jeudi 9 avril 2020

Recension de “Ils ont tué le Tsar” de Nicolas Ross, par Serge Gadal

Nicolas Ross, Ils ont tué le Tsar. Les bourreaux racontent, préface et postface de Nicolas Ross, traduction des documents par Jean-Christophe Peuch, Éditions des Syrtes, 2018, 320 p., 20 euros
L’exécution du tsar Nicolas II et de la famille impériale dans le sous-sol de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 a fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses légendes ayant trait notamment à la survie de certaines des grandes-duchesses (Anastasia en particulier).
On ignora longtemps que les principaux exécutants du massacre en avaient longuement relaté tous les détails, et ce le plus officiellement du monde, mais que leurs témoignages avaient été gardés secrets jusqu’à la fin de l’Union soviétique. En outre, lorsque les armées blanches reprirent, temporairement, Ekaterinbourg quelques jours après l’exécution, une enquête sur la disparition des Romanov fut confiée à un juge d’instruction, le juge Nikolaï Sokolov. Une copie des procès-verbaux d’interrogatoire constituant son enquête était conservée aux États-Unis dans un monastère orthodoxe. L’historien Nicolas Ross a eu accès à ces documents d’enquête, auxquels il a ajouté les témoignages des participants à l’exécution, rendus publics à l’ouverture des archives de l’URSS, afin de constituer le présent dossier. Le recoupement de ces sources, ainsi utilement rassemblées, nous permet de nous faire une idée relativement objective de ces événements tragiques, de leur motivation ainsi que du processus de prise de décision.
Exilée tout d’abord à Tobolsk en Sibérie occidentale en août 1917 où elle bénéficiait d’une relative liberté, du moins jusqu’à l’arrivée au pouvoir des bolchéviks, la famille impériale fut transférée à Ekaterinbourg dans l’Oural en avril 1918, ville industrielle (donc à forte population ouvrière) jugée plus sûre, et surtout située plus loin des armées blanches alors en cours de constitution. Elle était logée dans la tristement célèbre Maison Ipatieff, « maison à destination spéciale » dans la novlangue bolchévique, dont la garde était confiée à des ouvriers de la région dirigés par un alcoolique, Alexandre Avdéïev. Cette première période connut de nombreux abus de la part de la soldatesque à l’encontre de ceux dont elle avait la garde (vols de vêtement et de nourriture, insultes, etc.), ce qui conduisit dans les premiers jours de juillet au remplacement d’Avdéïev par un apparatchik, Iourovski, membre de la Tchéka régionale. Iourovski en profite pour renouveler la composition de la garde.  Les nouveaux gardes seront plus tard considérés comme des « Lettons », en réalité un seul est letton.
La décision d ‘exécution est prise localement par une résolution du comité exécutif du soviet régional de l’Oural, qui siégeait à Ekaterinbourg. Le Centre est consulté et Sverdlov, président du Comité exécutif central (le chef de l’État soviétique) donne son accord. Si Trotski voulait un procès public, Lénine était plutôt opportuniste et a approuvé l’exécution après coup. En somme, résume Nicolas Ross, «  si le tsar a survécu jusqu’au 16 juillet 1918, c’est parce que Lénine l’a voulu. S’il est mort dans la nuit du 16 au 17 juillet, c’est parce que son sort était devenu indifférent à Lénine, qui ne s’est plus opposé aux intentions sanguinaires des bolchéviks de l’Oural. Lénine et Sverdlov sont coupables du meurtre des Romanov non parce qu’ils l’ont explicitement ordonné, mais parce qu’ils ont volontiers accepté que d’autres s’en chargent à leur place. »
Les motivations de cette décision sont multiples : empêcher que la famille impériale ne soit libérée par les troupes tchécoslovaques qui progressent vers Ekaterinbourg ; et surtout répondre aux exigences du milieu ouvrier local qui ne cesse de critiquer la mansuétude dont ferait l’objet le tsar (« C’était une décision non seulement appropriée, mis même indispensable, avouera Trotski.Les masses ouvrières et paysannes… n’auraient ni compris, ni accepté une autre solution. »). Et ceci dans un contexte où il était urgent de remobiliser ces masses face aux progrès de l’adversaire.
Plusieurs « modes opératoires » sont successivement envisagés (grenade, poignardage des victimes pendant leur sommeil, ou exécution au revolver). C’est finalement cette dernière solution qui sera choisie. Chaque participant au massacre livrera ensuite sa propre version des faits. Recoupant ces différentes versions, Ross conclut que  « les détenus de la maison Ipatiev ont sans doute été abattus par le tir de onze hommes (c’est le chiffre le plus probable) disposant de douze revolvers Nagant, d’un revolver colt de grand calibre et de deux pistolets de calibre moyen : un mauser et un browning. » Les survivants, dont Demidova, la femme de chambre de la tsarine, sont achevés à la baïonnette. Les soldats dépouillent ensuite les cadavres, même si, aux dires de leurs chefs, ils doivent ensuite restituer ce qu’ils ont dérobé.
Si l’exécution des Romanov est sauvage et chaotique, l’enterrement des corps est à l’avenant. On commence par les enfouir dans un puit de mine, puis quelques heures plus tard les corps en sont retirés, brûlés, et défigurés à l’acide sulfurique. On les enterre finalement quelques kilomètres plus loin sous un chemin de terre menant au village de Koptiaki, au lieu dit « le Vallon du Porcelet ». Lors de leur exhumation en 1991, on relèvera même des tentatives de dépeçage. Cette décision de détruire les corps avait été prise selon Pavel Bykov, l’ancien président du soviet d’Ekaterinbourg, « afin de ne pas laisser aux mains des contre-révolutionnaires des « reliques » qui pouvaient leur permettre de jouer sur les sentiments des masses populaires ignorantes et incultes. »
Le lendemain de l’assassinat, la presse locale mentionna uniquement l’exécution de Nicolas II en laissant entendre, à dessein, que la famille impériale avait été épargnée, ce qui constitua le point de départ de la légende de la survie des grandes-duchesses.
En 1998, les restes de la famille impériale furent enterrés religieusement dans la basilique Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg, alors même que l’Église orthodoxe ne s’est toujours pas prononcée officiellement sur leur authenticité à la date d’aujourd’hui.
Tous les autres Romanov qui n’ont pas réussi à quitter l’URSS, ont été sommairement exécutés, notamment à Perm et à Alapaïevsk, en juin et juillet 1918. La maison Ipatieff a été rasée par Eltsine (secrétaire local) en 1977, sur ordre d’Andropov, afin d’éviter qu’elle ne devienne un lieu de pèlerinage. A son emplacement se trouve aujourd’hui une église.
Serge Gadal

Rome n'est plus dans Rome

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Pour expliquer la chute de l'Empire romain, on recourt habituellement à une explication externe : les invasions barbares. Un Empire affaibli, progressivement enfoncé par des barbares venant mordre son limes jusqu'à renfoncer. Le problème, c'est que lesdits barbares vivaient déjà dans l'Empire. C’est ce que vient rappeler un livre, fraîchement traduit en français, Barbares, immigrés, réfugiés et déportés dans l’empire romain, dans lequel l'auteur, Alessandro Barbero, n'hésite pas à parler de politique d'immigration romaine. Laquelle différait en un point de la nôtre l'immigration n'y était pas tant un phénomène individuel que collectif, Rome accueillant des tribus entières. À partir de Caracalla et son édit (212), par lequel l'Empire concédait à tous la citoyenneté romaine, le gouvernement impérial ne va plus se définir que comme orbis pacificator, « pacificateur du monde entier ». La politique officielle consiste alors à faire bon accueil aux étrangers au nom de la Roma felicitas. C'est l'institution militaire qui permit largement cette assimilation (comme l'institution scolaire pour nous). Fabuleuse machine qui finira par se gripper. Mais avant d'en arriver là et tout au long des IIIe et IVe siècles, l'administration impériale généralisera les procédures d’intégration. À l'époque de Valentinien (364-375), apparaît même un discours humanitaire. Les barbares ne sont-ils pas des hommes ? Ce qui va tout changer, c'est la catastrophe d’Andrinople (376). Sous la pression des Huns, les Goths affluent massivement jusqu'aux rives du Danube. Après quelques tergiversations, Rome se résout à les laisser traverser le fleuve. Mais les réfugiés sont si nombreux que la situation devient rapidement intenable. Suivront deux années de troubles, conclus par la défaite de Valens. Ce n'était pas la première fois que des barbares dévastaient l'Empire, mais c'était la première fois que Rome s'avouait impuissante à les contenir. Dès lors, le rapport de force va s'inverser. Croyant poursuivre une politique d'immigration ancienne, les Romains en viennent à faire des concessions qui s'avéreront catastrophiques, installant sur leur territoire des groupes de mercenaires placés sous l'autorité des seuls chefs barbares, prélude à l'établissement de royaumes romano-barbares autonomes. En attendant, les barbares deviennent la principale force d'appoint militaire, à telle enseigne qu'à partir de 396, en syriaque, « soldat » se dit « goth ». Les problèmes d'indiscipline et de désertion se multiplient Les Romains sont d'autant plus surpris que les Goths avaient donné jusque-là l'impression de s'être parfaitement intégrés. Comme le fait remarquer Sulpice-Sévère, historien et ecclésiastique, parlant de ces barbares résidant « dans nos années et nos vies », ils « vivent parmi nous, [mais] nous ne voyons pas qu’ils s'adaptent à nos coutumes ». Ça ne vous rappelle rien ?
François-Laurent Baissa Le Choc du mois mai 2010

Alessandro Barbero, Barbares, immigrés, réfugiés et déportés dans l'Empire romain, Taillandier, 352 p., 23 €.

mercredi 8 avril 2020

Charles Maurras : le retour ?

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Dans cette période du confinement, une étrange alternative existe sur le plan médiatique.
Une hypertrophie de la dérision, un culte des fous rires ou une focalisation sur les larmes.
Ou le droit, comme nous vivons au quotidien une expérience hors norme, de nous intéresser à des sujets inédits ou à des personnalités en général exilées, ostracisées, méconnues.
Il faut remercier la nouvelle Revue Universelle qui publie un passionnant numéro sur "Le nouvel âge du maurrassisme" avec des contributions notamment d'Alain Finkielkraut ou d'Eric Zemmour.
Pourquoi ?

Parce qu'il convient de saluer tout ce qui cherche à réduire l'inculture générale, historique, littéraire et politique.
Parce qu'il est utile, dans un temps d'intolérance et de sectarisme - on déteste en ayant mal lu ou, encore mieux ou pire, sans avoir lu - d'introduire de force dans un monde étriqué les ferments de la curiosité, de la liberté et de l'ouverture, de quelque côté qu'ils se tournent.
Parce qu'il est navrant que certaines superbes intelligences et incontestables talents littéraires ne soient connus que pour leurs déboires, leurs fautes et leur condamnation.
Charles Maurras né en 1868 et mort en 1952, relève de ces influentes, transgressives et capitales destinées.
Loin d'être un bloc, cet homme a été contraste, littérature et engagement, pertinence prophétique, contradiction, haine, violence verbale mais aussi lucidité, repentance et regret.
Anglophobe certes mais encore plus germanophobe, n'ayant soutenu le maréchal Pétain et le régime de Vichy qu'à cause de cette "divine surprise" de voir la République défaite.
Puisque l'Action française, dont il a été le principal animateur, est le vecteur du monarchisme, du nationalisme intégral et se revendique contre-révolutionnaire et antidémocratique. Partisan d'un antisémitisme d'Etat - contre la double nationalité des Juifs qu'il qualifie pourtant de "glorieuse" pour celle qui ne serait pas française -, il comprend plus tard, emprisonné, ses erreurs sur ce plan, affirmant avoir ignoré en 1944 le sort tragique réservé aux juifs arrêtés par l'Allemagne nazie et il récuse l'extrémisme scandaleux d'un Maurice Bardèche.
C'est ce même homme qui reproche à Robert Brasillach d'avoir envisagé de faire reparaître "Je suis partout" à Paris en 1941 "parce qu'il ne reverra jamais les gens qui admettent de faire des tractations avec les Allemands".
Entre 1886 et 1952, il est si prolifique qu'il publie la bagatelle de 10 000 articles dont certains sont féroces à l'égard des ultras de la collaboration mais aussi à l'encontre des résistants et des gaullistes, par "feinte" affirmera-t-il plus tard.
Arrêté lors d'une conférence de presse, son procès durera du 24 au 28 janvier 1945. Il sera condamné, pour haute trahison et intelligence avec l'ennemi (alors que toute son existence intellectuelle et politique il l'a haï), à la réclusion criminelle à perpétuité avec dégradation nationale. Les jurés avaient été choisis sur une liste établie par les ennemis de Maurras.
Son incarcération sera l'occasion pour lui d'une réflexion lui permettant d'approfondir ou d'amender certaines de ses convictions.
Il serait trop long - des historiens objectifs l'ont fait - de décrire l'itinéraire intellectuel et politique de Maurras qui serait incompatible avec le caractère simpliste et manichéen de l'ignorance contemporaine. Il me suffit de mentionner quelques-uns de ceux qui ont été marqués et influencés par lui. Ainsi Jacques Bainville, Georges Bernanos, Jacques Maritain, la famille littéraire des Hussards, notamment Michel Déon qui a été un temps son secrétaire et bien sûr de Gaulle dont le terreau a été maurrassien.
Pour dire la vérité, si j'ai eu envie d'écrire ce billet, ce n'est pas parce que j'ai été saisi par une illumination mais à cause de cette pensée très profonde de Charles Maurras qui m'a poussé à faire partager mon assentiment. Il se pose cette question : "Y a-t-il un progrès ?... Il y en aurait à coup sûr si chaque âge ne s'oubliait à perdre d'un côté ce qu'il gagne de l'autre ; si, la plupart du temps, l'homme ne négligeait de mettre bout à bout ses plus admirables profits".
C'est totalement juste et remarquablement écrit.
C'est aussi Charles Maurras.

mardi 7 avril 2020

Louis VII & Aliénor d'Aquitaine [Gallia - notre histoire de France]

De la technocratie et de la Terreur

6a00d8341c715453ef025d9b43f410200c-320wiIl aura fallu une demi-journée ce 3 avril au très emblématique préfet Lallement pour chercher à retirer ses propos. Ils resteront pourtant dans les annales : ils doivent en effet nous inciter à réfléchir au régime tel qu'il fonctionne, à ce mélange de technocratie et de souvenirs de la Terreur dans lequel la république se complaît.
À en croire, un beau matin, ce technocrate glacial et incompétent "ceux qui sont aujourd'hui hospitalisés, qu'on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement ne l'ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple". Quelques heures plus tard, on lui fit comprendre, sans doute de la part de la si compétente Mademoiselle Sibeth que cette déclaration faisait tache.
Comment s'étonner après cette séquence que des gens, plus simplistes encore que ce personnage inepte, manifestent leurs écœurants sentiments communs par d'affreux gestes de rejets. On déplore ainsi, ça et là, dans certains immeubles et voisinages, à l'encontre des possibles contaminés, parfois même des infirmières.
Pour certains intérêts, l'étatisme se présente ces temps-ci comme une bouée de sauvetage. On le croit désirable pour les lendemains de crise. Sans doute convient-il, dans cette perspective, de tétaniser les citoyens. On s'emploie donc à faire remonter en eux tout ce que les mauvais souvenirs historiques, ceux de la Terreur de 1793-1794, prolongés par ceux de la seconde guerre mondiale et de l'épuration de 1944-1945, par lesquels leurs cerveaux reptiliens ont été dressés. Les seules perspectives des contrôles fiscaux à la mode giscardienne ne suffisent plus.
Dans un article d'humeur de Présent[1], Françoise Monestier s'inquiétait à juste titre du nouveau cran franchi dans un mode de gouvernement essentiellement basé sur la peur. Elle définit ainsi la "sidération, antichambre du flicage" : "Restez chez vous, demeurez confinés, écoutez religieusement Jérôme Salomon".
Comment ne pas faire le parallèle ?
Dans la mémoire des Français, la Terreur est identifiée à une période, assez restreinte juge-t-on trop souvent, de la Révolution française. On la cantonne habituellement en 1793-1794 et on l'associe à la dictature et au nom de Robespierre.
En apparence, ce sont seulement certains nostalgiques qui cultivent le souvenir de ce personnage, incarnation du jacobinisme flanqué lui-même du compagnonnage de Saint-Just, son ange noir. Cette partie de l'opinion, se retrouve dans son élément à Montreuil. Le PCF y gère la municipalité. Sous la direction de Patrice Bessac a été repris le fief stalinien en 2014, après l'intermède Dominique Voynet (2008-2014). Montreuil abrite ainsi imperturbablement le siège central de la CGT et, accessoirement, les bureaux de l'URSSAF. Or, elle seule a donné le nom de Robespierre à une station de métro. En revanche, à ce jour, aucune rue de Paris n'a encore cru bon de célébrer de la sorte la survivance mémorielle de l'Incorruptible.
Terreur et jacobinisme ne font-ils qu'un ? Quand on parle aujourd'hui de terrorisme, on ne pense pas à l'Histoire de France. En l'an de grâce 2020, on associe ce mot aux actes sanglants commis par les partisans de l'islamisme radical. Il nous renvoie en effet aux doctrines et à leurs mises en œuvre armées conduisant des fous d'Allah à partir combattre les mécréants, les kouffars, en Syrie ou en Irak, mais aussi dans le reste du monde à se faire exploser dans la foule en occident, en Afrique et dans le monde entier. Tel ce Soudanais "réfugié"qui, s’étant plaint de vivre dans "un pays de mécréants"attaque des innocents à Romans sur-Isère[2], les adeptes de la Terreur nous semblent ainsi venir d'une autre Planète. Et ils tuent tranquillement, au gré d'une machine à remonter le temps, tournée vers les siècles de la conquête arabe déferlante du VIIe siècle, de l'empire ottoman ou des moghols massacreurs de l'Inde.
Dès la première édition de sa Sociologie du communisme, en 1949, Jules Monnerot soulignait l'apparentement de deux phénomène totalitaires, découlant des entreprises de domination mondiale respectivement conduites à partir du VIIe siècle par les successeurs de Mahomet et de son beau modèle guerrier, et au XXe siècle par ceux de Lénine. Le parallèle semblait alors osé, et il fut mis en doute par les experts orientalistes tel Maxime Rodinson. Or, celui-ci, quelque 30 ans plus tard dut reconnaître son erreur : islamisme et soviétisme pouvaient faire l'objet de comparaisons pertinentes. L'un comme l'autre pouvait être analysés comme des religions séculières, vouées tragiquement à l'échec, après s'être embourbés dans le sang de leur prétention à représenter le sceau de la prophétie, la lutte finale, la fin de l'histoire. Entre-temps Monnerot avait osé prédire, dans la seconde édition de sa somme, en 1963, la fin du communisme dont pratiquement personne d'autre ne voulait croire alors qu'il s'effondrerait sur lui-même, dans sa boue sanglante.
S'agissant des grands ancêtres jacobins, c'est seulement dans les années 1840, à partir du moment où les survivants de l'époque révolutionnaire étaient entrés en voie d'extinction, que les nostalgies avouées ont commencé à redresser la tête. Les témoins ayant presque tous disparus, Michelet peut enfin commencer sa fameuse histoire dont on fait aujourd'hui la base de ce que les bons esprits appelle, de façon si caractéristique le "roman national".
En 1842, le vieux comploteur révolutionnaire Buonarotti pouvait, de son côté, dresser le panégyrique de l'Incorruptible :
"Dès son adolescence, écrit-il sans retenue, Robespierre fut probe modeste et studieux ; il prit de bonne heure la défense du faible contre le fort, de la raison contre le préjugé ; il arrive aux États Généraux, en 1789, plein de vénération pour la mémoire de Rousseau, dont il médita les écrits toute sa vie ; déjà il aimait et plaignait le peuple, abhorrait les grands méprisait les faiseurs d'esprit et était convaincu que tout était à reformer dans l'ordre civil et politique de la France."
On doit souligner que le mot "grands"figure en petites majuscules péremptoires dans la typographie originale. C'est en 1912 que la Société des études robespierristes réédite pieusement ce délire oublié.
Bien des technocrates seraient sans doute indignés de voir assimiler au robespierrisme la sidération par laquelle ils entendent eux-mêmes imposer leurs vues, pourtant changeantes, à des Français contraints parce que conditionnés. Un jour les masques sont proclamés inutiles voire dangereux, quelque temps plus tard, ils deviennent obligatoire : l'important est que vous obéissiez, tétanisés, c'est-à-dire, littéralement, terrifiés.
J'ose donc soutenir ici qu'on ne se débarrassera des vieux conditionnements par lesquels perdurent les privilèges et les errements de pouvoir de la haute administration qu'en liquidant l'héritage totalitaire du jacobinisme, de l'étatisme et de leurs gouvernement par la peur.
JG Malliarakis
Apostilles
[1] cf. article en ligne ce 2 avril.

Petite histoire de France de Jacques Bainville - 24 - Henri IV

lundi 6 avril 2020

Kitsune, le démon renard - Mythologie Japonaise

Carl Schmitt : après le purgatoire, l'Enfer

À droite comme à gauche Carl Schmitt est de plus en plus lu Pourtant dans son dernier ouvrage, Yves-Charles Zarka va jusqu’à nier la pertinence de son oeuvre.
La ténacité d'une haine individuelle est toujours étrange lorsqu'elle s'exerce par-delà la tombe. Mais elle n'est jamais fortuite contrairement à ce que prétend un discours officiel et convenu fort répandu dans nos post-démocraties occidentales, la haine est toujours rationnelle et ne se déchaîne pas sans but. Toute logique sacrificielle s'inscrit dans un ordre politique englobant dont elle assure à la fois la pérennité et la cohésion idéologique. Le rôle de l'intelligence est précisément de savoir déterminer lequel.
C'est ce que nous confirme à l'envi le nouvel opuscule édité par le célèbre et influent professeur de philosophie politique Yves-Charles Zarka et consacré - une fois de plus - à la « nazification », autrement dit l'anéantissement symbolique, du grand juriste et philosophe du droit Carl Schmitt, décédé en 1985, à l'âge de 97 ans.
Car cela fait bien dix ans, maintenant, que Zarka, ancien disciple normalien et marxiste de Louis Althusser ainsi que bouillant intellectuel sioniste de gauche (c'est-à-dire athée), poursuit, à travers une série impressionnante de livres, d'articles et de colloques en tous genres, cette entreprise de mise à mort rituelle du cadavre de Schmitt. Comme si le fantôme du constitutionnaliste allemand menaçait, tel le Nosferatu de Murnau, de sortir de terre, dans cette longue nuit de l'après-globalisation qui commence depuis peu, afin de vampiriser le sang et les ressources intellectuelles des condisciples socialistes de Zarka. Y aurait-il donc péril en la demeure ? À en juger par la constance dans la vindicte de notre homme, il faut le croire.
L'objet à l'origine du courroux de ce Fouquier Tinville sorbonnard, c'est le livre que Schmitt a composé en 1938 sur Hobbes - philosophe auquel Zarka a consacré lui aussi deux ouvrages qu'il semble croire définitifs -, Le Léviathan dans la doctrine de l'État de Thomas Hobbes. Zarka accuse Schmitt de s'y être livré à une triple trahison de la pensée hobbesienne théologico-politique (en occultant, par antisémitisme, la source d'inspiration mosaïque de la philosophie politique de Hobbes), juridico-politique (en assimilant la théorie hobbesienne de la souveraineté à une justification « fasciste » de la dictature) et enfin éthico-politique (en déniant le soubassement individualiste de la morale de Hobbes qui en fait, selon Zarka, un des premiers penseurs des Droits de l'Homme déduits de la théorie protestante de la Loi naturelle).
Pour comprendre de quoi il est vraiment question dans cette charge crypto-stalinienne, il convient de distinguer ce qui a trait à la pensée de Hobbes et à celle de Schmitt.
Que celui-ci, en effet, ait cherché à tirer à soi, de façon assez classique, la philosophie politique de Hobbes, cela n'est que trop clair et, du reste, Schmitt lui-même s'en est à peine dissimulé par la suite. Penseur ultra-conservateur de tradition catholique, Schmitt, dont la doctrine de la « théologie politique » (selon laquelle toute forme de souveraineté étatique ne serait rien d'autre que la métamorphose sécularisée d'un concept latin d'origine théologique) doit plus à Louis de Bonald ou à Donoso-Cortes qu'à un quelconque philosophe protestant de l'âge classique, était en effet très loin d'être un continuateur moderne de Hobbes. Sur ce point précis de critique historique, Zarka a raison, mais comme a raison en théorie tout penseur qui entreprend un jour de redécouvrir l’eau chaude.
Là où notre bolchevique de salon bascule une fois de plus dans la diffamation pure et simple, c'est lorsqu'il voit à l'origine de cette annexion du corpus hobbesien une volonté de manipulation théorique motivée par l'adhésion de l'ex-juriste de Weimar au racialisme nazi des SS. Car quiconque connaît, même de loin, la nature des démêlés réels qui opposèrent Schmitt, ancien membre anti-nazi du Zentrum catholique dans les années 1920, à l'Ordre noir de Himmler ainsi qu'au régime hidérien lui-même (qui, à partir de 1936, déchut l'auteur du Nomos de la Terre de toute fonction officielle avant de le soumettre à la surveillance étroite de la Gestapo sait par conséquent, que si manipulation de la pensée de Hobbes il y eut de la part de Schmitt, c'était précisément pour contrer les nazis, et non pas pour leur complaire.
Ce que Schmitt en 1938 veut célébrer dans le Léviathan, comme du reste dans la République de Jean Bodin, c'est une définition de l'État qui rend l'autorité de celui-ci indépendante aussi bien de la société civile (contre la vision de la démocratie libérale) que du peuple ou de la race (contre, précisément, la vision du Parti nazi). Parce que l'interprétation que Schmitt donne de l'État souverain est à la fois théologique et romaine, elle ne peut se confondre avec la doctrine racialo-darwinienne de Hitler non plus qu'avec toute conception authentiquement totalitaire de l'État -ainsi que Julien Freund, grand lecteur de Schmitt, l'avait parfaitement perçu.
Zarka, en réalité, serait-il surtout effrayé par ce que les écrits de Schmitt contiennent d'explosif vis-à-vis de ses propres idées à la fois laïcistes, post-marxistes et sionistes ?
À chacun de ses lecteurs de se faire juge.
Pierre-Paul Bartoli Le Choc du Mois janvier 2010

Yves-Charles Zarka (dir.), Carl Schmitt ou le mythe du politique, PUF, 198 pages, 16 €.

Le monde terrrrrrrrifiant des intellectuels de gauche

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La bête est là. La bête menace Partout sans cesse en chacun de nous. La vigilance s'impose et un nouveau rappel à ordre était nécessaire.
Daniel Lindenberg est l'un de ces innombrables anciens élèves normaliens de Louis Althusser qui, fidèle aux objurgations pseudo-ésotériques et faussement prophétiques du Maître, adhéra dans les années 1960 au Parti communiste français avant de virer maoïste lors du grand engouement estudiantin pour la Révolution culturelle chinoise qui fut l'un des signes annonciateurs de Mai 1968. Mais Thorez ou Mao, pour ces jeunes gens si appliqués et si sages, ce n'était en fin de compte que de courtes initiations de jeunesse vite délaissées quand à vingt ans on vise le concours d'entrée de Normale Sup sans faire un détour par le maquis bolivien comme Régis Debray, c'est que la Révolution prolétarienne est sans doute moins une vocation sacerdotale qu'une sorte de mise en bouche conceptuelle.
Toutefois, le marxisme a été pour Lindenberg et ses comparses d'hier comme d'aujourd'hui (Blandine Kriegel, Alexandre Adler, Pierre Rosanvallon, Jacques Rancière, Olivier Mongin) un lieu d'apprentissage décisif qui ressemble un peu aux bordels de province où les vieux libertins devenus abstinents et monogames, après être montés à Paris, se souviennent que jadis ils se livrèrent à la débauche, avant que la jeunesse les déserte. C'est en effet l'un des grands avantages que procure l'adhésion à l'extrême-gauche et que ne parviennent pas à saisir les prosaïques gens de droite quand on a été marxiste à l'aube de la vie, quoi qu'il arrive ensuite, on reste mentalement un rebelle, même si l'on devient mandarin d'État ou directeur de conscience auprès des jeunes gens qui courent le pavé parisien.
Ainsi de notre ami Lindenberg, qui, dès les années 1970, comprit très vite que la Révolution, c'était bien, mais que la Démocratie c'était encore mieux. D'ailleurs, pourquoi recommencer la Révolution puisqu'elle avait déjà été faite en 1789 ? Très vite, notre comparse à l'œil fatigué et à la moustache triste devint donc l'un de ces innombrables rentiers louis-philippards du Progrès, qui se succèdent par dizaines, dans l'Université française depuis les Trois Glorieuses de 1830.
La gauche libérale (dite aussi « deuxième gauche » sous nos deux) n'a pas pour rien été façonnée pendant les années de lutte par la franc-maçonnerie, que l'on appelle irrégulière, puisque, comme dans les Loges, il faut être recommandé par des Frères haut placés avant d'y être adoubé. Homme d'entregent, Lindenberg ne fit pas, de ce point de vue, les choses à moitié et parvint à se lier, ni plus ni moins, avec Raymond Aron et surtout François Furet, qui édita et préfaça sa biographie de Lucien Herr, le bibliothécaire normalien et néo-kantien qui catéchisa Jean Jaurès et Léon Blum à l'époque de l'âge d'or du socialisme. Fier de ces jolies relations, le mao repenti se mit alors à dévorer les ouvrages de l'austro-américain Karl Popper, qui lui apprit les vertus de la « société ouverte » et surtout la noirceur protéiforme de ses ennemis de toujours : réactionnaires, catholiques, staliniens ou bien, encore plus pervers, un quelconque et nauséabond mélange historiciste des trois.
La comédie était bien agencée et il est probable que Daniel Lindenberg y a cru, voire y croit encore - comme tant d'autres de sa génération et de son agence bancaire. À la même époque, son amie Blandine Kriegel rédigeait sa thèse universitaire sur « l'État et les esclaves » où elle expliquait que par la vertu des Droits de l'Homme, l'État obscurantiste et despotique des Anciens régimes était devenu miraculeusement un accoucheur de progrès, de miel, d'égalité, de système métrique et de mini-jupes. Finalement, tout bien pesé, après 1789, après 1848, après 1873, après 1936, on était bien forcé d'épouser le parti de Pangloss contre celui de Candide et de Voltaire. Les anciens élèves d'Althusser ne s'en privèrent pas.
Tout aurait donc dû très bien finir dans le meilleur des mondes progressiste possible, si deux inconvénients n'étaient pas venus menacer les acquis d'une jeunesse si brillante la chute de l'Union soviétique et, conséquence logique, la rupture du front « antitotalitaire », que la lutte contre le communisme stalinien avait suscité après l'invasion de Budapest en 1956. Un couple de dangers inattendus pointait son nez. d'une part le risque de l'abandon du progressisme démocratique par une partie des anciens adversaires du marxisme qui pouvaient être tentés de retourner leur veste ou tout simplement assumer en toute bonne conscience leurs convictions conservatrices rendues à nouveau licites par la disparition du goulag ; d'autre part - et c'était peut-être encore plus grave - l'absence d'ennemi à combattre qui faisait que rien désormais ne ressemblerait plus à un bourgeois conservateur qu'un intellectuel social-libéral de la rive gauche de Paris. La fin de l'Histoire de Fukuyama, dont Lindenberg n'ose pas vraiment se moquer (ce qui suffit à dire l'effroi que sa thèse a dû susciter en lui), amenait la fin du manichéisme idéologique.
On voit que le péril était grand. Aussi, très lentement pressé par l'urgence, mais sponsorisé par son vieux camarade Pierre Rosanvallon, Lindenberg sortit donc enfin en 2002 de son long « sommeil dogmatique » (référence à Kant), avec  une mince plaquette publiée aux éditions du Seuil : Le Rappel à l'ordre, enquête sur les nouveaux réactionnaires, dont le journal Le Monde, comme il se doit, mais aussi les tonitruants et quelque peu ridicules cris d'orfraie poussés par Alain Finkielkraut, épinglé dans le libelle, assurèrent largement la promotion auprès du public lettré de France et de Navarre.
La thèse du brûlot est aujourd'hui bien connue - et banale Paris est peuplé en ce début de siècle d'intellectuels suspects qui, bien qu'issus de la gauche, s'abstiennent de plus en plus souvent de se laver les mains après avoir feuilleté les Réflexions sur la Révolution française de Burke ou les derniers livres de Hannah Arendt, cette maîtresse non repentie et par trop aristocratique du nazi Heidegger. Classiquement, Lindenberg, pâle successeur moderne des antiques Inquisiteurs d'Espagne, dressait une liste non exhaustive de ces supposés marranes inversés Alain Finkielkraut donc, Marcel Gauchet, Pierre Manent, Renaud Camus, Philippe Muray, Jean-Claude Michéa, Alain Soral, Pierre-André Taguieff, Michel Houellebecq, Stéphane Courtois, on en passe et des meilleurs…
Mais avec Le Procès des Lumières la charge se veut désormais napoléonienne et mondiale : c'est ni plus ni moins une nouvelle version du complot jésuitique cher aux jacobins et aux francs-maçons du XIXe siècle que Lindenberg réinvente et orchestre à la manière d'un roman d'Eugène Sue ou de Bram Stoker (où Maurras tiendrait le rôle de Dracula). Partout, en France, mais aussi en Italie, aux États-Unis, au Japon, en Inde, en Chine, en Russie, en Islam, la réaction nationaliste et religieuse est de retour. Partout, les progressistes sont acculés autour d'une Déclaration universelle des Droits de l'Homme en lambeaux comme les communards de 1871 devant le mur des Fédérés. On connaît la chanson : cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! À nouveau, il faut se battre et enrôler dans sa bannière aussi bien les ombres de Marx que de Raymond Aron, de Jean-Jacques Rousseau que de François Furet.
Le plus drôle, dans cet ouvrage bien informé mais rendu grotesque par la thèse qu'il défend, est que Lindenberg, à longueur de pages, s'y vautre sans retenue dans les deux péchés suprêmes dont il fait précisément l'apanage de la « réaction » : le mythe du complot, comme on vient de le dire (les intellectuels crypto-réactionnaires sont au moins aussi nombreux et influents dans son livre que les capitalistes ou les révolutionnaires juifs dans les pamphlets de Drumont et de Céline), mais aussi la nostalgie : que le monde était beau à l'époque d'Emile Zola, de Jules Ferry, du progressisme colonial, du petit père Combes et de tous ces braves radicaux-socialistes à moustaches. Pour un peu, on aurait presque envie de conseiller à Lindenberg de faire friser la sienne.
Philippe Marsay Le Choc du Mois janvier 2010

Daniel Lindenberg, Le Procès des Lumières, Seuil, 292 p., 19 €.

Maurice Barrès - La colline inspirée

dimanche 5 avril 2020

Allemagne : un poignard romain vieux de 2000 ans, retrouvé dans un état de préservation exceptionnel, a été restauré

C’est l’arme d’un légionnaire romain ayant combattu les tribus germaniques sur le limes impérial, à la frontière de l’empire, il y a 2000 ans. Elle a été retrouvée dans un état de préservation exceptionnel. Restauré, ce poignard a été dévoilé pour la première fois au public.
[…]
Le poignard et la ceinture ont subi des radiographies et un examen tomographique assisté par ordinateur avant restauration. Ils ont révélé que la lame de la dague était composée de différents aciers et présentait des traces d’usure. « Ce qui montre qu’il ne s’agissait pas seulement d’un poignard d’apparat, même s’il en présente bien des aspects. Son propriétaire l’a utilisé« , a poursuit Yann Le Bohec.
[…]

Pasteur et Koch : la rivalité entre le découvreur du vaccin contre la rage et celui du bacille de la tuberculose

Légendes de la science, le Français Louis Pasteur et l’Allemand Robert Koch se sont affrontés à l’heure de la découverte de la transmission des maladies par les microbes. Un tournant captivant dans l’histoire de la médecine. À la fin du XIXe siècle, le chimiste Louis Pasteur, déjà célèbre pour ses travaux sur la fermentation, a l’intuition que des micro-organismes pourraient être à l’origine des maladies infectieuses. Mais c’est à un total inconnu que l’on en doit la démonstration scientifique : médecin de campagne, Robert Koch est parvenu à identifier la bactérie responsable de la fièvre charbonneuse, qui décime les troupeaux. Vexé, Pasteur affine les résultats de son concurrent avec un coup d’éclat : en 1881, il inocule une forme atténuée de la maladie du charbon à une cinquantaine de moutons. La campagne de vaccination est couronnée de succès et le Français est par-delà les cercles scientifiques. Mais publiquement, Pasteur omet de mentionner les travaux de Koch. La rivalité entre eux s’intensifie alors, exacerbée par l’antagonisme entre leurs deux pays. Tuberculose, choléra, rage, peste, diphtérie… : à travers leur duel, la lutte contre les pandémies de l’époque connaît des avancées spectaculaires. Ego salutaire À l’aide de reconstitutions de qualité et des explications limpides de scientifiques français et allemands, ce film retrace les grandes étapes de la compétition entre le découvreur du vaccin contre la rage et celui du bacille de la tuberculose, combat qui se prolongera par le biais de leurs disciples et de leurs instituts respectifs. Mathieu Schwartz met ainsi en lumière une guerre d’ego qui a profité à l’humanité, et écrit une page de l’histoire des sciences.

Grands Gourous et solutions miraculeuses !

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Bernard Plouvier
Dans la traversée de sa Vallée de larmes, l’humanité espère depuis l’aube des temps préhistoriques – et espèrera toujours, car la nature humaine est perpétuellement demanderesse de solutions exceptionnelles – qu’un génie ou qu’un grand initié en communication avec l’au-delà le guérisse des maux... même lorsque l’imprévoyance, l’irréflexion, l’avidité sont les principaux responsables du fléau.
En nos jours de pandémie, on s’accroche à des promesses fallacieuses, comme celle de « l’immunité à vie » après le contact avec un agent infectieux ou une vaccination. Alors même que l’on sait depuis la seconde moitié du XXe siècle que sont labiles l’immunité humorale – liée aux anticorps –, qui dure au mieux une vingtaine d’années. L’immunité cellulaire – liée au couple macrophages & T-lymphocytes – dépend d’un tas de facteurs exogènes (alcool, tabac, médicaments immuno-déprimants pour prendre des exemples très simples) ou endogènes (diabète, cancer, insuffisances rénale ou hépatique).
Il vaut mieux compter sur de nouveaux contacts avec le même agent ou un de ses « cousins » pour réactiver l’immunité. C’est ainsi que les sujets ayant eu survécu à la grippe asiatique de 1957-58 (1,5 à 2 millions de morts avec 1000 fois plus de sujets atteints et guéris) sont passés sans trop de problème à travers la pandémie de 1968-70 (pourtant issue d’un virus simplement « cousin » du précédent et qui semble avoir tué 1 million de personnes) ou que des Européens du Moyen Âge n’ont pas été touchés par Yersinia pestis, ayant eu durant leur jeunesse une infection à Yersinia pseudo-tuberculosis ou à Y. enterocolitica).
La médecine est chose complexe. Sa science et son histoire s’apprennent et cela demande beaucoup de temps, de pratique, d’étude et de remises en cause de ce qu’on croyait assuré. Il n’est pas trop certain que les « experts » qui « causent dans les postes » soient tous compétents... par expérience, on sait qu’un vrai praticien hospitalier a tendance à fuir la publicité, parce qu’elle est chronophage et que la première leçon qu’un médecin apprend lors de son internat, c’est le caractère très relatif des succès, rarement complets et de toute façon jamais définitifs.
Certes, le premier rôle d’un médecin est d’empêcher quiconque de mourir prématurément. L’on comprend de ce fait que lorsque l’on est confronté à une situation (presque) inédite, où la mortalité est grande (ce n’est pas forcément le cas du Coronavirus 2019 où le nombre de malades est probablement cent fois inférieur à celui des contaminés porteurs sains – et immunisés pour une vingtaine d’années sauf baisse de leur défenses à l’occasion d’une maladie ou de causes externes, cf. supra -, et où la mort ne frappe qu’environ 5% des malades – les sujets les plus vieux et les plus faibles), certains puissent se dire : « Tout est bon » ou « On peut tout essayer ». Et ceci introduit les « médicaments miracles », car le Covid-19 n’est qu’une énième resucée du « fléau qui va faire disparaître l’humanité ».
À la fin du XIXe siècle, la syphilis – ou grande vérole... on se demande bien pourquoi parce que la « petite », la variole, tuait davantage et bien plus rapidement que la soi-disant « grande » - semblait la peste des temps modernes qui allait « décimer l’humanité ». Un médecin assoiffé de publicité proclama que son arséno-benzène allait guérir tous les malades atteints de cette maladie vénérienne qui tuait (très) lentement mais de façon irrémédiable, tout en étant fort contagieuse. Il publia des résultats quasi-miraculeux et fut nobélisé en 1908. Puis, l’on s’aperçut que son Salvarsan était beaucoup moins efficace et nettement plus toxique que ne le prétendait le médecin miraculeux. En réalité, le médicament tuait plus rapidement certains malades – par insuffisance rénale et troubles cardiaques liés à une anémie sévère – que ne le faisait la vérole. Vers 1930, tous les médecins doués de bon sens s’étaient détournés du Salvarsan de Paul Ehrlich, mais on en commercialisa divers dérivés toujours toxiques jusque dans les années 1960 !
De même en 1900, il avait bien fallu condamner en justice – oh, à une toute petite peine ! – le Pr Albert Neisser qui testait un vaccin contre la syphilis (qui n’a jamais marché) et qui, pour aller plus vite dans ses recherches folles, inoculait la vérole à de jeunes prostituées non encore atteintes et qu’il avaient « vaccinées » au préalable... on reprocha à ce « bienfaiteur de l’humanité » d’avoir fait tout cela sans demander le consentement de ses pratiques (cf. Vollman, 1996).
De nos jours encore, combien de médicaments dits « révolutionnaires » ont dû être retirés du marché dans les 4 ou 5 ans qui ont suivi leur commercialisation, en raison d’effets secondaires dangereux, officiellement non dépistés lors des études toxicologiques chez l’animal et lors des études de phase clinique surveillée (par de grands professeurs, parfois assez avides d’argent) ?
D’agents destinés à dilater les coronaires (épouvantablement photo-sensibilisants) à la merveille qui devait régénérer les nerfs paralysés (génératrice d’une chute dramatique des globules blancs et d’infections graves), en passant par divers antihypertenseurs et divers antibiotiques, un médecin ayant exercé durant les années 1970-2010 a pu en connaître une vingtaine (pas tous commercialisés en France où la vigilance reste forte). 
Lorsque l’on a la chance d’utiliser des médicaments connus de longue date et que l’on veut utiliser pour d’autres pathologies que celles étudiées auparavant, il faut au moins respecter les contre-indications formelles (pour la chloroquine : les maladies graves du myocarde, les myopathies, les épilepsies mal contrôlées et les pathologies graves de la rétine) et surveiller de façon stricte la survenue d’effets secondaires cliniques ou biologiques et pas seulement se contenter d’électrocardiogrammes.
Enfin et surtout, aucun médecin, même très talentueux, ne devrait se poser en gourou, en « détenteur de La Vérité »... parce qu’il n’y a pas de vérité sauf celle de l’essence même de l’être humain et cette « vérité » est rarement belle et pure. Il n’y a que des réalités, apportées par l’étude des faits.
Et il est un fait réel qui amène à se poser une vraie question : une pandémie qui en un peu plus de 4 mois de diffusion à l’hémisphère Nord n’a pas tué 100 000 personnes mérite-t-elle que l’on inflige à l’humanité actuelle une crise économique mondiale, qui génèrera une crise sociale aux conséquences dramatiques ?
Jusqu’à sa disparition par extinction massive, par mutation en surespèce ou par génocide radical (comme celui commis par nos ancêtres Homo sapiens sapiens sur la concurrence moins intelligente, moins habile ou moins vicieuse des H. s. neandertalensis, floresiensis, denisoviensis etc.), l’humanité restera une « mendiante de miracles ».
Mais l’on pourrait espérer de l’Européen civilisé qu’il se rende enfin compte que toutes les nations ne sont pas synchrones dans leur développement et que, tant qu’il persistera des continents où une majorité d’humains ont un mode de vie fort éloigné de nos conditions d’hygiène, il faut maintenir des barrières de protection... quoi qu’en disent les profiteurs de l’économie globale et du brassage des races et des ethnies.
Enfin, il serait bon qu’une majorité d’électeurs se détourne des clowns incompétents, ni sages, ni savants et bien davantage préoccupés d’eux-mêmes que de la gestion du Bien public. On ne veut retenir de l’indéniablement grand spécialiste Didier Raoult que son rôle de lanceur d’alerte et d’auteur d’un plan de protection des populations après les deux épidémies de coronavirus de 2002 et 2009... et comme tous les vrais savants, il n’a pas été écouté des politiciens !
Si la France ou l’Italie sont mal dirigées, la faute en incombe en dernier ressort à la stupidité des électorats. 
Référence bibliographique :
John Vollman : Informated consent in human experimentation before the Nuremberg Code, British Medical Journal, 1996, volume 313, p. 1445-1447

samedi 4 avril 2020

Bernanos........ l'invasion des machines, par Frédéric Poretti-Winkler.

« Cela va vite, en effet, cher lecteur, cela va très vite. J'ai vécu à une époque où la formalité du passeport semblait abolie à jamais. N'importe quel honnête homme, pour se rendre d'Europe en Amérique, n'avait que la peine d'aller payer son passage à la Compagnie transatlantique. Il pouvait faire le tour du monde avec une simple carte de visite dans son portefeuille. Les philosophes du XVIIIe siècle protestaient avec indignation contre l'impôt sur le sel - la gabelle - qui leur paraissait immoral, le sel étant un don de la Nature au genre humain. Il y a vingt ans, le petit bourgeois français refusait de laisser prendre ses empreintes digitales, formalité jusqu’alors réservée aux forçats. Oh ! oui, je sais, vous vous dites que ce sont là des bagatelles.
Mais en protestant contre ces bagatelles le petit bourgeois engageait sans le savoir un héritage immense, toute une civilisation dont l’évanouissement progressif a passé presque inaperçu, parce que l'État Moderne, le Moloch Technique, en posant solidement les bases de sa future tyrannie, restait fidèle à l'ancien vocabulaire libéral, couvrait ou justifiait du vocabulaire libéral ses innombrables usurpations. Au petit bourgeois français refusant de laisser prendre ses empreintes digitales, l’intellectuel de profession, le parasite intellectuel, toujours complice du pouvoir, même quand il parait le combattre, ripostait avec dédain que ce préjugé contre la Science risquait de mettre obstacle à une admirable réforme des méthodes d’identification, qu’on ne pouvait sacrifier le Progrès à la crainte ridicule de se salir les doigts. Erreur profonde ! Ce n’était pas ses doigts que le petit bourgeois français, l’immortel La Brige de Courteline, craignait de salir, c'était sa dignité, c'était son âme. Oh ! peut-être ne s'en doutait-il pas, ou ne s'en doutait-il qu'à demi, peut-être sa révolte était-elle beaucoup moins celle de la prévoyance que celle de l’instinct. N'importe ! On avait beau lui dire : « Que risquez-vous ? Que vous importe d'être instantanément reconnu, grâce au moyen le plus simple et le plus infaillible ? Le criminel seul trouve avantage à se cacher... »
C'est le mot de criminel dont le sens s’est prodigieusement élargi, jusqu’à désigner tout citoyen peu favorable au Régime, au Système, au Parti, ou à l’homme qui les incarne. Le petit bourgeois français n’avait certainement pas assez d'imagination pour se représenter un monde comme le nôtre si différent du sien, un monde ou à chaque carrefour la Police d'Etat guetterait les suspects, filtrerait les passants, ferait du moindre portier d’hôtel, responsable de ses fiches, son auxiliaire bénévole et public. Mais tout en se félicitant de voir la Justice tirer parti, contre les récidivistes de la nouvelle méthode, il pressentait qu'une arme si perfectionnée, aux mains de l'Etat, ne resterait pas longtemps inoffensive pour les simples citoyens… Le jour n'est pas loin peut-être où il nous semblera aussi naturel de laisser notre clef dans la serrure, afin que la police puisse entrer chez nous nuit et jour, que d'ouvrir notre portefeuille à toute réquisition. Et lorsque l'Etat jugera plus pratique, afin d'épargner le temps de ses innombrables contrôleurs, de nous imposer une marque extérieure, pourquoi hésiterions-nous à nous laisser marquer au fer, à la joue ou à la fesse, comme le bétail ? L'épuration des Mal-pensants, si chère aux régimes totalitaires, en serait grandement facilitée. » (La France contre les robots) Toutes les formes de totalitarisme sont à bannir et le système actuel, ressemble beaucoup avec son « prêt à penser » à la plus odieuse des dictatures. Bernanos met en garde les hommes contre une orientation sociétale vers la résignation aboutissant à la pire des soumissions. L’idéologie du « prêt à penser », doublée d’une dictature de la technique, assurés d’un consensus complice de « nous-mêmes », amèneront des temps terribles, car l’adversaire est d’abord en nous avant d’être à l’extérieur ! Que le lecteur me pardonne les longues citations, mais celles-ci demeurent essentielles, pour les temps que nous vivons, tellement prophétiques et riches de bon sens, qu’il nous est parfois difficile d’en enlever des lignes comme des paragraphes… « …homme cultivé du XIIIe, du XVe ou du XVIIe la question suivante : « Quelle idée vous faites-vous de la société future ? » il aurait pensé aussitôt à une civilisation pacifique, à la fois très près de la nature et prodigieusement raffinée. C'est du moins à une civilisation de ce type que la France s'est préparée tout au long de sa longue histoire. Des millions d'esprits dans le monde s'y préparaient avec elle. On comprend très bien maintenant leur erreur. L'invasion de la Machinerie a pris cette société de surprise, elle s'est comme effondrée brusquement sous son poids, d'une manière surprenante. C'est qu'elle n'avait jamais prévu l'invasion de la Machine; l'invasion de la machine était pour elle un phénomène entièrement nouveau. Le monde n'avait guère connu jusqu'alors que des instruments, des outils, plus ou moins perfectionnés sans doute, mais qui étaient comme le prolongement des membres. La première vraie machine, le premier robot, fut cette machine à tisser le coton qui commença de fonctionner en Angleterre aux environs de 1760. Les ouvriers anglais la démolirent, et quelques années plus tard les tisserands de Lyon firent subir le même sort à d'autres semblables machines. Lorsque nous étions jeunes, nos pions s'efforçaient de nous faire rire de ces naïfs ennemis du progrès. Je ne suis pas loin de croire, pour ma part, qu'ils obéissaient à l'instinct divinatoire des femmes et des enfants. Oh ! sans doute, je sais que plus d'un lecteur accueillera en souriant un tel aveu. Que voulez-vous ? C'est très embêtant de réfléchir sur certains problèmes qu’on a pris l’habitude de croire résolus. On trouverait préférable de me classer tout de suite parmi les maniaques qui protestaient jadis, au nom du pittoresque, contre la disparition du fameux ruisseau boueux de la rue du Bac... Or, je ne suis nullement « passéiste », je déteste toutes les espèces de bigoteries superstitieuses qui trahissent l'Esprit pour la Lettre. Il est vrai que j'aime profondément le passé, mais parce qu'il me permet de mieux comprendre le présent - de mieux le comprendre, c'est-à-dire de mieux l'aimer. de l’aimer plus utilement, de l'aimer en dépit de ses contradictions et de ses bêtises qui, vues à travers l'Histoire, ont presque toujours une signification émouvante, qui désarment la colère ou le mépris, nous animent d’une compassion fraternelle. Bref, j'aime le passé précisément pour ne pas être un « passéiste ». Je défie qu'on trouve dans mes livres aucune de ces écœurantes mièvreries sentimentales dont sont prodigues les dévots du « Bon Vieux Temps ». Cette expression de Bon Vieux Temps est d'ailleurs une expression anglaise, elle répond parfaitement à une certaine niaiserie de ces insulaires qui s'attendrissent sur n'importe quelle relique, comme une poule couve indifféremment un œuf de poule, de dinde, de cane ou de casoar, à seule fin d'apaiser une certaine démangeaison qu'elle ressent dans le fondement. Je n'ai jamais pensé que la question de la Machinerie fût un simple épisode de la querelle des Anciens et des Modernes. Entre le Français du XVIIe et un Athénien de l’époque de Périclès, ou un Romain du temps d'Auguste, il y a mille traits communs, au lieu que la Machinerie nous prépare un type d’homme… » (La France contre les robots)
La création des besoins, le progrès pourquoi faire ?
« Mais la Machinerie est-elle une étape ou le symptôme d'une crise, d'une rupture d'équilibre, d'une défaillance des hautes facultés désintéressées de l'homme, au bénéfice de ses appétits ? Voilà une question que personne n'aime encore à se poser. Je ne parle pas de l'invention des Machines, je parle de leur multiplication prodigieuse, à quoi rien ne semble devoir mettre fin, car la Machinerie ne crée pas seulement les machines, elle a aussi les moyens de créer artificiellement de nouveaux besoins qui assureront la vente de nouvelles machines. Chacune de ces machines, d'une manière ou d'une autre, ajoute à la puissance matérielle de l'homme, c’est-à-dire à sa capacité dans le bien comme dans le mal…Arrêtons-nous sur ce mot de profit, il nous donnera peut-être la clef de l'énigme… Depuis cinquante longues années, les fortes têtes d`Europe, au lieu de se livrer comme jadis à des travaux de luxe où l'essentiel est sacrifié au superflu, c'est-à-dire l'Utile au Vrai, au Juste, au Beau - sur lesquels, d'ailleurs, personne n'est d’accord - auront consacré tout leur génie à des inventions pratiques et pacifiques... » (La France contre les robots)
FWinkler (http://boutique-royaliste.fr/index.php…) à suivre...

La connivence inavouable Les logiques siamoises de l'extrême gauche et du néo-libéralisme

Les logiques siamoises de l'extrême gauche et du néo-libéralisme.jpeg
Beaucoup croient encore, parmi les militants séduits par la marchandise frelatée qu'on leur vend sous l'emballage de la contestation, que l'extrême gauche se bat pour un rêve de fraternité. Ils se trompent. Les libertaires travaillent bien à un autre monde, mais c'est celui des néolibéraux, Un précurseur avait montré la voie : Trotski. C'est bien le libéralisme qui, déjà en 1917, avait rempli ses poches, avant son retour d'exil.
Combattre le capitalisme, rejeter l'ordre libéral ! Une évidence, ces préoccupations de la gauche radicale ? Tels sont en tout cas les mots d'ordre toujours mis en avant pour mobiliser les troupes. Gravés dans le paysage rhétorique de ses diverses composantes. De Bové à Besancenot, tous affichent la même volonté de lutter contre le système établi et ses effets immédiats. Licenciements, délocalisations et autres démantèlements du service public. L’opposition frontale de l'extrême gauche au néolibéralisme ne fait donc aucun doute, du moins pour ses sympathisants les plus vulnérables, ceux issus des milieux populaires.
Le problème, pour cette part du peuple qui lui fait confiance, c'est que l'extrême gauche s'applique à elle-même le principe de la « révolution permanente ». Hydre mutante, c'est à l'aune de sa frange la plus avancée qu'elle doit donc être jugée. Or, cette dernière est principalement mue par d'autres soucis que la défense des droits sociaux et la dénonciation de l'« horreur économique ». Ces thèmes ne constituent pas réellement le cœur de sa matrice idéologique. C'est dans une véritable logique d'illimitation, s'appuyant sur une culture transgressive, qu'il faut plutôt aller chercher celle-ci.
La pièce qui s'est jouée dans le théâtre tragi-comique de Mai 68 constitue à ce titre un moment décisif. Plus que la mise en scène d'une contre-culture aux contours imprécis, importe le recentrage qui s'opère alors des questions sociales vers les revendications sociétales. À terme, ce type de lutte a relégué au second plan les mises en cause du libéralisme que développaient situationnistes ou autogestionnaires. Ce tournant apparaît aujourd'hui en pleine lumière avec le militantisme de Ni putes ni soumises ou d'Act-Up. Extension indéfinie des droits individuels. Combat libertaire pour l'évolution perpétuelle des mœurs. Plus généralement, se met en place une nouvelle religion, celle de la fin de toutes les discriminations, pendant que disparaissent les critiques de la massification des modes de vie qu'engendre le capitalisme.
La solution ? Régulariser tous les comportements
Face aux revendications sans fin qui fleurissent ainsi de toutes parts dans une société dopée à l'opium des Droits de l'homme, la nébuleuse active de la gauche radicale détient une solution. Rien moins que la régularisation de tous les comportements. L’obtention de tous les droits. De ce fait, elle crée les conditions culturelles d'un développement accru du système libéral. L’ordre marchand prospère en effet à mesure que se poursuit le démontage des solidarités naturelles, familles ou territoires enracinés, et qu'avancent ainsi l'individualisme et son corollaire consumériste. Il a tout à gagner d'une circulation toujours plus fluide des individus dans un monde sans frontières. Illustrant, lui aussi, cette « loi d'illimitation de la société moderne », selon l'expression de Jean-Claude Milner, sa propre logique rend donc l'immigration et le nomadisme généralisé indispensables à sa course. On voit ici l'utilité d'organisations comme le Réseau Education Sans Frontières (RESF) ou l'Arche de Zoé.
Jouant ainsi objectivement le jeu de ceux qu'elle prétend dénoncer, une partie de l'extrême gauche a accompli une mutation essentielle. Avec ces « nouvelles radicalités », le projecteur s'est déplacé dès les années quatre-vingt-dix sur ces minorités marginales que représentent les « sans-papiers », les sans-abri et les minorités sexuelles. Après cet abandon inavoué de la vieille question sociale, la « révolution permanente » se passe désormais du peuple. Depuis les années soixante-dix, la figure messianique du travailleur a été remplacée par celle de l'exclu. Au moment de l'essor de SOS Racisme dans les années quatre-vingt, la vision d'une Gauche prolétarienne est déjà dépassée par ce combat anti-discriminatoire, plus en phase avec les exigences de dérégulation du néolibéralisme. La nouvelle façon d'étendre le domaine de la lutte est désormais d'accroître le champ du désir individuel, autrement dit le désir d'un accès aux droits, biens et services de tous ordres. Changer le prolétaire en consommateur, tel est aujourd'hui le fin mot de la subversion.
L'hyper-individualisme est l'avenir du genre humain
Il faut souligner un certain parallélisme dans les évolutions, et de l'idéologie révolutionnaire, et de la pensée économique libérale. De fait, le recentrage de l'extrême gauche se produit à un moment particulier. Celui où, dès la fin des années soixante-dix, s'observe en Occident une tendance favorisant, à côté du modèle néo-classique qui postule une intervention correctrice de l’État sur le marché, le modèle néolibéral critiquant une telle intrusion. Or, cette seconde option suppose en réalité que soient imposées aux sociétés prétendument bloquées les conditions générales, tant politiques que morales et culturelles, d'un tel système. Une nuée d'experts, au sommet de laquelle trône un Attali, doit alors chercher comment adapter le peuple à la croissance.
Le conditionnement que requiert cette dynamique néolibérale trouve bien son relais dans la frange la plus « éclairée » des « nouvelles radicalités », celle qui possède l'imaginaire le plus approprié pour changer le monde en objet de satisfaction. On peut en trouver un exemple dans Charlie Hebdo ou encore la revue ProChoix, où officie Caroline Fourest. Dans La tentation obscurantiste, paru en 2005, celle-ci défend une sensibilité que le politologue Philippe Raynaud qualifie d'« individualiste radical », contre tous les communautarismes, réceptacles « totalitaires » d'identités collectives. Un tel individualisme, désormais érigé en lutte progressiste par excellence, révèle où se situe l'avant-garde. À tous points de vue, la révolution libertaire est une affaire qui marche.

Philippe Gallion Le Choc du Mois octobre 2009

Fiche révision : Eudes - comte de Paris & roi des Francs

vendredi 3 avril 2020

Des scientifiques britanniques découvrent une quatrième nouvelle espèce de ptérosaure en quelques semaines

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Des scientifiques britanniques ont découvert une quatrième espèce de reptile volant préhistorique en seulement quelques semaines dans ce qu'ils décrivent comme un «âge d'or» des découvertes de ptérosaures.
Le professeur David Martill, de l'Université de Portsmouth, a dirigé le groupe de recherche international qui a conduit à la découverte des nouvelles espèces qui ont survolé les déserts du Maroc il y a 100 millions d'années.
Une porte-parole de l'université a déclaré: «Vous attendez longtemps un ptérosaure, puis quatre arrivent en même temps.

jeudi 2 avril 2020

Vie, mort et résurrection de l'extrême gauche La maladie infantile du communisme

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On croyait l'extrême gauche en soins palliatifs, sinon morte, Par implosion, autodissolution et reniements successifs. Mais elle a soudainement ressuscité au milieu des années quatre-vingt-dix, sur les ruines du mur de Berlin et du Moloch soviétique. Les courbes électorales du PCF et de l'extrême gauche se sont alors croisées. On assistait à la revanche des gauchistes et au retour du fantôme de Trotski.
L’extrême gauche soulève un problème de géographie électorale. Où la situer sur un atlas politique ? À la gauche de la gauche ? Certes ! Mais personne ne siège à la gauche du PCF à l'Assemblée nationale. Au plafond ? Comme Lamartine, qui répondait quand on lui demandait où il siégeait à la Chambre : « Au plafond, car je ne vois pas de place pour moi dans aucun groupe ». Là haut, rien ne pouvait venir troubler sa pureté. Où alors ? Dans les nuées et dans les caves de la société ? Les deux sûrement, tant l'extrême gauche réunit un mélange détonnant de théorie froide, de chimère politique et de violence endémique. Longtemps d'ailleurs, la question qui venait à l'esprit lorsqu'on évoquait la gauche radicale, c'était combien de munitions ? Et non pas : combien de divisions ?
C'est moins le cas aujourd'hui, où l'extrême gauche ne rassemble plus que les débris de la IVe Internationale, fondée par Trotski en 1938, devenue au fil des ans un magma touffu, qui a recyclé ces antiquités idéologiques que sont le maoïsme, le conseillisme, le spartakisme et quantité d'autres « ismes ». Une nébuleuse ou un archipel éclaté, selon que l'on recourt à la métaphore gazeuse ou solide. Avec un mode de reproduction à la fois complexe et primitif : le scissionnisme congénital. Ou, pour parler biologie, la scissiparité : la reproduction d'un même organisme qui se scinde à l'infini en autant de groupuscules et de corpuscules. Difficile d'y voir clair, même au microscope.
Un Jurassic park marxiste
En gros, l'extrême gauche réunit, ou réunissait, tout ce qui se situait à la gauche des partis communistes officiels. Des renégats, donc, aux yeux des marxistes-léninistes. On connaît d'ailleurs le mot de Lénine sur le gauchisme (ce qu'on appelle aujourd'hui communément l'extrême gauche) : c'est la maladie infantile du communisme. À quoi Daniel Cohn-Bendit et les soixante-huitards répliquaient qu'une telle maladie était le remède à la maladie sénile du communisme.
Infantile ou sénile, le communisme se rattache à la famille des maladies dégénératives. On connaît bien la tumeur maligne - le communisme -, moins la tumeur bénigne (faute d'avoir pu se développer). Olivier Rolin nous en a laissé un portrait prodigieux dans Tigre en papier (en « Points » Seuil), qui retrace l'aventure de la Gauche prolétarienne (la GP) dans les années soixante-dix, les plus riches heures de l'extrême gauche. Un voyage au bout de la nuit révolutionnaire à travers les avatars des maos, de loin les plus virulents (même si leurs méfaits ont été brefs). Ils avaient l'onction de Sartre et de l'intelligentsia - la révolution ayant souvent été une affaire de khâgneux et de Normaliens. Ils ont tout essayé les tracts à Billancourt, l'aventure en usine, l'action directe. Et tout avorté. La révolution ? « Un polar à petit budget », dit Rolin. Sordide, poisseux, délirant. En lisant son livre, on a l'impression de rouvrir un chapitre de la préhistoire, avec des fossiles du Crétacé. Un mélange de diplodocus, d'autogestion, de cols Mao, d'Albanie d'Enver Hodja, de fumisteries conceptuelles, de conspirationnisme maladif, de bâtons de dynamite, d'infiltration de la CIA. La barbe de Marx, le bouc de Trotski et la barbichette du Che. La sainte famille pileuse.
Du Grand Soir aux petits matins blêmes
On vivait alors dans l'attente du Royaume. La terreur devait en hâter la venue. Un langage apocalyptique - la guerre des classes - et un messianisme - une société sans classe. Moyennant quoi, le « Grand Soir » ne manquerait pas d'advenir, hic et nunc, ici et maintenant. C'était écrit d'avance. La théorie le proclamait - Hegel, Marx, Engels -, l'intendance suivrait, bon gré mal gré. Or, rien ne s'est produit. Pas de révolution mondiale, rien qu'une « révolution trahie » à Moscou. Et des désillusions partout ailleurs.
Trotski avait laissé un « héritage sans mode d'emploi », comme l'a dit Daniel Bensaïd, le théoricien de la LCR. Cet héritage, LO, les lambertistes et bien sûr la Ligue s'en disputeront les dépouilles. Un demi-siècle de guerres picrocholines. LO reste un monstre antédiluvien, paléomarxiste, vivant toujours dans la semi-clandestinité. C'est le troglodytisme ouvrier. Sa championne, si l'on peut dire, est, ou était, Ariette Laguiller. Un vieux gramophone des années quarante auquel on avait fini par s'attacher. Les lambertistes (du nom de feu Pierre Lambert, pseudonyme de Pierre Boussel) ne valent pas mieux. Ils se sont toujours abrités derrière de multiples appellations (l’avant-dernière étant le Parti des travailleurs). C'est une PME prospère, qui a pratiqué avec succès l'entrisme à FO, au PS, dans la franc-maçonnerie, mais qui n'a pas de repreneur. À force d'entrer, on finit par sortir complètement, comme eût dit Monsieur de La Palice.
Mais l'extrême gauche ne serait pas grand-chose s'il n'y avait les militants de la LCR, de loin les plus actifs. On les retrouve dans les syndicats SUD, au DAL, à Ras l'Front, AC chômage, chez les Verts. La LCR est moins psychorigide que ses consœurs trotskistes. Elle a su changer de peau, sans renoncer à sa structure ADN. C'est elle qui a le mieux intégré les nouvelles demandes sociales et les mutations du capitalisme contemporain (comme elle avait jadis été plus sensible au chahut libertaire). Elle s'est lancée dans une vaste entreprise de relookage. De nouvelles têtes - Besancenot - et un nouveau parti : le NPA, Nouveau parti anticapitaliste. On dirait du Chaban-Delmas, avec son éphémère « Nouvelle société ». Et le NPA est bien parti pour l'imiter (ce n'est pas nous qui nous en plaindrons).
Peau neuve et vieux démons
Mais il ne faut pas se tromper, l'extrême gauche est en phase avec l'évolution récente du monde. Elle est dans les vents porteurs, le « mainstream », le courant principal, comme disent les Anglo-Saxons. Son internationalisme de principe a anticipé le mouvement de mondialisation. Alter-mondialisme et globalisation néolibérale jouant le seul air qui compte, celui de la déstructuration des antiques cadres communautaires. L'histoire est pleine de ces alliances à fronts renversés, ruses de la Raison chères à Hegel. Du pacte germano-soviétique à l'actuelle complicité des libéraux et des libertaires.
Si l'extrême gauche demeure le parent pauvre du marxisme, c'est son seul ayant droit, depuis la chute de la maison mère. L'héritage est grevé de dettes, mais il reste auréolé de son ancien prestige, surtout dans les médias. L’extrême gauche sait en jouer. On la retrouve derrière toutes les causes à la mode, des sans-papiers aux sans-logis. Il ne faut ni la surestimer, ni la sous-estimer. Elle est électoralement marginale, politiquement divisée, mais omniprésente médiatiquement. Elle a relégué sa violence sur son « ultra-gauche », à des groupuscules d'« autonomes » plus proches du hooliganisme que de l'insurrection armée. Chemin faisant, elle s'est normalisée, s'ouvrant à un public d'intellectuels ratés et d'intermittents du spectacle. C'est la bobolchevisation du trotskisme. Ainsi le fantôme de Trotski n'a pas fini de hanter le monde, pareil à Ahasvérus, le Juif errant, tour à tour maudit et célébré, prêchant le déracinement de tous et l'indifférenciation universelle. Contre les peuples et les nations.
François Bousquet Le Choc du Mois octobre 2009

À lire : Christophe Bourseiller, À gauche, toute ! Trotskistes, néo-staliniens, libertaires, « ultra-gauche », situationnistes, altermondialistes... CNRS éditions, 2009.

A propos du "Kiel et Tanger" de Maurras... écrit en 1910, mais, semble-t-il, pour aujourd'hui (II/II)...

Notre éphéméride d'hier évoque les origines du livre de Maurras Kiel et Tanger. Nous en avons donc profité, hier et aujourd'hui, pour donner 2 documents d'importance :
• hier, un très intéressant article de Benjamin Fayet...
• et, aujourd'hui, le chapitre 24 de cet ouvrage, qui compose le IIème de nos Grands Textes... :

A propos du "Kiel et Tanger" de Maurras... écrit en 1910, mais, semble-t-il, pour aujourd'hui (I/II)...

 Notre éphéméride de ce jour évoque les origines du livre de Maurras Kiel et Tanger. Nous en profitons donc, aujourd'hui et demain pour donner 2 documents d'importance :
aujourd'hui, un très intéressant article de Benjamin Fayet; et, demain, le chapitre 24 de cet ouvrage, qui compose le IIème de nos grands textes...
Voici pour commencer l'excellent article de Benjamin Fayet, paru le 19 novembre 2014 sur le site Histoire Philit :
Kiel et Tanger de Charles Maurras : essai géostratégique visionnaire et source intellectuelle de la Vème République
Maurras-Charles-Kiel-Et-Tanger-La-Republique-Francaise-Devant-L-europe-Tome-Ii-1895-1905-1913-1921-Livre-ancien-412070056_L.jpg