dimanche 27 juin 2021

La logique de l'abandon vulgaire

  

Dans le désordre du monde, la réunion du G7 du 11 au 13 juin, n'a guère été analysée par les commentateurs agréés parisiens, comme d'habitude, qu'en fonction du nombrilisme jacobin de caricature de nos médias. On ne doit pas perdre de vue que les États-Unis et la Grande-Bretagne entendaient y reprendre la main et redonner un nouveau souffle à la charte atlantique remontant à plus de 70 ans.

Le lendemain 14 juin à Bruxelles, le sommet de l'Otan a concrétisé cette intention par un communiqué de 32 pages en 78 points.

Or, il s'agit désormais, pour tous les pays occidentaux, mais aussi pour de nombreux pays asiatiques, de faire face à ce que depuis plusieurs années, ils ont identifié comme les deux défis majeurs : le communisme chinois et le terrorisme djihadiste.

Au sein de l'Union européenne, la France pourrait paraître le pays le mieux placé pour prendre une place de choix dans cette nouvelle configuration. Aussi bien par son domaine maritime considérable, qui l'associe aux pays de l'Indopacifique, que par sa présence en Méditerranée orientale, elle représente une force très importante.

Ministre des affaires étrangères, Le Drian l'a rappelé, de plus, lors d'un déplacement en Côte d'Ivoire : "le Sahel est la frontière sud de l'Europe". Et, depuis 2013, ce sont plus de 5 000 soldats français qui y défendent la civilisation contre la sauvagerie des djihadistes.

Le 5 juin, nos soldats ont obtenu un nouveau succès en liquidant un des principaux chefs terroristes d'Al Qaïda au Maghreb islamique.

L'annonce de Macron, le 10 juin, d'une réduction de moitié, pour commencer, d’ici à 2023, de l'engagement militaire français au Mali, a donc surpris une partie des observateurs. Divers indices suggèrent que cette nouvelle orientation présidentielle remonte à février. Aujourd'hui, si j'en crois Le Canard enchaîné du 9 juin, la décision était prise sans même en conférer avec le chef d'État-major des armées. Très logiquement le général Lecointre a donc annoncé le 13 juin la fin de ses fonctions.

Il semble, cependant, quelque peu naïf de croire qu'en abandonnant ainsi le combat contre les djihadistes basés dans les pays du Sahel, le président de la république dévaloriserait ainsi seulement la mission de chef des armées que lui confèrent nos institutions.

En réalité, l'élu de 2017 assume et renouvelle, à son tour et à sa façon, plus maladroite que jamais, une fort ancienne volonté de dégagement de la France hors d'Afrique.

La perversité d'un tel tropisme doit être perçue et dénoncée pour telle. En 1962 l'équipe de L'Esprit Public annonçait avec beaucoup de lucidité le lien entre le dégagement algérien et l'avènement d'une société de consommation, responsable quelques années plus tard de la chienlit de 1968, dont les conséquences durent encore.

Certains croient qu'elle correspondrait à une logique simpliste du chacun chez soi, et elle leur semble légitime.

Grave erreur ; car en fait, depuis qu'elle a été mise en œuvre, à partir de 1960, ses conséquences inéluctables et constantes se sont traduites par la migration massive vers l'Hexagone des populations africaines et orientales livrées au sous-développement économique, à l'obscurantisme islamiste et à la corruption politique, dans un contexte de forte croissance démographique.

On pourrait même faire remonter cette lamentable logique du repli hexagonal, et du renoncement aux responsabilités civilisatrices d'une très ancienne puissance impériale et chrétienne, au discours de Brazzaville de 1944. Elle a très rapidement entaché, au point de le caractériser bientôt, le régime de la cinquième république.

Si l'on ne devait conseiller qu'un seul ouvrage sur cet aspect de l'Histoire, il semble au rédacteur de la présente chronique, que celui de Jacques Soustelle "Vingt huit ans de gaullisme" s'impose. Publié en 1968 par La Table Ronde il a été augmenté d'une postface inédite en 1971 dans l'édition J'ai lu, que l'on se doit donc de recommander.

Certes, l'auteur avait d'abord vécu longtemps dans l'admiration et la fidélité à l'égard de l'homme du 18 juin, au moins jusqu'en 1959. Venu de la gauche, secrétaire général du parti gaulliste de 1947 à 1951, il fut nommé en 1955, par le gouvernement de Pierre Mendès-France, gouverneur général de l'Algérie. C'est alors que cet ethnologue humaniste découvrit l'horreur et la terreur programmées et mises en œuvre par le FLN et qu'il définit le concept de l'intégration.

Il contribue en juin 1958, aux côtés du général Salan, à l'appel à De Gaulle, espérant sauvegarder ainsi l'Algérie française, après les moments magnifiques de cette fraternisation réalisée le 16 mai sur le forum. Mais, dès le 4 juin, lors du trompeur "je vous ai compris", Soustelle comme Salan prendront conscience, qu'en fait, celui qui allait prendre le pouvoir sur une ambiguïté, allait trahir les espérances des patriotes, pour mettre en place la logique d'abandon.

C'est contre cette dérive, qui tournera au drame que les jeunes générations ignorent trop souvent, que Soustelle va tenter de lutter, dans la fidélité d'abord aux principes de la constitution adoptée en octobre 1958, puis progressivement dans la révolte, lorsqu'il mesurera que ses dispositions essentielles étaient violées par le nouveau pouvoir, aussi bien par l'autoritarisme du président que par la veulerie de Michel Debré. L'année 1959, entre la "tournée des popotes", qui encourageait l'engagement de nos soldats et le discours du 16 septembre, celui-ci rendra éclatante la volonté sournoise de réaliser, ce que De Gaulle lui-même avait prétendu rejeter sous le nom "d'abandon vulgaire".

Abandon vulgaire. En novembre 1960 c'est la formule qu'utilise le fondateur de la cinquième république pour prétendre l'écarter. L'année suivante il entreprendra, pourtant, très officiellement de le mettre en œuvre ; il l'imposera, dans le sang du peuple européen d'Alger le 26 mars 1962, ouvrant la route au massacre des Français musulmans par les assassins du FLN.

Ce ne fut pas un abandon vulgaire mais un abandon sanglant.

À son tour, Macron reprend ce lamentable, cet affreux héritage.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/2021/06/la-logique-de-labandon-vulgaire.html

L'Astronomie des plus anciens Indo-Européens

 Au début de notre siècle, les archéologues imaginaient encore que les grandes pierres dressées de Stonehenge et des sites bretons (Carnac, etc.) étaient les vestiges d'un culte des morts. Le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens et de l'écriture cunéiforme de la Mésopotamie ont attesté par ailleurs qu'il existe depuis la plus haute antiquité (au moins 3000 av. notre ère) une astronomie assez précise. En Europe, aucune trace archéologique ne permettait d'affirmer que les autochtones possédaient eux aussi un savoir pareil à celui des Égyptiens et des Mésopotamiens. L'archéologue et mathématicien F.K. Ginzel, pourtant, signalait dès le début de notre siècle, que toute culture supérieure procédait d'un savoir astronomique solide, permettant de comptabiliser le temps, de le segmenter et de l'ordonner, d'établir des chronologies. Les travaux récents des archéologues contemporains ont rendu de plus en plus plausible la thèse suivante :

  • les alignements mégalithiques ouest-européens sont des ruines d'anciens observatoires astronomiques pré-historiques ;
  • ces alignements sont plus anciens que les sources écrites égyptiennes et mésopotamiennes, attestant la présence d'une science astronomique ;
  • par conséquent, l'Europe disposait d'un savoir astronomique poussé avant l'Égypte ou la Mésopotamie.

Si cette thèse s'avère exacte, il faudra réviser bien des livres d'histoire et des manuels scolaires. Et il faudra compter sur la résistance et l'obstination des professeurs établis. Comme Schliemann pour Troie, il faudra que des marginaux de génie fassent passer le message…

Comment accroître notre savoir scientifique relatif aux connaissances astronomiques de nos plus lointains ancêtres européens ? En explorant notre patrimoine mythologique et ses travestissements post-chrétiens dans les contes et légendes populaires. Dans la version médiévale des passages introductifs de l'Edda scandinave, l'auteur évoque la création du monde à partir de la matière primordiale (uphafi en vieil-islandais, soit la “haute-mer”, l'élément aqueux primordial également évoqué par Thalès de Milet). De ce texte, on peut déduire que, pour les anciens Scandinaves, une force extérieure aux hommes règle la marche des astres (himintunglr)  et de la Terre. L'homme est soumis à cette force mais détient aussi le droit d'intervenir sur la trame des événements : en posant des actes historiques et en perpétuant le souvenir des actes historiques fondateurs. De fait, les grandes traditions mythologiques nord-européennes ont été véhiculées par voie orale. De cette tradition orale, mutilée par les chrétiens, nous n'avons conservé que des légendes et des contes, soit des fragments infimes et déformés. L'une des tâches futures des philologues, des mythologues et des folkloristes sera de mettre en rapport le contenu des mythes et le savoir astronomique.

Pour Koneckis, le nom donné à la première partie de l'Edda — Gylfaginning — indique déjà qu'il est parfaitement légitime de suivre une piste astronomique. Ce nom composé vieil-islandais signifie :

  • gylla = jaune, doré ;
  • fagr = beau, mesuré, ordonné, harmonieux (nous citons ici plusieurs termes français pour éclairer les diverses nuances de ce terme islandais) ;
  • ginn = très grand, immense [ce qui suggère l'infinitude cosmique].

Une traduction littérale moderne dirait : “la grande immensité dorée”, ce qui signifie peu de choses. Surtout si l'on se souvient que les Scandinaves parlait par allusions poétiques et que chaque ver, chaque mot, avaient un sens caché que seuls les initiés pouvaient déchiffrer. Selon son hypothèse, Koneckis traduit : “l'infinie harmonie dorée”, où l'harmonie est cosmique donc immense, infinie. Quant à “doré”, c'est la couleur brillante qu'acquièrent les étoiles quand elles entrent dans une constellation. Notre soleil évolue dans le ciel exactement de la même façon : il entre et sort de constellations diverses à des rythmes temporels réguliers. Nos ancêtres observaient ces mouvements, ces entrées et ces sorties, et les contaient en un langage imagé : la mythologie n'est donc pas le reflet d'intérêts économiques (comme le laissent accroire les interprétations matérialistes) ni de désirs psychologiques exprimés ou refoulés (comme le laissent accroire les interprétations psychanalytiques), mais le fruit d'une observation empirique de laquelle on retire un savoir pratique pour la vie quotidienne et pour affronter le monde. La thèse de Koneckis indique qu'il y avait un rapport constant entre la marche du cosmos et les préoccupations de nos ancêtres, sans intervention aucune de dieux consolateurs ou jaloux. 

Cette thèse, déjà amorcée par Frobenius, Drews, Stauff et quelques autres, la scandinavistique moderne semble l'ignorer, se condamnant ainsi à ne pas comprendre le sens ultime des textes sacrés, patrimoine le plus ancien de l'Europe germanique et sans doute aussi de la plus lointaine Europe préhistorique. Leo Frobenius (1873-1938), dès 1904, dans son Das Zeitalter des Sonnengottes (L'Âge du Dieu solaire), a jeté les bases intellectuelles des recherches de Koneckis. Son livre expliquait que les formes de contes et d'histoires les plus ancien(ne)s procédaient de descriptions de phénomènes naturels ; elles sont des compilations d'expériences face aux rythmes de la nature. Les formes les plus récentes, elles, ont une connotation moralisante ; elles ajoutent un commentaire moral au récit. Si un récit est seulement descriptif, c'est qu'il est très ancien. S'il est assorti d'un commentaire moral, c'est qu'il est récent. Le type primitif animalier-solaire raconte des histoires d'animaux et, dans ses récits, les astres du ciel deviennent des animaux, reçoivent des noms d'animaux (reliquat contemporain : le Zodiaque). Ensuite, la Weltanschauung cosmologique-solaire prend le relais : il n'y a plus de référents animaliers directs mais une désignation des astres en tant que tels. Cette “rationalisation” permet d'établir les premiers calendriers, donc d'accéder à un niveau de culture supérieur. Mais au cours de cette phase de “rationalisation”, on assiste à la confiscation du savoir astronomique par des castes de prêtres qui transforment les récits mythologiques animaliers, accessibles à tous, en des formules sacrées et magiques ésotériques. La mythologie n'a alors plus d'assises concrètes dans le peuple et déchoit en de simples contes et récits tronqués et imprécis.

Leo Frobenius ajoute que jamais les mythologies des Naturvölker [peuples premiers ou peuples naturels] ne contiennent des récits de nature historique. La différence était faite entre la marche du cosmos et les événements historiques. Les interprétations qui voient dans les mythologies des sublimations d'événements historiques procèdent donc d'une erreur d'appréhension. Quand de fortes personnalités historiques marquent le mental d'un peuple, elles sont associées et non pas surajoutées à la mythologie cosmique. Le héros est associé à un astre voire à l'astre ou à la constellation présente au moment de sa naissance ou de son acte héroïque.

Sur base de l'assertion de Frobenius, qui dit que les Naturvölker forgent leurs mythologies sur l'observation du monde, Koneckis en déduit que la mythologie européenne, dont l’Edda est le témoignage le plus récent et le plus accessible, procède d'une observation du mouvement des astres tel qu'il est visible sous nos latitudes (de la Scandinavie à l'Europe centrale). Le ciel, comme l'indique le schéma dessiné par Koneckis, est une roue et la Terre un “cercle intérieur”. Les neuf foyers (Heime)  de la Terre correspondent à des portions de 20° de latitude (9 x 20° = 180°), où le Helheim couvre l'espace s'étendant du Pôle Nord à la Norvège. À ces 9 “foyers” terrestres correspondent neuf foyers célestes. Les astres des neuf foyers célestes sont les archétypes des figures mythologiques. Les histoires de dieux sont des histoires d'astres en mouvement ; leurs rencontres narrées constituent la mise en image des rapprochements périodiques des astres, ce qui explique la permanence des récits mythologiques à travers les siècles et les millénaires. Si la mythologie n'était que de l'histoire événementielle sublimée, elle n'aurait pas son caractère permanent.

Nos lointains ancêtres observaient le ciel très longuement. Ce qui leur permit de découvrir que les astres se meuvent autour de l'axe du ciel, passant très près de l'étoile polaire. En ce lieu se situe donc le "conducteur des astres", le Gimlê de Snorri Sturluson, rédacteur du texte de l’Edda dont nous disposons aujourd'hui. À cet axe céleste correspond un axe terrestre, “père de toutes choses”. Le Gimlê siège donc face au neuvième foyer, le Helheim, soit l'espace sis entre le pôle et la Scandinavie septentrionale. Et comme la Terre opère elle aussi une révolution elliptique sur elle-même à la façon d'une toupie, elle possède également un axe dans le plus profond d'elle-même, axe situé immédiatement sous le Gimlê, à hauteur du pôle. Les positions du Gimlê et de l'axe terrestre dans le Nebelhelheim sont au Nord, direction sacrée pour toutes nos mythologies européennes. D'où le mythe de l’Ultima Thulé.

La méthode mise au point par Koneckis permet d'analyser d'une façon entièrement neuve les récits et contes nord-européens, retranscrits par les frères Grimm au XIXe siècle, qui avaient parfaitement conscience que les contes et légendes de nos pays avaient des racines mythologiques profondes. Koneckis a soumis à ses grilles d'analyse le conte du Lièvre et du Hérisson, la légende du voyage de Saint-Reinhold et surtout notre vieille légende du Cheval Bayard, dont on retrouve des traces à Termonde, dans les Ardennes et dans la Ruhr. Son analyse des mythes de Saint-Reinhold et du Cheval Bayard illustre bien sa méthode. Les mythes naissent au moment où les constellations se rencontrent ou rencontrent des astres précis. Ainsi, la légende des marques de sabot du Cheval Bayard naît entre 500 et 1000 de notre ère car l'étoile sise dans le ciel à la hauteur du sabot du Cheval Bayard (Constellation du Lion / Cheval) rencontre le soleil vers le 29 août. À cette époque en effet, le Soleil se situait au niveau du sabot ; aujourd'hui, il est à hauteur de la poitrine du Cheval. Pour les Européens du Nord, la Constellation du Lion, animal qu'ils ne connaissaient pas, était la Constellation du Cheval.

Autre exemple : le conte de Blanche-Neige (le Soleil), des Sept Nains et de la Méchante Reine (la Reine Lune), retranscrit par Grimm, est un mythe solaire et solsticial, explicitant en termes imagés, la course hivernale du Soleil dans la Voie Lactée où il perd de son intensité (la forêt avec ses méchants animaux où Blanche-Neige risque de mourir). Pendant cette course, c'est la Lune qui “est la plus belle”, ce qui est effectivement le cas en hiver. En février, au milieu de l'hiver, le Soleil se rapproche des Pléiades (Sept petites étoiles au milieu de la Voie Lactée, d'où les Sept Nains) et la Lune craint à juste titre de perdre la domination qu'elle a exercé pendant tout l'hiver. Et c'est sous les oripeaux d'une vieille femme déclinante que la méchante Reine-Lune se rend chez Blanche-Neige (le Soleil) qui est auprès des Sept Nains (les Pléiades) pour la tuer et conserver sa place. Le Soleil s'approche alors de la Constellation des Gémeaux que le langage populaire appelle la civière, le brancard, comme le rapporte Grégoire de Tours (540-594). C'est sur ce brancard que Blanche-Neige ressuscite et que le printemps revient.

Voilà donc le mythe ramené à ses dimensions concrètes réelles. Mais comment le dater ? Le Soleil était dans la Constellation des Gémeaux en 5500 avant notre ère (en 2300 avant notre ère, il était dans les Pléiades). Et en effet, dans les gravures rupestres scandinaves de l'Âge du Bronze, on trouve un brancard portant le Soleil ! L'histoire de Blanche-Neige remonte donc à près de 7500 ans ! Plus tard, quand la carte céleste s'est modifiée, est née la légende du Petit Chaperon Rouge, autre figure solaire, parce que le Soleil entre dans la Constellation du Loup. L'interprétation astronomique des légendes permet leur datation précise.

La méthode de Koneckis offre les avantages suivants :

  • interpréter les mythes de manière empirique et non plus subjective ;
  • prouver que l'Europe dite "préhistorique" a eu son astronomie ;
  • prouver en même temps que toutes les lumières ne viennent pas de l'Orient ;
  • prouver qu'il y a continuité plurimillénaire entre le paganisme cosmique de nos plus lointains ancêtres et les intuitions de Grimm.

Une dernière remarque, qu'une lecture attentive du livre d'Armin Mohler sur la Révolution Conservatrice nous permet de formuler : les religiosités antiques étaient cycliques dans le sens où elles procédaient d'une observation du mouvement des astres, observation qui permet de constater le déroulement de cycles de 36 ans et de 25.920 ans, chiffres qui apparaissent dans les spéculations d'Héraclite d'Éphèse. Cette cyclicité se repère également dans les formes tardives de la religiosité antique, où apparaissent des figures de "sauveurs". Ces figures ont été étudiées par le philosophe catholique germano-italien Romano Guardini. Ce dernier a constaté que tous les “sauveurs” pré-chrétiens ou non chrétiens (Mithra, etc.) reconduisaient les hommes dans le giron de la nature, dans ses rythmes cycliques. Seul le Christ, qui dit justement n'être pas de ce monde, brise le lien entre la nature et les hommes, fracasse les cycles et inaugure l'ère des “lignes”, soit de la vision linéaire de l'histoire. Il les sauve ainsi de l'imbrication inéluctable dans les cycles naturels. D'un point de vue païen et révolutionnaire-conservateur, on peut dire que de cette façon le christianisme a ouvert la boîte de Pandore et permis l'éclosion de tous les subjectivismes, y compris les plus délétères. Romano Guardini avouait même que les progrès techniques avaient été rendu possible parce que le christianisme avait vaincu le respect craintif que cultivaient les anciens à l'égard des rythmes naturels et cosmiques. Le combat que nous engageons vise à revenir dans ce monde, pour le respecter comme notre oikos, notre lieu destinal, pour nous soumettre humblement aux mouvements du cosmos et y inscrire nos actes libres. Koneckis a le mérite de nous rappeler l'origine concrète de nos dieux et figures mythiques.

Ralf Koneckis, Combat païen n°, 1990. [version pdf]

 Du même auteur :

  • « Himmelskunde in Alteuropa », in : Elemente n°2, jan.-mars 1987
  • « Astrale Grundmuster im deutschen Volksmärchen : Der Hase und der Igel », in Sterne und Weltraum n°12/1988
  • Sternbilder im Deutschen Volksmärchen I,  tiré à part d'une conférence tenue à Trèves le 11 oct. 1987
  • « Eine astrale Deutung der Legende : Der große Wagen und die Fahrt des hl. Reinold », in : Ruhr-Nachrichten n°6, 8 Jan. 1988
  • « Reinolds Wunderroß Bayard reitet am Sternenhimmel : Sonne stand vor 1000 Jahren am Hinterhuf des Löwenpferdes », in : Ruhr-Nachrichten, 30 Jan. 1988

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/58

Histoire de l’Italie (Catherine Brice)

 

Catherine Brice, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil, a vécu plus de dix ans à Rome où elle a été membre puis directrice des études pour l’histoire moderne et contemporaine de l’Ecole française de Rome. Elle a consacré de nombreux travaux et articles à cette ville et à l’Italie de la fin du XIXe siècle.

Cette fois, elle tente une gageure. Ecrire une courte histoire de l’Italie ! L’Italie – ou plutôt les Etats italiens – ont constitué un élément clé de l’histoire européenne du Xe siècle avant J.-C. jusqu’au XVIIe siècle, que ce soit sur le plan politique, juridique, religieux ou culturel. L’Empire romain a imposé son modèle de l’Ecosse à l’Afrique, de l’Espagne à l’Europe centrale, laissant sur le continent des traces pérennes. La Chrétienté a rayonné sur le monde entier depuis son épicentre romain où réside son chef spirituel et temporel. La culture italienne a produit, sans interruption ou presque, des chefs-d’œuvre depuis les Etrusques jusqu’à aujourd’hui.

Ce rôle de premier plan dans le concert des nations s’est estompé avec la fin du XVIIIe siècle, les guerres napoléoniennes puis le Risorgimento.

Histoire de l’Italie, Catherine Brice, éditions Perrin, collection Tempus, 592 pages, 10 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/histoire-de-litalie-catherine-brice/114017/

samedi 26 juin 2021

La Petite Histoire – Saint Louis, le plus grand des Capétiens

 Roi juste et équitable qui aura marqué son temps au point d’être canonisé, Saint Louis reste aujourd’hui encore considéré comme le modèle du roi chrétien. Cela n’est pas un hasard si le XIIIe siècle qui fut le sien est appelé « le siècle de Saint Louis ». Petit-fils de Philippe Auguste et grand-père de Philippe Le Bel, Louis IX s’inscrit parfaitement dans cette dynastie capétienne qui a forgé la France. Le roi était pieux, menait une vie ascétique et austère, mais a gouverné son royaume d’une main aussi juste que ferme, renforçant le royaume et allant jusqu’à prendre la croix à deux reprises pour défendre la foi. Retour sur le règne unique au monde de Saint Louis, le plus grand des rois de France.


https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-saint-louis-le-plus-grand-des-capetiens

La Petite Histoire : Les tentatives d’assassinat contre Napoléon

 Au cours de son règne, Napoléon aura été la cible d’une multitude d’attentats et de tentatives d’assassinat. Sous le Consulat comme sous l’Empire, de la part de ses opposants royalistes ou républicains, les conspirateurs ont usé de bien des moyens pour en venir à bout. Lors de l’attentat de la rue Saint-Nicaise en 1800, le futur Empereur sera même visé par le premier attentat à la bombe de l’histoire ! Mais aucune de ces tentatives n’a jamais abouti, comme si une étoile veillait sur la vie de Napoléon afin qu’il accomplisse son destin jusqu’au bout. Retour sur un règne agité où, pour certains, Napoléon aura toujours été l’homme à abattre.


https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-les-tentatives-dassassinat-contre-napoleon

dimanche 6 juin 2021

Guénon, ou l’orgueil d’être “réactionnaire”

  

Il y a 50 ans [en 2001], René Guénon mourait au Caire. Il avait été le principal théoricien de la Tradition. Peu d’auteurs, en ce siècle qui vient de se terminer, ont fait montre d’une clarté aussi cristalline et d’une rigueur intellectuelle aussi sévère que René Guénon. Mathématicien et surtout métaphysicien français, profond connaisseur des systèmes religieux et philosophiques, né à Blois en 1886 et mort au Caire le 7 janvier 1951, il y a 50 ans, Guénon peut être considéré comme l’un des réactionnaires les plus radicaux de tous les temps ; la cohérence et la radicalité de sa pensée en ont fait le chef de file d’une école “l’école traditionaliste” qui apparaît dans ses ramifications variées, comme un grand arbre au milieu du désert, celui du monde moderne.

Avec Julius Evola, il est considéré comme le principal exposant de la pensée traditionnelle en Europe. Le fondement de la pensée de Guénon est la dialectique entre modernité et tradition, étant conçues comme deux réalités aprioristiques et antithétiques dans le monde. « L’origine de la Tradition ― écrivait Guénon dans La Métaphysique orientale, un de ses essais brefs et dense de 1939 ― si le mot “origine” a encore une raison d’exister dans ce cas, est non humaine comme la métaphysique elle-même ».

Cette conception de la Tradition universelle et supra-historique, représentée comme une flamme divine qui se transmet dans le temps à travers les diverses traditions singulières, se fonde sur la sapience même que les religions recèlent, transmises par les textes sacrés comme par le symbolisme, par le langage du mythe et par la transmission initiatique. L’ésotérisme est donc la voie par excellence, dans le monde moderne, par laquelle la Tradition sacrée se perpétue comme une flamme inextinguible qui passe de main en main et unit ainsi les générations humaines en une chaîne sacrée. Guénon écrit avec une clarté limpide et absolue sur la tradition hyperboréenne primordiale qui se diffuse depuis son siège polaire originel, sur la genèse des races humaines, sur le fondement sacré des systèmes de castes, sur l’inégalité des hommes et sur les cycles cosmiques, qu’il considère comme des phénomènes absolument certains. Le fondement de sa pensée repose sur le sacré, car, citant le Mahabharata, il nous rappelle : « Tous les livres qui ne sont pas fondés sur la Tradition sont issus de la main de l’homme et périront : cette origine qui est la leur démontre qu’ils sont inutiles et mensongers ». La vision du temps, chez Guénon, est cyclique : à l’intérieur de chacun des cycles cosmiques pris en particulier (le Manvantara de l’hindouisme), depuis l’Âge d’or des origines, on chemine, progressivement, à travers des sédimentations progressives, vers l’Âge du fer (le kali youga sanskrit) puis vers les temps sombres que nous connaissons et vivons aujourd’hui. Nous avons là une vision grandiose de l’histoire humaine que Guénon nous esquisse dans La Crise du monde moderne : c’est la conception générale du temps dans les formes traditionnelles et les cycles cosmiques.

Quelles sont les perspectives spirituelles pour l’homme dans ce monde entièrement désacralisé ? La réponse de Guénon se différencie de celle d’Evola, l’autre interprète majeur du Monde de la Tradition. Dans cette divergence d’interprétation, nous trouvons deux attitudes différentes, majoritairement sacerdotale et contemplative chez Guénon, active et guerrière chez Evola. Pour Guénon, l’homme “différencié”, qui veut trouver une réalisation spirituelle propre, ne peut que partir à la “recherche” d’un centre de transmission authentique de la Tradition. Mais, simultanément, Guénon ne cesse de mettre en garde contre les mille et un périls que réserve cette voie : la prolifération de mouvements religieux de tous types, le phénomène qu’Oswald Spengler définit comme celui de la “seconde religiosité“, l’infection psychanalytique et l’erreur du spiritisme ne sont qu’autant de miroirs aux alouettes dans un monde crépusculaire.

Agarthi, souverain universel

On trouvera des pages très évocatrices dans Le Roi du monde ; elles contiennent, en germe et en condensé, le noyau même de la réponse qu’apporte Guénon à ce problème central ; Guénon y part de la légende d’Agarthi, patrie mythique du “Souverain universel”. Le métaphysicien français révèle comment la Tradition est encore vive, bien que cachée, « dans un Tibet des plus obscurs ». On ne peut que conseiller ce livre, de même que celui qu’il a consacré aux Symboles de la science sacrée, à tous ceux qui veulent s’approcher, pour la première fois, des splendeurs cristallines des pages de Guénon.

Lié aux milieux du traditionalisme catholique et converti au soufisme de facture islamique, Guénon est également un représentant de cette radicalité aristocratique et réactionnaire ; il n’était aucunement impliqué dans les débats et les conflits d’ordre politique. Il se limitait à théoriser, en termes généraux, l’opportunité d’une réforme de sens traditionnel en Occident, sous le signe d’un catholicisme intégral. Mais cette vision ne peut trouver aucune réalisation aujourd’hui, car, il est vrai et triste que l’on est obligé de constater que l’Église du XXe siècle est profondément dégradée, privée qu’elle est désormais de toute véritable conscience des symboles qu’elle utilise et évoque pourtant constamment. Le message de Guénon nous a laissé, à nous, hommes d’aujourd’hui, c’est qu’« il n’y a nulle raison de désespérer : même si on ne peut espérer atteindre un résultat sensible, avant que le monde moderne ne s’écroule, ce n’est pas une raison pour ne pas entamer une œuvre dont la portée va bien au-delà de l’époque actuelle ».

► Alberto Lombardo, Nouvelles de Synergies Européennes n°52, 2001.

(texte issu de La Padania, 10 janvier 2001)

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/56

samedi 5 juin 2021

Le 1er Bataillon de Zouaves de Louisiane, un régiment français dans l’armée confédérée durant la guerre de Sécession (Lieutenant-colonel Eric Vieux de Morzadec)

 

Le très sympathique Eric Vieux de Morzadec, officier parachutiste retraité, est membre de l’Association des Fils de Combattants de la Confédération et connaît bien le Sud des Etats-Unis. Il ne manque pas une occasion, comme son ami Alain Sanders, de rétablir une vérité occultée et déformée par le politiquement correct depuis 1865 au sujet de la guerre de Sécession et de ses motifs authentiques.

Le livre qu’il vient de publier est une perle pour qui s’intéresse à ce conflit américain. S’il existe peu d’ouvrages en français consacrés à la guerre de Sécession, il en existe encore infiniment moins qui traitent du rôle qu’y ont joué des Français. Or, Eric Vieux de Morzadec nous conte ici l’épopée du 1er Bataillon de Louisiane, les légendaires Zouaves français de Coppens.

En mars 1861, Georges de Coppens, deuxième d’une fratrie de quatre Français installés à La Nouvelle-Orléans exposa à Jefferson Davis, président de la Confédération, le projet de création d’une unité de Zouaves. Son enthousiasme emporta l’adhésion du Président qui lui remit un brevet de lieutenant-colonel pour son frère aîné Gustave de Coppens, destiné à prendre le commandement du Bataillon.

La population française de Louisiane est majoritaire en 1861. Et la renommée des Zouaves de Crimée y est grande. Les hommes se précipitent donc en masse vers les bureaux de recrutement à tel point qu’il faut opérer une sélection. La priorité est donnée aux anciens soldats et, notamment, aux anciens combattants de l’armée de Napoléon III. Les nouvelles recrues sont considérés comme des “durs à cuire”. En une semaine, deux compagnies sont constituées et débutent leur entraînement. S’y retrouvent des Créoles, des Français, des Irlandais, des Suisses, des Allemands, des Anglais, des Polonais, des Italiens et même un Danois. Les commandements s’y font en français.

En juin 1861, ce bataillon composé de 630 hommes formant cinq compagnies arrive à Richmond, où il reçoit la visite surprise du président Jefferson Davis. A partir de mai 1862, ce bataillon s’illustrera à chacun de ses engagements au combat.

Ce livre rend hommage à ces soldats oubliés.

Le 1er Bataillon de Zouaves de Louisiane, Lieutenant-colonel (er) Eric Vieux de Morzadec, préface d’Alain Sanders, éditions Atelier Fol’fer, collection Go West, 248 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-1er-bataillon-de-zouaves-de-louisiane-un-regiment-francais-dans-larmee-confederee-durant-la-guerre-de-secession-lieutenant-colonel-eric-vieux-de-morzadec/113827/

vendredi 4 juin 2021

Les travaux de Tilak et Horken : sur les origines des peuples indo-européens 2/2

 Ce sont là tous des éléments que nous rapporte le Rig-Veda, dont l’émergence se situe quasi avec certitude dans une région correspondant au littoral polaire arctique. Cependant, cette émergence ne peut avoir eu lieu 5000 ans avant l’ère chrétienne car, à cette époque-là, la fonte des masses de glace de l’ère de Würm relevait déjà du passé ; sur le littoral polaire arctique régnait déjà depuis longtemps un climat semblable à celui que nous connaissons aujourd’hui ; le plateau continental était revenu à l’océan ; il est dès lors impossible qu’une existence, telle que décrite dans les hymnes védiques primordiaux, ait été possible sur ce littoral.

Il n’y a qu’une explication possible : Tilak, dans ses calculs, a dû oublier une période entière de précession. Cette impression nous est transmises uniquement par sa publication la plus ancienne, « Orion », où Tilak critique les affirmations de nombreux chercheurs : « La distance actuelle entre le krittikas et le solstice d’été s’élève à plus de 30°, et lorsque ce krittikas correspondait au solstice d’été, alors il devait remonter à beaucoup plus de temps par rapport au cours actuel de la précession de l’équinoxe. Nous ne pouvons donc pas interpréter le passage en question de la manière suivante : si nous plaçons le solstice d’été dans le krittikas, alors nous devons attribuer une datation plus ancienne au poème de Taittiriya Sanhitâ, correspondant à quelque 22.000 ans avant l’ère chrétienne ». On n’apprend pas, en lisant Tilak dans « Arctic Home », s’il déduit de ses constats et conclusions la possibilité ou l’impossibilité de cette datation. Sans doute a-t-il deviné qu’il risquait de faire sensation, et surtout de ne pas être cru et pris au sérieux.

En partant du principe que tant Tilak (à condition que nous tenions compte de la correction de ses calculs, correction que nous venons d’évoquer) que Horken sont dans le juste, suite à leur investigations et déductions, alors nous pouvons émettre l’hypothèse suivante quant au déroulement des faits :

Le Gulf Stream provoque une ère glaciaire. Dès que des masses glaciaires se sont accumulées en quantités suffisantes et que le niveau de la mer a baissé, de nouvelles terres sèches émergent sur l’ensemble du plateau continental. Aux endroits atteints par le réchauffement dû au Gulf Stream, ces nouvelles terres deviennent des espaces habitables, en croissance permanente au fur et à mesure que le niveau de l’océan baisse encore et que la végétation s’en empare ; elles s’offrent donc à la pénétration humaine. Les populations, habitant à cette époque dans l’Ouest de l’Europe, sans vraiment le remarquer car le processus dure sans doute des siècles, migrent vers les zones de chasse les plus avantageuses, en direction de l’est où elles rencontrent d’autres populations ;  ces populations sont avantagées par rapport à d’autres car elles absorbent une nourriture plus riche en protéines, issue de la mer et disponible tant en été qu’en hiver (Horken).

Il me paraît intéressant de poser la question quant à savoir à quel type humain cette population appartenait ; vu la lenteur et la durée du phénomène migratoire qu’elle a représenté, cette population ne s’est sans doute jamais perçue comme un « groupe appelé à incarner un avenir particulier » et n’a jamais été véritablement consciente de la progression de sa migration sur l’espace terrestre. S’est-elle distinguée des autres populations demeurées dans le foyer originel ? Et, si oui, dans quelle mesure ? Appartenait-elle au groupe des Aurignaciens ? Ou à celui des Cro-Magnons ? Etait-elle apparentée à cette autre population qui, plus tard, lorsqu’elle vivait déjà dans son isolat arctique (Horken), créa les images rupestres des cavernes situées aujourd’hui en France méridionale et atteste dès lors d’un besoin, typiquement humain, de création artistique ? Les populations migrantes étaient-elles, elles aussi, animées par un tel besoin d’art ?

Dans le cadre de l’Institut anthropologique de l’Université Johannes Gutenberg à Mayence, on procède actuellement à des recherches dont les résultats permettront de formuler des hypothèses plausibles ou même d’affirmer des thèses sur la parenté génétique entre les différents groupes humains. L’axe essentiel de ces recherches repose sur la tolérance ou l’intolérance à l’endroit du lait de vache (la persistance de la lactose), tolérance ou intolérance qui sont déterminées génétiquement, comme le confirment les connaissances désormais acquises par les anthropologues. Pour vérifier, il suffit de prélever un échantillon sur un os. Les connaissances, que l’on acquerra bientôt, permettront de découvrir plus d’un indice sur l’origine et le séjour de cette population le long du littoral arctique. Comme nous l’avons déjà dit, ces populations connaissaient déjà les « vaches » et le « lait » et, vraisemblablement, l’élevage du bétail.

Les conditions de vie dominantes dans cette région dépourvue de montagnes impliquent un maintien général du corps qui est droit, afin de pouvoir voir aussi loin que possible dans la plaine. Le manque de lumière solaire a limité la constitution de pigments de la peau, d’où l’on peut émettre l’hypothèse de l’émergence d’un type humain de haute taille et de pigmentation claire (Horken). Lors de la migration toujours plus au nord, ces populations s’adaptèrent aux modifications des saisons et, dès qu’elles atteignirent la zone littorale de l’Arctique, leur mode de vie dut complètement changer. La nuit polaire est longue et la journée est courte : sur ce laps de temps finalement fort bref, il faut avoir semé et récolté, si l’on veut éviter la famine l’hiver suivant. Tous les efforts, y compris ceux qui revêtent un caractère sacré, ont surtout un but unique : savoir avec précision quel sera le cours prochain des saisons et savoir quand l’homme doit effectuer tel ou tel travail (Tilak). Dans le Rig-Veda, on apprend que pour chaque nuit de l’hiver polaire, nuit qui dure vingt-quatre heures, on avait à effectuer un acte sacré et qu’en tout une centaine de tels actes sacrés était possible. Il n’y en avait pas plus d’une centaine (Tilak, « Arctic Home… », pp. 215 et ss.) et peut-être ne les pratiquait-on pas toujours.

De ce que nous révèle ici le Rig-Véda, nous pouvons déduire à quelle latitude ces populations ont vécu, en progressant vers le nord. De même, nous pouvons admettre que ces populations ont vécu le long des fleuves et aussi sur le littoral, parce que fleuves et côtes offrent une source de nourriture abondante. D’après le texte védique, on peut émettre l’hypothèse que ces populations présentent une persistance de lactose. Vu l’absence de parenté entre le bovin primitif et le bovin domestique européen, il serait extrêmement intéressant de savoir de quel type de « vache » il s’agit dans le Rig-Véda, où ces animaux sont maintes fois cités.

Sur le plateau continental de la Mer de Barents, on devrait pouvoir trouver des ossements de bovidés, afin de pouvoir élucider cet aspect de nos recherches. La faune locale, quoi qu’il en soit, a dû correspondre à celle d’un climat plus chaud. À la même époque, les populations probablement apparentées et demeurées en Europe occidentale dans les cavernes de France et d’Espagne, représentaient en dessins des bovidés primitifs, des bisons, des rennes, des chevaux sauvages et des ours, et surtout, plus de soixante-dix fois, des mammouths. Les « hommes du nord », eux, selon Horken, représentaient la constellation d’Orion par la tête d’une antilope (Tilak, « Orion »).

Le fait que le Rig-Véda évoque, chez les populations vivant sur les côtes de l’Océan Glacial Arctique, la  présence de certains animaux domestiques est d’une grande importance pour notre propos, puisque leur domestication a été datée, jusqu’ici, comme bien plus tardive. Pour ces animaux, il s’agit surtout de la vache (du moins d’une espèce de bovidé qu’il s’agit encore de déterminer), du cheval et du chien. Le Rig-Véda évoque deux chiens, que Yama va chercher, pour « garder le chemin » qui contrôle l’entrée et la sortie du Ciel (Tilak, « Orion », p. 110) ; dans le dixième mandala du Rig-Véda, on apprend qu’un chien est lâché sur Vrishâkapi. On peut imaginer que ces faits se soient réellement déroulés lorsqu’une existence quasi normale était encore possible le long du littoral arctique.

La glaciation de Würm a connu quelques petites variations climatiques, pendant lesquelles une partie de la couche de glace a fondu, ce qui a provoqué une légère montée du niveau de la mer. Pour les populations concernées, ces variations se sont étalées sur plusieurs générations ; néanmoins, le retour de la mer sur des terrains peu élevés ou marqués de déclivités a conduit rapidement à des inondations de terres arables, ce qui a marqué les souvenirs des hommes. De même, les phénomènes contraires : l’accroissement des masses de glace et la descente du niveau de la mer, soit le recul des eaux. Dans le Rig-Véda, un hymne rapporte qu’Indra a tué le démon de l’eau par de la glace (Tilak, « Arctic Home », p. 279). Sans doute peut-on y voir un rapport…

Quand la glaciation de Würm a pris fin graduellement et réellement, elle a eu pour effet sur les populations concernées que les étés sont devenus plus frais et bien moins rentables et que, pendant les nuits polaires devenues fort froides, la nourriture engrangée n’a plus été suffisante, entrainant des disettes. Dans le Rig-Véda, on trouve quelques indices sur la détérioration du climat (Tilak, « Arctic Home… », p. 203). Le contenu des textes védiques, qui contient des informations très importantes, a sans nul doute été complété, poursuivi et « actualisé ».

Les raz-de-marée, provoqués par des tempêtes, ont inondé de plus en plus souvent les terres basses, notamment celles qui étaient exploitées sur le plan agricole : la mer revenait et les populations devaient se retirer. À un moment ou à un autre, les plus audacieux ont envisagé la possibilité d’une nouvelle migration. On ne connaît pas le moment où elle fut décidée, ni les voies qu’elle a empruntées ni les moyens mis en œuvre. Quoi qu’il en soit, le Rig-Véda nous rapporte que le pays des bienheureux peut être atteint à l’aide du « vaisseau céleste dirigé par un bon timonier » (Tilak, « Orion », pp. 110 et ss.). Les voies migratoires et l’équipement des migrants ont pu changer au cours de leurs pérégrinations, car ce mouvement de retour, de plus en plus fréquent sans doute, a pu durer pendant plusieurs millénaires. Procédons par comparaison : l’ensemble de l’histoire de l’humanité compte, jusqu’à présent, 5000 ans ! Cependant, on peut déjà deviner qu’avant cela les populations s’étaient mises en branle, principalement en direction de l’Ouest, probablement à l’aide d’embarcations (Horken), pour déboucher en fin de compte dans le bassin méditerranéen, tandis qu’un autre groupe de population migrait du littoral arctique en direction du sud, en remontant le cours des fleuves et en traversant les barrières montagneuses de Sibérie, voire de l’Himalaya, en direction de l’espace indien. Horken, pour sa part, a publié une carte en y indiquant les endroits où, aujourd’hui, on parle des langues indo-européennes ; dans la zone littorale arctique, on les trouve surtout le long des fleuves, plus denses vers l’embouchure qu’en amont (p. 238).

Les migrants ont partout trouvé d’autres populations ; on peut admettre qu’ils se sont mêlés à elles, partout où ils ont demeuré longtemps ou pour toujours. De ces mélanges entre le « groupe du nord », au départ homogène, et les autres groupes humains, différents les uns des autres, ont émergé des tribus qui, plus tard, ont donné les divers peuples de souche indo-européenne (Horken). Elles ont un point commun : elles proviendraient toutes d’un foyer originel situé à l’ouest de l’Europe centrale, et, après migrations successives, auraient débouché dans l’espace arctique où elles seraient demeurées pendant plusieurs millénaires, tout en étant soumises à rude école. On peut aussi émettre l’hypothèse que des adaptations physiologiques aux rythmes saisonniers arctiques ont eu lieu. Un médecin américain a rédigé un rapport d’enquête après avoir observé pendant plusieurs années consécutives le pouls de ses patients, pour arriver au résultat suivant : les patients de race africaine présentaient les mêmes pulsations cardiaques tout au long de l’année, tandis que les Blancs europoïdes présentaient un rythme de pulsation plus lent en hiver qu’en été (Horken).

Les Indiens védiques ont la même origine géographique et génétique que les Blancs europoïdes et ce sont eux qui ont rapporté jusqu’à nos jours le message de ce très lointain passé qui nous est commun, sous la forme des chants védiques, surtout le Rig-Véda qui a été transmis par voie orale, de génération en génération, depuis des millénaires, sans jamais avoir subi d’altérations majeures ou divergentes. Cette transmission s’est effectuée en respectant une remarquable fidélité au texte que de nombreux passages de la première version écrite (vers 1800 avant l’ère chrétienne) correspond mot pour mot aux versions plus récentes, du point de vue du contenu et non de celui de la formulation lexicale (laquelle n’est plus compréhensible telle quelle par les locuteurs actuels des langues post-sanskrites). Le principal point commun est la langue, certes, mais il y en a d’autres. La Weltanschauung des Indiens et des Perses présente des grandes similitudes avec celle des Européens et plus d’une divinité des chants védiques a son correspondant dans le panthéon grec, par exemple, possédant jusqu’au même nom ! Il faudrait encore pouvoir expliquer comment les Grecs ont trouvé le chemin vers les terres qu’ils ont occupées aux temps historiques : en empruntant partiellement une voie migratoire que les Indiens ont également empruntée (c’est l’hypothèse que pose Tilak dans « Orion ») ou en passant par l’espace de l’Europe septentrionale ?

Un trait commun aux Indiens et aux Germains se retrouve dans le culte de la swastika, qui a dû revêtir la même signification dans les deux populations. Dans son livre intitulé « Vom Hakenkreuz » et paru en 1922, Jörg Lechler estime pouvoir dater la swastika de 5000 ans, en se basant sur des signes rupestres. Mais cette datation pourrait bien devenir caduque. Si les hypothèses avancées par Tilak et Horken s’avèrent pertinentes, des fouilles sur le plateau continental arctique devraient mettre à jour des représentations de la swastika.

On ne peut toutefois partir de l’hypothèse que ces « hommes du nord » ont occupé les parties du littoral plus à l’est, régions que le Gulf Stream ne fournit plus en énergie calorifique, ce qui ne permettait pas la diffusion de la végétation. Pourtant, des populations ont sûrement habité dans cette partie plus orientale du plateau continental, selon un mode de vie que nous rencontrons encore aujourd’hui chez les ressortissants de peuples et de tribus plus simples, se contentant de l’élevage du renne, de la chasse aux fourrures et de la pêche, et qui sont partiellement nomades comme les Tchouktches. Ces peuples étaient probablement habitués à un climat aussi rude que celui qui règne là-bas actuellement, ce qui implique que, pour eux, il n’y a jamais eu détérioration fondamentale du climat et qu’une émigration générale hors de cette région n’avait aucune signification. Certains chercheurs, dont M. de Saporta, pensent que certains peuples non indo-européens ont également leur foyer originel sur le littoral de l’Arctique (Tilak, « Arctic Home », p. 409).

Horken termine son ouvrage en émettant les réflexions suivantes : sur base des mêmes fondements géophysiques, qui ont fait émerger la période de glaciation de Würm, une nouvelle période glaciaire pourrait ou devrait survenir. Horken repère des transformations d’ordre météorologique dans la zone polaire qui abondent dans son sens, notamment, il constate qu’un port dans les Iles Spitzbergen peut désormais être fréquenté plus longtemps pendant la saison chaude qu’auparavant. Cet indice, il l’a repéré il y a plus de dix ans. Entretemps, nous avons d’autres géologues qui ont exprimé la conviction que nous allons au devant d’une nouvelle période glaciaire.

Walther BURGWEDEL, Deutschland in Geschichte und Gegenwart n°4/1999.

(traduction  et adaptation française : Robert Steuckers)

Notes :

(*) Le phénomène que l’on appelle les « forces Coriolis » s’inscrit dans la constitution mouvante de l’atmosphère terrestre : celle-ci est en effet toujours en mouvement parce que l’air chaud des tropiques se meut en direction des pôles, tandis que l’air froid des pôles se meut en direction de l’Equateur. Ce schéma circulatoire est influencé par un autre mouvement, impulsé par la rotation de la Terre autour de son propre axe. Cette rotation fait en sorte que les courants nord-sud s’infléchissent vers l’est ou l’ouest ; c’est précisément cet infléchissement que l’on appelle la « force Coriolis » ; celle-ci s’avère la plus forte au voisinage des pôles. Elle a été étudiée et définie par le physicien et mathématicien français Gustave-Gaspard de Coriolis (1792-1843), attaché à l’École Polytechnique de Paris.

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/55

Mythologie des Pyrénées - L'héritage et les Traditions

Joseph Fouché (André Castelot)

 

André Castelot (1911-2004) fut un grand vulgarisateur et un remarquable conteur d’Histoire. Auteur à succès, il reçut en 1984 le Grand Prix d’histoire de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Les édition Perrin viennent de rééditer sa biographie de Fouché.

Joseph Fouché (1759-1820), duc d’Otrante, est parvenu à jouer un rôle capital durant la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Restauration et les Cent-Jours.

Mitrailleur de Lyon, régicide, il a même réussi, par une ultime palinodie, à devenir le ministre de Louis XVIII, dont il avait pourtant envoyé le frère à l’échafaud !

Ce livre nous décrit les étapes successives les plus incroyables de l’existence de ce personnage roublard, conspirateur et calculateur, extraordinairement habile, grâce à son redoutable cynisme,  à se relever de toutes les disgrâces.

Joseph Fouché, André Castelot, éditions Perrin, 368 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/joseph-fouche-andre-castelot/114334/

Les travaux de Tilak et Horken : sur les origines des peuples indo-européens 1/2

 Il arrive parfois que deux chercheurs, chacun pour soi, se rapprochent de la solution recherchée, si bien que chacun d’entre eux aurait abouti dans sa démarche plus rapidement s’il avait eu connaissance des résultats de son homologue. Je vais étudier la démarche de deux chercheurs, qui ne se connaissaient pas l’un l’autre, appartenaient à des générations différentes et n’ont donc jamais eu l’occasion de se rencontrer ni, a fortiori, de compléter leurs recherches en s’inspirant l’un de l’autre. Je vais essayer de rattraper le temps perdu, tout en sachant que le résultat de mon travail contiendra forcément un dose de spéculation, comme c’est généralement le cas dans tous travaux d’archéologie et d’anthropologie.

Je ne pourrai pas travailler l’ensemble prolixe des connaissances glanées par mes deux chercheurs et je me focaliserai pour l’essentiel sur un aspect de leur œuvre : celle qui étudie le cadre temporel où se situent les premières manifestations protohistoriques des peuples indo-européens.  Je procéderai à une comparaison entre les résultats obtenus par les deux chercheurs.

J’aborderai trois de leurs livres qui, tous, s’occupent des premiers balbutiements de la protohistoire des peuples indo-européens. Nos deux auteurs n’étaient ni anthropologues ni archéologues et ignoraient leurs recherches respectives. Ils ont ensuite abordé leur sujet au départ de prémisses très différentes. Voici ces livres :

• Bal Gangadhar Tilak, The Orion or Researches into the Antiquity of the Vedas, Bombay, 1893.

• Bal Gangadhar Tilak, The Arctic Home in the Vedas, Poona, 1900.

• H. K. Horken, Ex Nocte Lux, Tübingen, 1973. Seconde édition revue et corrigée, Tübingen, 1996.

(…) Dans ces ouvrages, nous trouvons trois assertions de base :

Chez Tilak : le Rig-Veda, d’après ce qu’il contient, daterait d’environ 6000 ans ; il n’aurait été retranscrit que bien plus tard (« Orion », pp. 206 et ss.).

Les auteurs initiaux du Rig-Veda, c’est-à-dire les hommes qui furent à l’origine du texte ou d’une bonne partie de celui-ci, vivaient sur le littoral de l’Océan Glacial Arctique. Ils avaient développé là-bas une culture et une économie comparativement élevées par rapport au reste de l’humanité (« Orion », pp. 16 et ss. ; « Arctic Home », p. 276).

Pour Horken, les périodes glaciaires se sont manifestées à la suite des phénomènes liés à la séparation progressive du continent eurasien et du continent américain, d’une part, et à la  suite de l’émergence du Gulf Stream, d’autre part. Elles ont eu pour résultats de fixer de grandes quantités d’eau sous forme de glace et donc de faire descendre le niveau de la mer. De cette façon, les zones maritimes, normalement inondées, qui présentent des hauts fonds plats, ont été mises à sec, zones auxquelles appartient également le plateau continental de la zone polaire eurasienne. Sur le plan climatique, le Gulf Stream apporta une source de chaleur et les zones évacuées par la mer furent recouvertes de végétation, face à la côte française actuelle et tout autour des Iles Britanniques, en direction du Nord-Est. Après la végétation vint la faune et ses chasseurs, les premiers hommes d’Europe. Ainsi, l’espace occupé aujourd’hui par la Mer du Nord a été peuplé.

Nous avons donc affaire ici à une population qui a suivi cette voie migratoire, au départ, probablement, des confins occidentaux du continent européen ; cette population, profitant d’un climat clément dans la zone aujourd’hui redevenue plateau continental, a fini par atteindre la Mer de Barents, avant qu’au sud de celle-ci, d’énormes masses de glace accumulées sur le sol de l’actuelle Scandinavie, ne leur barrent la route d’un éventuel retour.

La durée de leur migration et de leur séjour dans les régions polaires arctiques a été déterminée par les vicissitudes de la période glaciaire, de même que le temps qu’ils ont mis à s’adapter à leurs nouvelles conditions de vie. Quand le Gulf Stream a commencé à ne plus atteindre les régions constituant leur nouvelle patrie, cette population a vu revenir les conditions préglaciaires, avec, pour conséquence, que la vie y devint de plus en plus difficile et, finalement, impossible. Cette population a été contrainte d’émigrer vers l’Europe centrale et le bassin méditerranéen ou, autre branche, vers l’espace indien, au-delà des massifs montagneux de Sibérie (« Ex nocte lux »).

Tilak, lui, avance des arguments plus fiables : il étudie les descriptions dans le Rig-Veda qui ne sont compréhensibles que si l’on part du principe que les auteurs initiaux ont vécu, au moment où émerge le Rig-Veda, sur le littoral de l’Océan Glacial Arctique. Ce n’est qu’en posant cette hypothèse que les textes, considérés auparavant comme inexplicables, deviennent parfaitement compréhensibles. Tilak ne pose cependant pas la question de savoir comment cette population est arrivée dans cette région.

Horken, lui, nous offre une thèse éclairante, en se basant sur les phénomènes prouvés de l’histoire géologique de la Terre ; selon cette thèse, les événements qui se sont déroulés à l’époque glaciaire, plus spécifiquement à l’époque glaciaire de Würm, expliquent comment, par la force des choses, les premiers Européens sont arrivés sur le littoral de l’Océan Glacial Arctique. La géologie lui fournit de quoi étayer sa thèse sur la chronologie de cette migration.

On peut évidemment supposer que nos deux auteurs ont écrit sur la même population. Pour prouver que cela est exact, il faut d’abord démontrer comment les choses se sont passées sur le plan géologique en s’aidant de toutes les connaissances scientifiques disponibles et en les présentant de la manière la plus précise qui soit. Toutes les données que je vais aligner ici relèvent d’évaluations qui devront, si besoin s’en faut, être remplacées par des données plus précises. Mais pour donner un synopsis de ce déroulement, cette restriction, que je viens d’avancer, n’a guère d’importance.

La dérive des continents a fait en sorte que le Gulf Stream, après avoir passé le long du littoral occidental de l’Europe, a atteint les glaces de l’Océan Glacial Arctique et les a fait fondre dans la zone de contact. D’énormes masses d’eau se sont alors évaporées et, par l’effet des forces Coriolis (*) se sont retrouvées au-dessus des massifs montagneux de Scandinavie ; en montant, elles se sont refroidies et sont retombées sous forme de neige (Horken). Ce processus, d’après les évaluations actuelles, aurait commencé il y a 32.000 ans. Plus tard, les masses d’eau se sont figées en glace et ont entrainé la descente du niveau de la mer, non pas seulement le long des côtes, comme on peut encore les voir ou les deviner, mais sur l’ensemble du plateau continental; par la suite, la flore et la faune ont pu s’installer dans cette nouvelle région abandonnée par les flots. On peut donc admettre que l’homme, qui migre en suivant les troupeaux ou selon les espèces végétales qui le nourrissent, ait atteint les régions polaires avant que le point culminant de la glaciation ait produit ses effets. Au départ, la population arrivée là-bas n’a dû se contenter que d’un petit morceau habitable du plateau continental.

Pour pouvoir préciser quand cette phase a été atteinte, la géologie doit nous aider à éclairer ou corroborer les données suivantes, relatives à la région polaire du continent eurasiatique : fournir une chronologie capable de nous dire avec plus de précision quand le niveau de la mer est descendu, quand la glaciation est survenue et sur quelle extension géographique.  La paléobotanique pourrait aider à compléter cette chronologie en nous renseignant sur la flore présente et sur la température moyenne annuelle qu’implique la présence de cette flore.

D’après une carte topographique du plateau continental en face des côtes de l’Océan Glacial Arctique, on devrait pouvoir reconnaître quelles ont été les régions de terres nouvelles disponibles pour une population migrante, qui, de surcroît, a sans doute été la première population humaine dans la région. Il faut toutefois tenir compte d’un facteur : le niveau de la mer a baissé partout dans le monde mais seulement selon un axe Ouest-Est, à commencer par la région du Golfe de Biscaye (Horken, p. 120) puis le long de toute la côte française actuelle, ensuite tout autour des Iles Britanniques ; le Gulf Stream a donc réchauffé toute cette immense région, jusqu’au littoral arctique de la Scandinavie, qu’il a ainsi rendu apte à la colonisation humaine, en modifiant le climat progressivement, jusqu’à épuisement de l’énergie thermique qu’il véhicule. Les flots qu’il pousse vers le Nord se refroidissent ensuite s’écoulent et retournent vers l’Atlantique, en faisant le chemin inverse mais sous les masses d’eau plus chaudes. Plus à l’est, les zones du plateau continental ont été également libérées des flots mais n’ont pas bénéficié indéfiniment des avantages offerts par le Gulf Stream et sont sans nul doute devenues tout aussi inhospitalières qu’aujourd’hui, vu la proximité des glaces du sud de la banquise.

Toutes les régions situées sur le littoral de l’Océan Glacial Arctique, qui font l’objet de notre investigation, se trouvent sur le plateau continental et dès lors ont été recouvertes par les flots lors de la fonte des glaces et de la montée du niveau de la mer. Il faudrait l’explorer davantage. En règle générale, le socle continental accuse une pente légère en direction du pôle, si bien que toute descente du niveau de l’océan correspond à un accroissement équivalent de terres nouvelles, également en direction du pôle. À hauteur de la Mer de Barents, par ex., cela correspondrait, dans le cas extrême, à un recul de l’océan d’environ 500 km. Mais on peut estimer qu’une telle surface n’a pas été abandonnée par les flots : c’est ici que les géologues doivent nous apporter des précisions. Pendant la période d’occupation de ce territoire aujourd’hui retourné aux flots marins, tous les fleuves et rivières ont dû se jeter dans l’océan beaucoup plus au nord qu’aujourd’hui et il doit être parfaitement possible de repérer l’ancien lit de ces cours d’eau sur le plateau continental, comme nous pouvons d’ailleurs le faire pour l’Elbe dans la Mer du Nord. Ces fleuves et leurs affluents ont dû fournir de l’eau douce indispensable à la faune dans son ensemble et aux hommes.  On peut dès lors en déduire que des sites d’installation ont existé sur les rives de ces cours d’eau. Les limites respectives du permafrost sur le continent (ou sur ce qui était le continent) ont certainement eu une influence sur la progression des migrants vers le Nord, progression que l’on pourrait suivre d’après les traces laissées. La valeur que revêt la découverte d’os dans cette région est importante : elle nous donnerait de bons indices, dès qu’on en découvrirait.

Horken nous a élaboré un modèle géophysique convainquant  pour nous expliquer l’émergence et la fin de la période glaciaire de Würm. Si, à titre d’essai, nous posons cette théorie comme un fait, nous devons tout naturellement constater qu’à l’époque glaciaire, le long du littoral polaire du continent eurasiatique,  des hommes ont vécu, qui devaient au préalable avoir résidé à l’Ouest de l’Europe centrale. Ils sont arrivés sur ce littoral polaire et, pendant longtemps, sans doute pendant quelques millénaires, ont dû y vivre sous un climat non hostile à la vie.

Tilak constate, en se basant sur le texte du Rig-Veda, que celui-ci a dû, pour sa matière primordiale, se dérouler dans une zone littorale polaire de l’Eurasie.

Pour ce qui concerne la durée temporelle de ce séjour, qui a vu l’émergence de la matière propre du Rig-Veda, nos deux auteurs avancent les faits suivants :

Tilak s’est préoccupé de l’âge des Vedas dans sa première publication (« Orion », op. cit.). Dans un grand nombre d’hymnes du Rig-Veda, Tilak a repéré des données astronomiques particulières et les a vérifiées sur base de la pertinence de ce que nous dit le texte de ces hymnes, d’une part, et sur les déductions étymologiques des descriptions que l’on y trouve, d’autre part. Comme l’objet de ses recherches n’était pas, de prime abord, le dit des hymnes védiques mais l’âge du Rig-Veda, il a pris en considération les phénomènes astronomiques décrits et ce, toujours en tenant compte de l’effet modifiant de la précession astronomique. Pour rappel : par le fait de la précession, le moment du printemps se déplace chaque année sur l’écliptique de 50,26 secondes, dans le sens ouest-est, ce qui nous donne un circuit entier au bout de 25.780 années. Tilak a ensuite étudié les interprétations d’autres chercheurs et explique pourquoi il ne partage pas leur avis. À l’époque où le Rig-Veda aurait émergé et où ses hymnes auraient commencé à jeter les bases de tous les sacrifices sacrés de la tradition indo-aryenne, le moment principal du cycle annuel était le moment précis où commençait le printemps, où le soleil revenait, c’est-à-dire, plus exactement, le moment même du lever du soleil quand les nuits et les jours sont strictement égaux. Il faut aussi que ce soit un moment du cycle annuel qui soit mesurable à l’aide de méthodes simples.

Tilak connaissait forcément le nom des figures zodiacales sur l’écliptique, telles que les astronomes védiques les nommaient. Contrairement à la pratique actuelle, les hommes distinguaient à l’époque vingt-sept signes du zodiaque. Tilak a fait l’importante découverte que le Rig-Veda a émergé sous la constellation d’Orion, car, il est dit que le moment du début du printemps, à l’ère d’émergence des chants védiques primordiaux, se trouvait dans la constellation d’Orion. En tenant compte de la précession astronomique, Tilak a daté les faits astronomiques relatifs au moment du début du printemps, que l’on trouve dans les hymnes védiques, et, ainsi, a pu établir que ceux-ci ont dû apparaître vers 5000 avant l’ère chrétienne. Cette évaluation de l’âge du Rig-Veda chez Tilak, du moins dans la plus ancienne de ses publications (« Orion », op. cit.), doit être fausse. Pourquoi ?

Ce que décrit Horken, en replaçant les faits dans le cadre de la dernière glaciation, celle de Würm, se voit confirmer par Tilak, et de façon définitive. Même quand il découvre que les événements décrits dans les hymnes du Rig-Veda se sont déroulés au départ dans une zone circumpolaire, Tilak n’a aucune idée cohérente quant à leur époque. Horken, lui, nous livre des données plus précises à ce propos, quasi irréfutables.

Nous apprenons de Tilak quel était le degré de développement atteint par les Aryas du temps du Rig-Veda ; déjà, dans son ouvrage intitulé « Orion », il rejette le doute émis par d’autres chercheurs quant aux connaissances astronomiques des Aryas des temps védiques : « je ne crois pas, écrit-il, qu’une population qui connaissait le métal et en avait fait des outils de travail, qui fabriquait des habits de laine, construisait des embarcations, des maisons et des chariots, et possédait déjà quelques connaissances en matière d’agriculture, aurait été incapable de distinguer la différence entre année solaire et année lunaire » (« Orion », pp. 16 et ss.).

Dans son second ouvrage, « The Arctic Home », Tilak avait décrit les gestes sacrés des prêtres, dont la tâche principale, semble-t-il, était de décrire les événements cosmiques et météorologiques, surtout pendant la nuit arctique. C’est ainsi que nous entendons évoquer, au fil des hymnes, des phénomènes et des choses qui nous permettent d’énoncer des conclusions d’ordre culturel. Dans un tel contexte, nous pouvons peut-être faire référence à un fait bien particulier : rien que nommer une chose ou un phénomène implique que cette chose ou ce phénomène étaient connus. Nous apprenons, surtout quand nous lisons les événements tournant autour de figures divines, que, par exemple, la première population védique utilisait l’âne comme bête de somme (p. 299), que les fortifications de Vritra étaient de pierre et de fer (p. 248), que Vishnou possédait des destriers de combat (p. 282), qu’on fait allusion à des embarcations de cent rames, bien étanches, à la domestication de moutons et au fer (p. 302, versets 8 et ss., 27 et 32), que cette population connaissait les bovins domestiques et avait des rudiments d’élevage et de fabrication de produits dérivés du lait (p. 303) ; un étable pour vache est même citée (p. 328) ; on trouve aussi un indice, par le biais d’un nom propre, que cette population travaillait l’or (p. 311), que Titra possède une flèche à pointe de fer (p. 335) et qu’un cheval, dédié à une cérémonie sacrificielle, est dompté par Titra et monté par Indra (p. 338 et ss.). Finalement, on apprend aussi l’existence de « destriers de combat de couleur brune » (p. 341).

À suivre

jeudi 3 juin 2021

Point de vue n°16 - S'orienter en politique (1/2)

Tolkien, le refondateur

  

Tolkien, le refondateur


La revue Nouvelle École vient de faire paraître un numéro haut en couleur, pour la deuxième fois après celui sur la paléogénétique des Indo-Européens (2019). Il est consacré à une figure littéraire essentielle, occupant dans l’univers mental de l’Européen actuel une place fondamentale : John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973). L’auteur britannique, renommé pour son Hobbit, son Seigneur des Anneaux ou encore son Silmarillion, a largement puisé son inspiration dans les traditions européennes, offrant ainsi au lecteur contemporain un nouveau récit fondateur européen, à la manière de l’Iliade, des Eddas, l’Énéide, le Kalevala ou encore Beowulf.

Grâce aux efforts d’Armand Berger qui a coordonné ce dossier, nous disposons aujourd’hui d’un nouvel apport en matière de critique tolkienienne. Que l’on ne s’y trompe pas : les contributeurs, lecteurs avertis de Tolkien, proposent tous ici de nouveaux éclairages sur un auteur que l’on pense parfois bien connaître ; qu’il suffise en cela de se rapporter à l’immense bibliographie qui lui est consacré, notamment dans les pays anglo-saxons, rivalisant avec celle de Carl Schmitt. Le dossier Tolkien se clôt d’ailleurs sur une impressionnante bibliographie de l’auteur (1910-2021) dans laquelle le lecteur trouvera nécessairement son bonheur. Il va sans dire que les articles proposés dans ce Nouvelle École apporteront aussi bien aux néophytes qu’aux férus de hobbits matière à réflexion. Le volume comporte également sept articles sous la rubrique Varia qui méritent d’être lus ; ainsi, parmi ces riches études, la contribution de Jean Haudry sur « Les noms des dieux, des héros et des rituels ». Le volume se referme sur la représentation d’un sage Gandalf aux atours bénédictins.

Les racines européennes de Tolkien

Dans un article biographique, Onfroy Charpentier assimile Tolkien à la figure de l’Arbre, une symbolique bien connue, en ce que cet élément végétal est omniprésent dans son œuvre. Cet arbre a bien des racines et il convient de s’arrêter un instant sur l’une d’elles, celle des origines de l’auteur. Le terreau de Tolkien est « profondément européen » : il a des ancêtres en Prusse-Orientale, ainsi que dans les Midlands de l’Ouest anglais, où l’on a longtemps parlé un anglais conservé sous sa forme dialectale. Une région qui compte énormément pour Tolkien, car c’est là que fut composée, sept siècles plus tôt, entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, une œuvre moyen-anglaise de première importance, Ancrene Wisse (La Règle des Recluses) qui permet de bien retracer l’évolution linguistique du vieil anglais vers une langue bouleversée par la conquête normande. Un texte que Tolkien connaît intimement et qu’il va éditer en 1962, alors que le projet remontait à 1935… On reconnaît bien là l’auteur et ses intentions qui aboutissent – quand elles aboutissent ! – après bien des années. L’homme est sensible à ses origines (en particulier anglaises, non pas britanniques), clairvoyant quant à son identité enracinée.

Il faudrait encore ajouter à propos de cette identité qu’elle ne saurait être pleinement comprise sans saisir, jusque dans les nuances, l’importance du catholicisme pour Tolkien, aussi bien dans sa vie que dans son œuvre, importance bien établie depuis la parution du livre de Leo Carruthers, Tolkien et la religion. Comme une lampe invisible (Presses Universitaires Paris-Sorbonne, 2016). L’article de Jérôme Sainton, dans ce dossier, qui aborde la notion de « libre-arbitre », montre la profondeur de sa réflexion sur la foi à travers la fiction.

L’amour des langues et la technocritique

L’éducation de Tolkien doit beaucoup dans le développement chez lui d’une conscience tournée vers le nord-ouest de l’Europe. Très jeune et pendant plusieurs années, il apprend le français (la réputation gallophobe de Tolkien qui le poursuit depuis des années est sans fondement, ainsi que le démontre Oronzo Cilli dans son article sur les lectures « françaises » de l’auteur), l’allemand, le latin, le grec, le vieil et le moyen anglais, le norrois, le gotique, le gallois, ou encore le finnois. À l’exception de cette dernière, qui appartient à la famille des langues finno-ougriennes, mais qui est géographiquement proche de nous, toutes ces langues sont héritières de l’indo-européen. Il convient de définir Tolkien d’abord et avant tout comme un philologue, un amoureux des langues : son intérêt pour celles-ci est majeur. C’est toutefois vers les langues germaniques anciennes que Tolkien va pleinement se tourner. Comme le rappelle Armand Berger à juste titre, l’on ne saurait pleinement comprendre l’auteur sans prendre en compte le philologue, sans saisir l’influence de chefs d’œuvres tels que Beowulf ou encore la Völsunga saga chez l’écrivain, mais aussi chez l’universitaire, qui a exercé de 1920 à 1925 à l’université de Leeds, puis de 1925 à 1959 à Oxford, dans plusieurs colleges.

Ainsi, le monde imaginaire que Tolkien a inventé, la « Terre du Milieu » – qui rappelle le Middangeard vieil-anglais ou le Miðgarðr norrois, « l’enclos du milieu » –, se rattache à la tradition germanique : « [C’est] un nom ancien […] Il désignait les terres habitables de notre monde, placées au milieu de l’Océan qui les entoure. L’action de cette histoire se déroule dans le nord-ouest de la “Terre du Milieu”, à une latitude équivalente à celle des côtes de l’Europe et des rivages du nord de la Méditerranée », a-t-il écrit dans une lettre du 8 février 1967 à Charlotte et Denis Plimmer. Il y a bel et bien un parfum « européen » de la Terre du Milieu, comme un écho à un vaste projet de Tolkien de vouloir créer, dans ses jeunes années, une « mythologie pour l’Angleterre », afin de combler un vide. Ainsi, il écrit dans une lettre bien connue à Milton Waldman en 1951 les phrases suivantes : « Aussi […] ai-je été depuis les premiers jours affligé par la pauvreté de mon propre pays bien-aimé. Il n’avait pas d’histoires propres (étroitement liées à sa langue et à son sol), et pas de qualité que je cherchais, et trouvais (comme ingrédient) dans les légendes d’autres pays. »

Très jeune encore, il se met à inventer des langues à partir de ses référents, les langues naturelles européennes. Il créé ainsi plusieurs langues avant de créer le quenya au début des années 1910, après avoir découvert le Kalevala, l’épopée des Finnois, publiée par le folkloriste Elias Lönnrot au milieu du XIXe siècle. Il décrira d’ailleurs sa rencontre avec le finnois en termes d’œnologie : « Ce fut comme de découvrir toute une cave remplie de bouteilles d’un vin extraordinaire, d’une sorte et d’un goût jamais connus jusqu’alors. J’en ai été totalement grisé. » Sa langue, le quenya donc, n’a eu de cesse d’occuper Tolkien jusqu’à la fin de sa vie. Il l’a constamment améliorée, maniée et remaniée par pur plaisir linguistique. Comme le montre bien Damien Bador dans sa contribution sur les langues inventées – car Tolkien ne s’est pas contenté pas de créer une seule langue, mais bien une quarantaine, plus ou moins travaillées –, la manière dont les langues elfiques entrent en relation les unes avec les autres rappellent les rapports entre langues-mères et langues-filles indo-européennes. Tolkien doit donc beaucoup dans l’élaboration de ses langues au finnois, mais aussi au gallois, au latin et au grec.

Il faut dire encore de Tolkien, parmi bien d’autres choses, qu’il est un auteur qui pense la Technique dans son œuvre, ainsi que le montre Walter Aubrig dans son essai. Cette étude permet aussi de prendre en compte le versant plus politique de Tolkien. Sa critique ferme de la modernisation, de la machinisation et de l’industrialisation du monde, à son époque, témoigne notamment d’une pensée traditionnaliste et écologiste. Pensons à la fin de cette lettre du 6 octobre 1994 dans laquelle Tolkien écrit que « si un ragnarök brûlait tous les taudis et les usines à gaz, et les garages miteux, les banlieues éclairées à la lampe à arc, il pourrait brûler pour moi toutes les œuvres d’art – et je retournerais aux arbres ». Nous ne sommes guère loin du « recours aux forêts » d’Ernst Jünger.

Éric Garnier, rédacteur à Éléments

Nouvelle École n°70 : J.R.R. Tolkien, mai 2021, 220 p., 29 €. À se procurer à la Nouvelle Librairie ou en ligne.

https://institut-iliade.com/tolkien-le-refondateur/