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dimanche 9 août 2026

Opération Léopard, la Légion saute sur Kolwezi (1978)

 

Photo du film La Légion saute sur Kolwezi - Photo 3 sur 5 - AlloCiné

Cette opération fut aussi nommée « Opération Bonite ».

En 1978 la Légion sautait sur Kolwezi, pour sauver du massacre 2500 ressortissants européens, pris en otages par les rebelles du Katanga, les Tigres.

Cette opération audacieuse eut un retentissement mondial, ajoutant un nouveau haut fait d’armes au glorieux passé de ce corps délite inégalé.

614 paras du 2e Régiment étranger parachutiste (REP), aux ordres du Colonel Erulin, sautèrent sur la ville en deux vagues successives.

5 légionnaires y laissèrent la vie. Mais 2200 Européens furent sauvés, 300 d’entre eux ayant été massacrés et suppliciés avant l’arrivée des secours.

Le contexte :

Kolwezi est une ville minière, à l’extrême sud du Zaïre, ex-Congo belge, devenu depuis la République démocratique du Congo (RDC).

Ce pays étant un véritable coffre-fort géologique, tant il recèle de minerais rares, suscite la convoitise de tous.

L’Afrique vit encore de nombreuses convulsions post-indépendance. C’est la grande époque des mercenaires, les « chiens de guerre », les « war-dogs » au service de tel ou tel chef rebelle convoitant le pouvoir.

Nous sommes en pleine guerre froide. Les Soviétiques et leurs supplétifs cubains, essaient partout de déstabiliser l’Afrique et de renverser les chefs d’Etat pro-occidentaux. Tel Mobutu, le président zaïrois soutenu par la France, la Belgique et les Etats-Unis.

Les faits :

Les rebelles venus du Katanga, encadrés par des conseillers cubains et est-allemands, et entrainés en Angola, s’emparent de la ville minière de Kolwezi.

Les 2500 Européens et leurs familles qui y vivent, employés de la société minière qui exploite cuivre et cobalt, sont pris au piège.

Et les massacres de Blancs commencent, avec la sauvagerie que l’on imagine… la terreur règne sur la ville.

A Kinshasa, la capitale, on est désemparé. Une compagnie de paras zaïrois est larguée sur la ville. Elle est décimée. Mobutu en appelle à la France et à la Belgique.

En Belgique, on tergiverse alors que chaque minute compte. Les nouvelles sont alarmantes.

Finalement, c’est Giscard d’Estaing qui décide d’intervenir et demande de préparer l’intervention sur Kolwezi. Le 2e REP, abonné aux coups durs et basé à Calvi, est mis en alerte.

De son côté, l’inénarrable Mitterrand exige un vote parlementaire alors que les massacres continuent ! Il reconnaitra plus tard que l’urgence du sauvetage était la priorité.

Acheminé dans la nuit du 17 au 18 mai, le régiment rejoint la base de Solenzara, d’où il décolle à bord de long courriers civils réquisitionnés et d’un DC8 militaire. Car si la France dispose d’excellentes troupes de combat, la logistique ne suit pas. Rien de bien nouveau.

L’armée de l’air ne dispose d’aucun gros porteur et le Transall, excellent avion tactique, est incapable d’assurer un transport de masse à longue distance.

Encore aujourd’hui, au Sahel, il a fallu faire appel aux Antonov ukrainiens pour pallier le manque d’A400m, livrés au compte-gouttes.

Le 2e REP débarque à Kinshasa.

Aussitôt, le colonel Erulin et les officiers de la mission militaire au Zaïre, préparent l’audacieux largage sur la ville de Kolwezi, un saut au coeur du brasier. Car face aux massacres, il y a urgence.

Les officiers ne savent rien de la situation sur place. Ils manquent de cartes fiables. La précision du largage sera vitale pour éviter que les paras ne soient  tués avant de toucher le sol.

Une fois en bas, pas de véhicules, pas d’armement lourd, pas de réserves de munitions, autant dire que le pari est éminemment risqué.

Kolwezi se situe à 1300 km de Kinshasa. Si ça tourne mal, pas question d’évacuer les blessés ou de récupérer les légionnaires.

Autre problème : faute d’avions suffisants, les légionnaires n’ont pu emporter leur parachute. Ils sauteront avec des parachutes zaïrois, donc américains.

Mais ceux-ci ne sont pas adaptés aux équipements français. Il faudra donc bricoler au mieux les gaines chargées de munitions et de piles radio pour les accrocher aux parachutes américains. Des fils de fer feront l’affaire.

Tout semble compliqué, on pense que les pertes seront sévères tant les paras sont vulnérables durant leur descente.

Et pourtant, le moral est au plus haut. Tous sont certains de réussir.

Autre déconvenue, sur les 7 appareils prévus pour le largage, 2 sont en panne. Il reste 4 C130 zaïrois et 1 C160 Transall français.

Il est décidé de larguer une première vague sur Kolwezi et de transporter les autres éléments par DC10 sur l’aéroport de Kamina, le plus proche de Kolwezi, pour être largués dans une deuxième vague.

381 paras embarquent, avec le médecin-chef et l’aumônier du régiment. 

Mais, nouveau contretemps, le leader de la formation, à bord d’un C130 zaïrois, ne parvient pas à s’aligner correctement sur la zone de saut. C’est donc le Transall français qui donne le cap pour un deuxième passage.

Enfin la lumière verte s’allume et la sonnerie retentit. Go ! Mais pour ce qui est de l’effet de surprise, c’est raté.

Les légionnaires sautent à basse altitude pour rester le moins vulnérables possible.

A peine la moitié des légionnaires atterrit sur la zone de saut, un vieux terrain d’aviation désaffecté. Il faut se regrouper et faire face à un ennemi dont on ignore où il se trouve. Ce sont 1000 rebelles lourdement armés qu’il faut affronter.

Mais Dieu aime la Légion !

Les rebelles se sont regroupés au sud de la ville, sur l’aérodrome de Kolwezi, où ils pensent voir atterrir les avions.

Avant qu’ils réagissent, les paras sont posés et foncent sur leurs objectifs : le lycée où sont réfugiés des Européens, l’hôpital, la Cie minière où se trouvent des véhicules de transport.

Les légionnaires détruisent au lance-roquettes deux blindés des Tigres.

Les accrochages sont violents. Des charniers sont découverts. 700 civils, Européens et Africains, hommes, femmes et enfants, ont été massacrés.

Mais plus de 2000 survivants sont sauvés de la barbarie.

Le gros des Tigres s’est retiré vers la frontière angolaise. La ville est désormais aux mains des légionnaires.

Terrés dans leurs cachettes, encore effrayés, les otages sortent peu à peu de leur abri en entendant les appels des légionnaires :

« Armée française, Légion étrangère » ! 

Le miracle s’est accompli pour ces centaines d’otages attendant la mort, terrorisés par les hurlements des victimes suppliciées par les barbares.

Un sauvetage inespéré pour ceux qui étaient persuadés qu’ils allaient mourir en subissant d’épouvantables atrocités. C’est la résurrection à la vue des bérets verts.

La deuxième vague arrive ensuite, le 2e REP est maintenant au complet.

Les combats se poursuivent à la périphérie.

Les jours suivants sont consacrés à la sécurisation de la région et à l’évacuation des Européens, avec les paras belges arrivés sur place, ainsi que des paras marocains.

Le succès est total, planétaire.

250 rebelles tués, les armes saisies, la rébellion en déroute et plus de 2000 civils sauvés.

Au retour du 2e REP, Valéry Giscard d’Estaing passera le régiment en revue. Dans les rangs, les places des 5 légionnaires tués sont laissées vacantes.

Cette opération a montré ce qu’une troupe bien entrainée, disciplinée et parfaitement soudée, est capable d’accomplir.

Elle eut un succès retentissant à travers le monde et apporta un certain prestige à la France, qui a su assumer les risques d’une telle opération, particulièrement audacieuse.

Ajoutons que les ardeurs de l’URSS en Afrique, furent calmées pour longtemps.

Les ambassades de France, aux quatre coins de la planète, reçurent d’innombrables appels demandant la marche à suivre pour devenir légionnaire.

L’engouement pour le képi blanc ne faiblit pas !

Kolwezi restera une belle page de gloire écrite par des hommes exceptionnels, s’adaptant aux pires imprévus pour accomplir leur devoir.

Cette opération de sauvetage donna lieu à plusieurs  ouvrages et à un film.

Ce résumé est extrait, entre autres, d’un excellent article d’Adrien Jaulmes, dans le Figmag.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/operation-leopard-la-legion-saute-sur-kolwezi-1978/

jeudi 7 octobre 2021

Le Siège de Tuyen Quang et la résistance héroïque de la Légion étrangère

 

Avec la bataille de Camerone, au Mexique, celle de Tuyen Quang, durant la guerre franco-chinoise au Tonkin, est l’un des plus hauts faits glorieux de la Légion étrangère.


https://www.medias-presse.info/le-siege-de-tuyen-quang-et-la-resistance-heroique-de-la-legion-etrangere/92780/

samedi 27 octobre 2012

Diên Biên Phu : 57 jours d'héroïsme

Le Figaro Magazine - 09/04/2004
Il y a cinquante ans, dans une cuvette du Tonkin, 15 000 hommes du corps expéditionnaire français d'Indochine résistaient à l'assaut du Vietminh. Menée contre un adversaire courageux, cette bataille s'est soldée par une défaite, mais une défaite glorieuse.

Infirmière à l'époque, elle était convoyeuse de l'air. Après que son Dakota eut été détruit par l'ennemi, elle s'était retrouvée prisonnière de la bataille. Vingt ans et seule Européenne au milieu de 10 000 hommes : un ange en enfer. Son livre, Une femme à Diên Biên Phu, a été un succès de l'automne 2003. Quand Geneviève de Galard prononce une conférence, les jeunes se pressent pour l'écouter. Cinquante ans après Diên Biên Phu, certes, nous avons changé de monde et de société : « l'Indo » , c'est loin. Le récit de ce désastre, cependant, ne cesse de déchirer le coeur et l'âme.

Le drame se noue en 1953. Hô Chi Minh a beau être communiste, il a compris la force du nationalisme. Depuis 1945, il mène contre la puissance coloniale française une guerre qui est aussi une guerre des Vietnamiens du Nord (le Tonkin et l'Annam) contre ceux du Sud (la Cochinchine). Côté français, les chefs militaires successifs - Leclerc, de Lattre ou Salan - n'ont pu venir à bout de la rébellion. En 1949, le Vietnam a accédé à l'indépendance, mais le pays, membre de l'Union française, comme le Laos et le Cambodge, est précipité dans le vaste affrontement Est-Ouest. La Chine de Mao et l'URSS soutiennent le Vietminh, tandis que les Etats-Unis, engagés en Corée, aident financièrement la France en Indochine.

En métropole, le conflit est impopulaire. Les communistes, bien sûr, se montrent les plus virulents dans la stigmatisation de la « sale guerre » . Mais l'opinion, dans son ensemble, ne voit pas l'intérêt d'expédier à grands frais tous ces régiments professionnels à l'autre bout de la planète. A Paris, le gouvernement cherche une porte de sortie.

En mai 1953, le général Navarre est nommé commandant en chef en Indochine. Sa mission ? Créer les conditions militaires qui favoriseront un règlement politique. En gros, avant de donner l'assaut pour forcer Hô Chi Minh à négocier, il prévoit de reconstituer ses forces. D'où, au nord, une stratégie défensive. Le Vietminh, toutefois, lance une offensive vers le Laos qui vient de signer un accord de défense avec la France. A l'automne 1953, afin de barrer la route du Laos, le commandement décide donc d'établir un camp retranché dans les zones montagneuses du nord du Tonkin. Lieu choisi : le village de Diên Biên Phu.

Le 20 novembre 1953, six bataillons parachutistes sont largués au-dessus de cette vallée reculée. Afin d'acheminer hommes et matériels, un aérodrome est construit dans la cuvette. Le camp est organisé comme une couronne de points d'appui ; baptisés de prénoms féminins (Gabrielle, Isabelle ou Dominique) ils ont pour fonction de protéger l'aérodrome, centre et poumon du camp. Selon le 2e Bureau, le Vietminh ne peut pas engager plus de deux divisions dans la région, et les communications sont si difficiles que les Viets seront incapables d'y amener des canons de plus de 75 mm. Fatale erreur.

Hô Chi Minh, lui, est bien informé. Ce Lénine asiatique mesure l'effet qu'exercerait une défaite française sur l'opinion occidentale. Autour de Diên Biên Phu, il masse quatre divisions d'infanterie et sa division d'artillerie lourde : 24 pièces de 105 mm. Une noria de 700 camions Molotova (cadeau des Soviétiques) et 75 000 coolies transportent des tonnes de munitions. Ces mouvements n'échappent pas à l'état-major français, mais Navarre reste persuadé que Diên Biên Phu ne sera pas le théâtre d'un affrontement majeur. A Noël 1953, 60000 Viets cernent 12 000 Français, Marocains, Algériens et Thaïs, qui ne se doutent pas de ce qui les attend.

Au sommet de Berlin, le 18 février 1954, le gouvernement de Joseph Laniel (président du Conseil depuis juin 1953) accepte le principe d'une conférence qui s'ouvrira à Genève, au mois d'avril, afin d'examiner le problème du rétablissement de la paix en Indochine. Le général Navarre n'a pas été tenu au courant. Hô Chi Minh, en revanche, voit le parti qu'il peut en tirer : il faut qu'il gagne avant la fin de cette conférence.

Le 13 mars 1954, le général Giap déclenche sur Diên Biên Phu un terrifiant pilonnage d'artillerie, auquel les défenseurs du camp ne s'attendaient pas et auquel ils ne possèdent pas les moyens de répondre. Les tirs alternent avec les assauts d'infanterie, à dix contre un. En cinq jours, les points d'appui Béatrice, Gabrielle et Anne-Marie tombent aux mains de l'ennemi.

Le colonel de Castries (il sera nommé général le 14 avril) commande le camp. « Sa réaction est faible » , considère le général Gras, un historien militaire. Le chef d'état-major, le colonel Keller, est dépressif (on l'évacue par avion) et le colonel Piroth, commandant l'artillerie, se suicide. Heureusement, la position centrale est dirigée par le lieutenant-colonel Langlais, un parachutiste, tandis que la position sud est tenue par le lieutenant-colonel Lalande, un officier de la Légion. Et le 16 mars, le commandant Bigeard (il recevra ses galons de lieutenant-colonel pendant la bataille) est largué sur la cuvette à la tête de son 6e BPC (bataillon de parachutistes coloniaux). « A partir du jour où il est arrivé à Diên Biên Phu, note son biographe, Erwan Bergot, c'est l'esprit même du camp retranché qui a changé. » Avec son autorité naturelle, mais sans bousculer la hiérarchie, Bigeard impose son style : ne pas subir. Ses contre-attaques, qui décimeront les rangs du Vietminh, lui vaudront l'admiration de Giap.

En tout cas, trois jours après le début de l'offensive, l'assaillant a atteint son premier objectif : le 17 mars, le pont aérien est interrompu. Bombardé, l'aérodrome sera bientôt impraticable. Dès lors, la base ne pourra être ravitaillée que par parachutage. Giap suspend le feu de son artillerie, tandis que ses hommes effectuent un travail de termites : autour du camp, ils creusent un lacis de boyaux et de tranchées, se rapprochant chaque jour un peu plus des lignes françaises.

Le 30 mars au soir, la deuxième phase de l'offensive est lancée : l'artillerie et l'infanterie du Vietminh reprennent leurs assauts meurtriers. Les verrous Eliane et Dominique doivent être abandonnés, puis Huguette tombe à son tour. Légionnaires et parachutistes manifestent une énergie surhumaine : Giap, dont les pertes sont considérables, doit mobiliser 25 000 bo doi supplémentaires. A Hanoi, le commandement français réclame des volontaires pour sauter sur le camp : pour 750 soldats, ce sera leur baptême de parachutisme.

Fin avril, dans le camp retranché, il reste 3 000 combattants valides, plus 1 200 qui sont isolés au sud, dans la position Isabelle. Sous un déluge de feu ininterrompu, dans la boue, manquant d'eau, de vivres et de munitions, képis blancs et bérets rouges repoussent les limites de l'héroïsme. Diên Biên Phu, dira Castries, c'est Verdun, mais Verdun sans la Voie sacrée. Hô Chi Minh a refusé l'intervention de la Croix-Rouge qui demandait l'évacuation des blessés. Ceux qui tiennent sur leurs jambes se servent de leur fusil. Dans l'hôpital souterrain où passe le sourire de Geneviève de Galard, l'équipe médicale opère jour et nuit dans des conditions sanitaires effroyables.

La disproportion des forces est écrasante. Peu à peu, les Viets s'emparent des derniers points d'appui. Le 7 mai, à 16 heures, après cinquante-sept jours de combat, c'est la fin. Quand la nouvelle parvient à Paris, l'Assemblée nationale est en séance : les seuls qui refusent de se lever pour rendre hommage aux hommes de Diên Biên Phu sont les députés communistes.
Officiers et soldats, 16 000 hommes ont fait partie de la garnison : on comptera 1 600 morts, 1 600 disparus, 4 800 blessés et 8 000 prisonniers, dont à peine 3 900 reviendront vivants. Côté Vietminh, le bilan sera d'environ 10 000 tués et 20 000 blessés.

Pierre Mendès France, devenu président du Conseil le 18 juin, hâte les négociations de Genève. Le 21 juillet, l'armistice est signé. Les dernières troupes françaises quitteront en 1956 un pays coupé en deux. Pour les Vietnamiens du Sud, la guerre continuera aux côtés des Américains et se terminera, en 1975, par la chute de Saigon.

Depuis, officiellement, le Vietnam est communiste. Dans la pratique, les années de plomb ont passé. Il y a maintenant plus de dix ans que Pierre Schoendoerffer a tourné sur place son Diên Biên Phu avec le concours de l'Armée populaire... Belle leçon : les peuples de vieille mémoire, quand ils ont vécu ensemble, finissent par se retrouver. Tenaillés par le « mal jaune », les anciens du corps expéditionnaire français voyagent au Vietnam. Il se murmure que certains d'entre eux, lorsqu'ils disparaîtront, veulent être incinérés afin que leurs cendres soient dispersées là-bas, sur ces lieux où ils ont tant aimé et tant souffert. Ce sera aussi une façon de rejoindre leurs camarades restés sur le terrain. Mort, où est ta victoire ?
http://www.jeansevillia.com

lundi 25 avril 2011

30 avril 1863 : La Légion résiste à Camerone

Le 30 avril 1863, dans le village de Camerone, au Mexique, soixante-trois légionnaires français, sous les ordres du capitaine Jean Danjou, résistent à une armée mexicaine de plus de deux mille hommes.
Un exploit propre à adoucir l'amertume d'une guerre absurde engagée contre le Mexique par Napoléon III.
Joseph Savès
La guerre du Mexique
Deux ans plus tôt, en 1861, la France, l'Angleterre et l'Espagne sont intervenues avec avec quelques troupes pour obliger le président mexicain Juarez à honorer les dettes de son pays.
En 1862, tandis que les Anglais et les Espagnols se retirent, l'empereur français Napoléon III forme le projet de renverser le président mexicain et de transformer le Mexique en un empire latin et catholique. Mais les Français se heurtent à la résistance farouche et inattendue des Mexicains qui prennent le parti de Juarez.
Une première armée de 7.000 hommes est repoussée devant Puebla, une ville fortifiée sur la route de Mexico. Il faut envoyer en catastrophe 28.000 hommes en renfort, sous le commandement du général Forey, pour enfin avoir raison de la résistance de la ville.
C'est pendant le siège de Puebla que se produit le drame de Camerone.
Une compagnie de légionnaires chargée de protéger les lignes de ravitaillement de l'armée française voit surgir des cavaliers juaristes.
Après avoir repoussé une première charge, le capitaine Jean Danjou (35 ans) décide de placer ses hommes dans le village abandonné de Camerone (Camaron pour les Mexicains).

Suite à une première démonstration de force, les Mexicains du colonel Milan offrent la reddition à la Légion étrangère.
Le capitaine refuse et jure de ne jamais se rendre. Ses hommes font de même. Danjou est bientôt tué en inspectant les positions. Le colonel Milan lance enfin un assaut auquel la Légion résiste héroïquement.
Les huit survivants se retranchent dans un hangar où ils tiennent encore plus d'une heure avant d'être faits prisonniers. Ils acceptent de se rendre à condition de conserver leurs armes et que leurs blessés soient soignés, ce qu'acceptent les Mexicains.
300 Mexicains auront été au total mis hors de combat par les 63 légionnaires mais l'héroïsme de ces derniers n'empêchera pas l'échec final de Napoléon III.
Succès de la résistance mexicaine
Après la prise de Puebla et l'entrée des Français à Mexico, un simulacre d'assemblée nationale octroie la couronne de l'Empire du Mexique à Ferdinand-Maximilien. Mais en avril 1866, Napoléon III doit rapatrier le corps expéditionnaire en catastrophe. Ferdinand-Maximilien est pris et fusillé par les juaristes le 19 juin 1867.
De ce fiasco reste le souvenir de Camerone. Depuis 1906, l'anniversaire de ce fait d'armes est commémoré avec faste par la Légion étrangère. Les légionnaires réunis à Aubagne rendent à cette occasion les honneurs à… la main en bois du capitaine Danjou.