dimanche 4 juillet 2021

Les hommes ou les institutions ?

 

(Charles VI, pris de folie, attaque son frère dans la forêt du Mans. Chronique de Monstrelet. Source : Herodote.net )

Cet article a fait l’objet d’une parution sur le site d’information Vexilla Galliae.

« Et si le roi était fou ? Comment ferions-nous ? » Vous connaissez tous cette ritournelle. Royalistes, on vous l’a souvent servie pour vous placer, pensait-on, devant les contradictions de vos beaux systèmes. Républicains, vous avez toujours pensé une fois à cette possibilité, vous disant qu’au moins on pouvait se débarrasser d’un mauvais président, mais pas d’un roi fou.

La réponse royaliste toute trouvée est de dire que l’institution royale est assez solide et vertueuse pour suppléer à la folie du roi. L’histoire vient au secours du débatteur, lui rappelant qu’en quinze siècles, la royauté française n’aurait connu qu’un seul roi fou, Charles VI.

Est-il pourtant si sûr que l’institution puisse permettre de passer outre l’incompétence du dirigeant ? Car c’est bien ce qui est sous-entendu dans cette question de républicain, au-delà de la folie, marginale.

Prenons dans l’histoire capétienne deux exemples d’incompétence dans le gouvernement, Philippe III le Hardi, fils de Saint Louis, et Charles VI, justement, fils de Charles V.

Dans le premier cas, Philippe III est parfaitement sain d’esprit, mais intellectuellement limité, ne portant que peu d’intérêt au gouvernement, incapable selon les chroniqueurs du temps, d’administrer seul le royaume. La question de l’aptitude à régner de leur fils inquiétait le couple royal. Louis IX partant en croisade en 1270 prit soin de nommer un conseil de régence bipartite, avec l’abbé de Saint-Denis Matthieu de Vendôme et Simon de Nesles, noble d’épée, vieux conseiller du roi. Marguerite de Provence, quant à elle, avait imaginé maintenir une tutelle jusqu’aux trente cinq ans révolus de son fils, ce à quoi s’opposa saint Louis, craignant, à juste titre, l’accaparement de la dignité royale par le clan provençal de sa femme. Philippe III monté sur le trône et rentré de croisade à la tête du cortège funèbre contenant les restes de son père, de son frère, de son épouse et des plus grands noms de la chevalerie française, maintint le conseil de régence installé par son prédécesseur. Certes, ce n’était plus une régence, le souverain étant rentré en France, mais la réalité du pouvoir leur demeurait.

Nous avons, dans ce cas de figure, une parfaite illustration de la supériorité institutionnelle de la royauté dans un contexte de paix. Le roi, incapable de gouverner seul, est entouré de conseillers fidèles, qui assurent pour lui le fonctionnement régulier du pays. Il assiste aux conseils, il signe les actes officiels, mais l’institution se suffit à elle-même, il en est le garant nécessaire, mais elle peut se passer de son action.

Non seulement le royaume ne souffrit point de l’incapacité du roi, mais le domaine royal s’accrut encore de plusieurs provinces et villes, la paix publique fut maintenue, la prospérité du royaume assurée.

On sait que la série de souverains incapables dont l’Angleterre fut affligée dans la fin du XVIIIe et le début du XIXe donna définitivement son impulsion parlementaire libérale à sa monarchie à cause du trop long effacement du souverain.

Ce ne fut pas le cas en France quelques siècles plus tôt, puisqu’à Philippe III le Hardi, roi batailleur et preux chevalier mais piètre gouvernant, succéda le très actif et compétent Philippe Le Bel.

Mais si ce système a si bien fonctionné, c’est aussi que la France était en paix.

En effet, il en est allé tout autrement avec le règne de Charles VI.

Nous voici cent ans plus tard, en plein conflit opposant la France à l’Angleterre. Même pour un roi aussi habile gouvernant que Charles V, la partie fut difficile. En 1380 le jeune Charles VI a douze ans. Ce sont ses oncles qui assurent la régence. A peine stabilisé par l’œuvre pacificatrice du règne précédent, le royaume est frappé par une série de soulèvements antifiscaux à Paris, Rouen et dans les Flandres, pour ne citer que les principaux foyers.

Adolescent chevaleresque, le jeune roi doit d’abord écraser son propre peuple à la tête de l’armée royale menée en fait par les ducs de Bourgogne, de Berry, d’Anjou et de Bourbon. Majeur et marié à Isabeau de Bavière, Charles VI se défit de la tutelle de ses oncles. Jeune et séduisant souverain, gouvernant infatigable, attaché au souvenir des réformes de son père dont il rappela plusieurs anciens conseillers surnommés les « marmousets », chevalier aux idées généreuses, hanté par le souci de la croisade au nom de laquelle il fallait conclure à tout prix la paix générale en Occident et rétablir l’unité de l’Eglise déchirée par le grand schisme, le roi Charles VI avait les qualités requises pour cette fois, au contraire, pallier les faiblesses de l’institution royale, amoindrie par la guerre et les révoltes. Il était en quelque sorte l’homme providentiel apte à continuer l’œuvre fragile de son père.

Mais survint la folie et le roi, dans l’incapacité de gouverner, ne fut plus en mesure d’accomplir son grand dessein. Le pouvoir fut partagé entre son frère, le duc Louis d’Orléans, confident de la reine Isabeau, le vieux duc Jean de Berry et Philippe de Bourgogne, bientôt remplacé par Jean sans Peur son fils.

L’Etat royal fut le sujet des coteries partisanes, les groupes au pouvoir nommant les officiers de la royauté selon leur appartenance à tel ou tel clan, n’hésitant pas même à traiter directement avec l’étranger contre leur adversaire de l’intérieur.

Ici, nous avons le miroir inversé de l’épisode de Philippe III le Hardi. Non seulement l’institution ne peut pas tenir en dépit de la faiblesse de son chef, mais elle ne pouvait se relever que grâce à lui.

Là, justement, il faut souligner l’état de guerre et de crise interne de la France.

Nous sommes face à un enseignement à deux faces. Certes, la permanence de l’institution royale, le caractère arbitral de la fonction même de roi, permettent à l’Etat de continuer sa marche et de profiter du caractère bénéfique de la royauté même quand le souverain est incapable. Philippe III le montra malgré lui, ainsi que l’histoire étrangère plus récente, au Royaume-Uni, mais aussi en Prusse  sous le règne de Frédéric-Guillaume IV. Mais il s’agit de situations ordinaires de paix publique ou de prospérité économique. Que la situation nécessite une action exceptionnelle et justement il faut un homme d’exception, au moins un homme ordinaire sachant tenir la barre dans la tempête.

Il faut trouver l’équilibre entre l’homme et l’institution. Pas la peine d’être grand clerc pour s’en rendre compte.

La République qui espère fréquemment en l’homme providentiel pour réparer ses faiblesses internes pêche par l’excès inverse de celui des royalistes imaginant que l’institution pourra combler seule la faiblesse des hommes.

Yves-Marie Adeline dans son Pouvoir légitime l’avait bien compris, lui qui postulait que si l’institution se suffit à elle-même par la suite, au nom du bien commun, il y a cependant un homme exceptionnel, une sorte de César, à la source de l’institution, pour opérer le premier saut, salutaire, qui met en place le nouvel Etat. Pour la royauté capétienne ce furent Hugues Capet et son fils Robert II le Pieux.

La République a ceci de particulier qu’elle promeut l’esprit partisan et la courte vue à la tête de l’Etat, court-circuitant l’appareil administratif à son service et ainsi écrasant les talents qui pourraient en sortir, ou les dévoyant pour en faire des conquérants du pouvoir politique mais plus des serviteurs du bien commun.

Au moins, par son fonctionnement hyper combattif parvient-elle à susciter des personnalités hors du commun, mais hélas utilisées à la seule fin de leur carrière personnelle.

On pourrait espérer qu’un système d’équilibre stabiliserait la tête de l’Etat par l’instauration d’une royauté capétienne, tout en continuant de s’appuyer sur une administration moderne qui sécrète ses hommes d’exception, l’Etat royal en donna la démonstration au XVIIIe siècle, et comme nous en avons souvent l’image aujourd’hui avec ces grands commis de l’Etat qui essuient les plâtres de l’incurie ministérielle.

Mais pour parvenir à ce fonctionnement institutionnel régulier, où hommes et institutions marcheraient dans un chemin d’équilibre, encore faudrait-il un homme providentiel numéro un pour relancer la machine par son action salvatrice.

Tout en sachant que le régime idéal n’est pas de ce monde, c’est ici que nous l’attendons, notre nouveau Clovis…

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2014/06/27/les-hommes-ou-les-institutions/

Les Empires médiévaux

 

Sylvain Gougenheim, professeur d’histoire médiévale, a réuni pour cet ouvrage une équipe d’éminents historiens (dont Marie-Thérèse Urvoy) pour présenter les différents empires médiévaux, nous offrant une rare vue d’ensemble s’étendant sur l’Europe, l’Asie ou encore l’Amérique du Sud. Le lecteur est tour à tour plongé dans l’Empire carolingien, l’Empire byzantin, l’Empire abbasside, l’Empire mongol, l’Empire ottoman, la Chine du VIIe au XVe siècle, l’Empire bulgare, l’ascension et la chute de l’Empire serbe, l’Empire japonais, les Empires solaires des Amériques, l’Empire latin de Constantinople, l’Empire allemand d’Otton le Grand à Maximilien, l’Empire normand, l’empire Plantagenêt, les trajectoires impériales en Adriatique avec l’exemple vénitien, et, pour finir, la thalassocratie malaise de Srivijaya.

Cet ouvrage met ainsi en parallèle des structures politiques a priori analogues, au sein d’une large époque et à l’échelle de la planète. Manquent à la recension les empires africains, l’Empire khazar et celui des Khmers, faute d’avoir pu trouver la collaboration d’experts francophones sur ces sujets. Mais le résultat ainsi obtenu est déjà remarquable et mérite l’attention de tous les passionnés d’histoire médiévale.

Les Empires médiévauxouvrage collectif sous la direction de Sylvain Gouguenheim, éditions Perrin, 396 pages, 24,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-empires-medievaux/111815/

La diversité ouvrière: la place des femmes et des immigrés

samedi 3 juillet 2021

C’était un 30 juin : Franco sauvait plusieurs milliers de Pieds-Noirs que De Gaulle voulait abandonner au FLN

 

C’est un épisode peu connu, au cours duquel Franco fit preuve d’une courageuse bienveillance envers les Français, en s’opposant fermement à De Gaulle qui préférait qu’ils fussent livrés à la barbarie du FLN. Quelques jours après, dans la même ville d’Oran, c’était le massacre (voir ici).

Texte de José Castano :

« Les 29 et 30 juin 1962, l’Espagne du général Franco vint au secours des Oranais malmenés par les sbires du général Katz, en affrétant 2 ferrys, le « Victoria »  et le « Virgen de Africa »

Pour accoster le long des quais d’Oran, il fallut longuement parlementer avec les autorités françaises réticentes et même donner à la France un ultimatum, risquant un grave incident diplomatique…

Le 30 juin, à 10 h du matin, malgré l’opposition de De Gaulle, le général Franco donna l’ordre à ses capitaines d’embarquer cette « misère humaine » qui attendait depuis des jours sous un soleil torride, sans la moindre assistance, un hypothétique embarquement vers la France.

Franco prévint de Gaulle qu’il était prêt à l’affrontement militaire pour sauver ces pauvres gens sans défense, abandonnés sur les quais d’Oran et menacés d’être exécutés à tout moment par les barbares du FLN. Joignant le geste à la parole, il ordonna à son aviation et sa marine de guerre de faire immédiatement route vers Oran.

Finalement, face à la détermination du général Franco et craignant un conflit armé, de Gaulle céda et le samedi 30 juin, à 13 h, deux ferrys espagnols accostèrent et embarquèrent 2 200 passagers hagards, 85 voitures et un camion.

Lors de l’embarquement, les courageux capitaines espagnols durent, cependant, s’opposer à la montée d’une compagnie de CRS sur leur bateau (propriété de l’Espagne) dans le but de lister tous les passagers et interpeller les membres de l’OAS fichés.

Ces capitaines expliqueront n’avoir jamais compris l’attitude arrogante et inhumaine des autorités françaises dans une situation aussi dramatique qui relevait essentiellement d’« assistance à personne en danger de mort »…

Contre vents et marées, finalement, à 15 h 30, les quais d’Oran, noirs de monde se vidèrent et les bateaux espagnols prirent enfin la mer malgré une importante surcharge, à destination du port d’Alicante.

Durant toute la traversée, se mêlèrent les larmes de détresse, de chagrin… et de joie de ces pauvres gens en route vers leur nouvel exil, conscients d’avoir échappé au pire… Quand, enfin, la côte espagnole fut en vue, une liesse générale s’empara de ces « réfugiés » qui s’époumonèrent à crier avec des sanglots dans la voix « Viva España ! » … « Viva Franco ! ». Ils avaient, pour bon nombre d’entre eux, échappé à une mort programmée par les autorités françaises. Jamais ils ne l’oublieront !

En mémoire de Jean LOPEZ, coiffeur à Aïn-El-Turck (Oran) qui devait assurer mon embarquement et mon accompagnement jusqu’en Métropole (j’avais 15 ans). Jean fut enlevé précisément au port d’Oran par des ATO (auxiliaires de police du FLN). On ne le revit jamais…

A sa veuve et à ses deux filles, avec toute mon affection. »

http://www.contre-info.com/quand-franco-sauvait-plusieurs-milliers-de-pieds-noirs-que-de-gaulle-voulait-abandonner-au-fln#more-59857

Puissance économique et dynamisme civilisationnel, par Philippe Conrad

  

Puissance économique et dynamisme civilisationnel, par Philippe Conrad

L’homme européen tel qu’il s’est défini au fil des siècles est un créateur de richesses et de puissance économique. Il convient de renouer avec cette vocation à l’heure où s’affirment de nouveaux compétiteurs, notamment en Asie.

La crise de civilisation que traverse aujourd’hui notre Europe a conduit légitimement à remettre en question l’hégémonie exercée depuis deux siècles par les valeurs économiques. Le libéralisme et le marxisme – qui ont longtemps dominé le paysage idéologique – ont en effet favorisé et justifié l’émergence d’un homo economicus réduit au rang de simple consommateur et oublieux des dimensions morales ou esthétiques qui prévalaient dans les sociétés traditionnelles.

Le rejet du processus mortifère qui s’est ainsi engagé a naturellement conduit à une remise en cause de la primauté accordée à l’économie et à la critique d’une « société marchande » au sein de laquelle l’hypertrophie de la « troisième fonction » se serait opérée au détriment des fonctions de souveraineté et de défense, traditionnellement dominantes. Une critique largement fondée, mais qui ne doit pas occulter le fait que notre monde européen n’a pu réaliser l’ascension historique que nous connaissons qu’au prix d’une réussite économique indispensable à son développement.

Des cathédrales qu’il faut bien financer !

C’est vrai au lendemain de l’an mil quand, après les siècles sombres du Haut Moyen Âge qui ont suivi l’effondrement de la Pax Romana, l’Occident latin connaît un réveil spectaculaire, première étape d’une montée en puissance qui va le conduire, huit siècles plus tard, à la maîtrise du monde.

Le dynamisme démographique retrouvé, l’ampleur des grands défrichements, l’apparition de nouvelles techniques agricoles, la renaissance urbaine et celle du grand commerce préparent l’émergence des grands États dynastiques et la projection d’une Europe demeurée longtemps soumise aux pressions barbares successives vers l’espace méditerranéen, ce que confirment l’aventure des croisades de Terre Sainte et les progrès de la Reconquista ibérique.

Dans le même temps, l’Europe « se couvre d’un blanc manteau d’églises », développe ses écoles monastiques qui récupèrent l’héritage antique, voit naître ses Universités et lance vers le ciel les flèches de ses cathédrales gothiques, prélude à l’essor, dans les cités industrieuses d’Italie ou de Flandre, à ce qui deviendra la flamme de la Renaissance.

L’Europe désenclave le monde…

Après les temps de peste et de crises des XIVe-XVe siècles, l’essor économique est bridé par la famine monétaire liée aux limites que rencontre la production des métaux précieux. Ce sont les progrès en matière de technique navale et le souci de contourner le nouvel obstacle ottoman, afin de renouer avec les routes du grand commerce naguère établies avec l’Orient, qui conduisent Portugais et Espagnols sur les voies maritimes. Elles vont rapidement permettre de réaliser le premier désenclavement du monde, au profit de la péninsule européenne de l’immense bloc eurasiatique.

Les nouvelles routes du commerce et les nouvelles ressources en métal précieux qu’offre le Nouveau Monde engendrent alors une phase de croissance séculaire, qui voit Lisbonne, Séville, Amsterdam et Londres se succéder – dans le rôle de ville-monde chère à Fernand Braudel – à la République des doges, maîtresse pendant plusieurs siècles de l’espace méditerranéen. Capitalisme commercial et commerce colonial contribuent au renforcement économique et politique d’une Europe qui impose toujours plus sa marque sur le monde à travers son hégémonie navale et les voyages de découverte qui lui permettent, en l’espace de trois siècles, de s’approprier le monde.

Une position désormais dominante, relayée et complétée, à partir du XVIIIe siècle, par le développement de la révolution industrielle, née en Angleterre mais diffusée ensuite dans tous les grands états du continent. Une révolution industrielle qui va de pair avec une nouvelle lecture du monde inspirée par l’esprit des Lumières. La croissance économique qui s’en suit et la prospérité grandissante que connaissent alors le vieux continent et son excroissance nord-américaine garantissent la mainmise sur la planète et ses ressources, en même temps que la domination des « puissances » qui décident du sort du monde jusqu’au XXe siècle.

L’impératif de la puissance économique

Cette situation est aujourd’hui remise en cause par l’apparition de nouveaux compétiteurs, notamment en Asie. La maîtrise des techniques et les capacités d’innovation qui ont garanti pendant longtemps l’hégémonie européenne ne sont plus désormais l’apanage exclusif de nos sociétés. Les mondes nouveaux aujourd’hui en gestation, parfois avides de revanche, entendent bien se doter des armes qui ont fait le succès des puissances occidentales de naguère.

Il apparaît donc évident que les tentations diverses poussant à sous-estimer la part de l’économie dans la prospérité des peuples et dans leur niveau de civilisation ne doivent pas faire illusion, même s’il est légitime de fixer à la production de richesses et à la satisfaction des besoins matériels des populations des objectifs et des limites qui permettent de ne pas remettre en cause les grands équilibres environnementaux et humains. Le but assigné à l’économie ne peut en effet se résumer à la fabrication de l’homo consumans et de l’homo festivus, chers à certains de nos contemporains mais oublieux de nos fondamentaux anthropologiques.

L’histoire nous apprend que l’homme européen tel qu’il s’est défini au fil des siècles, dans son action, dans son imaginaire et dans sa vie spirituelle, a toujours su susciter la puissance économique tout en la soumettant à des vues plus hautes.

Philippe Conrad

En illustration : Fortunino Matania, la construction d’une cathédrale gothique (détail).

https://institut-iliade.com/puissance-economique-et-dynamisme-civilisationnel-par-philippe-conrad/

vendredi 2 juillet 2021

Les lignées Illuminati (Fritz Springmeier)

 

Fritz Springmeier était un cadet de l’Académie militaire de West Point lorsqu’il prit la décision de “ne plus obéir à l’armée mais à Dieu”, raconte-t-il dans sa biographie. Cet écrivain a signé une dizaine de livres. Il s’est notamment fait connaître en dénonçant le projet de la CIA MK ULTRA de contrôle mental. Ses publications et ses conférences traitent aussi fréquemment des forces occultes.

Les liens entre la franc-maçonnerie et l’establishment politico-financier sont une évidence. Mais, dans ce livre, Fritz Springmeier évoque treize familles (Astor, Bundy, Collins, Du Pont, Freeman, Kennedy, Li, Onassis, Reynolds, Rockefeller, Rothschild, Russell et Van Duyn) qu’il nomme les “bloodlines” (lignées de sang) Illuminati. Il décrit les fortunes et l’influence de chacune de ces familles. Et les accuse d’agir pour mettre l’humanité en esclavage. A partir de ces treize familles, ce sont aussi des multitudes de fondations et organismes divers aux mains de ces familles que l’auteur de ce livre nous présente.

Les lignées Illuminati, Fritz Springmeier, éditions Hades, 714 pages, 38 euros

commander en ligne ici 

https://www.medias-presse.info/les-lignees-illuminati-fritz-springmeier/112240/

Démocratie en crise

  


Depuis les scrutins régionaux et départementaux des 20 et 27 juin, l'utilisation du terme de "majorité" pour désigner le parti macronien relève à l'évidence de l'imposture.

Si on s'en tient, en effet, aux chiffres les plus officiels du ministère de l'Intérieur, et sans tenir compte des gens qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, ni des immigrés clandestins ou non naturalisés, le pays est gouverné par un parti qui n'a obtenu les suffrages que de 3 % des électeurs.

Plus généralement, de nombreuses protestations s'élèvent, de toutes parts et depuis plus de 10 ans, contre les modes de représentation. La crise se manifeste de manière multiforme, et pas seulement contre la disproportion des groupes parlementaires.

Les partis eux-mêmes semblent ne plus correspondre à grand-chose. On les sait verrouillés par des appareils centralisés et leurs modes de financements. De plus, ils restent quadrillés, sous le prétexte de moralisation, par des réglementations contre-productives.

La cassure s'est produite en 1846. C'est à partir de cette date que l'on peut faire découler la montée progressive de partis bureaucratiques, structurés à partir de programmes fictifs et illégitimes. D'une part, en effet, ces catalogues ne sont jamais appliqués. De surcroît, contraires au principe même de la représentation, les promesses sont reçues comme des engagements contractuels.

C'est dans les souvenirs de Falloux, que l'on trouve la trace historique, aujourd'hui oubliée, du départ de ce glissement de la démocratie représentative théorique vers le régime, mortifère en pratique, des partis supposés tout-puissants.

Les élections d'août avaient été provoquées par une dissolution anticipée de la chambre de 1842 ; la droite qu'on appelait alors parti de la résistance était dirigée par Guizot, et elle obtint une majorité de 290 ; la gauche dirigée par Thiers, parti du mouvement en obtint 168, tout cela au suffrage censitaire. Celui-ci ne fut supprimé, rappelons-le, que par la révolution de février 1848, qualifiée de bourgeoise par les marxistes. En juin, bénéficiaires satisfaits de l'extension du droit de vote, les petits commerçants et artisans parisiens se retournèrent en effet contre l'extrême gauche, au grand dam de Marx et Engels.

"La Chambre entièrement renouvelée, explique Falloux, tint, au mois d'août [1846], une courte session consacrée à la vérification des pouvoirs. Mon bureau eut à examiner l'élection de M. Drault, avocat du barreau de Poitiers, élu par la gauche, avec l'appoint des catholiques qui avaient obtenu de lui un engagement préalable en faveur de la liberté d'enseignement. Le parti ministériel soutint que c'était là un mandat impératif qui viciait l'élection et devait la faire annuler.

Les débats, pour et contre, furent soutenus à fond dans mon bureau. La question avait donc été bien élucidée devant moi, et si cette jurisprudence prévalait, la liberté de l'enseignement se trouvait indéfiniment ajournée par voie d'invalidation."(cf. Mémoires d'un royaliste, page 243 édition 1888)

À l’époque déjà la liberté scolaire constituait, depuis 1815 et la liberté parlementaire retrouvée, la grande revendication des chrétiens et des royalistes qui formaient alors les gros bataillons des électeurs de la droite. Mais le parti ministériel à la remorque des dynasties bourgeoises, pour reprendre le concept cher à Beau de Loménie, ne l'entendait pas de cette oreille. Et donc pour triompher de leur force d'inertie les électeurs étaient fondés à dépasser le simple jeu des étiquettes sur lesquelles se jouaient les scrutins.

Il est donc cocasse de redécouvrir qu'à cette époque-là, et sur ce sujet, fut inventée la théorie, totalement contraire aux principes admis jusque-là de la démocratie représentative, qu'un candidat puisse passer une sorte de contrat, à propos de ses votes futurs, avec les électeurs.

La constitution de 1958 a donc beau reprendre le principe selon lequel "tout mandat impératif est nul"(article 27 alinéa 1), on sait bien qu'en réalité les députés sont nommés à plus de 90 % par les commissions d'investitures des partis. Celles-ci leur allouent, depuis la capitale, telle circonscription susceptible d'être emportée par leur parti. Ils deviennent de la sorte, à plus de 90 %, tributaires des écuries qui les autorisent à porter leur casaque.

La seule logique possible serait qu'au moins les partis obtiennent des sièges de députés au prorata, au moins approximatif, de leurs popularités. Ceci pour l'Assemblée nationale, mais non pour le Sénat, grand conseil des Communes de France.

En regard, depuis la défaite des partisans du régime britannique, qu'on appelait les "monarchiens", à l'automne de 1789, une pression idéologique constante s'est périodiquement reconstituée à l'encontre la Chambre haute et du bicamérisme.

Or, curieusement, le peuple réel ne l'entend pas ainsi. Dans l'Histoire politique française au XXe siècle trois référendums seulement ont abouti à un vote négatif : celui de mai 1946 sur le premier projet de constitution, celui de 1969 sur la loi de régionalisation et enfin celui de 2005 sur le traité de Rome II sur l'union européenne. Et, en fait, c'est la disparition du Sénat qui a engendré les spectaculaires rejets populaires de 1946 et 1969.

Si les députés peuvent être acceptés comme représentatifs du régime des partis et des groupements politiques supposés "expression du droit de suffrage" (cf. article 4 de la constitution) le rôle du Sénat doit être renforcé. Il devra représenter, demain, la France vivante, celle des terroirs et des régions.

Ce serait sans doute le retour à de tels principes qui redonnerait vie et confiance dans la démocratie représentative.

Nous en sommes hélas assez loin.

JG Malliarakis

https://www.insolent.fr/

Immigration et patronat, une histoire de la politique française

 

[Extraits d’un long article reprenant les positions successives des partis politiques, syndicats et du patronat vis-à-vis de l’immigration]

L’immigration est un sujet structurant du champ politique. Pour beaucoup la gauche est considérée comme favorable à l’immigration, les frontières sont détestées. La droite est considérée comme hostile à l’immigration et plus on va à droite, plus cette hostilité grandit.

Si l’on revient sur les vingt dernières années, il y a eu une hausse continue de l’immigration, et ce, peu importe le gouvernement: Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. Gauche ou droite, les flux s’intensifient. En 2007, 171907 titres de séjours ont été délivrés; en 2008, 183893; 2009, 194410; puis 2012, 193120; 2015, 217533; 2018, 258929; et 2019, 274676.

Ces gouvernants n’ont aucune prise sur les flux d’immigration. Que leur discours frôle la xénophobie comme Nicolas Sarkozy en 2007 qui s’évertuait à récupérer l’électorat FN ou François Hollande qui cherchait à masquer un quinquennat désastreux, qu’ils produisent des lois supposées restrictives, la réalité vient les contredire: ces discours sont du vent.

La gauche et le contrôle de l’immigration

Avant les années 80, le thème de l’immigration n’était pas un tabou à gauche. Tout au long de l’histoire du 20e siècle la gauche a critiqué les politiques d’immigration en pointant le grand patronat avec son complice, l’Etat. Cette critique allait de pair avec la solidarité entre travailleurs nationaux et immigrés, l’égalité des droits et l’union dans la lutte des classes. Durant les périodes où elle a été au pouvoir, la gauche a mis en place des institutions pour contrôler l’immigration, alors chasse gardée du patronat, Par exemple, En 1926 le cartel des gauches met en place un Haut Comité de l’immigration que supprimera quelques mois Raymond Poincarré. Le Front Populaire créera le Secrétariat d’Etat à l’Immigration en 1937. Entre 1945 et 1947 Ambroise Croizat contribue à créer l’ONI (Office national de l’immigration) afin de satisfaire les énormes besoins de main-d’œuvre au lendemain de la guerre. Le but était de planifier la politique d’immigration au niveau national, pour ne plus laisser aux intérêts capitalistes le monopole des flux d’immigration. La droite a toujours défendu les besoins de main-d’œuvre du patronat et des propriétaires, ainsi que l’initiative privée pour l’organisation de l’immigration. Cette initiative privée ignore évidemment l’égalité entre salariés français et étrangers, elle défend le refoulement automatique des étrangers selon la conjoncture économique, et s’attache à mettre en concurrence les travailleurs étrangers et français, à la fois pour affaiblir le front social et pour disposer d’une masse corvéable et peu revendicatrice rejoignant la fameuse “armée industrielle de réserve” de Marx. Dans les années 20 et 30, la Société Générale l’Immigration (SGI), qui assure une grande part des recrutements d’immigrés est contrôlé par le patronat de la grande industrie….

La droite et le patronat

Face aux tentatives d’organisation de l’immigration dans l’intérêt des travailleurs, le patronat et la droite ripostent. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout sera fait pour saper l’ONI créée par Ambroise Croizat. L’ONI assure un contrat, un logement, des droits sociaux pour les travailleurs étrangers. Ces dispositions ne réjouissent pas le patronat. Alors que le centre de recrutement tarde à se mettre en place, le patronat le contourne, fait venir des travailleurs clandestins en masse, poussant la CGT à protester contre cet afflux incontrôlé d’étrangers. Ambroise Croizat, Ministre du travail communiste de l’époque décide de fermer la frontière avec l’Italie en mai 1946. Le ministre de l’intérieur envoie aux préfets des départements limitrophes une circulaire imposant l’exclusion des clandestins arrêtés lors de la traversée de la frontière et le renvoi en 48h de ceux découverts à l’intérieur du pays sans titre de séjour et sans travail. Les inspecteurs du travail ont pour ordre de contrôler systématiquement les industries, les employeurs sont sommés de déclarer les clandestins qui y travaillent sous peine de sanction lourde. Ces clandestins étaient  ensuite régularisés après une inspection professionnelle et sanitaire. En 1963, Georges Pompidou, alors Premier ministre, déclare: “l’immigration est un moyen de créer une détente sur le marché du travail, et de résister à la pression sociale”.  Michel Massenet directeur de la Population et des Immigrations au Ministère des Affaires sociales affirme en 1966 “l’existence d’une immigration étrangère importante constitue un instrument incomparable de lutte contre le réchauffement conjoncturel”….

Le tournant des années 1980

Il y a en matière d’immigration une grande amnésie du monde politique. Paul Collier, explique dans “Exodus” que “L’espace laissé vacant par les grands partis politiques a rapidement été occupé par une brochette d’hurluberlus: racistes, xénophobes et psychopathes ont attiré à eux des citoyens ordinaires de plus en plus inquiets du silence des partis traditionnels.” C’est ainsi qu’à partir des années 1980 le Front National, bien aidé par les manoeuvres de François Mitterrand, va émerger en France. Le FN devient l’épée des intérêts capitalistes qui cherchent, comme toujours, à diviser les travailleurs français et immigrés. En désignant les immigrés comme responsables du chômage avec le slogan “3 millions de chômeurs c’est 3 millions d’immigrés de trop” le FN se tait évidemment sur la responsabilité des grandes entreprises, qui sont allées chercher ces étrangers dans leurs pays d’origines, pas d’analyse de classe, bien sûr, et de ce fait rien sur les processus d’exploitation qui exacerbent les inégalités entre immigrés et nationaux. De son côté, le Parti socialiste, est devenu le bouclier du capitalisme néolibéral. Après avoir enterré le marxisme, la lutte des classes et s’être converti à l’économie de marché,  l’hégémonie à gauche du PS a rendu toute critique de l’immigration comme “d’extrême droite”….

Trouver un nouveau paradigme

Alors que la France oscille entre 8 et 10% de chômage depuis 30 ans le MEDEF continue de plaider en faveur du recrutement des étrangers. Le réfugié politique est d’ailleurs vu sous l’angle économique. L’embauche de clandestins est encouragé par la Commission européenne, les syndicats et les employeurs via l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Elle est très demandée dans le secteur de l’hôtellerie. L’immigration représente 45% de l’accroissement de la population en France comme l’indique l’INSEE contre 30% dans le milieu des années 60 qui sont pourtant considérées comme des années d’immigration importantes. La pauvreté, la concentration dans les mêmes quartiers et le chômage des immigrés atteignent des records. La thèse d’une immigration peu importante ne tient pas. Un tel flux est incompréhensible dans une économie française asphyxiée par 40 ans de politiques, qui ont détruit notre industrie. Pourtant les débats sur ces questions sont rendus impossibles pris en tenaille par les outrances de l’extrême droite, hurlant au choc des civilisations, et par la gauche radicale qui refuse de considérer les effets négatifs qui sont la conséquence d’une immigration trop importante….

Il nous faut revenir à un discours clair sur l’immigration: la critique des processus d’immigration s’arrête où débute la stigmatisation des immigrés. Sans stigmatisation, la régulation peut et doit être recommandée. C’est une condition nécessaire pour unir un électorat atomisé, divisé et stérilisé dans l’abstention ou le vote protestataire. Ceux qui s’attachent aux classes populaires doivent réussir à porter un discours soulignant la mise en concurrence des différentes vagues d’immigration entre elles, appuyées par une politique capitaliste menée par le CAC40 et la Commission européenne….

Le Monde Moderne

https://www.fdesouche.com/2021/07/02/immigration-et-patronat-une-histoire-de-la-politique-francaise/

Symbolisme et signification des poissons dans les mythologies indo-européennes

  

C'est à partir d'une racine indo-européenne *piski-, selon Pokorny, que se seraient développés tous les termes com­muns pour désigner le poisson : l'irlandais iasc (peis­kos), le vieil-allemand fisc, le gothique fisks et le la­tin piscis. C'est manifestement du latin que dérive le ter­me italien actuel “pesce”. Il est clair également que le phé­nomène linguistique de la mutation consonantique dans les langues germaniques, mis en exergue par Grimm, où le “p” devient “f”, comme “pater” devient “fadar” (fatherVaterVader). Les formes propres au latin se retrouvent donc dans les domaines linguistiques celtique et germani­que ; la parenté entre ces langues est donc significative. Quoi qu'il en soit, de nombreuses langues européennes con­temporaines utilisent des termes apparentés. Le poisson est un animal de grande signification symbolique. Lié à l'eau, il l'est également à tout ce qui crée la vie et les ima­ges. Son symbolisme l'attache plutôt à l'élément féminin, mais pas exclusivement.

Les pêcheurs symboliques sont nombreux dans les tradi­tions : de Bouddha à Orphée et d'Artus aux apôtres chré­tiens. À ce propos, rappelons que c'est sous le signe du pois­son que s'est instaurée la tradition de l'actuel cycle cos­mique selon l'hindouisme ; de même, dans le christianisme, les multitudes de poissons rappellent l'image des fidèles. Le “Roi pêcheur”, selon une interprétation pertinente que nous devons à G. Acerbi, assumerait dès lors une fonction cos­mogonique de restauration. En se référant au monde de la tradition scandinave, G. Chiesa Isnardi écrit : « Il domine le règne de l'eau, donc un “monde” qui a les caracté­risti­ques du règne des enfers. Mais il est pourtant symbole de sa­gesse et de fécondité, 2 qualités qui s'acquièrent a­près un contact fécond avec l'au-delà ». Dans ce même mon­de scandinave, les dieux-mages et les êtres magiques s'in­carnent dans la forme du poisson : Odin, Loki, le nain And­vari. En outre, pour diverses raisons, les poissons ap­pa­raissent liés à la magie, par ex. par le fait que le "souf­fle des poissons” est considéré comme un ingrédient utilisé pour créer Gleipnir, la corde magique qui permettra d'attacher le loup Fenrir.

Chez les Grecs, le poisson est étroitement lié à Aphrodite, en tant que symbole de fécondité et d'amour. Aphrodite, el­le aussi, prend la forme du poisson (n'oublions pas qu'elle est née de l'écume de la mer). Les poissons sont ses attri­buts, comme pour Poséidon. À Rome, les poissons, liés à Ve­nus, ajoutent aux caractéristiques de ceux d'Aphrodite, une dimension funéraire.

Sortons maintenant des horizons spirituels des peuples in­do-européens et passons au christianisme. La religion qui a fini par s'imposer à l'Occident a un rapport particulier avec le poisson. Dans l'Église romaine, le poisson est devenu em­blème du Christ, notamment dans l'acrostiche ICHTUS, si­gni­fiant "poisson" en grec, où les Chrétiens lisent : "Iesous Chris­tos Teou Huis Soter" (Jésus Christ, fils de dieu et sau­veur). En outre, « les poissons dans les sacrements, avec le vin et un morceau de pain représentent l'eucharistie et la Dernière Cène… Les premiers pères de l’Église étaient ap­pelés “les fidèles petits poissons”, et les Apôtres étaient dé­finis comme des “pêcheurs d'hommes”… » (Cooper).

Toutes ces convergences du symbolisme ichthyique, dans le christianisme des origines, a été expliqué par l'ouverture de l'â­ge céleste dominé par les Poissons du Zodiaque, dont nous venons à peine de sortir pour entrer dans l'ère du Ver­seau. Dans une telle perspective, on peut s'attendre à ce que de nouveaux symboles prennent la place des anciens, avec l'avènement d'une ère nouvelle. De nouveaux mythes fon­dateurs (ou refondateurs ?) entreront-ils en jeu ?

Alberto Lombardo, Nouvelles de Synergies Européennes n°50, 2001.

(article paru dans La Padania, 11 mars 2001 ; tr. fr. : RS)

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/62

jeudi 1 juillet 2021

Don Juan d’Autriche, l’homme de Lépante (1547-1578)

 

Don Juan d’Autriche, l’homme de Lépante (1547-1578)

C’est un des grands personnages de l’histoire européenne. Son nom est associé à tout jamais à sa victoire navale de Lépante, en 1571, contre les Ottomans. Il avait 24 ans !

« Valeureux comme Scipion, héroïque comme Pompée, fortuné comme Auguste, un nouveau Moïse, Gédéon, Samson et David, mais sans aucun de leurs défauts »… C’est ainsi que le pape Pie V dépeint Don Juan d’Autriche, le héros du Grand siècle espagnol qui vit la couronne de Castille s’assurer la suprématie en Europe. Acteur incontournable du dernier combat de la Reconquista, figure emblématique de la retentissante victoire de Lépante, il apparaît en ces temps de crispations religieuses comme l’épée et le bouclier du catholicisme. Ce paladin, « à la beauté d’Apollon et au visage d’Archange » se distingue d’autant plus qu’il offre un contraste saisissant avec son frère, Philippe II. à la prudence excessive du roi catholique, Don Juan oppose l’image du prince impétueux qui a pour principe que celui qui « ne va pas en avant retourne en arrière ». Mais le jeune homme, « ami des armes et désireux d’honneur », se trouvera souvent bridé par son loyalisme sans faille et sa soumission aux ordres de la Couronne.

C’est à Ratisbonne que Barbara Blomberg donne naissance, le 24 février 1547, à un garçon, Geronimo. Son père n’est autre que l’homme le plus puissant de ce milieu du XVIe siècle : Charles Quint. En remportant la même année la fameuse bataille de Mühlberg contre les princes réformés de la ligue de Smalkalde, l’empereur est alors au faîte de sa gloire.

Il fait rapidement enlever l’enfant à sa mère qu’il ne reverra d’ailleurs jamais. Envoyé dans le plus grand secret en Espagne, auprès d’une première tutrice, il grandit en jouant avec les petits paysans castillans. Il est par la suite confié à Don Luis Mendez de Quijada qui lui apporte avec sa femme une éducation soignée et une affection qu’il ne manquera pas de leur rendre par la suite. Mais il faut attendre l’ouverture du testament de Charles Quint, à l’automne 1558, pour que son existence soit révélée au grand jour.

Le bâtard impétueux

Il a 12 ans lorsque Philippe II, son demi-frère de 20 ans son aîné, vient lui révéler le secret de sa naissance : « L’empereur Charles Quint est votre père », un père curieux de le rencontrer et qu’il avait vu sans le savoir au monastère de Yuste quelques mois auparavant. C’est sous le nom de Don Juan d’Autriche que le jeune garçon va alors entrer de plain-pied sur la scène espagnole, sans que sa bâtardise ne lui porte préjudice car les enfants illégitimes étaient alors chose fréquente. Il part vivre à la cour avec le rang d’infant, mais en étant toutefois écarté de la succession.

Il y fréquente ses deux neveux qui ont à peu près le même âge que lui :  le fils de Philippe II, Don Carlos, un être mal formé et tordu, et le brillant Alexandre Farnèse, dont la mère, Marguerite de Parme, est aussi une enfant illégitime de l’empereur. C’est ensemble que les trois jeunes gens sont envoyés en 1561 parfaire leur éducation dans la prestigieuse université d’Alcala de Henares, où Don Juan doit notamment se préparer à la carrière ecclésiastique que l’on a choisie pour lui. Fort heureusement, une querelle diplomatique avec le pape Pie IV retarde suffisamment l’envoi du chapeau de cardinal qui lui est destiné, le temps pour lui de montrer à son frère que son cœur penche irrévocablement vers le métier des armes.

Ainsi en 1565, lorsque Malte est menacée par les Turcs de Sinan Pacha, le bouillonnant jeune homme tente de rejoindre la flotte qui doit quitter Barcelone pour leur porter secours. L’aventure tourne court. Il arrive trop tard et Philippe II met un terme à sa soif de batailles en lui rappelant l’importance de sa personne. Trois ans plus tard le roi accède néanmoins à ses vœux en le nommant general del mar, c’est-à-dire amiral, et c’est aux côtés de don Luis de Requesens qu’il fait ses premières armes sur mer lors d’une expédition menée de Cadix aux Baléares.

« Ami des armes et désireux d’honneur »

« D’un très bel aspect et d’une grâce admirable, il s’habille magnifiquement et avec beaucoup d’élégance, au point qu’on est émerveillé en le voyant. Sans égal pour l’équitation, les joutes, l’escrime, les tournois, il s’y montre infatigable… Il y met toute son application, ne pouvant souffrir de perdre, quelque peu important que soit l’enjeu. Il lui semble qu’il y va de l’honneur, même en cela. » Don Juan charme tous ses interlocuteurs, sa place à la cour semble assurée – il est le parrain de deux filles de Philippe II – et sa conduite est irréprochable. Quand don Carlos entre en rébellion ouverte contre son père, il vient prévenir Philippe. Le fils dément est arrêté et mourra dans son cachot quelques mois plus tard, faisant pendant quelques années de Don Juan un éventuel prétendant à la couronne. Mais il est pour le moment bien plus soucieux de se couvrir de gloire. Quand éclate le soulèvement des Morisques, il demande à y être envoyé car « cette question touche de près à son désir de renommée ».

Le royaume de Grenade compte alors près de 150 000 Morisques, les descendants des musulmans convertis de force à la fin du siècle précédent. Leur concentration pose problème, d’autant qu’ils restent encadrés par leurs élites sociales et religieuses, ce qui rend encore plus patent le caractère superficiel de leur foi nouvelle. Une certaine tolérance avait jusqu’alors prévalu, notamment de la part de l’aristocratie locale qui appréciait cette abondante main d’œuvre, mais l’avènement d’un roi connu pour sa rigidité religieuse et la mise en place d’une administration bureaucratique et procédurière ont accéléré le dénouement d’un conflit latent. à Noël 1568, le massacre de soldats espagnols à Cadiar marque le début d’une guerre de 18 mois, âpre et difficile – « une guerre noire qui dure infiniment » dira Don Juan. C’est à une guérilla dans la région montagneuse des Alpujarras que sont confrontés les hommes de Philippe II, sous la menace – très hypothétique – d’un débarquement de Barbaresques susceptibles de venir aider leurs coreligionnaires.

En mai 1569, Don Juan est envoyé à Grenade où le roi semble vouloir le cantonner. Philippe II bride l’action de son jeune frère. Se méfiait-il de l’ombre que pouvait lui porter l’éclatant jeune homme ? Ce dernier s’occupe donc de logistique, supporte l’incapacité des autres chefs militaires avant de prendre l’initiative de vider la médina arabe d’une population soupçonnée de soutenir les rebelles. Un peu plus libre de ses mouvements, il s’en prend ensuite aux redoutables nids d’aigle tenus par l’adversaire : Galera ou encore Seron, où il témoigne de ses talents de soldat et de stratège. Le 25 avril 1570, il publie un ban de reddition à Santa Fe de Rioja. Mais son texte ne suffit pas à calmer la fureur du clergé et les derniers foyers de rébellion. Philippe II décide donc d’expulser tous les Morisques de la région. Ils seront dispersés sur les âpres plateaux castillans et jusque dans les forêts de l’Estrémadure, une mesure qui désola Don Juan, affligé par le spectacle de ces départs forcés.

Chef militaire de la Chrétienté à 24 ans

Mais déjà d’autres horizons l’appellent. La menace ottomane se fait menaçante en Méditerranée : Chypre tombe aux mains des Turcs durant l’été 1570 et le choc provoqué en Occident par l’événement suscite la création de la Sainte-Ligue, sous l’égide du pape Pie V. Officiellement proclamée en mars 1571, elle rassemble Rome, Venise, l’Espagne et Malte. Pour les conduire, il est décidé que « le capitaine général de la flotte de la Sainte-Ligue sera l’illustrissime seigneur Don Juan de Austria », qui devient à 24 ans le chef militaire de la Chrétienté, avec sous ses ordres certains des plus brillants capitaines de l’époque. C’est de Messine que l’imposante flotte de plus de 300 navires fait voile en mer ionienne vers le golfe de Patras pour rencontrer, au niveau de Lépante, la flotte ottomane.

Bien que de nombreux garde-fous aient été dressés pour contenir et finalement limiter l’autorité de Don Juan, c’est bien à lui que l’on doit alors l’ordre de bataille qui assurera la victoire. Il choisit d’abord de mélanger les galères espagnoles, napolitaines, génoises, vénitiennes et pontificales, pour éviter toute initiative divergente. Ensuite, il protège son front de navires – par ailleurs astucieusement aménagés en vue de la bataille – par six galéasses, sortes de fortins flottants, véritables cuirassés de l’époque, fort peu mobiles mais d’une puissance de feu sans équivalent chez l’adversaire. Au milieu de la bataille, don Juan affronte Ali Pacha, l’amiral d’Homan. Les Janissaires parviennent même à prendre pied sur sa Reale, dont le mât est orné d’un crucifix à moitié calciné que son tuteur Quijada avait jadis arraché à une bande de Maures qui l’avaient jeté au feu. Quelques heures suffisent pour l’emporter sur la flotte de la Sublime Porte, permettant de libérer près de 12 000 chrétiens enchaînés sur les galères turques.

L’expansion de l’islam en Méditerranée est arrêtée, mais la puissance ottomane n’est pas brisée. Si la victoire de Lépante n’est pas exploitée, elle offre néanmoins à Don Juan une gloire – et une fortune – extraordinaires. Bientôt des émissaires de Morée ou encore d’Albanie viennent lui demander son aide, lui-même songe à repousser encore plus loin l’infidèle. Mais les dissensions au sein de la Ligue ainsi que le refus de Philippe d’engager l’Espagne dans une nouvelle entreprise, le freinent dans la réalisation de ses ambitieux projets.

Un prince aux ailes rognées

Son expédition de 1572 au Levant est un échec et en 1573 Venise signe une paix séparée avec le sultan Selim II. Dans le dessein de reproduire l’exploit de Charles Quint sur les côtes du Maghreb trente ans plus tôt, il pense alors avoir plus de chances d’intéresser le roi avec ses projets en Méditerranée occidentale. En octobre 1573, il s’empare ainsi de Tunis, mais pour quelques mois seulement. L’année suivante, 40 000 turcs débarquent et reprennent la ville. Don Juan pâtit encore des hésitations de son frère.

Don Juan réside ensuite en Italie jusqu’en 1576, où sa prestance et l’éclat de sa personne font grand effet. Ponctuellement, il s’y fait le bras armé de Philippe II en intervenant à Gênes. Il obtient même le titre de vicaire général avec autorité sur les deux vice-rois de Naples et de Sicile. Certains lui prêtent alors des ambitions plus élevées : Don Juan voudrait désormais une couronne. Il lui semble honteux qu’étant fils de l’empereur Charles Quint et ayant passé 30 ans, il n’ait jusqu’à présent acquis aucun État ou royaume. Ses détracteurs, comme le redoutable Antonio Pérez, le dénigrent auprès du roi, allant jusqu’à falsifier ses lettres, et soulignent sa trop grande indépendance. Pourtant, Don Juan se plie aux ordres de Philippe lorsqu’il décide de l’envoyer aux Pays-Bas, en proie à une guerre tout à la fois nationale, civile et religieuse.

Don Juan avait déjà caressé l’idée de se rendre dans ces terres septentrionales, d’où il projetait d’atteindre l’écosse pour libérer Marie Stuart ou encore épouser Élizabeth et ramener l’Angleterre dans le giron de la vraie foi. Sa mission est tout autre : il doit y éviter la rupture totale avec une population turbulente et indépendante, gagnée à la Réforme et surtout contrer le taciturne et habile Guillaume d’Orange. Avant lui, Marguerite de Parme, le duc d’Albe et Don Luis de Requesens ont échoué à rétablir l’ordre. Lui même arrive en mai 1576, au terme d’une rocambolesque chevauchée depuis l’Espagne, déguisé en Maure, alors que 15 des 17 provinces sont en rébellion et que les soldats espagnols mutinés ont saccagé Anvers.

« Héros de toutes les nations »…

À force de modération et de conciliation, il accepte la Pacification de Gand portée par Guillaume d’Orange en novembre 1576. Elle prévoit le départ des troupes espagnoles, la convocation des états généraux et la liberté de culte. Finalement reconnu gouverneur, Don Juan doit faire face à une situation inextricable pour un homme habitué à identifier clairement son ennemi, morisque ou turc. Le Taciturne n’applique pas la pacification en Hollande et Zélande. Nombre de catholiques en appellent à d’autres protecteurs (l’archiduc Matthias ou encore François d’Alençon) et lui même sent ses positions mal assurées, ne disposant que de 8 000 hommes sur les 60 000 soldats qui étaient stationnés aux Pays-Bas. Il ne peut que constater que ce que veulent les Hollandais, « c’est être libres et de cette manière que Votre Majesté ait seulement le nom de seigneur et qu’eux en aient les effets »… Si d’innombrables factions divisent le peuple des Pays-Bas, toutes son néanmoins unies dans une radicale opposition au pouvoir espagnol.

Arguant de son incapacité à résoudre le conflit, il ne cesse de demander son rappel, ce que toujours Philippe lui refusera. Il se plie à la volonté royale : « C’est parmi de telles peines et de tels dangers que je garde la Chrétienté pour Dieu, les Pays-Bas pour le roi, mon honneur pour moi même ; je le tiens encore, mais par quel lien fragile ».  Bientôt, il se discrédite définitivement auprès de la population en se réfugiant à Namur. Il est même déclaré ennemi de la patrie, tandis que le calviniste Guillaume d’Orange entre triomphalement dans Bruxelles. Le retour des soldats espagnols dans la partie catholique des Pays-Bas et l’arrivée de son neveu et ami Alexandre Farnèse permettent néanmoins de redresser un temps la situation : le 31 janvier 1578, à Gembloux, ils réduisent tous deux à néant l’armée rassemblée par les états généraux protestants.

Cependant, miné par l’ampleur de sa tâche, Don Juan tombe malade au début de l’été 1578 et connaît une lente agonie. La « fièvre » l’emporte le 1er octobre, à 31 ans, dans le camp de Bouges. « La popularité du prince parmi ses soldats est telle que tous les régiments se disputent l’honneur de le porter jusqu’à la cathédrale – les Espagnols parce qu’il est le frère du roi, les Allemands parce qu’il est né en Allemagne, les Flamands parce qu’il est leur gouverneur, les Italiens en mémoire de son commandement à Naples… ». Tous finalement ont leur place dans le cortège. Philippe II, que certains ont accusé de l’avoir fait empoisonner, fera rapatrier son corps pour le faire inhumer, selon ses vœux, aux côtés de son père à l’Escorial.

En digne fils de l’empereur, Don Juan aura en Espagne comme en Flandre, en Afrique, en Sicile et jusqu’aux côtes ottomanes de la Grèce, défendu la grandeur du royaume catholique. Mais ce faisant, comme l’écrira Voltaire, « il aura été le héros de toutes les nations ».

Emma Demeester

Bibliographie

Jean-Pierre Bois, Don Juan d’Autriche, Tallandier, 2008.

Chronologie

  • 1547 : Naissance à Ratisbonne de Géronimo, fils illégitime de Charles Quint.
  • 1554 : Le futur don Juan passe son enfance en Castille à Leganès puis à Villagarcia.
  • 1558 : Philippe II apprend l’existence de son demi-frère et le fait venir à la cour.
  • 1561-1563 : Don Juan étudie à Alcala de Henares avec Don Carlos et Alexandre Farnèse.
  • 1568-1570 : Guerre des Morisques dans le royaume de Grenade.
  • 1571 : A la tête de la flotte de la Sainte Ligue, Don Juan bat les Turcs à Lépante.
  • 1573 : Prise de Tunis par Don Juan, perdue l’année suivante.
  • 1571-1576 : Don Juan représente son frère en Italie.
  • 1576-1578 : Don Juan tente de pacifier les Pays Bas dont il est devenu gouverneur.
  • 1578 : Mort de Don Juan à Bouges, près de Namur.

Photo : Don Juan de Austria armado, portrait de Don Juan d’Autriche (détail) par le peintre Alonso Sánchez Coello, vers 1567. Licence : Domaine public.

https://institut-iliade.com/don-juan-dautriche-lhomme-de-lepante-1547-1578/

Attention centenaire dangereux

  

On fête à Pékin ce 1er juillet, en grande pompe, le centième anniversaire du parti unique. Cette organisation monolithique de 92 millions d'adhérents n'a retranché de son identité aucune référence au communisme et à Mao Tsé-toung, disciple de Engels, admirateur de Lénine et émule de Staline.

Indiquons par exemple que la IVe version de la constitution adoptée en 1982, copiée en grande partie sur la constitution soviétique de 1936, interdit toujours, en son article 10, la propriété individuelle ou familiale de la terre.

Mais par ailleurs, pire qu'en URSS, ce texte ne reconnaît pas, fût-ce formellement, le droit à l'autodétermination et à la sécession des territoires non-chinois.

L'article 1er énonce que "la République populaire de Chine est un État socialiste de dictature démocratique populaire dirigé par la classe ouvrière et fondé sur l'alliance entre ouvriers et paysans. Le système socialiste est le système fondamental de la République populaire de Chine. Il est interdit à toute organisation ou tout individu de porter atteinte au système socialiste."

L'article 6 : "le fondement du système économique socialiste de la République populaire de Chine est la propriété socialiste des moyens de production, c'est-à-dire la propriété du peuple tout entier et la propriété collective des masses laborieuses." Etc.

À partir de l'ère Deng Xiaoping, entre 1978 et 1997, les réformes économiques ont permis un essor considérable, dans de nombreux domaines. Il serait d'autant plus ridicule de le nier qu'il est malsain d'en ignorer le danger.

Pékin en effet, prétend imposer dans le monde son modèle autoritaire, et par les montants colossaux de ses plus-values accumulées par la sous-traitance à moindre coût, la contrefaçon et le blocage du contrôle des changes la finance étatique chinoise étend son influence dans de nombreux pays.

Cela ne veut pas dire que l'entreprise hégémonique de son gouvernement réussira.

Au bout du compte, on doit se convaincre que le régime communiste chinois échouera dans ses projets délirants de conquête de l'Asie centrale, au nom de la mythique route de la soie, de mainmise sur un grand nombre de pays d'Afrique et d'humiliation revancharde à l'encontre de l'occident, du Japon et de l'Inde.

Son idéologie du ressentiment se base sur l'ignorance et le mensonge. Par exemple l'abaissement du pays au XIXe siècle, imputé par la propagande communiste aux "diables étrangers" fait bon marché des crimes de la révolte purement chinoise des Taiping, responsable de 20 à 30 millions de morts, sans doute la plus meurtrière des guerres civiles de l'Histoire.

Ne nous trompons pas non plus sur les succès récents d'un système esclavagiste et dictatorial. Outre la falsification des données, éclatante s'agissant du Covid, il dissimule mal l'immense misère des campagnes et du prolétariat urbain.

Il échouera, en dernière analyse, parce qu'il ne laisse aucune place au débat interne. Le numéro 1 actuel, Xi Jinping, loin d'ouvrir un espace de discussion de sa politique, a su ainsi abolir en 2018 une disposition prise par Deng qui limitait son mandat à 5 ans, renouvelables une seule fois  il pourra imposer sa dictature 20 ou 25 ans.

Mao lui-même, dans un recueil publié en 1965 écrivait : "du parti communiste ou du Kouo-Min-tang lequel des deux redoute la critique ? Le Kouo-Min-tang redoute la critique : il interdit la critique, et en conséquence n'a pu échapper au naufrage."

Cet intéressant apophtegme s'applique entièrement aujourd'hui à la politique de Xi Jinping et des 7 membres du comité permanent de son bureau politique tout-puissant mais dont pas un Chinois sur un million ne saurait répéter les noms de ses 6 glorieux comparses.

Citons les ici pour nos lecteurs et amis. Aux côtés de Xi Jinping, qui est à la fois secrétaire général du Parti, Président de la République et Président de la Commission militaire centrale, ils s'appellent : Li Keqiang, Premier ministre, Han Zheng, premier Vice-premier ministre, Li Zhanshu, Wang Yang et Wang Huning. Ils ont été nommés en 2017, sans débat, sans aucune référence à l'égalité des sexes. "La femme, disait Mao, est la moitié du ciel". En réalité la condition de la femme dans la Chine communiste est surtout la moitié de l'enfer. On cherchait encore moins à tenir compte de la diversité des peuples de l'Empire du Milieu...

Il faut évidemment situer la citation de Mao dans son contexte. En fait, elle contredit toute l'œuvre de son régime. Mais en 1965, couvait une crise opposant le fondateur Mao à ses disciples, jusque-là dociles, tels Liu Shaoqi, chef nominal de l'État, qui sera destitué en 1968 et mourra en prison en 1969 et Chou En-laï. La critique radicale à leur encontre fut une des dimensions essentielles et délirantes de la soi-disant révolution culturelle.

Le maoïsme n'a jamais utilisé la critique qu'à son profit.

Et Deng lui-même, avant de donner à l'armée, en tant que président de la Commission militaire l'ordre, le 4 juin 1989, de massacrer les manifestants de la place Tian Anmen, proclamait une fois pour toutes : "nous ne ferons jamais à Mao ce que les Soviétiques ont fait à Staline".

Il n'y aura pas de démaoïsation, tant que régnera ce dangereux centenaire, le parti communiste chinois.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

SAUVER LA FRANCE DES CLOCHERS AVEC MAURICE BARRÈS

La guerre de Crimée et les chrétiens d’Orient

 

(La charge de la brigade légère. Bataille de Balaklava)

Cet article a été initialement publié par votre serviteur pour l’excellent site de Liberté politique.

C’était il y a 160 ans, les grandes puissances s’affrontaient en Crimée. Mais à l’époque, tout le monde voulait protéger les chrétiens d’Orient. Non sans arrière-pensées…

LA SIGNATURE du traité de Paris, le 30 mars 1856, mettait fin à la guerre de Crimée. La consécration, en apparence, du statu quo ante dans les Balkans, au Proche-Orient et en Mer noire. Mais quel gâchis ! 95.000 soldats français, 20.000 hommes de l’armée britannique et au moins 200.000 Russes périrent dans le conflit. Morts pour Sébastopol, pour quelques kilomètres de terre.

Le prestige diplomatique de Napoléon III, à l’issue du conflit, était immense, mais c’était une gloire bien chère payée et fondée sur de biens maigres gains, pour ce souverain habituellement si soucieux de la paix et de la préservation des vies humaines.

En vérité il faut y regarder à deux fois. La guerre de Crimée plongeait ses racines bien plus profondément et son enjeu n’était pas autre que l’équilibre des puissances européennes.

La question d’Orient aux sources du conflit

L’Empire ottoman était, du mot même du tsar Nicolas Ier « l’homme malade de l’Europe ». Dans les Balkans son pouvoir s’était effrité avec l’indépendance de la Grèce, l’autonomie chèrement acquise de la Serbie, de la Moldavie et de la Valachie. Mais c’était une force encore capable de nuire, comme l’avaient durement éprouvés les Serbes durant la décennie 1840, victimes de nombreux massacres visant à réaffirmer la suzeraineté turque sur sa province autonome.

En Afrique du Nord et au Proche-Orient Méhemet Ali, général ottoman d’origine macédonienne, avait pris le pouvoir en Égypte et conquis la Palestine et la Syrie. D’abord soutenu par les Britanniques et les Français qui voyaient en lui un utile moyen d’affaiblir la Sublime porte, il avait dû rabattre de ses prétentions, Constantinople ayant bénéficié d’un retournement d’alliances in extremis, les Occidentaux préférant une mosaïque de puissances moyennes qu’une nouvelle puissance musulmane forte et structurée autour du pouvoir égyptien. Nous étions en 1841.

Ce jeu de balancier oriental était ce que l’on appelait, depuis la fin du XVIIIe siècle, la question d’Orient.

Mais si les deux puissances atlantiques qu’étaient la France et le Royaume-Uni voyaient ainsi la préservation de leurs intérêts, c’était compter sans l’Autriche et la Russie. Ces deux États, longtemps menacés par la puissance ottomane, n’imaginaient pas autrement l’avenir de cet Empire que détruit ou amoindri jusqu’à l’insignifiance. L’empire russe, notamment, était mû ici par deux motivations civilisationnelles majeures :

– D’une part les peuples en train de se libérer du joug turc, dans les Balkans, étaient slaves et donc frères des nations russes.

– D’autre part les chrétiens de l’empire ottoman, membres pour la plupart de l’un des patriarcats orientaux en rupture avec Rome et proches de celui de Moscou, tournaient leurs regards vers l’empire des Romanov qui souhaitait s’en faire le protecteur face à une France qui, protectrice des Lieux saints et des chrétiens de Terre sainte, concevait ce rôle dans la négociation avec le pouvoir turc quand les Russes le voulaient soumis.

On ne peut comprendre ces velléités guerrières de la Russie si on ne conserve pas en mémoire le poids symbolique de Constantinople, capitale du défunt l’empire byzantin, siège du patriarcat qui évangélisa la Russie, deuxième Rome quand Moscou occupait le titre pompeux de troisième Rome.

Les considérations stratégiques en renfort des symboles

Bien sûr, on ne déclenche pas une guerre pour des symboles. Ceux-ci peuvent légitimer l’action ou contribuer à la motiver, mais ils ne sauraient être suffisants, compte tenu de l’investissement de départ à consentir pour mener le conflit.

La Russie est un État continent, mais c’est un État enclavé ! Son ouverture à l’Ouest est continentale, ses ports sur la Baltique sont trop proches des puissances navales scandinaves et britanniques pour constituer un véritable intérêt en cas de guerre. La côte nord est gelée la plus grande partie de l’année et l’accès par une flotte est difficile. Le littoral du Pacifique n’est pas tellement mieux loti, et en ces années 1850 l’absence de train trans-sibérien rendait très difficile l’exploitation de cette partie lointaine de l’empire. Il ne restait plus alors, comme ouverture, que la Mer noire, avec les ports de la Crimée. Mais ceux-ci pouvaient être facilement neutralisés en cas de guerre européenne, en fermant l’accès à la Méditerranée par le détroit du Bosphore. C’était exactement ce qui était prévu par le traité de Londres de 1841, stipulant que le passage du Bosphore par une flotte de guerre ne pouvait s’effectuer qu’avec l’accord du sultan ottoman. Il était donc nécessaire pour Nicolas Ier de tenir les détroits par lui-même pour assurer la sécurité de ses déplacements maritimes.

Par ailleurs, le soutien de la Russie aux mouvements indépendantistes slaves dans les Balkans n’était pas qu’un immense élan d’amitié européenne et chrétienne. Les Russes avaient beau parler de croisade, nul n’était dupe, le tsar rêvait avant tout d’étendre l’influence de ses États dans la région, enveloppant les Balkans.

Pour le Royaume-Uni et la France c’était un risque majeur que de voir parvenir si près de leurs zones d’influence une puissance majeure comme la Russie. De cela il n’était pas question. La Russie avait réaffirmé sa puissance ses dernières années en réprimant les soulèvements de 1848 en Europe centrale et orientale, contribuant à sauver bien des trônes. Mais elle devait demeurer une puissance confinée aux confins orientaux du continent.

Le déclenchement de la guerre

Nicolas Ier commença cependant, dans le courant de 1853, des négociations avec le sultan ottoman. Il s’agissait d’obtenir de lui la reconnaissance d’un droit de protection spécial de la Russie sur les chrétiens orientaux, permettant aux armées du tsar d’intervenir pour assurer leur protection chaque fois que nécessaire. C’était réduire à rien la souveraineté turque et faire, de fait à défaut de droit, de tous les chrétiens d’Orient des sujets du tsar. En mai 1853, Nicolas Ier passait à l’acte et ses troupes entraient en Moldavie-Valachie.

La diplomatie russe pensait pouvoir s’appuyer sur la neutralité bienveillante du Royaume-Uni, trop heureux de voir la France perdre son droit de protection des chrétiens de Terre sainte, et sur l’amitié de l’Autriche, sauvée de la Révolution par les armées du tsar en 1849.

Les appétits de Saint-Pétersbourg étaient trop inquiétants pour l’équilibre des puissances, et il n’en fut pas ainsi. La diplomatie britannique et française s’entendit pour soutenir Constantinople qui, lasse de subir les pressions russes déclara la guerre au tsar Nicolas à la fin de 1853. Automatiquement la France et le Royaume-Uni se joignirent au sultan, mais sous condition, notamment que celui-ci proclame, à l’issue du conflit, l’égalité des droits pour tous les cultes dans l’empire et confirme l’autonomie des provinces balkaniques. En somme, qu’il fut confronté à l’expansionnisme russe ou au secours occidental, l’empire ottoman affaibli restait le jouet de leurs visées géopolitiques.

Le conflit à peine commencé s’élargissait à l’Europe entière. L’Autriche, inquiète des ambitions de Nicolas Ier, pensait se joindre à la coalition avec toute la Confédération d’Allemagne. Mais la diète de Francfort refusa l’engagement, menée par un jeune député prussien craignant qu’une défaite trop cinglante de la Russie ne déséquilibre de nouveau le jeu des puissances en faveur de la France et de l’Autriche au détriment de la Prusse. C’était Bismarck.

Le royaume de Piémont, pour des raisons similaires de maintien ou d’accroissement de sa puissance, se joignit à cette lutte lointaine, qui lui permettait de s’affirmer, à peu de frais, comme un État guerrier digne de gouverner l’Italie.

La conclusion générale d’un conflit localisé

Les opérations militaires, cependant, restèrent limitées à la seule Crimée, et encore à une partie de celle-ci. Les Russes avaient échoué à s’enfoncer durablement dans les Balkans ottomans. Ayant franchi le Danube en avril 1854, un fort corps expéditionnaire de 50.000 Anglo-Français, la menace d’une intervention autrichienne et les forces mobilisées par le sultan les contraignirent à se replier également. Une colonne française avait tenté de les poursuivre en Russie. Brisée par le choléra, harcelée par les Russes, elle dû battre en retraite.

Les combats allaient donc se concentrer sur les ports de la Mer noire, enjeu stratégique du conflit. En septembre 1854 les troupes de l’empereur Napoléon III et de sa majesté la reine Victoria débarquaient en Crimée. En octobre le siège était mis devant Sébastopol. Le gâchis fut immense. Mal préparées à une expédition longue dans des conditions climatiques difficiles, les armées occidentales perdirent bien plus d’hommes du choléra et du scorbut que des combats. Sur le total des pertes européennes (115.000 environ), celles dues à des affrontements militaires ne dépassent pas 25.000 hommes. La santé des Russes n’était pas plus brillante, et leur incapacité à briser l’étau du siège par l’envoi de troupes venues de l’intérieur de la Russie était éloquente. Si l’empire ottoman était « l’homme malade », l’empire russe était un colosse aux pieds d’argiles.

La chute de Sébastopol au début de septembre 1854, après une succession d’assauts frontaux aussi coûteux en hommes qu’inutiles en gain de terrain, mettait fin à la guerre. Nicolas Ier était mort au mois de mars, abattu par l’échec de sa politique. Son fils Alexandre II, pressé par l’Autriche et les États allemands, mis face à la défaite des armées de son père, accepta de négocier.

Le traité de Paris fixa le principe de la démilitarisation de la Mer noire, sur laquelle aucune puissance n’aurait plus le droit, désormais, d’entretenir une flotte ou des ports de guerre. En outre, les provinces autonomes de l’empire ottoman dans les Balkans se voyaient confirmer leur statut, garanti par les puissances européennes. La Russie cédait à la province autonome de Moldavie le sud de la Bessarabie, c’est-à-dire l’embouchure du Danube, dont la liberté de navigation était ainsi garantie. L’intégrité du territoire ottoman était garantie, en échange de la reconnaissance de l’égalité des droits pour les chrétiens de l’empire.

La Russie était ainsi neutralisée au sud de l’Europe, tandis que Constantinople ne s’en tirait que par une fausse victoire. En effet, la garantie de la protection européenne sur les États balkaniques limitait au minimum sa souveraineté effective et préparait les indépendances serbes et roumaines (union de la Valachie et de la Moldavie) en 1878.

Quant aux chrétiens de l’empire, il fut impossible, dans la pratique, de leur donner des droits nouveaux. Les Turcs considéraient cette réforme comme une œuvre impie, et les chrétiens préféraient finalement leurs anciens privilèges, même fragiles, à une égalité de droits qui les fondait dans l’empire, au risque de perdre leur spécificité communautaire. Pour eux les persécutions n’étaient pas finies, et en 1860, débarrassée de la concurrence russe, c’est la France qui intervint au Liban et en Syrie pour défendre les Maronites martyrisés par les Druzes.

Voici le témoignage du chef d’escadron de Tucé sur les massacres de chrétiens en 1860 en Syrie : >>>« Nous avons traversé beaucoup de villes, bourgs, etc. : tout est saccagé, brûlé, pillé. Il est impossible d’opérer une œuvre de destruction d’une façon plus complète. Dans les rues, les cadavres des habitants conservaient la posture du supplice qu’on leur avait infligé. Il y en avait de toutes les sortes, crucifiés, empalés, et une foule de raffinements de cruauté dont on ne saurait se faire idée. Les journaux qui ont raconté ces horreurs sont tous restés au-dessous de la vérité. Seulement on n’accuse que les Druses de ces atrocités ; ils en ont leur part, mais ceux qui les ont le mieux aidés, ce sont les troupes turques… »

Toute ressemblance entre cette guerre de Crimée et son contexte international avec des événements récents serait absolument fortuite…

Gabriel Privat

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2015/04/11/la-guerre-de-crimee-et-les-chretiens-dorient/#more-732

#2 - Patrice Gueniffey sur Napoléon Bonaparte