vendredi 26 février 2021

Un tabou de l'histoire contemporaine : l'attaque allemande contre l'Union Soviétique en juin 1941

  

Le 22 juin de cette année, il y avait tout juste 50 ans que la Wehrmacht était entrée en Russie. Notre époque se caractérisant par un engouement pour les dates-anniversaires, médias et politiciens ont eu l'occasion de se manifester et de faire du tapage. Mais on savait d'avance ce qu'ils allaient nous dire. Ils nous ont rappelé que l'Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale, avait utilisé des méthodes criminelles (l'ordre de déclencher l'Opération Barbarossa) et concocté des desseins tout aussi criminels (le Plan de la réorganisation politique et économique des territoires de l'Est). Et que c'est pour promouvoir ces méthodes et réaliser ces desseins que les Allemands ont combattus. Avec des reproches dans la voix, avec des trémolos de honte, on nous a remémoré que toutes les institutions politiques, y compris la Wehrmacht, ont participé à ces crimes.

Plus d'un donneur de leçons est venu à nous, la mine docte, pour nous dire qu'il fallait briser les tabous et laisser la vérité se manifester.

Mais il y a plus intéressant que ces sempiternelles répétitions de ce que nous savons déjà : précisément ce que ces briseurs de tabous veulent ériger comme tabous, les révélations qu'ils considèrent comme sacrilèges et qu'ils dénoncent comme telles. L'hebdomadaire Die Zeit, notamment, s'est spécialisé dans ce genre d'entourloupettes. En 1988, quand les toutes premières voix se sont élevées pour- dire que l'attaque allemande de juin 1941 n'était peut-être pas une attaque délibérée, perpétrée sans qu'il n'y ait eu, de la part de l'adversaire, la moindre provocation, Die Zeit répondit par 2 longs articles morigénateurs, dont le titre et les sous-titres en disaient assez sur leur contenu et leur style : « Les mensonges qui justifient la thèse de l'attaque défensive — Pourquoi on réactive la fable de la guerre préventive déclenchée par l'Allemagne ». Bref : le ton d'une inquisition moderne.

Bien sûr, Staline voulait la paix et Hitler, la guerre


[Ci-contre : La concentration du premier échelon de l'Armée Rouge en juin 1941. Carte tirée de l'ouvrage de Victor Souvorov, Le brise-glace – Juin 1941 : le plan secret de Staline pour conquérir l'Europe (Olivier Orban, Paris, 1989). Le déploiement de ce premier échelon rendait l'Armée Rouge très vulnérable. Il suffisait d'une légère poussée pour la contourner et encercler 5 armées (la flèche sur la carte). La 9ème Armée devait s'emparer de la Roumanie et du pétrole roumain, privant le Reich de cette matière première indispensable à la guerre. Les 12ème et 18ème armées de montagne devaient verrouiller les Carpathes en Slovaquie. Toutes les autres devaient débouter sur la Pologne et l'Allemagne. Hitler a frappé dur et vite dans cette concentration, annihilant ce premier échelon en quelques jours]

Souvenons-nous toujours que les médias et les politiciens ne traitent des causes de la guerre qu'au départ de catégories moralisantes : on parle de culpabilité dans le déclenchement de la guerre, de Kriegs-'Schuld'. Or la guerre est un fait de monde qui échappe précisément aux catégories de la morale. Mieux qui ne peut nullement s'appréhender par les catégories de la morale. Si Hitler avait acquis plus rapidement la victoire à l'Ouest ou si, au moins, il était parvenu à une paix provisoire avec l'Angleterre, il aurait pu, s'il en avait eu envie, tourner tout son potentiel contre la Russie. Staline aurait été livré à son bon vouloir. Donc Staline ne pouvait pas, sans réagir, laisser évoluer la situation de la sorte. Il devait en conséquence attaquer l'Allemagne tant que celle-ci affrontait encore l'Angleterre (derrière laquelle se profilaient depuis un certain temps déjà les États-Unis). Staline a dû opter pour cette solution par contrainte. Et cette option n'a rien à voir avec une quelconque notion morale de “faute”, de “culpabilité” ; elle a été dictée par la volonté de Staline de survivre.

Examinons les choses de l'autre bord : la contrainte que Staline allait inévitablement subir, Hitler ne pouvait pas ne pas la deviner. Par conséquent, Hitler était contraint à son tour d'élaborer des plana pour abattre la puissance de Staline, avant que celui-ci ne passe à l'attaque. Et quand, dans une situation pareille, si explosive et si complexe, l'état-major allemand assure Hitler que la Russie peut être battue en quelques mois, plus rien ne pouvait arrêter le Führer. Processus décisionnaire qui n'a rien à voir non plus avec la notion de “faute”, mais découle plus simplement de la position géographique occupée par l'Allemagne. Oser poser aujourd’hui de telles réflexions réalistes, non morales : voilà qui est tabou.

Mais il y a encore plus étonnant : par ex., ce que nos destructeurs de tabous racontent sur les intentions de Staline en 1940/41. Les documents soviétiques ne sont toujours pas accessibles. Pourtant, nos briseurs de tabous savent parfaitement bien ce que voulait Staline. Et il voulait la paix. Évidement. Donc, l'attaque allemande était délibérée, injustifiée. Scélérate. Comme sont des scélérats ceux qui osent émettre d'autres hypothèses sur la question. Des scélérats et des menteurs. Des menteurs qui cultivent de mauvaises intentions. Voilà comment on défend des tabous.

Pourtant Karl Marx déjà nous avait enseigné que les États socialistes devaient se préparer pour la guerre finale contre les capitalistes. Staline — on sait qu'il ne s'encombrait pas de scrupules inutiles — avait choisi de provoquer cette lutte finale par l'offensive. Et il l'avait planifiée jusqu'au plus insignifiant détail. Depuis 1930, tous les nouveaux wagons des chemins de fer soviétiques, épine dorsale de la logistique des armées modernes (encore de nos jours), devaient être construits de façon à pouvoir passer rapidement du grand écartement russe au petit écartement européen. Préconise-t-on de telles mesures quand on n'envisage que la défensive ? De plus, Staline avait mis sur pied une armée gigantesque. On pourrait arguer que c'était pour se défendre ; mais les chars et les unités aéroportées y jouaient un rôle prépondérant. Par conséquent, cette immense armée avait bel et bien été conçue pour une guerre offensive.

Comparons quelques chiffres pour donner une idée de la puissance soviétique en matière de blindés ; en 1941, la Wehrmacht possédait 3.700 chars capables d'engager le combat, c'est-à-dire des chars qui ont au moins un canon de 37 mm. Elle disposait en plus de 2.030 engins chenillés ou sur roues armés de mitrailleuses ou de canons de 20 mm. Elle a attaqué la Russie avec 2.624 chars et 1024 engins armés de mitrailleuses ou de canons légers de 20 mm (types Panzer I ou Panzer II). C'était tout ! Face à elle, l'Armée Rouge alignait entre 22.000 et 24.000 chars de combat, presque tous armés de canons de 45 mm ou plus. Parmi ces chars, on trouvait déjà 1.861 chars des types KV et T34, qui étaient invulnérables face à presque tous les chars allemands de l'époque. L'arme blindée soviétique, à elle seule, était plus puissante que toutes les autres forces blindées du monde ! La supériorité soviétique en matière de canons et de mortiers était plus impressionnante encore. Quant aux escadrilles aériennes, le rapport des forces était également défavorable aux Allemands : le 22 juin 1941, les unités allemandes envoyées au front russe disposaient de 2.703 avions de combat ; leurs adversaires soviétiques en avaient de 8.000 à 9.000, pour protéger des unités bien plus importantes encore, massées dans l'arrière-pays.

Les Soviétiques disposaient en tout état de cause d'une puissance militaire capable de passer à l'offensive. Et l'URSS avait des raisons de s'en servir. Mais que voulait Staline ?

Déjà, au début de l'été 1940, quand les Allemands n'avaient plus que 4 divisions à l'Est, Staline avait massé prés de 100 divisions le long de sa frontière occidentale. Personne ne saura jamais ce que Staline comptait en faire, au cas où l'attaque allemande contre la France se serait enlisée. À la veille de l'attaque allemande contre l'Est, Staline avait rassemblé 180 divisions dans ses districts militaires de l'Ouest. Elles venaient des régions les plus éloignées de l'empire soviétique : de la Transbaïkalie et du Caucase. À ces 180 divisions, s'ajoutaient encore 9 nouveaux corps mécanisés (chacun doté de plus de 1.000 chars) ainsi que 10 nouveaux corps d'armée aéroportés, ce qui trahissait bien les intentions offensives du dictateur géorgien.

Bon nombre de ces divisions acheminées vers l'Ouest ont été cantonnées dans des bivouacs de forêt provisoires, où il s'avérait difficile de maintenir à long terme les acquis de l'instruction et la vigueur combative des troupes. Pas une seule de ces unités ne s'est mise en position défensive. Si elles avaient construit des redoutes de campagne, installé des obstacles, posé des champs de mines, l'attaque allemande de juin 1941 aurait été bloquée net et neutralisée. Les généraux soviétiques n'ont pas tenu leurs unités de chars en réserve pour une éventuelle contre-attaque mais les ont avancés le plus loin possible vers l'Ouest, dans les saillies frontalières. Indice plus révélateur encore : les dépôts logistiques de pièces de rechange, de munitions, etc. se situaient dans la plupart des cas à l'avant, plus à l'Ouest, que les unités de combat ou les escadrilles d'avions qui étaient censées s'ébranler les premières. Beaucoup de phénomènes apparemment marginaux confirment la thèse de l'imminence d'une attaque soviétique. Citons-en un seul : lors de leur avance fulgurante, les troupes allemandes ont souvent découvert des stocks de cartes militaires soigneusement emballées. Ces paquets contenaient des cartes de territoires allemands.

La thèse de l'attaque délibérée ne tient plus

Que pouvons-nous prouver en avançant tous ces indices ? Rien. Sinon que l'attaque du 22 juin 1941 n'était probablement pas une attaque délibérée et injustifiée contre une URSS qui ne voulait que la paix. Staline avait tous les moyens qu'il fallait pour attaquer. Beaucoup d'indices prouvent qu'il avait également l'intention d'attaquer, comme Hitler l'a affirmé dans plusieurs conversations secrètes et privées. Reste à savoir quand cette attaque soviétique se serait déclenchée. Quelques semaines plus tard ? Au printemps de 1942 ? La décision allemande d'attaquer, la date du déclenchement des opérations, ont-elles été choisie parce que l'état-major allemand avait aperçu le danger d'une attaque soviétique imminente ou parce que les mouvements des troupes soviétiques ont précipité le cours des événements ou ont-elles été choisies tout à fait indépendamment des manœuvres soviétiques ? Voilà tout un jeu de questions encore sévèrement tabouisé. La “querelle des historiens”, il y a quelques années, l'a amplement démontré.

Quoi qu'il en soit : tout historien qui prétend aujourd'hui, en dépit de tous ces indices, que l'attaque allemande était entièrement injustifiée, qu'elle a été perpétrée sans qu'il n'y ait eu la moindre provocation soviétique, tout historien qui avance la thèse d'une attaque allemande délibérée et veut faire d'une telle thèse un axiome de vérité, ne pourra plus être pris su sérieux. La raison, le bon sens et le programme du premier semestre de toute licence en histoire nous enseignent la même chose : toute connaissance sûre quant aux motivations, aux intentions et aux objectifs ne peut être acquise qu'au départ de documents internes. Or les documents soviétiques sont toujours inaccessibles.

► Dr. Franz Uhle-Wettler, Vouloir n°83/86, 1991. 

(texte issu de Junge Freiheit, juin 1991)

• L'auteur : ancien Lieutenant-général de la Bundeswehr et Commandeur du NATO Defence College de Rome.

LE TEMPS DES CAMPS

 Le 12 novembre 1949, Le Figaro littéraire publie un article portant ce titre : « Au secours des déportés dans les camps soviétiques. Un appel aux anciens déportés des camps nazis ». Constatant que « des témoignages accablants sont produits en nombre toujours plus considérable sur les camps de déportation soviétiques », le texte réclame une commission d’enquête sur le sujet, commission formée « d’anciens déportés politiques éprouvés », rescapés des camps nazis. L’article est accompagné d’une carte des régions de déportation en URSS – le mot « goulag » y figure.

L’auteur, David Rousset, est un homme de gauche. Résistant, alors trotskiste, il a été arrêté en 1943, et déporté. Revenu vivant, il a publié L’Univers concentrationnaire, un témoignage sur les camps nazis (prix Renaudot 1946) et en 1947, Les Jours de notre mort, un roman fondé sur ses souvenirs de l’enfer. Le 15 novembre 1949, trois jours après l’appel du Figaro littéraire, David Rousset présente son initiative lors d’une conférence de presse qu’il tient avec Rémy Roure, un journaliste du Monde, comme lui ancien détenu de Buchenwald. Dès le 16 novembre, sous la plume de Pierre Daix, L’Humanité contre-attaque dans un article accusant Rousset et ses partenaires de préparer les esprits à un conflit contre l’Union soviétique ! Le lendemain, l’hebdomadaire communiste Les Lettres françaises défend le principe des « camps de rééducation » soviétiques, instruments de justice sociale, l’expression devenant « centres de rééducation » dans une brochure diffusée à 200 000 exemplaires par le PCF : « Pourquoi David Rousset a-t-il inventé les camps soviétiques ? » Il s’ensuivra un procès que les communistes perdront, comme ils avaient perdu leur procès contre Victor Kravchenko, ce dissident soviétique qu’ils accusaient de mentir lorsqu’il évoquait les camps en URSS. Le volume qui paraît aujourd’hui réunit les écrits de l’époque de David Rousset, mort en 1997, et quelques-uns de ses textes des années 1970. Ils montrent le long chemin qui aura été nécessaire, en France, pour faire admettre l’existence des camps soviétiques, et surtout leur équivalence avec les camps nazis, comparaison sacrilège.

Jean Sévillia

La Fraternité de nos ruines. Ecrits sur la violence concentrationnaire, 1945-1970, de David Rousset, Fayard, 394 p., 22 €.

Sources :  (Edition du  vendredi 25 mars 2016)

https://www.jeansevillia.com/2016/04/05/le-temps-des-camps/

jeudi 25 février 2021

Une histoire de la Nouvelle France, Partie Deux.

Une Histoire de la Nouvelle France Partie 1

Le site Medias-presse-info consacre un article au Cahier d'Histoire du nationalisme n°19 sur les mouvements nationalistes en Belgique de 1945 à 2000

  

Source Médias presse info cliquez ici

Hervé Van Laethem a derrière lui déjà plusieurs décennies de militantisme nationaliste en Belgique. Au cours des dernières années, il s’est illustré à la tête du mouvement NATION. Il est également très présent et actif parmi les réseaux établis entre mouvements nationalistes à travers l’Europe. C’est également un fin connaisseur de la géopolitique syrienne qui a été reçu à plusieurs reprises par les autorités de ce pays, y compris par le président Bachar el-Assad.

Il signe chez Synthèse nationale un nouveau tome des Cahiers d’histoire du nationalisme. Le sujet qu’il aborde est généralement méconnu : les mouvements nationalistes en Belgique de 1950 à 2000. C’est que, de l’histoire des mouvements nationalistes en Belgique, les Français ne connaissent généralement (et mal) que le rexisme de Léon Degrelle, ce qui nous renvoie aux années trente, et le Vlaams Belang, parti nationaliste flamand dont les médias retiennent qu’il est un partenaire du Rassemblement National au Parlement européen.

Précisons d’emblée que ce recueil ne prétend pas être exhaustif. Bien au contraire, son auteur avertit en préambule qu’il s’est surtout intéressé aux groupes les plus radicaux.

Ce panorama des mouvements nationalistes de l’après-guerre en Belgique débute avec Jeune Europe, mouvement fondé par Jean Thiriart, Emile Lecerf et le Docteur Paul Teichmann et dont la ligne est passée de l’anti-communisme à une forme de national-bolchévisme (!), ce qui le rend assez inclassable.  On y retrouve ensuite notamment Occident Belgique, Ordre Nouveau Belgique, le Front de la Jeunesse, le Parti des Forces Nouvelles, le VMO, l’Assaut,…

Au-delà d’une présentation de ces mouvements et de quelques autres, l’auteur retient différentes campagnes menées par cette mouvance : les manifestations Touchez pas à nos églises en réponse aux occupations d’églises par des immigrés, les rassemblements Nationalistes contre l’OTAN et quelques autres parfois mouvementées.

Les souvenirs évoqués dans ce livre sont souvent le reflet de l’engagement personnel de l’auteur qui a d’ailleurs enrichi son ouvrage d’une importante série de photos – parfois inédites – et de reproductions d’affiches et de publications de ces mouvements aujourd’hui oubliés par la plupart des Belges.

Les mouvements nationalistes en Belgique de 1950 à 2000, Hervé Van Laethem, Cahiers d’histoire du nationalisme, éditions Synthèse Nationale, 182 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

LES MÉDIAS FLAMANDS EN PARLENT AUSSI CLIQUEZ ICI

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2021/02/24/le-site-medias-presse-info-consacre-un-article-au-cahier-d-h-6299806.html

mercredi 24 février 2021

Le chromosome Y des Néandertaliens


Une équipe internationale, dirigée par Martin Petr et Janet Kelso, de l’Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionnaire, à séquence le chromosome sexuel Y, qui est transmis par le père à ses fils, chez trois Néandertaliens ayant vécu il y a de 53 000 a 38000 ans en Belgique, en Espagne et en Russie, et chez deux Dénisoviens. Leur grande surprise a été de découvrir que ce chromosome était chez l’homme de Néandertal plus proche de ce qu’il est chez l’Homo sapiens que de celui des Dénisoviens, auquel il semble pourtant avoir été plus étroitement apparenté. Cette découverte montre qu’au cours des croisements qui sont intervenus entre les Néandertaliens et les hommes modernes, l‘ancien chromosome Y, identique a l'origine chez les Néandertaliens et les Denisoviens, a été progressivement remplace par celui de l’Homo sapiens au terme d'un processus de sélection naturelle que les chercheurs tentent maintenant d’expliquer. L’explication semble être que les Néandertaliens avaient accumulé dans leur chromosome Y des mutations délétères (ce qui est souvent le cas dans les populations de faible volume), et que l’« adoption » du Y de l’Homo sapiens leur a conféré un avantage évolutif. Cette substitution s’est produite il y a entre 370 000 et 150 000 ans, sans doute vers il y a plus de 220 000 ans, ce qui signifie qu’il y avait déjà à cette époque des hommes anatomiquement modernes vivant en Eurasie, ce que la théorie « out of Africa » ne laissait absolument pas prévoir.

Source : Science, 24 septembre 2020

éléments n°187

Charles Maurras et l’Histoire

  

Une fois n’est pas coutume : j’ai accepté, pour une raison de calendrier (les 150 ans de sa naissance), de me pencher sur un personnage qui sort du cadre habituel de mon étude qui est le XVIIIe siècle : Charles Maurras.

Né au XIXe siècle et mort au XXe (1868-1952), Charles Maurras a suscité et suscite encore bien des passions. Nous y reviendrons dès que possible.

La vidéo ci-dessous a été prise à Villeneuve-lez-Avignon le 21 avril 2018 où je me suis exprimée à l’invitation de l’association « Amitié et action française » sur le sujet « Charles Maurras et la Révolution ».

Là je retrouve mon territoire !

Une étude, même succincte, de la pensée de Charles Maurras, me fait comprendre que son évolution, du fédéralisme au royalisme, puis de l’agnosticisme au catholicisme, est le fruit de son étude de l’Histoire.

Voilà qui me parle beaucoup.

D’abord on « croit » à la République et à ses valeurs, aux crimes de l’Église et à sa tyrannie éternelle. Mais si on fait de l’Histoire…

Tout bascule sens-dessus-dessous.

J’ai tenté, en rappelant ce que furent les théories de Voltaire, Rousseau, Sieyes et Robespierre, de montrer combien le mensonge est à la source de la doxa républicaine.

Avec une explication bien utile sur ce qu’était le Tiers-État et ce que furent les États-généraux : tout l’inverse de ce qu’on nous en a dit.

Les trois ordres réunis aux États-généraux ne représentaient nullement les membres du clergé, de la noblesse et du Tiers, mais les populations vivant sous les juridictions fiscales de chacun des ordres. Ainsi les habitants des campagnes, plus de 90% de la population française, étaient-ils représentés par les députés de la noblesse et du clergé, ceux du Tiers représentant uniquement ceux des grandes villes, dont ils réussirent d’ailleurs à exclure les ouvriers au profit des marchands.

Voici mon intervention :

http://re-histoire-pourtous.com/charles-maurras-et-lhistoire/

1941 : les Soviétiques préparaient la guerre !

  

Pendant des décennies, l'attaque allemande contre l'Union Soviétique, commencée le 22 juin 1941, a été considérée comme l'exemple par excellence d'une guerre d'extermination, préparée depuis longtemps et justifiée par des arguments raciaux. L'historiographie soviétique qualifiait en outre cette guerre de “guerre de pillage” et ajoutait que l'Allemagne avait trahi ses promesses, avait rompu la parole donnée. Jusqu'en 1989, le Pacte Hitler/Staline des 23 et 24 août 1939 avait été interprété de cette façon dans l'apologétique soviétique. L'observateur des événements était littéralement noyé sous un flot d'arguments qui visaient à étayer au moins 2 thèses :

  • 1) La signature du traité a empêché Moscou d'être impliqué dans les premiers événements de la guerre européenne, qui aura ultérieurement comme victime principale l'URSS ;
  • 2) Le pouvoir soviétique a vu d'avance le plan des “impérialistes” et l'a contrecarré ; il visait à détourner l'armée allemande vers l'Est. L'Union Soviétique aurait ainsi été la victime, à l'été 1941, de sa fidélité à la lettre du pacte et de sa volonté de paix. Cette loyauté, l'URSS l'a payée cher et a failli être complètement détruite sur le plan militaire.

Des experts soviétiques réfutent l'interprétation officielle

Depuis 1989, cette vision de l'histoire contemporaine a été largement réfutée. Des experts soviétiques, dont V. Dachitchev, estiment désormais que le Pacte des 23 et 24 août 1939 a constitué une lourde erreur de la politique étrangère soviétique (cf. Hans-Henning Schröder, Der Zweite Weltkrieg, Piper, München, 1989). Bien sûr, on parle encore et toujours de la guerre germano-russe comme d'une “guerre d'anéantissement justifiée par une idéologie racialiste”, notamment dans les écrits, y compris les derniers, de l'historien Andreas Hillgruber (cf. Zweifacher Untergang, 1986). Mais les préoccupations qui dominent, actuellement, chez les spécialistes de l'histoire contemporaine, sont celles qui concernent les multiples facettes du processus de décision : outre la volonté d'expansion de Hitler, on examine désormais la logique, certes subjective, qui a fait que l'Allemagne a choisi la solution militaire pour régler le problème que constituait l'URSS dans le contexte stratégique du printemps 1941. On étudie ensuite ce qui opposait de façon irréconciliable les idéologies au pouvoir en URSS et dans le Troisième Reich, tout en essayant de comprendre quelles étaient les arrière-pensées de Staline en ce qui concerne l'Europe. Résultat de ces investigations : on se demande si l'attaque allemande n'a pas été finalement une attaque préventive, vu ce qui s'annonçait à moyen ou long terme. Ernst Topitsch est de cet avis depuis longtemps et a étayé solidement sa thèse dans Stalins Krieg (2ème éd., 1986). Quant à Viktor Souvorov, dans Le brise-glace (Olivier Orban, Paris, 1990), il a illustré cette thèse à grand renfort de preuves.

Staline avait le temps pour lui

Cela n'aurait guère de sens de revenir sur la vieille querelle quant à savoir si l'attaque de la Wehrmacht a été dictée essentiellement par des considérations d'ordre stratégique et politique ou par des motivations d'ordre idéologique. Il me semble plus utile, d'un point de vue historique, de chercher à cerner la raison première et fondamentale qui a fait que l'état-major allemand s'est décidé à passer à l'attaque. Cet état-major s'est dit, me semble-t-il, qu'attendre passivement rendait jour après jour le Reich plus dépendant de la politique de Staline ; une telle dépendance aurait finalement créé des conditions défavorables pour l'Allemagne dans sa guerre à l'Ouest et en Afrique. Hitler était bien conscient du risque énorme qu'il y avait à ouvrir un second front, à parier pour l'offensive : il l'a clairement fait savoir à ses généraux, dont la plupart étaient trop optimistes.

Les papiers de Joukov

Les historiens qui affirment que les motivations idéologiques à connotations racistes ont été les plus déterminantes, sous-estiment trop souvent les préoccupations stratégiques ; en effet, dès le début de l'automne 1940, la situation, pour l'Allemagne, était alarmante ; l'état-major devait le reconnaître, si bien que son chef, le Général Halder craignait, dès avril 1941, une attaque préventive des Soviétiques. Aujourd'hui, après qu'on ait publié les papiers du Maréchal Georgy Joukov et qu'on y ait découvert des documents d'une importance capitale, non seulement on sait que l'Armée Rouge s'était mise en branle, que ses manœuvres avaient un caractère offensif, surtout dans les 4 districts militaires de l'Ouest mais on sait également, d'après des sources attestées, que les autorités militaires soviétiques prévoyaient dès la mi-mai 1941 une attaque préventive limitée, au moins contre la Pologne centrale et la Haute-Silésie.

Staline a certes refusé ce plan, mais son existence explique néanmoins pourquoi les Soviétiques ont massé 6 corps mécanisés sur des positions en saillie du front (le premier échelon opérationnel soviétique comptait en tout et pour tout 13 corps mécanisés), ont aligné 5 corps aéroportés, ont réaménagé les installations d'un grand nombre de terrains d'aviation pour bombardiers et pour chasseurs à proximité de la frontière et ont renoncé à renforcer la Ligne Staline, alors qu'elle aurait été excellente pour une bonne défense stratégique du territoire soviétique. Les papiers de Joukov nous permettent de comprendre pourquoi les grandes unités stationnées dans les régions frontalières n'ont pas reçu l'ordre de construire un système défensif en profondeur mais, au contraire, ont été utilisées pour améliorer les réseaux routiers menant à la frontière. Ces indices, ainsi que bien d'autres, ont été mis en exergue récemment par des historiens ou des publicistes soviétiques, dont Vladimir Karpov. Sur base de ces plans d'opération, le chef de l'état-major général soviétique, Joukov, en accord avec le Ministre de la Défense, Timochenko, voulait atteindre en 30 jours la ligne Ostrolenka, Rive de la Narev, Lowicz, Lodz, Oppeln, Olmütz. Ensuite, Joukov prévoyait de re-tourner ses forces vers le Nord et d'attaquer et de défaire le centre des forces allemandes, ainsi que le groupe Nord des armées du Reich, massé en Prusse Orientale.

Je souligne ici que ce plan d'opérations ne signifie pas que les Soviétiques avaient définitivement décidé de passer à l'offensive. L'existence de ce plan ne constitue donc pas une preuve irréfutable des intentions offensives de Staline à l'été 1941. Mais ce plan nous permet d'expliquer bon nombre de petits événements annexes : on sait, par ex., que Staline a refusé de prendre en considération les informations sérieuses qu'on lui communiquait quant à l'imminence d'une attaque de la Wehrmacht au printemps 1941. Or il y a eu au moins 84 avertissements en ce sens (cf. Gordievski/Andrew, KGB, 1990). Comme le prouvent les événements de la nuit du 22 juin, Staline voulait éviter toute provocation ; peu de temps avant que le feu des canons allemands ne se mette à tonner au-dessus de la frontière soviétique, il a donné instruction à l'ambassadeur d'URSS à Berlin, de s'enquérir des conditions qu'il fallait respecter pour que les Allemands se tiennent tranquilles (cf. Erich E. Sommer, Das Memorandum, 1981).

Staline estime que l'Armée Rouge n'est pas prête

Ce qui nous autorise à conclure que Staline cherchait à gagner du temps, du moins jusqu'au moment où le deuxième échelon stratégique, composé de 6 armées (77 divisions), puisse quitter l'intérieur des terres russes. Ce qui étaye également la thèse qui veut que Staline estimait que ses préparatifs offensifs, destinés à réaliser ses projets, n'étaient pas encore suffisants. Quoi qu'il en soit, au début de la campagne, les Soviétiques alignaient à l'Ouest, réserves comprises, 177 divisions, renforcées par au moins 14.000 chars de combat, environ 34.000 canons et obusiers et à peu prés 5.450 avions d'attaque (61 divisions aériennes). Face à ces forces impressionnantes, la Wehrmacht n'alignait que 148 divisions, 3 brigades, 3.580 chars de combat, 7.150 canons et environ 2.700 avions d'attaque.

Cette faiblesse des forces allemandes et l'improvisation dans l'équipement et l'organisation, permettent de soutenir la thèse que la décision d'ouvrir un front à l'Est ne découlait pas d'un “programme” concocté depuis longtemps (cf. Hartmut Schustereit, Vabanque, 1988). Beaucoup d'indices semblent prouver que Staline estimait que le conflit ouvert avec l'Allemagne était inéluctable. En effet, les avantages incontestables que le Pacte germano-soviétique offrait à Berlin (cf. Rolf Ahmann, Hitler-Stalin-Pakt 1939, 1989) n'avaient de valeur qu'aussi longtemps qu'ils facilitaient les opérations allemandes à l'Ouest.

C'est alors qu'un facteur a commencé à prendre du poids : en l'occurrence le fait que les 2 camps percevaient une menace qui ne pouvait être éliminée que par des moyens militaires. Les ordres qui lancent déploiements ou opérations ne reflètent - c'est connu - que des jugements d'ordre politique. C'est pourquoi l'observateur se trouve face à une situation historique où les 2 protagonistes ne réfléchissent plus qu'au moment opportun qui se présentera à eux pour déclencher l'attaque. Mais comme dans l'histoire, il n'existe pas d'“inéluctabilité en soi”, la clef pour comprendre le déclenchement de l'Opération Barbarossa se trouve dans une bonne connaissance de la façon dont les adversaires ont perçu et évalué la situation. De cette façon seulement, l'historien peut « vivre rétrospectivement et comprendre » (comme le disait Max Weber), le processus de décision. On peut ainsi acquérir un instrument pour évaluer et juger les options politiques et stratégiques qui se sont présentées à Berlin et à Moscou au cours des années 1940 et 1941. L'Allemagne tentait, en prestant un effort immense qu'elle voulait unique et définitif, de créer un imperium continental inattaquable ; l'URSS tentait de défendre à tout prix le rôle d'arbitre qu'elle jouait secrètement, officieusement, en Europe.

► Dr. Heinz Magenheimer, Vouloir n°83/86, 1991. 

(texte issu de Junge Freiheit, juin 1991)

• L'auteur : Professeur à l'Université de Salzbourg, Membre de l'Académie de Défense de Vienne.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/52

La Petite Histoire : Geneviève, la sainte qui a sauvé Paris des Huns

 En 451, alors que les Huns menés par le terrible Attila ravagent la Gaule, les Parisiens n’ont qu’une idée en tête : fuir leur cité au plus vite. Mais parmi eux, une voix s’élève, celle de sainte Geneviève, qui les exhorte à ne pas abandonner la ville aux barbares. Pendant des jours, elle s’adonne au jeûne et à la prière afin d’enjoindre le seigneur à sauver Paris. À la stupéfaction générale, les Huns détourneront leur route et se dirigeront vers la Loire, épargnant ainsi la future capitale. Un miracle, diront certains, qui vaudra entre bien d’autres faits à Geneviève de devenir la sainte protectrice de Paris.

mardi 23 février 2021

Une écriture dans l'ombre : les secrétaires au temps moderne

Hélène Carrère d’Encausse : Goodbye Lénine

Dans l’imaginaire collectif, la chute du mur de Berlin, en 1989, marque la fin du communisme en Europe. S’il est vrai que cet événement eut des conséquences pratiques et symboliques considérables, il reste que c’est plusieurs années auparavant que le système avait commencé à craquer. En 1985, l’accession au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev à Moscou allait changer la donne, puisque cet homme avait compris que, si le régime ne se rénovait pas, ses jours seraient comptés.

Sa tentative de refonder le communisme échouera néanmoins, débouchant sur le démantèlement du système puis, en 1991, sur la mort de l’URSS, prélude à la renaissance de la Russie.
1985-1991 : c’est cette séquence commencée il y a trente ans que raconte Hélène Carrère d’Encausse. Historienne de la Russie, biographe de Catherine II, d’Alexandre II, de Nicolas II et de Lénine, le secrétaire perpétuel de l’Académie française déplore que la fin du totalitarisme communiste soit moins connue que celle de son homologue nazi. Cette hémiplégie s’explique sans doute, comme elle le souligne, par le fait que la décomposition soviétique a été un phénomène complexe et long, contrairement à l’apocalypse hitlérienne de 1945, mais aussi par l’indulgence ou la complicité dont a longtemps bénéficié le communisme en Europe de l’Ouest, en France notamment, beaucoup n’ayant pas intérêt à ce qu’on remue un passé encombrant.
Synthétique, mais précis et documenté, le récit d’Hélène Carrère d’Encausse reconstitue ces années qui ont bouleversé le monde : le drame de Tchernobyl qui révèle l’impuissance du système, la glasnost et la perestroïka, la chute des partis communistes en Europe centrale, la révolte des peuples périphériques de l’empire soviétique, le putsch de Moscou en 1991, puis la difficile entreprise d’Eltsine consistant à sortir le peuple russe de trois quarts de siècle de communisme, afin de lui redonner une place dans le concert international. En replaçant cette période dans le temps long de l’Histoire, l’auteur n’hésite pas à comparer Gorbatchev et Eltsine aux réformateurs qui, depuis Pierre le Grand, ont oeuvré à moderniser la Russie afin d’en faire une puissance européenne.

Jean Sévillia

Six années qui ont changé le monde, 1985-1991. La chute de l’empire soviétique, d’Hélène Carrère d’Encausse, Fayard, 418 p., 22 ¤.

Sources :  (Edition du  vendredi 9 octobre 2015)

https://www.jeansevillia.com/2016/02/02/goodbye-lenine/ 

lundi 22 février 2021

Point de vue n°5 - le Royalisme

Passé-Présent n°294 : L’exposition coloniale de 1931

 2021 marque le 90è anniversaire de l’Exposition Coloniale française qui se déroula entre le 6 mai et le 15 novembre 1931 dans le bois de Vincennes sur une superficie de 114 hectares. Le succès populaire fut fabuleux puisque l’on enregistra plus de 170 000 entrées quotidiennes. Les visiteurs s’émerveillant devant la reconstitution de villages africains, de temples asiatiques, soulignant l’apothéose d’une France coloniale glorieuse et puissante. Des vestiges de l’exposition, subsistent de nos jours le parc zoologique et le musée des colonies – devenu celui de l’immigration – dont la façade décorée par Alfred Janniot est un pur chef-d’œuvre.

Madeleine Brès : Première femme médecin

Nous suivons, en compagnie d’Anne Sicard, le difficile itinéraire que Madeleine Brès (1842-1921) emprunta pour la conduire au doctorat de médecine alors que l’accès des étudiantes au concours d’externat ne devint effectif qu’en 1882. Veuve, ayant trois enfants à charge, elle soutint sa thèse qui fit impression en France comme à l’étranger, puis s’établit à Paris, se spécialisant dans le domaine de la pédiatrie. Tout en exerçant, elle consacra ses ressources personnelles à la fondation d’une crèche, avant de s’éteindre dans la pauvreté.

https://www.tvlibertes.com/passe-present-n294-lexposition-coloniale-de-1931

La Résistance révisée

  

« Et dans cette nuit de Provence, dans la maison au milieu des oliviers, parmi le joyeux bruit des enfants, je songeais que les lieux de bonheur et de paix ne peuvent éclore et durer si ne se dresse en eux la détermination virile de les défendre. Les lieux de paix ne survivent que par les vertus exigées dans la guerre. » (Dominique Venner, Le cœur rebelle, 1994)


Recension : Dominique Venner, Histoire critique de la Résistance, Pygmalion/Watelet.

Du même auteurHistoire de la collaboration, Pygmalion, 780 p.

Dominique Venner était plus que qualifié pour retracer tout au long d'une brillante synthèse ce que fut réellement la Résistance française à l'occupation allemande. Tant de témoignages hagiographiques, tant de livres aux intentions suspectes ont été publiés qu'un nettoyage s'imposait. Et Venner, qui a connu le feu et la prison avant de devenir un historien chevronné (voir Baltikum, ses livres sur les armes et sa belle revue, Enquête sur l'Histoire [aujourd'hui la NRH]), est bien the right man in the right placeFrançois de Grossouvre, ce conseiller très spécial de Mitterrand qui se suicida dans son bureau de l’Élysée pour encore mieux marquer le mépris infini que lui inspirait le premier menteur de France et sa clique, avait d'ailleurs encouragé l'ancien activiste dans cette tâche salubre.

Venner rend l'hommage qui convient à un homme parti debout et qui retrouva le geste des héros de l'ancienne Irlande ou de l'lnde védique : la mort volontaire comme ultime gifle à l'ennemi indigne. Grossouvre avait confié à Venner, au cours de multiples rencontres à l’Élysée, que « ce qui fut affreux pour la France après la Libération, c'est le refus de réconciliation du Général de Gaulle avec ceux qui avaient cru placer leur confiance dans le Maréchal Pétain ». Il avait ajouté : « Pendant que les purs patriotes se battaient, les communistes et les ambitieux prenaient les places, réglaient leurs comptes, éliminaient leurs adversaires, devenaient les nouveaux maitres ». Avec pareil mentor, authentique résistant, Dominique Venner ne pouvait, avec son talent et sa combativité, que bouleverser la vision manichéenne des années sombres. Car le plus horrible, dans cette période tragique, c'est précisément cette impitoyable guerre civile que se livrent des Français, souvent au service de l'étranger (anglais, allemand, américain ou soviétique).

Le jeu d'Albion et les erreurs de Hitler

Venner révèle toutes les ambiguïtés, les mensonges sur lesquels repose encore le régime actuel. Pour ce faire, il a rencontré de grands acteurs du drame : Rémy, Frenay, Fourcade, etc. Et surtout il a réuni une masse étonnante de témoignages passés sous silence. Les deux premiers chapitres analysent très lucidement les causes de cette seconde Guerre civile européenne : le jeu nuisible à notre continent de la puissance anglo-saxonne (et de son futur maître américain) est parfaitement expliqué. Pour les USA, les vues hégémoniques sur l'Europe remontent à 1911 au moins… Les nombreuses erreurs fatales tant de l'État-Major allemand sont révélées ainsi que celles de Hitler, qui apparaît ici piètre politique. Si 200.000 Anglais et 100.000 Français ont pu rembarquer à Dunkerque, c'est parce que Hitler désirait encore signer une paix rapide avec l'Angleterre pour pouvoir faire face à Staline. Erreur ahurissante de naïveté politique que de s'attendre au moindre cadeau venant de Londres, qui en acceptant pareille paix, aurait signé son arrêt de mort ! Autre erreur monumentale : avoir laissé à la France de Vichy son empire, sa flotte (les Anglais s'en chargeront) et ses troupes coloniales. En fait, l'armistice de 1940 est une défaite allemande sur le plan politique… et le fin renard est ici Pétain. Mais, le livre de Venner, s'il reconsidère le rôle du Maréchal, ne verse pas pour autant dans l'hagiographie larmoyante.

Les causes morales de la défaite française de 1940

Venner s'étend sur les causes de la défaite de 1940 : 100.000 tués en 42 jours de retraite quasi ininterrompue, un pays plongé dans le chaos, un régime effondré. La thèse, rassurante, de l'infériorité matérielle est balayée. Non, la défaite est d'ordre philosophique et idéologique : la IIIe République, qui apparait comme le pire des régimes subi par le peuple français (né et mort d'une défaite, quel symbole !), n'a préparé ni ses cadres ni ses hommes à faire preuve des qualités guerrières indispensables à toute victoire. Officiers encroûtés et conformistes (les bandes molletières !), troupe veule et hyper-individualiste ("J'ai ma combine") : on peut parler d'un effondrement biologique, d'une défaite totale car causée par un manque et d'intelligence et d'instinct. Le philosophe Alain, penseur quasi officiel de ce régime vermoulu, ne s'exclame-t-il pas en 1940 : « J'espère que l'Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le genre de Gaulle l'emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive ; c'est-à-dire une guerre qui aura ses milliards et aussi des Judas Macchabée » (paroles terribles pour un chantre de l'idéologie républicaine, très éloigné du fascisme en vogue à l'époque). Paul Claudel, qui n'est pas davantage fasciste, le 24 septembre 1940, va encore plus loin : « Ma consolation est de voir la fin de cet immonde régime parlementaire qui, depuis des années, dévorait la France comme un cancer généralisé. C'est fini… de l'immonde tyrannie des bistrots, des francs-maçons, des métèques, des pions et des instituteurs… » (!!).

Quand Vichy préparait la revanche

C'est pourtant dans les milieux les plus hostiles au régime parlementaire que se recrutent, dès l'été 40, les premiers chefs de réseaux actifs : cagoulards, royalistes et autres lecteurs fanatiques des Réprouvés de von Salomon. Les communistes, à ce moment, bougent peu, ordres du PC obligent ; seuls quelques-uns désobéissent et planquent des armes en attendant de les utiliser. Les premiers groupes de renseignement et d'action sont tous issus du personnel administratif et militaire de Vichy, et couverts par le Maréchal. Vichy prépare en fait la revanche, tout comme l'Allemagne d'après Versailles. Ainsi Pucheu, Ministre de l'Intérieur de Vichy (fusillé après une parodie de procès à Alger) rencontre Henri Frenay, l'un des grands résistants, et cela à deux reprises en 1942. De même, la fantastique évasion du Général Giraud, qui rendra Hitler furieux, a été préparée à Vichy, au plus haut niveau. Pétain reçoit même l'illustre évadé à déjeuner.

Venner montre bien qu'en 42-43, résister ne signifie pas obligatoirement s'inféoder au clan gaulliste ou communiste. Comme information étonnante, Venner cite aussi le cas Canaris, chef de l'Abwehr, qui trahit son pays, manipulé par les Anglais : « Au-dessus de l'Allemagne, il y a la Chrétienté. Cela vaut bien un million d'Allemands », dira-t-il pour se justifier. Effarante naïveté, surtout de la part d'un officier de renseignement ! Autre élément bien analysé : la difficulté éprouvée par les polices allemandes et françaises pour infiltrer l'underground communiste, composé d'apatrides réfugiés : Espagnols et juifs d'Europe orientale, milieu qui servira de vivier aux groupes terroristes du PC (la MOI, etc). En quelque sorte, les banlieues de l'époque, déjà quasi imperméables. Le jeu des communistes est bien analysé. Les camarades d'Aragon (« Nous sommes les défaitistes de l'Europe. (…) Nous sommes ceux qui donnent toujours la main à l'ennemi ») attendent sagement les ordres de Moscou pour résister, c'est-à-dire juin 41. Dès cette date, ils se lanceront dans une politique d'attentats sanglants, dans le but de déclencher une répression impitoyable. Ils suivent en cela les directives de Churchill : Mettez l'Europe (continentale) à feu et à sang ! Mais n'oublions pas que Molotov, le 18 juin 1940, adresse à Hitler « les plus chaudes félicitations du gouvernement soviétique pour le succès splendide des forces armées allemandes ». Splendide en effet : la Wehrmacht entre dans Paris… Le médecin Thierry de Martel, ami de Drieu la Rochelle, se tue. Peu après L'Humanité reparaît et Elsa Triolet publie. Il y aurait encore bien des pages à citer de ce livre exemplaire de courage intellectuel. Venner, tout en exaltant à juste titre l'esprit de résistance, remet les pendules à l'heure en démontrant que toute une caste politico-médiatique, celle de la IIIe République, a annexé sans vergogne une Résistance largement mythifiée. Les vrais, les purs, sont morts ou se sont tus, dégoûtés par ce vacarme que nous subissons depuis un demi-siècle. Leur avoir rendu la parole, et leur honneur, est une belle œuvre.

► Patrick Canavan, Vouloir n°134/136, 1996.

France militaire et résistante

« La participation française à la défaite de l’Allemagne nazie demeure méconnue, ignorée et méprisée. Il est un lieu commun de dire que les Français aiment à se dénigrer eux-mêmes. Le réductionnisme et le manichéisme n’ont cessé de progresser ces dernières années dans le domaine historique. L’historiographie anglo-américaine, souvent prise comme source de référence par certains auteurs nationaux, ne relate que très rarement les faits d’armes accomplis par les Français en 1939-1945 ». Ainsi commence l’avant-propos de Dominique Lormier à son Histoire de la France militaire et résistante. Le premier volume traite de la période 1939-1942.

♦ Dominique LORMIER, Histoire de la France militaire et résistante 1939-1942, Éditions du Rocher, 2000, 318 p.

► Pierre Monthélie, Nouvelles de Synergies Européennes n°51, 2001.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/51

dimanche 21 février 2021

L’ORPHELINE DU TEMPLE

 « A l’exemple de mes parents, je pardonne de tout mon coeur et sans exception à tous ceux qui ont pu me nuire et m’offenser. » Celle qui faisait cette déclaration dans ses dernières volontés, en 1851, n’était autre que la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette. De cette femme dont l’existence de prisonnière et d’exilée fut tissée de deuils et de malheurs, deux livres brossent aujourd’hui le portrait.

Anne Muratori-Philip, historienne et ancien grand reporter au Figaro, s’appuie sur des recherches approfondies dans les archives et sur une sobre écriture pour raconter la vie de Madame Royale : une biographie classique, où la période de la Restauration et de la monarchie de Juillet est malheureusement escamotée (1). Sylvie Yvert, qui a été chargée de mission au Quai d’Orsay puis au ministère de l’Intérieur, se met de son côté dans la peau de Mousseline la Sérieuse, ainsi que la surnommait Marie-Antoinette : elle raconte la destinée singulière d’une princesse broyée par l’Histoire. S’il s’agit d’un roman, il est puisé aux meilleures sources, ce qui permet à l’auteur de conjuguer vérité des faits et liberté d’interprétation psychologique (2).
Née en 1778, Marie-Thérèse Charlotte est le premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Après une enfance dorée, elle est entraînée par la Révolution dans une série de drames successifs : la mort de son frère le dauphin Louis-Joseph, la captivité aux Tuileries, l’enfermement au Temple, la décapitation du roi, l’exécution de la reine et la mort de son frère Louis XVII – deux disparitions qu’elle n’apprend qu’après coup -, puis encore l’exécution de sa tante Elisabeth, soeur de Louis XVI. Echangée contre des prisonniers français, Madame Royale gagne Vienne en 1796, confie sa destinée à son oncle Louis XVIII en Lettonie, puis épouse son cousin le duc d’Angoulême, fils du futur Charles X, en 1799. Mariage de raison, qui restera stérile. Ultra sous la Restauration, exilée de nouveau en 1830, la duchesse d’Angoulême sera l’éducatrice de son neveu le comte de Chambord, le dernier Bourbon français. La pauvre orpheline du Temple, au fond, n’aura jamais réussi à exorciser les fantômes de son passé.

Jean Sévillia

(1) Madame Royale, d’Anne Muratori-Philip, Fayard, 332 p., 23 €.

(2) Mousseline la Sérieuse, de Sylvie Yvert, Editions Héloïse d’Ormesson, 336 p., 18 €.

Sources :  (Edition du  vendredi 5 février 2016)

https://www.jeansevillia.com/2016/04/05/lorpheline-du-temple/

Force & Honneur


Force & Honneur : Ces Batailles qui ont fait la grandeur de la France et de l'Europe (ouvr. coll.)

Présentation éditeur : Parce qu'ils ont accepté de mourir quand d'autres se contentaient de vivre, c'est de leurs glaives que sont nés la France et l'Europe. Ce sont ces hommes de guerre qui ont écrit Notre Histoire pluri-millénaires. Par leurs larmes et leur sang, ils ont donné à notre vieille nation et à notre continent ses lettres de noblesse. En portant haut et fier leur Honneur, la Fidélité, le Courage, ils ont créé l'aristocratie des valeurs européennes. En faisant preuve de Discipline, d'Héroïsme, de Patriotisme, ils ont vertébré l'Européen. Du défilé des Thermopyles à la plaine brumeuse de Poitiers, des Croisades aux remparts de Vienne, du plateau d'Austerlitz aux tranchées de Verdun, de la neige de Russie aux pitons de Dien Bien Phû, ils ont tout sacrifié pour sauver notre trésor le plus magnifique : la civilisation helléno-chrétienne, la liberté, notre identité. Dans cet ouvrage, ce sont plus de deux mille ans d'histoire qui se déroulent et viennent opportunément nous rappeler que la guerre est notre mère à tous, Européens qui entendons demeurer dignes et souhaitons nous souvenir. Ce livre se veut un appel vibrant à la jeunesse d'Europe qui, à défaut de repères solides, travestit en modèles quelques idoles médiocres et frelatées. Dans les pages de cet ouvrage, ils trouveront des modèles, des attitudes pour renouer avec eux-mêmes, mais aussi pour tirer les conclusions qui s'imposent : on ne se dérobe pas au combat parce que le combat, c'est la loi de la vie. Trente batailles symboliques inscrites au plus profond de nous-mêmes, toutes illustrées par le trait sûr de Guy Sajer. Sept entretiens avec des hommes de guerre exceptionnels : un livre majeur pour tous ceux pour qui, envers et contre tout, l'Honneur s'appelle toujours Fidélité !

Caractéristiques : Ce livre de 352 pages, édité dans un format A4 et illustré par l'auteur de bandes dessinées Dimitri, alias Guy Sajer (auteur du célèbre Soldat Oublié), retrace l’histoire de la France et de l’Europe au travers de 30 batailles symboliques et représentatives de la geste européenne. 30 contributeurs issus d’horizons différents, jeunes et moins jeunes, connus et moins connus vous feront donc vivre au travers de ce livre plus de 2.000 ans d’histoire européenne ! Le livre se conclut par une série de 7 entretiens avec des hommes de guerre ayant participé aux conflits des 60 dernières années.

Plan détaillé :

1ère partie : des batailles

  • Préface : Jean-Pierre Papadacci
  • Les Thermopyles (– 480) : Christian Segré
  • Marathon (– 490) : Romain Lecap
  • Issos (– 331) : Quentin Hélène
  • Gergovie (– 52) : Joseph Maie Joly
  • Zama (– 202) : André Lama
  • Teutoburger Wald (– 9) : Pascal Lassalle
  • Tolbiac (496) : Hubert Kohler
  • Les champs catalauniques (541) : Arnaud Derville
  • La bataille de Toulouse et la bataille de Poitiers (732) : Gilbert Sincyr
  • Hastings (1066) : Erik Fuchs
  • La prise de Jérusalem (1099) : Pierre Vial
  • Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212) : Jean Kapel
  • La bataille de Bouvines (1215) : Jean-Christophe Hartmann
  • Tannenberg (1242) : Arthur Lorc’h
  • Azincourt ou la mort de la chevalerie française (1415) : Jean Denègre
  • La prise d'Orléans (1429) : Thierry Bouzard
  • Le siège de Vienne (1529) : Philippe Conrad
  • La bataille de Lépante (1571) : Robert Steuckers
  • La bataille de Torfou (1793) : Arthur de Lascaux
  • Austerlitz, la bataille des trois empereurs (1805) : Louis Samagne
  • Camerone (1863) : Alain Sanders
  • Mourir pour Verdun (1916) : Philippe Fraimbois
  • Le siège de l’Alcazar de Tolède (1936) : Olivier Grimaldi
  • Stalingrad (1943) : Pierre Gilieth
  • Le débarquement du commando Kieffer (1944) : Jean André
  • La bataille de Berlin (1945) : Chris Chatelet
  • Dien Bien Phu (1954) : Éric Fornal
  • L’insurrection de Budapest (1956) : Lajos Marton
  • La bataille d'Alger (1957) : François-Xavier Sidos
  • Le siège de Sarajevo (1992) : Pierre-Henri Bunel

2ème partie : et des hommes de guerre

Le général Yves Derville, qui participa à la première guerre du Golfe ; le colonel Jean Luciani, ancien des FFI et vétéran de Dien Bien Phu ; le capitaine Dominique Bonelli ancien du 1er BEP puis du 1er REP en Indochine et en Algérie ; l’adjudant-chef Jean Laraque, les sergents Alexis Arette et Roger Holeindre, le caporal-chef Aimé Trocmé, autres “sentinelles de l’Empire”.

Préface :

« C’est la guerre qui a fait des hommes et des temps ce qu’ils sont… Et toujours, si longtemps que la roue de la vie danse en nous sa ronde puissante, cette guerre sera l’essieu autour duquel elle vrombit. » Ernst Jünger, La guerre notre mère

« On ne se dérobe pas à la loi du combat, parce que c’est la loi de la vie. » Pierre Drieu la Rochelle

« L’avenir appartient à qui recueille et sème l’éternelle fleur du passé. » Charles Maurras

« La vie d’une grande nation n’est qu’un combat. Elle a ses jours d’épreuve. Mais comme l’a dit Montaigne : l’adversité est une fournaise à recuire l’âme. » Maxime Weygand

Le calendrier mémoriel de nos pères était, autrefois, parsemé de noms de saints, de soldats héroïques et aussi de grandes batailles. Ces noms, gravés dans l’histoire des peuples, étaient toujours évocateurs : Ils constituaient une mémoire collective et forgeaient les identités nationales. Chaque nation vénérait ses saints, exaltait ses héros et communiait dans le souvenir de ses grandes batailles. Le souvenir de celles-ci, gagnées ou perdues, était perpétué par des cérémonies patriotiques, véritables liturgies, qui cimentaient les peuples en reliant les vivants et les morts.

Aujourd’hui, ce culte de la mémoire, propre aux vieilles nations historiques, est contrôlé, contesté pour ne pas dire condamné car il dérange les tenants du nouvel ordre mondial. L’idéologie universaliste règne désormais en maîtresse, elle déforme, révise, détourne le passé en attendant de le faire disparaître. C’est dans cet esprit que le bicentenaire de la victoire d’Austerlitz a été effacé, ignoré et que la commémoration du 90ème anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale a été transformée en promotion de l’Union européenne et de son prétendu “avenir radieux”. On n’évoque plus les guerres que pour les condamner ou pour jeter l’opprobre sur les combattants. On réhabilite les mutins, on glorifie les déserteurs, les traîtres, les objecteurs de conscience et on les offre en modèle. Les combats futurs ne se dérouleront plus que dans les stades ou dans les temples de la Bourse et les héros ne seront plus que des sportifs ou des traders. On nous promet un univers de paix et de prospérité qui implique l’oubli de notre identité et l’abandon de notre nationalité : le monde n’est plus qu’un marché soumis à la religion du Veau d’Or et notre avenir est assuré à jamais à condition d’en devenir les consommateurs.

Beaucoup de ceux qui confondent rêves et réalités peuvent se convertir aux utopies mondialistes mais nous, qui fûmes les enfants de Dien-Bien-Phu et de Budapest, nous refusons d’entrer dans ce marché de dupes. Nous savons que la vie ne sera jamais un long fleuve tranquille. Nous savons que nous sommes les héritiers de générations qui ont œuvré, souffert et parfois sacrifié leur vie pour nous transmettre une patrie. Nous savons que notre nationalité est un titre de propriété sur notre terre, sur nos biens et sur notre culture. Nous savons que nous sommes des débiteurs et que nous avons le devoir de faire fructifier et de transmettre le patrimoine que nous avons reçu. Nous savons qu’il ne serait pas digne d’oublier les sacrifices de nos anciens et encore moins de les stigmatiser ou de les renier. Enfin nous sommes convaincus que la nation reste la clef de voûte de l’ordre mondial. C’est pourquoi nous avons décidé de relater les grandes batailles qui ont marqué l’histoire des nations. Elles rappelleront à ceux qui l’oublient que la vie est avant tout un combat et que notre premier devoir est de rester fidèles à tous nos compatriotes qui, au cours des siècles, n’ont pas hésité à donner leur vie pour assurer la pérennité de leur nation.

Jean-Pierre Papadacci, Français d’Empire

♦ Recension : émission Méridien-Zéro.

♦ Éditions : Les Amis du Livre Européen, 2010, 352 p., 45 €, 1.000 exemplaires seulement.

♦ Commandes : Les Amis du Livre Européen, 1 place Paul Verlaine, 92100 Boulogne-Billancourt.

♦ Libre Journal des Lycéens du 15/01/11 consacré à la sortie de l'ouvrage collectif Force & Honneur avec pour invités : les éditeurs Eugène Krampon et Gérard Vaudan, Pascal Lassalle (sur la bataille de Teutobourg), Lajos Marton (sur l'insurrection de Budapest) et Robert Steuckers (concernant la Bataille de Lépante). Seconde partie de l'émission en compagnie de Tomislav Sunic (pour son opus Homo-Americanus : rejeton de l'ère post-moderne) et de Georges Feltin-Tracol (Europe Maxima).

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/49

Olave Baden-Powell: femme de l'ombre et féministe

L’homme moderne, européen de longue date

 Le réexamen de deux dents de lait, des molaires, découvertes en 1964 dans la Grotta del Cavallo à Uluzzo, en Italie, et que l'on croyait avoir appartenu à des Neandertaliens, s’avèrent en fait appartenir à l'Homo sapiens. Après avoir minutieusement compare la géométrie, l’épaisseur de l’émail et la structure interne de ces molaires à celles des Néandertaliens et des hommes modernes, une équipe de chercheurs a conclu qu’il s’agit de très anciennes dents de lait d’hommes (anatomiquement) modernes. Or, ces dents sont vieilles de 45 000 ans, ce qui confirme que l’homme moderne avait à cette date déjà pénétré en Europe, alors que l’on a longtemps cru son arrivée plus tardive. La culture de l’Uluzzien, que l’on avait tendance à attribuer aux Néandertaliens plutôt qu’a l'Homo sapiens, à instar du Chatelperonnien en France ou du Szeletien en Europe centrale, va du même coup devoir être à la fois remontée dans le temps et reclassifiée.

Source : Pour la science, 3 novembre 2017

7 octobre 1571 : Bataille de Lépante 10/10

Il faudra attendre la guerre de Crète (1645-1669) pour qu’un conflit d’envergure, s’inscrivant dans la longue guerre euro-turque, réanime le théâtre méditerranéen et pour que l’empire ottoman enregistre l’un de ses derniers triomphes. Le prétexte de cette guerre est la capture en 1644 de la belle épouse du sultan par les Chevaliers de Malte. En représailles, les Turcs débarquent en Crète et s’emparent de l’île, que personne ne pourra leur arracher. Venise ne parvient pas à briser les lignes de communications turques : elle doit demander la paix et abandonner la Crète. La dernière grande île du bassin oriental tombe aux mains des Turcs, 98 ans après Lépante. Avec la marche de Kara Mustafa sur Vienne en 1683, ce sera le chant du cygne de l’empire ottoman. La défaite devant Vienne annonce la perte de la Hongrie et du Nord de la péninsule balkanique. La Sublime Porte est sur le déclin, sous les coups de boutoirs des armées habsbourgeoises, dirigées par ce génie militaire que fut le Prince Eugène de Savoie-Carignan. L’empire ottoman ne menacera plus l’Europe. Et les Européens s’empresseront d’oublier le danger turc.

Aujourd’hui, avec le déclin démographique de l’Europe et l’amnésie généralisée qui s’est emparé de nos peuples dans l’euphorie d’une société de consommation, le danger turc est pourtant bien présent. Une adhésion à l’UE submergerait l’Europe et lui ferait perdre son identité géopolitique, forgée justement pendant plus d’un millénaire de lutte contre les irruptions centre-asiatiques dans sa périphérie ou carrément dans son espace médian. L’Europe doit être vigilante et ne tolérer aucun empiètement supplémentaire de son territoire : à Chypre, dans l’Égée, dans le Caucase, sur le littoral nord-africain où subsistent les “presidios” espagnols, dans les Canaries, il faut être intransigeant. Mais dans quel esprit doit s’inscrire cette intransigeance ? Dans l’esprit de l’Ordre de Saint-Jean, bien évidemment, qui a toujours refusé de lutter contre une puissance chrétienne ou de s’embarquer dans des alliances qui s’opposaient à d’autres pactes où des puissances chrétiennes étaient parties prenantes : on a en tête les alliances contre-nature que concoctaient les Byzantins sur leur déclin et qui ont amené les Turcs en Thrace. L’Ordre a toujours su désigner l’ennemi géopolitique et en a tiré les conséquences voulues.

L’idéal bourguignon du XVe siècle, très bien décrit dans le beau livre de Bertrand Schnerb, correspond parfaitement à ce qu’il faudrait penser aujourd’hui, au-delà des misères idéologiques dominantes et des bricolages insipides de nos intellectuels désincarnés ou de nos médiacrates festivistes. Notre idéal remonte en effet à Philippe le Bon, le fils de Jean sans Peur et d’une duchesse bavaroise, qui prête à Lille, le 17 février 1454, le fameux “Vœu du Faisan”, un an après la chute de Constantinople. Le “Vœu du Faisan” est effectivement resté un simple vœu, parce que Trébizonde est tombée à son tour. Les Ducs de Bourgogne voulaient intervenir en Mer Noire et harceler les Ottomans par le Nord. Deux hommes ont tenté de traduire ce projet dans les faits : Waleran de Wavrin et Geoffroy de Thoisy. L’idéal de la Toison d’Or et l’idéal alexandrin de l’époque s’inscrivent aussi dans ce “Vœu” et dans ces projets : il convient de méditer cet état de choses et de l’actualiser, à l’heure où ces mêmes régions balkaniques, pontiques et caucasiennes entrent en turbulences. Et où, avec Davutoglu, la Turquie s’est donné un ministre des affaires étrangères qui qualifie ses options géopolitiques de “néo-ottomanes”.

Lépante est l’aboutissement d’une guerre longue. Nous l’avons vu. Après Lépante, cette guerre longue a connu une accalmie. Plusieurs signes indiquent aujourd’hui que les quelques braises aux trois quarts éteintes qui sommeillaient encore vaille que vaille dans les reliefs du vieil incendie sont en train de se raviver, de rougeoyer dangereusement. Allumeront-elles un nouvel incendie ? Sans doute. La longue mémoire, dans les guerres longues, est une arme redoutable. Songeons-y. Et préparons-nous.

Robert Steuckers, achevé à Forest-Flotzenberg, 15 novembre 2009.

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♦ Bibliographie :

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http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/49