mercredi 11 septembre 2013

Julius Evola : "L’affaiblissement des mots"

Une des preuves que le cours de l’histoire n’a pas suivi, en dehors du plan purement matériel, une direction de progrès, c’est la pauvreté des langues modernes par rapport à de nombreuses langues anciennes. Pas une seule des « langues vivantes » occidentales ne peut soutenir la comparaison, en matière d’organicité, de précision et de souplesse, avec, par exemple, le latin ou le sanskrit. Parmi toutes les langues européennes, il n’y a peut-être que l’allemand qui ait conservé quelque chose de la structure archaïque (et c’est pour cela que la langue allemande a la réputation d’être « si difficile »), alors que la langue anglaise et celles des peuples scandinaves ont également subi un processus d’érosion et d’affaiblissement. D’une manière générale, on peut dire que les langues anciennes étaient tridimensionnelles, tandis que les langues modernes sont bidimensionnelles. Le temps a agi, ici aussi, dans un sens corrosif ; il a rendu les langues « fluides » et « pratiques » au détriment, justement, du caractère organique. Ceci n’est qu’un reflet de ce qui s’est vérifié dans bien d’autres domaines de la culture et de l’existence. Les mots, eux aussi, ont leur histoire et, souvent, le changement qu’ont subi leurs contenus est un indice barométrique intéressant de modifications correspondantes de la sensibilité générale et de la vision du monde. En particulier, il serait intéressant de comparer le sens qu’eurent certains mots dans la vieille langue latine et le sens propre à des termes, restés pratiquement les mêmes, de la langue italienne et d’autres langues romanes également. On observe généralement une chute de niveau. Le sens le plus ancien a été perdu, ou ne survit sous une forme résiduelle que dans certaines acceptions ou locutions particulières, mais ne correspond plus au sens désormais courant ou, encore, semble tout à fait déformé et fréquemment banalisé. Nous donnerons ici quelques exemples.
1 – Le cas le plus typique et le plus connu, c’est peut-être celui du mot virtus. La « vertu » au sens moderne n’a rien à voir avec la virtus antique. Virtus désignait la force de caractère, le courage, la prouesse, la fermeté virile. Ce terme dérivait de vir, l’homme véritable, non l’homme dans un sens général et naturaliste. Le même terme a pris, dans la langue moderne, un sens essentiellement moraliste, très souvent associé à des préjugés d’ordre sexuel, au point que, se référant à lui, Vilfredo Pareto a forgé le terme « vertuisme » pour désigner la morale bourgeoise puritaine et sexophobe. Quant on dit une « personne vertueuse », on pense aujourd’hui à quelque chose de bien différent de ce que pouvaient signifier par exemple, à l’aide d’une réitération efficace, des expressions comme celle-ci : vir virtute praeditus. II n’est pas rare que la différence se transforme en opposition. En effet, une âme forte, fière, intrépide, héroïque est le contraire de ce que veut dire une personne « vertueuse » au sens moraliste et conformiste moderne. Le sens de virtus comme force efficiente ne s’est maintenu que dans certaines locutions particulières : la « vertu » d’une plante ou d’un médicament, « en vertu » de ceci ou de cela.
2 – Honestus. Lié à l’idée d’honos, ce terme eut pour les Anciens le sens prédominant d’honorable, noble, de noble rang. De cela, que s’est-il conservé dans le terme moderne correspondant ? Une personne « honnête », c’est aujourd’hui un représentant « bien-pensant » de la société bourgeoise, quelqu’un qui ne se livre pas à de mauvaises actions. L’expression « né de parents honnêtes » a même de nos jours une nuance quasiment ironique, tandis que dans la Rome antique elle servait à désigner précisément une noblesse de naissance, qui était souvent liée aussi à une noblesse biologique. Vir honesta facie signifiait en effet un homme de belle prestance, de même qu’en sanskrit le terme arya se référait à la fois à une personne digne d’être honorée et à une noblesse aussi bien intérieure que physique.
3 – Gentilis, gentilitas. Aujourd’hui chacun pense à une personne courtoise, affable, bien élevée. Le terme antique renvoyait par contre à la notion de gens, la race, la caste ou le lignage. Pour les Romains, était « gentil » celui qui possédait les qualités dérivant d’un lignage et d’un sang bien différenciés, lesquelles peuvent éventuellement, et comme par réflexion, déterminer une attitude de courtoisie détachée, chose très différente des « bonnes manières » que peut aussi posséder le parvenu après avoir lu un manuel de savoir-vivre – et différente, également, de la vague notion moderne de « gentillesse ». Peu de gens sont aujourd’hui capables de saisir le sens le plus profond d’expressions comme « un esprit gentil » et autres, restées comme des prolongements isolés chez des écrivains d’autres temps que le nôtre.
4 – Genialitas. Qui est « génial » de nos jours ? Un type d’homme foncièrement individualiste, riche de trouvailles originales et de fantaisie. A la limite, on a le « génie » dans le domaine artistique, auquel la civilisation bourgeoise et humaniste a voué un culte fétichiste, si bien que le « génie » – plus que le héros, l’ascète ou l’aristocrate – a souvent été considéré, dans cette civilisation, comme le type humain le plus élevé. Le terme latin genialis renvoie, lui, à quelque chose de fort peu individualiste et « humaniste ». II provient du mot genius, qui désigna originellement la force formatrice et génératrice, interne, spirituelle et mystique, d’une certaine lignée. On peut donc affirmer que les qualités « géniales » au sens antique eurent une certaine relation avec les qualités « raciales », dans l’acception la plus haute du terme. En opposition au sens moderne, ce qui est « génial » se distingue ici de ce qui est individualiste et arbitraire ; il se rattache à une racine profonde, obéit à une nécessité intérieure par une fidélité aux forces supra-personnelles d’un sang et d’une lignée, donc à ces forces qui, dans toute famille patricienne, étaient en rapport, on le sait, avec une tradition sacrée.
5 – Pietas. Inutile de rappeler ce que veut dire aujourd’hui une « personne pieuse ». On songe à une attitude sentimentale plus ou moins humanitaire – et « pieux » est parfois synonyme de compatissant. Dans la vieille langue latine, la pietas, par contre, appartenait au domaine du sacré, désignait en premier lieu les rapports que l’homme romain entretenait avec les divinités, en second lieu ses rapports avec d’autres réalités liées au monde de la Tradition, y compris l’État lui-même. Envers les dieux, il s’agissait d’une vénération calme et digne : sentiment d’appartenance et, simultanément, de respect, d’accord reconnaissant, de devoir et d’adhésion aussi, comme renforcement du sentiment que faisait naître la sévère figure du pater familias (ce qui explique aussi la pietas filialis). La pietas pouvait également se manifester dans le domaine politique : pietas in patriam voulait dire fidélité et sens du devoir envers l’État et la patrie. Dans certains cas, le terme en question connote aussi le sens de iustitia. Celui qui ne connaît pas la pietas, celui-là est également l’injuste, presque l’impie, celui qui veut ignorer la place qui est sienne et qu’il doit occuper dans le cadre d’un ordre supérieur, à la fois humain et divin.
6 – Innocentia. Ce mot évoquait lui aussi l’idée de clarté et de force ; son sens le plus courant dans l’Antiquité exprimait la pureté de l’âme, l’intégrité, le désintérêt, la droiture. Ce terme n’avait donc pas un sens purement négatif : « ne pas être coupable ». II ignorait la nuance de banalité que présente aussi l’expression « un esprit innocent », devenue presque synonyme de simplet. Dans d’autres langues romanes, comme le français par exemple, le même terme, innocent, finit par désigner les idiots, les tarés de naissance, les faibles d’esprit.
7 – Patientia. Le sens moderne, par rapport au sens ancien, est de nouveau émoussé et affaibli. Quelqu’un de patient, c’est aujourd’hui quelqu’un qui ne se met pas en colère, qui ne s’énerve pas, qui tolère. Dans la langue latine la patientia désignait une des « vertus » fondamentales de l’homme romain : elle connotait l’idée d’une force intérieure, d’une imperturbabilité, faisait allusion à la capacité de tenir bon, de garder l’âme non troublée devant n’importe quel échec et n’importe quelle adversité. C’est pour cela qu’il fut dit de la race de Rome qu’elle avait en propre le pouvoir d’accomplir de grandes choses et d’endurer des malheurs tout aussi grands (cf. la fameuse formule de Livius : et facere et pati fortia romanum est). Le sens moderne est, par rapport à l’autre, complètement déformé. Aujourd’hui, comme exemple d’une nature typiquement « patiente », on se réfère à l’âne.
8 – Humilitas. Avec la religion qui a fini par prédominer en Occident, l’« humilité » est devenue une « vertu » dans un sens fort peu romain et a été glorifiée par opposition à la force, à la dignité, à l’attitude calmement composée dont nous avons parlé plus haut. Dans la Rome antique elle désigna au contraire l’opposé de toute virtus. Elle voulut dire bassesse, qui mérite le mépris, basse condition, abjection, lâcheté, déshonneur – au point qu’il fallait préférer la mort ou l’exil à l’« humilité » : humilitati vel exilium vel mortem anteponenda esse. Les associations d’idées sont fréquentes, comme par exemple mens humilis et prava, un esprit bas et mauvais. L’expression humilitas causam dicentium se rapporte à la condition inférieure et coupable de ceux qu’on mène devant un tribunal. On rencontre ici aussi une interférence avec l’idée de race ou de caste. Humilis parentis natus signifiait être né du peuple au sens péjoratif, né de la « plèbe », par opposition à la naissance noble, donc avec une différence sensible par rapport au sens moderne de l’expression « de condition humble », surtout si l’on songe que le critère exclusif de la position sociale est aujourd’hui le critère économique. De toute façon, jamais un Romain de la meilleure Rome n’aurait eu l’idée de faire de l’humilitas une vertu, encore moins de s’en vanter et de la prêcher. Quant à une certaine « morale de l’humilité » , on pourrait rappeler la remarque d’un empereur roman, selon laquelle rien n’est plus méprisable que l’orgueil de ceux qui se disent humbles, ce qui ne doit pas être pris pour une façon d’encourager l’arrogance et la prétention.
9 – Ingenium. Le sens ancien du terme ne s’est conservé que partiellement, et, de nouveau, sous son aspect le moins intéressant. Ingenium désignait aussi en latin la perspicacité, l’agilité d’esprit, la sagacité, la clairvoyance – mais, en même temps, ce terme renvoyait au caractère, à ce qui est, chez chacun, organique, inné, vraiment personnel. Vana ingenia put donc désigner des personnes sans caractère ; redire ad ingenium put signifier revenir à sa propre nature, à un mode de vie conforme à ce que l’on est vraiment. Ce sens profond a été perdu dans le terme moderne, ce qui a donné naissance à une antithèse. En effet, si l’on entend par « intelligence » quelque chose d’intellectualiste et de dialectique, on est alors très loin du second sens inclus dans le terme antique, qui se rapporte aussi au caractère, à un style en accord avec la nature propre ; l’intelligence est alors ce qui est superficiel par rapport à ce qui est organique, elle est mouvement inquiet, brillant et inventif de l’esprit, au lieu d’être un style de pensée rigoureux qui adhère parfaitement au caractère.
10 – Labor. En ce qui concerne certains changements de valeur des mots qui indiquent clairement un changement radical de la vision du monde, le cas le plus caractéristique est peut-être celui du terme labor. En latin, ce terme avait essentiellement un sens négatif. II pouvait désigner dans certains cas l’activité en général – comme par exemple dans l’expression labor rei militaris, activité dans l’armée. Mais son sens courant exprimait une idée de fatigue, d’épuisement, d’effort désagréable, et parfois même de disgrâce, de tourment, de poids, de peine. [...] Ainsi, laborare pouvait aussi signifier souffrir, être angoissé, tourmenté. Quid ego laboravi ? veut dire : pourquoi me suis-je tourmenté ? Laborare ex renis, ex capite signifie : souffrir du mal de reins ou de tête. Labor itineris : la fatigue, le désagrément du voyage. Et ainsi de suite. De sorte que jamais le Romain n’aurait pensé à faire du labor une espèce de vertu et d’idéal social. Et qu’on ne vienne pas nous dire que la civilisation romaine a été une civilisation de lambins, de fainéants et d’« oisifs ». La vérité, c’est qu’à l’époque on avait le sens des distances. Au « travailler » s’opposait l’agere, l’agir au sens supérieur. Le « travail » correspondait aux formes sombres, serviles, matérielles, anodines de l’activité humaine, en référence à ceux chez qui l’activité n’était provoquée que par un besoin, une nécessité ou un destin malheureux (car l’Antiquité connut aussi une métaphysique de l’esclavage). A eux s’opposaient ceux qui agissent au sens propre du terme, ceux qui entretiennent des formes d’activité libres, non physiques, conscientes, voulues, dans une certaine mesure désintéressées. Pour celui qui exerçait une activité matérielle, certes, mais possédant un certain caractère qualitatif, et qui le faisait à partir d’une vocation authentique et libre, on ne parlait déjà plus de « travail » ; celui-là était un artifex (il y avait également le terme opifexl, et ce point de vue fut aussi conservé dans l’atmosphère et le style des corporations artisanales traditionnelles. Le changement de sens et de valeur du terme en question est par conséquent un signe très clair de la vulgarité plébéienne qui a gagné le monde occidental, une civilisation qui repose toujours plus sur les couches les plus basses de toute hiérarchie sociale complète. Le « culte du travail » moderne est d’autant plus aberrant qu’aujourd’hui plus que jamais, avec l’industrialisation, la mécanisation et la production anonyme de masse, le travail a nécessairement perdu ce qu’il pouvait avoir de meilleur. Cela n’a pourtant pas empêché certains de parler de « religion du travail », d’« humanisme du travail » et même de souhaiter un « État du travail ». On en est arrivé à faire du travail une sorte d’impératif éthique et social insolent, applicable à tous, devant lequel on a envie de répondre par ce proverbe espagnol : El hombre que trabaja perde un tiempo precioso (l’homme qui travaille perd un temps précieux). En une autre occasion, nous avions déjà relevé l’opposition suivante entre le monde traditionnel et le monde moderne : dans le premier, même le « travail » put prendre la forme d’une « action », d’une « oeuvre », d’un art ; dans le second, même l’action et l’art prennent parfois la forme du « travail », c’est-à- dire d’une activité obligatoire, opaque et intéressée, d’une activité qu’on ne poursuit pas en fonction d’une vocation, mais du besoin et, surtout, en vue du profit, du lucre.
11 – Otium. Ce terme a subi le sort exactement contraire du précédent. Il a de nos jours, pratiquement sans exception, un sens négatif. Est oisif, selon l’acception moderne, celui qui est inutile à lui-même et aux autres. Etre oisif et être indolent, distrait, inattentif, paresseux, enclin au « dolce farniente » de l’Italie des mandolines pour touristes, reviennent plus ou moins au même aujourd’hui. Le latin otium avait par contre le sens de temps libre, correspondant essentiellement à un état de recueillement, de calme, de contemplation transparente. L’oisiveté au sens négatif – sens connu aussi de l’Antiquité – n’était que ce à quoi elle peut conduire quand elle est mal employée : dans ce cas uniquement on put dire, par exemple, hebescere otio ou otio dif luere, s’abrutir ou se laisser aller par oisiveté. Mais ce n’est pas le sens courant. Cicéron, Sénèque et d’autres auteurs classiques comprirent l’otium comme la contrepartie, saine et normale, de tout ce qui est activité, et même comme la condition nécessaire afin que l’action soit vraiment activité, non agitation, affairement (negotium), « travail ». On peut aussi se référer aux Grecs puisque Cicéron écrivit : Graeci non solum ingenio atque doctrina, sed etiam otio studioque abundantes – «Les Grecs sont riches non seulement en dons innés et en doctrine, mais aussi en oisiveté et en application ». D’un personnage comme Scipion l’Ancien on avait l’habitude de dire : Nunquam se minus otiosum esse quam cum otiosus esset, aut minus solum esse quam cum solus esset – « II n’était jamais aussi peu oisif que lorsqu’il ne faisait rien, et jamais aussi peu seul que lorsqu’il jouissait de la solitude », ce qui met en évidence une variante « active », au sens supérieur, de l’« oisiveté » et de la solitude. Et Salluste : « Maius commodum ex otio meo quam ex aliorum negotiis reipublicae venturum » – « Mon oisiveté sera plus utile à l’État que l’affairement des autres ». On doit à Sénèque un traité qui s’intitule justement De otio, dans lequel l’« oisiveté » est décrite comme menant progressivement à la contemplation pure. Certaines idées caractéristiques de ce traité valent la peine d’être rapportées ici. Selon Sénèque, il y a deux États : l’un, grand et privé de limites extérieures et contingentes, contient à la fois les hommes et les dieux ; l’autre est l’État particulier, terrestre, auquel on appartient par la naissance. Or, dit Sénèque, il y a des hommes qui servent les deux États à la fois, d’autres qui ne servent que le plus grand, d’autres encore qui ne servent que l’État terrestre. L’État le plus grand, on peut le servir aussi par l’« oisiveté », pour ne pas dire surtout par l’oisiveté – en cherchant donc en quoi consiste la virtus, la force et la dignité viriles : huis maiori rei publicae et in otio deservire possumus, imno vero nescio an in otium melius, ut quaeremus quid sit virtus. L’otium est étroitement lié à la tranquillité d’âme du sage, à ce calme intérieur qui permet d’atteindre les sommets de la contemplation ; laquelle contemplation, pour peu qu’on la comprenne dans son sens juste, traditionnel, n’est ni évasion du monde ni divagation, mais approfondissement intérieur et élévation jusqu’à la perception de l’ordre métaphysique que tout homme véritable ne doit cesser de voir dans sa vie même et dans son combat au sein d’un État terrestre. Du reste, dans le catholicisme lui-même (quand on n’avait pas encore pensé au Christ travailleur qu’il faut honorer le 18 mai et quand on ne pratiquait pas encore l’« ouverture à gauche ») a figuré l’expression sacrum otium, « oisiveté sacrée », en référence, précisément, à une activité contemplative. Mais dans une civilisation où l’action a fini par revêtir les aspects ternes, physiques, mécaniques et mercenaires d’un travail, même quand celui-ci doit tout à la tête (les « travailleurs intellectuels » qui ont naturellement leurs « syndicats » et qui font valoir, eux aussi, des « revendications catégorielles »), le sens positif et traditionnel de la contemplation devait inéluctablement disparaître. C’est pourquoi la civilisation moderne ne doit pas être considérée comme une civilisation « active », mais comme une civilisation d’agités et de névropathes. Comme compensation du « travail » et de l’usure d’une vie qui s’abrutit dans une agnation et une production vaines, l’homme moderne, en effet, ne connaît pas l’otium classique, le recueillement, le silence, l’état de calme et de pause qui permettent de revenir à soi-même et de se retrouver. Non : il ne connaît que la « distraction » (au sens littéral, distraction signifie « dispersion ») ; il cherche des sensations, de nouvelles tensions, de nouveaux excitants, comme autant de stupéfiants psychiques. Tout, pourvu qu’il échappe à lui-même, tout, pourvu qu’il ne se retrouve pas seul avec lui-même, isolé du vacarme du monde extérieur et de la promiscuité avec son « prochain ». D’où radio, télévision, cinéma, croisières organisées, frénésie de meetings sportifs ou politiques dans un régime de masse, besoin d’écouter, chasse au fait nouveau et sensationnel, « supporters » en tout genre et ainsi de suite. Chaque expédient semble avoir été diaboliquement disposé pour que toute vie intérieure soit détruite, pour que toute défense interne de la personnalité soit interdite dès le départ, pour que, tel un être artificiellement galvanisé, l’individu se laisse porter par le courant collectif, lequel, évidemment, selon le fameux « sens de l’histoire », avance vers un progrès illimité.
12 – Par association d’idées, il nous vient à l’esprit de faire remarquer le changement de sens subi par le terme grec theoria. Quand on parle aujourd’hui de « théories », c’est plus ou moins dans le sens d’« abstractions », de choses éloignées de la réalité, d’affaires « intellectuelles » ; un grand poète a même écrit : « Grise est toute théorie, mais toujours vert est l’arbre éternel de la vie ». De nouveau, on est en présence d’une altération et d’un affaiblissement du sens. Pour les Grecs, ??? [terme manquant, NDLR] ne voulait pas dire intellectualité abstraite mais vision réalisatrice, quelque chose de particulièrement actif, l’acte de ce qu’il y a de plus élevé chez l’être humain, l’intellect olympien (sur lequel nous reviendrons dans un autre chapitre).
13 – Servitium. Le verbe servio, servire a aussi en latin le sens positif d’être fidèle. Mais la signification négative – être serviteur – prévaut ; c’est ce sens, de toute façon, qu’on retrouve dans servitium, qui désignait précisément l’esclavage, le servage, car dérivé de servus = esclave. Dans les temps modernes, le verbe « servir » s’est répandu de plus en plus en perdant cette connotation négative et avilissante, au point qu’on a pu faire du service en tant que « service social », surtout parmi les peuples anglo-saxons, l’objet d’une éthique, de la seule éthique vraiment moderne. De même qu’on n’a pas compris qu’il était absurde de parler de « travailleurs intellectuels », de même on a pu voir dans le souverain « le premier serviteur de la nation ». Nous avons dit que les Romains ne se présentent pas du tout à nous comme un peuple d’« oisifs ». En ce qui concerne le point qui nous occupe, on peut dire aussi qu’ils nous offrent les exemples les plus élevés de loyalisme politique, de fidélité à l’État et aux chefs. Mais l’atmosphère est très différente. La transformation dé l’âme des mots n’est pas le produit du hasard. Que des mots comme labor, servitium, otium se soient imposés dans l’usage courant avec leur sens moderne, c’est un signe subtil, mais éloquent, d’un changement de perspective qui s’est fait à rebours de toute orientation virile, aristocratique, qualitative.
14 – Stipendium. N’insistons pas sur ce que signifie le « salaire » de nos jours. On pense immédiatement au petit employé, à la bureaucratie, au fameux 27 du mois des fonctionnaires. Dans la Rome antique, ce terme, par contre, se référait presque exclusivement à l’armée. Stipendium merere voulait dire être militaire, être sous les ordres de tel ou tel chef ou condottiere. Emeritis sti- pendis signifiait : après avoir accompli le service militaire ; homo nullius stipendii désignait celui qui n’avait pas connu la discipline des armes. Stipendis multa habere voulait dire pouvoir s’enorgueillir de nombreuses campagnes, de nombreuses entreprises guerrières. Ici aussi, le glissement de sens n’est pas mince. Le sens profond d’autres mots latins, comme studium et studiosus, n’est aujourd’hui conservé que dans certaines locutions spéciales, comme par exemple l’expression italienne « fare con studio », faire quelque chose exprès ou avec une certaine application. Dans le terme latin était présente l’idée de quelque chose d’intense, d’une chaleur, d’un intérêt profond, qui a disparu dans le vocable moderne car celui-ci fait penser surtout à des disciplines intellectuelles ou universitaires arides. Le latin studium pouvait même dire amour, désir, vive inclination. In re studium ponere signifiait prendre une chose à coeur, s’y intéresser profondément et activement. Studium bellandi désignait le plaisir, l’amour du combat. Homo agendi studiosus : celui qui aime l’action – donc qui était l’opposé, si l’on se souvient de ce que nous avons dit au sujet de labor, de celui pour qui l’action ne peut être que « travail » . Que faut-il penser, aujourd’hui, d’une expression comme studiosi Caesaris ? Elle ne voulait pas dire ceux qui étudient César, mais bien ceux qui le suivent, qui l’admirent, qui se rangent à ses côtés, qui lui sont dévoués et fidèles. Autres termes latins dont le sens antique a été oublié : docilitas, qui ne voulait pas dire docilité mais surtout bonne disposition, ou capacité d’apprendre, de faire sien un enseignement ou un principe ; puis ingenuus, qui n’avait pas du tout le sens d’ingénu, mais désignait l’homme né libre, de condition non servile. Une chose assez connue maintenant : humanitas ne voulait pas dire « humanité » au sens démocratique et fumeux d’aujourd’hui, mais culture de soi- même, plénitude de vie et d’expérience, sans qu’il faille voir là, du moins à l’origine, quelque chose d’« humaniste » à la Humboldt. Un autre exemple assez important : certus. Dans la vieille langue latine la notion de certitude, de chose certaine, était souvent en relation avec l’idée d’une détermination consciente. Certum est mihi veut dire : c’est ma ferme volonté. Certus gladio désigne celui qui peut se fier à son épée, qui est sûr de savoir s’en servir. On connaît aussi la formule diebus certis, qui ne veut pas dire « aux jours certains », mais aux jours fixés, établis. Ceci pourrait nous pousser à des considérations sur une certaine conception de la certitude : conception active, qui la fait dépendre de ce qui rentre dans notre pouvoir déterminant. C’est ce qu’énonça également, en quelque sorte, Gian Battista Vico avec la formule verum et factum convertuntur – mais tout devait finir plus tard dans les divagations de l’« idéalisme absolu » néo-hégélien. Nous mettrons fin à ces observations en examinant le contenu original de trois notions romaines antiques, celles de fatum, de felicitas et de fortuna.
15 – Fatum. Selon l’acception moderne la plus courante, le « destin » est une puissance aveugle qui plane sur les hommes, qui s’impose à eux en faisant que se réalise ce qu’ils souhaitent le moins, en les poussant éventuellement vers la tragédie et le malheur. Fatum a ainsi donné naissance au mot « fatalisme », qui est l’opposé de toute initiative libre et efficace. Selon la vision fataliste du monde, l’individu n’est rien ; son action, en dépit de toute apparence de libre- arbitre, est prédestinée ou vaine, et les événements se succèdent en obéissant à une puissance ou une loi qui le transcende et qui ne le prend pas en compte. « Fatal » est un adjectif qui a essentiellement une connotation négative : issue « fatale », accident « fatal », l’« heure fatale de la mort » , etc. Selon la conception antique, le fatum correspondait par contre à la loi de manifestation continue du monde ; cette loi n’était pas réputée aveugle, irrationnelle et automatique – «fatale » au sens moderne du mot – , mais chargée de sens et comme procédant d’une volonté intelligente, surtout de la volonté des puissances olympiennes. Le fatum romain renvoyait, de même que le rta indoeuropéen, à la conception du monde en tant que cosmos, en tant qu’ordre, et en particulier à la conception de l’histoire comme un développement de causes et d’événements reflétant une signification supérieure. Même les Moires de la tradition grecque, tout en présentant certains aspects maléfiques et « infernaux » (dus à l’influence de cultes pré- helléniques et pré-indo-européens), apparaissent souvent comme des personnifications de la loi intelligente et juste qui préside au gouvernement de l’univers, dans certaines de ses expressions. Mais c’est surtout à Rome que l’idée de fatum prend une importance toute particulière. Et ce parce que la civilisation romaine fut, de toutes les civilisations de caractère traditionnel et sacré, celle qui se concentra le plus sur le plan de l’action et de la réalité historique. Pour elle, il fut donc moins important de connaître l’ordre cosmique comme une loi supra-temporelle et métaphysique que de le connaître comme force en acte dans la réalité, comme vouloir divin qui ordonne les événements. C’est à cela que se rattachait le fatum pour les Romains. Ce terme vient du verbe fari, d’où dérive aussi le mot fas, le droit comme loi divine. Ainsi, fatum renvoie à la « parole » – à la parole révélée, surtout à celle des divinités olympiennes qui permet de connaître la norme juste (fas) en tant que celle-ci annonce ce qui va arriver. On doit ajouter, à propos de ce second aspect, que les oracles, par lesquels un art traditionnel précis cherchait à saisir en germe des situations devant se réaliser, s’appelaient aussi fata ; ils étaient pratiquement la parole révélée de la divinité. Mais, pour bien comprendre ce que nous sommes en train d’étudier, il faut se souvenir du rapport que l’homme entretenait, dans la Rome antique et dans les civilisations traditionnelles en général, avec l’ordre global du monde. C’était un rapport très différent de celui qui devait s’instaurer plus tard. Pour l’homme antique, l’idée d’une loi universelle et d’un vouloir divin n’annulait pas la liberté humaine ; mais sa préoccupation constante était de mener sa vie et son action de sorte qu’elles fussent la continuation de l’ordre global et, pour ainsi dire, comme le prolongement ou le développement de cet ordre. A partir de la pietas, c’est-à-dire, pour un Romain, de la reconnaissance et de la vénération des forces divines, on se fixe comme tâche de pressentir la direction de ces forces divines dans l’histoire de façon à pouvoir y accorder opportunément l’action, à la rendre extrêmement efficace et chargée de sens. D’où le rôle très important que jouèrent dans le monde romain, jusque dans le domaine des affaires publiques et de l’art militaire, les oracles et les augures. Le Romain avait la ferme conviction que les pires mésaventures, et notamment les défaites militaires, dépendaient moins d’erreurs, de faiblesses ou de travers humains que du fait d’avoir négligé les augures, c’est-à-dire, pour en revenir à l’essentiel, d’avoir agi de façon désordonnée et arbitraire, en suivant de simples critères humains, en rompant les liens avec le monde supérieur (donc, pour un Romain, cela voulait dire avoir agi sans religio, sans « rattachement »), sans tenir compte des « directions d’efficacité » et du « moment juste » indispensa- bles à une action couronnée de succès. On remarque que la fortuna et la felicitas ne sont souvent, dans la Rome antique, que l’autre face du fatum, sa face proprement positive. L’homme, le chef ou le peuple qui emploient leur liberté pour agir en conformité avec les forces divines cachées dans les choses connaissent le succès, réussissent, triomphent – et cela signifiait, dans l’Anti- quité, être «fortuné » et être « heureux » (ce sens s’est conservé dans des locutions comme « une heureuse initiative » , une « heureuse manoeuvre », etc.). Un historien contemporain, Franz Altheim, a cru pouvoir déceler dans cette attitude la cause effective de la grandeur de Rome. Pour éclairer encore mieux les rapports qui unissent le « destin » à l’action humaine, on peut recourir à la technique moderne. II y a certaines lois régissant choses et phénomènes, qui peuvent être connues ou ignorées, dont on peut tenir compte ou ne pas tenir compte. Face à ces lois l’homme reste foncièrement libre. II peut même agir de façon contraire à ce que ces lois lui conseilleraient, avec pour résultat l’échec ou l’atteinte du but après un gaspillage d’énergie et d’innombrables difficultés. La technique moderne correspond à la possibilité opposée : on cherche à connaître le mieux possible les lois des choses pour pouvoir les exploiter, pour qu’elles montrent le point de moindre résistance et donc d’efficacité maximale quant à la réalisation d’un objectif donné. II en va de même sur un plan où il ne s’agit plus des lois de la matière, mais de forces spirituelles et « divines ». L’homme de l’Antiquité estimait essentiel de connaître ou, du moins, de pressentir ces forces, afin de pouvoir se faire une idée des conditions propices à une action donnée et, éventuellement, une idée de ce qu’il devrait faire ou ne pas faire. Défier le destin, s’élever contre le destin, n’avait pour lui rien de « prométhéen » , au sens romantique de ce terme exalté par les modernes ; c’était tout simplement une sottise. L’impiété (le contraire de la piété qui se rapporte donc à l’être privé de religio, sans « rattachement » et sans compréhension respectueuse de l’ordre cosmique) équivalait plus ou moins, pour l’homme de l’Antiquité, à la stupidité, à l’infantilisme, à la fatuité. La comparaison avec la technique moderne n’est défectueuse que sur un point : parce que les lois de la réalité historique ne se présentaient pas comme froidement « objectives », tout à fait détachées de l’homme et de ses buts. On pourrait répondre ainsi : passée une certaine limite, l’ordre divin objectif lié au « destin » cesse d’être déterminant et devient incertain (ce que dit aussi la fameuse formule astrologique : astra inclinant non determinant). Ici commence le monde humain et historique au sens pro- pre. En toute rigueur, ce monde devrait continuer le précédent, la volonté humaine devrait prolonger la volonté « divine ». Que cela advienne, ou non, dépend essentiellement de la liberté : il faut le vouloir. Dans le cas positif, ce qui était seulement en puissance devient, grâce à l’action humaine, réalité. Le monde humain se présentera alors comme une continuation de l’ordre divin et l’histoire même revêtira les contours d’une révélation et d’une « histoire sacrée » ; alors, l’homme ne vaut plus et n’agit plus pour lui-même mais recouvert d’une dignité divine, et l’ordre humain acquiert, d’une certaine façon, une dimension supérieure. On voit donc qu’il ne s’agit pas ici de « fatalisme » . De même qu’une action contre le « destin » est sotte et irrationnelle, de même une action harmonisée avec le « destin » est non seulement efficace, mais aussi transfigurante. Celui qui ne tient pas compte du fatum est presque toujours emporté passivement par les événements ; celui qui le connaît, l’assume et s’y conforme est par contre guidé vers un accomplissement supérieur, chargé d’un sens qui dépasse l’individu. Telle est la signification de la maxime selon laquelle les fata « nolentem trahunt, volentem ducunt ». Dans le monde romain antique et dans l’histoire romaine, on trouve un grand nombre d’épisodes, de situations et d’institutions où est justement mise en lumière l’impression de rencontres « fatidiques » entre le monde humain et le monde divin. Des forces supérieures sont à l’oeuvre dans l’histoire et se manifestent à travers les forces humaines. Pour nous contenter d’un seul exemple, rappelons que « le moment culminant du culte romain de Jupiter était constitué par un acte où le dieu affirme sa présence, chez un homme, en qualité de vainqueur, de triomphateur. Ce n’est pas que Jupiter soit la seule cause de la victoire, il est lui-même le vainqueur ; on ne célèbre pas le triomphe en son honneur, mais c’est lui le triomphateur. C’est pour cette raison que l’imperator revêt les insignes du dieu » (K. Kerényi, F. Altheim). Actualiser le divin – parfois prudemment, parfois audacieusement – dans l’action et dans l’existence fut un principe directeur que la Rome antique appliqua aussi à l’ordre politique. C’est pourquoi certains auteurs ont fait remarquer avec raison que Rome ignora, à la différence d’autres civilisations, le mythe au sens abstrait et anhistorique ; à Rome le mythe se fait histoire, et l’histoire, à son tour, prend un aspect « fatal », devient mythique. D’où une conséquence importante. Dans des cas comme celui évoqué, c’est une identité véritable qui se réalise. Il ne s’agit pas d’une parole divine qui peut être entendue ou non entendue. II s’agit d’un déploiement des forces supérieures. On est ici en présence d’une conception spéciale, objective, nous serions tenté de dire transcendantale, de la liberté. En m’opposant au fatum, je peux bien sûr revendiquer pour moi un libre-arbitre, mais celui-ci est stérile, est un simple « geste » qui ne saurait avoir beaucoup d’incidence sur la trame de la réalité. Par contre, quand je fais en sorte que ma volonté continue un ordre supérieur, soit seulement l’instrument par lequel cet ordre se réalise dans l’histoire, ce que je veux dans un tel état de coïncidence ou de syntonie peut se traduire éventuellement par une injonction adressée à des forces objectives qui, autrement, ne se seraient pas pliées facilement ou qui n’auraient pas eu d’égard pour ce que les hommes veulent et espèrent.
On peut maintenant se poser la question suivante : comment en est-on arrivé à cette conception moderne qui fait du destin une puissance obscure et aveugle ? Comme tant d’autres, un tel glissement de sens n’a rien de fortuit. II reflète un changement de niveau intérieur et s’explique, essentiellement, par l’avènement de l’individualisme et de l’« humanisme » compris dans un sens général, c’est- à-dire en rapport avec une civilisation et une vision du monde uniquement fondées sur ce qui est humain et terrestre. II est évident que, cette scission s’étant produite, on ne pouvait plus saisir un ordre intelligible du monde, mais seulement un pouvoir obscur et étranger. Le « destin » devint alors le symbole de toutes les forces les plus profondes qui agissent et sur lesquelles l’homme, malgré sa maîtrise du monde physique, ne peut pas grand-chose parce qu’il ne les comprend plus, parce qu’il s’est détaché d’elles ; mais aussi d’autres forces que l’homme, par son attitude même, a libérées et rendues souveraines dans différents domaines de sa propre existence.
C’est avec cette étude des deux conceptions, l’antique et la moderne, du fatum, que s’achève ce chapitre. Notre étude pourra déjà donner une idée de l’intérêt et de l’importance que présenterait une philologie éclairée. Nous le répétons : les mots ont une âme et une vie, si bien que, dans ce secteur également, se référer aux origines peut souvent ouvrir des perspectives insoupçonnées. Ce travail, d’ailleurs, serait encore plus fécond s’il ne se contentait pas de reculer jusqu’au latin en partant des langues « romanes », mais si le latin lui-même était rattaché au tronc commun des langues indo-européennes dont il n’est, dans ses éléments fondamentaux, qu’une simple branche.
Julius Evola, Chapitre V de "L’arc et la massue" (PDF)
http://la-dissidence.org/2013/07/26/julius-evola-laffaiblissement-des-mots/

11 septembre, l’autre anniversaire qui prête à la nuance

La crise syrienne nous en offre un nouvel aperçu,  l’étude de l’Histoire nécessite de garder la tête froide et de juger les hommes et les évènements  avec le recul nécessaire.  Elle  s’accommode mal du manichéisme visant à définir de manière abrupte les « bons »  d’un côté » et les « méchants » de l’autre, le  camp du bien et du mal.  Nous savons aussi que même  les « grandes figures » des régimes  qui se sont  réclamées   des  idéologies criminelles qui ont ensanglanté le XXème siécle ont d’ailleurs  souvent obéi  à des  motivations souvent  complexes,  dépassant le cadre strict des  idées qu’elles professaient. La volonté de peindre  l’adversaire sous les couleurs du diable est une   posture, une grille de lecture   qui est celle de tous les totalitarismes. C’est aussi un axe de propagande (toujours efficace ?) utilisée avec constante par la caste politico-médiatique  relayant plus ou moins consciemment les mots d’ordre de leurs bailleurs de fonds mondialistes. En ce 11 septembre,  jour  anniversaire de la destruction des twin towers qui marque  symboliquement  l’entrée du monde dans le XXIème siécle,  nos médias  évoquent aussi le quarantième anniversaire du coup d’Etat qui au Chili  renversa  Salvador Allende trois ans après son élection avec  36,3% des voix. Un événement là aussi qui mérite des jugements nuancés.
 C’est à Salvador  Allende,  icône alors des idiots utiles et  autres militants des   forces de progrès en lutte contre « l’impérialisme américain »,    que  François  Mitterrand,  sitôt élu nouveau Premier secrétaire du PS,  accorda sa première visite en septembre 1971. Un  voyage de soutien  à son homologue socialiste chilien à la tête d’un parti dont l’hymne était La Marseillaise chantée en espagnol, hommage de la révolution chilienne en marche à sa matrice française de 1789…
 En France justement, ce sont de nombreuses municipalités de gauche, notamment communistes,  qui commémorent aujourd’hui la fin brutale  de « l’expérience socialiste » au Chili. Un coup d’Etat  explique Gérard Thomas dans Libération,  qui fut l’aboutissement d’une entreprise de déstabilisation des Etats-Unis.
 « De grèves en conflits sociaux, de coups fourrés américains en retraits massifs de capitaux, le gouvernement finit par battre de l’aile. A l’aube du 11 septembre (…)  l’infanterie de marine se soulève à Valparaiso. Les autres corps d’armées suivent. Le Président a été trahi par Augusto Pinochet, le tout-puissant commandant en chef de l’armée de terre, qu’il a lui-même nommé quelques semaines auparavant (…). Après une vaine résistance, Allende s’y suicide avec la kalachnikov que lui a offerte Fidel Castro lors d’un voyage officiel. Une chape de plomb tombe sur le Chili pendant seize ans. La répression y fera 4 000 morts et disparus. »
 Un internaute sur le site de France Inter tient cependant à préciser   que « le programme politique de l’Unité populaire mené par Allende était très loin d’être un projet progressiste mais modéré qui aurait utilisé la voie démocratique. Il relevait clairement de la classique ligne marxiste-léniniste, avec toutes ses désastreuses conséquences politiques, économiques et sociales. C’est à la demande du parlement chilien que l’armée mettra dramatiquement fin à cette expérience catastrophique pour le Chili. »
 Un rappel historique  qui  n’est pas sans évoquer celui du  plus grand pilote français de la Seconde Guerre mondiale, l’as de la RAF Pierre Clostermann, dans son livre « L’Histoire vécue », qui affirmait qu’Allende  était « vomi par le peuple chilien » au moment du coup d’Etat de 1973.
 Une réalité escamotée par L’Humanité qui rappelle  cette semaine la politique menée alors  par Washington, en pleine  guerre froide,  à l’échelle de  l’Amérique du Sud pour  « exterminer les forces de gauche du continent ». Cela  ne mange pas de pain, le quotidien communiste flatte l’antipapisme de ses lecteurs  en affirmant, péremptoire,    qu’ « en  ce temps là, le pape François, chef des Jésuites en Argentine, ne pipait mot » sur les persécutions dont étaient victimes les militants progressistes…
 A contrario, en décembre 2006, à l’occasion de la mort d’Augusto Pinochet, Piotr Romanov  sur le site d’information russe Ria Novosti,   portait  un jugement équilibré sur cette période. « Les appréciations portées sur l’activité de Pinochet ont été souvent arrachées à leur contexte historique. Par conséquent, on peut qualifier feu Pinochet de grand criminel ou d’excellent homme d’Etat, car l’un comme l’autre est vrai (…) ».
 Comment le nier et l’escamoter, «  l’année 1973 fut marquée par une grande effusion de sang, des milliers de personnes furent tuées, des dizaines de milliers de personnes subirent des outrages et des tortures inhumaines. Personne n’oubliera les escadrons de la mort qui emportèrent des adversaires politiques à demi morts en hélicoptère et les jetèrent dans l’océan. Personne n’oubliera le stade de Santiago où fut torturé l’éminent guitariste, poète et chanteur Viktor Jara: on lui coupa les doigts. Personne n’oubliera les sévices exercés sur les femmes dans les prisons de Pinochet et beaucoup d’autres choses pour lesquelles Augusto Pinochet méritait certainement la peine capitale prévue par la loi. »
 Pour autant  «l’image romantique du socialiste Salvador Allende (…)  ne doit pas être (…), un voile dissimulant le chaos dans lequel avait plongé le pays sous sa direction. Les critiques rappelleront tout de suite le rôle peu reluisant joué alors par les Etats-Unis, et ils auront raison. Mais il faut reconnaître également que l’ingérence américaine ne fit qu’aggraver la crise provoquée par les actions inhabiles de la gauche. Un verre de lait pour chaque enfant, ce qui avait été pratiqué sous Allende, ne pouvait pas remplacer une économie efficace permettant à chaque parent d’acheter lui-même du lait à ses enfants. »
 « N’oublions pas non plus poursuit-il  ce qu’avait fait Augusto Pinochet après le coup d’Etat. Certes, pas lui-même, mais ses assistants: il invita un groupe de garçons de Chicago (les fameux et controversés  Chicago boys  s’inspirant de la doctrine de Milton Friedman, NDLR)  économistes libéraux, qui l’aidèrent à accomplir le miracle chilien envié aujourd’hui par tous les pays d’Amérique latine. Ce miracle avait été accompli au prix du sang, mais il fut tout de même accompli !».
 « (…). Bref, le général accomplit, pour beaucoup, les promesses qu’il avait faites. Son Fonds des pensions protège aujourd’hui dûment les intérêts des simples retraités chiliens. Pinochet lutta contre l’analphabétisme, de même qu’Allende, etc. ».
 « (…) A mon avis, conclut-il,  le Chili d’aujourd’hui est, en fait, l’enfant de deux pères: Salvador Allende et Augusto Pinochet. Le premier lui laissa en héritage l’attachement aux principes démocratiques pour lesquels il a donné sa vie. Le deuxième laissa une économie stable et des instruments sociaux parfaits, sans lesquels la démocratie n’est qu’un moulage. »
 D’ailleurs, Piotr Romanov souligne aussi que «  rien n’empêchait Pinochet de rester dictateur à vie, son pouvoir était absolu. Il accepta lui-même les élections et transmit le pouvoir à un gouvernement démocratique dans un pays déjà stable et prospère. »
 Un constat qui fut aussi celui de l’ex Premier ministre britannique Margaret Thatcher qui s’exprima en 1999 en  faveur de la libération de Pinochet  lors  de la mise en résidence surveillée au Royaume-Uni, consécutivement au mandat d’arrêt international lancé par le juge espagnol Baltasar Garzón pour les violations des droits de l’homme commis sous son gouvernement.  .
 « Je suis bien consciente déclara publiquement Mme Thatcher à l’adresse du général Pinochet, que vous êtes celui qui a amené la démocratie au Chili, vous avez établi une constitution appropriée à la démocratie, vous l’avez mise en œuvre, des élections ont été tenues, et enfin, conformément aux résultats, vous avez quitté le pouvoir »
Oui l’Histoire, les hommes sont complexes, et le blog de Bruno Gollnisch rappelait l’année dernière un pan occulté  de l’histoire du  docteur Salvador Allende, révélé au milieu des années 2000 par l’ouvrage de l’universitaire (de gauche) chilien  Victor Farias, « Salvador Allende, la face cachée » (éditions Grancher).
Il y est exposé sans ambages le racisme, l’antisémitisme et les sympathies de jeunesse du futur président chilien-héros et martyr de la gauche pour les thèses du national-socialisme allemand.  Un livre qui fut accueilli par un silence de mort sous nos latitudes où le nom du défunt président chilien  est donné  à toute une série de rues et de bâtiments  publics…

TRIBUNE LIBRE : Des années 1930 à la décennie 2010, l’idéologie criminelle du mondialisme aura les mêmes effets

Le constat de la perte de notre indépendance nationale et de ce que Bainville appelait notre ligne politique en matière de diplomatie est évidente.
Il y a une similitude parfaite entre les enchainements de la dégradation de la situation internationale,...
... non comme la pensée unique voudrait nous le faire croire par la montée des extrémismes, de l’exclusion etc., mais bien par la nouvelle tentative d’une même idéologie planétaire cosmopolite menée par les mêmes élites. Réjouissons-nous, elle provoquera le même élan de résistance des patriotes car on est chez nous et de gré ou de force on le restera..
On ne combat pas un incendie en arrosant la tête des flammes mais le foyer, la source du mal, qui le nourrit. Le mal est l’idéologie des élites mondialistes qui entretient depuis un siècle le massacre des peuples nationaux mis en place empiriquement par l’histoire. Sans concession, par le devoir de mémoire, l’idéologie mondialiste ne sera combattue qu’en étant confrontée à la réalité de ses échecs qui décimèrent les peuples au siècle dernier.
Depuis plusieurs années je dénonce l’action d’infiltration de l’Amérique du nord au sein de l’État Français et j’ai essayé... en vain de faire comprendre aux acteurs de la "droite" nationale qu’il fallait battre campagne autour de l’appartenance de nombre de leaders politiques et d’une partie de l’élite économique à des lobbies et groupes de pression (think tank, round table, B’nai B’rith, F.A.F., Bidelberg,). Leur tâche est de désorganiser les pans entiers de notre indépendance politique, économique, sociale.
 La French Américan Foundation , à laquelle appartient le président Hollande, plusieurs ministres et membres de l’UMP en est l’illustration des causes qui nous font dresser les armes en Libye ou au Mali contre ceux que M. Hollande serait prêt à appuyer militairement en Syrie. Illogisme criminel dont l’erreur majeur nous exclut de tout poids diplomatique dans le monde arabe. En cela nous sommes dans la continuité des années Sarkozy & co.
Il est dommage que la seule force d’opposition en France, le Front National se contente d’un inventaire à la Prévert des sources du naufrage en attendant les prochaines élections où triomphera le mensonge d’un système jusqu’à épuisement et lassitude Français. On n’a plus le temps de perdre du temps... Il faut frapper à cœur !
C’est bien un nouveau "procès public" de Nuremberg qu’il faut réouvrir contre les élites mondialistes d’outre Atlantique qui préparent à l’humanité , on le voit aujourd’hui, un nouveau bain de sang. Ne sont pas sincères ceux qui se réclamant de la Nation ou de la Patrie refusent de dénoncer la trahison, rendant vaine d’année en année la résistance pour notre souveraineté nationale .
La crise syrienne montre clairement la similitude de la stratégie américaine d’ingérence supranationale dont l’action des élites de Wall Street, aujourd’hui, est un bis repetita des années 1930 développé par la dynastie Rockefeller. Elle s’exprimait en 1991 à la trilatérale par la voix de David Rockefeller : "Nous avons besoin d’une crise majeure appropriée, et les nations accepteront le Nouvel Ordre Mondial."
Fi des boucheries que de tels événements peuvent engendrer. Ces gens la font faire la guerre par peuples interposés chez les autres .
Pourquoi est-il inévitable de comparer la situation des années 30 et celle d’aujourd’hui ? Parce qu’elle a le même fil directeur : une caste mondiale dont les intérêts en récession n’ont d’autre alternative que de créer toujours plus de marchés pour survivre.
Dès les années 1920, par les plans Daves et Young, les USA avaient pris pied en Europe en choisissant la reconstruction de l’Allemagne pour mener une entreprise de déstabilisation de notre continent en vue d’implanter sur notre sol leur puissance économique qui s’étouffait faute d’ouvrir de nouveaux débouchés. Comme le démontre très bien A. Sutton ("Wall street and the rise of Hitler", 1976) ils financèrent la campagne électorale d’Hitler de 1933 ( les preuves oubliées figurent bien dans les archives du procès de Nuremberg(1)), pour implanter des branches allemandes de leurs industries américaines, ils participèrent directement à l’effort de militarisation allemand par le transfert en technologie électrique( Itt), en matière d’essence synthétique (Standart oil),en matière mécanique(Ford) et en matière chimique (IGfarben corporation) financée, pour cette dernière par la famille Warburg, elle même au coeur d’un réseau de financement du parti nazi au sein de Wall Street. 
Pendant ce temps là, Ch. Maurras alertait en vain une république faite, comme aujourd’hui, de dupes, d’incompétents et de traîtres, en criant "armons, armons, armons !"....pendant que le pays légal faisait miroiter en France la semaine de quarante heures. Ses adversaires décriaient alors son antigermanisme pour mieux le condamner en 1945 de ne pas avoir crié suffisamment fort... ! Leur aveuglement fit 60 millions de morts.
En 1950, James Warburg, représentant des banques Rothschild européennes, s’arrêta à Ottawa avant sa visite à Washington où il prononça la déclaration suivante, devenue célèbre : " Vers l’an 2000, nous aurons un gouvernement mondial ; la question reste à savoir s’il se fera par force ou consentement. " : Nous y sommes.
Hier l’Allemagne ; mais aujourd’hui, à la lumière de la crise syrienne, l’Arabie Saoudite apparaît bien au proche Orient comme l’agent exécuteur de la tentative de main mise des États-Unis sur le verrou méditerranéen, s’ouvrant en même temps le contrôle de l’énergie fossile planétaire.
Agent exécuteur qui , voici un mois, par exemple, par la bouche du Prince Bandar ben Sultan, chef des services de renseignements saoudiens, ami de la famille Bush, reconnaissait avoir le contrôle tchétchène sur la rébellion syrienne tout en menaçant Poutine « de ne pas empêcher des attentats futurs sur les Jeux olympiques d’Hiver qui se dérouleront en 2014 en Russie en cas de non revirement du soutien apporté à la Syrie » ( source :  Al Safir).
En 1930 IGFARBEN alimentait les comptes Bancaires de Hitler, Himmler, Hess ; aujourd’hui l’Arabie Saoudite est le partenaire des Américains en matière de terrorisme international. La rébellion avait des masques à gaz (pas la population des faubourgs de Damas), parce qu’elle avait des armes chimiques comme l’a révélé Carla Del Ponte, membre de la commission d’enquête indépendante chargée d’enquêter en Syrie... avant d’être « écartée ». À qui profiterait ce crime odieux qui donne un prétexte d’intervention aux Occidentaux ?
Il est vrai que les enquêteurs de l’ONU n’étaient là que pour constater l’usage des neurotoxiques mais pas pour enquêter sur ceux qui avaient tiré.... le cynisme poussé à son comble !
Lorsque le "terrorisme suscité" se sert de boucliers humains en Irak, en Palestine, au Mali, il est capable de se cacher derrière des armes neurotoxique dès lors que l’Occident les lui fournit par l’intermédiaire de pays frères.(2)
Comme en 1930, aujourd’hui l’activation de la déstabilisation du "vieux monde des nations" est la seule issue pour relancer une économie américaine au bord de l’implosion. Voila pourquoi des conseillers militaires américains sont actuellement auprès de la rébellion syrienne afin d’alimenter les conflits communautaires du Proche Orient au détriment d’Etats stables. Voila pourquoi les médias sous tutelle atlantiste ont clamé, avant l’heure, l’interventionnisme comme un fait acquis........ jusqu’au coup de poing sur la table de V. Poutine(3) obéré par les médias occidentaux pour expliquer le revirement d’Obama.
Pour ce faire la diplomatie américaine souffle le chaud et le froid : depuis 60 ans il est remarquable de constater que tous les processus de paix entrepris autour de la question palestinienne ont été interrompus, qui, par des massacres, qui, par des attentats entraînant des représailles communautaires dont les populations civiles sont les premières victimes. Nous avons vu comment ont été captés par eux les marchés de reconstruction libyens(4) tandis que la France était remerciée par une bombe devant sa représentation diplomatique. C’est que dans cette partie du monde il y a la volonté outre-atlantique de généraliser le conflit israélien à tout le pourtour méditerranéen latin et d’Afrique du Nord.
En 1930, les USA misèrent sur les antagonismes ethniques européens en privilégiant les ressources sidérurgiques et en se servant des revendications pangermaniques d’un Adolf Hitler ; aujourd’hui ils attisent les conflits des mosaïques tribales ancestrales du pourtour méditerranéen en privilégiant la richesse énergétique essentiellement détenue par les Sunnites Saoudiens.
Nous commettons la faute majeur d’appuyer cette politique de court terme qui , ayant mis, à la tête de l’Allemagne, les Nazis en 1933, puis 80 ans plus tard, les Islamistes au pouvoir dans plusieurs pays du pourtour méditerranéen, oblige un "retraitement" répressif de l’aspiration bâillonnée des peuples (voir l’Egypte).
« Agiter les peuples avant de s’en servir » disait Talleyrand...
C’est en cela que la résistance de la Syrie prend une dimension planétaire par sa résistance aux élites américaines. Comme l’Irak hier, le Liban, l’Iran, sa position stratégique contrôle l’approvisionnement énergétique et fait obstacle à un dessein plus grand dont parle, avec références à l’appui, P. Hillard (5) : le pilier d’un grand Israël.
Le mondialisme ne peut pas envisager que les Nations et leur peuple résistent ; c’est pour cette raison qu’il épargne plus les objectifs que les populations (les usines Ford , IGFARBEN ou les imprimeries Bertelsmann que les populations de Gaza, Caen , Saint-Lo, Dresde ou Berlin sans parler des enfants d’Irak) : « par la force ou le consentement » (Warburg).
Comme en 1930, sous couvert d’exacerber les velléités nationales, le mondialisme exacerbe, par l’idéologie communautariste, une multitude de conflits civils (religieux, sociétaux, ethniques). Citons l’implication du milliardaire cosmopolite Soros (soixantième fortune mondiale), voiture-balai des minorités antinationales agissantes.
De même qu’en en 1930, le mondialisme financier prépara les germes de la Seconde guerre mondiale en forgeant la puissance du Reich allemand, aujourd’hui le même système mondialiste et financier nourrit au cœur du proche Orient, avec l’aide de l’Arabie Saoudite, les germes de la troisième guerre mondiale contre la paix des nations et réintroduit une politique de bloc héritière de Yalta, ravivant une guerre froide dans laquelle notre position géographique nous rend physiquement vulnérable. Fermer les yeux sur une telle évidence est un acte suicidaire de complicité et d’allégeance à "l’empire" financier qui nous fait danser sur un volcan.
Hier la Yougoslavie, aujourd’hui la Syrie, bientôt le Liban et l’Algérie : autant de pays dans lesquels les communautés se côtoyaient pacifiquement. Pourquoi pas demain la France ? les ingrédients sont là car, comme Agathon le disait voilà cinq ans, nous sommes le maillon faible de l’Europe par les erreurs de nos choix électoraux.(6)
Il y a une autre similitude : c’est que ce ne sont pas les fils de ces élites internationalistes qui mourront en Méditerranée de la même manière que leurs pères ne moururent pas sur les plages de Normandie, laissant ce privilège aux enfants du petit peuple américain assassinés par la technologie offerte à l’ennemi par les "élites" de leur propre pays !
Voici donc le combat de salut public que nous, nationaux et patriotes, nous devons mener auprès de ces Français abusés par la propagande des prompteurs médiatiques officiels qui tentent de préparer l’opinion à ce qui n’est rien d’autre que l’agression contre des nations souveraines. Sans cela, si justes soient-elles, nos analyses apparaîtront, je le répète, comme de vaines gesticulations dans la surdité ambiante.
L’histoire nous donne des leçons à méditer. Le mondialisme n’est puissant que par ses moyens financiers à propager le mensonge et l’aliénation de nos esprits. La vérité n’a pas besoin d’artifice mais seulement de la détermination à la faire connaitre. Nous devons en priorité nous atteler à la faire connaitre, notamment par le rappel mémoriel de nos concitoyens, en portant à la connaissance de chacun des compromissions criminelles de ses souteneurs afin de les disqualifier définitivement.
Contre eux la guerre des peuples est invincible.
Rex
(1) Tribunal militaire international de Nuremberg , documents n° N1-391-395
(2) http://www.afriqueredaction.com/art...
(3) http://www.eutimes.net/2013/08/puti...
(4) http://www.tv5.org/cms/chaine-franc...
(5) http://www.bvoltaire.fr/pierrehilla...
(6) https://www.nationspresse.info/la-l...

mardi 10 septembre 2013

René Guénon : "Du Moyen Âge à l’humanisme"

Après la période troublée des invasions barbares, nécessaire pour achever la destruction de l’ancien état des choses, un ordre normal fut restauré pour une durée de quelques siècles ; ce fut le moyen âge, si méconnu des modernes qui sont incapables d’en comprendre l’intellectualité, et pour qui cette époque paraît certainement beaucoup plus étrangère et lointaine que l’antiquité « classique ».
Le vrai moyen âge, pour nous, s’étend du règne de Charlemagne au début du XIVe siècle ; à cette dernière date commence une nouvelle décadence qui, à travers des étapes diverses, ira en s’accentuant jusqu’à nous. C’est là qu’est le véritable point de départ de la crise moderne : c’est le commencement de la désagrégation de la « Chrétienté », à laquelle s’identifiait essentiellement la civilisation occidentale du moyen âge ; c’est, en même temps que la fin du régime féodal, assez étroitement solidaire de cette même « Chrétienté », l’origine de la constitution des « nationalités ». Il faut donc faire remonter l’époque moderne près de deux siècles plus tôt qu’on ne le fait d’ordinaire ; la Renaissance et la Réforme sont surtout des résultantes, et elles n’ont été rendues possibles que par la décadence préalable ; mais, bien loin d’être un redressement, elles marquèrent une chute beaucoup plus profonde, parce qu’elles consommèrent la rupture définitive avec l’esprit traditionnel, l’une dans le domaine des sciences et des arts, l’autre dans le domaine religieux lui-même, qui était pourtant celui où une telle rupture eût pu sembler le plus difficilement concevable.
Ce qu’on appelle la Renaissance fut en réalité, comme nous l’avons déjà dit en d’autres occasions, la mort de beaucoup de choses ; sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n’en prit que ce qu’elle avait eu de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s’exprimer clairement dans des texte écrits ; et cette restitution incomplète ne pouvait d’ailleurs avoir qu’un caractère fort artificiel, puisqu’il s’agissait de formes qui, depuis des siècles avaient cessé de vivre de leur vie véritable.
Quant aux sciences traditionnelles du moyen âge, après avoir eu encore quelques dernières manifestations vers cette époque, elles disparurent aussi totalement que celles des civilisations lointaines qui furent jadis anéanties par quelque cataclysme ; et, cette fois, rien ne devait venir les remplacer. Il n’y eut plus désormais que la philosophie et la science « profanes », c’est-à-dire la négation de la véritable intellectualité, la limitation de la connaissance à l’ordre le plus inférieur, l’étude empirique et analytique de faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude indéfinie de détails insignifiants, l’accumulation d’hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes les autres, et de vues fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité enviable d’ailleurs, et qui, en se développant jusqu’à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité.
[...]
Il y a un mot qui fut mis en honneur à la Renaissance, et qui résumait par avance tout le programme de la civilisation moderne : ce mot est celui d’« humanisme ». Il s’agissait en effet de tout réduire à des proportions purement humaines, de faire abstraction de tout principe d’ordre supérieur, et, pourrait-on dire symboliquement, de se détourner du ciel sous prétexte de conquérir la terre ; les Grecs, dont on prétendait suivre l’exemple, n’avaient jamais été aussi loin dans ce sens, même au temps de leur plus grande décadence intellectuelle, et du moins les préoccupations utilitaires n’étaient-elles jamais passées chez eux au premier plan, ainsi que cela devait bientôt se produire chez les modernes. L’« humanisme », c’était déjà une première forme de ce qui est devenu le « laïcisme » contemporain ; et, en voulant tout ramener à la mesure de l’homme, pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre, d’étape en étape, au niveau de ce qu’il y a en celui-ci de plus inférieur, et par ne plus guère chercher que la satisfaction de besoins inhérents au côté matériel de sa nature, recherche bien illusoire, du reste, car elle crée toujours plus de besoins artificiels qu’elle ne peut satisfaire.
René Guénon, extrait de "La crise du monde moderne"

lundi 9 septembre 2013

Le billet du Prince : Dialogue avec Platon (Philosophe de la Grèce antique)

Le "Maître". venait de débarquer de la trirème en provenance d’Alexandrie. Sur le quai du Pirée ses disciples, ses amis étaient venus l’accueillir. Tous avaient hâte de dialoguer avec lui. Parvenus à l’Académie, fondée par lui, ils s’installèrent sur l’herbe, à l’ombre des oliviers, pour écouter Platon.
Son ami Archytas de Tarente lui dit :
— Cher Maître et ami raconte nous ton voyage en Egypte.
Assis sur un banc, Platon commença son récit.
— Dès mon débarquement à Thèbes, je fus accueilli par une délégation qui me conduisit auprès des "Prophètes", les Grands Prêtres d’Amon-Ré. Ces initiés me parlèrent d’une île-continent qui avait disparu il y a plus de 20.000 ans, l’Atlantide.
— Pourquoi avait-elle disparue, demande Eudoxos, un de ses disciples ?
— Il faut, tout d’abord, que je vous explique ce que fut l’Atlantide, répondit Platon. Grâce à leur haute connaissance en mathématique, géométrie, astrologie, en sciences et technoligie, les Atlantes avaient édifié une civilisation très développée, riche et puissante. Avant la disparition de ce continent, les Atlantes étaient gouvernés par la classe des oligarques qui se partageaient le pouvoir, tous les cinq ou sept ans, tous les pouvoirs.
— Et les individus, le peuple, quelle place a-t-il dans ce schéma, demande Aristote, son disciple préféré ?
— Le peuple, répondit Platon, avait été réduit, non pas en esclavage mais pire que cela. En effet la Gouvernance avait mis au point un petit cristal que l’on introduisait dans la fontanelle de la plupart des nouveaux nés. Ainsi ces ilotes, dont la responsabilité et la volonté avaient été annihilées, obéissaient aux stimulations d’une machine que la caste des oligarques programmait à volonté. et pour mieux maintenir cette masse sous obédience on les abrutissait de musique ou plutôt de sonorités bruyantes et incohérentes qui décuplaient leurs instincts de bestialité, et uniquement, surtout lorsqu’ils étaient autorisés à danser lors des grands rassemblements, sorte de bacchanales hideuses. Leur temps était employé à des travaux obligatoires qu’ils n’avaient pas le pouvoir de contester, et pour cause.
Pour détendre l’atmosphère et la tension ambiante, Eudoxos dit : " Maître, parle nous de la danse" !
Platon réplique :
— Par delà la parole il est un autre langage, car la où la parole devient pauvre naît alors la danse sacrée. Regarde la parade nuptiale des grandes grues, des colibris ou encore des tétras- lyre. Cet hymne à la vie est à la fois intégration de la spirale, car tu virevoltes comme une toupie, mais aussi contrôle et équilibre dans l’espace où tu te meus. Le bon de la danse te permet de retrouver l’unité première, où corps et âme, créature et Créateur se retrouvent, se soudent hors du temps en une extase unique. La danse clame l’identification à l’impérissable. Cela n’a rien à voir avec les sauts d’une masse conditionnée pour n’être que des kangourous ivres et en rut.
Un disciple dit : "Dans cette civilisation dont tu nous parle, Maître, quels sont les rôles de l’éducation et celui de l’enseignement" ?
Platon dit : — Habituellement dans notre civilisation, l’éducation est réservée aux familles, choisies choisies pour devenir l’élite de demain. Les anciens forment les jeunes au respect des valeurs, de l’éthique, le beau, le bien et le vrai, base de notre civilisation. L’enseignement est le but que se fixe notre Académie où sont dispensées toutes les matières nécessaires pour forger des "personnalités" afin d’acquérir les connaissances permettant d’affronter la vie, et non pour accumuler des données sans rapport les unes avec les autres. Dans ce sens l’enseignement fait appel à la nature humaine dans sa diversité, comme je vous l’ai enseigné, car l’être humain est composé d’un corps, d’un esprit et d’une âme qu’il est nécessaire de forger pour affronter une vie à continuer de construire.
Dans le cas de l’Atlantide, d’après ce que m’ont rapporté les Grands Prêtres d’Amon-Ré, éducation et enseignement des masses consiste à éradiquer l’âme des castes, condamnées à leur insu à demeurer inférieures. Plus d’aspiration à une quelconque liberté, plus de prise de conscience grâce aux technologies et manipulations génétiques. La déséducation nationale ne forme plus qu’un conglomérat coupe des réalités de la vie, où le mot âme est devenu tabou, car c’est un espace infini qui donne peur aux oligarques.
— Mais alors Maître, ces Atlantes ne gouvernent-ils pas dans la perspective du bien commun, d’une éthique, d’un respect de chacun et des uns envers les autres ?
— Chacun de vous, rétorque Platon, sait que la véritable politique est au service du plus grand bien commun, pour l’unité de la cité. En abolissant les lois qui fondent la famille, les Atlantes ont détruit le corps social. Alors nous pouvons conclure à la fin du politique. Pour y parer les Atlantes ont d’abord créé une démocratie qui excluait les "sans cervelle" devenus esclaves. Cette démocratie fondée sur l’égalité (une inégalité jamais nommée) considérée comme un symbole. Au fil des siècles cette notion devint la perversion d’un idéal conformiste institutionnalisé. Puis elle se transforma en une tyrannie éthique et intellectuelle, un totalitarisme implacable exercé par les oligarques qui tolèrent les actions et les jugements d’autrui à une seule condition : qu’ils répondent à leur propre critère. C’est ainsi que la démocratie des Atlantes s’est transformée en tyrannie fondée sur la soif du pouvoir et de l’or. En résumé le bien commun est supposé être fondé sur la justice et sur des lois qui devraient se référer aux valeurs et à l’éthique de la civilisation.
— Maître, dit Archytas de Tarente, lorsque la justice transgresse à volonté et impunément les racines fondamentales de l’humain, ne serait-ce pas la cause principale de la disparition du continent Atlantide englouti par les flots ?
— La justice, dit Platon doit être simple. Elle ne doit pas être un spectacle. Gardons nous de cette justice théâtrale qui se transforme en parodie, en comédie et en mensonge systématique. celle qui ne recherche pas les torts et ne console pas les victimes. Il n’est bon ni souhaitable de soustraire les biens des gens de bien, pour gaver les gens de peu. Les lois ne sont ni ne doivent être élastiques. une loi ne doit pas être interprétée sinon c’est la non loi, celle du puissant qui se croît tout pouvoir parce qu’il le détient par des votes soi disant démocratiques d’une multitude de bonne foi. Pour toutes ces raisons, en effet, manipulation génétiques, euthanasie, distorsion de l’éducation et de l’enseignement, éradication de l’âme, enterrement du bien commun, justice partisane, ajoutez à cela la colère de la nature, l’Atlantide fut effacée de la carte engloutie par les flots... C’était une civilisation qui se croyait parfaite.
De nos jours certains réussirent à se débarrasser de "l’ancien cristal" enfoncé dans la fontanelle. Ils se réunissent pacifiquement, sans violence, la nuit avec leur veilleuse pour lire des textes de nos grands écrivains, prier ou chanter. Cela dérange la gouvernance qui les pourchasse, les bastonne, les emprisonne et les fiche. Ils sont porteurs de l’Amour, l’amour de leur terre, l’amour du beau, du bon et du vrai, ils disent l’amour du travail bien fait et l’écoute de l’autre. Ils ont repris leur dignité en main. Ce sont les Hommes de demain avec leur courage et leur vérité.
Henri Comte de Paris Duc de France - IMRF
http://www.actionfrancaise.net/craf/?Le-billet-du-Prince-Dialogue-avec

dimanche 8 septembre 2013

(23-03-2012) Pierre Hillard - Syrie, Déstabilisation du moyen-orient.

Dictature fiscale

Face à la pression fiscale, l'Action française 2000 revient sur l'imposition :
"Faut-il rappeler que, pendant longtemps, en monarchie, les impôts n'étaient levés que pour financer une guerre ou une rançon ? L'histoire de l'imposition sous la monarchie n'est pas limpide, mais elle montre aussi l'efficacité des contre-pouvoirs qui en limitèrent bien souvent la systématisation. La Révolution établit quant à elle une fiscalité bourgeoise (exclusivement fondée sur le patrimoine, et non sur le revenu ou les échanges commerciaux) qui ne sera corrigée, beaucoup plus tard, qu'avec Proudhon. Aux nombreux privilèges (lois privées) et exonérations, la Révolution substitua l'universalité, la permanence et l'obligation : « nul citoyen n'est dispensé de l'honorable obligation de contribuer aux charges publiques » (1793). Ce principe n'a pas évolué (ou peu), ce qui n'est pas le cas de l'article 14 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. » Mme Touraine l'a donc fait pour nous... ou du moins pour la commission de Bruxelles, même si cette dernière ne joue, sur ce point précis, qu'un rôle de contrôleur budgétaire que nos gouvernements successifs n'ont pas été en mesure de tenir. Ceux-ci ont, en effet, une responsabilité historique concernant l'accroissement de la dette publique, qui n'a pas empêché la désindustrialisation et la perte de compétitivité économique, alors que le déficit public ne devrait être envisagé que lorsque les ressources à court terme de l'État ne permettent pas de financer les investissements nécessaires à la prospérité future du pays. Depuis trop longtemps, le déficit sert à financer le déséquilibre budgétaire engendré par les dépenses inconsidérées de l'État en matière sociale, européenne ou tout simplement de fonctionnement. D'où la croissance continue des impôts et taxes qu'il faut corréler à l'incapacité de l'État à se réformer en profondeur.
Ce que nous nommons ici dictature fiscale n'est donc pas tant le poids disproportionné que prend l'impôt pour les contribuables, c'est avant tout le fait que la fiscalité soit devenue le levier incontournable et souvent unique de toute décision politique. En l'absence de souveraineté monétaire, le budget de l'État n'est structuré qu'autour des contraintes du système : maintien des "acquis" et des carottes électorales, remboursement de la dette publique et respect des critères de convergence européens, le tout couronné par l'impossibilité structurelle d'une action à long terme. Ce déficit de souveraineté est bien une des causes de la dictature fiscale, qui consiste à placer des récipients sous les fuites d'eau en se refusant à réparer le toit. Et lorsqu'il s'écroulera, ce sera, après avoir accablé le peuple pendant des années, pour laisser la place nette aux entités supranationales et au marché."

samedi 7 septembre 2013

Le système politique d’’Auguste Comte

« Le parlementarisme est un régime d’intrigues et de corruption où la tyrannie est partout et la responsabilité nulle part.
Depuis plus de trente ans que je tiens la plume philosophique, j’’ai toujours représenté la souveraineté du peuple comme une mystification oppressive et l’’égalité comme un ignoble mensonge.
Tout choix des supérieurs par les inférieurs est profondément anarchique. Il n’’a jamais
servi qu’’à dissoudre graduellement un ordre vicieux.
Tout être devant se former de ses semblables, l’’Humanité se décompose d’’abord en cités, puis en familles, mais jamais en individus.
Aucune institution finale ne saurait surgir tant que persistera l’’anarchie actuelle des opinions et des mœurs. Jusqu’’à ce que de fortes convictions et des habitudes systématiques aient librement prévalu envers tous les cas essentiels de la vie sociale, il n’’y aura de véritable avenir que pour les diverses mesures propres à faciliter cette reconstruction fondamentale »
Auguste COMTE

Auguste Comte (1798-1857) est peu connu, peu aimé, peu lu. Littré, disciple infidèle, a déformé sa pensée en faisant du positivisme un ennemi de la religion catholique alors que Comte a toujours affirmé son respect, son admiration de l’’Église et la dette de reconnaissance que lui doit à jamais la civilisation pour avoir sauvé l’’héritage antique. Toutes les autres religions sont destructrices, à commencer par le protestantisme, « insurrection mentale de l’’individu contre l’’espèce ».
“Doctrine de constatation”
« Le positivisme est une doctrine de constatation » écrit Maurras dans La Démocratie religieuse. En s’’appuyant sur Aristote qu’’il appelle « prince des philosophes », Auguste Comte, désireux de donner à l’'art qu’'est la politique un fondement ferme, a étudié scientifiquement les lois de l’’ordre et du mouvement dans la constitution et le développement des sociétés. Il a fondé la science des phénomènes sociaux, la physique sociale ou sociologie. C’’est dans le 4e volume de sa Philosophie positive qu’'il emploie pour la première fois ce néologisme devenu depuis un terme courant. Comte et Sainte-Beuve ont inspiré « l’’empirisme organisateur ».
« Les morts gouvernent les vivants », dit aussi Auguste Comte. Cette image saisissante montre le poids du passé dans la vie sociale. La morale sera donc dépendante et non indépendante comme celle de Kant. La famille étant le fondement de toute société humaine, Comte tourne le dos à tout individualisme. Ses raisonnements positifs le mènent à des conclusions identiques à celle du catholique Bonald. Pour que la famille, base de toute vie humaine, soit préservée, le mariage sera indissoluble car « la seule idée du changement y provoque ».
Évolution de Comte
Les disciples abusifs ont déformé l’’image du maître. Certes, marqué par les préjugés de son temps, Comte s’’est affirmé républicain et a écrit des pages critiques contre la monarchie, mais son idée républicaine est intéressante par l’’horreur qu’’elle manifeste envers le parlementarisme et le suffrage universel. Sa république est dirigée par un dictateur qui choisit lui-même son successeur. D’’ailleurs, l’’anarchie dans laquelle sombra l’’Europe après 1848 le mena à considérer la monarchie comme « moyen de salut extrême ». Son Appel aux conservateurs (1854) représente une étape décisive dans cette évolution, conservateur désignant à ses yeux les hommes qui se rattachent à l’’école de Maistre et de Bonald.
En dépit de ses faiblesses et ses insuffisances, le positivisme d’’Auguste Comte occupe une place considérable dans la philosophie politique. Charles Maurras a pu dire qu’’il était allé par lui à la « vieille doctrine nationale de la monarchie » (AF mensuelle, 1er mars 1904).
Gérard Baudin L’’Action Française 2000 du 7 au 20 septembre 2006
* Le vocabulaire et le style de Comte rebutent le lecteur. Taine a écrit sur une page : « je renonce à aller plus loin ». Pour aborder l’œ’œuvre vaste et difficile de ce puissant penseur (Cours de philosophie positive, Système de politique positive, Considérations sur le pouvoir spirituel… ), on lira deux études : Le Système Politique d’’Auguste Comte de Léon de Montesquiou, livre tiré du cours donné par l’’auteur à l’’Institut d’’AF en 1906, et Auguste Comte dans Romantisme et Révolution de Charles Maurras.

Le Grand Orient de France veut dicter ses lois à la société


Le nouveau grand-maître du Grand Orient de France déclare dans l'Express :
"Les grandes lois de la IIIe République ont été en moyenne préparées dix à quinze ans en amont par le GODF. Par exemple, la grande loi sur l'Ecole publique, laïque, gratuite et obligatoire de 1882 a été discutée dans les loges dès le début des années 1870. A cette époque, la Franc-maçonnerie est l'antichambre du monde de demain. Il faut aujourd'hui organiser notre réflexion collective afin de redevenir des anticipateurs. [...]
Quelle doit être la démocratie juste de demain? Nous vivons un moment de bascule, à la fin d'un modèle pensé après la guerre et aujourd'hui en crise. Comment donner un nouveau souffle de justice sociale? Cette réflexion ne viendra pas du Grand Maître à travers des déclarations tonitruantes."
Daniel Keller désigne ses ennemis :
"Les nationalismes en Europe, l'extrême droite en France, que l'on a inconsciemment banalisée. Ce sont des menaces, des dangers potentiels. Comme les intégrismes, ou certaines religions pareilles à un nouvel opium, un pansement à la crise."
A quand la séparation de la République et de la franc-maçonnerie ? Pas pour tout de suite visiblement.
En 1985, la Congrégation pour la doctrine de la foi expliquait pourquoi être catholique et franc-maçon est incompatible :
"[...] Il faut rappeler en premier lieu que la communauté des «maçons libres» et ses obligations morales se présentent comme un système progressif de symboles d’un caractère comportant un strict engagement. La discipline rigide de l’occulte qui y règne renforce par ailleurs le poids de l’interaction de signes et d’idées. Ce climat de secret comporte par dessus tout pour les inscrits le risque de devenirl ’instrument de stratégies qui leur demeurent inconnues.
Même si l’on affirme que le relativisme n’est pas assumé en tant que dogme, on propose cependant en réalité une conception symbolique relativiste et, ainsi, la valeur relativisante d’une telle communauté morale-rituelle, loin de pouvoir être éliminée, apparaît au contraire déterminante.
Dans un tel contexte, les diverses communautés religieuses auxquelles appartiennent chaque membre des Loges ne peuvent être considérées que comme de simples institutionnalisations d’une vérité plus vaste et insaisissable. La valeur de ces institutionnalisations apparaît donc comme inévitablement relative en regard de cette vérité plus vaste qui se manifeste au contraire plutôt dans la communauté de la bonne volonté, c’est-à-dire dans la fraternité maçonnique.
Toutefois, pour un chrétien catholique, il ne lui est pas possible de vivre sa relation avec Dieu de deux façons, c’est-à-dire en la scindant sous une forme humanitaire: supraconfessionnelle, et sous une forme interne: chrétienne. Il ne peut entretenir de relations de deux sortes avec Dieu, ni exprimer son rapport avec le Créateur par des formes symboliques de deux natures. Ceci représenterait quelque chose de totalement différent de cette collaboration, évidente pour lui, avec tous ceux qui sont engagés dans l’accomplissement du bien, même à partir de principes différents. D’autre part, un chrétien catholique ne peut pas, simultanément, participer à la pleine communion de la fraternité chrétienne et considérer son frère chrétien, par ailleurs, selon l’optique maçonnique, comme un «profane».
Même, comme on l’a déjà dit, s’il n’y avait pas obligation explicite de professer le relativisme en tant que doctrine, la force relativisante d’une telle fraternité, en raison de sa logique intrinsèque elle-même a cependant en soi la capacité de transformer la structure de l’acte de foi si radicalement qu’elle ne serait plus acceptable pour un chrétien «auquel sa foi est chère» (Léon XIII). [...]"

Conférences 2013 du Père Matthieu Dauchez - la joie dans les rues de Man...

Août 1914, été tragique

Le Figaro Magazine - 30/08/2013

L'Europe s'est précipitée les yeux fermés vers l'abîme.
      Le 28 juin 1914, le continent européen est en paix. Trente-sept jours plus tard, il s'engage dans une guerre qui mobilisera 65 millions de soldats, abattra trois empires, écrasera les vaincus et laissera les vainqueurs épuisés et ruinés. Plus de 20 millions de militaires et de civils auront perdu la vie au cours de cette tragédie, sans compter les 21 millions de blessés et de mutilés. Inédit par sa violence meurtrière et par ses conséquences géopolitiques, ce conflit infléchira le cours de l'histoire : le bolchevisme, le fascisme et le nazisme naîtront du grand choc de 14-18 qui, lui-même, engendrera la Seconde Guerre mondiale.
     Tout a donc commencé, le 28 juin 1914, par l'assassinat, à Sarajevo, de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche, et de sa femme, la duchesse de Hohenberg, par un jeune nationaliste serbe. Les fils de la conjuration remontant à Belgrade, l'ultimatum que lancera Vienne à la Serbie se transformera en déclaration de guerre, puis, par le jeu des alliances, en conflit européen généralisé, en attendant l'entrée en scène des Etats-Unis.
     On croit connaître cette histoire par coeur et pourtant, Christopher Clark, un chercheur britannique, professeur à Cambridge, parvient à la raconter d'une manière nouvelle. L'auteur ne se contente pas de relater les 37 jours qui séparent l'attentat de Sarajevo du début du conflit : en se plaçant, successivement ou simultanément, du point de vue serbe, russe, français, anglais, autrichien ou allemand, il démonte le mécanisme infernal qui s'est alors mis en branle et dans l'élaboration duquel tous les pays ont une part de responsabilité, même si elles ne sont pas égales. L'enquête de Christopher Clark s'appuie sur d'innombrables sources savantes, mais est servie par un sens du récit, du portrait et de l'anecdote qu'on trouve trop rarement chez les universitaires. Il en ressort que c'est dans un mélange de conscience et d'inconscience, de volonté et de résignation, que les Européens ont marché vers la guerre, se précipitant comme des « somnambules » vers l'abîme. Ils n'en réchapperont que trente ans plus tard, mais non sans avoir perdu leur suprématie mondiale.
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com/
Les Somnambules, de Christopher Clark, Flammarion, 668 p., 25 €. Traduit de l'anglais par Marie-Anne de Béru.

vendredi 6 septembre 2013

De la démocratie à l’esclavage

Dans le livre VIII de La République, Socrate dialogue avec les frères de Platon, Glaucon et Adimante, à qui il expose sa théorie de la dégradation des régimes politiques. Au régime parfait à ses yeux, l’’aristocratie, succède d’’abord la timarchie, constitution fondée sur l’’honneur guerrier qui apparaît lorsque les aristocrates délaissent la sagesse. Puis oligarchie, démocratie et tyrannie s’’enchaînent en vertu d’’un mécanisme implacable.
Dans l’’oligarchie, les aristocrates délaissent cette fois l’’honneur au profit d’’une quête de la richesse. Cette domination de l’’or accroît les inégalités et les injustices, entraînant la révolte du peuple contre la noblesse et l’’établissement de la démocratie. Dans cette dernière, le peuple s’’enivre de liberté et refuse progressivement toute forme d’’autorité. Il porte au pouvoir les flatteurs qui lui promettent n’’importe quoi et refuse d’’obéir à ceux qui lui prêchent l’’effort et la recherche du Bien commun. Finalement, la ruine générale qui résulte de la mauvaise gestion démocratique conduit le peuple à s’’abandonner à un sauveur qu’’il choisit parmi les pires démagogues. Celui-ci va alors accaparer tous les pouvoirs et toutes les richesses… La tyrannie est établie.
L’’extrait que nous avons choisi décrit la décadence démocratique puis le passage de la démocratie à la tyrannie. Son actualité, sensible à chaque ligne, nous convainc de la permanence des lois de la physique sociale. Maurras, auteur de textes comme L’’Amitié de Platon ou De Demos à César, saura se souvenir de la leçon platonicienne. Quant à l’’histoire des derniers siècles, elle nous fournit avec les deux Bonaparte succédant l’’un à la Révolution de 1789, l’’autre à celle de 1848, ou avec Adolf Hitler succédant à la République de Weimar, un nombre suffisant d’’exemples concrets de ce lien nécessaire entre démocratie et tyrannie.
Stéphane Blanchonnet

« Lorsqu’’une cité démocratique, altérée de liberté, trouve dans ses chefs de mauvais échansons, elle s’’enivre de ce vin pur au delà de toute décence ; alors, si ceux qui la gouvernent ne se montrent pas tout à fait dociles et ne lui font pas large mesure de liberté, elle les châtie, les accusant d’’être des criminels et des oligarques.
–- C’’est assurément ce qu’’elle fait, dit-il.
–- Et ceux qui obéissent aux magistrats, elle les bafoue et les traite d’hommes serviles et sans caractère ; par contre, elle loue et honore, dans le privé comme en public, les gouvernants qui ont l’air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l’air de gouvernants. N’’est-il pas inévitable que dans une pareille cité l’’esprit de liberté s’’étende à tout ?
–- Comment non, en effet ?
–- Qu’’il pénètre, mon cher, dans l’’intérieur des familles, et qu’’à la fin l’’anarchie gagne jusqu’aux animaux ?
–- Qu’’entendons-nous par là ? demanda-t-il.
-– Que le père s’’accoutume à traiter son fils comme son égal et à redouter ses enfants, que le fils s’’égale à son père et n’’a ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu’’il veut être libre, que le métèque devient l’égal du citoyen, le citoyen du métèque et l’’étranger pareillement.
–- Oui, il en est ainsi, dit-il.
–- Voilà ce qui se produit, repris-je, et aussi d’’autres petits abus tels que ceux-ci. Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues. En général les jeunes gens copient leurs aînés et luttent avec eux en paroles et en actions ; les vieillards, de leur côté, s’’abaissent aux façons des jeunes gens et se montrent pleins d’’enjouement et de bel esprit, imitant la jeunesse de peur de passer pour ennuyeux et despotiques.
–- C’’est tout à fait cela.
–- Mais, mon ami, le terme extrême de l’’abondance de liberté qu’’offre un pareil État est atteint lorsque les personnes des deux sexes qu’’on achète comme esclaves ne sont pas moins libres que ceux qui les ont achetées. Et nous allions presque oublier de dire jusque’’où vont l’égalité et la liberté dans les rapports mutuels des hommes et des femmes.
–- Mais pourquoi ne dirions-nous pas, observa-t-il, selon l’’expression d’’Eschyle, “ce qui tantôt nous venait à la bouche” ?
–- Fort bien, répondis-je, et c’’est aussi ce que je fais. À quel point les animaux domestiqués par l’’homme sont ici plus libres qu’’ailleurs est chose qu’’on ne saurait croire quand on ne l’’a point vue. En vérité, selon le proverbe, les chiennes y sont bien telles que leurs maîtresses ; les chevaux et les ânes, accoutumés à marcher d’’une allure libre et fière, y heurtent tous ceux qu’’ils rencontrent en chemin, si ces derniers ne leur cèdent point le pas. Et il en est ainsi du reste : tout déborde de liberté.
-– Tu me racontes mon propre songe, dit-il, car je ne vais presque jamais à la campagne que cela ne m’’arrive.
–- Or, vois-tu le résultat de tous ces abus accumulés ? Conçois-tu bien qu’ils rendent l’’âme des citoyens tellement ombrageuse qu’à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s’’indignent et se révoltent ? Et ils en viennent à la fin, tu le sais, à ne plus s’inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n’’avoir absolument aucun maître.
–- Je ne le sais que trop, répondit-il.
-– Eh bien ! mon ami, repris-je, c’’est ce gouvernement si beau et si juvénile qui donne naissance à la tyrannie, du moins à ce que je pense.
–- Juvénile, en vérité ! dit-il ; mais qu’’arrive-t-il ensuite ?
–- Le même mal, répondis-je, qui, s’’étant développé dans l’’oligarchie, a causé sa ruine, se développe ici avec plus d’’ampleur et de force, du fait de la licence générale, et réduit la démocratie à l’’esclavage ; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction, dans les saisons, dans les plantes, dans nos corps, et dans les gouvernements bien plus qu’’ailleurs.
–- C’est naturel.
-– Ainsi, l’’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude, et dans l’’individu et dans l’’État.
–- Il le semble, dit-il.
–- Vraisemblablement, la tyrannie n’’est donc issue d’’aucun autre gouvernement que la démocratie, une liberté extrême étant suivie, je pense, d’’une extrême et cruelle servitude. »
PLATON
La République, Livre VIII, 562-564
Traduction de E. Chambry (Librairie Garnier Frères)
L’’Action Française 2000 du 31 août au 6 septembre 2006

Erckmann-Chatrian : leçons de la bataille de Leipzig en 1813

« Maintenant tout l’univers est contre nous, tous
les peuples demandent notre extermination...
ils ne veulent plus de notre gloire !
 »
On a beaucoup parlé de la retraite de Russie et de la Berezina, mais c’est la bataille de Leipzig et l’année 1813 qui sont importantes pour bien comprendre la chute du napoléonisme. Je n’ai aucune envie de faire une leçon d’histoire, mais en feuilletant sur les petits classiques d’Erckmann-Chatrian que je n’avais faits qu’en dictée à l’école, je suis tombé sur le très bon roman "Histoire d’un conscrit de 1813", un de ces pauvres Français qui servirent de chair à canon pendant vingt ans à la Révolution et à l’Empire.
En une phrase, nos pacifistes et républicains alsaciens, qui écrivent pourtant sous le second empire, justifient l’impossible résistance à l’ogre napoléonien et à son culte :
« Ceux qui n’ont pas vu la gloire de l’Empereur Napoléon dans les années 1810, 1811 et 1812 ne sauront jamais à quel degré de puissance peut monter un homme. »
L’empereur est ce pourquoi il faut mourir, un nouveau pharaon en quelque sorte.
La peur est sur toutes les lèvres : finir conscrit et en chair à canon, d’autant que l’on se rend compte que, comme pour l’Allemagne plus tard, il y aura des comptes à rendre après la défaite finale de l’empire branlant :
« Oui, je savais cela, dit-il tristement, mais ce n’est que le commencement de plus grands malheurs : ces Prussiens, ces Autrichiens, ces Russes, ces Espagnols, et tous ces peuples que nous avons pillés depuis 1804, vont profiter de notre misère pour tomber sur nous. »
Certains tentent de résister à la conscription par la mutilation ; voilà qui tranche avec le culte impérial et la Grandeur de la France :
« En cette année beaucoup de jeunes gens refusèrent de partir : les uns se cassaient les dents, pour s’empêcher de pouvoir déchirer la cartouche, les autres se faisaient sauter le pouce avec des pistolets, pour s’empêcher de pouvoir tenir le fusil ; d’autres se sauvaient dans les bois, on les appelait les réfractaires, et l’on ne trouvait plus assez de gendarmes pour courir après eux. »
Un personnage plus lucide explique que maintenant ce sont les Allemands et les peuples d’Europe qui ont le Droit pour eux (même s’ils ne savent pas encore qu’ils ne font que servir un Ancien Régime qui mettra encore cent-cinquante ans - selon l’historien contemporain Arno Mayer - à disparaître complètement - c’est du reste aussi ce que pense Kojève) :
« Aujourd’hui, c’est bien différent ; toute l’Allemagne va marcher, toute la jeunesse va se lever, et c’est nous qui parlerons de Liberté, de Vertu, de Justice à la France. Celui qui parle de ces choses est toujours le plus fort, parce qu’il n’a contre lui que les gueux de tous les pays, et parce qu’il a pour lui la jeunesse, le courage, les grandes idées, tout ce qui vous élève l’âme au-dessus de l’égoïsme, et qui vous fait sacrifier la vie sans regret. »
Un vieux soldat, Zimmer, est lui partisan de la manière forte pour soumettre ce qui reste de l’Europe occupée :
« Au lieu de nous ordonner de respecter les populations, on devrait nous laisser pleins pouvoirs sur le monde ; alors tous ces bandits changeraient de figure et nous feraient bonne mine comme en 1806. La force est tout..., et alors les gens vous donnent tout par force : ils vous dressent des arcs de triomphe et vous appellent des héros, parce qu’ils ont peur. Voilà ! »
Le napoléonisme aura abouti comme on le sait à la naissance du sentiment national en Allemagne. On en est parfaitement conscient en Alsace :
« Vous croyez avoir pour vous les Saxons, les Bavarois, les Badois et les Hessois ; détrompez-vous : les enfants de la vieille Allemagne savent bien que le plus grand crime et la plus grande honte, c’est de se battre contre ses frères. »
Pourtant, même sans trop de convictions idéologiques, il faut se battre. Le conscrit explique très bien pourquoi avec ses mots à lui :
« Moi, je ne pensais plus à rien qu’à me venger. J’étais devenu pour ainsi dire fou de colère et d’indignation contre ceux qui voulaient m’ôter la vie, le bien de tous les hommes, que chacun doit conserver comme il peut. J’éprouvais une sorte de haine contre ces Prussiens, dont les cris et l’air d’insolence me révoltaient le coeur. »
C’est l’hormone de la rage et de la mort. Le livre est écrit dans les années 1860, mais la haine du Prussien et du Boche est déjà bien là :
« Les Prussiens étaient déjà sur nous, que nous les voyions à peine avec leurs yeux furieux, leurs bouches tirées et leur air de bêtes sauvages. On aurait dit qu’ils voulaient nous manger... C’est une vilaine race... »
Mais certains soldats Français ne valent guère mieux, ceux surtout qui furent employés lors de la déshonorante guerre d’Espagne :
« L’arrivée des vétérans d’Espagne, des hommes terribles, habitués au pillage et qui montraient aux jeunes à vivre sur le paysan. »
On dénote un certain ras-le-bol dans ce bouquin, qui n’est pas sans annoncer Céline et les passages belliqueux-pacifistes du "Voyage". Voyez ces descriptions écoeurées d’une campagne vouées aux destructions de la Guerre :
« Nous revoyions au bout du village, la grande route s’étendre à perte de vue, les nuages gris se traîner sur les champs dépouillés, et quelques maigres corbeaux s’éloigner à tire d’aile en jetant leur cri mélancolique. »
Ici je cite Céline, le début du "Voyage" :
« Moi d’abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j’ai jamais pu la sentir, je l’ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n’en finissent pas, ses maisons où les gens n’y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. »
La dimension surnaturelle et eschatologique de la guerre n’échappe pas non plus à notre valeureux (et chanceux) soldat :
« Cela me paraissait quelque chose d’épouvantable et pour ainsi dire de surnaturel ; l’air était plein de fumée de poudre, la terre tremblait sous nos pieds ; les vieux soldats comme Pinto disaient qu’ils n’avaient jamais rien entendu de pareil. »
C’est que la bataille de Leipzig valait le déplacement. Tout l’héroïsme français contre l’Europe toute entière liguée :
« Ainsi notre armée, après avoir livré trois batailles en un seul jour, et réduite à cent trente mille combattants, allait être prise dans un cercle de trois cent mille baïonnettes, sans compter cinquante mille chevaux et douze cents canons ! »
L’excitation guerrière, la légendaire Furia Francese, guettent alors nos preux soldats, surtout après la trahison fameuse des Saxons :
« Cette trahison, au lieu de nous abattre, augmenta tellement notre fureur que, si l’on nous avait écoutés, nous aurions traversé la rivière pour tout exterminer. »
A l’heure du bilan, notre narrateur, qui attend impatiemment lui aussi la Fin de l’Histoire (pour se marier et ouvrir son commerce) se montre très lucide :
« Ainsi, tant de souffrances, tant de larmes, deux millions d’hommes sacrifiés sur les champs de bataille, tout cela n’avait abouti qu’à faire envahir notre patrie !... »
A comparer avec le bilan de la dernière guerre pour l’Allemagne, censée récupérer des champs de blé en Ukraine ! Napoléon, nous apprend cet ouvrage de qualité, aurait pu discuter et s’en tirer à bonne enseigne :
« Mais ne parlons pas de ces choses, l’avenir les jugera : il dira qu’après Lützen et Bautzen, les ennemis offraient de nous laisser la Belgique, une partie de la Hollande, toute la rive gauche du Rhin jusqu’à Bâle, avec la Savoie et le royaume d’Italie, et que l’Empereur a refusé d’accepter ces conditions - qui étaient pourtant très belles -, parce qu’il mettait la satisfaction de son orgueil avant le bonheur de la France ! »
Mais, finalement, qu’est-ce que cela aurait changé ?
On frémit en pensant à tout ce sang versé en vain pendant des siècles, alors que de nos jours nous n’avons plus les nerfs ou cette inspiration pour nous défendre d’un envahisseur autrement plus dangereux que le Russe d’alors.
On aura compris que je parle bien sûr du racisme.

jeudi 5 septembre 2013

La République Française aussi doit faire repentance de ses crimes contre l’humanité

Bernard Antony, président de l’AGRIF, communique :
"La visite du président allemand Joachim Gauck au village martyrisé d’Oradour-sur-Glane ne rappelle pas seulement un acte abominable de la barbarie nazie.
Pour les Français qui savent l’importance d’une mémoire plus longue et plus complète des horreurs perpétrées par les régimes totalitaires Jeunes-Turcs, nazis et jusqu’à nos jours dans les enfers communistes de Chine, d’Indochine et de Corée du Nord, que le débile ministre Montebourg confond incroyablement avec la libre Corée du Sud, l’actualisation du souvenir d’une extermination antérieure et très analogue à celle d’Oradour s’impose : celle du massacre de cinq cent soixante-quatre femmes et enfants des Lucs-sur-Boulogne en Vendée le 28 février 1794.
Ce massacre fut en effet emblématique de la mise en œuvre du plan d’extermination systématique de la Vendée et des autres lieux de résistance, comme la ville de Lyon, à l’établissement du totalitarisme jacobin, parfait modèle idéologique et référence constante des régimes précités.
Il faut saluer sur ce point majeur de la compréhension de l’histoire la remarquable préface au livre de Reynald Secher  de l’avocat Gilles-William Goldnadel, vice-président du CRIF, observant l’irréfutabilité totalitaire des crimes contre l’humanité allant de Robespierre, Saint-Just et Bertrand Barère, avec leurs exécutants génocideurs, les Carrier et autres Tureau, à Hitler et Eichmann, et à la continuité meurtrière bientôt séculaire de Lénine, Staline et Trotsky à Mao, Pol-Pot et Kim-Jong-Un.
Hélas, les idéologues totalitaires de notre régime socialiste et au premier chef Vincent Peillon, continuent d’exalter imperturbablement le modèle jacobin si vanté d’ailleurs dans son « Histoire socialiste de la Révolution Française »  par un Jean Jaurès à la fois robespierriste et négationniste, bien oublié sous cet aspect.
Or, comme l’Allemagne actuelle, la République Française aussi doit faire repentance de ses crimes contre l’humanité. Afin que l’on ne puisse jamais oublier que les lois de la République soi-disant issues de la « volonté générale », ce mythe fondateur du totalitarisme, ne peuvent être décidées et imposées au mépris de la loi morale.
L’AGRIF propose donc que soient désormais unis dans la même mémoire et la même repentance les souvenirs des massacres d’Oradour-sur-Glane et des Lucs-sur-Boulogne."
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