Tandis que les militants gauchistes du climat empêchent toute discussion de fond et sont même parvenus à s’approprier l’écologie – thème pourtant intrinsèquement conservateur -, Philippe Charlez, bien connu des lecteurs de BV, apporte un éclairage plus nuancé dans les débats.
« La vérité est un flambeau qui luit dans un brouillard sans le dissiper », écrivait Helvétius. En matière climatique, la vérité est souvent victime de détournements. L’ouvrage de Philippe Charlez, Les 10 commandements de la transition énergétique, permet d’équilibrer un débat souvent écartelé entre les climato-sceptiques et les éco-hystériques. Expert en questions énergétiques à l’Institut Sapiens, auteur de L'Utopie de la croissance verte, paru en 2021 chez JM. Laffont, ingénieur des Mines de l'École polytechnique de Mons (Belgique), docteur en physique de l'Institut de physique du globe de Paris, Philippe Charlez enseigne à Sciences Po, Dauphine ou l’INSEAD. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la transition énergétique et l’écologie, comme L’Utopie de la croissance verte, paru en octobre 2021 aux Éditions JM Laffont. En clair, l'homme maîtrise ce sujet devenu l'objet d'une guerre d'intoxication.
Les militants gauchistes du climat empêchent toute discussion de fond et sont même parvenus à s’approprier l’écologie – thème pourtant intrinsèquement conservateur. Leur nouvelle lubie ? Combattre férocement le nucléaire et prôner une énergie totalement décarbonée. Décidemment, les tenants de l’écologie politique ne sont pas à un paradoxe près. Pilonnant depuis des décennies le secteur du nucléaire, ces mêmes militants ont contribué à l’affaiblissement d’un secteur où la France était pionnière : « Sous la pression d’une extrême gauche antinucléaire tenant les rênes de l’enseignement supérieur, les jeunes ingénieurs sont de moins en moins enclins à vouloir travailler dans l’atome », écrit Philippe Charlez. Cette propagande antinucléaire ne s’est pas limitée aux écoles d’ingénieurs mais a largement influé sur l’opinion publique (en particulier chez les jeunes) : « Quand on regarde la perception du nucléaire par nos concitoyens, rien n’est gagné, constate-t-il. Si 60 % d’entre eux sont favorables au nucléaire civil, 78 %, dont deux tiers des 18 et 21 ans, considèrent le nucléaire comme impactant négativement le climat. Pire, une proportion de la jeunesse considère le nucléaire comme davantage émetteur de CO2… que le charbon. ».
Turpitudes bruxelloises
En 1722, Voltaire décrivait ainsi Bruxelles : « Pour la triste ville où je suis, C’est le séjour de l’ignorance, De la pesanteur, des ennuis, De la stupide indifférence, Un vieux pays d’obédience, privé d’esprit, rempli de foi... » Deux cent un ans plus tard, aucun mot ni aucune virgule n’est à changer. Bruxelles est pétrie d’une foi inconditionnelle dans le progrès et s’oppose généralement à tout ce qui a quelque peu de succès. « Quant à la schizophrénie de l’Union européenne, elle a érigé la lutte contre le réchauffement climatique au premier rang de ses priorités, mais a intégré l’atome du bout des lèvres dans la taxonomie verte », remarque le spécialiste. Illustration parfaite de cette bêtise toute bruxelloise : en 2009, la Lituanie souhaitant intégrer l’Union européenne fut sommée de fermer sa seule centrale nucléaire lui fournissant 70 % de son électricité. La raison invoquée est risible : Ignalina utilisait la technologie RBMK-1500 de… Tchernobyl. Pour Philippe Charlez, « cette décision illustre le niveau pitoyable des instances bruxelloises : résultat de l'effondrement du système soviétique, la catastrophe de Tchernobyl n'a aucun rapport avec la technologie utilisée. Une décision qui se lit aujourd'hui en filigrane de la situation électrique lituanienne dépendante à 100 %... de l'électricité russe, écrit-il. Sans Kaliningrad situé en aval, Vilnius serait plongé dans le noir depuis deux mois. Merci à l'Europe et surtout à l'Allemagne de sa clairvoyance stratégique ! » Tristement risible…
Réussir une transition énergétique pragmatique
Philippe Charlez est un pragmatique qui ne nie pas la nécessité de la transition énergétique. Pour la réussir, il faut donner le moyen aux ménages de « décarboner leurs équipements ménagers » mais également mettre fin aux « passoires énergétiques ». Idée ancienne, cette dernière proposition aurait pourtant un impact conséquent dans la lutte contre les émissions de gaz carbonique, estime l’ingénieur : « En France, l'habitat représente 40 % de la consommation d'énergie finale et génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre. 80 % de cette consommation est utilisée pour produire de la chaleur : chauffage, eau chaude sanitaire, cuisson des aliments », écrit Charlez. Pour lui, « le reste est dédié à l'électricité spécifique : éclairage, électroménager, Hi-Fi, télévision, informatique. Optimiser la consommation d'énergie dans l'habitat représente un levier majeur de la transition énergétique. »
Enfin, imposer un changement des habitudes n’est pas une mince affaire… Si les pouvoirs publics souhaitent faire accepter un changement aux peuples, nos élus doivent savoir faire preuve de persuasion intelligente. Au diable les fausses promesses, les chemins détournés et retours en arrière, la ligne doit être claire, ténue et compréhensible. Dans une époque traversée par une forte défiance vis-à-vis des élites, l'expert propose de se reposer « sur quatre piliers : confiance, vision, implication et reconnaissance ». Vaste programme ! Puisse Philippe Charlez recevoir une oreille attentive au sommet de l'État !
Le Père Jean-Nicolas Duponcet (1660-1723) s’est attelé en son temps à rédiger la biographie d’un personnage inconnu de la plupart des Français, à savoir Scanderbeg, roi chrétien d’Albanie au XVe siècle.
La plupart de nos contemporains auront de la peine à imaginer que l’Albanie fut autrefois catholique et qu’elle compta un roi dont les exploits guerriers contre les envahisseurs ottomans en firent l’une des grandes figures renommées de la Chrétienté. Les Albanais étaient à l’époque souvent appelés Epirotes.
L’histoire de Scanderbeg débute mal. Son nom de baptême est Georges Castriot. Il est l’un des quatre fils du roi Jean Castriot. En ce début du XVe siècle, Amurat II, empereur des Turcs, mène des invasions en Europe. Ayant déjà conquis une partie de la Grèce, il franchit les frontières de l’Albanie et brisa toute résistance, imposant rapidement ses conditions au roi Jean. Parmi ces conditions, il réclama que les quatre princes royaux furent livrés en otages aux Turcs. Au mépris des traités, ces enfants royaux furent élevés dans l’islamisme et renommés. C’est ainsi que le cadet des quatre fils du roi fut appelé Scanderbeg. Au fil du temps, grandissant, Scanderbeg développa d’évidents dons guerriers. C’est probablement ce qui fit qu’il fut le seul des quatre fils princiers à être épargné par l’empereur turc, les trois autres étant mis à mort. Scanderbeg fut obligé de gagner la confiance de l’empereur musulman, de feindre de s’être assimilé à eux et de devenir l’un de ses meilleurs officiers. Scanderbeg finit par s’évader et rejoindre son pays natal où il fut acclamé et monta sur le trône, son père étant entretemps décédé. Ce fut le début d’un règne qui dura vingt-quatre ans. Vingt-quatre années de guerres et de victoires impensables. Durant tout son règne, Scanderbeg fit face inlassablement à la succession de tentatives d’invasions ottomanes, mais, béni de Dieu, il obtint chaque fois la victoire malgré une constante infériorité numérique de son armée. Humiliant l’empereur turc en lui infligeant défaite sur défaite, il tenta d’obtenir que les trônes chrétiens s’unissent pour affranchir toute l’Europe de la tyrannie des Turcs. Mais les intérêts particuliers l’emportèrent systématiquement sur le bien commun de la religion chrétienne. Il y eut un dernier espoir lorsque le pape Pie II fut sur le point d’embarquer pour passer en Epire et déclarer Scanderbeg général des armées chrétiennes conjurées contre la Turquie. Hélas, sur le chemin, le pape mourut à Ancône et toutes les troupes de la Chrétienté qui devaient passer en Epire avec lui se retirèrent et reprirent le chemin de leur pays. Mais malgré cela, Scanderbeg continua sans fléchir de porter le glaive contre l’envahisseur mahométan et de systématiquement le repousser, quelles que soient les difficultés rencontrées et la multitude de troupes face à lui. Dans le bref que le pape Paul II envoya à Philippe, duc de Bourgogne, pour l’exhorter à prendre les armes contre les Turcs, Scanderbeg est décrit comme ce brave champion de Jésus-Christ, qui a combattu plus de vingt ans pour la défense de sa foi. Après s’être confessé et avoir reçu le Saint-Viatique et l’Extrême-Onction avec de grands sentiments de piété, Scanderbeg rendit son âme à Dieu le 17 janvier 1467, à 63 ans. Sa mort sonna le glas de l’Albanie chrétienne qui, sans son chef héroïque, plia rapidement sous les coups de l’envahisseur ottoman.
Ce livre est remarquablement bien écrit et il faut remercier les éditions Saint-Remi de l’avoir réédité, et de façon aussi soignée, avec une belle couverture cartonnée et un joli papier ivoire. Ce récit permettra en outre de se souvenir que des Italiens, des Allemands et des Français ont combattu sous les ordres de Scanderbeg.
Buste de César en marbre, trouvé dans le Rhône en 2008...
... par Charles Maurras et Jacques Bainville
En janvier 2010, Éric Besson, bien pâle et bien falot ministre du très mauvais Président que fut Nicolas Sarkozy, proféra l'insanité suivante : "La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage..."
Nous répondîmes aussitôt, dans ces colonnes, à cette stupidité monumentale, rappelant cette évidence : à partir du moment où l'on quitte la Préhistoire pour entrer dans l'Histoire, il y a un premier peuplement connu, identifié sûrement, dans cette terre qui s'appelle aujourd'hui "la France" : c'est le peuple Basque. Celui-ci, comme les deux tiers de l'Europe, fut comme recouvert par une immense migration : celle des Celtes, qui recouvrirent toute l'Europe de l'ouest et l'Europe centrale.
Ce sont donc les Basques, puis les Celtes, qui sont à la base même du peuple français d'aujourd'hui, qui en sont comme les fondations.
Sans savoir qu'il répondait par avance à cet ignare d'Éric Besson, Maurras évoquait, dans un article de L'Action française du 6 juillet 1912, intitulé L'Hospitalité :
"Ce pays-ci n'est pas un terrain vague. Nous ne sommes pas des bohémiens nés par hasard au bord d'un chemin. Notre sol est approprié depuis vingt siècles par les races dont le sang coule dans nos veines. La génération qui se sacrifiera pour le préserver des barbares et de la barbarie aura vécu une bonne vie."
"Vingt siècles". Nous voilà ramenés à l'époques des Celtes, précisément, et à l'époque où les Celtes entrèrent en contact avec le monde Romain (et aussi, par la Massalie, avec le monde Grec). Et l'on va voir que la romanisation du pays, induite par la conquête des Gaules menée par César, fut féconde et heureuse. C'est là, à cette époque, à ce moment historique, que commence véritablement ce qui va devenir "la France"...
Cependant, l'éloge qu'on peut faire de la romanisation du pays serait incomplet, et même faux, si l'on excluait de l'extraordinaire réussite que fut cette romanisation... le peuple Celte.
Sans les Celtes, en effet, sans leurs grandes qualités et leur non moins grande ouverture d'esprit, la romanisation aurait été la simple conquête militaire d'un territoire - un de plus... - par les Romains, qui en ont conquis tant d'autres; mais elle n'aurait pas produit tout ce qu'elle a produit chez les Celtes, avec eux, et grâce à eux, aux côtés des Romains.
Il s'agit donc bien d'une fusion, au meilleur sens du terme, entre deux grands peuples, d'une addition de leurs qualités, en quelque sorte, et non simplement de la conquête des uns (les Celtes) par les autres (les Romains), quelles que soient les qualités intrinsèques de ces derniers et ce qu'ils apportaient de bon et de fécond...
Le trésor qu'apportaient les romains n'a pu fructifier à ce point que parce qu'il tombait sur une terre tout à fait apte et disposée à le recevoir et à le faire produire au centuple.
C'est ce que dit fort bien Jacques Bainville, dès les premières lignes de sa magistrale Histoire de France :
"La fusion des races a commencé dès les âges préhistoriques. Le peuple français est un composé. C'est mieux qu'une race. C'est une nation..."
Voilà pourquoi, à partir de Jules César, conquérant des Gaules, qui a mis rudement les deux peuples en contact, nous évoquerons d'abord, avec Jacques Bainville, l'apport romain dans cette merveilleuse fusion de deux peuples. Mais, sitôt après, nous lirons un beau texte de Charles Maurras, exaltant les vertus ancestrales et la grandeur évidente de ces Celtes, sans lesquels, redisons-le, rien de ce à quoi l'on a assisté par la suite ne se serait passé de la même façon...
L'Arc municipal d'Orange
I : Éloge de la Romanisation (de Jacques Bainville, Histoire de France, chapitre I : Pendant 500 ans, la Gaule partage la vie de Rome) :
"...À qui devons-nous notre civilisation ? À quoi devons-nous d'être ce que nous sommes ? À la conquête des Romains. Et cette conquête, elle eût échoué, elle se fût faite plus tard, dans des conditions différentes, peut-être moins bonnes, si les Gaulois n'avaient été divisés entre eux et perdus par leur anarchie. Les campagnes de César furent grandement facilitées par les jalousies et les rivalités des tribus. Et ces tribus étaient nombreuses : plus tard, l'administration d'Auguste ne reconnut pas moins de soixante nations ou cités. À aucun moment, même sous le noble Vercingétorix, la Gaule ne parvint à présenter un front vraiment uni, mais seulement des coalitions. Rome trouva toujours, par exemple chez les Rèmes (de Reims) et chez les Eduens de la Saône, des sympathies ou des intelligences. La guerre civile, le grand vice gaulois, livra le pays aux Romains. Un gouvernement informe, instable, une organisation politique primitive, balancée entre la démocratie et l'oligarchie : ainsi furent rendus vains les efforts de la Gaule pour défendre son indépendance.
Les Français n'ont jamais renié l'alouette gauloise et le soulèvement national dont Vercingétorix fut l'âme nous donne encore de la fierté. Les Gaulois avaient le tempérament militaire. Jadis, leurs expéditions et leurs migrations les avaient conduits à travers l'Europe, jusqu'en Asie Mineure. Ils avaient fait trembler Rome, où ils étaient entrés en vainqueurs. Sans vertus militaires, un peuple ne subsiste pas; elles ne suffisent pas à le faire subsister. Les Gaulois ont transmis ces vertus à leurs successeurs. L'héroïsme de Vercingétorix et de ses alliés n'a pas été perdu : il a été comme une semence. Mais il était impossible que Vercingétorix triomphât et c'eût été un malheur s'il avait triomphé.
Au moment où le chef gaulois fut mis à mort après le triomphe de César (51 avant l'ère chrétienne), aucune comparaison n'était possible entre la civilisation romaine et cette pauvre civilisation gauloise, qui ne connaissait même pas l'écriture, dont la religion était restée aux sacrifices humains. À cette conquête, nous devons presque tout. Elle fut rude : César avait été cruel, impitoyable. La civilisation a été imposée à nos ancêtres par le fer et par le feu et elle a été payée par beaucoup de sang. Elle nous a été apportée par la violence. Si nous sommes devenus des civilisés supérieurs, si nous avons eu, sur les autres peuples, une avance considérable, c'est à la force que nous le devons.
Voie romaine près de Vienne.
Les Gaulois ne devaient pas tarder à reconnaître que cette force avait été bienfaisante. Ils avaient le don de l'assimilation, une aptitude naturelle à recevoir la civilisation gréco-latine qui, par Marseille et le Narbonnais, avait commencé à les pénétrer. Jamais colonisation n'a été plus heureuse, n'a porté plus de beaux fruits, que celle des Romains en Gaule. D'autres colonisateurs ont détruit les peuples conquis. Ou bien les vaincus, repliés sur eux-mêmes, ont vécu à l'écart des vainqueurs. Cent ans après César, la fusion était presque accomplie et des Gaulois entraient au Sénat romain.
Jusqu'en 472, jusqu'à la chute de l'Empire d'Occident, la vie de la Gaule s'est confondue avec celle de Rome. Nous ne sommes pas assez habitués à penser que le quart de notre histoire, depuis le commencement de l'ère chrétienne, s'est écoulé dans cette communauté : quatre à cinq siècles, une période de temps à peu près aussi longue que de Louis XII à nos jours et chargée d'autant d'événements et de révolutions. Le détail, si l'on s'y arrêtait, ferait bâiller. Et pourtant, que distingue-t-on à travers les grandes lignes ? Les traits permanents de la France qui commencent à se former..."
La maison carrée, à Nîmes
II : Éloge des Celtes (de Charles Maurras, allocution prononcée en 1939) :
Dolmen de Saint Nectaire.
"...Notre confrère Edouard Helsey mène en ce moment, au Journal, une lucide enquête sur les égarements sincères du peuple français. Et il a touché au point vif, très juste, quand il a observé qu'il existait dans les profondeurs de notre nationalité un élément d'anarchisme qui se met en mouvement un peu plus souvent qu'à son tour.
C'est quelque chose de notre vieux fond gaulois. Ce peuple généreux, mais trop avide d'éloquence, porté à l'esprit de parti, aux divisions, aux jeux naïfs de la jalousie ou même de l'envie, n'a jamais pu s'unifier ni se discipliner, en raison de ce gros défaut.
Mais Helsey oublie une chose. C'était un peuple très intelligent, très ami de l'intelligence, très sensible aux splendeurs de la vie intellectuelle, et l'on se trompe beaucoup toutes les fois que l'on fait honneur aux seules armées de César, au seul glaive des Légions et au seul faisceau des Licteurs de leur rapide conquête assimilatrice, si forte et si profonde que l'Histoire hésite à en admettre toutes les parties. Pour la bien comprendre, il faut se représenter l'admirable ouverture d'esprit du Gaulois et aussi la magique beauté de l'apport romain; c'était la raison, et c'était la science, et c'était l'intelligence, et c'était tout l'esprit de la civilisation générale héritée de la Grèce, de l'Egypte, de l'Etrurie.
Les gaulois auraient indéfiniment résisté à la force de la Légion. Ils ne résistèrent ni à l'ordre ni à l'intelligence qui leur apportaient, avec le Droit, la Loi, avec la discipline aimée et voulue autre chose qui y ressemble : la Charité du genre humain.... Ce fut le dernier coup. Le Gaulois n'y tint plus. Il admit Rome, il la reçut chez lui, en lui. Il constitua cette brillante improvisation de l'Empire qui s'appelle le Gallo-Romain. N'était-il pas trop bien doué pour s'y dérober plus longtemps ?..."
Bijoux gaulois (ci-dessus) et, ci-dessous,
le calendrier gaulois de Coligny :un exemple d'écriture gauloise, utilisant les caractères latins
Accuser un "climatosceptique" de "désinformation" est une attaque désormais banale, au même titre que le ‘‘complotisme’’ ou la ‘‘haine’’. Elle part du principe que la thèse d'une "catastrophe climatique d'origine anthropique" est tellement incontestable et incontestée au sein de la "communauté scientifique", que toute personne avançant un fait de nature à la contester, ou même la relativiser, est forcément dans une démarche de mensonge et de manipulation de l'opinion. Ce serait donc "au nom de la Science" qu'il conviendrait d'empêcher de tels menteurs patentés de s'exprimer dans les médias. Malheureusement, quand il s'avère que le fait en question était parfaitement vrai, c'est le fact-checker qui, tel l'arroseur arrosé, se retrouve convaincu de désinformation... Un exemple particulièrement édifiant nous est donné récemment par Reporterre.net et Le Figaro...
« Il y a encore trop de climatoscepticisme dans les médias (…) et de grands médias, tel Le Figaro, continuent à ouvrir leurs colonnes à des textes remettant en cause l’analyse du Giec sur le réchauffement climatique, comme récemment en juin — un article cependant contredit quelques jours plus tard par le même journal ».
A lire le résumé de Reporterre.net, on comprend effectivement que le Figaro a laissé passer un article « remettant en cause l’analyse du GIEC », donc de nature « climatosceptique », mais que le journal, s’étant aperçu de son erreur, a promptement publié une sorte de démenti avertissant le lecteur qu’il s’agissait d’un texte de désinformation qui n’aurait jamais dû passer les fourches caudines du comité de rédaction.
Quelques commentaires contextuels, tout d’abord.
En premier lieu, on peut voir une forme d’asymétrie de l’information dans ce procédé de ‘‘démenti’’, puisque le second article porte une accusation publique envers un article non public : les non-abonnés au Figaro, orientés là par exemple par Reporterre.net, ne peuvent donc que prendre connaissance des arguments à charge, sans possibilité de lire eux-mêmes le texte initial pour se faire leur propre idée… Qu’importe, en examinant la teneur des accusations, on peut se faire à peu près une idée de ce contenu.
En deuxième lieu, il convient de remarquer que le premier article n’a pas été écrit explicitement dans une démarche polémique à l’encontre des thèses du GIEC. Il a été rédigé par un certain Olivier Postel-Vinay, présenté comme « Journaliste et essayiste », dans le magazine Le Figaro Histoire, et commence par ces lignes : « Après un été sec, un hiver sec : voilà notre pays à nouveau engagé dans une sécheresse qualifiée non sans raison d'exceptionnelle. Non sans raison, mais de quelle exception parle-t-on ? » On comprend donc que l’objet de cet article n’est pas de se prononcer sur le ‘‘réchauffement climatique’’ en tant que tel, mais de donner au lecteur une profondeur historique pour lui permettre d’évaluer quel est le ‘‘degré d’exceptionnalité’’ du climat actuel – selon qu’on le jugera ‘‘exceptionnel’’, ’’inédit’’ ou au contraire ‘’pas si exceptionnel que ça’’. En d’autres termes, il s’agit d’un exercice statistique, purement quantitatif (est-ce déjà arrivé (a) fréquemment, (b) parfois ou régulièrement, (c) rarement, (d) jamais).
En troisième lieu, il est inexact, et même légèrement malhonnête, d’écrire que c’est le Figaro qui a « contredit » le premier article, conférant une connotation légèrement inquisitoriale d’erreur et de repentance à l’exercice. L’article de début juillet n’est en effet pas le fruit de la rédaction ou de l’ ‘‘expert science’’ du Figaro, pris de remord, mais d’un climatologue extérieur, Fabio D’Andrea, présenté comme « climatologue, directeur de recherches au CNRS » et « directeur adjoint du Laboratoire de Météorologie Dynamique à l'École normale supérieure ». On a donc affaire non pas à un ‘‘démenti’’ du Figaro, mais à deux articles d’intervenant extérieur, le premier soumettant des « informations », et le second, selon le résumé de Reporterre.net, apportant une « contradiction » à ces informations.
Hippopotames et désinformation
Voyons maintenant le fond du dossier. Faute d’avoir accès à l’article initial, on ne peut qu’en reconstituer l’idée générale à partir de ce qu’en reprend la « contradiction » de M. D'Andrea. Ainsi, le texte de M. Postel-Vinay prétendrait que « la Terre, dans sa longue histoire géologique, a connu des périodes chaudes, quelques-unes plus chaudes que celle que nous connaissons actuellement » ; il mentionnerait « la canicule de 1976, la période chaude médiévale, le Groenland producteur de vin », et ferait référence à cette période de l'Eemien (130 000 à 115 000 avant notre ère) pendant laquelle « des hippopotames se prélassaient paisiblement sur les berges de la Tamise ». Ce qui tendrait à montrer que le réchauffement climatique actuel s’est déjà produit, et peut-être même de façon périodique.
Et qu’en dit M. D'Andrea ? On s’attend à ce qu’il conteste avec véhémence ces éléments de « désinformation » - car c’est bien ce que promet la présentation de son article par la rédaction du Figaro : « Le climatologue Fabio D'Andrea revient sur la thèse affirmant que le réchauffement climatique actuel n'est pas inédit dans l'histoire de l'humanité, et qu'il n'y a donc aucune raison de s'inquiéter. Il explique au contraire qu'il s'agit d'un événement sans précédent. » C’est simple comme bonjour : M. P-V démontre, prétendus faits à l’appui, que le climat actuel n’est pas si exceptionnel que ça, M. D’A va donc contester ces faits (la fameuse « désinformation ») pour démontrer que si, le climat actuel est « sans précédent »…
Sauf que, sauf que… Lorsqu’on lit la réponse de M. D’Andrea, on y apprend que… toutes les informations contenues dans le texte en accusation sont parfaitement vraies ! Il apporte même de l’eau au moulin de M. Postel-Vinay : pendant l’Eemien, nous apprend-il, le niveau de la mer était de 2 à 3 mètres supérieur au niveau actuel, et « la Scandinavie n'était qu'une grande île au large de la mer Baltique » ; les températures y étaient « entre 0.5 et 1.5 degré plus chaudes qu'aujourd'hui », et dans certaines régions, « le réchauffement atteignait 5 degrés ou plus » ; quelques milliers d'années plus tard, « l'effondrement de l'Antarctique Ouest a apporté 2 à 6 mètres supplémentaires » ! Bref, nulle trace de « désinformation » dans le texte de M. Postel-Vinay ! Allons bon…
Ca chauffe, est-ce grave docteur ?
Mais alors, quelle est la « contradiction » apportée à l’article de l’essayiste ? Eh bien, celui-ci, de façon « assez typique du discours climatosceptique », se rendrait coupable de minimiser la « gravité » du réchauffement climatique actuel, au motif que « la Terre en a déjà vu d'autres, donc ce n'est pas si grave ». « Ce récit, écrit le climatologue, tend vers la conclusion selon laquelle, puisque de tels évènements ont déjà eu lieu, ils ne sont pas inquiétants. C'est ce saut logique qui constitue un argument fallacieux ». Donc, on ne remet pas en question le fait que des réchauffements semblables se soient déjà produits, et ceci sans « gravité » ; on affirme par contre que le fait qu’un réchauffement se produise actuellement est « grave » et doit donc nous « inquiéter ».
Et pourquoi un tel réchauffement climatique, à la différence des précédentes occurrences, serait-il cette fois-ci « grave » ? Eh bien, pour l’unique et seule raison qu’il y a désormais des « sociétés complexes » humaines, et que celles-ci, s’inquiète le climatologue, risquent de ne pas supporter cette hausse de température de quelques degrés, et l’élévation du niveau de la mer qui l’accompagnerait. Car « Comment comparer un monde où l'homo sapiens venait tout juste de faire son apparition, avec le monde d'aujourd'hui », s’interroge M. D’Andrea ? Ce qui est « sans précédent », donc, ce n’est donc pas le réchauffement en lui-même, ni même sa rapidité : c’est le fait qu’il s’agit de la première fois qu’un tel réchauffement se produit depuis le début de la civilisation humaine ! Comme il l’écrit tout à fait explicitement, « Dans toute l'histoire des sociétés humaines, la température globale n'a jamais varié de plus d'un degré, en positif ou en négatif ; la perturbation climatique à laquelle celles-ci sont soumises aujourd'hui est sans précédent ».
Un climato-sceptique peut en cacher un autre
Que reste-t-il, in fine, au bout de ce réquisitoire ?
Pour être tout à fait honnête, n’ayant pas eu accès à l’article initial de M. Postel-Vinay, je ne sais absolument pas si celui-ci avait véritablement pour intention de convaincre le lecteur que le réchauffement actuel n’est pas du tout « grave », et plus précisément grave pour les « sociétés humaines ». Etait-ce purement factuel, et cette conclusion supposée n’est-elle qu’un procès d’intention ? Se limitait-il à dire que ce n’était pas grave pour la Terre ou l’écosystème dans son ensemble, sans nier que cela pourrait l’être pour telle ou telle espèce particulière, en particulier l’homme, dans telle ou telle région ? Ou bien concluait-il vraiment que ce n’était pas grave pour la civilisation humaine ? Ou bien de façon intermédiaire, pas grave pour toute la civilisation humaine, certaines sociétés du globe bénéficiant de ce réchauffement tandis que d’autres en souffrirait ?
A la limite, peu importe. Ce qui ressort de cette petite analyse, c’est d’une part que M. Postel-Vinay, ci-avant accusé de « désinformation » et de « climato-scepticisme », ne présente aucun fait erroné, et ne remet pas du tout en cause le réchauffement climatique actuel, mais se contente, peut-être, éventuellement, plus ou moins implicitement, d’en relativiser la « gravité » ; d’autre part que M. D’Andrea lui-même confirme que ce réchauffement n’a rien d’exceptionnel d’un point de vue climatique, et laisse même sous-entendre qu’il n’est pas d’origine humaine (« La planète, elle, se passe très bien de nous les humains. Elle change son climat sans préoccupations particulières »). Selon les critères habituels de « fact-checking » des climato-alarmistes, M. D’Andrea coche donc lui-même plusieurs cases du « climato-scepticismes » !
Car rappelons quelle est l’ « analyse du GIEC », telle qu’on la vulgarise auprès du grand public : (point 1) il existe un réchauffement climatique inédit dans l’histoire de la planète ; (point 2) ce réchauffement climatique est d’origine humaine ; (point 3) les conséquences de ce réchauffement sont catastrophiques pour l’humanité. Il s’en déduit pour les ‘‘décideurs politiques’’ qu’il est impératif de mettre en place une ‘‘gouvernance mondiale’’ pilotées par des ‘‘experts’’ et visant à ‘‘transformer’’ le mode de vie des populations, par l’ingénierie sociale ou la contrainte, afin de limiter les causes humaines de ce réchauffement. Avec bien entendu comme outil d’accompagnement l’interdiction des ‘‘discours climatosceptiques’’, de nature à compromettre notre obtempération aux nouvelles ‘‘incitations’’ ou consignes comportementales venues d’en-haut (« moins se chauffer », « moins se rafraichir », « moins se déplacer », « moins voyager », « moins manger de viande », « moins faire d’enfants »…). Or, ni M. Postel-Vinay ni M. D’Andrea ne valident les deux premiers points : pas plus que le premier, son contradicteur ne prétend que le réchauffement actuel est ‘‘inédit’’ ou d’ ‘‘origine humaine’’. Le seul sujet de discorde est l’appréciation de sa ‘‘gravité’’ pour l’espèce humaine...
Bien entendu, si le réchauffement climatique actuel n’est pas vraiment grave, il n’y a aucune raison de vouloir modifier de force nos comportements pour le limiter ! Mais on pourrait aussi arguer que, quand bien même il le serait (grave), modifier nos comportements n’y changera rien puisqu’il n’est pas d’origine humaine ! Sauf à promouvoir de délirants projets de ‘‘terraforming’’ visant à contrôler artificiellement le climat ou à ‘‘décarboner’’ l’atmosphère (que de juteux intérêts financiers derrière tout cela)… En fait, au bout du bout de l’analyse, on s’aperçoit que le seul reproche qui est fait à M. Postel-Vinay, c’est de fournir des armes de résistance intellectuelle à ceux qui ne veulent pas se plier à l’hubris de contrôle totalitaire des populations, tel que manifesté par les élites du Forum de Davis et de la Commission Européenne, au travers de leurs infamants slogans du genre « vous ne posséderez rien et vous serez heureux », « vous mangerez des insectes » etcetera…
Qui désinforme qui ?
Rappelons que cette « Affaire des hippopotames de la Tamise » était mise en avant par Reporterre.net pour justifier la censure dans les médias de toute « désinformation climatosceptique ». Or, comme on l’a vu, il n’y avait aucune « désinformation » dans l’article de M. Postel-Vinay ; juste, peut-être, une appréciation subjective sur la « gravité » ou non du réchauffement climatique actuel. Il n’y a même pas de véritable « climato-scepticisme », en tout cas pas plus que dans la réponse de son fact-checker, puisque les 2 sont implicitement ou explicitement d’accord sur le fait que le réchauffement actuel n’est ni inédit, ni d’origine humaine.
Par contre, il y a désinformation du Figaro dans la présentation, biaisée, de la réponse de M. D’Andrea : la rédaction du journal prétend que celui-ci démontrerait que le réchauffement actuel est « sans précédent » dans l’histoire de l’humanité. Cela laisse sous-entendre que l’on va nous démontrer qu’il n’y a jamais eu de tel réchauffement climatique dans l’histoire de l’humanité. Or, ce n’est pas du tout ce que dit le climatologue : ce qu’il dit, c’est qu’il y en a déjà eu, mais que ceux-ci n’ont pas constitué des « évènements » aussi graves - non pas parce qu’ils étaient moins intenses ou moins rapides, mais uniquement parce que c’est l’humanité elle-même qui n’était pas aussi vulnérable qu’aujourd’hui ! Le seul véritable argument logique de l’article de M. D’Andrea, en fait, c’est que les sociétés humaines complexes modernes sont tellement « complexes », justement, qu’elles ne sont plus résilientes à des changements de climat pourtant parfaitement normaux dans l’histoire de notre Planète et même de notre espèce ! Ce qui doit nous « inquiéter », par conséquence, ce n’est pas le climat, c’est notre propre fragilité. D’où la nécessité de modifier notre organisation pour être davantage flexible face aux évolutions naturelles de notre environnement : une conclusion avec laquelle je suis parfaitement d’accord personnellement, et qui implique en premier lieu de sortir de la société de surproduction / surconsommation) dans laquelle nous vivons (c’est-à-dire, dans la mesure où c’en est un produit direct, de sortir du système capitaliste basé sur la seule recherche du profit individuel, pour revenir à une approche plus holistique orientée vers la ‘‘gestion des communs’’… mais c’est un autre débat).
Il y a aussi et surtout désinformation éhontée de Reporterre.net dans la présentation fausse de cette « affaire » montée de toute pièce. Une désinformation qui n’a qu’un but, justifier la volonté des pouvoirs publics de censurer les médias au nom de la lutte contre la « désinformation climatosceptique ». Prétendre à tort que l’adversaire « désinforme » pour justifier de lui interdire la parole, c’est sans doute la forme la plus retorse et maligne de désinformation, déjà utilisée soit dit en passant pour interdire Russian Today et Sputnik dans l’Union Européenne…
Et comme on l’a vu, si l’on veut faire taire des personnes comme M. Postel-Vinay, ce n’est pas qu’il « désinforme » ou qu’il serait « climatosceptique » : c’est uniquement parce qu’il compromet, bien modestement et à son niveau, la marche en avant du Nouvel Ordre Mondial, dont les promoteurs-bénéficiaires ont besoin de la « crise climatique », comme ils avaient besoin de la « menace terroriste » et de la « crise sanitaire », pour effrayer les populations et faire passer les ‘‘tour de vis’’ successifs du contrôle social…
Ci-dessus : Deux personnages importants de la République de Weimar : von Papen et Kurt von Schleicher, ici en 1932, respectivement alors Reichskanzler et Reichswehminister, lors d’une commémoration militaire à Berlin. Von Schleicher constatera que son armée ne pouvait contenir les éléments communistes et nazis si ceux-ci unissaient leurs forces. Son objectif : maintenir le statu quo (réparations incluses) en demandant aux Alliés de pouvoir disposer de 300.000 hommes. Cette éventualité inquiétait les Soviétiques, car elle aurait pu déboucher sur une alliance franco-germano-polonaise. Le conflit entre von Schleicher voulant temporiser la situation socio-politique et l’ultraconservateur von Papen décrétant la loi martiale ne fera que rendre plus instable le gouvernement de Hindenburg.
Ce n'est pas l’Allemagne qui a attaqué la France et l’Angleterre, mais ce sont la France et l’Angleterre qui ont attaqué l’Allemagne et ont donc pris sur elles la responsabilité de la guerre actuelle.
Après le déclenchement des hostilités, l’Allemagne a fait des propositions de paix à la France et à l’Angleterre et l’Union Soviétique a ouvertement soutenu ces propositions allemandes, parce qu'elle a cru et croit toujours qu'une fin rapide de la guerre améliorerait radicalement le sort de tous les pays et de tous les peuples.
Les castes dominantes de France et d’Angleterre ont rejeté de façon blessante les propositions de paix allemandes et les efforts de l’Union Soviétique en vue de mettre rapidement fin à la guerre. Voilà les faits.
Les “protocoles secrets”, niés par les Soviétiques
En annexe au texte officiel du Pacte germano-soviétique existaient des “protocoles secrets supplémentaires”, où les intentions les plus offensives des deux partenaires transparaissaient très clairement. Ces protocoles n'ont pu être évoqués lors du Procès de Nuremberg en 1946. L’avocat de Hess, le Dr. Seidl, reçut l’interdiction de lire le texte, sous pression du procureur soviétique Rudenko. L’hebdomadaire londonien The Economist s'insurgera contre cette atteinte aux droits de la défense, si flagrante puisque la teneur des “protocoles secrets supplémentaires” avait pu être vérifiée dans les faits.
Dans les documents consignés dans le livre de Höffkes, nous avons repéré beaucoup de détails intéressants. Ainsi, dans le texte du protocole des conversations entre le Dr. Schnurre et le chargé d’affaires soviétique Astakhov, daté du 17 mai 1939, on apprend que l’Union Soviétique souhaitait que les accords commerciaux entre la Tchécoslovaquie et l’URSS demeurent tels quels sous le protectorat allemand, instauré après la disparition de la République tchécoslovaque. Il suffisait, disait Astakhov, de les reconduire purement et simplement. L’élimination de la Tchécoslovaquie ne créait aucun problème entre le Reich et l’URSS (cf. Höffkes, doc. n°5).
Dans un rapport envoyé par l’ambassadeur allemand à Moscou, von der Schulenburg, au Secrétaire d’État aux Affaires étrangères von Weizsaecker (père de l’actuel Président de la RFA), daté du 22 mai 1939, on apprend les difficultés que rencontrent les Alliés à Moscou pour créer un gigantesque front anti-fasciste englobant l’URSS. Les Anglais hésitent à garantir les frontières de l’URSS, de peur de pousser complètement les Japonais dans les bras des Allemands (doc. n°8).
Le document n°15, consistant en un rapport du sous-secrétaire Dr. Woermann à propos de ses conversations avec l’envoyé bulgare Draganoff, daté du 15 juin 1939, nous apprend le rôle que joua ce diplomate bulgare dans la gestation du Pacte du 23 août. Draganoff connaissait personnellement Astakhov, lequel lui avait dit que l’URSS était sollicitée par deux stratégies : l’une postulait l’alliance avec la France et l’Angleterre, l’autre l’alliance avec l’Allemagne, indépendamment des idéologies communiste et nationale-socialiste. L’URSS choisirait l’Allemagne sans hésiter si l’Allemagne déclarait officiellement qu'elle n'attaquerait pas la Russie ou si elle signait avec l’URSS un pacte de non-agression.
Pour les Soviétiques, l’URSS et le Reich s'opposent aux démocraties capitalistes
Le document n°24, un rapport de Schnurre sur ses conversations avec Astakhov et Babarine (Directeur de la représentation commerciale soviétique à Berlin), témoigne des intentions soviétiques à la date du 27 juillet 1939. Les Soviétiques souhaitent une reprise des relations économiques, politiques et culturelles avec le Reich. La presse des deux pays doit modérer ses propos, suggèrent les deux diplomates soviétiques, et ne pas publier d’articles offensants contre l’autre. L’Allemagne, l’Italie et l’URSS ont une chose en commun, malgré toutes les divergences idéologiques : l’hostilité aux démocraties capitalistes. De ce fait, l’URSS ne peut s'aligner sur les démocraties occidentales. Astakhov signale, rapporte Schnurre, que des problèmes peuvent surgir du fait que l’Allemagne comme l’URSS considèrent que les Pays Baltes, la Finlande et la Roumanie appartiennent à leur sphère d’influence. Il peut ainsi apparaître que l’Allemagne cherche à utiliser ces petites puissances contre l’URSS, comme avait cherché à le faire la France, en créant le “cordon sanitaire” après Versailles.
Et Astakhov poursuit : l’Angleterre ne peut rien offrir de concret à la Russie ; l’alliance germano-japonaise n'est pas dirigée contre la Russie ; la question polonaise, avec le corridor de Dantzig, finira par être résolue au bénéfice du Reich. Une inquiétude point tout de même chez Astakhov : l’Allemagne hitlérienne se considère-t-elle comme l’héritière de l’Autriche en Europe orientale, en d’autres mots, cherche-t-elle à inclure dans sa sphère d’influence les pays galiciens et ukrainiens soumis jadis à la Double Monarchie austro-hongroise ? L’objet du rapport de Schnurre contribua à dissiper des malentendus. Aujourd’hui, il nous renseigne admirablement non seulement sur les intentions soviétiques de l’été 1939 mais aussi sur les intérêts éternels de la Russie en Europe Orientale.
Le document n°28, un câble de Schulenburg au Ministère des Affaires étrangères (3 août 1939), révèle quelques réticences de Molotov : le pacte Anti-Komintern n'est pas une simple façade comme on tente depuis quelques semaines de le faire accroire tant du côté soviétique que du côté allemand. En effet, ce pacte a soutenu les projets agressifs du Japon à l’égard de l’URSS — le Japon venait d’être battu aux confins de la Mandchourie par les troupes de Joukov — et l’Allemagne a appuyé le Japon, tout en refusant de participer à des conférences internationales si l’URSS y participait aussi, l’exemple le plus flagrant étant Munich (1938). Schulenburg rétorqua que l’URSS, en signant un traité avec la France en 1935, s'est laissée entraîner dans des menées anti-allemandes et qu'en conséquence l’Allemagne a dû réviser certaines de ses positions, au départ russophiles.
Les positions de Ribbentrop et d’Oshima, ambassadeur du Japon à Berlin
Le document n°33, un télégramme de von Ribbentrop à Schulenburg daté du 14 août 1939, nous indique la position du Ministre des Affaires étrangères du Reich. Il n'y a pas de conflit d’intérêts entre l’URSS et le Reich sur la ligne reliant la Baltique à la Mer Noire ; les divergences de vue dues aux idéologies ont certes engendré la méfiance réciproque, mais ce ballast doit être progressivement éliminé car il apparaît de plus en plus évident, sur la scène internationale, que les démocraties occidentales capitalistes sont également ennemies de l’Allemagne nationale-socialiste et de la Russie stalinienne. Si la Russie et l’Allemagne s'entre-déchirent, ce sera dans l’intérêt des démocraties occidentales : voilà ce qu'il faut éviter. Les menées bellicistes de l’Angleterre postulent un règlement rapide du contentieux germano-soviétique. Dans ce même télégramme, Ribbentrop suggère une visite personnelle à Moscou.
Le document n°48, daté du 22 août 1939, la veille de la signature du Pacte, rend compte d’une conversation téléphonique entre Ribbentrop et l’ambassadeur du Japon, Oshima, sur les projets allemands et soviétiques. Outre que l’apparent changement d’attitude des Allemands risquait de choquer quelques milieux japonais, l’ambassadeur nippon émettait une seule réticence : l’URSS, rassurée en Europe, renforcerait sans doute son front extrême-oriental et rallumerait le conflit sino-japonais pour en tirer toutes sortes de profits. Quoi qu'il en soit, l’évolution dans cette direction était prévisible et comme le Japon ne souhaite pas réanimer le conflit qui venait de l’opposer à l’URSS, l’ambassadeur nippon rassure Ribbentrop : la position du Japon ne changera pas. L’ennemi n°1 du Japon comme de l’Allemagne était désormais l’Angleterre : il fallait donc que les deux puissances du Pacte Anti-Komintern normalisent leurs relations avec Moscou.
Les conversations entre Staline, Ribbentrop et Molotov
Le pacte germano-soviétique sur la carte (cliquer dessus). En renonçant au morceau de Pologne situé à l’est de Varsovie mais à l’ouest de l’ancienne frontière des tsars, Staline joue habilement : les Allemands occupent ainsi seuls un territoire qui n'a jamais été à eux. Au regard du droit, les Soviétiques ne faisaient que récupérer les territoires que leur avaient arrachés la Pologne lors du Traité de Riga (1921). Du coup, ils ne faisaient plus figure d’“agresseurs”.
L’avis de Mussolini
Le document n°55 est une lettre de Hitler adressée à Mussolini et datée du 25 août 1939. Hitler demande l’avis de Mussolini sur la situation nouvelle.
Le document n°56 reproduit la réponse du Duce, envoyée le jour même. En voici le contenu intégral :
Bernard Lugan est bien connu de nos lecteurs. Cet africaniste de renom, ancien professeur à l’Ecole de Guerre et à l’ESM de Saint-Cyr Coëtquidan, dirige la revue L’Afrique réelle et est l’auteur de nombreux livres, essentiellement consacrés au continent africain. Il vient de publier aux éditions du Rocher une Histoire du Sahel, des origines à nos jours.
Lorsque l’on entend aujourd’hui parler du Sahel, cela nous renvoie aux guerres islamo-mafieuses qui s’y déroulent depuis les années 2000. En guerre depuis les indépendances (conflits du Tchad, du Soudan, guerres touareg du Mali et du Niger), l’espace sahélien s’est de nouveau embrasé à partir des années 2010, quand, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Nigeria, au Tchad et au Cameroun, l’islamisme s’est opportunément greffé sur un conflit latent nord-sud, résurgence des anciennes oppositions ethniques régionales avec, en arrière-plan, la tension entre agriculteurs et pasteurs.
En 2012, après les guerres des années 1963-2009, à la permanence de l’irrédentisme touareg, donnée régionale de longue durée, s’est greffé l’islamo-djihadisme qui a changé la nature d’un conflit aux causes originellement identitaires. Cette guerre a ensuite débordé de l’Azawad au Macina pour s’étendre au Niger et au Burkina Faso, à travers une ethnicisation opposant certains Peul, suspectés de constituer le vivier des djihadistes, aux Dogon, aux Mossi, aux Djerma et aux autres peuples sédentaires de la région.
Dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels massacres ethniques découlent ainsi d’abord de conflits datant de la fin du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle, quand la région fut conquise par des éleveurs peul dont l’impérialisme s’abritait derrière la paravent du djihad.
Si l’ouvrage de Bernard Lugan est donc indispensable pour comprendre la complexité géopolitique de la région, s’est aussi parce qu’il remonte aux sources de l’histoire des peuples du Sahel, en y ajoutant les éléments géographiques nécessaires à la bonne compréhension des faits.
Car le Sahel est, selon l’expression de Lugan, le domaine du temps long dans lequel l’affirmation d’une constante islamique radicale est périodiquement le paravent des intérêts ethniques, économiques et politiques. Ainsi, au XIe siècle, derrière ses grandes proclamations de foi purificatrice, le djihad des Berbères Almoravides visait également l’or du Ghana au sud et les riches cités marchandes marocaines au nord. Au XVIIIe siècle, les djihad des Peul furent d’abord des entreprises de destruction des chefferies sédentaires auxquelles ces pasteurs étaient alors soumis. Au XIXe siècle, le mahdisme soudanais et son appel à la guerre sainte masquaient une volonté de contrer l’impérialisme égyptien qui faisait courir un danger mortel au commerce esclavagiste régional. La parenthèse coloniale dura moins d’un siècle, ouverte dans les années 1890 et refermée dans la décennie 1950, avec pour conséquence que les entités nordistes qui résistèrent à la colonisation furent militairement défaites au profit des populations qu’elles dominaient. La décolonisation qui suivit acheva de perturber en profondeur les équilibres politiques régionaux car les délimitations administratives coloniales devinrent des frontières d’Etats à l’intérieur desquelles, comme ils étaient les plus nombreux, les sudistes l’emportèrent politiquement sur les nordistes, selon les lois immuables de l’ethno-mathématique électorale. La conséquence de cette situation fut que, dans tout le Sahel, notamment au Mali, au Niger et au Tchad, les Touareg et les Toubou qui refusaient d’être soumis à leurs anciens tributaires sudistes se soulevèrent. Alors que dans le sud du Soudan, ce furent les anciennes victimes sudistes qui refusèrent la soumission à leurs anciens bourreaux esclavagistes nordistes.
Histoire du Sahel, Bernard Lugan, éditions du Rocher, 222 pages, 20,90 euros
Nous vous proposons dans cette série estivale de découvrir les portraits des 16 leaders rebelles irlandais exécutés lors de l’insurrection de Pâques 1916 et suite à la prise de la Poste de Dublin, sous les yeux d’une foule qui ne comprenait pas réellement ce que voulaient ces nationalistes irlandais courageux, impétueux, mais encore très minoritaires à l’époque dans la population.
Roger Casement est né en 1864 à Sandycove, dans le Comté de Dublin, fils du capitaine Roger Casement de l’armée britannique et d’Anne Jephson . Le père de Roger et sa famille étaient originaires du comté d’Antrim et étaient de souche protestante d’Ulster. Roger a été élevé comme un protestant par son père. Cependant, à l’âge de cinq ans, sa mère l’a secrètement baptisé, ainsi que ses frères et sœurs (Charlie, Tom et Agnes), dans la foi catholique lors de vacances à Aberystoyth, au Pays de Galles. Ses parents sont morts lorsqu’il était jeune et il a été élevé par son oncle, John Casement, dans le comté d’Antrim. Antrim.
Après une carrière variée en Afrique de l’Ouest, il entre au service des affaires étrangères britanniques en 1892 et, pendant les vingt années qui suivent, acquiert une réputation humanitaire internationale pour son travail de dénonciation de l’exploitation des indigènes au Congo, puis au Pérou. Il a dénoncé une litanie d’abus, notamment la flagellation, la mutilation et la torture d’hommes, de femmes et d’enfants. Son travail humanitaire a conféré un immense prestige à la Grande-Bretagne et a valu à Casement une renommée mondiale et de hautes distinctions. Casement revient du Pérou en mauvaise santé et dans un état de profonde détresse. Selon Hobson, Casement était un homme sensible et les tortures infligées aux indigènes au Congo et au Pérou lui ont causé des cauchemars. En 1913, il prend sa retraite.
Avant sa retraite, il s’était beaucoup intéressé et impliqué dans les causes nationalistes irlandaises. Il fut très influencé par Alice Stopford Green, mécène des mouvements humanitaires et enthousiaste de la cause nationaliste anglo-irlandaise, ainsi que par Bulmer Hobson, qu’il rencontra en 1904 lors d’une permission au Congo. Roger, Alice et Bulmer collaborent à la rédaction d’un pamphlet contre la conscription en 1905.
Casement est également membre de la Ligue gaélique pendant plusieurs années. Il jouit de la confiance et de l’amitié du Dr Douglas Hyde, président de la Ligue gaélique, et de nombreuses personnalités de premier plan, dont Eoin MacNeill, également originaire du Co. Antrim et avec qui il était très ami. Il espère pouvoir persuader les unionistes d’Ulster de soutenir le nationalisme irlandais, mais se radicalise de plus en plus face à leur opposition au Home Rule. Selon une déclaration de Bulmer Hobson, Casement “a littéralement donné tout ce qu’il possédait pour aider le mouvement national. Il a collecté de l’argent pour défendre les prisonniers, pour nourrir les écoliers du Gaeltacht, pour financer les collèges gaéliques et pour permettre à nos petits journaux insolvables de continuer à exister. Il écrivait parfois des articles pour le United Irishman, le Peasant et Irish Freedom“. Il a aidé son ami Pádraig Pearse, notamment sur le plan financier, à fonder l’école St. Enda en 1908.
La retraite de Casement du Foreign Office lui permet cependant de se consacrer aux causes nationalistes. En 1912, il écrit et publie dans l’Irish Review, “un magazine littéraire mensuel édité par ses amis Thomas MacDonagh et Joseph Plunkett, des articles dans lesquels il expose son point de vue sur le droit de l’Irlande à une indépendance totale“. À la fin de l’année 1913, Casement est membre du Comité provisoire des volontaires irlandais. Il voyage beaucoup à travers le pays, prenant la parole lors de réunions et organisant des compagnies de volontaires. En 1914, avec Alice Greene, il forme un comité londonien chargé de collecter des fonds pour acheter des armes, qu’il juge nécessaires pour que les Volontaires irlandais puissent jouer leur rôle de défenseurs de l’introduction du Home Rule. “Les fusils ont été achetés grâce à un fonds de souscription personnelle d’environ 4 000 livres sterling versé aux deux collectionneurs spéciaux Roger Casement et The O’Rahilly, qui ont tous deux lancé ce fonds avec 250 livres sterling de leur propre argent“.
Ces armes sont achetées et le plan consiste à les importer à bord de deux yachts, celui d’Erskine Childer, l’Asgard, et le Kelpie, qui appartient à Mary Spring Rice, une cousine de l’épouse de Childer. L’Asgard débarque à Howth le 26 juillet 1914 et la cargaison du Kelpie est transférée sur un autre yacht, le Chotah, qui débarque sans encombre dans le comté de Wicklow en août 1914. Les armes et les munitions sont rapidement déchargées et distribuées.
À cette époque, Casement se trouve en Amérique et tente de collecter des fonds pour les Volontaires irlandais. Dans sa défense ultérieure, Casement a soutenu que l’argent collecté ici était en fait de “l’or irlandais” puisqu’il provenait d’Irlandais et de leurs descendants. John Devoy, le chef du Clan na Gael, était en contact avec l’ambassadeur d’Allemagne en Amérique au sujet de la possibilité d’utiliser le soutien allemand pour renverser les Britanniques en Irlande, la guerre ayant été déclarée en 1914. Casement voulait que l’Irlande reste en dehors de la guerre et il espérait arrêter le recrutement de l’armée britannique en Irlande. Casement s’organise pour se rendre en Allemagne avec trois objectifs : recruter une brigade irlandaise parmi les soldats irlandais de l’armée britannique détenus comme prisonniers de guerre en Allemagne, obtenir le soutien des Allemands à l’indépendance de l’Irlande et obtenir des armes qui seraient acheminées vers les Volontaires.
Thomas Clarke envoie Robert Monteith en Allemagne pour aider Casement à recruter et à former les membres de la brigade irlandaise. Au camp de Limburg, seuls 56 prisonniers de guerre irlandais acceptent de rejoindre la Brigade qui doit être formée par les Allemands et envoyée pour aider la rébellion en Irlande. En avril 1915, Joseph Plunkett est envoyé en Allemagne pour déterminer si le gouvernement allemand soutiendrait une révolution en Irlande. Un plan ambitieux, le rapport sur l’Irlande, a été présenté. Il prévoyait le débarquement d’une force de 12 000 soldats allemands sur la côte ouest de l’Irlande, qui auraient incité à la rébellion. Le plan visait à ce que les forces irlandaises et allemandes combinées battent les Britanniques en Irlande, ce qui permettrait aux Allemands d’établir des bases navales en Irlande et d’utiliser les sous-marins allemands pour couper les voies d’approvisionnement britanniques dans l’Atlantique. Le gouvernement allemand rejette le plan mais accepte d’envoyer un lot d’armes en Irlande.
Pendant son séjour en Allemagne, Casement est en mauvaise santé. Il est déçu par ce qu’il considère comme un résultat insatisfaisant de ses tentatives pour obtenir l’aide des Allemands pour un soulèvement. Les Allemands n’acceptent de fournir qu’une petite quantité d’armes et seuls quelques prisonniers sont prêts à rejoindre la Brigade irlandaise. Selon Jack Plunkett, son frère Joseph a dit à Casement en Allemagne que l’insurrection était prévue pour le dimanche de Pâques, mais que Casement voulait la retarder jusqu’au 6 juin.
Casement était fortement opposé à une insurrection sans un soutien militaire allemand substantiel, mais il décida de retourner en Irlande et de rejoindre la rébellion prévue pour le dimanche de Pâques. Le 15 avril 1916, Sir Roger Casement quitte Wilhelmshaven à bord d’un sous-marin allemand en direction de la baie de Tralee. Le sous-marin doit rencontrer un cargo, le Libau, au large de la côte du Kerry, déguisé en un vapeur norvégien existant, l’Aud. En plus de sa cargaison habituelle, l’Aud transportait des mitrailleuses, des fusils et des munitions. Cependant, le U-boot et l’Aud ne se rencontrent pas et Casement et ses compagnons, Monteith et Bailey, débarquent à Banna Strand Co. Kerry. Casement est arrêté et conduit à la prison de Tralee. L’Aud est intercepté par la marine britannique au large de la côte sud et est sabordé par son capitaine alors qu’il est escorté jusqu’à Queenstown (aujourd’hui Cobh).
Selon la déclaration de Bernard Reilly, agent de la RIC à Ardfert, dans le comté de Kerry, qui était de service à l’époque, des hommes avaient été signalés comme agissant de manière suspecte dans la localité. Le RIC est allé enquêter sur un bateau et a trouvé trois pistolets Amuser et des munitions. Il rencontre Roger Casement qui insiste sur le fait qu’il est Richard Morton du Buckinghamshire, un Anglais qui prépare un livre sur Saint Brendan. “Alors que j’entrais dans le fort, un homme s’est approché de moi depuis les arbustes. C’était un homme de grande taille. Il me paraissait étranger et ne correspondait pas au type de personne que l’on rencontre dans la rue. Ses vêtements n’avaient rien d’inhabituel. Il portait une barbe et avait une apparence plus ou moins aristocratique. Je ne me souviens pas que ses vêtements aient été mouillés à ce stade“. Une laitière, Mary Gorman, confirma que Casement était l’un des hommes qu’elle avait vu plus tôt dans la matinée.
Monteith et Bailey parviennent à s’échapper et à rejoindre Tralee. Deux volontaires, Austin Stack et Con Collins, sont arrêtés alors qu’ils sont à la recherche de Casement. Trois autres volontaires (Con Keating, Charles Monaghan et Donal Sheehan), qui tentaient d’entrer en contact avec les bateaux allemands par radio, quittèrent le quai de Ballykissane en voiture dans l’obscurité et seul le conducteur échappa à la noyade.
Roger Casement a réussi à envoyer un message aux dirigeants de l’IRB très tôt le samedi matin. Il s’agit d’un appel angoissé à arrêter l’insurrection à tout prix, car il est convaincu que les Allemands laisseront les Volontaires dans l’embarras.
Casement est emmené à la Tour de Londres et jugé pour haute trahison à l’Old Bailey. De nombreuses personnalités, dont Sir Arthur Conan Doyle, WB Yeats et George Bernard Shaw, ont demandé un sursis, notamment en raison de son action en faveur des droits de l’homme au cours de sa carrière au sein du British Colonial Service. Cependant, avant que la sympathie du public ne puisse gagner du terrain, des copies de journaux intimes, censés appartenir à Casement, ont été diffusées par des fonctionnaires britanniques. Ces journaux font état de ses activités homosexuelles présumées avec un Norvégien, Alder Christensen, qui était employé par Casement en tant que domestique. L’opinion publique s’est alors retournée contre Casement, bien que certains aient cru que ces “carnets noirs” étaient des faux. À une époque de fort conservatisme social, les carnets noirs ont sapé le soutien à Casement.
Selon Seán T. O’Ceallaigh, le procès de Casement s’est ouvert le 26 juin 1916 sur une accusation de trahison devant la King’s Bench Division de la Haute Cour. Casement a été jugé pour haute trahison en vertu d’une loi datant du règne d’Édouard III en 1351 “pour avoir adhéré aux ennemis du roi sans le royaume”.
Casement est défendu par l’avocat A.M. Sullivan. Casement voulait que l’on sache qu’il s’était efforcé d’empêcher l’insurrection de la semaine de Pâques. Casement craignait que le Journal noir ne soit utilisé contre lui au tribunal, mais son avocat pensait que “le gouvernement souhaitait contribuer à l’établissement d’une défense d’aliénation mentale “. La défense de Casement était que la loi datant de 1351, en vertu de laquelle il était accusé de haute trahison, n’avait aucun effet juridique en Irlande jusqu’à l’adoption de la loi Poyning, qui stipulait qu’un Irlandais ne pouvait être accusé de haute trahison en vertu de la loi de 1351 que par les lois du royaume d’Irlande et en Irlande. Pour Casement, la Haute Cour de Londres était donc un tribunal étranger et non un tribunal de ses pairs. En vertu de la loi de Poyning, il estimait avoir le droit d’être jugé en Irlande devant un tribunal irlandais et par un jury irlandais. Il n’avait pas apporté les armes en Angleterre, mais en Irlande. “Si j’ai eu tort de lancer un appel aux Irlandais pour qu’ils se joignent à moi dans un effort de lutte pour l’Irlande, c’est par les Irlandais et eux seuls que je peux être jugé à juste titre. Ce n’est pas moi qui ai débarqué en Angleterre, mais la Couronne qui m’a traîné ici, loin de mon propre pays. Placez-moi devant un jury composé de mes propres compatriotes, qu’ils soient protestants ou catholiques, unionistes ou nationalistes, Sinn Féineach ou Orangistes, et j’accepterai leur verdict et me soumettrai à la loi et à toutes ses sanctions”.
Casement est reconnu coupable de trahison. Avant son exécution, il est reçu officiellement dans l’Église catholique. Roger Casement a été exécuté par pendaison à la prison de Pentonville le 3 août 1916, contrairement aux leaders de l’insurrection de 1916 à Dublin ou à Thomas Kent à Cork, qui ont été exécutés par un peloton d’exécution.
Casement a été enterré dans l’enceinte de la prison, mais sa dépouille a été réinhumée au cimetière de Glasnevin le 1er mars 1965, l’année précédant les commémorations du 50e anniversaire, avec tous les honneurs militaires. Environ 30 000 personnes ont assisté à la cérémonie et le président de l’Irlande, Éamon de Valera, a prononcé l’oraison funèbre11.
Norman Lamont, ancien chancelier de l’Échiquier en Angleterre, a déclaré que la déclaration de Roger Casement depuis le banc des accusés était le plus grand discours du XXe siècle.
Comme je souhaite que mes paroles atteignent un public beaucoup plus large que celui que j’ai devant moi, j’ai l’intention de lire tout ce que je me propose de dire.
Ce que je vais lire maintenant est quelque chose que j’ai écrit il y a plus de vingt jours. Il y a une objection qui n’est peut-être pas valable en droit, mais qui l’est certainement sur le plan moral, contre l’application à mon cas de cette loi anglaise, vieille de 565 ans, qui cherche à priver aujourd’hui un Irlandais de la vie et de l’honneur, non pas pour avoir “adhéré aux ennemis du roi”, mais pour avoir adhéré à son propre peuple.
Lorsque cette loi a été adoptée, en 1351, quel était l’état d’esprit des hommes sur la question d’une allégeance bien plus importante – celle de l’homme à Dieu et à son royaume ?
La loi de l’époque ne permettait pas à un homme d’abandonner son Église ou de renier son Dieu, sauf au prix de sa vie. L’hérétique connaissait alors le même sort que le traître. Aujourd’hui, un homme peut renoncer à Dieu et à son royaume céleste sans crainte ni sanction, toutes les lois antérieures ayant disparu comme les édits de Néron contre les chrétiens ; mais ce fantôme constitutionnel qu’est le roi peut encore déterrer des donjons et des chambres de torture de l’âge des ténèbres une loi qui prive un homme de sa vie et de son intégrité physique pour un exercice de conscience.
La loyauté est un sentiment, pas une loi. Elle repose sur l’amour et non sur la contrainte. Le gouvernement de l’Irlande par l’Angleterre repose sur la contrainte et non sur la loi ; et comme il n’exige pas d’amour, il ne peut susciter aucune loyauté. Aujourd’hui, l’assassinat judiciaire n’est réservé qu’à une race de sujets du roi, les Irlandais ; à ceux qui ne peuvent oublier leur allégeance au royaume d’Irlande.
Quelle est la charte fondamentale de la liberté d’un Anglais ? Qu’il soit jugé par ses pairs. Avec tout le respect que je vous dois, j’affirme que ce tribunal est pour moi, Irlandais, un tribunal étranger – ce jury est pour moi, Irlandais, et non un jury de mes pairs.
Il est évident pour tout homme de conscience que j’ai un droit inaliénable, si je suis jugé en vertu de cette loi sur la haute trahison, d’être jugé en Irlande, devant un tribunal irlandais et par un jury irlandais.
Ce tribunal, ce jury, l’opinion publique de ce pays, l’Angleterre, ne peuvent qu’être préjudiciés à des degrés divers contre moi, surtout en temps de guerre. De ce tribunal et de sa juridiction, je fais appel à ceux que l’on prétend avoir lésés et à ceux que l’on prétend avoir blessés par mon “mauvais exemple”, et je prétends qu’eux seuls sont compétents pour décider de ma culpabilité ou de mon innocence.
Il s’agit là d’un droit si fondamental, si naturel, si évident qu’il est clair que la Couronne en était consciente lorsqu’elle m’a amené de force et en catimini d’Irlande dans ce pays. Ce n’est pas moi qui ai débarqué en Angleterre, mais la Couronne qui m’a traîné ici, loin de mon propre pays, dans lequel j’étais revenu avec une tête mise à prix, loin de mes propres compatriotes, dont la loyauté n’est pas mise en doute, et à l’abri du jugement de mes pairs, dont le jugement ne me fait pas peur.
Je n’admets pas d’autre jugement que le leur. Je n’accepte d’autre verdict que le leur.
J’affirme depuis ce banc que je suis jugé ici non pas parce que c’est juste, mais parce que c’est injuste. Mon avocat a évoqué le mouvement des Volontaires d’Ulster, et je ne m’étendrai pas sur ce sujet, si ce n’est pour dire que ni moi ni aucun des dirigeants des Volontaires irlandais, qui ont été fondés à Dublin en novembre 1913, n’avons eu de différend avec les Volontaires d’Ulster en tant que tels, qui sont nés un an plus tôt.
Notre mouvement n’était pas dirigé contre eux, mais contre les hommes qui abusaient et détournaient le courage, la sincérité et le patriotisme local des hommes du Nord de l’Irlande. Au contraire, nous avons salué l’arrivée des Volontaires d’Ulster, tout en déplorant les objectifs et les intentions de ces Anglais qui cherchaient à pervertir les activités armées des simples Irlandais pour les utiliser dans le cadre d’un parti anglais – aux fins mesquines de leur propre tentative de conquête d’une place et du pouvoir en Angleterre.
Nous voulions gagner les Volontaires d’Ulster à la cause d’une Irlande unie – nous voulions unir tous les Irlandais dans un lien naturel et national de cohésion basé sur le respect mutuel de soi. Notre espoir était naturel et, si nous étions livrés à nous-mêmes, il n’était pas difficile à réaliser.
Si les influences extérieures de désintégration nous laissaient tranquilles, nous étions sûrs que la nature elle-même nous réunirait. Ce ne sont pas les volontaires irlandais qui ont enfreint la loi, mais un parti britannique.
Le gouvernement avait permis aux Volontaires d’Ulster d’être armés par des Anglais pour menacer non seulement un parti anglais dans son emprise, mais pour menacer ce parti par la vie et le sang d’Irlandais. Nous avions le choix entre la soumission à l’anarchie étrangère et la résistance, et nous n’avons pas hésité. Pour ma part, j’étais déterminé à ce que l’Irlande représente bien plus pour moi qu’un empire, et que si la charité commence à la maison, il en va de même pour la loyauté.
Puisque les armes étaient si nécessaires pour faire de notre organisation une réalité et pour donner à l’esprit des Irlandais menacés par les menaces les plus scandaleuses un sentiment de sécurité, il était de notre devoir de nous procurer des armes avant toute autre chose.
C’est dans ce but que j’ai décidé de me rendre en Amérique. Si, comme le très honorable gentleman, l’actuel procureur général, l’a affirmé dans un discours à Manchester, les nationalistes ne se battraient pas pour l’autonomie nationale et ne la paieraient pas, il était de notre devoir de lui montrer que nous savions faire les deux.
Puis vint la guerre. Comme l’a dit M. Birrell dans le témoignage qu’il a récemment présenté à la Commission d’enquête sur les causes de la dernière rébellion en Irlande, “la guerre a bouleversé tous nos calculs”.
Elle a bouleversé les miens, tout autant que ceux de M. Birrell, et a mis fin à ma mission d’effort pacifique en Amérique. La guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne signifiait, comme je le pensais, la ruine de tous les espoirs que nous avions fondés sur l’enrôlement des volontaires irlandais.
J’ai senti, là-bas en Amérique, que mon premier devoir était de garder les Irlandais chez eux dans la seule armée qui pouvait sauvegarder notre existence nationale. Si les petites nationalités devaient être les pions de ce jeu de géants, je ne voyais pas pourquoi l’Irlande devrait verser son sang pour une autre cause que la sienne, et s’il s’agit d’une trahison au-delà des mers, je n’ai pas honte de l’avouer ou d’en répondre ici au prix de ma vie.
Et lorsque nous avons enfin eu écho de la doctrine de la loyauté unioniste, “Mausers et Kaisers et tous les rois que vous voulez”, j’ai senti que je n’avais besoin d’aucune autre garantie que celle que ces mots véhiculaient – pour aller de l’avant et faire de même. La différence entre nous, c’est que les champions unionistes ont choisi un chemin qui, selon eux, menait à la chambre des Lords, tandis que j’ai emprunté une route qui, je le savais, devait mener dans une impasse.
Et l’événement prouve que nous avions tous les deux raison. Mais permettez-moi de dire que je suis plus fier de me tenir ici aujourd’hui dans le box des accusés pour répondre à cette mise en accusation que d’occuper la place de mes accusateurs. S’il n’y a pas de droit à la rébellion contre un état de choses qu’aucune tribu sauvage ne supporterait sans résistance, alors je suis sûr qu’il vaut mieux pour les hommes se battre et mourir sans droit que de vivre dans un état de droit tel que celui-ci.
Lorsque tous vos droits ne sont plus qu’une accumulation de torts, lorsque les hommes doivent implorer avec impatience la permission de subsister sur leur propre terre, de penser leurs propres pensées, de chanter leurs propres chansons, de récolter le fruit de leur propre travail – et même lorsqu’ils implorent que ces choses leur soient inexorablement retirées – il est assurément plus courageux, plus sain et plus vrai d’être un rebelle en actes et en actions contre de telles circonstances que de les accepter docilement comme le lot naturel des hommes.
Monseigneur, c’est ce que j’ai fait. Messieurs les jurés, je tiens à vous remercier pour votre verdict. J’espère que vous ne penserez pas que j’ai mis en cause votre sincérité ou votre intégrité lorsque j’ai dit qu’il ne s’agissait pas d’un procès devant mes pairs.
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