mercredi 28 juin 2023

Insubmersible Japon. Le 3ème numéro de la revue Conflits

 

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03/10/2014 Troisième numéro de l’excellente revue de géopolitique “Conflits” : au sommaire ce mois-ci, un gros dossier sur le Japon, ses choix géopolitiques, l’état de ses forces armées, sa politique économique et sociale, son rapport au monde.
Mais également des entretiens avec Martin Motte et Robert D. Kaplan, un article sur Davutoglu, prophète de l’ottomanisme, un article sur l’europe des régions, un reportage sur la route du Grand Nord et enfin, un zoom sur la Suède et sa géopolitique

Pour s’abonner, c’est ici : http://www.revueconflits.com/abonnements/

Ci-dessous, en exclusivité, l’éditorial de Pascal Gauchon

Selon Napoléon la politique des États est dans leur géographie. La formule de l’Empereur fournirait un beau sujet de controverse à Yves Lacoste et Lucio Caracciolo, contempteurs du déterminisme géographique, comme à Robert D. Kaplan qui appelle dans ce numéro 3 à une « revanche de la géographie ». Le Japon, qui fait l’objet du dossier de ce numéro, fournira des arguments aux uns et aux autres. Le milieu naturel détermine les lignes de force de la géopolitique japonaise ; mais ce sont les Japonais qui les ont tracées.

Première réalité du Japon, l’insularité. Elle a encouragé les Japonais à se considérer comme un peuple autochtone, à l’instar des Athéniens de l’Antiquité ; les mers leur ont permis de s’isoler du monde pendant plus de deux siècles, elles ont protégé des invasions, elles ont freiné les flux migratoires jusqu’à aujourd’hui. Ainsi les Japonais se voyaient, conformément à la philosophie du kokutai, comme une grande famille issue de l’Empereur. Le sentiment d’identité et la cohésion sociale, qui a impressionné lors de la catastrophe de Fukushima, en découlent tout comme le refus de l’immigration, le droit du sang et les « exceptions japonaises ».

Pour d’autres, l’unité du peuple japonais est un mythe puisque ses habitants sont venus autrefois de Chine, de Corée et peut-être d’Asie du Sud-Est. Ce mythe aurait été bâti dans le dernier tiers du XIXèmesiècle, en un mouvement d’« invention de la tradition », afin de mobiliser la population autour d’un projet commun, la modernisation sous l’égide de l’Empereur.

Fruit de l’insularité et du nationalisme de la période Meiji, le sentiment identitaire japonais confirme la connivence entre géographie et politique.

Le milieu naturel détermine les lignes de force de la géopolitique japonaise ; mais ce sont les Japonais qui les ont tracées.

Au XVIIIème siècle, au temps de la marine à voile, il fallait trois ans pour effectuer le trajet aller-retour entre Londres et Tokyo. Cet éloignement a amorti le choc du contact avec l’Occident que toutes les civilisations ont affronté. Il contribue à la résistance du Japon face à la menace extérieure. Sa réponse tient dans l’expérience du Meiji que résume la formule Wakon-Yosai, « une âme japonaise, une technique occidentale ». Pour mieux rester lui-même, le Japon copie les méthodes venues de l’Ouest.

Il n’est pas le seul à avoir tenté cette synthèse. Ne prenons qu’un exemple, au début du XIXème siècle, l’Égypte de Méhémet Ali. Parmi toutes les raisons qui expliquent son échec, on retiendra l’hostilité du Royaume-Uni. Londres ne pouvait admettre l’émergence d’une puissance moderne sur la route des Indes.

L’explication géographique ne suffit pourtant pas. À la mort de Méhémet Ali, ses réformes sont abandonnées, rejetées par une société méfiante envers les nouveautés. Pauvre Égypte, si loin de la modernité, si près de l’Angleterre !
Heureux Japon si loin de l’Europe ! Et heureux Japon dont les élites ont su créer une combinaison fragile mais efficace de tradition et de modernité.

Le manque de ressources et de terres aurait contraint le « frugal Japon » à une expansion d’abord militaire, puis commerciale à partir de 1945. Marquée par le déterminisme géographique le plus total, cette interprétation est fausse. Avant l’époque du Meiji, le Japon avait fait éclore une société civilisée au plus haut point en utilisant efficacement des ressources qui ne sont pas si minces : des pluies qui permettent deux récoltes par an dans le Sud ; une mer « cultivée » (Augustin Berque) ; la soie et le chanvre pour l’activité textile ; quelques gisements de fer ; la paille de riz pour le tatami… Le Japon ancien vivait en adéquation avec une nature un peu chiche, sans doute, mais il en tirait le meilleur parti.
C’est le choix de la modernisation qui déstabilise cet équilibre fragile. Il faut du charbon, du fer, et le Japon n’en produit pas assez. La croissance de la population s’accélère grâce aux progrès médicaux et il faut plus de terres. Et du coton pour Osaka, le « Manchester japonais », et plus tard du pétrole, du caoutchouc… Alors l’expansion s’impose comme une nécessité.

Tout se passe comme si la géographie du Japon avait changé en 1868, lors de la révolution du Meiji. Les nouvelles orientations en font brutalement un territoire pauvre en ressources.

Pascal Gauchon 

Historien de formation, j’ai été amené à me spécialiser en économie, puis en géographie. Par ailleurs, je suis venu à l’écriture par l’enseignement. J’en garde le souci, dans les ouvrages que je rédige et que je fais rédiger, de l’utilité : pas de prétention “scientifique”, pas d’originalité de principe, mais le souci de publier des livres efficaces. Je dirige la collection Major aux PUF depuis 1992.
On peut concéder aux déterministes que la géographie fait la géopolitique ; à condition qu’ils admettent que la politique fait la géographie.

 Photo : DR
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Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine. 

https://www.breizh-info.com/2014/10/06/17048/insubmersible-japon-3eme-numero-revue-conflits-sortie/

Clotilde Venner : « Dominique Venner disait qu’il se battait pour que chaque peuple puisse défendre son identité » [Interview]

 

Dix ans après la mort volontaire de Dominique Venner à la cathédrale Notre-Dame, sa veuve, Clotilde, prend la parole dans un livre-témoignage piloté par Antoine Dresse. « On le disait froid, mais c’était un volcan sous la glace. » Au fil des pages, Clotilde Venner éclaire les contours de ce personnage secret que la pudeur retenait toujours au seuil de l’aveu.

Elle revient sur leur relation, scellée par une évidente complicité, où le dissident et l’écrivain ne s’éclipsent jamais tout à fait derrière le mari. Une confession poignante où semble battre le cœur rebelle du samouraï. De la tenue ! jusque dans l’intimité du foyer. Et les idées, toujours, au bout du fusil.

Ainsi est présenté par l’éditeur, La Nouvelle Librairie, cet ouvrage (à commander ici), que l’on pourrait qualifier d’essentiel pour s’introduire dans une lecture, ou une relecture de l’œuvre de Dominique Venner. Car cet entretien confine à l’intime, loin des interprétations, loin de certaines images que l’on se fait ou que l’on a pu se faire de Dominique Venner. C’est à un travail mémoriel particulièrement difficile émotionnellement que s’est livrée Clotilde Venner, et nous avons tenu à l’interroger sur ça justement.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Clotilde Venner : j’ai été l’épouse de Dominique Venner et j’ai vécu avec lui pendant 12 ans, les douze dernières années de sa vie. Avant de le rencontrer, j’avais fait des études de philosophie, et j’avais travaillé pendant deux ans avec Guillaume Faye pour qui j’organisais les tournées dans toute la France à l’époque de la Colonisation de l’Europe et de l’Archéofuturisme.

Je vendais des livres, je travaillais pour la Librairie nationale, de Gilles Soulas. Et c’est lors d’une vente de livres que j’ai rencontré Dominique Venner. C’est Anne Brassié qui nous a présentés. J’ai commencé à organiser des conférences pour lui. Au départ nos relations étaient professionnelles puis ont pris un ton plus privé au fil du temps. Il était séparé de sa femme depuis 6 mois.

À cette époque, après l’arrêt de la revue Enquêtes sur l’histoire, il relançait la Nouvelle revue d’Histoire (NRH), et j’ai travaillé avec lui comme journaliste. J’y signais sous le pseudonyme de Pauline Lecomte.

Breizh-info.com : Il y avait une grande différence d’âge entre vous non ?

Clotilde Venner : Oui, tout à fait. Quand je l’ai connu, j’avais 30 ans et lui 66. Mais pour que vos lecteurs sachent, c’est sa femme qui est partie, quand je l’ai rencontré, il était célibataire. De par son passé politique, mes études de philosophie, nous avons accroché tout de suite intellectuellement. Et cela malgré la grande différence d’âge.

Ce qui nous a vraiment liés est cette complicité intellectuelle, très précieuse. Il était un être puissant, mais aussi un être fragile, comme tous les écrivains, les artistes.  Si on n’est pas soutenu par sa femme, par sa compagne, c’est cruel. Il me remerciait souvent d’être là, de le soutenir. Il disait que ce soutien était très important pour lui. Il apparait souvent comme un auteur prussien, dur, mais c’était aussi un être sensible, torturé. C’était un peu les montagnes russes parfois avec lui. Tantôt désespéré de ne pas parvenir à faire ce qu’il voulait, tantôt exalté. S’il n’y a pas quelqu’un pour soutenir ce moral, cette souffrance parfois, c’est difficile.

Breizh-info.com : il n’y a donc pas que cette image d’un homme assez dur, que l’on peut avoir de Dominique Venner ?

Clotilde Venner : Non.  C’est vrai que souvent on a eu cette image d’un Samouraï, d’un Jünker prussien alors que c’était un homme extrêmement sensible. On ne se donne pas la mort de cette manière si on n’est pas un grand romantique. Il était à vif, écorché vif. Mais il s’autodisciplinait pour masquer cela. Je lui disais parfois que cette autodiscipline, cette rigidité, était excessive. En public, il apparaissait souvent très froid. Alors que c’était le contraire de quelqu’un de froid. Mais c’était par auto-discipline héritée de son idéal aristocratique. On ne montrait pas ses émotions.

Le modèle de Dominique Venner était Jünger. Donc l’aristocratie européenne, anglaise, allemande, never complain, never explain…Dominique était un Romain. Et à Rome, la gravitas, la dignitas, c’est de ne pas embrasser sa femme dans la rue, de ne pas sourire. Trop sourire, trop détendu, c’est une forme de relâchement.

Il appartenait à cette vieille Europe. Il faut voir La Grande Illusion, avec Eric von Stroheim et Pierre Frenet qui incarnent des aristocrates allemands et français. C’était l’éducation que l’on donnait avant dans les vieilles familles européennes. Et Dominique appartenait à ce monde. Certaines personnes aujourd’hui ne le comprennent pas, car il était un peu d’un autre temps, d’une vieille Europe.

Breizh-info.com : N’est-ce pas un travail émotionnellement compliqué que de répondre dans un livre à un entretien sur son mari décédé ? Car là on touche à l’intime.

Clotilde Venner : Depuis 10 ans, quand je parle de lui, je dois quand même parfois prendre sur moi, car ça ravive une souffrance. Celle d’avoir perdu l’homme que j’aimais, que j’admirais. C’est en même temps un devoir de parler de lui. Tellement de choses contraires ont été dites sur lui que je me suis dit qu’il fallait parler. Et je suis contente de l’avoir fait avec Antoine Dresse, qui a la chaine vidéo Ego Non, qui est un jeune homme brillant et cultivé et charmant. Notre travail a été agréable intellectuellement.

Mais vous voyez, même là, quand je vous en parle, il y a toujours de la souffrance. Cela suscite mélancolie et tristesse. Quand on vit avec quelqu’un on ne se rend pas compte souvent de tout ce qu’il était ou représentait. Après sa mort, on se rend encore plus compte du bonheur que c’était de vivre à ses côtés.

Quand je relis ses livres, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance de vivre avec un grand esprit comme Dominique Venner.

Breizh-info.com : Vous dédiez votre livre à votre mari, Dominique Venner, mais aussi à Mano Dayak. Qui était-il et pourquoi cette dédicace ?

Clotilde Venner : Avant mon histoire avec Dominique, j’avais déjà été marquée par la vie. À 17 ans, j’ai rencontré Mano Dayak au Niger, ce dernier dirigeait l’agence Temet Voyages qui organisait le Paris-Dakar. Nous avons eu une relation amoureuse et je suis tombée enceinte. J’ai eu un fils. Mano Dayak était alors un homme connu, qui faisait la Une des journaux. Un homme qui recevait des acteurs, des personnes connues (Higelin, Brasseur…) chez lui. Il était ami avec Thierry Sabine.

Alors que mon fils a eu trois ans, j’avais entamé des études de philosophie à La Sorbonne. Il y a eu les premiers massacres de Touaregs. Mano Dayak, à qui certains reprochaient d’être un « touareg de salon parisien » a tout quitté, pour aller prendre la tête de la rébellion. Pendant trois ans, il a vécu dans le maquis parmi ses hommes. Il y a eu ensuite un projet d’accord de paix. Il a pris un avion pour participer à ces négociations, et l’avion a explosé en vol (il avait déjà été victime de plusieurs tentatives d’assassinat. C’était le 15 décembre 1995. Il a été enterré dans le désert du Ténéré. Et aujourd’hui l’aéroport d’Agadez porte son nom.

Souvent, j’ai entendu des gens expliquer ne pas comprendre mon parcours, pourquoi avoir eu une relation avec un Touareg, puis ensuite avec Dominique Venner.. Mais pour moi il n’y a pas de contradiction. Les deux hommes que j’ai aimés étaient des guerriers qui sont morts au service de leur peuple.  Jean Mabire, après sa mort, a écrit un magnifique article sur lui d’ailleurs, car il l’avait rencontré, via son fils Halvard qui était un ami de Mano.

Oui, le père de mon fils n’est pas un Européen, c’est un Touareg. Qui avait étudié en France, mais qui était reparti dans son pays pour y créer une agence de voyages et qui est mort pour son peuple. Aujourd’hui, au Niger, c’est une icône de l’identité touareg.

J’ai voulu lui rendre hommage, car Dominique a évoqué mon histoire dans la dernière page d’Histoire et Traditions des Européens.  Mais aussi pour montrer que Dominique Venner n’était pas le racialiste qu’on imagine. C’était un différentialiste. Il disait « Je me bats pour que chaque peuple puisse défendre son identité ». Il souhaitait que les Tibétains vivent comme des Tibétains, les Européens comme les Européens, les Bretons comme les Bretons… selon leurs traditions.

Breizh-info.com : Quelles sont les principales œuvres de D. Venner qui vous ont particulièrement marquée ?

Clotilde Venner : Quand je l’ai rencontré, il écrivait Histoire et Traditions des Européens. Je l’ai lu sous toutes les formes, plusieurs fois. C’est un livre essentiel. Mais si je m’adresse aux jeunes lecteurs, je leur conseillerais en premier le Samouraï d’Occident, son testament. Dans le Samouraï, il y a une dimension de sagesse, de pratique. Puis il faut approfondir cela. Puis passer à Histoire et Traditions des Européens., qui est plus détaillé. C’est le versant éthique et spirituel.

Plus historique et politique, je conseille Le Siècle de 14, un chef-d’œuvre. Nous avions aussi écrit ensemble Le Choc de l’Histoire, livre d’entretien, qui est accessible et permet de rentrer dans son œuvre.

Enfin, Le Cœur rebelle, lecture plutôt pour jeunes gens, pour jeunes hommes, car c’est assez masculin. Magnifique témoignage sur son engagement politique, sur sa guerre d’Algérie…

Pour les Carnets rebelles (trois tomes disponibles actuellement chez la Nouvelle Librairie), ce n’est pas forcément la première lecture qu’il faut faire. Si on aime son œuvre, une fois qu’on a tout lu, c’est intéressant de se plonger dedans et de comprendre la genèse d’une oeuvre. C’est une mine de réflexions, de références, de lectures. On y découvre notamment beaucoup d’auteurs qui méritent d’être lus encore aujourd’hui.

Breizh-info.com :  Que répondez-vous à ceux qui disent que Dominique Venner n’était pas un vrai historien, que ça se ressent dans certains de ses livres ?

Clotilde Venner : Il a quand même reçu le prix de l’Académie française pour son Histoire de l’Armée rouge. Il a dirigé la Nouvelle Revue d’Histoire. Nous avons interrogé les plus grands historiens. Il avait des relations amicales avec le grand spécialiste de l’Antiquité Lucien Jerphagnon, et de grands historiens appréciaient le travail de Dominique.

Je peux comprendre toutefois certains reproches. Dominique Venner n’était pas un historien s’attachant à des détails insignifiants. Pour lui l’Histoire n’était pas une lettre morte : elle devait permettre de penser le Présent. Il s’opposait à l’idée que l’étude de l’Histoire est neutre. Il voulait que chaque historien assume son parti pris. Tout regard est politique. Tout regard est biaisé.

Il y avait une dimension aussi philosophique dans sa relation à l’Histoire. Non, ce n’était pas un historien universitaire qui décrivait des faits sans aucune réflexion. C’était un penseur de l’Histoire. Il était libre par rapport à l’université, et par rapport à toutes les conventions stérilisantes.

Breizh-info.com : Cette liberté de ton et d’esprit, on la retrouve d’ailleurs chez un autre personnage avec qui vous avez partagé du temps, Guillaume Faye. Est-ce que les deux personnages ne sont pas finalement les deux faces d’un même Gémeau, ou tout du moins complémentaires ?

Clotilde Venner : Oui. Ils étaient libres et affranchis de l’université. Dominique leur reprochait (aux universitaires) de stériliser tout, de s’enfermer dans des détails microscopiques et de ne pas penser. Guillaume Faye était plus conceptuel, plus philosophique, c’était un créateur génial. Il écrivait ses livres très vite, mais je pense que s’il avait mis plus de rigueur dans sa rédaction, ils auraient pu être encore bien meilleurs.

Guillaume Faye était un orateur fabuleux. Il savait chauffer une salle de manière incroyable. Et il avait ce talent d’inventer des concepts. Dominique Venner, c’était différent. Ils n’ont pas le même profil intellectuel. Humainement, ils n’étaient pas forcément compatibles (rires). Je précise n’avoir jamais eu aucun lien sentimental avec Guillaume (rires). Je travaillais pour lui, mais il était vite ingérable. Génial, mais ingérable.

Dominique Venner et Guillame Faye étaient deux planètes différentes. Mais ils ont énormément apporté à la mouvance identitaire.

Breizh-info.com : Vous écrivez n’avoir jamais connu d’homme plus volontaire que lui. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Clotilde Venner : Je n’ai jamais vu quelqu’un autant travailler. Il sacrifiait tout à l’œuvre. Il était hanté par elle. Même épuisé, malade, il travaillait jusqu’à 3 h du matin, relisait 10 fois ses textes… c’était un perfectionniste comme je n’ai jamais vu. J’avais l’impression d’être une fainéante à côté de lui alors que j’avais 36 ans de moins… je me disais « Mais ce n’est pas possible de déployer une telle énergie, une telle passion créatrice ». J’étais impressionnée. Il est mort à 78 ans, mais encore à 77 ans, il travaillait dix heures par jour…

Breizh-info.com : n’était-ce pas irritant pour une femme partageant sa vie d’ailleurs ?

Clotilde Venner : Ce n’était pas toujours facile. Mais je l’avais accepté et j’étais très autonome. Et je sentais qu’il avait une mission à accomplir, en ce sens je respectais cela. Ce que j’acceptais de Dominique Venner, je ne l’aurai pas accepté d’un autre homme, c’est évident. J’admirais autant l’homme que l’oeuvre.

Breizh-info.com : Quel héritage a-t-il laissé, selon vous, à sa famille de sang (ses enfants, vous..) d’une part, à sa famille politique d’autre part, et plus globalement, à sa famille civilisationnelle.

Clotilde Venner : Ce qui m’a marqué, c’est d’assister à la genèse d’une oeuvre. C’est de voir un grand écrivain en train de créer. Les êtres que j’admire le plus sont les artistes. Savoir consacrer sa vie à une oeuvre me fascine. Dominique m’a énormément apporté intellectuellement, il a joué un rôle de Pygmalion, m’a appris à écrire. Il m’a fait prendre goût à son esthétique. Ce furent douze années d’un dialogue ininterrompu, et j’ai compris le vide que cela laissait après sa mort. Je me suis sentie bien seule après. C’était une richesse incroyable de vivre avec lui, j’ai vécu ça comme un privilège.

Concernant la communauté, Dominique m’a raconté qu’à la suite d’une conférence devant des jeunes d’Europe Jeunesse ces derniers se plaignaient. Il me dit ensuite « Mais qu’est ce qu’ils auraient dit à notre époque, nous n’avions rien à nous mettre sous la dent concernant la lecture ? Le seul livre que je lisais à la prison de la Santé à l’époque, c’était Que Faire ? De Lénine. Nous n’avions rien ». Aujourd’hui, Guillaume Faye, Dominique Venner sont des trésors de lecture pour la jeune génération. Ils ne sont pas orphelins. Dominique Venner fut un extraordinaire passeur (il l’est toujours). Il faut se nourrir de ses écrits. Ils sont indispensables pour survivre dans notre époque crépusculaire. Dominique avait l’espoir d’un renouveau, mais il ne peut y en avoir que s’il y a des êtres qui se forment et transmettent.

Il a légué par ses écrits une vision du monde belle, des pistes à explorer pour les jeunes penseurs. Mais aussi simplement il nous dit ce que c’est que de vivre en Européen. On a tout dans ses livres. Il a apporté, comme Plutarque, une forme de modèle de vie, de magnifiques portraits, des modèles de comportements, des morales de vie. Dominique Venner donne du sens à l’Histoire et à ses figures.

Breizh-info.com : Vous dites par ailleurs qu’il ne faut pas faire de Dominique Venner une icône de musée, parfois presque religieux. Pourquoi ?

Clotilde Venner : Je ne veux pas qu’on ait de mon mari une image figée, une espèce de statue marmoréenne (de marbre). Il faut lire et se nourrir de ses livres avec un esprit critique, y compris à ne pas être d’accord avec. Ce n’est pas lui rendre hommage que de vouloir le statufier. Le meilleur hommage à lui rendre, c’est de lire ses livres, pour essayer de mieux vivre, et de mieux combattre ce qui nous nie.

Quand je lis des témoignages sur mon mari parfois, je me dis que ça ne correspond pas à l’homme que j’ai connu. Ce n’est pas surprenant car c’était un homme très secret. C’était donc important de dévoiler un peu de son intimité dans ce livre.

À la rencontre d’un cœur rebelle. Entretiens sur Dominique Venner à commander chez La Nouvelle Librairie

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

La loi salique : une mystification (redif)

 Si la parité peine à progresser, c'est parce que la France a toujours refusé le pouvoir aux femmes ? En raison d'une loi du Ve siècle, léguée par les Francs saliens, qui a écarté la gent féminine de la succession au trône ? Élire une femme à la présidence de la République mettrait donc fin à 1500 ans d'ostracisme ? Faux, faux et faux ! Des vérités sont à rétablir d'urgence.

Une femme au pouvoir, ce serait nouveau, prometteur ou renversant. Et ce serait justice après des siècles d'obscurantisme et de patriarcat misogyne... Et bien non, car invoquer la loi salique pour expliquer la faible représentation féminine dans le corps politique aujourd'hui revient à accréditer un mensonge colossal. Et à effacer d'un trait reines et régentes qui exercèrent réellement le pouvoir sur nos terres, sans craindre la comparaison avec leurs homologues masculins.
Las ! la légende de la loi salique, une création du XVe siècle, soit mille ans après les premiers Francs saliens, a prospéré. Elle alimente encore aujourd'hui l'analyse politique et le discours sur la parité : « Cette situation s'explique [...] par des raisons historiques : la loi salique a écarté les femmes de la succession au trône de France » (Corinne Deloy, Les Femmes en politique, Fondation pour l'innovation politique) ; « Mon hypothèse est que fonctionne encore la loi salique, cette loi française, d'abord française, qui interdit la transmission de la couronne à une femme » (Geneviève Fraisse, colloque La Démocratie « à la française » ou les femmes indésirables).
Un texte conçu à des fins purement militaires
Au moyen d'une scrupuleuse enquête, Eliane Viennot, professeur à l'université de Saint-Etienne et présidente de la Société internationale pour l'étude des femmes de l'Ancien Régime, vient heureusement claquer le museau aux lieux communs. Son ouvrage, La France, les Femmes et le Pouvoir- L'invention de la loi salique (Ve - XVIe siècle), paru en octobre chez Perrin, met pour la première fois en perspective, sur le long terme, l'existence d'un partage du pouvoir entre hommes et femmes.
Car, soulève-t-elle d'entrée, « dans un contexte où la doxa présentait la rupture révolutionnaire comme un "grand commencement" (certes difficile) pour les femmes, c'est bien plutôt les preuves de leurs pouvoirs au cours de la période précédente et l'ambiguïté (pour le moins) de la Révolution qui paraissent devoir être mises en lumière. [...] Non seulement nos ancêtres durant près de dix siècles n'ont pas connu de règle écartant les femmes du pouvoir, non seulement ils n'ont jamais vu d'inconvénient majeur à mettre l'une d'elles à leur tête, mais ils l'ont fait longtemps après l'invention de la "loi salique" [...]. A l'aune de cette histoire fort longue, les trois derniers siècles apparaissent comme une anomalie. »
Suivons l'historienne dans son procès en réhabilitation. La « loi salique » a bel et bien existé. Elle fait partie de l'un des « codes barbares », dont les peuples germaniques (férus de droit, inventeurs des assemblées égalitaires d'hommes libres et bâtisseurs de royaumes) se dotèrent de concert à la fin du Ve siècle, c'est-à-dire peu après leur installation en Europe de l'Ouest sur les ruines de l'Empire romain.
Burgondes, Bavarois, Wisigoths, Lombards, Francs ripuaires, Alamans et les fameux Francs saliens (sis entre Meuse et Escaut) couchèrent donc sur parchemin des ensembles de procédures pénales et civiles. Autrement dit, des textes relevant du droit privé, qui n'ont jamais rien eu à faire, et la nuance est importante, avec une constitution politique.
L'article de loi qui servit plus tard à bâtir la fable de l'exclusion des femmes du trône de France traite des « alleux », terme qui désigne les biens propres. Voici ce qu'il indique : « concernant la terre salique, qu'aucune portion de l'héritage n'aille aux femmes, mais que toute la terre aille au sexe masculin. »
Chez les Francs, la femme valait deux hommes !
Non seulement il n'est pas question ici d'une quelconque transmission du pouvoir, mais l'adjectif « salique » ne désigne qu'une portion de l'héritage, celui de la terre ancestrale. Or, au Ve siècle, les premières terres « ancestrales » des Francs saliens à l'ouest du Rhin étaient des tenures militaires, concédées par le fisc impérial aux soldats frontaliers pour leur service armé, et donc, C.Q.F.D., réservées aux hommes. Conclusion sur le premier épisode de l'affaire, selon la formule d'Eliane Viennot : la « masculinité » invoquée dans l'article « n'est pas germanique mais militaire ».
A l'occasion, l'historienne trouve bon de rappeler que les Francs eurent « sûrement une société plus égalitaire que celles qui suivirent », avec des coutumes qui favorisaient largement les femmes. « Non seulement, rappelle Jean-Pierre Poly (Le Chemin des amours barbares, Perrin), le sexe féminin n'est pas exclu de la succession descendante, mais lorsque les biens remontent, il est privilégié : la succession échoit à la femme la plus proche, la mère suivie de ses enfants, frères et sœurs du défunt, puis la tante maternelle, fille de la grand-mère... »
Pour autre exemple, le « prix de la vie » (« le wergeld ») d'une femme, tel qu'il était alors réglementé, était toujours le double de celui d'un homme. Pour illustration encore, ces figures de reines des premières dynasties, qui furent épouses influentes - le rôle de Clotilde dans la conversion de Clovis au christianisme est attesté -, mères souveraines dans la minorité de leurs enfants - fracassantes Brunehilde et Frédégonde mais conformes à leur époque sans tendresse -, ou veuves héritières du royaume, comme Nanthilde, Bathilde, Bertrade, première reine carolingienne, ou Judith de Bavière, qui exercèrent seules le pouvoir suprême.
Quelques siècles plus tard, l'âge des seigneurs et des dames ouvre la merveilleuse époque des lignages, quand se développent la mystique du sang et de l'héritage familial, portés par les femmes, et celle de l'amour courtois. Georges Duby s'était attaché à mettre en lumière la puissance féminine d'alors, qu'on pense simplement à Héloïse, Aliénor d'Aquitaine ou Marie de France, dans les trois tomes de ses Dames du XIIe siècle : « Au terme de l'enquête, écrivait-il, [elles] m'apparaissent plus fortes que je n'imaginais, si fortes que les hommes s'efforçaient de les affaiblir par les angoisses du péché. »
Un faux en écriture pour conforter les Valois
En effet, peut-être par un renversement de tendance, tout n'ira plus aussi bien pour les dames par la suite. La thèse que développe Eliane Viennot porte sur le rôle de la clergie, à partir du XIIIe siècle, comme véritable ennemie des femmes. La clergie, à ne pas confondre avec l'Église, désigne les savants, les clercs des universités, cohortes masculines en constante recherche d'ascension sociale et d'influence. Cette internationale d'intellectuels, abreuvée à des pères de l'Église violemment misogynes, imbue de son savoir, se met peu à peu au service des Etats - en clair, elle envahit les « administrations centrales » pour y imposer sa loi.
La collusion entre le discours qu'elle diffuse pour saper l'ordre féodal et l'image de la femme à son seul profit - par tous les moyens de communication alors disponibles : disputatio publiques, pamphlets, romans... - et le pouvoir acquis par les ordres mendiants, bras armé de l'Inquisition, conduira aux bûchers des sorcières.
Puis sa stratégie d'écrasement s'étendra à tous les rivaux gênants : « bonnes femmes » pratiquant la médecine et l'obstétrique, religieuses et monastères féminins trop indépendants, Juifs, Templiers qui étaient aussi les banquiers de la Couronne, sans oublier de réécrire l'histoire en occultant les reines de France ou en les traînant dans la boue - amnésie ou opprobres qui perdureront dans l'enseignement de la République...
Cette prise de pouvoir de la clergie n'est pas spécifique à la France, mais à partir du moment où le royaume capétien fait ouvrir au XIIe siècle l'Université de Paris, notre pays devient pour plusieurs centaines d'années le centre de gravité de ce nouvel ordre technocratique,
C'est dans ce contexte qu'un membre de la clergie, Jean de Montreuil, produit, en 1408 ou 1409, le faux en écriture : la loi salique nouvelle version, Elle lui permet de conforter la légitimité des Valois - contestée depuis qu'ils se sont emparé du trône au détriment de Jeanne de France, fillette de 5 ans et unique héritière en droite ligne de la Couronne. Et d'écarter juridiquement les femmes du pouvoir. En changeant simplement, dans le texte original, le mot « terre », par le mot « royaume » pour signifier que la disposition avait bien un sens politique. Puis, pour finir, d'imposer aux souverains une loi qui leur préexiste, sur laquelle ils n'ont donc pas prise.
A partir de cette date lien n'arrêtera plus la légende en marche, même si son officialisation prendra encore du temps. Car la grande noblesse conservera, à la fois un mépris indicible pour la clergie et son estime pour ses femmes et ses reines. Comment aurait pu être acceptée, sans cela, la présence au pouvoir des Blanche de Castille, Anne de France, Louise de Savoie ou Catherine de Médicis ?
L'ironie de l'histoire est que l'on doit à la Révolution française d'avoir, pour la première fois, avec sa première Constitution, paraphé la « loi salique » du XVe siècle. Un enregistrement que les monarques successifs avaient pris garde d'éviter. Et d'avoir écarté les femmes de la vie publique pour cent cinquante ans, en en faisant civilement des citoyennes mais en oubliant leurs droits politiques.
Eléonore Pasquet Le Choc du Mois Janvier 2007

mardi 27 juin 2023

Enseignement de l’ignorance : comment l’Éducation nationale sape l’histoire nationale

 

Enseignement de l’ignorance : comment l’Éducation nationale sape l’histoire nationale

C’est une histoire de plus en plus décentrée, globalisée et plurielle que les professeurs d’histoire-géographie dispensent à leurs élèves. Au roman national a succédé la fiction d’une histoire tournée vers l’international, résolument thématique et volontiers édifiante, qui occulte des pans entiers de notre histoire (ce qu’une histoire chronologique ne pourrait faire). Difficile de faire nation avec cela.

Ouvrons le manuel d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques des élèves de terminale de l’année scolaire 2022-2023. À l’heure où paraîtra cet article, on peut penser, sans avoir un don de clairvoyance particulier, que les neuf dixièmes de cette promotion, au bas mot, quitteront le lycée leur diplôme du baccalauréat en poche. Pour la majorité d’entre eux, la sortie de l’enseignement secondaire correspondra, à quelques mois près, à la reconnaissance de leur qualité de citoyen. Voyons donc avec quel bagage historique cette nouvelle génération d’adultes entrera « dans la carrière » – puisque les paroles de La Marseillaise sont censées être connues par tous les écoliers de la République.

Pour préparer cet article, nous nous sommes procuré plusieurs manuels, à titre de comparaison (il faut savoir que ces ouvrages pédagogiques sont rédigés par des collectifs d’enseignants). Sur la forme, les grands éditeurs : Nathan, Hachette Éducation, Belin Éducation, lelivrescolaire.fr, se rejoignent, avec des maquettes denses mais imagées, une place importante accordée aux documents, aux textes originaux, une bibliographie réactualisée et des cartes et graphiques qui n’ont rien à envier aux atlas disponibles dans le commerce. Sur le fond, pas de fantaisie non plus, les six grands thèmes abordés en terminale – pour les élèves ayant choisi cette spécialité – sont ceux imposés par le programme. Les titres des sections peuvent varier d’un manuel à l’autre, pas leur contenu. Sont ainsi traitées les questions : 1) des nouveaux espaces et de leur conquête, avec les rivalités qu’elle suppose ; 2) des guerres et de leur évolution du XVIIe siècle à aujourd’hui, avec une large place accordée aux organisations visant à les encadrer sur le plan juridique ; 3) de la mémoire des conflits et des génocides (mémoire et histoire, mémoire et justice, leurs ambivalences) ; 4) de la protection du patrimoine et de ses enjeux : historiques, économiques, géopolitiques ; 5) de l’environnement, son exploitation et sa sauvegarde, au niveau planétaire ; 6) de la connaissance scientifique, étudiée comme facteur de puissance.

Une histoire globalisée

Les illustrations de couverture du manuel publié par Nathan résument au mieux l’indéniable ambition de ce programme – et son orientation intellectuelle : un astronaute photographié flottant au-dessus de la Terre, un portrait de Napoléon Ier à cheval, observant la bataille une carte à la main, sa lunette dans l’autre, un champ de palmiers à huile, le temple de Borobudur en Indonésie, un tableau de femmes étudiant dans une bibliothèque à la Belle Époque, un gros plan sur de petites croix blanches décorées de coquelicots en papier, rappel des soldats britanniques tués lors de la Première Guerre mondiale. Si leur construction ne se prête guère à une lecture normale, chacun de ces manuels peut se targuer d’avoir la valeur encyclopédique d’un dictionnaire du XXe siècle. Signe des temps, la géopolitique s’affirme désormais comme une matière à part entière, et les notions de conflit et d’enjeu (passés, présents et futurs) y sont omniprésentes. Les sujets dits sociétaux, abordés dans la partie « Enseignement moral et civique » (EMC), éminemment idéologiques, donc propices aux débats en classe, sont finalement ceux où les manuels diffèrent le plus, selon le nombre de pages que les auteurs leur consacrent. Notons aussi que le phénomène guerre – la guerre entendue comme champ d’étude – y occupe une place réduite, ce thème arrivant loin derrière le thème du changement climatique et celui du rapport entre histoire, justice et mémoire1. Dans l’ensemble, l’histoire de la France moderne et contemporaine apparaît surtout superposée à un contexte beaucoup plus large : globalisé.

            Ceux pour qui l’« histoire-géo » est une matière à gros coefficient sauront qui remercier. C’est au Conseil supérieur des programmes (CSP) qu’il revient d’avoir fait le choix de cet enseignement de l’histoire, à la fois fragmentaire et mondialisée. Peut-être se souviendra-t-on de la polémique qu’avait entraîné en 2015, année ô combien symbolique, la présentation officielle de la loi de réforme des programmes d’histoire. S’il en était encore besoin, les attentats du mois de janvier avaient mis à nu, de la plus cruelle des façons, la fragilité constitutive de la société française ; une société que l’on découvrait morcelée, rongée de l’intérieur par des revendications identitaires et communautaires dont les porteurs étaient dorénavant prêts, pour certains, à employer des méthodes militaires qu’on croyait réservées aux pays du Proche-Orient. La nation en état de choc doutait soudain de son avenir. Annoncé dans de telles circonstances, il était évident que le projet de réforme du programme d’histoire allait donner lieu – servir de prétexte, dirait-on rue de Grenelle – à un débat politique d’ampleur nationale. Depuis, loin de s’apaiser, la querelle idéologique opposant les défenseurs d’une conception nationale de l’enseignement de l’histoire et les promoteurs d’une vision plurielle, multiculturelle de ce même enseignement, n’a fait que s’exacerber.

Exit le roman national

Concédons au CSP la fermeté de son engagement en faveur de la deuxième option. Faisant fi des critiques qui leur sont adressées, ses membres se montrent intransigeants sur deux principes : 1) les professeurs sont libres de choisir les thèmes qui leur conviennent parmi ceux proposés – qu’on soulève les risques de parti pris politique, le CSP répond qu’il a toute confiance dans les fonctionnaires de l’Éducation nationale ; 2) l’histoire de France doit être enseignée dans sa « pluralité ». Le CSP n’éprouve pas seulement la peur d’un possible retour du roman national, il la revendique. La conséquence de cette phobie assumée se retrouve dans son discours : il ne s’agit plus de concevoir l’enseignement de l’histoire de France comme l’apprentissage d’une mémoire partagée, mais comme l’inventaire d’une collection d’histoires « des Frances », où les mémoires communautaires sont mises en avant au détriment d’une identité collective jugée d’office suspecte. On l’aura compris, avec un tel point de vue, la chronologie, l’histoire événementielle ne peuvent être que les grandes perdantes. Exit l’histoire racontée à la manière héroïque de Michelet ou fédératrice de Bainville. La continuité historique, base de toute histoire nationale, n’étant plus recherchée, il n’est dès lors plus nécessaire de respecter un ordre chronologique quelconque, puisque le programme est thématique, et l’impasse pourra être faite sans sourciller sur des pans entiers de l’histoire de France. Aboutirait-on à une pensée historique volontairement déstructurée que cela ne serait pas étonnant. La surenchère victimaire des uns – la concurrence mémorielle –, la culpabilisation des autres en résultent d’autant plus logiquement que le programme se veut moraliste, voire moralisateur2.

Planter et faire croître la graine du sentiment patriotique dans l’esprit des jeunes Français seraient donc des tares si honteuses, si indignes ? Amour de la science et civisme sont-ils à ce point inconciliables ? S’il n’est plus question aujourd’hui de reconquérir l’Alsace et la Lorraine, c’est pourtant bien de hussards noirs que nous aurions besoin pour reprendre pied dans les dizaines, les centaines de zones dites de non droit qui parsèment le territoire national. En quelques générations, moins d’un demi-siècle, l’enseignement de l’histoire de France est passé d’une aspiration positive : ancrer et renforcer l’idée d’appartenance à une seule et même nation, avec son identité, ses valeurs propres, lesquelles méritent qu’on les défende, les armes à la main et au sacrifice de sa vie s’il le faut, à une aspiration négative, « critique », qui, sous couvert d’être ouverte sur le monde, se complaît dans la repentance et le reniement de soi. Cette « vision doloriste » de l’enseignement de l’histoire, selon la formule de l’historien Patrice Gueniffey, se traduit par une insistance, qu’on pourrait qualifier de morbide, à fustiger le cerveau des élèves, quand ceux-ci auraient tant besoin d’être édifiés. Bien sûr, il ne s’agit pas de tout embellir ou d’évacuer du programme ce qui ne saurait être magnifié. Mais à trop mettre l’accent, comme on s’acharne à gratter une plaie, sur les aspects les plus contestables de notre histoire, même avec un souci affiché de compréhension, on ne facilite pas non plus, c’est le moins qu’on puisse dire, le développement chez l’élève d’une conscience nationale, sans laquelle les sentiments de fierté, de respect et d’amour de son pays restent des mots creux, vides de sens.

Les territoires perdus

Entre les deux excès, où se situe le juste milieu ? De quelle préparation à l’exercice de la citoyenneté parle-t-on, quand les pédagogistes du ministère de l’Éducation nationale, récusant toute idée d’une histoire francocentrée (et même européocentrée3), valorisent au contraire au sein des établissements scolaires l’expression de particularismes désintégrateurs – il n’est d’ores et déjà plus question d’assimilation, mot devenu tabou dans la bouche des politiques –, des lieux supposés être des sanctuaires du « vivre ensemble », mais où le sentiment anti-français se donne désormais libre cours ? (Près de 800 incidents recensés par l’Éducation nationale lors de la minute de silence observée le 2 novembre 2020 pour rendre hommage à Samuel Paty, lui-même professeur d’histoire-géographie en collège.) Pour avoir banni le grand récit national – ne parlons plus du roman – de la formation des élèves, taxé pêle-mêle de fourrier du nationalisme, du colonialisme, du racisme, du capitalisme exploiteur et du patriarcat, l’école se fait aujourd’hui l’antichambre de la guerre civile. Croyant pacifier les esprits, elle ne fait que les monter les uns contre les autres, dans ce que l’essayiste et romancier allemand Hans Magnus Enzensberger appelait déjà, en 1993, de « minuscules déclarations de guerre ». On ne répétera jamais assez que Mohamed Merah, Amedy Coulibaly et les frères Kouachi furent eux aussi des élèves de l’école républicaine.

Le temps alloué à l’enseignement de l’histoire-géographie au lycée ne change rien à l’affaire : en moyenne 3 h 30 par semaine, éducation morale et civique (EMC) comprise, depuis la refonte de 2018. Outre le contenu du programme et son découpage, un autre problème (qui ira grandissant à mesure que le corps enseignant sera amené à se renouveler) réside dans la méthode adoptée pour le transmettre, à savoir cette nouvelle conception de la pédagogie qui ne consiste plus, pour le « sachant » (le professeur), à asséner un cours magistral à sa classe d’« apprenants » (les élèves), mais à les accompagner dans une démarche individuelle plus active, chaque cours se transformant ainsi en une enquête multimédias, comme au fond le ferait un véritable historien. À cela près que le travail de l’historien a ses règles (maîtrise de la chronologie, analyses biographiques, détails des événements) que le CSP dénigre aujourd’hui.

Comment faire des étrangers ?

L’impression dominante est que nous cultivons de futurs citoyens hors sol, et plus des citoyens du monde que de leur propre pays. Une masse de Français « au-dessus de la mêlée » certes4, mais quel aurait été le sort de la France si, en 1914, il n’y avait eu que des émules de Romain Rolland et aucun Maurice Genevoix5 ? La question est presque plus philosophique qu’historique, or il se trouve que c’est aussi une matière à laquelle nos élèves de terminale devront se frotter pour prétendre décrocher le bac. Aussi avons-nous pensé à un sujet que nous pourrions leur soumettre. Une leçon en l’occurrence, à notre sens la plus importante que Julien Freund, philosophe, sociologue et politologue qu’à coup sûr ils n’auront pas étudié6, nous ait légués : déclarer qu’on ne veut pas avoir d’ennemis ne suffit pas pour que cela soit vrai ; taire le danger ne signifie pas qu’on doive y échapper toujours. Jeunes gens, vous avez encore quelques années devant vous pour y réfléchir.

1. Par exemple, chez Nathan : 20 pages pour l’histoire des guerres contre 60 pages pour la question environnementale et 63 pages pour le devoir de mémoire.

2. Le cas, au demeurant très spécifique, de l’Allemagne devrait nous inciter à la prudence. L’histoire y est enseignée selon la Betroffenheitspädagogik ou « pédagogie de l’affect », qui vise davantage à susciter l’émotion que la réflexion, les valeurs morales ainsi acquises primant sur la connaissance intrinsèque du passé, cela afin de contrer sa possible résurgence. Un modèle aujourd’hui de plus en plus contesté chez nos voisins.

3. On a d’ailleurs vu que la tentative de produire un manuel d’histoire européen avait échoué.

4. Les demandes d’engagement dans la Réserve ont cependant grimpé depuis 2015 et l’attrait pour le corps des pompiers, la sécurité civile ou les forces armées perdure.

5. N’étant plus mobilisable à la déclaration de la guerre, Romain Rolland (1866-1944), résidant en Suisse, publia en 1915 un manifeste pacifiste intitulé Au-dessus de la mêlée, qui lui valut le Prix Nobel de littérature; la même année, Maurice Genevoix (1890-1980), mobilisé dès le premier jour en tant qu’officier de réserve, fut grièvement blessé aux Éparges. Le futur secrétaire perpétuel de l’Académie française en tira la matière de son plus grand livre : Ceux de 14.

6. Julien Freund, Le Politique ou l’art de désigner l’ennemi, Paris, La Nouvelle Librairie éditions, 2020, 338 p.

https://www.revue-elements.com/enseignement-de-lignorance-comment-leducation-nationale-sape-lhistoire-nationale/

LA FEMME GAULOISE (CELTE) (redif)

 La femme celte n'était ni effacée ni passive, elle ne jouait pas un rôle secondaire, comme à Rome ou en Grèce. Cet aspect des choses est inhérent à la nature de la culture celtique, dans la spiritualité qui servait jadis de ciment à celle-ci, le principe divin supérieur n'était pas masculin mais bien féminin. Les Celtes avaient un grand respect de la femme qu'ils ont toujours considérée comme un être moralement supérieur, tandis que les Germains et les Romains en ont fait un être hypocrite et mensonger.

La femme gauloise jouit d'un statut particulier, exceptionnel même si on le compare à celui de la femme romaine dont la dépendance à l'égard du mari est non seulement morale mais aussi économique. La Gauloise, au contraire, dispose d'une certaine indépendance financière et assume une part de son destin à la mort de son mari. Ce privilège, qu'il faut malgré tout relativiser, a un prix : cette place dans la société et dans l'économie de la maison a été acquise par des générations de femmes qui, d'une manière générale, ont travaillé plus que les hommes. Strabon présente cette évidence comme un topos, un lieu commun qui caractérise les civilisations barbares : « Le fait qu'entre les hommes et les femmes les travaux sont distribués à l'inverse de ce qu'ils sont chez nous (c'est-à-dire en Grèce et à Rome) est commun à beaucoup d'autres peuples parmi les barbares. » Mais Poseidonios qui, le premier, donne cette information, l'accompagne d'exemples qui confirment cependant sa profonde réalité. Lui-même, lorsqu'il était hébergé chez un riche propriétaire terrien, a vu des femmes travailler aux champs (d. Naissance, ch. 5). Mais surtout sa description générale de la société gauloise met particulièrement en évidence la répartition générale des activités. Aux hommes sont réservés la guerre, son entraînement, l'équitation, la chasse, les pratiques cultuelles, l'exercice de la politique, du droit et de l'éducation, certains métiers artisanaux (les métiers du feu et des métaux entre autres). Aux femmes reviennent la plupart des tâches domestiques, c'est-à-dire une bonne part des travaux des champs, la gestion des troupeaux, la réalisation de certains types d'objets, tels que la céramique, les vêtements, peut-être la cordonnerie, la bourrellerie, la tabletterie. Le travail à la maison et à la cuisine était considérable du point de vue du temps passé et de l'énergie déployée.
C'était vrai avant tout pour moudre les céréales, tâche qui pouvait occuper plusieurs heures. Cela exigeait un soin particulier, car la présence de résidus d'abrasion de la pierre dans la farine provoquait une usure accrue des dents.
Des moulins comme on en connaît dans de nombreuses citées celtes facilitaient le travail en comparaison de l'antique pilon.
La place de l'homme et de la femme dans la société gauloise des cinq derniers siècles précédant notre ère est le résultat tardif d'une situation plus ancienne, au cours de laquelle une grande partie de la population mâle était occupée à la guerre, obligeant les femmes à subvenir à tous les autres besoins.
Par opposition aux Romains qui voyaient dans la femme une reproductrice et un objet de plaisir, les druides associaient les femmes à la vie politique et religieuse de leurs peuples.
La femme gauloise jouissait d'une situation qui la mettait au même rang que son marri.
On comprend mieux dès lors l'étonnant contrat de mariage dont César, toujours d'après Poseidonios, expose les modalités : « Les hommes, quand ils se marient, mettent en communauté une part de leurs biens, équivalant, après qu'en a été faite l'estimation, à la somme d'argent apportée en dot par les femmes. On fait de ce capital un compte unique, et les intérêts en sont mis de côté ; le conjoint survivant reçoit l'une et l'autre part, avec les revenus accumulés. » Le juriste du IIIè siècle Ulpien, précise qu'en plus de sa dot, la femme possède « ce que les Gaulois appellent pécule ». Cette gestion de leurs biens illustre mieux que tout autre exemple l'égalité de l'homme et de la femme qui existe dans le domaine de l'économie (au sens grec du terme, c'est-à-dire celui de la bonne marche de la maison), César a beau ajouter, à la suite, que l'homme a droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants, on voit bien qu'il s'agit d'une formule rhétorique qui renvoie, par comparaison, au droit romain : le Gaulois comme le Romain est le pater familias, il a l'autorité sur tous les membres de la famille. César ajoute que, lorsqu'un chef de famille meurt de façon anormale, on soumet sa femme à la question jusqu'à ce qu'elle avoue son crime. Celle qui est reconnue coupable est jetée au feu. Cette pratique paraît fort archaïque et n'a probablement plus aucune réalité dans les décennies qui précèdent la conquête. À contrario, elle témoigne qu'en des temps anciens les femmes avaient déjà suffisamment de pouvoir pour tenter d'empoisonner leur mari et de prendre leur place.
Le rôle de l'épouse gauloise est encore renforcé par celui que joue le mariage lui-même dans les relations entre les grandes familles patriciennes ou riches, dans les accords politiques voire diplomatiques entre les États, Le cas de Dumnorix est à cet égard révélateur (cf. Mariage, ch, 5). Les femmes comme les enfants sont les meilleurs instruments des unions à longue distance entre les peuples, ils sont également leur meilleure garantie de pérennité.
Le divorce était très facile chez les Celtes, d'abord parce que le mariage n'avait pas un caractère sacré et obligatoire. C'était un contrat, soumis à des clauses, les clauses n'étant plus respectées, le contrat devenait caduque. Acte essentiellement contractuel, social, mais non pas religieux, acte reposant sur la liberté des époux, le mariage celtique apparaît donc comme une sorte d'union libre protégé par les lois, et qu'il est toujours possible de rompre. Dans le divorce celtique, l'homme et la femme sont placés sur un plan de strict égalité.
Enfin, les Celtes ont toujours hésités entre la monogamie et la polygamie, voire même la polyandrie(1).
(1) polyandre, se dit d'une femme ayant plusieurs maris.
Un concubinage ou mariage annuel existait qui ne préjugeait en rien des droits de la femme légitime qui était la seule épouse en titre et qui pouvait se faire aider dans son travail domestique par la ou les concubines de son mari, de toute façon, si le mari passait outre elle pouvait toujours divorcer et de ce fait reprendre son pécule.
D'après Diodore de Sicile (V.32) « chez les Gaulois, les femmes sont presque de la même taille que les hommes, avec lesquels elles rivalisent de courage ».
« l'humeur des Gaulois est querelleuse et arrogante à l'excès. Le premier venu d'entre eux, dans une rixe, va tenir tête à plusieurs étrangers à la fois, sans autre auxiliaire que son épouse, champion bien redoutable encore. Il faut voir ces viragos, les veines du cou gonflées par la rage, balancer leurs bras robustes d'une blancheur de neige et jouer des pieds et des poings, assurant des coups qui semblent partir de la détente d'une catapulte ». Ammien Marcellin (XV.12)
Les épouses d'origine étrangère, représentant dans la cité de leur mari les intérêts du peuple dont elles sont issues, ont nécessairement une position sociale et, pour une certaine part, politique qui les situe presque au niveau des hommes. Elles ne perdent pas toute individualité en se mariant, mais gardent d'étroits contacts avec leur famille qu'elles retrouvent naturellement à la mort de leur mari. Les remariages sont possibles, et dans ce cas la femme peut une nouvelle fois représenter les intérêts de sa famille, comme on le voit faire à la mère de Dumnorix. De telles femmes, réellement puissantes, souvent riches, sont honorées à l'égal de certains hommes. On comprend dès lors l'étonnement de Clément d'Alexandrie qui écrit : « Il y a beaucoup de Celtes pour élever en l'air les litières des femmes et les porter sur leurs épaules. »
D'après Plutarque, les femmes peuvent jouer un rôle imminent dans les assemblées confédérales, celles communes à plusieurs peuples et qui traitent des alliances ou des conflits. La qualité de leur bon jugement et de leur impartialité y est reconnue. C'est pourquoi on leur confie la tâche d'arbitrer entre les deux parties.
Plutarque, dans son traité Des vertus des femmes, donne l'exemple d'une convention passée entre Hannibal et les peuples riverains des Pyrénées qui précise que, si les Gaulois ont des plaintes au sujet des Carthaginois, ils doivent les adresser à leurs généraux qui demeurent en Espagne, mais que les Carthaginois qui ont à se plaindre des Gaulois doivent faire valoir leurs droits auprès de certaines femmes gauloises qui jouent le rôle d'arbitres.
Les auteurs notent chez les Celtes une certaine tendance à la promiscuité : « Elles accordent généralement leur virginité à d'autres et ne considèrent pas ceci comme une disgrâce, mais se sentent plutôt méprisées lorsque quelqu'un refuse leurs faveurs librement offertes. » (Diodore de Sicile Hist 5-32)
Certaines reines avaient des époux qui n'étaient pas rois eux-mêmes.
Aux vues des objets et trésors découverts dans la tombe de la princesse de Vix, on mesure le pouvoir qui était le sien dans la société.
Cartimandua, reine des Brigandes de Grande-Bretagne, n'hésite pas à se séparer de son mari pour épouser son écuyer.
Toujours en Grande-Bretagne, la célèbre Boudica conduira un soulèvement contre les Romains.
Patrice Plard
sources :
Keltia n°5
L'Archéologue n°84
La femme celte J.Markale
Les gaulois J.L Brunaux
Les Celtes O Buchsenenschutz
Nos ancêtres les Gaulois J.L Brunaux
Les Celtes Barry Cunliffe
La N.R.H (Vincent Kuta)

La guerre 14-18 vue par Maxime Gorki

 

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Il ne manque pas d’écrivains réputés de leur temps, déclarés universels, « nobelisés » et, aujourd’hui, parfaitement oubliés. Ce qui n’est pas tout à fait le cas de Maxime Gorki (1868-1936). Opposant au régime tsariste, socialiste révolutionnaire, il avait mis sa plume au service des opprimés. Son roman « La Mère » (1907) fit le tour du monde. Ce premier Gorki est, sur bien des points, le pendant de Jack London, son contemporain.

Rallié à la dictature bolchevique, il fut un compagnon de route difficile au point qu’il s’exila en 1921 avant de rentrer en U.R.S.S. en 1924. Staline se l’appropria, le décréta fondateur du « réalisme socialiste » ; il le choya, l’espionna et, probablement, le fit empoisonner. Il faut lire Soljenitsyne, « L’Archipel du Goulag », la rencontre entre Gorki et le tsar rouge… L’écrivain se renia en vantant les mérites du chantier Baltique-Mer Blanche, ce canal qui vit périr à la tâche des dizaines de milliers de bagnards.

Mais c’est ici un autre Gorki qu’il faut saluer, l’homme qui avait compris la portée du premier conflit mondial. Le 22 août 1917, il écrit :

« Quelques dizaines de millions d’hommes parmi les plus vigoureux et les plus aptes au travail sont arrachés à la grande œuvre de la vie, au développement des forces productives de la terre, et on les envoie se tuer les uns les autres. Enfouis dans la terre, ils vivent dans la boue, sous la pluie, sous la neige ; leur espace est réduit ; ils sont épuisés par les maladies, dévorés par les parasites ; ils vivent comme des bêtes à l’affût les uns des autres afin de se tuer.

On tue sur la terre ferme, on tue sur les mers. Chaque jour sont ainsi exterminées des centaines et des centaines d’êtres parmi les plus évolués de notre planète, ceux qui ont créé ce que la terre a de plus précieux : la culture européenne.

Des milliers de villages, des dizaines de villes sont détruits, le travail séculaire de maintes et maintes générations est anéanti, des forêts sont abattues et brûlées, des routes sont saccagées, des ponts sont dynamités, de précieux ouvrages terrestres nés du douloureux et opiniâtre labeur de l’homme sont réduits en poudre et en cendres. La couche fertile de notre sol est pulvérisée par l’éclatement des fougasses, des mines, des obus, éventrée par les tranchées, le sous-sol stérile est mis à nu, toute la terre est défigurée, souillée par la chair pourrissante des innocents tués. On viole les femmes, on tue les enfants, il n’est pas de turpitude que la guerre n’autorise, il n’est pas de crime qu’elle ne justifie.

Nous vivons la troisième année de ce cauchemar sanglant et nous sommes devenus comme des bêtes, nous avons perdu la raison. Voici que l’art exacerbe la soif de sang, de meurtre et de destruction ! Voici que la science, violentée par le militarisme, se met docilement au service de l’extermination massive des hommes !

Cette guerre est le suicide de l’Europe ! »

(Pensées intempestives, L’Age d’homme, 1975)

Pour entrer dans le détail de cette réflexion il faut lire :

* Gérard Guicheteau, Jean-Claude Simoën, Histoire anecdotique de la Première guerre mondiale, Perrin, Tempus, 2014.

Des récits étonnants, avec une verve et un esprit qui décoiffent. Pour découvrir le « 75 » sous tous ses angles de tir, le martyre des cavaliers et de leurs montures, la « grande stratégie » conduite avec une « grandiose stupidité », les zeppelins et la Grosse Bertha, le génocide arménien, Foch contre Ludendorff…

Pour comprendre la mise à feu à l’été 1914 : 

* Philippe Conrad, 1914, La guerre n’aura pas lieu, Genèse Edition, 2014.

Une approche non conforme, aussi savante que lumineuse des origines du conflit. Quand l’aléa vient tout brouiller et que l’irrationnel, la fuite en avant l’emportent.

Jean Heurtin.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2014/07/17/14491/guerre-14-18-vue-maxime-gorki/

lundi 26 juin 2023

Naia la sorcière de Bretagne - Histoire de Sorcellerie

La Monarchie royale, la vraie monarchie "à la française".

 

Fleurdelys ni facho ni bobo b

Si certains peuvent, parfois de bonne foi, confondre monocratie et monarchie, il importe toujours de distinguer l’une de l’autre, et rappeler que jamais, au grand jamais, M. Macron ne pourra, aux yeux de l’histoire comme de la raison politique, être considéré ou confondu avec un roi au sens capétien du terme : « Scar ne sera jamais Mufasa », pourrait-on dire en clin d’œil au dessin animé de Walt Disney Le Roi lion, sorti en 1994, à la fin du double septennat de feu François Mitterrand… Tout élu du suffrage universel qu’il est, un président n’est jamais qu’un élu d’une partie des Français contre l’autre : c’est d’un duel fratricide renouvelé tous les cinq ans que naît un président… Comment, alors, pourrait-il être un arbitre reconnu naturellement par ceux qui l’ont combattu ? On ne peut être juge et partie, dit le proverbe.

Dans la Monarchie royale, ce qui peut, de prime abord, paraître pour un défaut est, en fait, une qualité nécessaire : le roi n’est pas élu par le suffrage universel, il n’a pas été choisi, il ne s’est pas soumis au verdict des électeurs… Habitués que nous sommes à désigner le Chef de l’Etat en une élection qui, hommage du vice à la vertu, peut apparaître comme « la reine des élections », il est parfois difficile de renoncer à ce qui nous est perfidement présenté comme un droit : pourtant, inconsciemment pour nombre de nos compatriotes, cette élection  apparaît tronquée, sinon truquée, et beaucoup s’en détournent, même si elle reste l’élection la plus courue, voire la plus politique. Or, plus encore qu’un scrutin forcément diviseur et de moins en moins « fondateur » du Pouvoir, c’est bien la succession héréditaire, au sein d’une lignée connue et reconnue de longue date, sans l’intervention du corps électoral , qui peut fonder les conditions d’un arbitrage d’État, à travers la magistrature suprême de celui-ci incarnée par le roi et plus encore, par une famille, une dynastie qui n’a pas besoin de plaire par démagogie mais qui se doit d’assumer, par obligation principielle, la continuité et l’amour des familles et des personnes, sans distinction entre ceux qui votent et ceux qui ne votent pas, ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas…

La Monarchie royale française est, par nature, arbitrale et non arbitraire : c’est son mode même de transmission qui assure cet arbitrage qui n’est pas neutralité mais « juste décision », et c’est le fait de ne rien devoir à ceux qui, d’ordinaire, « font » l’élection (partis, groupes de pression, passions des ambitieux, etc.), qui permet cette indépendance nécessaire à tout l’art de l’arbitrage. « La naissance ne s’achète pas », dit-on naturellement, et c’est indéniable : le fils du souverain n’a pas choisi de naître « fils de », et pourtant, il l’est et, même s’il voulait s’en émanciper, il ne serait pas possible d’effacer cette parentèle qui, plus que des droits, fixe des devoirs et engage une responsabilité qu’il n’a pas demandée et pour laquelle il n’a pas milité quand il aurait l’âge de le faire… Si les électeurs ne le choisissent pas, il ne choisit pas non plus d’être roi, le jour venu, quand son prédécesseur quitte ce bas-monde…

Est-ce à dire que l’arbitre-roi ne peut pas être remis en cause ? Si, bien sûr, c’est possible, et les monarchies contemporaines, n’échappent pas aux critiques, voire aux contestations. Mais ces dernières restent souvent limitées et le caractère familial de la Monarchie royale et de son mode de succession entraîne une certaine reconnaissance du « fait royal » qui lui garde plus de légitimité propre que n’en ont les gouvernements et les chanceliers, premiers ministres et autres qui, pourtant élus, apparaissent beaucoup plus « provisoires » que la magistrature suprême de l’État incarnée par un roi ou une reine. Dans la Monarchie active « à la française » que nous souhaitons, le même phénomène serait d’autant plus renforcé que le monarque renouerait avec l’idée d’un Etat central fort mais, dans le même temps, fédéral et reconnaissant des pouvoirs multiples à tous les échelons de la société et de l’unité française. Arbitrale, la Monarchie royale doit suivre les règles qui sont celles de la société historique et politique française, qui peuvent être résumées ou exprimées dans une Charte constitutionnelle : si elle décide, ce n’est pas arbitrairement, c’est, d’abord, souverainement et dans le souci obligé de la justice et de la justesse, en arbitre soucieux de l’intérêt de la nation elle-même. Il n’est pas dit que cela soit toujours facile : pour autant, l’indépendance statutaire de la magistrature suprême de l’Etat sous la Royauté autorise l’espoir que le pire soit toujours, ou le plus souvent, écarté…

https://jpchauvin.typepad.fr/jeanphilippe_chauvin/2023/06/la-monarchie-royale-la-vraie-monarchie-%C3%A0-la-fran%C3%A7aise.html

La Légion perdue de Carrhae : Une légion romaine s’est-elle retrouvée en Chine ?

 

par Caleb Strom

Rome et la Chine sont deux civilisations majeures qui ont façonné les cultures dans leur sphère d’influence. Ce sont aussi des cultures qui semblent avoir été pour la plupart du temps, isolées l’une de l’autre. Pour cette raison, tout contact entre les cultures fascine les historiens depuis que les savants occidentaux ont commencé à étudier la Chine et que les savants chinois ont commencé à étudier l’Occident. Cela inclut des histoires comme celle de la légion perdue de Carrhae, dont les membres se sont peut-être retrouvés à Liqian, en Chine.

La Légende de la Légion Perdue de Carrhae

La légende commence en 53 avant J.C. avec la bataille de Carrhae entre le général romain Marcus Licinius Crassus et le général parthe Surena. Carrhae est un endroit près de la frontière syro-turque actuelle. Dans l’Antiquité, elle se situait aux confins de l’Empire romain à l’ouest et à ceux de l’Empire parthe à l’est.

Buste de Marcus Licinius Crassus, Musée du Louvre à Paris

Crassus était déjà l’un des hommes les plus riches de la république romaine, mais il souhaitait accéder à la richesse de la Parthie (Perse). Il a donc convaincu le Sénat de le laisser conduire 42 000 soldats romains sur le champ de bataille contre les Parthes. Dans la bataille, Crassus et son armée ont subi une défaite humiliante face à Surena et ses 10 000 archers. Crassus a tenté de négocier une trêve mais a finalement été emprisonné et exécuté. Selon la légende, de l’or liquide a été versé dans sa gorge en guise de punition pour sa cupidité. Il aurait également été décapité et son corps profané.

Parmi les soldats romains survivants, 10 000 d’entre eux ont été capturés vivants par les Parthes. Selon certains récits, ils ont été déplacés à la frontière orientale de l’Empire parthe. On pense qu’ils ont très probablement été envoyés dans l’actuel Turkménistan. C’était une coutume parthe d’envoyer des prisonniers de guerre capturés à l’ouest en Extrême-Orient pour assurer leur loyauté contre leurs rivaux orientaux, les Huns.

17 ans plus tard, en 36 avant JC, à la frontière occidentale de l’empire chinois des Han, la bataille de Zhizhi opposa les Chinois aux Huns, des ennemis traditionnels de la Chine. Les annales chinoises rapportent que des mercenaires combattant aux côtés des Huns utilisaient une formation en «écailles de poisson». La formation d’écailles de poisson a impressionné les Chinois et ils ont invité les soldats à demeurer en Chine et à faire partie des gardes-frontières de la province moderne du Gansu. Une ville et un comté ont également été créés pour eux qui ont été nommés Li-Jien ou Liqian.

La formation en tortue des légionnaires romains

La Légion Perdue de Carrhae et la Mystérieuse Armée

La description chinoise de la formation en écailles de poisson utilisée par les soldats mercenaires ressemble étrangement à la formation en tortue pratiquée par les légions romaines (une formation ou les soldats s’abritent derrière leurs boucliers comme des tortues derrière leurs carapaces). Cela a conduit à la théorie populaire selon laquelle ces mystérieux soldats étaient en fait des légionnaires romains exilés de la bataille de Carrhae qui s’étaient engagés comme mercenaires pour les Huns.

Cette idée a été suggérée pour la première fois par l’historien Homer Dubs. Dubs a fait valoir que certains des soldats en exil avaient renoncé à retourner à Rome et se sont engagés comme mercenaires pour les seigneurs de guerre locaux de la région. Une partie de ces anciens soldats romains se sont peut-être retrouvés à travailler pour les Huns dans leur guerre contre les Chinois.

Les partisans de cette théorie ont cherché Liqian et croient l’avoir trouvé. Zhelaizhai est un village moderne près de Lanzhou. Ce qui est intéressant à propos de la ville, c’est que les gens qui y vivent ont des traits tels que les cheveux bruns et les yeux bleus, qui contrastent avec l’apparence de la plupart des gens des environs. De plus, un casque aurait été trouvé avec des caractères chinois écrits dessus disant «l’un des capitulés». Deux autres objets d’intérêt sont un pot à eau de style romain et un tronc de bois avec des pieux similaires à ceux utilisés par les Romains pour construire des forts. L’apparence des villageois et la découverte d’artefacts inhabituels ont conduit de nombreux historiens à identifier Zhelaizhai à Liqian. Parce que la légende s’est popularisée, la commune s’en est servie pour attirer les touristes.

Un homme à Liqian en Chine. Il y a débat pour savoir si son village était vraiment habité par des soldats romains de la légion perdue de Carrhae.

Appréciation des faits

Est-il possible que les habitants de ce village insolite soient des descendants de Romains déplacés ? Cela a suscité l’intérêt des scientifiques chinois et occidentaux. Une étude génétique de l’Université de Lanzhou a montré que les habitants de la ville ont des liens avec l’Europe, ce qui rend la théorie plus plausible, même s’il est également vrai que la ville est construite le long de l’ancienne route de la soie, donc les liens avec les populations occidentales sont plus probablement indépendants du fait qu’ils étaient romains. Un autre lien qui a été noté est que le nom «Li-Jien» sonne comme «légion» lorsqu’il est prononcé en chinois. Certains historiens ont utilisé ce fait pour affirmer que le nom est dérivé du mot d’origine.

D’autre part, de nombreux chercheurs ont des doutes sur la faisabilité de l’hypothèse. Bien qu’il soit possible qu’un groupe de mercenaires romains ait pu se rendre jusqu’à l’ouest de la Chine, la distance est encore énorme. Et, même s’il existe des preuves circonstancielles, il n’y a aucune preuve qui confirmerait que des Romains se soient rendus à Liqian dans le passé.

Le pot de style romain aurait pu être obtenu grâce au commerce, et les autres artefacts ne sont pas uniquement romains. De plus, l’apparence physique et les relations génétiques des villageois n’exigent pas qu’ils descendent directement des peuples méditerranéens, car il existe de nombreux groupes ethniques d’Asie centrale qui ont également des liens génétiques avec la région méditerranéenne et des traits tels que les cheveux blonds ou bruns et yeux bleus.

Même s’ils ont une lignée européenne ou méditerranéenne, cela ne signifierait pas nécessairement qu’ils doivent descendre d’une légion romaine perdue puisque la ville est adjacente à l’ancienne route de la soie, ce qui rend les mariages mixtes avec des voyageurs lointains à tout moment plus probables. Ces problèmes n’excluent pas la théorie, mais ils la laissent également non confirmée.

Un autre problème est qu’il est peu probable que le nom Li-Jien soit lié au mot légion. Les érudits chinois qui se sont penchés sur l’étymologie du nom disent qu’il est lié à l’état de Lixuan, qui a des liens avec l’Égypte ptolémaïque mais pas avec Rome. Ainsi, même s’il existe un lien avec le monde méditerranéen occidental, il s’agit plus probablement d’un lien grec que romain, selon ce point de vue.

Le peuple de Liqian pourrait-il être lié à l’armée romaine perdue ?

Comme Rome et la Chine se connaissaient dans l’Antiquité, et qu’il était possible de voyager entre les deux empires à l’époque, cette hypothèse est rendue plus plausible. Il est possible qu’une légion romaine se soit rendue en Chine, mais les preuves ne sont pas concluantes.

Les découvertes génétiques pourraient également être interprétées comme signifiant que les habitants de la ville descendent d’une population caucasienne locale et qu’il n’y a aucune preuve archéologique indiscutable d’une présence romaine dans la ville dans l’Antiquité.

Ces problèmes n’excluent pas la possibilité qu’une légion romaine perdue se soit retrouvée en Chine, ils la rendent simplement moins certaine. Une chose est sûre, cependant, c’est que les habitants de Liqian se démarquent des peuples environnants de la région, un fait qui reste inexpliqué.

source : Ancient Origins via La Gazette du Citoyen

https://reseauinternational.net/la-legion-perdue-de-carrhae-une-legion-romaine-sest-elle-retrouvee-en-chine/