lundi 15 mai 2017

« La Rébellion cachée », un film qui rend hommage aux martyrs vendéens

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(NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie:
c’est la projection ces jours ci à Paris du film « La Rébellion cachée ».
Daniel Rabourdin, le réalisateur rend ainsi hommage aux martyrs vendéens victimes du 1er génocide commis au nom de la sacro sainte république. Déjà diffusé aux USA, ce film a été réalisé par des Français sans aucune aide publique uniquement grâce à un fonds participatif.
Mêlant passion, scènes de guerre, et réalisme des reconstitutions de la vie quotidienne, le réalisateur utilise un genre osé entre la fiction et le documentaire.
Diffusée à la télévision américaine, l’histoire de cette rébellion cachée a déjà séduit outre atlantique 100 000 téléspectateurs. Le réalisateur semble plutôt dubitatif sur une diffusion à la télévision française, mais compte bien lorsque la version française sera achevée faire le siège des cinémas français.

LES GRECS & LA MER DANS L’ANTIQUITÉ | 2000 ANS D’HISTOIRE | FRANCE INTER

dimanche 14 mai 2017

Jean de la Hire (1878-1956) : itinéraire d’un écrivain devenu fasciste

Écrivain prolifique et d'une extrême variété, très célèbre en son temps, Jean de La Hire a sombré dans un total oubli depuis une bonne soixantaine d'années. Un oubli aussi étonnant qu'injuste eu égard à son talent et au succès avec lequel il aborda les génies littéraires les plus divers.
Une origine noble et une éducation rigoureuse
Adolphe Ferdinand d'Espies de La Hire vient au monde le 28 janvier 1878 à Banyuls-sur-Mer, des œuvres du comte Célestin d'Espies de La Hire, et de Marie Maillol, sœur du grand sculpteur Aristide Maillot. Le comte d'Espies est un grand propriétaire viticole, aux principes rigoureux. Il compte, parmi ses ancêtres, Etienne de Vignolles (1390-1443), surnommé La Hire, vraisemblablement à cause de son caractère coléreux (ire étant synonyme de colère, en français médiéval, et le h étant un ajout ultérieur). Aussi confie-t-il l'éducation d'Adolphe, son fils aîné, aux Jésuites de Béziers, dont le collège jouit d'une solide réputation. La discipline y est rude, et le jeune garçon en ressortira très instruit et irréprochablement éduqué, mais profondément anticlérical, révolté contre son milieu d'origine, et favorable aux idées libérales et démocratiques, voire révolutionnaires. Toutefois, son hostilité à l’Église s'émoussera avec les années, quand il entrera dans l'âge mûr. Son éducation jésuitique lui a inculqué, tout naturellement, le goût des lettres, et, après son baccalauréat, il envisage une carrière d'écrivain, ce que son père n'apprécie que médiocrement.
Début littéraires et journalistiques
Monté à Paris, il cherche à fréquenter les milieux littéraires et à rencontrer les gloires du moment. Il se lie alors avec Henri Gauthier-Villars, dit Wilfy, le sulfureux époux de la non moins sulfureuse Colette. Fumiste, écrivain raté exploitant sans scrupule le talent de sa jeune épouse et le travail de "nègres" qui cherchent à gagner leur vie, Wilfy se l'attache comme tâcheron pendant quelque temps. Puis, Adolphe, en quête d'une situation plus stable et mieux rémunérée, entre comme journaliste au Matin, le grand quotidien républicain (modéré) et dreyfusard de la charnière des XIXe et XXe siècles(1), cela grâce à Colette, collaboratrice de ce journal. Apprécié de son patron, Maurice Bunau-Varilla, il devient directeur littéraire du journal.
Les succès d’un écrivain prolifique d’une extrême variété
Mais le jeune homme ne perd pas de vue ses ambitions d'écrivain. Dès 1898, à vingt ans, il publie, grâce à l'appui de Pierre Louys, dont il est devenu l'ami, son premier roman, La Chair et l'Esprit(2). C'est le début d'une intense période d'activité et d'une production soutenue. Il donne d'abord dans le roman psychologique, avec Les Vipères (1899), Le Tombeau des vierges (1900), Héro et Léandre (1900), Maîtresse de roi (1900), Incestueuse (1901), La Torera (1902), Les sept beautés de la marquise, Amours tragiques, Rivales d'amour (1903), Vengeances d'amoureuses (1905). Suivront de nombreux romans d'aventures, à intrigue contemporaine ou de cape et d'épée, ou à caractère historique affirmé Fleur meurtrie (1921), le Capitaine (1923), Le roman d'un modèle, L'Epave sanglante (1926), Le roi de la Sierra (1927), La Fille du bourreau, L'aventureuse Marquise (1928), Le roi des catacombes, Les bandits de Paramaribo (1929), La fille de Duguesclin (1929). Il donne une vie romancée de Sainte Thérèse d'Avila (1921), dont il se montrera toujours particulièrement fier (au point de le considérer comme son chef-d'œuvre), mais qui suscitera la réaction violente de l’Église : l'ouvrage, mis à l'Index, sera interdit en Espagne et solennellement brûlé dans une cour du palais royal de Madrid, en présence du Roi Alphonse XIII et d'un légat du pape Pie XI. La raison en est que l'auteur présente les extases de la sainte comme des délires mystiques à connotation sexuelle.
Jean de La Hire se crée un genre très personnel qui tient lieu à la fois du roman d'aventure, du roman d'anticipation scientifique ou de science-fiction, et du fantastique à coloration religieuse ou ésotérique : Le Trésor dans l'abîme (1907), La Roue fulgurante (1908), premier roman à mettre en scène une soucoupe volante(3) Les dompteurs des forces (1927), L’Énigme des pôles, Le monstre au cœur d'acier, L'homme aux hélicoptères, Les ravageurs du monde (1928), Le Secret des cent îles, L'œil de la déesse (1929), Le Roi de la nuit (1943).
Jean de La Hire se fait un plaisir de publier ses livres sous les pseudonymes les plus divers Edmond Cazal pour les romans historiques, Commandant Cazal pour les romans de guerre, Alexandre Zorka, André Laumière et Jean Vinegrower pour les romans d'amour, Arsène Lefort pour les romans de cape et d'épée, ou encore Philippe Néris. Il signe parfois du nom d'A. d'Espies, soit à peu près de son vrai nom.
Cette inclinaison à varier ses noms de plume n’a rien d’une toquade. Elle répond à une stratégie publicitaire : elle permet de multiplier la notoriété, d'infléchir ou de corriger l'opinion générale des lecteurs (ils ont forcément des avis différents sur des auteurs qu'ils croient différents), permet à l’écrivain connu sous un nom de faire référence à lui-même (en termes avantageux) sous un autre nom, et donne à l'éditeur, l'occasion d'enrichir son catalogue. Et Jean de La Hire ne s'est pas privé de ce petit jeu. Les éditeurs, La Hire les connaît bien, car il en a plusieurs, qui recherchent tous sa clientèle : Tallandier, Ferenczi, Fayard, Albin Michel, les Éditions de France, les Editions du Loisir, le Masque, etc. Lui-même se lance dans l'édition , en plus de sa double activité de journaliste et d'écrivain : en novembre 1905, il fonde sa maison, la Bibliothèque indépendante, qu'il vend quelques mois plus tard seulement, pour devenir directeur de la Librairie Universelle (juillet 1905-juin 1906). Notre homme est très entreprenant et ne se laisse arrêter par aucun obstacle, ni n'éprouve aucune appréhension inhibitrice. Cependant, ses expériences éditoriales connaîtront des hauts et des bas.
Auteur à succès fêté par le grand public, Jean de La Hire décide d'élargir son lectorat populaire, en particulier en direction de la jeunesse. Pour cela, il va créer des séries de récits d'aventures centrées autour de héros particuliers. La plus fameuse, en son temps, aura été Le Nyctalope. Le Nyctalope (de son vrai nom Léo Sainte-Claire(4) est un personnage doué de facultés surnaturelles, capable de voir parfaitement dans l'obscurité (d'où son surnom), maîtrisant au plus haut degré la science de son temps, et vivant des aventures extraordinaires qui le mènent jusqu'à des planètes lointaines, dont Mars et l'imaginaire Rhéa. De L'Homme qui peut vivre dans Veau (1909) à L'Enigme du squelette (1955), ce héros vivra vingt-quatre aventures différentes sous la plume féconde de son créateur.
Jean de La Hire lance également, en 1913, la série des Boys scouts, série d'aventures tournant autour de plusieurs jeunes garçons, dont trois boys scouts (dont « l'hypocrite Jean Bart ») vingt-six titres paraîtront. Ces séries connaîtront un grand succès, puis tomberont dans l'oubli à la fin des années 1950. Le Nyctalope n'aura pas la postérité de Fantômas, le personnage (maléfique, quant à lui, qui lui ressemble le plus), de Rouletabille ou d'Arsène Lupin. Quant aux boys-scouts, ils connaîtront une désaffection que n'atténuera pas la vogue des héros scouts dans les œuvres écrites et illustrées pour la jeunesse(5).
Touchant à tous les genres, doué d'une curiosité universelle et insatiable, Jean de La Hire se consacre aussi à des sujets "sérieux", qui ne relèvent pas de la fiction. Ainsi, dès 1905, il publie une biographie de Colette, son amie, une des premières écrites sur cet auteur (qui n'a alors que trente-deux ans). Il donne également des essais sur les sujets les plus divers : Les gaudrioles militaires (1897, à dix-neuf ans), Mémoires d'un Don Juan et physiologie du donjuanisme (1904), Le président Fallières, la vie politique, le congrès de 1906 (1906), Les voyages passionnés. À Venise, dans l'ombre de Byron (1915), L'Europe future. Réponse à H.G.Wells (1916), Les amours, les frasques, et la passion de Mirabeau (1926)(6).
Jean de La Hire épouse en 1904, Marie Weyrich, fille de pasteur, qui aura une activité de romancière, de poétesse, de peintre, et sera l'amie de Francis Picabia. Mais, malade, elle s'éteindra dès 1925, à quarante-sept ans seulement.
De l’inclination républicaine et démocratique à la foi nationale-socialiste
Nous l'avons dit, Jean de La Hire, révolté contre son milieu d'origine et devenu anticlérical en raison de la sévérité de ses maîtres jésuites, avait embrassé les idées républicaines et démocratiques. Les années passant, il met une sourdine à son anticléricalisme, et c'est bien malgré lui que sa biographie romancée de Sainte Thérèse d'Avila suscite la réaction violente de l’Église romaine : il n'avait pas eu, quant à lui, d'intention provocatrice. En revanche, son antimilitarisme, déjà vif dans La gaudriole militaire (1897 péché de jeunesse), s'accentue. Et ce d'autant plus qu'il conservera de sa participation de combattant de la Grande Guerre des souvenirs atroces et des séquelles pulmonaires durables du gazage dont il aura été la victime. L'idée du retour possible de la guerre sera chez lui une hantise, et, à l'approche du second conflit mondial, il produira presque simultanément cinq ouvrages sur le sujet La Guerre, la guerre !, Maginot-Siegfried, Batailles pour la mer, l’Afrique en flammes et La fin… par le pétrole, tous publiés en 1939.
De ce point de vue, Jean de La Hire ressemble à Jean Giono, lui aussi très marqué par son expérience de combattant de la Grande Guerre, et devenu inconditionnellement pacifiste. À la différence de ce dernier, il ne signe cependant pas le manifeste clandestin Paix immédiate de septembre 1939. Et cependant, il aurait pu le faire aisément. En effet, on relève, parmi les noms des signataires, ceux d'authentiques hommes et femmes de gauche, tels Alain, Louis Le-coin, Marceau Pivert, Henry Poulaille, Victor Margueritte, Germaine Decaris, Thyde Monnier, entre autres ; et on trouve surtout ceux de personnalités dont Jean de La Hire se sentait particulièrement proches, comme Marcel Déat et Ludovic Zoretti.
Car, en deux décennies (1919-1939), Jean de La Hire avait beaucoup évolué. Le républicain démocrate bon teint, plutôt anticlérical et dreyfusard, de la Belle Époque a été déçu par l'évolution (ou plutôt l'involution) de la République française après la Grande Guerre. Le pourrissement dès institutions, la corruption et l'incurie des parlementaires, l'impuissance de l'exécutif, le déclin et les crises économiques et financières, l'incapacité de la SFIO à se rénover pour s'adapter aux temps nouveaux, l'inféodation des communistes à l'URSS totalitaire, l'ont éloigné de la gauche radicale et socialiste vers laquelle il inclinait dans sa jeunesse. Comme Marcel Déat, Adrien Marquet, Ludovic Zoretti et autres, il en vient à opter en faveur d'un régime à la fois nationaliste et socialiste, planificateur et technocratique en économie, réformiste au plan social, peu ou prou corporatiste, seul capable de relever la France de son déclin et du marasme. Le régime fasciste italien et le national-socialisme allemands lui semblent des modèles acceptables, dans la mesure où ils concilient prospérité nationale et résolution de la question sociale.
Un partisan actif de la collaboration
Aussi, dès juillet 1940, il se rallie au maréchal Pétain et à la cause de la Révolution nationale. Au début de 1941, il adhère au Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Comme ce dernier, il ne voit de chance de relèvement pour la France que dans une politique de collaboration sans réserve avec l'Allemagne hitlérienne et l'instauration d'un régime de type fasciste. Afin de contribuer à la promotion de ces idées, il participe aux activités du groupe Collaboration fondé par Alphonse de Châteaubriant, et où s'activent des personnalités telles que Drieu La Rochelle, Georges Claude, le cardinal Baudrillart, Abel Hermant et Abel Bonnard. Il met sa plume au service de ses idées politiques. Après Le crime des évacuations. Les horreurs que nous avons vues (1940), violente condamnation des conséquences humaines catastrophiques de l'incurie, en pleine guerre, du gouvernement de Paul Reynaud, de Daladier et de Mandel, il exhorte à l'édification d'une Europe nationale-socialiste dans Le Travail, les Travailleurs et la Nouvelle Europe (1941), et à la collaboration pleine et entière avec l'Allemagne, dans Hitler, que nous veut-il donc ? (1942). Il donne également une violente diatribe contre la Grande-Bretagne, avec Mort aux Anglais ! Vive la France ! (1942).
Ses convictions sont telles que les autorités allemandes d'occupation lui confient, en octobre 1940, l'administration de-la maison juive d'édition Ferenczi & fils, aryanisée, et ce contre le vœu du Commissariat général aux Questions juives, qui aurait préféré un gérant moins pro-allemand. Cependant, d'un commun accord entre les Allemands et lui-même, Jean de La Hire quittera ce poste dès décembre 1940. C'est par cette maison, rebaptisée Editions du Livre moderne qu'il fera éditer les ouvrages politiques que nous citions plus haut.
La réprobation, puis l'oubli
À la Libération, il fait l'objet de poursuites. D'abord exclu du Syndicat des Editeurs (9 septembre 1944), il est arrêté le 21 mars 1945. Malade, toujours en raison des séquelles du gazage dont il fut victime durant la Grande Guerre, il est transféré à l'hôpital de Château-la-Vallière, en Indre-et-Loire, d'où il parvient à s'échapper. Il sera condamné par contumace à dix ans de détention et à l'indignité nationale à vie. Durant six ans, il vit dans la clandestinité, changeant de domicile et de région, faisant parfois des excursions à l'étranger. Fatigué de cette vie errante, que, d'ailleurs, la maladie l'oblige à cesser, il se rend le 3 décembre 1951. Son âge, son état de santé, le refroidissement des passions anti-collaborationnistes de 1944-1945, lui valent l'indulgence de l’État et des autorités judiciaires, qui le dispensent d'un nouveau procès. Il s'éteindra à Nice le 6 septembre 1956, victime de ses affections pulmonaires consécutives au gazage qu'il avait subi.
L'oubli en lequel il est tombé est regrettable dans la mesure où il fut le premier auteur populaire de fantastique et de science-fiction, et l'un des meilleurs auteurs de romans d'aventure destinés au grand public.
Paul-André Delorme Rivarol du 20 avril 2017
Le Matin, dirigé de 1901 à 1944 par Maurice Bumu-Variila, ne cessera d'évoluer par la suite. Conservateur après la Grande Guerre, il deviendra nationaliste et antidémocrate durant les années 1930, puis pétainiste et collaborationniste sous l’Occupation.
2. Éditions Girard.      
3. À partir de 1952, le livre sera réédité sous le titre Soucoupe volante.
4. Ce nom change suivant les romans de la série, devenant tour à tour, outre Sainte-Claire, Saint-Clair, Sainclair ou Sinclair.
5. On songe ici tout spécialement à la bande dessinée, notamment à Tintin (fortement inspiré du scoutisme et créé par l'ancien scout Hergé, qui l’avait conçu initialement sous les traits de Totor, chef de la patrouille des Hannetons) et de la Patrouille des Castors, la série créée par MiTacq et Jean-Michel Charlier (1895-1993).
6. Biographie romancée du grand tribun des débuts de la Révolution française.

LA CITÉ ANTIQUE DE PALMYRE (SYRIE) | 2000 ANS D’HISTOIRE | FRANCE INTER

mercredi 10 mai 2017

Gustave Le Bon et le sempiternel déclin français vers 1880

Macron le libéral-social contre Le Pen la national-sociale. Ne nous en mêlons pas car, comme disait Jean-Louis Curtis en 1981, la France nous fatigue. J’avais dit ce que j’en pensais il y a vingt ans dans mon Coq hérétique, publié aux Belles Lettres.
Immigration, déclin, étatisme, impôts, réforme ? Lisez Gustave Le Bon et après allez pécher. Téléchargez gratuit la psychologie du socialisme et lisez ces bonnes phrases :
« Comparée à la même classe en Angleterre et en Allemagne, écrivait récemment un pamphlétaire suisse cité par la France extérieure, la bourgeoisie française vous donnera l’idée d’une personne avancée en âge. L’initiative individuelle va en diminuant, l’esprit d’entreprise semble paralysé. Le besoin de repos, d’occupations sédentaires augmente, les placements en fonds d’Etat augmentent, le nombre des fonctionnaires augmente, c’est-à-dire: les capitaux, les intelligences, les capacités se retirent des affaires. »
Après le suisse anonyme en rajoute :
« Les recettes diminuent, les exportations diminuent, les enfants diminuent, l’énergie diminue, le sentiment de l’autorité, de la justice, de la religion diminue, l’intérêt porté aux affaires publiques diminue. Les dépenses augmentent, les importations augmentent sur toute la ligne, l’infiltration des étrangers augmente.« 
Le Grand Remplacement a commencé il y a bien longtemps, et Maupassant en parle comme tout le monde. Lisez aussi l’enquête très sérieuse de Rebatet en 1937 ; ce fasciste affirme que les immigrants européens ne valent pas mieux que les autres ! Voyez Grant ou Ross en Amérique.
Voyons le réveil de l’orient qui n’a pas attendu non plus CNN :
« Bornée d’abord aux matières premières et aux produits agricoles, la lutte entre l’Orient et l’Occident s’est étendue progressivement aux produits industriels. Avec des prix de revient aussi faibles, les exportations de l’Inde ont passé en dix ans de 712 millions à plus de 4 milliards. Mais l’Inde possède peu de charbon… Les Orientaux se sont mis à fabriquer successivement tous les produits européens, et toujours dans des conditions de bon marché rendant toute lutte impossible. Horlogerie, faïence, papier, parfumerie, et jusqu’à l’article dit de Paris, se fabriquent maintenant au Japon. L’objet européen se trouve ainsi de plus en plus éliminé de l’Orient. »
Se plaint-on encore de la France décadente ? Voici la suite :
« On y est, en effet. Nous vivons de l’ombre du passé, c’est-à-dire de l’ombre d’une ombre, et la décadence s’accentue avec une rapidité qui frappe tous les statisticiens. Nos exportations, qui, il y a 20 ans, étaient fort supérieures à celles de l’Allemagne, sont bien inférieures maintenant. Comme on l’a dit justement, nos pertes commerciales sont telles gue nous repayons tous les trois ou quatre ans l’indemnité de guerre que nous pensions n’avoir eu à payer qu’une fois. »
Il reste le luxe (Vuitton, le champagne, les relais-châteaux, le Macron-Rothschild haute cuvée) :
« Ce qui sauve d’un anéantissement complet notre commerce extérieur, c’est le monopole de certains produits naturels, tels que les vins de qualité supérieure, que presque seuls nous possédons, et l’exportation de quelques articles de luxe : modes, soieries, fleurs artificielles, parfumerie, bijouterie, etc., où notre habileté artistique n’est pas encore trop atteinte pour l’instant. Mais sur tout le reste la baisse est rapide. »
Puis Le Bon devient prophétique, via un Allemand :
« Cet Allemand a écrit des phrases qui hantent sans cesse mon esprit. Il a prédit que la France deviendrait une sorte de colonie qui serait administrée par des fonctionnaires français et mise en valeur par des industriels, des commerçants, des agriculteurs allemands aidés par une main-d’œuvre immigrée également. »
Remarquez qu’on ne parle pas des arabes ou des noirs : ici aucun racisme de concierge postmoderne. A leur époque Tocqueville comme Le Bon (j’ai même des textes de Kipling et de Fitzgerald) ont dénoncé l’immigration européenne. Le Bon explique la situation des PIGS (déjà…) avec nos origines latines :
« Nos lecteurs savent comment les aptitudes des peuples latins ont été créées par leur passé, et à quel point ces peuples subissent aujourd’hui les effets de ce passé. Ils savent l’influence de notre centralisation séculaire, celle de l’absorption progressive par l’Etat détruisant toutes les initiatives individuelles et rendant les citoyens incapables de rien accomplir par eux-mêmes lorsqu’ils sont privés de direction. »
L’éducation franco-italo-espagnole en prend un coup comme toujours :
« Ils connaissent aussi le terrible effet d’un système d’éducation qui dépouille la jeunesse des vestiges d’initiative et de volonté que l’hérédité leur a laissés, les lance dans la vie sans autres connaissances que des mots et fausse leur jugement pour toujours. »
Les Allemands sont toujours des modèles à suivre :
« … les Allemands ne souffrent pas comme nous de la pléthore des licenciés et bacheliers sans emploi, parce que leur éducation technique étant fort soignée, ils trouvent facilement à s’utiliser dans l’industrie, alors que l’éducation purement théorique des latins ne les rend aptes qu’à faire des professeurs, des magistrats, des fonctionnaires ou des politiciens. »
Et Le Bon de conclure :
« Paris sera bientôt considéré par les Allemands comme la plus productive de leurs colonies. »
Allemands auxquels on ajoutera Wall Street, la City, les Qatari et Shanghai !
Il ne faut pas s’en faire, comme dit mon ami Sylvain, professeur d’informatique à l’université américaine de Monaco : « quand elle touche le fond, la France creuse encore ». C’est comme ces plafonds de la dette qui font mine d’en inquiéter certains – et qui ne cessent, comme les indices boursiers, de battre tous les records.
C’est Alexandre Kojève qui nous a conseillé de nous remettre au grec ; il avait raison et je recommande le chant six de l’Odyssée, la rencontre avec Nausicaa.
Sources
  • Gustave Le Bon – Psychologie du socialisme (p. 186-235)
Les livres de N. Bonnal sont disponibles chez:

Passé Présent n°149 - Histoire du service militaire

La petite histoire - Lépante : l'Europe face à la menace ottomane

La petite histoire - Lépante : l'Europe face à la menace ottomane

LE PHARAON RAMSÈS II | 2000 ANS D’HISTOIRE | FRANCE INTER

mardi 9 mai 2017

Note sur la suppression générale des partis politiques

Le mot parti est pris ici dans la signification qu’il a sur le continent européen. Le même mot dans les pays anglo-saxons désigne une réalité tout autre. Elle a sa racine dans la tradition anglaise et n’est pas transplantable. Un siècle et demi d’expérience le montre assez. Il y a dans les partis anglo-saxons un élément de jeu, de sport, qui ne peut exister que dans une institution d’origine aristocratique; tout est sérieux dans une institution qui, au départ, est plébéienne.
L’idée de parti n’entrait pas dans la conception politique française de 1789, sinon comme mal à éviter. Mais il y eut le club des Jacobins. C’était d’abord seulement un lieu de libre discussion. Ce ne fut aucune espèce de mécanisme fatal qui le transforma. C’est uniquement la pression de la guerre et de la guillotine qui en fit un parti totalitaire.
Les luttes des factions sous la Terreur furent gouvernées par la pensée si bien formulée par Tomski : « Un parti au pouvoir et tous les autres en prison. » Ainsi sur le continent d’Europe le totalitarisme est le péché originel des partis. C’est d’une part l’héritage de la Terreur, d’autre part l’influence de l’exemple anglais, qui installa les partis dans la vie publique européenne. Le fait qu’ils existent n’est nullement un motif de les conserver. Seul le bien est un motif légitime de conservation. Le mal des partis politiques saute aux yeux. Le problème à examiner, c’est s’il y a en eux un bien qui l’emporte sur le mal et rende ainsi leur existence désirable.
Mais il est beaucoup plus à propos de demander : y a-t-il en eux même une parcelle infinitésimale de bien ? Ne sont-ils pas du mal à l’état pur ou presque ? S’ils sont du mal, il est certain qu’en fait et dans la pratique ils ne peuvent produire que du mal. C’est un article de foi. « Un bon arbre ne peut jamais porter de mauvais fruits, ni un arbre pourri de beaux fruits. »
Mais il faut d’abord reconnaître quel est le critère du bien.
Ce ne peut être que la vérité, la justice, et, en second lieu, l’utilité publique. La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison. Si la République de Weimar, au lieu de Hitler, avait décidé par les voies les plus rigoureusement parlementaires et légales de mettre les juifs dans des camps de concentration et de les torturer avec raffinement jusqu’à la mort, les tortures n’auraient pas eu un atome de légitimité de plus qu’elles n’ont maintenant. Or pareille chose n’est nullement inconcevable. Seul ce qui est juste est légitime. Le crime et le mensonge ne le sont en aucun cas.
Notre idéal républicain procède entièrement de la notion de volonté générale due à Rousseau, Mais le sens de la notion a été perdu presque tout de suite, parce qu’elle est complexe et demande un degré d’attention élevé.
Quelques chapitres mis à part, peu de livres sont beaux, forts, lucides et clairs comme Le Contrat Social. On dit que peu de livres ont eu autant d’influence. Mais en fait tout s’est passé et se passe encore comme s’il n’avait jamais été lu. Rousseau partait de deux évidences. L’une, que la raison discerne et choisit la justice et l’utilité innocente, et que tout crime a pour mobile la passion. L’autre, que la raison est identique chez tous les hommes, au lieu que les passions, le plus souvent, diffèrent. Par suite si, sur un problème général, chacun réfléchit tout seul et exprime une opinion, et si ensuite les opinions sont comparées entre elles, probablement elles coïncideront par la partie juste et raisonnable de chacune et différeront par les injustices et les erreurs.
C’est uniquement en vertu d’un raisonnement de ce genre qu’on admet que le consensus universel indique la vérité.
La vérité est une. La justice est une. Les erreurs, les injustices sont indéfiniment variables.
Ainsi les hommes convergent dans le juste et le vrai, au lieu que le mensonge et le crime les font indéfiniment diverger. L’union étant une force matérielle, on peut espérer trouver là une ressource pour rendre ici-bas la vérité et la justice matériellement plus fortes que le crime et l’erreur.
Il y faut un mécanisme convenable. Si la démocratie constitue un tel mécanisme, elle est bonne. Autrement non.
Un vouloir injuste commun à toute la nation n’était aucunement supérieur aux yeux de Rousseau — et il était dans le vrai — au vouloir injuste d’un homme. Rousseau pensait seulement que le plus souvent un vouloir commun à tout un peuple est en fait conforme à la justice, par la neutralisation mutuelle et la compensation des passions particulières. C’était là pour lui l’unique motif de préférer le vouloir du peuple à un vouloir particulier.

LE PHARAON RAMSÈS II | 2000 ANS D’HISTOIRE | FRANCE INTER

dimanche 7 mai 2017

Fin de la Ve République Vers une nouvelle révolution nationale ?

Le titre de cet article n'est pas une plaisanterie, mais une question que nous devons nous poser après une réflexion mûrie sur la séquence historique que nous traversons et qui touche à sa fin.
L'examen de l'histoire républicaine depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours, me mène à croire que la République vit à nouveau sa crise chronique. Et je vais tâcher, à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, de vous proposer un diagnostic de l'état de santé de la Ve République.
La période actuelle, comme je vais le montrer, ressemble étrangement à la fin du XIXe siècle où la République avait été remise en cause, notamment parles ligues, et plus encore à la fin des années trente.
Fin du XIXe siècle: la IIIe République tremble dès sa naissance
Contrairement à ce que l'on pourrait spontanément croire, les débuts de la IIIe République ne sont pas ceux d'un régime solide. C'est un régime vicié, qui est mort, à la fin des années 1930 de ses péchés originels.
L'année suivant son établissement (1870), lors des élections de février 1871, les Français élisent une écrasante majorité de monarchistes. Les républicains n'obtiennent la majorité à la Chambre qu’en 1876 et 1877 et au Sénat en 1879, après voir pris la présidence, ils font un score de 50,50 % aux élections législatives de 1881, avec 451 sièges contre 90 aux monarchistes bénéficièrent d'un vote protestataire qui affaiblit (temporairement) les républicains.
L’historien Christophe Prochasson expliquera ce « miracle politique » par l'entrée enjeu des instances économiques, sociales ou politiques et il ajoute : « il n’en demeure pas moins vrai que la célérité avec laquelle la République s'est installée au niveau de la représentation nationale et de l'appareil d’État ne laisse pas d'étonner et conduit à s'interroger sur la vigueur et la profondeur de cet enracinement. Si les républicains remportèrent ces victoires politiques, ni les valeurs ni même le fonctionnement de la République n'étaient encore bien établis. Les références anciennes prévalaient encore. L'histoire a vu se reproduire ces décollages entre l'avènement de forces politiques et l'état idéologique des sociétés dont elles font la conquête presque par malentendu »(1).
Il s'agit bien d’une conquête du pouvoir que les Républicains ont entamée à partir de 1789, et ils n’ont fini par atteindre leur qu’à la suite de près d’un siècle de lutte acharnée contre l’esprit français.
Et lorsqu’ils l’ont enfin conquis, comme les socialistes contemporains, cela n’a été que pour répandre la corruption au sommet de l'appareil d’État.
En voici un exemple, rapporté par Prochasson : « la prétendue intégrité de M. Grévy, cet austère républicain, vétéran à la présidence de la République, n'échappa guère à la tentation. Les frasques de son gendre, Daniel Wilson, richissime homme d'affaires et député radical, agioteur et trafiquant de décoration, ne le dédouanent pas du profit personnel qu'il tira de son honorable fonction. Jules Grévy s'enrichit très notablement durant sa présidence. En 1881, lorsqu'il maria sa fille à Wilson, il ne pouvait encore allouer à celle-ci qu'une fraction de l'indemnité présidentielle. À sa mort, en en septembre 1891, il laissa à sa descendance une succession de 7 millions, ce qui revient à placer Grévy "parmi les Français les plus riches de son temps" ». Et ce n'est pas tout ! Le même Grévy, président de la République usa et abusa de pratiques népotistes, constitua et renforça un authentique clan Grévy. Le cadet, Paul, devint sénateur du Jura en 1880, grâce à des pressions exercées sur les maires et les conseillers généraux. Le puîné, Albert, connut lui aussi une ascension fulgurante : vice-président de la Chambre en 1879, il fut nommé, en mars, gouverneur général de l'Algérie à titre provisoire pour pouvoir cumuler les deux traitements de sa nouvelle et de son ancienne fonction. L'affaire Grévy et son entourage n’étaient pas une exception, mais, une parmi tant d'autres qui éclataient les unes après les autres : le scandale du Panama, des faillites à répétition (celle du Comptoir d’escompte de Paris, celle des cuivres...). Il y avait, comme de nos jours, une interaction malsaine entre les hommes politiques et le monde de la finance, bref une corruption consubstantielle au régime républicain(2).
Les ligues antirépublicaine et anti-juives
Les adversaires de la République n'avaient pas de gros efforts à faire pour trouver des arguments contre ce Régime de corrompus.
En réaction à cet état de fait, dans les années 1890, les royalistes en particulier et les nationalistes en général, créèrent les ligues qui s'attaquèrent virulemment à la République et à ses soutiens, à savoir les juifs, les francs-maçons et les protestants. La principale ligue, l'Union nationale, catholique et nationaliste, fondée en 1893, accepta la stratégie de Ralliement des différentes ligues.
Les ligues sont nées, certes en opposition à la République, mais plus profondément, pour redéfinir une identité nationale - perturbée par ce corps étranger : la République et ses sectes -, refondée sur la base du catholicisme, en en traçant les contours.
La définition d'une identité nationale, si elle est inclusive, est aussi nécessairement exclusive , dès lors, pointer du doigt l'étranger à exclure est mécanique. Les nationalistes, monarchistes, et même bonapartistes - Charles Maurras, Maurice Barrés, Jules Lemaître et d'autres comme Edouard Drumont qui créa en 1901 le Comité national antijuif qui devint en 1903 la Fédération nationale antijuive qui propose de « combattre les influences pernicieuses de l'Oligarchie judéo-financière au complot occulte » -, désignèrent, pour tracer le contour de l'identité française, ses ennemis les groupes et communautés soutenant la République et la laïcisation de la société les francs-maçons, les juifs et les protestants.
Avant de poursuivre, et afin d'évacuer la thèse de l'antisémitisme hystérique qui ne se fonderait que sur une « haine du juif parce que juif » et une théorie infondée du complot judéo-maçonnique, il faut souligner l'action des juifs dans l'édification de la République dès les débuts de la Révolution.
En effet, comme je l'ai exposé dans un article du 16 février 2017 dans les colonnes de RIVAROL, les juifs ont contribué par des apports idéologiques(3) et matériels à la Révolution française. Je ne reprendrai pas ici tout mon propos, mais je citerai à nouveau le penseur et révolutionnaire Anacharsis Cloots (1755-1794), député de l'Oise à la Convention - d'origine prussienne mais qui fut proclamé citoyen français par l'Assemblée nationale législative le 26 août 1792 - qui écrivit dans son fameux ouvrage La République universelle (1792) que « Nous (les Révolutionnaires) trouverons encore de puissants auxiliaires, de fervents apôtres dans les tribus judaïques, qui regardent la France comme une seconde Palestine. Nos concitoyens circoncis nous bénissent dans toutes les synagogues de la captivité. Le juif, avili dans le reste du monde, est devenu citoyen français, citoyen du monde, par nos décrets philosophiques. Cette fraternisation alarme beaucoup les princes allemands, d'autant plus que la guerre ne saurait ni commencer ni durer en Allemagne, sans l'activité, l'intelligence, l'économie et le numéraire des juifs. Les magasins, les munitions de toute espèce sont fournis par les capitalistes hébreux, et tous les agents subalternes de l'approvisionnement militaire sont de la même nation. Il ne faudra que s'entendre avec nos frères les rabbins, pour produire des effets étonnants, miraculeux. J’ai reçu à cet égard des des réponses infiniment satisfaisant dèmes commettants du Nord. La cause des tyrans est tellement désespérée, que les aliments les plus sains se changent pour eux en poison subtil. On accusa les juifs, dans les siècles des ténèbres d'empoisonner les sources ou les puits ; et voici que dans notre, siècle lumineux, les juifs, en fournissant viandes pures, aideront l'humanité à exterminer la tyrannie.»(4)
Par ailleurs, l'écrivain et journaliste politique juif (et au-dessus de tout soupçon), Bernard Lazare (1865-1903), dans son livre L'antisémitisme, son histoire et ses causes, après avoir mentionné l'émancipation des juifs le 27 septembre 1791 par l'Assemblée constituante, souligna à propos de la révolution de 1848 que « de nouveau, ils (les juifs) durent leur indépendance à l'esprit révolutionnaire qui, une fois encore, vint de France. Nous verrons du reste qu'ils ne furent pas étrangers à ce grand mouvement qui agita toute l'Europe, en certains pays, notamment en Allemagne, ils aidèrent à le préparer, et ils furent les défenseurs de la liberté. Ils furent aussi parmi les premiers à en bénéficier, car on peut dire qu'après 1848 l’antijudaïsme légal est fini en Occident ; peu à peu les dernières entraves tombent, et les dernières restrictions sont abolies. En 1870, la chute du pouvoir temporel des papes fit disparaître le dernier ghetto occidental, et les Juifs purent être des citoyens même dans la ville de saint Pierre »(5).
Malgré la disparition du l'antijudaïsme légal, l'antijudaïsme réel (que l'on ne peut contenir par des lois !) ressurgit en France, quatre ans après la parution du livre de Bernard Lazare. À partir de 1897, via les ligues, éclatent des violences antisémites d'ampleur variable dans la France métropolitaine. À partir de janvier 1898, dans 55 villes se propagent dés violences, en trois vagues successives : la première concerne 23 villes, la seconde 19 villes et une troisième durant la dernière semaine de février. D'autres plus importantes éclatent en octobre à Paris, mais aussi à Marseille, Nantes, Rouen, Lyon ou Nancy, et ensuite en Algérie (d'une extrême violence), à Alger, Oran, Constantine, Blida, Sétif, Mostaganem...
Aux ligues nationalistes, se mêlent, et il faut le souligner, la Ligue radicale socialiste antijuive créée en 1892 qui devint en 1897 la Ligue antijuive d'Alger. Max Régis, le futur maire d'Alger élu en novembre 1898, en était le président(6).
Ces violences ponctuent (et ne concluent pas) cette lutte qui oppose depuis 1789 la France catholique à ses ennemis que sont  les francs-maçons, les juifs et les protestants qui sont d'ailleurs surreprésentés dans la haute administration(7) et qui travaillent à laïciser la société française en chassant l’Église (fermeture de 125 écoles libres et expulsions des congrégations à la suite de la loi de 1905). En 1911, le sénateur de la Manche, Adrien Gaudin de Vilaine, déclare. « Autrefois l'université n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, elle était libre, maintenant elle est livrée, pieds et poings liés, à quelques renégats juifs mal blanchis et protestants sectaires. Je remarque et je dois à la vérité de dire que tous les directeurs de l'enseignement, lorsqu'ils ne sont pas juifs, sont protestants, aussi ne suis-je pas étonné du programme établi à l'heure actuelle. Au nom de la dignité française, je dois dire aussi que ces hommes ne sont pas français. »(8)
Les années 1930 : de troublantes similitudes avec les années  2010
Les années 1930 se caractérisent, comme la fin du XIXe siècle, par une délégitimation du pouvoir corrompu, entraînant une crise de régime et qui a culminé, cette fois, à sa chute à la suite de la débâcle militaire face à l'Allemagne à qui elle a déclaré la guerre. La question juive, comme dans les années 1890, a resurgi en même temps que la crise du régime, et ce n'est pas un hasard. Souvenons-nous de l'affaire Stavisky qui éclata en 1934 ; Serge Alexandre Stavisky était un banquier juif et escroc qui, avec la complicité d'hommes politiques, avait organisé une énorme fraude qui lui permit d'empocher 200 millions de francs. Cette affaire avait conduit à l'émeute antiparlementaire du 6 février 1934 qui a failli faire tomber la République.
Si donc la révolution nationale du Maréchal Pétain a pu arriver, malgré l’occupation dont sont directement responsables les dirigeants de la IIIe République peuple français, étourdi par 70 ans républicanisme, avait perdu ses repères politiques et sociaux, à quoi s’est ajoutée une débandade de la classe politique républicaine. Le peuple français des années 1930, comme aujourd'hui, vivait une crise d’identité majeure.
Le rôle historique de la révolution national fut alors d'accomplir ce qu'avaient entamé les ligues, et plus particulièrement Charles Maurras (qui qualifia de « divine surprise » l'avènement de Pétain), à savoir une redéfinition de l'identité française, lui fixant des repères stables, ce qui faisait et fait toujours défaut à la République.
Inutile de dresser ici la liste des affaires qui ont éclaté ces 20 dernières années. Inutile aussi de faire le décompte des hommes politiques corrompus aujourd'hui et qui sont à la tête de l’État en interaction directe avec les banques juives. Macron est à lui seul une synthèse.
La déligitimation du pouvoir est au moins aussi importante que dans les années 1930, et la Crise du régime ne saurait tarder...
Vraisemblablement, d’une manière ou d'une autre, la Ve République s'effondrera comme la IIIe s'est effondrée : par pourrissement. C'est le destin de la République.
Mais une question reste en suspens quelle force politique et sociale sera capable, sur les ruines de cette République déjà mourante, de faire une révolution nationale qui fixera des repères stables aux Français ?
Il est probable que plusieurs années s'écouleront avant qu'un personnage et une force émergent du chaos qui nous attend.
Jean TERRIEN. Rivarol du 20 avril 2017
1). Christophe Prochasson, dans Histoire de l'extrême droite en France, sous la direction de Michel Winock, 2015, Seuil, p. 52.
2). Christophe Prochasson, op. cit. pp. 57-58.
3). Sur les origines kabbalistiques de la religion de la République, voir : Youssef Hindi, La mystique de la laïcité. Généalogie de la religion républicaine, de Junius Frey à Vincent Peillon, Editions Sigest, 2017
4). Anacharsis Cloots, La République universelle, ou Adresse aux tyrannicides, 1752, pp. 186-187
5). Bernard Lazare, L'antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894, éditions KontreKulture, 2012, p. 119.
6). Pierre Birnbaum, dans Histoire de l'extrême droite en France, pp. 108-109.
7 Voir la proportion de protestants dans la haute administration sous la IIIe République dans Vincent Peillon, Une religion pour la République, 2010, Le Seuil, pp. 118-119. 8. Rapporté par Pierre Birnbaum, op. cit.

Le crépuscule des rois (Louis XV - Louis XVI) | Au cœur de l’histoire | ...

samedi 6 mai 2017

1917 : les Etats-Unis entrent en guerre

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Cette entrée en belligérance a révolutionné durablement la communication politique
Il y a cent ans, la politique américaine mettait un terme définitif à son isolationnisme, celui qu’avait préconisé la Doctrine de Monroe (« L’Amérique aux Américains »). Cette doctrine impliquait la neutralité américaine dans tous les conflits qui déchiraient l’Europe. En 1917, les Etats-Unis disent adieu à cette neutralité et entrent en guerre aux côtés des Alliés franco-britanniques. Le Président américain James Monroe avait souligné, dans les années 1820,  que les Etats d’Amérique entraient dans un processus irréversible d’indépendance et se détachaient ainsi des puissances européennes, du Vieux Monde. Monroe évoquait alors l’émergence de deux sphères politiques (le Vieux et le Nouveau Mondes) et l’avènement d’un principe de non immixtion des Etats-Unis d’Amérique dans les conflits européens. Suite à cette déclaration de leur Président, les Etats-Unis ont pu développer une stratégie hémisphérique brillante, ont consolidé leurs acquis territoriaux et les ont protégés. L’Europe, elle, ne s’occupait que d’elle-même en cette période post-napoléonienne : elle entendait conférer aux Etats qui la constituaient une épine dorsale constitutionnelle destinée à les stabiliser. Pendant ce temps, les Etats-Unis bâtissaient leur propre Etat aux dimensions continentales, avec la ferme intention de le rendre militairement invulnérable. Sur le plan de la sécurisation militaire, les Etats-Unis acquièrent, dans le dernier tiers du 19ème siècle, l’Alaska et annexent les Iles Hawai, parachevant de la sorte leur projet stratégique. En entrant en belligérance dans la première guerre mondiale, déclenchée en Europe par les puissances européennes, les Etats-Unis manifestent ipso facto la prétention d’agir activement sur la scène mondiale, en y imprimant leur volonté, comme l’histoire ultérieure le démontrera.
L’entrée en guerre des Etats-Unis a surpris car, à l’automne 1916, le Président américain Woodrow Wilson avait fait campagne pour les Démocrates avec le slogan ‘He kept us out of war !’ (« Il nous a maintenu hors de la guerre »). Il a été réélu. Se maintenir hors de la guerre qui faisait rage en Europe fut le message principal du mouvement politique animé par Wilson. Mais cette promesse n’a duré que quelques mois, au bout desquels les Etats-Unis sont bel et bien entrés en guerre. Une victoire des puissances centrales, c’est-à-dire l’Empire allemand, l’Empire austro-hongrois, avec la Bulgarie et l’Empire ottoman comme partenaires mineurs, était parfaitement envisageable au printemps de 1917. L’entrée en guerre des Etats-Unis, d’abord contre l’Allemagne seule, peut donc être considérée comme décisive dans la défaite des puissances centrales. La supériorité des Alliés en troupes et en armes a fait la décision au détriment de l’Allemagne sur le front occidental.
Sur les plans idéologique et moral, cette entrée en guerre a été décrite comme « une croisade nécessaire contre les monarchies militaristes et autoritaires de l’Empire allemand et de l’Autriche-Hongrie ». A cela s’ajoute la conscience d’une mission quasi religieuse et bien précise : « Rendre la monde sûr pour la démocratie ». Mais ce conglomérat de moralisme et d’idéologie à connotations puritaines était pur discours : derrière lui se profilaient des motivations essentiellement économiques. Les dettes de guerre inter-alliées, soit les dettes contractées entre Alliés et celles contractées entre les Alliés et les puissances associées, avaient pour créancier principal les Etats-Unis et comme débiteur principal la Grande-Bretagne : cette dernière avait contracté la grosse masse de ses endettements auprès du gouvernement fédéral américain. Au total, les crédits pris sur le système financier américain s’élevaient à un capital de 26,5 milliards de dollars (somme sur laquelle intérêt était dû). Une victoire des puissances centrales aurait eu des conséquences considérables sur le système financier américain. Il fallait l’éviter à tout prix. En entrant en guerre, Wilson rendait un immense service aux intérêts vitaux du secteur financier américain.
Dans l’espace-temps qui va de l’automne 1916 au printemps 1917, nous avons assisté à un renversement total de l’opinion publique aux Etats-Unis. Ce renversement inaugure dans l’histoire mondiale l’avènement du marketing politique moderne et du modelage médiatique des mentalités. Le plus important des experts en ce façonnage des mentalités nouvelles fut Edward Louis Bernays, né à Vienne en 1891. On le considère désormais comme le père des techniques de « relations publiques » et de l’art des « spin-doctors ». Ce fut lui qui transforma la notion de « propagande », la débaptisa en « relations publiques ». Il était fasciné par la capacité à « produire des opinions ». Bernays était l’un des neveux de Sigmund Freud. Il s’est efforcé de populariser les thèses psychanalytiques de Freud aux Etats-Unis. Bernays était fasciné par l’idée freudienne qu’il existait des forces cachées et irrationnelles qui poussaient les hommes à l’action. Il avait reconnu le fait que les sociétés humaines étaient dirigées sur les plans économique, politique et social par une poignée d’hommes puissants « qui tiraient les ficelles de l’opinion publique » après avoir donné les directives adéquates. Quand il a fallu, en 1916/1917, faire basculer l’opinion publique américaine et lui faire accepter l’entrée en guerre du pays-continent, le jeune Edward Bernays prit contact avec le « Committee on Public Information », chargé de préparer à la guerre et au sang à verser tous ceux qui doutaient du bien fondé d’une immixtion américaine dans la grande guerre européenne, et, finalement, l’opinion publique toute entière des Etats-Unis. Bernays a eu l’intelligence de faire miroiter aux opinions publiques américaine et européenne l’idée d’un nouvel ordre mondial sécurisé et pacifique, que les armées américaines allaient promouvoir par leur engagement dans les combats. « Rendre le monde sûr pour la démocratie » (« Make the world safe for democracy »), tel était son slogan-clef, celui qui devait présenter l’entrée en guerre comme le seul projet possible.
Après la fin des hostilités, Bernays accompagna la délégation américaine regroupée autour du Président Wilson lors des conférences de la paix de la banlieue parisienne. Il s’est rapidement aperçu que le champ d’application de sa praxis d’influence des sociétés pouvait s’étendre non seulement en temps de guerre mais aussi en périodes de paix. Il voyait la nécessité de créer « une ingénierie du consensus » (« engineering of consent »), c’est-à-dire, à ses yeux, une nouvelle science basée sur les techniques de la formation des opinions.
Bernhard Löhri.
(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°14/2017, http://www.zurzeit.at ).

Madame de Pompadour | Au cœur de l’histoire | Europe 1

vendredi 5 mai 2017

Les Etats-Unis d’Amérique, un Empire du XXe siècle, par Philippe Conrad

NRH-Etats-Unis-Empire-1.jpgTous ceux qui avaient misé ces dernières années sur le repli de l’Amérique et l’avaient cru confirmé par les discours de son nouveau président en auront été pour leurs frais. En réagissant instantanément et unilatéralement au bombardement chimique prêté à Bachar El-Assad, les États-unis ont tenu à montrer qu’ils demeuraient la première puissance du monde et qu’ils entendaient le rester.
En une salve de missiles de croisière Tomahawk, ils ont « puni » le dirigeant syrien, rappelé aux Russes qu’ils n’entendent pas se voir écartés du règlement des crises proche-orientales, satisfait leurs alliés israélien et saoudien et envoyé un avertissement à l’Iran et au Hezbollah pour les dissuader de pousser leurs pions dans une région totalement déstabilisée depuis la désastreuse intervention engagée en Irak en 2003. Pour couronner le tout, on apprend qu’un groupe aéro-naval américain est en cours de déploiement au large des côtes coréennes…
Des gesticulations politico-stratégiques par lesquelles Donald Trump entend montrer que l’Amérique, apparemment tentée par un certain repli, n’a pas dit pour autant son dernier mot dans les affaires du monde, même si l’ordre planétaire établi à son profit en 1945 commence à être jugé anachronique par beaucoup, au moment où un monde multipolaire semble devoir remplacer « l’empire bienveillant » que George Bush père appelait de ses voeux en 1991. Il va donc falloir relativiser le « déclin » d’une Amérique qui conserve de sérieux atouts, un siècle après s’être imposée, à la faveur de la guerre de 1914-1918, comme une véritable puissance mondiale.
Le peuplement rapide par les immigrés européens d’un espace aux immenses ressources et son rapide développement industriel ont fait dès 1890 de ce nouveau monde la première puissance économique de la planète. Mais, bientôt, le percement de l’isthme de Panama et les interventions au Mexique, dans les Caraïbes ou aux Philippines font des États-unis une « république impériale » combinant l’usage de la force militaire et une « diplomatie du dollar » qui assurent sa mainmise indirecte sur l’hémisphère occidental dont le président Monroe a annoncé, dès 1823, qu’il devait demeurer sa chasse gardée.
En 1914, la neutralité s’impose. Le caractère composite de la population d’origine européenne et les convictions pacifistes du président Wilson condamnent toute idée d’intervention dans le conflit opposant les puissances de la vieille Europe. Il faut la guerre sous-marine allemande, les projets de la Wilhelmstrasse d’entraîner le Mexique dans une guerre contre son puissant voisin, mais aussi les liens économiques et financiers établis avec l’Angleterre et la France pour changer la donne.
Entrée dans la guerre en avril 1917, l’Amérique apporte à ses « associés » ses formidables capacités industrielles et navales, un soutien financier désormais assuré dans la durée et, à terme, la perspective d’engager jusqu’à trois millions de soldats en Europe si la guerre doit s’y prolonger pour longtemps. De quoi faire du président Wilson l’arbitre de la conférence de la Paix. Il y impose certes nombre de ses vues mais pour être désavoué par le Congrès puis par les électeurs quand il regagne son pays.
Vient alors le temps de l’isolationnisme avec l’America First du président Harding et de ses successeurs. dont F. d. Roosevelt qui renoue certes avec la société des Nations imaginée par Wilson, mais doit accepter les lois de neutralité censées garantir le maintien de l’isolationnisme américain. L’attaque japonaise de Pearl Harbor remet pourtant en cause le dogme de la non-intervention et les États-unis se retrouvent bientôt à la tête des puissances alliées.
Une fois la victoire obtenue, l’Amérique assure à elle seule, face à une Europe, une URSS et un Japon dévastés, 60 % de la production mondiale et est en mesure d’installer un ordre international qui va durer jusqu’au début du siècle suivant. Première puissance économique et militaire du monde, profitant de l’hégémonie du dollar, contrôlant pour l’essentiel l’innovation technologique, bénéficiant à travers l’universalité de leur langue et de l’expansion planétaire de l’american way of life d’une domination culturelle sans précédent, les États-unis semblent en mesure, surtout après la chute de l’URSS, de maintenir pour longtemps leur statut « d’hyperpuissance ».
Alfredo Valladao pouvait bien prophétiser en 1993 que « le XXIe siècle serait américain » (Alfredo Valladao, Le XXIe siècle sera américain, Éd. La découverte, 1993), le tragique propre à l’histoire est venu bouleverser les prospectives les plus assurées. Un siècle après l’émergence de l’Amérique impériale, les cartes sont rebattues et de nombreux possibles se dessinent. Rien n’est acquis mais il apparaît toutefois clairement que l’Amérique n’a pas dit son dernier mot.
Philippe Conrad
Editorial du n° 90 de la Nouvelle Revue d’Histoire
Dossier : 1917, l’émergence de l’Amérique impériale

Madame Royale, survivante de l’Histoire | Au cœur de l’histoire | Europe 1