jeudi 23 septembre 2010

La Russie médiévale (2/2) La domination tatare

À partir du XIIIe siècle commence la domination des Tatars. Elle durera jusqu’au XVIe siècle. Ces trois siècles n’ont pas été que négatifs pour la Russie qui a su bénéficier de certains apports de l’envahisseur. Et aujourd’hui, les Tatars sont encore présents sur le sol russe.
La Russie médiévale (2 sur 2)Au XIIIe siècle, s’ouvre une période longue de trois siècles au cours de laquelle la Russie subit le « joug tatar » ou mongol. En fait, les Tatar et les Mongols constituent deux peuples bien différents, notamment par leur langue. Ce sont les sources occidentales et russes qui les désignent, indifféremment, « Tatars » ou « Tartares ». Ces peuples vivaient en Mongolie orientale. En 1206, une assemblée de chefs de clans élit comme chef Gengis Khan, qui signifie « Seigneur Océan ». C’est lui qui, ayant rassemblé derrière lui Tatars et Mongols, conquiert un vaste empire qui s’étend de la Corée à l’Europe de l’est, en passant par la Chine, la Sibérie et l’Iran.

La conquête du pays russe par les Tatars
Les Mongols et les Tatars montent des petits chevaux rapides et endurants, sont capables de tirer à l’arc en restant en selle et se nourrissent de viande séchée, ce qui leur permet de parcourir de grandes distances car les moments d’approvisionnement sont rares. En outre, leur système élaboré de courrier leur fournit des communications rapides et efficaces.
C’est au XIIIe siècle qu’ils s’attaquent à l’Europe. Une première vague d’invasion s’abat sur la Russie en 1223 : le 31 mai, les princes russes sont écrasés. Mais les envahisseurs ne poussent pas plus loin leur avance et font demi-tour.
En 1227, Gengis Khan meurt. Deux ans plus tard, son successeur est élu. Il s’appelle Ogoday. Celui-ci confie à son neveu – qui est aussi le petit-fils de Gengis Khan –, Batu, la tâche de conquérir le pays russe. Il faut dire que ce dernier représente une proie facile pour le chef mongol : divisé par les querelles internes, chaque prince utilise, face aux envahisseurs, sa force armée à sa façon. Les armées russes ne sont donc jamais totalement utilisées contre les « Tatars ».
Batu lance son offensive en 1237 à partir de Riazan, qui tombe le 21 décembre. Vladimir est prise en février 1238 et ses défenseurs sont massacrés. Puis, Batu progresse vers le nord, jusqu’à cent kilomètres de Novgorod. Là, il prend la direction du sud. Un second assaut est lancé en 1239 : Tchernigov tombe le 18 octobre et d’autres villes sont à leur tour pillées et détruites. En 1240, Kiev est attaquée. Elle tombe en décembre. En 1241, toute la Kiévie est passée sous domination tatare, à l’exception de la principauté de Novgorod, qui reste indépendante. Batu continue jusqu’à l’Adriatique avant de retourner s’installer sur le cours inférieur de la Volga où il fonde la ville de Saraï (Saraj). Elle est la capitale de la Horde d’Or. La Horde d’Or désigne la zone de l’empire mongol située dans la steppe et d’où le khan – appelé tsar dans les sources russes – contrôle les principautés russes qui lui sont soumises. L’or rappelle la couleur jaune, couleur impériale du khan. Dans cette zone, les Tatars sont majoritaires. Désormais, les principautés russes sont les vassales de la Horde d’Or.
Cette domination, qui va durer plus de trois siècles, elle s’explique par trois facteurs. Le premier réside, nous l’avons vu, dans la supériorité militaire des Tatars. Il faut ajouter que les frontières orientales et méridionales de la Kiévie ont toujours été très poreuses. Le deuxième facteur est que la supériorité tatare a été acceptée par les princes eux-mêmes comme un éléments pouvant influer dans leurs luttes entre eux. Enfin, la dernière explication tient à la tolérance religieuse dont ont fait preuve les Tatars. Ces derniers, en effet, n’avaient pas de fois homogène : ils étaient chrétiens, musulmans, bouddhistes ou taoïstes. C’est seulement au XIVe siècle qu’ils s’islamisent véritablement.
La domination tatare revêt plusieurs caractères. Les Russes doivent verser un tribut, le vykhod, d’abord en fourrure, ensuite en argent. Ils sont contraints aussi de fournir des troupes auxiliaires et de payer des droits de passage sur les marchandises. Des corvées de transport et au service de poste, dans tout l’empire mongol, sont également exigées. Enfin, et surtout, les princes doivent se rendre périodiquement à Saraï pour chercher le jarlyk : le jarlyk est le privilège que possède le khan tatar de confirmer les princes russes dans leur pouvoir sur leurs terres et de décerner le titre de grand-prince de Vladimir. Ce n’est pas rien car c’est le grand-prince de Vladimir qui est chargé de collecter le tribut du aux Mongols. Il est donc, en quelque sorte, le « fermier général » du khan. Cette domination n’est pas toujours bien acceptée et aux XIIIe et XIVe siècles, plusieurs princes rebelles sont exécutés. À Kiev, à partir de 1249, c’est un gouverneur tatar qui détient l’autorité. Ainsi, l’ancienne principauté de Kiev est devenue en quelques années seulement la marche occidentale de l’immense empire eurasien mongol.

L’affirmation de Moscou
Les rivalités entre les princes, notamment pour obtenir le titre de grand-prince de Vladimir, entraîne donc des conflits entre pro et anti-Tatars. Ainsi, Alexandre Nevski, prince de Novgorod [1], se voit décerner ce titre en 1252 grâce au soutien des troupes tatares qui l’ont aidé à battre son frère. Alexandre s’est voulu réaliste : plutôt que de gaspiller des énergies dans une guerre sans espoir contre les envahisseurs, il a préféré se concilier les Tatars pour mieux défendre les intérêts de la Russie. Sa politique n’est bien sûr pas acceptée par tous les princes et il doit faire face à plusieurs révoltes, comme celles de Novgorod en 1255 et 1257, et celle, généralisée, de 1262. Il meurt le 14 novembre 1263.
Son fils cadet, Daniel, devient prince de Moscou. Il défend et agrandit son territoire face à ses autres frères et cousins. Il décède en 1303 et l’un de ses fils épouse une sœur du khan pour obtenir le titre de grand-prince en 1317. Après près d’un siècle d’affrontements avec leurs rivaux, les princes de Moscou réussissent à transmettre, de manière héréditaire non seulement la principauté de Moscou, mais encore le titre de grand-prince de Vladimir. Par ailleurs, ils exercent une tutelle sur Novgorod. C’est le début de l’affirmation de la maison moscovite. De plus, en 1328, le métropolite (chef de l’Église russe) a quitté Vladimir pour s’installer à Moscou : celle-ci est devenue le centre politique et religieux de la région.
L’un des princes de Moscou, Dmitri Donskoï, remporte une victoire contre les Tatars en 1380 à la bataille de Koulikovo, le « champ des bécasses », sur le Don – d’où le surnom de Dmitri. Cette victoire est, dans l’esprit de beaucoup de Russes, l’un des moments fondateurs de la nation. Or, en réalité, Dmitri a affronté un usurpateur tatar et deux ans plus tard il fuit devant le khan légitime et continue de payer le tribut. En outre, tous les princes russes n’ont pas participé à la bataille de Koulikovo.

Ivan III
C’est au XVe siècle que les princes de Moscou et l’Église russe deviennent ouvertement hostiles aux Tatars. C’est à cette époque que commence à se diffuser des textes évoquant la grande bataille de Koulikovo destiné à glorifier l’héroïsme des Russes contre l’occupant tatar. Le changement survient en 1419, à la mort du khan Edighey. Sa succession posant problème, la Horde d’Or est divisée en trois khanats : ceux de Kazan, d’Astrakhan et de Sibérie. Dès lors, les Russes vont jouer de ces divisions. Basile II, prince de Moscou de 1425 à 1462, voit des princes tatars passer à son service. Par exemple, le khanat de Kasimov, territoire octroyé à l’un d’eux par Basile, est vassal de Moscou.
Le fils de Basile II, Ivan III, qui règne de 1462 à 1505, élargit ses territoires. Il impose son autorité à Novgorod, annexe la plupart des pays russes du nord-est et prend le titre de « prince de toute la Russie ». Par ailleurs, en 1476, il refuse le tribut du aux Tatars et inflige à ceux-ci une lourde défaite en 1480. Ainsi, il affirme l’indépendance du nouvel Etat moscovite. Il pose aussi les fondations d’un Etat centralisé en appliquant le Code administratif et judiciaire en 1497 et en créant un corps de fonctionnaires d’Etat. Son œuvre est poursuivie par son fils Vassili III (1505-1533). C’est Ivan IV, dit Ivan le Terrible, qui met fin à la domination tatare en faisant tomber, en 1552, le dernier bastion mongol, le khanat de Kazan.

Bilan et héritage de la présence tatare
Cette période de trois siècles tatars est l’objet de polémiques concernant l’identité russe. En effet, pour beaucoup d’historiens qui défendent le caractère européen de la Russie, la présence tatare a abouti à la destruction, à la servitude et au retard économique et culturel du pays. En revanche, pour un courant révisionniste qualifié d’eurasien et qui insiste sur les liens des Russes avec l’Asie, la Russie est le fruit d’une synthèse entre les civilisations européenne et asiatique. Qu’en est-il vraiment ?
Il est certain que la conquête tatare a stoppé net le développement des villes en raison des pillages et des destructions. Par ailleurs, le tribut a pesé lourdement sur l’économie et beaucoup d’artistes et d’artisans russes étaient réquisitionnés pour travailler en Mongolie. Donc, un certain retard a été imposé à la Russie.
Mais à partir de la fin du XIVe siècle, un renouveau démographique et économique a lieu, qui s’exprime dans les migrations de paysans, les défrichements, la multiplication de « villes » – en fait de gros bourgs fortifiés par un kreml’ de bois ou de pierre – et l’animation du commerce. Une liste de villes datant de la fin du XIVe siècle en mentionne cent trente. Au XVe siècle, des marchands russes sont présents sur les marchés étrangers. En 1465, le marchand Nikitine voyage jusqu’en Inde.
L’apport des Tatars à la Russie est multiple. C’est d’abord la formation d’un empire multiethnique à partir d’Ivan le Terrible qui intègre, en faisant la conquête des khanats tatars, des populations non orthodoxes et non russes. Cet héritage se poursuivra au XIXe siècle avec la conquête de l’Asie centrale par l’empire russe.
L’influence militaire des Tatars est également certaine. L’armée russe, jusqu’en 1600, est construite sur le modèle tatar en privilégiant la cavalerie. Les cosaques, qui doivent surveiller les frontières ouest et sud de la Russie, mènent des raids rapides et destructeurs avant de se replier grâce à leur cavalerie légère.
Le service de poste est conservé et développé durant tout l’Ancien Régime. Le tribut également, qui est étendu aux populations de Sibérie. Quant à l’apport humain, une partie de l’élite russe des XVI et XVIIe siècles est composée de familles tatares qui se sont converties à l’orthodoxie.
De nos jours, il existe encore des populations tatares au sein de la Fédération de Russie, en Crimée et dans les deux républiques autonomes du Tatarstan et du Bachkortostan. De fortes communautés tatares sont aussi implantées dans les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg. Les Tatars, à majorité musulmans, se rassemblent autour d’une communauté ethnique et linguistique – leur langue appartient à la famille des langues turques. Les Tatars de Crimée, eux, se souviennent en plus des persécutions subies pendant la Seconde Guerre mondiale : ils ont été déportés massivement par Staline qui les avait accusé d’avoir collaboré avec les Allemands. Ils n’ont réussi qu’avec peine et en petit nombre à se réimplanter dans leur région d’origine.
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Aller plus loin :
ARRIGNON, Jean-Pierre, La Russie médiévale, Paris, Belles Lettres, « Guide des civilisations », 2003.
ECK, Alexandre, Le Moyen Âge russe, Paris, Maison du livre étranger, 1933.
FERRO, Marc et MANDRILLON, Marie-Hélène (dir.), Russie, peuples et civilisations, Paris, La Découverte, 2005.
HELLER, Michel, Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, 1999.
KLUTCHEVSKI, B., Histoire de Russie, tome I Des origines au XIVe siècle, traduit par Constantin Andronikof, Paris, Gallimard,1956.
KONDRATIEVA, Tamara, La Russie ancienne, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1996.
VODOFF, Vladimir, Princes et principautés russes, Xe-XVIIe siècle, Northampton, Variorum Reprints, 1989.
[1] Alexandre avait déjà affronté d’autres envahisseurs une dizaine d’années auparavant. En 1241, il a défait les Suédois qui, profitant de l’affaiblissement de la Russie, avaient tenté de l’envahir. La bataille eut lieu sur la Neva, d’où le surnom, Nevski, donné au prince. En 1242, il a également remporté une victoire sur les chevaliers de l’ordre teutonique qui tentaient d’imposer aux Russes la foi catholique. Il les força à se battre sur le lac gelé des Tchoudes afin que le poids de leurs chevaux et de leurs armures fasse céder la glace amincie par le redoux du printemps.

mardi 21 septembre 2010

De Hugues Capet à Philippe Ier, 987-1108

Au Xe siècle, la dynastie carolingienne s'éteignit lentement, comme nous l'avons vu dans un dossier précédent. En France, sa place fut prise par les Capétiens, qui avaient acquis peu à peu une certaine importance comme comtes de Paris. La dynastie fut fondée par Hugues Capet, élu roi en 987 par les grands du royaume, surtout sur l'initiative du haut clergé, car en France, comme en Allemagne, l'Eglise était le principal défenseur de l'idée monarchique. Hugues Capet n'eut qu'un semblant de pouvoir; lui et ses premiers successeurs furent rois en France, plutôt que rois de France. Grâce au système féodal, les fonctionnaires, naguère destituables, étaient devenus, avec le temps, propriétaires de leurs fiefs et s'étaient pourvus de titres de duc, comte ou vicomte. Plus les Carolingiens perdaient de pouvoir, plus les seigneurs se prenaient pour de petits rois, qui étaient assuré de l'hérédité de leurs fiefs et possédaient leur administration propre, leurs propres finances, leurs propres tribunaux, donc pratiquement la souveraineté sur leur territoire. Ainsi se constituèrent les duchés de Normandie, de Bourgogne, de Guyenne, de Gascogne, et, autour d'eux, une série de comtés, puissants et riches, Flandres, Champagne, Anjou, Bretagne, au sud le margraviat de Narbonne, enfin, la Marche de Barcelone était encore considérée comme un fief français. La puissance effective du roi ne surpassait pas celle des propriétaires de ces fiefs, car elle se limitait au comté de Paris, étroite bande de terre qui reliait la Seine et la Loire et comprenait les villes de Paris et d'Orléans. Et, dans ce domaine, étaient disséminés beaucoup de châteaux-forts qui n'appartenaient pas aux Capétiens, mais qui cherchaient à les braver. Le roi n'avait presque pas d'autorité sur ses vassaux. Enfin, il ne faut pas oublier qu'une grande région de la France actuelle, toute la partie orientale au-delà de la Meuse, de la Saône et du Rhône, faisait partie de l'Empire d'Allemagne.



Ainsi, au début, la couronne ne conféra aux Capétiens qu'un titre, mais d'une grande valeur, car à ce titre se rattachait la vieille conception impériale de la dignité monarchique. L'archevêque de Reims ressuscita l'ancienne coutume de l'onction et du sacre qui avait presque la valeur d'un sacrement et mettait une auréole sainte au front des monarques. Si bien qu'aux yeux du clergé et du peuple, le roi était tenu en grande vénération, comme dépositaire d'une haute dignité. Les Capétiens surent en profiter pour fortifier leur position à l'égard du peuple, afin qu'il les défendît contre les prétentions de la noblesse et contre les attaques des seigneurs pillards. Dès le XIe siècle, ils encouragèrent même le désir d'autonomie qui se manifestait déjà dans les communes urbaines. Le fait que, depuis le début, la couronne de France fut héréditaire favorisa beaucoup le développement de la dynastie capétienne. En théorie, les grands du royaume se réservaient le droit d'élection et Hugues Capet, lui-même, fut un roi élu, mais il sut conserver la couronne dans sa famille en faisant, de son vivant, oindre et couronner son fils comme son successeur. Ce procédé prit la valeur d'un usage durable, sans que les rois aient eu à l'imposer par la force. La chose s'explique par le fait que les Capétiens étaient des princes faibles, qui ne paraissaient pas le moins du monde dangereux à leurs grands vassaux, tout au contraire de ce qui se passa en Allemagne où la jalousie des princes était constamment tenue en éveil par les puissants rois saxons et franconiens, si bien que leur opposition ne se calmait jamais complètement, et qu'ils tenaient beaucoup à leur droit d'élection.
 


La faiblesse des Capétiens eut pour contrepoids la ténacité avec laquelle ils édifièrent leur royaume. Le successeur d'Hugues fut son fils Robert II le Pieux (996-1031) qui avait étudié à l'école de Paris, auprès du célèbre Gerbert, devenu alors pape sous le nom de Sylvestre II. Il a la réputation d'avoir été un prince pieux et bienfaisant, mais il n'en fut pas moins excommunié pour avoir répudié sa femme. Ce n'est qu'après des années de résistance qu'il se soumit enfin aux exigences de l'Eglise. Quant au peu de puissance dont il disposait, on en trouve la preuve dans le fait qu'un de ses grands vassaux a pu parler avec mépris de la « nullité du roi ». Et, pourtant, il avait en vue l'affermissement du pouvoir royal. Il mit des années d'effort à acquérir le duché de Bourgogne. Mais son fils et successeur, Henri Ier (1031-1060), ne sut pas le conserver à la couronne et le céda à un frère, Robert, qui fut le chef d'une nouvelle dynastie du duché de Bourgogne. Il ne sut pas non plus empêcher le royaume d'Arles (vallée du Rhône, comté de Bourgogne, Suisse occidentale) de tomber aux mains du roi d'Allemagne, si bien que ces territoires, purement français pourtant, furent pendant six cents ans perdus pour le royaume de France. C'est sous le règne d'Henri Ier que fut brisée l'amitié qui avait uni jusque-là les Capétiens et les ducs de Normandie. Cette rupture devait avoir des conséquences considérables.

Henri eut pour successeur son fils Philippe Ier (1060-1108), un homme sans consistance et un jouisseur. S'il était seul en cause, son règne ne présenterait aucun intérêt; ce qui lui en confère, c'est l'événement qui prit naissance sur le sol de France: la conquête de l'Angleterre par le duc de Normandie, Guillaume (1066), dont il sera reparlé plus loin. Un grand vassal de la couronne de France créa ainsi un Etat puissant dont l'éclat devait faire pâlir celui du royaume capétien. En effet, le royaume anglo-normand constitua longtemps un grand danger pour la France et devait déterminer ses destinées politiques pendant près de quatre cents ans. Dans le reste de la France, aussi, une humeur aventureuse et guerrière poussait les chevaliers au-delà des Pyrénées à des combats contre les Maures, aux côtés des chrétiens d'Espagne. C'est avec la même vigueur débordante que la noblesse française entreprit la première Croisade. Le roi Philippe ne prit aucune part à ces divers événements. En revanche, il eut à souffrir, pour sa part, de la Querelle des Investitures. Il était contemporain d'Henri IV et guère moins coupable que lui de simonie. Mais il sut éviter que Grégoire VII ne prît contre lui des mesures extrêmes en témoignant une bonne volonté qui ne l'empêchait pas de suivre son propre chemin. Grâce au caractère relativement bénin qu'elle eut en France, la Querelle des Investitures n'entrava pas le développement du royaume des Capétiens, tout au contraire de ce qui se passa en Allemagne où le pouvoir royal sortit affaibli de la lutte. Cependant, Philippe Ier fut excommunié pendant des années pour avoir divorcé.

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dimanche 19 septembre 2010

Ce que Benoît XVI a vraiment dit aux Africains

Le Figaro Magazine - 28/03/2009
La polémique sur le préservatif a occulté l'essentiel du message que le pape était venu délivrer au continent noir.
Le week-end dernier, un journaliste des Dépêches de Brazzaville notait que le voyage du pape, au Cameroun et en Angola, avait commencé dans la polémique, mais « surtout hors d'Afrique ». Quel contraste, en effet, entre les commentaires entendus en France et l'événement tel qu'il a été vécu sur place. 60 000 fidèles à la messe finale à Yaoundé, un demi-million à Luanda : les foules africaines ont réservé à Benoît XVI l'accueil festif, coloré et chaleureux qu'elles offraient jadis à Jean-Paul II. De l'avis de tous les commentateurs africains, hors le terrible accident du stade de Luanda (deux jeunes filles étouffées dans un mouvement de foule), cette première visite sur le continent noir a été un succès.
À Paris, en revanche, une unique phrase du Souverain Pontife sur l'utilité du préservatif dans la prévention du sida a déclenché ce que l'AFP a appelé un « tollé planétaire ». Séisme médiatique, en réalité, auquel la proximité du Sidaction n'était pas étrangère, et qui a donné lieu, contre Benoît XVI, à une escalade sans précédent dans la violence verbale. Interrogé par le Talk Orange Le Figaro, Mgr Vingt-Trois, cardinal archevêque de Paris, n'a pas hésité à parler de « lynchage ».
La phrase reprochée au pape, rappelons-le, a été prononcée dans l'avion qui l'emmenait en Afrique. Répondant à un choix de questions posées par des journalistes, Benoît XVI a été interrogé sur la position de l'Église quant à la lutte contre le sida. Une question posée en italien, et à laquelle il a répondu dans la même langue. Disant exactement ceci, si l'on s'en tient à la traduction littérale : « On ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec de l'argent et des slogans publicitaires. S'il n'y a pas l'âme, si les Africains ne s'aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs ; au contraire, ils augmentent le problème ».
Ces mots ne peuvent être isolés de la totalité de la réponse du pape. Dans la phrase précédente, il saluait le travail accompli par les organisations catholiques luttant contre le sida. Et dans les suivantes, il lançait un appel à une « humanisation de la sexualité », à un « nouveau mode de comportement les uns avec les autres », et à « une vraie amitié pour les personnes qui souffrent, une disponibilité, avec des sacrifices, avec des renoncements personnels, pour être avec les souffrants ».
Ajoutons que, lors de son allocution d'arrivée, à l'aéroport de Yaoundé, le Souverain Pontife a demandé que les malades du sida, en Afrique, aient droit gratuitement aux médicaments - information qui n'a été relayée nulle part.
Le pape, doutant de l'efficacité des campagnes de prévention fondées uniquement sur le préservatif, a indiqué un idéal : une sexualité maîtrisée, responsable, respectueuse de l'autre. Un élu de droite y a néanmoins vu « un message de mort » et un parlementaire de gauche des propos « proches du meurtre prémédité »…
Ceux qui opposent un Benoît XVI dur et conservateur à un Jean-Paul II compatissant et ouvert oublient que le pape précédent, dans les années 1990, fut victime de campagnes d'opinion identiques, rigoureusement pour les mêmes raisons, et qu'il fut alors traité de « criminel contre l'humanité ».
« Je demande aux Occidentaux de ne pas nous imposer leur unique et seule façon de voir, a répliqué Mgr Sarr, archevêque de Dakar. Dans des pays comme les nôtres, l'abstinence et la fidélité sont des valeurs qui sont encore vécues et, avec leur promotion, nous contribuons à la prévention contre le sida. »
En France, la polémique a occulté le vrai message que le pape était venu délivrer aux Africains. En seize discours, et à travers le document préparatoire au synode sur l'Afrique qui aura lieu à Rome, à l'automne prochain, Benoît XVI a dénoncé la corruption des élites, le culte de la violence, le tribalisme, et la collusion avec les puissances économiques internationales qui utilisent l'Afrique comme un marché, au détriment de sa culture et au mépris des droits de l'homme et de la démocratie. De vrais sujets qui fâchent, mais qui, manifestement, intéressent moins le Tout-Paris.

samedi 18 septembre 2010

La dette, la fiscalité ou l’immigration... vues par Marx

L’histoire au sens scientifique a été un peu dure avec Marx. Il me semble que comme Balzac, Zola ou Tocqueville, l’auteur du Capital mérite une relecture qui expliquerait bien des "nouveautés" du temps présent, déjà si présentes aux siècles écoulés. C’est ainsi que l’endettement fantastique des nations, les politiques d’immigration ou l’exubérance irrationnelle des marchés, comme disait ce bon Alan Greenspan, sont ainsi complètement connues et analysées par le grand économiste, historien et aussi journaliste.

Concernant l’endettement, qui menace actuellement de ruiner l’Europe ou l’Amérique, Marx écrit ceci (le Capital, Huitième section, chapitre 31) : « Le système du Crédit public, c’est-à-dire de dette publique, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Il n’ y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. » On comprend dès lors pourquoi nos gouvernements occidentaux se précipitent pour nous rendre dépendants des marchés. D’autant que cette politique crée une nouvelle race de profiteurs. Marx ajoute : « La dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne [...] Bolingbroke décrit l’apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d’affaires et loups-cerviers. »

Cette obsession maniaque de l’endettement encourage la mondialisation et l’interdépendance des nations : « Avec les dettes publiques naquit un système de crédit international »... avec à chaque fois un pays capitaliste qui prête à une future puissance : Marx évoque Venise, la Hollande, l’Angleterre, les États-Unis... auxquels on pourrait ajouter depuis le Japon d’après 1945 et la Chine de l’après-maoïsme. Et elle encourage aussi la surcharge d’impôts, causée par l’accumulation des dettes contractées par les gouvernements... On a vu que la hausse des impôts dans le Sarkostan décidée à la fin de l’été avait pour but de rassurer les marchés, et que les impôts n’ont baissé ni sous Reagan, Blair ou Thatcher, bien au contraire, et ce même si leur application est différente (les canons plutôt que le beurre social pour les néocons). Marx rappelle le rôle pédagogique d’une forte fiscalité, appliquée avec toujours plus de fermeté dans nos démocraties : « La fiscalité moderne renferme donc en soi un germe de progression automatique. La surcharge des taxes n’est pas un incident, mais le principe... de Witt a exalté l’impôt comme le plus propre à rendre le salarié soumis, frugal, industrieux... et exténué ». Je précise que de Witt en question est le fameux stathouder du grand siècle hollandais. On voit que le politiquement correct qui tend depuis vingt ans à limiter toutes nos libertés ou tous nos vices a de belles origines. Le système est de plus en plus inflexible, si la flexibilité est devenue la norme du salarié.

Un dernier point. Concernant l’immigration et la mondialisation des hommes et non plus seulement des marchandises, Marx remarque (Septième section, chapitre 25) : « À mesure qu’il développe les pouvoirs productifs du travail et fait donc tirer plus de produits de moins de travail, le système capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus de travail du salarié, soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense, ou encore d’augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l’homme par la femme, l’adulte par l’adolescent et l’enfant, un Yankee par trois Chinois. Voilà autant de méthodes pour diminuer la demande de travail et en rendre l’offre surabondante, en un mot, pour fabriquer des surnuméraires... »

Vers la même époque, Marx dénonçait l’immigration d’ouvriers... belges en direction de l’Angleterre pour tenter de maintenir à flot une grève locale pour la journée de 9 heures. Aujourd’hui, 150 ans, on y revient, à la journée de neuf heures, et l’on va arriver à la retraite à 70 ans (en attendant mieux). Et si on sait que les enfants ne travaillent plus, on sait que les "investisseurs" Chinois à leur tour tentent de trouver moins cher que leurs propres ouvriers, au Sri Lanka, en Afrique ou ailleurs.

J’ai voulu citer Marx, d’une manière documentaire et non politique pour cette raison : à partir du moment où l’on feint de découvrir ou de dénoncer un problème qui est là depuis toujours, c’est qu’on ne veut pas le traiter. Rien de nouveau sous le sommeil. C’est ainsi que ceux qui dénoncent l’endettement, les excès des marchés, ou l’immigration sans remonter à leur source se moquent du monde. Je reprendrai Marx dans un prochain écrit pour une autre raison : la baisse de notre niveau de vie depuis quarante ou cinquante ans.

par Nicolas Bonnal L'après Libre Journal 17 septembre 2010

mardi 14 septembre 2010

La Grande Guerre : La censure et comment la tourner

Au moment où le gouvernement, acculé à la déroute par le chômage, la récession et la corruption, croit gagner du temps en rétablissant la censure des Idées et des Affaires, il est à la fois cocasse et réconfortant de rappeler ce qu’écrivait le docteur Lucien-Graux dans son copieux ouvrage Les Fausses Nouvelles de la guerre dont il commença la publication dès 1917.
« La censure, tout en faisant de son mieux, n’a pu empêcher que les petits combats de l’arrière ne fussent engagés en permanence et que la guérilla des journaux ne conservât toute son activité malgré les coupures... La censure, pour faire son métier, passa ses nuits à taillader les articles de Clemenceau, d’Hervé, de Jacques Dhur, de Maurras, de Charles Humbert. Chacun de ces hommes représentait une forme d’opinion, un groupe de Français, de points de vue souvent diamétraux.
Almeyreda(1) et Arthur Meyer(2) sentirent entre leurs côtes la même insinuation du fatal ciseau. Ils laissèrent une part deux-mêmes à la chirurgienne mais l’épiderme et les os reconstitués redonnèrent corps, sous des apparences atténuées, aux propos condamnés la veille.
Personne ne s’y méprenait. Chacun avait pris l’habitude de lire entre les lignes. On était exercé (qu’on lût Le Gaulois, ou Le Bonnet Rouge, L’Homme enchaîné ou L’Eveil, Le Journal ou L’Action française, La Victoire ou La Croix) à suppléer par la pensée tout ce qui n’était pas écrit et il est à présumer que plus d’une fois l’imagination du lecteur outrepassa la pensée de l’écrivain.
Ce n’était donc rien entraver du tout que de barrer la route, par un travers de ciseaux, à des idées qui, plus troubles et plus nuisibles que si elles eussent été imprimées, éclataient dans le blanc des "censuré" et résonnaient fréquemment avec plus de vacarme que si elles eussent été épargnées par la grande étouffeuse. »
Et Lucien-Graux ajoute cette précision assez étonnante quand on sait la suite : Clémenceau et son journal, L’Homme enchaîné, avaient été décrétés par la censure « perturbateurs de l’union sacrée ».
Guère ému par cette dénonciation, le futur "Père la Victoire" commença d’envoyer sous pli fermé à ses abonnés, ainsi qu’aux sénateurs et députés, ses articles qui avaient été censurés. « Cette adroite mesure, raconte Lucien-Graux, constitua ainsi une catégorie de "gens bien informés" qui répandaient à travers la ville des informations et des commentaires dont ils avalent seuls connaissance. » Voilà un précédent qui, le Libre Journal l’assure à ses lecteurs, n’est pas tombé dans la cervelle d’un acéphale. Et Monsieur Toubon pourrait bien, avant qu’il soit longtemps, être involontairement le bienfaiteur de la Poste qui aura à acheminer à titre privé les opinions politiquement incorrectes dont la future loi Gayssot empirée Toubon interdira la publication dans les journaux imprimés.
On verra alors si les flics de la pensée oseront ressusciter le sinistre "cabinet noir" où, à en croire les historiens républicains, la censure royale prenait connaissance des correspondances privées.
Mais, pour en revenir à la Grande Guerre, Lucien-Graux met en évidence un effet pervers de la censure : plus elle est pointilleuse, plus elle favorise la multiplication des fausses nouvelles, suivies de démentis qui en augmentent encore le bruît et de contre-démentis qui ajoutent à la confusion. « La censure, par ses excès, agit comme si elle prenait à tâche d’affoler l’opinion. »
Plus encore que maladroite, elle est stupide. Dans Le Figaro du 8 septembre 1916, Polybe écrit : « La censure a supprimé de mon article d’avant-hier le nom de deux généraux qui commandent sur le front de la Somme. Mais hier, les portraits du général Fayolle et du général Micheler illuminent la première page d’un journal alors qu’un autre ne peut encore désigner ces deux admirables chefs de guerre que par leurs initiales. »
Confusion due aux troubles de la belligérance, dira-t-on ? Ce n’est pas aujourd’hui que l’on verrait semblable chose.
C’est sûr. Aujourd’hui, dans la France du XXIe siècle, on ne voit que Toubon promettre en même temps qu’il fera écraser financièrement tout journal suspect d’antisémitisme mais qu’il interdira aux parquets de poursuivre les injures antichrétiennes. Et on laisse les porcs de Charlie Hebdo traiter le Pape de vieux salaud quand on condamne le directeur de Présent parce qu’il a appelé L... L... ?
Et l’on n’est pas en guerre.
Du moins contre les Allemands...
par Serge de Beketch Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 107 du 11 octobre 1996

(1) Socialiste pro-allemand, il écrivait au Bonnet Rouge, financé par le ministre Malvy. Débusqué par l’Action française, il fut arrêté et suicidé. Malvy fut condamné à l’indignité nationale.
(2) Directeur du Gaulois. Il se déshonora dans un duel en empoignant, au mépris de la règle, la lame de son adversaire, le polémiste antisémite Drumont.

dimanche 12 septembre 2010

1370 : le Roi et Du Guesclin

Le capitaine Du Guesclin est élevé par Charles V à la dignité de connétable de France. Le roi et son chevalier s'entendent non pour infliger aux Anglais des batailles rangées, mais pour les repousser méthodiquement.
Cette année-là, la sixième de son règne, Charles V, trente-deux ans, soucieux de renvoyer au plus vite les Anglais chez eux, éleva le capitaine Bertrand Du Guesclin à la dignité de connétable de France. Nous avons déjà vu Charles (fils de Jean II le Bon), encore dauphin, quelque peu malingre et dépourvu de panache, rétablir dans le royaume l'ordre et la stabilité monétaire (L'AF 2000 du 5 mars 2009 et du 4 mars 2010). Dès son accession au trône en 1364, il montra sa volonté de ne pas se résigner au traité de Brétigny qui enlevait à la France pratiquement tout le Sud-Ouest.
Pendant seize ans…
Très lettré, grand lecteur d'Aristote, passionné d'astrologie, homme de goût qui embellit Paris, le troisième roi de la lignée des Valois était aussi fort instruit des questions militaires. Il n'eut de cesse de se donner un noyau solide de forces permanentes. Pour y parvenir il s'appliqua à supprimer les guerres particulières, à s'assurer des ressources régulières par la permanences des aides (impôts indirects) et la réglementation des fouages (impôts exceptionnels).
Sa chance fut de rencontrer en Du Guesclin le grand capitaine dont il ne pouvait se passer. Conjonction remarquable pendant seize ans entre deux volontés, que le duc de Lévis Mirepoix décrit ainsi : « Il y a de la joie chez le monarque valétudinaire et sédentaire, d'avoir découvert sous la rude enveloppe du chevalier breton, aux jambes torses, la force morale dans la force physique, l'intelligence dans l'entrain. Comme il était lui-même l'action dans l'intelligence. »
Laideur et brutalité
Du Guesclin était né en 1320 au château de La Motte-Broons, près de Dinan. Jeune, il était surtout connu pour sa laideur physique et sa brutalité, mais il sut assez tôt mettre sa force physique dans de plus nobles actions, notamment dans la constitution, pour son compte, de troupes luttant contre les Anglais. Il se trouva ainsi le défenseur de la ville de Rennes contre le comte de Lancastre. Caché dans les forêts de Paimpont, Bertrand faisait trembler les Anglais. Dès 1360, il était devenu lieutenant de Normandie, d'Anjou et du Maine.
Quatre ans plus tard le voici capitaine général entre Seine et Loire et chambellan de France. C'est alors qu'il eut l'occasion d'offrir à Charles V, quelques jours avant le couronnement de celui-ci, la belle victoire de Cocherel (avril 1364) remportée contre les troupes du roi de Navarre, lequel alors au service des Anglais, n'avait pas cessé de mériter son sobriquet de Charles le Mauvais. Dès lors le roi et son chevalier s'entendirent pour, non pas infliger aux Anglais des batailles rangées, mais pour les repousser méthodiquement, s'emparer point par point de leurs forteresses, redonner confiance aux paysans des provinces occupées. En Du Guesclin les troupes retrouvaient une âme, il ne les engageait pas pour la gloriole, mais, ménageant toujours leur sang, il les exerçait à la ruse, à la guerre d'usure.
Pour débarrasser le territoire des fameuses grandes compagnies qui terrorisaient les campagnes, lui qui savait parler à ce genre de troupiers, en entraîna un bon nombre en Espagne pour y prendre la défense d'Henri de Transtamare contre Pierre le Cruel soutenu par les Anglais. Après bien de péripéties, Henri l'emporta et devint un utile allié de la France. Toutes ces prouesses méritaient amplement le titre de connétable que Charles V lui donna donc en cette année 1370.
Repousser les Anglais chez eux
De son côté le roi savait qu'il fallait aussi enlever aux Anglais la maîtrise de la mer. Il reconstitua donc une marine en flattant les états généraux pour avoir de l'argent.
Il faut ici noter la différence entre la France de Charles V et l'Angleterre d'Édouard III. Chez nous, les populations avaient hâte d'en finir avec le traité de Brétigny pour se retrouver entre Français ; outre-Manche, le régime parlementaire, né de la fameuse grande Charte, on s'en souvient, au temps de Jean sans Terre en 1215, produisait ses effets et l'effort de guerre s'essoufflait. Bientôt des pourparlers de paix furent décidés, puis aussitôt rompus par l'Anglais. La mort de Du Guesclin le 13 juillet 1380 en combattant les grandes compagnies d'Auvergne à Châteauneuf-de-Randon ne ralentit pas l'élan, et tandis que nos marins aidés des troupes de nos alliés espagnols pénétraient jusque sur la Tamise…, les Anglais ne possédaient plus en France à la mort de Charles V que Bayonne, Bordeaux et Calais.
Selon Bainville, « si Charles V avait vécu dix ans de plus, il est probable que Jeanne d'Arc eût été inutile ». Hélas, ce roi sage et avisé, premier initiateur d'une armée royale permanente, mourut le 16 septembre 1380, peu après Du Guesclin. Pour régler au mieux sa succession il avait fixé à quatorze ans la majorité royale.
Hélas, la fortune ne devait guère sourire au successeur, le jeune Charles VI…
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 – du 18 au 31 mars 2010

jeudi 9 septembre 2010

Le jour où la France faillit devenir anglaise

Monde et Vie a évoqué, dans son numéro 829, les conditions dans lesquelles fut décidée la demande d'armistice de juin 1940. Nous revenons aujourd'hui sur un épisode mal connu de ces journées tragiques : le projet de fusion franco-britannique que proposa alors Winston Churchill au président du Conseil français Paul Reynaud, par l'intermédiaire du général De Gaulle.

Dans son discours du 18 jnin 2010, Nicolas Sarkozy fit allusion à ce projet pour saluer en quelque sorte la naissance de l'idée européiste - non sans quelque raison puisqu'à en croire Me Jacques Isorni (1) cette idée fut soufflée au Premier ministre britannique par l'un des futurs « pères de l'Europe », Jean Monnet.

Les enregistrements, réalisés par la marine·, des conversations téléphoniques passées pendant les journées décisives du 15 au 17 juin, permettent de suivre la progression de cette démarche. C'est De Gaulle, déjà à Londres, qui en parle le premier à Reynaud, chef du gouvernement alors réfugié à Bordeaux, au cours d'un échange daté du 15 juin à 12h30 : « Je viens de voir Churchill, dit-il. Il y a quelque chose d'énorme en préparation au point de vue entité entre les deux pays. Churchill propose la constitution d'un gouvernement unique franco-britannique, et vous, M. le Président, pouvez être président du cabinet de guerre franco-britannique ? » « C'est la seule solution d'avenir, répond Reynaud. Mais il faut faire grand et très vite. C'est une question de minutes. Il y a de l'agitation ici. Je vous donne une demi-heure. Ce serait magnifique.»

Une demi-heure plus tard, nouvel appel de De Gaulle, auquel il est répondu que Reynaud est au Conseil. « Je voulais lui parler d'un événement énorme, répète le futur chef de la France libre. Le conseil des ministres anglais est en séance, préparant le texte d'une déclaration faisant des deux pays une nation commune. Je vais déjeuner avec Churchill et rappellerai aussitôt. Vous pouvez lui dire à l'oreille qu'il peut devenir président du cabinet de guerre franco-britannique. »(2)

Le lendemain 16 juin, à 16 heures, De Gaulle rappelle et annonce à Reynaud « une déclaration sensationnelle » .

- Oui, après 5 heures (de l'après-midi, ndlr), il sera trop tard, répond le président du Conseil. - Je vais tâcher de vous l'apporter de suite par avion, propose De Gaulle.

- Oui, mais ce sera trop tard. La situation s'est beaucoup aggravée depuis tout à l'heure. Il y a eu des événements imprévus.

Une déclaration « sensationnelle »

À 16 h 30, De Gaulle téléphone au président du Conseille texte de ladite déclaration, sensationnelle en effet :

« A l'heure du péril où se décide la destinée du monde moderne, le gouvernement de la République française et celui du Royaume-Uni, dans l'inébranlable résolution de défendre la liberté contre l'asservissement au régime qui réduit l'homme à un automate ou à un esclave, déclarent que désormais la France et la Grande-Bretagne ne sont plus deux nations mais une nation franco-britannique indissoluble. Une constitution de l'Union sera rédigée, prévoyant des organes communs chargés de la politique économique et financière et de la défense de l'Union.

« Chaque citoyen anglais devient citoyen français. Chaque sujet français devient sujet anglais. Les dévastations de la guerre, où qu'elles aient lieu, seront sous la responsabilité commune des deux pays, et les ressources de chacun seront confondues pour la restauration des régions détruites pendant la guerre. Il n'y aura qu'un cabinet de guerre pour la direction de la guerre, qui gouvernera de l'endroit qui sera jugé le plus approprié à la conduite des opérations.

« Les deux parlements seront associés. Toutes les forces de la Grande-Bretagne et de la France seront placées demain sous un commandement suprême. La Grande-Bretagne forme de nouvelles armées ; la France maintiendra ses forces disponibles sur terre, sur mer et dans les airs. L'Union fait appel aux États-Unis pour fortifier les ressources des Alliés et pour apporter leur puissante aide matérielle à la cause commune. Cette unité, cette union concentreront toutes les énergies contre la puissance de l'ennemi où que soit la bataille, et ainsi nous vaincrons. »

« Aux États-Unis, on se demande si vous allez être l'homme de la guerre ou si vous allez faire comme la reine Wilhelmine ou comme Léopold, poursuit De Gaulle après cette lecture. Si vous êtes celui qui se débine pour que les autres capitulent. Mais l'atmosphère de Bordeaux n'est pas celle de l'Europe ni même celle de la France. »

Raisons inavouables de la générosité anglaise

Ni celle de Londres, assurément… Ce même 16 juin, Paul Reynaud démissionne en conseillant au président Albert Lebrun de faire appel au maréchal Pétain, qui adresse aux Allemands une demande d'armistice le 17 juin.

Ni De Gaulle, ni Reynaud ne semblent s'être demandé ce que cachait cette soudaine générosité anglaise, rompant avec l'attitude des Anglais, qui s'étaient gardés au cours des semaines précédentes d'engager pleinement leurs forces, et particulièrement leur aviation, aux côtés de leurs alliés. À Dunkerque, n'avaient-ils pas embarqué prioritairement leurs soldats tandis que les Français défendaient la ville ?(3)

Comment expliquer alors cette soudaine solidarité des Britanniques ? Sans doute par le désir de voir les Français continuer le combat jusqu'à la dernière limite afin de leur permettre de gagner du temps; mais surtout par la crainte que la puissante flotte française ne tombe aux mains des Allemands. L'union aurait permis de contrôler les navires français … L'affaire étant ratée et les Français ayant demandé l'armistice, Churchill trouve une autre solution : le 3 juillet, au lever du jour, les forces anglaises s'emparent par traîtrise des navires français réfugiés dans les ports britanniques de Porsmouth et de Plymouth, et procèdent de même à Alexandrie. Pis : le même jour, une flotte anglaise surprend et bombarde en rade de Mers-el-Kébir les navires français qui ne se méfient pas de leurs alliés d'hier, tuant plus de 1200 marins. Rule, Britannia ! L'Angleterre n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts. Il

Eric Letty monde et vie. 28 août 2010

(1) Jacques lsorni, in Pour en finir sur l'armistice de 40, article publié par Écrits de Paris, numéro d'octobre 1966, L'avocat du maréchal Pétain y a publié les textes des communications téléphoniques citées dans notre article.

(2) La répétition de cette précision montre en quelle estime De Gaulle tenait Reynaud …

(3) Selon Churchill lui-même, sur 165 000 hommes évacués à la date du 31 mai, on ne comptait que 15 000 Français. Au total 335 000 hommes furent évacués dont 115 000 Français.

mercredi 8 septembre 2010

Trotski et les grévistes

« La meilleure place pour un gréviste, ce moustique jaune et nuisible,c’est le CAMP DE CONCENTRATION. »
Trotski, “Pravda”, 12 février 1920
Pour saluer la grève du 7 septembre 2010, et la gauche qui la fomente, ci-dessous le texte le plus dur contre Trotski que j’aie jamais lu. Le plus étonnant, c’est qu’il se trouve depuis 2004 sur le site des amis de… “Lutte ouvrière” !
Evidemment suivi de criailleries…
Patrick Gofman
trotskiste guéri depuis 1979
***
Lev Davidovitch Bronstein est né le 26 octobre 1879 à Lanovka en Ukraine.
Il est le fils d’un fermier juif ukrainien. Ses parents l’envoyèrent à Odessa à 9 ans, chez son oncle pour qu’il le fasse scolariser.
Il fait des études en mathématiques et en droit.
En 1898, il est arrêté pour son activité révolutionnaire puis déporté en Sibérie en 1900.
Il s’évade et rejoint Lénine (Vladimir Ilitch Oulianov) à Londres.
Membre du Parti Ouvrier Social-Démocrate Russe, il adhère en 1903 à la fraction Menchévique (opposée aux bolchéviques de Lénine).
Pendant la révolution de 1905, il préside le Soviet de Saint-Petersbourg. Il est arrêté mais s’échappe et s’exile à Vienne en 1907.
Mai 1917, il revient en Russie, délaisse les Menchéviques pour rallier les Bolchéviques (août 1917) et participe à l’organisation de la révolution d’Octobre.
A ceux qui protestaient contre le putsch bolchévique d’octobre 1917, voici ce que Trotski a répondu, le 25 octobre 1917, au palais Smolny : « Vous êtes de lamentables isolés, vous êtes des banqueroutiers, rendez-vous là où votre classe est désormais : dans la poubelle de l’Histoire. »
Autre signe de son grand coeur, son intervention du 13 décembre 1917 devant le comité exécutif des soviets : « Dans moins d’un mois, la terreur va prendre des formes très violentes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de la Grande Révolution Française. Ce ne sera plus seulement la prison, mais la guillotine, cette remarquable invention de la Grande Révolution Française, qui a pour avantage reconnu celui de raccourcir un homme d’une tête, qui sera prête pour nos ennemis ». Là, Trotski , l’intello sanguinaire, faisait dans l’humour noir, mais on a du mal à sourire lorsqu’on pense aux dizaines de millions de sacrifiés sur l’autel du bolchévisme !

1917-1925 : Commissaire du Peuple à la guerre où il crée l’Armée Rouge.
1918-1920 : Chef de l’Armée Rouge pendant la guerre civile (des millions de macchabées).
29 avril 1918 : « Notre parti est pour la guerre civile. La guerre civile, c’est la lutte pour le pain. Vive la guerre civile ! » L. Trotski
1919-1920 : LE CONCEPT DE LA MILITARISATION DU TRAVAIL : Trotski est à l’origine du concept de “militarisation du travail”, théorie qu’il développa devant le IXe congrès du PCUS (mars 1920). Pour Trotski, l’homme est naturellement porté par la paresse. Dans un régime capitaliste, l’ouvrier doit travailler pour survivre, la loi du marché l’empêchant de se relâcher. Mais dans un régime socialiste, « l’utilisation de ressources de travail remplace le marché ». C’est l’état qui doit alors orienter, affecter et encadrer le travailleur. Le travailleur doit donc obéir « comme un soldat » à l’Etat ouvrier qui est censé défendre les intérêts du prolétariat. Sur ces principes, s’établit alors la militarisation du travail dont les bases, qui ne peuvent que réjouir Arlette et ses amis, sont :
- INTERDICTION DES GREVES (considérées comme des désertions) ;
- RENFORCEMENT DE LA DISCIPLINE ET DES POUVOIRS DE LA DIRECTION ;
- SUBORDINATION COMPLETE DES SYNDICATS ;
- INTERDICTION DE QUITTER SON POSTE DE TRAVAIL ;
- SANCTIONS SEVERES CONTRE L’ABSENTEISME ET LES RETARDS.
Pourtant, en 1920, les ouvriers crèvent de faim, pour pouvoir nourrir, eux, et leurs familles, ils sont bien souvent obligés de s’absenter de leur poste de travail pour s’approvisionner.
Mais le concept trotskiste de militarisation du travail DOIT s’appliquer. Devant la dureté du système, les ouvriers débrayent, font grève, manifestent. Trotski est outré devant de tels actes de “sabotage” ; il lance, le 12 février 1920, dans la Pravda (journal qu’il a créé) : « La meilleure place pour un gréviste, ce moustique jaune et nuisible, c’est le CAMP DE CONCENTRATION. »
Dès lors, dans toute la Russie, des dizaines de milliers de “saboteurs” (grévistes et même leurs familles) sont arrêtés, déportés, enfermés dans des “camps de concentration” ou fusillés, à moins qu’ils n’acceptent, si la possibilité leur est donné, comme à TOULA en juin 1920, de s’humilier en signant des papiers abjects, du style : « Je, soussigné, chien puant et criminel, me repens devant le tribunal révolutionnaire et l’Armée rouge, confesse mes fautes et promet de travailler consciencieusement. »
1919-1922 : LA CHASSE AUX “VERTS” : Les Verts, rien à voir avec le parti de Mamère, sont les paysans, ni rouges (communistes), ni blancs (tsaristes) dont le seul objectif était de survivre à la famine en cultivant leurs petites exploitations. Mais voilà les bolcheviques qui arrivent avec leur armée rouge, cette armée en guenilles, création de Trotski, qui sèment la terreur partout où ils passent, et qui feraient passer Attila et ses Huns pour Sainte Blandine et les sept nains. Ils obligent les paysans à s’enrôler dans l’armée, les obligeant à laisser tomber leurs champs que l’état, évidemment s’empresse de garder pour lui ! Si ils ne sont pas capables de gonfler les effectifs de la horde sanglante (trop vieux, etc.), ils subissent des réquisitions inimaginables, les obligeant à donner du grain à l’Etat bien plus qu’ils en avaient produit.
Ces ingrats de verts, incapable de comprendre que l’avenir radieux du Paradis socialiste ne peut se faire qu’avec leur sacrifice, résistèrent en refusant la conscription et les réquisitions (notamment en Ukraine). Mal leur en prit ! Les vampires au pouvoir, Trotski (et son Armée rouge), Dzerjinski (et sa bande de soudards tchékistes), Lénine (et sa syphilis) se mirent à les fusiller (pas méchamment, c’est juste pour l’exemple). Les verts prirent alors les armes, enfin, ce qu’ils avaient sous la main, et luttèrent contre les rouges. La colère du commissaire du peuple à la guerre ne tarda pas à se manifester. Il déclara : « Ces masses bestiales ne peuvent être matées que par la force ! Il faut un BALAI DE FER pour nettoyer l’Ukraine de ses bandes de bandits ! ». L’opération de toilettage dura jusqu’en 1922, avec force charniers de paysans, tués sans distinctions de sexe ou d’âge… L’humanité venait d’oublier vingt siècles de civilisation.
1918-1922 : LE SYSTEME DES OTAGES : Dans sa lutte contre la “vermine blanche”, les “chiens puants” de grévistes et les “masses bestiales” de verts, Trotski et son compère Lénine mirent au point une tactique efficace : Les Otages. Si quelqu’un refusait telle où telle corvée, on emprisonnait toute sa famille, et s’il refusait toujours, on fusillait tout le monde. Otages familiaux, certes, mais aussi otages à l’échelon des villages : un village refusait d’appliquer certains oukases, on prenait les femmes et les enfants du village pour mettre au pas ces insupportables empêcheurs de tourner en rond.
Petit exemple : le 15 février 1919, aux tchékas locales, pour que le déblayage de la neige sur les voies soit plus rapide : « Prenez des otages parmi les paysans […], si le déblayage n’est pas fait, les otages seront passés par les armes. » (Dekrety sovietskoï vlasti, Moscou, 1968).
Edifiant non ?
http://www.france-courtoise.info

mardi 7 septembre 2010

Les pirates barbaresques – Partie 2 : Des visiteurs européens décrivent Alger

La Régence d’Alger, redoutable nid de pirates barbaresques et important marché aux esclaves, a été décrite tout au long de son existence par plusieurs Européens, esclaves ou diplomates. On citera parmi eux Diego de Haedo (esclave vers 1580) , Emanuel d’Aranda (esclave en 1640 et 1641) , le Chevalier d’Arvieux (diplomate en poste en Alger en 1673 ; conseiller de Molière pour le Bourgeois Gentilhomme) et Jacques-Philippe Laugier de Tassy (diplomate en poste en Alger en 1718).
Nous renvoyons aux ouvrages de ces témoins accessibles en sources.

Les forces politiques

Les principales forces politiques d’Alger sont l’Odjak (milice) des Janissaires et la Taiffa (corporation) des “raïs” (capitans), toujours en rivalité l’une avec l’autre. Le maître d’Alger est souvent introuvable ; la ville est souvent une “régence” sans régent indiscutable ; le pouvoir se partage, dans des proportions différentes selon les époques, entre le Pacha (représentant de Constantinople), l’Agha (chef des janissaires) et le Dey (chef des capitans). Le maître d’Alger navigue entre les forces en présence.

On distingue quatre périodes dans la Régence (et quatre types relativement différents de “Régents”) :
Epoque des Beylerbeys (1529-1587) : ce sont des gouverneurs nommés par Constantinople, loyaux à la Sublime Porte, et de fortes personnalités
L’époque des Pachas triennaux (1588-1659) : ce sont toujours des gouverneurs nommés par Constantinople, mais pour trois ans seulement ; arrivant sans connaître le terrain parmi les redoutables janissaires et pirates, ils tentent de rester en vie et si possible de récupérer l’argent qui leur a permis d’acheter leur charge
L’époque des Aghas (1659-1671) : à force que les pachas tremblent devant les Janissaires, il fallait bien que ces derniers finissent par installer directement un des leurs au pouvoir, ce qui fut le cas pendant la période dite “des Aghas”
L’époque des Deys (1671-1830) : l’époque des Deys se caractérise en principe par un transfert du pouvoir à l’autre grande caste militaire d’Alger, celle des Raïs (capitans)
Tous ceux qui arrivent en Alger volontairement, qu’il s’agisse du Régent, de janissaires ou de renégats européens, sont attirés par les possibilités d’enrichissement rapide qu’offre la ville. Sous le vernis des différences de classe sociale ou de religion, tous sont des aventuriers.

La population
A la grande époque de la piraterie, Alger est un peu turque mais pas vraiment : son lien de vassalité avec Constantinople ne cesse de se distendre. Elle pourrait être un peu algérienne par le droit du sol mais elle a fort peu de relations avec son arrière pays.
Elle pourrait être un peu européenne selon le droit du sang : outre les esclaves amenés de force, elle attire les mauvais garçons de toute l’Europe et leur doit sa connaissance des techniques de navigation modernes et donc sa dangerosité. Mais il est clair qu’elle n’a rien d’européen par le droit du coeur.
En fait, elle constitue, avec les autres régences barbaresques, une entité autonome entièrement dédiée à la piraterie et structurée par l’islam. Cette religion, avec sa théorie du jihad permanent, offre un cadre idéal à l’épanouissement d’une piraterie paperassière et administrée, mais pas pour autant régulée.
La Régence d’Alger, capitale du corso barbaresque sème la terreur sur les mers du XVI ème au XIX ème siècles. C’est une vassale très remuante de l’Empire ottoman, un nid de pirates, un marché d’esclaves, principalement blancs, et une ville ingouvernable habitée par une population très hiérarchisée se décomposant comme suit :
Les Turcs, arrogants et brutaux, sont recrutés parmi les pires brigands de Turquie et tiennent le haut du pavé à Alger ; ils sont en général célibataires, à la fois parce que Constantinople décourage leur mariage et parce que les femmes turques refusent de venir en Alger ; leurs amours se déroulent soit avec des esclaves chrétiennes, soit entre hommes ; s’ils viennent à épouser des femmes musulmanes indigènes, leurs enfants, les Kouloughlis, conservent un statut inférieur ; dans le contexte d’Alger, les Turcs sont bien entendu libres, mais on les appelle quand même des Janissaires ; ce sont les vrais maîtres d’Alger, puisqu’à toutes les époques le principal souci du Régent, qu’il soit Pacha, Agha ou Bey, sera d’assurer leur solde ; cependant, et paradoxalement, à partir de la période dite des Aghas (1659-1671) , Alger se veut indépendante de Constantinople ;
Les “Maures”, “naturels du pays” selon d’Arvieux, n’ont aucune part dans le gouvernement ; probablement faudrait-il distinguer ici entre Arabes et Berbères, mais les auteurs d’autrefois ne le font pas, et l’on se gardera d’avancer sans sources sur ce terrain ;
Les Juifs autochtones occupent le bas de l’échelle sociale et sont soumis à des mesures vexatoires (habits noirs, quartier réservé) ; les juifs étrangers se livrant au commerce international, appelés “juifs chrétiens”, ne sont pas soumis à ces mesures ; ils s’habillent à l’européenne, vivent où ils veulent, font juger leurs litiges par le Consul de France et sont les maîtres du commerce international ; les prises des capitans sont vendues dans toute l’Europe par l’intermédiaire de leurs cousins de Livourne (port franc près de Pise en Italie, capitale du recel et de l’argent noir pour les pirates des deux bords) ; certains juifs ont été expulsés d’Espagne à l’occasion de la Reconquista, et partagent le désir de vengeance des Morisques ;
Les Morisques gardent le souvenir du temps d’avant la Reconquista, quand ils habitaient l’Espagne ; ils sont particulièrement haineux envers les chrétiens, particulièrement avides de vengeance, et capables de l’exercer puisqu’il connaissent les côtes d’Espagne et peuvent indiquer où opérer des razzias ; leur processus d’expulsion de l’Espagne s’étend sur deux siècles et la haine se capitalise en boucle : plus ceux restés en Espagne (ou récemment immigrés en Alger) servent d’indicateurs pour les razzias, plus les expulsions se multiplient par représailles (ou par simple mesure de sécurité), plus la haine envers l’Espagne augmente, plus elle incite les Morisques des deux rives à aider aux razzias (ici, la boucle est bouclée et l’on repart : les razzias entraînent de nouvelles expulsions).
Les Européens constituent une part considérable de la population d’Alger, soit comme esclaves, soit comme renégats (“Turcs de profession”) ; ces derniers, paradoxalement, constituent (plus au début qu’à la fin tout de même) une grande part de la piraterie algéroise ; il s’agit souvent d’esclaves qui ont réussi à sortir de leur condition, mais aussi, plus souvent qu’on pourrait croire, d’immigrés volontaires ; pour un gredin doué pour la navigation, Alger est pleine de promesses ; l’Européen qui se convertit à l’Islam est considéré comme Turc, ce qui lui donne le statut le plus élevé possible dans la Régence d’Alger ; aucun poste ne lui est fermé, pas même celui de Régent ; à ces stratégies individuelles, on ajoutera des phénomènes politiques ayant entraîné des immigrations par vagues en provenance de certaines origines à certaines époques (Corses préférant être musulmans que Gênois ; Anglais et Hollandais à l’époque où Alger était le meilleur point de départ possible pour attaquer les galions espagnols ; anciens Chiens de Mer d’Elisabeth première d’Angleterre ayant perdu leur lettre de marque sous Jacques 1er) ; la composante européenne de la ville n’est en rien marginale ou passagère ; l’Islam n’est pas particulièrement un obstacle, au moins pour ceux qui viennent du nord de la Méditerrannée ; des caractéristiques telles que l’esclavage ou la polygamie ne sont pas répulsives pour tout le monde (tout dépend si l’on s’identifie au prédateur ou à la victime) ; le capitan renégat, qui risque gros s’il est jugé en Europe, a vocation à rester en Alger, contrairement au janissaire turc venu pour faire fortune rapidement (s’il le peut) et repartir ; les Européens sont partout, y compris au coeur de la structure familiale algéroise, à condition de ne pas oublier de voir les femmes (ni leurs amants) : le janissaire dissuadé d’épouser une musulmane du pays fait souche avec une esclave chrétienne ; l’esclave domestique chrétien, supposé invisible, rencontre librement les femmes des familles musulmanes les plus fermées à leurs voisins, et fait plus d’une fois souche sous le nom de son maître ; pour autant, c’est bien l’islam qui structure ce nid de pirates.
L’ensemble compose une population des plus étranges, dont une majorité a vocation à mourir rapidement (esclaves de rame, femmes répudiées jetées à la rue, fillettes accouchant à 11 ou 12 ans), à vivre en célibataires (esclaves, janissaires), à séjourner provisoirement (pachas triennaux, esclaves de rachat), ou à ne faire souche que dans des conditions irrégulières (esclaves domestiques, janissaires dissuadés de se marier sur place). L’homosexualité est à peu près institutionnalisée et pratiquée bien au-delà de la minorité de personnes qu’elle attire naturellement. En Alger, les femmes sont absentes ou enfermées, les janissaires sont souvent célibataires, et les esclaves, que leurs maîtres oublient souvent de nourrir, cherchent des ressources où ils peuvent. Ces circonstances créent à la fois une offre et une demande de prostitution masculine.
A ces données démographiques déjà peu favorables à la reproduction, on ajoutera les pestes récurrentes ; et pourtant, la population de la ville se maintient, largement du fait de l’immigration volontaire ou forcée ; Alger conserve son pouvoir de nuisance.La ville, sous perpétuelle menace d’une attaque européenne, est enfermée dans ses remparts, et l’entassement y est évident. A peu de distance, les familles riches ont des maisons de campagne où elles peuvent prendre l’air.

SOURCES :

Relation de la captivité et liberté du sieur Emanuel d’Aranda ; lisible en ligne : Emanuel d’Aranda relate sa captivité en un style moderne et facile à lire.

Algérie Ancienne : Ce site absolument encyclopédique contient les ouvrages de Diego de Haedo, du Chevalier d’Arvieux et de Philippe Laugier de Tassy, qui ont tous vécu en Alger soit comme esclaves soit comme diplomates ; il n’est malheureusement possible de placer de lien que vers la page d’accueil du site et non vers les pages intérieures ; vous devrez donc fouiller un peu vous-même pour lire ces ouvrages en ligne.
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lundi 6 septembre 2010

Les pirates barbaresques – Partie 1 : Le cadre général

Robert C. Davis, l’auteur de Christian Slaves, Muslim Masters, a essayé de chiffrer le nombre des victimes européennes de la piraterie barbaresque. Il conclut : « Entre 1530 et 1780, il y eut presque certainement un million et peut-être bien jusqu’à un million et un quart de chrétiens européens blancs asservis par les musulmans de la côte barbaresque ». Cela dépasse considérablement le chiffre généralement accepté de 800.000 Africains transportés dans les colonies d’Amérique du Nord et, plus tard, dans les États-Unis.
Pourquoi y a-t-il si peu d’intérêt pour l’esclavage en Méditerranée alors que l’érudition et la réflexion sur l’esclavage des Noirs ne finit jamais ? Comme l’explique le professeur Davis, des esclaves blancs avec des maîtres non-blancs ne cadrent simplement pas avec « le récit maître de l’impérialisme européen ». Les schémas de victimisation si chers aux intellectuels requièrent de la méchanceté blanche, pas des souffrances blanches.

Cadre temporel

Les débuts de la piraterie barbaresque sont difficiles à situer, car ils s’insèrent dans un cadre méditerranéen qui pratique la piraterie et l’esclavage depuis l’Antiquité. En revanche, la fin en est datée précisément : c’est la conquête française de l’Algérie qui met un terme au honteux trafic.
Éradiquer la piraterie de la côte des Barbaresques avait été un enjeu constant pour les Européens pendant trois cents ans. Des bombardements du port d’Alger s’étaient produits à différentes époques, non sans résultat pour un temps, mais sans apporter de solution définitive. Laissée libre, Alger reconstituait sa marine.
Des bombardements américain et anglais avaient eu lieu en 1815 et 1816. Ils avaient eu quelque effet. D’où les tentatives qui sont faites en permanence pour faire croire que la marine algéroise n’existait plus en 1830 au moment de la conquête française, ce qui est totalement infirmé par Albert Devoulx, auteur de La Marine de la Régence d’Alger ; ce dernier, qui possède la double qualité d’archiviste professionnel (il a retrouvé et analysé, entre autres précieux documents, le registre des prises des pirates d’Alger) et de témoin (il a interviewé l’un des derniers capitans d’Alger), est une source majeure qu’on s’étonne de ne pas voir citer plus souvent. Devoulx a tenté un chiffrage de la force navale algéroise pour les périodes où des données étaient disponibles. Il montre qu’à la veille de l’intervention française, la marine algéroise, quoique mise à mal par les bombardements de 1815 et 1816, n’était en rien détruite, ni même à son plus bas historique. Elle avait même opéré une belle remontée entre 1817 (7 navires) et 1827 (16 navires).

Cadre géopolitique

La côte des Barbaresques correspond au Maghreb actuel. Cette région est sous domination turque (à l’exception du Maroc, resté indépendant). Toutefois, la Sublime Porte a du mal à se faire obéir de ses vassaux, qui sont en fait semi-indépendants ; le terme de “Régences” s’est imposé pour désigner les pouvoirs en place à Alger, Tunis et Tripoli. Ce sont trois redoutables marchés d’esclaves, chacun avec sa spécificité : Alger est la plus tournée vers l’esclavage blanc. Tunis cherche à pratiquer aussi le commerce, d’où des manières extérieures plus amènes. Tripoli, “port de mer et port du désert“, est un marché d’esclaves total, où convergent la marchandise noire, venue du désert, et la blanche, venue de la mer. Au Maroc, Salé n’est pas une régence, puisqu’elle n’est pas vassale de la Turquie.
Le corso-barbaresque s’insère dans un cadre étatique (l’Empire ottoman et ses Régences indisciplinées) toujours assez fort pour protéger le pirate et toujours trop faible pour s’en faire obéir et le réguler. Il s’insère aussi dans le cadre d’une religion empreinte de juridisme, mais sans que ce juridisme apporte la moindre diminution de la violence, puisque précisément l’Infidèle, à la base, n’est pas sujet de droit, ce qui réduit à l’état de chiffon de papier les coûteux “Traités de paix” que les puissances occidentales peuvent conclure avec la Sublime Porte et ses Régences.
Dans les Régences barbaresques, le régulateur est introuvable. Ni l’autorité étatique, ni l’autorité religieuse ne jouent ce rôle bien que l’État soit présent pour faciliter la prédation (les puissances européennes n’auraient pas laissé subsister les Régences si la Sublime Porte n’avait pas été derrière), et l’autorité religieuse de même (avec l’idée de Jihad permanent). Dans les rares cas où Constantinople a l’envie et le pouvoir de faire respecter les traités de paix qu’elle a passés avec les pays chrétiens, il reste aux pirates la ressources d’opérer à partir de Salé. Le système est conçu de telle sorte que, pendant les traités de paix (payants, et même payés plusieurs fois puisqu’il en faut avec chaque régence séparément), les prises des pirates continuent.

Cadre idéologique

Nous sommes en pays musulman, et la piraterie est paperassière et faussement juridique. L’idée est d’imiter, tout en le vidant de son contenu, le système de course régulée qui prévaut dans l’Europe atlantique, et où le corsaire, dûment habilité par une lettre de marque, n’attaque que les navires ennemis en temps de guerre dûment déclarée, et rend compte de chaque capture devant un Tribunal des Prises.
Sur la côte des Barbaresques, la régulation de la course est une fiction : la lettre de marque n’existe pas ; le tribunal des prises se limite au dey, qui est payé à la part de prise et n’a donc pas intérêt à contester la validité des captures ; la guerre n’a pas besoin d’être déclarée ; avec des non-musulmans, elle est l’état de base ; elle peut être interrompue par un pseudo-traité de paix, mais celui-ci n’est qu’une trêve utilitaire et peut être remis en cause dès qu’il gêne, conformément aux règles du jihad.
Le diplomate Laugier de Tassy a relaté la façon dont se passe la rencontre entre un barbaresque et un navire de commerce d’un pays ami. Le capitan n’a pas le droit d’interpréter les traités de paix de façon “laxiste”. Il arraisonne donc le navire et lui demande de l’accompagner en Alger pour vérifications.
Celles-ci se déroulent devant le Consul du pays concerné. S’il s’avère que le navire n’aurait pas dû être arraisonné, on le laisse repartir, ou du moins on laisse repartir les passagers. Pour les marins, il leur faut prouver, oui, prouver, qu’ils ne se sont pas défendus, car alors, cet “acte de guerre” évident les rendrait bons pour l’esclavage.
A supposer donc, que, bien que protégé en principe par un coûteux traité de paix, le navire se soit laissé arraisonner sans résistance et conduire en Alger ; à supposer que les autorités du pays aient bien voulu reconnaître qu’il avait vocation à être libéré avec tout ou partie de ses occupants, il n’est pas pour autant tiré d’affaire, car la “paix” peut être rompue à tout moment, comme Laugier de Tassy nous l’explique :
En 1716, nous dit-il, les corsaires ne faisaient presque plus de prises. Donc :
“La milice fit assembler le Divan, où elle représenta qu’il ne se rencontraient plus de bâtiments ennemis à la mer. Que tous ceux qu’ils trouvaient étaient français, anglais ou hollandais ; que, le pays ne pouvant se soutenir sans faire de prises, il fallait déclarer la guerre à une des trois nations à la pluralité des voix.”
C’est la Hollande qui est choisie.
“On arrêta donc en même temps un navire de cette nation qui était dans le port”
Le Dey en est bien désolé pour le Consul de Hollande, un homme qu’il apprécie :
“Il donna au Consul autant de temps qu’il en voulut pour régler ses affaires, il le consola et le plaignit. Ce consul était fort aimé du Dey, et il avait une réputation bien établie parmi les Chrétiens, les Turcs et les Maures.”
Le Consul de Hollande est traité avec tous les ménagements possibles, mais les marins hollandais entrés en amis dans le port sont dirigés vers les bagnes d’Alger.
Pour aller plus loin
SOURCES :
Jacques Heers, Les Barbaresques, de très étranges pirates, Perrin, août 2001
Robert C. Davis, Christian Slaves, Muslim Masters : White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500-1800, Palgrave Macmillan, 2003
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dimanche 5 septembre 2010

Desouche Ecole Histoire : Les peuples du Bassin méditerranéen

CHAPITRE 3 – LE BASSIN MÉDITERRANÉEN ANTIQUE
I/ Les Crétois
Peuple de l’île de Crète – situé en mer Égée – à mi-chemin entre l’Égypte pharaonique et la Grèce. La culture de ce peuple est influencé par celle de l’Égypte: palais à dimensions colossales comme celui du roi Minos à Cnossos. Ils furent les inventeurs des premières galères, des bateaux à rames qui seront principalement utilisés durant toute l’Antiquité par plusieurs peuples de la Méditerranée pour le commerce maritime. Ces galères leur assuraient une domination sur la mer Égée, et de facto, une influence prégnante de la civilisation crétoise sur la Grèce dans les arts, l’architecture, et partiellement le mode de vie et la mythologie.
Palais  crétois
Intérieur d’un palais crétois
L’hégémonie de cette civilisation crétoise sur la mer Égée déclinera probablement avec l’éruption volcanique de l’île de Santorin, au profit des Phéniciens et des Grecs. Certains historiens estiment que la catastrophe de l’île de Santorin est à l’origine de la légende de l’Atlantide décrite par Platon dans le Timée et Critias.
Note: Les Grecs surnommaient le palais de Minos, le “labyrinthe” car on s’y perdait. De plus, on peut aussi voir que le culte du taureau en provenance de l’Égypte antique est omniprésente dans la culture crétoise notamment avec les corridas, ce qui a inspiré le mythe du Minotaure dans la mythologie grecque.
II/ Les Phéniciens
Peuple du Proche-Orient, situé géographiquement dans l’actuel Liban, les Phéniciens étaient à la fois d’excellents commerçants et marins. Depuis Tyr le plus grand port phénicien, ils étaient en concurrence avec les Crétois pour le contrôle des routes commerciales maritimes avec l’établissement de plusieurs comptoirs à travers la Méditerranée. Les deux comptoirs phéniciens les plus importants furent:
- Carthage fondée par Tyr en 800 avant Jésus-Christ, située dans l’actuelle Tunisie. Elle sera la rivale de la République de Rome pour le contrôle du bassin méditerranéen lors des guerres puniques.
– Phocée, l’actuelle Marseille dans le sud de la France. Ce comptoir passera plus tard sous domination grecque avec la dénomination de Massalie.
Les Phéniciens furent à l’origine de l’invention de l’alphabet, qui était uniquement composé d’une vingtaine de lettres plus simples à utiliser que les milliers d’idéogrammes à mémoriser. Cette simplification de l’écriture et de la lecture a permis aux Phéniciens d’avoir une grande maîtrise des routes maritimes afin d’assurer leur hégémonie commerciale sur la mer Méditerranée. Ils seront progressivement supplantés par les Grecs avec qui ils partageaient des zones d’influence.
Alphabet phénicien
Alphabet phénicien, qui influencera celui qui sera très utilisé en Occident grâce aux Grecs.
Note: Certains Historiens disent que les Phéniciens ont pu descendre la Mer Rouge jusqu’aux Indesainsi qu’un tour de l’Afrique pour le compte du pharaon égyptien Néchao II vers 600 avant Jésus-Christ.
III/ Les Grecs
Peuple de la péninsule balkanique au sud-est de l’Europe, les Grecs étaient au départ éclatés en différents cités-États rivaux dont les plus célèbres furent Sparte et Athènes. Il faut garder à l’esprit que toutes les citées grecques qui ont colonisé la Méditerranée n’étaient pas toutes commerçantes. En effet, Athènes qui fut une grande démocratie maritime, basée sur le droit du sang, alors que sa rivale Sparte était une oligarchie militaire et continentale. En dépit des rivalités qui existaient entre les plusieurs cités grecques dans toute la Méditerranée – comme Syracuse dans l’actuelle Sicile, et Massila en Gaule -, elles étaient unies par leur culture, leur langue et leur religion polythéiste dans plusieurs sanctuaires sacrés dont Delphes, cité dédié au dieu du Soleil, Apollon.. Ces cités sont aussi liés par leur histoire commune: mycénienne et hellénique de même que par une littérature fondatrice de leur civilisation: l’ Illiade et l’Odyssée d’Homère.La particularité de la Grèce fut que les cités grecques ont innové avec l’invention des Jeux Olympiques en faveur de la paix entre toutes les cités. Ces Jeux étaient organisés et disputés à Olympie tous les quatre ans, avec des représentants délégués par les cités grecques.Ces Jeux n’étaient pas seulement des concours sportifs comme aujourd’hui mais aussi des concours d’éloquence, de poésie et de philosophie.
Grece  antique
Carte de la Grèce antique
Note : L’influence de la civilisation hellénique fut très grande dans la civilisation européenne qui y puise dans son héritage, principalement dans certains mots courants des langues européennes et dans la littérature commune à toute l’Europe en plus de la conception de la démocratie. Les Grecs ont aussi transmis à l’Europe, la géométrie et les théorèmes mathématiques (Pythagore, Euclide, Archimède…) en plus du chiffre Pi qui permettra de calculer la circonférence du cercle.
IV/ Les Hébreux
Peuple sémitique du Proche-Orient dont une partie donnera les Juifs actuels. Son influence culturelle et religieuse fut considérable.
1/ L’idée du monothéisme prend son essor chez ce peuple et la Nature n’est plus considéré comme divine.
2/ Le temps n’est plus cyclique mais linéaire, ce qui induit le sens du Salut.
Hébreux
Carte de migration des Hébreux
* Sources :
Toute l’Histoire du monde de la Préhistoire à nos jours de Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot.
Tableau synoptique de l’Histoire du monde pendant les 50 derniers siècles de Louis-Henri Fourniret.
Auteur : Mistinguette http://www.fdesouche.com

mercredi 1 septembre 2010

La Grande Guerre : Bobards en tous genres

Les éditions du Dragon vert viennent d’éditer en français le célèbre autant qu’introuvable ouvrage révisionniste d’Arthur Ponsonby Mensonges et rumeurs en temps de guerre(1) traduit, préfacé et annoté par Jean Plantin.

Un document indispensable à qui s’intéresse à la genèse des mensonges historiques et qui échappe aux foudres de la police de la pensée dans la mesure où il limite son propos à la première guerre mondiale et aux bobards qui circulaient alors, comme le gazage de sept cent mille Serbes par les Bulgares sous prétexte d’épouillage, la transformation de la graisse humaine en savon, les viols en série, l’arrachage des coeurs à mains nues et toutes autres atrocités nées dans les cerveaux détraqués des fabricants de propagande. Il est vrai que cela se passe entre 1914 et 1918, époque de jobardise, inconcevable de nos jours, où des inventions aussi invraisemblables ne feraient que soulever l’incrédulité des citoyens surinformés que nous sommes.

Mais, en ces années d’obscurantisme, ni télé ni radio n’étant là pour lutter contre la désinformation et la propagande, les esprits les plus forts y sont sensibles.

Ces bobards, Ponsonby les a répertoriés, inventoriés et vérifiés. Ainsi "l’affaire de Ramsgate".

Un certain Gordon Atto témoigna dans une lettre que sa femme, infirmière à l’hôpital de Ramsgate, avait soigné des femmes et des enfants belges victimes d’atrocités (seins coupés, mains tranchées). Une enquêtrice décida de vérifier ces faits et s’informa auprès de l’hôpital où elle apprit tout simplement que jamais aucune victime d’atrocité n’avait été soignée à Ramsgate.

Ainsi encore "l’affaire du bébé de Korbeek-Lo". Le capitaine Wilson était correspondant de guerre pour le Daily Mail qui, confessa-t-il des années plus tard, "voulait des atrocités à ce moment là".

Wilson, ayant appris le passage des troupes allemandes dans la localité de Korbeek-Lo, se dit qu’il devait bien y avoir dans cette commune un bébé. Il imagina donc l’histoire d’un bambin arraché de justesse aux Huns à la lueur des fermes en flamme. Le succès dépassa ses plus folles espérances : cinq mille lettres arrivèrent au Daily Mail de lecteurs qui posaient leur candidature pour adopter l’orphelin miraculé. La reine Alexandra elle-même s’enquit du bébé et, de partout, parvinrent des vêtements pour bébé. Le Daily Mail était enchanté.

Wilson, moins.

Dix ans plus tard, il avoua à un quotidien américain : "Je ne pouvais pas leur télégraphier en retour qu’il n’existait pas de bébé. C’est pourquoi je m’arrangeai avec le médecin qui prenait soin des réfugiés pour dire que le fichu bébé était mort de quelque maladie si contagieuse qu’il n’avait même pas pu avoir d’enterrement public".

Les vêtements expédiés par les lecteurs ne furent pas perdus. On équipa une pouponnière.

Plus amusante, cette série de titres relevée dans les quotidiens de novembre 1914 avec retour à l’envoyeur :

- la Kölnischer Zeitung ayant annoncé qu’à l’occasion de la chute d’Anvers les autorités avaient fait sonner les cloches en Allemagne, Le Matin écrivit : "Selon la Kölnischer Zeitung, le clergé d’Anvers a été contraint de sonner les cloches lorsque la forteresse a été prise" ;

- à Londres, le Times reprit l’information : "Selon des informations que Le Matin tient de Cologne, les prêtres belges qui ont refusé de sonner les cloches à la prise d’Anvers ont été écartés de leurs fonctions" ;

- le Corriere della Sera italien enjoliva la chose : "Selon le Times citant des informations de Cologne, via Paris, les malheureux prêtres belges qui ont refusé de sonner les cloches à la prise d’Anvers ont été condamnés aux travaux forcés" ;

- et Le Matin, enchanté de voir son information confirmée, y revint : "Selon une information du Corriere della Sera, via Cologne et Londres, il se confirme que les barbares conquérants d’Anvers ont puni les malheureux prêtres belges de leur refus héroïque de sonner les cloches en les pendant à celles-ci la tête en bas comme des battants vivants".

Gag ultime rapporté par Plantin : Ponsonby avait relevé cette série de bobards dans la Norddeustche Allgemeine Zeitung du 4 juillet 1915. Un an plus tard, la Norddeustche Allgemeine Zeitung republia la même histoire en invoquant l’autorité de Ponsonby...

Serge de Beketch Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 105 du 21 septembre 1996


(1) CHC, 45/3 route de Vourles, 69230 St-Genis-Laval.