dimanche 8 février 2009

Honorer d'Estienne d'Orves plutôt que Guy Môquet


L'hommage rendu aux résistants tombés pour libérer le sol de la patrie ? Quel Français pourrait ne pas s'y associer ? Encore faudrait-il ne pas cautionner les mythes forgés par le parti communiste. En choisissant de faire de Guy Môquet une icône, Nicolas Sarkozy s'est fourvoyé. Et entraîne la jeunesse française dans une grave erreur «mémorielle».
Cela restera la première décision de Nicolas Sarkozy en tant que président de la République. La dernière lettre écrite par Guy Môquet, avant son exécution, sera lue chaque année dans les lycées français. Lettre bouleversante rédigé par un garçon de dix-sept ans qui n'a plus que quelques heures à vivre : « Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé, Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. [ ... ]17 ans et demi. Ma vie a été courte ! [ ... ] Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa, je vous embrasse de tout mon cœur d'enfant. Courage ! Votre Guy qui vous aime. »
Communiste et résistant, ça n'allait pas de pair
Guy Môquet repose dans l'au-delà depuis le 22 octobre 1941. Ignorant l'histoire de France, Nicolas Sarkozy aurait mieux fait de ne pas troubler sa quiétude éternelle. Cela aillait évité de rappeler une vérité qui ne correspond pas à l'hagiographie officielle. Guy Môquet n'a jamais été résistant. Il était communiste. Et contrairement à la légende entretenue depuis 1945, les deux termes n'ont pas toujours été synonymes. Le 23 août 1939, l'Allemagne de Hitler et l'Urss de Staline signent un pacte de non-agression. Le Parti communiste français s'aligne sur le grand frère soviétique. L'Allemagne nazi cesse d'être l'ennemie. La collusion est telle que le 26 septembre, le conseil des ministres, présidé par Edouard Daladier, prononce la dissolution du parti après avoir, le 27 août, suspendu tous ses journaux. Le 6 octobre, Maurice Thorez, secrétaire général du parti, déserte pour rejoindre Moscou. Quatre jours plus tard, Prosper Môquet, député communiste du XVIIe arrondissement de Paris, et père de Guy, est arrêté avant d'être, l'année suivante, déchu de son mandat et envoyé dans un camp de prisonniers en Algérie.
Le 9 janvier 1940, alors que les soldats français sont mobilisés, la Chambre des députés, présidée par Lévy-Alphandéry, se lève pour leur rendre hommage. Les quatre députés communistes présents restent assis. L'émotion est intense. Les plus choqués sont les socialistes qui, sous les ordres de Max Lejeune, se jettent sur eux et les expulsent de la chambre sans ménagement. Le PCF n'en continue pas moins sa propagande contre ce qu'il appelle « la guerre impérialiste » à l'égard de l'Allemagne. Dans les usines d'armement, il encourage le sabotage du matériel militaire que de nombreux soldats français paieront de leur vie au cours de la campagne de France. Après l'entrée des Allemands à Paris le 14 juin, l'appareil clandestin du parti entreprend des démarches auprès des forces d'occupation pour que «L'Humanité» soit autorisée à reparaître. Mais la police française, qui traque les communistes depuis le début de la guerre, intervient et fait échouer le projet.
C'est dans ce contexte de connivence entre le PCF et l'occupant nazi que Guy Môquet, lycéen au lycée Carnot et militant des jeunesses communistes, est arrêté le 13 octobre 1940 au métro Gare de l'Est par des policiers français. Emprisonné à Fresnes, puis à Clairvaux, il est transféré au camp de Châteaubriant en Loire-Atlantique, où sont détenus d'autres militants communistes. Guy Môquet n'a donc pas été arrêté pour faits de Résistance, mais pour avoir suivi, avec toute la naïveté d'un garçon de son âge, la position de trahison et de collaboration du PCF. C'est ce dernier, n'en déplaise à Marie-George Buffet, qui l'a conduit au poteau d'exécution.
Les premiers résistants étaient de droite
Le 22 juin 1941, l'Allemagne attaque l'Union soviétique. Le PCF, qui ne détermine pas sa ligne politique en fonction des intérêts français mais uniquement par rapport au pays des Soviets, se décide enfin à entrer dans la Résistance. Cela fait près d'un an que les premiers réseaux se sont constitués avec hommes et des femmes issus, pour la plupart, des rangs de la droite ou de l'extrême droite. En fait de résistance, celle du PCF consiste essentiellement en des assassinats destinés à enclencher le cycle infernal des représailles. C'est ainsi que le 20 octobre, Karl Hotz, commandant des troupes d'occupation de la Loire-inférieure, est exécuté à Nantes par trois jeunes communistes. Les Allemands ripostent en exigeant que des otages leur soient livrés. Le ministre de l'Intérieur, Pierre Pucheu, en sélectionne vingt-sept à Chateaubriant. Parmi eux figure Guy Môquet. Le 22 octobre, ce dernier et ses vingt-six compagnons d'infortune, meurent avec courage. Pour épouvantable que soit ce drame, il n'a aucun rapport avec la Résistance.
Si Nicolas Sarkozy avait vraiment souhaité faire découvrir à la jeunesse française les dernières lignes d'un fusillé de la Résistance, il aurait pu se rapprocher d'Alain Griotteray, fondateur du réseau Orion, et auteur du livre 1940, La Droite était au rendez-vous, Qui furent les premiers résistants ? (Robert Laffont, 1985). Il y aurait appris la légende du parti « des 75 000 fusillés ». Il aurait découvert qu'en 1940, les premiers résistants appartenaient aux courants légitimiste, maurrassien ou nationaliste. Il aurait entendu parler du premier résistant tombé sous les balles allemandes. Un grand Français. Un militaire de belle lignée. Un martyr de grande race. Lui qui, pendant sa campagne électorale, a découvert, à 53 ans, que les cathédrales et la foi catholique ont façonné l'Histoire de France aurait pu présenter une belle figure de l'héroïsme français. Mais connaît-il seulement le nom du lieutenant de vaisseau Honoré d'Estienne d'Orves ?
Dès le mois de septembre 1940, celui-ci, qui a pour devise « Dieu et le Roy », rejoint Londres et se rallie au général De Gaulle. Le 21 décembre, il passe en France sur le chalutier Marie Louise et prend la tête du réseau Nemrod sous le nom de Jean-Pierre Château-Vieux. Un mois plus tard, il est arrêté à Nantes par les Allemands. Son calvaire va commencer. Transféré dans un cachot de la prison du Praesidium à Berlin, il est renvoyé à Paris le 26 février pour être interné à la prison du Cherche-Midi. Refusant de se mettre au garde-à-vous devant la sentinelle allemande, il est rossé, privé de nourriture et enfermé dans le noir. Pâques approche. Il peut écrire à sa famille. Ses lettres témoignent d'un merveilleux optimisme. Son secret tient en un seul mot : Dieu. Son isolement est rompu tous les huit jours par la rencontre avec l'aumônier allemand Franz Stock qui, en décembre, a accompagné Jacques Bonsergent au poteau d'exécution.
Le 13 mai, son procès s'ouvre. Face à ses juges, Honoré d'Estienne d'Orves couvre ses camarades arrêtés avec lui : « Laissez ces hommes en liberté. Renvoyez-les chez eux, ils sont innocents. C'est moi le coupable. Il n'y a que moi qui savais, je les ai dupés. » Son attitude force le respect de la cour. Mais les lois de la guerre sont sans pitié. Le 26 mai, l'officier français et huit de ses compagnons sont condamnés à mort pour espionnage. Chacun fait preuve d'une extraordinaire dignité. Le président de la cour qui a prononcé le verdict, Keyser, ne peut dissimuler son émotion. Il se lève, s'avance vers les condamnés à mort, et leur serre chaleureusement la main.
Le 9 juin, Honoré d'Estienne d'Orves est transféré à la prison de Fresnes. Il faut désormais attendre la mort. Que faire, si ce n'est prier celui devant lequel il devra bientôt se présenter. Tout n'est pourtant pas perdu. Le gouvernement de Vichy multiplie les démarches auprès des autorités allemandes pour obtenir la grâce des condamnés. Le chef de la délégation auprès de la commission allemande d'armistice proteste contre ces condamnations : « Tous sont dignes d'intérêt. L'exécution de la sentence dont ils sont l'objet ne manquerait pas de soulever une émotion considérable et ne pourrait que nuire à l'œuvre d'apaisement des esprits à laquelle nous sommes l'un et l'autre attachés. » De son côté, l'amiral Darlan multiplie les requêtes.
« Papa n'a eu qu'un but : la grandeur de la France »
Les autorités allemandes acceptent finalement la grâce de cinq des condamnés, mais restent intraitables pour trois d'entre eux, dont Honoré d'Estienne d'Orves. Celui-ci est près. Il rédige son testament : « Si je dois mourir, sachez que c'est en pleine confiance en Dieu qui me donne abondamment sa grâce. La pensée de mes chers parents qui m'attendent là-haut m'est d'un grand réconfort [ ... ] Je ne puis préjuger de l'avenir, et affirmer dès maintenant si, dans mon action, j'ai eu tort ou raison. Mais j'affirme solennellement que je n'ai agi que pour la France et la France seule. Je n'ai eu en vue que la libération de notre patrie. Je crois avoir suivi la tradition de fidélité de notre famille et me suis inspiré de l'exemple de nos grands-pères d'Autichamp et Suzannet, qui ont sacrifié, l'un sa liberté, l'autre sa vie, par fidélité â leur foi [... ] Je crois mériter l'honneur que l'on inscrive sur ma tombe à côté de mon nom : « Mort pour la France » [ ... ] N'ayez à cause de moi de haine pour personne. Chacun a fait son devoir pour sa propre patrie. Apprenez au contraire à connaître et à comprendre le caractère des peuples voisins de la France. »
Il écrit à l'abbé Stock : « Je prie le bon Dieu de donner à la France et à l'Allemagne une paix dans la justice, comportant le rétablissement de la grandeur de mon pays. Et aussi que nos gouvernants fassent à Dieu la place qui lui revient. Je remets mon âme entre les mains de Dieu, et un peu entre les vôtres qui l'avez ces derniers temps représenté auprès de moi ».
Le 28 août, la veille de son exécution, sa dernière lettre est naturellement pour sa femme Eliane :
« Mon sacrifice est fait depuis longtemps. Seuls ces trois mois d'attente avaient ravivé mon espoir et m'avaient fait espérer de revivre auprès de vous tous. Je veux croire que tu supporteras avec vaillance cette épreuve. Nous avons eu, penses-y, le bonheur de nous revoir alors que beaucoup sur les champs de bataille sont morts pour la France sans avoir pu revoir ceux qu'ils aimaient le plus. Je veux que tu continues à mener notre vie courageuse auprès des enfants qui ont besoin de toi. Tu le dois, et la pensée que tu vivras avec eux et pour eux est mon grand réconfort. Je sens que tu me le promets. Tu leur expliqueras ce que j'ai fait, à ces petits, pour qu'ils sachent que leur papa n'a eu qu' un but : la grandeur de la France, et qu'il y a consacré sa vie. »
A quatre heures trente du matin, l'abbé Stock arrive pour célébrer la messe. Les trois condamnés communient avec une ferveur intense et disent ensemble la prière des agonisants. Après l'office, ils déjeunent. Un autocar de la Wehrmacht arrive. Les condamnés embarquent. Le convoi roule pendant une heure en direction du Mont-Valérien. Refusant d'avoir les yeux bandés et les mains ligotées, Honoré d'Estienne d'Orves déclare au président Keyser qui a tenu à être présent pour rendre hommage au courage des condamnés : « Monsieur, vous êtes officier allemand. Je suis officier français. Nous avons tous les deux fait notre devoir, permettez-moi de vous embrasser. » Et alors que le souffle de la mort plane déjà sur le lieu du martyre, les deux hommes s'étreignent.
La salve retentit. Estienne d'Orves s'écroule le premier en s'écriant : « Vive la France ». Puis c'est au tour de ses deux camarades, Maurice Barlier et Yann Doomick, de rejoindre le ciel. Tout est terminé. Nous sommes le 29 août 1941. Les premiers martyrs de la Résistance viennent de tomber. Le lendemain, l'abbé Stock confiera au père de Maurice Barlier : « Je n'oublierai jamais les moments que j'ai passés auprès de ces hommes. C'étaient des héros. Je comprends mieux maintenant ce qu'est la France. »
Honoré d'Estienne d'Orves. L'honneur. Le courage. La droiture. La foi. Le pardon. Dieu. La patrie. Voilà qui aurait eu fière allure pour bénir le quinquennat qui commence.
Thierry Normand Minute du 23 mai 2007

samedi 7 février 2009

3 février 1924 : le poison américain

L'homme qui meurt, le 3 février 1924, a reçu le prix Nobel de la paix en 1919. C'est une de ces tragiques ironies dont l'histoire a le secret. Car peu d'hommes auront provoqué autant de sanglantes catastrophes que lui. Thomas Woodrow Wilson, président des Etats-Unis, est en effet le premier responsable de la Seconde Guerre mondiale.
Commençons par le commencement : Wilson est élu président en 1912. Il doit cette élection à un curieux personnage, le «colonel» House. Grade d'opérette, House n'ayant jamais servi dans l'armée. Fils d'un juif de Hollande ayant d'abord émigré au Mexique, puis aux Etats-Unis, House a un métier typiquement américain : organisateur de campagnes électorales. Intelligent, intrigant, prêt à tout, il manipule avec maestria un électorat et fait élire un gouverneur du Texas, puis un sénateur. Quand Wilson est candidat à la présidence, House prend l'affaire en main et hisse au pouvoir son client. Celui-ci a désormais une éminence grise, omniprésente, qui lui écrit, entre autres, ses discours. Quand Wilson envoie, en 1913, House en mission diplomatique auprès du Kaiser Guillaume Il, il lui écrit cet étonnant mot d'introduction : « Aux Etats-unis, il est la Puissance derrière le Trône » !
Puissance d'autant plus déterminante que Wilson est malléable. Fils, petit-fils et beau-fils de pasteurs presbytériens, victime de fréquentes phases de dépression, il affiche un rigorisme puritain sans faille. « II fit, écrit Bullitt, ses prières à genoux matin et soir pendant toute sa vie. Il lut tous les jours la Bible. Il usa deux ou trois bibles au cours de son existence ». Ces lectures l'ont convaincu qu'il est l'instrument de la Providence. Analysant son profil psychique, Freud insiste sur « son identification en sauveur de l'humanité, qui devint un trait si important et si évident de son caractère dans les dernières années de sa vie ». Quand le même homme est à la tête de la puissance matérielle américaine et se veut la voix de Dieu, les résultats peuvent être dévastateurs. Effectivement, ils vont l'être.
House eut un jour cet aveu : « M. Wilson ne possédait aucune expérience de la politique ». Il fallait donc guider ses pas... A un moment où, la guerre faisant rage en Europe depuis 1914, l'éventuelle intervention des Etats-Unis devrait logiquement s'avérer décisive. Or, dans leur immense majorité, les Américains n'accordaient qu'un faible intérêt aux affaires européennes. Il aurait été d'ailleurs difficile, à la plupart d'entre eux, de situer sur une carte du monde les principaux pays d'Europe. L'opinion américaine était clairement neutraliste et isolationniste. En 1916, la réélection de Wilson à la présidence, obtenue de justesse, se fit sur le slogan électoral « Voter Wilson, c'est voter pour la paix ». A peine réélu, Wilson déclara solennellement devant la Chambre et le Sénat : « Je promets à mon pays de le tenir en dehors de la guerre ». Trois mois plus tard, il lançait les Etats-Unis dans la tourmente. Le «colonel» House avait fait le nécessaire.
Les énormes quantités de matériels américains firent pencher la balance. Mais la victoire alliée était lourde de menaces : en humiliant les vaincus, les traités de paix ne firent que disposer des mines destinées à éclater vingt ans plus tard, provoquant le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale. Wilson y fut pour beaucoup. Lui qui, selon Galtier-Boissière, déclarait en 1918, au sujet de la France et de l'Angleterre :
« Lorsque la guerre sera terminée, nous pourrons leur imposer notre manière de voir ».
P.V National Hebdo du 30 janvier au 5 février 1997

vendredi 6 février 2009

La découverte d'un outil recule la présence de l'homme en Europe du Nord


D’anciens outils trouvés en Grande-Bretagne montrent que des humains ont vécu en Europe du Nord 200.000 ans plus tôt qu’on ne le pensait auparavant, à une époque où le climat de l’Angleterre était suffisamment chaud pour accueillir des lions, des éléphants et des tigres à dents de sabre, ont annoncé des scientifiques mercredi.
Les 32 objets en silex noir, trouvés dans les sédiments d’une rivière de l’est de l’Angleterre, datent de 700.000 ans et représentent la première preuve explicite d’une présence humaine au nord des Alpes, disent les scientifiques.
Cette découverte détruit la théorie longtemps soutenue selon laquelle les humains auraient migré vers le nord depuis les climats relativement chauds de la région méditerranéenne il y a seulement un demi-million d’années, disent les scientifiques.
« La découverte que des premiers humains ont pu exister aussi loin au nord il y a si longtemps est sensationnelle », dit Chris Stringer, un paléontologiste du Natural History Museum, l’un des quatre scientifiques britanniques qui ont participé à l’étude et annoncé la découverte dans une conférence de presse à Londres. Leur découverte est exposée en détail dans le journal scientifique Nature.
« Maintenant que nous avons cela, nous pouvons rechercher les restes de ces gens, sachant que nous pouvons les trouver », dit-il. « Leur arrivée en Europe du Nord aurait même pu arriver encore plus tôt. C’est toute une nouvelle zone de recherche qui s’ouvre à nous ».
Jim Rose, un professeur de l’Université de Londres qui a aussi été impliqué dans l’étude, dit que 700.000 ans plus tôt, l’Angleterre était encore reliée au continent européen et qu’elle a connu des périodes de temps clément entre les périodes où d’immenses glaciers recouvraient la région, gelant et modifiant les paysages.
Pendant de tels dégels, dit-il, les premiers humains auraient pu migrer depuis la Méditerranée jusqu’en Angleterre, où il y avait des hivers doux, des paysages plats et de grands fleuves.
Des rhinocéros, des éléphants, des tigres à dents de sabre, des hippopotames et des ours vivaient dans la région à l’époque. Les scientifiques disent qu’ils ne savent pas si les humains utilisaient les outils nouvellement découverts pour tuer des animaux pour se nourrir, ou simplement pour fouiller dans les carcasses abandonnées par les prédateurs.
Les objets suggèrent que les premiers humains n’ont pas colonisé les régions nord de l’Europe, mais simplement étendu leurs habitudes migratoires quand le temps le permettait, disent les scientifiques.
Pakefield, un village côtier 120 miles au nord-est de Londres, est l’une des quelques régions où les glaciers ont préservé, au lieu de les détruire, les sédiments qui contenaient les objets anciens, dit Rose. L’érosion côtière provoque maintenant l’effritement de falaises autour de Pakefield, révélant des fossiles et des objets.
Avant cette découverte, les premières traces d’humains en Europe au nord des Alpes étaient datées d’environ 500.000 ans, et incluaient des objets en silex et même quelques restes humains qui ont été découverts à Bosgrove sur la côte sud de l’Angleterre.
Les premières traces de présence humaine en Europe du Sud sont vieilles d’au moins 800.000 ans et incluent des matériels qui ont été découverts à Atapuerca en Espagne.
Dans un commentaire dans Nature, Wil Roebroeks de l’Université de Leiden aux Pays-Bas, qui n’était pas impliqué dans l’étude, a dit que cette nouvelle preuve d’activité humaine était « solide comme le roc ».
Il a dit que cela montrait que « les premiers humains parcouraient manifestement les rives de ces rivières beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’ici pour cette partie de l’Europe ».
Roebroeks a dit que les objets n’indiquaient pas une colonisation à grande échelle de l’Europe du Nord, « mais plutôt une brève expansion de leur activité, en accord avec les oscillations climatiques ». Il a dit qu’il était probable qu’« une occupation plus significative des parties nord de l’Europe est survenue seulement plus tard ».
Mais Alison Brooks, une anthropologue de la George Washington University à Washington, qui n’était pas impliquée dans la découverte, a recommandé la prudence.
« On doit toujours être sceptique, étant donné que les affirmations précédentes de première présence humaine en Europe du Nord ont eu des problèmes avec la date ou l’authenticité des objets trouvés. Si des trouvailles ultérieures confirment cette découverte, cela serait très excitant et changerait nos idées concernant l’adaptabilité des premiers humains », a-t-elle dit.
Thomas Wagner http://www.voxnr.com/
notes
+ Associated Press – 15 décembre 2005
D’anciens outils trouvés en Grande-Bretagne montrent que des humains ont vécu en Europe du Nord 200.000 ans plus tôt qu’on ne le pensait auparavant, à une époque où le climat de l’Angleterre était suffisamment chaud pour accueillir des lions, des éléphants et des tigres à dents de sabre, ont annoncé des scientifiques mercredi.
Les 32 objets en silex noir, trouvés dans les sédiments d’une rivière de l’est de l’Angleterre, datent de 700.000 ans et représentent la première preuve explicite d’une présence humaine au nord des Alpes, disent les scientifiques.
Cette découverte détruit la théorie longtemps soutenue selon laquelle les humains auraient migré vers le nord depuis les climats relativement chauds de la région méditerranéenne il y a seulement un demi-million d’années, disent les scientifiques.
« La découverte que des premiers humains ont pu exister aussi loin au nord il y a si longtemps est sensationnelle », dit Chris Stringer, un paléontologiste du Natural History Museum, l’un des quatre scientifiques britanniques qui ont participé à l’étude et annoncé la découverte dans une conférence de presse à Londres. Leur découverte est exposée en détail dans le journal scientifique Nature.
« Maintenant que nous avons cela, nous pouvons rechercher les restes de ces gens, sachant que nous pouvons les trouver », dit-il. « Leur arrivée en Europe du Nord aurait même pu arriver encore plus tôt. C’est toute une nouvelle zone de recherche qui s’ouvre à nous ».
Jim Rose, un professeur de l’Université de Londres qui a aussi été impliqué dans l’étude, dit que 700.000 ans plus tôt, l’Angleterre était encore reliée au continent européen et qu’elle a connu des périodes de temps clément entre les périodes où d’immenses glaciers recouvraient la région, gelant et modifiant les paysages.
Pendant de tels dégels, dit-il, les premiers humains auraient pu migrer depuis la Méditerranée jusqu’en Angleterre, où il y avait des hivers doux, des paysages plats et de grands fleuves.
Des rhinocéros, des éléphants, des tigres à dents de sabre, des hippopotames et des ours vivaient dans la région à l’époque. Les scientifiques disent qu’ils ne savent pas si les humains utilisaient les outils nouvellement découverts pour tuer des animaux pour se nourrir, ou simplement pour fouiller dans les carcasses abandonnées par les prédateurs.
Les objets suggèrent que les premiers humains n’ont pas colonisé les régions nord de l’Europe, mais simplement étendu leurs habitudes migratoires quand le temps le permettait, disent les scientifiques.
Pakefield, un village côtier 120 miles au nord-est de Londres, est l’une des quelques régions où les glaciers ont préservé, au lieu de les détruire, les sédiments qui contenaient les objets anciens, dit Rose. L’érosion côtière provoque maintenant l’effritement de falaises autour de Pakefield, révélant des fossiles et des objets.
Avant cette découverte, les premières traces d’humains en Europe au nord des Alpes étaient datées d’environ 500.000 ans, et incluaient des objets en silex et même quelques restes humains qui ont été découverts à Bosgrove sur la côte sud de l’Angleterre.
Les premières traces de présence humaine en Europe du Sud sont vieilles d’au moins 800.000 ans et incluent des matériels qui ont été découverts à Atapuerca en Espagne.
Dans un commentaire dans Nature, Wil Roebroeks de l’Université de Leiden aux Pays-Bas, qui n’était pas impliqué dans l’étude, a dit que cette nouvelle preuve d’activité humaine était « solide comme le roc ».
Il a dit que cela montrait que « les premiers humains parcouraient manifestement les rives de ces rivières beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’ici pour cette partie de l’Europe ».
Roebroeks a dit que les objets n’indiquaient pas une colonisation à grande échelle de l’Europe du Nord, « mais plutôt une brève expansion de leur activité, en accord avec les oscillations climatiques ». Il a dit qu’il était probable qu’« une occupation plus significative des parties nord de l’Europe est survenue seulement plus tard ».
Mais Alison Brooks, une anthropologue de la George Washington University à Washington, qui n’était pas impliquée dans la découverte, a recommandé la prudence.
« On doit toujours être sceptique, étant donné que les affirmations précédentes de première présence humaine en Europe du Nord ont eu des problèmes avec la date ou l’authenticité des objets trouvés. Si des trouvailles ultérieures confirment cette découverte, cela serait très excitant et changerait nos idées concernant l’adaptabilité des premiers humains », a-t-elle dit.

notes

+ Associated Press – 15 décembre 2005

jeudi 5 février 2009

Le Professeur Gérard Lucotte : « Les races existent, et il est très important que cette diversité soit maintenue »

Depuis les propos tenus par Jean-Marie Le Pen, à l'automne dernier, sur « l'inégalité des races », la question agite la société française. Pas de semaine et presque pas de jour où ce thème n'apparaisse dans la presse écrite ou parlée. Au fil des semaines, la querelle sur l' «inégalité» des races s'est muée en un débat plus fondamental : celui même de l' «existence» ou de la non-existence des races.
Sur la réalité du discours scientifique, sur l'écho conforme ou déformé qui en est donné par les médias et surtout sur l'utilisation qui en est faite à des fins politiques, nous avons voulu faire le point avec un spécialiste de la question. Nous avons donc rencontré le Professeur Gérard Lucotte, professeur à l'Ecole d'anthropologie de Paris.

❏ National Hebdo - Professeur, nous assistons depuis plus de deux mois maintenant à une querelle qui dépasse très largement les experts dont vous êtes. On veut, en gros, classer la société française en deux camps opposés : les fascistes qui croient à l'existence des races et les généreux bien pensants qui n'y croient pas. Le camp politiquement correct a un porte-parole : c'est le professeur Langaney, auquel les médias tentent de vous opposer. Comment expliquez vous cela ?
❍ Pr Lucotte : Simplement. La question des races est un problème d'anthropologie biologique. Or, il n'y a en France que deux professeurs dans cette discipline : André Langaney et moi-même.

❏ Le journal Le Monde, récemment (15/16 décembre), dans un papier qui cherchait apparemment à vous discréditer et auquel vous avez répondu par une mise au point, écrivait : « le professeur Lucotte qui enseigne dans un établissement privé ». Cela pour vous opposer, sans doute, au sérieux de l'établissement public où officie le Pr Langaney, à savoir le Musée de l'homme. Alors, dites-nous : qui fait quoi ?
❍ L'Ecole d'anthropologie de Paris a été créée par Broca, un immense anthropologue français, en 1875. C'est un établissement, reconnu d'utilité publique, d'enseignement supérieur des sciences anthropologiques. Le Musée de l'homme, lui, n'a pas, que je sache, vocation d'enseignement. Son domaine est la muséologie et M. Langaney s'y occupe principalement des expositions. J'ajouterai néanmoins qu'il y a un professeur qui enseigne l'anthropologie biologique au 3ème cycle d'Evolution humaine du Muséum d'histoire naturelle - dont dépend le Musée de l'Homme - et ce professeur n'est pas M. Langaney mais... moi-même, et ce depuis cinq ans.

❏ Le Pr Langaney n'enseigne donc pas ?
❍ Pas en France, en tout cas que je sache. En revanche, il enseigne à Genève depuis de nombreuses années. Je me pose à ce sujet des questions : vous savez que le cumul des fonctions est interdit dans la fonction publique. Comment se fait-il alors que l'administration ne l'ait pas sommé de choisir entre son poste en France et son traitement apparemment très conséquent en Suisse ?

❏ Pour les béotiens que nous sommes, pourriez-vous nous donner une définition de votre discipline : qu'est-ce que l'anthropologie ?
❍ L'anthropologie est la science qui étudie l'homme. On distingue trois grandes branches dans l'anthropologie. Tout d'abord, l'anthropologie physique qui consistait principalement en l'étude des mesures anatomiques. Cette branche est maintenant devenue l'anthropologie biologique, essentiellement génétique. C'est ma propre spécialité. Il y a ensuite l'anthropologie sociale et culturelle, qui est très développée chez nous. Il y a enfin la paléontologie humaine, c'est-à-dire l'étude de l'évolution humaine par les fossiles.

❏ D'où vient la difficulté, pire, l'impossibilité de débattre sereinement de cette question de l'existence des races, puisque c'est bien là le cœur du problème ?
❍ L'anthropologie était une science florissante avant la dernière guerre mondiale, et notamment en Allemagne. Les nazis ont multiplié le nombre de chaires d'anthropologie et ceci a abouti finalement à tous les malheurs que l'on sait, en particulier pour le peuple juif. Les déclarations de l'UNESCO dans les années cinquante ont réuni un certain nombre d'experts qui ont considéré que la race n'avait pas de fondement scientifique, et qu'il fallait bannir ce terme de la littérature scientifique.

❏ Et tout le monde a suivi ?
❍ Globalement. En Europe, oui, le cas des Anglais étant particulier. En France, il a existé une chaire d'anthropologie physique au Collège de France, qu'on avait confiée au professeur Ruffié, et dont j'ai été le collaborateur très proche pendant plus de vingt ans. Le message officiel propagé par M. Ruffié dans son enseignement et ses nombreux livres était effectivement que les races n'existaient pas.

❏ Et outre-Atlantique ?
❍ Aux Etats-Unis, la situation est totalement différente car les professeurs d'anatomie, en médecine, sont souvent des anthropologues, et non des médecins comme en France. Il y a donc beaucoup de postes d'enseignement et les options au sujet de la race sont souvent très divergentes selon les individualités. De plus, comme vous le savez, les universités américaines sont «privées», chacune d'entre elles défendant jalousement son originalité, sur ce point comme sur beaucoup d'autres.

❏ Donc, le discours des scientifiques, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, n'est pas du tout uniforme ?
❍ Aux Etats-Unis, sûrement pas. En Europe, le discours s'est uniformisé pour les raisons que je vous ai dites. Il semble intéressant de faire remarquer que Langaney a été nommé en pleine mouvance socialiste; il répercute bien entendu, le moment venu, le bon discours. Je ne crois pas cependant - pour bien le connaître - qu'il soit intimement convaincu de la non-existence des races humaines et de leur non-fondement héréditaire.

❏ L'anthropologie physique a donc cédé la place à l'anthropologie génétique. Dites-nous, alors : les conclusions de la génétique sont-elles différentes de celles de l'anthropologie ? Que disent-elles ou que ne disent-elles pas ?
❍ L'anthropologie physique partait de la constatation «commune», de la reconnaissance des races : les Noirs, les Jaunes. et les Blancs. Le sens commun conclut à la reconnaissance visuelle et aussi à la nature héréditaire des races : tout le monde sait que lorsqu'un Noir Bantou se marie avec une Noire Bantou, ils ne peuvent donner naissance qu'à un petit Noir Bantou. Carl von Linné a, le premier, établi une classification générale des êtres vivants, dans laquelle il a fait entrer l'homme, tout naturellement. L'homme appartient au règne animal, à l'embranchement des Vertébrés, à la classe des Mammifères, à l'ordre des Primates, à la famille des Hominidés et au genre Homo, famille et genre dont le seul représentant actuel est l'espèce Homo sapiens. Celle-ci, à son tour, se divise en races. Linné - qui parlait de variétés - distinguait l'Européenne, l'Africaine, l'Asiatique et l'Américaine, découpant ainsi notre espèce, comme les autres espèces animales ou végétales, selon leur répartition géographique et leurs traits descriptifs et biologiques distinctifs.
L'un des rôles du scientifique est de donner une explication de ce qui peut être constaté par le sens commun. Exemple : tout le monde voit que la pomme tombe et Newton arrive pour nous expliquer les règles de la gravitation, c'est-à-dire comment et pourquoi la pomme tombe. Or aujourd'hui, dans l'anthropologie majoritaire, le discours est inverse. Langaney et les autres disent : nous sommes trompés par le message de nos sens. Quoi que voient nos yeux, quoi que nous constations, les races n'existent pas. Elles ne reposent de plus sur rien de tangible du point de vue biologique et génétique.

❏ Pourquoi ce discours contre le sens commun ?
❍ Sans doute pour un motif louable, mais quelque peu naïf. On pense que si l'on dit que les races n'existent pas, le racisme va disparaître. Il y a différentes sortes de racisme : le racisme économique, le racisme religieux ... et puis le racisme dit «zoologique», c'est-à-dire celui basé sur la réalité biologique de la race. Il est évident que si les races n'existent pas, il ne peut y avoir de fondement biologique au racisme.

❏ Cela, on l'a compris, c'est le discours officiel. Néanmoins, si on s'intéresse un petit peu aux sciences connexes de l'anthropologie - on pense à la biologie, à la médecine, à la médecine légale, etc. - on s'aperçoit que tout va dans le sens contraire, c'est-à-dire la recherche des particularismes, non ?
❍ Exactement. La biologie tout entière est contre cette notion que les races n'existent pas. Au contraire, et de nombreux travaux vont dans ce sens, on étudie les particularismes «ethniques» (on a le droit de parler d'ethnie, pas de race). Dans tous les travaux, repris par tous les grands périodiques de médecine, on démontre par exemple une susceptibilité différente à la plupart des maladies, y compris les maladies infectieuses, selon les races. Principalement dans les études américaines qui comparent les Noirs avec les Blancs ou les Hispaniques, on trouve pratiquement toujours des différences du point de vue physiologique, L'autre champ d'application est la médecine légale. La police scientifique - et en particulier le FBI - ont ainsi, en travaillant sur les marqueurs génétiques modernes (technique des empreintes génétiques), mis au point des techniques ultrasophistiquées. En cas de viol, par exemple, elles permettent pratiquement d'identifier l'ethnie à laquelle appartient le coupable - en particulier s'il est de race noire ou bien caucasienne. On constitue donc des fichiers d'empreintes génétiques, comme on a actuellement les fichiers d'empreintes digitales. C'est une recherche très développée aux Etats-Unis et qui commence à l'être un peu en France.

❏ II y a donc, effectivement, une réalité pratique qui vient démentir le discours officiel ?
❍ Mais bien sûr, et on peut chaque semaine le constater. Prenez des revues scientifiques comme The Lancet, ou bien The New England journal of medicine. Dans chaque livraison, au moins un article à chaque fois consiste à comparer des performances physiologiques selon les races et on trouve des différences notables.

❏ Donc, les races existent. Maintenant, y a-t-il une inégalité des races, et si oui, dans quel domaine ?
❍ Il faut s'entendre sur le terme d'égalité et d'inégalité. Pour moi, ce ne sont pas des termes scientifiques. Prenons l'art, par exemple : il n'y a aucune «supériorité» de l'art Inca par rapport aux pyramides d'Egypte ou à la polyphonie des chants Pygmées. C'est différent, c'est tout, et chaque race peut aboutir, à sa façon, à des performances extraordinaires. En revanche, on peut dire qu'il y a une «inégalité» [précisé, «entre guillemets» NDLR] génétique profonde entre les races. Par exemple, chez les Européens, la mucoviscidose est une maladie très commune que les Noirs n'ont pas, ou très peu. A l'inverse, les Noirs souffrent de l'anémie falciforme qui est due à une mutation de l'hémoglobine, Les Juifs Ashkénazes ont la maladie de Tay-Sachs, une terrible atteinte neurologique des enfants. Pour des populations méditerranéennes, c'est la thalassénie, une autre mutation de l'hémoglobine. On peut donc dire que les races sont «inégales» dans le sens où chacune d'elles a un fardeau génétique particulier qui n'existe pas chez les autres.

❏ Langaney dit qu'il n'y a pas de races parce que nous avons une origine commune. Etes-vous d'accord avec cela ?
❍ Sur l'origine commune, tout à fait. Il y a origine commune de l'humanité, et divergence selon les continents à partir de cette origine. Chaque race est l'aboutissement d'une longue histoire biologique d'où résulte l'adaptation génétique au climat et aux conditions de vie. Chaque race est bien entendu adaptée au biotope dans lequel elle vit.

❏ Donc, à la base, Langaney et vous dites la même chose. Pourquoi, alors, lui et ses semblables nient-ils les races quand ils devraient les considérer comme l'apothéose de l'évolutionnisme biologique auquel, je pense - et s'agissant des espèces autres que l'espèce humaine- ils sont fort attachés ?
❍ Il y a bien une seule espèce humaine, et non plusieurs comme certains le croyaient à une époque. A l'intérieur de cette seule espèce, il y a diversification, c'est-à-dire différentes adaptations que sont les grandes races. Et à mon avis, il est très important que cette diversité - véritable trésor délicat de l'adaptation différentielle - soit maintenue.

❏ Sur quels sujets de recherche travaillez-vous ?
❍ Principalement sur la mucoviscidose en Europe, où je retrouve tous les particularismes ethniques (Bretons, Germaniques, Méditerranéens, Basques, Juifs ... ) et sur les marqueurs du chromosome Y, le chromosome de la masculinité, dont les variants présentent la particularité de rester inchangés au cours des générations pères-fils successives, ce qui en fait d'excellents traceurs de la différenciation humaine dans le sexe masculin.

❏ Sur toutes ces questions que nous avons évoquées, la société française développe donc comme dans bien d'autres domaines - une attitude complètement schizophrénique, en obligeant les scientifiques, relayés par les médias, à tenir un discours en contradiction totale avec les faits. Comment réagit votre milieu ?
❍ La plupart des scientifiques sont des gens honnêtes. Ils savent cependant que « la question de la race » sent le soufre et qu'il vaut mieux ne pas trop s'y attarder, ni surtout s'y prononcer. D'un côté il y a ceux qui caquettent avec la basse-cour et de l'autre - beaucoup plus nombreux - ceux qui restent à ce sujet silencieux. Personnellement, au cours de ma carrière, je n'ai jamais [avec insistance NDLR] rencontré de scientifiques niant objectivement l'existence des races et leur base héréditaire.

❏ Une dernière question : hors le motif, louable, de vouloir éradiquer le racisme, quel est à votre avis le but de ce détournement d'une vérité scientifique à des fins politiques ? Pourquoi s'acharner contre la nature et cela, si l'on vous comprend bien, contre l'intérêt même de l'humanité ?
❍ A mon avis, le débat scientifique devrait plutôt porter sur les difficultés de l'application du concept de race ! dans le cas de l'espèce humaine. Nous sommes en effet une espèce « très jeune » - de l'ordre de 200 000 ans seulement - et la «raciation» que nous observons actuellement n'est qu'un début du processus de différenciation.
Propos recueillis par Marie-Claire ROY National Hebdo du 30 janvier au 5 février 1997

Le Professeur Gérard Lucotte : « Les races existent, et il est très important que cette diversité soit maintenue »

Depuis les propos tenus par Jean-Marie Le Pen, à l'automne dernier, sur « l'inégalité des races », la question agite la société française. Pas de semaine et presque pas de jour où ce thème n'apparaisse dans la presse écrite ou parlée. Au fil des semaines, la querelle sur l' «inégalité» des races s'est muée en un débat plus fondamental : celui même de l' «existence» ou de la non-existence des races.
Sur la réalité du discours scientifique, sur l'écho conforme ou déformé qui en est donné par les médias et surtout sur l'utilisation qui en est faite à des fins politiques, nous avons voulu faire le point avec un spécialiste de la question. Nous avons donc rencontré le Professeur Gérard Lucotte, professeur à l'Ecole d'anthropologie de Paris.

❏ National Hebdo - Professeur, nous assistons depuis plus de deux mois maintenant à une querelle qui dépasse très largement les experts dont vous êtes. On veut, en gros, classer la société française en deux camps opposés : les fascistes qui croient à l'existence des races et les généreux bien pensants qui n'y croient pas. Le camp politiquement correct a un porte-parole : c'est le professeur Langaney, auquel les médias tentent de vous opposer. Comment expliquez vous cela ?
❍ Pr Lucotte : Simplement. La question des races est un problème d'anthropologie biologique. Or, il n'y a en France que deux professeurs dans cette discipline : André Langaney et moi-même.

❏ Le journal Le Monde, récemment (15/16 décembre), dans un papier qui cherchait apparemment à vous discréditer et auquel vous avez répondu par une mise au point, écrivait : « le professeur Lucotte qui enseigne dans un établissement privé ». Cela pour vous opposer, sans doute, au sérieux de l'établissement public où officie le Pr Langaney, à savoir le Musée de l'homme. Alors, dites-nous : qui fait quoi ?
❍ L'Ecole d'anthropologie de Paris a été créée par Broca, un immense anthropologue français, en 1875. C'est un établissement, reconnu d'utilité publique, d'enseignement supérieur des sciences anthropologiques. Le Musée de l'homme, lui, n'a pas, que je sache, vocation d'enseignement. Son domaine est la muséologie et M. Langaney s'y occupe principalement des expositions. J'ajouterai néanmoins qu'il y a un professeur qui enseigne l'anthropologie biologique au 3ème cycle d'Evolution humaine du Muséum d'histoire naturelle - dont dépend le Musée de l'Homme - et ce professeur n'est pas M. Langaney mais... moi-même, et ce depuis cinq ans.

❏ Le Pr Langaney n'enseigne donc pas ?
❍ Pas en France, en tout cas que je sache. En revanche, il enseigne à Genève depuis de nombreuses années. Je me pose à ce sujet des questions : vous savez que le cumul des fonctions est interdit dans la fonction publique. Comment se fait-il alors que l'administration ne l'ait pas sommé de choisir entre son poste en France et son traitement apparemment très conséquent en Suisse ?

❏ Pour les béotiens que nous sommes, pourriez-vous nous donner une définition de votre discipline : qu'est-ce que l'anthropologie ?
❍ L'anthropologie est la science qui étudie l'homme. On distingue trois grandes branches dans l'anthropologie. Tout d'abord, l'anthropologie physique qui consistait principalement en l'étude des mesures anatomiques. Cette branche est maintenant devenue l'anthropologie biologique, essentiellement génétique. C'est ma propre spécialité. Il y a ensuite l'anthropologie sociale et culturelle, qui est très développée chez nous. Il y a enfin la paléontologie humaine, c'est-à-dire l'étude de l'évolution humaine par les fossiles.

❏ D'où vient la difficulté, pire, l'impossibilité de débattre sereinement de cette question de l'existence des races, puisque c'est bien là le cœur du problème?
❍ L'anthropologie était une science florissante avant la dernière guerre mondiale, et notamment en Allemagne. Les nazis ont multiplié le nombre de chaires d'anthropologie et ceci a abouti finalement à tous les malheurs que l'on sait, en particulier pour le peuple juif. Les déclarations de l'UNESCO dans les années cinquante ont réuni un certain nombre d'experts qui ont considéré que la race n'avait pas de fondement scientifique, et qu'il fallait bannir ce terme de la littérature scientifique.

❏ Et tout le monde a suivi ?
❍ Globalement. En Europe, oui, le cas des Anglais étant particulier. En France, il a existé une chaire d'anthropologie physique au Collège de France, qu'on avait confiée au professeur Ruffié, et dont j'ai été le collaborateur très proche pendant plus de vingt ans. Le message officiel propagé par M. Ruffié dans son enseignement et ses nombreux livres était effectivement que les races n'existaient pas.

❏ Et outre-Atlantique ?
❍ Aux Etats-Unis, la situation est totalement différente car les professeurs d'anatomie, en médecine, sont souvent des anthropologues, et non des médecins comme en France. Il y a donc beaucoup de postes d'enseignement et les options au sujet de la race sont souvent très divergentes selon les individualités. De plus, comme vous le savez, les universités américaines sont «privées», chacune d'entre elles défendant jalousement son originalité, sur ce point comme sur beaucoup d'autres.

❏ Donc, le discours des scientifiques, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, n'est pas du tout uniforme ?
❍ Aux Etats-Unis, sûrement pas. En Europe, le discours s'est uniformisé pour les raisons que je vous ai dites. Il semble intéressant de faire remarquer que Langaney a été nommé en pleine mouvance socialiste; il répercute bien entendu, le moment venu, le bon discours. Je ne crois pas cependant - pour bien le connaître - qu'il soit intimement convaincu de la non-existence des races humaines et de leur non-fondement héréditaire.

❏ L'anthropologie physique a donc cédé la place à l'anthropologie génétique. Dites-nous, alors : les conclusions de la génétique sont-elles différentes de celles de l'anthropologie ? Que disent-elles ou que ne disent-elles pas ?
❍ L'anthropologie physique partait de la constatation «commune», de la reconnaissance des races : les Noirs, les Jaunes. et les Blancs. Le sens commun conclut à la reconnaissance visuelle et aussi à la nature héréditaire des races : tout le monde sait que lorsqu'un Noir Bantou se marie avec une Noire Bantou, ils ne peuvent donner naissance qu'à un petit Noir Bantou. Carl von Linné a, le premier, établi une classification générale des êtres vivants, dans laquelle il a fait entrer l'homme, tout naturellement. L'homme appartient au règne animal, à l'embranchement des Vertébrés, à la classe des Mammifères, à l'ordre des Primates, à la famille des Hominidés et au genre Homo, famille et genre dont le seul représentant actuel est l'espèce Homo sapiens. Celle-ci, à son tour, se divise en races. Linné - qui parlait de variétés - distinguait l'Européenne, l'Africaine, l'Asiatique et l'Américaine, découpant ainsi notre espèce, comme les autres espèces animales ou végétales, selon leur répartition géographique et leurs traits descriptifs et biologiques distinctifs.
L'un des rôles du scientifique est de donner une explication de ce qui peut être constaté par le sens commun. Exemple : tout le monde voit que la pomme tombe et Newton arrive pour nous expliquer les règles de la gravitation, c'est-à-dire comment et pourquoi la pomme tombe. Or aujourd'hui, dans l'anthropologie majoritaire, le discours est inverse. Langaney et les autres disent : nous sommes trompés par le message de nos sens. Quoi que voient nos yeux, quoi que nous constations, les races n'existent pas. Elles ne reposent de plus sur rien de tangible du point de vue biologique et génétique.

❏ Pourquoi ce discours contre le sens commun ?
❍ Sans doute pour un motif louable, mais quelque peu naïf. On pense que si l'on dit que les races n'existent pas, le racisme va disparaître. Il y a différentes sortes de racisme : le racisme économique, le racisme religieux ... et puis le racisme dit «zoologique», c'est-à-dire celui basé sur la réalité biologique de la race. Il est évident que si les races n'existent pas, il ne peut y avoir de fondement biologique au racisme.

❏ Cela, on l'a compris, c'est le discours officiel. Néanmoins, si on s'intéresse un petit peu aux sciences connexes de l'anthropologie - on pense à la biologie, à la médecine, à la médecine légale, etc. - on s'aperçoit que tout va dans le sens contraire, c'est-à-dire la recherche des particularismes, non ?
❍ Exactement. La biologie tout entière est contre cette notion que les races n'existent pas. Au contraire, et de nombreux travaux vont dans ce sens, on étudie les particularismes «ethniques» (on a le droit de parler d'ethnie, pas de race). Dans tous les travaux, repris par tous les grands périodiques de médecine, on démontre par exemple une susceptibilité différente à la plupart des maladies, y compris les maladies infectieuses, selon les races. Principalement dans les études américaines qui comparent les Noirs avec les Blancs ou les Hispaniques, on trouve pratiquement toujours des différences du point de vue physiologique, L'autre champ d'application est la médecine légale. La police scientifique - et en particulier le FBI - ont ainsi, en travaillant sur les marqueurs génétiques modernes (technique des empreintes génétiques), mis au point des techniques ultrasophistiquées. En cas de viol, par exemple, elles permettent pratiquement d'identifier l'ethnie à laquelle appartient le coupable - en particulier s'il est de race noire ou bien caucasienne. On constitue donc des fichiers d'empreintes génétiques, comme on a actuellement les fichiers d'empreintes digitales. C'est une recherche très développée aux Etats-Unis et qui commence à l'être un peu en France.

❏ II y a donc, effectivement, une réalité pratique qui vient démentir le discours officiel ?
❍ Mais bien sûr, et on peut chaque semaine le constater. Prenez des revues scientifiques comme The Lancet, ou bien The New England journal of medicine. Dans chaque livraison, au moins un article à chaque fois consiste à comparer des performances physiologiques selon les races et on trouve des différences notables.

❏ Donc, les races existent. Maintenant, y a-t-il une inégalité des races, et si oui, dans quel domaine ?
❍ Il faut s'entendre sur le terme d'égalité et d'inégalité. Pour moi, ce ne sont pas des termes scientifiques. Prenons l'art, par exemple : il n'y a aucune «supériorité» de l'art Inca par rapport aux pyramides d'Egypte ou à la polyphonie des chants Pygmées. C'est différent, c'est tout, et chaque race peut aboutir, à sa façon, à des performances extraordinaires. En revanche, on peut dire qu'il y a une «inégalité» [précisé, «entre guillemets» NDLR] génétique profonde entre les races. Par exemple, chez les Européens, la mucoviscidose est une maladie très commune que les Noirs n'ont pas, ou très peu. A l'inverse, les Noirs souffrent de l'anémie falciforme qui est due à une mutation de l'hémoglobine, Les Juifs Ashkénazes ont la maladie de Tay-Sachs, une terrible atteinte neurologique des enfants. Pour des populations méditerranéennes, c'est la thalassénie, une autre mutation de l'hémoglobine. On peut donc dire que les races sont «inégales» dans le sens où chacune d'elles a un fardeau génétique particulier qui n'existe pas chez les autres.

❏ Langaney dit qu'il n'y a pas de races parce que nous avons une origine commune. Etes-vous d'accord avec cela ?
❍ Sur l'origine commune, tout à fait. Il y a origine commune de l'humanité, et divergence selon les continents à partir de cette origine. Chaque race est l'aboutissement d'une longue histoire biologique d'où résulte l'adaptation génétique au climat et aux conditions de vie. Chaque race est bien entendu adaptée au biotope dans lequel elle vit.

❏ Donc, à la base, Langaney et vous dites la même chose. Pourquoi, alors, lui et ses semblables nient-ils les races quand ils devraient les considérer comme l'apothéose de l'évolutionnisme biologique auquel, je pense - et s'agissant des espèces autres que l'espèce humaine- ils sont fort attachés ?
❍ Il y a bien une seule espèce humaine, et non plusieurs comme certains le croyaient à une époque. A l'intérieur de cette seule espèce, il y a diversification, c'est-à-dire différentes adaptations que sont les grandes races. Et à mon avis, il est très important que cette diversité - véritable trésor délicat de l'adaptation différentielle - soit maintenue.

❏ Sur quels sujets de recherche travaillez-vous ?
❍ Principalement sur la mucoviscidose en Europe, où je retrouve tous les particularismes ethniques (Bretons, Germaniques, Méditerranéens, Basques, Juifs ... ) et sur les marqueurs du chromosome Y, le chromosome de la masculinité, dont les variants présentent la particularité de rester inchangés au cours des générations pères-fils successives, ce qui en fait d'excellents traceurs de la différenciation humaine dans le sexe masculin.

❏ Sur toutes ces questions que nous avons évoquées, la société française développe donc comme dans bien d'autres domaines - une attitude complètement schizophrénique, en obligeant les scientifiques, relayés par les médias, à tenir un discours en contradiction totale avec les faits. Comment réagit votre milieu ?
❍ La plupart des scientifiques sont des gens honnêtes. Ils savent cependant que « la question de la race » sent le soufre et qu'il vaut mieux ne pas trop s'y attarder, ni surtout s'y prononcer. D'un côté il y a ceux qui caquettent avec la basse-cour et de l'autre - beaucoup plus nombreux - ceux qui restent à ce sujet silencieux. Personnellement, au cours de ma carrière, je n'ai jamais [avec insistance NDLR] rencontré de scientifiques niant objectivement l'existence des races et leur base héréditaire.

❏ Une dernière question : hors le motif, louable, de vouloir éradiquer le racisme, quel est à votre avis le but de ce détournement d'une vérité scientifique à des fins politiques ? Pourquoi s'acharner contre la nature et cela, si l'on vous comprend bien, contre l'intérêt même de l'humanité ?
❍ A mon avis, le débat scientifique devrait plutôt porter sur les difficultés de l'application du concept de race ! dans le cas de l'espèce humaine. Nous sommes en effet une espèce « très jeune » - de l'ordre de 200 000 ans seulement - et la «raciation» que nous observons actuellement n'est qu'un début du processus de différenciation.
Propos recueillis par Marie-Claire ROY National Hebdo du 30 janvier au 5 février 1997

29 avril 1936 : la République des irresponsables

Chef d'état-major de l'armée depuis 1935, le général Maurice Gamelin a bénéficié, tout au long de sa carrière, d'avoir été chef de cabinet de Joffre en 1914, au moment de la victoire de la Marne. Il a fini la guerre de 14-18 à la tête d'une division. En 1939, quand la France se précipite tête baissée dans une guerre où elle n'a rien à gagner et tout à perdre - et où, effectivement, elle va tout perdre - Gamelin commande l'ensemble des forces franco-britanniques. Des forces impressionnantes. En tout cas, sur le papier.
Face à un adversaire audacieux et pugnace, novateur, offensif, Gamelin subit l'événement. Il attend. Il attend quoi ? Nul ne le sait et lui moins que tout autre. L'attentisme érigé en doctrine : cela donne cette « drôle de guerre » où l'entraînement des troupes françaises a pour bases l'apéritif et la belote dans les popotes, bercées par les chansons rigolardes de Maurice Chevalier.
Atterrés, les proches collaborateurs de Gamelin le voient paralysé par « les brumeuses et irrépressibles somnolences qui figent le général, plusieurs heures par jour, sur le lit de camp dressé près de son bureau » (Pierre Accoce). Gamelin affecte un parfait dédain pour le matériel moderne. Sa phobie du téléphone le conduit à ordonner, pour les transmissions avec les premières lignes, l'utilisation d'estafettes... et de pigeons voyageurs. Il est pris par instants de « bouffées délirantes impressionnantes qui le plongent dans son passé et le portent à confondre, avec celle de 1914, la nouvelle guerre. »
Gamelin a vécu pendant des années sur sa réputation de tacticien émérite mais sans qu'aucun responsable militaire ou politique ne s'en émeuve, le vide de sa pensée s'est manifesté le 29 avril 1936. Ce jour-là, Gamelin a affirmé devant le conseil de guerre que la France ne devait en aucun cas se doter d'une puissante armée blindée, car, en cas de guerre avec l'Allemagne, les chars ne lui seraient d'aucune utilité. Les Allemands, imprudents jusqu'à l'inconscience, ne se briseraient-ils pas immanquablement sur la ligne Maginot, édifiée de 1927 à 1936 ?
Quatre ans plus tard, Gamelin n'a pas varié d'un pouce. Le généralissime a donc installé l'armée française en guerre dans une attente interminable. Cette attitude systématiquement défensive laisse à l'adversaire l'initiative. Sur une ligne de front étirée sur huit cents kilomètres - et qui n'est que partiellement couverte par la ligne Maginot Gamelin n'a aucune réserve stratégique, aucune masse de manœuvre. Souffrant des complications nerveuses d'une syphilis parvenue au stade tertiaire, que la médecine ne sait maîtriser à l'époque, Gamelin est la triste incarnation d'un système malade, miné, usé, fini.
Il serait évidemment injuste de lui faire porter la seule responsabilité de l'effondrement de la France en 1940. Celui-ci est le résultat de l'irresponsabilité chronique manifestée par les politiciens de droite et de gauche qui se sont succédé au pouvoir dans l'entre-deux-guerres. Impréparation matérielle et technique, irréalisme d'une politique étrangère à la remorque de l'Angleterre, poids de groupes de pression dont le dernier des soucis était l'intérêt de la France ... Le réveil ne pouvait être que tragique.
P V National Hebdo du 25 avril au 1er mai 1996

Nationalisme et lutte des classes, une histoire de marins

On connaît plutôt bien le drame des mutins du Kronstadt. Tiraillés par la faim et le dirigisme cruel des nouveaux maîtres du Kremlin, les marins jusque là fidèle soutien des bolcheviks s'agitent. Le 28 février 1921, un appel part du cuirassé Petropavlosk, les matelots réclament une troisième révolution après celle de février et d'octobre 1917. Lénine comprend vite tout le danger que représente ce foyer de contestataires pour un nouveau pouvoir encore fragile, malgré le reflux de la réaction blanche. Pour éviter toute contagion, il charge Trotsky et son Armée rouge d'étouffer la sédition - le même Trotsky qui tenait les ouvriers et marins de Kronstadt pour « la fierté et la gloire de la révolution russe ». Toukatchevsky est chargé de la besogne tactique, il prends d'assaut le port-forteresse à travers les eaux gelées du golfe de Finlande. Après deux semaines de combats acharnés les rebelles sont finalement écrasés, ceux qui échappent au carnage sont parqués comme des bêtes dans les camps finlandais (1).
C'est pour éviter d’autres soulèvements de cette eau que Lénine décide de sortir du communisme de guerre et de distiller, à travers la NEP (Nouvelle économie politique), un libéralisme homéopathique. La révolte de Kronstadt reste un point de référence fondamental pour la plupart des courants libertaires (2), il demeure en tous cas comme une plaie qui tourmente l'extrême gauche militante...
On connaît par contre beaucoup moins bien l'épopée d'autres hommes de la mer, qui connurent certes une fin moins sanglante, mais non moins tragique.
Les marins anarchistes soutiennent Fiume
Au sortir de la première phase de ce que nous pouvons appelé avec Ernst Nolte la « guerre civile européenne », le continent vit dans le tumulte fiévreux du droit des peuples, dans la ligne des préceptes de Wilson. Une majorité de la ville de Rijeka/Fiume (3) réclame à ce moment une traduction politique de son attachement culturel à l'Italie. Si la cité est occupée par un corps expéditionnaire de l'Entente (pour laquelle s'est finalement décidée la monarchie italienne en 1915), les grenadiers de Sardaigne, chauds partisans du rattachement, ont été éloignés de Fiume. Mais les anciens combattants patriotes n'en restent pas là, le 31 août 1919 par le serment de Ronchi, ils jurent que Fiume restera à l'Italie. Sur la route du retour soldats démobilisés, déclassés et aventuriers de toutes espèces se joignent aux grenadiers. Ils sont vingt-mille en arrivant à Fiume, une grosse division bientôt rejointe par le Dante Alighieri et l'Emmanuel Filiberto, bâtiments de la marine italienne ralliés à la cause et par une myriade d'aviateurs, tant militaires que civils, qui amènent leurs appareils. Il faut un chef à cette troupe disparate et c'est le francophile Gabriele d'Annunzio, poète et aventurier, qui met sa verve au service de cette « légion déglinguée ».
Le principal problème des insurgés est d'inscrire leur coup de force dans la durée. Nous ne sommes déjà plus à l'époque où les hommes pouvaient se contenter de « vivre sur le pays ». Si les nationalistes fournissent le gros de la troupe, ce sont les syndicalistes interventionnistes (4) qui s'attachent à l'intendance. Alceste de Ambris, ami de D'Annunzio mais aussi de Malatesta (5), le disciple de Bakounine (6), se joint à la lutte fiumaine. C'est un autre ami de De Ambris qui s'occupera plus concrètement du ravitaillement de la ville portuaire : le capitaine Giuletti, secrétaire général des syndicalistes révolutionnaires de la Fédération des travailleurs de la mer. En octobre, les marins anarchistes détournent de sa route vers Vladivostok le cargo Persia, rempli d'armes initialement destinées à l'amiral blanc Koltchak.
L'entourage de gauche du comandante n'est pas sans influence sur l'écrivain nationaliste qui déclare vouloir faire de Fiume « le point de départ de la révolution mondiale ». Ils le prennent d'ailleurs au mot et début 1920 ce sont les anarchistes, les anarcho-syndicalistes et les syndicalistes révolutionnaires qui les premiers le pressent d'effectuer la marche sur Rome qui abattra cet ordre bourgeois honnis par tous les rebelles de Fiume, quelques soient leurs origines politiques. Les fascistes mettront l'idée en pratique, mais ils n'en auront pas la paternité...
Mussolini joue d'ailleurs un rôle ambivalent dans l'aventure de Fiume. Si son journal Il Popolo d'Italia soutient les insurgés, il voit en D'Annunzio un dangereux rival. Il détourne la souscription du quotidien au seul profit de ses troupes et évente les initiatives des rebelles en leur « offrant » une précoce publicité.
Depuis le 20 septembre 1920, devant le manque de soutien de l'état italien (qui veut bien de Fiume mais guère d'une révolution des extrêmes coalisés), Gabriele d'Annunzio a élevé le territoire en état indépendant : la régence de Quarnero (Kvarner pour les Croates), où il affermit son pouvoir personnel. Autre déconvenue, l'aile gauche des fiumains qui veut lier le mouvement à la grève générale des cheminots, se heurte au refus du PSI et de la CGL, peu enclins à s'associer à la racaille légionnaire. La population commence elle aussi à se détacher des mutins. De foyer révolutionnaire elle dégénère selon les propre mots de Malaparte en « une seigneurie italienne de la Renaissance, troublée par les luttes intestines, tarée par l'ambition ». Si D'Annunzio semble enclin à collaborer, au moins tactiquement, avec les forces de la gauche radicale (à l'inverse de l'ancien socialiste Mussolini), il ne possède pas cet esprit moderne de calcul, froid et révolutionnaire, que le chef du fascisme a hérité de ses classes marxistes. L'aventure se termine misérablement à la toute fin de l'année 1920, dispersée par l'armée italienne. C'est la fin sans gloire de la Fiumana (7)...
Les vieux-nationalistes de la botte ont en fait mal suivi, effrayés par les escadrons de déclassés nourris d'injustices et porteurs de progrès social. Effrayés comme la bourgeoisie giolittienne (8) par la faune de Fiume : Bersaglieri démobilisés et caïmans de la Piave, aux passés judiciaires aussi noirs que leurs chemises. La grande fluidité des idées et des forces dans l'immédiat après-guerre explique que ce que nous considérons comme des radicalités inconciliables aient pu cohabiter un temps. Partage des eaux politiques par la suite ou dérive d'un fascisme allié aux puissances réactionnaires de l'armée, de l'Eglise et de l'argent ? Reste les grandes messes où le chef communie avec son peuple, style dont le fascisme usera et abusera. Reste surtout de Fiume un « nationalisme d'un style nouveau, teinté de préoccupations sociales, qui est le produit de la guerre » (9). Il se traduit dans la charte hybride de Quarnero, composée à quatre mains par D'Annunzio et De Ambris (10). Si elle est d'inspiration corporatiste, elle affirme cependant la primauté du travail sur la propriété privée des moyens de production et limite le droit de propriété en général à l'intérêt de la communauté. Les hiérarques de Mussolini, véritable Janus de Fiume, s'en inspireront pour la charte du travail de 1927 du fascisme-régime.
L’esprit de Fiume se retrouve dans le conseillisme allemand
Cette socialisation et cet esprit « au dessus des syndicats et des vieux partis », on les retrouve dans le conseillisme de deux allemands : Heinrich Laufenberg et Fritz Wolffheim. C'est parmi les ouvriers des chantiers navals et les marins du port d'Hambourg que les deux amis trouvent le plus d'échos et un soutien fidèle. Mais leur influence sur l'histoire du communisme allemand a été bien plus grande, bien qu'elle fût courte et antérieure à leur période nationaliste (11).
Apôtres des conseils et héritiers de Lassalle (12) autant que de Marx, ils s'opposent naturellement à ceux qui veulent faire du KPD (Kommunistiche Partei Deutschland/Parti communiste allemand) un parti-régiment sur le mode léniniste, négligeant l'expression organique de l'organisation ouvrière que sont les conseils d'ouvriers et de soldats. En avril 1920, ils participent à la fondation du KAPD (Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands/Parti communiste ouvrier allemand). Plus de la moitié des 107.000 adhérents du KPD leur emboîtent le pas. Leur fief de Hambourg dépasse même en effectif la section de Berlin. Si leur courant n'est pas le seul du nouveau parti, ce sont néanmoins deux meneurs de premier plan, qui contrôlent avec le KA-Z (Kommunistische Arbeiter-Zeitung/Le Journal du travailleur communiste) le principal organe de presse du parti. Le KPD et l'Internationale communiste (13) ne les ménagent pas. Ils attaquent aussitôt les hambourgeois, notamment sur un de leur thème de prédilection : la guerre populaire révolutionnaire face aux puissances capitalistes de l'Entente. Après trois mois, le KAPD se désolidarise de ses deux chefs (14), la pression de l'IC ne contribuant pas à apaiser les débats internes. Malgré cette déconvenue, leur succès ne se dément pas chez les prolétaires de la mer.
C'est donc l'Union des marins qui constitue le public privilégié et le bras militant des thèses de la Ligue des communistes, créée fin juillet 1920 et officialisée le 9 août, suite au divorce des hambourgeois et du KAPD. Déjà de février à mars (les deux de Hambourg sont encore des « gauchistes » au sein du KPD) ses marins ont refusé de livrer leurs navires de commerce, sacrifiés à la paix de Versailles et à l'appétit des vainqueurs. Puis le 27 mai, les délégués du KAPD au Comité exécutif de l'Internationale (15) ont fait de leur voyage un coup d'éclat. Ils se sont emparés du chalutier Sénateur Schröder et l'ont détourné vers Mourmansk. Le bateau est aussitôt rebaptisé : Laufenberg (16). La fronde navale des communistes du port de Hambourg fait grand bruit dans l'Allemagne de Weimar: Les rapports de Police se multiplient. Ils estiment (non sans excès et alarmisme) qu'à Berlin même, 50.000 des 60.000 ouvriers communistes suivraient ou seraient sensibles à la voie de Wolffheim et Laufenberg. La France qui craint, comme l'a écrit Bainville dans L'Action française le « chantage au Bolchevisme », en réponse au diktat de Versailles surveille également leurs déclarations publiques.
Les contacts des deux conseillistes avec les éléments révolutionnaires du nationalisme se précisent à partir du printemps. Ils sont sans doute les premiers à avoir utilisé le terme « national révolutionnaire » pour les désigner. Comme ils l'écrivent alors dans Moscou et la révolution allemande : « Le mouvement national révolutionnaire et le mouvement social-révolutionnaire en sont réduits l'un à l'autre ; ils n'ont pas d'organisation commune, mais leur réalisation politique se réalise dans la pratique » (17). La « soudure » avec la révolution conservatrice s'opère par la création avec l'écrivain nationaliste A.E Günther d'une Association libre pour l'étude du communiste allemand. Elle est dans les milieux intellectuels et militaires de Berlin, ce que la Ligue des communiste est aux ouvriers de Hambourg ; concrétisant ainsi l'alliance lassallienne du prolétariat et des classes moyennes paupérisées. Le 25 septembre 1920, sous son impulsion, l'Union des capitaines et officiers de la marine de commerce se mue lors d'un de ses congrès en Association unique des gens de mer. Les cadres navigants, contraints de battre le pavé après la livraison de la flotte commerciale, font cause commune avec leurs matelots. Son trésorier, le capitaine Giesler, y discute de la création d'une « marine rouge » et de l'organisation de la défense côtière. Les armateurs et les milieux d'affaires déchaînent leur presse contre cette affront de la « nation rouge ». Mais, isolé du mouvement ouvrier allemand par le KPD, soutenant l'empire soviétique qui les condamne par la voix de l'Internationale, l'impact des deux amis décline rapidement. Détestés par les milieux bourgeois comme par les socialistes, c'est tout naturellement la sociale-démocratie qui a tout à craindre de ces idées qui menacent de se muer en force nouvelle.
Laufenberg, déjà malade, s'éteindra en 1932. Wolffheim continuera d'exercer une nette influence dans ce qui est cette fois, à proprement parler, le national-bolchévisme de la Révolution Conservatrice. Détesté depuis toujours par les milieux völkisch pour ses origines juives, Wolffheim sera assassiné par un camp de concentration (18) du nazisme-régime.
Contrairement à ce dernier, les Hambourgeois n'ont jamais accepté de lier leur sort à la réaction capitaliste, même tactiquement, même pour un temps. Leur foi en la spontanéité des conseils les a poussé à rejeter tout ce qui, à leurs yeux, divise le peuple : syndicats et partis. Leur assimilation du prolétariat à l'écrasante majorité du peuple explique qu'ils ont emprunté au vocabulaire nationaliste l'expression Volksganz : « tout national ». Dans l'URSS de Staline, on parlera « d'état du peuple entier ». Enfin leur théorie de la « guerre populaire révolutionnaire », lutte de libération et non agression impérialiste, leur a permis de converger avec certains milieux de l'armée qui cherchaient la rupture avec une paix humiliante. Loin de vivre dans la crainte de la patrie bolchevique, les militaires allemands ont, en effet, longtemps souhaité l'alliance avec la Russie révolutionnaire (19), notamment contre la Pologne. La décolonisation et ses guerres de libération nationale ont offert une gloire posthume aux deux alchimistes d'un communisme dans la nation. Comme l'a si justement écrit Sébastien Haffner : « La révolution socialiste [du Tiers-Monde] porte partout le drapeau nationaliste » (20).
Le nationalisme progressiste des marins
Que le port et ses hommes soient un foyer d'agitation et une matrice de révolutionnaires, l'Histoire nous en livre des exemples nombreux. Le célèbre muet : Cuirassé Potemkine d'Eisenstein, le cinéaste de Staline, a immortalisé un de ses « orages » à l'écran. Outre l'armée des marins, l'économie capitaliste et son souci rationnel a rapproché les industries de l'arrivée des matières premières, augmentant encore la concentration prolétarienne. Véritable baril de poudre social au premier rang des bouleversements économiques ; des travailleurs à l'esprit de corps et de classe n'hésitent pas à placer une mèche à son sommet. Quant au communisme national des marins de Hambourg et au nationalisme social des flibustiers de Fiume, est-ce plus qu'un hasard ? La préoccupation sociale est une relative innovation du nationalisme des fascismes, même si elle est finalement marginale. Volonté de progrès sincère ? Probablement pour une partie d'entre eux, souvent des socialistes transfigurés par l'expérience de la guerre. En tous les cas cet aspect social a constitué un précieux outil de propagande à destination des masses. Si cette cohabitation dans la misère et la peur des tranchés entre les soldats, paysans et ouvriers, et leurs modestes officiers explique la rencontre du nationalisme et du socialisme ; qu'en est-il de la figure du marin dans cette équation ? Près de nous, la prise de contrôle du Pascal Paoli par les militants du Syndicat des travailleurs corses, lié au nationalisme insulaire, pèse dans le débat. On trouve un début de réponse dans l'organisation hiérarchisée, organique, d'un navire, à la manière d'une unité militaire. Ce qui explique la dimension sociale du nationalisme soldatique (d'Ernst Röhm aux Croix-de-Feu), explique sans doute le nationalisme progressiste de ces marins. En tous les cas si De Ambris et Wolffheim avaient triomphé en lieu et place de Mussolini et d'Hitler, l'Europe aurait écrit une page de son histoire moins tragique...
notes
1 - A lire, l'excellent livre de Jean-Jacques Marie, Cronstadt, Fayard, 2005.
2 - Quoique pas tous, il s'est trouvé des anarchistes pour justifier ce massacre.
3 - Rijeka est le nom slave de ce qui est aujourd'hui la troisième ville de Croatie. Elle est appelé Fiume par les italiens et les hongrois. Les deux toponymes dérivent du mot « rivière ».
4 - Partisans de l'intervention italienne au côté de la France, la Russie et l'Angleterre dans la première guerre mondiale. L'aile gauche de l'interventionnisme est principalement représentée par le syndicat UIL (Unione Italia del Lavoro/Union italienne du travail), dont Alceste de Ambris est un des leaders. Il s'oppose au « pacifisme révolutionnaire » du PSI (Partito Socialista Italiano/Parti socialiste italien) et de la centrale syndicale majoritaire, la CGL (Confederazione Generale del Lavoro/Confédération générale du travail). Il constitue peu ou prou l'expression syndicale du premier fascisme (les débuts des Faisceaux Italiens de Combat), républicain, social et révolutionnaire, dit aussi « 19eiste » (de 1919).
5 - Malatesta, rentré d'exil courant 1920, soutiendra également la cause fiumaine, mais avec une arrière pensée que n'avait sans doute pas De Ambris : se débarrasser en cours de route des nationalistes... La franc-maçonnerie italienne compta également nombre d'adeptes du rattachement de Fiume à l'Italie, par idéal jacobin.
6 - Même si il critique l'idéalisme au nom de l'anarchisme, Bakounine ne cache pas dans Dieu et l'Etat sa sympathie pour Mazzini et Garibaldi.
7 - Sur le sujet : Albert Londres, D'Annunzio conquérant de Fiume, Julliard, 1990.
8 - Giovanni Giolitti est l'homme d'état symbolique de l'Italie libérale de la première partie du XXe siècle. Il essaya de canaliser le fascisme comme il l'avait fait avec le socialisme.
9 – Page 53 de Pierre Milza et Serge Bernstein, Le Fascisme italien 1919-1945, Seuil, 1980.
10 - Ils seront sollicités pour figurer sur une liste du Bloc national (qui associe les fascistes aux libéraux et aux conservateurs) aux élections du 15 mai 1921 (avant la création du PNF en novembre). Les deux amis refuseront. Alceste de Ambris devra fuir l'Italie pour la France en 1926, Gabriele d'Annunzio apportera un soutien critique au régime fasciste (on peut cependant rapprocher son attitude de « l'exil intérieur » d'Ernst Jünger sous le nazisme). Il meurt en 1938.
11 - On associe trop souvent l'épithète national-bolchévique aux deux leaders de Hambourg. Le terme est impropre puisque justement leur tendance s'oppose au spartakisme « bolcheviste », accusé par Laufenberg et Wolffheim de putchisme et de trop subordonner le destin de la révolution allemande à la sauvegarde du seul pays déjà socialiste (qu'ils soutiennent néanmoins). Louis Dupeux, dont la thèse est la somme la plus complète sur le national-bolchevisme et ses acceptations, qualifie leur idéologie de « nationalisme communiste ». Puisqu'ils ont mûri un développement nationaliste sur une base communiste, il est juste sur un plan historiographique autant que politique de les considérer comme des communistes nationaux, au moins pour l'époque de leur collaboration.
12 - Ferdinand Lassalle (1825-1864, il fût tué lors d'un duel) est l'adversaire de Marx et d'Engels au sein du socialisme allemand (Marx lui reprochant, entre autres choses, son dialogue avec Bismarck). Son influence la plus notable et la plus durable est sa conception « élargie » du prolétariat qui mord largement sur les classes moyennes. L'ennemi du peuple (le prolétariat regroupant 89% voir 96,25% de la population selon lui) se réduit alors à une mince couche d'exploiteurs et d'ultra-capitalistes. On peut rapprocher sa formule des différents Front populaire qui ont triomphé en Europe longtemps après sa mort.
13 - Lénine n'épargne pas les deux camarades dans sa Maladie infantile du communisme (ainsi qu'Erler, un pseudonyme de plume de Laufenberg, ce que l'homme d'Octobre ignore). Karl Radek, représentant de l'Internationale communiste en Allemagne, n'est pas moins avare de critiques, et ce bien avant leur évolution « nationaliste ».
14 - L'histoire « autorisée » du KAPD de B. Reichenbach (Zur Geschichte der KAPD) fait tout pour minimiser, voir occulter, le courant national-communiste.
15 - Même séparé du KPD, le KAPD reste jusqu'en 1921 sympathisant de l'Internationale.
16 - Reichenbach rapporte le fait d'armes mais se garde de rappeler le changement de patronyme.
17 - Cité p.137 in Louis Dupeux, Stratégie communiste et dynamique conservatrice, Paris/Lille, 1976. On songe évidemment à Ernst Jünger : « Toutes les forces révolutionnaires à l'intérieur d'un même Etat sont alliées invisiblement, malgré leur opposition mutuelle. L'ordre est de ce fait l'ennemi commun ».
18 - Funeste démenti à la Centralverein deutscher Staatbürger jüdischen Glauben, la grande centrale des juifs allemands accusait Wolffeim de collusion avec les nazis. p. 90 de Jean Pierre Faye, Langages totalitaires, Hermann, 2004.
19 - Le traité de Rapallo du 16 avril 1922 entre l'Allemagne et l'URSS en est une ébauche. L'hostilité double aux communistes et aux russes slaves est donc une particularité du nazisme. La Révolution Conservatrice allemande et l'armée étant plutôt favorable à une collaboration avec la république des soviets.
20 - Page 294 in Profils Prussiens, Gallimard, 2003, également repris page 55 de l'excellente préface d'Alain de Benoist aux morceaux choisis de l'œuvre de Niekisch (aux éditions Pardès).
http://www.voxnr.com/

mercredi 4 février 2009

LES ÉLÉMENTS MYSTIQUES DES ASPIRATIONS RÉVOLUTIONNAIRES

Quand on recherche les sources des théories révolutionnaires qui agitent le monde, on constate que, derrière leurs formes diverses : communisme, socialisme, syndicalisme, dictature du prolétariat, etc., se trouvent une illusion mystique commune et des sentiments identiques.
L'illusion mystique, dont nous étudierons bientôt la genèse, a pour conséquence cette conviction que l'ouvrier, étant plus capable que le bourgeois de diriger l'Etat et les entreprises industrielles, doit, comme en Russie, prendre sa place.
Les sentiments servant de soutiens aux nouvelles doctrines sont, chez les chefs, l'ardente ambition de s'emparer d'un fructueux pouvoir, chez les simples fidèles la haine jalouse de toutes les supériorités.
Cette haine des supériorités fut très typique en Russie et se manifesta nettement dès les débuts de sa révolution. Les intellectuels, dont la disparition révèle aujourd'hui l'importance sociale, furent aussi persécutés et massacrés que les capitalistes. Innombrables sont les faits analogues à celui observé après la prise de Bakou, lorsque les bolchevistes mirent à la tête de l'Université un ancien portier assisté de garçons de salle illettrés et de manœuvres.
D'une façon générale, on peut dire que toutes les aspirations populaires qui se manifestent en Europe représentent surtout une lutte contre les inégalités de l'intelligence et de la fortune que la nature s'obstine à créer.
Les idées condensées dans la formule : dictature du prolétariat, sont devenues l'évangile de masses ouvrières dont ce titre flatte la vanité. Le pouvoir - qu'elles ont acquis, grâce aux syndicats et aux grèves leur semble un pouvoir souverain devant lequel tous les autres doivent plier. Dans la société future, le manœuvre seul serait roi.
L'insuccès des expériences des dictatures populaires et notamment du communisme dans divers pays n'a pas du tout converti les adeptes de ces doctrines.
L'étonnement causé par cette constatation prouve que le mécanisme de la crédulité populaire est encore assez méconnu. Il ne sera donc pas inutile d'en rappeler brièvement la genèse.
Au premier abord, les nouvelles doctrines paraissent avoir pour uniques soutiens des appétits très matériels, puisqu'il ne s'agit, en apparence, que de dépouiller une classe au profit d'une autre.
Ces dogmes et l'évangile communiste qui leur sert de code s'appuient bien en effet sur des intérêts matériels, mais ils doivent leur force principale à des éléments mystiques, identiques à ceux qui, depuis les origines de l'Histoire, ont dominé la mentalité des peuples.
Malgré tous les progrès de la philosophie, l'indépendance de la pensée reste une illusoire fiction. L'homme n'est pas conduit seulement par des besoins, des sentiments et des passions. Une croyance est nécessaire pour orienter ses espérances et ses rêves. Jamais il ne s'en est passé.
L'antique mysticisme il conservé toute sa puissance. Ses manifestations n'ont fait que changer de forme. La foi socialiste tend à remplacer les illusions religieuses. Dérivée des mêmes sources psychologiques, elle se propage de la même façon.
J'ai déjà montré longuement, ailleurs, que le mysticisme, c'est-à-dire l'attribution de pouvoirs surnaturels à des forces supérieures : dieux, formules ou doctrines, constitue un des facteurs prédominants de l'Histoire.
Il serait inutile de revenir ici sur des démonstrations qui m'ont servi, jadis, à interpréter certains grands événements, tels que la Révolution française et les origines de la dernière guerre. Je me bornerai donc à rappeler que la domination de l'esprit par les forces mystiques peut seule expliquer la crédulité avec laquelle furent admises à tous les âges les plus chimériques croyances.
Elles sont acceptées en bloc sans discussion. Dans le cycle du mysticisme où s'élabore la foi, l'absurde n'existe pas.
Dès que, sous l'influence des éléments de persuasion que je résumerai plus loin, la foi dans une doctrine nouvelle envahit l'entendement, elle domine entièrement les pensées du convaincu et dirige sa conduite. Ses intérêts personnels s'évanouissent. Il est prêt à se sacrifier au triomphe de sa croyance.
Certain de posséder une vérité pure, le croyant éprouve le besoin de la propager, et ressent une haine intense à l'égard de ses détracteurs.
L'interprétation d'une croyance variant, naturellement, suivant la mentalité qui l'accepte, les schismes et les hérésies se multiplient bientôt, sans ébranler d'ailleurs les convictions du croyant. Ils ne sont pour lui qu'une preuve de la mauvaise foi des adversaires.
Les défenseurs de chaque secte nouvelle dérivée d'une croyance principale éprouvent bientôt les uns pour les autres une aversion aussi forte qu'envers les négateurs de leurs doctrines. Ces haines entre croyants sont d'une extrême violence et vont bientôt jusqu'au besoin de massacrer leurs adversaires.
On peut juger des sentiments que professent entre eux les défenseurs de doctrines à peu près identiques séparées seulement par quelques nuances, en lisant le compte rendu suivant de la séance d'ouverture d'un récent Congrès syndicaliste de Lille, rapporté par un rédacteur du Matin.
« J'ai encore devant les yeux le spectacle indescriptible d'une salle en furie, semblable à une mer déchaînée qui emporte tout sur son passage. Je revois les faces exaspérées de colère, les bouches vomissant des injures, les matraques tournoyantes. J'ai l'oreille pleine des hurlements des combattants, des cris des blessés, des injures échangées et du bruit des revolvers. De ma vie je n'ai assisté à pareil débordement de haines. »
Ce ne sont guère, du reste, que les extrémistes de chaque doctrine qui arrivent à ces fureurs. Ils se recrutent parmi des dégénérés, des faibles d'esprit, des impulsifs. Leurs violences sont grandes, mais leur personnalité si vacillante qu'ils éprouvent un impérieux besoin d'être guidés par un maître.
Ces dégénérés représentent les plus dangereux des extrémistes. On a remarqué que, pendant la domination des communistes en Hongrie, les principaux agents du dictateur Bela Kuhn étaient recrutés parmi des habiroux atteints de tares physiques répugnantes. La foi nouvelle, qui permettait de faire périr dans d'affreux supplices les plus éminents citoyens, leur fournissait un excellent prétexte pour se venger des humiliations auxquelles la dégénérescence condamne ses victimes.
Dès qu'une croyance mystique, si absurde qu'on la suppose, est établie, elle attire bientôt une foule d'ambitieux avides et de demi-intellectuels sans emploi. Avec les doctrines les moins soutenables, ils édifient facilement des institutions sociales théoriquement parfaites.
A l'époque où la civilisation était peu compliquée, les illusions mystiques n'avaient pas de bien fâcheuses conséquences. Dans l'ancienne Egypte, les institutions dérivées de l'adoration du crocodile ou de divinités à tête de chien s'adaptaient facilement à une civilisation locale très simple, où les difficultés de la vie étaient minimes et les relations extérieures presque nulles.
Il en est tout autrement aujourd'hui. Avec les progrès de l'industrie et les relations entre peuples, la civilisation devient formidablement compliquée. Dans cet édifice, dont l'entretien exige des capacités techniques supérieures, les chimériques fantaisies des rêveurs ne peuvent engendrer que ruines et carnages.
Le besoin d'une foi mystique est le terrain sur lequel germent les croyances. Mais comment s'établissent et se propagent ces croyances ?
L'erreur, aussi bien, du reste, que la vérité, ne se fixent jamais dans l'âme populaire au moyen de démonstrations rationnelles. Elles sont acceptées en bloc sous forme d'assertions qui ne se discutent pas.
Ayant longuement insisté ailleurs sur le mécanisme de la formation des croyances, je me bornerai à rappeler qu'elles se forment sous l'influence de quatre éléments psychologiques fondamentaux : l'affirmation, la répétition, le prestige et la contagion.
Dans celle énumération, la raison ne figure pas, à cause de sa faible influence, sur la genèse d'une croyance.
L'affirmation et la répétition sont les plus puissants facteurs de la persuasion. L'affirmation crée l'opinion, la répétition fixe cette opinion et en fait une croyance, c'est-à-dire une opinion assez stabilisée pour rester inébranlable.
Le pouvoir de la répétition sur les âmes simples - et souvent aussi sur celles qui ne sont pas simples - est merveilleux. Sous son influence, les erreurs les plus manifestes deviennent des vérités éclatantes.
Heureusement pour l'existence des sociétés, les moyens psychologiques capables de transformer l'erreur en croyance permettent aussi de faire accepter la vérité sous forme de croyance. Les défenseurs de la vieille armature sociale qui nous soutient encore l'oublient trop souvent.
Pour transformer en croyances - puisqu'elles ne peuvent s'imposer autrement - les vérités économiques et sociales sur lesquelles la vie des peuples repose, les apôtres de ces vérités doivent se résigner à l'adoption des seules méthodes de persuasion capables d'agir sur l'âme populaire. Aux affirmations violentes et répétées de l'erreur, ils doivent opposer des affirmations aussi violentes et aussi répétées de la vérité, opposer surtout des formules à des formules.
C'est avec des méthodes analogues que les fascistes italiens contribuèrent à endiguer le flot communiste qui menaçait de submerger la vie industrielle de leur pays, et contre lequel le gouvernement se reconnaissait impuissant.
Plusieurs sociétés modernes font songer à cette époque de décadence où, reniant ses dieux et abandonnant les institutions qui avaient assuré sa grandeur, Rome laissa détruire sa civilisation par des barbares sans culture, n'ayant d'autre force que leur nombre et la violence de leurs appétits.
Les grandes civilisations périssent dès qu'elles ne se défendent plus. Celles, déjà nombreuses, qui ont disparu de la scène du monde furent surtout victimes de l'indifférence et de la faiblesse de leurs défenseurs. L'Histoire ne se répète pas toujours, mais les lois qui la régissent sont éternelles.
Gustave Le Bon

mardi 3 février 2009

Chine : les sales affaires de Chirac

Pour quelques contrats supplémentaires, la Chine communiste a acheté le silence et la connivence de Jacques Chirac sur les violations manifestes des libertés. Un exercice aisé pour celui qui reste le meilleur avocat des tyrannies rouges.
« Poliment et discrètement ». On n'est jamais assez révérencieux avec les Chinois quand on s'appelle Chirac et qu'on est fasciné par « la culture chinoise, la recherche de l'harmonie entre l'homme et la nature ». Les droits de l'homme ? Le locataire de l'Élysée y a consacré quelques minutes de manière polie et discrète. Pékin la Rouge n'est pas Vienne la Noire et Chirac n'a qu'un ennemi absolu : « le fascisme ». Les droits de l'homme au nom desquels Chirac avait voulu mettre l'Autriche en quarantaine après l'entrée au gouvernement du FPOe n'ont pas la même valeur au cœur de l'Empire rouge. En trois déplacements à Pékin depuis son accession à l'Élysée, Chirac n'a jamais tenu compte des multiples rapports alarmistes des organisations des droits de l'homme sur lesquels il ne cesse pourtant de s'appuyer pour dénoncer sous d'autres latitudes les moindres dérives droitistes ou considérées comme telles.
✑ Droits de l'homme bafoués
Les droits de l'homme, dont on sait que régime communiste de Pékin ne veut en aucun cas entendre parler, et qui ne sont pas améliorés en 2003 selon Amnesty International, n'auront pas terni le voyage chiraquien ni perturbé la signature de quelques contrats. Chirac était avant tout en Chine pour faire des affaires et renouveler sa confiance à la nouvelle direction chinoise. Ce qu'il a fait sans se prier allant au-delà des espoirs de Ju Huntao, nouvel homme fort du régime communiste.
Vingt-quatre heures avant son arrivée à Pékin, le président de la République, en déplacement à Hanoï, cette autre « démocratie populaire » d'Asie, appelait à une « levée le plus vite possible » de l'embargo « d'un autre temps » sur les ventes d'armes à la Chine, embargo décidé par les Européens après l'abominable massacre d'un millier de manifestants sur la place Tien An Men en juin 1989 et justifié par le gouvernement chinois au nom de la stabilité du régime (donc de la pérennité de la dictature communiste) et de l'intérêt supérieur du Parti communiste chinois. Insoutenable pour les familles des victimes et les défenseurs de la liberté d'expression et politiquement irresponsable pour Taiwan qui vit depuis des années sous la menace de 600 missiles pointés sur ses côtes. En mars 2004, Chirac avait déjà ostensiblement pris parti pour les communistes chinois en jugeant «dangereuse» et «irresponsable» l'organisation par Taiwan d'un référendum devant approuver une politique d'armement pour faire face à la menace chinoise. A Pékin, le locataire de l'Élysée a enfoncé le clou, affirmant que « la France comprend parfaitement la position exprimée par le président Hu, c'est-à-dire un pays, deux systèmes ». Ce qui revient explicitement à reconnaître le bien-fondé du régime communiste, à le dédouaner de ses innombrables manquements au respect de la dignité humaine et à encourager l'impérialisme agressif de Pékin vis-à-vis de l'île nationaliste.
Point d'orgue et illustration de cette longue et honteuse compromission de Chirac avec le régime liberticide de Pékin, le silence sépulcral de l'Élysée après la volonté exprimée par la Chine de renforcer l'éducation idéologique des étudiants pour leur inculquer « un idéal commun et la foi dans la poursuite de la voie socialiste aux caractéristiques chinoises sous la direction du Parti communiste chinois ». Affligeant !
✍ Eric Domard Français d'Abord novembre 2004