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jeudi 12 octobre 2023

Quelques dessous du conflit au Proche-Orient entre Israël et Gaza

 

Benjamin Netanyahu
Benjamin Netanyahu

Loin des plateaux télévisés occidentaux hystériques, la presse israélienne donne un son de cloche un peu différent de la montée de la violence entre Israël et les Palestiniens, notamment ceux enfermés dans la bande de Gaza. Pour désigner celui qui pourrait être le grand vainqueur de la crise actuelle, Benjamin Netanyahu, et les colons extrémistes israéliens.

L’opération du Hamas baptisée « déluge d’Al-Aqsa » a pris l’Etat hébreu par surprise

Le déchainement de violence actuelle, dans un conflit israélo-palestinien qui dure en Palestine depuis plus d’un siècle, a débutée le 7 octobre par l’attaque bien organisée d’Israël par la branche armée du groupe terroriste Hamas. Baptisée « déluge d’Al-Aqsa », cette opération a pris l’Etat hébreu par surprise et provoqué de nombreuses victimes, morts et blessés.

En riposte, Israël a lancé l’opération « Épée de fer » et décidé du blocus total de la bande de Gaza privée d’eau, d’électricité, de gaz et d’approvisionnement en alimentation. L’armée israélienne a ainsi ordonné lundi un « siège complet » de ce territoire de Gaza contrôlé par le Hamas, au troisième jour de l’offensive surprise et massive lancée par le mouvement islamiste palestinien. Rappelons que Gaza est l’un des lieux les plus densément peuplés au monde (4110 hab/km2), un peu plus de 2 millions d’habitants, qui vit refermé sur lui-même en raison du blocus israélien. Cette bande de territoire est entourée par une clôture de haute sécurité qui délimite une frontière parmi les plus hermétiques et militarisés au monde.

Israël mène depuis le lancement de l’opération Epée de fer, les frappes de représailles les plus intenses de son histoire dans la bande de Gaza, et songe à une invasion terrestre. Parallèlement à l’offensive militaire, le premier ministre Benjamin Netanyahou, a déclaré son pays « en guerre » et appelé dans une allocution télévisée à la formation d’un « gouvernement d’union nationale d’urgence sans conditions préalables.

En riposte, Israël a lancé l’opération « Épée de fer » et décidé du blocus total de la bande de Gaza

Inculpé dans trois affaires de corruption, très contesté en Israël en raison de sa réforme de la justice décriée, et de son alliance gouvernementale avec les extrémistes juifs israéliens, cette escalade meurtrière lui permet, selon le quotidien israélien Haaretz, « de sortir d’une éventuelle condamnation et d’une peine de prison », les intérêts nationaux étant supérieurs.

Toujours selon Haaretz, ce nouvel épisode de la guerre israélo-palestinienne, est aussi le résultat de la politique de Netanyahou :

« Le Premier ministre, qui s’est enorgueilli de sa vaste expérience politique et de sa sagesse irremplaçable en matière de sécurité, n’a absolument pas identifié les dangers dans lesquels il conduisait consciemment Israël en établissant un gouvernement d’annexion et de dépossession, en nommant Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir à des postes clés, en adoptant une politique étrangère qui ignorait ouvertement l’existence et les droits des Palestiniens. (…) L’échec de l’armée et des services de renseignement n’exonère pas M. Netanyahou de sa responsabilité globale dans la crise, puisqu’il est l’arbitre ultime des affaires étrangères et de la sécurité d’Israël. »

Benjamin Netanyahou, le premier ministre israélien, inculpé dans trois affaires de corruption et contesté pourrait sortir renforcée de cette crise

Après sa victoire aux dernières élections, Netanyahou a entamé une politique « d’un « gouvernement de droite », avec des mesures manifestes prises pour annexer la Cisjordanie et procéder à un nettoyage ethnique dans certaines parties de la zone C fixée par Oslo, y compris les collines d’Hébron et la vallée du Jourdain » continue Haaretz qui ajoute :

« Il s’agissait également d’une expansion massive des colonies et d’un renforcement de la présence juive sur le Mont du Temple, près de la mosquée Al-Aqsa, ainsi que de se vanter d’un accord de paix imminent avec les Saoudiens dans lequel les Palestiniens n’obtiendraient rien, et de parler ouvertement d’une « seconde Nakba » au sein de sa coalition gouvernementale. »

Cette expansion massive des colonies juives dans les territoires palestiniens a été permise grâce à la coalition entre le parti de Netanyahou et les ténors des juifs sionistes religieux Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir nommés respectivement responsables des colonies en Cisjordanie et de la Sécurité nationale. Or les mesures de Ben-Gvir et de Smotrich permettant cet essor des colonies ou l’annexion de territoires menacent directement la possibilité même d’un État palestinien. Elles sont à mettre en parallèle avec une déclaration oubliée de l’actuel premier ministre israélien aux membres de la Knesset de son parti, le Likoud, en mars 2019 :

« Quiconque veut contrecarrer la création d’un État palestinien doit soutenir le renforcement du Hamas et transférer de l’argent au Hamas. Cela fait partie de notre stratégie ».

L’expansion massive des colonies juives dans les territoires palestiniens menace directement la possibilité même d’un État palestinien

Sans surprise, donc, hier, Benjamin Netanyahu a déclaré au président américain Joe Biden qu’Israël n’avait d’autre choix que d’envahir Gaza malgré des dizaines d’otages détenus par le Hamas, a rapporté Axios. Le rapport indique que Biden n’a pas convaincu Netanyahu de ne pas envahir Gaza au cours de leur conversation.

L’Opération Epée de fer donne ainsi une possibilité aux sionistes Israéliens de réaliser leur rêve d’un Grand Israël, ce qui signifie en clair l’annexion de tous les territoires encore aux mains des Palestiniens. Un rêve qui ne peut naître que d’un flot de sang…

Il faut cependant compter sur la communauté internationale et les jeux de pouvoirs au Proche-Orient mais aussi en Occident, qui pourront être un obstacle à ces aspirations des juifs ultra-sionistes. Pour établir, aussi petit soit-il, un temps de trêve dans un conflit qui dure depuis si longtemps.

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/quelques-dessous-du-conflit-au-proche-orient-entre-israel-et-gaza/180994/

mardi 8 septembre 2020

Le problème palestinien depuis 1948

 Le problème palestinien depuis 1948.jpeg

La tragédie palestinienne démarre en 1948 et n'a cessé depuis de s'aggraver, malgré les tentatives de résistance du peuple palestinien, totalement abandonné par ses frères arabes.

1948 est l'année de la Catastrophe, ou Nakba, pour les Palestiniens. Ce peuple arabe musulman, à minorité historique chrétienne, loin d'accéder à son indépendance, après 30 ans de mandat britannique, en 1948, comme promis solennellement par l'ONU, a perdu toute souveraineté de fait sur sa terre. Le pays a été partagé entre l'Entité Sioniste, autoproclamée nouvel Israël du nom du royaume antique disparu en -722 du fait des Assyriens -, qui a étendu par la guerre le territoire déjà très large octroyé par l'ONU dans le Plan de Partage du printemps 1948, et les pays arabes voisins, soit la Jordanie, qui a annexé la Cisjordanie, et l'Egypte, Gaza.

L’expulsion

En 1948, sur la Palestine mandataire, il y avait 600 000 Juifs face à plus de 1 200 000 Palestiniens. Les sionistes ont réussi à s'imposer, du fait de leur unité politique, de leur entraînement militaire, de leur meilleur armement larges surplus de la Deuxième Guerre mondiale reçus via la Tchécoslovaquie -, de leurs soutiens politiques internationaux, avec cet exploit en ce début de Guerre Froide d'avoir à la fois la sympathie active de l'URSS et des États-Unis. Les Palestiniens n'ont pas su s'unir et ont été trahis par les armées arabes : l’Égypte comme la TransJordanie n'ont pas voulu libérer une Palestine arabe, dans son intégrité, et à la confier aux Palestiniens. Elles ont aspiré à se partager ce territoire, avec un Sud-Ouest à rattacher à l’Égypte, un Est à la TransJordanie, et un secteur côtier réduit abandonné à l'Entité Sioniste, de Tel-Aviv à Haïfa, mais rassemblant alors 80% des Juifs. Les sionistes ont nettement gagné sur le terrain, et imposé leur volonté politique.

Le problème palestinien depuis 1948 1.jpeg

L'Entité Sioniste a en 1948-1949 expulsé 80% des Arabes, majoritaires initialement, de l'ensemble du territoire conquis. Ainsi est né le problème des réfugiés palestiniens, en attente, en Cisjordanie, à Gaza, mais aussi en TransJordanie, Liban, Syrie, de la libération intégrale de la Palestine, qui leur permettrait enfin de rentrer chez eux. Les enfants réfugiés de 1948 sont en train de mourir de vieillesse en 2020, tandis que leurs très nombreux descendants restent attachés à ce droit au retour. Ils sont regardés avec méfiance en TransJordanie devenue Jordanie depuis -, où ils sont majoritaires, et possèdent tous la nationalité locale, et en Syrie et au Liban. Au Liban, ils sont particulièrement nombreux, 500 000, et sont exclus par principe rigoureux de la nationalité libanaise, afin de ne pas perturber les très délicats équilibres intercommunautaires locaux. Ces réfugiés, armés, ont tenté de prendre le pouvoir en Jordanie en 1970 (Septembre Noir) et au Liban en 1975 (élément déclencheur de la guerre civile libanaise, 1975-1990); ils ont échoué, mais ces épisodes ont laissé des deux côtés, entre Arabes, des rancunes tenaces.

Une absence de soutien des autres pays arabes

L'Entité Sioniste a mené une grande offensive sur tous les fronts, en juin 1967. En six jours, elle a effectivement vaincu l’Égypte, la Jordanie, la Syrie. Elle a occupé le Sinaï jusqu'en 1982, Gaza jusqu'en 2005, le plateau syrien du Golan, annexé en 1981, et la Cisjordanie pour l'essentiel toujours occupée. La gestion des villes palestiniennes, et de Gaza, ô combien problématique, a été abandonnée dans le cadre des Accords d'Oslo (1993) à « l'autorité palestinienne », une forme de représentation nationale des Palestiniens enfin tolérée sur place. Ce n'est pas pour autant un vrai gouvernement national, encore moins depuis la mort de la figure unificatrice Arafat en 2004. En 2007, s'est instauré en outre un schisme durable entre Gaza, contrôlé par le parti islamiste Hamas, et la Cisjordanie, par la nationaliste OLP; il existe donc deux proto-États palestiniens, rivaux et limités, au lieu d'un.

Depuis les années 2010, les pays arabes, à de rares exceptions près comme la Syrie, font de moins en moins semblant de soutenir la cause palestinienne. Elle est considérée comme perdue, et une source d'embarras face aux opinions publiques. Aujourd'hui, sur 13 millions de Palestiniens, moins de la moitié vit en Palestine historique. Sur les 6 millions en Palestine, on en compte 2 millions dans l'Entité Sioniste, un peu moins de 2 millions à Gaza, un plus de 2 millions en Cisjordanie. Ils ne peuvent matériellement plus communiquer les uns avec les autres, sans parler a fortiori d'unité politique. En chiffres bruts, ces 6 millions sont aussi nombreux exactement que les sionistes, avec une croissance démographique naturelle un peu plus forte mais avec une différence bien moindre que dans les années 1970-1980. Toutefois, les dynamiques politiques et militaires ne sont absolument pas en leur faveur. Les hommes politiques sionistes, et la population, débattent, explicitement, de l'expulsion à venir de tout ou partie des 2 millions de Palestiniens de l'Entité après une déchéance massive de nationalité israélienne et de ceux de Cisjordanie. Cette dernière pourrait être très largement annexée à l'Entité, chose promise par le Premier ministre Netanyahu et intégrée dans le Plan de Paix Trump.

Nous sommes les Palestiniens de l’Europe

Le problème palestinien n'est donc pas près de recevoir une solution heureuse. La triste morale de l'Histoire est qu'une population autochtone peut parfaitement être chassée de chez elle, enfermée dans des enclaves étroites, et remplacée par une population totalement différente, comme en Palestine celle de l'utopie sioniste. L'effondrement interne de cette dernière, du fait du caractère effectivement délicat du mélange entre Juifs venus du monde entier a été annoncé tant de fois depuis 1948, et il n'a jamais eu lieu, que nous n'y croyons pas. La seule solution honnête serait le retour de tous les Palestiniens en Palestine, avec leur propre État indépendant, sur toute la Palestine historique, tandis que les 6 millions de sionistes poursuivraient leur expérience au Birobidjan, région juive d'Extrême-Orient russe, où ils sont d'ailleurs toujours invités par Poutine. Mais ce scénario rose n'a aucune chance de se réaliser.

On peut rapprocher cette situation de celle que nous subissons en Europe. Bien que malheureux, les Palestiniens ont lutté longtemps avec un héroïsme exemplaire, sur les champs de bataille ou dans la bataille des berceaux. Nous n'avons rien fait de tel en Europe, et notre Grand Remplacement est vraiment à craindre d'autant plus.

Scipion de Salm Réfléchir&Agir N°65 Printemps 2020

vendredi 17 juin 2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – GEORGES ADDA (2)

Continuons notre petit tour d’horizon. Comme la Tunisie est à l’ordre du jour, intéressons-nous aux débuts du communisme dans ce pays.
Le Parti communiste tunisien (PCT) est fondé en 1920, à l'époque du protectorat français. Ce n’est pas à proprement parler Georges Adda qui va le créer, car il avait quatre ans à l’époque. Mais puisque le portail des juifs tunisiens, www.harissa.com proclame fièrement ce qui suit, nous n’allons pas être plus royalistes que le roi. Voici donc ce qu’on peut lire sur leur site : « GEORGES ADDA, MILITANT FONDATEUR DU PARTI COMMUNISTE TUNISIEN ».  

88.jpgEn tout cas, s’être engagé au parti semble avoir été un brevet de longue vie, car Mohamed Nafaâ qui en sera le premier secrétaire de 1946 à 1981, a vécu de 1917 à 2007 et son compagnon de combat, Georges Adda, a fait mieux encore: né en 1916 à Tunis, il est mort en 2008, toujours à Tunis, à l’âge de 92 ans.
Dès ses 18 ans, en 1934, il adhère au PCT dont il deviendra très vite l’un des principaux dirigeants. Nous sommes dans le contexte (en URSS) de la collectivisation forcée des terres agricoles assorties de la persécution et des massacres dirigés contre les koulaks (entre autres). Des millions de victimes qui ne serviront même pas : la Russie premier exportateur de céréales au monde sous les tsars, devient définitivement un pays importateur sous l’appellation URSS. Une belle réussite.
Adda sera notamment responsable des jeunesses communistes du pays dès 1936 et milite ardemment pour les « droits de l’homme ». Le parti communiste n’est pas particulièrement apprécié du protectorat français, pas plus que les mouvements militant pour l’indépendance du pays, si bien qu’il connaît à diverses reprises la prison et la résidence surveillée : de septembre 1935 à avril 1936, d’avril 1940 à novembre 1943, de 1952 à 1955.
Arrive finalement l’indépendance de la Tunisie, en 1956. Il est toujours membre de la direction du PCT jusqu’en 1957, puis directeur de son hebdomadaire en langue française, L'Avenir de la Tunisie. Le PCT sera interdit en 1963 par Bourguiba puis autorisé à nouveau à partir de 1981, par le même. Bien vidé de sa substance, il n’était plus guère dangereux. On pouvait donc le laisser batifoler.
Georges Adda se présentait lui-même comme un juif tunisien antisioniste, militant pour la cause palestinienne. Ce qui fait qu’il ne fut que très médiocrement regretté par le CRIF et consorts.
Il a écrit dans Jeune Afrique, le 15 octobre 2006, le texte suivant qui vous permettra de mieux comprendre pourquoi :

« Je viens de loin. Les Berbères, mes ancêtres, ont connu les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Arabes, les Normands, les Turcs et les Français qui ont successivement occupé mon pays, devenu indépendant il y a seulement un demi-siècle. Certains de ces Berbères se sont convertis à la religion de Moïse et leurs enfants ont résisté aux harcèlements des chrétiens, puis à ceux des soldats d’Okba Ibn Nafaa, en gardant leurs traditions (coutumes, cuisine, musique), et ils ont adopté l’arabe, qui est devenu la langue de tous.

Ainsi, la Tunisie est mon pays, et le peuple tunisien est mon peuple, mais mes convictions ne sont pas celles de ma mère et de mon père. Toutes les femmes et tous les hommes qui subissent les injustices politiques et sociales sont mes sœurs et frères. Pour la libération de mon pays, j’ai connu prisons, camps de concentration et déportation des colonialistes français. Aujourd’hui, je me dois d’apporter mon soutien au peuple palestinien martyr. S’agissant de la Palestine, il faut d’abord s’entendre sur la signification de certaines expressions telles que « communauté internationale », « légalité internationale », « droit international », etc. Ainsi, en novembre 1947, la résolution de l’ONU par laquelle les Palestiniens ont été dépouillés de leur pays devient entre les mains des deux superpuissances et des sionistes « légalité internationale » et « droit international ». Alors qu’en réalité des Palestiniens ont été victimes de la « communauté internationale ». Pour les étrangers, venus de pays lointains, cette résolution serait la réparation de la destruction du Temple, de la prétendue diaspora des enfants de Canaan, des pogroms quotidiens et les bourreaux étaient et resteront exclusivement européens.
Voici ce que déclarait à cette date Arek Edelman, qui avait été en 1943 le chef de l’insurrection du ghetto de Varsovie : « Si Israël a été créé, c’est grâce à un accord entre la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’URSS. Pas pour expier les six millions de Juifs assassinés en Europe, mais pour se partager des comptoirs au Moyen-Orient. »

La communication, c’est-à-dire le travail de convaincre, est aujourd’hui une arme essentielle. Or, en ce domaine, les responsables palestiniens et arabes enregistrent un réel déficit. Il nous faut rappeler certaines vérités qui seront autant de points forts de notre communication. Les sionistes sont venus en Palestine en prétendant être les descendants du peuple de Canaan. Or ceux qui se réclament de Moïse sont, en réalité, issus d’anciens peuples et de régions diverses bien déterminées, très éloignées de Jérusalem et du Jourdain.

Léon Poliakov a, dans son Histoire de l’antisémitisme (Paris, Calmann-Lévy, 1961), démoli les théories sionistes qui reposent sur la soi-disant « diaspora » et sur le retour à la terre des prétendus ancêtres cananéens. De son côté, le sociologue et historien Paul Sebag, dans son Histoire des juifs de Tunisie (L’Harmattan, Paris, 1991), écrit : « Dans l’Afrique romaine, comme dans les autres provinces de l’Empire romain, il y eut très tôt d’autres juifs que des juifs de souche, dont les ancêtres étaient venus de Judée à des dates diverses. Des hommes et des femmes de toutes races et de toutes conditions se sont convertis au judaïsme, qui fit preuve aux premiers siècles de l’ère chrétienne d’une grande force de pénétration.

Lors de la conquête arabe de l’Afrique du Nord, une partie des Berbères professaient le judaïsme. Dans sa grande Histoire des Berbères, Ibn Khaldoun nous donne les noms des tribus berbères judaïsées et précise les régions où elles étaient établies, de l’est à l’ouest du Maghreb, citant entre autres les Nefoussa au sud de l’Ifriqiya les Jarâwa dans les montagnes de l’Aurès. »
Arthur Koestler a écrit en 1976 La Treizième Tribu (Calmann-Lévy, Paris, 1976) où il relate l’histoire de ses ancêtres khazars : « Le pays des Khazars, peuple d’ethnie turque, occupait une position stratégique entre la Caspienne et la mer Noire sur les grandes voies de passage où se confrontaient les grandes puissances orientales de l’époque... Cela voudrait dire que les ancêtres de ces juifs ne venaient pas des bords du Jourdain, mais des plaines de la Volga, non pas de Canaan, mais du Caucase, où l’on a vu le berceau de la race aryenne ; génétiquement, ils seraient apparentés aux Huns, aux Ouïgours, aux Magyars, plutôt qu’à la semence d’Abraham, d’Isaac ou de Jacob.

S’il en était bien ainsi, le mot “antisémitisme” n’aurait aucun sens, il témoignerait d’un malentendu également partagé par les bourreaux et par les victimes. » Le politologue italien Loris Gallico a publié une longue étude intitulée Un popolo introvabile (« Un peuple introuvable ») en 1984, où il écrit : « Il n’est plus possible de contester le fait que la majeure partie des juifs de l’Europe centro-orientale ait comme origine la dispersion et le mélange des Khazars avec d’autres populations. » Le chancelier autrichien Bruno Kreisky a donné le coup de grâce à l’idéologie sioniste en déclarant dans le Nouvel Observateur en 1981 : « Cette blague du peuple juif est un des grands mensonges de la vie... Parler de peuple juif n’a pas de sens... Sans Hitler, Israël comme pays n’aurait jamais existé... » Je ne peux terminer sans mentionner l’historien français Marc Ferro, qui dans son livre Les Tabous de l’Histoire (Nil, Paris, 2002), a consacré tout un chapitre sous le titre « Les Juifs sont-ils des sémites ? » pour mettre en pièces toute « l’architecture » sioniste et balayer les contrevérités concernant le « peuple juif », la « nation juive », la « race juive ».
On le voit, on peut constituer une énorme anthologie rassemblant des chercheurs, des historiens, des politologues qui ont invalidé les théories des sionistes, tels Alfred M. Lilienthal, Norton Mezvinsky et Maxime Rodinson, etc.
Par ailleurs, en cherchant un peu, on trouvera un très grand nombre de femmes et d’hommes qui, eux aussi, condamnent le sionisme, ou qui n’ont rien à voir avec lui.
On les trouvera dans tous les pays, ils sont de toutes les confessions et de toutes les convictions politiques et philosophiques, car la lutte antisioniste ne doit pas être une affaire judéo-juive, ni judéo-palestinienne ou judéo-arabe. La lutte contre le sionisme doit se développer dans chaque peuple et à l’intérieur de chaque peuple.

Après avoir cherché une terre dite « promise » entre l’Ouganda et l’Argentine, Theodor Herzl a jeté son dévolu sur la Palestine, l’ancienne Canaan des rois David et Salomon. Et pour convaincre les grandes puissances occidentales, il lance, le 14 février 1897, son livre L’État des Juifs. On peut y lire : « Pour l’Europe, nous constituerons là-bas (en Palestine) un morceau du rempart contre l’Asie, nous serons la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie. » Mais la barbarie se trouvait bien loin des bords du Jourdain. Elle se trouvait dans la Russie de Pouchkine et de Tolstoï, dans la Pologne de Chopin où les pogroms étaient quotidiens, au cœur de l’Europe dans l’Allemagne de Goethe et de Beethoven, avec les camps de la mort et les fours crématoires où ont été exterminés entre 1933 et 1945, par des Européens, plus de 5 millions de Polonais, de Russes, d’Allemands, de Français, de Hongrois, etc., eux aussi tous européens, de religions hébraïque et chrétienne.

Nous devons rappeler ces données aux étrangers qui sont venus, il y a plus d’un demi-siècle, occuper la Palestine, ainsi qu’aux opinions publiques européenne et américaine.
Il faut aussi rappeler que les survivants de cette apocalypse et leurs descendants ont des droits imprescriptibles. Ils ont d’abord le droit au retour dans leur Europe natale. Ils ont droit au dédommagement sur leurs terres natales. Il faut encore rappeler sans relâche qu’on n’a jamais vu un Palestinien ou un Arabe pousser un homme de religion hébraïque ou d’origine cultuelle hébraïque dans un four crématoire. Comme il faut toujours rappeler qu’en 1941, en pleine tourmente, un roi arabe, le roi du Maroc Mohammed V, dont le pays était occupé par l’armée française, a refusé d’appliquer dans son pays les lois antijuives en criant au général Charles Noguès : « Ne touchez pas à mes juifs ! »
Il nous faut donc, sans aucune gêne, parler du génocide qui a bouleversé l’Europe.
Le jour où nous enlèverons ce génocide des mains des sionistes - qui en font un fonds de commerce - pour le faire entrer dans le patrimoine de l’Humanité, le peuple palestinien remportera une très grande victoire. Un dernier mot. Les Palestiniens ont une arme : le regard du dominé, du spolié. Je crois que, sur la terre palestinienne, les sionistes ne craignent plus beaucoup les engins explosifs ou les tirs de roquettes. En revanche, ils craignent de plus en plus les regards qui les entourent de toutes parts, qui les poursuivent, qui les encerclent, les étouffent et les asphyxient. Ces regards les font continuellement trembler. Ils dorment entourés des regards des opprimés qui n’aspirent avec raison qu’à la libération de leur pays. » http://france-licratisee.hautetfort.com/

jeudi 22 mai 2008

L’exil du peuple juif est un mythe (suite)

Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées - généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.

En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.
« Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé - je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens - ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »

Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.
« Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »
« Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.
« Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du "Peuple du Livre" qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil - événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le 20e siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »

Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.
« Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". »

Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?
« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes - par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »

Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?
« Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »

Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar - vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s’est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.
Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale - de Mayence et de Worms - a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »

Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?
« Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la "mère des communautés de l’Exil" en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »

Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?
« Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : "Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici" - comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »

Cette crainte n’est-elle pas fondée ?
« Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »

En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.
« Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un "peuple yiddish" qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce "peuple yiddish". Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.
« Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »

Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?
« Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.
« Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.
« Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »

Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?
« Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la "Nakba", entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »
notes
Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXe siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)

Source : Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008, traduit de l’hébreu par Michel Ghys pour Protection Palestine