dimanche 3 janvier 2021

Eoliennes : reportage sur le scandale d’Etat

 

La vidéo dure une heure… mais vous ne regretterez pas cette heure, qui montre, sur le cas précis des éoliennes, la cause de l’effondrement de la France : la connivence entre l’Etat et l’argent.

Sans oublier l’incompétence des responsables, malgré tout secondaire !

Entre le banquier Pompidou et le banquier Macron, les fondateurs de l’Ena qui avaient donné en 1945 à l’école la devise “servir sans s’asservir” doivent se retourner dans leurs tombes…

Gantois B.

https://www.medias-presse.info/eoliennes-reportage-sur-le-scandale-detat/138152/

De la religion des Romains 3/3

 La fonte de la statue de la déesse Virtus, évoquée par Del Ponte dans la conclusion de son livre, nous conduit à une considération amère : Rome ne connaîtra plus ni courage ni honneurs ; seul un visionnaire pourrait imaginer l'existence, encore aujourd'hui parmi ses contemporains, de la semence de ces hommes antiques, pratiquant au quotidien ces anciennes coutumes qui firent la grandeur de Rome.

Mais à l'approche du 1600ème anniversaire de la funeste bataille du fleuve Frigidus (près d'Aquilée), à l'extrémité du limes nord-oriental d'Italie, par laquelle se terminait l'histoire militaire de la Rome ancienne, et, où, pour la dernière fois, les images des dieux silencieux s'élevèrent sur le sommet des montagnes. Nous ne pouvons que retenir comme signe des temps,  le travail d'un homme d'aujourd'hui, qui écrit sur la vie de nos Pères, sur leurs Coutumes et sur leurs Dieux. Pères, Coutumes et Dieux qui furent les artisans de tant de puissance.

Ivo Ramnes, Vouloir n°142/145, 1998. (texte issu d'Orion, tr. fr. : LD)

Notes :

(1) Fustel de Coulanges, Numa-Denis (Paris 1830, Massy, 1889) : historien français, professeur aux Universités de Strasbourg et de la Sorbonne. Il étudia les principes et les règles qui régissaient la société greco-romaine en les ramenant au culte originaire des ancêtres et du foyer familial. La ville ancienne (cf. La Cité antique, 1864) est une sorte d'association sacrée, ouverte exclusivement aux membres des familles patriciennes. Parmi les autres œuvres de Fustel de Coulanges, rappelons l'Histoire des anciennes institutions politiques de l'ancienne France, 1875-79, et les Leçons à l'impératrice sur les origines de la civilisation française, posthume, 1930. Outre leur valeur historique, ces travaux ont assure à Fustel de Coulanges une place dans l'histoire de la littérature pour la clarté et la puissance du style (ndt).

(2) Momigliano, Arnaldo (Caraglio, Cuneo, 1908) : historien italien. Après avoir enseigné aux universités de Rome et Turin, il est, depuis 1951, titulaire de la chaire d'histoire ancienne à l'University College de Londres. Parmi ses plus importantes études citons : Philippe de Macédoine (1934), Le conflit entre paganisme et christianisme au IVe siècle (1933), Introduction bibliographique à l'histoire grecque jusqu'à Socrate, les essais publiés après 1955 sous le titre de Contributions à l'histoire des études classiques, et le volume Sagesse étrangère, 1975 (ndt).

* note en sus sur le rituel du printemps sacré : «  Le uer sacrum ne nous apparaît guère que comme une légende que les peuples sabelliens aimaient retrouver aux origines de leurs migrations : institution complexe, qui combinait, deux éléments distincts, la consécration à Mars du croît des troupeaux, et l'expulsion des jeunes en quête d'une nouvelle patrie, parfois sous la conduite d'un animal. Une fois seulement, le mythe se présente à nous, à Rome, dans le plein jour de l'histoire, non sans se dégrader au contact du réel. C'était en 217, après Trasimène. Le dictateur Q. Fabius Maximus, sur la recommandation des décemvirs sacris faciundis, voua un “printemps sacré”, tout de suite soumis au contrôle des pontifes, qui s'attachèrent à en atténuer les conséquences, l'attribuèrent à Jupiter, en limitèrent la portée à 4 espèces animales, énumé­rèrent les clauses d'exception. Mais c'est seulement 22 ans après, en 195, qu'on s'avisa de la nécessité de l'exécuter, après le triomphe de M. Claudius Marcellus sur les Gaulois. Caton était consul, et l'on peut aisément imaginer dans quels sentiments ce paysan romain, père des agronomes, d'ailleurs partisan de la mise en pâture des terres labourées, envisagea les responsabilités qui lui incombaient. Le uer sacrum, cette année-là, ne fut pas rite factum. Le pontifex maximus, P. Licinius Crassus, décida de le recommencer en 194 : animé d'un tout autre esprit que Caton, ce grand seigneur, ami de Scipion, au reste passé maître en droit pontifical, précisa que le uer sacrum s'étendait des Calendes de Mars aux Calendes de Mai. La première date rappelle le rôle joué par Mars dans la tradition primitive ; la seconde ne peut s'expliquer que par le souci de réduire à 2 mois les effets pratiques du vœu. Il se trouve, d'autre part, qu'à cette époque le calendrier officiel était en avance de 3 à 4 mois sur le calendrier solaire, en sorte que le uer sacrum de Crassus – décembre et janvier –correspondait à la période do l'année où, selon les traités de zootechnie antiques et modernes, les naissances, dans des étables disciplinées, étaient les plus faibles. Illustration tirée des faits, et corroborée par les textes, de la manière dont la religion romaine croyait s'assurer la pax deorum, par une application littérale des contrats qu’elle passait avec ses dieux. » (M. Heurgon, Les printemps sacrés dans les religions italique et romaine, communication à la séance du 21 mai 1955, “Bulletin de la société Ernest Renan” in Revue de l'histoire des religions n°149-1, 1956). 

Bibliographie :

Si vous n'en lisez qu'un :

  • Scheid (J.), La Religion des Romains, A. Colin, coll. Cursus, 1998. (Stimulant et clair ; approche thématique)
  • Champeaux (J.), La Religion romaine, Livre de poche, 1998. (Plus scolaire ; approche chronologique)

Pour approfondir :

  • Bayet (J.), La Religion romaine, Payot, 1956.
  • Dumézil (G.), La Religion romaine archaïque, Payot, 1966.
  • Le Glay (M.), La Religion romaine, A. Colin, coll. U, 1971.
  • Scheid (J.), Religion et piété à Rome, La Découverte / Albin Michel, 1985.
  • Turcan (R.), Rome et ses dieux, Hachette, coll. La vie quotidienne, 1998.
  • Duruy (V.), Histoire des Romains (éd. 1879-85)

Articles :

La vie religieuse à Rome jusqu'au début de l'empire (JR Jannot)

http://www.archiveseroe.eu/roma-a48671822

Napoléon et ses préfets

 Une histoire de la centralisation impériale.

     En annonçant, le 6 mai dernier, vouloir réformer le fameux millefeuille territorial par le redécoupage des Régions et la disparition des conseils généraux, François Hollande a lancé un chantier dont nul ne peut prévoir l’issue. « Les départements, ce sont nos racines républicaines », répliquait, au lendemain de la prise de position du chef de l’Etat, un cacique socialiste du Sud-Ouest. Une assertion confirmée, du point de vue historique, par Jean Tulard, grand maître des études napoléoniennes, et son épouse Marie-José, une juriste, dans un livre qui étudie la centralisation sous le premier Empire.
     Alors que la France d’Ancien Régime possédait une organisation territoriale d’une complexité extrême (pays d’états, pays d’élections, généralités, bailliages, sénéchaussées, paroisses, diocèses…), la Constituante, en 1789 et 1790, institue la commune, le district et le département. Le triomphe du jacobinisme, au cours de la décennie révolutionnaire, confirme ce système qui ne revêt son caractère pleinement centralisateur qu’avec la loi qui, sous le Consulat, instaure la nomination des maires par l’Etat et crée le corps des préfets et sous-préfets. Ce sont ces représentants du pouvoir central, dotés d’attributions étendues mais étroitement dépendants de Paris, qui permettent à Napoléon, à l’apogée de son règne, d’administrer 134 départements, chiffre explicable par le fait que des territoires belges, hollandais, allemands, suisses, italiens ou espagnols furent un temps de vrais départements de la France napoléonienne, au moins sur le papier.
L’ouvrage de Jean et Marie-José Tulard participe à la fois de l’histoire de l’administration française et de l’étude du système impérial. Il s’étend assez longuement sur les limites de la centralisation napoléonienne, exposant les défaillances qui résultaient des campagnes de l’Empereur, des difficultés de communication ou des carences de personnel.
     En conclusion, les auteurs s’interrogent sur la pérennité du modèle napoléonien, écorné notamment par les lois Defferre de 1982. Mais c’est pour aboutir à la conclusion que « la centralisation reste profondément ancrée dans nos moeurs ». Un constat que François Hollande ferait bien de méditer.

Jean Sévillia

Napoléon et 40 millions de sujets, de Jean et Marie-José Tulard, Tallandier, 404 p., 24 €.

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/napoleon-et-ses-prefets/

De la religion des Romains 2/3

 Une remarque au passage : alors que, dans le cas de Rome, nous possédons des certitudes substantielles quant à l'existance de son empire, même si elles sont parfois résolument ignorées par bon nombre de savants, dans le cas d'autres traditions — par ailleurs tout à fait respectables, comme celles qui directement ou indirectement proviennent de la Bible — on assiste à une démarche contraire : pensons seulement à l'Empire de David et de Salomon, pour lequel il n'existe que très peu de documents archéologiques, d'aucune nature que ce soit, et qu'aucun des quarante rois, depuis Saul jusqu'à Sédécias, n'a laissé la moindre trace tangible (voir à ce sujet l'excellente et très digne de foi — même pour le Vatican — Histoire et idéologie dans l'ancien Israël, de Giovanni Gabrini, éd. Paideia, Brescia, 1986).

Lares et Penates

La connexion entre feu-ancêtres-Lares et le culte public et privé constitue la thématique très intéressante du deuxième chapitre de l'ouvrage de Del Ponte, où l'auteur nous démontre qu'il est un détective sage et attentif, capable de recueillir des finesses qui ne sont pas toujours perceptibles de premier abord. Lares et Penates, que l'on a confondu dans le passé sur le plan conceptuel, y compris chez des auteurs éminents trouvent, dans l'analyse détaillée de Del Ponte, une définition meilleure et plus exacte, tant du point de vue rituel que théologique. L'auteur repère dans les dieux Lares  « l'essence spirituelle du foyer domestique », correspondant à la « mémoire religieuse des ancêtres », ces derniers étant perçus aussi comme « l'influence spirituelle » des habitants antérieurs d'un lieu et, par conséquent, comme les « gardiens de la Terre des Pères » (pp. 62-63) ; dans les Penates, véritables divinités, il faut par contre reconnaître une nature essentiellement céleste  et propice à un groupe familial au cœur duquel on transmettait le culte de père en fils, tant et si bien qu'ils étaient considérés comme « les dieux vénérés par les pères ou les ancêtres ».

Un autre chapitre extrêmement intéressant, qui nous aide à mieux comprendre la sensibilité religieuse des Romains et leur approche du domaine du surnaturel, est consacré aux indigitamenta :  il s'agit de listes consignées dans les livres pontificaux « contenant les noms des dieux et leurs explications ». Noms de dieux qui, comme l'observe à juste titre l'auteur, « se réfèrent aux grands moments, ou rites de passage (...),  indispensables à tout homme et à toute femme au cours de la vie et qui, justement à cause de leur complexité, nécessitent un instrument divin particulier. Ces moments de la vie sont : a) la naissance, avec les moments critiques qui la précèdent et qui la suivent ; b) la puberté, avec tout ce qui précède et qui suit ; c) le mariage ; d) la mort » (pp. 78-79).

Cette “sacralisation de chaque manifestation de la vie” est aussi une source de vie pour l'État romain et il est donc assez significatif de noter que le livre explicite 2 idées-phare :

  • 1) la pax deorum (c'est-à-dire le rapport qui s'est créé avec les dieux au moment précis de la fondation de Rome, avec le pacte conclu par Romulus et pleinement approuvé par Numa Pompilius, pacte impliquant un équilibre subtil, condition indispensable à la réalisation de l'imperium sine fine promis par Jupiter à Énée et ses successeurs)
  • 2) l'identification des constantes dans les vicissitudes millénaires et sacrées de Rome.

Ces deux idées-phare viennent inévitablement se fondre avec précision dans l'étude sur le Collège Pontifical, et en particulier sur la figure “antithétique” du Souverain Pontife.

Le rôle de Vettius Agorius Praetextatus

C'est vraiment très captivant de reparcourir l'histoire de ces prêtres qui voulaient, savamment et avec prévoyance, lire dans le futur en défendant et en gardant jalousement, depuis les temps immémoriaux de Numa à ceux extrêmes de Symmaque, les anciens rites, sans jamais les déformer et en adaptant, en l'occurrence, les nouveautés à travers l'intervention régulatrice du Collège des Quindecemvirs, afin qu'elles ne vinssent pas perturber la pax deorum, en portant atteinte à l'État. Elles représentent donc des fonctions vitales, développées par le Collège, mais qui dérivent très probablement, affirme justement Del Ponte, « des stratégies religieuses et politiques qui débouchèrent sur des transformations radicales de l'État romain au Ier siècle de la République » (pp. 153-154) ; des stratégies conçues et mises en pratique par des groupes de l'ancienne aristocratie qui furent, plus tard, constamment présents (aussi parmi les Augustes) au fil des siècles, tant et si bien que même quand le grand pontificat fut assumé par un homme nouveau, issu de la plèbe (T. Coruncanius), la très haute qualification de cette éminente figure sacerdotale ne fit pas défaut.

Dans ce sens, nous nous permettons d'articuler l'hypothèse suivante : l'intervention du pontife et quindecemvir Vettius Agorius Praetextatus (en fr. Prétextat) — qui eut un rôle de modérateur lors des événements tragiques qui déterminèrent l'élection du Pape Damase Ier — était dictée, outre les exigences d'ordre publique, par ses propres prérogatives, qui lui permettaient de réglementer un culte étranger (chrétien en l'occurrence) qui n'était plus considéré comme illicite. Très vraisemblablement, à cette époque (IVe-Ve s.) les bases furent jetées, qui acceptaient et organisaient, sous une autre forme, la survie de l'antiqua pietas. Aujourd'hui nous ne pouvons plus percevoir le mode d'expression de cette antiqua pietas. Les bases établies par Vettius Agorius Praetextatus remplissaient une fois de plus le devoir primordial, sacré et institutionnel, confié au pontificat par l'auctor Numa Pompilius, dès l'aurore de l'histoire de Rome.

À suivre

De la religion des Romains 1/3

 Analyse : Renato dal Ponte, La religione dei romani : la religione e il sacro in Roma antica (La religion des Romains : La religion et le sacré dans la Rome ancienne), Rusconi, Milan, 1992, 304 p., 12 ill.

Au cours de ces dernières années, on a assisté indubitablement à un intérêt accru pour le monde romain, grâce surtout à la nouvelle école archéologique italienne, qui a su « jeter les bases d'une confrontation entre les données de la tradition littéraire (reconsidérées systématiquement) et la situation topographique et archéologique, réexaminée pour obtenir des contextes chronologiquement et fonctionnellement homogènes » (F. Coarelli, Il Foro Romano, periodo arcaico, Rome, 1983, p. 9).

Un effort analogue pour une coordination interdisciplinaire, peaufiné par la méthode traditionnelle, sollicité à plusieurs reprises par Julius Evola lui-même, imprègne le livre du Professeur Renato Del Ponte, paru il y a 6 ans chez Rusconi. Ce livre ranime l'intérêt parmi les spécialistes, les amateurs ou tout simplement parmi tous ceux qui ont le sentiment que leurs racines n'ont pas été définitivement coupées.

Après le considérable succès obtenu par Dei e miti italici (Dieux et mythes italiques, 1985, réédité une première fois en 1986, remis à jour et amplifié en 1988), où l'auteur sondait les origines du monde religieux italique ; après la Relazione sull'altare della Vittoria di Simmaco (Essai sur l'autel de la Victoire de Symmaque, éd. Il Basilico, Gênes, 1986), où l'auteur se penchait sur une des périodes historiques les plus tourmentées et les plus riches en conséquences pour Rome, pour l'Italie et pour tout l'Occident, voici donc un livre qui nous parle de la “Ville des Dieux”. Il est rare de découvrir une œuvre qui, comme celle-ci, est capable d'affronter le monde religieux romain de façon très rigoureuse, aussi bien pour ce qui est de la recherche documentaire que sur le plan déductif, libérée d'une certaine mentalité académique qui, aujourd'hui, du moins en Italie, paraît vide, approximative et même grevée de “déjà-vu”.

C'est un livre qui s'adresse à un public averti, pas tellement pour le style, toujours élégant et agréable, mais plutôt pour l'originalité de la thématique qui, comme l'auteur le suggère, implique un changement de mentalité, un « changement intérieur, une sensibilité spécifique pour pouvoir capter et comprendre les constantes du monde religieux romain ». Les sources classiques prédominent, car elles sont clairement incontestées, mais l'auteur consacre un espace important aux études les plus récentes, surtout dans le champ archéologique et philologique ; il les confronte toujours ad fontes, n'épargnant pas les critiques, les distinctions subtiles et les précisions, même face à des savant de la taille d'un Georges Dumézil, mais amicus Plato, sed magis amica veritas !

Une intuition de Fustel de Coulanges

Le livre jouit d'une excellente présentation éditoriale (en jaquette, une photo inédite d'un des Dioscures de Pompei), garnie d'illustrations souvent très rares ; il contient 5 chapitres, 4 tables et 2 annexes (avec, par ex., les listes des Souverains Pontifes connus), en plus d'une bibliographie générale et de 5 index de recherche aussi minutieux que précieux. Une indispensable introduction (« Les Origines ») sur la préhistoire des populations latines de souche romaine et sur les printemps sacrés* (uer sacrum), bien retracés dans le tableau récapitulatif en tant que mises en scène ritualisées des anciennes migrations des peuples indo-européens qui, par la suite, s'installèrent en Italie.

Cette réminiscence des “printemps sacrés” nous emmène à envisager l'éventualité d'un printemps sacré primordial, où une tribu est partie de la mythique “Alba” pour aller former les premières implantations dans les sites où, plus tard, naîtra Rome. Quant à la formation de l'Urbs, l'auteur, très opportunément, insiste sur l'acte juridique religieux (La ville qui surgit en un jour) ; cette option pour l'acte juridico-religieux constitue une polémique contre les tenants de l'école positiviste/évolutionniste, enfermés dans leur conservatisme obtus. Del Ponte se réfère ainsi partiellement aux heureuses intuitions d'un Fustel de Coulanges (1), qui sont confirmées par les toutes dernières découvertes archéologiques.

Del Ponte fait allusion à la découverte, dans l'aire sud-occidentale du mont Palatin, pendant les fouilles dirigées par le Prof. Pensabene, du lieu exact où la Tradition situait la casa Romuli — la maison de Romulus — qui, à l'époque historique, avait la forme d'un petit sanctuaire (probablement un sacellum)  près duquel on a trouvé les traces (Cass. Dio XLVIII, 43, 4) d'un sacrifice consommé par les pontifes en l'année 716 de Rome (38 av. JC), à la veille de la restauration d'Auguste. Le fait que la résidence d'Auguste fut toute proche de ce lieu vénérable n'est pas un hasard. Naturellement aucune publicité tapageuse n'a accompagné la nouvelle de cette découverte extraordinaire qui, paradoxalement, a été signalée en avant-première par le New York Times. Plus tard seulement, et probablement de façon détournée, la presse nationale italienne a signalé l'événement sans tambours ni trompettes.

Évidemment, pour certains, il est plus rassurant de réduire tout ce qui se réfère à Rome à un simple mythe, au point de refuser même la réalité des données archéologiques et de leur préférer la position arbitraire d'un Momigliano (2), qui semble vouloir faire de l'archéologie romaine “anti-fasciste” dont anti-romaine puisque le fascisme s'est réclamé de Rome. Pourtant Momigliano est un archéologue patenté, il ne peut bénéficier de circonstances atténuantes. Il va jusqu'à définir comme « tristement notoire » (sic) l'inscription de Tor Tignosa en hommage à Énée (cf. A. Momigliano, Essais d'histoire de la religion romaine, édit. Morcelliana, Brescia 1988, p. 173). Qu'y a-t-il de triste ou d'affligeant dans une trace archéologique antique, rendant hommage à Énée ?

À suivre

Pour ne pas oublier ce que fut la terreur rouge :

Dès le mois de décembre 1917, la révolution bolchevique instituait la forme la plus terrifiante et la plus systématique de répression. Lénine en confia la direction à l'aristocrate polonais Félix Dzerjinski. Pendant plus de 70 ans, cet organe de pouvoir, la Tcheka d'une violence sans limites, littéralement terroriste, ne fit que changer de nom : Guépéou, NKVD, KGB.

Et tout au long de son histoire, l’URSS exporta ses méthodes inchangées et impunies dans tous les pays communistes, de l’Allemagne de l’Est jusqu’en Chine.

Ce livre comprend :

• Terreur rouge et théorie révolutionnaire • par Jean-Gilles Malliarakis : les bases doctrinales de la dictature de l'appareil du Parti, au nom du Prolétariat. Comment Lénine, disciple de Karl Marx et de Engels, s’affirme comme héritier de la Terreur jacobine. Ses nostalgiques, de Buonarotti à Blanqui, influenceront à leur tour les révolutions du XIXe siècle, jusqu'à la théorisation par Marx et Engels, et la mise en œuvre par Lénine.

• Terreur rouge, pratique révolutionnaire • par Charles Culbert : la logique du système, matrice du totalitarisme au XXe siècle. Les crimes communistes, lois d'être des excès momentanés se révèlent les conséquences invariantes du projet lui-même. Le prototype soviétique se retrouve ainsi sous toutes les latitudes. • Les Documents Tchernov diffusés dès 1922 en occident montrent le caractère total du système répressif.

La terreur rouge, théorie et pratique, Jean-Gilles Malliarakis et Charles Culbert, Editions du Trident, 2020, 230 pages, 20 euros franco.

Pour le commander cliquez ici

Noël, fête immémoriale en Europe par Robert STEUCKERS

   

Europe Maxima souhaite à ses lecteurs de passer de joyeuses fêtes de Solstice et de Noël 2020

La sédentarisation des tribus en Europe, et ailleurs dans le monde indo-européen, implique l’émergence définitive de l’agriculture et donc l’obligation pratique de tenir compte des saisons et d’observer le rythme de l’astre solaire. Les hommes vivront dans notre continent septentrional au rythme d’une liturgie. La liturgie est de fait le fondement le plus solide de la religion : nul autre livre ne l’explique mieux que celui de David Herbert Lawrence, intitulé Apocalypse. L’année est de fait un cycle où l’on trouve un point le plus bas (et le plus froid) et un point le plus haut (le plus chaud). Ce sont les solstices : l’un, estival, annonce pourtant le déclin du soleil; l’autre, hivernal, annonce son retour, le triomphe de la vie sur la mort de la nature, qui avait commencé avec les premiers frimas de l’automne.

Le solstice d’été est une fête triste pour nos ancêtres, qui s’affairaient à rentrer les récoltes, à faire des conserves pour la saison froide. Le solstice d’hiver, en revanche, est une fête joyeuse, où l’on consomme dans la joie, où l’on offre des mets et des cadeaux, où l’on promet, à ses proches, gentillesse et affabilité.

Les festivités solsticiales de l’hiver ont été célébrées depuis des temps immémoriaux : ce furent les premiers rites romains des Saturnales, qui finirent par avoir mauvaise réputation mais qui, au départ, avaient le sens de la mesure et de la tenue. Dans le Nord de l’Europe, on célèbre notamment Iduna, déesse de la jeunesse et de la fertilité, des fruits et des pommiers, qui pourra à nouveau s’épanouir grâce au retour du Soleil. Parallèlement à ces cultes d’Europe du Nord et du Sud, la période de l’Empire romain a également connu l’existence d’une fête solsticiale mithraïque, apportée sous nos latitudes par les cavaliers sarmates engagés dans les légions romaines.

Le christianisme primitif, issu de traditions sémitiques où de tels cultes avaient disparu, entendait mettre un terme aux Saturnales et, plus tard, aux rites liés au retour certain de la fertilité en Europe du Nord. La Bible ne parle jamais de « solstice », terme signifiant étymologiquement l’« arrêt du Soleil », sauf dans Josué, 10, v. 12 à 14. Yahvé arrête la course du Soleil pour que les Hébreux puissent massacrer leurs ennemis les Amorites. La règle générale est donc une hostilité rabique à l’encontre des traditions païennes européennes, à l’instar de ce que manifestent aujourd’hui les témoins de Jéhovah ou les salafistes radicaux, qui aiment à perturber les festivités de Noël dans nos villes, en adoptant un comportement agressif, contraire à la mansuétude que nos traditions veulent que nous manifestons.

L’impossibilité d’éradiquer les festivités solsticiales ou leurs rituels transposés dans la pratique des masses christianisées contraint les premiers théologiens chrétiens à la souplesse, surtout parce que le culte de Mithra, véhiculé par les légions de Rome, risquait bel et bien de les supplanter. C’est la raison pour laquelle les conciles finissent par fixer la date de la naissance du Christ au 25 décembre, date de la principale fête mithraïque. La même tolérance vaut alors pour tous les symboles utilisés par la coutume, telles les garnitures faites de feuilles de houx, de branches de sapin, etc. autant d’éléments végétaux vus comme impérissables et, par conséquent, liés à la pérennité de la vie.

Les princes et les rois, eux aussi, n’ont jamais renoncé aux rites traditionnels immémoriaux des peuples européens, même quand ils utilisaient la puissance de l’Église pour consolider leur pouvoir. Le jour de Noël, ils offrent des banquets; dansent, distribuent des aliments aux miséreux et choisissent le 25 décembre pour se faire couronner et commencer leur règne, en le plaquant sur le début d’un nouveau cycle solaire. Ainsi, Charlemagne se fait couronner Empereur le jour de Noël de l’an 800. Ces banquets, jeux, danses et saynètes seront vus d’un mauvais œil par les théologiens sourcilleux mais rien n’y fera : ils seront maintenus. Quand les saynètes étaient dans le collimateur des théologiens les plus fanatiques, elles ont été remplacées par des mises en scènes figées, faites de figurines sommaires qui donneront à terme les santons de nos crèches.

Noël est donc une christianisation des Saturnales, des rites agraires de toute l’Europe et du culte de Mithra. L’Église, ne pouvant éradiquer ces cultes, va plaquer sur les journées qui suivent les solstices deux fêtes de sa propre liturgie : celle de Saint Jean-Baptiste (le 24 juin) et celle de Saint Jean l’Évangéliste (le 27 décembre). Le 24 juin donnait lieu, dans les campagnes, à des brèves festivités solaires, consistant souvent à lancer du haut de monticules des roues enflammées, lesquelles amorçaient donc un mouvement descendant comme le soleil qui commençait à perdre de sa vigueur. Le 27 décembre, la fête de Saint-Jean d’Hiver annonce la Bonne Nouvelle, comme le sont les Évangiles, dont celui du disciple préféré du Christ. L’annonce de la Bonne Nouvelle par le plus jeune des disciples du Christ est assimilée au retour victorieux du Soleil, astre invaincu, comme disaient les Romains.

En France, récemment, le philosophe en vogue Michel Onfray, qui se pose comme non chrétien et anticlérical, a produit une excellente vidéo montrant que la religiosité populaire a toujours fait l’équation entre le Christ (plus pantocrator que souffrant) et les cultes solaires immémoriaux : les chœurs des églises reçoivent les rayons du soleil sur le maître autel le jour du solstice d’été, les coqs de métal surmontent les clochers parce que le coq est l’animal qui annonce chaque matin le lever du Soleil.

Dans les pays catholiques, cette fusion des cultes agraires et christiques n’a que rarement fait problème mais, avec l’avènement de filons fanatiques lors de la Réforme, surtout dans les territoires soumis au calvinisme et aux presbytériens, les fêtes de Noël sont interdites; ce fut le cas en Écosse en 1583 et en Angleterre en 1642, quand les puritains de Cromwell tinrent provisoirement le haut du pavé. Sous Cromwell, les Anglais avaient l’obligation de travailler le 25 décembre. Les sectes protestantes, qui animent encore et toujours le Deep State des États anglo-saxons, ont tout de même vaincu d’une certaine manière car les festivités de Noël se sont, depuis lors, repliées sur la sphère privée et familiale, n’ont plus eu vraiment droit de cité sur les places publiques. L’offensive généralisée des milieux protestants et salafistes, sionistes chrétiens et sectaires, contre la fête de Noël prend aujourd’hui une tournure inattendue : l’expression de leur radicalisme iconoclaste est désormais la pratique économique du néo-libéralisme, qui tente de garder ouverts les supermarchés jusqu’à la dernière minute avant la veillée de Noël, tente de supprimer les fêtes du calendrier liturgique (immémorial ou chrétien). Un bel exemple de ces efforts pour détruire définitivement nos traditions les plus belles et les plus innocentes est bien, de nos jours, la France de Macron, créature des Young Leaders néo-libéraux qui prennent leurs modèles et leurs ordres dans les officines du Deep State aux États-Unis. Ce néo-libéralisme macronien est couplé au voltairianisme persifleur du filon laïque et révolutionnaire à la française, qui est un avatar particulièrement pervers des volontés éradicatrices toujours à leur œuvre de destruction dans l’histoire : Notre-Dame a brûlé, pas une semaine ne se passe sans qu’une église ou une statue mariale ne soit détruite par le feu ou à coups de maillet, les crèches sont interdites par une flicaille particulièrement brutale : le travail des théologiens du Bas-Empire, des presbytériens, des puritains de Cromwell, des sans-culottes fanatiques et des djihadistes salafistes (alliés objectif du pouvoir en place) est bel et bien parachevé dans les anciennes provinces gauloises de l’Imperium Romanum.

Robert Steuckers

• Article rédigé pour la revue Cultura Identità (Naples) d’abord mis en ligne sur Euro-Synergies, le 17 décembre 2020.

http://www.europemaxima.com/noel-fete-immemoriale-en-europe-par-robert-steuckers/

samedi 2 janvier 2021

Il y a 800 ans, Saint Louis

 Comment gouverner en sauvant son âme.

     Il y a exactement huit cents ans, le 25 avril 1214, le futur Louis IX voyait le jour à Poissy. Celui qui deviendrait Saint Louis reste une des plus prestigieuses figures de notre histoire. Est-ce parce qu’il était roi et qu’il a été canonisé que la République laïque se montre si timide quand il s’agit de célébrer l’anniversaire de sa naissance? Les historiens, en tout cas, n’ont pas de ces pudeurs.

On se rappelle qu’en 1996, Jacques Le Goff, qui vient de disparaître, avait publié une biographie de Saint Louis qui avait d’autant plus marqué les esprits qu’elle était l’œuvre d’un médiéviste républicain et libre-penseur. Paraît aujourd’hui, de même, un ouvrage qui s’attaque à une facette du règne de Saint Louis du strict point de vue de la science historique, et le fait en termes particulièrement savants. Il ne faut donc pas s’arrêter aux tableaux, croquis et cartes de l’ouvrage, mais le lire en sachant qu’il ouvre des perspectives nouvelles sur l’exercice du pouvoir sous la monarchie capétienne.

     Normalienne et agrégée d’histoire, Marie Dejoux a soutenu en 2012 un doctorat sur les enquêtes de Saint Louis, thèse dont est issu ce livre. Que sont ces enquêtes? En 1247, avant de partir pour la croisade, le roi fait mener par des religieux une grande enquête à travers le royaume afin de relever quelles fautes auraient pu être commises par ses agents ou ceux de ses prédécesseurs, de ­déterminer quelles sanctions devaient être ­prises contre ces mauvais serviteurs de la couronne, et d’étudier quelles réparations pourraient être décidées en faveur des personnes lésées. Cette méthode, peu ou prou, sera maintenue et pratiquée jusqu’à la fin du règne, environ dix mille doléances alors présentées nous ayant été conservées. Ce qui revêtait initialement une portée morale, ­visant à la purification du roi et de la  royauté avant la croisade, deviendra par conséquent une ­méthode de gouvernement et de communication : les envoyés du roi faisaient savoir qu’il était juste et bon, ce qui légitimait d’autant plus l’obéissance qui lui était due, a fortiori dans les provinces ­nouvellement conquises. Ce que montre par conséquent ce livre, c’est la conjonction, au XIIIe siècle, du processus de formation de l’Etat avec l’affirmation de la foi ­chrétienne. Edifiant.

Jean Sévillia

Les Enquêtes de Saint Louis, de Marie Dejoux, PUF, 476 p., 27 €.

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/il-y-a-800-ans-saint-louis/

Sœur Bernadette, la miraculée de Lourdes

 Le 11 février 2018, Mgr Benoit-Gonin, évoque de  Beauvais, annonçais la reconnaissance du 70e miracle attribué à l’intercession de Notre Dame de Lourdes, le jour même où l'Église la fête.

Par un mandement officiel (document juridique du droit canonique), il explique : « observant que ladite guérison fut soudaine, instantanée, complète, durable et "reste inexpliquée selon l'état actuel de nos connaissances scientifiques " observant les liens étroits entre la démarche de pèlerinage effectuée par sœur Bernadette Moriau, à Lourdes, et cette guérison, nous déclarons le caractère "prodigieux-miraculeux" et la valeur de "signe divin" de la guérison de sœur Bernadette Moriau, obtenue par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Notre-Dame de Lourdes. »

Qui est la miraculée ?

Sœur Bernadette Moriau est originaire du Nord de la France née en 1939, au sein d'une famille nombreuse, modeste et pratiquante - ses parents sont membres du tiers-ordre franciscain -, elle rentre à 19 ans dans la congrégation franciscaine du Sacré-Coeur de Jésus. Au sein de cet ordre hospitalier, elle devient infirmière mais ressent les premiers effets de sa maladie dès l'âge de 27 ans. Affligée d'une « atteinte pluriradiculaire des racines lombaires et sacrées », communément appelée « syndrome de la queue de cheval », elle entame alors une vie de souffrance, ponctuée d'opérations et de séjours à l'hôpital, tandis que la maladie gagne du terrain, la paralysant peu à peu. Cela dure quarante ans. En 2008, elle se rend à Lourdes pour demander non

pas la guérison mais « la conversion du cœur et la force de poursuivre mon chemin de malade », explique-t-elle. Le 11 juillet 2008, trois jours après son retour dans son couvent, au cours de l’adoration du Saint-Sacrement, elle ressent « détente, bien-être et chaleur » dans tout son corps. Elle rentre dans sa cellule, se débarrasse sans plus tarder de son corset, ses attelles et son neurostimulateur, et marche normalement. Elle ne prendra plus aucun traitement.

Ce n'est que le début d'un long processus car l'Église, dans sa sagesse, n'a déclaré miraculeuses que 69 guérisons sur les milliers de cas qui lui ont été soumis. Après dix années d'expertises et d'examens, le Comité Médical International de Lourdes vote et conclut que la guérison de sœur Bernadette reste « inexpliquée en l'état actuel de nos connaissances scientifiques ». Quelques mois plus tard Mgr Benoit-Gonin déclare cette guérison miraculeuse. « Quelque chose d'extraordinaire s'est visiblement produit, en lien avec Dieu et Notre Dame » dit-il alors.

La polémique Enthoven

Il est toujours émouvant, cent soixante ans après l'apparition de la Vierge à Sainte Bernadette, de voir ressurgir dans le débat public ce signe divin, alors que notre siècle, ivre de matérialisme et dont l'athéisme semble partout triompher, n'a plus qu'une pâle idée de la réalité chrétienne. Émouvant...mais pas pour tout le monde.

L'inénarrable Raphaël Enthoven, qui n'en est pas à une polémique près, étale sur twitter sa péremptoire suffisance, en expliquant à ce sujet que l'Église prend vraiment les gens pour des imbéciles, en osant parler de miracle. L'irruption du surnaturel en 2018 lui semble relever de la plus absurde superstition. À voir la violence de cette réaction et de cette condamnation, on ne peut s'empêcher de se demander quelle peur irrationnelle s'est emparée du brouillon philosophe ? Peut-être, outre son ignorance de la Foi chrétienne, se rend-il compte qu'il touche là les limites de son athéisme, qu'il professe comme une religion intouchable ? On lui préférera la prudence respectueuse du professeur Montagne, prix Nobel 2008, ancien directeur de l'Institut Pasteur et découvreur du VIH, qui écrivait en 2009 dans un livre d'entretiens avec le moine cistercien Michel Niassaut : « pour les miracles de Lourdes, il y a quelque chose d'inexplicable ». Et fustigeant ces scientifiques non-croyants qui « commettent l'erreur de rejeter ce qu'ils ne comprennent pas », il cite l'astrophysicien Carl Sagan, pour qui « l'absence de preuve n’est pas une preuve d'absence ».

On touche là le cœur du Mystère, celui de la Foi en la toute-puissance divine. Certes le miracle ne donne pas mécaniquement la foi : le docteur Alexis Carrel, témoin oculaire d'un miracle à Lourdes, a attendu 10 ans pour se convertir. Mais le fait qu'il y ait des miracles, scientifiquement expertisés aujourd'hui constitue une porte ouverte sur le Divin, pour tous ceux que le conditionnement ambiant en aurait détourné.

Marie d'Armagnac monde&vie 8 mars 2018 n°952

Les cités mythiques - Cycle des Civilisations Oubliées

Comme le temps passe, le roman mythologique de Robert Brasillach

   

René et Florence, les personnages principaux de ce roman arc-en-ciel sont deux jeunes gens qui s'aiment.

Aimer, pour eux, cela veut dire se tenir la main, se promener au bord de la mer et cela veut dire, aussi, contempler des îles lointaines, ces miroitantes fata morgana de leur enfance.

Par leurs yeux nimbés de réminiscence, nous entrons presque à notre insu dans le royaume émerveillé de leur enfance, qui est aussi un peu le nôtre.

Il n'est pas rare que j'ouvre mon vieux livre de poche, à la couverture déchirée, dans le métro, le bus, les salles d'attente du dentiste et, avouons-le, dans la vie elle-même que la démocratie libérale a transformé en une grande salle d'attente. Alors, ces temps morts se transforment en moments narratifs aux éclats de rêve, d'enfance et d'amour...

Mais, comme tout ce qui touche de près ou de loin aux années trente, à la Collaboration, à Brasillach, la lecture de Comme le temps passe ne va pas vraiment de soi. D'où, la question : peut-on lire Comme le temps passe de ce côté-ci de l'Histoire ?

Comme le temps passe est une des oeuvres les plus sensibles du XXe siècle, une oeuvre qui n'a pas oublié le nom des fleurs. Tout le monde en convient y compris les professionnels de la détraction.

Il est cependant regrettable que les controverses entre détracteurs et partisans de l'auteur toisent les oeuvres. Si populaires avant-guerre, ses romans, et surtout les poèmes écrits en prison, sont devenus, à une époque où l'on ne lit plus guère de poèmes, des bannières de ralliement.

L'Histoire est écrite par les vainqueurs et il ne nous appartient pas d'écrire l'Histoire écrite par les vaincus. Rappelons tout de même que Robert Brasillach a subit un procès au terme duquel il fut exécuté dans la fleur de l'âge pour fait de Collaboration.

Tuer un poète, afin de prouver au monde entier sa détermination à lutter contre la barbarie nazie, il fallait y penser. Tuer un poète - étoile montante de la littérature française - au terme d'un procès bâclé, afin de rétablir la démocratie et l'Etat de droit, il fallait y penser. Et ils y ont pensé.

On pourrait cependant se dire, cela concerne l'homme, ses engagements politiques et non l'oeuvre, si les choses se passaient comme nous aimerions qu'elles se passent.

J'aimerais tant que l'on cesse de prendre en otage - dans le sens du pour ou celui du contre - une oeuvre romanesque et poétique si originale et féconde, à des fins bassement idéologiques. Oui mais voilà, l'idéologisme, c'est comme la délation en temps de guerre, cela ne fait pas partie des grandeurs françaises ; cela fait partie des "passions tristes" au sens que Spinoza donne à ces termes.

On a beau dire que Comme le temps passe est un roman sensible, un dialogue avec les personnages qui sont ceux-là même de l'âme, un bonheur inouï de lecture, lire Brasillach reste, 75 ans après le procès de son auteur, une activité "suspecte".

Du coup, celui qui aurait l'idée saugrenue de réhabiliter l'oeuvre de Brasillach serait suspecté de coucher avec les idées de l'auteur ; le jeu freudien des compensations psychologiques, le mettrait dans la quasi-obligation de ramener Louis Aragon au niveau d'un auteur mineur. Moi, je défends l'oeuvre lumineuse de Brasillach comme je défends bec et ongle celle d'Aragon, comme je défends la nécessité de la lecture en elle-même, aussi absolument que je hais la société post-littéraire.

Ouvrir un ouvrage de Brasillach, c'est ouvrir un arc-en-ciel dans la monochromie de notre temps et tant pis si l'évoquer dans un article ou dans une causerie entre amis, c'est s'exposer à des remarques, des procès d'intention logés entre les sourcils. Prononcer le nom même de Brasillach, c'est aussi montrer que les maîtres de la réduction et de l'amalgame, ont certes remporté des batailles stratégiques, mais non la guerre.

Laissons donc ces "termites de la réduction qui rongent la vie humaine depuis toujours" (Kundera) a leur périmètre : les faux plafonds de la critique universitaire ; à leurs réseaux: les médias "mainstream" et surtout à leurs tuniques de Nessus : le politiquement correct et ses déclinaisons infinies (l'historiquement, le moralement, le littérairement correct, etc.).

Le principe de séparation d'une oeuvre et de son auteur, proposé je crois bien par Marcel Proust en son temps, c'est bien joli, cela prévaut dans le monde des madeleines trempées dans le thé, mais dans le monde réel, cela ne marche pas ou très mal. C'est l'exemple type d'une mauvaise bonne idée. Cela fonctionne par temps de paix mais non par temps de guerre, et nous sommes en guerre, celle que livre la fausse liberté à la vraie liberté, le pays légal au pays réel, celle que livrent, redoutable, les mondialistes aux patriotes.

Par temps de guerre, dans un pays occupé, on prend des risques. On ne trahit pas ses amis, ni leur mémoire. On défend Brasillach comme le fit, en son temps, son beau-frère, Maurice Bardèche.

Et puis, voyons aussi les choses autrement, en attendant la trêve des confiseurs, la rareté des livres de Brasillach sur les étagères des libraires, c'est la rareté de l'or.

Une question demeure, essentielle : Pourquoi Comme le temps passe peut changer la vie? Pas la vie en général, mais votre vie à vous, irradiée que vous êtes par sa lecture.

A mon avis, cette question ne peut avoir de réponse qu'intérieure. Lire Comme le temps passe, c'est s'exposer à une fréquence narrative qui fait entendre les chuchotements de l'enfance. C'est comme porter à son oreille un coquillage tout résonnant des bruits de la mer, les vagues de la baie d’Alcudia.

Tout se passe en effet comme si le lecteur qui regarde le monde par les yeux de René et/ou de Florence (les personnages principaux du roman) accédait au double regard platonicien. Il perçoit alors, pour reprendre les termes de Luc-Olivier d'Algange, "le matin profond de sa mémoire". Sans le savoir, il se relie à une "cadena aurea", une chaîne d'or fréquentielle des chercheurs d'âme. Oui, Comme le temps passe parle de l'âme et parle à l'âme. Et c'est là l'essentiel.

En un mot, Comme le temps passe, c'est l'oeuvre de la "réminiscence" des choses qui ne passent pas. Comment ce miracle est-il possible ?

Sans prétendre là encore à une réponse exhaustive, je commencerais par évoquer une expérience personnelle (et donc aussi potentiellement transpersonnelle). Il m'arrive d'ouvrir Comme le temps passe comme on consulte un oracle, avec de belles et surprenantes rencontres à la clé, non seulement avec les personnages du roman, Florence, René et la majestueuse tante Espérance, mais aussi avec des personnes bien réelles. Anne Brassié, la biographe de Robert Brasillach que je rencontrais alors que je tenais le livre à la main - rencontres qui laissent à penser qu'elles sont aussi des rencontres d'âmes.

Il arrive aussi que les pierres d'attente de ce livre, les roches narratives que la lecture rend soudain phosphorantes, éclairent les voies anciennes de mon enfance. Hölderlin a tout dit lorsqu'il a dit : "L'homme est un dieu lorsqu'il rêve et un mendiant lorsqu'il réfléchit". Ces rêves-là ne s'écrivent non pas au passé mais au présent, le présent de la "réminiscence". J'ai notamment revu, en lisant Brasillach, la crique de nos vacances, entre Sète et Agde.

La chienne Nita s'amuse avec les vagues, tandis que le tuba de plongée de mon père sillonne l'onde comme la nageoire d'un requin. Ma mère, qui ne sait pas nager, me surveille de loin. Partout, le bleu immense de la mer.

J'étais un enfant rêveur, dans le brouillon de ses 9 ou 10 ans. Dans l'immeuble encore brut de décoffrage de nos vacances (celui des ouvriers et des classes moyennes de l'époque), il y avait cette fille de l'étage du dessus qui se penchait à la fenêtre. Brune comme le soir. Je crois qu'elle était Espagnole mais je n'en suis pas certain. Elle me regardait, je la regardais ; c'était ma Florence à moi.

Pour elle, je ramassais de jolis coquillages.

Comme Hernie dans Summer of 42 (le superbe film de Robert Mulligan), j'espérais tant la revoir l'été suivant. Mais l'été suivant, je ne la revis point. Je ne l'ai cependant pas oubliée. Elle est, comme l'écrit si joliment Brasillach à l'endroit de la Tante Espérance, "remontée de la banalité courante à un empyrée de mythologie". Comme le temps passe, la magie de l'enfance et le "halo autour des choses".

In everyone's life there is a summer 42 dit le trealer du film de Mulligan. "Dans la vie de chacun, il y a en effet en chacun un amour d'été", réitération du paradis perdu qui est au fond de tous les peuples.  Le livre de Brasillach réveille cette mémoire endormie, ce temps où nous sommes nés à l'amour, cette rencontre d'été qui dort en nous comme une Belle au bois dormant et le paradis perdu d'Adam et Eve qui vit en chaque peuple. L'un conduit à l'autre ; l'autre conduit à l'un.

Le livre de Brasillach, c'est cette boite à souvenirs qui, une fois ouverte, dégage le "halo" mystérieux de la nostalgie. Ce halo mystérieux - que refuse obstinément notre époque - est pourtant essentiel à la vie véritable.

C'est ce halo qui fait que certains événements de la banalité courante rentrent dans notre "mythologie personnelle". Une vie sans "halo autour des choses" est une vie sans caisse de résonnance, réduite à une équation libérale, à un contrat à durée déterminée, à bilan de santé.

Autrement dit, l'équation, c'est le mythe moins la magie de la vie, moins l'inattendu, moins l'espérance ; c'est l'avènement de l'enfant de la mère inutilement né" (Aragon). Nous y sommes.

Ce halo enchanteur, c'est aussi le seul antidote véritablement efficace contre l'utilitarisme, "cette idée toxique, que l'économie pourrait résoudre l'essentiel de nos problèmes" (Alain de Benoist).

Avec le recul, on se rend compte que le procès de Brasillach, c'est aussi le procès de ce halo autour des choses, le procès de la "collaboration" avec l'enfance, avec la poésie de la vie.

Tuer un poète, ce n'est pas très difficile et cela rend possible toutes les lâchetés et les renoncements à venir. Cela rend possible la surexploitation des sols, les surdoses de sulfate et les poulets aux hormones. Il fallait tuer Brasillach pour que les multinationales remportent définitivement la guerre et pour que les peuples la perdent.

La "mythologie personnelle" décrite dans Comme le temps passe, cela veut dire se remettre à l'écoute de la vie et de son récit.

Comme le temps passe est en effet le contraire même de "ces romans réalistes sans rivage" que fustigeait justement Aragon. Roman énigmatique ou autre chose qu'un roman, telle est la question ? Pour moi, on peut mettre Comme le temps passe dans le genre du roman comme on peut chausser un soulier d'une demi-pointure qui n'est pas la sienne. C'est possible mais pas très confortable.

Connaissez-vous beaucoup de romans avec pour incipit "Au commencement, il y eut le paradis terrestre" ? Avec Adam et Eve qui parlent dans la préface ? Un roman dont les lumineux accidents narratifs invitent à découvrir sa "mythologie personnelle" ? Moi, je n'en connais qu'un et c'est Comme le temps passe.

Dès la première ligne, le lecteur est en effet prévenu : les pages qui suivent relatent une histoire avec des personnages personnifiés à minima (on ne connaît que leurs prénoms) et une trame narrative qui conduisent moins à "définir" une "histoire" romanesque qu'à "infinir" sa propre vie.

"Infinir sa propre vie", en explorer les couches, les ciels, en percer l'intime secret, rien que cela ! En d'autres termes, ce roman vise à nous faire entendre notre "légende narrative", le récit, voire le récital, qui nous précède et dont chacun est tributaire, sans que nous en soyons conscients. Et cette découverte est aussi essentielle à la vie que l'oxygène que nous respirons.

Je parle avec le coeur, sans faux semblants, sans le recours à ce métalangage universitaire, ronronnant et velléitaire. Même si cette liberté de ton a un prix, même si elle me coûte peut être les fatwas des spécialistes aigris et des maîtres censeurs. Mais qu'importe ! Je persiste et signe : j'affirme que Comme le temps passe n'est pas à proprement parler un "roman".

Si Comme le temps passe, oeuvre hiéroglyphique de l'enfance, est "autre chose" qu'un roman, alors qu'est-il exactement ?

Il y a tout d'abord un ton onirique général qui entoure le texte. Tel Ulysse conduit par les Phéaciens, le lecteur se retrouve sur Ithaque, un beau matin. Comme le temps passe nous conduit sur les rivages de notre enfance rêvée et de nos premiers amours. Bien qu'onirique, le décor du roman est ancré (et encré) par un espace circonstancié et non dans les brumes surréalistes. La côte catalane, les îles Baléares sont tout-à-fait repérables sur une carte.

Même si le texte de Brasillach nous entraîne dans une vision onirique, elle est celle des rêves éveillés et éveilleurs qui prolongent le réel et non des sommeils insondables.

Nous apprenons par exemple que le métier de René est vendeur d'automobiles, activité on ne peut plus concrète. Nous apprenons que les parents de René et de Florence ont disparu dans un accident ferroviaire. Cela aussi, voyez-vous, c'est concret comme une pierre.

D'autres accidents narratifs émaillent le récit. Par exemple, cette scène cocasse où la vieille auto de René tombe en panne, digne d'une scène à la Louis de Funès (On peut aisément imaginer le "coup de la panne" !).  La scène de l'auto rappelle à Florence (qui se trouve dans l'auto au côté de René) une scène heureuse de son enfance. Florence se revoit en effet en compagnie de son ânesse qui s'arrête soudainement. Impossible de repartir même en tirant sur l'attelage de l'animal entêté ! D'apparence anecdotique, cette scène (qui ne dure qu'un court paragraphe) est pour moi hautement significative.

Les traces du conte dans le roman brasillacien, les animaux dont il ne manque que la parole.

Nous savons depuis les travaux des anthropologues du monde animal, que le traitement infligé aux animaux par une société, métaphorise le degré d'humanité de cette société. Un baromètre qui indique presque objectivement ce qu'une société cache.

Essayons de relire cette scène de l'ânesse à l'aune de cet axiome. Le templum augural de cette scène, elle nous dit quoi ?  Elle nous révèle quoi de l'univers de Brasillach ? L'auteur fait de cette ânesse un "personnage mythologique". L'auteur nous précise ensuite qu'elle marche au rythme du "pas ecclésiastique", signe de la tradition chrétienne dans laquelle s'inscrit Brasillach. L'auteur campe avec cette ânesse un personnage à part entière dont il ne manque, au fond, que la parole.

Les animaux, dans les romans, jouent aussi leur rôle. Mais ils en sont rarement les acteurs centraux. Le roman moderne met en scène des personnages, réels ou imaginaires.

Il en va tout autrement de ces contes de Grimm qui firent la joie de ma jeunesse. Ces derniers mettent en scène des animaux qui parlent "pour de vrai". Dans les contes, les grenouilles parlent aux princes ; les oiseaux élisent leur roi et racontent des histoires. Dans les contes de fée, les animaux ont la parole.

Avec ses animaux "mythiques" mais qui ne parlent pas, Comme le temps passe est donc à la fois "plus" qu'un roman, mais "moins" qu'un conte. Il serait en effet excessif de qualifier ce texte de conte de fée. Une seule fois, l'auteur précise qu'"il y eut un temps où les animaux parlaient". La rupture avec le conte est donc assumée. Le premier chapitre du "roman" décrit trois ou quatre poules ("dont l'une vécut très vieille et boitait"), une demi-douzaine de chats, un chien et un flamant rose "qui lui aussi fait partie de la mythologie personnelle" des enfants. Une maison, un jardin, des jeux qui trainent sur le sol et un jardin, un jardin surtout "où il semblait que toute l'existence devait s'écouler". On apprend aussi que les animaux de cette arche "suivent les enfants" lorsqu'ils empruntent le chemin menant à la mer.

Chez Brasillach, les animaux suivent les enfants, les rois du jardin. Dans le conte de fée, c'est généralement le contraire. Les animaux sont à la fois des messagers mais aussi des acteurs, des "personae" au sens grec du terme (per sonna, "pour le son") à part entière. Brasillach précise qu'"un jour les animaux parlaient" ce qui indique qu'ils ne parlent désormais plus. L'aigrette fait cependant partie de la "mythologique personnelle" des enfants, comme l'ânesse de Florence, mais ils ne parlent cependant pas à la première personne comme dans les contes de fée.

Bref, il ne manque aux animaux de Brasillach que la parole pour faire de Comme le temps passe un conte à part entière.

L'ânesse est un animal bourru ! Elle supporte mal l'attelage que Florence essaie de lui fixer sur le dos. Elle refuse subitement d'avancer, et a même semble-t-il, fait tomber d'un coup de patte le marque-page inséré dans le livre !

Vous rendez-vous compte ! Cela fait trois jours que je recherche en vain le passage de l'ânesse !

Trois jours que l'ânesse se joue de moi ! C'est dire la magie de Comme le temps passe qui est tout autre chose qu'un roman sans rivage, ni roman, ni un conte de fée. Alors qu'est-t-il ?

Il relève peut être d'un genre narratif situé "quelque part" entre le roman et le conte que l'on pourrait dire "le roman mythologique" - en tout cas un espace narratif où l'ânesse de Florence attend le lecteur pour une promenade à travers les mots...

Frédéric Andreu-Véricel

Contact : fredericandreu@yahoo.fr

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2021/01/01/comme-le-temps-passe-le-roman-mythologique-de-robert-brasillach.html

Les philosophes sont-ils des salauds ?

 Il est rare qu'un livre de philosophie dépasse le petit cercle des afficionados de cette discipline austère. Sarah Bakewel vient de signer un succès mondial. Elle raconte, comme si vous y étiez, l’existentialisme à la mode dans les cafés de l’après-guerre. Une perle !

Si vous êtes de ceux que la philosophie a toujours laissé froid, et si vous pensez aujourd'hui que vous auriez dû « vous essayer quand même » à entrer dans le vif des sujets les plus fondamentaux pour l'être humain, si vous croyez par ailleurs que le poids du politiquement correct est insupportable et si vous revendiquez votre droit à une réflexion personnelle, précipitez-vous sur ce best-seller peu commun. La passion de l’autrice vous permettra de franchir les obstacles et de vous enthousiasmer pour ce thème - apparemment abstrait et rebattu : la liberté. Au moment où on risque de la perdre, il faut sans doute se préoccuper de savoir ce que c'est.

Quelle meilleure époque que les années 50 pour le découvrir. Nous sommes en effet non pas avec des philosophes qui se baladent en toge à l'ombre rare des portiques grecs, mais avec des gens qui nous ressemblent : Sartre, Heidegger, Husserl, ces existentialistes sont habillés comme nous. Ils vivent une époque exaltante, une sorte de recommencement du monde après les dégâts sans précédent de la Deuxième Guerre mondiale. En France, en particulier, l'Occupation a été un temps de fermentation intérieure : « Dans tous ces romans, récits et essais des années 40, le climat dominant n’était pas celui de l’épuisement post-traumatique, mais de l'excitation. Le monde était tombé en miette, mais pour cette raison même on pouvait tout en faire ou presque ».

On pense beaucoup à cette époque, mais qu est-ce qu'on pense ? Les systèmes les plus complexes commencent toujours par une grande idée simple, une certaine idée de la liberté : pour Sartre, pour Merleau-Ponty, pour Camus comme d'ailleurs pour le chrétien Gabriel Marcel, embarqué lui aussi dans cette aventure, la liberté n'est pas une performance rare et chère, qu'il faudrait s’exercer des années à produire non, décidément la liberté ce n’est pas sorcier, pour la bonne raison que… c’est notre être même. Nous sommes et nous valons ce qu'est et ce que vaut notre liberté personnelle, malgré la peur des lâches et le déni des salauds, qui préfèrent à leur liberté l’ordre établi.

Disons-le une fois pour toutes, d'autant plus fort que manifestement Sarah Bakewell est de notre avis : l'existentialisme, quoi qu'en pensent les spécialistes, s’est développé avant tout en France. Bien sûr, les Allemands, ces professionnels de la philosophie, revendiquent quelques maîtres penseurs « existentialistes » : Husserl et la phénoménologie sont certainement aux racines de ce courant de pensée, mais leur perspective est tellement intellectuelle, que l’on n'a pas très bien su quoi en faire. Husserl a écrit quelque 30 000 pages que tout le monde regarde avec respect et que personne n'a lues. Heidegger itou. Le problème avec Heidegger, c'est que, même s'il s’en est défendu ensuite en gardant sur le nazisme un silence hautain, il a eu l’occasion de faire quelques discours comme recteur d'université, en 1933 et en 1934 qui sont difficiles à assumer. Heidegger penseur de la liberté ? Allons donc ! Alors que Husserl en appelait à « un héroïsme de la raison », Heidegger disait à ses proches : « Il faut s'aligner ». Il en remettait dans le lyrisme « vollkisch », s'offrant de doux délires sur les chemins forestiers de mais se gardant bien de toute réflexion morale sur les curions antisémites et sur la guerre européenne 1er. Hannah Arendt, cette étudiante surdouée avec laquelle le philosophe allemand eut une liaison, est sur ce point du même avis que Sartre : « Heidegger est un de ces intellectuels qui manquent totalement de caractère ». La démonstration de Sarah Bakewell, sans haine, sans obsession antinazie, est, à cet égard, parfaitement étayée. Elle explique comment Heidegger est conduit à trahir tel de ses étudiant antinazi et catholique, ou comment il rompt avec Karl Jaspers, son ami de toujours, qui avait le mauvais goût d’être juif.

Le véritable chantre de l'existentialisme, ce n’est pas Heidegger, celui qui confond la vérité avec l'époque qu'il traverse, celui qui identifie être et temps ( pour faire de Hitler un magnifique berger de l'être). Non le premier des existentialistes c'est Jean-Paul Sartre auquel l'après-guerre donne des ailes. Sa petite plaquette Qu'est-ce que l'existentialisme ? correspond à une conférence qu'il a dû proposer à guichet fermé, en octobre 1945. A-t-il davantage de caractère que Heidegger ? Heidegger est un introverti, Sartre un vivant qui refuse tout interdit. Mais malgré son côté flambeur, malgré sa liberté affichée, lui aussi sera conduit à se renier à renier cette fameuse conférence-manifeste quand le Parti communiste le lui demandera.

✍︎ Sarah Bakewell, Au café existentialiste, La liberté, l'être et le jus d'abricot, éd. Albin Michel,

508 pp. 24€.

Joël Prieur monde&vie 29 mars 2018 n°953

Le Système est l'héritier du Terrorisme révolutionnaire, négationniste/révisionniste et matrice des Totalitarismes modernes

  

Aujourd'hui, Robespierre porte costume et cravate, il affiche une apparence distinguée, et loge sans vergogne dans les appartements de la Royauté, tâchant de ressembler à ces autres Rois ou Présidents du monde.

Mais il ne s'agit que d'un masque, d'une leurre, d'une Tartuferie institutionnalisée : c'est "le chaos figé des conservateurs du désordre" qui est en place, sous des apparences "normales" et policées; et ce chaos n'est rien d'autre que l'héritier assumé du "chaos explosif des révolutionnaires".

Voici quelques exemples de ce que fut ce "chaos explosif" des révolutionnaires de 1789/1793, si fanatiques qu'ils ont eux-mêmes baptisé leur méthode de gouvernement (?) "la Terreur"; de ses aspects monstrueusement inhumains, d'une atroce barbarie, qui préfiguraient les épouvantables horreurs du marxisme-léninisme et du nazisme...

Et voilà pourquoi, chaque année, nous signalons cette date du 21 janvier à nos compatriotes comme celle du début de notre décadence, comme l'origine de tous nos maux, comme la matrice et le ventre - hélas fécond - d'où sont sortis les abominations qui ensanglantent le monde depuis lors...

Voici quelques aspects de ce que fut la Terreur révolutionnaire en Vendée, et ce qu'en ont dit quelques uns de ceux qui ont oeuvré à sa mise en œuvre "systématique", au sens premier du terme...

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Aujourd'hui (1) : La Révolution a tanné des peaux humaines ! (1)

(documents tirés de notre Album : Totalitarisme ou Résistance ? Vendée, "Guerre de géants...")

 


Illustration : peau humaine datant de la Révolution conservée au Muséum des Sciences Naturelles de Nantes Terreur d’état : "Nous porterons la terreur jusqu’où elle peut aller" (Garat);

 L’homme nouveau : "Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière" (Carrier);
• Épuration ethnique : les révolutionnaires donnent volontiers dans la symbolique macabre : ils coupent le sexe des hommes pour s’en faire des boucles d’oreille et font exploser des cartouches dans le vagin des femmes;

 Création, à Noirmoutier, du premier camp d’extermination de l’histoire moderne;

• Premiers essais de gazage de masse : insuccès, dû au gaz employé et à l’absence de confinement adéquat;

 Première utilisation de fours crématoires : essais peu concluants : il s’agissait de simples fours à pain de villages qui ne firent que quelques centaines de victimes. Amey s'en était fait une spécialité...
Plus efficace : l’utilisation des églises comme crématoires de grande capacité : un siècle et demi avant Oradour sur Glane (les nazis n'ont rien inventé...) 563 villageois sont carbonisés dans leur église des Lucs sur Boulogne...

 Mentir par les mots : quand les révolutionnaires ficellent de jeunes garçons et de jeunes filles, nus, par couple, avant de les précipiter dans la Loire (Bourganeuf, Nantes, 3000 noyades), il s’agit simplement de "mariages républicains"… Le terme "brigand" désigne tout Vendéen, insurgé ou républicain !...

• À Clisson et Angers, création d’ateliers de tannage de peau humaine - peau dont se vêtissent les officiers républicains – et d’extraction de graisse par carbonisation : les corps des villageois massacrés constituent la matière première...
À Angers, le fondateur d’une tannerie de peau humaine fut le major Péquel qui chargea le tanneur Langlais de préparer les peaux...
Le manchonnier Prudhomme put ainsi confectionner trente-deux culottes en peau de Vendéens que portèrent certains officiers Bleus.
Dans un ouvrage impartial et s’appuyant sur des documents irréfutables, le professeur Raoul Mercier, professeur honoraire de l’École de Médecine de Tours, membre correspondant de l’Académie des Sciences, publia en 1939 chez Arrault et Cie, à Tours, "Le Monde médical dans la guerre de Vendée" où il donne des précisions sur le chirurgien-major Péquel du 4ème bataillon des Ardennes qui "s’est acquis - dit le Pr Mercier - une triste célébrité en dirigeant l’atelier de tannerie de peaux des Vendéens fusillés près d’Angers."
Le rôle de Péquel est certifié par deux témoins :
- l’un, Poitevin, agent national de la commune des Ponts-de-Cé, interrogé le 15 brumaire an III (6 novembre 1794), affirme avoir vu Péquel écorcher au bord de la Loire une trentaine de Vendéens fusillés;
- l’autre, un Angevin, Robin, raconta le 31 mai 1852, les scènes dont il fut témoin dans sa jeunesse :

"J’avais, dit-il, l’âge de treize à quatorze ans, je puis affirmer avoir vu, sur les bords du fleuve (la Loire, ndlr), les corps des malheureux Vendéens dont les cadavres avaient été écorchés. Il étaient écorchés à mi-corps parce qu’on coupait la peau au-dessous de la ceinture, puis le long des cuisses jusqu’à la cheville, de manière qu’après son enlèvement le pantalon se trouvait en partie formé. Il ne restait plus qu’à tanner et à coudre." 

Les peaux étaient envoyées à la tannerie de Langlais, aux Ponts-Libres, ci-devant les Ponts-de-Cé, où elles étaient travaillées par des soldats, les ouvriers refusant de faire ce travail.

• Solution finale : à partir de mai 1793, pour les Robespierre, Saint-Just, Danton, Barère, Marat, Lazare Carnot, Carrier et autres gentils camarades du Comité de Salut public, le projet à l’ordre du jour n’est plus la simple mise au pas d’une province rebelle; il s’agit clairement de l’extermination des 815.000 habitants de la Vendée, hommes, femmes, enfants, et la confiscation ou l’anéantissement de leurs biens...

C'est "çà", la Révolution !

C'est "ça" qui fut voulu et ordonné par Robespierre et sa bande de psycopathes de la Convention; et fidèlement exécuté sur le terrain par "les Bleus", qui ont perpétré là le premier Génocide des Temps modernes, doublé d'un mémoricide puisque, deux siècles et demi après, celui-ci n'est toujours pas reconnu

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