samedi 1 mars 2008

Vision chrétienne de la patrie



Dans certains milieux, christianisme et patrie, catholicisme et patrie, paraissent être des réalités qui ne peuvent pas être juxtaposées.
Nombreux sont ceux qui se demandent si un chrétien peut être en même temps patriote. L’amour de la patrie serait-il une forme d’égoïsme, quelque chose qui nous empêcherait de vivre l’universalité du catholicisme ? Le catholique étant universel, il se doit d'être ouvert à tous les hommes, de les aimer tous, même ses ennemis.

Un chrétien peut-il être patriote ?
C’est d’abord à cette difficulté qu'il faut répondre. D'autant que cette objection ne se présente pas seulement dans les milieux catholiques.
Tout au long des deux dernières décennies, l'internationalisme, l’universalisme utopique, s’est répandu dans différents milieux. Il y a quelques années, Mgr Blanchet, directeur de l’Institut Catholique de Paris, posait déjà la question lors d’une conférence sur le thème de "Patrie et Catholicisme". Sa thèse était la suivante : pour les "modernes", la patrie n’est qu’une structure archaïque et périmée.
Cette thèse, adoptée par certains théoriciens catholiques dits "modernistes", est le produit d’une anarchie sentimentale, d'une inconsistance doctrinale qui n'a rien à voir avec ce qui lui sert d'argumentation psychologique : la charité.
Mais le catholicisme n’est pas un idéalisme sans charité, ni un sentiment sans fondements précis.
Et cette idée de la nécessaire disparition des patries pour un plus grand développement du christianisme débouchera en fait sur un ensemble d’hommes sans héritage, d’individus sans caractères concrets, spécimens impersonnels d’une humanité anonyme. Cet idéal humain sera celui d’un vaste camp de personnes déplacées, indéfiniment déplacées, une immense organisation d’apatrides, cet idéal ne cache qu’une pudeur pharisaïque, un pédantisme distant qui empêche de voir combien est grande la désolation de tout être privé de patrie.
Mgr Blanchet posait le problème en même temps qu'il y répondait. Cette question a également été soulevée en Argentine par Mgr Enrique Rau, qui fut évêque de Mar del Plata et l’un des grands théologiens qu’a eu l’épiscopat argentin.
Mgr Rau écrivait déjà en 1952 un article sur la théologie de la patrie, publié dans la revue de théologie du séminaire de Mar del Plata. Dans cet article il posait ainsi le problème : "Nous sommes en présence d’un fait alarmant : le sens de la patrie s'affaiblit dans le monde entier. Comment nous étonner de ce phénomène ? Le sens de la patrie suppose l’existence du sens de la tradition vivante, le sens du sacré, et le sens de Dieu. Un monde qui se laïcise perd peu à peu tout sens de l’humain et du divin. Dans un monde qui dédaigne, ou même méprise, la mission sacrée du père de famille, qui ne valorise pas la paternité, image visible de la paternité de Dieu, peut-on parler de respect de la patrie ?".
Aujourd’hui, la notion même de patrie est remise en question. Précisément, dans un monde sécularisé qui perd le sens du sacré, qui perd le sens de la paternité humaine et surtout de la paternité divine, c’est le concept même de paternité qui est en pleine déréliction.
Mgr Rau pose alors cette interrogation : "Le monde moderne prétend découvrir le sens de l’universel. Par ailleurs, la charité nous demande d’aimer tous les hommes, amis ou ennemis, compatriotes et étrangers. Alors se pose le problème qui est abordé par de nombreux groupes d’intellectuels : devons-nous voir dans la notion de patrie un concept médiéval, devenu trop étroit pour notre XX° siècle qui a une conscience plus large due au fait des Nations Unies ? Ne devons-nous pas voir dans l’amour de la patrie un égoïsme que réprouve la morale ? En un mot, un vrai chrétien peut-il pratiquer le culte de la patrie ?".
La première des réponses à cette question essentielle nous est offerte par Mgr Rau lui-même: "Les théologiens et les pontifes, surtout ces derniers temps, nous ont donné des enseignements très clairs et nous ont prévenus contre certaines déviations, il est bon de rappeler leur doctrine : le culte de la patrie est un acte de vertu, de piété, subordonnée à la vertu de la religion, principe de vie et représentante de Dieu pour nous gouverner, non dans un sens métaphorique ou romantique, mais dans le sens propre que précise Saint Thomas et après lui tous les théologiens dans l’étude de la vertu de la justice et de la religion".
Et plus loin il nous dit : "Il est impossible de nier la source religieuse de ce culte et son lien étroit avec le vrai culte de Dieu. Source religieuse naturelle dont eurent conscience les peuples anciens, fidèles aux prescriptions de la loi morale comme l’a exprimé Pie XI et a fortiori source surnaturelle pour nous chrétiens. La référence à Dieu, pour implicite qu’elle soit, est indéniable chez celui qui honore sa famille nationale comme il honore ses parents. Cette piété est une protestation d’amour. Jésus-Christ ne nous commande-t-il pas d’aimer ceux qui sont les plus proches ? Amour de préférence, non exclusif, amour qui doit être lié à l’amour de l’humanité et à l’amour de la patrie céleste", et il cite cette phrase définitive de Saint Pie X : "Si le catholicisme était ennemi de la patrie il ne serait pas une religion divine" et Mgr Rau en fait le commentaire suivant : "S’il existait une opposition entre les deux patries, il faudrait en rejeter la faute sur l’Eglise".

Amour de la patrie et universalisme
Quelle est l’origine de cette tentation universaliste ? Elle part précisément d’une utopie qui considère l'homme en général, comme élément individuel d'une entité qui serait l'humanité. Joseph de Maistre ironisait sur cet universalisme utopique : "il n’y a pas des HOMMES dans le monde; durant ma vie j’ai vu des Français, des Italiens, des Russes. Je sais même grâce à Montesquieu que l’on peut être Persan, quant à l’HOMME, je déclare ne l’avoir jamais rencontré et s’il existe je l’ignore".
De fait, l’homme abstrait, l'homme universel, l'Humanité, avec un H majuscule, n’existent pas. C’est une abstraction, une utopie, qui arrachent les racines de nos amours concrètes. L'amour de l’Humanité commence concrètement par l’amour de cette Humanité qui est la plus près de nous, la plus prochaine, l’amour de la famille, de ceux qui nous sont unis par l’amour de la patrie.
Il est facile d’aimer cinq à six cent millions de Chinois que l'on ne connaîtra jamais. Il est beaucoup plus difficile d’aimer celui qui est à côté de vous, celui qui est lié à vous par des liens d’obligations, de sang, de travail. Et c’est précisément par là que doit commencer l’amour.
Dans les utopies universalistes, l’amour se dilue dans l’universel et l’abstrait, il cesse d’être l’amour de cette réalité concrète dans laquelle, par volonté divine, nous devons vivre.
L’homme est lié à la réalité, à sa propre réalité ontologique, à son environnement social, à sa famille, par une nécessité de son être.
L’amour commence à exister dans certaines coordonnées spatio-temporelles : nous naissons dans un certain endroit du monde et à un certain moment dans le temps. Le Christ lui-même n’a pas échappé à cette loi, en naissant à un moment déterminé de l’histoire et en venant au monde comme membre d’une race, comme membre d’une nation déterminée, concrète, avec ses propres caractéristiques.
Notre union à la société commence par là, par cet environnement que nous n’avons pas choisi, mais dans lequel Dieu nous a mis et dans lequel nous devons remplir notre mission.
Le Père Raimundo Faniber (2), dans son ouvrage "Patriotisme et chrétienté", écrit : "Il est peu fréquent que l’homme trouve une plus grande harmonie et unité que lorsqu’il est dominé par une passion patriotique droite et juste qui le fait vivre et être tout entier pour un idéal qui embrasse la totalité de son être et de son environnement".
Incarnation de l'amour
L’amour a besoin de se donner, de sortir de lui-même, de vaincre son égoïsme; en un mot, de se perdre pour se retrouver, de se renier pour arriver à être.
Au-delà de la dimension intime, personnelle, la famille et la patrie constituent les voies les plus proches, les plus normales par lesquelles l’amour développe sa personnalité, et il réalise le don de lui-même et par là en fait quelque chose qui le dépasse.
Sans famille, l’amour est théologiquement stérile. Sans une communauté qu’il sert et où il vit, l’homme devient spirituellement stérile. Il n’y a pas de maturité chez l’homme tant qu'il n’y a pas une communication communautaire.
"Dulce et decorum est pro patria mori". Dans l'encyclique "Sapientiae Christianae" (1890), le Pape Léon XIII, l’initiateur des grandes encycliques de la doctrine sociale, affirme : "l’amour surnaturel de l’Eglise et l’amour naturel de la patrie procèdent du même et éternel principe. Tous les deux ont Dieu pour auteur et pour cause première; d'où il suit qu'il ne saurait y avoir entre les devoirs qu'ils imposent de répugnance ou de contradiction".
D’où il s’ensuit qu’il ne peut y avoir contradiction entre les deux obligations. La même encyclique nous dit que par une loi de la nature il nous est commandé expressément d’aimer et de défendre la patrie où nous sommes nés, où nous avons été reçus au grand jour, à un tel point que le bon citoyen n’hésite pas à affronter la mort elle-même pour la défense de la patrie.
Après la première guerre mondiale, le Pape Benoit XV écrivait : "Si la charité s'étend à tous les hommes, même à nos ennemis, elle veut que soient aimés par nous d'une manière particulière ceux qui nous sont unis par les liens d'une commune patrie" (Lettre du 15 juillet 1919).
Le Pape Pie XII, dans son encyclique "Summi Pontificatus" (1939), ajoute : "Il existe un ordre établi par Dieu selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l'on est uni par des liens spéciaux. Le Divin Maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur " l'imminente destruction de la Cité sainte ".
Et pour clore cette brève anthologie, citons l’allocution du Pape Jean-Paul II aux évêques argentins : "L’universalité, dimension essentielle dans le peuple de Dieu, ne s’oppose pas au patriotisme et n’entre pas en conflit avec lui, ce qui veut dire qu’aimer tous les hommes n’empêche ni ne crée de conflits de quelque façon que ce soit avec l’amour que nous devons à la patrie elle-même. Au contraire, ajoute-t-il, il l’intègre en le renforçant par les valeurs qu’il possède, et particulièrement l’amour à sa propre patrie, si nécessaire jusqu’au sacrifice".
Dans cette même allocution, le Saint Père précise : "A la lumière de la théologie du peuple de Dieu s’éclaire d’une plus grande clarté la double condition du chrétien, non pas opposée mais complémentaire. En effet, il est membre de l’Eglise, laquelle est reflet et annonce de la Cité de Dieu, et il est à la fois citoyen d’une patrie terrestre, concrète, de laquelle il reçoit tout des richesses de langue et de culture, de tradition et d’histoire, de caractère et de façon de voir l’existence, les hommes et le monde. Cette espèce de citoyenneté chrétienne et spirituelle n’exclut ni ne détruit ce qui est humain.
La paix vraiment durable doit être le fruit mur de l’intégration réussie de patriotisme et d’universalité".
Telles sont les paroles du Saint-Père aux évêques argentins. S’il existe une personne qui donne un exemple d’amour de la patrie qui l’a vu naître, patrie dont l’histoire est profondément unie à l’histoire du christianisme au milieu de luttes et de persécutions, c’est bien Jean-Paul II dans son amour de sa Pologne natale. Et précisément parce qu’il aime sa patrie natale, il comprend ce qu’est l’amour de la patrie. Soyons attentifs au fait qu’il s’exprime souvent par des gestes symboliques. Ainsi ce geste qui est devenu classique lors des voyages du Pape : la première chose qu’il fait lorsqu’il pose le pied sur le sol d’un pays, c’est de s’agenouiller et de baiser la terre de la patrie qu’il visite.
Voilà précisément où se trouve la vérité : l’amour vrai de la patrie, non seulement ne s’oppose pas à un universalisme bien compris, mais il ne signifie pas non plus haïr les patries des autres; il nous aide plutôt à comprendre le patriotisme de l'autre. Opposer amour de la patrie et universalisme reviendrait à dire que pour aimer tous les hommes, pour aimer les familles des autres il faudrait cesser d’aimer, ou mieux, que nous devrions haïr notre propre famille. Seul celui qui est capable d’aimer vraiment sa famille peut comprendre ce que signifie chez les autres l’amour de sa propre famille .
L’universalisme est une utopie, lorsqu’il est ainsi compris, et c’est de cette manière qu’il peut être utilisé pour diluer l'amour de la patrie.
Nous évoquions tout à l'heure une remarque de Joseph de Maistre sur l'inexistence de l'homme en soi. Nous retrouvons la même idée avec l’ironie du Père Castellani : "Ceux qui disent qu’ils sont des citoyens du monde, si on les enlevait subitement d’Argentine pour les transporter en Indochine qui est aussi dans le monde, au bout de quelques mois, ils se mettraient à pleurer s’ils entendaient un tango ou une chanson paysanne de chez nous, ils se mettraient à pleurer s’ils entendaient prononcer quelques mots d’espagnol"...
C’est ce que disait également Edmundo d’Amici : "La patrie, c’est ce qui, lorsque nous sommes dans un pays étranger, nous fait courir dans la rue à la poursuite d’un inconnu parce que nous l’avons entendu prononcer quelques mots dans notre langue".
En d’autres termes, il s’agit là de quelque chose de plus fort que nous, de si profondément ancré au fond de nous que rien ne peut l’en arracher, même chez ceux qui ne veulent pas en convenir.
Pour exprimer cette opposition entre universalisme et patrie, il est fait souvent appel à cette phrase de Saint Paul : "(dans le Christ) il n’y a plus ni juif ni Grec". C’est une évidence, mais sur un plan supérieur, la suite de la citation de Saint Paul le démontre d'ailleurs par l'absurde : "il n’y a plus ni homme ni femme"... nous en arriverions alors à l’ " unisexe " !
Nous devons aimer notre patrie car non seulement il est licite pour un chrétien d’être patriote, mais un chrétien doit aimer sa patrie. Qu’est donc cette patrie que nous avons à aimer ?

Qu'est-ce que la patrie ?
La première définition qui nous vient à l’esprit lorsque nous parlons de patrie, c’est celle du poète : "La patrie c’est la terre où nous sommes nés", c’est vrai, mais si nous ne disons que cela, c’est insuffisant.
Il est vrai que la patrie c’est la terre, mais la patrie n’est pas seulement un morceau de terre, un territoire, quelques kilomètres carrés. Lorsque nous réduisons la patrie à ce concept, il devient difficile de comprendre que là est l’amour de la patrie, et surgit l’objection : "çà ne vaut pas la peine de mourir pour quelques arpents de terre".
Et pourtant celui qui dit cela se battrait certainement si, rentrant chez lui, il se trouvait face à un voleur, il se battrait pour ces quelques mètres de terre qui sont son bien, sa maison. Pourquoi ? Parce que sa maison est l’assise, la protection d’une famille.
C’est dans cette voie que nous pouvons commencer à comprendre la terre. La patrie est la terre où l’on est né, mais cette terre n’est pas seulement une ère géographique. nous pouvons la définir plus poétiquement avec Charles Péguy : "La patrie est une certaine quantité de terre où on parle une langue, où peuvent régner les coutumes, c’est un esprit, une âme, un culte, c’est la portion de terre où une âme peut respirer. Une terre qui est arrivée à être pour nous une maison".
Lorsque je pense à la maison je ne pense pas à ces appartements modernes qui, de plus en plus, ressemblent à des fourmilières, à des "machines à habiter" (selon la formule de Le Corbusier), des logements dépersonnalisés. Une maison qui est construite avec l’effort et le travail de toute une famille, une maison où habitent plusieurs générations est bien davantage qu’un appartement interchangeable qui se loue, ou qu'une "machine à habiter", c’est quelque chose qui enracine, qui est à l’origine d’une tradition, c’est l’endroit où les murs parlent, où chaque brique, chaque bout de terrain a une signification particulière pour chacun des habitants; enracinement, tradition qui, pour celui qui la quitte, laissent dans le coeur une nostalgie, car cette terre de la maison familiale, cette terre qui a été travaillée par les générations précédentes, est bien davantage qu’un simple morceau de terre, beaucoup plus qu’une géographie que l’on peut mesurer et où ne résident que des notions de quantités.
Mais la patrie n’est pas seulement la terre. La patrie, nous dit aussi le poète, est la terre des Ancêtres. Un autre poète précise : "la patrie ce sont les hommes et les mots". Car si la patrie est bien une terre, c’est aussi la communauté humaine qui vit sur cette terre.
La patrie terre des ancêtres, c’est l’étymologie du mot patrie, terra patrum. La patrie nous fait regarder en arrière vers ceux qui habitaient avant nous sur ce morceau de terre, vers ceux qui ont transformé ce morceau de terre avec leur sang dans les combats, avec leur sueur dans le travail, vers ceux qui lui ont fait une terre habitable, vers ceux qui ont fait la patrie dans les guerres de l’Indépendance, vers ceux qui ont défendu ses frontières, vers ce "gringo" qui est arrivé comme émigrant pour ouvrir des sillons, pour exploiter les forêts, la patrie est la terre des ancêtres, de ceux qui en ont fait une terre humaine, une terre habitable, une terre arrosée par le sang des hommes.
Lors de la fondation de Rome, Romulus a devant lui des hommes qui viennent de différents endroits pour fonder la nouvelle cité et chacun d’eux a apporté une poignée de terre, car ces hommes de la Cité antique ne pouvaient pas quitter le lieu où ils étaient nés, et tous ces hommes s’étaient vus obligés de l’abandonner, ils avaient pris un peu de terre et l’avaient apportée.
En commençant par Romulus qui jeta une poignée de la terre d’Alba où il était né, tous les fondateurs jetèrent un peu de terre, qui après fut recouverte par une pierre dans le centre de la ville, proclamant ainsi que cette terre qui est ici est aussi la terre de nos ancêtres.
C’est ce que raconte Fustel de Coulanges dans "La Cité Antique". "Regardez en arrière, vers l’histoire", disait Maurras, "les morts, les morts sont la première condition de la vie. L’anarchisme barbare, en vogue dans notre jeunesse, prétendait que les morts gênaient, empoisonnaient les vivants. Il n’y a pas d’antiphrase plus parfaite; les vivants les plus mous, les plus superficiels, les plus subversifs, sont aussi les plus ridiculement libérés du souvenir de leurs parents, du rite des ancêtres, de l’aliment des tombes".

Importance de l'histoire
Regardez vers le passé, c’est-à-dire vers les morts. C’est toute l’importance de l’Histoire. Nombreux sont ceux, dans nos collèges, qui considèrent l'Histoire comme une matière ennuyeuse qui ne consiste en rien d’autre que d’apprendre des chiffres, des batailles, des noms, des dates. Pourquoi ?
Parce qu’on ne sait pas découvrir ce qu’il y a derrière ces dates, derrière ces batailles, ces aventures, ces conquêtes. On fait de l’Histoire une chose morte, quand l’Histoire est pour une nation, une réalité vivante. Le prêtre, lorsqu’il dirige spirituellement une personne, quelle est la première question qu’il pose ? "Voyons, racontez-moi votre histoire, car pour comprendre le présent je dois connaître votre passé".
C’est la même chose pour l’histoire du monde et pour l’histoire des nations.
Si nous ne connaissons pas l’histoire de notre patrie, si nous ne sommes pas capables de remonter dans le passé de notre patrie afin de découvrir ce qu’ont fait ceux qui sont morts pour nous donner une patrie, nous sommes incapables de comprendre le temps présent.
On ne comprend pas l’actualité en lisant les programmes des partis politiques, en écoutant les discussions ou en lisant le journal tous les jours. Nous devons commencer par pénétrer dans les racines de la patrie qui s’enfoncent dans l’Histoire. C’est toute l’importance de la vérité en Histoire. Les libéraux et les francs-maçons qui ont falsifié l’histoire de l’Argentine le savaient parfaitement bien. Ces hommes regardaient vers les Etats Unis, vers la Prusse, vers l’Angleterre ou vers la France, mais ils méprisaient tout ce qui nous venait d’Espagne, des indigènes, des créoles.
Lorsque les exemples qui sont donnés dans les écoles et par l'élite dirigeante sont des trahisons de la mémoire nationale, il est évident que le pays en question ne pourra pas aller bien, que sa jeunesse grandira mal. En lui présentant comme modèles de vie, des idoles, des faux modèles, il est évident que l’on veut semer dans le coeur de cette jeunesse un esprit de trahison, un esprit apatride. Là réside toute l’importance de la Vérité en Histoire.
Ce n’est pas une question d’érudits. Pourquoi les discussions au sujet de notre passé historique deviennent-elles si vives et si passionnées ? Ce n’est pas parce que l’histoire est seulement un problème entre érudits, c'est parce que le poids des personnages historiques est décisif, tant dans le présent que dans le passé.
Les morts déterminent ou conditionnent les vivants. C’est pourquoi il ne faut pas les oublier .
La patrie, ce n’est pas seulement nous, les vivants qui vivons sur ce territoire de la patrie. Vasquez de Mella, le grand orateur et politique catholique espagnol du XIXè siècle, écrivait :"Pour nous un peuple n’est pas un ensemble social simultané, mais plutôt un ensemble social successif". C’est un concept philosophique.
La patrie, ce sont aussi les générations qui nous ont précédés. Nous avons reçu cette patrie comme l’héritage de nos parents, un héritage que nous devons protéger, comme un bien que nous devons agrandir et que nous devons transmettre.
La patrie se tourne vers le passé, vers les morts et pour cela elle est la terre de nos pères. La patrie existe dans le présent que nous sommes, mais comme quelque chose qui passe dans nos mains et qui ne nous appartient pas, car nous devons la remettre à nos enfants, à nos héritiers et c’est là que la patrie devient nation.

La nation, succession des héritiers
Si le mot patrie vient de "pères", Nation vient de "natus" qui signifie "né", c’est-à-dire héritier.
La patrie, héritage reçu et héritage que nous devons transmettre vers le futur. C’est le véritable sens du mot "tradition".
La tradition n’est pas un folklore plus ou moins artificiel auquel elle est souvent réduite. Tradition vient de "tradere" : transmettre, donner, et nous sommes responsables de cet héritage que nous avons reçu. C’est notre mission d’hommes et c’est notre mission de chrétiens.
Dieu nous a mis là, en ce lieu du monde, dans ce moment de l’histoire, et en nous mettant ici, Dieu nous a donné une mission. Dieu nous a donné une responsabilité sur notre vie, et non seulement nous sommes responsables de ce que nous faisons de notre existence, mais aussi de cette famille, de cette société, de cet environnement dans lequel Dieu a voulu que nous vivions à un certain moment de l'Histoire.
Nous n’avons pas le droit de gaspiller cet héritage, nous n’avons pas le droit de le trahir, ni de l’abandonner. Nous en sommes responsables devant le passé, devant ceux qui sont morts et devant nos enfants, devant ceux qui viendront après nous.
Nous ne pouvons pas transmettre à nos enfants une patrie diminuée, une patrie en esclavage, car elle ne nous appartient pas. Si demain, nous les Argentins qui vivons sur cette terre, étions appelés à voter et que quatre-vingt quinze pour cent des votants décidaient que l’Argentine devrait être une province du Sud de l’Empire du Brésil, ou une colonie de l’Empire Soviétique, ou une étoile dans le drapeau américain, si tel était le vote et que 95 % des Argentins le votaient, les 5% restant seraient en droit de résister à cette décision, et seraient même dans l’obligation de le faire les armes à la main.
Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas le droit de livrer quelque chose qui ne nous appartient pas. Aux côté de ces 5 %, de cette minorité de résistants, se trouvera ce que Chesterton appelait "la grande majorité", "la grande démocratie des morts", et celle de ceux qui ne sont pas encore nés mais qui un jour vivront dans cette patrie. Nous devons tout faire pour éviter qu’ils vivent comme des esclaves, des serviteurs, des apatrides.
La patrie est donc une terre, mais pas une terre vide, et cette terre est arrosée avec le sang, avec la sueur, avec le travail, avec les efforts de tous, car la patrie sur la terre est aussi une communauté humaine. La patrie est ma famille, pas seulement ma famille, mais celle de tous les autres, de tous ceux qui me sont unis par les liens du sang, de la religion, de la culture, de la langue. La patrie est alors une grande famille.
Dans ces conditions, il apparaît clairement que l'amour de la patrie est d'un ordre supérieur à celui de la famille et que, dans certaines circonstances extrêmes, il est nécessaire de donner sa vie pour la défense de cette grande famille.

Le patriotisme
Quels sont les devoirs du chrétien envers la patrie ? Et tout d’abord, en tant qu’homme ?
Le patriotisme est inhérent à la nature même de l’homme, nous naissons dans une patrie, nous ne la choisissons pas, comme nous ne choisissons pas notre famille.
Jean Ousset, dans son ouvrage "Patrie, Nation, Etat", l’exprime de cette manière : "De même qu’il nous faut un père et une mère pour naître, il n’est pas d’homme qui ne doive à une patrie sa première et fondamentale expression d’animal politique" (3). Ici réside le mensonge de Jean-Jacques Rousseau car la patrie n’est pas un contrat social. La patrie n’est ni un club, ni un parti politique.
C’est dans la patrie, et par elle à travers mes parents, que je reçois la vie et les aliments nécessaires pour le corps et l’âme : l’éducation, la culture, la langue, toutes les caractéristiques qui déterminent ce peuple concret dans lequel Dieu m’a placé. C’est ce que ne peux pas m’arracher du coeur, que je ne peux pas abandonner.
La patrie, dans ce sens, est un facteur d’unité si naturel qu’il est antérieur et supérieur à tous les autres facteurs d’unité artificiels qui divisent les hommes. C’est pourquoi la patrie doit être au-dessus de tous les partis politiques, elle dépasse les classes sociales. C’est le grand mensonge du marxisme : "Prolétaires de tous les pays unissez-vous".
La guerre de 1914 fit la preuve de l'erreur fondamentale de ce slogan. Pour les marxistes la patrie était une invention de la bourgeoisie pour opprimer le prolétariat. En 1914, l’Internationale Socialiste fut dissoute et fractionnée car les prolétariats allemand, français, italien, autrichien ou anglais réagirent dès le début en tant qu’Allemands, Anglais, Italiens, Français ou Autrichiens et non en tant que prolétaires.
Un homme peut changer de classe sociale, quitter la classe sociale à laquelle il appartient. Il peut progresser et s’ouvrir un chemin dans l’existence. Il peut perdre tout ce qu’il a et se prolétariser, mais il ne pourra pas échapper à l'empreinte indélébile que sa patrie laisse à jamais dans sa personnalité.
On est Argentin, Français, Russe, Chinois, Italien avant d’appartenir à une classe sociale ou à une idéologie déterminée.
La patrie est ce que j’ai en moi, et c’est pourquoi le patriotisme, avant toute autre chose, apparaît comme un sentiment.
Personne n’est venu nous expliquer que c’est un devoir, une obligation ou une vertu que d’aimer et d’honorer ses parents. Nous les aimons de manière naturelle, cela vient spontanément du fond de nous.
De la même façon naît le patriotisme. Il est possible que nous n’ayons pas l’occasion immédiate de le prouver, mais il apparaît comme un sentiment très fort dans les moments de crise ou de difficultés, ou lorsque nous nous trouvons hors de notre patrie.
Le patriotisme est, en premier lieu, un sentiment naturel issu de l’appartenance naturelle à cette patrie où nous naissons et vivons et que nous n’avons pas choisie. Cette appartenance nous impose des obligations, comme nous en avons envers notre famille et nos parents bien que nous ne les ayons pas choisis.
C’est avec la prise de conscience de cette appartenance et des obligations qui en découlent, que le patriotisme devient vertu. Tout d’abord vertu naturelle, vertu humaine.
Il est certain que pour être patriote il n’est pas nécessaire d’être chrétien, il est suffisant d’être un homme. Le patriotisme apparaît donc dans son premier aspect comme une vertu humaine.
Saint Thomas, dans la "Somme Théologique", l’appelle "Pietas" que nous traduisons par piété, en évitant de confondre ce mot avec le sens courant qu’il possède aujourd’hui.
Saint Thomas donne au mot "pietas", un sens très précis : "L’homme est constitué débiteur, à des titres différents, vis-à-vis d’autres personnes, selon les différents degrés de perfection qu’elles possèdent et les bienfaits différents qu’il en a reçus. A ce double point de vue, Dieu occupe la toute première place, puisqu’Il est absolument parfait et qu’Il est par rapport à nous le premier principe d’être et de gouvernement.
"Mais ce titre convient aussi, secondairement, à nos parents et à notre patrie, desquels et dans laquelle nous avons reçu la vie et l’éducation. Et donc, après Dieu, l’homme est surtout redevable à ses parents et à sa patrie. En conséquence, de même qu’il appartient à la religion de rendre un culte à Dieu, de même, à un degré inférieur, il appartient à la piété de rendre un culte aux parents et à la patrie. D’ailleurs, le culte des parents s’étend à tous ceux du même sang, c’est-à-dire qui ont les mêmes parents; le culte de la patrie s’entend des compatriotes et des alliés. C’est donc à ceux-là que s’adresse principalement la piété..." (4).
Telle est la vertu humaine du patriotisme, la piété qui pour Saint Thomas est une partie auxiliaire de la vertu, de la justice.
Pour la justice, je dois donner à chacun ce qui lui revient. Pour la religion, la forme la plus sublime de la justice, je dois donner à Dieu ce qui lui revient; pour la piété je dois donner ce qui leur revient à mes parents et à ma patrie, parce que j’ai reçu d’eux la vie, l’existence, parce que des parents et de la patrie j’ai reçu tout ce que j’ai.
C’est la vertu chrétienne du patriotisme. Elle est appelée "piété" mais nous devons la comprendre comme une obligation, comme une dette que nous avons envers cette patrie dans laquelle nous avons reçu l’existence.
Unie à la "piété" se trouve la justice légale, qui est aussi une vertu humaine.
La nation, pour sa part, est une sorte d’entreprise chargée d’assurer la transmission de l’héritage que nous recevons. C’est là que nous trouvons la justice légale.
Saint Thomas distingue la justice commutative. Elle règle ou dirige les relations entre les citoyens, entre les membres de la société, c’est elle qui règle aussi le commerce, achats et ventes, le paiement des dettes, la restitution des prêts.
Saint Thomas distingue aussi la justice distributive qui règle et dirige tout ce qui relie le tout à la patrie, c’est-à-dire les relations entre l’Etat et les citoyens, la distribution des charges, des emplois, des impôts.
Et finalement, nous trouvons la justice légale qui règle et dirige les relations des citoyens avec l’Etat, c’est-à-dire nos obligations envers l’Etat qui a en charge la garde du bien commun.
Ainsi nous avons tout d’abord le patriotisme, qui est un sentiment, un bon sentiment. Il est légitime, mais il peut en être fait un mauvais usage. En deuxième lieu, nous avons aussi le patriotisme en tant que vertu humaine. C’est la piété, c’est-à-dire la dette que nous avons envers la patrie . Et finalement la justice légale, c’est-à-dire que nous sommes au service de la patrie, au service du bien commun de toute la société à laquelle nous appartenons.
Bien entendu, le christianisme ne détruit rien de tout cela. L’Evangile ne détruit pas les valeurs humaines. Saint Augustin, dans "La Cité de Dieu", fait l'éloge des vertus des païens. Un païen de l’Empire Romain pouvait être un patriote et, de fait, il l’était. Comme l’était le poète latin qui écrivait : "Dulce et decorum est pro patria mori" - "Il est doux et honorable de mourir pour la patrie". Valerius Maximus disait : "Les premiers Romains préféraient être pauvres dans un empire riche que riches dans un empire pauvre". C’étaient des patriotes, avec un patriotisme naturel, un patriotisme humain.

Un devoir de charité chrétienne
Le christianisme assume cette réalité, il la confirme et la magnifie. Le Cardinal Mercier disait sur ce même sujet à ses prêtres : "Oui, je le sais, le patriotisme, si désintéressé soit-il, n’est pas à lui seul la charité, mais il y dispose, et l’âme habituée au sacrifice est au moins sur le chemin qui conduit au Christ". C’est la vertu théologale de la charité. Cette vertu par laquelle nous aimons Dieu par dessus tout et pour Lui-même. Et celui qui aime Dieu doit aimer tout ce qui est de Dieu.
Là réside la première charité : l’amour de Dieu. De là découle le deuxième commandement : l’amour du prochain, du prochain concret. Mais l’amour du prochain n’est pas seulement l’amour des individus, de ceux qui sont plus près de nous. L’amour du prochain, c’est l’amour de cette famille qui est la mienne et de cette grande famille qu’est la patrie.
Le chrétien, non seulement doit alors pratiquer la vertu de piété en tant que débiteur envers la patrie et la vertu de justice dans sa préoccupation pour le bien commun, mais aussi il doit aimer la patrie, il doit l’aimer en charité, c’est-à-dire qu’il doit l’aimer pour l’amour de Dieu.
Saint Augustin disait : "Aime tes parents et plus que tes parents ta patrie, et plus que ta patrie aime Dieu seul"; cette phrase nous indique bien l’ordre de cet amour chrétien.
Cet amour peut être envisagé de deux façons différentes, il est important de le préciser car il peut arriver qu’il nous en coûte d'admettre que l'on doive aimer Dieu plus que la patrie et la patrie plus que les parents.
L’amour peut être un amour purement affectif. Un amour "sentimental" est une complaisance, une joie, une attraction pour la personne aimée.
Mais l’amour plus important dans lequel consiste vraiment la charité, ce n’est pas cet amour affectif. Le coeur de l’homme est une girouette qui change avec le vent. Ce qui importe, c’est l’amour réel, c’est l’amour qu’Aristote définissait ainsi : "Aimer c’est vouloir le bien de l’autre". C’est cet amour qui nous intéresse. Je peux aimer Dieu et sur le moment ne sentir absolument rien dans mon coeur, et quand je fais ce que Dieu veut, quand je m’agenouille dans le silence et dans l’obscurité de l’âme, devant Dieu, je suis distrait, je dois passer par cette nuit obscure par où sont passés les saints et pourtant, dans un acte de foi, dans un acte de volonté, j’aime Dieu effectivement alors qu’à ce moment je ne l’aime pas "affectivement".
C’est "affectivement" que nous aimons avec plus de force les choses qui sont près de nous. Il est plus facile d’aimer "affectivement" une personne chérie que d’aimer Dieu, car cette personne très chère je la vois, je la touche, je l’ai près de moi, je la sens, je la regarde, je parle avec elle. En revanche, il en coûte davantage d’aimer "affectivement" Dieu qui est mystère. Ce qui est important, c’est que je l’aime "effectivement".
Quelques exemples feront bien comprendre cette distinction essentielle.
Celui qui par amour de Dieu est capable d’interrompre une relation qui le conduit au péché ou dans l’erreur, aime Dieu effectivement plus que cette personne. Celui qui, appelé par sa vocation religieuse, quitte tout pour le service de Dieu, par exemple dans le sacerdoce, celui qui quitte sa famille, ou, dans le cas du missionnaire, quitte sa patrie pour suivre l’appel de Dieu, ressent "affectivement" un arrachement du coeur, et néanmoins il suit l’appel de Dieu, "effectivement" il aime plus Dieu que sa famille.
A un moment où le bien commun de la Patrie exige le sacrifice de la vie, celui qui éprouve un arrachement en quittant sa famille, qui souffre de la séparation et pourtant la quitte pour accomplir son devoir, pour occuper sa place au combat, aime effectivement sa patrie plus que sa famille.
C’est cet amour-là que Dieu nous demande. Nous pouvons être maîtres de nos sentiments, mais à condition d’être maîtres de notre volonté. Or, la charité est un amour de volonté, c’est un amour qui peut aimer avec un sentiment, aimer au-delà du sentiment, ou même aimer à l’encontre d’un sentiment.
Lorsqu’une mère punit un enfant qui a mal agi, la mère souffre plus que son fils. Et pourtant, à ce moment, elle le punit malgré son sentiment. Pourquoi ? Parce qu’elle recherche le bien de son fils, elle l’aime effectivement en le corrigeant, même si la correction lui fait mal. Si elle se laissait conduire par son sentiment et passait tout à son enfant et le laissait faire tout ce qu’il aurait envie de faire, elle n’aimerait pas son fils. C’est ce que dit l’Ecriture : "il hait son fils celui qui ne le corrige pas", c’est-à-dire que celui qui aime vraiment son fils cherche son bien, même si dans cette recherche le sentiment n’est pas présent.
D’où notre obligation de chrétiens envers la patrie. En premier lieu, c’est un sentiment, mais c’est plus qu’un sentiment : c’est une vertu humaine que nous appelons piété et en tant que chrétiens, c’est une obligation de charité.

Un instrument au service de Dieu
Pour un chrétien, la patrie fait partie de la mission que Dieu lui a donnée. C’est notre mission sur cette terre, notre vocation. Si Dieu a voulu que nous naissions ici et maintenant, c’est qu'à travers cette réalité, Il attend quelque chose de nous. La patrie peut être, elle doit être, un instrument au service de Dieu.
Ce bien commun de la patrie, que nous recherchons, d’une certaine façon, s’ordonne au bien commun surnaturel.
Qu’entend-on par là ? Il est certain que la société ne sauve ni ne condamne l'homme. On peut vivre dans une société peuplée de saints et refuser Dieu au plus profond de son âme et se damner. On peut vivre aussi dans une société corrompue et, héroïquement, être à contre-courant et dire oui à Dieu et sauver son âme.
Mais il est vrai que l’environnement social dans lequel nous vivons influe considérablement sur notre façon de vivre. Quand une société est en accord avec la loi naturelle, quand une société se laisse conduire par les principes de l’Evangile, cette société aide tous ses membres à vivre sur cette terre une vie vertueuse et, de cette façon, aide ses membres à atteindre leur destin ultime et à sauver leur âme. Dans ce sens, le bien commun de la société concrète dans laquelle nous vivons, ordonné au bien commun surnaturel, est ainsi d’un grand secours pour atteindre notre destin ultime.
Mais lorsque la société est corrompue, quand le mensonge, l’erreur, la délinquance, les moeurs deshonnêtes règnent en maîtres, cette société devient un obstacle pour le salut.
De l’ordre qui règne dans la société dépendent le salut ou la condamnation de beaucoup.
Mais, au-delà de cela, la nation peut avoir, dans le plan de Dieu, une mission concrète qui, parfois, n’est pas si facile à reconnaître.

La vocation des nations
Souvenons-nous d’Israël, le peuple choisi pour l’entreprise la plus haute que Dieu eut sur la terre, l’incarnation du Verbe. Dieu choisit un peuple, une nation concrète, une patrie concrète et lui confia une mission : conserver au milieu des païens la foi au Dieu unique, pour attendre et recevoir en son sein le Messie. Précisément, la tragédie d’Israël réside dans le fait de ne pas reconnaître le Messie, et ainsi trahir la mission que Dieu lui avait donnée. Là se trouve l’ultime explication du fameux problème juif qui n’a d’autre explication que théologique.
Dieu a confié à Israël une mission concrète.
Souvenons-nous de l’oeuvre évangélisatrice de l’Espagne. L’Espagne existe sur cette terre, non seulement pour conquérir un continent pour son roi, mais plutôt pour conquérir un monde pour le Christ, et s’il existe aujourd’hui une Amérique, comme l’a dit Ruben Dario "qui prie Jésus-Christ et parle en espagnol", c’est parce que l’Espagne a rempli la mission évangélisatrice que Dieu lui avait confiée.
Pensons que Dieu nous a réservé une mission.
Mission qui ne se conclut pas sur cette terre, mais qui atteint la transcendance, et là nous touchons un peu au mystère des nations.
Ce grand patriote et chrétien que fut le romain Cornelio Codreanu, parlant du sens de la finalité d’une race, d’une dynastie, d’un peuple, d’une patrie, disait : "La finalité suprême n’est pas dans la vie mais dans la résurrection. La résurrection au nom de Jésus-Christ rédempteur. La création, la culture sont un moyen, et non comme on l’a cru une fin, pour atteindre cette résurrection.
Ce sont les aspects des talents que Dieu a attribués à notre race et dont nous devons répondre. Il viendra le jour où toutes les races de la terre se dresseront avec tous leurs morts, avec tous leurs rois et empereurs, et chaque race aura sa place devant le trône de Dieu. Ce moment final, la résurrection des morts, est la fin la plus haute, la plus sublime vers laquelle peut tendre une race".
La race est par conséquent l’entité qui prolonge la vie au-delà de la terre. Les peuples sont des réalités aussi dans l’autre monde, après l’avoir été dans celui-ci.
Saint Jean, racontant ce qu’il vit au-delà de la terre, nous dit : "La ville n’a d’ailleurs besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illuminera et sa lampe est l’Agneau. Les nations marcheront à sa lumière et les rois de la terre y importeront leur opulence" (5).
Et ailleurs : "Qui ne te craindra pas Seigneur et glorifiera ton nom ? Car toi seul est saint et toutes les nations viendront et t’adoreront, car tes jugements sont manifestés".
"C’est à nous, continue Codreanu le romain, c’est à notre race comme à toute autre race du monde que Dieu a confié une mission. Dieu lui a marqué un destin historique. La première loi qu’une race doit suivre, c’est de cheminer dans la ligne de ce destin, de comprendre la mission qui lui a été confiée. Notre race n’a pas déposé les armes et n’a pas déserté sa mission, quelle qu’en ait été la difficulté, quelle qu’en ait été la longueur du chemin du Golgotha".
Et encore une dernière observation : la vertu de piété est un devoir envers la patrie. Cet amour concret et effectif dans la vertu de charité est un devoir envers la patrie, un devoir qui peut être exigence de sacrifice, vertu de force et de force chrétienne.

Donner sa vie pour la patrie
Si nous sommes capables de donner notre vie par impulsion, dans un instant, en un éclair, il nous en coûte apparemment bien davantage de la donner jour après jour. Lors d’un moment d’exaltation patriotique, le geste héroïque est presque facile, il semble aisé de faire face et de donner son sang. C’est ce qui arrive lors des persécutions et du sacrifice des martyrs. Lorsque les chrétiens étaient conduits au martyre on leur disait : "ou bien vous encensez les idoles, ou nous vous jetons aux lions", et on les menaçait des pires tortures pour qu’ils renient le Christ. Et le martyr proclamait :"Non, je ne renierai pas le Christ" et criant "Gloire au Christ !" il tombait là, mort.
Les "cristeros" affrontaient le peloton d’exécution en criant "Vive le Christ-Roi !" comme l’ont crié tant de chrétiens et de prêtres en Espagne pendant la persécution communiste.
Il peut arriver que Dieu, un jour, nous demande cet héroïsme. Comme tout chrétien doit avoir dans son âme la disposition au martyre et donner sa vie pour le Christ en donnant son témoignage envers Lui, de même tout chrétien, tout patriote doit être prêt à donner sa vie pour la patrie. Cela, Dieu le demande à quelques-uns, en certaines circonstances. Ce n’est pas habituel.
Mais ce que Dieu nous demande à tous, en tant que chrétiens, en tant que patriotes, c’est de donner notre vie dans l’effort quotidien, à chaque instant, et cela est souvent le plus difficile.
L’héroïsme quotidien est plus difficile, plus difficile aussi est l’accomplissement du devoir de tous les jours. Il est plus difficile d’édifier la patrie peu à peu avec un effort soutenu de tous les jours. Nous nous enthousiasmons pour quelque chose qui, à un moment donné, va, par un coup de baguette magique, nous apporter la solution à tous les problèmes de la patrie. Nous nous enthousiasmons, mais cet enthousiasme est comme une flambée fugace, comme un éclair soudain, car ce n’était pas là qu’était le fait important. Car ce n’était pas là qu’était la solution des problèmes de la patrie, ce n’était pas cela que Dieu nous demandait.
N’allons pas penser que tout va changer en un jour et que tout sera merveilleux parce que tel parti ou tel autre aura été élu. N’allons pas penser que nous devons jouer le tout pour le tout pour la patrie à l'occasion d'une élection, d'une manifestation, etc... pour ensuite nous décourager, nous essouffler et redire encore : il n’y a rien à faire ! Il faut s’adapter aux temps nouveaux ! Il faut désormais faire comme tout le monde; toutes expressions d'un scepticisme destructeur.
L’héroïsme au service de la patrie, n’est pas uniquement constitué de ces faits d'armes exceptionnels qui peuvent aller jusqu'au sacrifice de la vie, même si nous devons être prêts à les assumer à un moment quelconque de l’histoire, si Dieu nous le demande.
L’héroïsme au service de la patrie, est d'abord celui du travail silencieux de chaque jour, l’héroïsme quotidien de l’effort nécessaire pour s’occuper de sa famille, l’héroïsme du travail, du témoignage personnel, l’héroïsme de l’engagement pour la vérité, l’héroïsme de celui qui édifie la patrie peu à peu dans sa propre vie comme dans celle des autres, en influant sur ce qui l’entoure : à l’école, au travail, au bureau, à l’usine, à la campagne et à la ville, en étant un témoin du Christ, en témoignant pour la vérité, en sachant marcher à contre-courant, contre la mode, en sachant dire "non" quand tout le troupeau dit "oui" et se laisse entraîner et porter par l’erreur, le mensonge, la propagande.
C’est cet héroïsme quotidien que Dieu nous demande, pour que se réalise la construction de la patrie.
Père Alberto EZCURRA

samedi 23 février 2008

Constitution européenne


A LA RECHERCHE DU TRAITÉ QUI N'EXISTE PAS

Vincent Browne est l'un des plus célèbres journalistes irlandais (directeur du magazine Village, chroniqueur à l'Irish Times et au Sunday Business Post, titulaire d'une émission de radio quotidienne jusqu'à l'année dernière). De gauche, naturellement. Sa dernière chronique du Sunday Business Post est fort intéressante, et plus intéressante encore lorsqu'on sait l'influence du personnage.

Vincent Browne raconte qu'il est allé aux bureaux de la Commission européenne à Dublin, pour demander un exemplaire du traité de Lisbonne, sur lequel les Irlandais vont devoir se prononcer par référendum. A la réception, on lui a donné une photocopie du texte (seule forme sous laquelle il était disponible). Il découvre que l'article 1 dit ceci : « Le traité sur l'Union européenne est modifié conformément aux dispositions du présent article. » Et qu'en bas de la page est écrit : « Le troisième alinéa est remplacé par le texte suivant: L'Union est fondée sur le présent traité et sur le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (ci-après dénommés " les traités ".) »

Un irlandais rue dans les brancards

Il demande alors s'il peut avoir un exemplaire du « traité sur le fonctionnement de l'Union européenne », puisqu'il n'est manifestement pas possible de comprendre le traité de Lisbonne sans avoir ce traité-là. Les personnes de l'accueil lui répondent qu'elles n'ont pas ce texte. Quelqu'un descend l'escalier, Vincent Browne lui expose son problème. Cette personne lui répond qu'il n'existe rien qui ressemble à un « traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ». Elle pense que le conseil de l'Union européenne a décidé d'en publier une version en avril, mais elle n'en est pas sûre.
Arrive une autre personne, qui lui explique que le « traité sur le fonctionnement de l'Union européenne » est en réalité unè compilation de tous les traités antérieurs. Elle ajoute qu'elle peut lui donner un résumé du traité de Lisbonne, ce qui suffit amplement à expliquer en quoi il consiste.
Non, répond-il : Je voudrais me faire ma propre opinion sur le traité, et je voudrais le comprendre, mais comment le pourrais-je si je n'ai pas un exemplaire du traité qu'il est censé amender ?
L'interlocuteur répond alors, comme le précédent, que le conseil des ministres de l'UE pourrait le publier en avril, mais que ce n'est pas certain.
Vincent Browne réplique:
Comment peut-on voter pour ce traité si l'on ne peut pas savoir ce qu'il signifie ?
Réponse: Nos hommes politiques, démocratiquement élus, pourront dire aux citoyens ce que contient le traité, et sur cette base nous pourrons voter.
Cela ne me satisfait pas, insiste Vincent Browne, car je veux me faire ma propre idée.
Une autre personne lui dit alors que l'Institut des Affaires européennes a publié une version annotée du traité de Lisbonne, qui explique tout. Vincent Browne : « J'ai dit que je voulais me faire ma propre opinion, or l'Institut des Affaires européennes n'est qu'une pom-pom girl de l'Union européenne et ne peut pas m'offrir une analyse objective du traité. »
Quelqu'un de la réception a une autre idée : pourquoi ne pas traverser la rue et aller au Journal officiel?
Vincent Browne traverse la rue, et demande au Journal Officiel s'ils ont le « traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ». Ils n'en ont jamais entendu parler. Ils regardent leur catalogue : rien. Ils consultent I' ordinateur: rien.

Puisqu'on ne peut pas savoir, il faut voter non

Il lui reste donc à essayer de lire le traité de Lisbonne. Mais il est totalement incompréhensible de bout en bout si l'on n'a pas en regard le « traité sur le fonctionnement de l'Union européenne » pour s'y référer à chaque article. .
Vincent Browne commente :
« Considérez seulement l'arrogance effarante de nos élites qui veulent que nous nous rendions aux urnes comme des moutons et que nous votions oui à un traité qu'il est impossible de comprendre à partir de la documentation mise à notre disposition. Si un directeur de banque ou un agent immobilier vous demande de signer un formulaire, est-ce que vous n'insistez pas pour savoir ce que c'est avant de le signer ? »
« Comment peut-on attendre de nous que nous approuvions un traité qui modifie notre Constitution, alors que nous ne pouvons pas comprendre de quoi il s'agit autrement qu'en croyant sur paroles ces arrogants artistes de la tromperie ? Je parierais mon premier dollar qu'aucun membre du gang suivant n'a la moindre notion de ce que dit le traité article par article, pour la bonne raison qu'il est littéralement incompréhensible »(suivent les noms des principaux ministres irlandais, et du président dé l'Institut pour les affaires européennes) .
Conclusion : « La seule attitude responsable, sensée, raisonnable, intelligente, à adopter est de voter non à ce traité, au motif que nous ne savons pas, et que nous ne pouvons pas savoir, ce qu'il veut dire. »
Yves Daoudal : National Hebdo du 21 au 27 février 2008.

mercredi 20 février 2008

L'affaire Philippe Daudet


L'affaire la plus grave_ dans laquelle furent compromises la police et la classe politique fut à coup sûr celle de Philippe Daudet. Fils du polémiste royaliste Léon Daudet, il n'avait encore que quinze ans le 23 novembre 1923 lorsqu'il fut découvert avec une balle dans la tête chez le libraire anarchiste Le Flaoutter, indicateur de police notoire.
- « Suicide », déclarèrent alors les enquêteurs.
- « Assassinat commis par l'instigation du directeur de la Sûreté Marlier et de Lannes, le beau-frère de Poincaré », répliqua Léon Daudet.
Certains journalistes de gauche comme Séverine furent persuadés que tout n'était pas faux dans les accusations lancées par la presse monarchiste.
Le 28 novembre, derrière le cercueil du jeune Philippe, se retrouvèrent Emile Buré, Eugène Lautier, Paul Bourget, Georges Bernanos, Paul Morand, François Mauriac, Joseph Kessel, Raymond Poincaré, Raoul Péret et Jean Cocteau.
Le 2 décembre, Le Libertaire publia un numéro spécial qui annonçait que Philippe Daudet était devenu anarchiste.
« Nous accusons Léon Daudet, y lisait-on, d'avoir maquillé la mort de son fils. »
L'Action française répondit aussitôt :
« Une vengeance atroce : Philippe Daudet a été assassiné. »
Très vite, les rapports étroits qui existaient entre la police et les milieux anarchistes furent révélés, et le quotidien communiste L 'Humanité ne manqua pas de les mettre en évidence. Daudet dès lors que son fils avait été délibérément assassiné dans le sous-sol de la librairie. Plusieurs de ses amis crurent plus simplement que la police avait abattu un jeune homme que Le Flaoutter avait dénoncé au contrôleur général Lannes comme un terroriste dangereux. Découvrant ensuite qu'il s'agissait du fils de Léon Daudet, elle aurait maquiller le meurtre en suicide.
De toute façon, la thèse de la police boîteuse. Comment Philippe aurait-il pu, comme on le disait, quitter librement une boutique surveillée par douze inspecteurs ? Comment se faisait-il qu'aucune balle n'ait été retrouvée dans le taxi où l'enfant, affirmait-on, s'était suicidé? Comment se faisait-il que le contrôleur généra! Lannes, beau-frère de Raymond Poincaré, ait été un client assidu d'une librairie spécialisée dans la littérature obscène?
C'était l'époque étrange de l'après-guerre. De 1925, qui fut l'année de l'Exposition des arts décoratifs, André Fraigneau devait écrire:
"C'était l'époque nègre, l'époque jazz, celle de la robe-chemise, des nuques tondues, du cubisme apprivoisé, des audaces sexuelles, des actes gratuits et des suicides sans raison. Le veau d'or est toujours debout mais on n'en parle pas. C'est un boeuf qui domine les toits de Paris..."
1925, ce n'était plus l'après-guerre. Ce n'était pas encore l'avant-guerre.
L'affaire Philippe Daudet continuait. Léon Daudet avait porté plainte pour meurtre le 26 janvier 1925 contre les policiers Colombo, Martier, Lannes et Delange. L'enquête allait durer six mois et aboutir à un non-lieu.
En un autre temps, la crédulité des hommes politiques en face des aigrefins de classe avait été illustrée par l'affaire de Thérèse Humbert et du faux héritage des Crawford. Les plus grands s'y laissèrent prendre pendant vingt ans.
A vrai dire, jamais femme ne fut aussi experte dans l'art d'exploiter les gogos. Fille d'une commerçante de Toulouse, Thérèse Daurignac avait épousé en 1878 Frédéric Humbert, le fils d'un éminent professeur de droit qui devait devenir Garde des Sceaux en 1882, dans le cabinet de Freycinet. Elle était fort disgracieuse mais habile calculatrice.
A partir de l'histoire authentique d'un Américain tombé en syncope devant la boutique de sa mère, Thérèse imagina le fabuleux héritage des Crawford dont elle se prétendait la bénéficiaire. Elle engagea même un procès contre tous ceux qui, disait-elle, contestaient le testament, et Waldeck-Rousseau accepta de plaider pour elle. Il devait admettre plus tard qu'il avait été inconsciemment le complice de la plus grande escroquerie du siècle.
On devait découvrir que le beau-père, l'éminent légiste, avait été le conseiller de Thérèse pour cette procédure.
Elle disposa dès lors d'un immense crédit. Elle était à la veille de fonder la Société des rentes viagères lorsque le magistrat Forichon, alerté par les révélations du Matin, ordonna l'ouverture d'une enquête judiciaire. Il ordonna que soit fouillé le coffre dans lequel elle prétendait avoir enfermé la fortune des Crawford. Il était simplement garni de titres de rente périmés .
Elle fut extradée de Madrid avec toute sa famille et fut condamnée à cinq ans de réclusion.
" Dans son coffre-fort, a écrit Bernard Lecache, on trouvait un lapin en guise de fortune, mais, dans son portefeuille, on découvrit le Gotha républicain. "
Du scandale Humbert, l'opposition allait tenter alors de faire une arme redoutable contre le gouvernement Combes, le gouvernement des lois anticléricales. Ce fut sans doute la raison pour laquelle, se sentant menacé, le Garde des Sceaux Vallée fit diligence et fit en sorte que l'année 1902 s'achevât par ce spectacle qui réjouit la droite française de la famille Humbert débarquant à Hendaye, menottes aux mains, pour rendre ses comptes à la justice républicaine.
- « Où est le château de Marcotte ? Où sont les Crawford? Où sont les millions? », interrogeait le président Bonnet.
- «Tout cela existe, répondait l'accusée, je peux le prouver, mais il me faudrait alors faire une révélation si effrayante que je ne m'en sens pas le courage. »
Tout un monde sans morale, descendu avec tous ses vices d'un XIXe siècle impudique, prenait ainsi le visage de cette femme grassouillette et vulgaire qui avait si longtemps tiré les ficelles du Régime. Et toute la comédie s'achevait par les éclats de rire du bon peuple.
Ce fut alors que commença la grande offensive de la gauche.
P.F National Hebdo février 1988

lundi 18 février 2008

Ce Dauphin que l'on oublie trop vite


Abattu et un peu inerte en juillet 1789, le bon roi Louis XVI? Entre nous, il avait de quoi; on oublie trop facilement qu'il venait de perdre un fils le mois précédent
Après Marie-Thérèse - Madame Royale, future duchesse d'Angoulême - la reine Marie-Antoinette avait, en effet, mis au monde un enfant mâle, louis, en 1781. Il ne faut pas confondre ce premier fils avec le petit Dauphin du temple, né en 1785.
Louis était un bel enfant, peint à plusieurs reprises avec sa mère par Mme Vigée-lebrun. Mais, rapidement, sa santé s'altéra et il devint, notamment, rachitique. Ses parents décidèrent donc, en mars 1788, de l'envoyer au Château-Neuf de Meudon, avec son gouverneur, le duc d'Harcourt, dans l'espoir que sa santé se rétablirait sous l'effet du bon air.
Mais lorsqu'en octobre, il regagna Versailles pour y passer l'hiver, rien ne s'était arrangé; les médecins d'alors n'étaient pas en mesure de diagnostiquer la tuberculose osseuse qui rongeait l'enfant
De retour à Meudon en un printemps glacial, le jeune Louis continue à dépérir dans une chambre calfeutrée où la reine venait parfois partager ses repas.
Le petit prince ne peut se reposer qu'étendu sur un billard que l'on a approché d'une fenêtre. Il souffre horriblement.
Dernières sorties dans le parc dans un fauteuil roulant, en mai. Dernière apparition derrière une fenêtre le 29, jour de la Fête-Dieu.
Le 4 juin, le roi arrive à Meudon. Marie-Antoinette en larmes tente de lui rendre un peu d'espoir: « Ayons du courage, mon ami, la Providence peut tout espérons encore qu'elle nous conservera notre fils bien-aimé ».
Le soir, Paris apprend la mort du prince et prend le deuil. Au Théâtre Français, la représentation s'est arrêtée à la fin du premier acte.
Au matin du 6, alors que toute la famille royale est réunie pour prier dans la chapelle ardente, une députation du Tiers Etat insiste à trois reprises pour être reçue, sans nul respect pour la douleur du souverain. louis XVI finit par céder, avec une exclamation qui traduit sa peine : « N'y a-t-il pas un de ces hommes qui soit père !»
Et, vers midi, sous la Simple escorte de quelques gardes, un carrosse drapé de blanc, par Sèvres, le bois de Boulogne et le chemin de la Révolte, emporte le corps vers la nécropole des Rois à Saint-Denis.
Un petit mort bien oublié dans ces commémorations du Bicentenaire, mais surtout, occultés de notre Histoire, les sentiments d'un couple pas comme les autres. louis XVI n'est pas seulement un père de famille en deuil, il est égaiement, devant Dieu, le responsable de la transmission du principe monarchique. Il n'a pas su conserver un Dauphin à la France et l'on n'a rien compris au désarroi du souverain à la veille de l'émeute du 14 juillet si l'on s'obstine à passer sous silence la double mort de ce fils premier-né, ce petit garçon qui devait être roi.

Michel Miot. National Hebdo

Quand Chirac embrassait Hussein

Curieuse, la grande discrétion de Chirac et Giscard après le coup de force du président irakien Saddam Hussein contre l'émirat du Koweit. Beaucoup d'observateurs en ont été surpris.
Chez les plus avertis, en revanche, c'est la douce hilarité. Eux savent bien qu'un tel effacement n'a rien à voir avec un quelconque désintérêt à l'égard du Moyen Orient en général et de l'Irak en particulier. Ils n'ont pas la mémoire courte et se souviennent que pendant les deux ans où il était le Premier ministre de Giscard (mai 1974 août 1976), Jacques Chirac entretint des rapports privilégiés avec Saddam Hussein, alors vice-président du « Conseil de commandement de la révolution» de l'Irak.
Le 30 novembre 1974, le leader gaulliste effectue une visite de trois jours à Bagdad. Visite historique puisqu'il est le premier chef de gouvernement français à se rendre en Irak. les contrats signés ou prévus entre Paris et Bagdad au terme de ce voyage portent sur un montant de quinze milliards de francs. Chirac en profite pour faire devant Saddam Hussein l' éloge du national-socialisme ... irakien ! : « Le nationalisme au meilleur sens du terrile, le socialisme comme moyen de modifier les énergies pour assurer l'avenir, sont des sentiments très proches du peuple français », déclare-t-il alors.

Comme un ami

Quelques semaines plus tard, le 3 mars 1975, celui qui n'est pas encore le président du RPR reçoit Saddam Hussein à déjeuner à l'hôtel Matignon. Il le reverra en septembre de la même année, puisque le n° 2 irakien vient à cette époque en visite officielle en France.
Le 5 septembre 1975, à Orly, Chirac l'accueille à sa descente d'avion comme un « ami personnel » auquel il fait part de son « estime », de sa« considération» et de son « affection ». Les deux potes passent le week-end à Oustau de Baumanière, près des Baux-de-Provence et profitent de l'occasion pour visiter le centre nucléaire de Cadarache. Le premier ministre déclare : « L'Irak est en train de mettre au point un programme nucléaire cohérent.
La France veut s'associer à cet effort, dans le domaine des réacteurs à eau pour l'instant. » A l'issue de son voyage, Saddam Hussein se voit offrir par son hôte un déjeuner qualifié d' « intime» par la presse. C'est alors qu'est annoncée la conclusion prochaine d'un accord de coopération nucléaire qui sera signé le 18 novembre suivant à Bagdad par le giscardien Michel D'Ornano, ministre de l'industrie et de la recherche. Deux autres protocoles d'intention sont aussi paraphés qui fixent un « cadre de coopération privilégiée entre les deux pays ».
Retour de New Delhi en janvier 1976. Jacques Chirac qui a, comme chacun sait, un sens aigu de l'amitié, _ demandez donc à Chaban et à Giscard _fait une halte pour saluer Saddam Hussein. Le journal Le Monde rapporte alors: « Pour prendre congé en fin de matinée, sur l'aérodrome de Bagdad, de M. Saddam Hussein, vice-président du Conseil national de la révolution, M. Chirac l'a embrassé à la façon arabe. Cette manifestation de sympathie illustrait la satisfaction des deux chefs de gouvernement à la suite de leurs longs entretiens; »
Alors, comprenez qu'après tout cela ...
J. -F. J. National Hebdo août 1990

dimanche 10 février 2008

Origines de la France et tradition spirituelle


L’idée qu'un peuple se fait de son identité influe sur certains comportements individuels et collectifs qui influent à leur tour sur le destin national.
Assurément, les vertus, les énergies que nos aïeux ont déposées en nous constituent l’assise naturelle des grandes entreprises de la nation. Cependant, les meilleures ressources du tempérament ne servent de rien si un certain esprit, une prise de conscience collective ne viennent pas vivifier la communauté nationale.
Or, durant tout notre Moyen-Age, et pour l’essentiel jusqu’à la fin de l’ancien Régime, notre patriotisme est un patriotisme franc. Il tire ses racines de la nation des Francs établie en Gaule et qui a joué un rôle de catalyseur de l’âme nationale. A ce sujet, il ne faut pas oublier l’étroite parenté des Gaulois et des Germains. En la matière, il faudrait citer l’avalanche des témoignages des auteurs de l’Antiquité qui, eux, avaient l’avantage de voir, sur le tas, les uns et les autres, contrairement aux actuels scribouillards qui osent se prétendre historiens parce qu’ils obéissent au conformisme du « politiquement correct ».
Pour nous, le principal souci doit consister à être nous-mêmes avec force sans avoir à nous définir par rapport aux uns ou aux autres et sans plus de gêne que les armées franques qui soumirent les tribus saxonnes.
Cependant, il est un autre mobile d’un ordre supérieur et surnaturel auquel correspond cette mission des Francs. Il résulte de la convergence des Francs et des Gallo-romains au sein de la religion catholique romaine après la conversion et le sacre de Clovis. Il faut savoir que, lors du baptême et du sacre de Clovis par Saint Rémy un miracle se produisit. Comme l’huile sainte nécessaire pour conférer le sacre venait à manquer, Saint Rémy se mit en prière et une colombe venue du Ciel apporta cette huile sainte dans un petit réceptacle. Celui-ci, appelé « ampulla », en latin, sera appelé la « Saint Ampoule » par les anciens Français.
Des témoignages écrits, dont tout indique qu’ils datent de l’année qui suivit la mort de Saint Rémy, attestent de ce miracle. Or, il faut également savoir qu’à partir de la dynastie capétienne, au moment du sacre de chaque roi, celui-ci recevait l’onction royale grâce à une huile consacrée à cet effet. Mais, préalablement, on mêlait toujours à cette huile consacrée une faible quantité des restes de l’huile qui avait servi pour le sacre de Clovis et qui était pieusement conservée dans la Sainte Ampoule auprès du tombeau de Saint Rémy.
Et il y avait bien là une vertu Divine, une force Divine attachée, dans ces conditions, au sacre des rois de France. En effet, chaque fois qu’un roi avait reçu cette onction aux origines miraculeuses, et s’il n’avait pas de faute grave sur la conscience, il était capable d’opérer des guérisons en imposant les mains et en prononçant la formule « Dieu te guérisse, le roi te touche ». Ainsi se manifestait le signe visible et lui-même miraculeux d’une alliance entre le Christ et le Roi de France, et à travers lui, du Christ avec la France héritière de la nation et la tradition spirituelle des Francs.Faut-il ajouter que nos annales historiques sont remplies des témoignages écrits de ces guérisons (jusqu’au dernier roi sacré à Reims, Charles X, au XIXe siècle) ?
Des papes, des prophètes, des saints et notamment Sainte Jeanne d’Arc proclameront que « le Royaume de France est le royaume de Dieu même ». Le pape Grégoire VII, qui régna de 1085 à 1095, pourra dire que les rois de France sont autant au-dessus des autres rois que les souverains sont au-dessus des particuliers. Tels sont les faits qui ont inspiré l’antique adage « Gesta Dei per Francos » et qui attestent d’une mission Divine de la France. Mais il ne s’agit pas là de la soi-disant France maçonnique et antichrétienne s’offrant à toutes les intrusions étrangères. Il s’agit de la France des rois, pères de la Nation, qui jouaient un rôle de médiateur entre la Nation et le Christ-Roi. Il faut savoir que les rois de France, les nobles Français, le peuple lui-même, se considéraient comme les héritiers de la Nation élue des Francs qu’ils entendaient continuer. Ils se considéraient comme les héritiers de Charlemagne et de l’Empire de Charlemagne. De là prenait naissance la politique royale, celle d’un certain hégémonisme français en Europe.
Il nous appartient d’assumer cet héritage franc de la France empreint d’un esprit de foi, de fidélité, de force, renaissant perpétuellement de lui-même. Au XXIe siècle, il appartient aux vrais Français de se reconnaître comme les détenteurs de cette tradition royale et impériale franque. Il leur appartient de faire en sorte qu’un jour la France puisse devenir le noyau central d’une puissance impériale de la catholicité européenne.
Louis Lefranc
Source : l'héritage

9 mars 1945 : De Gaulle déclenche le drame indochinois

LE 9 mars 1945, en Indochine, dans la nuit, l'armée japonaise frappait. En s'attaquant aux forces françaises, les Nippons ouvraient sans doute, le premier acte d'une des plus sanglantes tragédies du vingtième siècle. Mais cette guerre, qui allait déclencher une cascade de conflits atroces par leur cruauté et leurs séquelles, on ignore trop que C'EST LE GÉNÉRAL DE GAULLE QUI L'AVAIT VOULUE.
Simplement parce que, fidèle à son personnage, il jugeait " indigne et dérisoire " la « complaisante passivité », c'est-à-dire la neutralité de l'Indochine. Il la voulait parce qu'il ne pouvait accepter de la seule condescendance des Alliés le droit de parler en vainqueur aux Nippons.
Les textes sont là, indiscutables. Pour le général. « malgré le manque d'effectifs et de moyens matériels, la participation de nos farces aux opérations militaires en Extrême-Orient était une nécessité »(...),« Seule notre participation effective et par les armes à la libération de l'Indochine pourra nous rétablir dans la plénitude de nos droits », écrivait-il le 29 février 1945 au chef de la Résistance en Extrême-Orient, le général Mordant.
LE MYTHE DE LA RÉSISTANCE ET SES RAVAGES
Mais De Gaulle ne voyait pas la guerre comme un simple affrontement entre deux armées. Il essaya de créer là-bas un mouvement de Résistances comparable à celui qui lui avait si bien réussi en France. Il affirmait : " C'est surtout de l'efficacité de cette résistance intérieure de l'Indochine que dépendra le retour incontesté de l'Indochine à l'Empire français. " De plus, proclamant que les Indochinois se sentaient les « enfants de la mère patrie », il imagina une résistance associant colons et colonisés. Il écrivait au général Mordant : « Je ne conçois pas la résistance comme étant uniquement militaire, je la conçois comme faisant entrer dans le combat et dans la lutte aussi bien les autorités civiles que la population française et indochinoise. »
Et aux Français, De Gaulle déclarait : " Il est essentiel, qu'elle (la résistance intérieure) se dresse et qu'elle combatte (les Japonais). (...) Il y va de l'avenir de l'Indochine française. Oui, de l'Indochine française, car, dans l'épreuve de tous et dans le sang des soldats est scellé, en ce moment, un pacte solennel en la France et les peuples de l'Union indochinoise. "
Bref, Charles De Gaulle considérait la lutte comme un " creuset bouillonnant " d'où sortirait une nouvelle solidarité franco-indochinoise.
Les faits contrecarrèrent rapidement ces calculs. Le 14 mars, dans un discours radiodiffusé, De Gaulle présentait le drame en ces termes : " De durs combats se sont engagés en Indochine depuis six jours entre les forces françaises et les forces japonaises. (...) Aujourd'hui la lutte engagée entre l'envahisseur et nos forces d'Indochine se déroule suivant le plan arrêté par le Gouvernement et sous les ordres des chefs qu'il a désignés. " En réalité, la surprise fut complète : en quelques jours 200 officiers, 900 sous officiers et soldats français furent tués, le reste capturé ou contraint à la retraite, telles les deux colonnes commandées par les généraux Sabattier et Alessandri qui parvinrent à se réfugier en Chine.
Quant au renouveau des rapports franco-indochinois, il prit un tour imprévu. Dès l'annonce du coup de force, après avoir adressé ses félicitations aux Nippons, l'empereur Bao-Dai déclara que l'action japonaise libérait le Vietnam de la domination étrangère et le 11 mars, le « Du » n° 1 (proclamation impériale) déclarait : " Le Gouvernement du Vietnam proclame publiquement que, à dater de ce jour, le traité de protectorat avec la France est aboli et que le pays reprend ses droits à l'indépendance. " Peu après, le Cambodge suivait la même voie.
Même attitude dans les classes populaires. Bien loin de s'entendre avec les Français pour organiser une résistance commune, elles manifestèrent violemment contre eux. La presse se lança dans d'énergiques campagnes contre le colonialisme, soulignant l'immixtion continuelle des Français dans les affaires indochinoises, l'emprisonnement des patriotes, l'exploitation économique. Et les manifestations se succédèrent.
UN HOMMAGE INATTENDU À LA FRANCE
Paradoxalement les Nippons conseillèrent la modération. Ayant éliminé l'armée française, ils auraient souhaité bouleverser le moins possible l'administration du pays.
Le 16 mars, ils interdirent une manifestation de masse organisée à Saigon par les nationalistes " pour montrer la gratitude de la nation à l'égard de l'armée japonaise qui nous a délivrés de nos ennemis français ".
Le 25 avril le nouvel ambassadeur du Japon, M. Yokobama, déclarait à Hué : " Nous ne devons pas confondre un système politique avec les qualités inhérentes aux Français. Il y en a beaucoup parmi eux qui ont œuvré pour le bien de l'humanité. A l'égard de ceux-là. nous devons nous conduire selon les principes communs à la Grande Asie : « Quand un oiseau blessé se tord de douleur dans les mains du chasseur, celui-ci ne l'achève pas. » D'après l'esprit du Bushido, rien n'est plus méprisable que de maltraiter des faibles sans défense. Les autorités japonaises conseillent au peuple d'Annam d'imiter cette attitude. "
Mais les Nippons n'avaient pas compris la force du mot d'ordre d'indépendance.
Le 17 avril, l'empereur Bao Daï avait demandé au professeur Tran Trong Kim de former le gouvernement. Connu pour ses opinions nationalistes, celui-ci profita à fond de la situation. Au lendemain du coup de force, le commandement japonais avait publié une proclamation affirmant que tout Français (fonctionnaire, technicien, etc.) qui accepterait de collaborer avec le nouveau pouvoir garderait ses fonctions et percevrait le même traitement. Tentant de préserver ce qu'un accident de l'Histoire venait de restituer à son pays. Tran Trong Kim pressa les autorités nippones de renoncer à employer les ressortissants français. En quatre mois. il obtint le transfert de la plupart des services français, la dissolution du gouvernement général et la reconstitution de l'unité du Vietnam divisé par la France.
Tous les commentateurs s'accordent pour le reconnaître : le 9 mars 1945, les Nippons ne balayèrent pas seulement les forces militaires françaises, ils pulvérisèrent également nos positions économiques et culturelles. En un jour, l'emprise française s'effondre, minée à la base par la tragédie. Aux yeux des « indigènes », la France perdit le " mandat du ciel ".
INCONSCIENCE ET IGNORANCE GAULLISTES
Pourtant, inconscient de la gravité de ce qui se passait, Charles De Gaulle déclarait le 14 mars 1945 : « Nous savons bien qu'il est facile à l'adversaire japonais de bâtir par feintes et artifices-comme on fabrique un dragon de papier-, l'apparence d'un consentement apporté à sa tyrannie par les populations occupées. Mais nous connaissons assez les réalités pour ne pas nous tromper à ces faux-semblants. En vérité, jamais l'Union Indochinoise n'a été plus opposée à l'ennemi venu du Nord, ni plus résolue à trouver en elle-même, avec l'aide de la France, les conditions de son propre développement...»
Cette phraséologie n'était qu'une riposte aux désillusions, elle ornait inutilement un désastre. Pour De Gaulle, c'était l'échec complet. Jamais peut-être dans l'histoire, les conceptions d'un homme d'Etat n'avaient été aussi vite et aussi complètement balayées.
Tels sont les faits. Ils montrent que le général n'était pas, comme l'insinuait sa propagande et comme continuent à le prétendre ses thuriféraires, un homme en avance sur son temps. Il ne se doutait pas des problèmes que posaient les colonies. Il sous-estimait la passion cachée derrière le mot de nationalisme et la haine suscitée par le colonialisme. Il ne réalisait même pas que; les Vietnamiens ressentaient les simples mots d'« Union indochinoise » comme des menotte les liant arbitrairement à des pays avec lesquels ils ne ressentaient pas d'affinités.
Voyons maintenant l'interprétation que l'on donna de ces évènements. La tragédie étant trop récente, un point de vue a prévalu : celui des plus forts, donc des gaullistes. Ils ne se tourmentent pas pour savoir ce qui se serait passé si, au lien d'annoncer à coups de trompette la prochaine entrée en guerre de l'Indochine, De Gaulle avait suivi les conseils de prudence que lui prodiguaient conjointement son adversaire l'amiral Decoux et le propre chef de la Résistance, le général Mordant.
Ils ne s'étonnent pas de voir les Japonais se lancer dans une agression alors qu'ils savaient la guerre perdue et qu'ils faisaient procéder à des sondages de paix à Moscou. Ils trouvent naturel que les Nippons aient attaqué sept mois après l'arrivée des gaullistes à Paris alors que le pouvoir nouvellement installé avait déclaré la guerre au Japon le 8 décembre 1941. Ils ne remarquent même pas que, se sentant en faute, De Gaulle occulta dans ses « Mémoires » deux faits extrêmement importants : sa déclaration de guerre au Japon et l'appel qu'il lança aux populations d'Indochine de résister aux Nippons.
L'affaire semble entendue. En Extrême-Orient, le feu couvait sous la cendre. Inévitablement l'embrasement devait se produire. Néanmoins, De Gaulle souffla si ostensiblement sur les braises que certains de ses actes exigent une explication. Pourquoi voulut-il entraîner dans la guerre 40 000 Français perdus au milieu de trente millions de Jaunes hostiles au colonialisme? Et pourquoi, dans ses conférences de presse, parlait-il d'une armée de secours qui devait chasser, les Japonais, alors qu'elle n'existait pas? Et, surtout comment un homme de son âge a-t-il pu concevoir le combat comme un moyen de renouveler les relations franco-vietnamiennes?
Difficile d'escamoter de telles maladresses, d'autant plus difficile qu'en inquiétant les Japonais, elles leur fournirent un prétexte d'intervention. Au cours de l'entretien qui précéda le coup de force, les préoccupations japonaises exprimées par le délégué nippon n'eurent trait qu'aux déclarations du général De Gaulle au sujet de l'Indochine.
TOUJOURS LE BOUC EMISSAIRE AMÉRICAIN
Prétendant à la rigueur scientifique un ouvrage collectif présenté par l'Institut Charles de Gaulle ("Le général de Gaulle et l'Indochine ") a tenté de fournir une explication. Cachant les responsabilités gaullistes derrière la complexité du problème, ce livre pose la question : " Que savait exactement le général De Gaulle de l'Indochine en 1942 et 1943, lorsque il dut prendre un certain nombre de décisions très importantes? " En somme, il ne connaissait pas le problème, comme la réponse le prouve : " à partir de 1942 et de 1943, une infinité de données, de renseignements parvenaient au général De Gaulle, mais les nécessités des autres théâtres l'auraient peut-être empêché de s'intéresser directement à l'Indochine ", Ainsi, préoccupé par d'autres soucis, le général n'aurait pu se consacrer suffisamment a la question. Explication étonnante. Comme si un séjour de quatre ans en Syrie ne lui avait rien inspiré sur l'avenir des colonies! Comme si les importantes désertions de tirailleurs indochinois pendant les combats de Lang Son contre les Japonais en 1940, et lors des batailles contre les Siamois en 1941 n'avaient pas de quoi alarmer un officier de carrière !
Sentant la légèreté de l'explication, un participant proposa une justification plus subtile : " Je pense que si les Américains n'avaient pas toujours nié le caractère représentatif de ce mouvement (gaulliste), niant qu'un jour, il incarnerait tous les sacrifices consentis sur l'ensemble du territoire français occupé, si le gouvernement américain avait eu une autre position, le général De Gaulle lui-même n'aurait pas tenu à ce point à ce que la résistance intérieure de l'Indochine prépare l'entrée dans la guerre de cette terre. C'est précisément parce qu'il était sous cette pression qu'il connaissait bien, qu'il avait subie ailleurs, qu'il a prit cette décision essentielle : pour avoir le droit à la discussion au moment de la paix, il fallait revenir en Indochine les armes à la main. " En somme toujours le méme bouc émissaire : les Américains!
Jusqu'au 9 mars l'Indochine traversa le cyclone sans crise grave. lorsque De Gaulle entra à Paris, notre possession d'Extrême-Orient était florissante. Alors De Gaulle rêva. Pour parler en vainqueur, il voulut la guerre et c'est sans doute avec satisfaction qu'il accueillit la nouvelle du coup de force japonais. Il ne se doutait pas que, encore miraculeusement épargnée, l'Indochine allait devenir, et pour tout le reste du millénaire, l'Etat martyr de l 'Extrême-Orient.
Frédéric JEANNIN RIVAROL 9 mars 1985

dimanche 3 février 2008

5 janvier 1720 : La spéculation, miroir aux alouettes


LE 5 JANVIER 1720 est le jour de gloire pour John Law : il est nommé contrôleur général des Finances du royaume de France. Quelle ascension pour ce fils d'un orfèvre d'Edimbourg qui, après avoir dissipé sa fortune à Londres entre 1691 et 1695, a entrepris de courir l'Europe pour étudier les divers systèmes financiers et bancaires des pays visités ! De retour dans son Ecosse natale, il publie le fruit de ses cogitations dans un livre intitulé Considérations sur le numéraire et le commerce, dont l'idée centrale est révélatrice d'une mentalité typiquement libérale : il faut émettre du papier monnaie garanti sur les terres du pays (le papier monnaie, emblématique de ce "nomadisme" qu'un Jacques Attali exalte comme étant le fin du fin de la civilisation, au détriment d'un enracinement dans le terroir qu'un Bernard-Henri Lévy dénonce, dans L'idéologie française (Grasset, 1981) comme la matrice de la "barbarie ").
Soucieux d'appliquer sa théorie, Law adresse un mémoire au gouvernement français, empêtré dans le difficile financement de la coûteuse et interminable guerre de Succession d'Espagne (1701-1714). Il voudrait obtenir l'autorisation d'ouvrir une banque d'émission à Paris.
L'Europe se débat alors dans un marasme économique marqué par une dépression générale des prix, qui provoque accroissement de la rente, recul du profit, augmentation du coût du capital. La France est particulièrement touchée: les dépenses de l'Etat ont doublé de 1689 à 1697 puis doublent à nouveau de 1701 à 1714. Spirale vicieuse, entraînant des expédients douteux qui sont autant d'aveux de faiblesse de l'Etat : emprunt, refonte des espèces monétaires, émission de papier monnaie dont la valeur chute rapidement. Le poids très lourd de la dette publique semble devoir plomber toute tentative de redressement.
Selon Law, la clef est dans la monnaie : l'insuffisance monétaire bloque la croissance, il faut donc démultiplier l'instrument monétaire. En créant une institution publique de crédit, calquée sur la Banque d'Angleterre (fondée en 1691), qui émettra un papier solide, on restaurera la confiance et on pourra résorber la dette publique. Il y a, dans ce raisonnement, un élément très important, que les économistes ont eu et ont encore tendance à trop négliger : le facteur psychologique, c'est-à-dire l'état d'esprit optimiste ou pessimiste - des producteurs-consommateurs est déterminant dans l'évolution d'une situation économique (mais échappe très largement aux calculs trop mathématiques, trop rationnels : la confiance - ou la défiance - ne se met pas en équation, quoiqu'en pensent polytechniciens et énarques).
En exposant son projet dans son Essai sur un nouveau système de finances, Law gagne la confiance du Régent, qui l'autorise à créer une banque privée d'escompte et d'émission. Son caractère privé ne l'empêche pas d'avoir un solide appui de l'Etat: alors qu'elle émet des billets au porteur, 75 % de son capital est en billets d'Etat et le pouvoir autorise le paiement des impôts en billets. Après une phase d'attentisme face à cette nouveauté, le public et les professionnels de la banque font un succès aux billets de la banque Law. Le financier peut alors passer à la réalisation d'une autre idée qui lui est chère: créer une compagnie de commerce pour mettre en valeur la Louisiane récemment acquise par la France (1682).
La réussite semble sourire à Law: sa banque transformée en banque royale, l'appel au crédit et l'émission continuelle de monnaie fiduciaire prennent des proportions spectaculaires. L'apogée est son accession au contrôle général des Finances. Le désastre suit de peu. Le volume excessif des émissions, la fureur spéculative, le climat de surexcitation entretenu au siège de la banque, rue Quincampoix (atmosphère bien rendue dans les versions filmées successives du roman de Féval Le Bossu) contribuent au caractère artificiel du système Law. Quand les premiers signes de défiance apparaissent, Law croit trouver la parade en dévaluant. Cela ne fait qu'augmenter l'inquiétude. Beaucoup cherchent à se débarrasser de billets devenus suspects. Le coup de grâce est donné par le duc de Bourbon et le prince de Conti qui se défont des sommes considérables qu'ils avaient en billets et actions. Law multiplie les mesures déflationnistes mais il est trop tard pour inverser la tendance.
Les décrets d'octobre et de décembre 1720 suppriment le billet et la banque de Law qui, pour éviter d'être lynché, doit s'enfuir en catastrophe et se réfugier à Bruxelles puis en Italie, où il finit dans la misère. Mais il n'est pas le seul à avoir été ruiné par son système, qui va laisser de si mauvais souvenirs que les Français garderont longtemps une grande méfiance à l'égard de la spéculation. Ce qui ne les empêchera pas d'en être à nouveau régulièrement victimes ... jusqu'à nos jours.
Pierre VIAL. RIVAROL janvier 2008

mercredi 30 janvier 2008

L'Émigration, résultat d'une épuration idéologique


COMMENTANT, dans notre n° du 15 mai 1975, l'Histoire de l'Emigration (1789-1814) que Ghislain de Diesbach venait de publier chez Grasset, notre grand ancien Robert Poulet (1893-1989) écrivait: « Ce qui s'est produit en 1789-1793, l'élimination d'abord spontanée, ensuite forcée, d'une classe, dégénérée par l'intérieur et par l'extérieur, mésalliances, incurie, abus de la spéculation intellectuelle, devrait être un grand exemple pour ceux de nos contemporains qui se préparent si étourdiment à former l'Emigration de demain. Je crains cependant que la leçon ne soit perdue, comme elle l'a toujours été pour les dirigeants des civilisations déclinantes, puisqu'on doit reconnaître qu'ils commettent toujours les mêmes erreurs. » Encore, à l'époque, nos pays ne connaissaient-ils pas le white flight qui, parti d'une Angleterre envahie par ses anciens sujets du Commonwealth, incite désormais tant d'Européens à déserter leur ville, voire leur pays natal pour aller chercher dans des lieux encore préservés un asile où l'avenir et même la vie de leurs proches seront mieux assurés.
C'est dire que la réédition, cette fois dans une collection de poche accessible à tous, de cette Histoire de l'Emigration* vient à son heure tant certaines leçons restent actuelles. Ghislain de Diesbach signale certes l'effet de mode et d' entraînement auquel cédèrent certains aristocrates (qui, un lustre plus tôt, avaient parfois été enragés de philosophie) mais, moins sévère que Robert Poulet, il démonte la politique de terreur qui fut systématiquement utilisée par les Grands Ancêtres pour inciter ou contraindre à la fuite tous les cadres comme on ne disait pas alors - qui, par leur autorité temporelle ou spirituelle, étaient susceptibles de s'opposer à l' avènement de l'homme et du peuple nouveaux issus des Lumières. Les religieux étant les premières cibles de cette « épuration idéologique» (mais aussi ethnique, la réaction étant assimilée à une race). «Ainsi désignés comme les ennemis naturels du genre humain, écrit ainsi notre éminent ami, les malheureux prêtres insermentés sont condamnés soit à émigrer, soit à mourir de faim dans un pays qui, suivant l'une de ses expressions favorites, "les vomit de son sein". Pendant la quinzaine de Pâques, les persécutions se multiplient à l'égard des ecclésiastique et des fidèles désireux de pratiquer librement le culte romain. Tout rassemblement est aussitôt travesti en complot et puni comme un crime de lèse-nation. Les Girondins vont accélérer le vote de mesures exceptionnelles de sûreté contre le clergé et soutiennent une motion demandant la déportation de tout prêtre dénoncé par vingt citoyens actifs ».
Le clergé et la haute noblesse ne sont pas les seule victimes de ces persécutions qui, à partir de 1789, jettent 300000 personnes sur les routes de l'exil. Objets de mille brimades, promis au « couteau républicain », des roturiers fidèles à la Couronne, ou simplement attachés à la tradition, décident aussi de s'expatrier, bien plus nombreux qu'on ne le croit, et certains feront d'ailleurs fortune en Angleterre, en Russie ou aux Etats-Unis.
Car ils ne sont pas toujours les bienvenus à Coblence, où chacun en rajoute sur ses quartiers de noblesse. Ghislain de Diesbach n'est pas tendre pour cette Cour où, malgré la menace pesant sur nous, subsistent clivages et dissensions.
Les nobles de haute lignée toisent les hobereaux, les conservateurs méprisent les "éclairés", les catholiques se méfient des protestants, tous antagonismes exacerbés par les ragots et les egos. A Coblence où « tout s'agite, se pavane et chante victoire avant même d'avoir engagé le combat, si grande est la certitude du succès », raconte Ghislain de Diesbach, «la mentalité est celle d'une coterie dont les membres, fort jaloux les uns des autres, ne s'entendent que pour restreindre le nombre des élus. Cet état d'esprit règne non seulement dans les salons mais aussi dans l'armée. Loin d'accueillir avec empressement les volontaires qui se présentent encore (. .. ), les différents corps de troupes font l'impossible pour les rebuter ... Lorsque le comte de Montlosier, esprit brillant mais monarchien, vient offrir ses services comme simple soldat, le général de Malseigne le rabroue grossièrement », lui disant qu'il ferait « tout aussi bien de s'en aller ». A Coblence comme dans l'armée des Princes, et cela aura les pires conséquences dans la conduite des opérations militaires, « les sentiments royalistes, comme les quartiers de noblesse, ne se présument pas; ils doivent être prouvés. Rien ne sert d'avoir fait cent lieues ou même davantage, d'avoir couru mille dangers et risqué cent fois sa vie; si le moindre soupçon plane sur le postulant, celui-ci est immédiatement rejeté. On se montre aussi sévère, de ce côté du Rhin, qu'on l'est à Paris sur les preuves de civisme », déplore l'auteur qui pointe avec justesse « une espèce de jacobinisme à rebours ». Comme quoi on est forcément pollué, quoi qu'on en ait et quelle que soit l'époque, par le maudit « air du temps ».
Ce qui précède montre la pénétration de Ghislain de Diesbach dans son approche de l'Emigration - qui est aussi, et par la force des choses, un tableau « en creux » de la Révolution. Cette Histoire de l'Emigration ne vaut pas seulement par la prodigieuse érudition de l'auteur et son aisance à découvrir la pépite dans les innombrables Journaux et Mémoires laissés par les émigrés. Elle explique aussi avec une rare intelligence - et dans une langue parfaite dont l'ironie n'est jamais absente - comment, avec les meilleures intentions du monde, on peut mener une entreprise à l'échec, le couple royal et les Princes exilés n'étant d'ailleurs pas exempts de tout reproche. Pourtant ménager de ses éloges, Robert Poulet, qui félicitait Ghislain de Diesbach d'avoir « traité le sujet à fond, sans en négliger aucun aspect », estimait qu'il avait "admirablement" mené son récit. Il avait tout à fait raison.
CI.L RIVAROL
*Histoire de l'Emigration, 640 pages, 12 €. Ed. Tempus/Perrin.

mardi 29 janvier 2008

La République laïque a sa religion


Quand Dieu est «banni de la vie publique» il n'y a plus de « tolérance », mais de « l'hypocrisie »..... en ouvrant la 11e Assemblée ordinaire du Synode des évêques dans la basilique Saint-Pierre, Benoît XVI est revenu sur un thème qui lui est cher, celui du laïcisme et du relativisme des sociétés contemporaines [1]
La République laïque n'a pas de religion entendons-nous partout. Cette idée vient spontanément à l'esprit depuis que la loi de 1905 a séparé l'Etat de l'Eglise et qu'un formatage idéologique s'est mis en place. Mais d'où nous vient cette loi ? Quelle en est l'origine ?
La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, est le fruit du libéralisme maçonnique, le fruit de l'action sourde, tout au long du XIXe s., des Révolutionnaires.
La nouveauté apparaît peut-être là.
Ne voulant plus voir l'Eglise Catholique aussi active dans l'établissement des règles sociales, il faut la dissoudre au milieu des autres croyances et faire de l'Etat, l'arbitre des religions, le tuteur des religions, et donc le chef de la religion. L'Etat qui soit-disant était incompétent en matière de religion est chargé de gérer toutes les religions au travers de la Loi suprême de la (fausse) laïcité... Fi des anges et autre créatures invisibles. Seule les lois mûrement expérimentées font autorité. Le rationalisme et la tolérance, voilà en quelque sorte le credo des défenseurs de la laïcité.
Le désir haineux d'effacer le catholicisme en France redevient violent après la défaite de 1870 et surtout à l'installation de la troisième République en 1875. Les déclarations de Léon Gambetta et de Jules Ferry sont là pour nous le rappeler.
Au moins depuis Platon, nous savons qu'il est plus facile de bâtir une ville dans les nuages qu'une société sans religion.
Aujourd'hui, pour assurer une certaine quiétude dans nos cité, Le pouvoir républicain accorde un espace spirituel équivalent à tout les mouvements dès l'instant que ceux-ci ne cherchent pas à s'exprimer à l'extérieur, ne cherchent pas à orienter la vie sociale et surtout ne remettent pas en cause la loi suprême : la (fausse) laïcité. Plutôt que de longs discours une image peut nous aider à le comprendre:

Rapide commentaire:
Le rationalisme ne peut souffrir l'intervention du surnaturel.
Marianne pose son pied sur la couronne; nous comprenons bien puisque la révolution a montré sa volonté de couper court avec l'ancienne société par l'exécution de LOUIX XVI.
Si SEDAN et quelques autres inscriptions sont jetées à terre, c'est celle où figure le DROIT DIVIN qui est au centre.
Les principes donnés à la masse populaire sont le suffrage universel et les droits de l'homme.
A la diversité des autorités renversées, nous y verront un refus de la hiérarchie et l'affirmation de l'égalité
Mais pourquoi ce personnage à coté de Marianne ? Qui peut-il bien être pour avoir le droit de paraître en aussi bonne place pour accompagner une volonté qui veut s'affranchir de tous dieux?
Serait-il un ange ou un archange ? Il n'a pas d'auréole mais une flamme sur la tête. Il porte un flambeau que dans d'autres gravures ou statues allégoriques de l'époque on identifie à la lumière.
Il est très semblable à celui qui orne la colonne de la BASTILLE
Un ange qui porte la lumière; mais c'est Lucifer!
Le deus ex machina de la République a de très grande chance d'être le Démon en personne.
Pourquoi ce choix ?
La principale erreur du Démon, et la seule assurément, est une faute ( un péché) d'orgueil. Il s'est voulu comme DIEU. Pour être comme, il suffit généralement d'imiter.
Le démon suscite Marianne dans l'histoire sociale de la France. Elle est une personne virtuelle. Ses traits sont passagers, variant au gré du modèle qui les lui fixe. Aucun des modèles ne peut faire état d'une activité propre particulièrement signalée.
Donc nous pouvons être certain que la personne révélée par DIEU, sera réelle, d'une efficacité foudroyante et son personnage sera trans-historique.
Recherchons dans le passé de notre pays un personnage féminin accompagné par un archange et dont l'action particulièrement extraordinaire tout autant que réelle, fait toujours couler de l'encre.
Là encore les images ne manquent pas.
Sainte Jeanne d'ARC ! Vous l'avez bien compris.
En résumant, cette demoiselle va
marquer les règles de vie sociale ( mœurs, respect de la femme, respect des prisonniers et des victimes,...),
amorcer la cohésion nationale,
déclencher, malgré les jalousies des puissants de l'époque, la fin d'une guerre qui épuisait la France.
Que fait «Marianne» ?
La Révolution, ( væ victis)
La lutte des classes et la quête du profit matériel,
ses courtisans, déchirés entre eux, jetterons les peuples au nom du DOGME dans la plus effroyable tuerie dont le spectacle s'étale encore sous nos yeux.
Conclusion
Après ce rapide exposé, il est visible que la «République laïque» n'est pas si au dessus des religions que cela. Bien au contraire, elle s'affirme par un caractère très proche de l'antithèse du catholicisme. Le dictionnaire LAROUSSE édité en 1905, donne cette définition du mot «laïque» : «Qui n'appartient pas à l'Eglise». Il n'est pas dit «aux religions», mais à l'Eglise. Or l'Eglise, en 1905, c'est l'Eglise catholique apostolique et romaine et pas autre chose.
1905 est l'année de la loi de séparationde l'Eglise et de l'Etat. Celle-ci est pour une bonne part l'œuvre du Grand Orient, l'obédience la plus farouchement anticléricale. Le Grand Maître du G.O., Alain Baueur en démissionnant (pour des raisons de "querelles de personnes, des clans et des structures dépassées"...) le dit dans un article du Monde en parlant de "la centenaire loi de séparation des Eglises et de l'Etat, son grand œuvre laïque....." "[...] le Grand Orient a été l'Eglise et le parti de la République et a construit la boîte à outil de la citoyenneté. Franc-maçonnerie rime avec démocratie....." (Pourquoi j'ai démissionné du Grand Orient, par Alain Bauer LE MONDE 05.09.05 13h54 • Mis à jour le 05.09.05 13h54).
La maçonnerie religion de la république, c'est un bien grand mot serions nous tenté de dire : cela a changé aujourd'hui !... l'Etat, d'ailleurs, répare les églises ! N'est-il pas ? Certes ; mais la république est un moyen comme un autre de diriger une communauté d'être humain, et dans cette perpective, la «République laïque» ne semble pas aussi anodine que cela : elle a nécessairement un but. Soit elle est de Dieu, soit elle est du démon. Il ne peut y avoir de milieu ni d'autres choix possibles, c'est l'éternel combat entre la cité du bien et la cité du mal que détaille remarquablement Mgr Gaume, [2] Ce but de la république, il semble qu'elle l'ait attient: la décatholicisation des Français. C'est finalement, au même titre que l'institutionalisation d'un soit disant "Islam de France" ou d'autres variantes «des religions du LIVRE», un des bras d'un système qui s'attaque au christianisme ; au corps mystique de Jésus Christ.
Nous comprenons sans peine, à présent, les raisons de la présence de Lucifer auprès de Marianne. La «République laïque» a bien une religion, une religion qui n'est qu'un cheval de Troie au service du Démon!
Malheureux que nous sommes à suivre un pareil chef qui nous assure à coup sûr un retour au paganisme primitif et barbare, la voie de la servitude aux démons (spiritisme, new age, occultisme, magie, divination, etc.) et avec les fers, le chemin de l'Enfer, à l'inverse de l'institution sur laquelle elle ne cesse de déverser sa haine, l'Eglise catholique, qui elle mène au paradis !
Miséricordieux Jésus, ayez pitié de nous.

lundi 14 janvier 2008

24 décembre 1917 : Le réalisme politique en action


EN FÉVRIER 1917, la Russie avait cru vivre la révolution avec l'abdication du tsar Nicolas II et l'arrivée au pouvoir du socialiste Kérenski. Mais ce n'était qu'une ; fade introduction. La révolution, la vraie, est mise en œuvre par des révolutionnaires professionnels, les bolcheviks, qui ont pris soin de noyauter les gardes rouges créées en février.

Kérenski, piètre dirigeant méprisé par nombre d'acteurs et de témoins des journées décisives des 24, 25 et 26 octobre (7, 8 et 9 novembre du calendrier grégorien usité en Europe occidentale), est balayé, à Petrograd, par quelques molles démonstrations et intimidations de la part des bolcheviks qui n'ont même pas à combattre véritablement pour prendre un pouvoir tombé en déshérence. Plus tard sera forgée de toutes pièces la légende dorée d'un soulèvement aussi massif qu'héroïque des prolétaires de Petrograd.
Le conseil des commissaires du peuple, composé sous le contrôle des bolcheviks, assume le nouveau pouvoir. Il est présidé par Lénine, tandis que Trotski a la responsabilité des Affaires étrangères. Dans les rues, les nouveaux maîtres célèbrent leur facile victoire par une soûlerie géante. Mais certains, parfaitement lucides, mettent en place les instruments permettant d'avoir les choses en main. En particulier, pour faire face à une menace "contre-révolutionnaire" qui est encore, à cette date, une pure (mais bien commode) invention, est créée une police politique secrète, la Tcheka, dont le nom va vite devenir synonyme de terreur aveugle.
Mais, rappelle Dominique Venner dans son remarquable Les Blancs et les Rouges, qui vient d'être publié aux Editions du Rocher, « au lendemain de la révolution d'Octobre, la survie des soviets était moins que certaine ( ... ) En 1917, les jeux ne sont pas faits ». Les bolcheviks ne représentent en effet qu'une minorité, certes active mais qui va avoir du mal à prendre le contrôle réel de l'immense territoire russe. Même si l'armée a implosé, il y a le risque de voir certains officiers, exaspérés par les brimades de tous ordres, entrer en résistance contre le nouveau pouvoir. Et puis, surtout, il y a la guerre. La guerre contre cette Allemagne qui a infligé défaite sur défaite aux armées russes et dont rien ne semble pouvoir arrêter les soldats s'ils entreprennent de conquérir des pans entiers de la Russie.
C'est là qu'on peut constater le remarquable réalisme des bolcheviks. Il n'est pas possible de mener de front la guerre contre l'Allemagne et l'installation de la révolution rouge. Il faut donc faire la part du feu. C'est le sens du décret adopté par le Congrès panrusse des soviets qui, dans son préambule, annonce : " Le gouvernement ouvrier et paysan invite toutes les nations belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les négociations d'une juste paix démocratique ". Lénine et Trotski adressent donc dès le 7 novembre un télégramme au général Doukhonine, chef d'état-major général de ce qui reste des armées russes, lui ordonnant de demander à l'adversaire un armistice immédiat. Lénine a, par ailleurs, une idée derrière la tête : l'annonce de la volonté de paix à tout prix manifestée par la Russie pourrait bien inciter une population allemande lasse de tant d'efforts de guerre à se débarrasser du pouvoir belliciste en place. Bref, à rejoindre la révolution bolchevique ... L'idée, on le verra en 1918, n'est pas farfelue.
L' Allemagne répond favorablement à la proposition (les chefs de son armée attachent, bien sûr, grand prix à ne plus devoir se battre sur deux fronts et à concentrer donc tous les efforts à l'Ouest). La délégation bolchevique ayant franchi les lignes allemandes le 19 novembre se rend à Brest-Litovsk. L'armistice est accepté, aux conditions allemandes, par les bolcheviks le 11 décembre (24 décembre du calendrier grégorien). De part et d'autre on déclare accepter « une paix sans annexion ». Le chef de la délégation allemande, le général Hoffmann, fait remarquer que les bolcheviks ayant admis officiellement, par décret, le droit à l'indépendance des nationalités réparties dans l'ancien empire tsariste, la Pologne, la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, l'Ukraine, la Finlande ont désormais le droit d'être autonomes ...
Trotski tempête, annonce la rupture des pourparlers. Mais l'armée allemande ayant, du coup, repris sa progression victorieuse, Lénine fait admettre aux siens qu'il faut signer le traité de Brest-Litovsk, désastreux pour la Russie (3 mars 1918). La révolution rouge garde du coup toutes ses chances, puisqu'elle va concentrer toute son agressivité contre l'ennemi intérieur. Et Trotski va pouvoir faire de l'armée rouge, créée le 15 janvier 1918, une force efficace.
Pierre VIAL RIVAROL

jeudi 10 janvier 2008

Madame Élisabeth de France

_ Comment t'appelles-tu, citoyenne? lui demandera-t-on au tribunal révolutionnaire.
_ Je me nomme Élisabeth de France, tante du roi Louis XVII. En apprenant sa naissance, le 3 mai 1764, Louis XV, son grand-père, la surnomme « Madame dernière», car elle est le huitième enfant du Dauphin Louis et de la Dauphine Marie-Joséphine de Saxe. Deux des enfants étaient morts en bas âge et le duc de Bourgogne à l'âge de neuf ans. Trois garçons demeuraient dans ce foyer royal : Louis Auguste, duc de Berry, Louis Stanislas, comte de Provence et Charles Philippe, comte d'Artois, qui seront rois de France; et deux filles Marie Clotilde qui sera reine de Sardaigne et Élisabeth qui mourra le la mai 1794.
On l'a remarqué, Élisabeth naît et meurt au printemps, et dans le même mois. Simple coïncidence? On l'a pu penser. Pourtant ce mois de mai n'est-il pas devenu, en France, le mois de Marie, depuis que Madame Louise de France, fille de Louis XV, moniale du Carmel de Saint-Denis, avait obtenu du Pape que ce mois soit consacré à la Très Sainte Vierge Marie dont tous les rois de France, depuis les Carolingiens, ont été de fervents dévots? Nous voyons là un signe du Ciel: Notre Dame de France sera sa Patronne.
Élisabeth reçoit le baptême dans la Chapelle du Château de Versailles le jour même de sa naissance_ Louis Auguste, son frère aîné, est le parrain. Tenant dans ses bras la nouvelle chrétienne, il est fort ému et prendra son rôle très au sérieux. On a pu affirmer que le lien qui unit le frère et la sœur, le parrain et sa filleule, est déjà une réalité aux fonts baptismaux. Avec les années ce lien s'affirmera. Le roi Louis XVI ne pourra rien refuser à la jeune Princesse. Et la Princesse décidera de demeurer auprès de son frère, quoiqu'il puisse coûter, jusqu'à la mort du roi le 21 janvier 1793.
On a beaucoup écrit, et souvent bien écrit, sur la courte existence de Madame Élisabeth. Nous invitons le lecteur à connaître tous les détails de son enfance, de son adolescence et de ses épreuves dramatiques des dernières années, dans les meilleurs ouvrages parus depuis le XIX· siècle.
Ce qui, dans ces lignes, retiendra notre attention, c'est l'atmosphère familiale au Château de Versailles, c'est le sens profond de la famille,(" petite église domestique ", nous dit aujourd'hui Jean-Paul II), l'esprit de famille, admirable qui anime et unit fortement tous ses membres, dans les heures de joie, et plus tard dans les heures douloureuses et atroces de l'histoire de notre France.
Très tôt, Élisabeth est orpheline: elle n'a qu'un an et demi quand meurt son père, le Dauphin Louis; elle n'a que trois ans quand meurt sa mère, la Dauphine, Marie Joséphine de Saxe. Elle n'a donc pas pu bénéficier de la remarquable éducation, au sein du foyer familial si pieux, qu'ont reçue ses aînés. Elle apparaîtra cependant, aux yeux de tous ceux qui l'observent, comme très marquée par la mort de ses parents. Elle est une enfant difficile, capricieuse, désobéissante, refusant tout effort pour se bien tenir et même pour apprendre à lire. Elle n'a d'entrain que pour jouer dans les jardins avec ses frères et avec ses joyeux petits pages.
La gouvernante qu'a choisie pour elle le cher grand-père est une femme forte qui ne lui cède rien, mais demeure impuissante. Ses protecteurs du Ciel veillent sur la petite dernière. Ils lui ont préparé _ une seconde « petite maman ", en Marie Clotilde, sa grande sœur. Lorsqu'elle eut six ans, Élisabeth tomba gravement malade. Marie Clotilde est son infirmière qui l'entoure de ses soins avec une tendresse maternelle. Elle l'aide à se corriger de ses défauts; elle la « dompte », comme elle avait appris à se dompter elle-même; elle lui apprend à lire, à travailler. Elle a tant fait qu'elle gagne la confiance et l'affection d'Élisabeth.
En 1770, arrive à la Cour de Versailles la future reine de France Marie-Antoinette d'Autriche, qui, âgée de quinze ans, sera une grande sœur très affectionnée pour les deux orphelines. Dès le mariage du Dauphin Louis, une affection spontanée réunit Élisabeth et Marie-Antoinette. Ce lien nouveau, réel et toujours grandissant, doit être souligné, ne serait-ce que pour repousser les jugements méchants que beaucoup ont portés et répandus sur l' " Autrichienne ". L'histoire vraie doit reconnaître que la jeune reine trouvera vite un appui moral en Madame Élisabeth aux heures difficiles de Versailles et plus tard aux Tuileries et au Temple.
Les événements se précipitent, Louis XV, le cher bon grand-père, meurt le la mai 1774. Louis Auguste est Roi, il a dix-neuf ans. Le 13 août 1775, Élisabeth fait sa première communion dans la chapelle du Château: fête unique et solennelle dans l'existence de tout jeune chrétien bien préparé. Pour " Madame dernière ", c'est, au sens le plus fort du terme, une conversion. Ce premier don du Christ l'a à ce point impressionnée et remuée que tous, autour d'elle, peuvent dire qu'elle a été transformée. on ne parle plus d'elle que pour vanter son charme, sa douceur, son sérieux, son sens profond du devoir, sa générosité qui ne connaît plus de limites.
Quelques jours après, est célébré le mariage de Marie Clotilde, sa grande sœur, à qui elle doit tant parce que c'est par elle qu'elle a reçu les bienfaits immenses de l'éducation donnée par leurs Parents bien aimés. Douloureuse séparation pour les deux orphelines qui ne se reverront jamais, l'une et l'autre victimes de la Révolution. Dès ce jour, Élisabeth se jette, en pleurant, dans les bras de la Reine, qui la fera participer chaque jour au repas du soir de la famille royale. Ainsi le lien qui l'attachait déjà se fera de plus en plus fort et aussi son lien fraternel avec Marie-Antoinette.
Il est question déjà de mariage et pourquoi pas avec le frère de la Reine de France, l'empereur Joseph II? Madame Élisabeth n'a que treize ans. Et voici sa réponse: « Je ne puis épouser que le fils d'un roi et le fils d'un roi doit régner sut les états de son père. Je ne serais plus française et je ne veux pas cesser de l'être: mieux vaut rester aux pieds du Trône de mon frère que de monter sur un autre trône.»
Quelle maturité d'esprit, étonnante pour une « enfant» de son âge! N'a-t-elle pas, ce jour-là, révélé une « vocation» non prévisible, qui est de servir le Roi, de le soutenir, de le défendre, de l'aider moralement et spirituellement dans les difficultés normales de la vie quotidienne et dans toutes les épreuves à venir, dont elle paraît avoir une prescience surnaturelle?
Jamais elle n'oubliera le mot du Roi, son frère, qui, entendant sa chère filleule écarter tout projet de mariage, pressentait, chez elle, un grand désir de rejoindre au Carmel leur Tante Madame Louise: « Je ne demande pas mieux que vous alliez voir votre Tante à condition que vous ne l'imitiez pas : j'ai besoin de vous. » Cet appel au secours et cette prière instante de son frère et parrain n'ont-ils pas préciser sa « vocation», vocation exceptionnelle pour une Princesse de la Cour Royale? le renoncement à tout mariage princier ou royal, le renoncement à la vie du cloître, pour se consacrer au service du Roi et à sa famille, le renoncement à toutes les joies naturelles et surnaturelles, pour se sacrifier elle-même, la première, et aider les siens, ses parents les plus proches, les plus chers aussi, à offrir à Dieu les sacrifices ultimes qu'elle pressentait, qu'elle attendait même dans la paix de l'âme la plus complète? Sa vocation ? Aider les siens à se sanctifier, par la parole et par l'exemple, en se sanctifiant elle-même.
On ne conclura pas qu'elle vivra désormais comme une pénitente fuyant la Cour dans le mépris total de la vie du monde. Certains l'ont pu penser quand ils apprirent son installation à Montreuil, village à petite distance du Château sur la route de Paris. C'est le Roi qui lui a offert ce cadeau pour qu'elle ait son petit Trianon : le « Pavillon de Montreuil », où elle sera chez elle, mais où elle ne demeurera jamais la nuit. Elle ne se rend dans son domaine qu'après la messe matinale de la Chapelle du Château. Maîtresse de maison accomplie; elle est aussi, l'infirmière et l' « assistante sociale » des petites gens de Montreuil. Pendant un hiver rigoureux durant lequel les vivres ne parviennent plus ni à Versailles ni à Paris, car la circulation sur les routes est restée impossible tant elles sont encombrées par la neige et les blocs de glace, Madame Élisabeth fait venir des vaches de Suisse et distribue le lait aux petits enfants avec l'aide de son vacher. Le vieux docteur, ami de la famille, est installé dans un pavillon au milieu des jardins et l'aide dans les œuvres qu'elle crée et dirige elle-même pour les soins à donner aux vieillards et aux malades du village.
Le 3 mai I789, Élisabeth a vingt-cinq ans. Le Roi devrait l'autoriser à s'installer complètement à Montreuil... Mais les États généraux ,vont se réunir à Versailles. Des agitations, des troubles sont à craindre. Son devoir n'est-il pas de demeurer auprès des siens? Autour d'elle, il n'est parlé que de malheurs, que de menaces et de dangers. Élisabeth, si aimable, si gaie et si raisonnable, sera là pour entretenir le bon moral des siens d'abord et celui de leur entourage. Elle est et restera l' « ange gardien» de la famille. à suivre
Luc J.LEFÈVRE

Madame Élisabeth de France : suite

L'été 89 est lourd d'événements: le serment du Jeu de Paume, la prise de la Bastille. Le Roi ne résiste pas, tant il redoute que le sang de son peuple coule dans les rues de Paris et de Versailles. Il se rend, en personne, à Paris pour prendre la« cocarde tricolore ». Une première émigration a lieu à la Cour. C'est le Comte d'Artois qui part avec ses fils. Élisabeth refuse de les suivre. Au Roi qui la presse de se mettre à l'abri, elle répond: « Non. Même si vous me l'ordonniez, Sire, je refuserais... Mon devoir est de me tenir auprès de vous, de partager vos peines et même vos dangers. »
Et le 6 octobre, commence le calvaire de la famille royale. Il faut partir. Il faut abandonner Versailles et Montreuil. Le Peuple, devenu Souverain, l'exige. Le long cortège des carrosses passe par la route de Paris au milieu des cris et des insultes grossières. Le voyage durera plus de huit heures. C'est aux Tuileries, Palais sombre et glacial, que sont provisoirement installés les otages des Révolutionnaires.
Madame Adelaïde et Madame Victoire, tantes du Roi, décident de se rendre à Rome pour y pratiquer la vraie religion avec des prêtres non assermentés. Élisabeth est invitée à se joindre à elles: « Tante Louise, la carmélite, aurait trouvé plus courageux de ma part de rester. » C'est sa réplique qui confirme une fois encore sa décision: être là, pour le sacrifice, quand Dieu le permettra.« Je ne vois pas jour à prendre congé de ma chère Patrie, écrit-elle le même jour. Il est des positions où l'on ne peut disposer de soi. C'est la mienne. La ligne que je dois suivre m'est tracée si clairement par la Providence qu'il faut bien que j'y reste. »
Dès l'arrivée aux Tuileries, elle avait écrit à une amie: « Ce qu'il y a de certain, c'est que nous sommes prisonniers: mon frère ne le sait pas encore, mais le temps le lui apprendra. »
Grande est sa clairvoyance. Elle attend le pire, sans être pessimiste. Et elle est prête à le vivre, car elle le sait, de science certaine, et le voit. Mais bien plus grande encore est sa sérénité, cette sérénité des âmes qui jouissent de la paix de Dieu et qui vivent de la prière en union avec le Christ de Gethsémani. Trois années de prison aux Tuileries, suivies de la prison du Temple, un an pour le Roi, deux ans pour la Reine et pour leur « ange gardien»!
Élisabeth prie beaucoup, et le jour et la nuit. A ceux qui lui demandent pourquoi? et pour qui elle prie? Elle a cette réponse qui en surprend plus d'un: " C'est moins pour le Roi malheureux que pour un peuple égaré que je prie. " " Madame dernière " n'avait pas oublié ce que lui avait appris, quand elle avait six ans, Marie Clotilde, sa seconde « petite maman» : " C'est aux chrétiens à prier pour ceux qui ne le sont pas, comme c'est aux riches à donner aux pauvres. " Grande leçon!
L'heure du calvaire a sonné le 21 janvier 1793. A 6 heures, un gardien entre dans la chambre de la Reine et prend un livre pour la messe qui sera célébrée dans la chambre du Roi. Les deux prisonnières pourront-elles y assister? Non. Il leur est' interdit de descendre. Elles ne verront plus jamais le Roi.
A 10 h, on entend les salves d'artillerie. Élisabeth tombe à genoux et prie. Le Roi s'étant avancé vers la foule, avait dit, d'une voix forte (et l'Univers, après le Pape et la Ville de Rome, ne l'oublieront jamais) :
" Je meurs innocent des crimes que l'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. Et toi, peuple infortuné ... "
Le roulement de tambour couvre la voix du Roi ... Les témoins n'ont pu entendre que ces derniers mots: « Je remets mon âme à Dieu. »
Voilà comment meurt un Roi, un martyr, proclamera à Rome le Pape Pie VI, quelques mois plus tard en présence des Cardinaux, voilà comment meurt un saint, dira un jour l'Église, s'il plaît à Dieu!
Au Temple, Marie-Antoinette est tombée sur son lit... abattue.
Secouée par les cris des sentinelles: « Vive la République », la Reine, alors, se lève, s'agenouille devant son fils et le salue: Roi de France. Quelle force morale! et quelle grandeur d'âme chez cette Reine Mère qui attend désormais son heure du portement de croix!
C'est à son tour d'être conduite au Tribunal Révolutionnaire.
Quels crimes a-t-elle commis? Qui pourra être son principal accusateur? Depuis quelques jours, son fils lui a été enlevé. Où l'ont-ils mis? Qu'en ont-ils fait? Le matraquage et le lavage des cerveaux ne datent pas du xxe siècle! C'est le fils chéri de la Reine, c'est le jeune Roi, lui-même qui devra être le principal accusateur de la citoyenne jugée. On l'a saoulé, on l'a drogué. On lui a fait apprendre par cœur les horreurs qu'il devra cracher à la tête de la Reine, quand l'ordre lui sera donné.
L'histoire de l'humanité a-t-elle connu un pareil satanisme, depuis des millénaires, chez les détenteurs de la Puissance politique?
Au grand étonnement du Tribunal, la Reine ne se défend pas. A l'exemple de sa belle-sœur, elle a acquis le sang-froid, la maîtrise de soi, le calme intérieur et la paix, don de Dieu.
- Citoyenne, pourquoi ne réponds-tu rien? Défends-Toi! Défends- Toi!
- « Si je n'ai pas répondu, dit-elle noblement, c'est que la nature se refuse à pareille inculpation faite à une mère. J'en appelle à toutes celles qui sont ici! »
Quelle force d'âme, quelle grandeur, quelle dignité! Voilà ce qu'on devrait apprendre à nos jeunes enfants quand on leur apprendra l'histoire de la France ...
Marie-Antoinette n'a pas revu Madame Élisabeth, mais c'est dans son testament qu'elle lui confie Madame Royale et le tout jeune Roi. Rien ne lui est remis. Dans les papiers de Robespierre l'on retrouvera plus tard les ultimes pensées de la Reine.
La Reine est assassinée le 16 octobre 1793. Sa belle-sœur ignorera sa condamnation et sa mort. Le lendemain, 17 octobre, le petit Roi devra fêter avec les assassins, à Saint-Denis, la mort atroce de sa mère ... Les historiens l'ont dit, les Papes le diront: nous sommes en plein satanisme.
L'ange gardien de la Famille royale sera sacrifiée la dernière. La sœur de Capet doit donc être jugée par le même Tribunal révolutionnaire dont le programme ne change pas. Une fois encore, c'est le petit Roi, le neveu si cher de l'accusée, qui est appelé à cracher à la face de sa tante à qui il doit tant, les pires horreurs que l'on devine!
La Princesse demeure impassible. « Que votre Volonté soit faite ... ! » Elle vit en Dieu et trouve en Lui sa force. Si sa santé est usée, elle veut jusqu'au dernier moment, entourer de ses soins maternels Madame Royale qui n'a que quinze ans, terriblement exposée dans la prison du Temple.
L'attente est longue. Ce n'est que le la mai 1794 que le sacrifice sera consommé, qui atteint vingt-quatre victimes. Dans la charrette qui les mène à la guillotine, elle est la vingt-quatrième. Chaque condamné passe devant elle et respectueusement la salue : les femmes l'embrassent, les hommes, profondément s'inclinent.
A haute voix pour que tous s'unissent à sa prière, Élisabeth récite le De Profundis.
La vingt-troisième victime est un prêtre. Lui aussi, en s'approchant, s'incline respectueusement. A haute voix, elle répond à son salut: " Courage et foi dans la miséricorde de Dieu! "
Madame Élisabeth a été inhumée dans un nouveau cimetière de Paris (on meurt beaucoup à Paris dans les années glorieuses de la Révolution). Mais on n'a jamais pu retrouver sa dépouille.
La cause de sa béatification a été introduite à Rome en 1929. Plus tard, le Cardinal Feltin s'en est beaucoup occupé. Des Comités, des Associations, à Paris, en province s'intéressent à cette cause, prient et invitent à la prière.
Puissent nos lecteurs lire, et faire leur, l'une de ses oraisons qu'elle avait écrites et qu'elle récitait fréquemment:
" Que m' arrivera- t-il aujourd' hui, ô mon Dieu? Je l'ignore.
Tout ce que je sais, c'est qu'il ne m'arrivera rien que Vous n'ayez prévu de toute éternité.
J'adore Vos desseins éternels et je m'y soumets de tout mon cœur.
Je veux tout, J'accepte tout,
Je Vous fais un sacrifice de tout et j'unis ce sacrifice à celui de Votre cher Fils, mon Sauveur, Vous demandant par son Sacré-Cœur et ses mérites infinis, la patience dans mes maux et la parfaite soumission qui Vous est due pour ce que vous voudrez et permettrez. "
N'est-ce pas la prière humble de l'âme totalement consacrée à Dieu?
Luc J. LEFÈVRE. (extrait de La Pensée Catholique).