dimanche 8 juin 2014

Le dernier Chef d’Etat qui a vécu la guerre...

Ce 6 juin est sans doute le dernier qui voit autant de vétérans se presser autour des plages du Débarquement : combien seront-ils encore dans une décennie ? Mais, parmi les chefs d’Etat eux-mêmes, il n’y a plus qu’un témoin de ces temps sombres d’une guerre qui a ravagé notre pays et bien au-delà de nos terres et des mers : c’est la reine Elisabeth II,... 
...pour laquelle notre République, née orpheline, a des égards tout particuliers, comme si elle avait quelque crime ancien à se faire pardonner, y compris aux yeux de la souveraine britannique...
Elisabeth durant la guerre, future reine d’Angleterre
Dans le quotidien La Croix (31 mai-1er juin 2014), c’est Geneviève Jurgensen qui rend un bel hommage à cette vieille dame au regard malicieux qui fut aussi une jeune fille courageuse au moment des bombardements sur l’Angleterre des années 1940 : « (…) Vous étiez à Londres sous les bombes, près de vos parents. Une bombe est tombée sur votre propre maison, le palais de Buckingham, dans les tout premiers jours des tout premiers bombardements. « Grâce à cela, a dit votre mère, je peux regarder dans les yeux les habitants des quartiers est », quartiers populaires et fort peuplés, victimes des premiers Blitz. Pressée par l’opinion publique de vous mettre avec votre soeur à l’abri au Canada, votre mère a répondu : "Mes enfants ne partiront pas sans moi. Je ne partirai pas sans le roi. Et le roi ne partira jamais." » [...]
Jean-Philippe Chauvin - La suite sur Nouvelle Chouannerie

samedi 7 juin 2014

Les communistes français durant la guerre d’Indochine

« Félicitations au succès du Vietminh. Nous sommes de cœur avec lui. Nous envoyons aux troupes du Vietminh notre fraternel salut et notre témoignage de solidarité agissante. » (Journal communiste « L’Humanité » du 6 mars 1952)
Après le bombardement du port de Haiphong, le 23 novembre 1946, par la Marine française, le Viet Minh, dirigé par Hô Chi Minh, président de la République démocratique du Viêt Nam (dont l’indépendance a été proclamée à Hanoi le 2 septembre 1945), décide de lancer, le 19 décembre 1946, une offensive ayant pour but la « libération » de la ville de Hanoï. À 20 heures, une explosion dans la centrale électrique de la ville annonce le début de l’insurrection. De nombreux ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Hô Chi Minh appelle tout le peuple vietnamien à se soulever contre la présence française : « Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme ! ». C’est le début de la guerre d’Indochine. Elle va durer huit ans.
La France avait engagé sa parole auprès du Viêt-Nam, dirigé alors par Bao Daï. Elle n’était plus un pays affrontant une rébellion nourrie par la Chine et l’URSS, elle était la représentante d’un système, le « monde libre », face à un détachement d’un régime ennemi, le « communisme ». Et le général Catroux, ancien gouverneur général de l’Indochine, d’écrire dans Le Figarodu 21 juillet 1953 : « Il n’est pas en effet loisible à la France de rompre à sa convenance le combat, parce que la guerre d’Indochine n’est pas seulement sa guerre contre le seul Hô Chi Minh, mais celle du monde libre, auquel elle est liée, contre le communisme ».
Dès le début de ce conflit, les communistes français n’eurent de cesse de procéder à une critique et à une condamnation de cette « sale guerre » qu’ils appréciaient, à l’instar d’Etienne Fajon « comme une guerre injuste, réactionnaire, menée contre la liberté d’un peuple ».
Dès lors, tout fut mis en œuvre pour venir en aide au « peuple vietnamien opprimé » et la consigne émise par la direction centrale du PCF : « Refus de la fabrication, du transport et du chargement du matériel de guerre destiné à l’Indochine », immédiatement appliquée, notamment par les syndicalistes de la CGT.
La presse communiste devenait quotidiennement plus incisive en stigmatisant à outrance la présence française en Indochine, la qualifiant de « poison colonialiste » et Léon Feix d’écrire dans L’Humanité du 24 mars 1952 : « De larges masses participeront effectivement à la lutte anticolonialiste dans la mesure où nous saurons extirper de l’esprit des Français, en premier lieu des ouvriers, le poison colonialiste »… tandis que Jean-Paul Sartre, n’avait de cesse de fustiger dans la revue « Temps Modernes », « l’action criminelle des soldats français ». Dès lors, les communistes français allaient, à leur façon, participer activement à ce conflit…
Dans les usines d’armement, les armes et les munitions destinées aux soldats de l’Union Française étaient systématiquement sabotées… « L’effet retard » des grenades était volontairement supprimé, ce qui entraînait leur explosion immédiate dès qu’elles étaient dégoupillées, la plupart du temps, dans les mains de leurs servants… Les canons des pistolets mitrailleurs et des fusils étaient obturés avec une balle, ce qui entraînait souvent leur explosion… Les munitions étaient sous chargées ou ne l’étaient pas du tout… Les obus de mortier explosaient dès leur percussion ou s’avéraient inertes… Les moteurs des véhicules de terrains comme ceux des avions subissaient également toutes sortes de sabotage : Joints de culasse limés et  limaille de fer dans les carters à huile… Ce fut le cas, entre autres, des moteurs de l’hydravion « Catalina » de la 8F où furent impliqués des ouvriers des ateliers de la base de Cuers-Pierrefeu… Même le porte-avions d’escorte « Dixmude », n’échappa pas aux dégradations : Ligne d’arbre endommagé. L’enquête permit d’identifier le saboteur en la personne du quartier-maître mécanicien Heimburger, membre du Parti Communiste Français.
Tout cela, pourtant, n’était rien d’autre que de la haute trahison et les ouvriers comme leurs commanditaires qui envoyaient chaque jour à une mort certaine des soldats français, auraient dû être traduits devant des Tribunaux d’exception pour « intelligence avec l’ennemi ». Ils ne furent jamais inquiétés ! Et cette strophe du poème du capitaine Borelli, officier de Légion, adressé à ses hommes morts au combat, prennent ici, un sens particulier :« Quant à savoir, si tout s’est passé de la sorte, si vous n’êtes pas restés pour rien là-bas, si vous n’êtes pas morts pour une chose morte, Ô, mes pauvres amis, ne le demandez pas ! »
Sur les quais, les aérodromes et les gares tenus par la CGT,  la mobilisation communiste était identique. Les acheminements de troupes et de matériels subissaient de graves perturbations… Les navires et les trains étaient immobilisés, les détériorations  ne se comptaient plus, les grèves se multipliaient… A Grenoble, une pièce d’artillerie fut jetée à bas du train. En gare de Saint-Pierre-des-Corps, à Tours, une militante communiste, Raymonde Dien, devint une héroïne nationale pour s’être couchée en travers d’une voie. Cette violence atteignit son point culminant dans la nuit du 2 au 3 décembre 1947. A la suite du sabotage d’une voie ferrée par un commando de la cellule communiste d’Arras, l’express Paris-Lille dérailla, faisant 16 morts et 30 blessés…

Prisonniers français du Viet Minh. 75% sont morts…
Quant aux blessés rapatriés, généralement débarqués de nuit à Marseille, ils étaient acheminés secrètement en région parisienne où ils arrivaient au matin à la gare de l’Est. Mais cette discrétion ne les épargnait pas des manifestations hostiles des cheminots CGT. Les blessés étaient injuriés et frappés sur leurs civières. Un hôpital parisien qui demandait du sang pour les transfusions sanguines spécifiait « que ce sang ne servirait pas pour les blessés d’Indochine » car, à l’Assemblée Nationale, les députés communistes avaient exigé que « la collecte publique de sang ne soit jamais destinée aux blessés d’Indochine qui peuvent crever (sic) ». A Noël un député suggéra qu’un colis de Noël soit envoyé aux combattants d’Extrême Orient. Une député du PCF s’exclama aussitôt : « Le seul cadeau qu’ils méritent, c’est douze balles dans la peau ! ».
Par ailleurs, outre les armes et les fonds adressés régulièrement au « grand frère vietminh », des tonnes de médicaments lui étaient également acheminés par l’Union des Femmes Françaises (1) et l’indignation de nos soldats ne résultait pas tellement de ce que l’ennemi recevait de la Métropole des colis de pénicilline, mais du fait que, chaque jour, des soldats français mouraient, faute d’en posséder.
Pour nos soldats enlisés dans ce conflit, la guerre prenait un parfum amer teintée de colère et de découragement… La prise de conscience fut rapide et brutale : Désormais l’ennemi n’était plus le Viêt-Minh mais les communistes français…
La fin tragique de la bataille de Diên Biên Phu scella la défaite de la France et l’obligea à se retirer de l’Indochine mais le PCF demeura actif et poursuivit son action dévastatrice au sein du contingent et de ses réseaux de « porteurs de valises », durant la guerre d’Algérie. Combien de nos jeunes soldats sont morts sous les balles des communistes français livrées aux tortionnaires du FLN ?…
José CASTANO
(1)   Issue des comités féminins de la Résistance, l’Union des Femmes Françaises est créée par un congrès le 21 décembre 1944. Elle se révèle rapidement liée au Parti communiste français, sous la houlette de Jeannette Vermeersch, qui en fait pendant les années de guerre froide, une organisation communiste de masse. Elle se retrouve notamment impliquée dans des actes de sabotages et de découragement à l’encontre des soldats français lors de la guerre d’Indochine.
L’Union des femmes françaises devient Femmes solidaires en 1998.
« Les Justes meurent comme des chiens ; les crapules ont leur chance. C’est un monde totalitaire déserté par toute transcendance. Le Mal n’y est pas un scandale mais la règle commune » (Commandant Hélie Denoix de Saint Marc, officier putschiste du 1er REP)

Autour d'un petit livre de Philippe Simonnot


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On aimerait que ces notes, rassemblées sur un titre sinon provocateur, du moins "osé", "Non l'Allemagne n'était pas coupable" (1)⇓ nous amènent à nous interroger sur les causes des guerres.
Rarement, en effet, les commémorations des horribles conflits du XXe siècle auront occupé les écrans comme en cet an de grâce 2014. Entre le centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale en 1914 et le soixante dixième anniversaire du débarquement de Normandie de 1944 que d'occasions de revisiter l'Histoire. Et cela ne va sans doute pas s'arrêter après le retour des héroïques anciens combattants anglo-américains et la séparation des grands de ce monde, rassemblées en cette circonstance sur le sol de France.
Remarquablement reconstituées, rassemblées et colorisées, les émouvantes images du Jour J, et celles des combats qui suivirent la geste inouïe des premières lignes, devraient suffire en elles-mêmes à exorciser certaines légendes.
Si en 1944 le territoire français a été libéré, nous ne le devons ni aux gaullistes ni aux communistes.
Terrible pour la France, le choix des plages, des bocages et des villes de Normandie comme théâtre d'opération avait, certes, été pressé par Staline. A partir de la conférence de Téhéran de 1943, l'ancien allié de Hitler (2)⇓ se préoccupait de conquérir l'Europe centrale et orientale et de régler particulièrement son sort à la Pologne coupable en 1920 d'avoir victorieusement repoussé l'agression du Komintern.
Grâce à ces télescopages d'anniversaires nous disposons d'une occasion unique de rapprocher les deux guerres civiles européennes. Leur bilan global peut être envisagé comme celui d'une des plus grandes catastrophes de l'Histoire de notre continent, à comparer avec la chute de l'Empire en occident ou l'apparition de l'islamisme dans le monde méditerranéen.
Le lien entre les deux a conduit certains historiens à n'y voir qu'un seul  et unique drame. En cela, Thucydide père de la pensée Historique nous y invite et donne l'exemple puisqu'il invente le concept de "Guerre du Péloponnèse" pour englober les deux conflits conduisant à la catastrophe finale de la suprématie athénienne à la fin du siècle de Périclès. Plus près de nous l'atroce guerre civile allemande de 30 ans au XVIIe siècle ou les guerres follement déclenchées par la révolution jacobine en 1792, où certains Français admirent encore leur sanglante aventure de pillage, peuvent être regardées sous le même prisme. Puisque nous nous situons dans une orgie d'évocations de la folie des hommes et de la nécessité de l'entente européenne on pourra bientôt saluer aussi le 300e anniversaire du traité d'Utrecht ou le 200e du congrès de Vienne.
Le lien essentiel entre la guerre de 1914 et celle de 1939 est utilement souligné par Philippe Simonnot, après Alfred Fabre-Luce auquel il se réfère : il s'agit de l'article 251 du traité de Versailles de 1919. Cette mise en cause de l'Allemagne comme [unique] responsable de la guerre, et [unique] coupable de ses atrocités doit être envisagée sous une triple dimension, à la fois politique, diplomatique et financière.
Telle se révèle en effet la logique du drame sanglant infligé à l'Europe, telle se construit la pensée des notes rassemblées dans ce petit volume, telle enfin se situe la cause de l'immense désordre financier imposé au monde à partir de la conférence de Gènes de 1922. C'est à cette époque que l'on a renoncé au rétablissement de l'étalon-or suspendu par la situation de guerre. Les conséquences durent encore, elles ont même été aggravées par le coup d'État monétaire de Nixon en 1971.
Désormais le principe du recours à la fausse monnaie a contaminé les transactions internationales. Elles ne reposent plus que sur le croisement artificiel de créances et de contraintes ; la moitié au moins d'entre elles pourront être jugées effaçables. Elles risquent fort, par conséquent, de se voir anéanties un jour ou l'autre au gré des rapports de forces, provoquant l'effondrement du château de cartes.
Sur la cause des guerres on ne peut pas se contenter de réponses aussi puériles que celles de Wilson et Clemenceau, fauteur de guerres lui-même. Philippe Simonnot ne prétend pas épuiser en 60 pages l'immense question des raisons ou plutôt des folies qui ont conduit à la première guerre mondiale.
Il n'écartera évidemment pas les causes "économiques", ou plus précisément "mercantilistes" : celles qui prennent en compte la lente montée des tarifs protectionnistes et, parallèlement, l'ascension industrielle de l'Allemagne unifiée au cours du XIXe siècle, par le Zollverein d'abord, par la proclamation de l'Empire des Hohenzollern ensuite.
Si l'on se reporte au livre de Gustave Le Bon, écrit en 1915 (1)⇓, on découvre que, pacifiquement, cette énorme puissance économique montante prenait, dans le début du XXe siècle, résolument la première place dans l'espace continental par le simple jeu de son commerce. Les cauchemars protectionnistes ne pouvaient donc pas en supporter la perspective. Il fallait abattre ce concurrent déloyal.
Toute ressemblance devrait être considérée comme fortuite, cela va sans dire.
JG Malliarakis
Apostilles
  1.  texte bilingue édité par les Editions Europolis. 
  2.  j'insiste ici sur ce concept "d'alliance", différente d'un simple "pacte" de non-agression, que je développe dans mon livre "L'Alliance Staline Hitler" (1939-1941)
  3.  "Psychologie de la Guerre" rééditée aux Editions du Trident.

Pourquoi De Gaulle n'a jamais commémoré le 6 juin

Celui dont le tout un chacun du sérail politique s'arrache la filiation l'a clairement expliqué selon Peyrefitte qui reprend dans son ouvrage, ces paroles suivantes du général De Gaulle : 
DG0606
DG0606 2
A bon entendeur de la cohérence intellectuelle, salut!

Amours, viols et prostitution... la face cachée du Débarquement

Pour les GI, le Débarquement fut aussi un terrain dangereux d'aventures sexuelles. Une historienne américaine s'attaque sans nuances au mythe du libérateur.
Un lupanar géant, théâtre d'une libido sans limites. Telle est la France vue par les GI, débarqués au pays des femmes faciles et des maris trompés. "L'Europe d'aujourd'hui est peuplée de petites-bourgeoises respectables qui ont, au moins une fois dans leur vie, écarté les cuisses pour le prix d'une miche de pain", confiera un vétéran américain. En Normandie, en Bretagne, en Champagne, les boys faisaient l'amour partout, en plein jour, devant les enfants. Une épidémie de sexe qui fait la trame du livre de l'historienne américaine Mary Louise Roberts.
Le haut commandement US a voulu "vendre" le Débarquement comme une aventure érotique, seul moyen de galvaniser les soldats envoyés sous les orages d'acier d'Utah et Omaha Beach. La propagande militaire mobilise tous les poncifs sur les moeurs de la femme française, supposée libre de son corps, prête à s'offrir aux guerriers virils venus la sauver des griffes du nazisme.
L'indigence française et l'opulence yankee favorisent le commerce du sexe 
Une fois désinhibée, la libido des GI sera impossible à contenir. Les viols se multiplient, la prostitution explose. Le contraste entre l'indigence française et l'opulence yankee favorise toutes les combines et le commerce du sexe. Un paquet de chewing-gums, quelques cigarettes suffisent à s'offrir une passe. Par crainte des maladies vénériennes, les autorités américaines tenteront vainement d'encadrer le chaos. L'état-major fait des exemples en ordonnant la pendaison publique de soldats noirs accusés de viols - boucs émissaires d'une armée fondée sur la ségrégation raciale.
Face à ce tsunami sexuel, une douloureuse "crise de la masculinité" s'empare du mâle français. "Efféminés, verbeux, nerveux, irritables, avec un côté très gigolos et je ne les aime pas beaucoup", observe un GI au sujet des vaincus de 1940. Des froussards, incapables de tenir leurs femmes et de protéger leur foyer. Cette perte de virilité serait à l'image du déclin français et l'une des causes profondes de notre antiaméricanisme.
L'historienne écorne singulièrement la geste héroïque du libérateur accueilli sous les vivats d'un peuple reconnaissant. Est-il néanmoins sérieux d'affirmer qu'en 1945 "la putain incarne l'essence de la France" pour l'Amérique ? Le recours péremptoire à la métaphore érotique, le mépris des nuances handicapent la démonstration, qui n'en décrypte pas moins l'un des derniers tabous de la Seconde Guerre.

Ce que l’Europe doit à l’Islam

Le dogme étouffant de la soumission à Dieu, ignorant par construction la querelle théologique essentielle du libre-arbitre et de la grâce, bride et mutile.   
Belle opération de propagande islamique, en ce moment sur Arte, avec la série britannique « De l’Orient à l’Occident ». La culture arabo-musulmane aurait tiré l’Occident de la nuit du Moyen-âge. C’est grâce à « Al-Andalus », aux savants Avicenne et Averroès, que l’Occident a reçu l’héritage grec et a donc pu faire sa Renaissance. Voilà ce que nous serine la voix sirupeuse du commentateur, sur fond de manuscrits précieux et d’arabesques enchanteresses.
Il faut faire justice de tels propos. Certes, dans le passé, l’apport réel des arabo-musulmans à la culture occidentale a pu être minoré. A l’époque coloniale, on préférait insister sur l’infériorité des peuples présumés encore « enfants » et censés recevoir du seul Occident les Lumières du Progrès. Vision biaisée, souvent nourrie par les clichés « orientalistes ». Mais aujourd’hui, on déforme à nouveau l’Histoire. A cause de l’immigration de masse récente, on se sent obligé de fabriquer artificiellement des racines européennes musulmanes.
Le véritable lien entre les grecs et l’Occident, c’est Byzance. Nul besoin de traduction des philosophes grecs chez les élites d’un empire qui dure jusqu’en 1453. Les échanges sont constants, notamment via Venise, entre les deux moitiés de la chrétienté. Christianisme oriental et romain restent très proches sur le plan du dogme. Pourquoi les Universités du Moyen-âge seraient-elles passées par des érudits musulmans pour « découvrir » l’antiquité gréco-romaine ? L’héritage est aussi plus direct, par les pères de l’Eglise, grecs ou latins (Saint-Augustin). Le christianisme est un platonisme à l’usage du peuple, dit Marx, à juste titre.

vendredi 6 juin 2014

D Day : une prouesse du génie militaire, les ports Mulberry

Dès le 30 mai 42, dès avant l'échec de Dieppe, et en prévision du débarquement, Winston Churchill demande à Lord Mountbatten de se pencher sur le projet de construction de jetées flottantes: "elles doivent monter et descendre avec la marée. Il faut résoudre le problème de leur ancrage. Faites moi connaître la meilleure solution."
La Normandie n'offre en effet que deux ports en eau profonde : le Havre et Cherbourg, aux mains des Allemands. Ces deux ports sont loin des zones prévues pour le débarquement, et le plan de l'assaut prévoit que Cherbourg ne sera sous commandement allié que 8 jours après le débarquement.
S'il n'y a pas de ports, il faut en apporter: Lord Mountbatten met en oeuvre la création de deux ports artificiels transportables, qu'il faudra ensuite assembler au large de deux plages de Normandie. L'opération a pour nom de code :"Mulberry" ("mûre").
Le temps presse, et le projet est mis sur pied en un temps record et malgré l'engorgement des chantiers navals, par Lord Mountbatten et des ingénieurs Anglo-Américains. 230 énormes caissons de béton, les "Phoenix", seront assemblés en arc de cercle sur 7 km, de manière à former une digue protectrice à l'intérieur de laquelle les bateaux pourront sans risque venir décharger leurs cargaisons sur des appontements flottants ou plateformes, les "Lobnitz", qui mesurent 60 mètres sur 18. Trois plateformes sont prévues, dont deux à circulation unique pour les véhicules.
Les caissons "Phoenix", véritables brise-lames, sont de taille variable (les plus grands mesurant 60 m de long sur 20 m de haut); ils sont surmontés pour la plupart d'une tourelle de D.C.A. Une fois déchargées sur les plateformes, les cargaisons sont acheminées sur la terre ferme par des véhicules empruntant desjetées flottantes, ou "Whales".
Les différents composants de deux ports flottants seront construits en Grande-Bretagne, remorqués à travers la Manche pour être assemblés face aux côtes normandes, l'un face à St Laurent-sur-Mer (Mulberry A), l'autre face àArromanches (Mulberry B). Le soir du 6 juin, les navires servant de point d'ancrage aux Phoenix sont sur place, et coulés le 7 juin. Le 8 juin, les premiers caissons Phoenix sont immergés. Le 14 juin, les premiers déchargements commencent à Arromanches, et le 16 à St-Laurent-sur-Mer. Du 19 au 21 juin, une tempête fait rage, qui détruit le port de St-Laurent-sur-Mer. Seul Mulberry B, rebaptisé Port Winston, restera donc opérationnel.
Il est probable que l'importance du rôle des ports Mulberry dans le débarquement a été exagérée. Privés de leur port, Mulberry A, détruit par la tempête, on estime que les Américains débarquèrent 40% de tonnes de plus que les Anglo-Canadiens soit 10 000 tonnes par jour contre 6 000, en utilisant de façon intensive une technique d'échouage de grandes barges de débarquement. Après la guerre, les Alliés constatèrent qu'ils avaient dépensé beaucoup de temps et d'argent pour les Mulberries, dont au fond ils auraient pu se passer. Il n'empêche que ces ports flottants représentent une prouesse technique et un bon exemple de l'ingéniosité humaine.
Ports_cartePlan du port Mulberry d'Arromanches (cliquez pour une carte interactive)

Les nationalistes et l'AF au début du XXe siècle

L'an dernier s'est tenu à Paris un colloque du Centre d'histoire de Sciences Po sur L'Action française – Culture, société, politique, dont L'AF-2000 a déjà fait état. Les études ont été regroupées et complétées dans un ouvrage publié récemment sous ce titre, qui se trouve être passionnant et, parfois, sévère (mais généralement à juste raison). Il est une mine de renseignements sur l'histoire de l'Action française, ses personnalités (trop souvent méconnues des royalistes eux-mêmes : qui se souvient de Frédéric Delebecque ou de Jean Héritier, par exemple ?), ses positions et ses implantations locales, etc. Il nous a semblé intéressant de suivre, sur quelques articles, le plan du livre et d'en résumer, voire d'en discuter, les principales lignes. Aujourd'hui, la partie intitulée Autour de la notion maurrassienne d'héritage et, plus particulièrement, le chapitre sur les nationalistes à la naissance de l'AF.
 L'Action française est née de l'affaire Dreyfus, a toujours affirmé Maurras. Bertrand Joly le confirme dans son article passionnant, Les ligues nationalistes et l'Action française : un héritage subi et rejeté. Lorsque paraît L'Action Française, petite revue revendiquée nationaliste qui titre « Réaction, d'abord », les seuls royalistes s'affirmant tels sont Charles Maurras et Frédéric Amouretti, mais les autres rédacteurs sont potentiellement "gagnables", si l'on suit la logique de Maurras qui qualifie son nationalisme d'« intégral ». Comme si la monarchie ne pouvait en être que l'aboutissement logique, inéluctable résultat de la réflexion sur la conservation de la nation française. Par une stratégie fort habile, Maurras convainc ses compagnons de la revue d'AF. C'est pour eux qu'il rédigera Dictateur et Roi et qu'il pensera quelques uns des arguments de son Enquête sur la Monarchie qui, me semble-t-il, s'adresse encore plus nettement aux monarchistes traditionnels, ne serait-ce que parce qu'elle est publiée, à dessein et aussi par défaut, dans le quotidien monarchiste alors le plus représentatif, La Gazette de France.
Relations ambiguës
Ce que souligne avec force Bertrand Joly, c'est combien le groupe initial de l'AF, motivé par Maurras qui va lui donner sa coloration monarchiste, a des relations ambiguës avec les nationalistes, entre récupération et épuration, et comment cette stratégie, en fin de compte, ne donnera pas tous les résultats escomptés. Sans doute à cause de la nature même du nationalisme populiste de la fin XIXe siècle : l'Action française « en a sous-estimé l'autonomie et la plasticité, elle n'y a vu qu'une ébauche informe et grossière, alors que ce nationalisme non royaliste possédait [...] son élan particulier », ce qui explique que, quantitativement, elle ne pèsera jamais grand-chose sur le plan électoral.
Malgré cela, l'AF a "dépassé" le nationalisme antidreyfusiste par son caractère beaucoup plus intellectuel et son appel à la jeunesse, dont les ligues se méfiaient, sans doute parce que leurs dirigeants restaient perméables au jeu démocratique et parlementaire. « L'Action française fait au contraire confiance aux jeunes et cultive son implantation au Quartier latin : à bien des égards, le remplacement des ligues nationalistes par l'AF correspond aussi à une relève de génération et à une inflexion sociologique, qui contribuent à priver Barrès de son titre de "prince de la jeunesse". » Maurras et ses amis sont enclins à dénigrer ces nationalismes qui n'osent pas conclure ou qui se trompent et, du coup, trompent leur public : « Pour Vaugeois repris par Maurras, il existe trois sortes de nationalismes, le parlementaire, le plébiscitaire et le royaliste, deux mauvais et un bon. À l'égard des deux premiers, l'Action française alterne marques d'estime et sarcasmes, les seconds l'emportant nettement... »
« Les plébiscitaires forment le principal groupe d'irrécupérables et ne méritent donc guère de ménagements, qu'ils soient bonapartistes ou républicains. [...] Mais c'est à la république plébiscitaire de Déroulède que Maurras et ses amis réservent l'essentiel de leurs coups. » La Ligue de la Patrie française en fera les frais, essuyant des critiques d'une virulence rare, mais aussi d'une ironie cinglante. L'AF se voulait une sorte d'avant-garde intellectuelle du nationalisme français, exclusive et intransigeante, qui se verra confortée dans ses raisons par la déroute électorale des nationalistes de l'année 1902. Déroute qui « abandonne aussi [à l'AF] un espace à prendre dont Maurras va savoir profiter. Débarrassée de toute concurrence, l'Action française peut maintenant prendre son véritable essor », même si cela ne se traduit pas par un ralliement massif.
Quel héritage ?
Que reste-t-il de l'héritage ou de l'influence des nationalistes "d'avant l'AF" dans cette Action française encore en recherche au début du XXe siècle ? Selon Joly, au-delà de « la plupart des thèmes ou plutôt des haines et des ennemis du nationalisme » : « Pour l'antisémitisme, l'antiparlementarisme, l'antimaçonnisme, la haine d'une république faible qui affaiblit la France, la dénonciation d'un régime de bavards, de médiocres et de panamistes, Maurras et les siens n'inventeront absolument rien, sinon, disent-ils, le vrai remède. » Il me semble que cette récupération est aussi une tentative de reformulation d'un "sentiment national" parfois outrancier parce que blessé (1871 n'est pas si loin) que Maurras s'inquiète de voir livré à lui-même, avec le risque d'une dérive à la fois populiste et plébiscitaire (on dirait aujourd'hui, sans référence à la famille de Napoléon, "bonapartiste"), et celui d'un déchirement de l'unité française par la mainmise de groupes de pression sur l'État.
Contrairement aux partis nationalistes républicains, souvent chauvins et irréfléchis, Maurras cherche à donner une ligne de conduite intellectuelle aux "nationalistes conscients", ou plutôt à ceux qu'il s'agit de "conscientiser". Sans doute faut-il voir, à travers cette dénonciation maurrassienne des « quatre États confédérés » (dénonciation souvent polémique et parfois fort démagogique et injuste, qui privera l'AF d'une part des élites intellectuelles de ce pays) une forme de refus de ce que l'on nomme aujourd'hui les "communautarismes".
L’ambition de Maurras est de refaire l'unité de l'État sans étouffer les diversités, mais en écartant les agrégats, les "noyaux durs" qui, de la faiblesse de l'État républicain, cherchent, selon lui et les nationalistes, à tirer profit.
Cela permet de mieux comprendre en quoi le cardinal Richelieu est le modèle même de Maurras, au point que son buste sera dans le bureau du doctrinaire royaliste, et que ce dernier écrira sous son patronage silencieux... Or, pour Maurras, il n'y a pas de Richelieu s'il n'y a pas de Louis XIII, de roi : pas de gouvernement et d'unité sans le "trait d'union" du règne, dans le temps comme dans l'espace. L'extrémisme de Maurras peut se comprendre comme une forme de "nationalisme d'urgence" devant ce qu'il ressent, avec les conséquences de l'affaire Dreyfus, comme une destruction des "moyens de l'État" (en particulier militaires et politiques) et, donc, de ce qui fait de l'État cette instance politique protectrice des Français et de leurs communautés (familles, communes, provinces…). Par ailleurs, si Maurras et les siens reprennent les thématiques des nationalistes, souvent avec un brin de démagogie, c'est aussi pour les attirer vers l'AF, en pensant récupérer les "meilleurs éléments", les plus utiles à la conquête de l'État.
La prise du pouvoir
Mais Bertrand Joly ne croit pas que Maurras veuille prendre le pouvoir, ne serait-ce que parce qu'en reprenant le "style nationaliste" (« la violence rhétorique et l'outrance, les avis abrupts et un manichéisme primaire, l'appel au sabre et les attaques ad hominem »), il en est contaminé par le défaut majeur de l'agitation : « Par cette rhétorique de vaincu, le nationalisme lègue aussi à son héritier tout le venin de son impuissance.
À l'Action française comme dans les ligues, on attend Godot, l'ultime forfait de la république parlementaire qui va réveiller enfin le pays [...], avec chez les uns et les autres le même écart entre une efficacité médiatique impressionnante et des résultats bien minces au total : manifestations houleuses, éditoriaux vengeurs, déclarations provocatrices, rien de tout cela ne menace vraiment le régime et tout ce bruit cache mal une abstention à peu près permanente : le seul fait que Maurras se demande gravement si le coup de force est possible prouve qu'il ne l'est pas et, dès lors, la littérature et la presse doivent jouer chez lui et les siens le même rôle compensateur et cathartique que chez Barrès. »
Bertrand Joly reprend là un vieux débat qui a maintes fois agité l'AF elle-même... Contrairement à ce qu'il pense, le fameux texte de Maurras Si le coup de force est possible (1910) n'est pas un traité du renoncement mais une tentative de "penser la prise du pouvoir". Le problème n'est pas dans la volonté de Maurras d'aboutir mais dans les conditions, dans l'absence d'un "appareil d'AF" capable de mettre en oeuvre une stratégie, et dans un certain "confort intellectuel" qui va endormir les velléités monarchistes, avec cette fameuse formule qui empêchera souvent d'aller plus loin, « Notre force est d'avoir raison », véritable certitude qui deviendra l'alibi d'une certaine paralysie pratique, malgré la bonne volonté et le dévouement des Camelots du Roi.
Ce texte de Maurras ne sera pas actualisé après la Grande Guerre. Il sera peu réédité par l'AF, comme si la page était tournée. Il faudra attendre les années soixante pour que quelques militants, souvent lecteurs de Pierre Debray (théoricien maurrassien des années cinquante-soixante-dix), reprennent les réflexions avancées dans ce petit ouvrage que Maurras, d'ailleurs, n'a pas écrit seul (Frédéric Delebecque et Georges Larpent en sont les corédacteurs). En fait, Maurras considère que la boucherie de 1914-1918 a changé la donne et, sans doute, que "le compte n'y est plus", parce que l'un des arguments forts de sa réflexion politique (c'est-à-dire que la République est incapable de gagner, en définitive, la guerre étrangère) est apparemment invalidé par la IIIe République. En instaurant ce que Maurras nomme la « monarchie de guerre », le vieux républicain patriote Georges Clemenceau coupe l'herbe sous le pied des nationalistes d'AF et utilise le "moyen monarchique" pour assurer la "fin républicaine", stratégie gagnante qui consolide la République sur son flanc droit. Désormais, les républicains pourront se targuer de cette victoire de 1918 pour montrer la crédibilité de la République et amadouer (ou désarmer) les nationalistes...
Nouvelle donne
Ainsi, la stratégie de Maurras et de l'AF doivent s'adapter à la nouvelle donne et la "nécessité nationaliste" apparaît moins pressante, moins urgente : il faudra attendre la fin des années trente pour qu'elle retrouve un écho mais, là, dans une "notabilité éditoriale" privée de tout mouvement politique puisque, si le quotidien L'Action Française dispose d'un fort lectorat, elle n'a plus de débouché militant, la Ligue d'AF et les Camelots du Roi étant dissous et interdits depuis 1936. Ainsi, le propos de Bertrand Joly me semble moins crédible pour la période même de la rédaction de Si le coup de force est possible, vers 1910, que pour la période postérieure à 1918. Par ailleurs, que la possibilité du "coup de force" monarchique soit moins immédiate n'enlève rien à la nécessité de la conclusion royale aux raisonnements nationalistes, et, une fois entièrement royaliste (à partir de 1902), l'Action française ne se déjugera pas ; au contraire, elle approfondira constamment les raisons de son royalisme. Elle refusera, malgré les injonctions parfois sympathiques qui pourront lui être faites, de renier ce qui va devenir, de plus en plus, son "identité" au sein du paysage nationaliste français.
Jean-Philippe Chauvin L’Action Française 2000 du 17 au 30 juillet 2008
L’Action française - Culture, Société, politique. Éd. du Septentrion,