mercredi 8 juillet 2026

Les dirigeants européens sont-ils ignorants – ou mentent-ils ? (2ème partie) La dérive destructrice de l’Europe vers une économie de guerre

 

Aucune étude n’a jamais démontré que les dépenses militaires étaient plus rentables que les investissements civils. Les dirigeants européens qui prônent une économie de guerre font preuve d’une profonde irresponsabilité.

par Jan Oberg

Rappel de la Partie I

La Partie I a démontré que les dépenses militaires génèrent des rendements économiques inférieurs à ceux des investissements civils, que les analyses modernes des banques centrales et du FMI le confirment, que le capital militaire est un capital négatif, et que les coûts d’opportunité privent les secteurs civils de talents et d’innovation.

La Partie II se penche désormais sur l’économie politique structurelle qui sous-tend la militarisation de l’Europe — et sur l’absence de toute analyse économique sérieuse de ses conséquences.

5. Le problème du monopsonie : les armes sont produites pour un seul acheteur

Les armes sont produites dans une structure de marché unique : un monopsonie, où il n’y a qu’un seul acheteur — l’État. Les fabricants d’armes ne se font pas concurrence pour attirer les consommateurs ; ils se font concurrence pour remporter des marchés publics. Cela signifie que les mécanismes normaux du marché, tels que la concurrence sur les prix, le choix des consommateurs et la comparaison transparente des coûts, n’existent tout simplement pas.

Dans toute l’histoire des marchés publics d’armement modernes, il n’y a jamais eu de système d’armement majeur dont le coût n’ait pas augmenté de manière spectaculaire au cours du développement et de la production après que les gouvernements eurent pris leur décision. Les dépassements de coûts ne sont pas des accidents ; ce sont des conséquences structurelles du monopsonie.

Lorsque Lockheed Martin, Saab, BAE Systems ou Rheinmetall dépassent leurs budgets, les coûts supplémentaires sont simplement répercutés sur l’État — ce qui signifie qu’ils sont répercutés sur les contribuables. Sur un marché monopsonistique, le vendeur a tout intérêt à sous-estimer les coûts initiaux et à surestimer les performances, sachant que l’acheteur ne peut pas se retirer une fois le projet lancé.

C’est pourquoi le F-35, l’Eurofighter, le système Patriot et pratiquement tous les navires de guerre construits au cours des 40 dernières années ont fini par coûter plusieurs fois plus cher que leurs estimations initiales. En termes économiques, le marché de l’armement est conçu pour générer des prix gonflés, une production inefficace et une escalade systématique des coûts — le tout à la charge du public.

6. Le silence des instituts de recherche européens

Malgré la plus grande vague de réarmement depuis 1945, pas un seul grand institut de recherche européen n’a produit d’étude comparant les multiplicateurs militaires et civils. Ce silence ne se limite pas à la Scandinavie ; il est continental. Dans les pays nordiques, des instituts tels que le FOI en Suède, le DIIS au Danemark, le NUPI et le FFI en Norvège, le PRIO à Oslo, le CMS à Copenhague et le SIPRI à Stockholm publient des analyses de menaces, des doctrines stratégiques, des évaluations sur la Russie, des études sur les capacités de l’OTAN et des notes sur la politique industrielle. Mais aucun d’entre eux n’a jamais publié de comparaison systématique des effets économiques des dépenses militaires par rapport aux dépenses civiles.

La même tendance se dessine dans toute l’Europe. Les principaux instituts économiques allemands — le DIW de Berlin, l’Ifo de Munich et l’Institut de Kiel — ont produit des travaux approfondis sur la politique budgétaire, la stratégie industrielle et les investissements publics, mais aucun n’a examiné les effets multiplicateurs relatifs des dépenses de Défense et des dépenses civiles. En France, des institutions telles que France Stratégie et le CEPII analysent la compétitivité, l’innovation et la viabilité des finances publiques, mais elles n’ont jamais évalué les conséquences économiques du réarmement. Les think tanks basés à Bruxelles, comme Bruegel, qui évaluent régulièrement les politiques industrielles et budgétaires au niveau de l’UE, n’ont pas abordé les compromis économiques liés à une expansion à grande échelle du secteur de la Défense. Le CPB néerlandais, l’un des organismes d’analyse des politiques les plus respectés d’Europe, n’a jamais modélisé les coûts d’opportunité liés au transfert de ressources du secteur civil vers le secteur de la Défense. Ce même silence s’étend à Oxford Economics et à Chatham House au Royaume-Uni, à l’Istituto Affari Internazionali en Italie, à l’Institut polonais des affaires internationales, ainsi qu’aux principaux départements d’économie des universités européennes.

Même les institutions de l’Union européenne elles-mêmes — la Commission européenne, l’Agence européenne de Défense, la Banque européenne d’investissement et la Cour des comptes européenne — n’ont pas produit une seule étude comparant les retombées économiques des investissements militaires et civils.

Elles analysent les marchés publics de Défense, les capacités industrielles et le respect des contraintes budgétaires, mais jamais la question fondamentale : Les dépenses de Défense sont-elles économiquement inférieures ou supérieures aux dépenses civiles ?

L’Europe produit des évaluations des menaces, des doctrines stratégiques, des feuilles de route sur les capacités et des discours géopolitiques. Mais elle ne produit pas de comparaisons des effets multiplicateurs, d’études sur les effets sur l’emploi, d’analyses des effets sur la consommation, d’évaluations de l’impact sur la répartition des revenus, de modélisations des coûts d’opportunité, ni d’évaluations en termes d’économie du bien-être concernant les dépenses de Défense.

Ce silence n’est pas fortuit. Il illustre le fait que les instituts de recherche financés par les États (OTAN/UE) ne s’aventurent pas dans quoi que ce soit qui puisse remettre en cause le réarmement massif et uniforme de l’Europe, fruit d’une pensée unique.

Le TFF, véritablement indépendant, financé par les citoyens et entièrement composé de bénévoles, peut le faire.

7. La dérive inconsciente de l’Europe vers une économie de guerre

Pendant ce temps, l’Europe s’engage rapidement — et de manière autodestructrice — sur la voie d’une économie de guerre. Les dépenses de Défense augmentent pour atteindre au minimum 2% du PIB, puis 3% d’ici 2028, 3,5% d’ici 2030, et enfin le nouvel objectif à long terme de l’OTAN de 5% d’ici 2035.

Il s’agit de la plus grande réaffectation de ressources publiques de l’histoire européenne moderne. Et pourtant, aucun débat économique public n’est mené sur ce que cela coûte, ce que nous perdons en agissant ainsi, ce que des investissements alternatifs pourraient permettre d’accomplir, qui en profite, qui paie, ni comment cela affecte le bien-être, les inégalités et la croissance à long terme.

Le débat stratégique fait rage. Le débat économique reste muet.

C’est ainsi que naissent les économies de guerre : non pas par le biais d’une délibération publique, mais par la normalisation progressive des priorités militaires — non examinées, non chiffrées et incontestées. Les générations futures paieront le prix fort de cette irresponsabilité systématique, de cette tromperie sécuritaire fondée sur des images imaginaires — et non analysées — de la Russie.

8. La reconversion : ce qui était autrefois possible est aujourd’hui ignoré

Dans les années 1980, la reconversion était l’un des sujets les plus sérieux de l’économie de la paix. La question était simple : les industries militaires pourraient-elles être reconverties à la production civile si la volonté politique existait ? La réponse, documentée dans de multiples études, était oui. La reconversion était techniquement faisable, économiquement rationnelle et socialement bénéfique.

L’une des études les plus importantes a été commanditée par les Nations unies et dirigée par l’éminente ministre social-démocrate suédoise chargée du désarmement, Inga Thorsson — une femme politique, diplomate et intellectuelle d’un calibre rare. Son groupe d’experts a démontré que les usines militaires, les équipes d’ingénieurs et les unités de recherche pouvaient être réorientées vers la production civile avec des retombées économiques et sociales bien supérieures à celles de la poursuite de la fabrication d’armes.

L’obstacle n’a jamais été la capacité technique. C’était la volonté politique.

Ces études ont été ignorées, rejetées ou ridiculisées par ceux qui s’opposaient au désarmement. La reconversion menaçait les intérêts des ministères de la Défense, des fabricants d’armes et des bureaucraties militaires. Les recherches ont donc été enterrées, et le débat a disparu.

Aujourd’hui, l’Europe est confrontée à la situation inverse : une volonté politique de passer de la production civile à la production militaire — un glissement vers une économie de guerre. Mais aujourd’hui, fait frappant, aucune étude n’examine si cette reconversion inverse est réalisable, ce qu’elle nécessite ou ce qu’elle coûtera.

Aucun gouvernement européen, aucun ministère de la Défense, aucun institut d’économie et aucun organisme de l’UE n’a produit d’analyse des implications structurelles, financières, technologiques, sociales ou sur le marché du travail de la conversion des industries civiles en industries militaires, c’est-à-dire en une économie de guerre.

Il n’existe aucune modélisation des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, aucune évaluation des pertes de productivité à long terme, aucune analyse des impacts sociaux, ni aucun calcul des coûts d’opportunité liés au détournement d’ingénieurs, d’usines et de capacités de recherche des secteurs civils vers la production d’armes.

Dans les années 1980, la reconversion avait fait l’objet d’études car le désarmement était considéré comme une possibilité rationnelle. Dans les années 2020, la reconversion s’opère dans le sens inverse — et elle n’est absolument pas étudiée. Il s’agit là d’une pure irrationalité et d’un pur sentimentalisme.

L’Europe entreprend la plus grande réaffectation économique depuis 1945 sans analyser ce que cela implique. Un changement de cette ampleur nécessiterait normalement une modélisation de la politique industrielle, des prévisions sur le marché du travail, une analyse de la chaîne d’approvisionnement, des études de productivité, une évaluation en termes d’économie du bien-être et des projections budgétaires à long terme. Rien de tout cela n’existe. Cela nécessiterait un débat public. Il n’y en a pas.

La volonté politique de militarisation est forte. L’analyse économique de cette militarisation fait défaut.

Ce silence n’est pas fortuit. Mais il est dangereux.

Conclusion : comparez leurs propos aux faits

Vous avez vu dans la 1ère partie ce à quoi aboutissaient 50 ans de recherche en économie de la paix, ce que disent aujourd’hui la BCE, le FMI et les banques européennes, en quoi le capital militaire est un capital négatif, comment les coûts d’opportunité épuisent le talent humain et l’innovation, comment le monopsonie garantit des dépassements de coûts, comment les instituts européens évitent les études sur l’effet multiplicateur, comment l’Europe dérive vers une économie de guerre, et comment la reconversion — une fois sa faisabilité prouvée — est désormais ignorée alors que l’Europe s’engage dans la direction opposée.

Comparez maintenant tout cela avec ce que les dirigeants européens vous ont dit au début de la première partie.

Tirez ensuite vos propres conclusions :

Sont-ils d’une ignorance inexcusable en matière d’économie fondamentale ?

Ou bien la comprennent-ils parfaitement — et induisent-ils en erreur leurs citoyens, leurs contribuables et leurs électeurs ?

Quelle que soit la réponse, elle est profondément troublante.

Mais l’une d’entre elles doit être vraie.

source : Transnational Foundation

Première partie — Le mythe du réarmement européen : les aspects économiques qu’ils ne mentionnent jamais

https://reseauinternational.net/les-dirigeants-europeens-sont-ils-ignorants-ou-mentent-ils-2eme-partie-la-derive-destructrice-de-leurope-vers-une-economie-de-guerre/

Charles XII de Suède : la fin d'un Empire, avec Eric Schnakenbourg

 


mardi 7 juillet 2026

À cause du solaire et de l’éolien, l’électricité française est de plus en plus vendue… à perte

 

Photo de Quang Nguyen Vinh: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/35105426/

La vente à perte est interdite en France. Le principe est gravé dans le marbre des lois et règlements régentant l’activité commerciale, et notamment l’article L442-2 du Code de commerce.
Mais l’électricité fait exception, et l'on ne parle d’ailleurs pas de vente à perte mais de prix négatif, histoire de bien souligner qu’ici, la pratique est licite. Elle se répand d’ailleurs, ce qui n’est pas sans provoquer quelques désagréments. Ces dernières années, les épisodes de vente d'électricité à prix négatif se multiplient, s’allongent, et leur niveau s’amplifie, confirmait déjà l’Union française de l’électricité (UFE) en novembre 2024 : « Au 1er semestre 2024, la France a totalisé 233 heures de prix négatifs, sur le marché spot J-1 contre 53 au premier semestre 2023 et 147 sur l’ensemble de l’année 2023, qui constituait pourtant déjà le maximum historique en France. »

Le prix négatif, conséquence d’un déséquilibre

Hélas, ce phénomène n'est pas un facteur de baisse de la facture d’électricité, alors que les Français subissent son augmentation drastique.
Pourquoi ? A cause du prix « spot », niveau fixé pour la revente d’électricité entre professionnels, en gros et à très court terme, par les bourses européennes de l’électricité. Le prix de revente final aux utilisateurs intègre bien d’autres ingrédients que ce prix spot, qui est un « prix brut » après production. Par ailleurs, le marché spot, rappelle le Réseau de transport d’électricité (RTE), « ne représente qu’environ 25 % des volumes échangés, la majorité des transactions étant contractualisées à l’avance et donc non soumises aux prix spot négatifs. » Or, non seulement « ces prix négatifs n'allègent en rien nos factures d'électricité, mais ils contribuent même à les renchérir », explique à BV le spécialiste de l'énergie Fabien Bouglé, « car ils influent directement sur le système de compensation mis en place pour financer les EnR (énergies intermittentes, dites renouvelables), en faisant augmenter mécaniquement la part des factures destinée à les subventionner ».

Pourquoi le prix de l’électricité peut-il devenir négatif ? Parce que l’électricité ne peut pas se stocker, du moins en quantité importante. Or, le stockage est, d’habitude, un amortisseur permettant de pallier un déséquilibre momentané entre les niveaux de production et de consommation, entre l’offre et la demande. Pourquoi ce déséquilibre ? D’une part, la consommation d’électricité varie selon les saisons (pour des raisons climatiques), mais aussi selon les jours de la semaine et les heures de la journée, pour des raisons liées aux activités humaines. C’est d’ailleurs pour lisser un peu cette demande qu’ont par exemple été mis en place des tarifs « heures creuses », incitant à faire tourner un lave-linge tard le soir ou tôt le matin. Et si, au moment où faiblit la demande d’électricité, il fait beau et que le vent se lève, les panneaux solaires et éoliennes, énergies intermittentes, fonctionnent alors à plein, provoquant une soudaine hausse de production, ce qui accentue le déséquilibre entre production et consommation.

L’intermittent, cause du trouble et fausse bonne solution

Quand, donc, sa production devient nettement plus importante que la demande, le producteur n’a pas cet amortisseur à sa disposition, et n’a donc pas d’autre choix que de stopper sa production ou d’écouler par tous les moyens possibles son surplus de production. Et c’est là que les choses se compliquent. Stopper une centrale est compliqué, coûteux, et prend du temps. Il est donc souvent plus intéressant de payer pour écouler un surplus de production, et donc de le vendre à perte. Les « prix négatifs », loin de constituer une bonne nouvelle, sont donc avant tout le symptôme d’un dysfonctionnement du marché.

Ces épisodes de « prix négatifs » sont apparus dans les statistiques depuis 2010, donc avec l’émergence des énergies intermittentes, dites renouvelables (EnR), et se multiplient depuis, au point que la France bat désormais des records mondiaux en la matière.

Alors que les variations de consommation restaient facilement gérables avec des énergies « pilotables » (nucléaire, barrages hydrauliques… ), les énergies intermittentes ont pour effet de créer des pics de production qui compliquent (voire empêchent) les ajustements permettant de maintenir le fragile équilibre entre production et consommation. Ces dysfonctionnements techniques, qui s’étendent à l’international, sont eux-mêmes sources de dysfonctionnements économiques.

Absurdité de l’écologie punitive

L’intermittence du solaire et de l’éolien est en pratique doublement problématique. Sur le long terme, alors que la consommation électrique a baissé en France (désindustrialisation oblige), le développement du solaire et de l'éolien est non seulement inutile et coûteux (tous deux sont largement subventionnés), mais il augmente aussi mécaniquement le risque de surproduction et donc de « prix négatifs ». Techniquement incompréhensible, cette politique relevant typiquement de l’écologie punitive est aussi économiquement absurde : une activité intégrant le risque permanent de vente à perte n’est par définition pas viable. « Éolien, solaire : la présidente du régulateur de l'énergie préconise de lever le pied en France », titrait le quotidien Les Échos en 2025.

Sur le court terme, c’est-à-dire quand intervient un épisode de « prix négatifs », comment intervenir ? On pourrait dans l’absolu stopper d’un coup l’activité de tout ou partie des parcs EnR, puisque « arrêter un parc photovoltaïque prend une minute, une éolienne, deux ou trois », rappelle RTE. Mais ce serait oublier que le développement des EnR en France est le fruit d’une politique purement idéologique, qui impose comme principe absolu leur priorisation par rapport aux autres énergies. Ce sont donc les énergies les plus susceptibles d’être stoppées si nécessaire qui ne sont en réalité pas arrêtées. Sources du problème, le solaire et l’éolien sont aussi le frein à sa résolution.

Etienne Lombard

Les dirigeants européens sont-ils ignorants… ou mentent-ils ? (1ère partie)

 

Première partie — Le mythe du réarmement européen : les aspects économiques qu’ils ne mentionnent jamais

par Jan Oberg

Aucune étude n’a jamais démontré que les dépenses militaires étaient plus rentables que les investissements civils.

Ce que disent les dirigeants européens au sujet du réarmement et de l’économie

«L’Europe doit se doter d’une base industrielle de Défense solide — cela créera des emplois et stimulera l’innovation». ~ Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne (2024)

«Investir dans la Défense, c’est investir dans l’avenir économique de l’Europe». ~ Thierry Breton, commissaire européen chargé du Marché intérieur (2023)

«Le réarmement est une opportunité pour l’industrie européenne et pour la croissance». ~ Emmanuel Macron, président de la France (2022)

«Le fonds spécial de 100 milliards d’euros renforcera l’économie et la base technologique de l’Allemagne». ~ Olaf Scholz, chancelier de l’Allemagne (2022)

«L’augmentation de la production de Défense créera des emplois au Danemark et soutiendra notre économie». ~ Mette Frederiksen, Premier ministre du Danemark (2023)

«Les investissements dans la Défense sont également des investissements dans l’industrie et la compétitivité finlandaises». ~ Petteri Orpo, Premier ministre de la Finlande (2023)

«Notre expansion en matière de Défense est un stimulant pour l’économie polonaise». ~ Mateusz Morawiecki, Premier ministre de la Pologne (2022)

«L’augmentation des dépenses de Défense renforce nos économies et nos industries». ~ Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN (2023)

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Les dirigeants européens ne cessent de répéter à leurs citoyens que le réarmement est bon pour la croissance, bon pour l’emploi, bon pour l’innovation et bon pour la compétitivité. Ils présentent les dépenses de Défense comme une sorte de politique industrielle — un plan de relance déguisé en camouflage. Ces citations ne sont pas des déclarations marginales ; elles émanent des plus hautes instances politiques d’Europe. Elles constituent le discours dominant de la nouvelle militarisation de l’Europe.

Cet article examine ce discours à la lumière des meilleures données économiques disponibles. Ce qui suit n’est ni de l’idéologie, ni une opinion, ni de la géopolitique — mais de l’économie : multiplicateurs, coûts d’opportunité, productivité du capital, structure du marché et effets à long terme sur le bien-être. Et lorsque ces faits économiques sont mis en regard des affirmations politiques ci-dessus, le contraste devient impossible à ignorer.

1. Ce que nous avions conclu dans les années 1970 et 1980

Lorsque les économistes et les chercheurs en études sur la paix ont examiné les effets économiques des dépenses militaires dans les années 1970 et 1980, ils l’ont fait avec un sérieux et une indépendance intellectuelle qui font presque défaut aujourd’hui. Des chercheurs tels que Seymour Melman, Émile Benoit, Kenneth Boulding, Milton Leitenberg, Dieter Senghaas, Ruth Sivard, Mary Kaldor et Lloyd J. Dumas ont produit un corpus de travaux qui reste inégalé en termes de clarté et de fondement empirique. Leurs analyses — et les débats qu’elles ont inspirés — ont façonné toute une génération de réflexions sur le complexe militaro-industriel, la reconversion économique et les coûts sociaux réels du réarmement.

Tous pays, modèles et ensembles de données confondus, la conclusion était remarquablement cohérente : les dépenses militaires ne généraient pas de rendements économiques ou sociaux supérieurs à ceux d’investissements civils équivalents. La seule façon de faire apparaître les dépenses militaires comme «bénéfiques» consistait à supposer qu’aucun investissement civil comparable n’aurait lieu. En d’autres termes, le secteur militaire ne paraissait avantageux que lorsque l’alternative civile était artificiellement écartée de l’équation.

Ces chercheurs ont également démontré que les principaux bénéficiaires de la production militaire étaient les fabricants d’armes eux-mêmes. Un petit nombre de grandes entreprises s’accaparait la majeure partie des bénéfices, tandis que l’économie civile dans son ensemble ne bénéficiait que d’effets d’entraînement limités. Les petits sous-traitants n’en tiraient qu’un avantage marginal et souvent temporaire. Ils ont également démontré que les dépenses militaires se caractérisaient systématiquement par un faible niveau d’emploi, une faible consommation et un faible effet multiplicateur par rapport aux alternatives civiles. Cent dollars investis dans la santé, l’éducation, les infrastructures ou la culture créaient plus d’emplois, généraient plus de revenus et stimulaient davantage la demande intérieure que la même somme dépensée dans des systèmes d’armement.

Ces conclusions étaient solides. Elles ont été confirmées dans différents pays et sur différentes périodes. Elles étaient politiquement gênantes. Et elles ont été discrètement ignorées.

2. Pourquoi ces conclusions sont encore plus vraies aujourd’hui

Un demi-siècle plus tard, le tableau empirique n’a pas changé. Au contraire, il est devenu plus clair. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est que les analyses les plus rigoureuses des dépenses de Défense ne proviennent pas des ministères de la Défense, des groupes de réflexion sur la sécurité ou des instituts universitaires. Elles émanent de banques — Nordea, SEB, Danske Bank, Swedbank, DNB — et d’institutions macroéconomiques telles que la BCE et le FMI. Ces acteurs n’ont aucun intérêt idéologique dans le débat sur la Défense. Ils ont simplement besoin de comprendre le risque budgétaire, la dynamique du marché du travail et la viabilité à long terme de la dette. Et leurs conclusions concordent remarquablement avec celles auxquelles Melman, Benoit, Boulding et d’autres étaient parvenus il y a plusieurs décennies.

La Banque centrale européenne constitue la source la plus faisant autorité. Dans son évaluation de 2025, fondée sur un modèle, portant sur l’augmentation des dépenses de Défense de 2 à 3% du PIB, la BCE conclut que «les effets à court terme sur la production d’une hausse des dépenses de Défense sont modestes et dépendent de manière cruciale des conditions de financement». Elle met également en garde contre le fait que «les fuites à l’exportation réduisent l’impact national des dépenses de Défense» et note explicitement que «les investissements publics dans les secteurs civils présentent généralement des multiplicateurs plus élevés».

L’étude par panel réalisée en 2026 par le FMI sur l’UE-27 renforce ce tableau, en montrant que les dépenses de Défense ne stimulent l’activité que dans des conditions restreintes et favorables — conditions que les secteurs civils remplissent bien plus facilement.

La Banque centrale du Danemark met en garde contre le fait qu’«une part importante des marchés publics de Défense est importée, ce qui limite les effets économiques nationaux», et que «l’augmentation des dépenses de Défense pourrait nécessiter de redéfinir les priorités parmi les autres dépenses publiques».

Même Danske Bank Research note que «les dépenses de Défense se caractérisent par une forte part d’importations et des effets multiplicateurs nationaux limités», et que «les investissements publics civils continuent de générer des effets plus marqués sur l’emploi et la demande».

Enfin, même lorsque les banques rédigent des analyses pour des clients du secteur de la Défense, la réalité économique transparaît : «la production de Défense reste à forte intensité capitalistique et dominée par de grandes entreprises», avec des retombées limitées.

Ce qui est le plus révélateur, ce n’est pas seulement ce que publient les instituts européens, mais ce qu’ils ne publient jamais. Aucun ministère de la Défense, aucun fabricant d’armes, aucun groupe de réflexion affilié à l’OTAN, ni aucun institut de recherche européen n’a jamais produit d’étude comparant les multiplicateurs militaires et civils. Même la RAND Corporation — dotée d’une capacité de modélisation inégalée — n’a jamais publié une telle comparaison. Si une étude favorable existait, elle serait citée à l’infini. Son absence est sans appel.

3. Le capital militaire est un capital négatif

Les armes ne sont pas seulement stériles sur le plan économique ; elles deviennent un capital négatif dès qu’elles sont utilisées. Un avion de chasse, une batterie de missiles ou un char qui reste à l’arrêt consomme des ressources sans produire de valeur. Mais une fois utilisé, il détruit le capital physique, le capital humain, les infrastructures et le bien-être social. Un F-35 qui ne décolle jamais représente déjà un fardeau net pour l’économie — nécessitant plus d’heures de maintenance que d’heures de vol, une main-d’œuvre spécialisée, des pièces de rechange, du carburant et des mises à niveau continues. Mais un F-35 qui tire réellement avec ses armes est bien pire encore : il anéantit des actifs productifs, tue ou blesse des êtres humains qui incarnent le capital le plus précieux de la société, et entraîne des pertes économiques à long terme qui dépassent de loin son prix d’achat. En termes économiques, le capital militaire n’est pas simplement improductif ; il est structurellement contre-productif. Lorsqu’il est activé, il devient un mécanisme de destruction des fondements mêmes de la croissance économique.

4. Les coûts d’opportunité : la loi oubliée de l’économie

En général, les gens ne comprennent pas le concept de coût d’opportunité, alors même qu’il s’agit de la première loi de l’économie : on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Chaque couronne ou euro dépensé en armes est une couronne ou un euro qui ne peut être dépensé pour rien d’autre. La question n’est jamais «Pouvons-nous nous permettre le F-35 ?», mais «À quoi devons-nous renoncer pour l’acheter ?» Lorsque les gouvernements investissent dans la R&D militaire, les scientifiques, les ingénieurs et les capacités de recherche mobilisés ne peuvent plus se consacrer à la résolution des problèmes liés à l’adaptation au changement climatique, aux énergies renouvelables, au traitement du cancer, à la sécurité de l’intelligence artificielle — ou à la paix. Le coût d’opportunité n’est pas un concept abstrait ; il s’agit d’une perte concrète de capital humain, d’innovation technologique et de bien-être social. Les dépenses militaires ne se contentent pas de détourner de l’argent — elles détournent des cerveaux, du temps et des talents des défis civils qui déterminent notre avenir.

Résumé : Transition vers la deuxième partie, à paraître le 4 juillet

Les arguments économiques contre le réarmement sont accablants. Mais les dynamiques structurelles, politiques et institutionnelles qui sous-tendent la militarisation de l’Europe rendent le tableau encore plus inquiétant. La deuxième partie examine la structure du marché de la production d’armes, le silence des instituts de recherche européens, la dérive de l’Europe vers une économie de guerre, ainsi que l’histoire oubliée de la reconversion — autrefois jugée faisable, aujourd’hui ignorée.

source : Transnational Foundation

https://reseauinternational.net/les-dirigeants-europeens-sont-ils-ignorants-ou-mentent-ils-1ere-partie/

vendredi 5 juin 2026

Sait-on encore d’où vient et ce qu’est le fascisme ?

 

Sait-on encore d’où vient et ce qu’est le fascisme ?

Après ses analyses concernant l’Amérique latine, Charles Granfeu nous propose une réflexion critique sur le fascisme, qu’il rattache à une conception marxiste de l’Histoire en identifiant des points communs entre les deux idéologies.
Polémia

La rhétorique « vertueuse » des marxistes

L’assassinat politique de Quentin Deranque a définitivement confirmé deux choses, la première : LFI et ses suppôts antifascistes sont les dignes héritiers de l’âme criminelle du triumvirat Trotski-Lénine-Staline ; la seconde : l’utilisation du concept de fascisme est un pur élément rhétorique qui, dans le contexte du marxisme révolutionnaire de LFI, n’a qu’un objet, à savoir la transformation de tout adversaire politique en ennemi criminel qu’il devient alors légitime d’éliminer, d’abord politiquement, puis physiquement.

Quentin est mort parce que la rhétorique de ses meurtriers l’a transformé en une figure du « Mal » personnifié : un « fasciste ». C’est terrible et cela peut arriver à n’importe qui !

Il est saisissant de voir combien il est impossible, dans le débat politique contemporain, de définir le « Mal » en politique sans invoquer le fascisme et tout l’appareil conceptuel qui lui est rattaché. Cet état de fait est le résultat d’une construction élaborée par l’intelligentsia marxiste dès la fin des années 1930. Le « Mal » fasciste remplaçait alors le mal « bourgeois » du début des années 1920 qui, après l’échec international de la révolution d’Octobre, commençait à être passablement usé.

La conception fasciste d’une nation prolétaire

Puisque c’est du « Mal » en politique dont il est question, il n’est pas inutile de rappeler quelques notions basiques à propos du « Mal » fasciste, que l’on appliquera par extension au « Mal » nazi et au « Mal » communiste.

Selon l’historien Zeev Sternhell, en tant que discours idéologique, le proto-fascisme apparaît comme un discours contre les Lumières et proche des mouvements romantiques valorisant les identités, les traditions, les langues nationales, etc.

En réalité, qu’est-ce que ce proto-discours idéologique a à voir avec la réalité du régime fasciste ? Presque rien, hormis un détour par la psychologie de l’Histoire ! Car, de fait, le fascisme est une des nombreuses progénitures du mouvement révolutionnaire marxiste…

En effet, on ne le rappelle pas assez, le fascisme est né, en Italie, d’une césure au sein du syndicalisme socialiste. Certains syndicalistes (tout d’abord Alfredo Rocco et Enrico Corradini), constatant l’échec de la révolution internationale qui reposait sur l’hypothèse d’un prolétariat mondial, en vinrent à considérer que le prolétariat ne devait plus s’envisager que sur le plan national. Contre l’internationalisme, ils légitimèrent alors la nécessité de nationaliser la révolution. Selon eux, le véritable agent révolutionnaire n’était pas la classe, mais la nation, et le grand affrontement final qui sonnerait l’avènement de la révolution planétaire aurait lieu entre nations bourgeoises et nations prolétaires.

Contre toute attente, c’est cette nouvelle conception de la révolution planétaire qui, après la Seconde Guerre mondiale, sera à l’origine de ce qui deviendra plus tard le « tiers-mondisme ». De la même façon, c’est cette transposition nationaliste du concept de la lutte des classes qui permettra, via le décolonialisme, de développer la rhétorique justificative du déferlement de l’immigration de masse sur les terres européennes !

On passera ici sur l’ambiguïté existante, tant dans le communisme que dans le fascisme, entre peuple et classe, ambiguïté garantissant à volonté une bien commode plasticité des concepts qui nous garantira d’innombrables ironies du sort…

L’origine socialiste du fascisme

Au chapitre des ironies du sort, il faut également rappeler que le fascisme naissant de Mussolini impressionna positivement les camarades Lénine et Staline, qui le considérèrent initialement comme une nouvelle phase du socialisme !

Après la mort de Lénine en 1924, les staliniens italiens, avec l’aval machiavélique de Moscou, favoriseront systématiquement le fascisme dans son projet d’unification du prolétariat et de la bourgeoisie. Il s’agissait, bien sûr, de vues stratégiques contre le trotskisme et l’impérialisme franco-anglais (voir les écrits des trotskistes Pietro Tresso et d’Angelo Tasca alias Amilcare Rossi). Ce double discours, alors même que Staline scandait que le fascisme constituait un aboutissement du capitalisme, aboutira au traité de non-agression germano-soviétique qu’on aurait mieux nommé « communisto-nazi »…

On le voit, la matrice marxiste n’est pas à une contradiction près et la polymorphie inépuisable de ses recyclages n’a qu’une constante : son immoralité et son inhumanité congénitale.

Contre les invectives mélenchonistes et la racaille antifa, il faut d’abord remarquer que le fascisme naît de la matrice marxiste et que les projets communiste et fasciste comportent énormément de points communs, le premier d’entre eux étant qu’ils sont tous deux de nature révolutionnaire.

Le projet totalitaire d’union des classes

Le fascisme se construit d’abord comme le projet révolutionnaire d’une nation de travailleurs, où prolétariat et bourgeoisie s’unifieront pour créer un État efficace dont le premier acte fondateur sera une grande opération de nationalisations de la propriété privée, de l’industrie, de l’agriculture et de tout ce qu’une nation implique d’activités et de productions.

Au cœur de ce projet, l’éducation « fasciste » assurera le contrôle de la pensée, allant de pair avec un discours soutenant que la nation serait ainsi conduite à la libération ultime de l’oppression bourgeoise, de l’aliénation de la propriété privée et… du joug marxiste ! La belle série de contradictions que voilà !

Ainsi, au lieu d’être le sujet d’un système, l’individu sera (soi-disant) le membre actif d’une organisation politique de travailleurs au service de la nation, contre le paradigme économique internationaliste bourgeois et communiste (autre contradiction). Dans son activité productive et politique, cet individu n’existera plus en tant qu’être autonome et singulier, mais seulement en tant qu’élément de l’organisation étatique dont il fait partie. Il lui devra tout, il ne sera plus un homme, mais l’élément fonctionnel d’une machinerie, un citoyen-travailleur impliqué dans une relation avec l’État qui le transcendera et le gouvernera à la fois.

Des points communs avec le communisme

S’il fallait désigner la véritable différence entre les deux mouvements, on la trouverait dans le fait que, pour le communisme, l’instrument ultime qui permet d’atteindre le « Graal » révolutionnaire est la dictature du prolétariat, quand, pour le fascisme, c’est la nation. Hormis cela, les modalités et ce qu’elles entraînent sont fort semblables.

Ainsi, bien qu’il se positionne comme antagoniste au communisme et aux Lumières, le fascisme a, en pratique, suivi la même stratégie de concentration du pouvoir dans l’administration étatique que son ennemi juré.

À l’instar des Lumières qui consacraient la victoire de la raison et de la science contre l’irrationalité, le fascisme a mis en place une rationalisation de la société humaine par la construction d’un système administratif consacrant la victoire complète de l’État sur l’individu, où ce dernier est sommé de construire sa propre aliénation en se transcendant dans la structure étatique.

Cette relation, où se conjuguent aliénation et transcendance, servitude et mystique matérialiste dans un éternel paradoxe sado-masochiste, est le propre de toutes les relations entre l’individu fonctionnarisé et l’État marxisant.

Voilà donc ce qu’était le déterminisme fasciste qui, paradoxalement, fut aussi celui du communisme ! La politique étatisante et rationalisante est la même dans les deux mouvements, ce qui devrait porter à réflexion sur la frontière qui les sépare (soi-disant) hermétiquement. Le grand socialiste « fabien » Bernard Shaw ne tarissait-il pas d’éloges envers Mussolini ?

En 1925, Henri Béraud, journaliste au Canard enchaîné, écrivait dans son livre, Ce que j’ai vu à Moscou : « Rien, extérieurement, ne ressemble plus à la vie moscovite que la vie romaine : cortèges, emblèmes, crainte, silence… La réaction et la révolution n’ont, après elles, laissé aux hommes déconcertés qu’un être sombre et masqué, le Dictateur inconnu… ».

Au Brésil, le président Lula, et ce n’est pas une coïncidence, a avoué que son modèle de toujours était Getúlio Vargas, le dictateur fascisant des années 1940… CQFD !

Cette curieuse interchangeabilité et la plasticité conceptuelle qui en découle nous rappellent que Lénine, en bon rhétoricien, conseillait à ses troupes de pratiquer constamment l’inversion accusatoire, en accusant ses ennemis d’être ce qu’ils étaient eux-mêmes…

Fascisme et communisme ont également en commun cette même technique constante d’instrumentalisation du langage et des concepts, où toutes les identités et les idéologies deviennent des espèces d’euphémismes chargés de créer un rideau de fumée dans des disputes de sectes, dont l’objet est le renforcement politique par la criminalisation idéologique de l’autre en vue d’aboutir à son élimination physique.

Les idéologies ne sont plus, alors, que des armes de propagande chargées de garantir une pérennité politique grâce à l’existence entretenue d’un ennemi à abattre. Les « bourgeois » de Staline ont la même fonction que les Juifs d’Hitler…

La conception « purificatrice » marxiste

C’est justement à cet endroit que se vérifie la dangerosité de la matrice marxiste. Ce qui la définit, ce sont moins ses idées, qui somme toute sont assez banales, que sa méthode, son processus, sa culture et, puisque le marxisme se prétend scientifique, son épistémologie.

Comme on le sait depuis qu’on l’étudie, le « Mal » en politique est moins dans les idées que dans les modes et processus contenus en filigrane dans les discours idéologiques qui sont chargés de les activer.

Dans la matrice marxiste (et de tout ce qui en découlera : communisme, fascisme, maoïsme, wokisme, etc.), toute la mystique idéologique transcende et active un seul et unique principe : la purification de la société humaine.

Ce principe valide le vieil adage sartrien — « L’enfer, c’est les autres » —, qu’il s’applique au bourgeois, au Juif, au fasciste, au communiste, au réactionnaire, au social-démocrate, au social-traître, au contre-révolutionnaire, au patron, au contremaître, au « jaune », à l’homosexuel, au religieux… la liste est interminable et s’étend à mesure que la matrice marxiste se régénère sur le dos de l’Histoire en la réécrivant.

Le but de la révolution est d’engendrer un peuple de purs, qu’il soit pur de sang, idéologiquement, ou de je ne sais de quel autre référent aux vertus magiques. Les purs, ces saints surgis des ténèbres, dont l’ascèse exige la purification par le sang versé, n’ont ni pardon ni compassion. Leur religion profane, que les moujiks accusaient d’être antéchristique, devra orchestrer la grande inversion universelle sacrificielle. De là découlera toute la perverse mécanique de son mode politique que l’on résumera ainsi : la fin (l’idéologie) justifie les moyens (le meurtre), jusqu’à ce que ladite fin, une fois atteinte, révèle qu’elle n’était elle-même qu’un moyen pour atteindre un autre avatar de cette fin, le pouvoir, et ceci sans fin.

Selon leurs partisans, le fascisme a échoué pour n’avoir pas été suffisamment fasciste et le communisme pour n’avoir pas été assez communiste, mais en réalité, ces systèmes ont failli… Et tout le mal qu’ils ont engendré n’était qu’un effet incontournable du matérialisme historique, cet avatar rationalisant de la volonté de puissance qui justifie tout, puisque lui seul pouvait les conduire vers la totalité révolutionnaire. La fameuse omelette et les œufs qu’on casse. Ah ! La vilaine excuse !

Si tous les régimes issus de la matrice marxiste ont provoqué de telles déflagrations, c’est qu’au centre de leur processus se trouve le meurtre révolutionnaire, qui justifie le meurtre d’État, le crime contre l’humanité revêtu du statut d’une justice déterminée par le sens de l’Histoire.

La volonté de puissance s’avançait sous le masque du matérialisme historique. Combien de théories (intéressantes, certes) pour expliquer la culture de mort du nazisme et du fascisme, quand il suffisait de se souvenir de leur matrice. Les tergiversations pour savoir si le fascisme est de gauche ou de droite sont hors sujet, et fausses, puisqu’on oublie comment il a été engendré.

Au centre de cette mystique de mort, qui en vérité naquit de la Révolution française et fut définitivement conceptualisée par Marx, il y a toujours eu la figure d’un personnage sombre et démiurgique, pour ne pas dire satanique : le psychopathe révolutionnaire. De Robespierre à Mélenchon, en passant par Lénine, Trotski, Staline, Pol Pot, etc., il sème sa pestilence en subjuguant l’humanité par les vertus de la haine de l’homme, qui reste humain, trop humain…

Le philosophe du régime fasciste, Giovanni Gentile et le marxiste Antonio Gramsci ont consacré leurs vies à une rationalisation absolue de la pensée politique, afin d’établir l’impossibilité complète de toute métaphysique. Une fois cette dernière éradiquée, que restait-il ? La rationalisation de l’État socialiste ? Celle de l’État fasciste ? Quelle est la différence entre les deux conceptions ? Libéré de sa condition métaphysique, l’individu n’est plus que le sujet-objet de l’arbitraire paradoxal d’une grande machine rationalisante et délirante à la fois. Confinée à l’horizon de sa matérialité, sa liberté n’est plus vouée qu’à se transcender dans l’État qui le dévore, et sa condition d’être humain n’a de valeur que tant qu’il porte la bonne étiquette. Quand des idéologies, qui ont moins de différences que de caractères communs, servent à déterminer si tel ou tel sujet est bon ou mauvais, c’est qu’en fait d’idéologies, c’est à de la pensée magique qu’on est confronté, et qu’en fait de docteurs du dogme, c’est à des escrocs lanceurs de sorts que l’on a affaire !

Quentin a été assassiné par la vieille machinerie révolutionnaire, et le drame, qui ne cesse de se répéter depuis le surgissement de la modernité, est que la rationalité pointilleuse de cette satanée machine se confond étrangement avec le délire paranoïaque de ses pourvoyeurs… Une belle fabrique de psychopathes !

Charles Granfeu

https://www.polemia.com/sait-on-encore-dou-vient-et-ce-quest-le-fascisme/

De Maurras à Schmitt

 

Par Stéphane Blanchonnet

Nous savons ici à quel point la critique du romantisme est centrale chez Maurras. Cette dernière se déploie dans l’ensemble de son œuvre mais elle est condensée d’une manière presque parfaite dans le petit texte intitulé Trois idées politiques, en particulier dans le chapitre consacré à Chateaubriand. Maurras critique le traditionalisme de l’auteur de René dans son principe.

En effet, Chateaubriand paraît défendre le trône et l’autel, non pour les bienfaits positifs que ces institutions procurent au Bien commun, mais parce qu’elles lui plaisent et, mieux encore, parce qu’il en a la nostalgie.

C’est la formule du romantisme de droite, dont Maurras trouve l’équivalent à gauche chez Jules Michelet. Ce dernier s’enthousiasme pour le peuple, l’avenir, la démocratie, pour des motifs tout aussi romantiques que ceux qui poussaient Chateaubriand à défendre la Tradition.

Mais pourquoi me direz-vous aborder ici ce sujet doctrinal que l’on traite dans les cercles d’études d’Action française de manière habituelle et régulière ? Eh bien, parce que l’excellent Antoine Dresse vient de faire paraître, de préfacer et de traduire chez Krisis, un ouvrage fondamental qui apporte à Maurras un très inattendu soutien germanique.

Il s’agit de l’essai Romantisme politique de Carl Schmitt. Paru pour la première fois en 1919, il est à noter que ce livre sera rapidement traduit, bien que seulement de manière partielle, sous l’égide de Georges Valois, peu de temps après sa rupture avec Maurras. Il est d’ailleurs probable que ce projet d’édition soit né avant la rupture. Les milieux maurrassiens s’intéressaient donc vraisemblablement à cet écho que trouvait leur critique du romantisme chez cet auteur allemand.

De manière symétrique, on découvre à la lecture de ce Romantisme politique que Schmitt lui-même avait lu Maurras. Il reprend même à son compte la fameuse doctrine des trois R : Réforme, Révolution, Romantisme. Plus fondamentalement, Schmitt radicalise et en quelque sorte universalise les reproches faits par Maurras à Chateaubriand en définissant le romantisme comme un « occasionalisme subjectif ».

Les deux auteurs considèrent que le romantique prend prétexte de la défense d’une cause pour exprimer son individualité, pour épancher son Moi, au détriment des réalités politiques. Nous ne suivrons donc pas Alain de Benoist, malgré toute notre admiration pour son érudition, quand il cherche (dans une intervention à un colloque sur Maurras ou dans un récent article d’Éléments) à nuancer la proximité intellectuelle entre Schmitt et Maurras sur cette question. Celle-ci nous paraît au contraire évidente, et d’autant plus intéressante qu’elle révèle une influence directe de Maurras sur Schmitt, ce qui n’est pas rien, quand on considère la place qu’occupe ce dernier dans l’histoire des idées, que ce soit en philosophie politique, en philosophie du droit, ou en géopolitique.

(Illustration : Der Wanderer über dem Nebelmeer, huile sur toile de Caspar David Friedrich, 1818, Kunsthalle de Hambourg).

https://www.actionfrancaise.net/2026/06/05/de-maurras-a-schmitt/

mercredi 3 juin 2026

Visite guidée à deux voix – Château de Vitré et son centre médiéval

 


Dans la tradition bainvillienne

 

Parce qu’il n’est pas forcément clair pour tout le monde que le royalisme est parfaitement d’actualité, nous vous conseillions en mars dernier, pour le mieux connaître, de vous intéresser aux parutions des éditions de Flore et à celles de Midi blanc-éditions. Aujourd’hui, c’est de la Nouvelle Revue Universelle dont nous vous parlons…

*****

Le prochain numéro de la Nouvelle Revue Universelle, la revue laboratoire du maurrassisme du XXIe siècle, va partir sous presse. Heureusement, grâce à la Librairie de Flore, il vous est possible de vous procurer un exemplaire du n°82-83 que son rédacteur en chef Axel Tisserand présente :

« Extinction des Lumières ». Tel est le titre de l’important dossier que nous consacrons à la crise que l’Occident traverse aujourd’hui, crise venue apparemment des États-Unis – mais le wokisme en est également originaire, agrémentant à la sauce puritano-libertarienne d’une french theory pour laquelle la seule question qui vaille est : pourquoi a-t-elle pris son essor, jusqu’à son nom, de l’autre côté de l’Atlantique, avant de nous retourner en boomerang ?

Un cycle serait-il en train de se clôturer sans toutefois que rien d’autre n’émerge de manière à peu près certaine, un cycle né après la Renaissance et qui, en un aller-retour entre l’Europe et les États-Unis, a également influencé notre vieux continent – par exemple la philosophie de la Déclaration d’indépendance de 1776 et notre propre Déclaration des droits de l’Homme.

Voici le sommaire complet de ce numéro à ne pas manquer :

Éditorial d’Axel Tisserand – Vers un couvre-feu de la raison ? (p. 5).

Extinction des Lumières

  • Alain Vignal – La catholicité et la France à l’épreuve des Lumières (p. 17) : Une claire synthèse montrant comment les Lumières se sont en grande partie instaurées contre le catholicisme, minant le socle traditionnel de la société française.

  • Philippe Ariès – Révolution et Contre-Révolution face à face (p. 31) : Dans deux textes publiés en 1938 dans L’Étudiant français, Philippe Ariès se penche sur l’opposition de fond entre Révolution et Contre-Révolution et analyse en profondeur la « secte jacobine« .

  • Philippe Lallement – Accélération du déclin des Lumières (p. 39) : Une enquête aiguë sur une évolution – qui semble irréversible – vers la fin de la mondialisation, la fin de la modernité, la fin d’un Occident coupé de ses origines.

  • Henri Letigre – Impasses de la pensée économique des Lumières (p. 59) : Le libéralisme économique, issu des Lumières semble avoir fini son cycle historique, faute d’avoir su dépasser ses contradictions.

  • Gérard Leclerc – Un défi ouvertement civilisationnel (p. 69) : Une analyse, bienveillante mais sans concession, de notre crise de civilisation telle que la voit Éric Zemmour dans son dernier livre.

  • Pierre Debray – L’agonie du monde moderne (p. 83) : Une lettre pleine de foi, de courage et de vigueur intellectuelle adressée aux évêques de France. Son actualité est saisissante.

  • Nadège Cordier – Colonisation et « régénération » : l’éternel échec républicain (p. 93) : Où l’histoire prouve que, depuis Jules Ferry, les Lumières ont leur part de responsabilité dans le chaos africain actuel.

  • Maurice Jallut – Pour des institutions postmodernes (p. 103) : Par un des maîtres de l’école d’Action française, une critique radicale de l’anglomanie politique exportée par les Lumières en France.

Fiévreuse planète

  • Gilles Varange – Énigme Poutine ou énigme russe ? (p. 117) : Plus qu’un personnage mystérieux et inquiétant, Poutine n’est-il pas surtout une nouvelle incarnation des constantes de l’histoire russe ?

  • Alexandre Lalanne-Berdouticq – La France prête pour une guerre en Europe ? (p. 127) : Le discours belliciste du gouvernement paraît déconnecté des capacités matérielles et morales du peuple français.

  • Gwendal Keraliès – Quand Donald Trump fait du Maurras (p. 141) : Au-delà de ce titre provocateur, la stratégie internationale de Trump se révèle d’une cohérence et d’une perspicacité inattendues.

  • Dominique Decherf – Réflexions sur le droit international (p. 149) : Depuis 25 ans, le droit international marche sur la tête, mais reste toujours dominé par les États-Unis. De la tornade Trump pourra-t-il sortir un bouleversement positif ?

Déminage du territoire

  • Pierre-André Taguieff – Un débat au sein du nationalisme dans les années 1890 (p. 165) : Dès 1989, dans un entretien, le philosophe discernait ce qui a fait, dès l’origine, la spécificité du nationalisme français, totalement étranger à la notion de race.

  • Christian Tarente – Maurras antiraciste intégral (p. 174) : Dans son livre Maurras, la nation contre le racisme, Axel Tisserand montre, citations à l’appui, que Maurras a toujours été viscéralement hostile au racisme.

Rétrospectives et perspectives

  • Michel Bouvier – « Je peins le passage » ou… retour sur les bancs de l’école (p. 183) : Ou quand on découvre un Montaigne enfin rendu aux siens : les catholiques, qui se voient entraînés ici dans une méditation d’une insondable profondeur.

  • Pascal Cauchy – De l’aveuglement militant à la lucidité obstinée (p. 191) : Un centenaire incontournable, tant l’historienne a su dire la vérité du communisme en analysant ses propres comportements lorsqu’elle était encore une militante fanatique.

  • Arnaud Guyot-Jeannin – Un royaliste traditionaliste s’est éteint (p. 200) : Un hommage à notre ami disparu Michel Michel.

Chroniques et lectures

  • Michel Mourlet – Journal critique (p. 203) : Où nous apprenons que le Journal critique a 72 ans. Et pas une ride ? Ami lecteur, juge par toi-même.

https://www.actionfrancaise.net/2026/06/03/dans-la-tradition-bainvillienne/

L'abolition de l'esclavage : utopie ou réalité ?, avec Vincent Hugeux

 


vendredi 29 mai 2026

« Insultes et menaces quotidiennes pour les scientifiques du climat et les journalistes météo. Mais pourquoi ? » L’édito de Charles SANNAT

 

Mes chères impertinentes, chers impertinents,

Les scientifiques du climat et les journalistes météo subissent menaces et insultes au quotidien et ils se plaignent de l’agressivité et de la violence verbale qu’ils subissent. Comme vous pourrez le voir dans cette vidéo ci-dessous de France Télévision, « ON » accuse les climatosceptiques ce qui ne veut rien de plus que « d’extrême droite » ou de « complotiste ». C’est évidemment le degré 0 de l’analyse et de la compréhension des choses.

La bonne question est pourquoi quand on nous parle de météo ce qui est quand même un sujet qui de tout temps (sans mauvais jeu de mots) anodin, banal et sans enjeu, les gens s’énervent-ils tout d’un coup ?

Est-ce que les gens s’énervent parce qu’ils auraient pris un coup de chaud ?

C’est la manipulation des journalistes et des médias qui déclenche la violence. 

Il nous faut donc ici parler un peu de psychologie. Les mécanismes de manipulation mentale, lorsqu’ils sont conscientisés par la victime ou lorsqu’ils poussent un individu dans ses derniers retranchements, sont de puissants déclencheurs de violence en retour (qu’elle soit verbale, psychologique ou physique). Ce phénomène s’explique par plusieurs processus psychologiques bien documentés.

1. La rupture de la dissonance cognitive. La manipulation (comme le gaslighting ou détournement cognitif) repose souvent sur la distorsion de la réalité de la victime. Pendant un temps, la victime doute d’elle-même. Mais lorsque la manipulation est découverte, la victime subit un choc de lucidité. La colère qui s’en suit, face à la trahison et à la prise de conscience d’avoir été dupée, est souvent proportionnelle à la durée et à l’intensité de la manipulation. Cette charge émotionnelle peut exploser sous forme de violence cathartique (une libération brutale de la tension accumulée).

Ici c’est les discours apocalyptiques qui sont en cause par rapport aux faits observables par les gens et donc des paradoxes qui sautent aux yeux. C’est exactement le cas quand on vous dit quand il fait froid « qu’il ne faut pas confondre météo et climatologie » mais que quand cela les arrangent et que quand il fait froid, car quand il fait chaud vous avez le droit. C’est le cas aussi quand on vous dit que vous devez souffrir de chaud sans climatisation alors qu’en Inde ils installent des millions de clim chaque année! Paradoxes qui posent des questions auxquelles les chiens de garde du climat ne veulent pas apporter (ou ne peuvent pas) de réponses crédibles et convaincantes.

2. Le mécanisme de réactance psychologique. Théorisée par Jack Brehm, la réactance est une réaction de défense biologique et psychologique qui se déclenche lorsqu’un individu sent que sa liberté de choix ou son autonomie est menacée ou supprimée.

La manipulation cherche à contraindre l’autre à son insu.

En réaction, le cerveau de la personne manipulée développe une résistance farouche pour restaurer sa liberté, ce qui se traduit fréquemment par de l’agressivité envers le manipulateur.

Ici c’est le cas quand on vous empêche de questionner, de réfléchir, de penser autrement que sur la ligne officielle du parti, c’est le cas comme lors de la vaccination covid… même le gouvernement disait « on peut parler de tout sauf des chiffres », comme si les chiffres n’étaient manipulables! Ils le sont bien évidemment.

3. Le piège de la « victime acculée ». En poussant une personne dans une impasse psychologique (par exemple, par le biais d’injonctions paradoxales où « quoi qu’elle fasse, elle a tort »), le manipulateur désactive les leviers de négociation rationnels. Ne restant plus aucun espace de dialogue ou de compromis possible, la violence devient parfois, dans la psyché de la victime, la seule issue disponible pour faire cesser l’oppression ou préserver son intégrité psychique.

Ici, les injonctions contradictoires sont évidentes à voir. Il faut sauver la planète mais en signant les accords du Mercosur parce que les avocats du Pérou transportés par avions c’est vachement mieux pour le climat que les tomates du lot et Garonne ou que les carottes de Bretagne. Il faut sauver la planète mais en consommant plus pour sauver le PIB. Il faut sauver la planète en achetant des voitures électriques mais made in China avec un bilan écologique et social dramatique pour les enfants esclaves des mines de lithium et de terres rares qui meurent pour la batterie de mon vélo électrique qui ne sauvera rien.

4. Le concept de « Violence Réactionnelle ». En psychologie clinique et victimologie, on distingue la violence initiale (la manipulation perverse, le contrôle coercitif) de la violence réactionnelle qui est une explosion de colère ou d’agressivité de la part de la victime, souvent instrumentalisée par le manipulateur pour inverser les rôles et dire : « Voyez comme cette personne est instable/violente, c’est moi la victime ».En somme, la manipulation est une agression invisible mais réelle. La violence en retour n’est souvent que la manifestation visible, et parfois désespérée, d’une tentative de défense contre une destruction psychologique souterraine.

Ici, c’est tout simplement l’accumulation des mensonges, des injonctions contradictoires, des paradoxes et des manipulations qui foutent les gens en rogne. Pas tous, mais ceux qui réfléchissent. Ils ne sont pas complotistes, ils ne sont pas d’extrême droite, ils ne sont pas climatosceptiques. Ils se posent des questions, voudraient qu’on leur réponde, que l’on prenne au sérieux leurs questionnement, leurs doutes. Mais ils ne reçoivent aucune autre réponse que celles des insultes et des anathèmes.

Avec la vague de chaleur qui touche la France depuis quelques jours, les scientifiques du climat et les journalistes météo subissent menaces et insultes au quotidien. Serge Zaka, docteur en agroclimatologie et Sébastien Thomas, journaliste météo-climat pour France Télévisions,… pic.twitter.com/HLnpth1iGQ

— franceinfo (@franceinfo) May 27, 2026

C’est ce phénomène qui explique la « violence » dont se croient victime les journalistes et les climatologues qui rendent fous les gens et les provoquent en leur retirant tout espoir pour demain. Ils se vautrent dans une vision apocalyptique à la Greta où nous allons tous mourir dans d’horribles souffrances climatiques sans comprendre ce qu’une absence totale d’espoir peut engendrer.

Vous savez que je suis contre toute violence, que je pense que c’est par les mots que l’on peut décrire nos maux et éviter les excès et les accès de violence, mais si la propagande climatique continue comme cela alors que dans 3 jours il fera moche et froid, un jour viendra où hélas cette violence verbale deviendra je redoute physique.

Toute politique qui ne donne pas à rêver est vouée à l’échec.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

https://legrenierdeleco.com/insultes-et-menaces-quotidiennes-pour-les-scientifiques-du-climat-et-les-journalistes-meteo-mais-pourquoi-ledito-de-charles-sannat/

dimanche 24 mai 2026

L'effondrement qui vient : Gilles de Beaupte décrypte le système technico-capitaliste

 


Non, ce n’est pas le néocolonialisme qui ruine l’Afrique

 

Ce sont les guerres et les coups d’État

Une fois de plus je viens de lire un article sur le développement de l’Afrique, où l’auteur mène une véritable charge contre les Occidentaux, éternels coupables pour avoir colonisé ce continent durant quelques décennies avant de lui rendre sa liberté en 1960.

Plus de 65 ans après son accession à l’indépendance, ce continent reste désespérément sur le quai, incapable de monter dans le train du progrès, alors que toute l’Asie est en passe de dépasser largement les économies occidentales. Le coupable ? L’ex-colonisateur comme toujours.

https://reseauinternational.net/le-siecle-africain-commence-par-lunite-ou-ne-commence-pas-partie-2-monnaie-ou-liberte-la-monnaie-unique-pour-briser-le-dernier-verrou-colonial/

Cet article est parfaitement documenté et l’auteur sait de quoi il parle. Mais il pèche par ses non-dits, lesquels sont pourtant essentiels pour comprendre le naufrage de l’Afrique post-coloniale.

Je ne ferai pas à l’auteur l’injure de lui rappeler ce que nous avons trouvé en arrivant en Afrique. Je lui rappellerai simplement qu’en partant, le continent vivait en paix, sans épidémies ni famines, avec un niveau de vie supérieur à celui de l’Asie hors Japon. Aujourd’hui, la plupart des pays asiatiques ont un niveau de vie 30 fois supérieur à celui de l’Afrique.

Avec son milliard et demi d’habitants, la Chine, qui avait mille ans de retard en 1950, affiche un PIB égal à 20 % du PIB mondial, tandis que l’Afrique, elle aussi avec un milliard et demi d’habitants, produit moins de richesses que la France.

Ce continent recèle pourtant un trésor géologique inestimable, des immensités gorgées de soleil et une démographie dynamique contrairement aux autres continents vieillissants. Mais l’Afrique n’invente rien et ne produit rien en dehors de son sous-sol. Est-ce la faute des Européens ?

Faire le procès du franc CFA est facile.

Mais cette monnaie liée à l’euro et garantie par la France a aussi apporté aux pays africains qui l’ont conservée une stabilité économique non négligeable. Quand Sékou Touré, président de la Guinée Conakry, a voulu tourner le dos à la France dès 1958, il n’a pas rendu service à son pays. Et quand on voit où en est le Zimbabwe, mis en coupe réglée par la politique anti-Blancs de Mugabé, on mesure combien la rupture brutale avec l’ancien colonisateur peut faire des ravages. 700 % d’inflation il y a peu !

https://www.linkedin.com/pulse/quels-sont-les-avantages-et-inconv%C3%A9nients-de-la-monnaie-l%C3%A9ger-djiba-bu9ff/

N’oublions pas les multiples conflits armés qui ravagent l’Afrique

De son côté, l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, le Prio, en compte environ 65 au total dans son dernier rapport Ouverture dans un nouvel onglet sur les conflits dans le monde paru cette année.

Une cinquantaine de conflits en permanence. Selon l’ONG Oxfam, ces guerres coûtent 20 milliards de dollars chaque année à l’Afrique et engloutissent toute l’aide au développement. Entre 1990 et 2005, ce sont 284 milliards qui sont partis en fumée.

Guerres entre États, rivalité tribales, guerres civiles ou mouvements séparatistes, tout est bon pour semer violences et chaos, ennemis de l’économie et du progrès.

Et que dire des multiples coups d’État ? L’Afrique détient le record

Par conséquent, ce n’est pas en faisant le procès de l’ex-colonisateur que l’Afrique décollera. En 1960, elle était plus riche que la Chine ou l’Inde.

Ce sont les Africains qui sont responsables de leur destin, comme les Chinois ou les Indiens. Pas les Européens. Par conséquent, inutile de faire porter le chapeau aux autres, pour s’exonérer de ses propres responsabilités. La colonisation, c’est de l’histoire ancienne, une période que les 3/4 des Africains n’ont pas connue.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/non-ce-nest-pas-le-neocolonialisme-qui-ruine-lafrique/