité sociale.

http://www.archiveseroe.eu/recent/80

Comprendre la nouvelle Arabie Saoudite

Entretien avec Robert Steuckers sur l'Europe, le néo-nationalisme, l'immigration, etc. 5/6

 

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La révolution islamique est dangereuse uniquement parce qu'elle pourrait susciter des désordres dans nos villes. Elle ne risque pas de subvertir l'Europe qui, de toute façon, reste, face à l'Iran, maîtresse des technologies militaires. Que l'Iran soit en guerre avec les États-Unis, c'est un fait qui ne doit pas nous troubler outre mesure. Notre position est évidemment aux antipodes de celle du cirque de la cohabitation Chirac-Mitterand. Les rodomontades militaires de la France, nous les condamnons sans réserves, d'autant plus qu'elles sont pure hypocrisie au regard des trafics d'armes que concoctaient de grosses légumes mitterandistes ou chiraquiennes.

Notre position est proche de celle des Allemands qui ont refusé d'envoyer le moindre bateau dans le Golfe et accueillaient, fanfares de la Bundeswehr à l'honneur, le Premier Ministre iranien au moment même où la flotte de Mitterand appareillait pour aller commettre ses pitreries grand-guignolesques. Quant à l'envoi des 3 navires belges, c'est bien sûr du “bidon” : le gouvernement répond à un chantage américain. C'est clair vu le peu de zèle que montre cette unité navale dans la mission que Washington lui a assignée. C'est limpide quand le Ministre iranien en visite à Bruxelles évoque avec humour, en même temps que son collègue belge, le départ de cette mini-flotte et insiste sur les relations commerciales relativement bonnes entre nos 2 pays. Notre position est donc neutre comme celles de la RFA et de la Suède ; elle ressemble à celles du SP et de la Volksunie, à ceci près qu'elle est plus directe et s'encombre moins de circonlocutions moralisantes.

• 6. Que pensez-vous du succès de mouvements “nationalistes” du type “Front National” en France qui semble lié à la montée de l'intégrisme chiite ?

Parlons d'abord du lien entre chiisme et renouveau nationaliste en France. Ces 2 phénomènes, malgré leurs différences, ont tout de même un point commun : ils déploient un discours qui ne fait pas directement référence aux idéologies dominantes. Le premier renoue avec des traditions religieuses et théocratiques ; le second remet à l'avant-plan certains idéologèmes du nationalisme français, disparus depuis 1945. Chiisme et nationalisme français sont en ce sens “post-modernes”, si l'on entend par “modernité” l'adhésion aux idéologies laïques et/ou universalistes que sont le libéralisme et le marxisme. Les 2 phénomènes vont donc au-delà des conformismes imposés par ces idéologies dominantes. Ils transgressent des tabous et des habitudes, ils bouleversent des certitudes.

En France, règne un tout autre monde politique

Pour être plus précis, jugeons le phénomène Le Pen d'un point de vue régional et européen. En effet, le Front National français (FN) ne nous concerne pas directement, d'abord parce que nous sommes Wallons ou Flamands et que nous sommes rivés à une terre qui fut d'Empire, enracinement qui nous a légué, entre autres choses, une structuration particulière de nos sociétés, not. la division en 3, 4 ou 5 strates idéologiques majeures (la conservatrice/démocrate-chrétienne, la libérale, la socialiste marxisante — avec son appendice communiste — la nationaliste et, désormais, l'écologiste). L'Allemagne (RFA et RDA), l'Autriche, l'Italie et la Belgique partagent ces divisions en 3 ou 4 piliers, comprenant non seulement des partis (CDU/CSU, CDU, ÖVP, DC, PSC/CVP + SPD, SED, ÖSP, PCI/PSI, PS/SP, etc.) mais aussi des lobbies socio-caritatifs (mutuelles, caisses diverses, associations culturelles, etc.).

Chaque pays connaît des variantes : ainsi, en Autriche, les libéraux ont absorbé les nationalistes ; en Italie, le PCI joue le rôle que joue la SPD en Allemagne et les nationalistes sont divisés, en Belgique, par les clivages linguistiques. Le canevas global reste toutefois le même. En Espagne, la structuration est assez analogue, à cause du passé habsbourgeois commun. La France, les Pays-Bas et l'Angleterre ne connaissent pas cette structuration en piliers que les Flamands nomment “verzuiling”. La verzuiling est, notons-le au passage, grande gaspilleuse de deniers publics, surtout dans les cas italien et belge. La fiscalité hyper-lourde de l'État belge est due largement à la multiplication des réseaux socio-caritatifs dérivés de la structuration en partis de notre société.

Dans une société comme la nôtre, si marquée par cette verzuiling, aucun groupement politique français ne peut correspondre pleinement à une formation belge. Le RPR, par ex., ne pouvait, sans trahir sa spécificité gaullienne-républicaine, ni rejoindre le PPE qui rassemblait les partis confessionnels à majorité catholique ni l'ensemble constitué par les libéraux belges, allemands et italiens au sein des regroupements parlementaires de Strasbourg. Le contexte français est trop différent du contexte “impérial” (souvenir de Charles-Quint). Le nationalisme français est par essence étatiste, malgré la définition maurrassienne du “pays réel”, tandis que les nôtres privilégient le peuple, en tant que matrice d'une identité unique, par rapport à la machine étatique. C'est bien clair chez les Flamands et les Allemands. C'est tout aussi clair quand on lit le Wallon José Streel, que redécouvre le Centre d'études de la seconde guerre mondiale, inféodé aux Ministères de l'Éducation nationale.

Le nationalisme français n'est pas populiste

Notre nationalisme populiste, plus charnel que celui des Français, nous interdit de définir comme “nationalisme” le conglomérat d'idées autoritaires, militaristes et cocardières qui caractérisent la formation de Jean-Marie Le Pen. L'émergence d'un nationalisme musclé outre-Quiévrain est plutôt inquiétant. Notre pays a subi trop d'invasions françaises au cours de son histoire, trop d'entorses profondes à son identité, pour que nous puissions l'accepter. Par ailleurs, comme le note le Général autrichien Jordis von Lohausen, les Français ont inventé un système juridique d'acquisition de la nationalité qui fait que n'importe quel individu peut, par un acte de volonté, se déclarer “français” et le devenir de fait.

L'acquisition de la nationalité, en France, est analogue, ajoute Lohausen, à l'entrée en Islam des fidèles de Mohamet. Point besoin d'avoir des racines dans l'Hexagone pour devenir français. Le Polynésien ou l'Amazonien, le Kalmouk ou le Yéménite seront d'emblée considérés comme “Français” s'ils en expriment le souhait, tandis que le Tournaisien sera considéré comme un étranger et rudement traîté comme tel (pas le droit d'ouvrir un compte en banque, pas le droit de changer de l'argent à son gré, etc.). Certes les discussions lancées par le FN et le Club de l'Horloge quant à la révision du code de nationalité cherchent à remédier à ce scandale, à cette attitude foncièrement anti-populaire et anti-européenne. Mais le mal est fait, le facteur “racines” n'a plus été pris en compte depuis 200 ans…

Les idées de Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou, tête pensante du Club de l'Horloge, caucus élaborant programmes et projets pour la droite du RPR et les non-folkloriques du FN, vient d'écrire plusieurs livres et memoranda pour dénoncer cette aberration hexagonale et a plaidé pour une réévaluation d'un principe de droit fondamental, vieil-européen, légué par la Grèce et la Rome antiques : le principe du jus sanguinis, instauré par le Code Napoléon. Le principe du jus sanguinis est celui du “droit du sang”, qui confère la nationalité à celui qui la détient de ses ancêtres. La nationalité est un privilège accordé par lignée. C'est un principe de droit, inscrit dans nos codes constitutionnels, issus des idéaux de la Révolution Française et du Romantisme allemand, que Le Gallou entend conserver et remettre à l'honneur et nous sommes entièrement d'accord avec lui. Député du FN, Le Gallou pourra-t-il faire valoir ses idées ? Pourront-elles s'imposer à une société où un appréciable pourcentage de citoyens ont reçu la citoyenneté au nom de principes foncièrement différents de celui du jus sanguinis ?  Et ce au mépris de la loi et de la tradition.

Dans le cadre belge, nous entendons défendre le jus sanguinis contre ceux qui veulent faciliter l'intégration d'immigrés de fraîche date ou de réfugiés au statut douteux par la distribution de cartes d'identité nationale, en dépit de l'esprit de notre loi. Cette praxis est en dernière analyse illégale et nous constatons que libéraux comme marxistes violent allègrement le sens profond de la constitution démocratique. Adeptes de théories mécanicistes, déracinées, incapables de tenir compte des facteurs de cohésion ethnique et d'encracinement, libéraux et marxistes, refusant de reconnaître l'esprit de nos lois (Montesquieu !), pensent en termes de jus soli,  de “droit du sol” ; selon ce principe, aboli en même temps que l'Ancien Régime en 1789, on possède la nationalité du lieu où l'on naît et/ou l'on vit.

Ce principe est dérivé de la féodalité : le serf appartient comme un objet au seigneur s'il vit sur ses terres comme le citoyen appartient à l'État s'il vit sur le territoire où cet État exerce sa souveraineté. La jus soli est donc un droit issu d'un statut de non-liberté ; par rapport au jus sanguinis, il est archaïque et ne permet pas à l'individu de s'affirmer pour ce qu'il est somatiquement, pour ce qu'il est au plus intime de lui-même. Le jus sanguinis est une garantie de paix civile et de gouvernabilité, car il permet d'avoir des citoyens liés par une homogénéité somatique et culturelle. Le rejeter relève de l'irresponsabilité. Pour nous, soit dit en passant, la Révolution Française a permis l'avènement de principes valables comme celui du jus sanguinis mais, simultanément, d'idées abstraites, anti-communautaires (l'interdiction de fonder des associations professionnelles et syndicales), qui annullent l'effet bénéfique de la citoyenneté par lignage de tous les citoyens et inaugurent une ère de fictionnisme libéral.

Ensuite, le programme économique du FN est libéral, afin de satisfaire une clientèle droitière. Ce programme est en contradiction flagrante avec notre propre définition du nationalisme. L'organisation économique préconisée par nos nationalismes implique une redistribution et un planisme rigoureux. L'absence de la dimension planiste dans le programme du FN réduit le nationalisme français actuel à un pur discours. Jamais, dans l'état présent des choses, le FN ne pourra imposer une économie réellement nationale. Les modèles de Le Pen sont étrangers, ce sont Thatcher et Reagan ; jamais il n'a envisagé de se référer à l'école française de l'économie semi-autarcique, auto-centrée et dirigée (planifiée), incarnée par une célébrité internationale comme François Perroux. Cette carence rédhibitoire de son message montre, à qui peut l'apercevoir, que jamais il ne pourra réaliser sa promesse électorale majeure, c'est-à-dire mettre fin au processus économique de l'immigration, fruit des idées libérales pernicieuses, qu'il adule à travers les personnalités de Reagan et de Thatcher.

À suivre

Les bobards ukrainiens

 

La propagande ne dure qu’un temps.

L’armée ukrainienne affirme avoir tué le chef de la flotte russe de la mer Noire – New York Times

L’armée ukrainienne a affirmé lundi avoir tué le commandant de la flotte russe de la mer Noire lors d’une attaque au missile la semaine dernière, ce qui, si cela est confirmé, ferait de cette attaque l’une des plus dommageables pour la marine russe depuis le naufrage du navire amiral de la flotte l’année dernière.

Le ministère de la défense de Moscou n’a pas commenté dans l’immédiat le statut du commandant de la flotte, l’amiral Viktor Sokolov, qui est l’une des personnalités les plus haut placées de la marine russe. L’affirmation ukrainienne n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

Vendredi, les forces d’opérations spéciales ukrainiennes ont déclaré avoir frappé un quartier général de la flotte russe dans la ville de Sébastopol, en Crimée, un port prestigieux qui subit actuellement des bombardements réguliers de missiles ukrainiens à longue portée et d’explosions de drones. Selon l’armée ukrainienne, les officiers de la flotte y tenaient une réunion à ce moment-là.

Des sources russes affirment que personne ne se trouvait dans le bâtiment très exposé lorsque les missiles ukrainiens ont frappé. Le véritable quartier général se trouve sous terre, dans un endroit inconnu.

Aujourd’hui s’est tenue à Moscou une réunion élargie du conseil d’administration du ministère russe de la défense (traduction automatique) :

En ouvrant la réunion, le ministre de la Défense a brièvement présenté la situation dans la zone d’opération militaire spéciale.

Des groupes de troupes russes, a-t-il dit, poursuivent des opérations actives pour vaincre l’ennemi. Grâce au professionnalisme et au courage du personnel des 25e et 138e brigades de fusiliers motorisés dans la direction de Kupyansk, la zone de contrôle près des localités de Sinkovka et Petropavlovsk a été considérablement élargie. En raison des dégâts causés par les tirs, les forces armées ukrainiennes subissent de lourdes pertes sur l’ensemble de la ligne de contact.

Au cours de ce mois, plus de 17 000 personnes, plus de 2 700 armes et équipements militaires ont été détruits, dont 7 véhicules de combat d’infanterie américains Bradley, 77 systèmes d’artillerie américains M777, 51 installations d’artillerie automotrices d’Allemagne, de France, de Pologne et des États-Unis d’Amérique, ainsi que deux chars allemands Leopard et un char anglais Challenger.

Le commandant de la flotte de la mer Noire, l’amiral Viktor Sokolov, a participé à la réunion d’information par l’intermédiaire d’une liaison télévisuelle en direct.

 

Dmitri Alperovitch @DAlperovitch – 10:29 UTC – 26 sept. 2023

Le ministère russe de la Défense a publié une photo d’une prétendue réunion entre Shoigu et des commandants militaires, à laquelle participe l’amiral de la flotte de la mer Noire Sokolov (en bas à gauche), qui n’est pas mort comme on l’a prétendu.

Et maintenant, la vidéo du discours de Shoigu. Je pense qu’il s’agit là d’une bonne preuve que Sokolov n’est pas mort lors de l’attaque du QG de la flotte de la mer Noire.

 

L’Institut pour l’étude de la guerre (Institute for the Study of War), un organisme néoconservateur, nous livre une autre énormité :

 

ISW @TheStudyofWar – 4:03 UTC – Sep 25, 2023

6/ Poutine a peut-être ordonné au commandement militaire russe de maintenir toutes les positions défensives initiales de la Russie afin de créer l’illusion que les contre-offensives ukrainiennes n’ont eu aucun effet tactique ou opérationnel malgré le soutien substantiel de l’Occident.

Comme l’a fait remarquer un commentateur :

«Poutine ordonne à l’armée russe de gagner la bataille pour créer l’illusion d’avoir gagné la bataille»

*

La Maison Blanche a publié une lettre contenant une liste d’exigences que l’Ukraine doit remplir pour recevoir une aide supplémentaire.

Cette lettre de cinq pages, intitulée «DELIBERATIVE // PRE-DECISIONAL WORKING DRAFT – SUBJECT TO REVIEW», comprend la «Priority Reform List – Reforms Linked to Conditions on U.S. Assistance» (liste des réformes prioritaires – réformes liées aux conditions de l’aide américaine).

Elle exige une réforme complète des principales structures de pouvoir ukrainiennes et l’insertion de personnel étranger désigné. Elle fixe des délais de 3, 6 et 12 mois pour la réalisation de certaines réformes.

Exemples :

Réforme de la Cour constitutionnelle de l’Ukraine (CCU) : mettre en œuvre la loi n° 3277-IX nouvellement adoptée en constituant le groupe consultatif d’experts avec la participation significative d’experts désignés par la Commission de Venise, l’UE et les États-Unis et en soutenant le processus d’examen des candidats à la fonction de juge de la CCU. *L’adoption de la loi n° 3277 était l’une des sept conditions requises pour que l’Ukraine entame le processus d’adhésion à l’UE.

Ministère de la défense : o Sans compromettre l’état de préparation, revoir les processus et les procédures d’acquisition d’armement militaire et de marchés publics en tenant compte des normes de l’OTAN en matière de transparence, de responsabilité, d’efficacité et de concurrence dans le domaine des marchés publics de la défense.

Investir dans les initiatives en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité.

Ministère des industries stratégiques / Industrie de défense ukrainienne (anciennement UkrOboronProm) : Mettre en place un conseil de surveillance de l’UDI conforme aux normes de l’OCDE, avec la participation d’experts étrangers en matière de défense. Établir des liens institutionnels plus solides (par exemple, des bureaux de liaison ou d’approvisionnement) avec le ministère de la défense et l’état-major général, afin de garantir que le travail de l’UDI est aligné sur les besoins les plus urgents du pays. Garantir les normes de l’OTAN en matière de transparence, de responsabilité, d’efficacité et de concurrence dans l’ensemble du secteur industriel de la défense. Instaurer des procédures de transparence (même en tenant compte des besoins de secret en temps de guerre) afin de permettre un audit ultérieur et d’éviter même l’apparence de politisation ou de corruption dans la production de défense.

Je pense que le gouvernement ukrainien a actuellement des problèmes et des priorités très différents de ceux imaginés dans certains bureaux de Washington.

Moon of Alabama 

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour Le Saker Francophone.

Histoire du Monde. Tome 1 : les âges anciens. De John M Roberts. Un monument enfin traduit en français

 

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Avec plus d’un million d’exemplaires vendus dans le monde, le livre Histoire du Monde, de J-M Roberts manquait cruellement à la France . Ce vide est désormais du passé, puisque les éditions Perrin viennent d’éditer la traduction ( par Jacques Bersani) de l’ouvrage, best-seller international. Le premier tome, qui concerne les âges anciens, est ainsi sorti courant janvier, et le deuxième arrivera prochainement (en février).
 
Figure intellectuelle britannique, John M. Roberts enseigna aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, notamment à Oxford, au Merton College, et fut vice-chancelier de l’université de Southampton. Auteur de nombreux ouvrages de référence,ce livre est son oeuvre majeure. Il est décédé en 2003.
 
Dans ce premier volume qui couvre une période allant de 7 000 avant J.-CC à 500 après J.-C, l’auteur nous fait découvrir la préhistoire et les fondements des civilisations (Mésopotamie ancienne, Egypte ancienne, Asie du Sud, Chine ancienne) puis l’âge classique (Le monde grec, romain, l’Inde et la Chine classique). Les fondations des grandes religions sont également étudiées (judaïsme, bouddhisme, confucianisme, christianisme et hindouisme) tout comme l’apparition de pratiques et techniques essentielles (écritures, rites funéraires) et de formes politiques primordiales (monarchie, théocratie, démocratie).« Au-delà des immenses qualités d’écriture et de synthèse des auteurs, qui rendent la lecture particulièrement stimulante, la force du propos tient à leur capacité à lier les cultures et les espaces entre eux. Roberts et Westad soulignent, par exemple, ce que la Grèce doit à la Phénicie, expliquent comment le bouddhisme, né en Inde, va s’épanouir en Chine, ou pourquoi les migrations des peuples germains ont eu une incidence sur les royaumes du nord de l’Afrique. A l’heure où les enjeux culturels, économiques, politiques, démographiques et environnementaux se structurent à l’échelle mondiale, ce livre, par sa hauteur de vue, son style et sa pertinence, donne les clés de compréhension de la passionnante histoire de l’humanité.» indique l’éditeur.
Posséder cette Histoire du Monde , la lire et la relire tout en découvrant tous les deux mois la revue Conflits permettra à tout un chacun de comprendre le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, tout en sachons d’où nous venons et vers quoi nous voulons aller. Un ouvrage majeur, à posséder assurément.
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Histoire du Monde T1 : les âges anciens – John M Roberts – Perrin – 22 € 
Photo : Pixabay (cc)
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mercredi 27 septembre 2023

Le nouveau Passé-Présent - Espagne 1936-1939 : la guerre dans la guerre

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Jamais, nulle part ailleurs dans le monde, un conflit n’aura attiré la totalité des nuances de la gamme idéologique, en passant du fascisme à l’anarchisme. Pour cette raison seule, la guerre d’Espagne reste unique. Et ses nuances principalement dans le camp républicain vont rapidement se transformer en division et ses divisions se transformer en affrontements directs et sanglants. Entre le Parti communiste espagnol soutenu par l’URSS de Staline, les anarchistes de la CNT et le POUM léniniste antistalinien, la lutte est féroce et sanglante.
Pour comprendre cette véritable guerre dans la guerre, Guillaume Fiquet reçoit Michel Festivi, auteur de "L’Espagne ensanglantée" (éditions Dualpha).

La Revue d'Histoire européenne


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-espagne-1936-1939-la-guerre-dans-la-guerre

Entretien avec Robert Steuckers sur l'Europe, le néo-nationalisme, l'immigration, etc. 4/6

 

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Notons également que l'immigration, dès ses débuts, a brisé les solidarités ouvrières spontanées et naturelles en hétérogénéisant les masses travailleuses. L'immigration a ainsi, en Wallonie et en Campine, ruiné la combativité ouvrière en disloquant sa cohésion ethnique. Une classe sociale laborieuse qui n'a plus d'homogénéité, plus de chansons de combat, plus de souvenirs communs, est condamnée à être absorbée et digérée dans le ventre mou du libéralisme. Les insurrections ouvrières de longue durée, comme celle de l'hiver 60-61 ou celle du Limbourg en 1966-67 (parallèle à celle de la Ruhr), ne sont plus possibles désormais. L'immigration a été une arme particulièrement pernicieuse, utilisée par le capital vagabond et cosmopolite, pour anéantir l'esprit de résistance de nos peuples ; la social-démocratie et la gauche hystérique et immigrationniste ont été les complices honteuses de ce forfait.

On peut mesurer là toute l'hypocrisie des belles âmes qui, aujourd'hui, au PCB ou au PTB, veulent simultanément défendre la classe ouvrière et le principe économique de l'immigration, en occultant bien le fait que la stratégie économique qui consiste à utiliser de la main-d'œuvre sans racines casse les reins à toute résistance populaire naturelle et permet au capital international de déplacer ses fonds sans risque de révolte. PCBistes en voie de disparition et nervis PTBistes constituent donc de ce fait le “bras armé du capital”, rôle qu'ils attribuent dans leurs discours à un “fascisme” définitivement disparu depuis 1945. Comparons la pauvre révolte, avortée, des mineurs turco-campinois à celle, dure et implacable, des mineurs britanniques contre Thatcher…

Le secret de cette longue résistance, de cette admirable tenacité, est simple : les mineurs britanniques sont tous des British people, enracinés dans leurs corons depuis des générations. Ces mineurs anglais ont peut-être dû courber l'échine devant Thatcher mais ils lui ont donné un tel fil à retordre qu'elle hésitera désormais à les affronter. De quoi faire réfléchir les PTBistes quant à la cohérence des discours annonés par leurs intellectuels ; je le dis sans volonté de polémique gratuite car je fus de ceux qui admirèrent sans l'ombre d'une hésitation la campagne de solidarité à l'égard des mineurs britanniques, entreprise par des militants du PTB : c'était une belle manifestation de solidarité européenne. Mais à quoi sert une solidarité ponctuelle, même bien synchronisée et organisée, si l'incohérence doctrinale est le lot quotidien du parti ?

Nord-Africains et Beurs : les faux chiffres officiels de l'immigration

Un dernier point, qui nous concerne directement, nous Bruxellois, c'est celui de la tricherie quant aux chiffres réels de l'immigration. Les instances officielles, relayées par les bonnes consciences et par la bourgeoisie qui se pique de culture et joue aux bons apôtres humanitaristes, ne signalent qu'une présence fort limitée de citoyens Nord-Africains en Belgique. Une simple promenade à Bruxelles-Ville, à Saint-Josse, Saint-Gilles et Schaerbeek, voire ailleurs dans l'agglomération, infirme de façon flagrante ces chiffres. Or, ils sont vraisemblablement exacts, puisque l'immigration clandestine, sans doute bien réelle, ne fait pas varier les chiffres outre mesure. Pourquoi y a-t-il alors une telle différence entre les chiffres officiels et la réalité criante de la vie quotidienne à Bruxelles ? Parce qu'un grand nombre de migrants de souche maghrébine sont tout simplement des citoyens français, des ressortissants de la CEE, et ne sont pas comptabilisés dans les totaux relatifs aux 3 États nord-africains ! Ce qui est inquiétant, dans ce cas, c'est que ces masses jouissent de la libre circulation dont profitent les ressortissants de la CEE.

Si les citoyens algériens, marocains et tunisiens peuvent être expulsés avec plus d'aisance en cas de comportement délictueux, ces “Français” de fraîche date bénéficient des atouts que leur confère leur nationalité et des accords spéciaux signés entre la France et la Belgique. L'Algérien, le Marocain et le Tunisien ont un statut moins stable et ne verseront de ce fait pas facilement dans la délinquance. Ils demeurent attachés à leur terre natale, gardent souvent une vieille sagesse paysanne, ne s'intègrent pas dans la décadance occidentale et conservent leur culture riche et bien adaptée, leur équilibre psychique. Les “Français” beurs, eux, sont des déracinés, rendus souvent agressifs à cause de cette perte tragique et abominable d'identité ; les réflexes de retenue morale, que possède tout individu enraciné dans un cocon culturel précis, tombent très souvent chez le déraciné, disparaissent dans les affres de l'urbanisation et du néo-esclavagisme. Celui ou celle qui possède une nationalité factice, qui ne correspond pas à son lieu d'origine, à sa proximité originelle (pour parler comme Heidegger), est une victime dont l'inconscient se venge, parfois cruellement.

Mais l'autochtone, qui puise dans son humus naturel une sérénité existentielle et veut la faire partager aux siens, a le droit de se rebiffer contre les agressions sociales provoquées par un système économico-social qui pervertit foncièrement les “autres”, ceux qu'il va aller séduire aux 4 coins de la planète par la promesse d'un paradis matériel, lequel s'avèrera, en fin de compte, pure fiction. La prise de conscience de cette “fiction”, déclenche, chez beaucoup de Maghrébins, affublés ou non de la citoyenneté française, le désespoir et, partant, une agressivité irrationnelle à l'endroit d'un système qui les a trompés et grugés, agressivité qui sera souvent vectrice de petite criminalité. C'est donc surtout avec Paris qu'il faudra règler le problème de cette délinquence juvénile qui est ethniquement non européenne mais juridiquement française.

Refuser les simplismes de la xénophobie et prendre exemple sur les États est-européens

Notre refus de l'immigration non europénne et de l'immigration de citoyens français à nationalité factice ne relève nullement du racisme (les races existent et enrichissent notre planète par leur diversité) ou de la xénophobie (chaque peuple a droit à sa terre et à faire de sa terre le lieu d'émergence d'une identité, identité qu'il offrera au regard des autres peuples comme l'artisan ou l'artiste présentent leurs œuvres, fruit de leur cœur profond et de leur travail) mais d'un humanisme éternel et universel, qui refuse les arasements suggérés par les slogans universalistes, appliqués par les pratiques libérales-capitalistes, et veut que la terre soit riche, reste riche, de la diversité de ses enfants.

En matière d'immigration, l'exemple nous vient de l'Est. Les États du COMECON, quand ils cherchent à augmenter leur production dans tel ou tel secteur de leur économie, font d'abord appel aux forces de travail autochtones, puis à celle des pays immédiatement voisins (les Polonais en RDA) ; les migrants travaillent sous contrats à durée déterminée, tant qu'ils ne peuvent pas être remplacés par de la main-d'œuvre nationale. Des stagiaires du Tiers-Monde visitent les écoles techniques et les universités est-allemandes pour y apprendre un métier qu'ils exerceront au profit de leur propre peuple. En Europe occidentale, le recrutement de main-d'œuvre devrait également se faire selon ce modèle sainement conçu : recrutement prioritaire parmi les nationaux, puis parmi les ressortissants des régions contigües (Nord/Pas-de-Calais, Noord-Brabant, Rheinland-Westfalen, Lorraine, etc.), puis dans les zones à démographie en hausse de la CEE (Irlande) ; déjà plusieurs centaines de travailleurs wallons se rendent chaque jour à Cologne, selon une démarche semblable.

Certaines entreprises du Land de Rheinland-Westfalen imitent donc la sagesse est-allemande, consistant à recruter des travailleurs non nationaux dans les régions immédiatement contigües. Les migrations, nécessaires dans une société industrielle, doivent s'effectuer par cercles concentriques (les zones les plus proches ayant une priorité par rapport aux zones les plus éloignées) et sur la base du travail à durée déterminée, de manière à vaincre les distorsions socio-culturelles entraînées par le déracinement. Les étudiants africains, latino-américains et asiatiques devraient pouvoir bénéficier d'un système de coopération utile à leurs propres peuples, qui leur permetrrait d'acquérir chez nous des professions nécessaires au développement de leur pays. Une telle praxis éloigne le spectre du racisme, produit d'une réaction exacerbée à l'encontre des résultats navrants du melting- pot capitaliste.

• 5. Que pensez-vous de l'intégrisme musulman ?

L'intégrisme musulman est le fruit d'une déception. Dans les années 50, les peuples arabes et le peuple iranien (qui n'est pas arabe, répétons-le) se sont enthousiasmés pour un nationalisme laïc, inspiré des modèles européens. Le néo-colonialisme américain a hurlé au scandale et a décrit ces mouvements de libération comme “crypto-communistes”, les a boycottés, les a livrés à la machine de guerre sioniste, les a déstabilisés, si bien que les structures que le nassérisme en Égypte, les baasismes syrien et irakien et le Kadhafisme libyen des premières années de la révolution avaient mises en place se sont effritées, ont cafouillé et n'ont plus pu satisfaire les aspirations sociales des peuples arabes.

En Iran, au début des années 50, le Dr. Mossadegh, qui redresse son pays après une occupation injustifiée par les troupes soviétiques et britanniques, veut nationaliser les pétroles iraniens et contrôler, sans intermédiaires américains ou anglais, le commerce extérieur du pays. Les services américains organisent sa chute. L'Iran est livré à un personnage falot et vaniteux, le shah, qui concrétisera ses fantasmes enfantins lors de son couronnement burlesque à Persépolis. Sachant que tout renouveau nationaliste à la Mossadegh allait être aussitôt annihilé par la SAVAK (la police pro-américaine du shah), les contestataires iraniens ont joué la carte religieuse, dont l'esprit est foncièrement étranger aux Occidentaux. La politique à courte vue de 1952 a conduit directement à l'irréparable rupture entre l'Occident et l'Iran.

Phénomène transnational et non plus nationaliste, le chiisme va aussitôt s'exporter et transposer ailleurs sa stratégie de “guerre sainte” : au Liban, en Tunisie, en Égypte et parmi les immigrés d'Europe. Là réside un danger sérieux : nous ne sommes pas les responsables de l'éviction de Mossadegh ni des sottises du shah. Si l'intégrisme musulman provoque des désordres dans nos villes, s'il suscite des confrontations violentes dans notre espace vital entre communautés immigrées antagonistes, nous ne pourrons le tolérer et nous devrons le remettre au pas car il n'est pas question que nos  concitoyens aient à subir des sévices matériels ou physiques à cause d'une querelle qui leur est étrangère. Notre perspective est celle du salut public et nous ne dérogerons pas à nos responsabilités.

Nous voulons la paix civile

Cette volonté de maintenir la paix civile chez nous est inséparable d'une analyse sereine de la situation internationale. L'agressivité du chiisme est due à des frustrations trop longtemps contenues, à l'accumulation de contradictions dans les pays arabes et en Iran. Le chiisme est une réponse locale aux défis du monde moderne et de l'impérialisme américain. Il signale d'autre part que l'ère des réponses de type marxiste est révolue dans les pays extra-européens. La fameuse “grammaire léniniste” ne fonctionne plus. Cette désaffection à l'égard du marxisme n'entraîne pas l'adhésion à un modèle américain. Ce double refus peut nous servir de leçon, à nous Européens, dans le sens où le marxisme de type soviétique est impropre à organiser nos sociétés hyper-complexes et où l'Amérique, en tant que puissance hégémonique, empêche l'épanouissement de nos classes laborieuses, la prospérité de nos paysans et fait vaciller la santé de nos entreprises. Les idéologies dominantes du monde actuel sont rejettées dos à dos par une réponse issue de l'histoire locale, irréductible à ces schémas universalistes, que nous rejettons aussi, au nom de notre propre identité.

À suivre