Goldman Sachs (qui n'est pas le cousin de Gunther Sachs l'ex de Bardot) a été un des premiers «réchauffistes-citoyens ». Il y a empoché 10 milliards de dollars. Et tandis que le troupeau apeuré pousse ses clameurs de pleureuses, d'autres se frottent les mains à l'idée des profits qu'ils vont engranger. Et peu importe que ça réchauffe un peu, beaucoup ou pas du tout, c'est du pareil au même...
lundi 3 juillet 2023
Réchauffards : Le casse du siècle
dimanche 2 juillet 2023
Parution : Frédéric Mistral. Patrie charnelle et Provence absolue

Si l’on connait Rémi Soulié comme philosophe et essayiste, on oublie parfois de rappeler qu’il est aussi poète, chantre de sa patrie qu’est l’Occitanie. La collection Longue Mémoire de l’Institut Iliade édite aujourd’hui un nouvel essai de ce membre du Félibrige qui nous fait découvrir le vate provençal qu’était Frédéric Mistral.
Ce nouvel essai de Rémi Soulié n’est pas une simple biographie du poète sous l’égide duquel s’est placée la XIVe promotion de l’Institut Iliade, c’est avant tout une invitation au voyage, sorte de quête initiatique pour découvrir la pensée de Frédéric Mistral et son enracinement profond sur cette terre latine qui l’a vu grandir.
Comme le vent du même nom qui souffle du Mont Pilat, déversant sa force sur la vallée du Rhône, les Cévennes ou encore les côtes de la Méditerranée, Frédéric Mistral est avant tout un provençal qui chante sa dévotion à sa terre natale. Attaché à la notion de fédération européenne, lecteur attentif de Proudhon, fervent opposant de la modernité et sa mécanisation, Mistral, comme le rappelle l’auteur, est profondément ancré dans une terre qui le nourrit par son lait maternel.
Rémi Soulié évoque aussi, à travers une plume enlevée, le « paysan provençal » poète de la « race », comme l’était le Beauceron Charles Péguy. Éveilleur du peuple provençal, Frédéric Mistral eut à cœur de défendre sa terre par sa langue, fondant le Félibrige qui ne peut que rappeler le projet d’un Ronsard quelques siècles auparavant… Mais présenter Frédéric Mistral, c’est aussi invoquer les racines grecques et romaines de cette terre d’Europe provençale que le poète avait parfaitement fait siennes.
Rappelant la place prépondérante de la Femme dans l’œuvre de Mistral, l’auteur nous permet de lever le voile sur la spiritualité mistralienne guidée par l’étoile du féminin sacré : de la Vierge Marie du catholique assumé, à la jeune Mireille se rendant au Trou des Fées, l’œuvre de Mistral est ponctuée de figures féminines mêlant christianisme et paganisme dans un syncrétisme résolument cosmique.
En définitive, ce nouvel essai de Rémi Soulié nous entraîne dans la sauvagerie de la nature provençale et nous invite à gravir à notre tour les chemins escarpés du Mont Ventoux, Olympe provençal afin d’y rencontrer l’éternité, loin de l’absurdité d’un monde en plein naufrage. Dans le sillage de Frédéric Mistral, l’auteur nous entraîne dans une recherche d’harmonie où l’idylle et l’épopée seront enfin possibles, et où l’apollinien et le dionysiaque – thèmes chers à Rémi Soulié – seront enfin parfaitement équilibrés.
Informations techniques
Frédéric Mistral. Patrie charnelle et Provence absolue, par Rémi Soulié, La Nouvelle Librairie éditions, 2023, 68 pages. Prix : 9 €. ISBN : 978 – 2‑493898 – 84‑5
https://institut-iliade.com/parution-frederic-mistral-patrie-charnelle-et-provence-absolue/
Sagesse et progrès – Nature et fondements des idéologies contemporaines de Basile Athanase

Ouvrage préface par Guillaume Bernard, professeur et chercheur à l’ICES.
Un livre incontournable et indispensable en ces temps de confusion, de contradiction et de conflits apparemment irréductibles, certes, mais aussi d’hommes et de femmes de bonne volonté, en quête de Sagesse comme d’une Perle rare enfouie dans le champ de nos attentes conscientes ou inconscientes, nos espérance les plus profondes, les plus tenaces, défiant par la même les séductions de la technoscience moderne, les vertiges hallucinants d’un Progrès dont les belles promesses humanistes héritées du XVIII° siècle virent au cauchemar entre les mains d’apprentis sorciers, géniteurs d’un « meilleur des mondes à venir » de plus en plus déshumanisant.
Depuis peu, les mots de woke, transhumanisme, Intelligence Artificielle, multiculturalisme et autres sont devenus les nouvelles formes d’expression de cette idéologie engendrée à la modernité : le progressisme. Diverses études, essentiellement sociologiques et historiques, proposent des analyses fondées sur l’idée commune selon laquelle l’Homme, parfois malgré lui, « doit » poursuivre son évolution au nom du Progrès.
Dans la dernière décennie du XXe, la société occidentale, bavarde, a promu la société de communication et la mondialisation devenues les « normes » constitutives d’un monde « nouveau », sans limites, appelé à effacer « l’ancien monde », mû par les valeurs chrétiennes. Malgré les prouesses technologiques et les utopies idéologiques du moment, la victoire (apparente) des régimes démocratiques en Occident, qui exaltent la liberté individuelle, est de plus en plus contrainte, en raison de son principe de « justice sociale » par la dictature des « minorités ». Ainsi, le dogmatisme progressiste, étroitement lié à celui d’évolution, impacte de plus en plus les hommes de notre temps. En réalité, ceux-ci semblent affectés d’un mal commun que les sagesses philosophique et chrétienne appellent la démesure.
Basile Athanase réussit le difficile tour de force de produire un ouvrage qui marie harmonieusement trois qualités fondamentales devenues assez rares aujourd’hui :
- Etre pédagogiquement attractif pour toutes les générations de lecteurs qu’interpellent a des degrés divers les grands problèmes de notre temps.
- Déployer une savante réflexion, d’une belle envergure philosophique et théologique, laquelle dans sa visée pédagogique demeure toujours à l’écoute et au service des personnes qui ont le bonheur de lire les sept chapitres d’une démonstration à la fois progressive et rigoureuse sans se départir dus souci de la nuance quand elle s’impose.
- Sans jamais tomber dans le travers de la partialité réductrice ou de la contestation déloyale, ce travail révèle bien au contraire, à un haut niveau de précision, et de profusion référentielle dans les Notes et le Glossaire, l’impressionnante somme d’érudition qui s’avérait nécessaire pour la contextualisation historique, intellectuelle et morale du projet d’ensemble…
L’auteur de cet essai, prêtre catholique et philosophe, souhaite réinterroger la philosophie entendue sous le vocable de « sagesse », telle que les philosophes gréco-latins et la pensée chrétienne l’entendent. L’essayiste s’emploie pour cela à mettre en perspective les notions de sagesse et de Progrès, déterminantes pour l’avenir du genre humain qui, en ce premier quart du XXIe siècle, parait plus que jamais désorienté et même à l’agonie.
À qui s’adresse cet ouvrage ?
A tous les hommes et les femmes de bonne volonté, soucieux de comprendre, pour mieux les combattre, les idéologies qui ont prise sur notre société contemporaine. Cet essai souhaite également poser les principales objections ou pistes de réflexion qui pourront intéresser, de manière générale, les lycéens (et les parents responsables de l’instruction de leurs enfants) et, de manière plus particulière, ceux (pour combien de temps ?) qui sont soumis, depuis 2021, aux programmes de spécialités des épreuves du baccalauréat dans lesquels s’introduisent de nombreuses thématiques que nous soulevons dans cet écrit et auxquelles nous apportons des réponses chrétiennes.
Plus d’informations ( sommaire etc ) et commandes sur LIVRES EN FAMILLE
Sagesse et progrès – Nature et fondements des idéologies contemporaines, Basile Athanase, 148 pages, Préface de Guillaume Bernard, 14€.
samedi 1 juillet 2023
Les prédicateurs de la mondialisation
Alors pour leur rafraîchir un peu la mémoire, plongeons dans les chroniques des clercs des siècles passés :En 994, Hugues Capet régnant, l'absence prolongée de pluies assécha les fleuves et les lacs, asphyxiant tous les poissons. La chaleur enflamma des forêts entières avec leur gibier et anéantit les prairies, les moissons et les troupeaux. Une reconstitution modélisée de ces phénomènes extrêmes conclut à des températures > 42°C pendant au moins 6 à 8 semaines. Les témoins d'époque évoquent une "chaleur infernale" pendant près de 3 mois !
Plusieurs dizaines de canicules se succédèrent, de moindre durée, entrecoupées de stases. Suscitant une vingtaine de jacqueries qu'on qualifierait aujourd'hui d'émeutes de la faim.
En 1684, l'Académie Royale des Sciences releva 25 jours d’une température d'au moins 31° et 16 jours de pas moins 35° à l'ombre à Paris où le thermomètre marqua plusieurs fois 40° en 1701 selon l'échelle de Torricelli.
Le climat se dérégla à nouveau en 1694, en 1718 et 1719 avec 700.000 morts, puis 1767, 1778, 1803, 1817, 1825, 1842, 1858, 1875, 1893. Avec des pics de mortalité et de chaleur en 1846 et 1859.
Et ça continua ainsi jusqu'au XXème siècle. Mais les astrologues du GIEC n'ont probablement jamais entendu parler de la canicule de 1911 qui fit 45.000 morts en France (19.000 pour celle de 2003 attribuée au prétendu réchauffement) pas plus que du pic de chaleur de 56,7°C enregistré en Californie en juillet 1913.
L’effet de serre... Imposture ou ignorance ?
De même observe-t-on un exhaussement de la plupart des atolls et une augmentation de leur surface, du fait de la sédimentation corallienne associée à des phénomènes locaux de volcanisme ou de mouvements de la lithosphère. A défaut, les motus restent stables.
Il est absurde de soutenir que son lagon isolé de l'Adriatique, bras de mer resserré dans une mer fermée, serait en train de déborder ! Les "experts" du GIEC n'auraient-ils jamais entendu parler des marées barométriques qui peuvent s'associer aux vent de secteur Sud pour provoquer des variations du niveau de la mer de l'ordre de un mètre cinquante ?
De la mer et de sa stratégie à propos d'un livre de Philippe Masson 2/2
Vue de coupe du sous-marin nucléaire USS Ohio (cliquez pour agrandir). Ce type d'armement constitue l'épine dorsale de la stratégie actuelle des thalassocraties, comme nous l'expliquent Philippe Masson et Ange Sampieru.
1) les sous-marins nucléaires lance-engins (SNLE), instruments très fiables dans le cadre d'une politique de dissuasion ; ils sont armés de missiles balistiques (entre 16 et 24) dont la portée a été régulièrement augmentée depuis les années 60… En 1960, les missiles américains Polaris avaient une portée de 1.500 miles nautiques ; les futurs Trident IID5 auront, eux, une portée de 6000 miles nautiques ! L'Union Soviétique possède les missiles SS N8 d'une portée de 4.500 miles nautiques, les nouveaux SS-20 étant en cours d'élaboration. Quant aux cinq SNLE français, ils sont armés de missiles M20 (portée : 3.000 km), en attendant la nouvelle génération des M4 ayant une portée de 4.000 km.
Ajoutons à ces performances de longue portée et de vitesse, celle de la précision. Le “cercle d'erreur probable”, autrement dit la dispersion des engins, varie de 1.200 mètres pour les anciens missiles américains Poséidon à 500 mètres pour les Tridents 14. Tous ces missiles sont d'autre part améliorés dans le sens d'une multiplication des ogives portées et d'une réduction de leur puissance. Les missiles américains possèdent de 8 à 14 têtes de 50 à 100 kilotonnes qui, de surcroît, sont “marvées”. C'est-à-dire qu'ils assument eux-mêmes leur trajectoire, de façon à éviter les risques d'interception et à faciliter la pénétration. La flotte soviétique est demeurée, quant à elle, au stade des missiles dits “mirvés”, c'est-à-dire non guidés et lancés en grappe. Les nouveaux SS-N-20 seront sans aucun doute “marvés” et prêts à recevoir de 7 à 9 têtes marvées.
2) La seconde catégorie de sous-marins est celle des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA). D'un tonnage moins important que les SNLE, ils peuvent atteindre 40 nœuds en plongée et 450 m d'immersion. Leur armement est à la fois très sophistiqué et très varié. À la base, une panoplie de torpilles filo-guidées ou auto-guidées, ainsi que des missiles aérodynamiques (type Subharpoon ou SM39, dérivé de l'Exocet français). La mission des SNA est plutôt d'ordre stratégique, de “mission stratégique”. Repérer, pister et éventuellement détruire les SNLE adverses. D'où la constante amélioration en matière de silence et de discrétion des SNLE pour échapper aux recherches des SNA. Leur deuxième mission est l'attaque des forces de surface. Durant le conflit des Malouines, le SNA Conqueror a torpillé le bâtiment de surface argentin “General Belgrano”, prouvant ainsi le danger de ce type de submersible mais aussi le caractère indispensable, dans une flotte moderne, de posséder des moyens réels et efficaces de lutte anti sous-marine. Le SNA est en outre armé de missiles qu'il peut lancer en immersion, à des distances variant entre 30 et 300 miles nautiques. Une troisième mission est celle, plus classique, d'action contre les lignes de communication. Le SNA peut aussi assurer, mission nouvelle, l'attaque contre des objectifs continentaux, soit situés sur le littoral soit franchement à l'intérieur des terres.
Face à cette diversification des tâches confiées à l'arme navale, l'Europe semble ne pas avoir répondu. Si, en 1939, ses flottes de guerre représentaient la majorité en terme de tonnage (60%), en 1980, elle n'est plus que de 15% ! Les marines européennes, en dépit de capacités technologiques et industrielles élevées, ne peuvent plus répondre à l'éventail des missions exigées, à l'éventail des menaces potentielles ni même au maintien d'ensembles homogènes. Le cas le plus frappant est celui des pays nordiques, notamment en ce qui concerne un éventuel affrontement en Mer Baltique. Face aux forces du Pacte de Varsovie, en général bien adaptées aux conditions hydrographiques locales, les forces navales des pays riverains (RFA, Norvège, Danemark, …), englobés dans le système de défense occidental, ne pourraient pas aligner des qualités au moins égales aux forces qui leur font face.
La stratégie navale soviétique
Une évolution remarquable est celle de l'Union Soviétique. À l'origine puissance continentale, elle est devenue aujourd'hui une véritable puissance navale. D'où une politique efficace où la géostratégie joue un rôle majeur. Les mutations technologiques ont été intégrées par ailleurs dans une politique mondiale où l'engagement naval tient une place prépondérante. Cette œuvre historique est, en partie, le résultat des efforts de l'Amiral Gortchkov qui a quitté son poste en 1986. La mission actuelle de la marine soviétique apparaît double. En période de paix, « elle constitue la projection de la puissance de l'URSS au-delà des mers » (p. 310), autrement dit, elle assure la présence physique de la volonté politique soviétique sur les cinq continents (visites amicales, surveillance des “points chauds”, etc.). Elle constitue aussi un vecteur de la propagande et de l'action révolutionnaires dans le monde. Comme le déclarait l'Amiral Gortchkov lui-même : « La marine soviétique marque et neutralise les forces navales américaines et facilite les processus révolutionnaires en Occident ». Par là même, l'arme navale retrouve sa place dans une vision clausewitzienne de la politique extérieure d'un État. En outre, elle s'inscrit dans une approche traditionnelle des relations entre les forces armées et le pouvoir politique. La célèbre dichotomie proposée par le stratège allemand entre finalité politique et objectif militaire stratégique est implicitement restaurée dans la doctrine militaire de l'armée et de la marine soviétiques. Cette mission de présence et d'action “subversive” (nous préférons écrire “politique”) est réservée à la flotte de surface, en liaison avec des navires “civils” soviétiques (flottilles de pêche, navires océanographiques, etc.) dont les missions complètent celle de la première (surveillance, observation, etc.). En temps de guerre, la mission de la marine soviétique est plus “traditionnelle”. Elle assure la défense des approches maritimes de l'URSS, mais surtout participe directement aux actions de destruction du “potentiel militaro-économique” de l'adversaire. Pour le chef de la marine soviétique, il s'agit là de l'objectif majeur de son arme. Le but est moins le contrôle de la mer en soi que la participation à la guerre contre la terre adverse. La marine, ici, ne joue pas un rôle préventif mais préemptif, c'est-à-dire qu'elle devance une action d'offensive générale contre l'ennemi. Dans ce cas, elle a pour objectif la destruction des forces navales ennemies, autrement appelée dans le langage soviétique “bataille de la première salve”, suivie d'opérations de plus grande ampleur contre les territoires ennemis en liaison étroite avec les forces de terre et de l'air. Les SNA soviétiques pourraient ainsi détruire le potentiel industriel ennemi situé en bordure du littoral au moyen de missiles aérodynamiques.
Nous nous devons donc de signaler la double nature de l'Union Soviétique en tant que grande puissance mondiale: elle est à la fois continentale et maritime. En dépit de certaines erreurs d'appréciation (comme la prétendue supériorité des transports terrestres sur les transports maritimes), le géopoliticien britannique Mackinder a trouvé, a posteriori, dans le jeu mondial de l'URSS, une éclatante confirmation de ses théories. L'Union Soviétique est bien en effet le Heartland identifié par le théoricien Mackinder. Sa politique extérieure consiste bien en une destruction ou un affaiblissement réguliers des “croissants extérieurs”, des cordons surpeuplés et sur-industrialisés, qui, par leur puissance économique et l'attraction qu'ils exercent, pourraient menacer à terme la sécurité et l'expansion de l'URSS. L'exportation de la révolution communiste comme soutien à l'objectif géopolitique jette un éclairage nouveau sur l'histoire des quarante dernières années, rejetant comme superficiel et schématique les analyses des anti-communistes professionnels.
Cette mission de présence et d'action “subversive” (nous préférons écrire “politique”) est réservée à la flotte de surface, en liaison avec des navires “civils” soviétiques (flottilles de pêche, navires océanographiques, etc.) dont les missions complètent celle de la première (surveillance, observation, etc.). En temps de guerre, la mission de la marine soviétique est plus “traditionnelle”. Elle assure la défense des approches maritimes de l'URSS, mais surtout participe directement aux actions de destruction du “potentiel militaro-économique” de l'adversaire. Pour le chef de la marine soviétique, il s'agit là de l'objectif majeur de son arme. Le but est moins le contrôle de la mer en soi que la participation à la guerre contre la terre adverse. La marine, ici, ne joue pas un rôle préventif mais préemptif, c'est-à-dire qu'elle devance une action d'offensive générale contre l'ennemi. Dans ce cas, elle a pour objectif la destruction des forces navales ennemies, autrement appelée dans le langage soviétique “bataille de la première salve”, suivie d'opérations de plus grande ampleur contre les territoires ennemis en liaison étroite avec les forces de terre et de l'air. Les SNA soviétiques pourraient ainsi détruire le potentiel industriel ennemi situé en bordure du littoral au moyen de missiles aérodynamiques.
Nous nous devons donc de signaler la double nature de l'Union Soviétique en tant que grande puissance mondiale: elle est à la fois continentale et maritime. En dépit de certaines erreurs d'appréciation (comme la prétendue supériorité des transports terrestres sur les transports maritimes), le géopoliticien britannique Mackinder a trouvé, a posteriori, dans le jeu mondial de l'URSS, une éclatante confirmation de ses théories. L'Union Soviétique est bien en effet le Heartland identifié par le théoricien Mackinder. Sa politique extérieure consiste bien en une destruction ou un affaiblissement réguliers des “croissants extérieurs”, des cordons surpeuplés et sur-industrialisés, qui, par leur puissance économique et l'attraction qu'ils exercent, pourraient menacer à terme la sécurité et l'expansion de l'URSS. L'exportation de la révolution communiste comme soutien à l'objectif géopolitique jette un éclairage nouveau sur l'histoire des quarante dernières années, rejetant comme superficiel et schématique les analyses des anti-communistes professionnels.
En conclusion
[Ci-contre : Soldats américains fraîchement débarqués à la Grenade en 1983. La maîtrise des îles est une nécessité impérieuse pour tous les États qui tirent leur puissance de la mer. Les États-Unis ne pouvaient tolérer la moindre mainmise d'une puissance hostile sur une île stratégiquement importante, située dans leur arrière-cour, la Mer des Caraïbes, « Méditerranée américaine »]
Philippe Masson, en près de 350 pages, où les annexes assurent une fonction importante dans l'analyse des stratégies maritimes (notamment les cartes), nous démontre que, loin de disparaître, les marines tendent à jouer un rôle croissant dans la politique extérieure des États. Par l'intégration intelligente des progrès technologiques, les forces navales conjuguent une certaine autonomie vis-à-vis des points fixes (aérodromes et pistes terrestres) à une souplesse d'adaptation aux missions qui lui sont imparties. L'invulnérabilité des SNLE et autres SNA, totalement invisibles et irrepérables dans les fonds marins, permet une quasi efficacité de la politique de dissuasion, notamment dans le cadre de la doctrine de la seconde frappe.
Le seul handicap est la lenteur de leurs interventions. Aujourd'hui, les mers ne sont plus seulement des soutiens aux conflits terrestres ; elles jouent désormais un rôle “à part entière” que personne ne peut plus leur contester. Aux Européens de prendre en compte cette nouvelle dimension de la politique, la dimension planétaire.
Philippe Masson, De la mer et de sa stratégie, éd. Tallandier, 1986.
Les Huguenots français qui ont fait l’Afrique du Sud (redif)
En Afrique du Sud, 500 000 Blancs portent des noms français. Ce sont les descendants de 200 Huguenots débarqués au Cap en 1688, il y a un peu plus de trois cents ans.
Ils sont nos cousins, tout comme les Québécois. Mais si ces derniers ont droit à notre sollicitude et à notre amour, nos parents d’Afrique australe sont, eux, des réprouvés. Et pourtant, lorsqu’ils s’installèrent en Afrique, ils n’en chassèrent pas les habitants puisque la région était vide d’hommes. Les Américains du Nord ne peuvent pas en dire autant.
Etrange renversement de l’histoire qui fait que les 49 000 Niel, les 48 000 Du Plessis, les 46 500 Fourié, les 39 000 Du Toit, les 31 000 Le Roux, les 30 000 Villon, les 27 000 Marais et Joubert, les 24 000 Pinard, les 17 250 de Villiers, les milliers de Bernard, de Lombard, de Cilliers, de Terreblanche, de Rousseau ou encore de Taillefer, dont les ancêtres ont fui la France de Louis XIV afin d’échapper aux persécutions religieuses, sont aujourd’hui considérés comme des oppresseurs…
D’une steppe sans hommes, d’un refuge inhospitalier, ils ont fait le seul pays moderne du continent africain. Mais au prix d’énormes sacrifices, d’efforts surhumains.
Ils avaient quitté le Dauphiné, la Provence, la Beauce, l’Artois ou la Touraine sans esprit de retour.
Après des mois de mer ils avaient mis le pied sur la terre d’Afrique où ils étaient condamnés à réussir ou à périr. S’ils y triomphèrent de tous les périls, c’est qu’ils étaient confiants dans leurs certitudes, soumis à la Parole divine, armés d’une foi sans concession et qu’ils étaient le Peuple élu. Tels les Hébreux au sortir d’Egypte, ils étaient en marche vers la Terre promise. Ils la trouvèrent dans les immensités sud-africaines.
Voulant y sauvegarder leur identité française, refusant d’abandonner leur langue, ils tentèrent d’y vivre “à part” des colons hollandais.
Cette “apartité”, d’où vient le mot “apartheid”, était une notion défensive destinée à assurer leur survie en tant que groupe français autonome. Trois fois plus nombreux qu’eux, les Hollandais les obligèrent à la fusion. Le peuple afrikaner en fut le produit et les Huguenots lui fournirent son armature spirituelle.
Ils n’avaient pas quitté la France à la recherche de la fortune ; ils n’étaient mus ni par l’esprit d’aventure, ni par l’attrait de l’exotisme. Leur seule et unique préoccupation était la conservation de leur foi. Ils imprégnèrent la culture afrikaner des idées d’intégrité morale, d’austérité, de sens du devoir, de dédain des richesses matérielles, qui la caractérisent aujourd’hui encore.
L’Afrique du Sud devint vite leur unique patrie. A la différence des colons hollandais, ils n’avaient plus de métropole. Les Huguenots firent donc la tribu blanche d’Afrique du Sud. Leurs descendants furent les acteurs de l’histoire de ce pays. Parmi eux, Piet Retief, le chef du “grand trek”, Piet Joubert, général des armées du Transvaal, J.H. de La Rey ou Pieter Cronje durant la guerre des Boers, le poète Jean Celliers, qui combattit pour la reconnaissance de l’Afrikaans, la langue des Afrikaners, ou bien le professeur Barnard, pionnier des greffes cardiaques.
Leur empreinte se retrouve dans les toponymes comme Mont Huguenot ou Pic du Chasseur. Autour de Fransche Hock, le Coin Français, les fermes ont pour noms la Brie, Versailles, Petite Paris, Dauphine Bourgogne, Rhône ou la Provence.
Elles maintiennent l’héritage et le souvenir d’hommes et de femmes venus de France pour faire souche à l’autre bout du monde, espérant y avoir gagné pour leurs descendants le droit d’y vivre libres. Pour l’éternité.
par Bernard Lugan Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 29 du 2 mars 1994
vendredi 30 juin 2023
Histoire de la guerre, par John Keegan (Perrin)

Les éditions Perrin publient au mois de septembre “Histoire de la guerre”, de John Keegan. Décédé en 2012, il était l’un des plus grands historiens militaires de notre époque et du 20ème siècle de par son approche concrète et stratégique, presque en immersion des différentes batailles qui ont marqué l’histoire.
Si son oeuvre principale fût sans doute “Anatomie de la bataille”, dans laquelle il disséqua à merveille les batailles d’Azincourt, de Waterloo et de la Somme, son “histoire de la guerre” est absolument passionnante.
Partant de la question “pourquoi et comment, de la préhistoire à nos jours, les hommes se sont ils faits la guerre ? ” l’auteur nous fait ainsi parcourir le monde et l’histoire, à la rencontre de différentes civilisations, de différents peuples qui partout, et toujours, ont mené des guerres et cela dans le but d’exister ou de survivre.
Il dégage néanmoins de son livre – qui tente de retracer en 600 pages toute l’histoire de la guerre – une sensation de survol, qui amène forcément quelques affirmations “lapidaires” ; c’est d’ailleurs ce qui lui a été reproché par d’autres historiens lorsqu’il critiquait les écrits de Clausewitz.
Néanmoins cette Histoire de la guerre reste un lumineux voyage à travers l’histoire et les civilisations, sur les champs de bataille et en dehors. A lire avec plaisir.
John Keegan, Histoire de la guerre, Perrin, 26 €
Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.
https://www.breizh-info.com/2014/09/28/16657/histoire-guerre-john-keegan-perrin/
De la mer et de sa stratégie à propos d'un livre de Philippe Masson 1/2
Vue de coupe du sous-marin nucléaire USS Ohio (cliquez pour agrandir). Ce type d'armement constitue l'épine dorsale de la stratégie actuelle des thalassocraties, comme nous l'expliquent Philippe Masson et Ange Sampieru.
Deux pensées géopolitiques
La réflexion sur la stratégie maritime, à l’heure du retour de la géopolitique en politologie, participe de cette volonté des hommes de mieux intégrer dans leur intelligence du jeu des États les éléments de la géographie planétaire. Carl Schmitt le faisait remarquer : nous vivons sur une planète que nous avons appelé la “Terre” ; or, les 2/3 de la surface de cette “Terre” sont composés d’étendues marines ! L’école traditionnelle de géopolitique se compose dès lors de deux courants : le courant “continental”, très répandu dans les milieux européens (Haushofer, mais aussi Clausewitz) et le courant “océanique”, mis en valeur dans l’aire culturelle anglo-saxonne (Mahan) mais aussi, paradoxalement, en France, avec l’Amiral Castex, le Contre-Amiral Sanguinetti ou l'Amiral Pierre Lacoste.
Pour Philippe Masson, l’école des stratèges européens, dont Clausewitz fut le maître à penser, révèle deux lacunes : la première, c'est de ne pas tenir suffisamment compte, dans sa théorie des guerres de partisans, de la guérilla comme force armée populaire (l'écrivain Ernst Jünger est le seul, avec sa fameuse théorie du partisan à avoir abordé ce thème, encore que ce soit sous une forme moins directement militaire que guerrière et philosophique). La seconde lacune concerne précisément la puissance maritime. Philippe Masson souligne en effet l'absence totale, chez Clausewitz, de réflexions construites sur le rôle des océans dans la guerre ni sur le poids pourtant réel des escadres dans les rapports de force entre États.
Dans cette pensée, la “frontière” stratégique reste essentiellement terrestre et l'absence de spéculations relatives aux thalassocraties apparaît générale dans la grande majorité des théories stratégiques en Europe (Guibert, Jomini, von der Goltz, Foch, Ludendorff). Cette ignorance oppose ce courant continental-européen au courant océanique, dont le plus illustre représentant fut l'Amiral américain Mahan. Son ouvrage fondamental, l’Influence de la puissance maritime dans l'histoire (1890) [recension], constitue une révolution dans le sens où la place accordée à la mer dans la stratégie militaire acquiert désormais une importance considérable. Le Times anglais a comparé d'ailleurs cette révolution à celle de Newton en astronomie. De telles réactions sont indices de l'intérêt immédiat que les théories de Mahan connurent dans les milieux dirigeants de son époque, surtout en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Contrairement au Vom Kriege de Clausewitz, le livre de Mahan s'est révélé déterminant dans les décisions concrètes prises par les États maritimes, en matière de stratégie. La politique internationale des États-Unis, notamment, en a été constamment imprégnée et le demeure.
Les bases du “Sea-Power” selon Mahan
La question que pose Mahan, et à laquelle il apporte une réponse cohérente, est la suivante : quelles sont les bases du “Sea Power”, autrement dit de la puissance maritime ? L'étude de l'histoire lui fournit les matériaux d'une réponse complète. Il dégage d'abord les facteurs déterminants :
- 1) La position géographique d'abord. La position en bordure des routes maritimes fréquentées par ex. ; un découpage des côtes favorables à l'établissement de ports, avec ressources suffisantes en “gens de mer” et base arrière industrielle à forte capacité productive pour soutenir l'activité maritime (construction et entretien d'une flotte de guerre).
- 2) Un facteur social ensuite. La pauvreté d'un pays côtier, tant du point de vue des ressources du sous-sol (richesses en matières premières ou en ressources alimentaires) que de la population (esprit d'aventure). Mahan juge d'ailleurs les médiocres prestations maritimes françaises dues à la relative richesse des terres et à la clémence du climat.
- 3) Un facteur psycho-culturel aussi. La mentalité de “boutiquiers” des Hollandais et des Anglais est à l'origine de leur réussite maritime. La France, tournée vers une économie de nature “colbertienne”, construite sur un mépris catholique de la profession commerciale, est exclue de cette philosophie mercantiliste, propice à l'économie d'échanges.
- 4) Un facteur institutionnel enfin : l’État peut réellement jouer un “rôle d'entraînement”, appuyé en cela par les opinions dominantes de la société, prise au sens le plus large.
Bien entendu, chacun de ces facteurs cités peut être sujet à contestation. Ainsi, par ex., nous pourrions évoquer le développement remarquable de l'activité maritime sous le règne de Louis XIV où les négociants bordelais, malouins ou nantais tenaient une place importante dans le commerce maritime mondial (toiles, draps, céréales).
Les stratégies des années 80
À partir de ces constatations de départ, Philippe Masson développe son étude en quatre points : après une analyse des théories stratégiques maritimes, il compare, dans une seconde partie, les différents types de stratégies développés et leurs enjeux. Dans une troisième partie de son travail, intitulée La bataille, Masson introduit ses lecteurs aux principes généraux de la bataille navale, à l'histoire des tactiques navales ainsi qu'à une typologie du personnel maritime. Il conclut par une étude aussi courte que concise sur le thème du “Chef et du hasard”. Dans une quatrième partie, la stratégie maritime est replacée dans l'environnement moderne, celui du nucléaire et des missiles.
Nous nous intéresserons tout particulièrement à cette quatrième partie, dans la mesure où elle contient des implications directes sur la situation mondiale des années 80. L'invention de l'arme atomique a profondément modifié les règles de la stratégie maritime. Mais elle a aussi modifié la composition et la physionomie des flottes de combat.
Dans une première période, l'arme nucléaire est le monopole de fait d'une et une seule puissance mondiale : les États-Unis d'Amérique. Forte de ce monopole, cette dernière suit une stratégie répondant à l'absence de forces nucléaires chez son principal adversaire soviétique et cette stratégie sera celle des représailles massives. La maîtrise de l'arme atomique, à partir de 1955, en URSS, modifie la politique d'emploi de cette arme. Face à ce rétablissement de “l'équilibre” stratégique, on passe à une nouvelle stratégie, celle de la “destruction mutuelle assurée” (ou Mutual Assured Destruction ; en abrégé, “MAD”), encore appelée “équilibre de la terreur”.
Plus tard, de nouveaux pays entreront dans ce “club atomique” des possesseurs de l'armement nucléaire. Bien entendu, les forces navales de ces puissances n'échapperont pas aux mutations qu'induit ce phénomène, tant sur le plan de la réflexion stratégique que sur l'évolution de l'équipement. Les navires de la nouvelle flotte de guerre seront dotés de toute la gamme des missiles modernes, tant les classiques que ceux munis de charges nucléaires.
Suivant en cela les enseignements traditionnels, le porte-avion constitue toujours le pivot de toute flotte de combat (les Anglais parlant à son sujet de “capital ship”). Le meilleur exemple d'utilisation de ce type de navire est le porte-avion américain Nimitz. Avec ses 325 m. de long et ses 41 m. de large, ce porte-avion déplace une charge de 91.000 tonnes. Grâce à ses deux réacteurs nucléaires, il développe une puissance de 260.000 chevaux, soit une vitesse de croisière supérieure à 30 nœuds et un rayon d'action quasi illimité.
De plus, il peut emporter à son bord un arsenal impressionnant d'appareils de l'aéronavale : de l'intercepteur Tomcat à l'avion d'assaut Hornet ou Phantom, en passant par les hélicoptères Seaking, les avions de guerre électroniques Prowler ou encore l'appareil de veille et d'exploration Hawkeye. Chacun de ces porte-avions est par ailleurs accompagné d'une flottille de protection, allant du croiseur au destroyer, en comptant les frégates aptes à la lutte anti-sous-marine et à une riposte aux attaques aériennes; ces dernières sont équipées en général de missiles air-mer (dont la portée est de plus de 100 km), venant compléter une DCA plus classique. On a pu néanmoins constater au cours de la Guerre des Malouines la relative faiblesse de ces moyens de protection, notamment face à des chasseurs armés de missiles de type air-mer Exocet AM 39 qui, lancés en vol rasant, sont assez difficiles à intercepter. Dans la même catégorie, on peut signaler le danger que représente, pour les forces navales, le bombardier soviétique Backfire qui dispose d'un rayon d'action de 9.000 km à une vitesse de 1 à 2,5 mach et dont l'armement, redoutable pour un navire de gros tonnage même bien protégé, se compose de missiles AS4 “Kitchen”, à autodirecteur actif, munis de charges nucléaires et d'une portée impressionnante : 300 km.
Les autres bâtiments de surface de ces flottes possèdent aussi les missiles surface-surface, éventuellement équipés en charges nucléaires. Le premier essai d'utilisation opérationnelle de ce type de missile fut la destruction en juin 1967 de la vedette israélienne “Elath” par un engin “Styx” de fabrication soviétique. Depuis, de nombreux modèles ont été mis au point, comme l'Exocet français, le Harpoon américain ou le Saab suédois. Les Américains ont même réussi à améliorer les performances de cette catégorie de missiles par le lancement d'un missile de croisière appelé Tomahawk. Ce dernier peut être mis en œuvre aussi bien à partir d'un avion que d'un navire de surface ou d'un sous-marin. Il vole à une vitesse de 800 km/h à basse altitude avec un rayon d'action de 1.300 km.
Les nouvelles générations de submersibles
À cette famille de missile, souvent nucléaires, destinés à la destruction des navires de surface, il faut ajouter les nouvelles générations de submersibles. Inauguré en 1955 avec l'apparition du sous-marin américain Nautilus, les submersibles modernes possèdent des caractéristiques exceptionnelles : vitesse élevée, supérieure aux navires de surface, rayon d'action pratiquement illimité, affranchissement total vis-à-vis de la surface. La seule limite est en fait la résistance psychologique des équipages, séparés de tout durant les périodes longues de plongée. On trouve aujourd'hui deux types d'unités à propulsion nucléaires :
À suivre





