lundi 28 novembre 2022

Maternité et petite enfance en Egypte ancienne (Amandine Marshall)

 Amandine Marshall, docteur en égyptologie, archéologue et écrivain, est une spécialiste reconnue pour la qualité de ses travaux par la communauté scientifique internationale.

Dans son ouvrage, Amandine Marshall aborde les questions se rapportant au fait d’avoir des enfants, ce que cela représentait pour les parents en termes sociaux, émotionnels et économiques, et ce que cela signifiait d’être activement un parent. Elle procède ensuite à l’exploration de tout ce qui touche à la naissance, de la gestation à l’accouchement, en incluant les périls ainsi que les protections médicales et religieuses pour la mère, le fœtus et l’enfant.

Amandine Marshall souligne qu’en Egypte ancienne, l’embryon occupe une place particulière. Le fœtus peut recevoir un nom alors même que son existence terrestre n’a pas débuté, ce qui lui confère un statut social au sein de la famille, mais également au sein de sa communauté. Les fouilles archéologiques sur une douzaine de sites ont permis de découvrir sur chacun d’eux des fœtus enterrés, ce qui accrédite le fait que l’embryon bénéficie d’un statut concret dans la société égyptienne antique.

L’auteur poursuit en considérant les aspects pratiques de l’enfance en terme d’alimentation (y compris le recours aux nourrices) des nourrissons et des enfants en bas âge, les maladies auxquelles ils étaient confrontés, et les soins en général.

Le livre s’achève par une réflexion sur les enfants nés avec des handicaps physiques et mentaux, ainsi que sur la façon dont ils ont été perçus par la société.

Un livre très instructif qui nous dévoile toute la fascinante importance de la maternité dans l’Egypte ancienne. 

Maternité et petite enfance en Egypte ancienne, Amandine Marshall, éditions du Rocher, 274 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/maternite-et-petite-enfance-en-egypte-ancienne-amandine-marshall/45297/

#124 - Jacques Sapir pour son livre intitulé "Le grand retour de la plan...

dimanche 27 novembre 2022

#123 - Bernard Bourdin pour le livre qu'il a co-écrit "La Nation"

Vivante Egypte, de Gizeh à Philae (Florence Quentin)

 

vivante Egypte

Florence Quentin, égyptologue, nous fait découvrir l’Egypte et sa vallée du Nil, loin des hôtels de tourisme. Elle partage avec le lecteur sa fascination pour cette civilisation et explore le domaine du sacré dans l’Egypte ancienne.

Ce livre nous ballade dans les hauts lieux de cet ancien empire, du plateau de Gizeh, site quasi désert aujourd’hui, avec ses monuments funéraires que sont les pyramides de Chéops, Chéphren et Mykérinos, à Philae où fut inscrit le dernier texte hiéroglyphe le 24 août 394 de notre ère.

A travers cette visite des sites antiques (Amarna, Dendara, Karnak, Louxor,…) c’est la mythologie égyptienne et l’histoire des Pharaons que l’auteur passe rapidement en revue.

Vivante Egypte, de Gizeh à Philae, Florence Quentin, éditions Desclée De Brouwer, 222 pages, 18,50 euros

https://www.medias-presse.info/vivante-egypte-de-gizeh-a-philae-florence-quentin/45500/

BAUDOUIN IV PURE EFFIGIE DU ROI FRANÇAIS

vendredi 25 novembre 2022

Pourquoi relire Koestler ? Entretien avec Robert Steuckers à l’occasion de ses dernières conférences sur la vie et l’œuvre d’Arthur Koestler 4/5

  

Ensuite, nous avons le Koestler grand journaliste de la presse berlinoise qui appuie la République de Weimar et l’idéologie d’un Thomas Mann. Mais cette presse, aux mains de la famille Ullstein, famille israélite convertie au protestantisme prussien, basculera vers la droite et finira par soutenir les nationaux-socialistes. Entretemps, Koestler vire au communisme — parce qu’il n’y a rien d’autre à faire — et devient un militant exemplaire du Komintern, à Berlin d’abord puis à Paris en exil. Il fait le voyage en URSS et devient un bon petit soldat du Komintern, même si ce qu’il a vu entre l’Ukraine affamée par l’Holodomor et la misère pouilleuse du lointain Turkménistan soviétique induit une certaine dose de scepticisme dans son cœur.

Sionisme et communisme : de terribles simplifications

Ce scepticisme ne cessera de croître : finalement, pour Koestler, la faiblesse humaine, le besoin de certitudes claires, l’horreur de la complexité font accepter les langages totalitaires, la tutelle d’un parti tout-puissant, remplaçant la transcendance divine tuée ou évacuée depuis la “mort de Dieu”. Les colons sionistes reniaient les facultés juives — du moins de la judaïté urbanisée, germanisée ou slavisée, d’idéologie libérale ou sociale-démocrate — d’adaptation plastique et constante à des mondes différents, ressuscitaient l’hébreu sous une forme moderne et simplifiée, nouvelle langue sans littérature et donc sans ancrage temporel, et abandonnaient l’allemand et le russe, autrefois véhicules d’émancipation du ghetto. Le sionisme menait à une terrible simplification, à l’expurgation de bonnes qualités humaines. Le communisme également.

Contrairement à l’époque héroïque de ma découverte de Koestler, où nous ne bénéficions pas de bonnes biographies, nous disposons aujourd’hui d’excellents ouvrages de référence : celui du professeur américain Michael Scammell, également auteur d’un monumental ouvrage sur Soljénitsyne, et celui de l’avocat français Michel Laval (Michael Scammell, Koestler – The Indispensable Intellectual, Faber & Faber, 2009 ; Michel Laval, L’homme sans concessions : Arthur Koestler et son siècle, Calmann-Lévy, 2005). Tous deux resituent bien Koestler dans le contexte politique de son époque mais, où ils me laissent sur ma faim, c’est quand ils n’abordent pas les raisons intellectuelles et quand ils ne dressent pas la liste des lectures ou des influences qui poussent le quadragénaire Koestler à changer de cap et à abandonner complètement toutes ses spéculations politiques dans les années 50, immédiatement après la parenthèse maccarthiste aux États-Unis, pays où il a longuement séjourné, sans vraiment s’y sentir aussi à l’aise que dans son futur cottage gallois ou dans son chalet autrichien. Certes, Koestler lui-même n’a jamais donné une œuvre ou un essai bien balancé sur son itinéraire scientifique, post-politique. Les deux volumes de son autobiographie, Arrow in the Blue (La corde raide) et Invisible Writing (Hiéroglyphes) s’arrêtent justement vers le milieu des années 50. Ces deux volumes constituent un bilan et un adieu. J’en conseille vivement la lecture pour comprendre certaines facettes du XXe siècle, notamment relative à la guerre secrète menée par le Komintern en Europe occidentale.

Agent soviétique puis agent britannique ?

Koestler se lit avec intérêt justement pour le recul qu’il prend vis-à-vis des idéologies auxquelles il a adhéré avec un enthousiasme naïf, comme des millions d’autres Européens. Mais on ne saurait évidemment adhérer à ces idéologies, sioniste ou communiste, ni partager les sentiments, parfois malsains, qui l’ont conduit à s’y conformer et à s’y complaire. Koestler a été un agent du Komintern mais, à part le long épisode dans le sillage de Münzenberg, d’autres facettes sont traitées trop brièvement : je pense notamment à son travail au sein de l’agence de presse géopolitique, Pressgeo, dirigée à Zürich par le Hongrois Rados et pendant soviétique/communiste des travaux de l’école allemande d’Haushofer. Koestler lui-même et ses biographes sont très discrets sur cette initiative, dont tous louent la qualité intrinsèque, en dépit de son indéniable marquage communiste. Koestler a donc été un agent soviétique. Il sera aussi, on s’en doute, un agent britannique, surtout en Palestine, où il se rendra deux ou trois fois pour faire accepter les plans britanniques de partition du pays aux sionistes de gauche et de droite (avec qui il était lié via l’idéologue et activiste de droite Vladimir Jabotinski, père spirituel des futures droites israéliennes). Ses souvenirs sont donc intéressants pour comprendre les sentiments et les réflexes à l’œuvre dans la question judéo-israélienne et dans les gauches d’Europe centrale. On ne peut affirmer que Koestler soit devenu un agent américain, pour la bonne raison qu’à New York il fut nettement moins “employé”’ que d’autres au début de la Guerre Froide, qu’on le laissait moisir dans sa maison américaine quasi vide et que sa carrière aux États-Unis n’a guère donné de fruits. Le maccarthisme se méfiait de cet ancien agent du Komintern. Et Koestler, lui, estimait que le maccarthisme était dénué de nuances et agissait exactement avec la même hystérie que les propagandistes soviétiques, quand ils tentaient de fabriquer des collusions ou d’imaginer des complots.

Koestler et la France

Reste à évoquer le rapport entre Koestler et la France. Ce pays est, dans l’entre-deux-guerres, le refuge idéal des antifascistes et antinazis de toutes obédiences. Koestler y pérègrine entre Paris et la Côte d’Azur. La France est la patrie de la révolution et Koestler se perçoit comme un révolutionnaire, qui poursuit l’idéal 150 ans après la prise de la Bastille, devant des ennemis tenaces, apparemment plus coriaces que les armées en dentelles de la Prusse et de l’Autriche à Valmy ou que les émigrés de Coblence. Cet engouement pour la France s’effondre en octobre 1939 : considéré comme sujet hongrois et comme journaliste allemand, Koestler est arrêté et interné dans un camp de concentration en lisière des Pyrénées. Il y restera quatre mois. Cette mésaventure, ainsi que sa seconde arrestation en mai 1940, son évasion et son périple dans la France en débâcle, généreront un deuxième chef-d’œuvre de littérature carcérale et autobiographique, Scum of the Earth (La Lie de la Terre). Cet ouvrage est une dénonciation de l’inhumanité du système concentrationnaire de la Troisième République, de son absence totale d’hygiène et un témoignage poignant sur la mort et la déréliction de quelques antifascistes allemands, italiens et espagnols dans ces camps sordides.

Avant 1945, la littérature carcérale / concentrationnaire dénonce, non pas le Troisième Reich, mais la Troisième République. Il y a Koestler, qui édite son livre en Angleterre et donne à l’allié français vaincu une très mauvaise presse, mais il y a, en Belgique, les souvenirs des internés du Vernet, arrêtés par la Sûreté belge en mai 1940 et livrés aux soudards français qui les accompagneront en les battant et en les humiliant jusqu’à la frontière espagnole. Eux aussi iront crever de faim, rongés par une abondante vermine, en bordure des Pyrénées. Ce scandale a été largement exploité en Belgique pendant les premiers mois de la deuxième occupation allemande, avec les témoignages de Léon Degrelle (Ma guerre en prison), du rexiste Serge Doring (L’école de la douleur : Souvenirs d’un déporté politique), des militants flamands René Lagrou (Wij Verdachten) et Ward Hermans. La description des lieux par Doring correspond bien à celle que nous livre Koestler. L’un de leurs compagnons d’infortune des trains fantômes partis de Bruxelles, le communiste saint-gillois Lucien Monami n’aura pas l’occasion de rédiger le récit de ses malheurs : il sera assassiné par des soldats français ivres à Abbeville, aux côtés des solidaristes Van Severen et Rijckoort.

La Lie de la terre rend Koestler impopulaire en France dans l’immédiat après-guerre. En effet, cet ouvrage prouve que le dérapage concentrationnaire n’est pas une exclusivité du Troisième Reich ou de l’URSS stalinienne, que les antifascistes et les rescapés des Brigades Internationales ou des milices anarchistes ibériques anti-franquistes ont d’abord été victimes du système concentrationnaire français avant de l’être du système national-socialiste ou, éventuellement, stalinien, que la revendication d’humanisme de la “République” est donc un leurre, que la “saleté” et le manque total d’hygiène reprochés aux services policiers et pénitentiaires français sont attestés par un témoignage bien charpenté et largement lu chez les alliés d’Outre-Manche à l’époque.

Les choses s’envenimeront dans les années chaudes et quasi insurrectionnelles de 1947-48, où Koestler évoque la possibilité d’une prise de pouvoir communiste en France et appelle à soutenir De Gaulle. Dans ses mémoires, il décrit Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, avec leur entourage, en des propos peu amènes, se gaussant grassement de leurs dogmatismes, de leurs manies, de leur laideur et de leur ivrognerie. La rupture a lieu définitivement en 1949, quand Koestler participe à un recueil collectif, Le Dieu des Ténèbres, publié dans une collection dirigée par Raymond Aron. La gauche française, communistes en tête, mène campagne contre le “rénégat” Koestler et surtout contre la publication en traduction française de Darkness at Noon (Le Zéro et l’Infini). Pire : l’impression du recueil d’articles de Koestler, intitulé Le Yogi et le commissaire, est suspendue sur ordre du gouvernement français pour “inopportunisme politique” ! Une vengeance pour La Lie de la Terre ?

En Belgique en revanche, où l’emprise communiste sur les esprits est nettement moindre (malgré la participation communiste à un gouvernement d’après-guerre, la “communisation” d’une frange de la démocatie chrétienne et les habituelles influences délétères de Paris), Koestler et Orwell, explique le chroniqueur Pierre Stéphany, sont les auteurs anglophones les plus lus (en 1946, le livre le plus vendu en Belgique est Darkness at Noon). Ils confortent les options anticommunistes d’avant-guerre du public belge et indiquent, une fois de plus, que les esprits réagissent toujours différemment à Bruxelles et à Paris. En effet, la lecture des 2 volumes autobiographiques de Koestler permettent de reconstituer le contexte d’avant-guerre : Münzenberg (et son employé Koestler) avaient été en faveur de l’Axe Paris-Prague-Moscou, évoqué en 1935 ; cette option de la diplomatie française contraint le Roi à dénoncer les accords militaires franco-belges et à reprendre le statut de neutralité, tandis que, dans l’opinion publique, bon nombre de gens se disent : “Plutôt Berlin que Moscou !” (fin des années 70, les émissions du journaliste de la télévision flamande, Maurits De Wilde, expliquaient parfaitement ce glissement).

Attitude qui reste encore et toujours incomprise en France aujourd’hui, notamment quand on lit les ouvrages d’une professeur toulousaine, Annie Lacroix-Riz (in : Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre Froide, Armand Colin, 1996 et réédité depuis). L’idéologie de cette dame, fort acariâtre dans ses propos, semble se résumer à un mixte indigeste de républicanisme laïcard complètement abscons, de sympathies communisto-résistantialistes et de germanophobie maurrasienne. Bon appétit pour ingurgiter une telle soupe ! Les chapitres consacrés à la Belgique sont d’une rare confusion et ne mentionnent même pas les travaux du Prof. Jean Vanwelkenhuizen qui a démontré que l’éventualité d’un Axe Paris-Prague-Moscou a certes contribué à réinstaurer le statut de neutralité de la Belgique mais que d’autres raisons avaient poussé le Roi et son entourage à changer leur fusil d’épaule : les militaires belges estimaient que la tactique purement défensive du système Maginot, foncièrement irréaliste à l’heure du binôme char/avion et ne tenant aucun compte des visions exprimées par le stratégiste britannique Liddell-Hart (que de Gaulle avait manifestement lu) ; le ministère de l’intérieur jugeait problématique l’attitude de la presse francophile qui ne tenait aucun compte des intérêts spécifiques du pays ; et, enfin, last but not least, la volonté royale de sauver la civilisation européenne des idéologies et des pratiques délétères véhiculées certes par les idéologies totalitaires mais aussi par le libéralisme manchestérien anglais et par le républicanisme et “révolutionnisme institutionalisé” de la France. Aucune de ces recettes ne semblait bonne pour restaurer une Europe conviviale, respectueuse des plus belles réalisations de son passé.

À suivre

LA GUERRE DU DONBASS – LES ORIGINES HISTORIQUES PROFONDES DU CONFLIT (I)

 

Guerre du Donbass - Origines historiques

Si on veut comprendre pourquoi et comment la guerre du Donbass a éclaté début 2014 après le coup d’état du Maïdan, il faut remonter aux origines du problème. Aux origines de l’instabilité intrinsèque de l’Ukraine, qui se trouve dans l’histoire même de ce pays encore jeune. Car les historiens ukrainiens ont beau essayer de réécrire l’histoire de leur pays pour lui donner plus de consistance, les faits sont têtus. Pour trouver la première mention d’un état ayant Kiev pour capitale et rassemblant ne serait-ce qu’une partie des territoires de l’Ukraine actuelle, il faut remonter 12 siècles en arrière.

La Rus’ de Kiev

Au 9e siècle, les Scandinaves s’installent un peu partout le long de leurs routes commerciales, colonisent de nouvelles terres et fondent de nouvelles villes. À l’Est, ils s’installeront et créeront ainsi les villes de Novgorod puis la future Kiev. Si les deux villes forment des principautés séparées au départ, elles seront unies à la toute fin du 9e siècle, et la capitale passera de Novgorod à Kiev.

Cet état, qui au maximum de son expansion couvre les territoires allant du Nord-Ouest de l’actuelle Russie au Centre et à l’Ouest de l’Ukraine actuelle en passant par la Biélorussie et une partie de la Pologne, de la Lituanie et de la Hongrie, sera nommé la Rus’ de Kiev (le mot Rus’ vient du surnom qui était donné aux Scandinaves à l’Est : les Rus ou Ros). Cet état existera pendant un peu plus de trois siècles, mais sera presque toujours instable.

Rus' de Kiev

Au départ peuplée majoritairement de différents peuples slaves et de scandinaves, tous païens, la Rus’ de Kiev sera christianisée à partir de la fin du Xe siècle, et son église sera issue et inféodée à celle de Constantinople. C’est donc naturellement, qu’après le schisme de 1054, la Rus’ de Kiev resta fidèle au rite byzantin et devint donc un état Orthodoxe. Cette question religieuse aura une importance non négligeable pour la suite de l’histoire de la future Ukraine.

La Rus’ de Kiev était une fédération féodale, c’est-à-dire un système de principautés inféodées à celle de Kiev. Le Grand Prince contrôlait la principauté de Kiev, et ses parents et vassaux, placés dans les autres grandes villes de la Rus’, lui payaient un tribut. Un tel système, de par le jeu des successions, ne pouvait mener qu’à un état instable, chaque principauté étant dirigée par un membre de la famille princière qui pouvait revendiquer un droit à la succession au trône de Kiev.

Et très logiquement, c’est exactement ce qui s’est passé. Au XIIe siècle, ces luttes intestines entre principautés entraînèrent le déclin de la Rus’ et Kiev perdit son statut de capitale. La ville fut alors saccagée par de nombreuses tribus, et en 1240, les Mongols prennent Kiev. C’est la fin de la Rus’ de Kiev, et il faudra attendre le XXe siècle, avant que Kiev ne redevienne une capitale.

Divisions et intégrations des différents territoires de la Rus’ entre les états voisins

Pendant plus de sept siècles, les territoires actuels de l’Ukraine et leurs habitants seront divisés et passeront alternativement sous domination mongole, lituanienne, polono-lituanienne (en 1569 la Pologne et la Lituanie sont rassemblées au sein de la République des Deux Nations), autrichienne et enfin russe à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle.

La domination polono-lituanienne sera marquée par des problèmes d’ordre religieux, car la République des Deux Nations est catholique, alors que les territoires de l’ancienne principauté de Kiev sont Orthodoxes. Pour échapper aux discriminations, beaucoup acceptent alors d’être rattachés à l’église de Rome, et en 1596 est signé le traité d’Union de Brest.

Si l’Ouest de l’Ukraine actuelle et ses élites se convertissent sans difficulté, c’est une toute autre histoire pour les cosaques qui vivent dans la zone autour de Zaporojié. Supportant mal la domination polono-lituanienne, les cosaques sous les ordres de l’Hetman Bogdan Khmelnitski se soulèvent au début du XVIIe siècle.

Culturellement et religieusement proches des Russes, les cosaques se rallient de manière naturelle aux Russes, et le 8 juin 1648, Bogdan Khmelnitski envoie une lettre au tsar où il dit vouloir rejoindre la Russie. Cette intégration de la Zaporoguie au sein de la Russie sera actée par le traité de Pereïaslav de 1654, et déclenchera la guerre russo-polonaise (1654-1667), à l’issue de laquelle la Pologne doit céder à la Russie la rive gauche du Dniepr dont Kiev. Le reste des territoires de l’actuelle Ukraine restera sous contrôle polono-lituanien. Ces territoires seront conquis par l’empire russe au XVIIIe siècle.

Contrairement aux mythes véhiculés par les historiens ukrainiens, il n’y a pas eu de persécution linguistique de ces territoires, la preuve en est qu’au XVIIe siècle, lors de la formalisation de la langue russe, des intellectuels de toute l’ancienne Rus’ sont appelés, y compris ceux de Kiev ou de Galicie pour perfectionner la langue russe. Certains seront même des promoteurs du concept de trinité du peuple russe qui serait réparti entre la Vélikorussie (la Grande Russie), la Malorussie (la Petite Russie) et la Biélorussie (la Russie Blanche).

Ethnies en Russie

À l’époque, le mot Ukraine servait à désigner une zone de bordure, la frontière de l’état auquel cette zone appartenait (en russe Kraï veut dire extrémité). On voit donc bien que ce terme ne désignait pas une nation ou un peuple en particulier. Ce sont les élites polonaises qui vont utiliser ce mot pour créer un nouveau concept et une nouvelle idéologie nationaliste, et forger de toutes pièces le mythe ukrainien.

Le but pour la Pologne était d’essayer de récupérer ses possessions que s’étaient partagées la Russie, l’Autriche et la Prusse en provoquant des soulèvements contre les « occupants ». Pour cela il fallait convaincre ces populations malorusses qu’elles étaient plus proches des Polonais que des Russes (si cela vous rappelle les arguments et slogans pro-UE du Maïdan, c’est normal, maintenant vous savez d’où ça vient).

Grâce à leurs hautes fonctions au sein de l’empire russe, certains de ces nationalistes polonais vont ainsi noyauter totalement le système éducatif de la Malorussie, et y implantent durablement le mythe ukrainien. C’est ce mouvement qui amènera à la formalisation de la langue « ukrainienne », qui est vu au départ comme sans conséquence pour l’empire russe. Et pour donner une idée de l’importance de cette langue, en 1861, le journal en ukrainien Osnova ferme, faute de lecteurs, ce qui montre bien que peu de gens lisaient l’ukrainien au XIXe siècle.

Mais après le soulèvement polonais de 1863-1864, les autorités russes comprennent enfin le danger de ce projet ukrainien, et font interdire l’impression d’ouvrages en langue ukrainienne, à cause de la collaboration qui s’était établie entre certains Malorussiens et la rébellion polonaise. C’est de là que vient le mythe de la répression de la langue ukrainienne.

L’Autriche n’est pas en reste en ce qui concerne le soutien à des mouvements nationalistes locaux. Cette fois c’est justement pour empêcher la Pologne de récupérer certains territoires comme la Galicie, que l’Autriche va soutenir la création d’une identité galicienne basée sur le peuple ruthène qui ne soit ni polonaise, ni russe. Cette opposition entre l’identité ruthène et l’identité russe (alors qu’en réalité ce sont deux branches d’un même peuple) va se retrouver plus tard dans le nationalisme ukrainien. La langue ukrainienne sera promue, et même imposée en Galicie, mais cela ne marche pas bien. Le Russe reste la langue majeure en Galicie.

Fidèles à l’Autriche lors de plusieurs soulèvements, les Galiciens recevront en cadeau l’étendard bleu et jaune qui deviendra le drapeau de l’Ukraine en 1991. En 1914, les Galiciens qui se considèrent comme Ukrainiens aideront l’Autriche-Hongrie à massacrer les Galiciens soupçonnés d’être pro-Russes (quand je dis que l’histoire bégaye souvent).

L’Ukraine sous l’URSS

Il faudra attendre 1917 et la révolution bolchevique pour changer la donne, avec l’apparition de la République Populaire d’Ukraine, crée par Mykhaïlo Hrouchevsky. C’est aussi à cette époque qu’est créée la Rada (le parlement ukrainien). Les bolcheviques puis les Allemands en 1918 briseront ce premier essai d’un état ukrainien. L’Allemagne met en place un gouvernement d’occupation, et si dans un premier temps l’armée allemande va jusqu’à Rostov et la Crimée, elle se retire, et restitue Donetsk aux bolcheviques afin ménager de bonnes relations avec eux (il faut rappeler que l’Allemagne a financé les bolcheviques jusqu’à la fin de la guerre).

Une fois vaincus, en novembre 1918, les Allemands se retirent en pillant Kiev, qui sera ensuite occupée par Simon Petlioura, les bolcheviques, le général russe blanc Anton Denikine, puis de nouveau les bolcheviques en 1920. Pendant ce temps, la Pologne essaye de profiter du chaos qui règne pour recréer une grande Pologne, ce sera la guerre russo-polonaise qui se terminera par le traité de Riga de 1921. La Pologne prend possession de la Galicie (ancienne possession autrichienne) et la République Socialiste Soviétique de Russie récupère le reste de ce qui formera la RSS d’Ukraine. Cet état correspond à l’Ukraine ante-Maïdan, moins la Galicie, la Volhynie et la Crimée.

Comme on peut le voir ce sont les soviétiques qui ont créé l’Ukraine en tant qu’état, avec des frontières clairement définies, et qui ont donné vie au peuple ukrainien des mythes nationalistes en collant l’étiquette « Ukrainiens » à tous les Russes et Malorusses qui vivaient sur le territoire nouvellement créé. Le pays a d’ailleurs dû passer par une phase d’ukrainisation forcée pour essayer de faire prendre corps au mythe ukrainien, avec enseignement de l’ukrainien obligatoire à l’école, impression de livres et d’articles en ukrainien, etc.

Si l’Ukraine existe c’est grâce aux soviétiques. Il est donc assez paradoxal aujourd’hui de voir ces mêmes Ukrainiens vouloir décommuniser leur pays et détricoter tout ce que l’URSS a fait dans leur pays. Car si on pousse cette logique jusqu’au bout il faudrait purement et simplement faire disparaître le pays.

L’Holodomor, présenté par les historiens ukrainiens comme un génocide de la Russie contre l’Ukraine, est l’une de ces falsifications de l’histoire dont ils sont coutumiers. Il faut se rappeler que cette tragédie a non seulement touché les Ukrainiens, mais aussi les Russes et les Kazakhs (voir l’article paru sur Réseau International dans les sources). Il faut rappeler aussi que la Galicie et la Volhynie, appartenant alors à la Pologne, n’ont pas subi de famine. Ces régions n’ont donc aucune raison objective de reprocher aux Russes une famine qu’elles n’ont pas subie.

Puis la Seconde Guerre Mondiale éclate, la Galicie est rattachée à l’Ukraine lors du partage de la Pologne de 1939, et le nationalisme ukrainien (dont le berceau est dans l’Ouest du pays), créé par le nationalisme polonais et l’empire Austro-hongrois, va engendrer un monstre qui va se retourner entre autre contre ses créateurs. Le fanatisme qui était responsable des massacres de Galicie en 1914, va pouvoir se déchaîner à plus grande échelle.

Des organisations comme l’OUN (organisation des nationalistes ukrainiens) et son bras armé, l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) vont collaborer activement avec les Nazis en espérant ainsi se débarrasser des soviétiques et pouvoir fonder une Ukraine indépendante. Plusieurs dizaines de milliers d’Ukrainiens s’engageront aussi dans la Waffen SS Galicie. Les nationalistes ukrainiens, et les sbires de Stepan Bandera et Roman Choukhevytch, massacreront des centaines de milliers de Polonais, de juifs, de tziganes, et de Russes pour le compte des Nazis. Ils se comporteront en serviteurs zélés de ceux qui les considèrent comme des sous-hommes, de simples esclaves.

Après la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie, ces mouvements entrent dans la clandestinité en Ukraine et continuent la lutte armée contre les soviétiques. Le dernier membre de l’OUN est arrêté en 1958. Mais dès 1953, la CIA va soutenir et financer ces mouvements nationalistes ukrainiens, espérant pouvoir les utiliser comme 5e colonne en cas de guerre contre l’URSS. Que leur idéologie soit la même que celle des Nazis, peut importe, c’était la guerre froide et la fin justifiait les moyens pour les États-Unis.

Entre temps, la Galicie et des territoires peuplés de Roumains et de Hongrois ont été ajoutés définitivement au territoire ukrainien par Staline en 1945 (pour avoir des frontières communes avec la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Roumanie), et la Crimée par Khrouchtchev en 1954 (en violation des lois de l’URSS).

L’Ukraine indépendante

En 1991, c’est la chute de l’URSS. La RSS d’Ukraine devient l’Ukraine indépendante que l’on connaît, mais pas sans heurts. Car pendant toute la durée de l’URSS, l’Ukraine ne faisait qu’appliquer les directives de Moscou, résultat les dirigeants ukrainiens étaient de simples administrateurs, et ce mode de fonctionnement va perdurer après la chute de l’URSS. Seule l’origine des ordres changera, on passera de Moscou à Washington et Bruxelles.

Les relations avec la Crimée seront d’ailleurs assez houleuses. Alors que les mouvements ultra-nationalistes ukrainiens refont surface à la chute de l’URSS, un référendum a lieu en Crimée le 20 janvier 1991 qui consacre avec 94,3 % des votants, le rétablissement de la République socialiste soviétique autonome de Crimée. L’Ukraine ne deviendra indépendante que six mois après la péninsule, et va s’asseoir sur les résultats du référendum criméen, accordant juste un statut d’autonomie à la Crimée.

Un deuxième référendum aura lieu le 27 mars 1994, et portait sur trois questions: l’élargissement de l’autonomie de la République de Crimée, la possibilité de la double nationalité pour les habitants de la Crimée (russe et ukrainienne) et l’élargissement des pouvoirs du Président de Crimée. Le oui étant majoritaire pour chacune des trois questions, les mesures furent adoptées. Mais cela ne fut pas du goût de Kiev, qui le 17 mars 1995 envoya des unités spéciales pour destituer le président de la république de Crimée, Iouri Mechkov et reprit le contrôle de la Crimée.

Pendant ce temps, les États-Unis rêvaient de pouvoir mettre en œuvre les plans de l’ex-conseiller du président américain, Zbigniew Brzezinski, visant à séparer l’Ukraine de la Russie pour affaiblir cette dernière et pouvoir à terme la dépecer. La CIA, devenue experte en renversements de régimes grâce à son expérience acquise en Amérique du Sud va être mise à contribution, pour mettre en place en Ukraine un gouvernement favorable à Washington.

Ce sera la fameuse révolution orange de 2004. Les manifestants contestent l’élection de Viktor Ianoukovytch jugé plus pro-russe, face à Viktor Iouchtchenko. Résultat, la cour Suprême ukrainienne annule le résultat du vote, et un nouveau vote donne Iouchtchenko gagnant. Ce sera la première tentative de rapprocher de manière importante l’Ukraine de l’UE et de l’OTAN. C’est d’ailleurs pendant la présidence de Iouchtchenko que Stepan Bandera, le collaborateur nazi sera décrété Héros de l’Ukraine. Mais cela va tourner au fiasco.

L’alliance du nouveau président avec Ioulia Tymochenko ne va tenir que quelques mois, elle sera remplacée comme premier Ministre, Viktor Ianoukovytch, le candidat évincé occupera même ce poste, avant le retour de Tymochenko de 2007 à 2010. Ces querelles intestines au sein du gouvernement, et les conflits gaziers successifs avec la Russie vont précipiter la chute du mouvement issu de la révolution orange, et en 2010, Viktor Ianoukovytch est élu président de l’Ukraine. C’est lui qui va devoir faire face, trois ans plus tard à la seconde tentative de prise de contrôle du pays par les États-Unis : la révolution du Maïdan.

Comme on le voit, l’Ukraine est un état artificiel et fragile, parcouru de nombreuses lignes de fractures ethniques, linguistiques, religieuses, et culturelles. Pour rester unie, il lui faut maintenir un équilibre qui a été mis à mal par les États-Unis qui ont financé et soutenu les mouvements nationalistes fanatiques, dont l’idéologie doit clairement être décrite comme néo-nazie. Ces « nationalistes ukrainiens » étant contre tout ce qui n’est pas eux dans un pays profondément divisé, l’implosion du pays était inévitable. Et c’est malheureusement ce qui est arrivé en 2014 (la suite dans un prochain article).

Christelle Néant

Sources :

– Ukraine – Pourquoi la France s’est trompée, de Xavier Moreau
– Les Vikings, de Régis Boyer

Úlfarsaga – Le temps des loups de Néant Christelle

– https://fr.wikipedia.org/wiki/Rus’_de_Kiev
– https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9paration_des_%C3%89glises_d%27Orient_et_d%27Occident
– https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Pere%C3%AFaslav_(1654)
– https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_paix_%C3%A9ternelle_de_1686
– https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_des_Deux_Nations
– https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_sovi%C3%A9to-polonaise
– https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_socialiste_sovi%C3%A9tique_d%27Ukraine
– http://reseauinternational.net/qui-a-organise-la-famine-de-1932-1933-en-urss/
– https://fr.wikipedia.org/wiki/Collaboration_en_Ukraine_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale
– https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_insurrectionnelle_ukrainienne
– https://fr.wikipedia.org/wiki/14._Waffen-Grenadier-Division_der_SS_Galizien
– http://reseauinternational.net/la-cia-travaille-a-destabiliser-et-a-nazifier-lukraine-depuis-1953/
– http://stoprussophobie.info/index.php/top-actu-menu/item/95-qui-a-annexe-la-crimee
– https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_de_1991_en_Crim%C3%A9e
– https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_de_1994_en_Crim%C3%A9e
– https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_orange

https://www.donbass-insider.com/fr/2017/05/29/la-guerre-du-donbass-les-origines-historiques-profondes-du-conflit-i/

La guerre de siège sous Louis XIV (Jean-Pierre Rorive) – Au cœur du champ de bataille de l’Europe

 Jean-Pierre Rorive est un historien belge qui a déjà publié plusieurs ouvrages sur Louis XIV et sur des aspects militaires de son règne.

Le siècle de Louis XIV est un siècle de guerres. L’auteur étudie le cas particulier mais exemplaire de Huy, principale place forte de l’ancienne principauté de Liège. En trente ans, Huy a changé fréquemment de mains. Elle est assiégée sept fois et prise en 1674, juin 1675, juillet 1693, septembre 1694, août 1703, juin 1705, juillet 1705, sans compter quatre attaques par surprise. Au total, Huy a connu onze occupations successives.

Ce site avait été pourvu au Moyen Âge d’une forteresse comparée au krak des chevaliers de Terre Sainte. Vauban avait déconseillé à Louis XIV de faire de Huy une place forte mais le roi estimait sa position stratégique.

Cet ouvrage nous fait découvrir les techniques militaires de l’époque, les mécanismes de la guerre de siège ainsi que l’art de la fortification.

Le livre est enrichi par une illustration abondante et souvent inédite, résultat d’une patiente recherche de l’auteur.

La guerre de siège sous Louis XIV, Jean-Pierre Rorive, éditions Jourdan, 344 pages, 19,90 euros

https://www.medias-presse.info/la-guerre-de-siege-sous-louis-xiv-jean-pierre-rorive-au-coeur-du-champ-de-bataille-de-leurope/45522/

jeudi 24 novembre 2022

Génération hussards : Nimier, Blondin, Laurent… Histoire d’une rébellion en littérature

  

Génération hussards : Nimier, Blondin, Laurent… Histoire d’une rébellion en littérature

« La joie de vivre, l’insolence, le savoureux mépris ». Cette phrase de Michel Déon à propos de leurs œuvres est le résumé des figures que présente Marc Dambre dans Génération Hussards.

Certains sont catégoriques, « Les Hussards » n’ont jamais existé. Le Professeur Marc Dambre est persuadé du contraire ; ils ont bien constitué une forme de mouvement littéraire dans la France de l’après-guerre. Dans un ouvrage édité chez Perrin en août 2022, il retrace donc l’épopée des auteurs que Bernard Frank a surnommés ainsi dans la revue Les Temps Modernes, en décembre 1952.

« Nimier est de loin le favori d’un groupe de jeunes écrivains que, par commodité, je nommerai fascistes. Blondin, Laurent en sont les prototypes. » D’abord, trois noms d’écrivains et journalistes. Bien vite, sera accolé celui d’un autre compère : Michel Déon. Dans la postérité, les hussards seront quatre, à l’instar des trois mousquetaires. D’autres y seront également associés : Kléber Haedens, Stephen Hecquet ou Félicien Marceau. Groupe hétéroclite, ils forment une « génération unie par l’opposition à l’éthique littéraire de l’engagement et par un retour à l’art et à l’humour ». Nimier, Blondin, Laurent sont donc les figures tutélaires de ce non-mouvement littéraire (comme ils le revendiquent eux-mêmes).

Tous trois partagent certaines caractéristiques sociales. Des ancêtres célèbres ou du moins extrêmement cultivés, ayant eu avant eux le goût de l’aventure et un profond sens de l’engagement. Ces rejetons d’une caste plutôt bourgeoise en flirt constant avec une certaine forme d’aristocratie se trouvent être de grands enfants, animés de rêves et de velléités non-conformistes. Mais le lien principal qui unit ces écrivains – aux choix politiques divergents durant la Seconde Guerre mondiale – est le rejet total des « listes noires » d’auteurs considérés comme bannissables du monde littéraire pour leurs choix politiques. Pour eux, la littérature est avant tout et principalement un lieu de divertissement, et non de morale. Leurs écrits de fiction ont ainsi en commun cette volonté perpétuelle de moquer les conventions sartriennes en vogue, sorte d’uniformisation de la pensée et de muselage de la parole. « Les autres avaient un idéal, la politique, l’Hart (sic) que sais-je ? Mais nous ne pensions qu’à des tendresses vivantes ou des visages disparus. Voilà notre faute », tranchera Nimier.

Ces journalistes opposés au régime politique gaullien, ces déçus de la guerre se représentent l’auteur de roman comme une figure anticonformiste à laquelle ils tendent. Et Roger Nimier de décrire dans un de ses romans, Le hussard bleu, « l’histoire des générations qui ont vu leurs aînés se sacrifier et qui, alors que les cadavres sont encore là, pensent à tomber amoureux parce que ça les intéresse tout autant ».

Patrimoine littéraire

Le livre de Marc Dambre est remarquablement construit. Il y file brillamment la métaphore d’une montée à l’assaut. Après la présentation du terrain sur lequel les futurs hussards se sont préparés, ont évolué, la montée de la rébellion arrive. Cela aboutit à la charge contre leurs contemporains et à la percée dans les rangs du monde littéraire de leurs revues La Parisienne et Arts. Vient ensuite la parade face à leurs diffamateurs, suivies de quelques diversions ou engagements dans les conflits des années. Le souffle de ce livre tient ainsi dans la précision de chaque détail de leur vie, de leurs correspondances, de leurs écrits. La pensée des hussards sur eux-mêmes ou sur les leurs, leurs amitiés et leurs inimitiés, tout y est présenté de façon à donner au lecteur de connaître les tenants et les aboutissants de cette révolte en littérature.

L’irrévérence de leurs écrits et de leur attitude exprime ainsi une rage de continuer de vivre malgré l’époque. Il n’y a pas chez eux un mépris de la connaissance ou de la culture. Joueurs de mots savoureux et détenteurs d’un patrimoine littéraire qu’ils transmettent avec amour (Laurent adore Dumas pour sa capacité d’évasion de son temps tout autant que pour ses écrits), les hussards sont surtout des hommes aux rêves européens d’humour et de culture.

Sixtine Chatelus – Promotion Jean Raspail

Génération Hussards. Nimier, Blondin, Laurent… Histoire d’une rébellion en littérature, Marc Dambre, éditions Perrin (août 2022), 432 p., 24 €

https://institut-iliade.com/generation-hussards-nimier-blondin-laurent-histoire-dune-rebellion-en-litterature/

Le Complot inconscient (Jean-Pierre Aussant)

 

Le complot inconscient

Jean-Pierre Aussant, ancien étudiant en théologie, dénonce « les deux pierres angulaires de la culture de mort  » : la « déculpabilisation-normalisation  » de l’avortement et de l’homosexualité.

Dans cet essai, l’auteur analyse en quelques pages notre société moderne mortifère qui hait Dieu, fait l’éloge de l’avortement, promeut l’homosexualité, vante une spiritualité mondialiste écolo-new âge, encourage le multiculturalisme et diabolise tous ceux qui refusent de se soumettre aux mots d’ordre imposés via un matraquage médiatique.

Sa dénonciation de « l’intégrisme féministe lesbien  » vaut le détour.

Jean-Pierre Aussant en conclut que l’homosexualité « pour tous », la théorie du genre, l’avortement sélectif et dans l’avenir le clonage, participent à un génocide du sexe masculin.

Le Complot inconscient, Jean-Pierre Aussant, éditions Edilivre, 117 pages, 13 euros

https://www.medias-presse.info/le-complot-inconscient-jean-pierre-aussant/45629/

Des galeries OUBLIÉES sous un château ! | Sur le Terrain #3

mercredi 23 novembre 2022

Louis XV, côté cour, côté jardin, avec Hélène Delalex

La guerre de Cent Ans : matrice de la modernité ? avec Amable Sablon du ...

Verdun 1916 : la bataille vue du côté allemand et du côté français

 

Verdun 1916

C’est une démarche originale que nous propose ce livre : confronter les points de vue allemand et français au sujet de la bataille de Verdun. Ce livre a été conçu et réalisé pour « servir  » le centenaire de la bataille.

L’histoire de la bataille de Verdun a été maintes fois écrite. Mais cet ouvrage permet d’entrevoir le contraste entre les significations que Français et Allemands donnent à cette bataille. Dans la mémoire collective française, Verdun est « la  » grande bataille de la Grande Guerre et un lieu devenu sacré. Vu du côté allemand, cette bataille est une grande offensive comme il y en eut beaucoup d’autres, un engagement massif d’hommes et d’artillerie, un grand espoir de succès qui devait déboucher sur la paix, puis une rapide déception devant un enlisement qui se prolonge.

Des deux côtés, ce fut le même carnage mais jamais Verdun n’a acquis pour les anciens combattants allemands la même force de souvenir que pour les Français. La raison en semble double. D’abord, pour les soldats allemands, il ne s’agissait pas de préserver le « sol sacré de la patrie  » même s’ils luttaient eux-aussi avec la certitude qu’il était nécessaire de combattre et de mourir pour la patrie menacée, d’éviter qu’elle ne devienne elle-aussi théâtre de guerre. Ensuite, l’expérience et la mémoire de la bataille ont été ternies, côté allemand, par le soupçon d’avoir été trahis ou bernés par leur général en chef, Falkenhayn, dont on apprit qu’il n’avait pas voulu prendre Verdun, mais seulement faire combattre les soldats allemands pour « saigner  » l’armée française devant la ville. La mémoire française est toute différente, c’est celle d’une victoire défensive qui offre à la France une image d’elle-même forte et courageuse.

Verdun 1916, Antoine Prost et Gerd Krumeich, éditions Tallandier, 318 pages, 20,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/verdun-1916-la-bataille-vue-du-cote-allemand-et-du-cote-francais/45726/

Manger de la viande du paléolithique à nos jours, avec Florent Quellier

mardi 22 novembre 2022

Définir la Guerre de Cent ans, avec Amable Sablon du Corail [1/3]

Pourquoi relire Koestler ? Entretien avec Robert Steuckers à l’occasion de ses dernières conférences sur la vie et l’œuvre d’Arthur Koestler 3/5

  

Ma lecture du “Zéro et l’Infini”

Toute personne qui entre en politique, entre obligatoirement au service d’un appareil, perclus de rigidités, même si ce n’est guère apparent au départ, pour le croyant, pour le militant, comme l’avoue d’ailleurs Koestler après avoir viré sa cuti. À partir d’un certain moment, le croyant se trouvera en porte-à-faux, tout à la fois face à la politique officielle du parti, face aux promesses faites aux militants de base mais non tenables, face à une réalité, sur laquelle le parti a projeté ses dogmes ou ses idées, mais qui n’en a cure. Le croyant connaîtra alors un profond malaise, il reculera et hésitera, devant les nouveaux ordres donnés, ou voudra mettre la charrue avant les bœufs en basculant dans le zèle révolutionnaire. Il sera soit exclu ou marginalisé, comme aujourd’hui dans les partis dits “démocratiques” ainsi que chez leurs challengeurs (car c’est kif-kif-bourricot !).

Dans un parti révolutionnaire comme le parti bolchevique en Russie, la lenteur d’adaptation aux nouvelles directives de la centrale, la fidélité à de vieilles amitiés ou de vieilles traditions de l’époque héroïque de la révolution d’Octobre 1917 ou de la clandestinité pré-révolutionnaire, condamne le “lent” ou le nostalgique à être broyé par une machine en marche qui ne peut ni ralentir ni cesser d’aller de l’avant. La logique des procès communistes voulait que les accusés reconnaissent que leur lenteur et leur nostalgie entravaient le déploiement de la révolution dans le monde, mettait le socialisme construit dans un seul pays (l’URSS) en danger donc, ipso facto, que ces “vertus” de vieux révolutionnaires étaient forcément des “crimes” risquant de ruiner les acquis réellement existants des œuvres du parti. En conséquence, ces “vertus” relevaient de la complicité avec les ennemis extérieurs de l’Union Soviétique (ou, lors des procès de Prague, de la nouvelle Tchécoslovaquie rouge). Lenteur et nostalgie étaient donc objectivement parlant des vices contre-révolutionnaires.

Koestler a vécu de près, au sein des cellules du Komintern, ce type de situation. Pour lui, le pire a été l’entrée en dissidence, à son corps défendant, de Willi Münzenberg [ci-contre], communiste allemand chargé par le Komintern d’organiser depuis son exil parisien une résistance planétaire contre le fascisme et le nazisme. Pour y parvenir, Münzenberg avait reçu d’abord l’ordre de créer des “fronts populaires”, avec les socialistes et les sociaux-démocrates, comme en Espagne et en France. Mais la centrale moscovite change d’avis et pose trotskistes et socialistes comme des ennemis sournois de la révolution : Münzenberg entre en disgrâce, parce qu’il ne veut pas briser l’appareil qu’il a patiemment construit à Paris et tout recommencer à zéro ; il refuse d’aller s’expliquer à Moscou, de crainte de subir le sort de son compatriote communiste allemand Neumann, épuré en Union Soviétique (sa veuve, Margarete Buber-Neumann, rejoindra Koestler dans son combat anti-communiste d’après guerre). Münzenberg a refusé d’obéir, de s’aligner sans pour autant passer au service de ses ennemis nationaux-socialistes. Dans le roman Darkness at Noon / Le zéro et l’infini, Roubachov n’est ni un désobéissant ni un traître : il proteste de sa fidélité à l’idéal révolutionnaire. Mais suite au travail de sape des inquisiteurs, il finit par admettre que ses positions, qu’il croit être de fidélité, sont une entorse à la bonne marche de la révolution mondiale en cours, qu’il est un complice objectif des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur et que son élimination sauvera peut-être de l’échec final la révolution, à laquelle il a consacré toute sa vie et tous ses efforts. (Sur l’itinéraire de Willi Münzenberg, on se rapportera utilement aux pages que lui consacre François Furet dans Le passé d’une illusion – Essai sur l’idée communiste au XXe siècle, Laffont/Calmann-Lévy, 1995).

L’anthropologie communiste : une image incomplète de l’homme

Koestler s’insurge contre ce mécanisme qui livre la liberté de l’homme, celle de s’engager politiquement et celle de se rebeller contre des conditions d’existence inacceptables, à l’arbitraire des opportunités passagères (ou qu’il croit passagères). L’homme réel, complet et non réduit, n’est pas le pantin mutilé et muet que devient le révolutionnaire établi, qui exécute benoîtement les directives changeantes de la centrale ou qui confesse humblement ses fautes s’il est, d’une façon ou d’une autre, de manière parfaitement anodine ou bien consciente, en porte-à-faux face à de nouveaux ukases, qui, eux, sont en contradiction avec le plan premier ou le style initial de la révolution en place et en marche. Koestler finira par sortir de toutes les cangues idéologiques ou politiques. Il mettra les errements du communisme sur le compte de son anthropologie implicite, reposant sur une image incomplète de l’homme, réduit à un pion économique. Dans la première phase de son histoire, la “nouvelle droite” en gestation avait voulu, avec Louis Pauwels, porte-voix de l’anthropologie alternative des groupes Planète, restaurer une vision non réductionniste de l’homme.

Ma présentation avait déplu à ce professeur de littérature anglaise des Facultés Saint-Louis, un certain Engelborghs aujourd’hui décédé, tué au volant d’un cabriolet sans doute trop fougueux et mal protégé en ses superstructures. Je n’ai jamais su avec précision ce qui lui déplaisait chez Koestler (et chez Orwell), sauf peut-être qu’il n’aimait pas ce que l’on a nommé par la suite les “political novels” ou la veine dite “dystopique” : toutefois, il ne me semblait pas être l’un de ces hallucinés qui tiennent à leurs visions utopiques comme à toutes leurs autres illusions. Pourtant, je persiste et je signe, jusqu’à mon grand âge : Koestler doit être lu et relu, surtout son Testament espagnol et son Zéro et l’Infini. Après les remarques dénigrantes et infondées d’Engelborghs, je vais abandonner un peu Koestler, sauf peut-être pour son livre sur la peine de mort, écrit avec Albert Camus dans les années 50 en réaction à la pendaison, en Angleterre, de deux condamnés ne disposant apparemment pas de toutes leurs facultés mentales, et pour des crimes auxquels on aurait pu facilement trouver des circonstances atténuantes. Force est toutefois de constater que, dans ce livre-culte des opposants à la peine de mort, on lira que les régimes plus ou moins autocratiques, ceux de l’Obrigkeitsstaat centre-européen, ont bien moins eu recours à la potence ou à la guillotine que les “vertuistes démocraties” occidentales, la France et l’Angleterre. Le paternalisme conservateur induit moins de citoyens au crime, ou se montre plus clément en cas de faute, que le libéralisme, où chacun doit se débrouiller pour ne pas tomber dans la misère noire et se voit condamné sans pitié en cas de faux pas et d’arrestation. Le livre de Koestler et Camus sur la peine de mort [Réflexions sur la peine capitale, 1957] réfute, en filigrane, la prétention à la vertu qu’affichent si haut et si fort les “démocraties” occidentales. Ce sont elles, comme dirait Foucault, qui surveillent et punissent le plus.

Dans les rangs du cercle de la première “nouvelle droite” bruxelloise, la critique du réductionnisme et la volonté de rétablir une anthropologie plus réaliste et dégagée des lubies idéologiques du XIXe siècle quittera l’orbite de Koestler et de son Cheval dans la locomotive, pour se plonger dans l’œuvre du Prix Nobel Konrad Lorenz, notamment son ouvrage de vulgarisation, intitulé Les huit péchés capitaux de notre civilisation (Die acht Todsünde der zivilisierten Menschheit), où le biologiste annonce, pour l’humanité moderne, un risque réel de “mort tiède”, si les régimes politiques en place ne tiennent pas compte des véritables ressorts naturels de l’être humain. Nouvelle école ira d’ailleurs interviewer longuement Lorenz dans son magnifique repère autrichien. Plus tard, en dehors des cercles “néo-droitistes” en voie de constitution, Alexandre Soljénitsyne éclipsera Koestler, dès la seconde moitié des années 70. Avec le dissident russe, l’anti-communisme cesse d’être un tabou dans les débats politiques. Je retrouverai Koestler, en même temps qu’Orwell et Soljénitsyne, à la fin de la première décennie du XXIe siècle pour servir, à titre de conférencier, les bonnes oeuvres de mon ami genevois, Maître Pascal Junod, féru de littérature et grand lecteur devant l’éternel.

• Justement, je reviens à ma question, quel regard doit-on jeter sur la trajectoire d’Arthur Koestler aujourd’hui ?

Arthur Koestler est effectivement une “trajectoire”, une flèche qui traverse les périodes les plus effervescentes du XXe siècle : il le dit lui-même car le titre du premier volume de son autobiographie s’intitule, en anglais, Arrow in the Blue [1952] (en français : La corde raide [rééd. Belles Lettres, 2012, recension]). Enfant intéressé aux sciences physiques, le très jeune Koestler s’imaginait suivre la trajectoire d’une flèche traversant l’azur pour le mener vers un monde idéal. Mais dans la trajectoire qu’il a effectivement suivie, si on l’examine avec toute l’attention voulue, rien n’est simple. Koestler nait à Budapest sous la double monarchie austro-hongroise, dans une ambiance impériale et bon enfant, dans un monde gai, tourbillonnant allègrement au son des valses de Strauss. Il suivra, à 9 ans, avec son père, le défilé des troupes magyars partant vers le front de Serbie en 1914, acclamant les soldats du contingent, sûrs de revenir vite après une guerre courte, fraîche et joyeuse. Mais ce monde va s’effondrer en 1918 : le très jeune Koestler penche du côté de la dictature rouge de Bela Kun, parce que le gouvernement libéral lui a donné le pouvoir pour qu’il éveille le sentiment national des prolétaires bolchévisants et appelle ainsi les Hongrois du menu peuple à chasser les troupes roumaines envoyées par la France pour fragmenter définitivement la masse territoriale de l’Empire des Habsbourgs. Mais ses parents décident de déménager à Vienne, de quitter la Hongrie détachée de l’Empire. À Vienne, il adhère aux Burschenschaften (les Corporations étudiantes) sionistes car les autres n’acceptent pas les étudiants d’origine juive. Il s’y frotte à un sionisme de droite, inspiré par l’idéologue Max Nordau, théoricien d’une vision très nietzschéenne de la décadence. Koestler va vouloir jouer le jeu sioniste jusqu’au bout : il abandonne tout, brûle son livret d’étudiant et part en Palestine. Il y découvrira l’un des premiers kibboutzim, un véritable nid de misère au fin fond d’une vallée aride. Pour les colons juifs qui s’y accrochaient, c’était une sorte de nouveau phalanstérisme de gauche, regroupant des croyants d’une mouture nouvelle, attendant une parousie laïque et agrarienne sur une terre censée avoir appartenu à leurs ancêtres judéens.

À suivre

Le nouveau Passé-Présent : Histoire des Paras d'Algérie

 Guillaume Fiquet reçoit Paul Villatoux, auteur de "Parachutistes en Algérie - La guerre en couleur (1954-1962)". Une émission au plus près des paras en Algérie que vous êtes invités à suivre. Sur ce théâtre d'opérations, ces troupes d'élite ont imposé leur fameux style "souple, félin et manœuvrier", qui mêle tout à la fois solidarité, disponibilité, don de soi, audace, fierté, goût du risque et de l'effort, toutes ces vertus qui sont le creuset de "l'esprit para" !

La Revue d'Histoire européenne : http://bit.ly/3fDetmk

Ouvrages cités :
Les Parachutistes en Algérie (1954-1962) - Paul Villatoux - Éditions Mémorabilia
Les Ailes des Forces spéciales - Daphné Desrosiers - Éditions Mémorabilia
(Disponibles ici : https://www.librairie-hussard.fr)

La Guerre de Cent ans - Amable Sablon du Corail - Passés Composés


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-histoire-des-paras-d-algerie

On FOUILLE des vestiges MYSTÉRIEUX | Sur le Terrain #2

Les Cristeros, croisés du vingtième siècle

 

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Le peuple catholique mexicain sut donner au monde l’exemple de sa capacité de sacrifice illimitée. Une armée populaire surgit de rien, décidée à défendre le culte et les églises. Sans soutiens internationaux, sans moyens matériels, sans aucun type de préparation militaire, ces hommes – et ces femmes – parvinrent à s’imposer dans des Etats entiers du Mexique, où ils se rendirent inexpugnables et constituèrent leurs propres gouvernements locaux.

Seule la vile trahison de certains personnages, notamment parmi les évêques, réussit à éteindre ce feu qui était sur le point de faire tomber le gouvernement révolutionnaire et maçonnique de Mexico. Ensuite, par le biais d’une fausse paix, les Cristeros furent systématiquement poursuivis et assassinés. Le maintien des lois anticléricales et de constantes vexations entrainèrent un second soulèvement de Cristeros. L’héroïsme sans limite de ces hommes parvint à embarrasser tout le processus révolutionnaire mexicain. Ce n’est qu’en 1941 que le gouvernement parvint à réprimer les derniers soubresauts de ces soulèvements populaires dont les chefs furent assassinés les uns après les autres.

En quelques pages très denses et abondamment illustrées, ce livre rend hommage à ces véritables croisés du vingtième siècle que furent les Cristeros, magnifiques combattants pour le Christ-Roi.

Les Cristeros, croisés du vingtième siècle, éditions Saint-Rémi, 95 pages, 11 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-cristeros-croises-du-vingtieme-siecle/45761/

Antoine Bernard, réalisateur français patriote, chez Daniel Conversano -...

lundi 21 novembre 2022

Paul Sérant, un traditionaliste dissident pour notre temps

 

Ici, en 1972, lors de la remise du prix Sévigné pour sa Lettre à Louis Pauwels. Sur les gens inquiets et qui ont bien le droit de l’être.
 

À l’occasion du centième anniversaire de sa naissance et du vingtième anniversaire de sa mort, (re)découvrir la pensée pérenne de Paul Sérant s’avère d’une importance cruciale. Critiquant la modernité avec un regard vif et profond, il louait la tradition spirituelle et ethnoculturelle des peuples. Son œuvre, à la fois cohérente et disparate, est plus que jamais d’actualité.

Homme de l’Ancienne France tournée vers la vieille Europe, Paul Sérant était – sans que l’expression ne soit ici galvaudée – un honnête homme. D’une discrétion et d’une honnêteté intellectuelle irréprochable. Physiquement, il ressemblait au poète Leconte de Lisle et à l’acteur trop oublié, Fernand Ledoux, humble à l’excès, mais bien décidé à défendre ses idées avec une belle intransigeance, jamais confondue chez lui avec l’intolérance.

Paul Sérant s’est passionné pour la spiritualité, l’histoire des idées, les événements politiques du XXe siècle et le régionalisme, autant de jalons qui rythment sa vie et son oeuvre. Sa vision du monde traditionaliste, jamais passéiste, fait de lui un contempteur de la modernité, mais un contempteur moderne, si l’on peut dire. Raison pour laquelle son oeuvre demeure intemporelle.

Le mage Gurdjieff

Né à Paris le 19 mars 1922 dans une famille de neuf enfants, Paul Salleron – qui adoptera plus tard le pseudonyme de Sérant – est le frère cadet du penseur catholique traditionaliste et économiste corporatiste Louis Salleron (1905-1989). Étudiant en droit à la Faculté catholique de Paris, il lit avec enthousiasme Bernanos et Montherlant. Tenté par l’Action française, il devient finalement pacifiste et quelque peu anarchiste avant-guerre. Durant l’Occupation, réfractaire au STO, membre d’un réseau de Résistance, il fréquente aussi clandestinement le centre de jeunesse de Brunoy, rencontrant alors Robert Brasillach qui le complimente pour ses poèmes. Un souvenir qui le marquera à vie.

Après la guerre, il part travailler à la BBC, à Londres, laissant derrière lui l’épuration, qui dégoûte ce jeune résistant. De retour en France, marié à Micheline, vivant à Compiègne où ils tiennent un magasin d’art, il fréquente assidument – bien que catholique – les cercles du mage géorgien Gurdjieff. L’ésotérisme le fascine aussi bien comme discipline spirituelle qu’intellectuelle. Il publie alors son premier roman – qui est aussi un récit – Le Meurtre rituel (1950). Ce meurtre, c’est en quelque sorte la mort du père spirituel. En effet, Sérant, sans nier ce que lui a apporté Gurdjieff dans sa quête mystique – la magie dite « opérative » pour accéder à l’invisible dans le monde visible –, se rend compte qu’il s’est fourvoyé dans une secte contre-initiatique. Celle-ci lui apparaît toute à la fois délirante et effrayante avec un gourou complètement mégalomane, nonobstant ses enseignements vantant la guerre contre le « Moi » intérieur. Sérant consigne ses impressions avec une grande honnêteté et un certain humour tout de même !

Biographe de Guénon

Autre figure incontournable dans l’itinéraire de Paul Sérant, mais dont il se réclamera durant tout sa vie : celle de René Guénon (1953) dont il publie la première biographie intellectuelle. Il étudie la pensée traditionnelle, constate « la crise du monde moderne » et pourfend « le règne de la quantité ». Deux ans plus tard, il écrit un livre à la fois très imprégné d’ésotérisme guénonien, mais sans jamais succomber pour autant à un guénonisme de stricte observance : Au seuil de l’ésotérisme, précédé d’un texte de Raymond Abellio, L’Esprit moderne et la Tradition (1953). Au fond, Sérant tente une synthèse très personnelle de la Tradition qui se veut universelle. Exercice périlleux, intéressant et parfois un peu déconcertant comme tout exercice subjectif qui prétend à l’objectivité.

La même année, Paul Sérant publie un roman fort réussi et attachant, Les inciviques (1955), retraçant l’histoire de quelques anciens miliciens à la Libération, qui tirent le bilan de leur engagement collaborationniste et entrevoient différentes voies s’offrant à eux.

Où va la droite ?

C’est à la même époque, que le jeune écrivain, loin de tourner le dos à l’actualité politique et géopolitique, rédige des articles pour la revue Le XXe siècle fédéraliste, dans le sillage de Thierry Maulnier, Bertrand de Jouvenel, Robert Aron, Gabriel Marcel et de quelques autres théoriciens. Il s’inscrit dans la lignée des non-conformistes des années 50 qui se déclarent « européens », aux antipodes des européistes d’aujourd’hui. Il poursuivra sa carrière comme journaliste également à Carrefour, La FédérationLa ParisienneAccent graveLa Nation françaiseDéfense de l’OccidentLe Spectacle du monde et bien plus tard Enquête sur l’histoire, revue dirigée alors par Dominique Venner.

Parallèlement, Paul Sérant passe au crible d’une critique traditionaliste et anticonformiste la gauche progressiste en publiant Gardez-vous à gauche (1956). Il récidive un an plus tard, mais cette fois-ci à l’encontre de la droite réactionnaire dans Où va la droite? (1957), ouvrage préfacé par Marcel Aymé.

À la première qui compte en son sein de nombreux intellectuels en vogue (Sartre, Merleau-Ponty etc), il reproche « l’étrange déviation, qui [lui] faisait accepter et défendre le nationalisme, le totalitarisme et le racisme lorsque ceux-ci s’exerçaient au profit du monde communiste ou des pays afro-asiatiques ».

À la seconde, il adresse une critique du nationalisme, du colonialisme et du libéralisme – positions historiquement de gauche – au nom de sa philosophie traditionaliste : « En ce qui concerne la droite française, affirme-t-il, il ne s’agit d’ailleurs pas pour elle de rompre une fidélité, mais, au contraire, de retrouver celle qu’elle avait abandonnée ». C’est dans ces années que Pol Vandromme souligne opportunément les qualités de Sérant dans son fameux ouvrage, La droite buissonnière (1960) : « Parmi les jeunes écrivains qui portent les promesses de la droite, celui que je mets le plus haut, c’est Paul Sérant. »

Le romantisme fasciste à la lumière de la Tradition

Vient ensuite un ouvrage de première importance qui fera date dans les milieux non-conformistes de l’époque comme dans les milieux universitaires un peu plus tard, Le Romantisme fasciste (1960). Il s’agit d’une critique la plus objective possible des œuvres de plusieurs plumes de la Collaboration : Abel Bonnard, Robert Brasillach, Louis-Ferdinand Céline, Alphonse de Châteaubriant, Pierre Drieu la Rochelle et Lucien Rebatet. Ni dénigrement systématique, ni approbation absolue, ce livre étudie les limites du « fascisme littéraire » au regard de la Tradition et de l’enracinement, faisant alors échos à ses travaux antérieurs et à la suite de ses publications : « À l’uniformisation du monde au nom de critères quantitatifs, et aux prix de la destruction de toutes les valeurs aristocratiques, il nous faut opposer l’universalisme transcendant, celui qui respectera les diversités légitimes, seul antidote possible à une tyrannie universelle. » Contre le totalitarisme, pour la cause des peuples sublimée par une spiritualité transcendante et universelle !

La même année, dans une veine ethno-régionaliste, Paul Sérant déclenche la polémique avec son livre La France des minorités. (1960). Il est attaqué par les jacobins de gauche et de droite – histoire de se faire toujours des amis, ce que ne dédaignait pas cet esprit indépendant qui a pris l’habitude de déranger tous les conformismes et idées reçues. Suivent dans une perspective voisine, Le Réveil ethnique des provinces de France (1966), La Bretagne et la France (1971), Le Mont-Saint Michel ou l’archange pour tous temps (1974) – dans une approche métaphysique et symboliste – et L’Aventure spirituelles des Normands (1981). « Au nom de quoi, décrète Sérant, devrions-nous choisir entre nos cultures régionales de l’Hexagone et la culture française ? Il s’agit en fait d’une même cause. Si l’on décrète que le breton, le basque ou l’occitan doivent disparaître au nom de l’unité nationale, on n’aura pas d’arguments à opposer demain à ceux qui diront que le français doit disparaître au nom de l’unité continentale ou mondiale.1 »

Inimitié avec Louis Pauwels

Toujours attentif aux problèmes de son temps qui sont autant de « signes des temps » du monde moderne, Paul Sérant répond à son ex-ami gurdjieffien comme lui, Louis Pauwels, sur Les gens heureux et qui ont bien raison de l’être (1971) par sa Lettre à Louis Pauwels sur les gens inquiets et qui ont bien raison de l’être (1972). En effet, Sérant s’élève contre l’optimisme techno-économique, découlant d’une croissance infinie, célébré par le journaliste du Figaro. Sans aigreur, toujours nuancé et honnête avec lui-même comme avec ses lecteurs, il ne manque pas de faire état des bienfaits d’un certain progrès matériel, mais il demeure lucide et sans concession sur les méfaits de l’individualisme sans bornes, du consumérisme de masse et de la réification du système des objets qui réduisent l’homme à sa fonction techno-économique, simple rouage d’une modernité déshumanisante.

« Mon gauchisme à moi2 »

En ce début des années 70, Paul Sérant se retrouve dans un certain état de précarité matérielle. Il gagne mal sa vie comme journaliste au quotidien L’Aurore. Il est brouillé définitivement avec Pauwels, qui devient un ponte de la presse de la droite bourgeoise et peut être considéré comme l’anti-Sérant. Ce dernier est marginalisé et persona non grata dans les rédactions parisiennes. Il faut dire que son humilité et son intransigeance intellectuelle ne contribuent pas à sa notoriété et à une meilleure intégration sociale. Cela ne l’empêche pas, tout de même, de publier un petit essai de mémorialiste, à la fois tonique, attachant et plein de talent, Des choses à dire (1973). Il parvient à donner une conclusion sur son équation personnelle du point de vue spirituel et ethnoculturel : « J’entendais un jour le philosophe catholique Marcel de Corte dire dans une conférence qu’on ne peut être vraiment chrétien si l’on n’est pas d’abord païen. Il s’en expliquait : le vrai paganisme, au sens originel du terme, n’est pas une position polémique contre la croyance, il est la relation intime de l’être humain au sol et à son mystère. Il importe aujourd’hui que nous retrouvions tous ce paganisme-là. J’ai vu, ces dernières années, des régionalistes de toutes tendances confessionnelles ou politiques. Quand ils sont sérieux, ils sont païens, même si ce mot ne leur convient pas. Païens parce que reliés à une terre. C’est ce qui me paraît le plus important ». Nul doute que Paul Sérant devait penser à son ami – notre ami – Jean Mabire (et quelques autres) à qui il était lié.

Avec Simone Weil

Trois autres remarquables livres suivent : Les dissidents d’Action Française parmi lesquels figurent Georges Valois, Louis Dimier, Jacques Maritain, Georges Bernanos, Robert Brasillach, Thierry Maulnier et Claude Roy (1978), Les Grands Déchirements des catholiques français (1989) et Les enfants de Jacques Cartier (1991).

Isolé – comme il l’a toujours un peu été –, il meurt le 2 octobre 2002 dans sa maison d’Avranches, en Normandie, en ayant eu la satisfaction de voir publier quelques semaines auparavant son très honnête et éclectique Dictionnaire des écrivains sous l’Occupation.

S’il y avait quelque chose à retenir de la liberté d’esprit et de l’engagement polyphonique du parcours de Paul Sérant, ce serait certainement sa collaboration après-guerre à la revue L’Arche (mensuel du judaïsme français), puis quelques décennies plus tard au mensuel de la droite radicale Le Choc du mois (1993) qui dut cesser sa parution en raison de l’application de la loi stalinienne Gayssot. Ainsi Paul Sérant avait-il fait, avec quelques années de distance, le lien avec celle qu’il admirait tant et peut-être le plus : Simone Weil.

© Photo : En 1972, lors de la remise du prix Sévigné pour sa Lettre à Louis Pauwels. Sur les gens inquiets et qui ont bien le droit de l’être.

1. « Si je ne vois pas aucune contradiction entre la défense des cultures régionales et celle de la culture française, je n’en vois pas davantage entre des langues régionales de France […] je n’en vois pas davantage entre la défense du véritable esprit européen et celle de la francophonie à travers le monde » (Politica Hermetica, n° 2, 1988, L’Âge d’Homme).

2. Des choses à dire, La Table Ronde,1973, p. 63.

Le Libre Journal du lundi 28 novembre 2022 (de 19h 40 à 21 h), dirigé par Arnaud Guyot-Jeannin, portera sur le thème suivant : « Paul Sérant, un homme de Tradition face au monde moderne ». Invités : Olivier Dard (Professeur d’Histoire à la Sorbonne, essayiste, préfacier de deux ouvrages de Paul Sérant, Les dissidents de l’Action Française et Le romantisme fasciste parus en 2016 et 2017 aux éditions Pierre-Guillaume de Roux), Xavier Eman (Directeur de la revue Liv’arbitres dont le nouveau numéro est consacré à Paul Sérant) et Olivier François (Collaborateur de la revue Éléments).

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