dimanche 15 mai 2016

Les Déracinés, de Maurice Barrès Partie 1

Quand le traditionaliste séduit par la pensée royaliste a suffisamment parcouru l'œuvre de l'incontournable Charles Maurras, son arrêt suivant se situe généralement sur les sentiers du tout aussi grand Maurice Barrès. Présentons-le en quelques lignes hautes en couleur, pour les non-initiés : Barrès est un écrivain et homme politique français né en 1862, qualifiable de pendant mélancolique de Maurras, et autre figure de proue du nationalisme traditionaliste français. Orateur virulent, funestement antidreyfusard, boulangiste convaincu, nationaliste attaché un temps aux idées socialistes, ennemi absolu du marché absolu, figure fluctuante d'un patriotisme se cherchant un peu, tanguant entre la Ligue des Patriotes de Paul Déroulède (antiparlementaire et nationaliste) et le royalisme positif de son ami Maurras, dont il se distinguait par un rapport aux idées politiques bien plus distancié. Il  ne cèdera jamais au monarchisme, ni au républicanisme, ni à aucun autre dogme que celui de la terre et du sang. Tout en tenant à l'"équilibre du Moi" en ces temps où moult idéologies veulent transformer la personne en individu, l'homme donne une importance capitale au respect de ce qui a précédé, les ancêtres et leur héritage, et à ce qui transcende les êtres, le sacré. "Nous sommes les instants d'une chose immortelle", dira-t-il vers la fin de sa vie.
Félix Croissant, pour le SOCLE
2382446219.jpgAlors que Barrès est surtout un essayiste, un chroniqueur et un journaliste, son livre le plus connu est un roman publié en 1897, Les Déracinés. Bien que la bibliographie du Socle tiennent également à distance la fiction, s'arrêter attentivement sur cet ouvrage n'aura pas manqué de nourrir notre pensée politique.  
L'action se déroule dans l'atmosphère dépressive engendrée par la débâcle militaire de 1871 face à la Prusse, cadre où les institutions, jusqu'à la République même, se trouvent en péril, et dans le contexte de la crise économique qui accable le monde depuis 1873, et a provoqué une forte montée du chômage chez les paysans et ouvriers.
Disons-le d'entrée : Les Déracinés est un grand roman dans la lignée de l'œuvre d'un Balzac ou d'un Stendhal, ample et foisonnant, aussi stimulant intellectuellement que passionnant dans son récit. L'écriture de Barrès est un peu solennelle, parfois exagérément verbieuse, mais surtout massive, et lyrique (la description des funérailles de Victor Hugo, sur laquelle se conclura le roman, est d'une puissance inégalée), et d'une précision parfois intimidante dans ses descriptions des tourments psychologiques de ses personnages. 
Nancy, 1879
L'action des Déracinés démarre dans un lycée de Nancy, en 1879 (on est dans de la quasi-autobiographie, à ce stade), où sept lycéens, Sturel, Suret-Lefort, Saint-Phlin, Roemerspacher, Racadot, Renaudin et Mouchefrin, pages blanches ne demandant qu'à être remplies, voient leur monde retourné à 670 degrés par un professeur de philosophie jeune et dynamique, Bouteiller, à la fois professeur plein d'idéaux et petit commissaire politique en puissance. Son éloquence, sa verve, et sa conviction monolithique d'appartenir au camp de l'avenir et du juste va convertir sans mal ces gamins à une vision du monde républicaine (Bouteiller est un gambettiste convaincu, soit de la gauche républicaine modérée) et kantienne (sa devise : toujours agir en désirant que son action serve de règle universelle). Cette vision du monde a un corollaire : l'idée que l'avenir se joue à Paris, centre du monde d'alors… où ces jeunes hommes joueront, précisément, leur avenir. On percevra rapidement l'amour de Barrès pour la province et sa méfiance envers la cité. L'ascension des jeunots sur la capitale survient au bout d'une petite cinquantaine de pages au-delà desquelles rien n'ira plus : ivres d'espoirs et de fierté mal placée, naïvement confiants en la solidité de leurs liens face à la gargantuesque machine citadine, le groupe de jeunes hommes est déjà, sans s'en rendre compte, victime du déracinement lorrain que leur a fait subir Bouteiller, théoricien plus obsédé par sa grande idée de la France que par les âmes qui la forment. Le déniaisement parisien suivra, et se conclura cinq ans plus tard par le sacrifice sous la guillotine d'un des sept protagonistes, présenté comme le dommage collatéral de leur entreprise trop grande qui se sera brisée sur l'impitoyable réalité de cette fin de siècle comme des vagues sur un rocher. 
Sans s'ouvrir dessus, l'action des Déracinés prend vraiment son envol lorsque les sept jeunes Lorrains se retrouvent autour du tombeau de Napoléon 1er pour lancer leur grand projet de journal "différent", La Vraie République. Napoléon, figure du grandiose et de l'accomplissement personnel, source de l'imagination condensée du siècle. Un modèle. À la fin du livre, les ex-gamins auront remplacé ces aspirations à un horizon supérieur par une place dans le système, vie faite de concessions qu'ils auraient méprisées quelques années plus tôt. La cité corruptrice… air connu.
Nous avons donc Sturel, fils de la grande bourgeoisie provinciale et rêveur à la sensibilité maladive ; Roemerspacher, animal social cartésien et équilibré ; Gallant de Saint-Phlin, de famille monarchiste et catholique, grand optimiste ; Suret-Lefort, pur produit de Science Po, avocat anticlérical et antiromantique ; Renaudin, journaleux arriviste et avare, futur traître au boulangisme ; Racadot, petit-fils de serf et ambitieux matérialiste ; Moucherin, sans-le-sou malingre et laid trouvant sa raison d'être dans l'ombre de Racadot. Quelques uns des personnages ont de sérieux airs de Rastignac - l'œuvre de Balzac n'ayant pas échappé à Barrès. Mais l'élévation dans la société des personnages de Barrès se distingue de celle des personnages de Balzac par sa différence de ton : là où Balzac épousait le cynisme blasé de son antihéros, Barrès habite ses personnages les plus prospères et carriéristes d'un certain fatalisme stendhalien (certains rappelant davantage le Julien Sorel du Rouge & Le Noir). Par ailleurs, le mélancolique et indécis François Sturel, qui ressemble le plus à Barrès, a davantage de temps d'antenne que des personnages comme l'opportuniste Suret-Lefort. Sturel et quelques autres finiront par réaliser, trop tard, l'erreur de leur voie individualiste et de la réalité du déracinement.
Un puissant écho dans le présent
Se distinguant de l'œuvre d'un Zola de par son aptitude à bouleverser les idées, Les Déracinés n'offre rien de moins qu'un témoignage historique et politique d'une époque à la fois proche de la nôtre sur la frise historique, et séparée par le gouffre béant du 20ème siècle. C'est une fiction certes, mais nourrie à l'expérience barrésienne du monde, détail qui confère au romanesque une légitimité de document officiel, et une épaisseur d'ouvrage documentaire. Documentaire étonnant d'actualité : Barrès décrit un monde en connaissance de cause, et cela donne lieu à des scènes de la vie politique et sociale de Paris d'une authenticité impressionnante, et effroyablement proches de celles que l'on connait aujourd'hui. Barrès invite rétrospectivement à une mise en perspective de l'Histoire française d'après-1793, réduisant le gouffre du 20ème siècle à quelques coups de canons bien bruyants et deux-trois charniers fort regrettables : en le lisant, le patriote d'aujourd'hui, fût-il pleinement conscient que le désastre civilisationnel contemporain n'a pas surgi du néant au mois de mai 68, ne manquera pas de penser : "ventre-saint-gris, c'était exactement la même chienlit en 1880 !" Exactement, cent ans avant l'arrivée d'Attali à l'Élysée en tant que conseiller spécial de l'homme à l'écharpe rouge - non, pas Christophe Barbier. La même chienlit : le déracinement. Une société sans repère. Les Déracinés est un manifeste presque philosophique sur ses dangers, et, bien naturellement, politique (on peut y deviner, par exemple, l'antidreyfusisme de son auteur et son hostilité générale envers les Juifs non-assimilés…).
Trouvons, page 240, un exemple illustrant le puissant écho du roman avec notre réalité : "La France débilitée n'a plus l'énergie de faire de la matière française avec des éléments étrangers. Je l'ai vu dans l'Est, où sont les principaux laboratoires de Français. C'est pourtant une condition nécessaire à la vie de ce pays : à toutes les époques, la France fut une route, un chemin pour le Nord émigrant vers le Sud ; elle ramassait ces étrangers pour s'en fortifier. Aujourd'hui, ces vagabonds nous transforment à leur ressemblance." Le caractère prophétique des Déracinés est un autre de ses joyaux : dès 1880, il aura diagnostiqué un ébranlement fondamental des valeurs annonçant un "ordre nouveau".
La cité mortifère
Au-delà même de sa nature de récit initiatique, Les déracinés est surtout une radioscopie de l'univers intellectuel Parisien dans la troisième république naissante, aux institutions menacées par les calculs politiques et les ambitions personnelles. Barrès connaissant le monde du journalisme parisien, on a droit à des pages entières de description des relations perverses qui lient temporairement politiciens et journalistes, et du carnaval des subventions d'état à la presse. On retrouve Bouteiller, anciennement professeur de philosophie plein de formules pompeuses, présentement boursier et aspirant-député ne reniant pas le moindre calcul, et le gotha parisien qu'il fréquente, comprenant des personnages historiques comme le banquier juif Jacques de Reinach. On passe de la haute bourgeoisie vivant dans des hôtels particuliers de l'ouest parisien, incarnée par la jeune Mademoiselle Alison, qui épousera plus tard un jeune baron un peu crétin, au Paris populaire du nord-est, où subsistent deux de nos jeunes Lorrains les moins fortunés. Barrès juxtapose l'univers érudit et ouaté du Bel-Ami de Maupassant à celui, étouffant et suintant, des Misérables d'Hugo, dimensions interdépendantes d'un Paris hypertrophié et articulé par le seul chaos, au cœur duquel fermente le tumulte à venir, cadre de la monstrueuse mosaïque de l'auteur.
On s'évade aussi de cet imposant foutoir à travers les récits rocambolesques et mystiques de la belle aristocrate ottomane Astiné Aravian, venue de Constantinople et de passage à Paris, dont le jeune Sturel tombe vite amoureux. Elle l'aidera à prendre en partie conscience de l'ampleur du monde, et à déceler - un peu - l'absurdité certaine du petit théâtre parisien. 
En guise de parenthèse, on rappellera que Barrès était un grand voyageur. Lorsqu'André Gide, pas son plus grand partisan, lui écrit, après lecture des Déracinés : "né à Paris d'un père uzétien (d'Uzes, située dans le Gard) et d'une mère normande, où voulez-vous que je m'enracine ? J'ai donc pris le parti de voyager", Barrès a l'autorisation de lui rire à la figure. Il faut préciser que Gide le comparera plus tard à Adolf Hitler. CQFD.
La République, l'universalisme, Kant, et leur "nouveau monde" 
Qui dit Paris dit république. La position de Barrès à son égard est ambigüe ; jamais vraiment antirépublicain comme un Maurras, mais conscient de ses tares inéluctables, il se fend d'une critique en demi-teinte de ce régime incandescent. Il prend lui aussi un recul saisissant pour observer cette dernière, inspiré par l'œuvre du grand historien Hippolyte Taine, à qui l'on doit le monumental livre-fleuve Origines de la France contemporaine. Ce dernier, auquel Barrès dédiera un chapitre entier de son livre, compare l'internat à de "grosses boites de pierre", machines égalitaires où la personne est réduite à l'état d'individu. Barrès n'exprimera rien de moins dans son livre avec ses sept jeunes protagonistes à la fois produits et victimes de cette machine. 
Face au niveau de langage et de réflexion de ces jeunes Lorrains, sans commune mesure avec celui des jeunes têtes plus ou moins blondes qui garnissent nos lycées, certains de nos contemporains seront tentés de relativiser les failles de l'internat. Ce point n'échappera pas à l'esprit lucide traversant nos âges sombres et subissant les excentricités funestes du monde moderne, son néolibéralisme suintant, son progressisme vindicatif, son vivrensemble, sa discrimination positive, son relativisme culturel, sa LGBT-friendliness, son Aymeric Caron à l'incomparable chouinage poivre et sel, sa Belkacem à mini-jupe rétractable, son sapin de Noël anal, son art moderne tout autant, et son absence regrettable de Dominique Wolton. C'était déjà la chienlit en 1880, mais en lisant Les Déracinés, on mesure l'ampleur de la dégringolade pluridisciplinaire que connait la France. Pour paraphraser Orwell, à l'époque d'Entre les murs, embrasser le monde de Barrès devient un acte révolutionnaire.
À suivre

L’Heure la plus sombre n°34 – Émission du 2 mai 2016

Documentaire - Le Canal de Suez

samedi 14 mai 2016

Claude Lévi-Strauss et la Révolution française

Claude Lévi-Strauss, grand ethnologue, est une figure intellectuelle majeure du XXe siècle. Il est particulièrement intéressant de constater que celui qui fut marxiste durant son adolescence a très vite développé une vision de monde différente de ses contemporains qui s'échinaient à nier l'importance du fait identitaire.
Il a en effet affirmé de manière très claire que la préservation de son identité ne pouvait être condamné moralement et il a, tout aussi clairement, considéré mai 68 comme un symbole de la décadence occidentale.
De la même manière, il s'est montré très critique à l'égard de la Révolution française :

Claude Lévi-Strauss : [La pensée de Sartre] s'enracine dans une idéologie qui est celle de son temps, de son milieu intellectuel. La situer elle aussi dans un contexte mythologique qui, en l’occurrence, serait celui de la Révolution française (car, dans notre société, la Révolution de 89 joue véritablement le rôle de mythe fondateur) relativise la pensée de Sartre au lieu de l'universaliser.
Didier Éribon : L'un des problèmes que posait Sartre était en effet celui de la Révolution française et de son rôle fondateur dans notre histoire. Vous reconnaissez tout de même que ce fut un événement important ?
C.L.-S. : Le mot est faible. La Révolution a mis en circulation des idées et des valeurs qui ont fasciné l'Europe puis le monde, et qui procurèrent à la France, pendant plus d'un siècle, un prestige et un rayonnement exceptionnels. On peut toutefois se demander si les catastrophes qui se sont abattues sur l'Occident n'ont pas aussi là leur origine.
D.E. : En quel sens ?
C.L.-S. : Parce qu'on a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu'elle est faite d'habitudes, d'usages, et qu'en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l'état d'atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu'un contenu concret : elle est faite d'équilibres entre des petites appartenances, des menues solidarités : ce contre quoi les idées théoriques qu'on proclame rationnelles s'acharnent ; quand elles sont parvenues à leurs fins, il ne leur reste plus qu'à s'entre-détruire. Nous observons aujourd'hui le résultat.
Didier Éribon, De Près et de loin, Odile Jacob, 1998 ; rééd. 2001, pages 165-166.

L'Autre Tiers-mondisme des origines à l'islamisme radical

Fascistes, nationaux-socialistes, nationalistes-révolutionnaires entre « défense de la race » et « solidarité anti-impérialiste »
l-autre-tiers-mondisme-des-origines-a-l-islamisme-radical.jpgPhilippe Baillet L'Autre Tiers-mondisme des origines à l'islamisme radical
Le fait de parler d’un « autre tiers-mondisme », différent du tiers-mondisme progressiste, peut dérouter mais se justifie. En effet, s’appuyant sur une documentation très variée – du modeste bulletin militant à l’ouvrage classique – et puisant à des sources francophones, allemandes, italiennes, britanniques et nord-américaines, cet ouvrage met au jour un important corpus de textes, qui va des lendemains de la Grande Guerre à nos jours.
À travers eux, l’ « autre tiers-mondisme », en cela bien antérieur à l’apparition de la formule « tiers-monde » en 1952, se dévoile comme inséparable d’une tentative de Troisième Voie européenne. Celle-ci s’affirme d’abord avec le préfascisme de D’Annunzio, se poursuit avec les nationaux-révolutionnaires allemands ou encore avec la gauche nationale-socialiste (des frères Strasser à Johann von Leers). Mais la « solidarité anti-impérialiste » ne passera jamais, aux yeux de Hitler et de Rosenberg, avant la « défense de la race ». Après 1945, l’ « autre tiers-mondisme » refait surface chez Maurice Bardèche admirateur de Nasser ou chez François Genoud soutien actif du fln. Il trouve son théoricien proprement politique avec Jean Thiriart, auprès duquel se forme Claudio Mutti, ensuite favorable à la révolution islamique d’Iran et converti à l’islam.
Ainsi se précisent les contours d’un « parti islamophile » présent en Europe de l’Ouest sous une forme « docte » et culturelle, qui doit beaucoup à l’influence de l’œuvre de René Guénon, et sous une forme « simple » et politique, dont les écrits d’Alain Soral sont la dernière expression en date.
À l’heure où l’islamisme radical incarne de plus en plus la forme agressive du flot montant des peuples de couleur contre la race blanche, cette somme, caractérisée par le sens de la profondeur historique, remet dans leurs vraies perspectives de nombreuses questions d’une brûlante actualité.

La France n'a pas gagné la Première guerre mondiale grâce à l'Afrique et aux Africains

Suite à "l'affaire BlackM", Bernard Lugan analyse pour son blog la désinformation sur la Première guerre mondiale, qui voudrait que la France doive sa victoire et son salut à l'Afrique. Il n'en est rien :
"Dans la grande entreprise de réécriture de l’histoire de France entreprise par les partisans du « grand remplacement », la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement la bataille de Verdun, constitue un argument de poids. Son résumé est clair : les Africains ayant permis la victoire française, leurs descendants ont donc des droits sur nous.
Voilà qui explique pourquoi ces ardents défenseurs du « vivre ensemble » que sont MM. Samuel Hazard, maire socialiste de Verdun, et Joseph Zimet, à la ville époux de Madame Rama Yade, et en charge de la Mission du centenaire de la Grande Guerre, ont voulu mettre le sacrifice de millions de Poilus au service de leur idéologie.
Laissons donc parler les chiffres[1] : 
1) Effectifs français (métropolitains et coloniaux)
- Durant le premier conflit mondial, 7,8 millions de Français furent mobilisés, soit 20% de la population française totale.
- Parmi ces 7,8 millions de Français, figuraient 73.000 Français d’Algérie, soit environ 20% de la population « pied-noir ».
- Les pertes françaises furent de  1.300 000 morts, soit 16,67% des effectifs.
- Les pertes des Français d’Algérie furent de 12.000 morts, soit 16,44% des effectifs.
2) Effectifs africains
- L’Afrique fournit dans son ensemble 407.000 hommes, soit 5,22 % de l’effectif global de l’armée française.
- Sur ces 407.000 hommes, 218.000 étaient des « indigènes » originaires du Maroc, d’Algérie et de Tunisie, soit 2% de la population de ces trois pays.
- Sur ces 218.000 hommes, on comptait 178.000 Algériens, soit 2,28 % de tous les effectifs français.
- L’Afrique noire fournit quant à elle, 189.000 hommes, soit 1,6% de la population totale et 2,42% des effectifs français.
- Les pertes des unités nord africaines furent de 35.900 hommes, soit 16,47% des effectifs.
- Sur ces 35.900 morts,  23.000 étaient Algériens. Les pertes algériennes atteignirent donc 17.98 % des effectifs mobilisés ou engagés.
  • Les chiffres des pertes au sein des unités composées d’Africains sud-sahariens sont imprécis. L’estimation haute est de 35.000 morts, soit 18,51% des effectifs ; l’estimation basse est de 30 000 morts, soit 15.87%.

    Pour importants qu’ils soient, ces chiffres contredisent donc l’idée-reçue de « chair à canon » africaine. D’ailleurs, en 1917, aucune mutinerie ne se produisit dans les régiments coloniaux, qu’ils fussent composés d’Européens ou d’Africains.

    Des Africains ont donc courageusement et même héroïquement participé aux combats de la « Grande Guerre ». Gloire à eux.
    Cependant, compte tenu des effectifs engagés, il est faux de prétendre qu’ils ont permis à la France de remporter la victoire. Un seul exemple : le 2° Corps colonial engagé à Verdun en 1916 était composé de 16 régiments. Les 2/3 d’entre eux étaient formés de Français mobilisés, dont 10 régiments de Zouaves composés très majoritairement de Français d’Algérie, et du RICM (Régiment d’infanterie coloniale du Maroc), unité alors très majoritairement européenne.

    Autre idée-reçue utilisée par l’idéologie dominante : ce serait grâce aux ressources de l’Afrique que la France fut capable de soutenir l’effort de guerre.
    Cette affirmation est également fausse car, durant tout le conflit, si la France importa six millions de tonnes de marchandises diverses de son Empire, elle en importa 170 millions du reste du monde.

    Conclusion : durant la guerre de 1914-1918, l’Afrique fournit à la France 3,5% de toutes ses importations et 5,22 % de ses soldats. Ces chiffres sont respectables et il n’est naturellement pas question de les négliger. Mais prétendre qu’ils furent déterminants est un mensonge doublé d’une manipulation."                                  [1] Les références de ces chiffres sont données dans mon livre Histoire de l’Afrique du Nord des origines à nos jours. Le Rocher, en librairie le 2 juin 2016.

mercredi 11 mai 2016

Passé Présent n°101 - Spartacus, chef de guerre

Passé Présent n°101 - Spartacus, chef de guerre

Chronique de livre: Anne Lombard-Jourdan "Aux origines de carnaval; Un dieu gaulois ancêtre des rois de France"

Anne Lombard-JourdanAux origines de carnaval; Un dieu gaulois ancêtre des rois de France
(Odile Jacob, 2005)
4178135223.jpgAu nombre des grands mythes transversaux européens est celui de la cavalcade surnaturelle menée par un chef divin. Dans le monde germanique c'est lawütendes Heer, qui parcourt les airs, réminiscence du cortège des walkyries et einherjer mené par Odin/Wotan. Dans le monde celte, c'est la chasse sauvage ouwild hunt, que le Moyen-Age dit composée de nobles damnés, de fantômes et de créatures surnaturelles, démons et fées et menée par un avatar de Cernunnos : Hellequin. 
C'est à ce thème et à ce personnage, dans leurs expressions françaises que s'intéresse l'historienne Anne Lombard-Jourdan dans son ouvrage paru en 2005 chez Odile Jacob et préfacé par Jacques Le Goff : Aux origines de carnaval ;Un dieu gaulois ancêtre des rois de France. A travers son exploration de la symbolique du cerf dans la culture française médiévale et en particulier au sein de la lignée royale, Anne Lombard-Jourdan dégage une mythologie gallicane fondée sur l'alliance complémentaire de la fée serpente Mélusine (dont se réclamèrent de nombreuses familles outre les Lusignan) et du dieu cerf Cernunnos. Elle fait de ce dernier, en étayant abondamment sa thèse, le tutélaire, l'ancêtre totémique des rois de France.
L'auteur s'intéresse tout d'abord, dans une démarche comparatiste dumézilienne, aux mythes du cerf et du serpent et à leurs liens dans le monde indo-européen et en particulier en Gaule, à travers les héritages celte, latin et germanique. C'est ensuite le personnage de Gargantua qu'elle analyse comme avatar du dieu-cerf à travers lequel Rabelais aurait exprimé, sous forme parodique, les rites et symboles du mythe gaulois. Dans la droite ligne de Claude Gaignebé, elle lit, au delà des pastiches truculents, l'expression de liens mythiques entre éléments et divinités en voie d'oubli. Cornes et viscères ne sont plus des références au "bas corporel" et aux tribulations sexuelles mais les attributs des dieux : bois et serpents.
Le thème rabelaisien conduit naturellement à celui du carnaval, moment de jaillissement du refoulé païen et des rituels de fertilité au sein du calendrier chrétien. Masques, cornes, franges et cordes y réactivent de façon farcesque les mystères chamaniques liés au cerf et à la serpente. Une autre survivance du rituel se trouve dans la chasse au cerf, la plus noble entre toutes, dont l'historienne étudie, à travers manuels de vénerie et évocations littéraires, les codes. Ils témoignent d'une déférence particulière, de celles qu'on a face au totem, que seul peut chasser son "clan" : la maison royale et ceux qu'elle a anoblis. 
Ayant ainsi déployé l'héritage secret de Gargantua-Cernunnos, Anne Lombard-Jourdan s'intéresse à sa parèdre, Mélusine, et à leurs relations de complémentarité symbolique : dans le rapport à l'eau (soif insatiable de l'un, milieu naturel de l'autre), dans l'opposition de l'aspect solaire (le cycle des bois, entre perte et renouveau, suit celui des saisons) et terrestre de l'un à l'aspect lunaire et aquatique de l'autre. Elle n'en fait ni des époux divins (ce qui serait une invention de toutes pièces) ni ne les apparente, mais y voit des polarités qui fondent une mythologie proprement française.
L'ouvrage revient alors sur la place dévolue au cerf dans la maison de France à travers les légendes mettant en scène ses membres et des cerfs surnaturels souvent liés à la figure christique, les illustrations et la présence physique des cerfs dans les demeures royales, et les métaphores littéraires qui rapprochent monarque et cervidé. C'est dans le cerf ailé (présenté en couverture) que les rois trouvent leur emblème totémique, lié non pas, comme la fleur de lys, au Royaume de France dans son entièreté, mais à la fonction monarchique en particulier. Enfin, le don de guérison des écrouelles, le rôle thaumaturgique du roi, est analysé comme un héritage chamanique lié au culte du dieu-cerf.
L'auteur revient en profondeur sur ce dieu-cerf, en en différenciant les avatars : Dis Pater s'incarnant tantôt en Cernunnos, tantôt en Sucellus, et leurs compagnes Herecura et Nantosuelta, la femme-biche et la déesse des eaux, entourée de serpents. En Angleterre, c'est le roi légendaire Herne, ou Herle qui semble recueillir l'héritage du dieu-cerf, tandis qu'en France certains saints se le partagent. Le roi Herle ne peut que rappeler notre Herlequin ou Hellequin original, et c'est en effet lui qui clôt cette étude avec sa mesnie. Les herlequins, ou hellequins, sont les "gens" (/kin), la famille de Herle, le chasseur éternel et cerf lui-même. Le christianisme en a fait une cavalcade démoniaque, mais elle demeure liée aux dates ancestrales de l'ouverture du sidh, ce monde de l'au-delà où Cernunnos se portait garant pour ses enfants. De nombreux attributs physiques et vestimentaires furent attachés à cette menée. Des figurations celtes aux carnavals populaires, des évocations féeriques aux "arlequinades", on les y retrouve. Certains, comme le couvre-chef d'invisibilité, renforcent le lien entrewütendes Heer et chasse sauvage.
A l'issue de cette enquête, on trouve encore des annexes éclairantes : un dossier étymologique, indispensable à toute personne intéressée par le folklore et ses symboles, des documents archéologiques, diverses sources littéraires ainsi qu'une étude sur l'utilisation politique de la Mesnie Hellequin entre France et Angleterre.
Mythes, totémisme, royauté, folklore, transversalité européenne et gallicanisme, cette lecture a de quoi intéresser et enrichir à plus d'un degré quiconque s'intéresse à son héritage, mais pourra tout aussi bien permettre au gamer d'approfondir les thèmes du dernier opus de 
The Witcher (Wild Hunt), et aux métalleux de comprendre ce qu'il en est historiquement et culturellement de laMesnie Herlequin.
Mahaut pour le C.N.C.

Troupes de choc du IIIème Reich, les "Stosstroopen" - Documentaire histoire

mardi 10 mai 2016

Les Reines oubliées

Chers amis, c’est en relisant la vie de nos rois depuis la mort de Henri V, à travers Les Princes cachés de Jacques Bernot ainsi que par les articles publiés il ici-même il y a quelques mois par mon confrère Frédéric de Natal, que j’ai décidé de vous parler des épouses ! Depuis 1883, la France compte huit Reines !
Encore plus méconnues des Français que leurs maris, il est temps de les connaître davantage. Car de Jean III à notre Louis XX, se trouvent différentes femmes, qui ont autant de liens et de différences qu’ont entre eux leurs époux.
Arrière-petite-fille de François Ier, Empereur des Romains dès 1745, Marie-Béatrice de Modène est née le 13 février 1824 à Modène. Elle est bien une Princesse de son temps : issue de la branche italienne des Habsbourg, elle est considérée par son mariage comme la Reine d’Espagne mais aussi de France et de Navarre. Un temps désirée comme épouse par Henri V, qui se titre alors comte de Chambord, elle s’allie finalement le 6 février 1847 avec le fils du roi carliste, le futur Jean III. Elle devient Reine des Espagnes le 13 février 1867 à la mort de Charles VI, frère de Ferdinand VII, et Reine de France et de Navarre le 24 août 1883 à la mort de Henri V de France. Jean III demeure assez inactif dans la guerre carliste qui se déroule en Espagne et l’est encore plus pour ce qui concerne le trône de France, même s’il déclare officiellement assumer la charge que la Loi fondamentale lui donnait. De son union avec Jean de Bourbon naissent deux fils : Charles le 30 mars 1848 et Alphonse le 12 juin 1849.
Son mariage n’est pas heureux dans le sens où la Reine se montre bien plus intransigeante que son époux. La déchirure se fait autour de l’instruction des enfants, que Marie-Béatrice veut confier aux Jésuites… le Roi refuse, c’est la séparation. La politique est aussi domaine de tension puisque Jean III penche en faveur de l’unité italienne alors que sa femme, issue d’une lignée princière austro-italienne y est farouchement opposée.
Elle meurt à Graz, en Autriche, le 18 mars 1906. A cette date, l’Espagne est de nouveau en paix et la France s’est installée dans la république.
Celle qui lui succède au titre de Reine de France et de Navarre est Marguerite de Parme. Cette dernière  est née le 1er janvier 1847 à Lucques et a la particularité d’être à la fois liée à la Maison de Bourbon par la branche aînée que par la branche parmesane. Elle est aussi une descendante directe de Charles X par sa mère, et de Victor-Emmanuel de Savoie par son père. Elle épouse Charles de Bourbon, fils aîné de Jean III, le 4 février 1867 au château de Frohsdorf qui est devenu l’âme des Rois en exil. Elle devient Reine des Espagnes le 3 octobre 1868, alors que Jean III a laissé ses droits à Charles. Cette même année, débute la troisième guerre carliste à la suite de la mort d’Isabelle II. Charles publie un manifeste carliste qui défend une société basée sur la Foi, sa personne de Roi, et les fueros (le droit coutumier) alors que les Cortès proclament roi Amédée de Savoie. En France, le mouvement carliste cherche à recruter des troupes ; le comte de Foudras est condamné pour cette entreprise, de plus entachée d'escroquerie, par un jugement du tribunal correctionnel d'Amiens en 1873.
Cependant, la guerre est un échec : les carlistes perdent leur capitale Estella le 19 février 1876, et le Roi Charles part vers la France, le 1er mars. Mais la royauté ne meurt pas ! L’époux de Marguerite devient roi de France et de Navarre à la mort de son père en 1887, et la Reine des Espagnes devient alors aussi Reine de France et de Navarre. Elle aura cinq enfants de lui : Blanche (1868-1949), Jacques (1870-1931) Elvire (1871-1929), Béatrice (1874-1961), Alice (1876-1975). Tous ces enfants sont titrés Infants mais aucun n’a de titres français… Preuve que le trône espagnol est plus à portée que celui de France, où la royauté semble déjà appartenir aux teintures magistrales du passé.
Marguerite de Parme meurt âgée de quarante-six ans, le 29 janvier 1893. Charles XI (VII en Espagne) se remarie. Son choix se porte surMarie-Berthe de Rohan. Contrairement à ce que son nom peut laisser paraître, Marie-Berthe est autrichienne et est née le 21 mai 1868 dans le royaume de Bohême. Son père appartient à une branche de la maison de Rohan, même s’il est hongrois. Dans l’Espagne ravagée par la guerre civile qui voit la victoire des isabello-alphonsistes, comme dans la France impériale, personne ne songe à faire appel à ce Roi.
Marie-Berthe meurt le 19 janvier 1945 à Vienne sans n’avoir jamais régné que sur le cœur des bérets rouges de la cause carliste et sur quelques Français fidèles. Mais n’est-ce pas là le vrai règne ?
Après cette Reine exaltée, qui avait autant d’allure que son époux, l’Espagne et la France connaissent un Roi sans alliance ni postérité : Jacques.
Il faut donc attendre 1931 pour voir une Reine légitime remonter les trônes éclatants de ces deux royaumes ! En effet, puisque Jacques n’a pas de fils, c’est son oncle Alphonse-Charles qui devient le Roi carliste et le Roi de France et de Navarre. Déjà âgé, Alphonse-Charles décide de devenir Alphonse-Charles en Espagne (car le choix d’Alphonse seul aurait posé le problème de la succession puisque les carlistes ne reconnaissent pas Alphonse XII et ne voient Alphonse XIII comme Roi à partir de 1936, à la mort d’Alphonse-Charles… il se refuse à être un Alphonse XII souterrain !) En France, il se fait nommer Charles, douzième du nom. Le 26 avril 1871 au château de Kleinheubach (Bavière), Marie-des-Neiges de Portugal, fille aînée du roi Michel de Portugal issue de la Maison de Bragance. Elle est proche d’Alphonse-Charles tant par les idées religieuses et politiques que leur histoire commune, car son père Michel a été forcé à l’exil et a échoué dans la restauration de la royauté légitime. L’on peut en effet rapprocher le carlisme espagnol du miguelisme portugais.
Marie-des-Neiges est née le 5 août 1852 à Kleinheubach. Durant la troisième guerre carliste, elle est engagée avec son mari et devient la figure de la résistance carliste. Leur mariage ne connaît cependant pas de postérité. Marie-des-Neiges meurt à Vienne le 15 février 1941 dans une grande simplicité, en Reine.
Depuis le 28 février 1836, c’est la femme d’Alphonse XIII qui l’a remplacée comme Reine. La mort d’Alphonse-Charles fait de l’ancien ennemi des carlistes le Roi légitime à leurs yeux, les libéraux isabello-alphonsistes et les traditionalistes carlistes sont donc réunis pour la première fois depuis 1837 sur la personne du Roi… Sa femme, une Princesse anglaise issue de Victoria d’Angleterre et convertie au catholicisme, est devenue la Reine des Espagnes et la Reine de France et de Navarre. Il s’agit de Victoire-Eugénie de Battenberg. Née le 24 octobre 1887 à Bamoral, Victoire-Eugénie grandit dans la cour anglaise. Son double prénom lui vient de ses marraines : sa grand-mère, Victoria, et Eugénie de Montijo, épouse de « Napoléon III ». Epouse du Roi des isabello-alphonsistes au pouvoir depuis 1837, son mariage ne correspond pas à sa belle-mère, Marie-Christine : Victoire Eugénie dispose du titre d'Altesse sérénissime, inférieur à celui de Princesse de sang royal, et son anglicanisme est un frein à l’alliance qui se fait malgré tout le 31 mai 1906 au monastère royal Saint Jérôme de Madrid. La fête est marquée par un attentat. La naissance de leur premier enfant, Alphonse, renforce le couple dont les relations sont assez froides. Suivent six autres naissances : Alphonse (10 mai 1907 - 6 septembre 1938), prince des Asturies (considéré comme tel par les carlistes en 1936), Jacques-Henri (23 juin 1908 - 20 mars 1975), Béatrice (22 juin 1909 - 22 novembre 2002), Ferdinand (21 mai 1910, mort âgé de quelques heures), Marie Christine (12 décembre 1911 -23 décembre 1996), Jean (20 juin 1913 - 1er avril 1993), Gonzalve (24 octobre 1914 - 13 août 1934).
De ses sept enfants, Victoire-Eugénie a la douleur d’en perdre trois : l’aîné Alphonse est vite diagnostiqué hémophile, maladie courante chez les descendants de Victoria, il meurt d’un accident de voiture en 1938 alors qu’il avait renoncé au trône suite à son mariage morganatique. Jacques-Henri, futur Roi de France, est mal opéré et devient sourd. Lui aussi est forcé par son père à renoncer au trône. Le dernier, Gonzalve, est lui aussi hémophile et meurt en 1934, également en voiture. Ainsi, Jean devient le Prince des Asturies en titre. Pour ce qui est du trône de France, Alphonse en est l’héritier de 1936 à 1938, puis c’est Jacques-Henri qui devient le Dauphin, de 1938 à 1941 car le roi ne peut se défaire de sa charge ou choisir son héritier, même s’il n’a ni bras ni jambe !
Revenons à notre Reine. Celle-ci se sépare progressivement de son époux après les naissances de leurs enfants, les drames familiaux n’ayant réussi à les rapprocher.
Victoire Eugénie se consacre alors aux hôpitaux et à l'assistance aux indigents et s’implique dans la réorganisation de la Croix-Rouge espagnole. Il faut rappeler que son mari a soutenu un tel projet lors de la Première Guerre mondiale. En exil depuis avril 1931, suite à la victoire des républicains aux élections, elle rejoint l’Angleterre alors que son époux part pour Rome. Sommée de quitter le royaume anglais, Victoire-Eugénie rejoint les environs de Lausanne où elle habite Vielle Fontaine, une demeure où elle finit ses jours. C’est donc en exil qu’elle devient la Reine légitime des Espagnes et de de France. En 1938, elle assiste à Rome au baptême du fils aîné de Jean : Jean-Charles d'Espagne. Son mari disparaît le 28 février 1941. Son retour sur la terre d’Espagne se fait pour le baptême de Philippe, fils de Jean-Charles. De retour en Suisse, elle y meurt peu de temps après, le 15 avril 1969, à l'âge de 81 ans, exactement 38 ans après avoir quitté l'Espagne. Enterrée dans l'église du Sacré-Cœur de Lausanne, ses restes sont ramenés le 25 avril 1985 en Espagne sur ordre du Roi, son petit-fils, pour être placés dans la crypte royale de l'Escurial auprès des dépouilles de son mari, Alphonse XIII et de ses fils, les infants Alphonse, Jacques et Gonzalve.
Parce que le Roi ne meurt pas, la Reine est aussitôt Reine : soit par son mariage avec le Roi, soit par l’accession de son époux à la Couronne. C’est qui arrive à Emmanuelle de Dampierre en 1941.
Née à Rome le 8 novembre 1913, elle est la fille d’un duc pontifical, Roger de Dampierre, et de Vittoria Ruspoli, issue d’une famille princière des Marches en Italie.
Le 4 mars 1935, elle épouse, à l’église Saint-Ignace-de-Loyola de Rome, Jacques-Henri qui a suivi ses parents dans l’exil. Le Prince n’est alors pas encore héritier direct de son père. La Dauphine qu’elle est ensuite devenue donne deux garçons à son mari, Alphonse (1936-1989) et Gonzalve (1937-2000) mais le mariage n’est pas heureux. Son époux, bien que sourd et parlant avec de grandes difficultés, handicap qu’il apprend peu à peu à gérer, est un homme à qui plaît la compagnie des femmes. Le couple se sépare en 1947 et les deux enfants sont envoyés dans un internat suisse, où ils passent même la plupart de leurs vacances scolaires. Emmanuelle de Dampierre se marie civilement en 1949 à Vienne avec Antonio Sozzani (1918-2007). Ce mariage civil se termine par un divorce en 1967. Son époux, Roi de France et de Navarre sous le nom de Henri VI, meurt le 20 mars 1975. Les années 1980 sont une décennie tragique pour la Reine : son fils aîné, Alphonse, et l’épouse de ce dernier, divorcent avec fracas en 1982. En 1984, un accident de voiture coûte la vie au fils aîné du duc, François d’Assise (1972-1984), tandis qu’Alphonse et son deuxième fils sont grièvement blessés. Enfin, en 1989, Alphonse de Bourbon meurt d'une grave blessure au cou dans un accident de ski aux États-Unis. A la mort de son fils, Emmanuelle protège son petit-fils Louis, qui vient de devenir Roi, maisc’est chez sa grand-mère maternelle, Maria del Carmen Franco y Polo que le jeune Louis s’installe. Celle qui est Reine douairière depuis bientôt 20 ans, s’implique dans le légitimisme qui a retrouvé un certain souffle depuis Henri VI : on la voit lors des messes expiatoires du 21 janvier et défend son petit-fils lors de l’usurpation du titre de duc d’Anjou par Charles-Philippe d’Orléans en décembre 2004. Ses mémoires ont été publiés en 2003 en Espagne.
Personnalité forte et grande dame, Emmanuelle de Dampierre incarne la Légitimité lorsque Louis XX est jeune, et sait mettre de côté les tragédies familiales et personnelles pour servir avec élégance et grandeur le Roi et le royaume. Elle meurt le 3 mai 2012 à Rome et est inhumée à Passy, dans le caveau des Dampierre.
La Légitimité renaît sous Henri VI et se construit encore sous son fils, Alphonse II. Doué d’un rare charisme et d’un charme indéniable, ce dernier profite du Millénaire capétien pour relancer le légitimisme. L’épouse de ce Roi est célèbre en Espagne. C’est la petite-fille du Caudillo Francisco Franco qui va devenir la future Reine ! L’Espagne la connaît sous le surnom de la nietísima, c’est-à-dire la « petite-fillissisme ».
Née 26 février 1951 au palais royal du Pardo, Marie-du-Carmel dite Carmen Martinez-Bordiù y Franco épouse en effet le 8 mars 1972 en la chapelle du palais du Pardo le Dauphin Alphonse. Cette union enchante la femme de Franco et fait la fierté du régime qui a ainsi mêlé son nom à celui du sang d’Espagne et plus largement, à l’une des plus grandes familles d’Europe. La Dauphine Carmen peut alors devenir Reine d’Espagne, car malgré la Loi de succession de 1969 qui désigne Jean-Charles, l’avenir n’est pas complètement fixé. Le mariage est célébré avec un faste qui fait grand bruit en Europe dans la mesure où il laisse longtemps planer un doute sur le nom du successeur de Franco. Alphonse et Carmen ne sont finalement pas choisis : issu de Jacques-Henri qui avait renoncé au trône, le légalisme du Caudillo penche en faveur du fils de Jean d’Espagne, qui a en plus l’avantage d’avoir déjà un tout jeune garçon.
Le mariage presque de Majesté régnante n’empêche pas les tensions et les scandales. Lors de la communion de ses deux enfants, le prêtre refuse publiquement de donner la communion à la Reine. En 1979, le couple finit par se séparer et leur divorce civil a lieu en 1982.
La Reine Carmen perd administrativement son titre d'Altesse Royale ainsi que la garde de ses enfants. Elle quitte alors l'Espagne et s'établit à Paris, où elle entame une relation avec un antiquaire français, Jean-Marie Rossi. En février 1984, la Reine perd son fils aîné, nous l’avons vu. Quelques mois après, c'est au tour de Mathilda, l'une des filles de Jean-Marie Rossi, de trouver la mort dans un tragique accident de bateau aux Bahamas. Le couple se marie civilement et une fille naît de leur union en 1985.
Après la mort d’Alphonse II, c’est la mère de la Reine qui obtient la garde du jeune Louis XX. Les tensions avec son fils sont en effet publiques car le jeune roi a vite désapprouvé la conduite de sa mère, qui divorce de Jean-Marie Rossi en 1995, avant d’entretenir différentes relations dont la dernière est conclue par son mariage civil avec José Campos García, un homme d’affaire espagnol. Ne soyez pas choqués par ces lignes ! Le légitimisme est une royauté faite de maillons qui constituent une chaîne. Ainsi, les scandales, les tragédies personnelles, n’enlèvent rien à la dignité de notre Reine douairière Carmen, tout comme il en fut durant 38 ans pour Emmanuelle de Dampierre ! Enfin, des scandales autrement plus bruyants ont fait l’histoire de France… Cela n’est ni mauvais ni bien, cela est l’histoire, refuser de les voir confine à la folie ! Ne pas défendre la conduite d’un membre de la Maison de France n’empêche en rien de garder dans le cœur une affection pour ce qu’il est et pour la part du mystère français qu’il incarne.
Nous voici arrivés à la dernière Reine que nous connaissons : Marie-Marguerite.
Notre reine est née le 21 octobre 1983 à Caracas, et est la fille de Victor Vargas, homme d’affaire et président du Banco Occidental de Descuento, et de Carmen Santaella Telleria. Lors du mariage de sa sœur aînée María Victoria avec Francisco Javier d’Agostino Casado, María Margarita fait la connaissance d’un ami de son nouveau beau-frère, Louis XX. Le mariage à lieu à La Romana, en République dominicaine, le 6 novembre 2004. La Reine fait ses classes chez les Ursulines avant d’entamer une licence de pédagogie à l’Université métropolitaine de Caracas en 2002. Marie-Marguerite est aussi une cavalière talentueuse et a monté pour son pays natal. Depuis 2012, elle a obtenu la nationalité française.
De l’union de María Margarita et de Louis-Alphonse sont nés :
Eugénie de Bourbon (5 mars 2007 à Miami), Louis, Dauphin (28 mai 2010 à New York) et son jumeau Alphonse de Bourbon (28 mai 2010 à New York).
Je termine ainsi cette fresque en souhaitant que Marie-Marguerite soit une Reine inspirée par le meilleur de celles qui l’ont précédée. Qu’elle ait bonne et longue vie !
Charles d'Antioche

L'histoire Secrète Du 11 Septembre

lundi 9 mai 2016

L’État corporatif - Benito Mussolini

Le mouvement fasciste a-t-il cherché, par des mesures concrètes, à bâtir une Troisième Voie, rejetant le libéralis­me capitaliste et le socialisme marxiste et s’inspirant des idées corporatistes.
Etat-corporatif-e.jpgMal connue à l’Étranger, l’œuvre civile intérieure de Benito Mussolini a laissé en Italie des traces profondes, et un courant de nostalgie, certes minoritaire, mais pratique­ment sans équivalent dans le monde, en dehors du cas du péronisme argentin.
Ceci relativise sans nul doute tous les travaux et analyses réduisant le fascisme italien à une quelconque dictature pro-capitaliste. Bien au contraire, tout au long de sa carrière, l’ancien socialiste Mussolini, certes converti au natio­nalisme révolutionnaire fasciste sous l’influence de penseurs tels que Nietzsche ou Sorel, est demeuré fidèle à l’idéal social de sa jeunesse.
Ainsi le mouvement fasciste a-t-il cherché, par des mesures concrètes, à bâtir une Troisième Voie, rejetant le libéralis­me capitaliste et le socialisme marxiste et s’inspirant des idées corporatistes.
Cette préoccupation constante inspire le Congrès de Rome de 1920, la Charte du Travail de 1927, la Création des 13 et 22 corporations de 1934-1937 et jusqu’au Manifeste de Vérone du Parti fasciste républicain de 1943.
Elle a inspiré la Réforme constitutionnelle de 1926, la créa­­tion du Ministère des Corporations et, en 1938, la trans­for­mation de la représentation nationale en Chambre des Fais­ceaux et Corporations.
Ce livre expose les idées et les réalisations législatives de Musso­lini sur ce point crucial.
Acheter l'ouvrage ici
http://www.voxnr.com/cc/di_varia/EuykZEZkyFqThYhdDg.shtml

11 septembre 01 Pentagone preuve d'une mise en scène officielle !!

samedi 7 mai 2016

Charlemagne, symbole européen ?

Que reste-t-il de Charlemagne ? Les ouvrages présentés ci-dessous confrontent le lecteur à la source du mythe et lui livrent des images contradictoires – le portrait d'un serviteur de l'église s'opposant à celui d'une brute opportuniste qui cache sous la façade religieuse ses exactions et ses vices.
Longtemps revendiqué comme une grande figure nationale par les historiens français et allemands, devenu, sous l'Occupation, parrain de la division française de la Waffen SS, l'empereur à la barbe fleurie tend aujourd'hui à incarner un précurseur de l'idée européenne supranationale. À travers ces divers avatars, que subsiste-t-il de l'homme et de son oeuvre ?
Portrait idéalisé
Force est d'admettre que la légende s'est tôt emparée du souverain et que, pour précieux que soit leur témoignage, ses premiers biographes ont contribué à troubler son image, pour léguer à la postérité un portrait idéalisé assez éloigné de la réalité. Éginhard en est un exemple. La réédition de sa Vie de Charlemagne dans la collection "Les classiques de l'histoire de France au Moyen Âge", laquelle a le grand mérite de proposer, en sus d'un appareil de notes et d'un index, l'original du texte latin en regard de la traduction, permet de saisir à la source la fabrication du mythe. Né en 775, Éginhard, appelé adolescent à la cour d'Aix-la-Chapelle, n'a connu Charles qu'au temps de la maturité et de la vieillesse. Au vrai, il est le commensal des fils de l'empereur, et d'abord du futur Louis le Pieux qui, monté sur le trône, assurera sa fortune tardive. C'est sans doute à sa demande qu'Éginhard, vers 830, une quinzaine d'années après la mort de Charles, disparu le 28 janvier 814, entreprend d'en rédiger une biographie officielle, en s'appuyant sur les sources palatines et les chroniques du règne.
Hélas, afin de ménager son héros, et le fils de celui-ci, Éginhard aura soin de gommer du récit, au demeurant fort bref, les accidents de parcours : revers militaires, représailles sanglantes, goût prononcé de l'empereur pour les femmes, aventures amoureuses des princesses que leur père se refusait à marier mais qui n'avaient point pour autant fait voeu de chasteté... En quoi Éginhard, qui prit modèle sur Suétone au point qu'on a dit de son texte qu'il est "un treizième César", se démarque de l'historien latin, qui, lui, n'épargna aucun ragot, fût-ce le plus douteux, à la mémoire des Julio-Claudiens. Reste qu'avec ses lacunes et ses flous artistiques, la Vita Karoli Magni imperatoris demeure un texte fondateur indispensable dans toute bibliothèque d'histoire.
S'il répond à un programme politique - ce rêve impérial qui ne cessa de hanter les puissants d'Europe après la chute de l'empire romain d'Occident en 476 -, le titre d'empereur, accordé à Charles le soir de la Noël 800 par le pape Léon III, revêt, aux yeux des contemporains, une autre dimension : celle du protecteur de la chrétienté. C'est parce qu'il se fait le défenseur de l'Église, devenant ainsi un nouveau Constantin, que le roi franc peut aspirer à la pourpre des Césars.
Le protecteur de la Chrétienté
Certains ont estimé que le souverain pontife avait forcé la main à Charlemagne, qui se trouva, de fait, lié aux intérêts de Rome. Peut-être. Il s'agissait cependant d'un rôle qu'il avait, de longue date, succédant en cela à ses père et grand-père, accepté d'assumer, tant sur les territoires traditionnels de la monarchie franque qu'au-delà. Même si sa "canonisation", accordée par un anti-pape à Frédéric Barberousse, est sujette à caution, la conscience catholique de Charles et le sens de sa mission ne sauraient être mis en doute.
Lorsqu'il titrait, il y a dix ans, un essai consacré à l'empereur, Charlemagne fondateur de l'Europe, Ivan Gobry ne se méprenait pas sur le sens qu'il donnait à ces mots. Charlemagne ne fut pas un précurseur du monstrueux machin bruxellois, mais d'une idée absolument contraire à celles des technocrates européistes : la mise en place de la Chrétienté en Europe. Jusqu'à un certain point, car de tels choix sont rarement tout à fait désintéressés et dénués d'arrière-pensées politiques, Charles travailla pour le règne de Dieu sur ses terres et ailleurs. Ses interventions en Italie contre les Lombards empiétant sur les droits du pape, en Espagne contre des musulmans menaçant les cités demeurées catholiques des Asturies, à l'Est contre des peuples, Saxons ou Avars, encore païens, tendent toutes à l'établissement en ce monde de la Cité de Dieu augustinienne, son livre de chevet. Cela est vrai également en ce qui concerne son oeuvre législative, ses interventions dans les affaires ecclésiastiques afin d'améliorer le clergé et mieux évangéliser le peuple, et même ses relations diplomatiques avec Byzance, son soutien à l'impératrice Irène allant à la pieuse orthodoxe capable de mettre un terme à la crise iconoclaste, dût-elle, pour cela, faire crever les yeux de son seul fils... Autres temps, autres moeurs... Le professeur Gobry propose à ses lecteurs un Charlemagne chrétien dont toute l'action fut régentée par cet objectif de la christianisation de la société. Il a certainement raison. Et, comme son livre, clair, concis, bien écrit, se lit avec plaisir, on lui emboîtera volontiers le pas.
Démythification
Ce que ne saurait faire Georges Minois, plus récent biographe de l'empereur. Quoique spécialiste d'histoire du catholicisme, Georges Minois n'aime ni l'Église ni ses dogmes et prend soin de différencier « le Jésus historique », un homme dont nous ne savons rien, du « Christ de la foi », inventé par les chrétiens. Sa biographie de Charlemagne s'inscrit dans la même optique : celle de la démythification. D'un personnage légendaire, il faut redescendre à l'homme véritable, démarche en soi louable, s'il ne s'acharnait à en diminuer talents, mérites, vertus jusqu'à ne laisser subsister qu'un assez vilain portrait. Bien entendu, une fois les scories enlevées, les sources criblées, connaissances et certitudes ont fondu comme neige au soleil.
Il faut admettre que nous ne savons pas grand-chose sur Charles et que le peu que nous en savons ne le rend pas sympathique. Or, à l'évidence, c'est bien sur le souverain catholique que l'historien s'acharne. Là où Gobry voit un chrétien fervent, Minois trouve un fourbe, un hypocrite, une brute opportuniste qui cache sous la façade religieuse ses exactions, ses vices, ses cruautés. Charles, soupçonné d'avoir aidé au décès prématuré de son jeune frère Carloman, dépouille la veuve et les orphelins. L'épisode espagnol n'est pas un prototype de la croisade mais une tentative d'annexion outre-monts qui n'interdit pas les meilleures relations avec le calife de Bagdad Haroun al Rachid. L'intervention italienne vise à détruire la puissance lombarde plus qu'à défendre la papauté, etc. Tout n'est évidemment pas faux dans ces affirmations. Encore convient-il de les remettre dans le contexte, de ne pas oublier que l'évangélisation forcée des Saxons, et le massacre des récalcitrants, survenus après quinze ans de guerre féroce, furent aussitôt dénoncés par le conseiller de Charles, Alcuin, qui lui reprocha ces méthodes, et se fit entendre. Non, Charlemagne ne fut pas exemplaire mais il semble ici que le procès est d'abord intenté contre l'empereur catholique, et essentiellement pour cette raison, ce qui rend le livre, somme toute, assez désagréable.
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 21 octobre au 3 novembre 2010
 Éginhard : Vie de Charlemagne ; Les Belles Lettres, 128 p., 23€.
 Ivan Gobry : Charlemagne fondateur de l'Europe ; éditions du Rocher ; 320 p., 19 €.
 Georges Minois : Charlemagne ; Perrin, 720 p., 26 €.

La preuve que 911 (11 septembre 2001) est un complot

mercredi 4 mai 2016

Rivarol : un aristocrate de l'esprit

« Ce qui n'est pas clair n'est pas français ». On reconnaît le célèbre Discours sur l'universalité de la langue française de Rivarol. Il se trouve repris, avec ses œuvres dont pour la première fois on peut dire que ce sont ses œuvres complètes dans un recueil que nous offre la collection Bouquins, intitulé L'art de l'insolence et qui, en plus de 1 000 pages, pour 34 euros, nous offre, en plus de Rivarol, Chamfort et Vauvenargues.
Ces trois auteurs ont illustré le XVIIIe siècle, mais il faut le dire, ils n'ont guère en commun que la langue (un français simple et raffiné), le goût de l'épigramme et aussi une destinée interrompue. Vauvenargues, ami de Voltaire qui fit son panégyrique, est un stoïcien qui cherche Dieu et meurt à 31 ans. Chamfort un académicien matérialiste, qui manque trois fois son suicide, avant de mourir quelques mois plus tard, à 54 ans, en 1794, d'une « humeur dartreuse ». Rivarol un bel esprit, qui meurt à 41 ans, sans avoir fourni le grand ouvrage sur le pouvoir politique qu'il méditait. Ces trois destins sont interrompus, ils n'ont pu donner leur pleine mesure...
S'il faut lire Rivarol. encore aujourd'hui, ce n'est pas pour son Discours sur l'universalité de la langue française, même s'il chatouille notre chauvinisme, c'est plutôt me semble-t-il pour sa contribution de journaliste à la connaissance de la Révolution française. Dans ce rôle, que ce soit au Journal Politique et National de l'abbé de Castrie ou bien dans ce brulôt. intitulé Les Actes des apôtres, il manifesta une lucidité et une ironie cinglante, dont nous pouvons encore percevoir la pertinence. Il nous prévient : « Nous croyons rendre à la patrie un service important en dénonçant le persiflage comme une aristocratie et de l'espèce la plus dangereuse : car on peut définir le persiflage, l'aristocratie de l'esprit ». Antoine de Rivarol, qui était fils d'un simple aubergiste d'origine italienne, un certain Rivaroli, se dénonçait ici lui-même avec ironie : il fut un formidable persifleur - un véritable aristocrate de l'esprit, un bretteur, jamais meilleur que dans la tourmente révolutionnaire.
Habile, vertueux ou... magicien ?
Plus l'occasion est minuscule, plus il excelle, en particulier dans Les Actes des apôtres, cette série de pamphlets, écrits pour saluer, en le tournant en dérision, le nouvel Évangile révolutionnaire. Voyez la manière dont il règle son compte à M. Suard, ancien fonctionnaire de la police de Louis XVI, membre de l'Académie, passionné de Révolution, mais aujourd'hui inconnu au bataillon des révolutionnaires : « M. Suard, l'homme de son temps qui fait le mieux ce qui est à faire, a passé de la police à la liberté, et il n'y a pas trouvé grande différence. Toute la révolution selon lui se réduit à ceci : qu 'on pouvait jadis penser sans parler et qu'on peut aujourd'hui parler sans penser ». Cette parlure sans pensée, c'est ce que l'on appelle l'idéologie. La parole n'est effectivement plus l'expression de jugements ou de raisonnements personnels, mais le gage d'une adhésion à la non-pensée collective. Rivarol, il faut le dire, est passionné par cette puissance de la parole qui peut aller jusqu'à se substituer à la pensée. Contre la Révolution il n'avait que son esprit. Face à la Révolution, il n'a su concevoir qu'un dictionnaire, dont il a d'ailleurs surtout écrit un abondant Discours préliminaire. « Celui qui créa l'alphabet (il parle de Dieu bien sûr) remit en nos mains le fil de nos pensées et la clé de la nature ». Le crime de la Révolution est d'abord un crime contre ce don de Dieu, un crime contre le langage, un abus de mots.
Dans le Journal Politique et national, il se fait analyste, je ne sais si les historiens d'aujourd'hui l'ont lu d'assez près. Voici son diagnostic sur la Révolution, il s'adresse à l'Assemblée nationale : « Je dis que vous ne pouviez éviter le bien que vous avez fait parce qu'il était une conséquence nécessaire de la subversion générale de l'Ancien régime. Les abus sont tombés d'eux-mêmes parce qu 'ils n 'avaient plus de support, le mal a cessé parce qu 'il ne pouvait durer : il n'est point de gloire pour vous. Louis XVI, après les pénibles tâtonnements de l'inexpérience, après avoir essayé quarante ministres en quinze ans, a demandé répit à son peuple ». La suite me fait irrésistiblement penser à notre temps et aux déficits abyssaux dans lesquels nous plongeons « La première place de l'Etat, celle de ministre des Finances, n'était plus tenable. On n 'y vivait depuis longtemps que de tours d'adresse et d'industrie ; le plus sage y était le plus embarrassé. Enfin on s'est vu réduit à chercher non un homme habile mais un homme vertueux, ce qui est en France le comble de la détresse. Mais des vertus ne suffisaient pas ; il fallait des miracles et M. Necker cède à la vanité d'en promettre »... Décidément, rien de nouveau sous le soleil morne de la politique française : à quand la Révolution ?
Guillaume de Tanoüarn monde&vie 27 avril 2016

Histoire du Moyen Âge (Georges Minois)

histoire-du-moyen-age-193x300.jpgGeorges Minois, historien français, est l’auteur de nombreux livres, notamment consacrés à la période médiévale.
Voici le récit d’une époque qui s’étale sur mille cent ans. On a coutume d’y distinguer trois étapes. Du Vème au Xème siècle, alors qu’en Occident les royaumes barbares se débattent pour se faire une place dans l’espace de l’ancien Empire romain, l’Orient prend un nouvel essor, avec Byzance, puis avec les califats de Damas et de Bagdad. De 1000 à 1300, c’est la grande époque de la chrétienté sous la direction de la papauté triomphante, et du grand combat contre l’islam. De 1300 à 1500, ce sont les grands assauts de la peste, de la guerre et de la famine et la transition vers un nouveau monde.
Georges Minois a voulu rédiger une nouvelle histoire du Moyen Âge pour y incorporer les acquis récents, mais surtout pour réagir contre les vulgarisations déformantes et le sabotage programmé de l’enseignement de l’histoire. Il s’agit de rappeler ce que fut ce millénaire médiéval, ses grandeurs et ses misères, politiquement, économiquement, socialement, culturellement, en suivant ce qui est la colonne vertébrale de l’histoire : la chronologie.
Le lecteur est transporté dans une société médiévale qui sut combiner un idéal de foi et de raison.
L’héritage du Moyen Âge est colossal, dans tous les domaines. Ce livre vient à point pour nous en faire prendre conscience.
Histoire du Moyen Âge, Georges Minois, éditions Perrin, 518 pages, 24,90 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur

Opération Daguet 1991 (Reportage ECPA 1991) ex VHS