mercredi 4 septembre 2024

Petit rappel historique : Une fuite retentissante, le plan de guerre secret de Franklin Roosevelt

 

par Thomas Fleming

article initialement publié le 4 février 2021

« L’actuelle fuite du Pentagone sur l’offensive en Ukraine en rappelle une autre, le 4 décembre 1941, trois jours avant Pearl Harbour : 

Une fuite retentissante, le plan de guerre secret de Franklin Roosevelt

À l’époque, cette « fuite » organisée par Roosevelt lui-même, avait pour but de préparer l’opinion américaine et le Congrès à l’entrée en guerre des USA.

Est-ce qu’il en ira de même aujourd’hui ? »

***

Le titre était placardé en lettres géantes en travers de la première page du Chicago Tribune du 4 décembre 1941 [trois jours avant Pearl Harbor] : « F.D.R.’S WAR PLANS ! » (le plan de guerre de Roosevelt). Le Times Herald et le Washington Tribune déployaient des bannières tout aussi enfiévrées. Dans ces deux journaux, Chesly Manly, le correspondant du Washington Tribune révélait ce que le président Franklin D. Roosevelt avait toujours nié : qu’il se préparait à conduire les États-Unis à une guerre contre l’Allemagne. La source d’information du journaliste n’était rien moins qu’une copie textuelle du Rainbow Five, le plan top secret établi à la demande de FDR par l’état-major conjoint de l’armée et de la marine. Le récit de Manly comportait même une copie de la lettre du président ordonnant qu’on prépare le plan. Le reporter informait les lecteurs du Tribune et du Time Herald que le Rainbow Five prévoyait la création d’une armée de dix millions d’hommes comprenant un corps expéditionnaire de cinq millions « d’hommes qui envahiraient l’Europe pour vaincre Hitler ». De toute évidence, l’histoire était extrêmement embarrassante pour un président qui avait fait toute la campagne pour son troisième mandat en 1940 en jurant qu’il n’enverrait jamais les boys combattre dans une guerre étrangère.

Cela ridiculisait aussi le sénateur Alben Barkley, le chef de la majorité. Le 18 août 1941, suite à la rencontre entre Roosevelt et Churchill de Placent Bay à Terre-Neuve, Manly avait rédigé un article sur la base d’une autre fuite, sans documentation cette fois, au sujet d’un corps expéditionnaire américain. Le lendemain, Barkley s’était élevé au Sénat pour dénoncer « les supercheries délibérées » de Manly.

Au Congrès, les antiguerre ont donné de la voix. Les responsables démocrates aux abois ont dû retarder de deux heures la discussion d’un crédit d’armement de $8244. Le congressman Républicain, George Holden Tinkham du Massachusetts déclarait que la nation avait été « trahie » et sa motion pour insérer le sujet dans le compte rendu des débats du Congrès recevait un consentement unanime. « La question la plus brûlante du jour aux yeux de la nation, c’est l’histoire du Tribune » déclarait pour sa part le congressman républicain William P. Lambertson du Kansas. « Si ce n’est pas vrai, pourquoi le Président ne dit-il rien ? ». Au Sénat, Burton K. Wheeler, un démocrate du Montana, principal porte-parole des antiguerre qui avait prédit que Roosevelt irait « labourer sous un quart des jeunes Américains » [allusion aujourd’hui énigmatique au plan agricole du New Deal qui prévoyait que les agriculteurs sacrifient un quart de leur récolte pour faire remonter les cours, une absurdité patente à laquelle le sénateur veut comparer la mise en danger de la jeunesse américaine], déclarait que l’affaire venait confirmer tout ce qu’il avait dit.

Même si Hitler avait écrasé la France et le reste de l’Europe à l’exception de la Grande-Bretagne et qu’il était en train d’avancer en Russie, la plupart des Américains ne manifestaient pas grand désir de l’arrêter. La menace du Japon semblait encore plus éloignée même si les Japonais étaient visiblement sur le point de dominer l’Asie. Depuis 1937, leur guerre contre la Chine leur avait donné le contrôle de pratiquement tout le littoral chinois. À l’été 1941, ils s’étaient emparé de l’Indochine française. Une majorité d’Américains étaient en faveur d’une aide à la Chine et à l’Angleterre, mais les sondages montraient que 80% d’entre eux s’opposaient à une déclaration de guerre contre l’Allemagne ou le Japon. Ils étaient nombreux à voir d’un mauvais œil la politique d’escalade contre l’Allemagne de Roosevelt dont la décision de faire escorter les convois maritimes jusqu’en Islande avait déjà provoqué trois affrontements entre des U-boats et des destroyers américains.

Au Congrès, on retrouvait la même ambivalence que dans le public américain. Le 13 août 1941, la Chambre des Représentants avait voté de justesse, par une seule voix d’avance, la prorogation de la loi sur la conscription de 1940. Ce n’est que par un effort désespéré de dernière minute de la Maison-Blanche qu’une défaite politique catastrophique a été évitée. Le 11 septembre, Roosevelt signalait que l’USS Greer avait été attaqué par un sous-marin allemand et qu’en conséquence il avait ordonné aux navires américains de « tirer à vue » dans les eaux soi-disant neutres à l’ouest de l’Islande. Le président avait négligé de préciser que le Greer avait pourchassé le sous-marin trois heures durant en liaison avec un avion de patrouille britannique. Récemment encore, le 27 octobre 1941, Roosevelt en était réduit à montrer une carte trafiquée par le renseignement britannique, censée être le plan d’invasion allemand de l’Amérique du Sud. Sans ce stratagème, il n’aurait jamais réussi à persuader le Congrès d’assouplir la loi sur la neutralité (des USA) pour permettre aux navires américains de livrer des armes aux ports britanniques

Si l’atmosphère au Congrès était à la consternation, au War Department on était quasiment au bord de l’explosion. Celui qui en garde le souvenir le plus cuisant, c’est le général Albert C. Wedemeyer. « Même si je devais vivre centenaire », me disait-il lorsque je me suis entretenu avec lui au printemps 1986, « je me souviendrais encore du 5 décembre 1941 comme si c’était hier ». Bien qu’il n’était encore qu’un major au War Plans Division [Planification Stratégique], Wedemeyer avait déjà été remarqué par ses supérieurs et on lui prédisait un grand avenir. En 1936, on l’avait envoyé en Allemagne où il a passé deux ans à l’École de Guerre de Berlin. Quand Roosevelt a ordonné la préparation de Rainbow Five, le major qui n’avait alors que 44 ans, s’était vu confier la tâche de le rédiger.

Le général Wedemeyer, toujours aussi droit et vif d’esprit, se rappelle de l’ambiance qu’il a trouvée ce jour-là en pénétrant dans le Munitions Building [en réalité, le bâtiment n’a jamais contenu de munitions] à 7 heures 30 du matin.

« Les officiers se tenaient en petits groupes et parlaient à voix basse. Le silence est tombé et ils se sont dispersés aussitôt qu’ils m’ont vu. Ma secrétaire, les yeux rougis d’avoir pleuré, me passa un exemplaire du Times Herald avec l’histoire de Manly en première page. Je n’aurais pas été plus atterré et plus pétrifié si une bombe avait été larguée sur Washington ».

Dans les jours suivants, Wedemeyer aurait presque espéré qu’une bombe tombe réellement et qu’elle lui arrive dessus. C’était lui le principal suspect dans la fuite du plan Rainbow Five – ou Programme de la Victoire comme on l’appelait aussi entre initiés du War Department. Il entretenait des liens étroits avec America First, le plus important mouvement contre la guerre du pays. Aussi bien lui que son beau-père, le lieutenant général Stanley D. Embick, étaient connus pour être des opposants à la politique étrangère de Roosevelt qu’ils considéraient comme dangereuse et pouvant conduire à une guerre prématurée.

Embick et Wedemeyer voyaient le monde par la realpolitik et avec des yeux de militaire. Ils pensaient que les États-Unis devaient s’abstenir d’entrer en guerre tant que leur territoire n’étaient pas sérieusement menacés. Ils ont manqué s’étouffer en entendant Roosevelt raconter que l’Allemagne prévoyait d’envahir l’Amérique du Sud, faisant aigrement remarquer au passage que si Hitler débarquait une armée au Brésil, réputé être sa première cible, les Allemands seraient plus éloignés des États-Unis qu’ils ne le sont en Europe. Les deux hommes savaient en outre que l’Amérique n’était pas prête à affronter les machines de guerre de l’Allemagne et du Japon.

Pour autant, Wedemeyer et Embick étaient des hommes d’honneur, fidèles à leur serment d’allégeance en tant d’officier l’armée des États-Unis. Même s’ils étaient en désaccord avec la politique du président, il n’y avait pas d’hésitation pour obéir aux ordres. « De ma vie, je n’ai jamais travaillé plus dur que pour le Victory Program », disait Wedemeyer. « J’en voyais toute l’importance que nous allions en guerre ou non. Nous étions en train de dépenser des milliards pour des armes sans avoir la moindre idée de celles dont nous pourrions avoir besoin, ni où ni quand. Il me fallait consulter tous les experts de l’armée et de la marine pour définir les bateaux, les avions, l’artillerie, les chars dont nous aurions besoin pour vaincre des ennemis déjà bien armés ».

L’une des conclusions qu’il tirait de ses recherches était particulièrement inquiétante. Il y avait un délai minimum de dix-huit mois en partant de l’état de préparation militaire actuel pour que les États-Unis soient pleinement opérationnels pour entrer en guerre avec succès. De voir ce secret étalé en première page de deux grands journaux, sous les yeux des Allemands et des Japonais, avait de quoi donner le vertige. Mais c’est l’aspect politique de la révélation qui lui paraissait le plus explosif et redoutable.

Son ministre de tutelle, le secrétaire à la Guerre Henry Stimson, déclarait que celui qui avait divulgué le Rainbow Five « manquait de loyauté et de patriotisme », tout comme ceux qui l’avait publié. Wedemeyer a été convoqué au bureau de John McCloy, l’adjoint du secrétaire à la Guerre. On ne l’a pas invité à s’asseoir, il est donc resté au garde-à-vous. « Wedemeyer », lança McCoy, « il y a du sang sur les doigts de celui qui a divulgué cette information ».

Frank C. Waldrop, à l’époque le rédacteur du service étranger du Times Herald, rapporte d’autres détails de cette matinée tendue au Munitions Building. Il s’était rendu au bureau du War Department pour une autre affaire et a rencontré dans les couloirs un ami de l’équipe de planification stratégique, le major Laurence Kuter. « Frank » lui dit-il d’une voix blanche, « il y a ici des gens dont il aurait fallu passer sur le corps pour parvenir à ce document ».

Un autre personnage, et non des moindres, le directeur du FBI, J. Edgar Hoover, était appelé au bureau de Frank Knox, le secrétaire de la Marine. Hoover a fait venir l’amiral Harold R. Stark, le chef des opérations navales, et le contre-amiral Richmond Kelly Turner qui était chargé d’élaborer la partie navale du Victory Program et il a commencé à les interroger. Hoover demandait s’il y avait des insatisfactions au sujet du plan parmi les officiers. Turner, avec tout le doigté politique qu’on lui connaissait, répliquait sur un ton caustique que tous les officiers de la Navy considéraient le Rainbow Five « impropre à la consommation » et « mal inspiré ».

Plus tard au cours de cette matinée tumultueuse, deux agents du FBI se sont présentés au bureau de Wedemeyer et ont examiné le contenu de son coffre. Ils ont écarquillé les yeux en découvrant un exemplaire du Victory Porgram avec tous les passages qui étaient parus dans la presse, soulignés. Wedemeyer, suintant à grosses gouttes, expliqua qu’il venait de souligner le document pour se faire une idée précise de ce qui avait été révélé. C’était le début d’une enquête qui pour Wedemeyer et quelques autres officiers de l’armée et de la marine se prolongera durant des mois.

Plusieurs officiers de l’armée ont déclaré qu’ils suspectaient fortement Wedemeyer d’être l’auteur de la fuite. Une lettre anonyme adressée au secrétaire de la Guerre et manifestement écrite par un initié, l’accusait lui et le général Embick. Les perspectives s’assombrirent encore pour Wedemeyer lorsque le FBI découvrit qu’il avait dernièrement déposé plusieurs milliers de dollars à la Riggs National Bank de Washington. Il a dû leur expliquer qu’il s’agissait d’un héritage et a poursuivi en reconnaissant ouvertement qu’il connaissait le général Robert E. Wood, Charles A. Lindbergh et d’autres responsables d’America First et qu’il partageait certaines de leurs opinions. Il assistait souvent aux meetings d’America First, mais jamais en uniforme.

Les agents se sont alors précipité au siège de l’état civil, au Nebraska, pour enquêter sur ses origines allemandes. Ils ont été assez estomaqué d’apprendre que son grand-père allemand de naissance, avait combattu aux côtés des confédérés. Sa mère d’origine irlandaise a été interrogée et l’a rappelé en appel longue distance pour lui demander ce qu’il avait bien pu faire. Elle pensait qu’il risquait d’être fusillé un de ces quatre matins. Le général Wedemeyer sourit quand il raconte l’histoire maintenant, mais en 1941, il ne voyait pas ce qu’il y avait de drôle à son calvaire.

Wedemeyer n’était pas le seul officier aux abois. Le FBI signalait qu’un major de l’armée de l’air qui connaissait Charles A. Lindbergh, transpirait abondamment, bafouillait sa grammaire, et montrait tous les signes d’une extrême nervosité. « Il est manifeste qu’il a trempé au War department dans des grenouillages politiques [ah bon ?] ou des magouilles [non !] et qu’il n’a pas la conscience tranquille » concluait l’agent dans son rapport.

Pendant ce temps-là à la Maison-Blanche on réagissait très diversement à la fuite. Même si FDR « approuvait » la déclaration de son secrétaire à la Guerre, Stimson, le président refusait d’assister à la conférence de presse du 5 décembre. Il permettait toutefois aux journalistes de poser leurs questions à son porte-parole, Stephen Early, lequel prétendit ne pas être en mesure de confirmer ou d’infirmer l’authenticité de l’histoire du Tribune.

Early s’est contenté de dire qu’il était d’usage pour l’armée et la marine de concocter des plans de guerre pour parer à toute éventualité. Sentant qu’il était absurde de présenter ainsi Rainbow Five, qui faisait quand même suite à une lettre du président, Early s’est encore enfoncé en faisant remarquer qu’il était aussi d’usage de demander la permission du président avant d’en publier une lettre : pour une correspondance privée, certes, mais il s’agissait en l’occurrence, comme il était obligé de le reconnaître, d’un courrier officiel, c’était donc un document public.

Early a ensuite timidement tenté de faire valoir que la lettre du président ne faisait pas mention d’un corps expéditionnaire – alors que dans le rapport lui-même il était question d’une flotte d’un millier de navires d’une capacité de sept millions de tonnes pour faire affluer cinq millions d’hommes en Europe.

Sur un point Early semblait à son aise. Il déclarait que les journaux « opéraient comme une presse libre » et avaient parfaitement le droit de publier un contenu « s’ils pensaient que l’histoire était authentique », qu’il était de la responsabilité du gouvernement et non de la presse de tenir un rapport secret, mais ajoutait-il dans un même souffle, les journaux sont libres de publier ou non l’histoire, selon qu’ils pensent que cette décision relève du « patriotisme » ou de la « trahison ». Visiblement, Early se livrait à un exercice que ses successeurs à Washington nomment aujourd’hui le « contrôle des dommages ».

Après son numéro d’histrion avec le major Wedemeyer, John McCloy a tranquillement informé Clarence Cannon, le chef du House Appropriations Committee (Comité des crédits de la Chambre) et John Taber, le chef de file des représentants républicains, de ce qu’il n’existait pas de plan pour un corps expéditionnaire américain. Cannon et Taber ont transmis ces assurances à leurs collègues. Cannon déclarait que toute cette histoire, dont il sous-entendait qu’elle était fictive, était destinée à faire capoter le vote du budget. Le lendemain, la Chambre votait les plus de huit milliards destinés à porter les effectifs de l’armée à deux millions d’hommes.

Dans son journal, le secrétaire à l’intérieur, Harold Ickes, notait sa réaction scandalisée à la lecture de l’article de Manly. Lors de la réunion du cabinet du 6 décembre, Ickes pressait le Président de punir le Tribune et le Times Herald. Le procureur général, Francis Biddle, pensait qu’ils pourraient être poursuivis pour avoir violé la loi sur l’espionnage. Mais à la grande stupéfaction d’Ickes, Roosevelt, même s’il se montrait mécontent, ne semblait guère enthousiaste à l’idée de poursuivre le Tribune.

Ce n’est pas l’amour du premier amendement qui motivait Roosevelt. Par la suite, en juin 1942 lorsque le Tribune publiait certains détails censurés de la bataille de Midway, le président a demandé à Biddle de poursuivre, et l’avocat général s’est exécuté même s’il trouvait, comme il l’a déclaré par la suite, que l’affaire était si minuscule qu’il se trouvait un peu bête de le faire. Un grand jury était convoqué à Chicago pour s’occuper du dossier, mais sur ce, le FBI, qui avait alors amassé plus de mille pages de documentation au sujet de la fuite du Victory Program, a sauté sur l’occasion pour demander que le jury se penche aussi sur cette affaire. Et au beau milieu des auditions, le gouvernement abandonnait toutes les poursuites.

Dans d’autres antennes du gouvernement, la réaction à la grande fuite a été complètement différente. Loin de montrer le moindre embarras, l’Office of War Information (l’agence de presse de la défense) décida au contraire de diffuser l’histoire à l’étranger en ondes courtes comme preuve de la détermination américaine à vaincre les puissances de l’Axe. Les Anglais qui se battaient bec et ongles contre les avions et les sous-marins allemands, ont porté l’information en une de leurs journaux comme une lueur d’espoir.

Le 7 décembre 1941, la question des répercussions politiques du Rainbow Five tombait d’elle-même. Les avions japonais surgissaient dans le ciel de l’aube pour couler la flotte américaine de Pearl Harbor. Le Victory Program avait prévu de consacrer la quasi-totalité des capacités militaires américaines à vaincre Hitler. Le Japon, dans ce scénario devait simplement être contenu par des stratégies défensives en veillant à rester sous le seuil de la guerre. Cette posture reflétait la crainte face à la perspective d’une victoire de l’Allemagne sur la Russie et la Grande-Bretagne en l’absence d’une intervention rapide des États-Unis.

Les responsables militaires américains se sont montrés particulièrement inquiets lorsque Roosevelt a décrété en juin 1941 un embargo sur les livraisons de pétrole vers le Japon lorsque celui-ci s’est emparé de l’Indochine, un embargo imité par les Anglais et les Néerlandais. Les militaires craignaient que les Alliés étaient en train de pousser le Japon au bord de la guerre. Lorsque les Japonais ont envoyé des négociateurs à Washington pour essayer de résoudre pacifiquement le litige, le général George Marshall, le chef d’état-major de l’armée avait exhorté le département d’État à faire des concessions pour maintenir la paix dans le Pacifique. Dans son livre « Going to War with Japan 1937–1941 », Jonathan G. Utley décrit la façon dont Roosevelt et son secrétaire d’État Cordell Hull ont tenté de négocier un accord global avec le Japon qui prévoyait un retrait de la Chine – un objectif diplomatique bien trop ambitieux dans le contexte des réalités politiques et militaires de 1941.

Après Pearl Harbor, plus personne aux États-Unis ne s’intéressait à l’histoire du Tribune, sauf le FBI. Mais les informations secrètes révélées par Chesly Manly ont connu une seconde vie dans l’Allemagne nazie. Le 5 décembre, l’ambassade allemande avait câblé l’intégralité de la transcription de l’affaire à Berlin. Pour les Allemands il s’agissait de passer en revue et d’analyser ce qu’ils appelaient le « plan de guerre de Roosevelt ».

Laissant ses conseillers militaires le digérer, Hitler était aux prises avec une terrible décision politique : fallait-il déclarer la guerre aux États-Unis ? L’attaque japonaise sur Pearl Harbor l’avait au moins autant surpris que Franklin D. Roosevelt. Le Pacte Tripartite signé par les puissances de l’Axe en 1940 n’avait jamais été complété par un accord visant à coordonner leurs actions militaires. Le ministre des affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, avait fait la promesse à Hiroshi Oshima, l’ambassadeur japonais au Troisième Reich, que l’Allemagne soutiendrait le Japon s’il se trouvait embarqué dans une guerre avec les États-Unis. Mais ni lui ni Hitler n’avaient envisagé le genre d’attaque surprise lancée par le Japon à Pearl Harbor. Oshima pressait Ribbentrop d’honorer sa promesse, mais la réaction d’Hitler à Pearl Harbor laissait clairement entendre qu’il ne se sentait pas particulièrement tenu de déclarer la guerre du seul fait des assurances personnelles de Ribbentrop.

Au contraire, la stratégie d’Hitler consistait fondamentalement à maintenir les États-Unis en dehors du conflit en tirant le meilleurs parti possible du levier isolationniste au Congrès et ailleurs. Même après que Roosevelt ait émis son ordre de « tir à vue » aux navires de guerre américains contre les sous-marins allemands, Hitler avait ordonné au grand amiral Erich Raeder, le commandant en chef de la marine, d’éviter tout incident qui pourrait permettre à Roosevelt de faire entrer les USA dans la guerre. Après la guerre, le colonel général Alfred Jodl, le planificateur en chef d’Hitler, disait qu’Hitler voulait que le Japon attaque la Grande-Bretagne en Extrême-Orient et l’URSS, mais pas les États-Unis : Hitler voulait « un nouvel allié puissant sans un nouvel ennemi puissant ».

Le 8 décembre 1941, le président Roosevelt semblait confirmer la sagesse de la politique d’Hitler par son discours devant le Congrès appelant à une guerre contre le Japon. Condamnant l’attaque sur Pearl Harbor comme « un jour d’infamie », FDR n’a pas fait mention de l’Allemagne. La plupart des historiens s’accordent à dire que même dans le sillage de Pearl Harbor, Roosevelt n’aurait pas pu persuader le Congrès de déclarer la guerre à l’Allemagne, la colère de la nation était focalisée sur le Japon.

Le 6 décembre, à la veille de l’attaque japonaise, l’amiral Raeder a fait preuve d’une grande prescience qui a dû peser sur la décision globale du chancelier du Reich. Il soumettait à Hitler un rapport préparé par son état-major qui mettait en avant le point saillant des révélations du Rainbow Five et qui demandait une attention urgente : le fait que les États-Unis ne seraient pas prêts à lancer une offensive contre l’Allemagne avant juillet 1943. Raeder estimait que cela nécessitait une réévaluation immédiate de la stratégie actuelle de l’Allemagne. Il préconisait une offensive sur terre et sur mer contre l’Angleterre et son empire pour la mettre hors-jeu avant cette date cruciale. Il envisageait sérieusement la possibilité d’autres incidents entre les navires de guerre américains et les sous-marins allemands dans l’Atlantique Nord et reconnaissait que cela pourrait entraîner une guerre avec les États-Unis. Mais il a fait valoir que Rainbow Five avait clairement indiqué que l’Amérique était déjà un allié « non belligérant » de la Grande-Bretagne et de l’Union soviétique et qu’une déclaration de guerre n’était plus quelque chose que l’Allemagne devait chercher à éviter en restreignant ses U-Boats. De plus, concluait Raeder, Roosevelt a fait une sérieuse erreur de calcul « en escomptant que la faiblesse du Japon et sa crainte des États-Unis » suffiraient à le tenir à distance. Roosevelt se trouvait maintenant placé devant l’éventualité d’une guerre avec le Japon deux ou trois ans avant d’avoir pu réaliser une marine sur deux océans.

Le 9 décembre, Hitler, rentrant à Berlin du front russe, se plongeait dans une conférence de deux jours avec Raeder, le Field Marshal Wilhelm Keitel, le chef d’état-major du commandement suprême de la  Wehrmacht (Oberkommando der Wehrmacht ou OKW), et du Reich Marshal Hermann Göring, commandant les forces aériennes. Les trois conseillers mettaient l’accent sur la détermination du Victory Program à vaincre l’Allemagne, ils soulignaient que le plan envisageait la possibilité d’un effondrement russe et même d’une reddition anglaise qui forceraient les États-Unis à poursuivre la guerre contre l’Allemagne seuls.

Pendant ce temps-là, le 9 décembre, Roosevelt s’adressait une nouvelle fois à la nation, il accusait Hitler d’avoir poussé le Japon à attaquer les États-Unis : « Nous savons que l’Allemagne et le Japon mènent leurs opérations navales et terrestres avec un plan conjoint. […] L’Allemagne et l’Italie se considèrent en guerre contre les États-Unis sans même se préoccuper de faire une déclaration officielle ».

C’était le moment où jamais, et Roosevelt le savait, il essayait de pousser Hitler à la déclaration de guerre. Le 10 décembre, lorsqu’Hitler reprenait sa conférence avec Raeder, Keitel et Göring, il s’était fait son idée. Il déclarait que le discours de Roosevelt confirmait en tout point l’histoire du Tribune et qu’il revenait de facto à une déclaration de guerre. Il adoptait la thèse de Raeder selon laquelle la guerre avec le Japon rendait impossible la poursuite par l’Amérique de sa stratégie de battre d’abord Hitler telle qu’elle avait été définie dans Rainbow Five.

Le 11 décembre, Hitler se présentait devant le Reichstag et annonçait que l’Allemagne et l’Italie avaient été provoqués à une déclaration de guerre contre les États-Unis « par une situation créée par le président Roosevelt ». Sa décision définitive, disait Hitler, lui avait été imposée par les journaux américains qui une semaine auparavant avaient révélé « un plan préparé par Roosevelt … selon lequel son intention était d’attaquer l’Allemagne en 1943 avec toutes les ressources des États-Unis, ce qui fait que les limites de notre patience sont atteintes ».

Avec une petite tape supplémentaire dans le dos de la part de la Maison-Blanche, l’histoire du Tribune avait offert en cadeau à Roosevelt ce dont il avait si désespérément besoin pour poursuivre le programme tracé dans Rainbow Five [mais ne pas oublier Pearl Harbor n’était pas une petite tape dans le dos]. Contrairement aux attentes de Raeder, ni les chefs militaires américains, ni le président  n’ont changé la pierre angulaire du Victory Program : « Parce que c’était la stratégie la plus rationnelle » disait le général Wedemeyer qui est resté responsable de la planification de l’opération Overlord, plus connue sous le nom de « D-Day ». [FG : Mais parce que la marine britannique était largement assez forte pour couvrir l’Atlantique, l’Amérique « n’a eu qu’à » constituer une flotte marchande de Liberty Ship, étonnant que Raeder ne s’en soit pas rendu compte].

Dans son livre, « Cinq ans au GQG d’Hitler », le général Walter Warlimont, l’adjoint de Jodl à l’OKW, révèle à quel point les généraux disposaient de peu d’information sur les États-Unis, ce qui rendait Rainbow Five d’autant plus important pour eux. Il évoque le coup de téléphone qu’il a reçu de Jodl à Berlin le 11 décembre 1941.

« Vous avez vu que le Führer vient de déclarer la guerre à l’Amérique ? » demandait Jodl.

« Oui et j’en tombe des nues » répondit Warlimont.

« L’état-major doit maintenant examiner où les États-Unis sont susceptibles de porter leur effort principal en premier, l’Extrême-Orient ou l’Europe, nous ne pouvons pas prendre de nouvelles décisions tant qu’on n’aura pas éclairci ce point ».

« Entendu » dit Warlimont, « Mais jusqu’ici nous n’avions même jamais songé à une guerre contre les États-Unis et nous n’avons aucune donnée sur laquelle notre examen pourrait se baser ».

« Voyez ce que vous pouvez faire » dit Jodl, « à notre retour demain nous en parlerons plus en détail ».

Le 14 décembre, l’OKW soumettait à Hitler une étude du « plan de bataille anglo-saxon tel qu’il nous est connu de par la publication à Washington du Times Herald ». Les analystes concluaient que pour contrecarrer les intentions des Alliés, l’Allemagne devait adopter une « position défensive favorable » et cesser la campagne en Russie. Hitler devrait inclure la péninsule ibérique, la Suède et la France au sein de la « forteresse Europe » et commencer à ériger un « mur de l’Atlantique » de défenses imprenables tout au long du littoral européen. Les objectifs prioritaires seraient de « nettoyer la Méditerranée  de toute présence Alliée et d’occuper toute la côte nord-africaine et le canal de Suez ».

L’amiral Raeder et le Reich Marshal Göring ont vivement appuyé ces recommandations, disant à Hitler qu’en 1942 l’Allemagne et l’Italie auraient « leur dernière chance de s’emparer du contrôle de l’ensemble de la Méditerranée et du Proche-Orient, une occasion qui ne se représenterait sans doute plus jamais ». À la satisfaction générale, Hitler se rangea à ces avis. Le 16 décembre, le commandement suprême de la Wehrmacht émettait la directive n°39 qui appelait à la cessation des opérations offensives contre la Russie et le retrait sur une ligne d’hiver.

Le temps qu’il approuve ces ordres et qu’ils soient édictés par le commandement suprême, Hitler était déjà revenu sur le front russe [en fait le GQG de Rastenburg en Prusse-Orientale], là il était surpris et furieux de voir que ses armées refluaient devant les contre-attaques de l’Armée rouge que ses officiers de renseignements n’avaient pas vues venir. Lorsque la directive n°39 lui est parvenue, il est entré dans une rage folle et a convoqué sur le champ le colonel général Franz Halder, chef d’état-major sur le front russe, et le Field Marshal Walther von Brauchitsch commandant en chef de la Wehrmacht et les a hystériquement éreinté. Il déclarait qu’un retrait général « était hors de question » et que toute ligne défensive devrait obligatoirement passer par Leningrad, Moscou et le bassin du Don [ironie]. Le 19 décembre, il renvoyait Brauchitsch et prenait le commandement de l’armée.

Si Hitler s’en était tenu à sa décision initiale et agi en vue de contrer les objectifs du Victory Program, il aurait pu libérer une centaine de divisions du front de l’est pour une offensive en Méditerranée. Contre une telle force, les Alliés y compris les Américains n’auraient pas pu rassembler plus d’un vingtaine de divisions. Le meilleur général allemand, Erwin Rommel, était déjà en Égypte, montrant ce dont il était capable, avec une petite armée, contre les Anglais et les Australiens.

Il ne fait guère de doute qu’Hitler aurait pu faire de la Méditerranée un lac allemand et ruiner le plan des Alliés qui cherchaient à s’emparer de l’Afrique du Nord et à attaquer l’Europe par le sud. La défaite catastrophique de Stalingrad n’aurait jamais eu lieu et les tentatives des Alliés pour débarquer en Europe en traversant la Manche auraient été beaucoup plus coûteuses.

En 1955, l’historien et ancien officier du renseignement, le capitaine Tracy B. Kittredge a évalué ce scénario dans un article paru dans les annales de l’institut naval américain. D’après les indices qu’il présente, on peut conclure que la fuite du Rainbow Five aurait pratiquement pu faire perdre la guerre aux Alliés. Cela peut paraître excessif, mais des documents saisis démontrent que certains des meilleurs cerveaux de l’armée et de la marine allemande ont essayé d’exploiter les informations pour changer le cours de la guerre et que seul l’entêtement rageur d’Hitler les en a empêché.

[FG : raisonnement complètement stupide, l’Allemagne était bloquée en Russie ? Vivement que l’Amérique entre en guerre pour arranger la situation ! Retirer cent divisions devant l’Armée Rouge, et Hitler n’y avait pas pensé …]

Une question reste en suspens : qui est à l’origine de la fuite du Rainbow Five ? Pas le général Wedemeyer qui est sorti de l’enquête blanchi et qui a été promu par la suite. Il pense qu’il doit son salut d’abord à son innocence, mais il reconnaît que le soutien indéfectible du général George Marshall, qui lui a toujours maintenu sa confiance, a pu lui être d’un précieux concours.

Au cours des années qui ont suivi, un bon nombre d’informations ont fait surface. Nous savons à présent que c’est le sénateur Burton K. Wheeler qui a transmis le Rainbow Five à Chesly Manly. Dans ses mémoires, Wheeler raconte qu’il a eu le plan par un capitaine de l’armée de l’air. Edward Wheeler, le fils du sénateur, se rappelle que le capitaine disait à son père « qu’il n’était qu’un messager ». Le même capitaine était déjà venu voir Wheeler cette année-là pour lui fournir des informations secrètes sur l’état de faiblesse consternant de l’armée de l’air américaine. Toujours d’après son fils, le sénateur Wheeler tenait pour certain que l’expéditeur du message n’était autre que le général Henry H. (« Hap ») Arnold, le chef de l’armée de l’air.

En 1963, Frank C. Waldrop [Times Herald] publiait un article de ses souvenirs de la grande fuite. Il raconte qu’après la guerre, au cours d’un déjeuner avec l’homme du FBI qui avait mené l’enquête, celui-ci lui avait affirmé que l’affaire avait été résolue en dix jours. Le coupable était « un général d’une grande renommée et d’une importance primordiale pour la guerre ». Ce qui l’avait poussé à révéler le plan, c’était « ses carences en matière de puissance aérienne ».

Lors d’un récent entretien, Waldrop apportait d’autres précisions intéressantes. L’agent du FBI, c’était Louis B. Nichols un directeur assistant du bureau. Waldrop lui demandait : « Mais bon sang Lou, pourquoi est-ce que vous ne nous êtes pas tombés dessus ? ». Waldrop et tout le monde au Time Herald et au Tribune espéraient que le gouvernement lance des poursuites. Ils avaient un paquet d’informations sur la manière dont la Maison-Blanche piégeait leur téléphone et plaçait des informateurs dans leurs salles de rédaction et n’attendait que l’occasion de les révéler. Nichols répondit : « lorsque nous avons abouti à Arnold, nous avons laissé tomber ».

Murray Green, le biographe officiel du général Arnold, a vigoureusement contesté la culpabilité d’Arnold. Il soutenait que toutes les preuves disponibles montraient qu’Arnold défendait le plan Rainbow Five, lequel, contrairement à ce qu’on a pu dire, ne souffrait pas d’une faiblesse en matière de force aérienne. Et quid, demandait Green, de la fidèle amitié qui liait le général Arnold et le général Marshall ? Si le FBI tenait Arnold pour le coupable, il en aurait certainement informé Marshall, or Marshall plaçait la loyauté au-dessus de toutes les autres vertus. Il paraissait inconcevable à Green que Marshall aurait pu continuer de travailler en confiance avec Arnold. Forrest Progue, le biographe du général Marshall semblait enclin à partager cet avis.

Les 1200 pages d’enquête du FBI auxquelles Progue a pu accéder dans le cadre du Freedom of Information Act sont un démenti cinglant de ce que Nichols a dit à Waldrop. Un mémorandum résumant l’enquête, adressé au procureur général avec une lettre introductive du directeur Hoover du 17 juin 1942, conclut : « En raison du nombre d’exemplaires [il existait 35 exemplaires du Rainbow Five, répartis entre l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air] et des plusieurs centaines d’officiers et employés civils qui en avaient un accès légitime aussi bien  au département de la guerre qu’à celui de la marine, il n’est pas possible de déterminer la source… »

Une explication joker du mystère est apparu en 1976. Dans le livre de William Stevenson « A Man Called Intrepid » consacré à l’espion britannique William Stephenson, [qui travaillait sur le sol Américain, voir ici], l’auteur affirme que la fuite a été conçue et orchestrée par I’Intrepid dans le but de faire rentrer l’Amérique en guerre aux côtés de la Grande-Bretagne : « le Political-Warfare Division [direction à la guerre politique] de la BSC (British Security Coordination, la cellule secrète que dirigeait Intrepid avec l’assentiment et la coopération de Roosevelt) avait concocté le Victory Program à partir des quelques informations dont on savait qu’elles étaient déjà parvenues à l’ennemi auxquelles on avait ajouté des informations trompeuses ». Le 26 novembre, James Roosevelt, le fils du président, aurait dit à Intrepid  que les négociations avec les Japonais avaient échoué et que la guerre était inévitable. Le capitaine de l’armée de l’air avait alors été chargé de remettre à Wheeler  les « faux documents » pour qu’ils fassent la une des journaux et qu’Hitler se décide à déclarer la guerre à l’Amérique.

Le seul élément vérifiable de cette version, c’est la date du 26 novembre 1941. C’est en effet à cette date que les négociations avec le Japon ont été rompues. Mais il est clair d’après les réactions de Stimson et de quelques autres au département de la guerre qu’ils ne considéraient pas que le contenu de Rainbow Five était déjà connu de l’ennemi, donc la version de l’Intrepid relève de la pure élucubration et doit être écartée.

Néanmoins, l’histoire de Stephenson a le mérite de suggérer à sa manière l’identité de l’homme qui a conçu la fuite. « Je n’ai pas de preuves formelles » me disait le général Wedemeyer, « mais j’ai toujours eu l’intuition que Roosevelt l’avait autorisée, je ne vois personne, y compris le général Arnold, pour avoir eu le culot de divulguer un tel document ».

Tout le monde ne partage pas ce soupçon. Forrest Pogue dit qu’il n’en a jamais eu le moindre écho au cours des nombreuses conversations qu’il a eues avec le général Marshall pour rédiger sa biographie. Il déclare en outre se méfier des théories qui évoquent des conspirations à un haut niveau. « J’aimerais y croire [que FDR est coupable] » dit Frank Waldrop, « parce que mon face-à-face avec Larry Kuter au Munitions Building m’a longtemps laissé un goût amer ». D’un autre côté, il reconnaît qu’il est difficile de croire que Roosevelt aurait pu délibérément « jeter de l’huile sur le feu ». C’est ainsi que lui et d’autres isolationnistes analysaient les répercussions politiques de la fuite.

Mais aucune autre explication ne complète aussi bien les trous du puzzle que la complicité de FDR. Même si la prétention d’Intrepid d’avoir concocté la fuite est ridicule, sa présence aux USA, et la raison d’être de sa présence – entraîner l’Amérique dans la guerre contre l’Allemagne – sont des faits reconnus. Qu’il soit présent avec la bénédiction et la connivence du président des États-Unis est aussi un fait admis. Est-ce qu’un président qui avait déjà exploité une fausse carte et caché au Congrès la vérité au sujet de la guerre navale dans l’Atlantique Nord, reculerait devant une nouvelle imposture – surtout sachant que la guerre avec le Japon était imminente ?

Cette explication nous permet de comprendre pourquoi le général Marshall, qui avait dû été informé de la supercherie peu après qu’elle ait été commise, n’en ait jamais voulu à Arnold. Elle éclaire l’énigmatique aveu de Nichols, le directeur assistant du FBI disant que « quand on en est arrivé à Arnold, on a laissé tomber », comme si le FBI savait que la fuite venait de quelqu’un de plus haut placé dans la chaîne de commandement. Elle permet également de comprendre pourquoi Marshall a continué de faire confiance à Wedemeyer malgré la lourde suspicion dont il était l’objet. Enfin elle permet de comprendre la réticence de Roosevelt à poursuivre le Tribune.

Ce que nous dit l’histoire d’Intrepid c’est le but de la fuite : d’aiguiller Hitler vers la déclaration de guerre si désespérément recherchée. Seul FDR et une poignée d’autres qui se tenait dans son ombre pourraient confirmer ce scénario. S’il est vrai, c’est un aperçu extraordinaire à l’intérieur du jeu complexe de Franklin D. Roosevelt sur l’échiquier de l’histoire au cours des dernières semaines de 1941. [FG : cela explique aussi la coïncidence extraordinaire entre deux événements spectaculaires, cette fuite retentissante et Pearl Harbor]

source : American Heritage

traduit par Francis Goumain

https://reseauinternational.net/petit-rappel-historique-une-fuite-retentissante-le-plan-de-guerre-secret-de-franklin-roosevelt/

L'Ukraine, l'héritage nazi et la guerre I Fabrice Garniron

« Cette affaire-là pourrait bien être envoyée par les dieux », Antigone, Sophocle, Ve siècle av. J.-C.

 

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Par Morgan Cordier

Le droit naturel est une notion assez difficile à percevoir de nos jours pour les non-juristes et non-philosophes du fait de son effacement depuis la Révolution française et l’institutionnalisation du droit positif.

L’origine de la formulation du droit naturel, selon le professeur Philippe Pichot-Bravard, se retrouve dans la pièce de théâtre Antigone de Sophocle, soit en 441 avant J.-C. L’héroïne s’oppose à la loi du tyran, qui est l’expression de la volonté (individuelle ici, mais qui pourrait être assimilée à la volonté générale selon la légitimité du régime considéré), pour respecter la loi des dieux, ou de la nature, en enterrant son frère, accusé de traîtrise avec l’étranger pour faire valoir son droit, légal, à l’exercice du pouvoir, Créon interdisant qu’on l’ensevelisse après son exécution.

Illustration poétique de l’opposition du droit naturel au droit positif issu de la volonté. Socrate, Cicéron, puis le Christianisme ont défini le droit naturel comme l’application de la « droite raison » (Cicéron). Le droit naturel exprime la nature de l’être, qui vise à sa conservation et à la justice, alors que le droit positif (Le contrat social de Rousseau, les Droits de l’homme) se définit par son origine, la volonté. Le droit naturel est universel, que l’on retrouve dans d’autres cultures comme en Asie, alors que le droit positif n’est que le fruit de la volonté, de l’opinion, qui devient donc variable, relatif et se détache de l’Être. Il se détache du vrai et du bien qui est l’accomplissement de la nature et de notre propre nature comme développé dans la philosophie stoïcienne. Il paraît donc être de mauvaise foi ou de manquer de recul de nier la filiation du wokisme qui détruit l’universalisme, le vrai, pas l’idéologie niaise nivélatrice, et l’esprit des Lumières consacré par la révolution de 1789. La lutte des droits positif/naturel est une lutte ontologique de nos sociétés depuis des siècles.

C’est la conception d’une réalité existante face au relativisme qui rétrécie la vue de l’humanité à la distance minimaliste qui ne dépasse pas ce qu’il est capable de voir, qui réduit le réel au bout de son nez. Les révolutionnaires nient pratiquer la tabula rasa, en évoquant des références historiques antiques, tout particulièrement la république romaine, et évacuent par conséquent l’époque médiévale (effaçant ainsi 1000 ans d’histoire et de progrès pour en arriver à ce que nous sommes).

Mais en tenant au droit positif, ils renient Cicéron, Aristote, Socrate et Sophocle !

(Illustration : « Atlas Farnèse », Musée archéologique national, Naples, par NC)

https://www.actionfrancaise.net/2024/09/03/cette-affaire-la-pourrait-bien-etre-envoyee-par-les-dieux-antigone-sophocle-ve-siecle-av-j-c/

mardi 3 septembre 2024

Georges Muller, un héros de 14-18, honoré par les sous-officiers d’aujourd’hui

 

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Il n’est pas une année sans que les nombreuses et nouvelles promotions de nos prestigieuses écoles militaires de France ne reçoivent un nom de baptême. Figures inspiratrices, ces modèles choisis doivent permettre à nos militaires de devenir ce dont notre pays a besoin : des héros. Désormais élevé au panthéon de nos figures nationales, que le sergent Georges Muller, par sa vie, puisse guider la 370e promotion de l’École nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent (ENSOA).

Notre héros est né le 8 octobre 1893 à Voujeaucourt, dans le Doubs. Fils de la terre de France et d’agriculteurs, il devient bûcheron avant d’effectuer son service militaire en 1913. Appelé au front, il prend part aux combats dès les premières heures de la Première Guerre mondiale. Commence alors, pour le jeune deuxième classe Muller, quatre longues années de lutte durant lesquelles il traverse plus de 46 champs de batailles dont les plus célèbres sont Verdun, Douaumont et le Chemin des Dames. Lors de ces heures sombres, il fait preuve d’une très grande bravoure, comme lorsqu’il part « courageusement chercher le corps de son officier tué et tombé à côté d’une mitrailleuse ennemie ». Cet acte héroïque et chevaleresque lui vaut d’être cité à l’ordre de la brigade le 29 juin 1916. En 1917, il est encore cité à l’ordre du régiment, du corps d’armée et de la division, où il est reconnu comme « un très bon sous-officier », « un fusilier-mitrailleur d’une très grande bravoure […] donnant à tous le plus bel exemple ».

« Au-dessus de tout éloge »

Malheureusement, le 10 juillet 1918, un valeureux sous-officier, parmi tant d'autres braves soldats, perdit sa vie pour la France. Le sergent Georges Muller, alors à son poste de combat devant Tinqueux (Marne), est prêt à repousser l’une des nombreuses et dernières contre-attaques allemandes sur la ville de Reims. Faisant son devoir, il est alors fauché par la mort. Recevant à titre posthume la croix de guerre avec étoile de vermeil, il est encore décrit comme ayant été un « sous-officier d’un courage et d’une conscience au-dessus de tout éloge [ayant] trouvé une mort glorieuse ». Comme un ultime hommage rendu à ce fils du Doubs, la France honore son sacrifice, le 11 mars 1920, en lui décernant la médaille militaire.

Plus d’un siècle après, notre pays n’oublie pas ce courageux soldat et perpétue sa mémoire. Ainsi, au matin de ce jeudi 8 février 2024, sur la place d’arme de l’ENSOA, la 370e promotion des sous-officiers de Saint-Maixent a été baptisée au nom de ce héros et a reçu, selon les mots du général de division Stéphane Canitrot, « son héritage, ce supplément d’âme qui pousse au dévouement et à l’excellence ». Pour les 300 sous-officiers présents, émus et fiers, Georges Muller « porte un message éternel : rien n’est plus beau que de donner sa vie pour les autres ».

Nous ne pouvons qu’espérer que cette nouvelle promotion en appelle de nombreuses autres à suivre son engagement pour la France et au sein de cette école de Saint-Maixent, au cœur du pays niortais. Cette prestigieuse institution se fera aussi bientôt la fierté d’accueillir, au cours de cette année, la flamme olympique avant son départ définitif pour Paris. Le musée du Sous-officier aura aussi le plaisir de rouvrir et d’accueillir à nouveau un vaste public afin de transmettre, toujours et auprès du plus grand nombre, l’esprit et l’histoire des sous-officiers de France.

Eric de Mascureau

Les royautés hellénistiques [2/3], avec Gerbert-Sylvestre Bouyssou et Pi...

lundi 2 septembre 2024

Quelles frontières pour l’Europe ? (2/3)

  

Quelles frontières pour l’Europe ? (2/3)

Où situer l’Europe, non pas seulement dans le temps, mais aussi dans l’espace ; non pas seulement dans l’histoire, mais dans la géographie ; non pas seulement dans la politique, mais aussi dans ses caractéristiques culturelles, linguistiques, paysagères, etc. ? Vaste et complexe question à laquelle s’attelle l’universitaire Olivier Eichenlaub dans un article exceptionnellement étoffé « Frontières en Europe, frontières de l’Europe ». À lire dans le premier numéro du « Cahier d’études pour une pensée européenne » (La Nouvelle Librairie), la revue du Pôle Études de l’Institut Iliade. À retrouver également dans le dernier numéro d’« Éléments » actuellement en kiosques.

ÉLÉMENTS : Pourquoi la définition communément donnée des frontières (qui recoupent celles des États) n’est-elle pas totalement satisfaisante ? Trop unidimensionnelle ? Trop réductrice ? Trop schématique ?

OLIVIER EICHENLAUB. Dans la définition la plus communément admise, une frontière apparaît comme un séparateur absolu, de part et d’autre duquel s’organisent des groupes qui n’auraient rien à voir les uns avec les autres. Cette définition est tout à fait opérationnelle pour découper des entités juridiques, telles que des régions administratives ou des États. Elle organise la répartition des cartes de Sécurité sociale, des cartes grises pour l’immatriculation des véhicules, la collecte des impôts ou encore le ramassage des poubelles. Mais si cette frontière discrimine effectivement le fonctionnement des territoires, elle n’en montre que le « niveau zéro », très appauvri par rapport à la réalité des peuples et des découpages imbriqués dans l’espace et apparus à travers le temps, en particulier sur un contient aussi riche et complexe que l’Europe.

La France, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse, par exemple, sont des entités étatiques distinctes voisines reconnues internationalement. Elles peuvent à ce titre être représentées par des frontières « simples » qui partagent l’emprise de leur juridiction actuelle. Mais, entre la France et l’Allemagne, cette séparation absolue gomme automatiquement la spécificité de la zone frontalière qui les relie : l’Alsace, que le droit rattache à la France mais dont la langue historique et la culture pourraient justifier une coloration « plus germanique » (ou inversement selon les époques). Le même raisonnement peut être conduit pour la Suisse, qui apparaît comme une entité uniforme, alors même que la diversité qui constitue sa spécificité justifierait un dégradé pour la rapprocher de la France, de l’Allemagne ou de l’Italie, selon une logique relevant à la fois des caractéristiques linguistes et des proximités géographiques. Le même problème se pose pour la Belgique (Flandre et Wallonie) comme pour beaucoup d’autres régions européennes. Quand les problèmes sont simples, on peut se contenter d’une solution simple. Mais quand ils sont complexes (et dans de nombreux cas européens ils le sont), il faut y apporter une solution complexe elle aussi, et donc enrichir la définition que nous donnons aux frontières.

ÉLÉMENTS : Quels sont les critères sur lesquels se baser pour délimiter les frontières, singulièrement dans les zones frontalières, où les « frontières » s’enchevêtrent sans forcément s’annuler ?

OLIVIER EICHENLAUB. Pour une approche plus complexe, il pourrait en apparence suffire de changer le critère à cartographier afin de mieux tenir compte des réalités du terrain : ne plus considérer l’appartenance étatique, mais la langue ou la culture. Et par extension, pourquoi pas les paysages, l’architecture ou les traditions culinaires, qui sont aussi des éléments tangibles de distinction régionale ? L’idée est séduisante. Mais elle conduit à un résultat tout aussi simpliste : la Flandre n’est pas seulement une région où l’on parle flamand hors des Pays-Bas ; c’est la Belgique, tout comme l’Alsace est la France. En réalité, pour faire au mieux, il faudrait tenir compte simultanément de tous les critères de distinctions (dont le nombre n’est a priori pas connu et probablement variable selon les cas) et les combiner les uns avec les autres selon une logique de proximité géographique. La méthode n’a malheureusement pas encore été inventée et il est possible qu’elle ne le soit jamais.

Par conséquent, hormis pour la caractérisation de juridictions administratives (qui ne sont parfois que temporaire dans l’histoire), les frontières présentent une simplification qui renvoie nécessairement une image erronée de la réalité des territoires et des populations. En ne tenant compte ni de la multi-appartenance ni de la multi-scalarité des identités, cette simplification nous place face des choix nécessairement réducteurs dès lors que l’on entreprend de cartographier des frontières pour circonscrire quoi que ce soit dans l’espace. Si l’on voulait être provocateur, on pourrait dire que la frontière appauvrit la réalité géographique, jusqu’à nier son existence dans certains cas. En inversant le problème on pourrait alors dire que c’est la frontière qui ne devrait pas exister, parce qu’elle est souvent inopérante pour proposer une régionalisation digne de la richesse et de la diversité du monde.

ÉLÉMENTS : Objection : à trop déconstruire la notion de frontière – de sous-ensemble en sous-ensemble, d’appartenance en appartenance, d’espace limite en zone flou –, les géographes n’en viennent-ils pas à l’effacer ?

OLIVIER EICHENLAUB. Les politiques dessinent les frontières, les géographes essaient de les comprendre. La démarche n’est évidemment pas la même, mais on a tenté de s’accorder à travers la notion de « frontière naturelle », qui couplerait les réalités géographiques (fleuves, montagnes, déserts, etc.) d’une part, et le besoin politique d’organisation et de défense d’autre part. Dans la majorité des cas, cet objectif idéel est resté théorique. À l’exception d’obstacles énormes, comme l’océan ou la haute montagne, la frontière n’est en effet jamais que le résultat d’un compromis entre des groupes ou des peuples. Dans ce sens, elle n’est jamais absolue mais toujours relative, selon la valeur que lui assignent les populations qu’elle encadre, les peuples qu’elle maintient. Se souvient-on que la dernière modification des frontières françaises date de 1947 dans les Alpes ? Et que représente cette frontière que l’on déplace pour des raisons purement pratiques ?

Pour autant, cela n’efface pas les frontières, bien au contraire. Elles constituent une réalité presque aussi vieille que l’humanité, celle de l’identité des groupes, de leur installation sur Terre, de leur territoire et de ses limites. Certes, certains souhaitent aujourd’hui leur suppression pure et simple au nom des opportunités d’échanges offertes par la mondialisation. Mais d’autres militent au contraire pour leur renforcement, au nom de leur souveraineté et de leur autonomie de gestion, et le monde fait aujourd’hui face à un processus de rebordering (accroissement des contrôles aux frontières). Face aux flux incontrôlés de biens et de personnes, certains construisent des murs comme une ultime solution. Les frontières témoignent donc simultanément d’une résurgence et d’une érosion des peuples ; elles s’imposent comme une dernière tentative pour exister dans la mondialisation, en particulier quand il s’agit de faire face au terrorisme (surtout depuis le 11 septembre), à l’immigration illégale, désormais associée aux questions de sécurité intérieure, ou plus simplement à l’uniformisation des modes de vie. De ce point de vue, les frontières sont évidemment légitimes et parfois bienvenues. Mais cela n’enlève rien à la complexité des problèmes frontaliers. C’est d’ailleurs une des difficultés que rencontre l’Europe dans la gestion des crises migratoires : où est cette frontière qu’il s’agit de contrôler ? À Calais ? À Lampedusa ? Ou dans une diplomatie renouvelée avec l’Afrique du Nord, telle qu’elle existait encore avant les Printemps arabes ?

ÉLÉMENTS : Objection dans l’objection : pour définir les frontières extérieures de l’Europe – ce qui est l’objet de votre étude –, n’êtes-vous pas obligé de violer la définition, je le redis, exceptionnellement riche, que vous donnez des frontières ? À la fin, on est comme le grand (mais ici contestable) Marc Aurèle : Romain en tant qu’Antonin, mais universel en tant qu’humain…

OLIVIER EICHENLAUB. La réponse tient dans la notion d’échelle, tout à fait centrale en géographie mais parfois oubliée en géopolitique. L’échelle de l’univers existe, il est difficile de le nier. À cette échelle, nous faisons tous partie de l’humanité (ou de la Terre). Mais il serait dommage d’oublier qu’il existe de nombreuses étapes avant d’atteindre ce stade ultime, qui n’est finalement utile et discriminant que face à une forme de vie extra-terrestre. C’est l’échelle de la ville et de ses quartiers, de la région ou du pays, par rapport auxquelles nous nous définissons nous-mêmes beaucoup plus fréquemment et avec bien plus de convictions. Dans cette succession « verticale » d’identités, il n’est pas certain que les trajectoires soient les mêmes pour tous, et que chaque « niveau » ait toujours la même importance. Qu’est-ce qui compte le plus pour nous, ici ou là, individuellement ou en groupe ? Il en découle que tous les Européens ne sont peut-être pas européens de la même manière, suivant qu’ils vivent en France, en République tchèque ou en Finlande, à la ville ou à la campagne. Mais cela n’enlève rien au fait qu’ils sont bel et bien européens puisqu’ils appartiennent tous, à un moment donné, au même ensemble. Et c’est cet ensemble, l’Europe, qui est probablement le plus pertinent pour construire une unité continentale et pour maintenir une diversité mondiale qui seront source de richesse et de paix. 

En Europe, cette hypothèse doit également amener à une réflexion sur l’organisation des territoires. Alors que la légitimité des État-nations actuels repose majoritairement sur une logique frontalière simple et binaire, la structuration des emboîtements territoriaux au sein d’un système fédératif, tel qu’il a par exemple existé dans les grands empires, semble plus à même de concilier réalités géographiques et administration politico-juridique. Pour y réfléchir, faire des Pensés de Marc Aurèle son livre de chevet n’est pas la plus mauvaise des idées…

Lire aussi :
Quelles langues pour l’Europe ? (1/3) : Entretien avec Armand Berger

Europe Cahier d’études pour une pensée européenne n°1
Cahier d’études pour une pensée européenne : Europe
25,00€

José Antonio et la Phalange espagnole, par d’Herbé

 

José Antonio, fondateur mouvement nationaliste d’esprit chevaleresque, la PHALANGE ESPAGNOLE

On sait que l’arrivée au pouvoir du Frente Popular (« Frente Crapular » comme disent les vrais Espagnols non reniés) et de sa République vomit l’Enfer sur les terres catholiques de la sainte Thérèse la Grande. Pour garder l’espérance au cœur des catholiques espagnols, il fallut José-Antonio et sa Phalange d’abord, Francisco Franco et sa Croisade ensuite. Ces deux grands hommes ont d’ailleurs tous deux été rappelés à Dieu un 20 novembre.

Fierté du Catholicisme d’esprit thomiste d’abord, orgueil du Nationalisme ensuite, JOSÉ ANTONIO (24 avril 1903 – 20 novembre 1936) n’entra en politique que pour défendre la mémoire de son père, le dictateur Miguel Primo de Rivera. La réflexion ensuite, par le rejet de la doctrine mortifère du philosophe français Rousseau, le poussera à vouloir retrouver, pour sa nation, la grandeur de l’Espagne d’Isabelle la Catholique et de Charles Quint, en fondant un mouvement nationaliste d’esprit chevaleresque, la PHALANGE ESPAGNOLE. Capturé à son domicile par les rouges, José Antonio sera hélas condamné à mort et fusillé au petit matin du 20 novembre1936.

Chaque 20 novembre, entre 2004 et 2013, Monsieur l’abbé Xavier Beauvais prononça de vibrantes homélies aux glorieuses et chrétiennes mémoires du Caudillo et du fondateur de la Phalange, en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris. Le Cercle Franco-Hispanique eut donc la bonne idée d’éditer ces textes.

La Croisade du Caudillo ne s’est pas levée pour le simple choix de faire un putsch militaire et la Phalange espagnole n’a pas été fondée pour faire le coup de poing contre les masses ouvrières marxistes les jours de grève… Ces deux mouvements apparurent pour redonner à l’Espagne son véritable sens : « (…) être autre dans l’Universel (…) accomplir un destin qui n’est pas celui des autres nations » (José Antonio), bref il s’agissait de retrouver la grandeur des beaux jours de l’Empire de Charles Quint.

Pour cela, il fallait au préalable pratiquer « la dialectique des poings et des pistolets » contre le péril marxiste… Un prélat espagnol, ami de la cause phalangiste comme la plupart des prêtres espagnols en 1936, donnait cette belle explication de la nécessité de la Phalange et de la Croisade : « Quand la substance de la légalité est l’injustice, il reste à la conscience et à l’action, comme unique recours de chercher la justice dans la légitime illégalité. » La France aujourd’hui, comme l’Espagne de 1934 date de fondation de la Phalange, répond OUI.

Lors de son procès, José Antonio se plaignit que ses accusateurs ne cherchèrent même pas à comprendre son mouvement. C’est justement pour comprendre ce nationalisme espagnol, à la fois doctrinaire et poétique, que fut le rêve de José Antonio, que notre ami Herbé présentait ce topo devant une section du mouvement français Les Nationalistes.

Parmi les ouvrages que consulta Herbé pour ce topo, il faut relever la plaquette éditée en 2014 par le Cercle Franco-Hispanique : « José Antonio Primo de Rivera, Francisco Franco, PRESENTE ! »

Ce document est la retranscription en images de son discours du 2 juin 2024. 

Chapitres de la vidéo :


 José Antonio, Franco et Bucard
 Le contexte : les crimes des rouges en Espagne à compter de 1936
 José Antonio, Franco, Bucard et Sidos
 Histoire de la création d’un chant : « Cara al Sol »
 José Antonio avant 1933
 Fondation de la Phalange : le discours du Chef (29 octobre 1933)
 Définition phalangiste de la nation
 La Phalange : refus de l’idéologie libérale rousseauiste
 Chant « En Pie Camaradas ! »
 José Antonio et la révolution
 Ramiro Ledesma Ramos : « le national-bolchevique »
 Le testament de José Antonio
 Conclusion : et maintenant ?

La vidéo : 

Nous vous en souhaitons une bonne écoute.

La chaîne des Chevaliers de Notre-Dame : https://odysee.com/@lanouvellechevalerie:c

Fabien LAURENT

https://www.medias-presse.info/jose-antonio-et-la-phalange-espagnole-par-dherbe/191879/

V.RUSSIE - ON NOUS A MENTIS PENDANTS DES DECENNIES ... Visite du musee S...

Histoire méconnue… en 1945 un bombardier percute L’Empire State Building

 

par Aeronews TV

28 juillet 1945. L’immeuble ne s’est pas effondré…

Un bombardier B-25 Mitchell de l’armée américaine a percuté l’Empire State Building à New York en 1945. Retour sur cet accident spectaculaire qui a coûté la vie à 14 personnes.

source : Aeronews TV

https://reseauinternational.net/histoire-meconnue-en-1945-un-bombardier-percute-lempire-state-building/

dimanche 1 septembre 2024

Les Spartiates, sacrifiés à la bataille des Thermopyles, n’étaient que des hommes

 

Les Spartiates, sacrifiés à la bataille des Thermopyles, n’étaient que des hommes (1/1)

À l’heure où l’homme blanc, constamment dévalorisé, est sommé de se déconstruire, il est bon de se remémorer des histoires qui ont fait sa grandeur. L’une d’entre elles a traversé les siècles et son écho résonne encore dans le cœur de chaque Européen : la bataille des Thermopyles. Cette sanglante défaite qui s’est déroulée en août ou septembre -480 est plus actuelle que jamais.  Voici pourquoi.

La criminalisation du mâle blanc est l’une des manœuvres en acte les plus dégueulasses et les plus délétères qui soit. Elle se base sur la mystification et le mensonge : on fait croire à d’entières générations que ce dernier n’aurait fait montre de virilité, de force, de courage et d’honneur que pour son profit personnel, pour dominer arbitrairement. On fait croire que l’Européen est et a toujours été en quête de pouvoir pour une fin en soi, feignant d’ignorer que la puissance fonde la liberté.

La bataille des Thermopyles, acmé du sacrifice d’hommes pour la communauté, rappelle que la liberté se conquiert par de grands actes. Concept dévoyé par excellence, nos boomers et nos petites bourgeoises nés dans la paix et l’abondance, pensent que la liberté revient à “faire ce que l’on veut quand on veut”. Mais la liberté c’est pouvoir choisir son destin. C’est choisir ses actes sans y être contraint par aucune force extérieure. Et pour ce faire, il faut bien être plus fort que ces forces extérieures. Une banalité au Ve siècle avant notre ère, une incompréhension aujourd’hui. Ainsi, c’est pour ne pas subir le joug de l’empire perse et disparaître dans sa masse que des Spartiates ont fait don de leur vie. Une poignée de Spartiates – et leurs alliés thébains et thespiens – sont allés aux devants d’une mort certaine pour le destin du monde grec. On est loin de l’image de masculinistes assoiffés de guerre et de pouvoir…

Les Spartiates sont morts depuis longtemps, et tout semble séparer les citoyens d’aujourd’hui de ces glorieux soldats. Pourtant, les Spartiates étaient des hommes, faits de chair et d’os, de peurs et de courage, de vilenie et de noblesse. Mais c’est le choix et le respect – sévère et implacable – des valeurs auxquelles ils devaient tous obéir, qui en fit des hommes supérieurs. À l’heure des insipides “valeurs de la République” qui n’ont pas plus de sens que de réalité, il est bon de le réaffirmer.

Ces soldats étaient des hommes et rien ne témoigne mieux de cette humanité que les mots d’Agathocle (1), un de ces trois cents héros qui ont choisi de se sacrifier pour faire barrage à l’Autre, et permettre à leurs fils, leurs filles, leur femme et leurs parents de pouvoir rester eux-mêmes.

“ Moi qui dois mourir demain, j’écris ces mots à la lumière d’une torche, en attendant le matin. Je contemple la splendeur des étoiles : l’éclat est très différent de l’obscurité qui enveloppe les cadavres qui s’étendent devant moi. Les mêmes corps qui teignent de rouge la boue que je piétine, dont l’odeur âcre me répugne autant que de savoir que demain je serai l’un d’entre eux. Moi, Agathocle, soldat spartiate, je suis de garde ce soir au col des Thermopyles. Je sais qu’ils nous ont encerclés aujourd’hui et que cet endroit sera ma tombe. À cette seule pensée mon estomac se contracte de froid, comme si le gel de la mort voulait déjà envahir mon corps. C’est pourquoi j’écris avec attention et – ce faisant – mes mains cessent de trembler et je sens que mes craintes s’estompent. Non, je n’essaierai pas de fuir devant les ténèbres. Je préfère écrire. Et ces mots parleront pour moi quand je serai mort. Ils expliqueront pourquoi j’accepte mon destin et pourquoi nous attendons la mort ici. Nous, les spartiates de la garde du roi Léonidas, on dit que nous sommes des hommes justes, que nous avons été choisis parmi ceux qui méprisent le plus les richesses et le luxe, que nous ne nous sommes jamais laissé corrompre par l’or.

Mais, en vérité, je vous le dis, celui qui affirme cela ment.

À Corinthe, nous vîmes pour la première fois de l’or et de l’argent en abondance. Nous nous sommes jetés dessus, impatients de butin. Mais bien vite, nous vîmes un frère se battre avec un autre pour une coupe d’argent, nous vîmes des hommes qui avaient lutté côte à côte se disputer une esclave aux yeux verts. Léonidas nous vit possédés par la cupidité et nous convoqua dans l’agora. Là, il jeta au sol ce qui lui était échu et dit :

« Voici ma part, maintenant vous pouvez vous entre-tuer pour elle ».

Nous, les trois cents hommes de la garde, nous avons eu honte et nous nous sommes débarrassés de nos richesses. Depuis cette nuit-là, nous abandonnâmes les palais de marbre et dormions dans le froid, hors de la ville, sous nos tentes en lin. Tous les hommes de l’armée spartiate nous saluèrent et dirent : « Ceux-là sont des hommes justes qui ne se laissent pas corrompre », en se partageant notre or. Mais il nous en importait peu, car on avait vu le prix de l’opulence et il nous semblait si élevé que pas même un des trois cents n’eut le courage de rester en ville. C’est pourquoi, quand nous reconnûmes Xerxès sur la colline, vêtu de soie et de pierres précieuses, nous le méprisâmes. Ce soir-là, il nous offrit une cargaison d’or pour laisser le passage libre. Nous sentîmes à nouveau le ver de la cupidité en nous et je crois que chacun de nous se trouva à désirer ces richesses et à vouloir abandonner le passage des Thermopyles, et vivre. Mais Léonidas se tenait devant nous. Il nous connaissait et c’est pourquoi il ne nous a pas parlé d’honneur, de gloire ou de patrie, parce qu’il savait qu’en cette occasion ces termes seraient vides à nos oreilles face au mot “vie”.

« Peut-être que l’un d’entre vous veut-il encore vivre à Corinthe ? », dit-il. « Qui le veut peut prendre sa part et m’abandonner, mais à celui qui le fera je lui recommande de charger beaucoup d’or pour oublier le visage des amis qu’il laissera derrière lui, et il lui en faudra prendre encore plus pour oublier le sang de ceux qui mourront pour sa trahison au-delà du col. »

Il dit cela et nous regarda en silence ; personne ne bougea, et aucun d’entre nous ne jeta ses armes. Pendant un instant, juste un instant, nous nous sommes réjouis d’être là avec notre roi. On dit de nous, Spartiates de la garde du roi Léonidas, que nous sommes des hommes de grande valeur, que nous ne méprisons pas la mort mais la lame des armes des ennemis.

Moi, en vérité, je vous dis que celui qui dit cela ment.

Car, en voyant le déploiement de l’ennemi, le cœur se serre. Et nous craignons le tranchant et la douleur des blessures, mais beaucoup plus que cette douleur, nous craignons le mépris de l’ami qui se bat à nos côtés, la honte de la femme qui attend notre retour et le rejet du vieil homme qui a jadis lutté pour nous. Pour tout cela, nous dominons nos craintes et nous luttons, possédés par la force qui brille dans nos yeux.      

Mais ce regard n’est pas de la haine pour les ennemis, c’était un regard de frayeur sachant que la mort marche toujours à nos côtés et que n’importe lequel d’entre nous peut être le prochain.

On dit de nous, Spartiates de la garde du roi Léonidas, que nous avons été des hommes loyaux, et que nous avons combattu pour la liberté des Grecs, pour la justice et la loi.

Mais en vérité, je vous dis que celui qui dit cela ment.

Demain à l’aube, nous saisirons nos boucliers et après avoir pris nos lances, nos hymnes de guerre résonneront au rythme de nos pas et nous chargerons les hordes des barbares. Je marcherai coude à coude, occupant ma place dans la phalange, et je sentirai la chaleur et la lumière du soleil, l’odeur du fer et la sueur des hommes, sachant que je ferai tout cela pour la dernière fois. Ma lance se couvrira de sang : je tuerai 10, 100, 1000 barbares, mais cela ne servira pas à grand-chose, parce que mon corps sera transpercé par les lances de l’ennemi, et je mourrai. Mais je ne le ferai pas pour la liberté des Grecs, ni pour la justice, ni pour la loi, et je ne mourrai pas non plus pour Sparte. Je mourrai pour ne pas être esclave, en traînant les chaînes de la servitude dans les déserts de la moyenne. Je mourrai pour venger Agésilas, mon ami, que j’ai vu tomber hier, percé d’une flèche égyptienne. Je mourrai avec Archiloque, qui m’a couvert de son bouclier pendant dix batailles, et me couvrira pour la dernière fois demain.             

Je mourrai pour Léonidas qui nous conduit à la mort, mais à qui nous sommes reconnaissants parce qu’avant cela, il fit de nous des hommes. Demain, quand la nuit tombera, de la garde du roi Léonidas il ne restera qu’un monceau de corps sans vie, puis une poignée d’os, et puis plus rien. Peut-être alors, quand on aura oublié le nom de Sparte et que même le vaste empire perse aura succombé à l’oubli, peut-être quelqu’un se souviendra-t-il de notre sacrifice et verra que pour notre mort nous étions justes, courageux et loyaux. Nous étions tout ce que nous ne pouvions pas être en vie. Et alors, ils diront :

« Les Spartiates de la garde du roi Léonidas moururent il y a longtemps, mais leur souvenir reste immortel ». “

***

Manifestant l’intérêt atemporel du mythe de Sparte, trois ouvrages ont récemment été publiés :

  • Sparte et l’idée spartiate, Des origines au déclin. Frédéric Éparvier, La Nouvelle Librairie éditions, 2024. Dans ce bref ouvrage, l’auteur retrace l’histoire de Sparte et de l’idée spartiate, depuis ses origines à sa chute, exposant en détail les raisons de son âge d’or et les causes de son déclin. Vous pouvez vous le procurer ici.

  • Sparte comme modèle, Histoire, hérédité et mythe d’une civilisation immortelle. Collectif, Éditions du Paillon, 2024. Ce recueil de textes insolites retrace lui-aussi l’histoire de la célèbre cité du Péloponnèse dans une première partie. Mais une seconde, plus fournie et plus éclectique, évoque le mythe de Sparte. L’idée de Sparte à travers les siècles, comment a-t-elle été perçue et valorisée par différents courants de pensée, qu’est-ce qui, en Sparte, est éternel. 196 pages. Vous pouvez vous le procurer ici.
  • Titans – Tome 1: Iris, Paul Peru et Laci, Éditions Oxymore, 2024. Une BD mettant en scène une guerrière spartiate, que nous avons recensé ici.

Audrey D’Aguanno

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2024 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

(1) Nous remercions Les Éditions du Paillon  qui nous ont aimablement autorisés à reproduire ce texte, présent dan l’ouvrage Sparte comme modèle, Histoire, hérédité et mythe d’une civilisation immortelle.

https://www.breizh-info.com/2024/09/01/237023/les-spartiates-sacrifies-a-la-bataille-des-thermopyles-netaient-que-des-hommes/

Koursk, la folie de l’OTAN derrière l’avancée de Kiev

 

L’objectif ukrainien et britannique le plus rationnel et le plus probable de l’opération est d’engager l’OTAN dans une guerre directe contre la Russie sur le territoire russe avant que les États-Unis et d’autres pays, pris par des problèmes intérieurs et des priorités internationales, ne débranchent le respirateur artificiel qui maintient l’Ukraine en vie.

La pénétration « ukrainienne » dans le territoire russe de Koursk, qui a commencé avec une centaine d’hommes, s’est étendue et relativement approfondie. Les sources occidentales dénombrent aujourd’hui environ cinq brigades mécanisées et blindées en plus des forces spéciales ukrainiennes en Russie, et chaque kilomètre occupé ou traversé par ces dernières est considéré comme un succès incontestable. Même les analystes les plus sceptiques des capacités militaires ukrainiennes tendent à présenter la situation comme un tournant fondamental pour l’ensemble du conflit, tandis que les bellicistes nationaux se réjouissent déjà de la perspective d’un effondrement de la Russie sur l’ensemble du front. Toutefois, l’évolution des opérations sur le terrain suggère certaines considérations tactiques et stratégiques.

1. L’invasion ukrainienne marque le passage de l’initiative stratégique et du commandement des opérations de l’Ukraine à la Grande-Bretagne, à la fois comme membre de l’OTAN et comme leader du BB (Baltic Bloc ou Bassotti Band ad lib.[1]) soutenant l’Ukraine. Les forces ukrainiennes sont motivées et entraînées avec des signes évidents de revitalisation grâce à la participation de professionnels occidentaux, d’ordres précis et d’objectifs peu scrupuleux. La prudence à l’égard de la puissance russe et de sa capacité d’escalade a disparu. Les Ukrainiens eux-mêmes ont abandonné leurs craintes de représailles russes et, de leur côté, l’OTAN, l’Europe et la Grande-Bretagne n’ont jamais pris en compte les risques et les sacrifices que le conflit a entraînés et entraîne pour les Ukrainiens. Le « whatever it takes » haussier a toujours fait référence à l’indifférence face aux pertes ukrainiennes et à l’accaparement des profits de guerre par les Occidentaux [2].

2. La manœuvre  » ukrainienne  » qui tendait à détourner les forces russes du Donbass a en fait favorisé la mobilisation de nouvelles forces russes qui se préparent pendant l’évacuation de la zone occupée avec l’intention de gagner du temps en cédant de l’espace. La capacité de pénétration résiduelle des forces ukrainiennes peut encore leur permettre d’avancer sur des dizaines de kilomètres mais, sans renforts derrière elles, au fur et à mesure de leur progression, le bras logistique s’étire et les forces tendent à se retrouver dans une poche dangereuse qui pourrait se refermer non pas tant avec la résistance russe sur le front qu’avec la soudure des tirs de missiles et d’aviation sur l’arrière, en territoire ukrainien.

3. L’occupation ukrainienne n’est pas stabilisée et est fluide. La possibilité d’établir des commandements militaires territoriaux ukrainiens, annoncée par l’ex président Zelensky pour amuser ses partisans, est une fin en soi et peut durer aussi longtemps que la présence militaire. Depuis toujours, l’occupation militaire soustrait des ressources à la population, impose des régimes qui aliènent toute sympathie pour les occupants et engage les forces opérationnelles dans des tâches de contrôle territorial en les détournant des fronts de combat. Même la transformation éventuelle de la brèche en une zone contrôlée par un contingent international a une probabilité nulle en raison de l’opposition prévisible de la Russie à un acte répréhensible international, et une forte probabilité de représenter une provocation militaire ouverte.

4. La manœuvre de Koursk repose sur le pari occidental que la Russie n’utilisera pas d’armes nucléaires tactiques. Elle ne le fera certainement pas sur son propre territoire, même s’il est occupé et même si les faucons russes eux-mêmes font pression pour qu’un massacre soit effectué afin de frapper les forces d’invasion. Mais elle peut le faire sur le territoire ukrainien et juste à la charnière de fermeture de la pénétration. Il est facile de prévoir les effets dévastateurs de ce qui est exclu a priori.

5. L’opération actuelle, qui alimente les rêves du début de la disparition de la Russie, peut évoluer dans la direction opposée, précisément en raison du cynisme de la direction occidentale des opérations. L’objectif ukrainien et britannique le plus rationnel et le plus probable de l’opération est d’engager l’OTAN dans une guerre directe contre la Russie sur le territoire russe avant que les États-Unis et d’autres pays, pris par des problèmes intérieurs et des priorités internationales, ne débranchent le respirateur artificiel qui maintient l’Ukraine en vie. Il s’agirait d’une guerre ouverte entre l’Ouest et l’Est, désastreuse pour tous, qu’elle implique des opérations prolongées ou, pire encore, qu’elle déclenche une confrontation nucléaire. Cependant, le cynisme occidental qui a présidé à l’opération Koursk permet d’envisager l’objectif stratégique de hâter la fin du conflit en sacrifiant les dernières forces ukrainiennes, en négociant l’échange de territoires et en incorporant ce qui resterait de l’Ukraine à l’OTAN et à l’Union européenne. Cela ouvrirait la nouvelle guerre froide que beaucoup imaginent avec ses nouveaux déploiements de missiles en Europe, les grandes affaires de la nouvelle course aux armements et la reconstruction des territoires déchirés par la guerre, et les « avantages » du nouveau rideau de fer : cette fois sur le Dniepr, coupant l’Ukraine en deux ou en quatre.

Général Fabio MINI

18 août 2024

Général de corps d’armée, il a été chef d’état-major du commandement de l’OTAN pour l’Europe du Sud et, à partir de janvier 2001, il a dirigé le commandement des opérations interforces dans les Balkans. D’octobre 2002 à octobre 2003, il a commandé les opérations de maintien de la paix dirigées par l’OTAN dans le scénario de guerre du Kosovo, dans le cadre de la mission de la KFOR (Force pour le Kosovo). Parmi d’autres missions, il a été attaché militaire à Pékin. Il a également dirigé l’école d’état-major inter-forces (ISSMI). Il a introduit en Italie la pensée militaire chinoise moderne en traduisant le livre des généraux chinois Qiao Liang et Wang Xiangsui Guerre sans limites. L’art de la guerre asymétrique entre terrorisme et mondialisation. Il a également traduit en italien le livre du général Liang « L’arc de l’empire. Avec la Chine et les États-Unis à chaque extrémité », une analyse d’un point de vue chinois du monde actuel dans sa transition de l’unipolarisme américain au multipolarisme.

Source :  https://italienpcf.blogspot.com/2024/08/koursk-la-folie-de-lotan-derriere.html

Via Koursk, la folie de l’OTAN derrière l’avancée de Kiev (legrandsoir.info)

Notes de H. Genséric

[1] Banda Bassotti est un groupe de ska - punk italien formé en 1987 à Rome , en Italie. Leurs chansons sont généralement de nature politique, se concentrant sur les questions communistes et antifascistes . Beaucoup parlent également de la politique de l'Irlande et de l'Amérique latine . Le groupe s'est inspiré de The Clash et de The Specials . Le groupe a été politiquement actif dès le début, participant à des manifestations et sympathisant avec les mouvements antifascistes en Italie. Leur nom dérive de la version italienne des personnages de Disney Beagle Boys .

[2] La guerre en Ukraine sauve l’économie américaine

Hannibal Genséric

https://numidia-liberum.blogspot.com/2024/08/koursk-la-folie-de-lotan-derriere.html

Alstom, airbus : scandales d’état

1er septembre 1939, la Pologne est envahie par Hitler

 

invasion Pologne
Il y a tout juste 85 ans, l’horreur et la guerre frappaient par surprise la Pologne, premier pays martyr de cette Europe qui rentrait avec fracas dans la Seconde Guerre mondiale. Cette invasion, qui eut lieu le 1er septembre 1939, était le résultat d’un plan soigneusement préparé par Hitler avec la complicité soviétique.

Un plan soigneusement préparé

Après avoir annexé l’Autriche et s'être emparé de la Tchécoslovaquie en ayant réussi à endormir la méfiance des démocraties occidentales par les accords de Munich en 1938, Adolf Hitler préparait son prochain coup avec pour objectif l'accroissement de l'espace vital de l'Allemagne (Lebensraum) à l'est. En la Pologne, il ne voit qu’un vaste territoire à capturer mais aussi un symbole à détruire. En effet, depuis la signature, en 1919, du traité de Versailles qualifié de « diktat », l’Allemagne est coupée en deux par un couloir territorial accordé à la Pologne en Haute-Silésie. Cette clause fut imposée à l'Allemagne défaite afin que la Pologne renaissante puisse avoir un accès à la mer par la ville de Dantzig.

Décidé à laver ce qu’il considérait comme un affront, Hitler prépare néanmoins soigneusement ses arrières. Il est convaincu que la France et l’Angleterre ne se risqueront pas à entrer en guerre, pensant que les démocraties occidentales chercheront comme toujours à négocier afin de garantir un semblant de paix. Néanmoins, tout risque n’est pas écarté, surtout à l’Est. Ainsi, pour éviter que le géant soviétique ne réagisse militairement contre un IIIe Reich se rapprochant de ses frontières, Hitler commet ce qu'on pensait impensable. Le 23 août 1939, l'Allemagne nazie signe un pacte de non-agression avec la Russie soviétique. Dans les clauses secrètes de ce traité est convenu que les deux monstres totalitaires se partageront la Pologne. Sûr que désormais rien n’entravera ses plans et que nul ne l'attaquera, Hitler n’a plus qu’à donner un semblant de légalité à son attaque imminente.

L’invasion de la Pologne

Le chef de la SS, Heinrich Himmler, se charge de répondre à la demande de son maître. Pour cela, il organise, le 31 août 1939, une fausse attaque de l'émetteur radio de Gleiwitz, à l'époque en Allemagne, et impute de façon mensongère cette opération à la Pologne. Se servant de ce faux prétexte, Hitler en appelle à une juste riposte contre son agresseur et déclenche les enfers le 1er septembre 1939. À l’aide de sa puissante armée forte de 1,5 million d’hommes, de 2.000 chars et 1.300 avions, le IIIe Reich réussit à dévorer rapidement sa proie polonaise sous-équipée et surprise par l’attaque. La Blitzkrieg, la guerre éclair, réussit ainsi à mettre à genoux la Pologne en un mois. Cette dernière a néanmoins combattu jusqu’au bout et avec un courage admirable. Les Polonais ont ainsi usé de tout pour repousser l’envahisseur, notamment lors de la bataille de Krojanty où ils n'hésitèrent pas à charger à cheval contre l’infanterie allemande avant que les chars ne les détruisent. Pour ajouter aux malheurs des Polonais, l’infamie de la traîtrise se rajoute à celle de l’humiliation de la défaite. En effet, tandis que les Allemands avancent à l’ouest, les Soviétiques arrivent par l’est afin de prendre comme convenu leur part du butin. Prenant possession de la moitié du pays et pensant faire une bonne affaire, l’URSS facilitera ainsi, sans s’en rendre compte, sa propre invasion par son ancien allié nazi en juin 1941.

Début du conflit mondial

Hitler jubile : il est victorieux, sa conquête a été facile et l’efficacité de la Wehrmacht a fait ses preuves. Cependant, contrairement à ce qu’il avait prévu, les démocraties occidentales ne cherchent plus à négocier. Le 3 septembre, au nom des alliances avec la Pologne, la France et la Grande-Bretagne finissent par se résoudre à ne plus user de mots contre l’Allemagne mais à désormais faire entendre à l'Allemagne de Hitler le bruit des canons et des fusils. Débute, ainsi, la « drôle de guerre » tandis que pour le peuple polonais commence son martyre et sa longue domination, sous le joug nazi puis, la guerre terminée, sous la férule communiste jusqu’en 1989.

Eric de Mascureau

Maurras universaliste

 

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Par Gérard Leclerc

Voici la quatrième partie de l’entretien de Gérard Leclerc réalisé par l’abbé de Tanoüarn sur Radio Courtoisie. Dans la troisième nous avons découvert Pierre Boutang son héritier spirituel et dans la seconde un maître trop peu connu de l’Action française après la mort de Maurras : Pierre Debray. Maintenant Gérard aborde le thème de l’universalisme chez Maurras.

*****

ABBÉ DE TANOÜARN – Puisque nous sommes dans la philosophie, pourriez-vous définir ce qu’est, selon vous, la philosophie de l’Action française, comment voyez–vous ce que son message politique a d’universel ?

GÉRARD LECLERC – Il faut, pour cela, revenir à Charles Maurras lui-même, à son destin personnel. Vous savez qu’il disait de son maître, l’abbé Penon, futur évêque de Moulins, qu’il lui devait tout sauf la vie ! Un jour, il avait quatorze ans, le jeune Charles n’entend plus ce que dit le professeur : il découvre sa surdité. Désormais incapable de suivre les cours normaux, il va avoir la chance extraordinaire de tomber sur un professeur, l’abbé Penon, qui va devenir son précepteur. Un précepteur extraordinairement cultivé, et pédagogue-né, qui va initier l’adolescent à la littérature française mais aussi à la culture classique, française, latine, et à la Grèce, surtout la Grèce. Pour le futur auteur d’Anthinéa, ce fut fondamental…

On voit là les racines méditerranéennes de sa pensée et l’humanisme qu’elles impliquent…

Le jeune Maurras adolescent est en pleine crise métaphysique et spirituelle, et il va connaître diverses périodes. On a dit qu’il a eu une phase bouddhiste, puis une phase nihiliste. Il a eu, avec certitude, une phase « mennaisienne » : il a été plusieurs années un lecteur assidu et enthousiaste des Paroles d’un croyant de Lamennais…

Vous êtes vraiment une mémoire vivante de la vie de Maurras, votre livre Une autre Action française est particulièrement intéressant pour tous ces détails. Je n’avais jamais entendu parler d’un Maurras bouddhiste ! Ni d’un Maurras admirateur de Lamennais, je le croyais hostile depuis toujours à la démocratie chrétienne.

Il raconte cela dans son livre Au signe de Flore. Il en a peu parlé mais, pour moi, c’est fondamental, car l’un des problèmes de Maurras, c’est la figure même du Christ. Dans la préface de son premier livre, Le Chemin de Paradis, il oppose ce qu’il appelle « le bizarre Jésus romantique et saintsimonien » au « divin Jupiter qui fut, pour nous, crucifié ». Cette dernière formule, il l’emprunte à Dante.

Il a été aussi un grand lecteur de Dante…

Absolument ! L’un des plus beaux textes de Maurras s’intitule Le conseil de Dante. Il voit une opposition fondamentale entre le « Jésus romantique » et le Jésus de Dante. Or, le Jésus de Dante, c’est le Jésus du catholicisme, c’est le Jésus d’une religion articulée qui se réclame explicitement des conciles et des grands docteurs de l’Église. Je me permets d’insister un peu sur ce point, parce qu’on a souvent dit – ce fut l’une des grandes accusations à l’encontre de Maurras – qu’il était un païen, foncièrement marqué par l’hellénisme. On se référait à son magnifique livre Anthinéa. Mais il faut comprendre la signification de cet attachement à la Grèce. Il s’en explique dans ses lettres à Mgr Penon : il lui rappelle que c’est lui, Jean-Baptiste Penon qui, encore simple prêtre, lui a appris l’importance de la conception grecque du noûs, la raison. De fait, son attachement à l’hellénisme est lié à un véritable culte de la raison. Or, nous sommes à une époque – au tournant des XIXe et XXe siècles – qui a vu se répandre le rationalisme athée. Et ce culte maurrassien de la raison, on a cru pouvoir l’opposer, lui aussi, au christianisme. 

C’est un énorme problème. Je me permets de faire ici un trou dans le temps. En 2006, Benoît XVI a fait un discours à Ratisbonne qui a été très controversé car, en condamnant toute violence faite au nom de la religion, il mettait en cause l’islam. Pourtant, le plus frappant dans ce discours, c’est l’extrême importance qu’il donnait à l’association de la raison et de la foi. En 1998, il avait collaboré à la grande encyclique de Jean-Paul II Fides et ratio, la foi et la raison. Pour Benoît XVI, la foi, portée par toute la tradition scripturaire biblique, avait fait alliance avec la raison grecque.

Maurras aurait sûrement été extraordinairement intéressé par le discours de Ratisbonne, et l’attachement à la rationalité grecque de ce pape théologien par excellence.

Il a pourtant été présenté comme athée par d’excellents historiens. Je pense à Jacques Prévotat, historien de la condamnation Une autre Action française de l’Action française par Rome, qui, à deux ou trois reprises dans son livre, taxe Maurras d’athéisme.

Je ne connais aucune déclaration d’athéisme, directe ou indirecte, de la part de Maurras. J’attends que l’on me donne une citation, moi, je n’en ai jamais vue, même dans sa correspondance privée. Par contre, ce que je sais très bien, c’est que, dans son livre L’Action française et la religion catholique, de 1913, il dit que ceux qui tentent de formuler sa pensée philosophique et métaphysique ne savent pas l’impossibilité à laquelle ils s’exposent.

Parce que, pour lui, les choses ne sont alors absolument pas fixées. S’il utilise les catégories grecques ou la mythologie grecque, c’est parce qu’elles l’aident à formuler les grands problèmes, mais il n’y a pas chez lui, comme on l’a prétendu, de paganisme métaphysique ou philosophique. Son attachement à la Grèce est surtout intellectuel, esthétique et culturel si l’on veut, et s’il comporte une dimension religieuse, celle-ci n’est pas forcément contraire au christianisme, comme Mgr Penon l’expliquait alors à Maurras.

Mais il faut aussi souligner son attachement profond au catholicisme. Il y a chez lui toute une apologétique de l’Église catholique comme fondatrice de notre civilisation. Contrairement à ce qu’on a pu prétendre, Maurras ne retient pas du catholicisme uniquement son rôle dans l’histoire de la France. Il lui reconnaît une valeur universelle. L’apologétique maurrassienne, c’est fondamentalement l’apologie du génie universel du catholicisme.

https://www.actionfrancaise.net/2024/09/01/maurras-universaliste/