mercredi 5 avril 2023

Alfred Thayer Mahan, théoricien de la thalassocratie américaine

  

[Ci-dessus : Mahan photographié par Hollinger]

Amiral, historien et professeur à l’US Naval AcademyAlfred Thayer Mahan est né le 27 septembre 1840 à West Point, où son père enseignait à l’Académie militaire. Il fréquente l’US Naval Academy d’Annapolis, sert l’Union pendant la Guerre de Sécession et entame une carrière de professeur d’histoire et de stratégie navales. De 1886 à 1889, il préside le Naval War College. De 1893 à 1895, il commande le croiseur Chicago dans les eaux européennes. Il sert à l'état-major de la marine pendant la guerre hispano-américaine de 1898. En 1902, il est nommé Président de l’American Historical Association. Il meurt à Quogue, dans l’État de New York, le 1er décembre 1914. L'œuvre de Mahan démontre l'importance stratégique vitale des mers et des océans. Leur domination permet d’accéder à tous les pays de la planète, parce que la mer est res nullius, espace libre ouvert à tous, donc surtout à la flotte la plus puissante et la plus nombreuse. Le Sea Power, tel que le définit Mahan, n'est pas exclusivement le résultat d'une politique et d'une stratégie militaires mais aussi du commerce international qui s'insinue dans tous les pays du monde. Guerre et commerce constituent, aux yeux de Mahan, deux moyens d'obtenir ce que l'on désire : soit la puissance et toutes sortes d'autres avantages. Ses travaux ont eu un impact de premier ordre sur la politique navale de l'empereur allemand Guillaume II, qui affirmait « dévorer ses ouvrages ».

The Influence of Sea Power upon History 1660-1783

(L'influence de la puissance maritime sur l'histoire 1660-1783), 1890

Examen général de l'histoire européenne et américaine, dans la perspective de la puissance maritime et de ses influences sur le cours de l'histoire. Pour Mahan, les historiens n'ont jamais approfondi cette perspective maritime car ils n'ont pas les connaissances navales pratiques nécessaires pour l'étayer assez solidement. La maîtrise de la mer décide du sort de la guerre : telle est la thèse principale de l'ouvrage. Les Romains contrôlaient la mer : ils ont battu Hannibal. L'Angleterre contrôlait la mer : elle a vaincu Napoléon. L'examen de Mahan porte sur la période qui va de 1660 à 1783, ère de la marine à voile. Outre son analyse historique extrêmement fouillée, Mahan nous énumère les éléments à garder à l'esprit quand on analyse le rapport entre la puissance politique et la puissance maritime. Ces éléments sont les suivants :

  • 1) la mer est à la fois res nullius et territoire commun à toute l'humanité ;
  • 2) le transport par mer est plus rapide et moins onéreux que le transport par terre ;
  • 3) les marines protègent le commerce; 4) le commerce dépend de ports maritimes sûrs ;
  • 5) les colonies sont des postes avancés qui doivent être protégés par la flotte ;
  • 6) la puissance maritime implique une production suffisante pour financer des chantiers navals et pour organiser des colonies ;
  • 7) les conditions générales qui déterminent la puissance maritime sont la position géographique du territoire métropolitain, la géographie physique de ce territoire, l'étendue du territoire, le nombre de la population, le caractère national, le caractère du gouvernement et la politique qu'il suit (politiques qui, dans l'histoire, ont été fort différentes en Angleterre, en Hollande et en France).

Après avoir passé en revue l'histoire maritimes des pays européens, Mahan constate la faiblesse des États-Unis sur mer. Une faiblesse qui est due à la priorité que les gouvernements américains successifs ont accordé au développement intérieur du pays. Les États-Unis, faibles sur les océans, risquent de subir un blocus. C'est la raison pour laquelle il faut développer une flotte. Telle a été l'ambition de Mahan quand il militait dans les cercles navals américains.

The Influence of Sea Power upon the French Revolution and Empire, 1793-1812

L'influence de la puissance maritime sur la Révolution française et l'Empire français, 1793-1812), 2 vol., 1892

Ce livre d'histoire maritime est la succession du précédent. Il montre comment l'Angleterre, en armant sa marine, a fini par triompher de la France. En 1792, l’Angleterre n'est pas du tout prête à faire la guerre ni sur terre ni sur mer. En France, les révolutionnaires souhaitent s'allier à l’Angleterre qu'ils jugent démocratique et éclairée. Mais, explique Mahan, cet engouement des révolutionnaires français ne trouvait pas d'écho auprès des Anglais, car la conception que se faisaient ces derniers de la liberté était radicalement différente. Pour Mahan, conservateur de tradition anglo-saxonne, l’Angleterre respecte ses traditions et pratique la politique avec calme. Les révolutionnaires français, eux, détruisent toutes les traditions et se livrent à tous les excès. La rupture, explique le stratège Mahan, survient quand la République annexe les Pays-Bas autrichiens, s’emparent d’Anvers et réouvrent l’Escaut. La France révolutionnaire a touché aux intérêts de l'Angleterre aux Pays-Bas.

Le blocus continental, décrété plus tard par Napoléon, ne ruine pas le commerce anglais. Car en 1795, la France avait abandonné toute tentative de contrôler les océans. Dans son ouvrage, Mahan analyse minutieusement la politique de Pitt, premier instigateur génial des pratiques et stratégies de la thalassocratie britannique.

Robert Steuckers, Vouloir n°137/141, 1997.

Bibliographie 

articles :

  • « Blockade in Relation to Naval Strategy », in : US Naval Inst. Proc., XXI, nov. 1895, pp. 851-866
  • « Current Fallacies upon Naval Subjects », in : Harper's New Monthly Magazine, XCVII, juin 1898, pp. 44-45
  • « The Growth of our National Feeling », in : World's Work, fév. 1902, III, pp. 1763-1764
  • « Considerations Governing the Disposition of Navies », in : The National Review, XXXIX, juil. 1902, pp. 701, 709-711
  • « The Panama Canal and Distribution of the Fleet », in : North American Review, CC, sept. 1914, pp. 407 suiv.

Traductions françaises :

  • Influence de la puissance maritime dans l'histoire, 1660-1783, Soc. fr. d’Édition d'Art, Paris, 1900 [recension] [rééd. C. Tchou pour La Bibliothèque des introuvables, Paris, 2001]
  • La guerre hispano-américaine, 1898
  • La guerre sur mer et ses leçons, Berger-Levrault, Paris, 1900 [rééd. Les Presses du Midi, 2014]
  • Stratégie Navale, Fournier, Paris, 1923
  • Le salut de la race blanche et l'empire des mers, Flammarion, 1905 (trad. par J. Izoulet de The Interest of America in Sea Power)

Correspondance :

La plupart des lettres de Mahan sont restées propriété de sa famille ; cf. « Letters of Alfred Thayer Mahan to Samuel A'Court Ashe (1858-59) », in : Duke Univ. Lib. Bulletin n°4, juillet 1931.

Sur Mahan :

Autres références :

  • H. Hallman, Der Weg zum deutschen Schlachtflottenbau, Stuttgart, 1933, p. 128
  • Martin Wight, Power Politics, Royal Institute of International Affairs, 1978
  • Hellmut Diwald, Der Kampf um die Weltmeere, Droemer/Knaur, Munich, 1980
  • Hervé Coutau-Bégarie, La puissance maritime : Castex et la stratégie navale, Fayard, 1985 [recension]

http://www.archiveseroe.eu/recent/30

Guerrier de la Paix (Alexandre Goodarzy) : le témoignage d’un ex-otage engagé auprès des chrétiens d’Orient

 

Alexandre Goodarzy, chrétien d’origine iranienne, professeur d’histoire-géo, parcourt depuis une vingtaine d’années les pays du Proche-Orient et de l’Asie centrale. Il a vécu de 2015 à 2020 en Syrie. Il est aujourd’hui directeur adjoint des Opérations et responsable Développement chez SOS Chrétiens d’Orient.

Ce livre est le témoignage poignant du kidnapping dont il fut victime avec trois autres membres de l’ONG SOS Chrétiens d’Orient le 20 janvier 2020 à Bagdad.

Mais ce livre est loin de se résumer à un récit d’otage. L’auteur en profite pour nous expliquer le cheminement qui l’a conduit à se dévouer aux Chrétiens d’Orient après un bref passage par l’Education nationale. Alexandre Goodarzy clarifie surtout les piètres explications données par les médias mainstream concernant la situation brûlante au Proche-Orient, les vastes et complexes implications géopolitiques de la guerre en Syrie, ainsi que les méandres des organisations djihadistes sur place avec lesquelles nos gouvernements successifs entretiennent des relations équivoques.

Guerrier de la Paix, Alexandre Goodarzy, éditions du Rocher, 333 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/guerrier-de-la-paix-alexandre-goodarzy-le-temoignage-dun-ex-otage-engage-aupres-des-chretiens-dorient/141484/

mardi 4 avril 2023

La grande clarté du Moyen-Âge, par Gustave Cohen

 

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Historien médiéviste, Gustave Cohen est né à Saint-Josse-ten-Noode le 24 décembre 1879 et mort à Paris le 10 juin 1958

En octobre 1912, il est nommé professeur au tout nouveau département de français de l'Université d'Amsterdam, mais en 1914, il quitte ses étudiants pour faire la guerre.

À partir de la fin de la guerre, Cohen occupe des postes à l'Université de Strasbourg et à la Sorbonne. Il crée le groupe théâtral Les Théophiliens (nommé ainsi après la représentation du Miracle de Théophile de Rutebeuf en mai 1933, salle Louis Liard à la Sorbonne) dont René Clermont a été metteur en scène. C'est également en 1933 qu'il fonde, à Amsterdam, la Maison Descartes.

À l'Institut français se trouve un buste pour honorer son fondateur.

En exil aux États-Unis pendant la seconde Guerre Mondiale, époque durant laquelle il rédige et publie La grande clarté du Moyen-Âge, Cohen y fonde, avec l'historien de l'art Henri Focillon l'École libre des hautes études (New York) et il anime les entretiens de Pontigny à Mount Holyoke College.

D'origine juive, il se convertit au catholicisme à 64 ans.

 Voici l'Avant dire et l'Avant partir de son magnifique "La grande clarté du Moyen-Âge" :

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Avant-dire

Ce jour aujourd'hui, premier juillet 1940, dans l'affreux malheur de la patrie écrasée et déchirée, foulée aux pieds par l'envahisseur barbare, je voudrais commencer ce livre à l'honneur de la France qui ne peut pas mourir.

L'affliction du présent nous invite à chercher un refuge dans un passé lointain dont les deuils, les ruines, les misères et les tristesses se sont effacées dans la nuit des temps et dont ne survivent que les gloires, non point les gloires militaires, car rien n'est plus fragile, mais gloires littéraires, artistiques et philosophiques, qui seules sont éternelles.

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C'est dans une guerre de croisade pour le droit, la foi, la liberté que le pays vient de succomber. Il en connut d'autres, jadis, où il succomba avec honneur dans l'essai de reprendre, d'une façon durable, à l'Infidèle, le Saint-Sépulcre, mais dont lui reste le titre impérissable d'avoir tenté l'oeuvre vaine, haute et désespérée et d'y avoir donné les meilleurs et les plus braves de ses fils.

En allant vers le Moyen-Âge nous sommes sûrs de retrouver l'âme même de la France, en son état pur, au moment de sa Genèse, sortant, vierge, blanche et nue, du chaos du destin.

Non pas née de rien, mais issue de l'âme gréco-romaine entée sur l'âme celtique dans le plus beau terroir sous le ciel, là où les formes sont naturellement harmonieuses, les nuages pommelés et nuancés, le sol fertile, porteur de vigne et donneur de vin, paré de la blondeur des blés ou du vert des prairies et des forêts, ni trop sec ni trop pluvieux, ni trop brûlé de chaleur ou glacé de frimas, tout en douceur, en raison et en équilibre, pour la perfection et le classicisme.

Terre élue de la fécondation sans pullulation, de la réflexion sans âpreté, de la foi sans fanatisme, et surtout de l'amour.

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Mais pour que ce miracle se produisît : la naissance de l'amour courtois (au XIIème siècle) et du culte de la femme, il fallait qu'à l'âme celtique, pénétrée par l'âme gréco-romaine s'alliât encore l'âme chrétienne, venue d'un plus lointain Orient, où la spiritualité autoritaire du judaïsme, et son monothéisme absolu se trempaient de la suavité de Jésus, fils de la Vierge.

Ce n'est qu'ici que pouvait naître, se développer et s'épanouir le culte de Notre-Dame, où la religion et le dogme s'attendrissent de féminité et où l'amour humain se sublime dans l'amour divin avec lequel il arrive à se confondre.       

Avant partir

10 juin,chartres,sacré coeur,saint louis,terreur,convention,robespierre,directoire,oradour sur glane,division das reich,ss,nazis,montmartreCe livre a été commencé sous le signe du désespoir, mais pour témoigner des permanences françaises, je le termine ici deux ans après sur des paroles d'espérance et de certitude.

La leçon du Moyen-Âge, de ses malheurs, de sa constance dans l'épreuve, de sa foi d'airain est une leçon de réconfort.

Profitons-en.

En le quittant évoquons une dernière fois Jeanne "la bonne Lorraine", qui sauva le royaume de France, la cathédrale qui dressa cette foi vers le ciel comme une offrande et une imploration, le mystère qui la fit résonner sur la place publique, la littérature courtoise par qui naquirent l'amour absolu et le culte de la femme.

Les ténèbres du Moyen-Âge ne sont que celles de notre ignorance.

Une clarté d'aurore baigne les âges lointains de notre genèse pour qui sait y porter le flambeau de la connaissance, de l'amour et de la confiance dans les destinées de la patrie.

New-York, 18 juin 1942 

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2020/06/08/grand-texte-6244350.html#more

Religion romaine : vénérer les dieux au quotidien à Rome [1/3]

Le roman de Jeanne d’Arc (Philippe de Villiers) sort en version poche

 

Les éditions du Rocher ont eu l’excellente idée de publier une version en format de poche et à un prix très abordable du livre Le roman de Jeanne d’Arc écrit par Philippe de Villiers.

Ce livre confirme le talent de conteur de Philippe de Villiers. Ce qu’il avait déjà réussi en scénographie à travers les spectacles exceptionnels du Puy du Fou, il le réussit également à merveille sous la forme de biographies romanesques de grands personnages de l’Histoire de France. Après Le roman de Charette, Le roman de Saint Louis et Le mystère Clovis, voici Le roman de Jeanne d’Arc. Dans tous les cas, il s’agit de véritables héros dont l’épopée est un témoignage de Foi mais aussi d’amour de la France.

Si l’ouvrage se veut fidèle à la vérité historique et s’appuie notamment sur les fameuses minutes des procès, il n’en est pas moins vrai qu’il s’agit d’un roman que l’auteur écrit à la première personne du singulier. Philippe de Villiers entraîne le lecteur dans les aspects les plus intimes de l’épopée de la jeune fille de Domrémy au destin extraordinaire. L’objectif avoué de l’auteur étant de fournir une Jeanne d’Arc de chair, à figure humaine.

S’il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une biographie historique, ce livre offrira néanmoins de beaux moments de détente auprès d’une humble jeune fille de France qui s’est entièrement abandonnée en toute confiance aux messagers envoyés du Ciel.

Le roman de Jeanne d’Arc, Philippe de Villiers, éditions du Rocher, collection Le Rocher Poche, 493 pages, 8,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-roman-de-jeanne-darc-philippe-de-villiers-sort-en-version-poche/141503/

lundi 3 avril 2023

De la théologie politique américaine 4/4


Un méta-langage qui accepte pour argent comptant les slogans de la propagande

Au cours de l’expansion­nis­me a­mé­ricain, déjà tout entier contenu dans la doctrine Monroe et ses nombreuses extensions, en particulier durant la Guerre Froi­de avec sa justifi­ca­tion idéologique donnée dans des documents tels le NSC-68, une destruction et une idéolo­gi­sation du langage politique furent accomplies. L’histoire de la Guerre Froide est l’histoire de l’effondrement de l’anglais américain en un jargon propagandiste pan-américain, avec sa propension à prendre pour ar­gent comptant pour les slogans, les simplifications, les mensonges et les clichés pompeux tels que le “totalitarisme”, la “défense de la dé­mo­cra­tie”, le “péril rouge”, etc. L’expansionnisme américain, propagande de guerre des machina­tions co­lo­niales de la perfide Washington, formata le langage de manière à répondre précisément au besoin de laisser libre cours à sa sauvagerie déguisée en universalisme au service de l’humanité. L'objectif préventif était de délégitimer toute résistance potentielle et de légitimer sa soif de conquête et d'hégémonie. Les États-Unis ont imposé une subversion planétaire du lan­gage et c’est sur la base de cette gigan­tes­que falsification que l’Améri­que contemporaine a été éduquée.

Un gigantesque mur de mythes

Pour paraphraser George Steiner, les diri­geants de l’Amérique ont élevé entre l’es­prit américain et la réalité empirique un gigan­tesque « mur de mythes ». Progressivement les mots ont perdu leur sens ori­ginel et acquis les contenus sémantiques propres à la théologie politique universaliste. Le langage est devenu une falsi­fi­cation générale, à tel point qu’il n’est plus ca­pable de saisir ou de restituer la vérité. Les mots sont devenus des instruments de men­son­ge et de désinformation, des convoyeurs de fausseté, servant à bétonner l’hégé­monie. « Le langage n’a pas seulement été contaminé par cette bestialité déchaînée, il a été sommé d’imposer les innombrables mensonges [de la propagande] » (20), de persuader, jusqu'à l'endoctrinement, les Amé­ricains que les nombreux actes de subversion des nations et du droit international ainsi que les a­gressions militaires et les crimes de guerre en Co­rée, au Vietnam et, plus récemment, au Panama et en Irak, ont ser­vi la cause des grands principes “hu­manitai­res”. La subversion du langage par la théo­logie politique américaine n'a pas seulement rendu la vérité empirique inexprimable, elle a aussi érigé une enceinte de non-dits et de duperie et aussi facilité l’effondrement de la langue anglaise, héritée de l’histoire, au profit du jar­gon panaméricain, pure fabrication récente. Et lorsque la langue « a été infectée de faussetés, seule la vérité la plus drastique peut la purger » (21).

Des torrents de parlottes moralisantes

Il existe un phénomène américain très particulier que l’on ne retrouve pas en Europe : un Hom­me de Dieu — d’ordinaire un prêcheur — qui s’a­vère escroc. Eh bien, dans l’arène politique, après la fin de la Pre­mière Guerre mondiale, le Président Wilson était un de ces “Hommes de Dieu” qui voilait l’expansionnis­me américain par des torrents de parlottes morali­santes. Pour Wilson, les États-Unis détenaient un rôle assigné par la Providence, celui de di­riger le monde. Le wilsonisme fut l’origine et la per­sonnification du totalitarisme améri­cain universa­liste. À présent, dans l’après-Guer­re Froide et l’a­près-Yalta, nous avons af­faire à un nouveau Wilson, un petit Wilson, soit le Président Clinton, qui, à son tour, ré­veil­le le torrent de parlottes moralisantes de son prédécesseur ; lui aussi se pose comme “Hom­me de Dieu”, et a pris sa place dans la cour­se à l’ex­pan­sionnisme universaliste, de fac­ture néo-wilsonienne, en utilisant la même vieille notion de Destinée Ma­nifeste et la mê­me théologie politique, cette fois sous les ori­peaux du “Nouvel Ordre mondial”. Mais une fois de plus, les concepts de la théologie poli­ti­que universaliste américaine se dévoilent pour ce qu’ils sont : l’opium de la communauté in­ter­na­tio­nale.

Nikolaj-Klaus von Kreitor [1946-2003], Nouvelles de Synergies Européennes n°55-56, 2002.

(tr. fr. : LA, légèrement remaniée pour notre entrée) [1ère VF paru dans NSE] [Version anglaise / ou ici]

◘ Notes :

* Anders Stephenson, Manifest Destiny. American expansion and the Empire of Right (Hill and Wang, New-York, 1995).

  • (1) Hans J. Morgenthau, Politics Among Nations, A. Knopf, New-York, 1948, p. 64.
  • (2) H. J. Morgenthau, ibid., p. 65.
  • (3) H. J. Morgenthau, Politics Among Nations, aux édi­tions Stanley Hoffman ; Contemporary Theory in Inter­natio­nal Relations, Prentice Hall, Inc, Englewood Cliffs, 1960, p. 61.
  • (4) Louis A. Coolidge, An Old Fashioned Senator : Orville H. Platt, New-York, 1910, p. 302.
  • (5) Richard Hofstadter, The Paranoid Style in American Poli­tics, Univ. of Chicago Press, 1965, p. 174.
  • (6) R. Hofstadter, ibid., pp. 175-177.
  • (7) Claude G. Bowers, Beveridge and the Progressive Era, New-York, 1932, p. 121.
  • (8) R. Hofstadter, ibid., p. 177.
  • (9) K. M. Coleman, « The Political Mythology of the Monroe Doctrine : Reflections on the Social Psychology of Hegemony », in Latin America, the United States, and the Inter-American system, Westview Press, 1980, pp. 99, 100, 110.
  • (10) M. Coleman, ibid., pp. 97, 103.
  • (11) M. Coleman, ibid., p. 102. Coleman cite Salvado de Madariaga, Latin America Between the Eagle and the Bear (Praeger, New-York, 1962) p. 74.
  • (12) Coleman, ibid. pp. 105, 109.
  • (13) C. Schmitt, « Großraum gegen Universalismus : Der völkerrechtliche Kampf um die Monroe-Doktrin » (article de 1939), in : Positionen und Begriff : im Kampf mit Weimar - Genf - Versailles 1923-1939 (Hamburg, 1940) ; tr. fr R. Kirchhof : « Grand espace contre universalisme. Le conflit sur la doctrine de Monroe en droit international » in : Du politique : « Légalité et légitimité » et autres essais, Pardès, 1990, pp. 127-136. Cf. également Völkerrechtliche Grossraumordnung, Berlin, Deutscher Rechtsverl., 1939, p. 43 : « En droit international, les concepts généraux, universels, qui embrasent le monde entier sont les armes typiques de l’interventionnisme. »
  • (14) Edward Hallet Carr, The Twenty Year’s Crisis 1919-1939 (Harper Torchbooks, New-York, 1964) p. 78 ; aussi R.S. Baker, Public Papers of Woodrow Wilson : The New Democracy.
  • (15) Voir sur ce sujet : Kenneth W. Thompson, Toynbee and the Theory of International Poitics, aux editions Hoffman, Contemporary Theory in International Relations, ibid., p. 97.
  • (16) Public Papers of Woodrow Wilson : The New Democracy, Ed. R. S. Baker, pp. 318-319.
  • (17) E. Hallet Carr, The Twenty Year Crisis, ibid. p. 79 ; aussi Toynbee, Survey of International Affairs, 1936, p. 319.
  • (18) E. Hallet Carr, ibid., pp. 79, 80.
  • (19) Roland Barthes, Mythologies (Hill and Wang, New-York, 1987) pp. 131, 148, 149.
  • (20) Georg Steiner, A Reader (Oxford Univ. Press, New-York, 1984), p. 212. Tr. fr. : « Le miracle creux » (The Hollow Miracle, 1959), repris dans Langage et silence.
  • (21) G. Steiner, ibid. p. 219.

http://www.archiveseroe.eu/recent/29

Catherine II (Francine-Dominique Liechtenhan)

 

Francine-Dominique Liechtenhan, directrice de recherche au CNRS, est une éminente spécialiste de la Russie impériale et a publié plusieurs ouvrages sur le sujet.

Son nouvel ouvrage est une biographie imposante de Catherine II (1729-1796), personnage étonnant. Par ses origines allemandes, sa parfaite adaptation à son pays d’accueil et sa francophonie, la lingua franca d’alors, elle incorporait une forme de synthèse interculturelle, tout en se donnant une identité fondamentalement russe. Elle accorda son éducation occidentale, rationnelle et pragmatique, à ce fondement mystique russe qu’elle chercha, tout au long de son règne, à adopter et à assimiler. Elle se sentait russe, s’était convertie, parlait la langue et s’était adaptée aux mœurs et coutumes de la Cour et des deux capitales. Mais de l’Allemagne, elle avait gardé le sens de la discipline, de l’ordre. Et une gouvernante huguenote lui avait inculqué une culture littéraire.

Cet ouvrage nous fait découvrir de plus près cette impératrice de Russie, capable de travailler seize heures par jour sans montrer la moindre fatigue, se penchant avec zèle sur les dossiers les plus variés, parfois jusqu’à l’épuisement.

Sous son long règne de trente-quatre ans, le territoire de l’Empire russe ne cessa de s’agrandir aux dépens de ses voisins. Mais elle négligea les différences régionales, ethniques et religieuses. Ses efforts pour créer une bourgeoisie urbaine se soldèrent surtout par une plus grande injustice envers les serfs, ce qui entraîna d’incessantes révoltes paysannes et des insurrections des minorités sises en marge de l’Empire. Par ailleurs, pétrie de principes philosophiques dits des Lumières, elle prit le chemin du libéralisme tout en conservant un fort autoritarisme. Catherine II fut la dernière impératrice régnante de Russie.

Catherine II, Francine-Dominique Liechtenhan, éditions Perrin, 480 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/catherine-ii-francine-dominique-liechtenhan/141532/

Les SUISSES, compères du ROI DE FRANCE (Ép. 1/4)

dimanche 2 avril 2023

Une biographie de Miguel Primo de Rivera, père de José Antonio, signée Michel Festivi

 

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Un dictateur éclairé pour régénérer l’Espagne : 1923-1930

Le Régime politique de Miguel Primo de Rivera a duré du 15 septembre 1923 au 28 janvier 1930 ; il est singulièrement méconnu en France. Beaucoup d’historiens qui publient sur l’Histoire de l’Espagne ou sur la Guerre Civile espagnole, ne lui ont consacré que de trop brèves pages, parfois caricaturales. Et pourtant, ce fut une expérience politique des plus originales qui permit à l’Espagne de redresser la barre après des années de fiascos politiques, économiques, extérieurs et des désordres grandissants.

Non seulement Miguel Primo de Rivera rétablit l’ordre public, mais il réussit enfin la pacification du protectorat espagnol au Maroc, alors qu’il n’était pas partisan de conserver cette possession. Il impulsa d’importants travaux publics, de nombreuses réformes économiques, et tenta un changement institutionnel qui ne put néanmoins parvenir à son terme. Trop souvent négligé, voire brocardé, ce Régime ne fut ni un pronunciamiento de plus, ni un fascisme, ce que le livre démontre. Miguel Primo de Rivera accordera également la nationalité espagnole aux juifs sépharades, l’auteur revient sur cette séquence historique qui permettra durant la Seconde Guerre mondiale, le sauvetage de plusieurs milliers de juifs.

En matière sociale, et grâce à des hommes compétents, le Régime mit en place un corporatisme particulier qui se comprenait dans le cadre d’un catholicisme social, pour entreprendre la synthèse entre le capitalisme et le socialisme, et tenter d’éradiquer la pauvreté. D’ailleurs, le PSOE et son syndicat l’UGT collaborèrent à ces institutions corporatistes qui multiplièrent les avancées sociales en faveur des classes laborieuses.

Ce livre fait partie de la trilogie de l’auteur sur l’histoire contemporaine de l’Espagne, après les trahisons des gauches espagnoles soit l’histoire de la Seconde République, et les violences anarchistes et des milices révolutionnaires dans l’Espagne ensanglantée. Il n’hésite pas, à pourfendre les vérités imposées par la doxa des gauches et l’université française sur l’Espagne de ces années-là et revient aussi sur la révolution armée des Asturies, la pitoyable gouvernance de Manuel Azaña, la mainmise de Staline sur l’Espagne du Front populaire et les nombreuses contre-vérités que l’on peut malheureusement lire ou entendre à foison.

Miguel Primo de Rivera, un dictateur éclairé pour régénérer l'Espagne 1923 1930, Michel Festivi, préface d'Arnaud Imatz, Dualpha, 344 pages, 35,00 € cliquez ici

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2023/04/01/une-biographie-de-miguel-primo-de-rivera-pere-de-jose-antoni-6436184.html

Les raisons de la seconde guerre mondiale, par Paul Craig Roberts

 

Aux États-Unis, l’explication convenue est que la guerre avait pour but de sauvegarder la liberté et la démocratie. En réalité il y avait plusieurs agendas en jeu, et ils n’avaient presque rien à voir avec la liberté et la démocratie. Les origines de la Seconde Guerre mondiale sont multiples. Pour l’Allemagne, l’origine de la guerre fut le traité de Versailles qui lui enleva des territoires et lui imposa des réparations pour la Grande Guerre, cela en violation des « quatorze points » du Président Wilson. Hitler voulait reprendre les terres allemandes à la France, à la Tchécoslovaquie, au Danemark et à la Pologne, et réunifier le peuple allemand. 

Le Japon voulait des colonies ou un empire, à l’instar des Européens, et avait besoin de matières premières et d’énergie.

Pour les Britanniques, qu’inquiétait une Allemagne revancharde, le but était de conserver leur hégémonie sur l’Europe. Quant à Churchill, la guerre lui ouvrait la route du pouvoir et lui donnait l’occasion de devenir un grand chef de guerre comme son ancêtre, le duc de Marlborough.

Pour Staline, c’était l’occasion de répandre le communisme dès lors que la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne se seraient épuisées dans un nouveau conflit armé.

Quel était l’agenda américain ? La lecture de la biographie de Churchill par David Irving, « La guerre de Churchill » (1), m’a convaincu que cet agenda n’avait rien d’idéaliste contrairement à ce que disent les livres d’histoire. Des mille pages du second volume de cette biographie, « Le triomphe dans l’adversité », je conclus que le but du Président Roosevelt et de son gouvernement était de remplacer l’Empire Britannique par un Empire Américain et d’empêcher les Japonais de se constituer un empire en Asie, ce qui libérait la voie pour les États-Unis. Irving ne dit pas cela ni ne donne d’explication du but de guerre américain, mais c’est cette conclusion qui ressort des innombrables textes officiels qu’Irving a découverts pendant des décennies de recherches. Irving est un historien inhabituel. Il laisse les faits parler d’eux-mêmes.

Les Britanniques entrèrent dans une guerre qu’ils ne pouvaient pas gagner contre l’Allemagne. Pour Churchill, il était capital d’y entraîner les Américains. Roosevelt le savait. Le prix que les Anglais devraient payer serait leur empire. L’Empire Britannique contrôlait le commerce mondial grâce à des pratiques discriminatoires fondées sur la préférence impériale. Le but de Roosevelt était de mettre fin à ce système et d’y substituer l’hégémonie américaine avec le dollar américain comme monnaie de réserve mondiale. A chaque moment critique pour les Anglais, ce qui permettait à Roosevelt de faire pression sur eux, il soulevait la question de l’empire. C’est probablement pour entraîner les Anglais, déjà aux prises avec l’Allemagne, dans une guerre contre le Japon, que Roosevelt provoqua les Japonais en arrêtant les livraisons de pétrole et en rompant les négociations ; il savait que la conséquence serait de jeter les armées japonaises sur les possessions britanniques.

Hitler était sur le point de réussir à recouvrer les anciennes frontières allemandes. Restait encore le territoire sous domination polonaise. Imprudemment, les Britanniques interférèrent dans les négociations germano-polonaises en donnant aux Polonais leur garantie contre une agression allemande. Cela encouragea le gouvernement militaire polonais à rompre les négociations, ce qui conduisit au pacte Molotov-Ribbentrop, lequel permit l’invasion allemande de la Pologne, suivie, quinze jours plus tard, par l’invasion soviétique de l’autre moitié de la Pologne.

Devant l’invasion allemande de la Pologne, les Britanniques sauvèrent la face en déclarant la guerre à l’Allemagne, ce qui entraîna la France à entrer en guerre à son tour contre l’Allemagne.

A la surprise générale, l’Allemagne vainquit rapidement les armées franco-anglaises. Hitler offrit aux Anglais un généreux traité de paix, n’exigeant que le retour à l’Allemagne de ses colonies africaines et promettant de défendre l’Empire Britannique. Churchill ne divulgua pas cette offre de paix et tabla sur l’entrée en guerre des Américains.

On dit que les Alliés – les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union Soviétique – gagnèrent la guerre. Mais en réalité, seuls les Américains accomplirent leur but de guerre. Washington obtint l’hégémonie. Les Anglais perdirent leur empire et, avec lui, l’hégémonie. Staline réussit à vaincre la Wehrmacht, mais au prix de vingt-six millions de Russes. Les Soviets obtinrent l’Europe de l’Est, mais l’Armée Rouge était épuisée et, bloquée par les Américains, elle était incapable de répandre le communisme dans l’Europe Occidentale.

La tentative impériale japonaise échoua.

Hitler réussit à reconstituer l’Allemagne mais se condamna à l’échec en envahissant la Russie. D’autre part, selon l’ancien officier du KGB Victor Souvorov, il s’en fallut de quelques semaines qu’Hitler fût attaqué par Staline. Souvorov, dans son livre « Le principal coupable : le grand projet de Staline pour déclencher la seconde guerre mondiale » (2) , publié en 2008 par le Naval Institute Press d’Annapolis, Maryland, soutient que Staline se préparait à envahir l’Allemagne nazie alors qu’Hitler s’apprêtait à envahir la Russie. Il semble qu’aucun des deux ne connaissait les intentions de l’autre. Le hasard voulut qu’Hitler frappât le premier. Staline eût-il frappé le premier, l’Allemagne et toute l’Europe sous occupation allemande auraient été submergées par l’Armée Rouge. Selon Souvorov, une armée qui se prépare à l’offensive est vulnérable en défense si elle est attaquée. C’est ce qui contribua à la rapide progression de la Wehrmacht et les Allemands l’auraient emporté si l’hiver n’était pas arrivé six semaines à l’avance, bloquant l’offensive allemande devant Moscou. Ce qui donna à l’Armée Rouge le temps de se reconstituer et de s’organiser.

La guerre froide visait à maintenir l’hégémonie américaine en s’opposant à l’Union Soviétique. L’effondrement de celle-ci en 1991 laissa l’hégémonie américaine sans rivale. La restauration de la souveraineté russe par Poutine et la rapide montée en puissance de la Chine sont perçues par Washington comme des menaces contre l’hégémonie étasunienne, ce qui explique l’hostilité contre la Russie et contre la Chine.

L’Empire Américain fut la conséquence de la seconde guerre mondiale. Voici la question qui se pose : après avoir joui de l’hégémonie pendant trois-quarts de siècle, Washington peut-il faire marche arrière et traiter les autres pays comme ses égaux ? Si non, la guerre est notre avenir.

Source : Paul Craig Roberts, mars 2021

Notes

(1) David Irving :  « Churchill’s war », tome 1 : « The struggle for power », tome 2 : « Triumph in adversity», Focal Point Publications, Londres.

(2) Viktor Suvorov : « The chief culprit : Stalin’s grand design to start World War II », Naval Institute Press, Annapolis.

https://www.medias-presse.info/les-raisons-de-la-seconde-guerre-mondiale-par-paul-craig-roberts/141747/

Zygmunt Krasiński, le poète anonyme de la Pologne, et la Comédie non divine

samedi 1 avril 2023

Les Celtes réinventés par l’archéologie. Une émission signée France Culture

 

Quand le service public produit de bonnes émissions, il faut le souligner aussi. C’est le cas avec celle consacrée par France culture aux Celtes, réinventés par l’archéologie. En quarante ans, notre connaissance des sociétés celtiques a vécu un total renouveau. Cette renaissance, est due à l’archéologie et à des fouilles, celles d’habitats, de nécropoles, d’extraordinaires sanctuaires, de villes aussi, les oppida…

L’émission se déroule avec
  • Olivier Buchsenschutz Directeur de recherche émérite au CNRS.
  • Katrine Gruel Directrice de recherche émérite au CNRS, spécialisée dans l’étude des monnaies celtiques et des sanctuaires celtiques et gallo-romains

Le magazine de l’archéologie se penche sur la découverte de 40 ans d’archéologie celte, pour mieux percevoir cette société sous un nouveau jour.

Les Celtes, 750 ans d’Histoire… et d’archéologie

Dès le Ve siècle avant notre ère, les Celtes désignent, pour les auteurs grecs, l’ensemble des populations occidentales nord-alpines. Si leurs puissants voisins méditerranéens ont certainement exercé une influence sur les Celtes, ces derniers ont développé une société et un mode de vie qui ont tantôt emprunté les mêmes voies, mais tantôt complètement divergé, notamment en ce qui concerne l’écriture, l’urbanisation, l’Etat…Aux VIe et Ve siècle avant notre ère, la société gauloise est dominée par des princes. De la France à la Bohême, sont créées des villes réunissant autour des princes, de nombreux artisans, c’est le cas de Bourges, Lyon, à Vix en Bourgogne, la Heuneburg en Wurtemberg.

Au IVe siècle avant notre ère, la société est dominée par des aristocrates, moins riches mais plus nombreux que précédemment. L’art celtique atteint sa maturité à cette période, à en voir certains objets, dont le fameux disque de Roissy, désormais conservé au musée d’Archéologie nationale. La production agricole se développe, servie par une diversification de l’outillage en fer et l’invention des moulins rotatifs. Cette période, entre 450-300 avant notre ère, est l’époque où les Celtes sont les plus puissants : leurs guerriers sont engagés par les Grecs comme mercenaires ; ils colonisent la vallée du Danube et même l’actuelle Turquie. C’est à cette époque d’expansion que les Celtes franchissent les Alpes et pénètrent jusqu’au cœur de l’Italie du Nord. Vers 400 avant notre ère, ils s’installent, par exemple, dans la région de Bologne, au sud du Pô. Ils forment alors une société multiethnique avec les populations indigènes, étrusques et italiques.

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Pour écouter l’émission c’est ici

Pour aller plus loin

Page vers l’exposition virtuelle Réinventer les Celtes. Quarante ans de recherches sur l’histoire et la culture des Celtes, proposée sous l’égide de l’école normale Supérieure et de l’EPHE, et exposée jusqu’au 31 mars 2023 au Campus Condorcet, à Aubervilliers. Présentation sur le site de l’Inrap.

>> Olivier Buchsenschutz
 Sa présentation sur le site Babelio et sur le site des éditions des PUF.

• A visionner, une conférence d’Olivier Buchsenschutz, l’Art des Celtes et des Gaulois à Saint Dizier lors du printemps de l’archéologie, en 2019.

>> Katrine Gruel
 Sa présentation sur le site du laboratoire CNRS AOrOc (Archéologie, et Philologie d’Orient et d’Occident), et sur le site de l’ENS.

Crédit photo :  DR
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2023/03/30/217685/les-celtes-reinventes-par-larcheologie-une-emission-signee-france-culture/

Des dieux et des Hommes - Analyse des Mythes

Histoire de l’Autriche – Des Habsbourg aux années 2000 ( Hélène de Lauzun)

Histoire de l’Autriche – Des Habsbourg aux années 2000 ( Hélène de Lauzun)

« L’Autriche, c’est ce qui reste. » C’est par ces mots cinglants que Clémenceau aurait salué en 1919 lors des négociations du traité de Saint-Germain en Laye, la naissance de la petite République d’Autriche prenant la succession de l’immense Empire austro-hongrois. … Ce dur jugement issu des négociations pour le traité de paix révèle le caractère paradoxal de ce petit pays du cœur de l’Europe, qui à travers une dynastie, les Habsbourg, a porté un empire où le soleil ne se couchait jamais et qui se cache en effet aujourd’hui sous les traits d’une placide république… L’Autriche, « ce qui reste » ? mais quels restes…

Synthèse complète loin des clichés, histoire d’un pays “phare” de l’Europe, un sommaire sobre pour des pages passionnées :

  • Aux origines de l’Autriche 996-1493
  • La maison d’Autriche 1493-1815
  • De l’empire d’Autriche à la double monarchie 1815-1918
  • Ce qui reste de l’Autriche
  • Mort et résurrection 1938-années 2000…

Point d’équilibre diplomatique et objet de terribles convoitises, l’Autriche joua un rôle crucial dans le déclenchement des grands conflits du monde contemporain : Première, puis Seconde Guerre mondiale. Elle attire et fascine, grâce à son extraordinaire richesse culturelle et à sa place inégalée dans le monde des arts, de la musique à la littérature. De superbes clichés pour une réalité bien méconnue. L’Autriche, indissociable des Habsbourg n’est pourtant pas née avec eux, qui n’ont à l’origine rien d’autrichien. L’Autriche, elle-même pendant des siècles, reste parfaitement insaisissable car il n’existe pas à proprement parler, d’Etat autrichien, mais un archiduché, un empire qui l’englobe et le dépasse, des couronnes que ses souverains portent mais avec d’autres titres et pour d’autres pays.

Aux portes de l’Allemagne, au coeur de l’Europe centrale, à la croisée des chemins entre la culture germanique, les mondes slave et latin et les influences orientales, l’Autriche est une énigme de plusieurs siècles, presque un millénaire, qui n’en finit pas d’être posée, jusque dans les ultimes rebondissements de sa vie politique au début du XXIème siècle.

L’Autriche a vécu clarté et ténèbres, guerres et paix, grandeur et décadence. Et réussit ce tour de force qui consiste à faire vivre aujourd’hui envers et contre tout le meilleur de son passé tout en regardant vers l’avenir, sans que celui-ci donne l’impression de devoir être le fruit douloureux de ruptures et d’arrachements. C’est peut-être dans cette synthèse qui parait bien inaccessible à nous autres français que réside le secret du bonheur de l’Autriche.

Hélène de Lauzun, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, major de l’agrégation d’histoire, docteur en histoire contemporaine, est spécialiste de l’histoire de l’Autriche. Elle s’intéresse spécifiquement aux relations entre la France et l’Autriche, sujet de sa thèse, et à la culture de l’ancienne Double monarchie. Par ailleurs, elle pratique à un niveau professionnel la valse viennoise, en tant que présidente du Bal des Parisiennes, le bal viennois de Paris.

Une Histoire de l’Autriche, de Hélène de Lauzun, Editions Perrin, 354 pages, 24 €

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