mardi 7 juin 2016

PAGANISME/LES CONFRÉRIES INITIATIQUES ET CULTURELLES : LES VAROUS

Les Francs, les Saxons et les Scandinaves sont venus s'installer sur nos cotes et dans l'intérieur de nos terres, on pense généralement qu'ils oublièrent très rapidement leurs anciennes traditions. Il s'agit là de conceptions simplistes ; les Traditions ne sont pas une mode que l'on change au gré du temps et des vents. Nos Traditions sont éternelles ; elles sont au plus profond de nous même. Nos Ancêtres les ont exprimées suivant leurs instincts et leurs aspirations profondes. Elles nous conviennent parce que liées à notre tempérament. Si elles sont momentanément étouffées, elles sont latentes en nous et ressurgiront car notre Etre est éternel et ne peut être modifié dans son essence profonde. Le Peuple les a maintenues avec obstination alors que leur sens était oublié, mais leur maintien était un besoin impératif ; quelquefois elles se manifestent inconsciemment. Nos Traditions sont nos façons de concevoir le monde et de vivre en harmonie avec lui.
Ainsi, les Vikings ne purent être aussi facilement « assimilés » qu'on le dit - l'assimilation totale est impossible car il y a toujours des caractères irréductibles incompressibles, ce qu'on appelle le « tempérament normand ».
Arrivés dans une population en fait peu différente, puisque sur le vieux fond originel étaient venus se greffer les Celtes, puis les Saxons et les Francs, de même origine et Civilisation que les Scandinaves, nos Vikings défendirent leurs traditions. Rioulf se souleva avec les Normands de l'Ouest contre la dynastie ducale et fut défait avec ses troupes au Pré-de-la-Bataille en 935 après avoir fait le siège de Rouen, un siècle plus tard Guillaume écrasait les Cotentinais et Bayeusins révoltés. Ils transmirent bien autre chose à leurs descendants qu'un « tempérament » et une pigmentation à dominante « claire ».
Ils marquèrent de leur empreinte les noms de champs, le vocabulaire agricole et maritime et, surtout, ils transmirent à leurs descendants une partie de leur mythologie et de leurs croyances religieuses. Pour qui sait chercher on peut trouver dans nos traditions normandes des traces de l'ancienne religion nordique ; à notre connaissance cette question n'a encore jamais été étudiée d'une manière sérieuse et approfondie. Jusqu'à présent quelques rares publications ont examinées les faits folkloriques en tâchant de leur donner un certain nombre d'explications. Nous procéderons d'une manière plus logique - en étudiant l'origine de nos Traditions, puis en examinant leurs survivances.
Parmi les traditions normandes, en feuilletant les recueils de contes et légendes, nous découvrons des histoires de Varous. Ce nom d'origine germanique désigne un « homme-loup » et correspond exactement au danois moderne varulv, werwolf en allemand, (wair/wer : homme, wolf/ulf/ulv : loup). Il s'agit donc là d'une tradition Scandinave qui a traversé les siècles.
Les antiques confréries...
Dans la Germanie (C XLIV), l'historien latin Tacite nous donne la plus ancienne mention d'une confrérie guerrière, celle des Harii (dont le nom signifie probablement les « guerriers ») : « Quant aux Haries, leur âme farouche enchérit encore sur leur sauvage nature en empruntant les secours de l'art et du moment : boucliers noirs, corps peints ; pour combattre, ils choisissent des nuits noires ; l'horreur seule et 1'ombre qui accompagnent cette année de lémures suffisent à porter l'épouvante, aucun ennemi ne soutenant cette vue étonnante et comme infernale, car en toute bataille les premiers vaincus sont les yeux ».
Dans un autre passage, Tacite présente des traditions analogues adoptées par tout un peuple, celui des Haltes (les ancêtres des hessois actuels) - « dès qu'ils sont parvenus à l'âge d'homme, ils laissent pousser cheveux et barbe et c'est seulement après avoir tué un ennemi qu'ils déposent un aspect pris par vœu et consacré à la vertu. Sur leurs sanglants trophées ils se découvrent le front, alors ils croient avoir enfin payé le prix de leur naissance, être dignes de leur patrie et de leurs parents ; les lâches et les poltrons restent dans leur salelé. Les plus braves portent en outre un anneau de fer, ce qui est ignominieux chez cette nation, en guise de chaîne, jusqu'à ce qu'ils se rachètent par la mort d'un ennemi (C. XXXI)».

Les Mérovingiens

Période historique
Époque mérovingienne ancienne va d’environ : 460/480 à environ 560 de notre ère
Époque mérovingienne moyenne 560/570 à 630/640
Époque mérovingienne tardive 630/640 à environ 720/721
La royauté franque est issue d’une longue évolution, fruit de traditions qui assemblera des tribus en un peuple.La mythologie eut ici un rôle décisif dans la constitution de l’imaginaire historique. Les Francs instituèrent la royauté au début du Vie siècle.
La société mérovingienne était hiérarchiquement constituée et se basait sur ce qu’on appelle la maisnie. Les nobles se trouvent alors out l’autorité officielle du roi, puis les hommes libres, les semis-libres et les serfs. Le latin était la langue administrative.
Les Mérovingiens ayant profondément altéré le système fiscal mis en place à l’époque romaine basée sur une imposition directe qui permettait d’entretenir des structures « publiques » notamment une armée, au contraire du système mérovingien fondé sur des rapports de clientèle, le roi rétribuant ses fidèles grâce aux richesses issues des taxes indirectes. La fiscalité profite alors aux propriétaires terriens qui jouissent d’autant plus de ces revenus que leurs domaines est important.
Une version de leur origine
D’après le poète Virgile raconté par Saint Jérôme, « lorsque Troie fut prise les Francs la quittèrent. Ils eurent comme roi Frigas. Ils se séparèrent en deux groupes l’un se rendit en Macédoine, les autres qui étant avec Frigas avaient reçu le nom de Phrygiens, traversèrent l’Asie pour s’installer sur les rives du fleuve du Danube et près de a mer de l’océan, ils se divisèrent à nouveau en deux une moitié pénétra en Europe avec son roi Francien. Ayant traversé l’Europe ces derniers occupèrent les bords du Rhin, les autres étaient demeurés sur les bords du Danube. Ils se choisir un roi du nom de Tercoth qui donna son nom aux Turcs. C’est au contraire, à cause de Francien que les premiers prirent le nom de Francs. »
Mérovée (ou encore Merowig, Mérovech), né vers 412 et mort en juillet 457, est considéré comme le second roi des Francs saliens. Son existence est entourée de tant d'obscurité que certains historiens en ont fait un roi légendaire. Il aurait régné de 448 à 457.
Mérovée a donné son nom à la dynastie des Mérovingiens. Les rois mérovingiens n'ont jamais contesté son existence et se glorifièrent d'appartenir à sa lignée.
Le nom de Mérovée peut se traduire « fameux au combat » ou « combattant réputé ». Il proviendrait du franciquemare, méere « réputation », « message » et vech « bataille », « combat ».
Peu de documents attestent de l'existence de Mérovée. Grégoire de Tours dans ses Dix Livres D'Histoire lui concède une brève référence et en fait le descendant possible de Clodion le Chevelu : « Certains prétendent que de sa lignée est sorti le roi Mérovée [...] ».
Certains historiens se réfèrent au vieil allemand supérieur pour faire de Mérovée un personnage mythologique qui serait le fils de la mer (mari en Franc), c'est-à-dire un dieu ou un demi-dieu que les Francs honoraient avant leur conversion au christianisme. Selon Godefroid Kurth, « Tous les peuples primitifs ont cru à l'origine surnaturelle de leur dynastie. Leurs rois étaient les descendants des dieux : c'était leur principal titre à l'obéissance des guerriers, c'était aussi le plus beau titre de noblesse de la nation elle-même ».
Il a également été suggéré que Merowig soit une référence à la Merwede, une rivière néerlandaise dont le cours initial correspondait, si l'on en croit les historiens romains, à l'aire dans laquelle résidaient alors les Francs saliens. Là encore, l'étymologie ne semble pas corroborer cette thèse.
Autre point de vue
L'existence réelle de Mérovée ne serait pas à exclure. Une généalogie austrasienne réalisée entre 629 et 639 mentionne que « Chloio est le premier roi des Francs. Chloio engendre Glodobode. Ghlodobedus engendre Mereveo. Mereveus engendre Hilbricco. Hildebricus engendre Genniodo. Genniodus engendre Hilderico. Childericus engendre Chlodoveo... ». Pour le généalogiste Christian Settipani il s'agirait d'une liste de rois saliens dans laquelle les filiations auraient été établies postérieurement à sa constitution. La généalogie serait ainsi à corriger de la manière suivante: « Clodion engendre Clodebaud et Mérovée. Mérovée engendre Childéric... ».
Priscus fait allusion à des événements qui se produisirent dans un royaume franc à l'époque de Mérovée : « Le prétexte d'Attila pour sa guerre contre les Francs fut la mort de leurs rois et la dissension qui s'éleva entre ses fils pour la suprématie. L'aîné décidé de s'allier à Attila, cependant que le second se tournait vers Aetius. Nous rencontrâmes ce dernier lorsqu'il vint en ambassade à Rome. Son visage était encore recouvert d'un duvet, et sa chevelure blonde était si longue qu'il en faisait des tresses. Aetius en fit son fils adoptif et, tout comme l'empereur, le combla de présent et le renvoya comme un ami et un allié ». Les historiens sont partagés sur la question de savoir si Mérovée est l'un des protagonistes de ce récit : certains comme Erich Zöllner pensent que comme le royaume des Francs rhénans se trouve sur le chemin d'Attila, au contraire de celui des Francs Saliens, ce passage concerne des rois des Francs Rhénans, d'autres comme Emile Demougeot pensent que Mérovée est le roi mort en 451 et son fils Childéric est le fils adoptif d'Aetius, enfin Christian Settipani estime que, si on considère que le fragment s'applique aux Francs Saliens, ce dont il n'est pas sûr, chronologiquement, Clodion est le roi mort en 451 et Mérovée est le fils allié de Rome.
Qu'il soit l'un des princes francs mentionné par Priscus ou non, Mérovée se serait installé en Gaule belgique, dans la région du Brabant et aurait établi sa résidence à Tournai.
En 451, les Huns d'Attila envahissent la Gaule romaine qu'il rencontre et bat au cours d'une bataille entre Corbie et Roye, dans la plaine du Santerre. Enfin, Mérovée aurait commandé les Francs qui s'étaient alliés aux Gallo-Romains et à d'autres Germains, lors de la sanglante bataille que le général Aétius gagna sur Attila en 451, aux champs Catalauniques (une plaine près de Châlons-en-Champagne et de Troyes).
Grâce à cette union guerrière entre envahis et anciens envahisseurs, le « grand-roi » de l'Empire hunnique fut défait et se replia définitivement vers l'est de l'Europe : le terrible « fléau » était vaincu. Cette victoire scelle définitivement l'implantation de ces Germains francs, désormais solidement installés dans la Gaule du nord que l'Empire romain en pleine décadence leur abandonne : il n'en reste alors que le royaume de Syagrius.
Les rois de la première dynastie franque sont appelés Mérovingiens, en l'honneur de ce roi, qui donne un territoire à son peuple et le fait entrer par la grande porte dans l'Empire romain. Son fils Childéric Ier lui succède en 457.
« On rapporte également que Clodion, qui était alors un homme capable et très noble dans sa nation, a été roi des Francs ; il habitait dans la forteresse de Dispargum, qui est dans le territoire des Thuringiens. Dans ces contrées mais au midi, les Romains habitaient jusqu'au fleuve de la Loire. Au-delà de la Loire les Goths dominaient. Les Burgondes qui suivaient aussi la secte d'Arius habitaient de l'autre côté du Rhône qui coule près de la cité de Lyon. Quant à Clodion, il envoya des éclaireurs dans la ville de Cambrai, et quand tout fut exploré ; lui-même lui suivit ; il écrasa les Romains et s'empara de la cité où il ne résida que peu de temps, puis il occupa le pays jusqu'au fleuve de la Somme. Certains prétendent que de sa lignée est sorti le roi Mérovée, de qui Childéric fut le fils. »
— Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, IX, 592 - traduction Robert Latouche
Autre version
« Je crois d'ailleurs à l'historicité du personnage de Mérovée. Sans doute, on aurait pu l'inventer pour rendre compte du nom dynastique. Sans doute, ceux qui lui refusent une existence historique peuvent arguer de ce qu'il n'apparaît nulle part dans l'histoire des Francs, excepté dans ce passage-ci, qui est emprunté à une légende mythologique. Mais ces raisons ne suffisent pas pour l'écarter. »
— Godefroid Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens, 1893, VI, p. 156
La légende relatant la conception de Mérovée est la source du roman de Henry Lincoln Michael Baigent et Richard Leigh L'Énigme sacrée, paru en 1982. Les auteurs font l'hypothèse que l'origine mythologique de Mérovée est en réalité une référence à l'idée selon laquelle la dynastie des Mérovingiens est issue du sang de Jésus Christ.
À l'époque où l'autorité de Rome n'est plus reconnue au Nord de la Gaule et que le préfet des Gaules se bat contre Wisigoths et les Vandales dans le Sud, Clodion le Chevelu en profite pour attaquer la ville de Tournai dans le Nord. Tournai se rend en une seule bataille. Clodion continu sa marche vers Cambrai puis vers la Somme. Malgré sa défaite à Hélesme contre le "dernier des romains", Aetius, ces évènements marqueront l'installation  définitive de la nation franque dans le Nord de la France. Il fit la paix avec Aetius et mourut en 448.
Mérovée est le fils ou le neveu de Clodion le Chevelu. Il donnera son nom à la première dynastie des rois de France : les Mérovingiens.
En 451, Attila franchit le Rhin pour envahir la Gaule. Il sera arrêté dans sa marche à Orléans par le romain Aetius et le Gaulois Mérovée. Attila se replie alors vers l'Est et s'arrête à Moirey, au lieu-dit des "Champs Catalauniques".
Aetius fédère alors tous les peuples de Gaule : Francs occidentaux, Armoricains, Bretons, etc...
La bataille commencera le 20 Juin 451 et tournera à l'avantage de Aetius. Il laissera fuir Attila qui mourra deux ans plus tard d'un saignement de nez. Devant le nombre important de mort, le roi (Mérovée ou Clodion) sera déchu, et c'est le fils de Mérovée, Childéric 1er, le père de Clovis qui prendra la relève.
En 457, Childéric 1er succède à son père Mérovée. Il règne sans partage, ce qui lui vaut l'animosité de ses parents, des grands et de ses sujets.
Il fuit son petit royaume de Tournais pour trouver refuge chez le roi de Thuringe.
En 463, Childéric est rappelé au pouvoir. Basine lui donnera un fils : Clovis et trois filles : Lanthilde, Alboflède et Aldoflède.
Il mourra en 481 et son fils Clovis lui succèdera.
Fils de Childéric, Clovis 1er hérite de son père d'un petit royaume qui s'étend de la mer du Nord jusqu'à Cambrai.
Il entre en lutte contre Syagrius qui dirige le pays situé entre la Somme et la Loire.
Battu à Soissons en 486, Syagrius se réfugie à Toulouse. Quand à Clovis, il s'empare de la région entre la Seine et la Loire.
En 496, Clovis livre bataille à Tolbiac contre les Alamans et il s'empare d'une partie de leur territoire. Après cette bataille, Clovis et trois mille de ses soldats se font baptiser le jour de Noël 496 par Saint-Rémi à Reims. Il devient ainsi le seul roi barbare reconnu par la chrétienté.
Clovis cherche ensuite à étendre son royaume vers l'Est. Il combat avec succès les Thuringiens et les Francs Ripuaires. La toute puissance de Clovis inquiète alors les rois ariens qui se liguent contre Clovis. En 500 prés de Dijon, Clovis bat Gondebaud, roi des Burgondes qui s'échappe.  En 507 à Vouillé prés de Poitiers, Clovis vainc les Wisigoths, et c'est aussi à Vouillé qu'Alaric II, souverain Wisigoth, trouvera la mort.
Clovis mourra un peu plus tard à Paris, en 511, alors que son royaume n'a pas encore atteint la Méditerranée.
Il sera enterré à Paris dans la basilique des Saints-Apôtres qu'il a fait construire.
A sa mort, le royaume Franc est divisé entre ses fils : Clotaire 1er Le Vieux hérite de la Neustrie, Thierry 1er de l'Austrasie, Childebert 1er de Paris et Clodomir de l'orléanais.
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Et si l’’on reparlait des Mérovingiens ?
On a coutume de considérer les rois de France de la première race comme des princes débauchés, cruels, égorgeurs... Il est vrai qu’’à l’’époque les hommes, même chrétiens, étaient encore barbares, que, toujours en guerre, l’’on vivait partout dangereusement et que mourir était pour un prince de sang royal un sort plus enviable qu’’être tondu. En outre, le système de succession était si aberrant que tout frère ou neveu était un être de trop et que donc les exterminer était même devenu une condition de l’’unité du royaume hérité de Clovis !
Disons tout de suite que nous sommes très loin du roi débile qui ne savait pas bien mettre sa couronne ou sa culotte dans la chanson populaire anti-royaliste qui date de la veille de 1789 et dont l’’auteur, ne pouvant citer nommément Louis XVI, se rabattit sur ce pauvre Dagobert dont il ne savait strictement rien, sans doute pour agencer ses rimes...
Le vrai, fils de Clotaire II et de la bonne Gertrude, né en 604, eut la chance d’’hériter de son père (mort en 629) d’’un royaume unifié – tous les concurrents ayant été occis –, installé dans la paix et même dans une certaine prospérité économique. Dagobert devint donc assez vite roi du Regnum Francorum, c’’est-à-dire en fait seul roi de quatre royaumes (Austrasie à l’’ouest, Neustrie au centre, Bourgogne, Aquitaine) chacun jaloux de ses prérogatives. Très vite Dagobert s’affirma énergique et patient, ardent et perspicace à la fois.
On comprend que, dans les conditions de son règne, il ait fallu au jeune roi montrer d’’exceptionnelles qualités pour s’’entourer d’’hommes capables de le servir et de le conseiller, tout en ayant comme lui le souci de l’’unité et de la continuité de la dynastie.
Il faut aussi se souvenir de Pépin de Landen (†640), grand lettré, d’une des plus grandes familles d’’Austrasie, maire du palais d’’Austrasie, puis de Paris. Deux de ses filles furent portées sur les autels : sainte Gertrude et sainte Beggha, cette dernière ayant pour petit-fils Charles Martel.
Saint Arnoul (†641), évêque de Metz, ancien précepteur de Dagobert, et bientôt son conseiller, reste aussi un nom illustre. Par l’’un de ses deux fils, dont l’’un fut un saint, il allait être un ancêtre de Charlemagne.
Le fondateur de Saint-Denis
On le voit : Dagobert, roi cynique et dévergondé (comme presque tous ses prédécesseurs) vivait au milieu de bien des odeurs de sainteté. « Il gardait la foi chrétienne, explique Ivan Gobry, qui lui inspira la source d’’un sage gouvernement de son royaume et un soutien convaincu aux forces spirituelles de la population. » C’’est ainsi qu’’il œœuvra pour un prodigieux développement de la vie monastique. Sa dévotion à saint Denis, éveillée dès l’’enfance, le poussa à vouloir édifier un monastère à l’’emplacement du tombeau du saint martyr et de ses compagnons Rustique et Éleuthère. Il y établit la “louange perpétuelle”, un office liturgique permanent. Émerveillé par le succès de cette pieuse entreprise, il choisit ce lieu pour y être inhumé de préférence à Saint-Germain-des-Prés où dormaient ses ancêtres. C’’est ainsi que Saint-Denis devint pour les siècles à venir la nécropole des rois de France.
C’’est un peu partout en France que Dagobert fonda des monastères. Une floraison de saints alla de pair : saint Eustaise, saint Valéry, saint Léobard, saint Romaric, sainte Fare... Autour de ces maisons de prière et de labeur, vinrent s’’installer des ouvriers agricoles, des artisans, des familles. Des bourgades s’assemblèrent. « Quand nos rois, écrit Gobry, fondaient ou protégeaient les abbayes, ils ignoraient que, bien souvent, ils créaient de nouvelles villes ». Ainsi se dessinait déjà le paysage français.
Dagobert décéda en 639. Il n’’avait régné sur le Regnum Francorum que dix ans, mais cela lui avait suffi à imprimer la marque d’’une volonté, dirait-on, presque nationale. La suite, n’’étant que mérovingienne, fut hélas moins brillante... La déchéance des rois de nouveaux désunis fit naître la légende ridicule des “rois fainéants”. En trois générations, de Clovis II (634-657), fils de Dagobert à Chilpéric III (743-755), ces rois furent très jeunes absorbés par les maires du palais, parfois avides et cruels, mais dont certains, après avoir fait tondre et enfermé au monastère ces fantômes royaux trop guidés par leurs caprices surent reprendre en mains ce qui allait devenir la France. Ainsi Pépin d’’Herstal, petit-fils de saint Arnoul et de Pépin de Landen, engendra Charles Martel, père de Pépin le Bref, qui offrit à la chrétienté Charlemagne.
Michel Fromentoux L’’Action Française 2000– du 7 au 20 décembre 2006
* Ivan Gobry : Dagobert 1er. Éd. Pygmalion, 223 p., 20 euros.
Pour aller plus loin => les Mérovingiens de Jean Houdin, Ellipses 2014
Sources :
Les Mérovingiens Jean Heuclin Édition Ellipses
Histoire de France :Les Mérovingiens 2ième partie
L’Histoire n° 3 Mérovingiens les premiers rois du Moyen-Âge

L’histoire évolue en cycles

En évoquant dans mon dernier article la période de 224 ans entre l’avènement de la première république (21 septembre 1792) et l’altération probable de ce système à partir de l’été ou de l’automne 2016, nombreux sont ceux qui n’ont pas saisi ce que à quoi je faisais référence.
Idem lorsque j’ai parlé des 224 jours de différence entre la polémique de Nadine Morano débuté le 30 septembre 2015 et celle de Verdun, le 10 mai 2016.
La découverte de Martin Armstrong
Il s’agit simplement de la découverte capitale du conseiller financier Martin Armstrong qui a consacré des sommes colossales ces 30 dernières années pour constituer des modèles d’analyse des marchés par ordinateur relatifs aux  changements de cycle économique, etc.
Sa découverte est très “simple”: tout ce qui existe dans l’univers est régi par des cycles et ces cycles ont Pi (3,14) pour nombre élémentaire.
Il y a différents cycles dont celui de la guerre, du changement politique, des affaires, etc. Le cycle du changement politique s’étend sur 309,6 ans, soit 6 cycles de 51,6 ans, ce dernier étant divisé en 6 cycles de 8,6 ans. Les crises économiques sont régulées par des cycles de 8,6 ans (2008-2016 par exemple). Ces cycles continuent de se subdiviser, etc.
Martin Armstrong n’est pas un esprit farfelu. Il a géré des fonds de plusieurs milliers de milliards de dollars et continue de conseiller de nombreux gouvernements, banques, etc. Il a régulièrement été consulté par le Congrès US et la Maison Blanche, ainsi que par le gouvernement chinois ou l’UE.
Ce qu’a découvert scientifiquement Armstrong était su empiriquement par nos Anciens qui raisonnaient également en termes cycliques.
Les cycles de la guerre et du changement politique
Le 30 septembre 2015 était le “pic de confiance” dans le secteur public dans tout l’Occident. Cela veut dire qu’à partir de ce jour, le stato-socialisme entre en crise à mesure que les populations comprennent que les gouvernements sont la cause fondamentale des innombrables problèmes présents. Ce jour là, les événements qui se produisent indiquent une tendance forte. Dans ce cas : l’invasion de la Syrie par la Russie et, en France, la question suivante : “Qui est français ?” avec pour réponse “Les Blancs de religion chrétienne et de culture gréco-latine”. Cette réponse a pour conséquence inévitable une guerre ethnique et religieuse.
Cette corrélation indique par ailleurs que la guerre ethnique et religieuse en France est liée à la guerre au Moyen-Orient et, plus largement, avec le monde musulman et la Russie.
Il faut y ajouter le cycle de la guerre, les conflits entre états. Ces deux cycles – changement politique et guerre – convergent depuis 2014 et s’intensifient à partir de 2017. La dernière fois que ces deux cycles ont convergé, c’était à partir des années 1770, à la veille des révolutions américaine et française. C’est justement ce qui se passe en France : les deux cycles convergent pour ne plus véritablement se distinguer l’un de l’autre. Cela s’est matérialisé le 13 novembre avec l’État Islamique qui a frappé la capitale française.
Le nombre de jours qui séparent les attaques de Charlie Hebdo (7 janvier 2015) et celles du Bataclan (13 novembre) était de 309,9 jours, soit 36 fois 8,6 jours. Ce qui indique qu’il s’agit de la même entité qui a commandé les attaques.
Pour en revenir au premier cycle du changement politique français dont la nature “identitaire” a été portée à son insu par Nadine Morano le 30 septembre 2015, il doit se conclure le 2 août 2016. Un second cycle de 309,6 jours commencera après celui-ci, toujours sur le mode “identitaire”.
On prêtera attention à ce qui pourrait survenir le 2 août prochain.
Le fait que la polémique implique Verdun, le lieu d’affrontement paroxystique de la Première Guerre Mondiale, n’est pas anodin. Le fait qu’elle désigne les afro-musulmans et non pas les Allemands encore moins.
Pour ceux qui veulent étudier les cycles évoqués précédemment et qui lisent l’anglais, voir une synthèse de Martin Armstrong en PDF.
Pour ceux qui veulent visionner cet entretien de Martin Armstrong sous-titré en français :

La conversion pour les nuls - François de Carennac

dimanche 5 juin 2016

Hors-série de La Nouvelle Revue d'histoire consacré aux peuples fondateu...

Organisme et organisation par Ernst Jünger

Ce texte est un extrait de L'État universel, organisme et organisation par Ernst Jünger, éd. Gallimard, Les essais 1962, pp. 111-123
La rencontre véritable de l'organisme et de l'organisation a lieu entre la liberté et le règne, ce dernier ayant, avec ses prétentions, acquis une suprématie écrasante. Nier l'État, le dépeindre comme source de tout mal et comme falsification de l'humain, fut de tout temps l'opinion maîtresse des anarchistes.
Il est vrai que le concept d'anarchie exigerait une analyse, et aussi une révision approfondie, surtout en notre temps, où les nihilistes sont légion, tandis que le type pur de l'anarchiste est presque éteint. Cela aussi est l'un des signes avant-coureurs d'une étatisation avancée. Des poètes de la terre sans limites, tels qu'était Walt Witman, se dressent au sein de notre époque comme des blocs erratiques.
L'anarchiste, sous sa forme pure, est celui dont la mémoire remonte le plus loin, jusqu'à des ères préhistoriques, voire pré-mythiques – et qui croit que l'homme a rempli dans ces temps lointains sa vocation authentique. Il en perçoit encore la possibilité dans la nature humaine et en tire ses conclusions.
En ce sens, l'anarchiste est l'archi-conservateur, l'extrémiste qui cherche à saisir la bénédiction et la malédiction de la société dans leur racine même. Il se distingue du conservateur en ce que son effort s'attache à l'état d'homme en soi, mais non à une classe qui s'est greffée sur lui dans le temps ou l'espace. Le conservateur a la tradition : il « se maintient » en elle, ce qui rend son rôle douteux à une époque où tout est en mouvement.
Le conservateur a sa place dans un état élaboré et tente de le préserver : aussi s'entend-il bien, à l'ordinaire, avec l'État, surtout quand celui-ci a conservé des éléments patriarcaux. Le conservateur veut maintenir, arrêter l'organisation à un certain stade. Il le fait moins en considération du stade auquel l'État est parvenu qu'en vertu de son caractère, et surtout de sa placidité et de sa satiété intérieures. Tandis que l'esprit révolutionnaire hâte les événements, le conservateur les suit d'une démarche lente ; mais il finit toujours par les rattraper. S'il n'y parvient pas dans l'espace d'une génération, il y arrive dans ses petits-enfants ; les institutions nées de la fougue des grands-pères deviennent vénérables.
L'anarchiste ne connaît ni tradition ni cloisonnement. Il ne veut pas être requis ni asservi par l'État et ses organismes ; on ne peut l'imaginer, ni comme citoyen, ni même comme membre d'une nation. Les grandes institutions, Églises, monarchies, classes et états, lui sont étrangères et lui semblent détestables ; il n'est ni soldat, ni travailleur. S'il est logique avec lui-même, il faut qu'il rejette aussi et avant tout le Père.
La doctrine anarchique cherche ses allégories idéales dans la jeunesse de l'individu ; et c'est pourquoi les traits d'enfance frappent souvent chez ses principaux représentants. L'anarchiste sait fort bien ce qu'il ne veut pas, comme le dit déjà son nom. Toutefois, il quitte le domaine de sa force lorsqu'il doit incarner dans la pratique sa volonté. Il lui faut alors recourir à une pensée qui lui répugne fondamentalement. D'où la fâcheuse ressemblance des grandes utopies sociales avec la manière dont la vie, dans les ruches et les casernes, est réglée jusqu'en ses moindres détails. Les tentatives de les faire passer dans la réalité échouent donc dès leur débuts.
Les grands bouleversements sont aussitôt suivis d'un état de licence, d'un ébranlement qui affectent les fondations mêmes et fait que tout semble possible. C'est alors que se découvrent aussi les anarchistes, objets d'une vive attention, à qui s'attachent de grands espoirs. Leur passage en scène ne dure que peu de temps et finit mal pour eux. Un moment, la société, débarassée de ses liens, semble la proie offerte à une vaste conception. Mais il ne s'agit là que d'un bref interrègne, comme après la mort d'un roi, et la pensée organisatrice procède à des fixations nouvelles et plus strictes. « L'État est mort, vive l'État ! »
L'anarchiste n'entre pas seulement en conflit avec le conservateur muni d'un attirail politique incomparablement supérieur. Il se heurte aussi au révolutionnaire intelligent, qui reconnaît en l'État un instrument de puissance et triomphe nécessairement, tant du conservateur que de l'anarchiste. La proie est ainsi soustraite à l'homme, ou lui est dérobée en vertu d'une ruse très subtile, qui revient par exemple à ce que la socialisation s'avère équivalente à l'étatisation. Ces débats complexes se laissent suivre dans la Révolution française de 1789 et de 1830, et dans la Révolution russe de 1917 ; elles ont pour résultat commun l'élaboration toujours plus stricte de hiérarchies politiques. Événement d'une vaste portée, qui ne se joue pas seulement entre groupes et partis, mais dans le cœur de l'individu. C'est ici que s'entrechoquent l'idéalisme et le réalisme, l'homme en soi et l'homme historique, Rousseau et Saint-Just.
Le type de l'anarchiste a joué un rôle décisif dans la préparation des grands bouleversements ; ils seraient inconcevables sans son apport. Sa protestation contre l'État et les institutions vient du cœur, vient de la racine, renvoie à une image meilleure, plus juste, plus conforme à la nature. C'est le combat d'avant-postes, où se signalent des poètes pleins de force, des esprits qui se détournent, déçus, quand l'exécuteur politique entre dans l'action.
La grandeur de cet effort ne se trouve pas dans la sphère des formes figées ; elle réside dans le modèle inaccessible. On le transporte de l'aurore de l'humanité à son lointain avenir ; il ressemble au miroir pur où elle discerne ses taches, ses insuffisances. Tant qu'elle en est capable, elle garde encore le libre arbitre, comme marque authentique de sa dignité humaine.
L'ordre universel est déjà réalisé, dans son type aussi bien que dans son équipement. Il ne manque plus que sa reconnaissance, sa proclamation. Elle serait concevable sous la forme d'un acte spontané, dont les exemples ne manquent pas dans l'histoire, ou bien d'une mesure imposée par des faits contraignants. Il faudra toujours que la poésie, que les poètes lui tracent sa route. L'expansion généralisée qui mènerait des grands espaces à l'ordre global, des États mondiaux à l'État universel, ou, pour mieux dire, à l'Empire universel, est inséparable de la crainte que désormais la perfection ne se fige en formes définitives, aux dépens du libre arbitre. C'est pour cette raison surtout que la division du monde en deux ou trois parties a ses avocats. Mais les signes n'annoncent rien de pareil. Il est évident que la figure du Travailleur est plus forte encore que la plus ancienne et la dernière des grandes oppositions : celle de l'Est et de l'Ouest.
En accédant à sa grandeur finale, l'État n'acquiert pas seulement son extension maximum, mais, en même temps, une qualité nouvelle. Il cesse en elle d'être État, au sens historique du terme. Il s'approche ainsi des utopies des anarchistes, ou tout au moins leur possibilité n'est plus en contradiction avec la logique des faits. Les problèmes du pouvoir sont enfin réglés.
Si, dans le courant des révolutions, après un interrègne où tout semblait possible, l'homme en tant qu'être politique reprend si vite sa suzeraineté, ce n'est pas par hasard. Il ne se soumet pas seulement les utopistes de tout bord, mais aussi les gérants du plan.
Il faut en chercher la raison principale dans le fait que les États humains se sont développés d'une manière qui donne le primat à la sécurité. Au fur et à mesure qu'un peuple ou qu'un groupe de peuples se constitue en État, les dépenses consacrées à la sécurité augmentent. Les budgets le font assez voir. De ce point de vue aussi, de ce point de vue surtout, les États mondiaux font les efforts ultimes.
L'homme a toujours porté les armes, mais nous pouvons admettre qu'aux premiers temps de l'étatisation, ce que nous appelons aujourd'hui la sécurité militaire y a joué un rôle restreint, et peut-être nul. La division du travail avait d'autres causes et d'autres desseins.
Nous pouvons nous figurer l'origine des États comme une sorte de cristallisation, en vue de laquelle s'unissent les forces de sols et de tribus encore vierges. L'État, tel qu'il s'est constitué dans les vallées fécondes des fleuves, n'avait pas de modèle. Il était, sinon unique en son genre, du moins insulaire.
Les mesures de protection exigeant l'existence d'armées n'ont pu devenir indispensables que beaucoup plus tard. La Méditerranée orientale, avec les pays de ses rives et les régions limitrophes, est, comme la mère de bien des choses, celle aussi des guerres ; mais auparavant, bien avant qu'Abraham ne quittât son pays natal, elle doit avoir connu des civilisations sans troupes.
La grande importance attribuée par les États à la sécurité, et qui détermine leur forme et leur destin, relève des caractéristiques, sinon du genre humain en général, tout au moins de sa sous-espèce, le zôon politikon. Les linéaments ne s'en trouvent point dans la nature ; dans l'état des abeilles, ce sont, sans aucun doute, les facteurs économiques qui prédominent. La sécurité, dans les tribus peu évoluées, est souvent atteinte par la simple cohabitation, ou par la constitution de colonies.
La forme de l'État humain est modelée par le fait qu'il existe d'autres États. Elle est déterminée par le pluralisme. Ce n'a pas toujours été vrai, ni, espérons-le, ne le sera toujours. Quand l'État, sur terre, était une exception, quand il était insulaire ou unique, au sens que ce mot avait originellement, les armées étaient inutiles, voire inconcevables. Le même phénomène doit se reproduire là où l'État devient unique, mettant un point final à l'évolution. Alors, l'organisme humain pourrait, libéré du joug de l'organisation, apparaître sous une forme plus pure, comme une épiphanie de l'homme.
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Les communistes français durant la guerre d’Indochine

721.jpg« Félicitations au succès du Vietminh. Nous sommes de cœur avec lui. Nous envoyons aux troupes du Vietminh notre fraternel salut et notre témoignage de solidarité agissante. » (Journal communiste « L’Humanité » du 6 mars 1952)
Après le bombardement du port de Haiphong, le 23 novembre 1946, par la Marine française, le Viet Minh, dirigé par Hô Chi Minh, président de la République démocratique du Viêt Nam (dont l’indépendance a été proclamée à Hanoi le 2 septembre 1945), décide de lancer, le 19 décembre 1946, une offensive ayant pour but la « libération » de la ville de Hanoï. À 20 heures, une explosion dans la centrale électrique de la ville annonce le début de l’insurrection. De nombreux ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Hô Chi Minh appelle tout le peuple vietnamien à se soulever contre la présence française : « Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme ! ». C’est le début de la guerre d’Indochine. Elle va durer huit ans.
La France avait engagé sa parole auprès du Viêt-Nam, dirigé alors par Bao Daï.
Elle n’était plus un pays affrontant une rébellion nourrie par la Chine et l’URSS, elle était la représentante d’un système, le « monde libre », face à un détachement d’un régime ennemi, le « communisme ». Et le général Catroux, ancien gouverneur général de l’Indochine, d’écrire dans Le Figarodu 21 juillet 1953 : « Il n’est pas en effet loisible à la France de rompre à sa convenance le combat, parce que la guerre d’Indochine n’est pas seulement sa guerre contre le seul Hô Chi Minh, mais celle du monde libre, auquel elle est liée, contre le communisme ».
Dès le début de ce conflit, les communistes français n’eurent de cesse de procéder à une critique et à une condamnation de cette « sale guerre » qu’ils appréciaient, à l’instar d’Etienne Fajon « comme une guerre injuste, réactionnaire, menée contre la liberté d’un peuple ».
Dès lors, tout fut mis en œuvre pour venir en aide au « peuple vietnamien opprimé » et la consigne émise par la direction centrale du PCF : « Refus de la fabrication, du transport et du chargement du matériel de guerre destiné à l’Indochine », immédiatement appliquée, notamment par les syndicalistes de la CGT.
La presse communiste devenait quotidiennement plus incisive en stigmatisant à outrance la présence française en Indochine, la qualifiant de « poison colonialiste » et Léon Feix d’écrire dans L’Humanité du 24 mars 1952 : « De larges masses participeront effectivement à la lutte anticolonialiste dans la mesure où nous saurons extirper de l’esprit des Français, en premier lieu des ouvriers, le poison colonialiste »… tandis que Jean-Paul Sartre, n’avait de cesse de fustiger dans la revue « Temps Modernes », « l’action criminelle des soldats français ». Dès lors, les communistes français allaient, à leur façon, participer activement à ce conflit…
Dans les usines d’armement, les armes et les munitions destinées aux soldats de l’Union Française étaient systématiquement sabotées… « L’effet retard » des grenades était volontairement supprimé, ce qui entraînait leur explosion immédiate dès qu’elles étaient dégoupillées, la plupart du temps, dans les mains de leurs servants… Les canons des pistolets mitrailleurs et des fusils étaient obturés avec une balle, ce qui entraînait souvent leur explosion… Les munitions étaient sous chargées ou ne l’étaient pas du tout… Les obus de mortier explosaient dès leur percussion ou s’avéraient inertes… Les moteurs des véhicules de terrains comme ceux des avions subissaient également toutes sortes de sabotage : Joints de culasse limés et  limaille de fer dans les carters à huile… Ce fut le cas, entre autres, des moteurs de l’hydravion « Catalina » de la 8F où furent impliqués des ouvriers des ateliers de la base de Cuers-Pierrefeu… Même le porte-avions d’escorte « Dixmude », n’échappa pas aux dégradations : Ligne d’arbre endommagé. L’enquête permit d’identifier le saboteur en la personne du quartier-maître mécanicien Heimburger, membre du Parti Communiste Français.
Tout cela, pourtant, n’était rien d’autre que de la haute trahison et les ouvriers comme leurs commanditaires qui envoyaient chaque jour à une mort certaine des soldats français, auraient dû être traduits devant des Tribunaux d’exception pour « intelligence avec l’ennemi ». Ils ne furent jamais inquiétés ! Et cette strophe du poème du capitaine Borelli, officier de Légion, adressé à ses hommes morts au combat, prennent ici, un sens particulier :« Quant à savoir, si tout s’est passé de la sorte, si vous n’êtes pas restés pour rien là-bas, si vous n’êtes pas morts pour une chose morte, Ô, mes pauvres amis, ne le demandez pas ! »
Sur les quais, les aérodromes et les gares tenus par la CGT,  la mobilisation communiste était identique. Les acheminements de troupes et de matériels subissaient de graves perturbations… Les navires et les trains étaient immobilisés, les détériorations  ne se comptaient plus, les grèves se multipliaient… A Grenoble, une pièce d’artillerie fut jetée à bas du train. En gare de Saint-Pierre-des-Corps, à Tours, une militante communiste, Raymonde Dien, devint une héroïne nationale pour s’être couchée en travers d’une voie. Cette violence atteignit son point culminant dans la nuit du 2 au 3 décembre 1947. A la suite du sabotage d’une voie ferrée par un commando de la cellule communiste d’Arras, l’express Paris-Lille dérailla, faisant 16 morts et 30 blessés…
images-67.jpegPrisonniers français du Viet Minh. 75% sont morts…
Quant aux blessés rapatriés, généralement débarqués de nuit à Marseille, ils étaient acheminés secrètement en région parisienne où ils arrivaient au matin à la gare de l’Est. Mais cette discrétion ne les épargnait pas des manifestations hostiles des cheminots CGT. Les blessés étaient injuriés et frappés sur leurs civières. Un hôpital parisien qui demandait du sang pour les transfusions sanguines spécifiait « que ce sang ne servirait pas pour les blessés d’Indochine » car, à l’Assemblée Nationale, les députés communistes avaient exigé que « la collecte publique de sang ne soit jamais destinée aux blessés d’Indochine qui peuvent crever (sic) ». A Noël un député suggéra qu’un colis de Noël soit envoyé aux combattants d’Extrême Orient. Une député du PCF s’exclama aussitôt : « Le seul cadeau qu’ils méritent, c’est douze balles dans la peau ! ».
Par ailleurs, outre les armes et les fonds adressés régulièrement au « grand frère vietminh », des tonnes de médicaments lui étaient également acheminés par l’Union des Femmes Françaises (1) et l’indignation de nos soldats ne résultait pas tellement de ce que l’ennemi recevait de la Métropole des colis de pénicilline, mais du fait que, chaque jour, des soldats français mouraient, faute d’en posséder.
Pour nos soldats enlisés dans ce conflit, la guerre prenait un parfum amer teintée de colère et de découragement… La prise de conscience fut rapide et brutale : Désormais l’ennemi n’était plus le Viêt-Minh mais les communistes français…
La fin tragique de la bataille de Diên Biên Phu scella la défaite de la France et l’obligea à se retirer de l’Indochine mais le PCF demeura actif et poursuivit son action dévastatrice au sein du contingent et de ses réseaux de « porteurs de valises », durant la guerre d’Algérie. Combien de nos jeunes soldats sont morts sous les balles des communistes français livrées aux tortionnaires du FLN ?…
José CASTANO
(1)   Issue des comités féminins de la Résistance, l’Union des Femmes Françaises est créée par un congrès le 21 décembre 1944. Elle se révèle rapidement liée au Parti communiste français, sous la houlette de Jeannette Vermeersch, qui en fait pendant les années de guerre froide, une organisation communiste de masse. Elle se retrouve notamment impliquée dans des actes de sabotages et de découragement à l’encontre des soldats français lors de la guerre d’Indochine.
L’Union des femmes françaises devient Femmes solidaires en 1998.
« Les Justes meurent comme des chiens ; les crapules ont leur chance. C’est un monde totalitaire déserté par toute transcendance. Le Mal n’y est pas un scandale mais la règle commune » (Commandant Hélie Denoix de Saint Marc, officier putschiste du 1er REP)

samedi 4 juin 2016

Marcel Bucard et le Francisme : entre traditionalisme et fascisme

Notre propos, ici, n'est pas de relater l'histoire de Marcel Bucard et du Francisme, mais d'élucider les causes profondes de l'échec d'un mouvement, qui ne sut ni séduire les Français, ni intéresser les Allemands sous l'Occupation.
Nous passerons vite sur les débuts de Marcel Bucard, né en 1895 à Saint-Clair-sur-Epte, au sein d'une famille rurale aisée et catholique, destiné au séminaire, mais devenu un glorieux combattant de la Grande Guerre puis battu lors des élections législatives de 1924 sur une liste conduite par André Tardieu.
Les débuts d’un nationaliste classique
Collaborateur de Georges Valois puis du milliardaire François Coty, lequel lui confia les directions successives dé L'Ami du Peuple et de L'Autorité, et lança, avec d'autres, les Croix de Feu (1928-1929), puis, enfin, de Gustave Hervé, dont il dirigea le journal La Victoire, Bucard souhaite que l'union spirituelle et fraternelle de tous les Français prévale une fois la paix revenue, comme elle avait prévalu au front, grâce à un régime fort expurgé du sectarisme républicain et anticlérical et de l'incurie ministérielle liée au parlementarisme. En cela, il ne se distingue guère de François Coty, Maurice d'Hartoy, François de La Rocque, Jean Renaud, Pierre Taittinger. En revanche, il se démarque de Georges Valois, dont il fut un fugace disciple. Avec son Faisceau (1925-1928), Valois entendait fonder un fascisme français conçu comme une troisième voie entre capitalisme et socialisme, et avait adopté une orientation aussi hostile aux puissances économiques qu'au communisme, ce qui lui avait coûté l'appui financier de Coty, et avait entraîné la décomposition de son mouvement. Aussi Bucard avait abandonné Valois ; d'autant plus que l'acclimatation en France du fascisme lui semblait impossible, pour des raisons historiques et culturelles.
Le choix du fascisme
Or, en 1933, il opte à son tour en faveur du fascisme. Deux éléments expliquent ce changement. Tout d'abord le piétinement des ligues, incapables de séduire le peuple comme les classes moyennes, et que les détenteurs de capitaux n'inclinent guère à aider. Ensuite, révolution tumultueuse de la situation politique. Depuis 1918, la France connaissait des difficultés financières sérieuses. Après la crise de 1924 conjurée par le « Verdun financier » de Poincaré, était survenue celle, beaucoup plus grave, de 1926-1927, enrayée par Poincaré encore qui avait restauré la stabilité et résorbé l'endettement de l'Etat, mais au prix d'une dévaluation spectaculaire du franc. Durement éprouvées, les classes moyennes et les petits rentiers se retournaient contre le régime. Puis, à partir de la fin 1930, se font sentir en France les effets de la Grande Crise : en 1932, notre pays compte 900 000 chômeurs, soit un taux de chômage de 15 % de la population active (2 % avant 1930), les faillites se multiplient, l'inflation, stimulée par les essais de relance des cabinets Tardieu et Laval, détruit l'équilibre budgétaire et la stabilité financière retrouvés sous Poincaré. Les ministères ont contre eux les classes moyennes et le monde ouvrier. Un vent de révolution souffle sur le pays qui impute le marasme à l'incurie du régime, de surcroît accusé de corruption. Les formations extrêmes s'en trouvent revigorées : le parti communiste voit ses effectifs tripler, les ligues deviennent résolument activistes, et la droite demande un État fort et stable. Tardieu, pourtant libéral, fait le procès du régime. Et Bucard, qui tenait le Faisceau de Valois pour une aberration, incline désormais au fascisme, d'autant plus que l'Italie mussolinienne ignore la Grande Crise et que l'Allemagne commence à en sortir au moment ou Hitler accède au pouvoir. Il lui semble que désormais, il existe une place, en France, pour un parti fasciste crédible. Il lance alors son Parti Franciste français (PFF), le 29 septembre 1933. Le PFF se définit d'emblée comme un parti fasciste se réclamant du régime de Mussolini. Du fascisme, il adopte l'uniforme (pantalon militaire, bottes, chemise [bleue] avec baudrier) et le projet de société.
Le nouveau parti entend abolir la République démocratique, libérale et parlementaire.
Le PFF deviendrait parti unique. L'exécutif relèverait d'un chef de l’État "plébiscité" au suffrage universel et rééligible, ayant la faculté de gouverner par décrets et de consulter la nation par référendum, dirigeant la diplomatie, et assisté d'un Directoire composé de ministres nommés par lui. Le législatif incomberait à trois organes distincts. Une Assemblée des Familles, élue au suffrage familial et une Assemblée des Producteurs ou Chambre des Corporations, élue dans le cadre régional et composée, à égalité, de représentants des syndicats d'employeurs et de délégués des syndicats de salariés, étudieraient les textes de lois et en feraient une première rédaction. Un « Conseil d’État élargi » composé dans des proportions égales de hauts magistrats et de syndicalistes choisis par le Conseil national des Corporations rédigerait définitivement ces textes, finaliserait les projets de budget, ratifierait les traités. Aucune de ces assemblées n'aurait l'initiative des lois, celle-ci incombant au seul Chef de l’État. Enfin, contre la tradition jacobine, source de blocages, les Francistes préconisent une large décentralisation dans le cadre de régions différentes des anciennes provinces.
Entre traditionalisme et fascisme
En tout cela, ils reprennent les idées de Valois et d'Hervé. Comme eux, ils préconisent l'institution d'un corporatisme d’État très différent du corporatisme anti-étatique de L'Action française, de La Tour du Pin ou de Le Hay. Les comités corporatifs régionaux (composés des délégués des employeurs et des salariés des entreprises) et la Chambre des Corporations auraient compétence dans le seul domaine social (rémunérations, hygiène, conditions de travail, assurances sociales et retraites), la production et la conduite de l'entreprise restant du ressort du patron. Bucard et les Francistes demeurent en effet attachés au principe de hiérarchie, nécessaire à la vie et à la bonne marche de la société. De ce point de vue, ils s'inscrivent dans une filiation traditionaliste opposée à l'éthique démocratique et égalitaire née de la Révolution française. Leur idéal tourne autour de l'idée de patrie et d'une vision chrétienne de l'homme et de l'ordre politique et social. S'il incombe à l'État de conduire la nation en y assurant la justice, il ne lui appartient pas de créer un homme nouveau et/ou une nouvelle société, qu'il s'agisse d'un ordre totalitaire dirigé par un chef quasiment déifié (le Reich d'Hitler) ou de l'édification d'une société rationaliste par un État-parti révolutionnaire l’URSS communiste). Et par là, les Francistes se révèlent beaucoup plus proches de Salazar que de Mussolini. L'État Français du maréchal Pétain réalisera dans une assez large mesure leur programme politique, lors même qu'ils en critiqueront les insuffisances. Ils promeuvent leur programme dans leur hebdomadaire, Le Franciste, sous les plumes de Bucard lui-même et de son délégué à la propagande, Paul Guiraud, professeur agrégé de philosophie.
Nous glisserons sur les avanies et avatars du mouvement entre 1933 et 1941. Dés juillet 1940, il se rallie au maréchal Pétain. Il en approuve l'œuvre constitutionnelle et la politique sociale, concrétisée par la Charte du Travail du 4 octobre 1941, qui institue un corporatisme analogue à celui qu'il préconisait, même s'il en déplore la tendance à avantager les employeurs.
De Vichy, le parti franciste partage le nationalisme cocardier d'un Déroulède, d'un Barres, de la Ligue des Patriotes, des Jeunesses patriotes, des Croix de Feu et de Pétain lui-même, l'esprit ancien combattant, rattachement aux « valeurs spirituelles » et au catholicisme le rejet de la République maçonnique, le refus du libéralisme. Mais comme les collaborationnistes ultras, il préconise un engagement résolu aux côtés de l'Occupant afin d'opérer le referaient de la France en lui faisant jouer un rôle important dans l'Europe d'Hitler ; partant il déplore, comme eux, les calculs politiciens et la pusillanimité de Vichy et, enfin, il réclame comme eux, l'instauration en France d'un régime de type fasciste étayé sur un parti unique.
Une ambivalence fatale
Cette position ambivalente constitue à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force car elle le met en position de médiateur entre Vichy et Paris, capable de les accorder et d'opérer la synthèse de leurs positions. Sa faiblesse dans la mesure où elle le place à la marge des uns et des autres et attire sur lui leurs suspicions respectives. Pour surmonter à son profit le clivage entre Vichy et les collaborationnistes de Paris, il eût fallu un talent politique hors de pair, dont Bucard se trouvait singulièrement dépourvu. Le chef franciste n'avait pas le sens politique de Doriot ; il n'en possédait pas non plus le charisme. Capable de galvaniser ses propres troupes, il ne pouvait soulever l'enthousiasme des foules, comme savait le faire Doriot. Celui-ci grand, fort, le verbe haut, doté d'une prodigieuse autorité naturelle, chauffait à blanc les auditoires, suscitait l'admiration et les dévouements militants, et ralliait à lui toutes les classes, le prolétariat comme la haute bourgeoisie, et tous les types d'hommes, de l'ouvrier jusqu'à des intellectuels nantis comme Paul Marion, Bertrand de Jouvenel, Alfred Fabre-Luce et Abel Bonnard. Avant guerre, la bourgeoisie avait vu en lui le chef capable de vaincre le Front populaire et d'instaurer un régime lesté d'une apparence de volet social. Et, à cet égard, ses origines plébéiennes et son passé communiste le rendaient crédible. Rien de tel avec Bucard qui se ressentait de ses origines rurales et bourgeoises ainsi que de son catholicisme affirmé.
Dépassé par Doriot, Bucard devait l'être tout autant par Marcel Déat. Celui-ci, orateur puissant, était un intellectuel brillant qui avait élaboré pour son parti, le Rassemblement national populaire (BNP) une doctrine très supérieure aux articles théoriques de Bucard et de Guiraud. Et cette doctrine était au moins aussi socialiste que nationaliste. Déat était un socialiste qui avait répudié le marxisme et la SFIO, jugés par lui dépassés, et avait évolué vers un socialisme nationaliste et européen dont le fascisme lui était apparu comme le vecteur. Resté socialiste envers et contre tout, soutien du Front populaire en 1936, planiste, il ne considérait le fascisme et la Collaboration que comme les moyens d'instaurer un socialisme rénové. Demeuré révolutionnaire, il concevait la révolution comme conciliant socialisme et nationalisme dans le cadre d'une union des pays européens. À cet égard, il ne releva jamais de la droite antijacobine et réactionnaire, qu'il abhorrait, et ses discours comportent une telle quantité d'appels et de références à la "révolution" qu'on pourrait les prendre pour ceux d'un homme de gauche.
L’échec d’un traditionalisme de gauche
Et cela explique la réelle impuissance de Bucard à séduire les Français, spécialement ceux, jeunes, qui aspiraient à un ordre nouveau. Bucard, répétons-le, c'est Salazar, non Mussolini ou Hitler. Bien qu'il se proclame constamment fasciste, il demeure un nationaliste français conservateur et catholique avec une inclination plébiscitaire. En dépit des rodomontades "socialistes" de Paul Guiraud, le parti franciste n'envisage pas un ordre social nouveau et, lorsqu'il parle de "révolution", il s'agit toujours d'une « révolution nationale » de type vichyssois. Rien de bien exaltant pour la jeunesse d'un pays comme le nôtre. En ces années d'Occupation, la France reste ce qu'elle était avant la défaite, c'est-à-dire une nation profondément marquée par le legs de la Révolution, et qui ne conçoit sa rénovation politique et sociale que comme une réorientation de cette dernière. En cela, pour nos compatriotes, Déat et Doriot sont plus séduisants que Bucard, et leurs programmes respectifs plus attrayants que celui des Francistes, terne et vieillot. Ce qu'ils préconisent, c'est une troisième ère politique française, après la monarchie d'Ancien Régime et la République démocratique, étayée sur une synthèse de la première et de la Révolution , donc très ancrée dans notre histoire propre et très différente du fascisme italien et du national-socialisme allemand. Une perspective d'avenir étrangère à Bucard. Bucard cumule deux erreurs tactiques qui expliquent son échec face à ses rivaux et auprès des Français : il reste un réactionnaire, nationaliste à l'ancienne mode, et, non sans contradiction avec cette propension, il se proclame ouvertement "fasciste" en une nation instinctivement hostile au fascisme car demeurée tributaire de sa Révolution de 1789-1794. Une erreur que ne commirent pas Doriot et Déat, qui, avant comme pendant la guerre, ne se déclarèrent jamais fascistes et occultèrent leurs liens financiers avec Rome et Berlin. Sous l'Occupation, Bucard ne convaincra pas ses compatriotes.
Bucard a donc pâti de deux choix stratégiques contradictoires : celui d'avoir par trop incarné un nationalisme typiquement français, traditionaliste et, à l'opposé, celui de s'être réclamé d'un fascisme relativement étranger à notre peuple. C'est ici l'ambiguïté foncière de Vichy qui est en cause. Imposé par la défaite et l'Occupation, formé dans l'urgence, sans préparation ni programme, avec le concours de toutes les composantes de la classe politique française (y compris la gauche), ce régime était destiné à rester un palliatif condamné aux changements permanents d'orientation en raison du caractère disparate de son personnel, de l'incidence sur lui du cours de la guerre et de la pression allemande. Ses dirigeants ne purent jamais définir une ligne politique originale et cohérente, faute d'unité de vue et de circonstances favorables. Le slogan « Révolution nationale » était équivoque : si les traditionalistes l'entendaient comme une contre-révolution, les collaborationnistes du PPF et du RNP y voyaient l'annonce d'une véritable révolution, nationaliste, certes, mais aussi socialiste et moderne, incluant une part du legs de la Révolution française, difficile à rejeter après soixante-dix ans de régime républicain. Et leur influence devint de plus en plus prégnante car leur projet avait, relativement à l'ambiguïté attentiste de Vichy, l'avantage d'être fermement défini et en phase avec l’ethos d'une nation devenue hostile à la République libérale et parlementaire mais toujours obsédée par la lubie révolutionnaire que les éléments réellement réactionnaires de "Vichy (catholiques ou de sensibilité peu ou prou maurrassienne) ne surent ni ne purent, en raison de leur absence de moyens et de leur infériorité numérique, extirper de la culture politique française. Aussi les doriotistes et déatistes remportèrent-ils sur le parti franciste tant au plan intérieur, en dépit de sa plus grande conformité à la tradition nationale française qu'au niveau de leurs rapports avec les Allemands, qui les considéraient, en raison de leurs effectifs et de leur audience, comme un moyen de pression sur Vichy plus efficace que lui. Et, Et, de fait, le parti franciste n'excéda jamais les 5 000 adhérents, alors que le PPF de Doriot en comptait 30 000 et le RNP de Déat, plus de 20 000.
Un défi très risqué
Retremper le nationalisme français dans un modèle fasciste étranger à notre culture politique était un défi très risqué ; ce fut la propension constante du Francisme, et l'ambiguïté fatale de Vichy. À cet égard, le Francisme a incarné totalement Vichy, de son adhésion à la Révolution nationale réactionnaire de 1940 à son engagement aux côtés de la Milice contre la Résistance en 1944. Le PPF et le RNP se sont résolument inscrits dans la tradition révolutionnaire de la France moderne née en 1789, et ont tenté de raccommoder au fascisme. Mais à l'inverse, la réaction, elle, ne se conçoit que comme une rupture sans concession avec cette tradition. Bucard, victime de la vogue fasciste des années 1930 puis des succès hitlériens, ne le comprit pas. Il ne comprit pas que le fascisme, importé en une France contemporaine toujours mentalement et politiquement modelée par les valeurs et l'esprit détestables de 1789-1794,ne pouvait devenir qu'une variante nationaliste et européenne du socialisme révolutionnaire, qu'un socialisme post-marxiste. D'où son échec.
Paul-André Delorme Rivarol du 19 mai 2016

vendredi 3 juin 2016

Le génome d’un Carthaginois révèle une origine européenne

CARTHAGE (NOVOpress avec le Bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) : Une équipe internationale de chercheurs a procédé auséquençage du génome mitochondrial complet d’un jeune homme de Carthage. Cette ville de l’actuelle Tunisie était une colonie phénicienne à l’époque, vers 500 ans avant Jésus-Christ.
On savait déjà que ce Carthaginois était de race europoïde. C’est ce que révélait son squelette et plus particulièrement son crâne : il avait l’apparence d’un Européen de type méditerranéen et mesurait 1,70 m. Cette origine est confirmée par l’étude génétique, publiée par la revue Plos One. En effet, l’homme appartenait à un groupe génétique européen appelé U5b. Cet haplogroupe est hérité de la population de chasseurs-cueilleurs d’Europe de l’Ouest.
Aujourd’hui, moins de 2% des Européens de l’Ouest portent cette marque génétique. On en trouve notamment trace dans l’Europe de l’Ouest, par exemple au Portugal. Cette proximité fait dire aux chercheurs que ce Carthaginois-là n’avait probablement pas d’origines proche-orientales, alors que les Phéniciens sont supposés être des Sémites. En revanche, par leurs multiples implantations en Méditerranée occidentale, les Phéniciens ont pu faciliter la venue d’Européens en Afrique du Nord.
Ce génome constitue le témoignage génétique le plus ancien que l’on ait trouvé de la présence européenne dans une zone géographique qui était alors berbère. Cette présence remonte donc a minima au VIe siècle avant l’ère chrétienne. Les scientifiques espèrent désormais pouvoir séquencer l’ADN de Phéniciens de souche, pour en savoir plus sur l’origine de ce peuple.

(4) Les batailles de l'Antiquité - Philippe