samedi 25 mars 2023

Introduction à la géopolitique 1/2

  

Entretien avec Louis Pallenborn

Nous avons eu le plaisir de rencontrer un sympathique géopolitologue d'Arlon au célèbre estaminet saint-gillois "Moeder Lambiek" [Bruxelles], qui nous a confié ce texte didactique, sous la forme d'un entretien accordé en 1990 à une revue ardennaise. Mille mercis à Louis Pallenborn !

• 1) Que recouvre la notion de « géopolitique » ?

La notion de « géopolitique », telle que l'on utilisée les hommes politiques, les diplomates ou les militaires, est d'ordre essentiellement stratégique. C'est la politique — et toute politique est une stratégie ; parfois les deux termes se recoupent — qui vise la maîtrise de l'espace géographique, tant au niveau extérieur qu'au niveau intérieur. Au niveau extérieur, la géopolitique vise l'obtention d'un territoire aux dimensions optimales, ou d'une sphère d'influence cumulant le maximum d'atouts. En temps de paix, ce sont les diplomates qui tentent de réaliser les désirs géopolitiques d'une puissance ; en temps de guerre, ce sont les militaires. Quand on parle d'un territoire aux « dimensions optimales », on pense à des frontières militairement défendables, à des zones économiques homogènes non fractionnées entre diverses puissances, à des zones ethniquement homogènes. Sur le plan intérieur, la pratique géopolitique vise un aménagement optimal du territoire : assèchement de zones marécageuses, gain de sol sur la mer (Hollande), défrichage de territoires arides ou peu fertiles, lancement d'une politique agricole plus ou moins autarcique, etc.

• 2) Quelles sont les relations entre la géographie et la politique ?

C'est une très vieille relation. En effet, la politique est avant toute chose liée à un territoire précis, où s'exerce la souveraineté d'un peuple, d'une élite, d'une oligarchie, d'un parlement, d'un empereur, etc. La politique est par définition liée à un territoire, qu'il soit celui d'une communauté villageoise, d'une cité antique ou médiévale, d'un duc ou d'un prince féodal, d'un État national moderne ou d'un Empire aux dimensions globales comme le fut l'Empire britannique.

Ceux qui font la politique gèrent un espace et tentent d'en accroître les potentialités, soit en le rentabilisant sans recourir à des conquêtes, soit en en augmentant la superficie par des annexions plus ou moins arbitraires, en profitant de la faiblesse d'une élite voisine faible ou décadente, ou en faisant sauter des verrous d'étranglement territoriaux (conquête d'une enclave ou d'un accès à la mer), condamnant leur cité ou leur pays à la stagnation ou à l'étouffement économique.

• 3) La géopolitique est-elle une science ?

Oui et non. Elle est une science car elle repose sur de bonnes connaissances en histoire, en stratégie militaire, en géographie physique, en hydrographie, en géologie, en zoologie et en botanique (une zone forestière comme l'Ardenne a longtemps constitué un verrou, jugé infranchissable). Mais comme la géopolitique est aussi et surtout une stratégie, elle conserve une dimension subjective. C'est l'élite, le général, le stratège, l'homme politique qui décident, à un moment donné de l'histoire, de faire valoir leurs atouts géographiques. Il y a donc un élément de volonté, qui échappe aux critères scientifiques proprement dits. Et il y a un risque : celui qui décide d'agir, d'arrondir les contours de son territoire, d'éliminer une enclave qui menace la cohésion de son pays, de réunir une province partagée entre deux souverainetés, peut ne pas connaître tous les paramètres historiques, géographiques, hydrographiques, etc., ou en surestimer ou en sous-estimer l'un ou l'autre. Dans ce cas, il risque l'échec à tout moment.

• 4) La géopolitique a-t-elle une histoire ?

Bien sûr. Les grands philosophes de l'Antiquité, qui ont posé les premiers jalons de la pensée politique, comme Thucydide ou Aristote, ont reconnu le rôle-clef de l'espace dans la gestion quotidienne des choses politiques. À l'époque moderne, Bodin, Colbert, les amiraux anglais et néerlandais du XVIIe siècle, Gustave Adolphe de Suède, Pierre le Grand de Russie ont théorisé ou mis en pratique, plus ou moins à leur insu, une géopolitique qui ne sera codifiée que plus tard. Après les réflexions sur la politique ou sur l'espace de Montesquieu en France et de Herder en Allemagne, la géographie et la cartographie modernes prennent leur envol grâce aux travaux de Ritter. À partir de Ritter et de ses premières cartes de grande précision, la géographie politique devient une science en pleine expansion : Ratzel poursuit les travaux de son maître en Allemagne et énonce les premiers rudiments de la géopolitique proprement dite (avec composante subjective, reprise très vite par l'Amiral Tirpitz) ; en Angleterre, le géographe écossais Mackinder rénove de fond en comble les facultés de géographie dans son pays et prononce un discours à Londres en 1904 qui esquisse les grandes lignes de la géopolitique de l'Empire britannique ; aux États-Unis, l'Amiral Mahan jette les bases de la grande stratégie navale et globale de son pays, toujours appliquée de nos jours. En Suède, Rudolf Kjellen, qui enseignait les sciences politiques à l'Université d'Uppsala, énonce les principes qui doivent guider les puissances continentales. Au Japon, également, les études géopolitiques fleurissent. En France, on retiendra surtout trois noms : Élisée Reclus, Paul Vidal de la Blache et Jean Brunhes. Voilà pour les pionniers.

Mais dans l'Allemagne vaincue en 1918, un disciple de Mackinder, le Général Karl Ernst Haushofer, spécialiste du Japon et de l'Océan Pacifique, fonde une revue en 1924 qui popularisera les thèses de la géopolitique, n'hésitant jamais à mettre en exergue les composantes les plus subjectives des pratiques nationales allemandes, japonaises, russes ou italiennes. D'autres géopoliticiens, comme Dix, Kornhölz et Henning resteront plus modérés dans leurs affirmations politiques. Mais c'est le nom de Haushofer qui est resté dans les mémoires, parce qu'il a eu des relations étroites avec Rudolf Hess. Cela lui a été beaucoup reproché mais l'ostracisme qui l'a frappé injustement (son épouse, issue d'une très vieille famille israëlite, a été inquiétée à plusieurs reprises et son fils Albrecht a été exécuté à Berlin par la Gestapo en 1945) a cessé depuis quelques années : le programme de stratégie, enseigné dans les grandes écoles militaires et navales américaines, lui réserve un chapitre très intéressant ; à Paris, le prof. Jean Klein a réédité chez Fayard quelques-uns de ses textes les plus intéressants, les mettant dans une perspective de gauche (anti-impérialiste) ; en Allemagne, les archives fédérales ont ressorti de très intéressants documents le concernant, sous la houlette du prof. Jacobsen. Au Japon, il n'a jamais cessé d'être commenté.

Ceci dit, toutes les puissances ont mis en pratique une géopolitique, y compris celles qui étaient trop modestes pour la traduire dans les faits. Depuis la fin de la guerre, où pendant une ou deux décennies, le terme « géopolitique » a été plus ou moins tabou, les écoles de stratégies l'ont remis à l'avant-plan, sans plus aucune restriction mentale : dans l'ex-URSS, l'Amiral Gortchkov, rénovateur de la flotte soviétique et impulseur de l'arme sous-marine, s'est avéré un excellent élève de Mahan, de Mackinder, de Ratzel, de Haushofer et des marins allemands de 1939-45 (not. Carls) ; aux États-Unis, la politique visant à contenir l'URSS est directement héritée de Mackinder, père de l'idée de « cordon sanitaire ». Le prof. Colin S. Gray est celui qui, à partir de 1975, remet la science géopolitique à l'honneur dans les universités et les écoles militaires américaines. En France, les Amiraux Castex et Célérier forgent sous De Gaulle une géopolitique et une géostratégie françaises. À l'Université, le prof. Hervé Coutau-Bégarie s'est fait remarqué par une production abondante de textes géopolitiques de grande qualité.

Comme on peut le constater, la géopolitique n'a jamais cessé d'être une préoccupation majeure dans les hautes sphères diplomatiques, militaires et universitaires. Malgré le discrédit jeté sur les travaux de Haushofer par quelques idéologues fumeux, quelques moralistes simplets et de terribles simplificateurs, la géopolitique a une longue histoire et reste très vivante.

• 5) La géopolitique fut-elle surtout une discipline allemande ?

Non. Pas du tout. La cartographie et la géographie physique, au départ, ont reçu des impulsions innovantes de Ritter, savant allemand de l'époque romantique, formé à l'école de pédagogie du célèbre Pestalozzi. Mais la géopolitique proprement dite est née du cerveau de Mackinder. Ce dernier constatait quels avaient été les progrès de la géographie allemande et les conséquences pratiques qui en découlaient (bonnes cartes militaires, bonne connaissance des grandes routes commerciales, excellente diplomatie économique). L'Angleterre, disait Mackinder, devait imiter cet exemple, systématiser la géographie et mettre ce savoir pratique au service de l'Empire. La consolidation de l'Empire, avec l'occupation des points d'appui, des îles stratégiques importantes, des postes de relais, des cols et des massifs montagneux surplombant les plaines non inféodées à l'Empire ou occupées par un ennemi de la Couronne, est due au génie pratique de Mackinder.

L'organisation militaire et stratégique de l'Empire britannique, l'utilisation optimale de ce savoir à des fins impériales, restent des modèles du genre. Haushofer, plus tard, a été très conscients des lacunes allemandes en matières géopolitiques. Les Allemands ont parlé de géopolitique, écrit des traités de géopolitique, mais sont resté en deçà des Britanniques pour ce qui concerne la mise en pratique de ce savoir. Rappelons que Mackinder a forgé la notion de « cœur du monde » ou de « terre du milieu », c'est-à-dire le centre de la grande masse continentale eurasienne, qui, par son immensité et son éloignement de la mer, est inaccessible aux flottes des puissances navales anglaises et américaines. Mais les puissances maritimes n'ont pas la force ni le matériel humain nécessaire pour occuper physiquement cette « terre du milieu ». Il faut donc la « contenir » en organisant des systèmes de défense à sa périphérie. Telle est la grande stratégie de l'OTAN au cours de notre après-guerre. La géopolitique est donc une théorie et une pratique qui est surtout anglo-saxonne.

À suivre

Paroles de soldats. Les Français en guerre 1983-2015, par Hubert le Roux et Antoine Sabbagh

 

Liban, Koweït, Bosnie, Rwanda, Afghanistan, Libye, Mali, Centrafrique

“Ce que j’ai vécu en Centrafrique ? J’en ai peu parlé avec ma famille, je n’ai pas envie de les tracasser avec ça” (Benoît, sergent)

“Moi, c’est l’inverse, j’ai tout dit. Je pense qu’il faut que les gens sachent ce qu’on fait. Autrement, ils vivent un peu dans les nuages” (Vianney, lieutenant)

Depuis trente ans, des dizaines de milliers de Français se battent dans des guerres du bout du monde. Les paroles des soldats recueillies dans ce livre nous font entendre les voix d’hommes et de femmes, de grands chefs et de soldats qui parlent de guerre urbaine, d’embuscades, d’attentats suicides.

Des récits bouleversants qui plongent dans la brutalité des conflits et font vivre en direct l’adrénaline, le stress et l’angoisse de combats dont on ne sort jamais indemne.

Hubert le Roux est un officier supérieur d’active. Il a été chargé du recrutement des sous-officiers et hommes de rang de l’armée de Terre. Il est l’auteur d’une biographie de Jean Lartéguy (Tallandier, 2013).

Antoine Sabbagh est historien et éditeur. Ila enseigné à l’université Paris-3 (Sorbonne nouvelle) et à Columbia University (Programme parisien).

Editions Taillandier 2015

2, rue Rotrou – 75006 Paris

www.tallandier.com

https://www.medias-presse.info/paroles-de-soldats-les-francais-en-guerre-1983-2015-par-hubert-le-roux-et-antoine-sabbagh/142646/

vendredi 24 mars 2023

Il y a 5 000 ans, la domestication du cheval en Europe de l’Est

 

Il y a 5 000 ans, la domestication du cheval en Europe de l’Est

La domestication du cheval remonte à la plus haute antiquité, eût pu dire le grand Alexandre Vialatte. En vérité, elle lui est-même antérieure. Des fouilles archéologiques sur des sites d’Europe de l’Est montrent que la domestication du cheval est vieille de quelque 5000 ans, donnant aux Indo-Européens un avantage décisif.

Des squelettes de la steppe eurasienne de l’âge du Bronze révèlent qui ont été les premiers cavaliers de l’Histoire. Plusieurs approches complémentaires ont été utilisées pour savoir où et quand a pu avoir lieu la domestication du cheval, véritable révolution dans l’histoire humaine. Cette fois-ci, il ne s’agit pas de paléogénétique. Si des faisceaux d’indices concordants plaçaient la steppe eurasienne de l’âge du Bronze, s’étendant de l’Ukraine à l’Asie centrale, en tête des hypothèses, il n’y avait pas pour autant de preuve définitive. Les chevaux sauvages ayant été répandus de l’Asie centrale à la péninsule Ibérique il était encore possible d’être surpris.

La question semble désormais tranchée. L’étude de l’Université d’Helsinki menée par les chercheurs Martin Trautmann et Volker Heyd a analysé les os de 217 squelettes issus de kourganes (tumulus) de Roumanie, Hongrie, Bulgarie et Serbie et le résultat est sans appel. Datés entre – 3 000 et – 2 500, 24 squelettes de l’étude montrent clairement des marques de la pratique d’équitation, ce que l’on appelle « syndrome de l’équitation ». Le mouvement de secousse de haut en bas abîme la colonne vertébrale, notamment. C’est la plus ancienne trace indiscutable de pratique équestre de l’histoire. Ces squelettes appartiennent à la culture des tombes en fosse, dite Yamnaya. Cette culture du sud de la steppe pontique née autour de – 3 000 est associée à la diffusion des langues indo-européennes, du moins à certaines d’entre elles (grec, arménien, langues tokhariennes et paléo-balkaniques).

La précédente étude qui s’était proposée de dater et situer géographiquement la domestication du cheval avait abouti à des conclusions similaires. Dirigée en 2021 à l’Université Paul Sabatier de Toulouse par Ludovic Orlando, cette étude s’appuyait cette fois-ci sur le séquençage de l’ADN des chevaux et arrivait à partir du génome de 273 chevaux anciens à un ancêtre commun ayant vécu dans la steppe allant du Don à la Volga il y a environ 4 200 ans, un espace occupé alors par des cultures indo-européennes descendant de la culture de la céramique cordée et associées à l’origine des langues indo-aryennes et balto-slaves. En parallèle, la plus ancienne trace archéologique de domestication du cheval (ce qui n’impliquait pas nécessairement qu’il était monté) avait été datée à – 3 500 au sein de la culture de Botaï, une culture du Néolithique final du nord du Kazakhstan associée génétiquement aux populations de Sibérie orientale et aux Amérindiens.

L’Indo-Européen, un homme à cheval

La précédente datation posait un problème significatif en termes d’ancienneté. En effet, l’expansion des langues indo-européennes avait déjà été entamée en – 3 000 où différentes cultures archéologiques (céramique cordée, Yamnayas) sont distinctes sur le plan tant géographique que génétique et montrent une division précoce en grands ensembles ayant donné naissance aux rameaux divers des langues indo-européennes connus aujourd’hui. Or, le terme proto-indo-européen désignant le cheval est commun à tous les rameaux et est l’un des trois grands animaux les plus importants sur le plan culturel pour les proto-indo-européens avec le loup et l’ours tant la racine est restée commune. Les rameaux s’étant distingués avant – 3 000, il fallait que le cheval ait connu une importance culturelle ou cultuelle avant cette date-là. En outre, la culture d’Afanasievo, greffon précoce dans l’Altaï de la culture de Yamna ayant quitté la steppe pontique aux alentours de – 3 000 et supposé être l’ancêtre des peuples tokhariens montre des traces de domestication du cheval. Si cet animal n’avait commencé à être domestiqué qu’en – 2 200 comme l’indique l’étude génétique, cela aurait voulu dire que la vaste expansion de ces cultures de la steppe aurait commencé sans le cheval avant qu’une tribu proto-indo-iranienne n’apprenne à le monter et diffuse l’innovation à des groupes déjà séparés depuis près de 1 000 ans, scénario hautement improbable. Rien n’indiquait de toute manière que le cheval dont descendent tous les chevaux actuels ait nécessairement été le premier à avoir été monté.

Cette nouvelle découverte est une pièce supplémentaire ajoutée au puzzle des prémices de la civilisation européenne précisant le scénario de l’expansion rapide des peuples indo-européens vers l’Europe et l’Asie lors du Chalcolithique, puis de l’âge du Bronze, bel et bien appuyée de manière déterminante par la domestication du cheval et l’équitation, avantage décisif sur les cultures agricoles sédentaires vivant dans le continent à l’époque.

Gabriel Piniés

https://www.revue-elements.com/il-y-a-5-000-ans-la-domestication-du-cheval-en-europe-de-lest/

Pour l’honneur de Ðiện Biên Phủ : nos soldats seront enterrés dignement

 

  Arnaud Florac 23 mars 2023
C'est un nom mythique de notre Histoire récente. 
On peut dire ce que l'on veut des guerres coloniales, et on en dit souvent n'importe quoi, mais on ne peut pas, on ne doit pas oublier cette bataille de désespoir et d'héroïsme absolu. 
La cuvette de Ðiện Biên Phủ, sur le territoire de l'actuel Vietnam, a vu mourir près de quatre mille soldats français. C'est l'une des dernières pages de grandeur et d'un sacrifice, presque médiéval dans sa pureté, que notre pays ait connues. Les plus jeunes se renseigneront sur les minutes terribles où les Français attendaient « dans la cuvette/Le tout dernier assaut des Viets ». Ils ne pourront lire sans trembler les récits de la guerre d'Indochine : les paras vietnamiens qui, faute de chant régimentaire, chargeaient sous les balles en chantant « la Marseillaise » ; les officiers qui se savaient condamnés et refusaient les ordres de repli ; les avions qui larguaient, sur cette cuvette infernale, déjà perdue, des gens qui n'avaient jamais sauté en parachute de leur vie, qui savaient qu'ils ne reviendraient probablement pas et qui voulaient juste mourir avec les copains plutôt que de les abandonner.
Ðiện Biên Phủ, c'était tout cela. Ce sera ensuite, après les morts et les blessés, les prisonniers des tristement célèbres camps, dont près des deux tiers ne reviendront pas. Ce sera, pour ces hommes, le lavage de cerveau par des tortionnaires sadiques, comme l'immonde Georges Boudarel, qui mourra dans son lit, protégé par le monde universitaire. Ce sera aussi la découverte du sabotage des munitions par les ouvriers communistes, les campagnes de presse, et puis l'Algérie, pour certains immédiatement après leur libération des camps.
Environ 1.200 héros français dormiraient sous la terre vietnamienne. Or, l'aéroport de Ðiện Biên Phủ - la modernité étant passée par là, comme partout - doit être agrandi et les travaux menacent les sépultures. Sous l'impulsion du Souvenir français, la secrétaire d'État aux Anciens Combattants, Patricia Mirallès, a donc pris la seule décision valable, et il faut la saluer car la dignité ne va plus de soi : les corps des soldats tombés pour la France en Indochine seront exhumés, puis enterrés aux côtés de leurs frères d'armes, au mémorial français de Ðiện Biên Phủ. C'est bien le moins que la France doive à ceux qui se sont sacrifiés pour ce qu'il restait d'un rêve absurde et grandiose - le rêve colonial, dans un pays enchanteur qui, comme on le chante dans « Opium », était « plein de merveilleux mensonges ».
Plus d'un Français, frappé du « mal jaune », y aura « laissé prendre son cœur », revenant, comme Hélie de Saint Marc, frappé d'une incurable nostalgie de ce coin paradisiaque qui jadis fut nôtre. Nous n'avons pas avec le Vietnam, et c'est heureux, une relation aussi compliquée, passionnelle et excessive qu'avec l'Algérie. Nous avons accueilli des boat people vietnamiens à la fin des années 70, venus chez nous sans envie de revanche, et qui ont formé l'une de nos plus discrètes, industrieuses, patriotes - en un mot admirables - communautés immigrées.
Il ne reste, du passé douloureux, que les dépouilles de nos héros que la France va recueillir avec une délicatesse de mère. C'est une heureuse conclusion. Et il reste, pour au moins deux générations de petits Français, le souvenir lointain mais tenace, poignant, des exploits du corps expéditionnaire français. Ðiện Biên Phủ ne sera plus un cimetière de fortune, ce sera désormais mieux : un poignant souvenir.

Pierre de Meuse - Sacré et politique

L’Empereur et les Brigands – Le théâtre de l’histoire (Guillaume Bernard & Corentin Stemler)

 

Une pièce de théâtre, un spectacle, qui a pour ambition d’être une œuvre littéraire et une évocation historique confrontant Napoléon Ier à un autre personnage, Le Lecteur, qui peut être interprété aussi bien comme sa conscience que comme le jugement de l’Histoire. Tout à tour, ils accusent et ils plaident, parfois ils s’accordent.

Ce dialogue aborde l’essentiel des événements de la vie de celui qui fut successivement citoyen-général, Premier consul de la République et, enfin, Empereur des Français. Cela favorise la variété des sujets abordés et permet d’aiguiser l’intérêt du lecteur-spectateur qui connait déjà peu ou prou l’un ou l’autre des aspects du mythe doré ou de la légende noire.

Cependant, il privilégie un angle narratif et dialectique particulier : le positionnement de « L’Empereur » vis-à-vis des « Brigands » de la Vendée. On s’interroge en effet sur la véritable position de Napoléon sur la Vendée, cette révolte vendéenne, cette dissidence… Napoléon a par la paix religieuse réellement mit fin aux Guerres de l’Ouest, ce que ni la Convention thermidorienne ni le Directoire n’avaient réussi à faire avant lui. En outre il indemnisa et chercha à reconstruire le territoire de la Vendée militaire.  Pourquoi a -t-il voulu faire la paix religieuse ? Mais, au fond, que pensait-il des idéaux de la rébellion vendéenne ? Et quelle était sa réelle motivation face à cette dissidence ?

Les mots de la fin sont évocateurs : « Et il est vrai que pour qu’elle [la Vendée] puisse accorder son pardon, encore faut-il qu’il lui soit demandé ».

Pourquoi ce travail ?  « Deux cents ans après la mort, survenue en 1821, de l’un des plus grands chefs de l’État que la France ait connu, cette pièce est une manière de panser les blessures du passé pour penser plus sereinement l’avenir. »

Un duo d’auteurs-réalisateurs à la hauteur du projet. La culture phénoménale alliée d’une plume alerte de Guillaume Bernard, et l’expérience professionnelle de Corentin Stemler, acteur bénévole au Puy du Fou depuis tant d’années.

L’Empereur et les Brigands, Guillaume Bernard & Corentin Stemler, paru aux Nouvelles Editions Latines, avril 2021, 112 pages, 10€.

Plus d’informations, présentation des auteurs, sommaire détaillé et commande sur Livres en Famille

https://www.medias-presse.info/lempereur-et-les-brigands-le-theatre-de-lhistoire-guillaume-bernard-corentin-stemler/143129/

GILLES DE RAIS : MARÉCHAL de FRANCE et compagnon de Sainte JEANNE D'ARC ...

jeudi 23 mars 2023

Giorgio Locchi et le mythe surhumaniste (2/3)

 

Giorgio Locchi et le mythe surhumaniste (2/3)

Philosophe, journaliste et essayiste, Giorgio Locchi (1923-1992) fut l’une des figures tutélaires de la Nouvelle Droite, tutélaires mais lointaines, effet du temps. Raison pour laquelle il fallait la désensabler. C’est l’objet des deux ouvrages qui sont aujourd’hui édités par la Nouvelle Librairie dans la collection Agora de l’institut Iliade : Wagner, Nietzsche et le mythe surhumaniste et Définitions. L’occasion de renouer avec un auteur fascinant qui fut un maître à penser. Son fils, Pierluigi Locchi, répond à toutes nos questions. Deuxième partie.

Éléments : Quelle place pour le surhumanisme aujourd’hui ? Et quelle différence faut-il établir entre l’anti-égalitarisme et le transhumanisme ?

Pierluigi Locchi. Je pourrais répondre en une ou deux phrases, en affirmant d’abord que le surhumanisme correspond au franchissement d’une nouvelle étape par l’homme européen et la civilisation européenne, et que par-là même il se situe à un stade de conscience supérieur à celui de l’égalitarisme – ce qui ne saurait être le cas du simple anti-égalitarisme qui se contenterait d’inverser une échelle de valeurs tout ce qui ne lui conviendrait pas dans l’égalitarisme. Je pourrais aussi me borner à dire du transhumanisme qu’il correspond à la manière égalitaire d’affronter la mutation anthropologique que nous connaissons aujourd’hui, manière dont les conséquences néfastes ne peuvent être combattues que par la vision surhumaniste.

Éléments : On aimerait en savoir plus…

Pierluigi Locchi. J’y viens. Je suis bien conscient de l’aspect innovant de la « clé surhumaniste », et il est donc nécessaire, ici plus que jamais, de définir les termes que l’on emploie.

Le surhumanisme est cette nouvelle tendance historique dont le mythe fondateur est apparu presque en même temps dans les drames et représentations scéniques sacrées wagnériens et dans la philosophie et la poétique nietzschéenne. La tendance surhumaniste s’est répandue à la vitesse d’une traînée de poudre dans toute l’Europe, qui dans cette deuxième moitié du XIXe siècle était en grande partie prête à l’accueillir, et ce, dans tous les milieux, artistiques, culturels, politiques. Le mythe fondateur qui anime cette tendance porte en lui une nouvelle vision du temps de l’histoire, celle que Heidegger définira comme « temporalité authentique » dans laquelle l’homme exprime son historialité, son être-pour-l’histoire, et que mon père nomme « conception tridimensionnelle du temps de l’histoire », vision sphérique de l’espace-temps historique. Cette conception est consubstantielle à l’œuvre des auteurs de la Révolution conservatrice allemande, comme à celle d’un Gabriele d’Annunzio et même d’un Charles Maurras. Je cite Giorgio Locchi : « La conception surhumaniste du temps n’est plus linéaire, mais affirme la tridimensionnalité du temps de l’histoire, temps inextricablement lié à cet espace unidimensionnel qu’est la conscience même de toute personne humaine. Toute conscience humaine est le lieu d’un présent ; ce présent est tridimensionnel et ses trois dimensions, toutes données ensemble comme sont données ensemble les trois dimensions de l’espace physique, sont l’actualité, le devenu et l’à-venir. Cela peut sembler abscons, mais seulement parce que nous sommes habitués à un autre langage depuis deux mille ans. En effet, la découverte de la tridimensionnalité du temps, une fois faite, s’avère être une sorte d’œuf de Christophe Colomb. Qu’est-ce en effet que la conscience humaine, comme lieu d’un temps immédiatement donné à chacun d’entre nous ? C’est, sur la dimension du devenir personnel, la mémoire, c’est-à-dire la présence du passé ; c’est, sur la dimension de l’actualité, la présence de l’esprit en action ; c’est, sur la dimension de l’avenir, la présence du projet et du but poursuivi, projet et but qui, emmagasinés et présents à l’esprit, déterminent l’action en cours. »

Le premier apport de Giorgio Locchi est justement de mettre en évidence cette parenté au-delà des fortes spécificités de chacun, cette vision commune de l’histoire, cette façon de ressentir l’homme comme être historiquement libre, qui constitue une nouveauté absolue : « Ce que nous avons appelé jusqu’ici le passé, le passé historique, n’existe en fait qu’à condition d’être en quelque sorte présent et présent à la conscience. En soi, en tant que passé, il est insignifiant, ou plus précisément, ambigu : il peut signifier des choses opposées, avoir des valeurs opposées : et c’est chacun de nous, à partir de son “présent” personnel, qui décide de ce qu’il doit signifier par rapport à l’avenir prévu. »

De même, note Locchi, les auteurs surhumanistes « rattachent toujours l’idée de “mythe” à celle de “révolution”, dans le cadre d’une conception de l’histoire où la linéarité du devenir historique n’est plus qu’une apparence, où l’“origine” revient dans chaque “présent”, naît de chaque “présent” et s’élance depuis chaque “présent” vers l’avenir dans un projet. »

Le surhumanisme, tel que le définit mon père, n’est donc pas une expression ou une tendance parmi d’autres, mais la matrice commune à toutes les expressions artistiques, littéraires, culturelles, politiques ou métapolitiques visant à la renaissance de notre civilisation européenne, à chaque fois que cette dernière est vue comme étant arrivée au terme d’un cycle et condamnée à « renaître ou mourir ». Encore une définition, en quelque sorte, le vocable « surhumanisme », ayant été choisi par Locchi en hommage au mythe zarathoustrien de Friedrich Nietzsche.

Éléments : On s’éloigne en effet de l’anti-égalitarisme…

Pierluigi Locchi. Si tout surhumaniste se retrouve, par définition, dans le camp opposé à la tendance égalitaire, tout anti-égalitariste n’appartient pas forcément au camp surhumaniste, puisqu’il y a aussi un anti-égalitarisme qui se réclame de valeurs égalitaires simplement inversées, telles que le satanisme, par exemple.

Il faut ici surtout noter que l’apparition de la nouvelle tendance historique surhumaniste a permis par effet de retour à la tendance égalitaire bimillénaire de prendre conscience d’elle-même et de son unité au-delà des différences des courants religieux, philosophiques et politiques qui la composent. Ce qui explique les rapprochements « contre-nature » toujours plus nombreux, entre Église et syndicats communistes, entre oligarchies financières et mouvements anarchistes ou « écologistes » révolutionnaires, et ainsi de suite.

Reste la question du transhumanisme. Indépendamment de la proximité lexicale avec le terme de surhumanisme, qui crée déjà parfois une confusion, ce qui rend la question particulièrement complexe, est que l’on rencontre des partisans et des détracteurs du transhumanisme aussi bien dans le camp égalitariste que surhumaniste, chacun y allant de sa définition, privilégiant tel ou tel aspect, et en ignorant d’autres.

Tâchons donc d’y voir plus clair.

Là aussi, l’œuvre de Giorgio Locchi nous est d’un grand secours, mais je dois une fois de plus déplacer le curseur et me référer d’abord cette fois à sa description des trois grandes étapes franchies par l’homme au cours de son histoire, et qui correspondent à trois types d’organisation sociale. Il n’est pas question de rentrer ici dans le détail de l’hominisation, de la révolution néolithique et de la révolution technologique contemporaine. Je renvoie, en particulier pour les deux premières, à la deuxième partie de l’étude sur « Lévi-Strauss et l’anthropologie structurelle », toujours dans Définitions. Cependant, j’en retiens une observation essentielle : là où l’homme transforme son milieu, il se transforme lui-même. Le premier homme s’est créé lui-même en se donnant par la culture les moyens de vivre malgré sa condition biologique inachevée : en effet, là où l’animal s’inscrit dans le milieu spécifique donné à chaque espèce, bénéficiant d’un mode d’emploi inscrit dans son code génétique, l’homme naît inachevé et sans défense, exposé à l’hostilité du monde. Pas de fourrure pour se protéger du froid, pas de griffes pour se défendre, etc. Autrement dit, là où l’animal a tout reçu par son propre héritage, où il naît fini, l’homme, en plus de son propre héritage biologique qui le laisse inachevé, a besoin d’une période de gestation extra-utérine, puis d’une longue période d’éducation, pour s’approprier l’héritage culturel, à commencer par le langage, qui le fera devenir homme. Si, mammifère inachevé, l’homme a survécu, c’est bien parce qu’il s’est forgé lui-même, en se forgeant depuis lors sa culture, c’est-à-dire les armes qui lui permettent de créer son propre milieu, adapté à ses besoins en fonction d’objectifs que lui-même se fixe. Ceux-ci peuvent bien évidemment différer selon les types d’homme et les latitudes, mais une constante est commune à ce premier homme chasseur-cueilleur : il est lui-même à la fois sujet et objet de sa propre domestication.

Éléments : Ensuite la révolution néolithique…

Pierluigi Locchi. Les choses vont radicalement changer avec la révolution néolithique, lorsque l’homme ajoute une nouvelle corde à son arc, celle de la domestication de la nature vivante. Or, domestiquer la nature vivante implique la sédentarisation et la spécialisation, et donc une modification radicale de l’organisation sociale. Locchi indique dans plusieurs essais, courts et concis, d’une clarté cristalline, comment nos ancêtres indo-européens ont fait face à cette révolution, faisant leur ce nouveau type d’homme, assumant cette scission de l’homme originellement unique en différents types d’hommes et résolvant le problème à travers le lien communautaire et l’assomption d’un destin commun. Ils projetèrent ainsi un panthéon dans lequel les dieux, humains et trop humains, incarnent l’idéal d’un monde où l’homme est devenu multiple, tout en reflétant dans leur trilogie fonctionnelle – Jupiter, Mars, Quirinus pour le dire à la manière romaine – les trois fonctions sociales (sacerdotale, guerrière et productive) de la société néolithique, que les Indo-Européens conçoivent donc comme une communauté de destin, choisie et même voulue avec ses incertitudes. L’acceptation de ce devenir, dans lequel l’homme divisé retrouve son unité originelle, est ce que nous appelons le sens tragique de l’histoire. Mais Locchi indique également comment, pour une autre partie de l’humanité, cette révolution est au contraire une malédiction, une perte amèrement regrettée de l’unité originelle du premier homme, unité métaphysique qu’il faut retrouver. Pour cette partie de l’humanité, l’histoire est subie, elle est la conséquence d’une transgression, un mal dont il faut se défaire pour renouer avec l’unité, pour retrouver l’unicité du premier homme. Cette autre humanité se considère donc idéalement comme Une – et l’exprime dans le monothéisme. On voit ici comment, déjà, en redessinant le tableau de cette révolution antérieure, nous sommes amenés à parler du sens de l’histoire, et de visions opposées de l’histoire.

Ce qui nous ramène au transhumanisme, qui est peut-être le symbole le plus frappant de la troisième grande étape tout juste franchie par l’homme, celle de la domestication de la matière-énergie, et où l’homme se transforme à nouveau en transformant son milieu.

Il faut bien sûr commencer par s’entendre sur le terme. On peut le comprendre (au moins) de deux façons. Soit on entend par transhumanisme toutes les nouvelles techniques d’appropriation, y compris de l’homme lui-même par l’homme, que la domestication de la matière-énergie permet désormais – biotechnologies, manipulations génétiques, mais aussi intelligence artificielle et techniques d’influence, par exemple – et en ce cas le transhumanisme est une donnée objective, un concept permettant de résumer en un mot la nouvelle donne de l’humain ; soit on voit dans le transhumanisme les objectifs que certains pensent pouvoir atteindre grâce à ces nouvelles techniques – et en ce cas le transhumanisme est défini en fonction de données subjectives propres à celui qui le juge « immoral », car transgressant ou même visant à l’abolition de « lois naturelles » et « éternelles ». Or, la clé de la domestication de la matière-énergie permet de comprendre que nous n’avons pas d’autre choix que de « faire avec » ses conséquences, et la clé du conflit époqual entre tendances opposées nous permet de comprendre que nous nous retrouvons devant la même alternative que lors de la révolution néolithique : accepter la transformation de l’homme ou la rejeter par nostalgie de l’état antérieur. Nos ancêtres indo-européens ont relevé le défi et adopté cette transformation : c’est exactement ce que comptent faire les surhumanistes, confrontés au défi de la modernité.

Propos recueillis par Eyquem Pons
Source : revue-elements.com

https://institut-iliade.com/giorgio-locchi-et-le-mythe-surhumaniste-2-3/

Du mirage III au mirage 2000 - L'âge d'or aéronautique français | Jean E...

Le procès du Commandant de Saint Marc – « Nous ne laisserons pas notre honneur en Algérie » (Bernard Zeller)

 

Les Nouvelles Editions Latines qui avaient déjà publié le procès des généraux Challe et Zeller complètent leur catalogue à l’occasion des 60 ans du putsch avec cette publication du procès du commandant de Saint Marc. Une édition qui n’est pas seulement la transcription de la sténographie des débats… mais un témoignage Pour l’Histoire.

Le 5 juin 1961 – il y a 60 ans- à 13h15 s’ouvre devant le Haut Tribunal militaire, institué le 27 avril 1961, le procès de Hélie de Saint Marc, l’un des conjurés les plus en vue du putsch d’Alger. L’homme se présente en uniforme d’apparat, béret vert et décorations pendantes. Le procès se clôt le soir même -rapide délibéré- au terme duquel l’accusé est condamné à 10 années de détention criminelle.

Le procès débute par un interrogatoire d’identité d’usage… et la déclaration devenue célèbre du commandant de Saint Marc, déclaration qu’il faut faire lire aux jeunes, c’est son parcours, c’est un morceau de notre Histoire de France, tragique, de sang et d’honneur :

   « Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie…

   « En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique.

« On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.

« Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un cœur léger. Alors nous avons pleuré. L’angoisse a fait place en nos cœurs au désespoir. Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français. Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie : “ L’Armée nous protégera, l’armée restera “. Nous pensions à notre honneur perdu.

« Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire. Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur. Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.

« Monsieur le Président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le Président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés.

« Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales.

« Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé. C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.

« Terminé, Monsieur le Président. »

Les passions politiques, les pressions politiques se déchaînent. Pierre Mesmer, ministre des armées et ancien légionnaire fait pression auprès de l’avocat général de la Cour de Cassation Jean Reliquet pour une lourde peine, Edmond Michelet, alors Garde des Sceaux renchérit. Ils avaient demandé dans le procès des généraux Challe et Zeller, la peine de mort.

Les dépositions se succèdent, les témoignages tous azimuts s’empilent. Anciens déportés, généraux, militaires, journalistes …  pour ou contre… tous terminent par un hommage « Officier de haute volée, sens du devoir, du sacrifice. Aimé de ses hommes. Officier extraordinaire. Une des plus belles figures d’officier que je connaisse. Officier d’élite.”

Réquisitoire de monsieur l’avocat général Reliquet – Plaidoirie de Maître Martin-Sané – Jugement. « Ils n’ont rien compris » a lancé le commandant de Saint Marc au prononcé de sa peine.

L’affaire se termine en pantalonnade et les légionnaires de Saint Marc se rendent aux autorités en chantant à tue-tête : «Non, rien de rien, je ne regrette rien…», d’Edith Piaf.

Quarante ans plus tard, Saint Marc est devenu un mythe au sein de l’armée française. Il était reçu par les grands chefs, adulé à Saint-Cyr, et ses nombreux livres ont rencontrés un large public, bien au-delà des casernes. En novembre 2011, il a été élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d’honneur, la plus haute distinction que la République peut conférer. »

Ce livre est là pour témoigner de la grandeur d’un engagement au-delà des intérêts politiques. Pour que les jeunes générations connaissent ces pages tragiques, ces pages d’honneur.

Le procès du Commandant de Saint Marc, présenté et annoté par Bernard Zeller, préface d’Oliver Dard, aux Nouvelles Editions latines, avril 2021, 216 pages, 19€.

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https://www.medias-presse.info/le-proces-du-commandant-de-saint-marc-nous-ne-laisserons-pas-notre-honneur-en-algerie-bernard-zeller/143284/

mercredi 22 mars 2023

De la légitimité du pouvoir

 

De la légitimité du pouvoir

Dans un monde où le droit inaliénable de communier avec Dieu est piété, où les églises sont entourées par les gendarmes car elles ont osé se soumettre à la loi de Dieu et non pas à la loi des hommes[1], où la dictature communiste de l’URSS règne en maître absolu, rappeler les critères qui rendent un pouvoir légitime s’avère nécessaire.

La question de la légitimité du pouvoir ne saurait être distinguée, stricto sensude la notion du bien commun.[2] Plus précisément, un gouvernement devient légitime s’il cherche à satisfaire les exigences du bien commun de son peuple.[3] La philosophie politique chrétienne exprimée par Saint Thomas d’Aquin développe cette notion de bonum comune en affirmant que le prince doit gouverner son royaume comme Dieu gouverne l’Univers tout en tenant compte de la finalité de la nature humaine[4] : « La fin de la multitude est de vivre en vue du bonheur éternel et il appartient au roi d’ordonner la vie du peuple en vue de cette béatitude »[5]. Il faut en outre que ce chef soi catholique pour accomplir efficacement cette mission.  Le principe de légitimité réside ainsi dans le fait que le prince doit donner priorité absolue aux principes transcendants et immuables qui, à la fois, devraient dominer son comportement. La légitimité serait ainsi la réaffirmation prioritaire de l’idée selon laquelle: « un Prince guidé par un principe, un principe incarné dans un Prince »[6].

Si bien cette théorie de la légitimité basée sur la relation intrinsèque entre le souverain et le principe qu’il doit incarner semblerait à première vue abstraite, l’histoire seule s’est chargée de nous montrer le contraire, à savoir que la figure la plus accomplie de la légitimité fut la Monarchie Française qui imposa au Prince cette soi-disant qualité abstraite qui devint avec le temps un témoignage, un vécu.

Pourtant assimiler le principe de légitimité à la monarchie sans connaître sa vraie nature serait ne pas lui rendre la place qu’elle eut dans l’histoire et dans le cœur des hommes. Pour autant, on verra de façon continue la façon dans laquelle cette relation légitimité-monarchie s’est forgée au fil des quatorze siècles et quelle en est l’origine.

Baptême de Clovis et le bien commun

« À la fin du Ve siècle, une force, une nation naissait au baptistère de Reims ». Ce sont les mots que le baron Pinoteau utilisa pour décrire l’importance du baptême de Clovis. D’un point de vue historique, à partit du IV° siècle, l’Empire Romain connut une décadence non seulement morale (car elle y a toujours régné), mais aussi politique. Les empereurs se massacraient mutuellement et la Gaule romaine se trouvait sans maître à la merci du premier envahisseur.[7] C’est dans ce contexte « qu’un jeune souverain venait de monter sur le trône pour écraser son rival »[8], un jeune roi qui allait sceller à jamais le destin de la France avec Dieu. Même si la critique moderne a essayé de déformer et d’écarter le texte sur la vie de Clovis du premier historien de la France, saint Grégoire de Tours, la vérité historique a triomphé en nous permettant de mieux comprendre le passage opéré par la Gaule du V° siècle « de l’obscur paganisme à l’apaisante lumière de la foi »[9].

Selon l’Histoire des Francs écrite par Saint Grégoire, Clovis en tant que païen refusait toujours d’embrasser la religion catholique de sa femme, sainte Clotilde, jusqu’au moment de la guerre contre les Alamans où l’armée du Roi des Francs fut sur le point d’être exterminée.[10] C’est à ce moment que Clovis s’adressa au Dieu de sa femme et promit de se convertir s’il obtenait la victoire. Non seulement, il sortit victorieux, mais les Alamans qui survécurent jurèrent leur fidélité à Clovis, tout comme son propre peuple qui s’écria : « Les dieux mortels nous les rejetons pieux Roi, et c’est le Dieu immortel que prêche saint Remi que nous sommes prêts à suivre »[11]. Sans aucun doute « la conversion de Clovis fut-elle le fruit du vœu sur le champ de bataille qui arracha le Roi au paganisme »[12]. Cet épisode fut suivi par le baptême du Clovis administré par saint Remi qui au moment de cette cérémonie interpella le roi par ces célèbres paroles : « Depone colle sigamber »[13]. (Dépose tes colliers, amulettes et autres marques de l’appartenance au paganisme). Nous devons percevoir dans cette expression le renoncement à Satan et l’embrassement de Dieu, de la foi catholique.

Le baptême de Clovis donna ainsi naissance au premier État barbare catholique fondé sur les ruines de l’Empire Romain et fit de la France la fille aînée de l’Église et de ses souverains les Rois très Chrétiens.[14] C’est dans ce pacte que naquit l’alliance de l’autel et le trône, c’est dans ce pacte que cette race royale, comme la nommait saint Remi, fut consacrée au Seigneur et avec elle tous les Français. C’est toujours ce pacte qui poussa Hincmar, l’archevêque de Reims des temps de carolingiens, à affirmer que les circonstances exceptionnelles du baptême de Clovis renforcèrent l’idée de l’origine divine du pouvoir et des desseins particuliers de Dieu sur la France » [15]Et c’est toujours à travers ce pacte que ce Rex Francorum commença à incarner ces principes transcendants pour le bien commun entendu comme bonheur éternel.

Le sacre et le bien commun

La conséquence naturelle du baptême de Clovis fut le sacre des rois[16] qui renforça encore plus la théorie de la légitimité de la royauté.

En 751 Pépin le Bref se fit élire roi à Soisson par une assemblée de grands du royaume et jugea opportun d’introduire une légitimité nouvelle qu’il trouva auprès de l’Église et dont les origines se trouvent dans la lignée des rois de l’Ancien Testament. À travers ce sacre, « il devient fils de Dieu comme le roi David et acquiert ainsi quelque chose de la nature divine »[17]. Cette action spirituelle du roi a des conséquences sur le plan juridique et politique car « le roi doit se mettre au service d’un bien qui transcende les utilités personnelles et qui est le bien total du royaume »[18]. Pour autant, la volonté du prince doit être la même que celle de sa fonction royale : « le Roi s’efface devant le bien commun d’un peuple, qui s’efface lui-même devant une mission »[19]. Rappelons-nous à cet égard la théorie philosophique avant mentionnée selon laquelle le pouvoir d’un prince est légitime s’il efface sa propre personne pour agir dans l’intérêt de son peuple. Sans doute, peut-on affirmer que c’est à travers le sacre des rois que se renforce cette idée de légitimité.

Non seulement, le sacre devient ainsi une religion royale selon l’expression de Jean Golein, mais il cimente à jamais l’union entre l’autel et le trône qui devient sacrée ne vertu de son origine. À cet égard, Mgr Delassus écrit que le sacre des rois représente non seulement « l’attestation de l’origine divine de l’autorité politique car tout pouvoir vient de Dieu, mais aussi elle revêt le légitime héritier d’un pouvoir qui n’est autre que le lieutenant de Jésus-Christ dans le royaume de France »[20].

Cette dernière idée selon laquelle Jésus-Christ est le roi de France et que le monarque n’est que son lieutenant a été renforcée par sainte Jeanne d’Arc à travers la triple donation qu’elle fit devant notaire.

L’acte notarial de sainte Jeanne d’Arc et le bien commun

Conduisant le dauphin à Reims, Jeanne lui demande devant notaire de lui faire don de son palais et de son royaume : « Notaire ! Écrivez, dit la Pucelle inspirée : le 21 juin à 4h du soir, l’an de Jésus-Christ de 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. Nos Seigneurs, dit-elle d’une voix forte, à présent c’est Jésus-Christ qui parle : Moi, Seigneur éternel, je la donne à Charles VII »[21]. Cette émouvante triple donation devant notaire nous rappelle que c’est le Christ le Roi de France et le bien commun de son peuple doit correspondre aux divines volontés du Roi du Ciel.

Que l’on veuille reconnaître ou non, la fonction royale est intimement liée à la réalisation du bien commun. Ceci résulte non pas seulement de notre analyse, mais aussi du second verset du sacre : le roi promet à son peuple le gouverner selon les règles de la morale chrétienne, à savoir paix, justice, miséricorde, mais pour y arriver, il doit d’abord façonner son comportement en imitant les vertus du Christ.[22] En fait, le sacre « parce qu’il fait du roi un médiateur entre le Christ et ses sujets, limite ses pouvoirs à ce qui est nécessaire pour le bien commun. Pour autant, il est juridiquement anti-absolutiste ».[23] Ce sont précisément ces deux aspects, spirituels et juridiques, qui rendent la Monarchie Française légitime si on tient compte du principe de légitimité mentionné en début de cette analyse.

Règles politiques qui  découlent de cette légitimité 

Le sacre engendre des conséquences politiques qui se traduisent par quelques principes simples de gouvernement : protéger l’Église dans sa fonction, lutter contre l’hérésie, proscrire la polygamie et l’avortement, protéger la famille, défendre le patrimoine familial, défendre la transmission héréditaire des honneurs et des biens et assurer la sécurité intérieure et extérieure de son pays.[24]  

Révolution Française et légitimité de la royauté

« Le but de la Révolution est de détruire de fond l’édifice du Christianisme et de reconstruire sur ses ruines l’ordre social du paganisme » dirait Pie IX et pour y arriver le défenseur de l’Église, le trône, devait être mis bas. C’est ce qui arrive à travers l’assassinat du Roi : « le roi Louis XVI a été assassiné car il était le roi oint à Reims ». C’est précisément le sacre des rois qui était visé par les révolutionnaires en vertu de son objectif : l’union sacrée entre l’autel et le trône. Pour pouvoir construire « l’ordre social du paganisme », ils devaient chasser le baptême de Clovis qui marqua la victoire du catholicisme sur le monde païen ainsi que sa continuation naturelle – le sacre – qui renforça l’idée de protection de l’Église à travers notamment les luttes contre l’invasion musulmane en Europe, les croisades de saint Bernard ou les luttes contre l’hérésie satanique du protestantisme. L’oraison du sacre au moment où l’archevêque de Reims ceint le Roi avec le glaive est claire : « Sire, prenez cette épée qui vous est donnée avec la bénédiction de Dieu, par lequel en la vertu du Saint Esprit, résister et repousser  tous vos ennemis et tous les adversaires de la Sainte Église Catholique… »[25]

Deux cent ans après nous pouvons comprendre et analyser les conséquences de cette rupture entre la Maison de Bourbon et l’Église qui fut consommée le 21 janvier 1793. L’assassinat du lieutenant de Dieu engendra des conséquences irréparables pour l’humanité tout entière : la destruction de la famille, la légalisation de l’avortement, la légalisation de la prostitution à travers le mariage civil et, dernièrement, l’installation d’une véritable dictature communiste à travers la soi-disant crise sanitaire.

 On peut conclure que cette union entre l’autel et le trône qui puise sa légitimité non seulement dans son objectif transcendant de bien commun, mais aussi dans son origine divine implique l’idée selon laquelle un vrai catholique devrait être fidèle à l’union voulue par Dieu. Rappelons-nous qu’au nom de cette union,  perdirent la vie 112 enfants vendéens à Luc-sur-Boulogne, au nom de cette même union des milliers des vendéens dont la devise était Pour Dieu et Le Roi sacrifièrent leur vie. Au nom de cette union, le roi Louis XVI accepta le martyr. Rester fidèle à cette tradition, à ce principe, implique de se réjouir des splendeurs spirituelles qui en découlent et qui représentent la principale caractéristique des nations européennes. Henri V, comte de Chambord, avait conservait cette fidélité et la résumait dans ces mots : « ma personne n’est rien, mon principe est tout »[26].

Catherine de Torquemada

Notes de bas de pages

[1] Je pense notamment au cas de l’Église Saint-Nicolas-du Chardonnet à Paris

[2] Yves-Marie Adeline, L ’Aube Royale, Études sur la Légitimité du pouvoir, Éd. S.I.C.R.E., 1991, p.

[3] Ídem.

[4] De regno ad regem Cypri, Éd. Dondaine, 1979, p. 449-471.

[5] Ídem.

[6] Hugues de Soyecourt, Légitimité et autorité, dans la revue Légitimiste, 1997, no. 152, 3

[7] Francis Dallais, Clovis ou le combat de gloire, Éd. PSR, 1996, p.30.

[8] Idem., p. 63.

[9] Idem., p. 81.

[10] Idem.

[11] Idem.

[12] Léon Levillain, La conversion et le baptême de Clovis, Revue d’Histoire de l’Église de France, tome XXI, 1935, p. 192.

[13] Francis Dallais, Op. cit., p. 112.

[14] Hervé Pinoteau, la Symbolique Royale Française V-XVIIIe siècles, Éd. Presse Sainte Radegonde, 2003, p. 20.

[15] Francis Dallais, Le Sacré- Coeur et les Bourbons dans la revue Continuité Pour la France & le Roi:Dieu Premier Servi,

[16] Hervé Pinoteau, Op. cit., p.77.

[17] Idem.

[18] Jean Barbey, Le Sacre Royal dans la revue Dieu Premier Servi, 1988, p. 31.

[19] Jean Devisse, Les antécédents mérovingiens et wisigothes des sacres français,

[20] Mgr. Henri Delassus, La conjuration Antichrétienne, Éd. de Brauer et Cia, 1910.

[21] Bernard Tissier de Mallerais, La misión toujours actuelle de Sainte Jeanne d’Arc, Conférence à Thouars, 1990 publiée dans la revue Continuité pour la France et le Roi : Dieu Premier Servi, 1990, No.6/7, p. 4.

[22] Jean Barbey, Le Sacre royal dans la revue Dieu Premier Servi, No. 13, 1988,  p. 35.

[23] Idem.

[24] Hervé Pinoteau, Op. cit.

[25] Idem.

[26] Henri d’Artois, Comte de Chambord, cité dans la revue Continuité pour Dieu et le Roi : Dieu Premier Servi, no. 7, 1990, p. 9.

https://www.medias-presse.info/de-la-legitimite-du-pouvoir/143941/

Histoire et hystérie

 

230322

Consacrons cette chronique à répondre à un commentateur de la précédente, en date du 20 mars. Cet intervenant, sous une identité de fantaisie, se demande si ce texte participe à la défense commune de la démocratie ou s'il l'a mal lu.

Sans doute a-t-il été mal écrit.

Quel est, en effet, le point de vue, antijacobin, où se situe et, par conséquent, d'où parle "l'Insolent" relativement au régime qui, globalement prévaut en Occident ? Considère-t-il pour légitime d'écrire le mot sans guillemets s'agissant de la variante qu'on considère ici pour "orientale", c'est-à-dire pour sa version concrètement despotique dont les plus emblématiques dirigeants revendiquent, sans rougir, l'appellation.

Le mot est sans doute, depuis Robespierre et, plus encore depuis Clemenceau, galvaudé à Paris. Celui que la mémoire appelle le Tigre, et qui au ministère de l'Intérieur se disait "le premier flic de France" et qui imposa le traité de Versailles, proclamait quant à lui que "la révolution est un bloc". À ce titre, il demandait, et il obtint, sous la troisième république l'interdiction d'une pièce de théâtre osant opposer Danton à son Incorruptible rival.

Le terme de "démocratie" est apparu à Athènes, plus tardivement que ne l'imagine la croyance habituelle, au cours du Ve siècle. Périclès (495-429) s'en réclame, alors même que les institutions qu'il exalte commencent à défaillir, sous le poids du socialisme d'État. Au siècle suivant, Aristote (384-322) fait justice de la différence qui l'oppose à la démagogie, laquelle s'installe dès lors que les fonctions publiques électives sont rémunérées. Pour le Stagirite, la réponse à la question du "meilleur régime" suppose que l'on sache d'abord "pour quel peuple et à quelle époque".

Le point de vue de l'auteur de ces lignes rejoint donc celui de Winston Churchill pour qui la démocratie parlementaire doit être considérée comme le pire des régimes, à l'exception de tous les autres… Il pensait évidemment à celui qui, tempéré par l'existence d'une monarchie symbolique et arbitrale prévaut aujourd'hui en Grande-Bretagne, mais aussi en Suède, au Danemark, en Espagne, aux Pays-Bas etc. Dans la rubrique désastreuse, il inclurait à coup sûr, s'il l'avait connu, celui la cinquième république, telle que la réforme de 1962 la fit évoluer du fait de l'élection du chef de l'État au suffrage universel, invention éphémère de Lamartine en 1848. Mais il va encore plus de soi, à  savoir que ce qu'on appelle désormais les démocratures, telles qu'elles fonctionnent dans un nombre considérable de pays, du Venezuela de Maduro jusqu'à l'Iran des mollahs, en passant par la Turquie d'Erdogan, aux institutions formellement électives, mais où tout est fait pour empêcher l'alternance et la séparation des pouvoirs, paraissent, pour nous Européens d'aujourd'hui, – et c'est le point essentiel – insupportables. Les dictatures "démocratiques", où règne un parti unique le sont plus encore.

Ceci étant posé, que doit-on penser, de la nouvelle "guerre froide" envisagée comme l'opposition de plus en plus radicale, non pas entre des puissances rivales, mais d'abord entre des régimes différents ?

Dans le Point en date du 19 mars, Gérard Araud nous annonce qu'elle "aura bien lieu". Il semble d'ailleurs que l'emploi du futur a quelque chose d'étrange quand tout le monde se félicite de l'adoption d'une doctrine de condamnation future, préemptant la victoire des Bons sur les Méchants. Son article estime ainsi qu'il faut "réhabiliter le traité de Versailles". Bigre. Or, s'il constate que la rivalité sino-américaine ne cesse de se renforcer en raison des provocations chinoises, il parle aussi d’une "hystérie" antichinoise aux États-Unis.

Son auteur a fait une belle carrière au sein de notre diplomatie nationale. Il fut ainsi, de 2014 à 2019, ambassadeur de France aux États-Unis après avoir été représentant permanent de la France aux Nations Unies. En 2021, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique lui aurait reproché d'avoir travaillé pour l'entreprise de sécurité étrangère conceptrice du logiciel espion Pegasus. Pure malveillance bien sûr.

Le mot "hystérie" fait ici problème. Les travaux de Charcot, à une époque où cette maladie était considérée alors comme typiquement féminine, d'où son appellation, furent brillamment continués par les théories de Freud qui les développe dans son Introduction à la Psychanalyse. Dans ce petit livre il est clairement démontré que l'hystérique est celui, ou celle, qui "souffre de réminiscences".

Ne parlons donc pas d'hystérie, mais plutôt de leçons de l'histoire. Or, si l'hystérique a sans doute tendance à croire que les événements se reproduisent à l'identique, l'Histoire, qui recommence toujours, développe ses réalités dans des contextes constamment différents. Xi Jinping n'est pas Hitler, Poutine n'est pas Mussolini, l'opération militaire spéciale entreprise en 2022 n'est ni le partage de Pologne de 1939, ni l'attaque d'octobre 1940 contre la Grèce, ni encore moins la guerre d'Éthiopie et les "sanctions" ne sont pas les mêmes, Bakhmout n'est pas Verdun. Certes. On peut même ajouter en réponse aux faux lettrés qui évoquent un prétendu "complexe de Thucydide", théorie en vogue aux États-Unis, que ce qui se dessine dans l'Indo-Pacifique n'est pas non plus la Guerre du Péloponnèse. Pas tout à fait.

L'affrontement actuel des puissances existe cependant bel et bien.

Du fait de l'interdit nucléaire, l'antagonisme prend le caractère de la guerre froide ; du fait du développement prodigieux des télécommunications ce que prévoyait un Jules Monnerot en 1963, celle-ci est devenue guerre hybride. Celle-ci désormais oppose donc deux hyperpuissances, l'Amérique et la Chine. L'Europe peut très difficilement se penser comme "neutre" : constatons qu'elle ne l'est pas et ne peut pas l'envisager ; son devoir de survie est de se doter, d'urgence, des moyens stratégiques et institutionnels, qui font aujourd'hui cruellement défaut pour la défense de son identité et de ses libertés.

JG Malliarakis

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