jeudi 3 juin 2021

LES DIEUX VIVENT DANS LES FORÊTS

  

[Ci-contre : couverture de l'étude de R. Harrison, reparue en poche (Champs-Flammarion, 1994). « Le mot “forêt” est à l’origine un terme juridique. Tout comme ses nombreux dérivés dans les langues européennes (forestaforestforst...), il vient du latin foresta. Le mot latin n’apparait pas avant la période mérovingienne. Dans les documents romains et les premiers actes du Moyen Âge le terme usuel pour désigner les bois et les régions boisées était nemus. Le mot foresta apparaît pour la première fois dans les lois des Lombards et les capitulaires de Charlemagne, pour désigner non tant les régions boisées en général que les réserves de chasse royale. L’origine du mot est incertaine. Selon toute vraisemblance, il viendrait du latin foris, en dehors. L’obscur verbe latin forestare signifiait retenir en dehors, mettre à l’écart, exclure. En effet, pendant la période mérovingienne où le mot foresta fit son entrée dans le lexique, les rois s’étaient octroyé le droit d’exclure du domaine public de vastes étendues boisées, afin d’y préserver la vie sauvage qui, en retour, devait assurer le maintien d’un rituel royal fondamental : la chasse »]

« Détruire des forêts ne signifie pas seulement réduire en cendres des siècles de croissance naturelle. C'est aussi un fonds de mémoire culturelle qui s'en va » : Robert Harrison résume bien, ainsi, l'enjeu plurimillénaire, le choix de civilisation que représente la forêt, avec ses mythes et ses réalités (Forêts : Essai sur l'imaginaire occidental, Flammarion, 1992). Une forêt omniprésente dans l'imaginaire européen.

L'inconscient collectif est aujourd'hui frappé par la destruction des forêts, due à l'incendie, aux pluies acides, à une exploitation excessive. Un être normal — c'est-à-dire quelqu'un qui n'est pas encore totalement conditionné par la société marchande — ressent, quelque part au fond de lui-même, quelle vitale vérité exprime Jean Giono lorsqu'il écrit de l'un de ses personnages : « Il pense : il tue quand il coupe un arbre ! »

Le rapport de l'homme à la forêt est primordial. Il traduit une vision du monde, le choix d'un système de valeurs. Car la forêt, symbole fort, porte en elle des références fondamentales. « Une époque historique — écrit Harrison — livre des révélations essentielles sur son idéologie, ses institutions et ses lois, ou son tempérament culturel, à travers les différentes manières dont elle traite ou considère ses forêts ». Dans la longue mémoire culturelle des peuples, la place donnée — ou non — aux forêts est un repère qui ne trompe pas.

Pour étudier la place des forêts dans les cultures et les civilisations, depuis qu'il existe à la surface de la terre des sociétés humaines, Harrison prend pour guide une grille d'analyse forgée par un Napolitain du XVIIIe siècle, Giambattisto Vico, qui résume ainsi l'évolution de l'humanité : « Les choses se sont succédé dans l'ordre suivant : d'abord les forêts, puis les cabanes, les villages, les cités et enfin les académies savantes » (La Science nouvelle, 1744).

Ainsi, les forêts seraient à l'origine la matrice naturelle d'où seraient sortis les premiers hommes. Lesquels, en s'affranchissant du milieu forestier pour ouvrir des clairières, en se regroupant pour construire des cabanes, auraient planté les premiers jalons de la civilisation, c'est-à-dire de la conquête de l'homme sur la nature. Puis, d'étape en étape, de la ruralité au phénomène urbain, de la rusticité à la culture savante, de la glèbe aux salons intellectuels, l'humanité aurait réalisé son ascension. On voit bien, ici, s'exprimer crûment cette conception tout à la fois linéaire et progressiste de l'histoire, qui triomphe au XVIIIe siècle avec la philosophie libérale des Lumières pour nourrir, successivement, l'idéologie libérale et l'idéologie marxiste. Mais cette vision de l'histoire plonge ses racines très loin, dans cette région du monde qui, entre Méditerranée et Mésopotamie, a donné successivement naissance au judaïsme, au christianisme et à l'islam, ces 3 monothéismes qui sont définis, à juste titre, comme les religions du Livre.

TU NE PLANTERAS PAS...

Religions du Livre, de la Loi, du désert. C'est-à-dire religions ennemies de la forêt, car celle-ci constitue un univers à tous égards incompatible avec le message des fils d' Abraham. La Bible, est, à ce sujet, sans ambiguïté. Dans le Deutéronome, Moïse ordonne à ses errants dont il veut faire le Peuple élu de brûler, sur leur passage, les bois sacrés que vénèrent les païens, de détruire ces piliers de bois qui se veulent image de l'arbre de vie : « Mais voici comment vous devez agir à leur égard : vous démolirez leurs autels, briserez leurs stèles, vous couperez leurs pieux sacrés, et vous brûlerez leurs idoles ». L'affirmation du Dieu unique implique l'anéantissement des symboles qui lui sont étrangers : « Tu ne planteras pas de pieu sacré, de quelque bois que ce soit, à côté de l'autel de Yahvé ton Dieu que tu auras bâti ».

Cet impératif sera perpétué par le christianisme, du moins en ses débuts lorsqu'il rencontre sur son chemin, comme principal obstacle, la forêt et ses mythes. Très vite, l'Église pose en principe un face à face entre les notions de paganisme, sauvagerie et forêt (sauvage vient de sylva), d'un côté, et christianisme, civilisation et ville, de l'autre. Quand Charlemagne entreprend. pour se faire bien voir d'une Église dont il attend la couronne impériale, une guerre sainte en Saxe, bastion du paganisme, il donne pour première consigne à ses armées de détruire l'lrminsul, ce monument qui représente l'arbre de vie et qui est le point de ralliement des Saxons. Le message est clair : pour détruire la capacité de résistance militaire des païens, il faut d'abord éliminer ce qui donne sens à leur combat. Calcul erroné, puisqu'il faudra, après la destruction de l'lrminsul, encore trente ans de massacres et de déportations systématiques pour imposer la croix. Les clercs entourant Charlemagne n'avaient pas compris que pour les Saxons comme pour tout païen, les dieux vivent au cœur des forêts, comme le constatait déjà Tacite chez les Germains de son temps. Autrement dit, tant qu'il reste un arbre debout, le divin est présent.

LA FORÊT-CATHÉDRALE

La soumission forcée des Saxons n'aura pas fait disparaître pour autant la spiritualité liée aux forêts. Car le christianisme a dû, contraint et forcé, s'adapter à la mentalité européenne, récupérer et intégrer les vieux mythes qui parlaient encore si fort, au cœur des hommes. Cette récupération s'exprime à travers l'architecture religieuse : « La cathédrale gothique — note Harrison — reproduit visiblement les anciens lieux de culte dans son intérieur majestueux qui s'élève verticalement vers le ciel et s'arrondit de tous côtés en une voûte semblable à celle des arbres rejoignant leurs cimes. Comme des ouvertures dans le feuillage, les fenêtres laissent pénétrer la lumière de l'extérieur. En d'autres termes, l'expression forêt-cathédrale recouvre davantage qu'une simple analogie, car cette analogie repose sur la correspondance ancienne entre les forêts et la résidence d'un dieu » (cf. aussi Les Racines des cathédrales, Roland Bechmann, Payot, 1981).

L'Église s'est trouvée, au Moyen Âge, confrontée à un dilemme : contre le panthéisme inhérent au paganisme, et qui voit le divin partout immergé dans la nature, il fallait décider d'une stratégie de lutte. Réprimer, pour extirper, éradiquer ? C'est la solution que préconisent de pieuses âmes, comme le moine bourguignon Raoul Glaber : « Qu'on prenne garde aux formes si variées des supercheries diaboliques et humaines qui abondent de par le monde et qui ont notamment une prédilection pour ces sources et ces arbres que les malades vénèrent sans discernement ». En favorisant les grands défrichements des Xlle et XIlle siècles, les moines ont un objectif qui dépasse de beaucoup le simple intérêt économique, le gain de nouvelles surfaces cultivables : il s'agit avant tout, de faire reculer ce monde dangereux, car magique, qui abrite fées et nymphes, sylves et sorcières, enchanteurs et ermites (dont beaucoup trop ont des allures rappelant fâcheusement les hommes des chênes, les anciens druides). Brocéliande est, comme Merlin, « un rêve pour certains, un cauchemar pour d'autres ».

Faut-il, donc, détruire les forêts ? Les plus intelligents des hommes d'Église comprennent, au Moyen Âge, qu'il y a mieux à faire. Le culte de saint Hubert est chargé de faire accepter la croix par les chasseurs. Les “chênes de saint Jean” doivent, sous leur nouveau vocable, fixer une étiquette chrétienne sur les vieux cultes du solstice qui se pratiquent à leur pied. On creuse une niche dans l'arbre sacré pour y loger une statuette de la Vierge (nouvelle image de l'éternelle Terre-Mère). Devant “l'arbre aux fées” où se retrouvent à Domrémy Jeanne d'Arc et les enfants de son âge, on célèbre des messes. La plantation du Mai, conservée, sera compensée par la fête des Rameaux ( qui vient remplacer la Fête de l'arbre que célébraient, dans le monde romain, les compagnons charpentiers pour marquer le cyclique et éternel retour du printemps).

Saint Bernard, qui a su si bien, comme le rappelle Henri Vincenot [in : Les Étoiles de Compostelle, Denoël, 1984, repris en Folio, 1987], perpétuer les traditions celtiques, assure tranquillement devant un auditoire d'étudiants : « Tu trouveras plus dans les forêts que dans les livres. Les arbres et les rochers t'enseigneront les choses qu'aucun maître ne te dira ». Cet accueil et cette intégration, par le syncrétisme, d'une nature longtemps perçue, par la tendance dualiste présente dans le christianisme, comme le monde du mal, du péché, sont poursuivis par un saint François d'Assise. « C'était en accueillant la nature — constate Georges Duby —, les bêtes sauvages, la fraîcheur de l'aube et les vignes mûrissantes que l'Église des cathédrales pouvait espérer attirer les chevaliers chasseurs, les troubadours, les vieilles croyances païennes dans la puissance des forces agrestes » (Le temps des cathédrales, Gal., 1976).

La perpétuation du symbole de l'arbre et de la forêt se fera, à l'époque moderne, par la plantation d'arbres de la Liberté (1), les sapins de NoëI, la branche verte placée par les compagnons charpentiers sur le faîtage terminé de la maison...

L'ARBRE COMME SOURCE DE VIE

Mais, référence culturelle par excellence, la forêt reste, jusqu'à nos jours, un enjeu idéologique et l'illustration d'un choix de valeurs. Quand Descartes, dans son Discours de la méthode, compare l'autorité de la tradition à une forêt d'erreurs, il prend la forêt comme symbole d'un réel, foisonnant et touffu, dont il faut s'abstraire, en lui opposant la froide mécanique Raison. « Si Descartes se perd dans la forêt — le monde historique, matériel —, ne nous étonnons pas qu'il se sente chez lui dans le désert (...) C'est l'esprit désincarné qui se retire de l'histoire, qui s'abstrait de sa matière et de sa culture » (R. Harrison, op. cit.). Ajoutons : de son peuple.

Inversement, en publiant leurs célèbres Contes et légendes du foyer, les frères Grimm, au XIXe siècle, entendent redonner, par le biais de la langue, un terreau culturel, un enracinement à la communauté nationale et populaire allemande. Or, significativement, la forêt est omniprésente dans leurs contes, en tant que lieu par excellence de ressourcement.

L'arbre comme source de vie. Présent encore parmi nous grâce à une reuvre qui a, par bien des aspects, valeur initiatique, Henri Vincenot me confiait un jour : « II y a dans la nature des courants de forces. Pour reprendre des forces, c'est vrai que mon grand-père s'adossait à un arbre, de préférence un chêne, et se pressait contre lui. En plaquant son dos, ses talons, ses mains contre un tronc d'arbre, il ne faisait rien d'autre que de capter les forces qui vivent et cornmontent en l'arbre. Il ne faisait qu'invoquer, pour y puiser une nouvelle énergie les puissances de la terre, du ciel, de l'eau, des rochers, de la mer... » (éléments n°53).

► Pierre Vial, Le Choc du Mois n°53, 1992.

(1) cf. Jérémie Benoit, « L'Arbre de la Liberté : résurgence d'une mentalité indo-européenne », in Études indo-européennes, 1991.

ouie10.gif

Voir aussi l’excellent site Le Recours aux forêts, et en particulier l’article de Rodolphe Christin « La forêt de l’homme ».

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/51

mercredi 2 juin 2021

Commandos Marine au cœur des tempêtes (Manuelle Calmat)

 

Manuelle Calmat est journaliste à Europe 1. En 2009, elle avait déjà signé un livre consacré au GIGN. Ces jours-ci est sorti son nouveau livre traitant une fois encore de soldats d’élite. Cette fois, ce sont les Commandos Marine qu’elle met à l’honneur.

Aussi insolite et improbable que cela puisse paraître, cette jeune femme journaliste a goûté au quotidien des bérets verts des commandos Hubert, Trépel, Jaubert, Montfort, Penfentenyo, Kieffer et Poncherdier. Elle a enquêté auprès de ces hommes d’exception, nageurs de combat, tireurs de précision, experts en explosifs, chuteurs opérationnels.

Des récits glanés auprès d’eux, elle en a fait un livre qui se lit comme un roman d’action. En sept aventures écrites sur un rythme haletant, et présentées comme des fictions, elle remet en scène des situations bien réelles que lui ont décrites ceux qui, dans l’ombre, risquent leur vie.

Ce livre nous entraîne dans les épreuves de leur sélection, puis dans des opérations mouvementées : arrestation de trafiquants de drogue au large de la Colombie, libération d’otages au Groenland, sauvetage de ressortissants français dans le golfe de Guinée, lutte contre la piraterie en Guyane, interception d’un dangereux chef de guerre au Niger, opération à haut risque au Yémen.

Commandos Marine au cœur des tempêtes, Manuelle Calmat, éditions du Rocher, 276 pages, 18,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/commandos-marine-au-coeur-des-tempetes-manuelle-calmat/114923/

La Petite Histoire : Marcel Bigeard, le dernier géant

 Il a passé sa vie à servir la France, a connu tous les grades de l’armée française, jusqu’à devenir une légende. Marcel Bigeard a combattu en 1940, dans la Résistance mais aussi en Indochine et en Algérie. Ce qui fait de lui un chef de guerre d’exception, c’est son panache, son caractère et sa grande gueule. Mais il fut aussi un commandant audacieux et brillant, apportant de nouvelles techniques de combat, s’inspirant de l’ennemi et imposant à ses hommes une discipline de fer. Sans aucun doute, Marcel Bigeard aura été le dernier des géants de l’armée française. Il le disait lui-même : « Je suis le dernier des cons glorieux. »


https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-marcel-bigeard-le-dernier-geant

SAS en Algérie

 (Officier d’une SAS en train probablement de régler un conflit de village. Algérie, 1955-1962)

Non, il ne s’agit pas du récit des dernières opérations spéciales britanniques au Sahara, ni d’un opus de l’oeuvre bien connue de Gérard de Villiers, mais de l’histoire méconnue des sections administratives spécialisées, dont l’oeuvre de pacification tranche avec la légende noire de l’Algérie française, et mérite d’être rappelée.

Lorsque la rébellion éclate en novembre 1954, l’Algérie, contrairement à ce qu’avance une légende reconstituée depuis, est largement sous-administrée. Cela est vrai à tel point que le général Jacques Allard, ancien officier chargé de la coordination des SAS, rencontra, dans ses missions au coeur des campagnes reculées, des Algériens d’âge mûr affirmant n’avoir jamais vu un colon blanc et des européens pour la première fois en la personne des hommes de cette SAS.

Cette faiblesse de la présence française une fois quittées les grandes terres du colonat et les villes avait pour corollaire une absence de politique sanitaire et éducative dans des régions de campagne vivant encore dans des conditions de vie proches de celles de 1830. Pour le FLN, savant connaisseur du terrain algérien, cette absence de la France fut pain béni pour implanter dans un premier temps la rébellion. L’enlèvement ou l’enrôlement des rares notables instruits eurent tôt fait de déstabiliser l’équilibre fragile de ces douars reculés. La propagande du commissaire politique fellaga, sur ces cochons colonialistes français ne pouvait que porter ses fruits, en l’absence de Français pour répondre. Peu à peu, une partie des campagnes échappa au contrôle de la France.

Pour conserver l’Algérie à la France, il ne s’agissait pas seulement de réduire les katibas par la force, de traquer les terroristes, d’exécuter les collaborateurs de la rébellion. Il fallait surtout pacifier l’Algérie, c’est à dire rétablir le lien rompu avec la population, assurer une présence française permanente dans les lieux les plus reculés. Jacques Soustelle, gouverneur général de l’Algérie, décida, dès le début de l’année 1955, soit deux mois après le début de la rébellion, d’instaurer des Sections Administratives Spécialisées, SAS, chargées de cette mission de contact permanent auprès de la population. Ce que les civils ne savaient pas faire depuis 1870, ce qu’ils ne voulaient plus faire, craignant pour leur vie, ce que le colonat s’était toujours gardé de faire, ne s’intéressant qu’à sa parcelle du pays, c’est l’armée qui allait le réaliser, dans la droite ligne des Bureaux arabes du XIXe siècle.

Ces Bureaux arabes furent institués dès 1844 par le régime de Louis-Philippe, à l’initiative du capitaine Lamoricière. Il s’agissait, devant la méconnaissance du pays pour la France, et l’ampleur de l’œuvre de conquête, de créer une administration militaire répartie sur tout le pays en petits groupes, avec pour mission d’établir un lien permanent avec la population, de découvrir et maîtriser les langues indigènes, d’assurer la justice et la perception des impôts. En quelques années, cinquante bureaux arabes furent créés en Algérie. Les officiers parcouraient sans cesse leur circonscription à cheval, maîtrisant parfaitement l’arabe, le kabyle, les langues berbères, etc. Ils s’assuraient de la levée de l’impôt, mais également de régler la justice dans les villages, d’organiser des travaux d’aménagement, routes et bâtiments publics. Dans ces bureaux arabes furent également installés des détachements du service de santé des armées pour traiter les besoins sanitaires des indigènes.

Enfin, contact permanent avec la population oblige, les officiers des Bureaux arabes se firent peu à peu les soutiens des indigènes face aux ambitions des colons. Devant arbitrer les conflits de répartition des terres entre agriculteurs européens et nomades indigènes, ils choisirent souvent ces derniers, provoquant l’ire des premiers. Ces bureaux arabes étaient dans l’esprit de la politique visionnaire de Napoléon III qui concevait la colonisation de l’Algérie comme les Anglais voyaient celle de l’Inde avant la révolte de 1857. Ils voulaient faire émerger des « brown Englishmen », Napoléon III voulait créer une élite arabe avec laquelle la France pourrait dialoguer. Son ambition était, à terme, de constituer une vice-royauté d’Algérie, liée à la France mais largement autonome. Pour cela, il fallait civiliser.

En 1870, sous la pression des colons, par méfiance vis-à-vis des militaires liés au second empire, la IIIe République abandonna peu à peu les bureaux arabes et leur mission.

En 1955, il fallait tout reprendre, et dans les pires conditions de conflit, après 85 ans d’abandon.

Les SAS s’inspiraient directement des Bureaux arabes. Un service cinématographique parcourait le bled en camion pour apporter le cinéma et les informations aux villages reculés (avec une dose de propagande il est vrai.). Partout où les unités combattantes avaient rétabli l’ordre, les SAS s’installaient. Dans le village un bureau ouvrait ses portes, avec un officier sans arme, coiffé du képi bleu des spahis, entouré d’une petite troupe de moghazinis, supplétifs algériens, flanqué d’une assistante sociale et d’un médecin. En 1962 il y avait plus de 800 SAS sur le territoire algérien.

Les objectifs fixés sont clairs :

– Rétablir le lien avec la population en langue arabe. Diffuser l’information dans la langue indigène.

– Établir des écoles, construire des routes, répondre aux besoins matériels et sanitaires de la population.

– Organiser les campagnes selon le système de l’auto-défense en s’appuyant sur l’élite indigène.

Les fruits étaient éloquents :

L’assistante sociale visite les familles, installe son bureau sur la place du village les jours de marché. Les consultations médicales gratuites se multiplient, passant de 20 000 par mois en janvier 1957, deux ans après le lancement des SAS, à 160 000 par mois en juillet de la même année, pour la seule région de l’Algérois.

Dans le domaine scolaire, alors que fin 1956 on ne comptait plus que 57 écoles du bled en Algérie, scolarisant 2000 élèves indigènes, beaucoup ayant été détruites par le FLN, elles sont 376 fin 1957, scolarisant 24 970 élèves. Pour assurer les cours, des conscrits volontaires sont détachés dans les écoles.

Concernant les infrastructures, dans l’Algérois, dans les seuls sept premiers mois de l’année 1957, 109 chantiers de routes sont ouverts, créant 4700 emplois indigènes.

Enfin, pour le volet de l’auto-défense, dans les villages, les notables demandent des armes, pour pouvoir se défendre au cas où l’armée partirait. Rapidement c’est chose faite et des petits groupes d’une vingtaine de villageois assurent la garde. Il n’y avait que 2000 harkis au service de la France en 1956, ils sont 30 000 fin 1957 et l’armée doit limiter les recrutements faute de moyens.

Pour le gouvernement par les populations elles-mêmes, notons que 1300 indigènes de toute origine faisaient partie des assemblées communales dans le seul Algérois à la fin 1957. La SAS, lorsqu’elle s’implantait dans un douar, avait pour premier objectif de rétablir l’autorité des chefs locaux et d’assurer les élections de conseils municipaux représentant indigènes et européens en proportion de leur poids démographique.

Un peu partout on crée également des écoles de filles avec une institutrice musulmane dévoilée, des consultations médicales et même des séances de cinémas pour les femmes. Les assistantes sociales parcourent les campagnes par groupes de trois, une chrétienne et deux musulmanes. L’enjeu est d’établir la confiance dans les foyers par les femmes et de libérer la femme musulmane. On vit, par endroits, des femmes brûler leurs voiles sur la place du village. Inutile de préciser que sous le gouvernement socialiste et laïc de l’Algérie indépendante elles le remirent vite.

Les effets des SAS sur la rébellion sont immédiats. Partout où les SAS s’installent, le FLN recule, la population pratique l’auto-défense et les renseignements affluent sur les fellagas, les caches d’armes, les réseaux d’entre-aide, etc.

Bien sûr, la guerre d’Algérie ne fut pas uniquement ce tableau idyllique. La torture fut une réalité, on le savait dès 1956, et on le sut de plus en plus après la guerre. Les déplacements de population étaient massifs selon la doctrine qu’il fallait « assécher le bocal du FLN ». A la terreur du FLN répondait, trop souvent, la terreur de l’armée. Pour tout dire, la politique des SAS arrivait un peu tard. Sans doute il eut fallu ne jamais interrompre l’action des Bureaux arabes. Mais l’Algérie ce fut également l’action des SAS, au service désintéressé et très risqué (faute d’armes) de la population. On doit le dire, on doit le rappeler.

Si quelqu’un a démérité en Algérie, c’est sans doute l’Etat, qui  n’a pas su prendre en main le destin des populations conquises par lui depuis 1830, mais ce n’est certainement pas l’armée.

En 1962 c’est encore le pouvoir politique qui abandonna à leur sort ces milliers d’Algériens qui, dans un ultime sursaut pour la paix firent confiance à la France. On ne sut jamais combien de harkis, d’institutrices arabes, de notables indigènes furent ignoblement massacrés par le FLN, abandonnés par l’armée sur ordre direct du Président de la République Charles De Gaulle. Les rares qui parvinrent à rentrer en France découvrirent la métropole derrière  les rouleaux de fil de fer barbelés de camps d’internement provisoires… Provisoires pour trente ans.

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2013/04/29/sas-en-algerie/#more-239

Sur le site de Riposte laïque, un grand entretien avec André Posokhow sur son livre "Retour sur le désastre de 1940"

  

Source cliquez ici

Riposte Laïque : Vous nous proposez de temps en temps quelques articles, notamment sur les données de l’immigration, que nous publions toujours avec plaisir. Avant de commencer cet entretien, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

André Posokhow : J’ai 75 ans. Mon nom est russe, russe blanc. Je suis né à Cahors dans le Lot, région à laquelle je suis très attaché. J’ai fait Sciences Po 40 ans avant sa dérive gauchiste. J’étais professionnellement expert comptable et commissaire aux comptes spécialisé dans le secteur semi-public et plus particulièrement le logement social avant qu’il ne devienne le logement ethnique. Homme de droite, je demeure très attaché à la notion de service public. J’étais marié et j’ai eu trois enfants. Je suis officier de réserve breveté para et mon premier engagement de patriote a été 20 ans dans la réserve militaire.

Je me suis intéressé aux problèmes de l’irruption migratoire depuis 2013 dans le cadre d’articles pour le site Polémia et à ce titre j’ai réalisé une étude sur le coût de l’immigration en 2014, étude qui mérite aujourd’hui d’être actualisée.

Féru d’histoire, je participe à des émissions de Passé Présent menées par Philippe Conrad à TVL dans un souci de réinformation face au contenu souvent politiquement correct ou simplement gauchiste de documentaires historiques passant à la télévision.

Je suis régulièrement invité au libre journal de la souveraineté, concept qui m’est cher, de Michel Leblay sur Radio Courtoisie, les deux dernières émissions ayant ciblé l’hégémonie allemande sur l’Europe et partant sur la France.

Enfin je participe activement à la lutte contre l’éolien industriel.

Vous venez donc de publier un ouvrage, recueil de plusieurs de vos articles, publiés sur différents sites ou revues, intitulé « Retour sur le désastre de 1940 », et sous-titré « Responsabilités et prolongations ». Pourquoi ce livre, quatre-vingts ans après les événements ?

le printemps dernier c’était effectivement le 80e anniversaire de cette terrible défaite qui nous a rayés du rang des grandes puissances mondiales. Je me suis trouvé en désaccord avec la présentation de certains de ces événements dans des articles, des revues historiques et des documentaires à la télévision.

Quelques exemples :
– la sanctification médiatique de Léon Blum ;
– le supposé défaitisme du général Weygand ;
– la prétendue victoire de Montcornet ;
– l’oubli des combats héroïques et désespérés de troupes françaises placées dans des situations désespérées comme à Dunkerque, Stonne, Rethel ;
– la confusion entre ce qu’est un armistice et ce que représente une capitulation, etc., etc.

Mais surtout ce qui m’a révolté, c’est concomitamment à la mise en cause des militaires, l’occultation des responsabilités du régime politique de l’entre-deux-guerres et de la nocivité de politiciens de cette période tels qu’Édouard Herriot, Léon Blum ou Édouard Daladier. Il ne s’est pas agi pour moi de m’en prendre au principe même de la République ni même à toute l’histoire de la IIIe République mais au régime idéologisé à gauche de l’entre-deux-guerres qui a accumulé fautes et erreurs dans les domaines économique, financier, diplomatique et stratégique sans parler du retard social, du déficit démographique et de la corruption d’une partie du personnel politique.

Après avoir écrit des articles plutôt tournés vers les événements militaires, j’ai souhaité rappeler la faillite immense de ce régime politique qui en a refilé l’ardoise à un syndic quasi centenaire en juillet 1940.

Cet article étant particulièrement long, Roland Hélie – que je remercie ici vivement – m’a proposé de l’inclure dans le petit fascicule dont nous parlons et qu’il a publié.

Vous êtes féroce, dans cet ouvrage, avec nos « alliés » anglais…

Dès 1919, les Britanniques se sont opposés à la France qu’ils ont considérée comme la première puissance d’Europe. Ils ont commis une lourde erreur sur le rapport de forces réel entre les deux puissances continentales et cela leur a coûté leur empire.

Appliquant la stratégie habituelle du Royaume-Uni qui consiste à jouer la puissance numéro 2 contre celle considérée comme la plus forte, leurs dirigeants, au début des années 30, ont poussé en faveur du désarmement de la France et de l’égalité des armements entre notre pays et l’Allemagne. Cela ne les a pas empêchés de conclure en juin 1935 un accord naval anglo-allemand sans nous prévenir et à notre détriment.

Ils ont pratiqué jusqu’en 1939 une politique d’apaisement qui, en réalité, a encouragé Hitler. À chaque occasion ils ont pris la posture d’arbitre et non d’allié. Munich, que l’on reproche tant à la France, a été, en vérité, une affaire anglaise menée par Neville Chamberlain.

Et puis, d’un coup, en mars 1939, ils ont retourné leur position et donné un blanc-seing à la Pologne, ce qui était exceptionnel dans leur propre histoire, en demandant au Gouvernement français un accord a posteriori. Il en résulta une déclaration de guerre au titre de laquelle, en septembre 1939, ils ont mis généreusement à la disposition du camp allié deux divisions alors que la France mobilisait sa population mâle.

Dès que les affaires ont mal tourné ils se sont, selon leur bonne habitude, dirigés vers la mer et se sont évacués en avertissant les Français après un délai prudent pour rembarquer les premiers.

Mai-juin 40 a coûté en 5 semaines environ 60 000 morts à la France. Sont tombés 3 500 Britanniques.

Une assistante à TVL m’a reproché de traiter les Britanniques de lâches. Que Cléo m’en garde. Leur Histoire montre qu’il n’en est rien et que leur grand courage au combat est tenace et efficace quand leur intérêt est en jeu. Mais ce sont facilement des lâcheurs.

La Grande-Bretagne est notre voisin. Nous devons faire affaire avec elle et confronter nos intérêts. Mais l’Histoire démontre qu’il ne doit y avoir aucun sentiment et que l’Entente cordiale n’a jamais été qu’une blague funeste.

Cette réflexion concernant notre histoire commune avec l’Angleterre au XXe siècle est valable pour notre relation avec L’Allemagne au XXIe siècle.

Riposte Laïque : Entre de Gaulle et Pétain, vous ne paraissez pas choisir entre celui qui est présenté comme le grand Résistant de la première heure, et celui qu’on accuse de collaboration, et de tous les maux. Pourquoi ?

L’un et l’autre ont rendu de grands services à la France et il me semble qu’ils ont été complémentaires mais pas au même moment.

Pour faire court, le Maréchal a arrêté la ruée allemande par l’armistice, il a préservé l’Empire et surtout l’Afrique du Nord et évité un ralliement militaire de la France à l’Allemagne malgré les pressions de celle-ci et les agressions britanniques contre la France. En Afrique du nord le général Weygand a recréé l’armée française en vue d’une reprise des combats. Mais dès 1941 l’État français a sombré.

Pour ce qui est de Charles de Gaulle, comme l’a écrit Bock-Côté, ce fut un général temporaire factieux et mégalomane qui, par son génie politique, fut le sauveur de la France et l’a assise à la table des vainqueurs.

Au bout du compte les deux ont échoué. L’un, Philippe Pétain, en ne partant pas à Alger en novembre 1942 et le général de Gaulle en quittant le pouvoir en 1946 sous la pression des partis comme le lui avait prédit Pierre Brossolette.

Ce fut alors le grand retour de tous ceux qui avaient manqué à la France avant 1939 : les Herriot, Blum, Cot, Raynaud, Thorez, Duclos etc. Alors que la IIIe République avait été honnie par la grande masse des Français, ces politiciens instaurèrent la IVe République, petite sœur de la précédente et responsable de 13 ans de guerres, de désastres et d’humiliations.

Ainsi, en 1946 les seuls vrais gagnants de ce désastre furent ceux qui en portaient la responsabilité en tant que gouvernants de la France. La querelle sans fin Pétain-de Gaulle a servi et sert toujours à faire oublier cette imposture.

Tout serait-il de la faute du Front populaire et de Léon Blum ?

Non, tout n’est pas de la faute du Front populaire qui a entrepris après les gouvernements Tardieu de 1930-31 de rattraper le retard social béant de la France. Mais, dernière législature de la IIIe République, il porte une lourde part de cette faillite. Les défenseurs du Front populaire invoquent les crédits importants accordés à la défense nationale en septembre 1936. Mais les désordres sociaux, l’échec économique, une mobilisation industrielle déficiente, le pacifisme et l’antimilitarisme déployés par les partis de gauche et, au fond, l’état d’esprit propre à cette législature ont eu pour conséquence un désarmement moral et un effort de réarmement tardif qui n’a réellement pris de l’ampleur qu’en 1938 après le départ de Blum.

Quels message voudriez-vous faire passer ? Oseriez-vous faire un parallèle, entre les années 1918-1940, et les années 1980-2020 ?

Le message, s’il y en a un, se trouve dans les réponses précédentes. Quant à se livrer au parallèle que vous évoquez, il convient d’être prudent.

Par exemple il est loisible de souligner dans les deux cas le poids de la médiocrité du personnel politique. Cependant il aurait été inimaginable sous la IIIe République qu’un chef d’État français, dans un état psychologique tout de même étrange, diffame et dénonce l’histoire de la France à l’occasion de chacun de ses déplacements à l’étranger. À ma connaissance, un seul des dirigeants de cette époque eut un problème de santé mentale, ce fut Paul Deschanel, président de la République en 1920 ; il fut vite écarté et mis au repos. Visiblement ce n’est malheureusement plus envisageable.

Les institutions politiques auront mal marché dans les deux cas, mais ce ne sont pas pour les mêmes raisons : régime d’assemblée excessif sous la IIIe République, exécutif trop puissant en 2021 avec un Parlement sans rôle réel du fait de tous les ajouts et modifications à la Constitution, pourtant excellente, de 1958.

Dans les années 30 le pouvoir des juges aurait été inimaginable et il n’y eu guère de tentative dans ce sens. Celui de minorités sexuelles ou autres aurait fait interner chez les fous celui qui y aurait prétendu.

Avant 1940 la France avait un Empire derrière elle, qui lui conférait une gloire et une puissance apparente importante. Je crois avoir compris que ce temps est révolu.

Entre les deux guerres la menace était ressentie comme essentiellement allemande. Aujourd’hui elle est multiple : Chine, Turquie, islam. Elle revêt des formes variées : l’impérialisme financier américain, et s’incarne dans le colonel Olrik des temps modernes : Georges Soros et ses mandants.

Dans les deux cas la France a été envahie. Cependant dans les années 30 ce n’était qu’une menace. En 2021, l’invasion a eu et a toujours lieu et se manifeste par une guérilla quotidienne.

Néanmoins il apparaît possible de tirer quelques leçons du parallèle dont vous parlez.

Un grand pays ne doit dépendre d’aucun autre. Il doit protéger sa souveraineté et son indépendance et n’accepter aucun licol comme celui de la gouvernante anglaise des années 30 ou du dollar de l’impérialisme américain.

Il devrait disposer de ses finances librement et en évitant l’intrusion de quiconque. Déjà altérée dans les années 30, cette souveraineté financière et monétaire n’existe plus.

Un pays comme la France doit développer, entretenir et renforcer sa puissance économique. Sinon, en cas de crise, il n’a pas les moyens d’y faire face. Ce fut le cas de 1936 à 1940 lors du réarmement et en 2020 lors de la pandémie.

Surtout sa puissance militaire doit faire l’objet de soins constants et de renforcements permanents. En 1936 l’absence d’une force de frappe puissante a permis à Hitler d’occuper sans coup férir la rive gauche du Rhin, marquant ainsi un avantage intérieur, diplomatique et stratégique décisif. En 2020 une frégate turque a pu « illuminer » un navire militaire français sans affronter une riposte.

Enfin il faut écarter toute idéologie : pacifiste et antimilitariste dans les années 30, gaucho-marxiste, écologique, racialiste, du processus de décision politique de notre pays. Comme l’a dit un grand chef d’État, seul l’intérêt national de la France et des Français doit prévaloir et doit guider les décisions et les actes de l’État.

Vous écrivez beaucoup sur l’immigration, et son coût. Quel est votre regard sur la politique migratoire d’Emmanuel Macron, et ses derniers propos, tenus au Rwanda et en Afrique du Sud ?

J’ai effectivement pas mal écrit sur l’immigration mais je souhaite surtout saluer les œuvres de Jean Yves Le Gallou, Laurent Obertone, Pierre Cassen, Malika Sorel-Sutter, Pierre Milloz, Michèle Tribalat et de bien d’autres.

Pour ce qui est de la politique migratoire de Macron, pour autant que l’on peut appeler ça une politique, il serait trop long de développer. Mais je me reconnais (sans le même talent évidemment) dans ce qu’exprime Éric Zemmour dans Face à l’info et Pierre Cassen dans ses vidéos quotidiennes y compris les accès de rage.

J’ajoute que pour répondre à un appel de Pierre Cassen lors d’une de ses vidéos quotidiennes, je considère que l’islam en France n’est pas qu’une religion mais surtout une idéologie totalitaire incompatible pour des raisons historiques et civilisationnelle non pas seulement avec la République mais avec la France.

Quant au coût de l’immigration, c’est effectivement un thème important auquel j’ai pas mal contribué et sur lequel je continue à beaucoup travailler.

L’échéance électorale de 2022 approche. Quel est votre regard, et voyez-vous un possible sursaut du peuple français, à travers cette élection ?

Je suis un peu pessimiste sur le résultat de l’élection présidentielle pour trois raisons.
– le système utilisera tous les moyens pour renouveler Macron sauf si celui-ci perd toute chance de gagner dans les neuf mois qui viennent du fait de ses erreurs et de son comportement ;
– le vote des banlieues ;
– le refus de MLP par une bonne partie de l’électorat de droite ce qui la conduirait, si elle était élue, à ne pas disposer d’une majorité parlementaire.

Je pense qu’il faut un choc et un homme comme pour la Grande-Bretagne : le Brexit et Johnson malgré tous ses défauts. Le choc aura-t-il lieu à l’automne ? Quant à l’homme, je ne vois que Zemmour qui pourrait rallier ceux qui, à droite, refusent le duel Macron/MLP, et ce malgré beaucoup d’avis contraires. Il est le seul à tenir des propos de chef d’État.

Je refuse d’adhérer à l’opinion qu’il est souvent possible d’entendre : c’est fichu, nous avons perdu, nous ne nous en sortirons pas, autrement dit la soumission houellbecquienne.
La situation est terrible, c’est vrai. Mais la France a connu l’époque du traité de Troyes, 1815 et les cosaques sur les Champs-Élysées, l’invasion et les famines à la fin du règne de Louis XIV, 1940 et la chute de la IVe République en 1958. Elle s’est toujours redressée.

Et puis, à mon avis, il ne faut pas oublier quatre choses :
– nous sommes encore plus nombreux que les intrus même si le dynamisme démographique est de leur côté ;
– les immigrés viennent pour une partie significative d’Europe. Ceux-ci ne seront pas de l’autre côté ;
– il en va de même d’une partie faible mais réelle de l’immigration des pays tiers. Ce sont les 10 % de Pierre Brochand ;
– enfin Maghrébins et Africains subsahariens feront-ils bloc ? Rien n’est moins certain.

Le vrai et tragique problème de notre pays est sa classe dirigeante : politiques, hauts fonctionnaires, journalistes, juges etc. affamés de trahison, de défaite, de soumission et d’humiliation. Ce sont également les milices gauchistes et racialistes du pouvoir macronien.

Riposte Laïque : Souhaitez-vous ajouter quelque chose, André ?

Oui. Puis je suggérer aux lecteurs de s’intéresser particulièrement à l’article de mon petit ouvrage sur le sauvetage des Juifs qui commente un documentaire à la louange de la France et des Français. Je devrais intervenir dans l’émission Passé Présent de TVL la semaine prochaine sur ce thème.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Pour acheter ce livre cliquez là

http://synthesenationale.hautetfort.com/

Michel, l’Archange impérial germanique

  

Sur les pèlerins et les combattants michaëliques dans l’histoire allemande

Mai 1945 : l’Allemagne est au fond de l’abîme. Le pays est en grande partie détruit. Des millions de soldats ont été tués au combat, sont portés disparus, sont prisonniers ou ont péri en fuyant les provinces de l’Est ou en en étant expulsés. Pour bon nombre d’Allemands, cette année fatidique signifie aussi l’effondrement de tout un monde spirituel. Beaucoup de catholiques allemands, qui suivaient alors scrupuleusement les étapes du cycle liturgique, ont tout de suite remarqué que les Alliés ont imposé la capitulation inconditionnelle de la Wehrmacht à la date du 8 mai. C’est le jour où l’Église fêtait l’apparition de l’Archange Michel dans les montagnes de Gargano en Apulie. Saint Michel, que beaucoup d’Allemands considéraient alors comme “l’Ange des Allemands” et l’honoraient à ce titre, se serait-il  détourné de son peuple, à l’heure fatidique où il était livré à des vainqueurs sans pitié ?

Dans la situation de guerre si critique de l’année 1945, certains avaient encore placé des espoirs en “l’Ange des Allemands”. Franz Führmann, originaire du Pays des Sudètes, national-socialiste qui passera après guerre au communisme, pour devenir un auteur à succès en RDA, nous rappelle dans son œuvre une scène étonnante : son père, national-socialiste convaincu,  avait intériorisé, lors des combats du Volkssturm, les conceptions religieuses contenues dans un Chant à Saint Michel du prêtre-poète autrichien Ottokar Kernstock :

« ... zieh voran dem Heere, es gilt die deutsche Ehre, St. Michael, salva nos ! »
(... marche en tête de l’armée,  car l’honneur allemand est en jeu, Saint Michel, sauve-nous !).

Franz Führmann rappelle que son père lui avait confié en 1945 son espoir : l’Archange ferait un geste en ultime instance pour sauver le Reich en perdition ; c’est en ces mots qu’il rappelle les paroles paternelles : « L’Ange des Allemands fendera le ciel de son épée et descendra pour sauver son peuple, à la dernière heure, au moment où la nuit sera la plus noire ».

Cet engouement allemand  pour l’Archange remonte loin, aux débuts du Moyen-Âge. Sur le Monte Sant’Angelo, dans les montagnes de Gargano en Apulie, l’Archange Michel serait apparu entre 490 et 493. Dans une grotte de la montagne, en cette région où avaient prospéré les cultes antiques, l’archéologie peut prouver des correspondances entre ces cultes païens et le culte ultérieur et christianisé de Saint Michel. Un sanctuaire michaëlien s’est établi là, qui attire encore les pèlerins de nos jours (et aussi les touristes...). Parmi les innombrables pèlerins qui ont porté leurs pas là-bas, nous comptons quelques empereurs allemands.

Les Empereurs pèlerins au Monte Sant’Angelo

Othon le Grand a escaladé la montagne dédié à l’Archange lors de son troisième voyage en Italie. Il avait tenu à remercier l’Archange car, en 955, il avait pu battre définitivement les Hongrois à Lechfeld près d’Augsbourg. Il avait préservé ainsi les peuples christianisés de notre continent de la peur des raids dévastateurs des Hongrois. Lors de la bataille, l’image de l’Archange avait été portée à l’avant, sur l’étendard impérial du Roi des Allemands. La victoire de Lechfeld, qu’emporta Othon et ses guerriers michaëliques, jetta les bases d’une rénovation complète de l’institution impériale en Europe de l’Ouest, portée désormais par les Allemands (Translation Imperii ad Germanos).

Le deuxième pèlerin impérial allemand à Gargano fut Othon III. En février 999, le jeune Othon, âgé de 19 ans, escalada la montagne pieds nus depuis la plaine jusqu’à la grotte, en empruntant des sentiers abrupts et caillouteux : une épreuve très douloureuse pour un jeune monarque délicat et sensible. Cet exercice de pénitence cadrait bien avec la religiosité exaltée et enthousiaste de cet empereur, surtout à un moment de l’histoire européenne où les esprits étaient hantés par l’idée d’une fin du monde : en l’an 1000, le monde devait s’écrouler, croyait-on, et, lui, l’Empereur romain-germanique aurait alors pour tâche de conduire la chrétienté dans son ensemble vers le Christ apparaissant pour prononcer le Jugement Dernier.

En 1022, Henri II se rend à son tour à la grotte de Gargano. En 1137, Lothaire III de Supplinburg se trouve à proximité du site michaëlien avec une armée allemande. Le 8 mai de cette année, le jour même où l’Archange serait apparu à Gargano auparavant, Lothaire parvient à battre les Normands et à leur arracher le castel solidement fortifié du Monte Sant’Angelo et, ainsi, à garantir la domination impériale-germanique en Italie du Sud.

Très probablement, l’Empereur Frédéric II Hohenstaufen aurait, lui aussi, visité le sanctuaire de la montagne dédiée à l’Archange. Frédéric, qui, selon les critères médiévaux, était un “libre-penseur” sur le trône impérial, a donc été fasciné par la grotte cultuelle, qui, rappelons-le, attire encore et toujours pèlerins et touristes.

Le culte de Michel, le guerrier qui terrasse Satan, est venu du Sud, par l’intermédiaire des Lombards qui l’ont transposé en Bavière, et de l’Ouest, par l’intervention des missions irlandaises et anglo-saxonnes, qui l’ont généralisé dans l’Empire franc. La caste guerrière des Lombards, peuple germanique, avait été vivement impressionnée par la figure lumineuse de l’Archange, vigoureux combattant contre le Dragon et maître dirigeant des batailles. Les Lombards s’élançaient au combat avec son effigie sur leurs étendards. Chez les autres peuples germaniques de l’Empire franc puis du Saint Empire Romain de la Nation Germanique, le souvenir d’Odin, maître dirigeant des batailles lui aussi, a sûrement facilité l’adoption du culte michaëlique.

L’histoire du culte de Saint Michel est une thématique extrêmement complexe ; quoi qu’il en soit, l’idée d’un “Ange des Allemands” s’est propagée en Allemagne aux XIXe et XXe siècles.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, de nombreux jeunes Allemands qui avaient, dans les organisations de la jeunesse catholique, appris de leurs aumôniers l’importance de Saint Michel, ont servi dans la Wehrmacht, portés par les vertus que représentait l’Archange : la bravoure et la fidélité dans la défense de la patrie. Ces vertus correspondaient à celles que l’on a toujours traditionnellement attribuées à l’Archange, patron des Allemands. En  septembre 1939, on pouvait lire dans un journal de l’Église catholique, dans le ton de l’époque :

« Toujours, quand des temps durs ont frappé notre peuple... lorsque l’âme et le corps du peuple ont tremblé sous les coups puissants du destin, alors, du fond du cœur du peuple allemand, une figure s’est dressée, qui, par décret divin, est l’ange protecteur de ce peuple, et, par suite, est intimement apparenté à l’essence la meilleure de ce peuple. Alors se dresse Saint Michel, flamboyant dans sa volonté de défendre le peuple qui est sous sa protection, avec son épée et son bouclier, le voilà lumineux à la tête des Allemands. Ceux-ci, alors, le suivent et, sous sa direction, partent vers le combat et la victoire ».

Le père jésuite Friedrich Muckermann qui, de son exil, avait durement combattu Hitler, parfois en se fourvoyant terriblement, voyait encore, après la guerre, en l’Archange Michel, “l’Ange des Allemands” : « Tous ceux qui ont lutté pour une Allemagne chrétienne, avant Hitler, et sous Hitler, mèneront encore ce bon combat après Hitler. Car telle est la Voie allemande ! Avec Dieu et avec Saint Michel ! ».

Dans les milieux protestants, la figure de “l’Ange des Allemands” était connue également. Ainsi, par ex., Bernt von Heiseler, qui appartient à la “génération du front”, publie un poème en 1957 dédié “À l’Archange Michel”. La dernière strophe dit :

« Hilf den alten Kampf bestehen
den dein Volk schon oft bestand,
Erzanfänglicher der Engel
Michael, bewahr dies Land ! »
(Aide-nous à soutenir l’antique combat
que ton peuple à si souvent mené,
toi, l’Ange des débuts immémoriaux,
toi, Michel, protège ce pays !).

► Manfred Müller. (article paru dans DNZ n°25/2001, Munich ; tr. fr. : Robert Steuckers)

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/48

NOS HÉROS VENDÉENS : Jean-Nicolas Stofflet. Ép. 4/7

La traite arabo-musulmane est volontairement occultée dans les mémoires de l’esclavage

  

Faut-il vraiment les insultes d’un Algérien proférée à l’encontre d’Africains et revendiquant la politique esclavagiste des arabo-musulmans à l’égard de l’Afrique noire pour que le grand public découvre cette vérité dérangeante que Christiane Taubira a voulu cacher en son temps ? Ben sûr que non ! Ceux qui veulent s’informer le peuvent et le Salon beige a maintes fois relayé des articles sur ce sujet (iciici ou encore ici).

Le Figaro a récemment publié une tribune de Marie-Claude Barbier Mosimann, maître de conférences honoraire à l’ENS Paris-Saclay, à ce sujet. Extraits :

En 2004, l’ouvrage de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, intitulé Les traites négrières, suscita bien des controverses. Il y montrait en effet qu’il existait non pas une mais trois types de traites négrières : la traite atlantique, la traite arabo-musulmane et la traite interafricaine qui alimentait les deux autres traites. Or ce livre sortait trois ans après le vote de la loi Taubira de 2001, qui reconnaît comme crimes contre l’humanité, la seule traite négrière occidentale, faisant des «blancs» les seuls coupables. Comme on ne pouvait pas en nier l’existence, Pétré-Grenouilleau fut accusé de hiérarchiser les traites pour minimiser la responsabilité occidentale puisque les chiffres donnés (respectivement 11, 17 et 14 millions) montraient que la traite transatlantique avait été la moins meurtrière.

La polémique s’intensifia quand, en 2005, il déclara au Monde qu’au «poncif raciste blanc – l’Occident civilisé face aux sauvages noirs – a succédé l’image tout aussi déformée de bourreaux uniquement blancs face à des Noirs uniquement victimes». Il fit, de ce fait, l’objet d’une plainte pour «diffamation publique raciale» et un collectif de Guyanais, Réunionnais, Mahonnais et Antillais l’attaqua au civil devant le tribunal de grande instance de Paris. Un collectif de 600 historiens se forma pour défendre la liberté des chercheurs, soulignant le sérieux du travail et mettant en garde contre une lecture sélective du passé. La plainte fut abandonnée. Notons que la polémique portait sur l’implication des Africains dans le processus de traite puisque plusieurs ethnies servaient de pourvoyeurs aux négriers.

En 2005, Jacques Chirac décida que le 10 mai, jour de l’adoption de la loi Taubira, serait désormais célébré comme «la journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition». Ce singulier amnésique ramenait la culpabilité sur le seul Blanc. Un an plus tard, à la veille de la célébration, interrogée par un journaliste de l’Express sur son silence concernant la traite orientale, Christiane Taubira déclara qu’il était préférable de ne pas évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les «jeunes Arabes» «ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes». Autrement dit, outre le mépris infantilisant de cette remarque, les enjeux du présent autorisent l’amnésie mémorielle.

Or, si la traite occidentale a duré 3 siècles, la traite arabo-musulmane, elle, s’est étendue sur 13 siècles. Dès les débuts de l’Islam, au 7e siècle, elle s’est répandue dans tout le Maghreb d’où partaient des caravanes qui traversaient le Sahara pour ramener des esclaves noirs de la côte subsaharienne. Tombouctou fut une plaque tournante de cette traite qui déclina au plus fort de la traite occidentale, avant de reprendre de plus belle après les abolitions en Europe. Avec l’extension de l’Empire ottoman en Afrique du Nord, traite et esclavage restèrent florissants et des villes comme Alger, Tunis ou Tripoli, offrant de grands marchés d’esclaves, alimentés par des raids terrestres et également maritimes puisque d’elles partaient les pirates barbaresques pour razzier des esclaves chrétiens sur les rives nord de la Méditerranée. La traite arabo-musulmane a concerné pratiquement tout le territoire africain au nord du Zambèze, se divisant en plusieurs volets : transsaharien, sahélien, nilotique, et le moins connu, la traite zanzibarite qui saigna à blanc toute la région des lacs à partir de Zanzibar (…)

Le bilan que l’on peut tirer de tous ces témoignages (ici très résumés), c’est la progression inexorable des traitants arabo-musulmans à l’intérieur de l’Afrique de l’Est à partir de 1850 avec, en corollaire, le dépeuplement des régions parcourues. Ils illustrent bien le constat de Pétré-Grenouilleau : «Au 19e siècle, alors que la traite atlantique disparaissait progressivement, les traites orientales prirent une ampleur considérable, drainant entre 4,5 et 6,2 millions de personnes hors de l’Afrique noire continentale. Pour répondre à la demande croissante, les traitants arabes, Swahilis ou Africains islamisés, non seulement ouvraient des routes vers l’intérieur, mais, de plus, ils créaient des stations, fixes ou temporaires à l’intérieur du pays, pour y entreposer et y accumuler un maximum de « prises », avant de les ramener vers la côte […] Ce scénario eut pour résultat la mise à sac de régions entières, jusqu’aux Grands Lacs d’abord, puis bien au-delà, le fleuve Congo constituant une des grandes voies de pénétration » (…)

Il ne s’agit nullement de dédouaner l’Occidental mais de montrer qu’il n’y a pas de raison historique d’en faire le bouc émissaire des malheurs de l’Afrique. La traite occidentale, partie émergée de l’iceberg, a duré moins de 3 siècles : elle a commencé à la fin du 15e siècle pour les Portugais, mais beaucoup plus tardivement pour la France puisque le premier bateau négrier, l’Union, partit de Nantes en 1707. Elle s’est terminée un siècle plus tard pour la France, qui, comme la plupart des autres nations européennes, a aboli la traite à la suite du congrès de Vienne de 1815.

La traite négrière arabo-musulmane en Afrique a duré, elle, 13 siècles. Elle a été qualifiée de «génocide voilé» par l’anthropologue sénégalais Tidiane N’Diane qui écrit : «Bien qu’il n’existe pas de degré dans l’horreur ni de monopole de la cruauté, on peut soutenir […] que le commerce négrier et les expéditions guerrières provoquées par les Arabo-musulmans furent, pour l’Afrique noire et tout au long des siècles, bien plus dévastateurs que la traite atlantique» (…)”

https://www.lesalonbeige.fr/la-traite-arabo-musulmane-est-volontairement-occultee-dans-les-memoires-de-lesclavage/

mardi 1 juin 2021

Un héros français : Vercingétorix

 

Nous sommes tous un peu mobilisés, après ces derniers événements douloureux. Que pouvons-nous faire ? Pas grand-chose, sinon notre devoir, à notre humble mesure. Voici pourquoi votre serviteur tentera, pour les mois à venir, de vous offrir de brèves notices biographiques sur des héros français, à lire et à faire lire, à partager avec vos amis et les membres de vos familles.

Il ne s’agira en aucune manière d’une légende dorée. Ces héros ont leur face sombre et leur visage de lumière, en mille nuances de grisaille. Ce premier portrait le montrera.

Mais nous croyons que c’est dans la connaissance de ces figures de l’histoire de France, avec leurs vices et leurs vertus, que l’on peut le mieux apprendre à aimer le pays en s’identifiant à lui par ces hommes si proches de nous.

La figure mythique de Vercingétorix est aujourd’hui méconnue. Son visage fut barbouillé, au XIXe siècle, de grandes tresses brunes et d’épaisses moustaches, d’un casque ailé et d’une longue épée celtique. Il apparaissait comme le héros idéal de la patrie française, spécialement après la défaite de 1870. Avec Jeanne d’Arc, il fit partie des convoqués au grand rassemblement de l’indépendance nationale.

Fils de chef, il était de ces aristocrates gaulois profondément hellénisés, liés à Rome par des échanges commerciaux fréquents, et en même temps véritables chefs de partie et maîtres des nations celtiques.

Lorsque débuta la guerre des Gaules, en 58 avant la naissance de Jésus Christ, que faisait Vercingétorix ? On ne le sait pas, mais on se doute qu’il était auprès de César. Les commentaires du général romain soulignent, à plusieurs reprises, une proximité originelle entre le noble arverne et Rome, comme c’était fréquemment le cas dans la chevalerie gauloise, ce qui ne signifiait pas qu’ils collaboraient avec l’envahisseur. La notion d’attachement à sa cité particulière était forte ; celle d’amour national était plus discrète.

Mais comme les autres cités gauloises, la nation arverne, dans l’actuelle Auvergne, était divisée entre le parti aristocratique favorable à Rome, et celui hostile à sa domination, souvent appuyé sur les petites gens. Vercingétorix appartenait au premier groupe, peut-on penser. Mais il n’oubliait pas que son père, Celtillos, avait été condamné à mort par les chefs arvernes, pour avoir brigué la royauté. Ses propres cousins avaient oeuvré contre son père, et ils dominaient maintenant le peuple arverne.

Est-ce par goût du pouvoir absolu ou par amour de sa patrie que Vercingétorix bascula dans la rébellion en 52 avant J.-C. ? Nul ne l’a écrit. Mais on peut supposer que les deux facteurs se mélangèrent.

Esprit fin et cultivé, sans doute vêtu à la mode hellène, comme le laisse supposer le profil apollinien que nous a légué la seule pièce de monnaie que nous ayons à son effigie. Il entra en révolte avec les hommes de son parti en authentique chef celte. Levant ses fidèles, faisant marcher à sa suite les pauvres sans aveux et en quête d’une pitance, il s’empara du pouvoir à Gergovie, capitale des Arvernes, fit chasser ses opposants et, chef cruel au milieu d’ennemis cruels, il exigea des otages de tous les peuples ralliés à sa cause, ceux-ci devant être mis à mort en cas de défection du peuple allié.

La guerre engagée, il la mena en homme formé à l’école de Rome, manœuvrant vite sur les excellentes routes de la Gaule, adoptant les formations de combat des légions et triomphant finalement à Gergovie. Orgueilleux et fanfaron comme nombre de chefs gaulois, il fut pourtant surpris par la robustesse des légions de César qu’il croyait vaincre dans leur retraite, à l’occasion d’une embuscade. De poursuivant il fut poursuivi. Nous connaissons la suite, avec le siège d’Alésia, l’échec désastreux de la tentative de libération par l’armée de secours composée des armées de toutes les cités de la Gaule, 200 000 hommes d’après César ; la mort lamentable des habitants de l’oppidum, rejetés hors des murs par l’infâme Critognatos pour économiser quelques jours de vivres ; et enfin la soumission de Vercingétorix, vaincu, déposant ses armes aux pieds du vainqueur.

Habituellement miséricordieux, César fit envoyer son prisonnier à Rome et, peut-être en souvenir de la trahison d’une ancienne alliance ou d’une amitié , il le fit étrangler au pied de l’autel de Mars, six ans plus tard, lors de son triomphe.

Ainsi mourut l’un des premiers grands chefs de guerre dont notre France ait gardé la mémoire.

Par sa vie et par sa mort, il fut l’exemple de la romanisation en marche du pays, avant même l’invasion de César. Ses relations diplomatiques illustraient la complexité de la vie politique composite de ce temps, entre pas moins d’une centaine de cités indépendantes. Mais son combat fut pleinement celui d’un Gaulois ; le dernier à avoir cherché la royauté, avant que Rome n’établisse son empire.

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2015/11/15/un-heros-francais-vercingetorix/#more-813

Aux grandes heures de la propagande politique : quand le Magden David s’alliait à la Croix gammée

 

Une histoire un peu oubliée aujourd’hui, même si les objets concernés furent alors courants car largement distribués.

1932 marque “le fond du trou”, la pire période économique en Amérique (et non pas la fin de la dépression comme on le lit trop souvent !)

Cette fameuse “grande dépression va se poursuivre et s’aggraver encore en 1933. On parle alors en Amérique de 20 millions de chômeurs. La moitié des banques du pays ont fait faillite…

L’heure est à la relance de l’économie, et, politiquement, 1932 est l’année de la campagne de Roosevelt.

Les réunions électorales se sont alors multipliées et tournent au prêche pour la « relance économique ».

C’est là que sont distribués aux participants des jetons de propagande, véritables supports publicitaires politiques, visant à mobiliser les troupes en vue de l’élection de Franklin Roosevelt et s’assurer de leur adhésion au (futur) New Deal.

La méthode sera payante : Roosevelt écrasera en novembre, aux élections, le président sortant Hoover (Républicain) par un score jamais vu (472 grands électeurs contre 59)…

La pièce ci-dessous est un de ces jetons de propagande politique distribué, en 1932 aux militants méritants.

C’est un symbole, sorte de “médaille commémorative » de l’acte fondateur de la nouvelle politique.

La conception et la réalisation en sont dues à Stewart, un homme d’affaire et industriel de l’Illinois qui s’est illustré au tournant des années 1900 dans les aciers spéciaux pour matériels de coupe et les divers types de tondeuses (à gazon, comme à poils et à cheveux !) avant de se spécialiser dans le petit électroménager (fer à repasser) et enfin de s’attaquer à la métrologie (jauges et compteurs) … Fort de 82 brevets d’importances diverses, il va se lancer dans une guerre titanesque contre son concurrent le plus direct Warner qu’il finira par absorber en 1912. La Stewart-Warner Speedometer Corporation fournira les jauges et les compteurs kilométriques de la Ford T. Le nom changera en 1929 pour Stewart-Warner Corporation qui continuera à fournir équipements automobiles et tableaux de bord jusque dans les années 60.

« Stewart – Warner », pris de plein fouet par la crise, s’investit beaucoup dans le clan démocrate et ce jeton/médaille est sa contribution à la dynamique de propagande mise en place dans l’entourage de Roosevelt en vue de son élection. (Son nom y figurant en bonne place, ces jetons sont aussi une formidable publicité pour l’entreprise !)

Avers : Stewart – Warner

” On arrête de pleurer

On se remet à acheter”

1932

Revers : “La fin de la dépression”

1932

Au centre : un empilement des symboles des supposées forces vives et susceptibles de développer la relance économique sur lesquelles peut s’appuyer le candidat président pour le New Deal :

  • Au sommet, l’œil maçonnique

– Surmontant le trèfle à 4 feuilles symbole des 4 aspirations du peuple celte (irlandais), composante ethnique essentielle du peuple américain (renommée, richesse, amour et santé)

– Posé sur la croix gammée (Warner est de souche allemande !) symbole de la nouvelle dynamique économique européenne allemande couronnée par les élections de 1932 d’Hindenburg qui va appeler Hitler au pouvoir.

– L’étoile de David est placée en fond, symbole de la base sur laquelle reposera le système et rappel de l’origine du (futur) président

Tout un symbole…

Pour comprendre l’importance de la « communauté » tant dans le domaine politique que financier dans l’entourage de Roosevelt, et la construction de sa campagne électorale, voir l’ouvrage de souvenirs du colonel Curtis Dall, le gendre de Roosevelt : « Franklin D. Roosevelt ou Comment mon beau père a été manipulé »– Ed. Sigest 2015.

Un livre interdit aux USA à sa sortie il y a plus de cinquante ans et jusque-là jamais traduit.

L’auteur dans sa préface note : 

« L’effet produit par une image vise à tromper l’innocent et le naïf, catégorie à laquelle j’ai trop longtemps appartenu. L’image vise à tromper délibérément et à orienter ses victimes sur des chemins prédéterminés, vers des destinations obscures et dangereuses. »

On ne saurait mieux dire de cette alliance, que certains jugeraient improbable, qui se manifestera pourtant en Europe pratiquement à la même époque à l’occasion du pacte germano-sioniste.

Le 7 août 1933 au ministère allemand de l’Économie, des représentants de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale ont signé avec de hauts fonctionnaires du Reich ce que l’on a appelé pudiquement l’accord de la haavara (du mot hébreu haavara qui signifie : transfert).

Il s’agissait, en effet, d’organiser le transfert vers la Palestine de capitaux que les Juifs allemands, candidats à l’émigration, souhaitaient emporter avec eux. Cet accord technique ne fut que le premier acte d’une étroite collaboration entre les sionistes et l’Allemagne hitlérienne.

(Voir « Le pacte germano-sioniste  7 août 1933» – Jean Claude Valla – Les Cahiers Libres d’Histoire n°4 – Ed. Dualpha)

https://www.egaliteetreconciliation.fr/Le-sionisme-et-l-exploitation-de-l-antisemitisme-30398.html

Dans le cadre de cette coopération, Kurt Tuchler, juriste juif et dirigeant de l’Association sioniste allemande, a contacté Léopold von Mildenstein, chef du département juif du SD (Service de sécurité nazi), et lui a demandé de venir rendre visite à la communauté juive de Palestine à l’occasion d’un voyage fait, avec leurs épouses pendant un mois, afin de permettre à von Mildenstein de découvrir l’implantation sioniste dans le pays.

A son retour, Léopold von Mildenstein a publié dans le journal « Angriff » (Attaque) une série de 12 articles au titre évocateur : « un nazi en Palestine »

A cette occasion, le journal a lancé une médaille commémorative et publicitaire :

Recto : « Un nazi va en Palestine » et verso : « … et le relate dans Angriff »

A cette époque clairement le monde juif entretenait les meilleurs rapports avec le nazisme et les symboles en coexistaient harmonieusement !

Claude Timmerman

https://www.medias-presse.info/aux-grandes-heures-de-la-propagande-politique-quand-le-magden-david-salliait-a-la-croix-gammee/116106/

À propos des révolutions

  

[Ci-contre : Boris Koustodiev, Le Bolchevique, 1920]

Les révolutions poursuivent de grands buts : l’affranchissement de l’homme de l’oppression et de l’esclavage. Ceux qui ont préparé la révolution étaient des hommes héroïques, capables de sacrifier leur vie à une idée. Mais une fois qu’elles ont triomphé, les révolutions détruisent la liberté, sans en laisser la moindre trace, elles s’en méfient plus qu’on ne s’en méfiait avant la révolution, et ses auteurs, une fois installés au pouvoir, deviennent féroces, cruels et se déshonorent en versant le sang humain.

Le révolutionnaire d’avant la révolution et le révolutionnaire tel qu’il se montre en pleine révolution apparaissent comme deux hommes différents, au point que le visage lui-même semble avoir changé. Les horreurs qui accompagnent les révolutions ne font pas partie des buts qu’elles poursuivent. Ces buts se réduisent à l’instauration du règne de la justice, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et d’autres grandes valeurs. Les horreurs ne sont inhérentes qu’aux moyens. Une révolution veut triompher à tout prix.

Or, le triomphe ne s’obtient que par la force, et la force se transforme facilement en violence. C’est dans leur attitude envers le temps que les révolutionnaires commettent une erreur fatale qui consiste à ne voir dans le présent qu’un moyen en vue de l’avenir considéré comme fin. Aussi se croit-on autorisé à user à l’égard du présent de violence et d’asservissement, de cruautés et de massacres, en réservant la liberté et l’humanité pour l’avenir, en transformant le présent en une vie de cauchemar, et en préparant pour l’avenir une vie édénique. Mais le grand secret consiste justement en ceci que le moyen est plus important que la fin.

Ce sont justement les moyens qu’on emploie, le chemin qu’on suit qui révèlent l’esprit dont les hommes sont animés. C’est selon la pureté plus ou moins grande des moyens et du chemin qu’on peut juger de la nature ou, plutôt, de la pureté de l’esprit. Cet avenir qui doit soi-disant voir la réalisation de buts si élevés ne viendra jamais, il ne sera jamais débarrassé des moyens dont on a usé pour l’édifier. La violence n’aboutit jamais à la liberté, la haine n’engendre jamais la fraternité, et la négation de la dignité humaine chez ceux à qui nous sommes hostiles n’aboutira jamais à l’affirmation générale de la dignité humaine.

Dans le monde de l’objectivation il se produit toujours, entre les moyens et les fins, une rupture qui ne peut se produire dans l’expérience authentique, dans le monde du subjectif. La fatalité d’une révolution consiste en ce qu’elle aboutit inévitablement, nécessairement à la terreur, qui équivaut à la perte de la liberté de tous et de chacun. Une révolution débute en pureté, elle proclame la liberté. Mais au fur et à mesure de son développement intrinsèque, et sous l’action de la fatale dialectique qui lui est immanente, la liberté disparaît, pour faire place au règne de la terreur. La peur d’une contre-révolution s’empare d’elle, et cette peur lui fait, pour ainsi dire, perdre la tête.

Cette peur augmente à mesure que la révolution remporte des victoires, et elle atteint son maximum lorsque le triomphe de la révolution est définitif. C’est là le paradoxe de la révolution, mais aussi, et peut-être dans une mesure plus grande, le paradoxe de la victoire en général. Le vainqueur, au lieu de se montrer généreux et humain, devient cruel et impitoyable, assoiffé de destruction. La victoire est une des choses les plus terribles dans ce monde. Malheur aux vainqueurs, et non pas aux vaincus. On pense également que les vaincus deviennent des esclaves, sans faire attention à un phénomène plus profond, celui des vainqueurs devenant esclaves. Le vainqueur est l’homme du monde le moins libre, il est un homme asservi, sa conscience est obscurcie.

La terreur est une des manifestations les plus basses de la vie humaine, conséquence de la chute de l’homme qui a perdu jusqu’à l’apparence humaine. Celui qui pratique la terreur cesse d’être une personne et tombe au pouvoir des forces démoniaques. Et je parle ici principalement de la terreur collective et organisée, pratiquée par ceux qui se sont emparés du pouvoir. La terreur est un produit de la peur, le triomphe des instincts d’esclave. Et elle comporte un monstrueux mensonge, elle ne saurait se maintenir sans le recours à des symboles mensongers. La terreur révolutionnaire et la terreur contre-révolutionnaire sont les deux faces d’un seul et même phénomène, et l’on peut dire que cette dernière est d’une qualité encore plus basse et moins justifiée.

La fatalité d’une révolution consiste en ce qu’elle porte toujours en elle le germe du césarisme, qui n’est pas autre chose que la tyrannie des masses. Toutes les révolutions ont fini par le césarisme, car la peur ne peut donner lieu à rien de bon. Le César, le dictateur, le tyran sont des enfants de la terreur et de la peur. Telles sont toutes les révolutions qui ne sont pas d’ordre spirituel, qui s’appuient sur le monde objectivé, c’est-à-dire sur le monde ayant perdu la liberté.

► Nicolas Berdiaev, extrait de : De l’esclavage et de la liberté de l’homme.

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/46

Les idées à l'endroit : "George Orwell"