jeudi 5 février 2009

Le Professeur Gérard Lucotte : « Les races existent, et il est très important que cette diversité soit maintenue »

Depuis les propos tenus par Jean-Marie Le Pen, à l'automne dernier, sur « l'inégalité des races », la question agite la société française. Pas de semaine et presque pas de jour où ce thème n'apparaisse dans la presse écrite ou parlée. Au fil des semaines, la querelle sur l' «inégalité» des races s'est muée en un débat plus fondamental : celui même de l' «existence» ou de la non-existence des races.
Sur la réalité du discours scientifique, sur l'écho conforme ou déformé qui en est donné par les médias et surtout sur l'utilisation qui en est faite à des fins politiques, nous avons voulu faire le point avec un spécialiste de la question. Nous avons donc rencontré le Professeur Gérard Lucotte, professeur à l'Ecole d'anthropologie de Paris.

❏ National Hebdo - Professeur, nous assistons depuis plus de deux mois maintenant à une querelle qui dépasse très largement les experts dont vous êtes. On veut, en gros, classer la société française en deux camps opposés : les fascistes qui croient à l'existence des races et les généreux bien pensants qui n'y croient pas. Le camp politiquement correct a un porte-parole : c'est le professeur Langaney, auquel les médias tentent de vous opposer. Comment expliquez vous cela ?
❍ Pr Lucotte : Simplement. La question des races est un problème d'anthropologie biologique. Or, il n'y a en France que deux professeurs dans cette discipline : André Langaney et moi-même.

❏ Le journal Le Monde, récemment (15/16 décembre), dans un papier qui cherchait apparemment à vous discréditer et auquel vous avez répondu par une mise au point, écrivait : « le professeur Lucotte qui enseigne dans un établissement privé ». Cela pour vous opposer, sans doute, au sérieux de l'établissement public où officie le Pr Langaney, à savoir le Musée de l'homme. Alors, dites-nous : qui fait quoi ?
❍ L'Ecole d'anthropologie de Paris a été créée par Broca, un immense anthropologue français, en 1875. C'est un établissement, reconnu d'utilité publique, d'enseignement supérieur des sciences anthropologiques. Le Musée de l'homme, lui, n'a pas, que je sache, vocation d'enseignement. Son domaine est la muséologie et M. Langaney s'y occupe principalement des expositions. J'ajouterai néanmoins qu'il y a un professeur qui enseigne l'anthropologie biologique au 3ème cycle d'Evolution humaine du Muséum d'histoire naturelle - dont dépend le Musée de l'Homme - et ce professeur n'est pas M. Langaney mais... moi-même, et ce depuis cinq ans.

❏ Le Pr Langaney n'enseigne donc pas ?
❍ Pas en France, en tout cas que je sache. En revanche, il enseigne à Genève depuis de nombreuses années. Je me pose à ce sujet des questions : vous savez que le cumul des fonctions est interdit dans la fonction publique. Comment se fait-il alors que l'administration ne l'ait pas sommé de choisir entre son poste en France et son traitement apparemment très conséquent en Suisse ?

❏ Pour les béotiens que nous sommes, pourriez-vous nous donner une définition de votre discipline : qu'est-ce que l'anthropologie ?
❍ L'anthropologie est la science qui étudie l'homme. On distingue trois grandes branches dans l'anthropologie. Tout d'abord, l'anthropologie physique qui consistait principalement en l'étude des mesures anatomiques. Cette branche est maintenant devenue l'anthropologie biologique, essentiellement génétique. C'est ma propre spécialité. Il y a ensuite l'anthropologie sociale et culturelle, qui est très développée chez nous. Il y a enfin la paléontologie humaine, c'est-à-dire l'étude de l'évolution humaine par les fossiles.

❏ D'où vient la difficulté, pire, l'impossibilité de débattre sereinement de cette question de l'existence des races, puisque c'est bien là le cœur du problème?
❍ L'anthropologie était une science florissante avant la dernière guerre mondiale, et notamment en Allemagne. Les nazis ont multiplié le nombre de chaires d'anthropologie et ceci a abouti finalement à tous les malheurs que l'on sait, en particulier pour le peuple juif. Les déclarations de l'UNESCO dans les années cinquante ont réuni un certain nombre d'experts qui ont considéré que la race n'avait pas de fondement scientifique, et qu'il fallait bannir ce terme de la littérature scientifique.

❏ Et tout le monde a suivi ?
❍ Globalement. En Europe, oui, le cas des Anglais étant particulier. En France, il a existé une chaire d'anthropologie physique au Collège de France, qu'on avait confiée au professeur Ruffié, et dont j'ai été le collaborateur très proche pendant plus de vingt ans. Le message officiel propagé par M. Ruffié dans son enseignement et ses nombreux livres était effectivement que les races n'existaient pas.

❏ Et outre-Atlantique ?
❍ Aux Etats-Unis, la situation est totalement différente car les professeurs d'anatomie, en médecine, sont souvent des anthropologues, et non des médecins comme en France. Il y a donc beaucoup de postes d'enseignement et les options au sujet de la race sont souvent très divergentes selon les individualités. De plus, comme vous le savez, les universités américaines sont «privées», chacune d'entre elles défendant jalousement son originalité, sur ce point comme sur beaucoup d'autres.

❏ Donc, le discours des scientifiques, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, n'est pas du tout uniforme ?
❍ Aux Etats-Unis, sûrement pas. En Europe, le discours s'est uniformisé pour les raisons que je vous ai dites. Il semble intéressant de faire remarquer que Langaney a été nommé en pleine mouvance socialiste; il répercute bien entendu, le moment venu, le bon discours. Je ne crois pas cependant - pour bien le connaître - qu'il soit intimement convaincu de la non-existence des races humaines et de leur non-fondement héréditaire.

❏ L'anthropologie physique a donc cédé la place à l'anthropologie génétique. Dites-nous, alors : les conclusions de la génétique sont-elles différentes de celles de l'anthropologie ? Que disent-elles ou que ne disent-elles pas ?
❍ L'anthropologie physique partait de la constatation «commune», de la reconnaissance des races : les Noirs, les Jaunes. et les Blancs. Le sens commun conclut à la reconnaissance visuelle et aussi à la nature héréditaire des races : tout le monde sait que lorsqu'un Noir Bantou se marie avec une Noire Bantou, ils ne peuvent donner naissance qu'à un petit Noir Bantou. Carl von Linné a, le premier, établi une classification générale des êtres vivants, dans laquelle il a fait entrer l'homme, tout naturellement. L'homme appartient au règne animal, à l'embranchement des Vertébrés, à la classe des Mammifères, à l'ordre des Primates, à la famille des Hominidés et au genre Homo, famille et genre dont le seul représentant actuel est l'espèce Homo sapiens. Celle-ci, à son tour, se divise en races. Linné - qui parlait de variétés - distinguait l'Européenne, l'Africaine, l'Asiatique et l'Américaine, découpant ainsi notre espèce, comme les autres espèces animales ou végétales, selon leur répartition géographique et leurs traits descriptifs et biologiques distinctifs.
L'un des rôles du scientifique est de donner une explication de ce qui peut être constaté par le sens commun. Exemple : tout le monde voit que la pomme tombe et Newton arrive pour nous expliquer les règles de la gravitation, c'est-à-dire comment et pourquoi la pomme tombe. Or aujourd'hui, dans l'anthropologie majoritaire, le discours est inverse. Langaney et les autres disent : nous sommes trompés par le message de nos sens. Quoi que voient nos yeux, quoi que nous constations, les races n'existent pas. Elles ne reposent de plus sur rien de tangible du point de vue biologique et génétique.

❏ Pourquoi ce discours contre le sens commun ?
❍ Sans doute pour un motif louable, mais quelque peu naïf. On pense que si l'on dit que les races n'existent pas, le racisme va disparaître. Il y a différentes sortes de racisme : le racisme économique, le racisme religieux ... et puis le racisme dit «zoologique», c'est-à-dire celui basé sur la réalité biologique de la race. Il est évident que si les races n'existent pas, il ne peut y avoir de fondement biologique au racisme.

❏ Cela, on l'a compris, c'est le discours officiel. Néanmoins, si on s'intéresse un petit peu aux sciences connexes de l'anthropologie - on pense à la biologie, à la médecine, à la médecine légale, etc. - on s'aperçoit que tout va dans le sens contraire, c'est-à-dire la recherche des particularismes, non ?
❍ Exactement. La biologie tout entière est contre cette notion que les races n'existent pas. Au contraire, et de nombreux travaux vont dans ce sens, on étudie les particularismes «ethniques» (on a le droit de parler d'ethnie, pas de race). Dans tous les travaux, repris par tous les grands périodiques de médecine, on démontre par exemple une susceptibilité différente à la plupart des maladies, y compris les maladies infectieuses, selon les races. Principalement dans les études américaines qui comparent les Noirs avec les Blancs ou les Hispaniques, on trouve pratiquement toujours des différences du point de vue physiologique, L'autre champ d'application est la médecine légale. La police scientifique - et en particulier le FBI - ont ainsi, en travaillant sur les marqueurs génétiques modernes (technique des empreintes génétiques), mis au point des techniques ultrasophistiquées. En cas de viol, par exemple, elles permettent pratiquement d'identifier l'ethnie à laquelle appartient le coupable - en particulier s'il est de race noire ou bien caucasienne. On constitue donc des fichiers d'empreintes génétiques, comme on a actuellement les fichiers d'empreintes digitales. C'est une recherche très développée aux Etats-Unis et qui commence à l'être un peu en France.

❏ II y a donc, effectivement, une réalité pratique qui vient démentir le discours officiel ?
❍ Mais bien sûr, et on peut chaque semaine le constater. Prenez des revues scientifiques comme The Lancet, ou bien The New England journal of medicine. Dans chaque livraison, au moins un article à chaque fois consiste à comparer des performances physiologiques selon les races et on trouve des différences notables.

❏ Donc, les races existent. Maintenant, y a-t-il une inégalité des races, et si oui, dans quel domaine ?
❍ Il faut s'entendre sur le terme d'égalité et d'inégalité. Pour moi, ce ne sont pas des termes scientifiques. Prenons l'art, par exemple : il n'y a aucune «supériorité» de l'art Inca par rapport aux pyramides d'Egypte ou à la polyphonie des chants Pygmées. C'est différent, c'est tout, et chaque race peut aboutir, à sa façon, à des performances extraordinaires. En revanche, on peut dire qu'il y a une «inégalité» [précisé, «entre guillemets» NDLR] génétique profonde entre les races. Par exemple, chez les Européens, la mucoviscidose est une maladie très commune que les Noirs n'ont pas, ou très peu. A l'inverse, les Noirs souffrent de l'anémie falciforme qui est due à une mutation de l'hémoglobine, Les Juifs Ashkénazes ont la maladie de Tay-Sachs, une terrible atteinte neurologique des enfants. Pour des populations méditerranéennes, c'est la thalassénie, une autre mutation de l'hémoglobine. On peut donc dire que les races sont «inégales» dans le sens où chacune d'elles a un fardeau génétique particulier qui n'existe pas chez les autres.

❏ Langaney dit qu'il n'y a pas de races parce que nous avons une origine commune. Etes-vous d'accord avec cela ?
❍ Sur l'origine commune, tout à fait. Il y a origine commune de l'humanité, et divergence selon les continents à partir de cette origine. Chaque race est l'aboutissement d'une longue histoire biologique d'où résulte l'adaptation génétique au climat et aux conditions de vie. Chaque race est bien entendu adaptée au biotope dans lequel elle vit.

❏ Donc, à la base, Langaney et vous dites la même chose. Pourquoi, alors, lui et ses semblables nient-ils les races quand ils devraient les considérer comme l'apothéose de l'évolutionnisme biologique auquel, je pense - et s'agissant des espèces autres que l'espèce humaine- ils sont fort attachés ?
❍ Il y a bien une seule espèce humaine, et non plusieurs comme certains le croyaient à une époque. A l'intérieur de cette seule espèce, il y a diversification, c'est-à-dire différentes adaptations que sont les grandes races. Et à mon avis, il est très important que cette diversité - véritable trésor délicat de l'adaptation différentielle - soit maintenue.

❏ Sur quels sujets de recherche travaillez-vous ?
❍ Principalement sur la mucoviscidose en Europe, où je retrouve tous les particularismes ethniques (Bretons, Germaniques, Méditerranéens, Basques, Juifs ... ) et sur les marqueurs du chromosome Y, le chromosome de la masculinité, dont les variants présentent la particularité de rester inchangés au cours des générations pères-fils successives, ce qui en fait d'excellents traceurs de la différenciation humaine dans le sexe masculin.

❏ Sur toutes ces questions que nous avons évoquées, la société française développe donc comme dans bien d'autres domaines - une attitude complètement schizophrénique, en obligeant les scientifiques, relayés par les médias, à tenir un discours en contradiction totale avec les faits. Comment réagit votre milieu ?
❍ La plupart des scientifiques sont des gens honnêtes. Ils savent cependant que « la question de la race » sent le soufre et qu'il vaut mieux ne pas trop s'y attarder, ni surtout s'y prononcer. D'un côté il y a ceux qui caquettent avec la basse-cour et de l'autre - beaucoup plus nombreux - ceux qui restent à ce sujet silencieux. Personnellement, au cours de ma carrière, je n'ai jamais [avec insistance NDLR] rencontré de scientifiques niant objectivement l'existence des races et leur base héréditaire.

❏ Une dernière question : hors le motif, louable, de vouloir éradiquer le racisme, quel est à votre avis le but de ce détournement d'une vérité scientifique à des fins politiques ? Pourquoi s'acharner contre la nature et cela, si l'on vous comprend bien, contre l'intérêt même de l'humanité ?
❍ A mon avis, le débat scientifique devrait plutôt porter sur les difficultés de l'application du concept de race ! dans le cas de l'espèce humaine. Nous sommes en effet une espèce « très jeune » - de l'ordre de 200 000 ans seulement - et la «raciation» que nous observons actuellement n'est qu'un début du processus de différenciation.
Propos recueillis par Marie-Claire ROY National Hebdo du 30 janvier au 5 février 1997

29 avril 1936 : la République des irresponsables

Chef d'état-major de l'armée depuis 1935, le général Maurice Gamelin a bénéficié, tout au long de sa carrière, d'avoir été chef de cabinet de Joffre en 1914, au moment de la victoire de la Marne. Il a fini la guerre de 14-18 à la tête d'une division. En 1939, quand la France se précipite tête baissée dans une guerre où elle n'a rien à gagner et tout à perdre - et où, effectivement, elle va tout perdre - Gamelin commande l'ensemble des forces franco-britanniques. Des forces impressionnantes. En tout cas, sur le papier.
Face à un adversaire audacieux et pugnace, novateur, offensif, Gamelin subit l'événement. Il attend. Il attend quoi ? Nul ne le sait et lui moins que tout autre. L'attentisme érigé en doctrine : cela donne cette « drôle de guerre » où l'entraînement des troupes françaises a pour bases l'apéritif et la belote dans les popotes, bercées par les chansons rigolardes de Maurice Chevalier.
Atterrés, les proches collaborateurs de Gamelin le voient paralysé par « les brumeuses et irrépressibles somnolences qui figent le général, plusieurs heures par jour, sur le lit de camp dressé près de son bureau » (Pierre Accoce). Gamelin affecte un parfait dédain pour le matériel moderne. Sa phobie du téléphone le conduit à ordonner, pour les transmissions avec les premières lignes, l'utilisation d'estafettes... et de pigeons voyageurs. Il est pris par instants de « bouffées délirantes impressionnantes qui le plongent dans son passé et le portent à confondre, avec celle de 1914, la nouvelle guerre. »
Gamelin a vécu pendant des années sur sa réputation de tacticien émérite mais sans qu'aucun responsable militaire ou politique ne s'en émeuve, le vide de sa pensée s'est manifesté le 29 avril 1936. Ce jour-là, Gamelin a affirmé devant le conseil de guerre que la France ne devait en aucun cas se doter d'une puissante armée blindée, car, en cas de guerre avec l'Allemagne, les chars ne lui seraient d'aucune utilité. Les Allemands, imprudents jusqu'à l'inconscience, ne se briseraient-ils pas immanquablement sur la ligne Maginot, édifiée de 1927 à 1936 ?
Quatre ans plus tard, Gamelin n'a pas varié d'un pouce. Le généralissime a donc installé l'armée française en guerre dans une attente interminable. Cette attitude systématiquement défensive laisse à l'adversaire l'initiative. Sur une ligne de front étirée sur huit cents kilomètres - et qui n'est que partiellement couverte par la ligne Maginot Gamelin n'a aucune réserve stratégique, aucune masse de manœuvre. Souffrant des complications nerveuses d'une syphilis parvenue au stade tertiaire, que la médecine ne sait maîtriser à l'époque, Gamelin est la triste incarnation d'un système malade, miné, usé, fini.
Il serait évidemment injuste de lui faire porter la seule responsabilité de l'effondrement de la France en 1940. Celui-ci est le résultat de l'irresponsabilité chronique manifestée par les politiciens de droite et de gauche qui se sont succédé au pouvoir dans l'entre-deux-guerres. Impréparation matérielle et technique, irréalisme d'une politique étrangère à la remorque de l'Angleterre, poids de groupes de pression dont le dernier des soucis était l'intérêt de la France ... Le réveil ne pouvait être que tragique.
P V National Hebdo du 25 avril au 1er mai 1996

Nationalisme et lutte des classes, une histoire de marins

On connaît plutôt bien le drame des mutins du Kronstadt. Tiraillés par la faim et le dirigisme cruel des nouveaux maîtres du Kremlin, les marins jusque là fidèle soutien des bolcheviks s'agitent. Le 28 février 1921, un appel part du cuirassé Petropavlosk, les matelots réclament une troisième révolution après celle de février et d'octobre 1917. Lénine comprend vite tout le danger que représente ce foyer de contestataires pour un nouveau pouvoir encore fragile, malgré le reflux de la réaction blanche. Pour éviter toute contagion, il charge Trotsky et son Armée rouge d'étouffer la sédition - le même Trotsky qui tenait les ouvriers et marins de Kronstadt pour « la fierté et la gloire de la révolution russe ». Toukatchevsky est chargé de la besogne tactique, il prends d'assaut le port-forteresse à travers les eaux gelées du golfe de Finlande. Après deux semaines de combats acharnés les rebelles sont finalement écrasés, ceux qui échappent au carnage sont parqués comme des bêtes dans les camps finlandais (1).
C'est pour éviter d’autres soulèvements de cette eau que Lénine décide de sortir du communisme de guerre et de distiller, à travers la NEP (Nouvelle économie politique), un libéralisme homéopathique. La révolte de Kronstadt reste un point de référence fondamental pour la plupart des courants libertaires (2), il demeure en tous cas comme une plaie qui tourmente l'extrême gauche militante...
On connaît par contre beaucoup moins bien l'épopée d'autres hommes de la mer, qui connurent certes une fin moins sanglante, mais non moins tragique.
Les marins anarchistes soutiennent Fiume
Au sortir de la première phase de ce que nous pouvons appelé avec Ernst Nolte la « guerre civile européenne », le continent vit dans le tumulte fiévreux du droit des peuples, dans la ligne des préceptes de Wilson. Une majorité de la ville de Rijeka/Fiume (3) réclame à ce moment une traduction politique de son attachement culturel à l'Italie. Si la cité est occupée par un corps expéditionnaire de l'Entente (pour laquelle s'est finalement décidée la monarchie italienne en 1915), les grenadiers de Sardaigne, chauds partisans du rattachement, ont été éloignés de Fiume. Mais les anciens combattants patriotes n'en restent pas là, le 31 août 1919 par le serment de Ronchi, ils jurent que Fiume restera à l'Italie. Sur la route du retour soldats démobilisés, déclassés et aventuriers de toutes espèces se joignent aux grenadiers. Ils sont vingt-mille en arrivant à Fiume, une grosse division bientôt rejointe par le Dante Alighieri et l'Emmanuel Filiberto, bâtiments de la marine italienne ralliés à la cause et par une myriade d'aviateurs, tant militaires que civils, qui amènent leurs appareils. Il faut un chef à cette troupe disparate et c'est le francophile Gabriele d'Annunzio, poète et aventurier, qui met sa verve au service de cette « légion déglinguée ».
Le principal problème des insurgés est d'inscrire leur coup de force dans la durée. Nous ne sommes déjà plus à l'époque où les hommes pouvaient se contenter de « vivre sur le pays ». Si les nationalistes fournissent le gros de la troupe, ce sont les syndicalistes interventionnistes (4) qui s'attachent à l'intendance. Alceste de Ambris, ami de D'Annunzio mais aussi de Malatesta (5), le disciple de Bakounine (6), se joint à la lutte fiumaine. C'est un autre ami de De Ambris qui s'occupera plus concrètement du ravitaillement de la ville portuaire : le capitaine Giuletti, secrétaire général des syndicalistes révolutionnaires de la Fédération des travailleurs de la mer. En octobre, les marins anarchistes détournent de sa route vers Vladivostok le cargo Persia, rempli d'armes initialement destinées à l'amiral blanc Koltchak.
L'entourage de gauche du comandante n'est pas sans influence sur l'écrivain nationaliste qui déclare vouloir faire de Fiume « le point de départ de la révolution mondiale ». Ils le prennent d'ailleurs au mot et début 1920 ce sont les anarchistes, les anarcho-syndicalistes et les syndicalistes révolutionnaires qui les premiers le pressent d'effectuer la marche sur Rome qui abattra cet ordre bourgeois honnis par tous les rebelles de Fiume, quelques soient leurs origines politiques. Les fascistes mettront l'idée en pratique, mais ils n'en auront pas la paternité...
Mussolini joue d'ailleurs un rôle ambivalent dans l'aventure de Fiume. Si son journal Il Popolo d'Italia soutient les insurgés, il voit en D'Annunzio un dangereux rival. Il détourne la souscription du quotidien au seul profit de ses troupes et évente les initiatives des rebelles en leur « offrant » une précoce publicité.
Depuis le 20 septembre 1920, devant le manque de soutien de l'état italien (qui veut bien de Fiume mais guère d'une révolution des extrêmes coalisés), Gabriele d'Annunzio a élevé le territoire en état indépendant : la régence de Quarnero (Kvarner pour les Croates), où il affermit son pouvoir personnel. Autre déconvenue, l'aile gauche des fiumains qui veut lier le mouvement à la grève générale des cheminots, se heurte au refus du PSI et de la CGL, peu enclins à s'associer à la racaille légionnaire. La population commence elle aussi à se détacher des mutins. De foyer révolutionnaire elle dégénère selon les propre mots de Malaparte en « une seigneurie italienne de la Renaissance, troublée par les luttes intestines, tarée par l'ambition ». Si D'Annunzio semble enclin à collaborer, au moins tactiquement, avec les forces de la gauche radicale (à l'inverse de l'ancien socialiste Mussolini), il ne possède pas cet esprit moderne de calcul, froid et révolutionnaire, que le chef du fascisme a hérité de ses classes marxistes. L'aventure se termine misérablement à la toute fin de l'année 1920, dispersée par l'armée italienne. C'est la fin sans gloire de la Fiumana (7)...
Les vieux-nationalistes de la botte ont en fait mal suivi, effrayés par les escadrons de déclassés nourris d'injustices et porteurs de progrès social. Effrayés comme la bourgeoisie giolittienne (8) par la faune de Fiume : Bersaglieri démobilisés et caïmans de la Piave, aux passés judiciaires aussi noirs que leurs chemises. La grande fluidité des idées et des forces dans l'immédiat après-guerre explique que ce que nous considérons comme des radicalités inconciliables aient pu cohabiter un temps. Partage des eaux politiques par la suite ou dérive d'un fascisme allié aux puissances réactionnaires de l'armée, de l'Eglise et de l'argent ? Reste les grandes messes où le chef communie avec son peuple, style dont le fascisme usera et abusera. Reste surtout de Fiume un « nationalisme d'un style nouveau, teinté de préoccupations sociales, qui est le produit de la guerre » (9). Il se traduit dans la charte hybride de Quarnero, composée à quatre mains par D'Annunzio et De Ambris (10). Si elle est d'inspiration corporatiste, elle affirme cependant la primauté du travail sur la propriété privée des moyens de production et limite le droit de propriété en général à l'intérêt de la communauté. Les hiérarques de Mussolini, véritable Janus de Fiume, s'en inspireront pour la charte du travail de 1927 du fascisme-régime.
L’esprit de Fiume se retrouve dans le conseillisme allemand
Cette socialisation et cet esprit « au dessus des syndicats et des vieux partis », on les retrouve dans le conseillisme de deux allemands : Heinrich Laufenberg et Fritz Wolffheim. C'est parmi les ouvriers des chantiers navals et les marins du port d'Hambourg que les deux amis trouvent le plus d'échos et un soutien fidèle. Mais leur influence sur l'histoire du communisme allemand a été bien plus grande, bien qu'elle fût courte et antérieure à leur période nationaliste (11).
Apôtres des conseils et héritiers de Lassalle (12) autant que de Marx, ils s'opposent naturellement à ceux qui veulent faire du KPD (Kommunistiche Partei Deutschland/Parti communiste allemand) un parti-régiment sur le mode léniniste, négligeant l'expression organique de l'organisation ouvrière que sont les conseils d'ouvriers et de soldats. En avril 1920, ils participent à la fondation du KAPD (Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands/Parti communiste ouvrier allemand). Plus de la moitié des 107.000 adhérents du KPD leur emboîtent le pas. Leur fief de Hambourg dépasse même en effectif la section de Berlin. Si leur courant n'est pas le seul du nouveau parti, ce sont néanmoins deux meneurs de premier plan, qui contrôlent avec le KA-Z (Kommunistische Arbeiter-Zeitung/Le Journal du travailleur communiste) le principal organe de presse du parti. Le KPD et l'Internationale communiste (13) ne les ménagent pas. Ils attaquent aussitôt les hambourgeois, notamment sur un de leur thème de prédilection : la guerre populaire révolutionnaire face aux puissances capitalistes de l'Entente. Après trois mois, le KAPD se désolidarise de ses deux chefs (14), la pression de l'IC ne contribuant pas à apaiser les débats internes. Malgré cette déconvenue, leur succès ne se dément pas chez les prolétaires de la mer.
C'est donc l'Union des marins qui constitue le public privilégié et le bras militant des thèses de la Ligue des communistes, créée fin juillet 1920 et officialisée le 9 août, suite au divorce des hambourgeois et du KAPD. Déjà de février à mars (les deux de Hambourg sont encore des « gauchistes » au sein du KPD) ses marins ont refusé de livrer leurs navires de commerce, sacrifiés à la paix de Versailles et à l'appétit des vainqueurs. Puis le 27 mai, les délégués du KAPD au Comité exécutif de l'Internationale (15) ont fait de leur voyage un coup d'éclat. Ils se sont emparés du chalutier Sénateur Schröder et l'ont détourné vers Mourmansk. Le bateau est aussitôt rebaptisé : Laufenberg (16). La fronde navale des communistes du port de Hambourg fait grand bruit dans l'Allemagne de Weimar: Les rapports de Police se multiplient. Ils estiment (non sans excès et alarmisme) qu'à Berlin même, 50.000 des 60.000 ouvriers communistes suivraient ou seraient sensibles à la voie de Wolffheim et Laufenberg. La France qui craint, comme l'a écrit Bainville dans L'Action française le « chantage au Bolchevisme », en réponse au diktat de Versailles surveille également leurs déclarations publiques.
Les contacts des deux conseillistes avec les éléments révolutionnaires du nationalisme se précisent à partir du printemps. Ils sont sans doute les premiers à avoir utilisé le terme « national révolutionnaire » pour les désigner. Comme ils l'écrivent alors dans Moscou et la révolution allemande : « Le mouvement national révolutionnaire et le mouvement social-révolutionnaire en sont réduits l'un à l'autre ; ils n'ont pas d'organisation commune, mais leur réalisation politique se réalise dans la pratique » (17). La « soudure » avec la révolution conservatrice s'opère par la création avec l'écrivain nationaliste A.E Günther d'une Association libre pour l'étude du communiste allemand. Elle est dans les milieux intellectuels et militaires de Berlin, ce que la Ligue des communiste est aux ouvriers de Hambourg ; concrétisant ainsi l'alliance lassallienne du prolétariat et des classes moyennes paupérisées. Le 25 septembre 1920, sous son impulsion, l'Union des capitaines et officiers de la marine de commerce se mue lors d'un de ses congrès en Association unique des gens de mer. Les cadres navigants, contraints de battre le pavé après la livraison de la flotte commerciale, font cause commune avec leurs matelots. Son trésorier, le capitaine Giesler, y discute de la création d'une « marine rouge » et de l'organisation de la défense côtière. Les armateurs et les milieux d'affaires déchaînent leur presse contre cette affront de la « nation rouge ». Mais, isolé du mouvement ouvrier allemand par le KPD, soutenant l'empire soviétique qui les condamne par la voix de l'Internationale, l'impact des deux amis décline rapidement. Détestés par les milieux bourgeois comme par les socialistes, c'est tout naturellement la sociale-démocratie qui a tout à craindre de ces idées qui menacent de se muer en force nouvelle.
Laufenberg, déjà malade, s'éteindra en 1932. Wolffheim continuera d'exercer une nette influence dans ce qui est cette fois, à proprement parler, le national-bolchévisme de la Révolution Conservatrice. Détesté depuis toujours par les milieux völkisch pour ses origines juives, Wolffheim sera assassiné par un camp de concentration (18) du nazisme-régime.
Contrairement à ce dernier, les Hambourgeois n'ont jamais accepté de lier leur sort à la réaction capitaliste, même tactiquement, même pour un temps. Leur foi en la spontanéité des conseils les a poussé à rejeter tout ce qui, à leurs yeux, divise le peuple : syndicats et partis. Leur assimilation du prolétariat à l'écrasante majorité du peuple explique qu'ils ont emprunté au vocabulaire nationaliste l'expression Volksganz : « tout national ». Dans l'URSS de Staline, on parlera « d'état du peuple entier ». Enfin leur théorie de la « guerre populaire révolutionnaire », lutte de libération et non agression impérialiste, leur a permis de converger avec certains milieux de l'armée qui cherchaient la rupture avec une paix humiliante. Loin de vivre dans la crainte de la patrie bolchevique, les militaires allemands ont, en effet, longtemps souhaité l'alliance avec la Russie révolutionnaire (19), notamment contre la Pologne. La décolonisation et ses guerres de libération nationale ont offert une gloire posthume aux deux alchimistes d'un communisme dans la nation. Comme l'a si justement écrit Sébastien Haffner : « La révolution socialiste [du Tiers-Monde] porte partout le drapeau nationaliste » (20).
Le nationalisme progressiste des marins
Que le port et ses hommes soient un foyer d'agitation et une matrice de révolutionnaires, l'Histoire nous en livre des exemples nombreux. Le célèbre muet : Cuirassé Potemkine d'Eisenstein, le cinéaste de Staline, a immortalisé un de ses « orages » à l'écran. Outre l'armée des marins, l'économie capitaliste et son souci rationnel a rapproché les industries de l'arrivée des matières premières, augmentant encore la concentration prolétarienne. Véritable baril de poudre social au premier rang des bouleversements économiques ; des travailleurs à l'esprit de corps et de classe n'hésitent pas à placer une mèche à son sommet. Quant au communisme national des marins de Hambourg et au nationalisme social des flibustiers de Fiume, est-ce plus qu'un hasard ? La préoccupation sociale est une relative innovation du nationalisme des fascismes, même si elle est finalement marginale. Volonté de progrès sincère ? Probablement pour une partie d'entre eux, souvent des socialistes transfigurés par l'expérience de la guerre. En tous les cas cet aspect social a constitué un précieux outil de propagande à destination des masses. Si cette cohabitation dans la misère et la peur des tranchés entre les soldats, paysans et ouvriers, et leurs modestes officiers explique la rencontre du nationalisme et du socialisme ; qu'en est-il de la figure du marin dans cette équation ? Près de nous, la prise de contrôle du Pascal Paoli par les militants du Syndicat des travailleurs corses, lié au nationalisme insulaire, pèse dans le débat. On trouve un début de réponse dans l'organisation hiérarchisée, organique, d'un navire, à la manière d'une unité militaire. Ce qui explique la dimension sociale du nationalisme soldatique (d'Ernst Röhm aux Croix-de-Feu), explique sans doute le nationalisme progressiste de ces marins. En tous les cas si De Ambris et Wolffheim avaient triomphé en lieu et place de Mussolini et d'Hitler, l'Europe aurait écrit une page de son histoire moins tragique...
notes
1 - A lire, l'excellent livre de Jean-Jacques Marie, Cronstadt, Fayard, 2005.
2 - Quoique pas tous, il s'est trouvé des anarchistes pour justifier ce massacre.
3 - Rijeka est le nom slave de ce qui est aujourd'hui la troisième ville de Croatie. Elle est appelé Fiume par les italiens et les hongrois. Les deux toponymes dérivent du mot « rivière ».
4 - Partisans de l'intervention italienne au côté de la France, la Russie et l'Angleterre dans la première guerre mondiale. L'aile gauche de l'interventionnisme est principalement représentée par le syndicat UIL (Unione Italia del Lavoro/Union italienne du travail), dont Alceste de Ambris est un des leaders. Il s'oppose au « pacifisme révolutionnaire » du PSI (Partito Socialista Italiano/Parti socialiste italien) et de la centrale syndicale majoritaire, la CGL (Confederazione Generale del Lavoro/Confédération générale du travail). Il constitue peu ou prou l'expression syndicale du premier fascisme (les débuts des Faisceaux Italiens de Combat), républicain, social et révolutionnaire, dit aussi « 19eiste » (de 1919).
5 - Malatesta, rentré d'exil courant 1920, soutiendra également la cause fiumaine, mais avec une arrière pensée que n'avait sans doute pas De Ambris : se débarrasser en cours de route des nationalistes... La franc-maçonnerie italienne compta également nombre d'adeptes du rattachement de Fiume à l'Italie, par idéal jacobin.
6 - Même si il critique l'idéalisme au nom de l'anarchisme, Bakounine ne cache pas dans Dieu et l'Etat sa sympathie pour Mazzini et Garibaldi.
7 - Sur le sujet : Albert Londres, D'Annunzio conquérant de Fiume, Julliard, 1990.
8 - Giovanni Giolitti est l'homme d'état symbolique de l'Italie libérale de la première partie du XXe siècle. Il essaya de canaliser le fascisme comme il l'avait fait avec le socialisme.
9 – Page 53 de Pierre Milza et Serge Bernstein, Le Fascisme italien 1919-1945, Seuil, 1980.
10 - Ils seront sollicités pour figurer sur une liste du Bloc national (qui associe les fascistes aux libéraux et aux conservateurs) aux élections du 15 mai 1921 (avant la création du PNF en novembre). Les deux amis refuseront. Alceste de Ambris devra fuir l'Italie pour la France en 1926, Gabriele d'Annunzio apportera un soutien critique au régime fasciste (on peut cependant rapprocher son attitude de « l'exil intérieur » d'Ernst Jünger sous le nazisme). Il meurt en 1938.
11 - On associe trop souvent l'épithète national-bolchévique aux deux leaders de Hambourg. Le terme est impropre puisque justement leur tendance s'oppose au spartakisme « bolcheviste », accusé par Laufenberg et Wolffheim de putchisme et de trop subordonner le destin de la révolution allemande à la sauvegarde du seul pays déjà socialiste (qu'ils soutiennent néanmoins). Louis Dupeux, dont la thèse est la somme la plus complète sur le national-bolchevisme et ses acceptations, qualifie leur idéologie de « nationalisme communiste ». Puisqu'ils ont mûri un développement nationaliste sur une base communiste, il est juste sur un plan historiographique autant que politique de les considérer comme des communistes nationaux, au moins pour l'époque de leur collaboration.
12 - Ferdinand Lassalle (1825-1864, il fût tué lors d'un duel) est l'adversaire de Marx et d'Engels au sein du socialisme allemand (Marx lui reprochant, entre autres choses, son dialogue avec Bismarck). Son influence la plus notable et la plus durable est sa conception « élargie » du prolétariat qui mord largement sur les classes moyennes. L'ennemi du peuple (le prolétariat regroupant 89% voir 96,25% de la population selon lui) se réduit alors à une mince couche d'exploiteurs et d'ultra-capitalistes. On peut rapprocher sa formule des différents Front populaire qui ont triomphé en Europe longtemps après sa mort.
13 - Lénine n'épargne pas les deux camarades dans sa Maladie infantile du communisme (ainsi qu'Erler, un pseudonyme de plume de Laufenberg, ce que l'homme d'Octobre ignore). Karl Radek, représentant de l'Internationale communiste en Allemagne, n'est pas moins avare de critiques, et ce bien avant leur évolution « nationaliste ».
14 - L'histoire « autorisée » du KAPD de B. Reichenbach (Zur Geschichte der KAPD) fait tout pour minimiser, voir occulter, le courant national-communiste.
15 - Même séparé du KPD, le KAPD reste jusqu'en 1921 sympathisant de l'Internationale.
16 - Reichenbach rapporte le fait d'armes mais se garde de rappeler le changement de patronyme.
17 - Cité p.137 in Louis Dupeux, Stratégie communiste et dynamique conservatrice, Paris/Lille, 1976. On songe évidemment à Ernst Jünger : « Toutes les forces révolutionnaires à l'intérieur d'un même Etat sont alliées invisiblement, malgré leur opposition mutuelle. L'ordre est de ce fait l'ennemi commun ».
18 - Funeste démenti à la Centralverein deutscher Staatbürger jüdischen Glauben, la grande centrale des juifs allemands accusait Wolffeim de collusion avec les nazis. p. 90 de Jean Pierre Faye, Langages totalitaires, Hermann, 2004.
19 - Le traité de Rapallo du 16 avril 1922 entre l'Allemagne et l'URSS en est une ébauche. L'hostilité double aux communistes et aux russes slaves est donc une particularité du nazisme. La Révolution Conservatrice allemande et l'armée étant plutôt favorable à une collaboration avec la république des soviets.
20 - Page 294 in Profils Prussiens, Gallimard, 2003, également repris page 55 de l'excellente préface d'Alain de Benoist aux morceaux choisis de l'œuvre de Niekisch (aux éditions Pardès).
http://www.voxnr.com/

mercredi 4 février 2009

LES ÉLÉMENTS MYSTIQUES DES ASPIRATIONS RÉVOLUTIONNAIRES

Quand on recherche les sources des théories révolutionnaires qui agitent le monde, on constate que, derrière leurs formes diverses : communisme, socialisme, syndicalisme, dictature du prolétariat, etc., se trouvent une illusion mystique commune et des sentiments identiques.
L'illusion mystique, dont nous étudierons bientôt la genèse, a pour conséquence cette conviction que l'ouvrier, étant plus capable que le bourgeois de diriger l'Etat et les entreprises industrielles, doit, comme en Russie, prendre sa place.
Les sentiments servant de soutiens aux nouvelles doctrines sont, chez les chefs, l'ardente ambition de s'emparer d'un fructueux pouvoir, chez les simples fidèles la haine jalouse de toutes les supériorités.
Cette haine des supériorités fut très typique en Russie et se manifesta nettement dès les débuts de sa révolution. Les intellectuels, dont la disparition révèle aujourd'hui l'importance sociale, furent aussi persécutés et massacrés que les capitalistes. Innombrables sont les faits analogues à celui observé après la prise de Bakou, lorsque les bolchevistes mirent à la tête de l'Université un ancien portier assisté de garçons de salle illettrés et de manœuvres.
D'une façon générale, on peut dire que toutes les aspirations populaires qui se manifestent en Europe représentent surtout une lutte contre les inégalités de l'intelligence et de la fortune que la nature s'obstine à créer.
Les idées condensées dans la formule : dictature du prolétariat, sont devenues l'évangile de masses ouvrières dont ce titre flatte la vanité. Le pouvoir - qu'elles ont acquis, grâce aux syndicats et aux grèves leur semble un pouvoir souverain devant lequel tous les autres doivent plier. Dans la société future, le manœuvre seul serait roi.
L'insuccès des expériences des dictatures populaires et notamment du communisme dans divers pays n'a pas du tout converti les adeptes de ces doctrines.
L'étonnement causé par cette constatation prouve que le mécanisme de la crédulité populaire est encore assez méconnu. Il ne sera donc pas inutile d'en rappeler brièvement la genèse.
Au premier abord, les nouvelles doctrines paraissent avoir pour uniques soutiens des appétits très matériels, puisqu'il ne s'agit, en apparence, que de dépouiller une classe au profit d'une autre.
Ces dogmes et l'évangile communiste qui leur sert de code s'appuient bien en effet sur des intérêts matériels, mais ils doivent leur force principale à des éléments mystiques, identiques à ceux qui, depuis les origines de l'Histoire, ont dominé la mentalité des peuples.
Malgré tous les progrès de la philosophie, l'indépendance de la pensée reste une illusoire fiction. L'homme n'est pas conduit seulement par des besoins, des sentiments et des passions. Une croyance est nécessaire pour orienter ses espérances et ses rêves. Jamais il ne s'en est passé.
L'antique mysticisme il conservé toute sa puissance. Ses manifestations n'ont fait que changer de forme. La foi socialiste tend à remplacer les illusions religieuses. Dérivée des mêmes sources psychologiques, elle se propage de la même façon.
J'ai déjà montré longuement, ailleurs, que le mysticisme, c'est-à-dire l'attribution de pouvoirs surnaturels à des forces supérieures : dieux, formules ou doctrines, constitue un des facteurs prédominants de l'Histoire.
Il serait inutile de revenir ici sur des démonstrations qui m'ont servi, jadis, à interpréter certains grands événements, tels que la Révolution française et les origines de la dernière guerre. Je me bornerai donc à rappeler que la domination de l'esprit par les forces mystiques peut seule expliquer la crédulité avec laquelle furent admises à tous les âges les plus chimériques croyances.
Elles sont acceptées en bloc sans discussion. Dans le cycle du mysticisme où s'élabore la foi, l'absurde n'existe pas.
Dès que, sous l'influence des éléments de persuasion que je résumerai plus loin, la foi dans une doctrine nouvelle envahit l'entendement, elle domine entièrement les pensées du convaincu et dirige sa conduite. Ses intérêts personnels s'évanouissent. Il est prêt à se sacrifier au triomphe de sa croyance.
Certain de posséder une vérité pure, le croyant éprouve le besoin de la propager, et ressent une haine intense à l'égard de ses détracteurs.
L'interprétation d'une croyance variant, naturellement, suivant la mentalité qui l'accepte, les schismes et les hérésies se multiplient bientôt, sans ébranler d'ailleurs les convictions du croyant. Ils ne sont pour lui qu'une preuve de la mauvaise foi des adversaires.
Les défenseurs de chaque secte nouvelle dérivée d'une croyance principale éprouvent bientôt les uns pour les autres une aversion aussi forte qu'envers les négateurs de leurs doctrines. Ces haines entre croyants sont d'une extrême violence et vont bientôt jusqu'au besoin de massacrer leurs adversaires.
On peut juger des sentiments que professent entre eux les défenseurs de doctrines à peu près identiques séparées seulement par quelques nuances, en lisant le compte rendu suivant de la séance d'ouverture d'un récent Congrès syndicaliste de Lille, rapporté par un rédacteur du Matin.
« J'ai encore devant les yeux le spectacle indescriptible d'une salle en furie, semblable à une mer déchaînée qui emporte tout sur son passage. Je revois les faces exaspérées de colère, les bouches vomissant des injures, les matraques tournoyantes. J'ai l'oreille pleine des hurlements des combattants, des cris des blessés, des injures échangées et du bruit des revolvers. De ma vie je n'ai assisté à pareil débordement de haines. »
Ce ne sont guère, du reste, que les extrémistes de chaque doctrine qui arrivent à ces fureurs. Ils se recrutent parmi des dégénérés, des faibles d'esprit, des impulsifs. Leurs violences sont grandes, mais leur personnalité si vacillante qu'ils éprouvent un impérieux besoin d'être guidés par un maître.
Ces dégénérés représentent les plus dangereux des extrémistes. On a remarqué que, pendant la domination des communistes en Hongrie, les principaux agents du dictateur Bela Kuhn étaient recrutés parmi des habiroux atteints de tares physiques répugnantes. La foi nouvelle, qui permettait de faire périr dans d'affreux supplices les plus éminents citoyens, leur fournissait un excellent prétexte pour se venger des humiliations auxquelles la dégénérescence condamne ses victimes.
Dès qu'une croyance mystique, si absurde qu'on la suppose, est établie, elle attire bientôt une foule d'ambitieux avides et de demi-intellectuels sans emploi. Avec les doctrines les moins soutenables, ils édifient facilement des institutions sociales théoriquement parfaites.
A l'époque où la civilisation était peu compliquée, les illusions mystiques n'avaient pas de bien fâcheuses conséquences. Dans l'ancienne Egypte, les institutions dérivées de l'adoration du crocodile ou de divinités à tête de chien s'adaptaient facilement à une civilisation locale très simple, où les difficultés de la vie étaient minimes et les relations extérieures presque nulles.
Il en est tout autrement aujourd'hui. Avec les progrès de l'industrie et les relations entre peuples, la civilisation devient formidablement compliquée. Dans cet édifice, dont l'entretien exige des capacités techniques supérieures, les chimériques fantaisies des rêveurs ne peuvent engendrer que ruines et carnages.
Le besoin d'une foi mystique est le terrain sur lequel germent les croyances. Mais comment s'établissent et se propagent ces croyances ?
L'erreur, aussi bien, du reste, que la vérité, ne se fixent jamais dans l'âme populaire au moyen de démonstrations rationnelles. Elles sont acceptées en bloc sous forme d'assertions qui ne se discutent pas.
Ayant longuement insisté ailleurs sur le mécanisme de la formation des croyances, je me bornerai à rappeler qu'elles se forment sous l'influence de quatre éléments psychologiques fondamentaux : l'affirmation, la répétition, le prestige et la contagion.
Dans celle énumération, la raison ne figure pas, à cause de sa faible influence, sur la genèse d'une croyance.
L'affirmation et la répétition sont les plus puissants facteurs de la persuasion. L'affirmation crée l'opinion, la répétition fixe cette opinion et en fait une croyance, c'est-à-dire une opinion assez stabilisée pour rester inébranlable.
Le pouvoir de la répétition sur les âmes simples - et souvent aussi sur celles qui ne sont pas simples - est merveilleux. Sous son influence, les erreurs les plus manifestes deviennent des vérités éclatantes.
Heureusement pour l'existence des sociétés, les moyens psychologiques capables de transformer l'erreur en croyance permettent aussi de faire accepter la vérité sous forme de croyance. Les défenseurs de la vieille armature sociale qui nous soutient encore l'oublient trop souvent.
Pour transformer en croyances - puisqu'elles ne peuvent s'imposer autrement - les vérités économiques et sociales sur lesquelles la vie des peuples repose, les apôtres de ces vérités doivent se résigner à l'adoption des seules méthodes de persuasion capables d'agir sur l'âme populaire. Aux affirmations violentes et répétées de l'erreur, ils doivent opposer des affirmations aussi violentes et aussi répétées de la vérité, opposer surtout des formules à des formules.
C'est avec des méthodes analogues que les fascistes italiens contribuèrent à endiguer le flot communiste qui menaçait de submerger la vie industrielle de leur pays, et contre lequel le gouvernement se reconnaissait impuissant.
Plusieurs sociétés modernes font songer à cette époque de décadence où, reniant ses dieux et abandonnant les institutions qui avaient assuré sa grandeur, Rome laissa détruire sa civilisation par des barbares sans culture, n'ayant d'autre force que leur nombre et la violence de leurs appétits.
Les grandes civilisations périssent dès qu'elles ne se défendent plus. Celles, déjà nombreuses, qui ont disparu de la scène du monde furent surtout victimes de l'indifférence et de la faiblesse de leurs défenseurs. L'Histoire ne se répète pas toujours, mais les lois qui la régissent sont éternelles.
Gustave Le Bon

mardi 3 février 2009

Chine : les sales affaires de Chirac

Pour quelques contrats supplémentaires, la Chine communiste a acheté le silence et la connivence de Jacques Chirac sur les violations manifestes des libertés. Un exercice aisé pour celui qui reste le meilleur avocat des tyrannies rouges.
« Poliment et discrètement ». On n'est jamais assez révérencieux avec les Chinois quand on s'appelle Chirac et qu'on est fasciné par « la culture chinoise, la recherche de l'harmonie entre l'homme et la nature ». Les droits de l'homme ? Le locataire de l'Élysée y a consacré quelques minutes de manière polie et discrète. Pékin la Rouge n'est pas Vienne la Noire et Chirac n'a qu'un ennemi absolu : « le fascisme ». Les droits de l'homme au nom desquels Chirac avait voulu mettre l'Autriche en quarantaine après l'entrée au gouvernement du FPOe n'ont pas la même valeur au cœur de l'Empire rouge. En trois déplacements à Pékin depuis son accession à l'Élysée, Chirac n'a jamais tenu compte des multiples rapports alarmistes des organisations des droits de l'homme sur lesquels il ne cesse pourtant de s'appuyer pour dénoncer sous d'autres latitudes les moindres dérives droitistes ou considérées comme telles.
✑ Droits de l'homme bafoués
Les droits de l'homme, dont on sait que régime communiste de Pékin ne veut en aucun cas entendre parler, et qui ne sont pas améliorés en 2003 selon Amnesty International, n'auront pas terni le voyage chiraquien ni perturbé la signature de quelques contrats. Chirac était avant tout en Chine pour faire des affaires et renouveler sa confiance à la nouvelle direction chinoise. Ce qu'il a fait sans se prier allant au-delà des espoirs de Ju Huntao, nouvel homme fort du régime communiste.
Vingt-quatre heures avant son arrivée à Pékin, le président de la République, en déplacement à Hanoï, cette autre « démocratie populaire » d'Asie, appelait à une « levée le plus vite possible » de l'embargo « d'un autre temps » sur les ventes d'armes à la Chine, embargo décidé par les Européens après l'abominable massacre d'un millier de manifestants sur la place Tien An Men en juin 1989 et justifié par le gouvernement chinois au nom de la stabilité du régime (donc de la pérennité de la dictature communiste) et de l'intérêt supérieur du Parti communiste chinois. Insoutenable pour les familles des victimes et les défenseurs de la liberté d'expression et politiquement irresponsable pour Taiwan qui vit depuis des années sous la menace de 600 missiles pointés sur ses côtes. En mars 2004, Chirac avait déjà ostensiblement pris parti pour les communistes chinois en jugeant «dangereuse» et «irresponsable» l'organisation par Taiwan d'un référendum devant approuver une politique d'armement pour faire face à la menace chinoise. A Pékin, le locataire de l'Élysée a enfoncé le clou, affirmant que « la France comprend parfaitement la position exprimée par le président Hu, c'est-à-dire un pays, deux systèmes ». Ce qui revient explicitement à reconnaître le bien-fondé du régime communiste, à le dédouaner de ses innombrables manquements au respect de la dignité humaine et à encourager l'impérialisme agressif de Pékin vis-à-vis de l'île nationaliste.
Point d'orgue et illustration de cette longue et honteuse compromission de Chirac avec le régime liberticide de Pékin, le silence sépulcral de l'Élysée après la volonté exprimée par la Chine de renforcer l'éducation idéologique des étudiants pour leur inculquer « un idéal commun et la foi dans la poursuite de la voie socialiste aux caractéristiques chinoises sous la direction du Parti communiste chinois ». Affligeant !
✍ Eric Domard Français d'Abord novembre 2004

samedi 31 janvier 2009

7 août 1946 : mieux que Robespierre

Le 7 août 1946 est publié au Journal officiel le discours de Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, qui, évoquant l'épuration en cours, a déclaré à la Chambre : « Vous pensez sans doute que par rapport à Robespierre, Danton et d'autres, le garde des Sceaux qui est devant vous est un enfant. Eh bien, si l'on en juge par les chiffres, ce sont eux qui furent des enfants ! » Cette vaniteuse revendication est destinée, dans l'esprit de celui qui la fait, à réaffirmer sans ambiguïté sa détermination : il faut éliminer, physiquement et moralement, les nationalistes. Le démocrate-chrétien Pierre-Henri Teitgen poursuit en effet ceux-ci de sa haine depuis toujours. Il a tout fait dans le cadre du mouvement de résistance de Combat, pour éliminer, contrairement au fondateur de Combat, Henri Frenay, toute référence nationale dans les thèmes de propagande diffusés par la résistance. Son itinéraire comporte, à vrai dire, des zones d'ombre. Arrêté par la police allemande le 6 juin 1944, il a réussi à s'échapper dans des circonstances demeurées mystérieuses. C'est peut-être une raison supplémentaire pour afficher un fanatisme répressif sans faille contre les vaincus de 1944/1945.
Elu député MRP d'Ille-et-Vilaine aux deux Assemblées nationales constituantes (1945/1946), Teitgen est devenu ministre de la Justice et donc, à ce titre, chargé de couvrir de l'autorité de l'Etat les exactions en tous genres commises par les épurateurs lancés à la chasse aux «fascistes» (étiquette commode adoptée, sous la pression communiste, pour, désigner à la vindicte publique les nationaux et nationalistes de toutes nuances.)
L'épuration a été programmée dès 1943, à Alger, par le Comité français de libération nationale dont de Gaulle a pris le contrôle, après avoir évincé Giraud (pourtant l'artisan de la libération de la Tunisie). Le 21 octobre, une ordonnance organise la future répression contre tous ceux qui, de près ou de loin, ont servi ou simplement approuvé l'Etat français du maréchal Pétain. Des juridictions exceptionnelles sont mises en place, en juin et juillet 1944, par le commissariat à la justice du gouvernement provisoire, sous la direction du MRP François de Menton : cours de justice, dans le cadre des départements, chambres civiques et Haute Cour (pour le «gros gibier»). Ces juridictions, représentant une épuration officielle n'entrent, en fait, en fonction qu'en octobre 1944. Ce qui a laissé de longues semaines à une épuration sauvage : une « justice populaire » autoproclamée a constitué des « cours martiales » et « tribunaux militaires » qui décrètent des dizaines de milliers de condamnations et font procéder, en toute impunité, à des exécutions en dehors des normes de la plus élémentaires légalité. Il faut y ajouter les exécutions sommaires, c'est-à-dire les assassinats, perpétrés par des éléments «incontrôlés», couverts par les Comités départementaux de la libération. Ceux-ci ont pour mission officielle « l'anéantissement des agents de l'ennemi ». Une formule qui ouvre la voie aux interprétations les plus sanguinaires.
Entre le 26 août et le 1er octobre 1944, il y eut 600 000 à 700 000 personnes arrêtées sans mandat et incarcérées, dans des conditions souvent ignobles. Et il y a tous ceux dont les restes gisent encore en des lieux anonymes. L'oubli ? Le pardon ? Ni l'un ni l'autre.
P V National hebdo du 3 au 9 août 1995

jeudi 29 janvier 2009

La bataille de Lépante, victoire européenne

La fête du rosaire dont la date est fixée le 7 octobre remonte à l’action de grâce reçue par le peuple chrétien à la suite de leur victoire à la bataille de Lépante sur les turcs mahométans. Pour mémoire, nous rappelons cette époque où les européens étaient unis.
La méditerranée est devenue le domaine des forces de Soliman et des pirates barbaresques dont le trafic d’esclaves est l’une des activités dominantes. Le sultan turc enlève la ville de Rhodes aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem et tente vainement d’enlever Malte. C’est dans ces conditions que les turcs concentrent toutes leurs forces vers l’Ile de Crète et vers Chypre, qui sont à l’époque des colonies vénitiennes.
Conscient du danger que constitue cette gigantesque armada, tant pour l’Europe que pour la chrétienté, un pape, Pie V, va se dresser pour tenter d’unir les princes européens jusque là divisés par des rivalités et des guerres intestines. Charles IX, roi de France, entretient des relations ambiguës avec les turcs en vertu d’accords conclus du temps de François Ier. Cette vision étriquée du roi de France de l’époque montre les limites d’une vision stato-nationale qui ne perçoit pas les enjeux civilisationnels et géopolitiques. Venise convoitée par Soliman, est traversée par une période de famine à la suite d’un gigantesque incendie. Face à l’étroitesse de vue des intérêts nationaux, le pape va faire preuve d’un sens du bien commun européen et percevoir la nécessité une unité européenne. Il convoque le sacré collège afin de déterminer la stratégie la plus efficace.
Philippe II d’Espagne dépêche rapidement des troupes de Sicile pendant que diverses flottes se constituent à Messine.
Le pape poursuit sa quête afin d’unifier les chefs européens et rencontrent de nombreuses réticences sous des prétextes futiles. Cependant, sa persévérance aura raison de la division des princes d’Europe et il désigne un chef militaire unique pour la conduite des opérations : Don Juan d’Autriche, fils de Charles Quint. Le 11 juillet 1571, le pavillon pontifical est hissé à Saint Pierre et Pie V bénit les combattants : « Allez au nom du Christ combattre son ennemi et vous vaincrez ! ».
Le nonce du Vatican auprès des armées européennes et de la flotte demande que soit respecté un jeûne de trois jours avant l’appareillage. Les galériens sont détachés de leurs bancs pour se confesser et communier. On comptera pas moins de 80.000 confessions et communions. 200 galères européennes font face aux 300 galères turques.
La bataille a lieu le 7 octobre, dans le golfe de Lépante. Don Juan hisse le drapeau du Saint Père. Contre toute attente, les Turcs désemparés par le courage des européens sont défaits. 30.000 d’entre eux succomberont contre 8.000 chez les chrétiens.
Le pape Pie V immortalise cette victoire inespérée par la commémoration annuelle qui portera plus tard le nom de Notre Dame du Rosaire.
La bataille de Lépante va modifier le cours de l’histoire de l’Islam…
http://www.europaegentes.com

La bataille de Lépante, victoire européenne

La fête du rosaire dont la date est fixée le 7 octobre remonte à l’action de grâce reçue par le peuple chrétien à la suite de leur victoire à la bataille de Lépante sur les turcs mahométans. Pour mémoire, nous rappelons cette époque où les européens étaient unis.
La méditerranée est devenue le domaine des forces de Soliman et des pirates barbaresques dont le trafic d’esclaves est l’une des activités dominantes. Le sultan turc enlève la ville de Rhodes aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem et tente vainement d’enlever Malte. C’est dans ces conditions que les turcs concentrent toutes leurs forces vers l’Ile de Crète et vers Chypre, qui sont à l’époque des colonies vénitiennes.
Conscient du danger que constitue cette gigantesque armada, tant pour l’Europe que pour la chrétienté, un pape, Pie V, va se dresser pour tenter d’unir les princes européens jusque là divisés par des rivalités et des guerres intestines. Charles IX, roi de France, entretient des relations ambiguës avec les turcs en vertu d’accords conclus du temps de François Ier. Cette vision étriquée du roi de France de l’époque montre les limites d’une vision stato-nationale qui ne perçoit pas les enjeux civilisationnels et géopolitiques. Venise convoitée par Soliman, est traversée par une période de famine à la suite d’un gigantesque incendie. Face à l’étroitesse de vue des intérêts nationaux, le pape va faire preuve d’un sens du bien commun européen et percevoir la nécessité une unité européenne. Il convoque le sacré collège afin de déterminer la stratégie la plus efficace.
Philippe II d’Espagne dépêche rapidement des troupes de Sicile pendant que diverses flottes se constituent à Messine.
Le pape poursuit sa quête afin d’unifier les chefs européens et rencontrent de nombreuses réticences sous des prétextes futiles. Cependant, sa persévérance aura raison de la division des princes d’Europe et il désigne un chef militaire unique pour la conduite des opérations : Don Juan d’Autriche, fils de Charles Quint. Le 11 juillet 1571, le pavillon pontifical est hissé à Saint Pierre et Pie V bénit les combattants : « Allez au nom du Christ combattre son ennemi et vous vaincrez ! ».
Le nonce du Vatican auprès des armées européennes et de la flotte demande que soit respecté un jeûne de trois jours avant l’appareillage. Les galériens sont détachés de leurs bancs pour se confesser et communier. On comptera pas moins de 80.000 confessions et communions. 200 galères européennes font face aux 300 galères turques.
La bataille a lieu le 7 octobre, dans le golfe de Lépante. Don Juan hisse le drapeau du Saint Père. Contre toute attente, les Turcs désemparés par le courage des européens sont défaits. 30.000 d’entre eux succomberont contre 8.000 chez les chrétiens.
Le pape Pie V immortalise cette victoire inespérée par la commémoration annuelle qui portera plus tard le nom de Notre Dame du Rosaire.
La bataille de Lépante va modifier le cours de l’histoire de l’Islam…
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mercredi 21 janvier 2009

18 juillet 1918 : le calvaire de la Sainte Russie

A Iekaterinbourg (aujourd'hui Sverdlovsk), dans l'Oural, des coups de feu claquent dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Le bruit des détonations arrive étouffé, à l'extérieur car la tuerie qui vient d'avoir lieu s'est produite dans la cave de la maison Ipatiev. C'est là que gisent, dans une mare de sang, les corps martyrisés du tsar Nicolas II, de l'impératrice-Alexandra et de leurs cinq enfants. Les bolcheviks marquent, par cet assassinat collectif, leur volonté d'éradiquer le passé de la Russie. Il s'agit, à l'imitation des révolutionnaires français de 1793 guillotinant le roi et la reine ; d'appliquer le principe proclamé par l'Internationale : « du passé, faisons table rase ». Cette volonté de « table rase », de nier un héritage historique par l'élimination physique ce ceux qui en sont l'incarnation hautement symbolique, est la commune caractéristique de toutes les grandes utopies collectives, de toutes les idéologies messianiques. Il faut « exterminer la race des vipères » selon l'expression imagée utilisée par un pape médiéval à l'encontre de la dynastie honnie des Hohenstaufen. Dès leur arrivée au pouvoir, à l'automne 1917, les bolchéviks n'ont d'ailleurs rien eu de plus pressé que de créer, le 7 décembre, une police politique, la Tchéka, dont le nom seul va très vite devenir synonyme de terreur et de mort pour des millions de personnes.
Victime de la logique exterminationniste des bolcheviks, Nicolas II avait pourtant, au cours de son règne, été poussé, par son tempérament pacifique, à des solutions de conciliation : il avait ainsi espéré faire triompher en Europe l'idée de la paix en prenant l'initiative, en 1899, de la première Conférence internationale de la paix à La Haye. Mais cette bonne volonté ne pouvait rien devant l'implacable enchaînement des événements qui, après avoir plongé dans la guerre, en, 1914, une Russie qui n'y était en rien préparée (et pansait encore les blessures reçues lors de la guerre russo-japonaise de 1905), conduisit à la révolution de 1917.
Désemparé devant la montée des périls, déstabilisé par l'influence néfaste de Raspoutine, personnage extrêmement trouble finalement éliminé par des officiers, Nicolas II se croit contraint, le 15 mars 1917, à l'abdication - souhaitée par la Douma (assemblée nationale) et les chefs militaires - lorsqu'il se retrouve prisonnier de cheminots révolutionnaires, qui ont bloqué le train impérial. D'abord gardé à vue avec sa famille à Tsarkoïe Selo, le tsar est transféré à Tobolsk, en Sibérie, en septembre 1917, car le nouveau pouvoir craint un coup de force d'officiers restés fidèles à la monarchie. Un nouveau transfert conduit, en avril 1918, la famille impériale sur les lieux de son supplice. Lequel est expliqué, voire justifié, par les «historiens» politiquement corrects par l'avancée d'un corps de Russes blancs en direction de l'Oural ...
Aujourd'hui résonne à nouveau, de Moscou à Saint-Pétersbourg, le cri de « Vive la Sainte Russie ! ».
P V National Hebdo du 13 au 19 juillet 1995

mardi 20 janvier 2009

LÉNINE, STALINE, TROTSKI : MÊME ORDURE COMMUNISTE

L'historien russe Dimitri Volkogonov, ancien directeur de l'Institut d'histoire militaire, a présidé en 1991 la commission chargée de l'ouverture des archives soviétiques. Fort de tous ces secrets d'Etat, il vient de publier aux éditions Robert Laffont Le vrai Lénine, ouvrage qui confirme ce que nous, «droitiers», avons toujours dit : le stalinisme n'est qu'un alibi de la gauche servant à occulter la vérité historique. L'instigateur volontaire de la guerre civile fut bien Lénine et les millions de morts qu'elle entraîna ne furent pas la folie d'un seul homme mais la logique d'un système pensé comme tel. Voilà la vérité. Celle qui vaut aujourd'hui à Volkogonov d'être menacé de mort.
Si l'Histoire, en général, semble pouvoir échapper aux dures lois du manichéisme, il apparaît bien, en revanche, que celle de l'ancienne Union soviétique le symbolise parfaitement. Et dans cette histoire, tout particulièrement celle du « Petit père des peuples », Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, Dieu pour les uns, diable pour les autres, il s'avère au bout du compte que Lénine fut l'ineffable ordure instigatrice de la révolution puis de la répression la plus sanglante de l'Histoire récente. A côté de quoi les Hitler et autre Mao Tse Toung font figure d'enfants de chœur.
Volkogonov a confié, dans une interview au Nouvel Observateur (1/6), l'essentiel de ces révélations. Il faut tout d'abord savoir que les documents exploités étaient les plus secrets de l'Etat soviétique, Contenus dans des enveloppes scellées, seul le Secrétaire général du parti communiste avait le droit d'y accéder, Parmi ces dossiers, la commission parlementaire a retrouvé les 3 724 notes, lettres et directives manuscrites de Lénine. Ces documents « sont terribles, dit Volkogonov. Ils apportent les preuves que l'historiographie officielle n'était qu'un tissu de mensonges ». On y découvre que Lénine était « non pas le guide magnanime de la légende mais un tyran cynique, prêt à tout pour prendre et garder le pouvoir. » Et quoi qu'en aient dit les révisionnistes de tout poil, « c'est lui le vrai père de la Terreur rouge, et non Staline ». Lui, également, le père du goulag puisque le premier camp de concentration fut ouvert huit mois à peine après la révolution, en juillet 1918.
A ceux qui dénonçaient la responsabilité, de Lénine, les preuves ont toujours manqué. Aujourd'hui elles apparaissent dans toute leur horreur. Dans une note de l'été 1918, il écrit : il faut « transformer la guerre impérialiste en guerre civile ». Elle fit treize millions de morts en trois ans, Et si l'on ne peut imputer à Lénine tous ces morts, il faut bien reconnaître que, sans lui, cette guerre n'aurait pas eu lieu. « Si Lénine avait vécu plus longtemps ou si Trotski avait supplanté Staline, le résultat aurait été sensiblement le même, dit Volkogonov. Ces purges de masse, c'était la logique du système et non les folies d'un seul homme ». Le système léniniste était fondé, dès le début, « sur la dictature sans limite et le "racisme social" » qui faisait de la haine du bourgeois et de l'intolérance les principales vertus révolutionnaires. Staline, en ce sens, n'a fait que développer ce qu'il avait reçu en héritage, et si la propagande des années trente affirmait sans relâche « Staline : c'est le Lénine d'aujourd'hui », cela au moins était une vérité.
Un rentier nourri au lait de l'Allemagne
Que Lénine et les bolcheviques aient été, avant la révolution, financés par l'Allemagne du Kaiser ; cela aussi tout le monde le savait. A partir de mai 1915 et par un circuit de financement complexe, les Allemands ont englouti des fortunes dans la victoire des bolcheviques, leur permettant notamment d'acheter du jour au lendemain des imprimeries, éditer des titres, et assurer les salaires de milliers de révolutionnaires professionnels, dont Lénine, Staline ou Trotski. Ce qui contraint Lénine, poursuivi pour intelligence avec l'ennemi durant l'été 1917, à s'enfuir en Finlande. De retour après le coup d'Etat d'octobre, il donna ordre de détruire toutes les pièces du dossier d'instruction sur le financement allemand.
Quant à sa biographie, elle est tout aussi mensongère. Ses origines « allemande, juive, protestante, orthodoxe, kamoulke et russe » furent pendant soixante-dix ans un secret d'Etat. « Comme on n'a jamais dit qu'il était noble et qu'avant la révolution il avait été rentier », dit Volkogonov. Un rentier qui mourut d'être devenu actif, Atteint d'une grave maladie nerveuse et devenu à demi gâteux dès 1922, il inaugura même « la tradition bolchevique des dirigeants grabataires ». C'est le stress qui l'a tué, affirme Volkogonov qui explique : « cet homme est arrivé au sommet de l'Etat à 47 ans, alors qu'iI n'avait jamais vraiment travaillé auparavant (sauf deux ans dans sa jeunesse). Jusque là il avait l'habitude de prendre de longues vacances, de se reposer souvent ». De ne rien faire, sans doute. Et travailler « fut un énorme choc pour cet homme qui avait des problèmes nerveux depuis plusieurs années ».
Lénine était un fou, un fou de la pire espèce : celle des dictateurs sanguinaires. Mais les mythes ont la vie dure, surtout lorsqu'ils ont donné naissance aux dogmes. Les archives de l'Union soviétique ont été "dépucelées" en 1991, ce qui n'a pas empêché Boris Eltsine de présider les cérémonies du 50e anniversaire de la victoire sur les nazis du haut du mausolée de Lénine. Pour signifier quoi ? Que le Petit père des peuples était bien la plus grande des ordures ?
TOPOLINE National Hebdo du 15 au 21 juin 1995

dimanche 18 janvier 2009

JOLI MAI

Officialisée par l'Etat français du maréchal Pétain, la fête du travail est célébrée le 1er mai en souvenir de l'affrontement sanglant qui opposa, le 1er mai 1886, au Haymarket Square de Chicago, des policiers et des ouvriers réunis pour une kermesse. D'abord proposée en 1888 au congrês de Saint-Louis de l'American Federation of Labour, la commémoration fut adoptée et généralisée par la Conférence internationale ouvriêre de Berlin en 1890.
La kermesse de 1886, à Chicago, réunissait des ouvriers qui étaient pour la plupart des émigrés allemands. Ceux-ci, soucieux de conserver en terre étrangère leur identité culturelle, célébraient ainsi une tradition très populaire dans leur pays d'origine : la fête du Mai. Cette fête plonge ses racines dans les plus lointaines traditions des peuples européens.
Le nom même du mois de mai vient de la déesse latine Maia. Chez les Romains, cette bonne déesse était une vierge féconde. Botticelli, à la fin du Moyen Age, l'a mise en bonne place dans son célêbre et admirable tableau intitulé Primavera ("le printemps") et il a représenté devant elle une jeune beauté, «La reine de Mai», abondamment parée de bouquets et portant couronne et collier de fleurs. Le 1er mai était, dès la haute antiquité européenne, la fête du printemps, du renouveau, de l'amour, de la fécondité, des fleurs (notre muguet en est un lointain souvenir, même si bien peu de gens le savent... ). Chez les Celtes, la grande fête de Beltaine célébrait le feu de Belenos» - celui-ci étant l'équivalent celtique du solaire Apollon.
Au Moyen Age, l'Eglise plaça cette fête sous l'égide de sainte Walpurgis, missionnaire anglaise venue évangéliser les Germains et morte en 780, abbesse du couvent bénédictin de Heidenheim, en Bavière (à noter que Heidenheim signifie ... « le foyer des païens » !). Sainte Walpurgis eut la lourde tâche de prendre sous son contrôle « la nuit de Walpurgis » (nuit du 30 avril au 1er mai) au cours de laquelle, dans la Germanie préchrétienne, les divinités du printemps se répandaient dans la nature pour lutter contre un hiver renâclant à céder la place aux forces du renouveau. Les affrontements se déroulaient surtout sur de hauts lieux (sommets de collines). Avec la christianisation, les divinités du printemps furent diabolisées et devinrent des sorcières. Il en resta longtemps, dans de nombreuses régions d'Allemagne et de France (de l'Alsace à l'Anjou et au Berry) des traditions destinées à éloigner les forces mauvaises (faire sonner les cloches, porter du sel sur soi, arroser champs et maisons d'eau bénite, etc ... ).
C'est cependant le côté souriant, joyeux, festif qui marque le plus profondément le 1er mai, fête au cours de laquelle les membres d'une même communauté marquent leur solidarité et leur fidélité au groupe en se réunissant autour de l'arbre de mai. Cet arbre, symbole de vie, était installé sur la place du village par les jeunes gens, puis décoré de guirlandes et de rubans multicolores. A son sommet, une couronne représente symboliquement le cercle de l'année. Autour de l'arbre de mai, on danse, on chante, on s'embrasse (car c'est le moment de «faire le mai» aux filles, c'est-à-dire de les courtiser). On couronne la «belle de mai». belle parmi les belles.
Il y a là un précieux héritage culturel, riche de signification.
P. V National Hebdo du 27 avril au 3 mai 1995

mardi 13 janvier 2009

Les vraies raisons de la crise et ses conséquences

Les économistes comparent souvent la crise actuelle avec celle de 1929. Il y a certes des points communs et on en a tiré des enseignements monétaires pour un peu mieux gérer celle-ci.
Mais il reste une différence fondamentale entre les deux crises. En 1929 et les années qui suivent, les usines et les entreprises ne sortaient pas des Etats-Unis et de l'Europe ce qui peut bien sûr avoir une importance sur les politiques menées.
Les Occidentaux ne font que payer la politique de désindustrialisation forcenée qu'ils pratiquent depuis plus de vingt ans. Les classes dirigeantes économiques avec un cynisme absolu ont complètement marché sur les intérêts des classes populaires et moyennes de leur pays. Cette baisse de revenu et de consommation pour beaucoup vient de là. La crise des subprimes vient d'Américains qui se sont retrouvés au chômage.
En France, tous les dirigeants depuis Mitterrand jusqu'à Sarkozy (et ses gesticulations), n'ont fait qu'organiser la destruction économique de leur pays en acceptant les diktats du Capitalisme financier mis en place par les multinationales via l'OMC, le FMI et la banque mondiale. La défiscalisation des stock-options a été faite par Dominique Strauss-Kahn.
Il est très politiquement correct d'être béat d'admiration devant « l'euro qui nous protège » et vénérer sa stabilité. Or de façon objective, l'euro n'a fait que participer activement à la désindustrialisation de l'Europe en empêchant des dévaluations qui nous auraient «protégés» face à la mondialisation.
On a vendu l'euro en disant que Madame Duchemol pourrait aller en vacances en Italie sans changer sa monnaie !
Le prix Nobel d'économie Maurice Allais estime à 40 % la perte de PIB due aux politiques économiques des dirigeants successifs depuis vingt ans. La politique mise en place a toujours été au nom d'une idéologie européiste, libre-échangiste et mondialiste. En acceptant le libre-échange mondialisé, les classes dirigeantes ont créé un chômage massif dans leur pays au profit de quelques-uns.
Il est de même stupéfiant que les électeurs continuent à voter depuis des années pour des partis qui ne défendent en rien leurs intérêts. Les dirigeants cyniquement mettent cela sur le compte de la puissance du «sentiment» démocratique en France. Il faut surtout y voir la main mise des médias par les financiers.
La seule réponse est le protectionnisme, certes non hystérique. Il faut faire comme les Chinois qui prennent dans le commerce international ce qui les arrangent et rejettent ce qui n'est pas dans leur intérêt. Le protectionnisme n'est pas une fin en soi. Aux Etats-Unis, temple jusqu'à maintenant du libéralisme, il existe aussi puisque tout secteur considéré comme stratégique doit rester américain. Un pays doit assurer sa cohésion sociale et donc chercher le plein emploi.
La mondialisation est la cause principale du chômage auquel on a ajouté une immigration extra-européenne d'autant plus inutile que les usines s'en vont ou s'automatisent. Il ne suffit pas de dire « maintenant tous keynésiens » pour résoudre la crise économique.
Toute la mondialisation est fondée sur un résultat poussiéreux du à Ricardo sur les avantages comparatifs.
Ce théorème fonde la justification du libre-échange. Toutes les hypothèses de ce théorème sont obsolètes : immobilité des facteurs de production, travail et capital. La version de ce théorème due à Heckscher et Ohlin est tout aussi obsolète. « Le pays qui dispose relativement de plus de capital (respectivement de travail) aura intérêt à produire et exporter le bien qui utilise davantage de capital (respectivement de travail) » Les Chinois ont tout en plus.
On arrive soi-disant à « l'OPTIMUM », mais qu'est-ce qu'un optimum ? Pour quels pays, quels groupes sociaux ? Doit-on raisonner dans le court terme ou long terme ? La seule chose qui soit mathématiquement certaine est que la mondialisation rapporte aux actionnaires et aux distributeurs actuellement ainsi qu'aux multinationales.
Il faut redéfinir une politique industrielle. Quand le cadre institutionnel nous est par trop défavorable, il ne suffit pas de dire il faut s'adapter, il faut changer le cadre institutionnel. Tant que les dirigeants ne s'attaqueront pas à la règle du jeu qui est mauvaise pour nous, toutes leurs mesures seront inopérantes ou de peu d'effet.
P G-S

dimanche 11 janvier 2009

Les fondements de l'identité Française

Un pays est défini tout d'abord par ses hommes. Il est donc intéressant de savoir ce que sont les peuples fondateurs de la France actuelle pour définir notre identité. Les manuels républicains d'histoire ou de géographie nous enseignent qu'il n'y a pas de race française. Nous allons voir que ceci est une interprétation purement idéologique, et qu'à l'inverse, incontestablement, lorsque nous étudions les différentes composantes de la population fondatrice, l'identité française est de race celto-germanique baignée dans une culture gréco-latine.
Le substrat sur lequel s'appuient les peuples originels est Celte, branche des Indo-européens, chers à Dumezil, avec quelques Ibères qui se sont installés dans le sud-ouest. Les Indo-européens venus de l'est ont envahi l'Europe de l'ouest entre le 3e et le 1er millénaire avant J.C. Les Celtes, peuple d'origine aryenne qui habitaient la Gaulle s'appelaient les Gaulois. L'expression « nos ancêtres les Gaulois » que l'on enseignait autrefois aux écoliers est pleinement justifiée. On a beaucoup raillé cette formule que l'on enseignait aussi dans nos colonies, mais maintenant, hélas, elle semble désormais déplacée dans certaines parties entières de notre propre pays. Les Celtes se retrouvent aussi en Europe, en Rhénanie, Bavière, Écosse, Pays de Galles, Irlande, partie de l'Angleterre (Cornouailles) , Tchéquie, Autriche, Roumanie (définie de façon semblable à la France : Celtes parlant une langue latine), certaines régions du Portugal et de l'Espagne.
En France la Bretagne présente un cas intéressant puisqu'elle est sans doute la plus celtique ou gauloise avec une langue propre qui doit ressembler à celle que devaient parler les Gaulois. En tout cas les termes gaulois et celtes sont synonymes : K/Galatie (ou Kelti) (« les puissants »), nom donné par les Romains.
Nos ancêtres étaient très habiles techniquement, et en agriculture avaient une très grande avance sur les autres, meilleurs cavaliers que les Romains qui durent enrôler des Germains pour les combattre. La conquête romaine a surtout eu un effet culturel plus que démographique (avec comme effets les plus perceptibles, outre des traces architecturales, le droit et surtout la langue, gros héritage puisqu'elle est porteuse de toute la culture gréco-latine) les troupes romaines en Gaule étaient essentiellement constituées de Gaulois enrôlés et de cavaliers germains.
Il nous faut bien sur maintenant parler des grandes invasions germaniques effectuées sous le pression des Huns (essentiellement 4e au 6e siècle après J.C.) qui ont donné une composante germanique à la France. Les Francs ont occupé le nord de la France, les Alamans l'Alsace et une partie de la Lorraine, les Burgondes ont fondé la Bourgogne et les Wisigoths tout le sud-ouest jusqu'à la Loire. On trouve donc dans l'Ouest de nombreux noms de familles d'origine germanique (exemple : Thoreau : THOR-EAU, fils de Thor; Audouin : ALD-O-WIN, vieil ami; Suaudeau : SU(G)-WALD(EN)EAU, fils d'homme qui gouverne).
Les Francs, peuple conquérant, donnèrent leur nom à notre pays : la France est donc un nom germanique, tout comme Francisque dont pouvait s'enorgueillir François Mitterrand : FRANK/REICH, en allemand ( État des Francs). Le dernier peuplement fut celui de ces Germains du Nord : les Vikings ou les Normands (hommes du Nord) à qui on donna la Normandie. Les longues guerres franco-anglaises furent l'occasion de la présence de nombreuses troupes anglaises sur notre sol qui ne modifièrent en rien la structure ethnique de notre population.
Jusqu'au début du XXe siècle, la population française fut pendant deux ou trois millénaires cette synthèse celto-germanique avant de faire appel pour l'économie au début du XXe siècle et entre les deux guerres, à quelques dizaines de milliers de Belges, Italiens du Nord, Espagnols ou Polonais qui étaient des Européens de culture chrétienne (la Belgique et l'Italie du Nord ayant d'ailleurs déjà fait partie de la Gaule ou des Gaules).
Ce n'est qu'après la deuxième guerre mondiale (surtout dans les années 60-70-80) sous la direction de gouvernements irresponsables qui ont joué avec le feu (avoir une main-d'oeuvre corvéable à merci plutôt que de moderniser l'appareil productif) que la France a connu ce déferlement sans précédent de populations extra-européennes essentiellement africaines qui la menacent dans ses fondements ethno-culturels (avec la complicité perverse de certains intellectuels haïssant leur pays et parfois eux-mêmes).
La France est maintenant confrontée dans les prochaines années à ce défi, aura-t-elle encore la vitalité, vu le matraquage idéologique qu'elle subit en permanence dans les médias, pour contrecarrer cette tendance mortifère ou finir dans les poubelles de l'Histoire comme cela est déjà arrivé à d'autres peuples.
Connaître ses racines, renouer avec ses origines nous rendent plus forts pour ce futur combat contre une conception abstraite, désincarnée et non charnelle de l'homme, héritée de la philosophie des droits de l'homme issue de la Révolution, nomade interchangeable sans passé ni racine.
par P G-S

samedi 10 janvier 2009

La jeunesse secrète du jeune Staline

Un livre reposant sur des archives inédites raconte jeunesse que Staline a tenté d'occulter. Pour tout dire, on le comprend !
Il est 10h30 précises, en ce mercredi 13 juin 1907, quand, sur la place centrale de Tiflis (actuelle Tbilissi), un important transport de fonds escorté d'une escouade de cosaques arrive devant la Banque d'Etat. Assis en terrasse d'un café, un homme laisse tomber son journal. C'est le signal. Aussitôt, une vingtaine de bandits attaquent le convoi, utilisant bombes, grenades, fusils et revolvers sans se soucier des passants. Le bilan est spectaculaire : une quarantaine de morts, plusieurs dizaines de blessés et un butin colossal.
L'événement dépasse les frontières du Caucase et de la Russie. « Pluie de bombes », titre le quotidien anglais Daily Mirror ! Le Temps, à Paris, annonce : « Catastrophe ! » Le commanditaire de cette attaque est un certain Lénine, qui a besoin d'argent pour financer ses activités politiques clandestines. Le meilleur de ses hommes de main sur place, spécialiste des « expropriations révolutionnaires » - doux euphémisme pour « braquage à main armée » -, est un certain Sasso ou Koba, alias Joseph Djougachvili, plus connu, à partir de 1912, sous le nom de Staline.
Dire qu'il aurait peut-être pu être grand poète ...
Ce dernier, arrivé au pouvoir, a tout fait pour effacer les traces son passé. Mais certains de ses complices rédigèrent leurs mémoires avant l'ère du Petit Père des peuples. Et lorsque dans les années 1930, Staline demanda aux fonctionnaires soviétiques de rechercher les traces de son passé pour les détruire, il n'y eut pas beaucoup de fous pour prétendre avoir mis la main sur ces documents explosifs... Ils savaient ce qui leur en coûterait. C'est en partie grâce à ces dossiers jusqu'alors enfouis que l'historien anglais Simon Sebag Montefiore a pu réaliser Le Jeune Staline.
Avant de prendre le pouvoir en octobre 1917 avec Lénine, Joseph Djougachvili fut un jeune homme de famille modeste. Sa jeunesse se déroule dans une Géorgie pittoresque, où le pouvoir tsariste n'arrive pas à imposer sa loi.
Il vit une enfance chaotique, entre une mère qui l'adore, et un père jaloux de son épouse, qui finit par boire et vagabonder. Adolescent puis jeune adulte, sa vie «sentimentale» est intense. S'il abandonne régulièrement femmes et enfants, c'est que sa personne et la Révolution (qui, pour lui, forment un tout) sont plus importantes que n'importe quel attachement.
Mais avant d'être un révolutionnaire, Staline est un excellent séminariste. Sa mère obtient qu'il fasse de bonnes études, d'abord à l'école paroissiale de sa ville de naissance, Gori, puis au séminaire de Titlis. Il multiplie les lectures et devient poète. Certaines de ses œuvres sont même publiées avec un beau succès. Il est également un remarquable chanteur, assidu à la prière et au chant religieux. Il a 17 ans quand, grand chambardement il se tourne vers les idées révolutionnaires.
En août 1898, Staline adhère au parti marxiste russe et devient un révolutionnaire professionnel, obligé de trouver de l'argent. Ceci suppose une existence clandestine et le jeune Djougachvili change sans cesse de nom, de domicile et d'apparence physique. Il lui faut en permanence identifier et éliminer les traîtres ou supposés tels, dans le parti, dans les organisations alliées, dans les prisons et dans les camps. Le jeune homme est réputé capable d'identifier un traître au premier regard, puis de lui faire subir le sort qu'il «mérite». Mais les archives prouvent qu'il fit aussi tuer, dans les années 1900, plusieurs membres de sa bande parfaitement innocents, alors que les agents infiltrés de l'Okhrana, la police secrète tsariste, passèrent à travers les mailles de son filet ! Il pratique également l'assassinat de policiers, de militaires, d'informateurs de la police et de directeurs d'usine.
Son protégé chassé du Guépéou pour ses méthodes violentes
Si Staline se plaît aux débats d'idées et de tactique politique, il préfère la manipulation des hommes, et surtout l'organisation de grèves ou d'émeutes : plus il y a de morts, plus il exulte, car, grâce au cycle provocation-répression, il radicalise les camps en présence. Mais sa recherche du nerf de la guerre devient obsessionnelle, car il s'agit de financer ses activités et surtout celles de Lénine, auquel Koba fait parvenir les billets dans... des bouteilles de vin géorgien ! Santé, camarade ! Les sommes nécessaires étant colossales, il organise aussi de retentissants braquages. Plus pacifiquement, du moins avec moins de violence, il pratique le racket à grande échelle. Son action à Batoumi, capitale mondiale du pétrole, est digne du Far West : il se fait embaucher par les Rothschild pour incendier leurs installations pétrolières!
Autour de Sasso gravite une galerie de personnages hauts en couleurs; d'abord ses hommes de main: une bande de « droits communs » dont un certain Kamo, son tueur patenté, capable d'infliger et de subir les pires sévices. Arrêté en 1908, Kamo, pour échapper à la peine capitale, simulera pendant quatre ans la folie avant de s'évader et de reprendre du service. Staline racontait que, pour si bien jouer la folie, il fallait, quelque part, être tout de même un peu atteint... Pendant la guerre civile, Kama exécutera un officier communiste prêt à se rendre à l'ennemi, puis lui arrachera le cœur qu'il brandira devant ses soldats. Il se fera chasser du Guépéou, l'ancêtre du KGB, pour ses méthodes un peu trop violentes...
Staline utilise aussi beaucoup de belles jeunes femmes, comme couverture ou pour faire le coup de feu â l'occasion. Il se fait aider par des bourgeois et des aristocrates. Parmi eux, le prince géorgien Koki Dadiani, qui prête à Staline son passeport (et le communiste de se déguiser en prince ... ). D'ailleurs, le grand modèle du Staline d'avant 1917 est aussi un aristocrate : Lénine ! Staline et Lénine partagent la même passion de l'anéantissement de l'adversaire, ce que Lénine appelle « l'extermination sociale ». Les deux hommes se vouent une admiration réciproque. Celle que le futur Petit Père des peuples porte à Lénine est surtout intellectuelle: Staline, avant de le rencontrer, l'a lu et le surnomme « l'aigle des montagnes ». Quant à Lénine, qui a entendu parler des exploits de Sosso avant de le rencontrer, il est fasciné par les deux revolvers que celui-ci porte en permanence : il le qualifie de « merveilleux Géorgien ». Et quand on lui dénonce les violences de Staline, il répond : « C'est exactement l'homme dont j'ai besoin. »
Petit Père des peuples et Darwin des sciences sociales
Pour parvenir à ses fins, Staline est prêt à tout Et d'abord à se donner une stature. Car il sait que la carrière d'un révolutionnaire est incomplète sans un passage par la case prison. Mais les colonies pénitentiaires du tsar, d'un point de vue technique, le déçoivent... Patientez, opposants, une fois au pouvoir, il réorganisera tout cela... Nombreuses sont les anecdotes qui montrent l'extraordinaire désorganisation du pouvoir tsariste, son incapacité à maintenir l'ordre et l'extrême faiblesse de la répression. Les exilés en Sibérie bénéficient d'allocations et logent chez l'habitant Ils fondent et dirigent des débits de boissons et ouvrent même des bureaux d'évasion, au nez et à la barbe des autorités!
Staline multipliera ces bureaux (huit au total) avec une telle aisance (plus de 18000 exilés sur 32000 s'échapperont de Sibérie entre 1906 et 1909) qu'il sera même accusé d'être un agent de la police politique. Mais Montefiore n'en a pas trouvé de preuve. Staline se fera même un serviteur zélé du garde censé le surveiller jour et nuit ! Au point que dans les années 1930. menacé par les purges, le «maton» écrira à son ancien «prisonnier» pour lui demander grâce... Et Staline lui accordera sa protection. au nom du passé commun.
Reste un point obscur et essentiel dans ce portrait du jeune Staline, auquel le livre de Montefiore ne répond pas vraiment : comment et pourquoi un jeune et pieux séminariste devient-il un révolutionnaire usant de tous les moyens, surtout les plus violents, pour faire triompher ses idées ? L'auteur suggère l'importance de certaines lectures (Victor Hugo, Emile Zola, Ernest Renan ou encore le philosophe révolutionnaire Nicolaï Tchernychevski). Mais le livre décisif semble avoir été De l'origine des espèces de Charles Darwin. Un livre que Marx admirait tant qu'il demanda à son auteur une préface pour Le Capital, en prétendant être le Darwin des sciences sociales.
On connaît la postérité tragique d'une lecture très hâtive de ce scientisme racial ou social. Foi dans une race (au nom de la nature) ou une classe (au nom de l'histoire) supérieure qui conduisent à l'extermination sociale ou raciale, et aux dizaines de millions de morts au XXe siècle. Selon Staline, « le prolétariat révolutionnaire seul est destiné par l'histoire à libérer l'humanité et à apporter au monde le bonheur ». Cela implique bien sûr une rupture très violente avec le christianisme, à laquelle Staline procédera manifestement sans états d'âme. On le verra même, converti à la nouvelle religion marxiste, inciter le fils d'un pope à briser une icône et à uriner dessus.
A cette nuance près du défaut d'analyse, Le Jeune Staline est un ouvrage magistral pour qui veut comprendre la genèse d'un système idéologique criminel et la personnalité d'un de ses dirigeants les plus emblématiques.
Dominique Gittome Le Choc du Mois décembre 2008
Le Jeune Staline, de Simon Sebag Montefiore, Calmann-Lévy.

dimanche 4 janvier 2009

4 février 1945 : Yalta

En se retrouvant à Yalta, sur les bords de la mer Noire, Staline, Churchill et Roosevelt entendent se partager les dépouilles d'un ennemi agonisant : le conflit commencé en 1939 ayant pris des proportions planétaires, les vainqueurs veulent imposer un nouvel ordre mondial qui leur permette, sous le couvert hypocrite d'une future Organisation des Nations Unies, de régler les affaires mondiales en fonction de leurs intérêts et de leurs appétits.
Le problème est que ces intérêts et appétits ne sont pas convergents ... Roosevelt, réélu pour la quatrième fois en novembre 1944 président des Etats-Unis, a repris à son compte l'utopie universaliste qu'avait déjà imposée, pour le plus grand malheur de l'Europe, son prédécesseur Wilson, en 1919. Mais derrière ces rêveries se cache un impérialisme américain très concret, qui entend bien faire des vieilles nations européennes exsangues autant de satellites serviles. Au nom, bien entendu, des grands principes démocratiques. D'ailleurs l'Américain, le Soviétique et le Britannique ont proclamé, à l'adresse des Européens, leur volonté d'« aider les peuples libres à former des gouvernements provisoires largement représentatifs de tous les éléments démocratiques qui s'engageront à établir par des élections libres des gouvernements correspondant à la volonté des peuples ». Bien sûr, les frontières seront établies conformément au vœu des populations concernées ... Sur les photos, Staline sourit dans sa moustache. Car, partout où l'Armée rouge a pris pied, des partis communistes sont à l'œuvre pour éliminer, le plus souvent physiquement, tous ceux qui n'auraient pas la même conception de la «démocratie» que le tsar rouge. Et ceux qui, naïvement - comme - les Polonais -, croyaient en la parole des Anglo-Saxons vont très vite déchanter, broyés par l'implacable logique d'un partage du monde en deux obédiences, par une ligne de démarcation qui va tracer une sanglante cicatrice au cœur de l'Europe et au cœur de l'Allemagne. En Asie, les Soviétiques sont assurés de pouvoir avancer leurs pions aussi loin qu'ils voudront.
Sur la photo-souvenir destinée à immortaliser la conférence de Yalta, Roosevelt a un sourire béat et benêt. Peut-être inconscient des tragédies que vont vivre, à cause de lui, des millions de femmes, d'hommes et d'enfants, il a les jambes couvertes d'un plaid de laine. Il est gravement malade, comme l'est aussi son premier conseiller Harry Lloyd Hopkins. L'un n'a plus que quelques semaines à vivre, l'autre quelques mois.
Churchill, lui, est lucide mais il n'a pas réussi à faire partager à l'Américain sa méfiance à l'égard de Staline. D'ailleurs, la Grande-Bretagne n'est déjà plus qu'un porte-avions ancré, au service des Etats-Unis, au large des côtes européennes et les jours de l'empire britannique sont comptés. Devant le grand gâteau qu'est la carte du monde, les jeux sont faits : c'est part à deux et le tandem soviéto-yankee n'admettra personne d'autres à table. Les peuples n'auront plus d'autre choix que la soumission ou la révolte. Grâce à l'inaltérable force d'espoir et de vie qu'est le nationalisme, ils choisiront un jour la révolte.
✍ P. V National Hebdo du 2 au 8 février 1995