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dimanche 13 octobre 2024

La bataille de Marchfeld : un affrontement historique révélé par l’archéologie

 

La bataille de Marchfeld : un affrontement historique révélé par l’archéologie (1/1)

Au XIIIe siècle, une lutte acharnée pour le contrôle du Saint Empire romain germanique oppose deux figures emblématiques de l’époque : Rodolphe de Habsbourg et Ottokar II, roi de Bohême. Ce conflit atteint son paroxysme lors de la célèbre bataille de Marchfeld, à l’été 1278. Ce moment clé de l’histoire médiévale, pourtant peu exploré par les chercheurs, fait aujourd’hui l’objet de nouvelles investigations archéologiques.

Rodolphe de Habsbourg et Ottokar II : une rivalité au sommet

L’origine de ce conflit remonte à la mort de Frédéric II de Hohenstaufen en 1250, qui plonge le Saint Empire romain germanique dans une période de chaos connue sous le nom de « Grand Interrègne ». Durant cette quinzaine d’années, plusieurs rois se disputent la couronne impériale. Parmi eux, Ottokar II, roi de Bohême, s’impose comme l’un des prétendants les plus puissants.

Cependant, en 1273, lorsqu’il s’agit de désigner un nouveau roi des Romains, titre préalable pour devenir empereur, Ottokar II ne se présente pas. À sa place, les princes élisent un candidat moins connu : Rodolphe de Habsbourg. Ce choix déclenche une rivalité féroce entre les deux hommes, qui se soldera par la bataille de Marchfeld en 1278.

La bataille de Marchfeld : un tournant décisif

La bataille de Marchfeld est l’un des affrontements les plus violents et décisifs du Moyen Âge. Ce combat, qui oppose les troupes de Rodolphe de Habsbourg à celles d’Ottokar II, a façonné l’avenir du Saint Empire romain germanique. La victoire de Rodolphe a non seulement scellé la fin du règne d’Ottokar, mais aussi marqué le début de l’ascension des Habsbourg sur la scène européenne.

Malgré l’importance historique de cet événement, la bataille de Marchfeld est restée longtemps dans l’ombre. Aujourd’hui, près de 750 ans plus tard, une équipe d’archéologues de l’Institut Ludwig-Boltzmann de Vienne entreprend d’éclaircir les mystères de ce champ de bataille situé au nord-est de l’Autriche. À travers des fouilles et des recherches approfondies, les scientifiques espèrent reconstituer avec précision cet épisode majeur de l’histoire médiévale.

Un plongeon dans l’Europe médiévale

Ce projet archéologique, soutenu par des reconstitutions historiques détaillées, permet de mieux comprendre les enjeux politiques et militaires de l’époque. Grâce à ce travail, la bataille de Marchfeld retrouve sa place au cœur de l’histoire européenne. Un documentaire diffusé par Arte met en lumière ces découvertes passionnantes et offre une immersion totale dans l’Europe du XIIIe siècle.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2024, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2024/09/28/238208/la-bataille-de-marchfeld-un-affrontement-historique-revele-par-larcheologie/

dimanche 22 septembre 2024

Quand la Russie était défaite pour la première fois par les Mongols

 

par Boris Egorov

Dans un premier temps, les princes russes ont traité les nomades de l’Est avec dédain. Ils n’ont pas tardé à le regretter.

L’invasion des Mongols a été un véritable désastre pour la Russie. Vaincues par les nomades, les principautés russes sont devenues politiquement et économiquement dépendantes du puissant empire oriental pendant deux siècles et demi.

L’invasion dévastatrice a eu lieu entre 1237 et 1241, mais les adversaires se sont rencontrés pour la première fois sur le champ de bataille quatorze ans plus tôt. Comment cela s’est-il produit ?

Intrus inattendus

« À cause de nos péchés, des peuples inconnus sont arrivés, des Moabites impies, dont personne ne sait exactement qui ils sont, d’où ils viennent, quelle est leur langue, quelle est leur tribu et quelle est leur foi », c’est ainsi qu’un chroniqueur russe décrit l’apparition des troupes des meilleurs commandants de Gengis Khan, Subötai et Djebé, dans les steppes de la mer Noire, en 1222.

Après avoir traversé l’Asie centrale, ils ont atteint la mer Caspienne, franchi les montagnes du Caucase et envahi les terres des nomades turcs des Coumans. Ces derniers avaient auparavant donné l’hospitalité à la tribu des Merkits, vaincue par les Mongols, et devaient être sévèrement punis pour cela.

Les tribus séparées des Coumans ne purent opposer une résistance digne de ce nom aux meilleurs guerriers d’Eurasie de l’époque et n’eurent d’autre choix que de se tourner vers leurs voisins du nord – les Russes, avec lesquels tantôt ils guerroyaient férocement, tantôt ils concluaient des mariages dynastiques et des alliances militaro-politiques.

Au début de l’année 1223, le chef de l’union tribale occidentale des Coumans, Köten, arriva à la cour du prince de Galicie, Mstislav le Téméraire, devenu son gendre. Lors d’un congrès des princes organisé à la hâte à Kiev, il commença à les persuader de s’opposer aux Mongols.

« Il apporta de nombreux cadeaux – des chevaux, des chameaux, des buffles et des esclaves – et, s’inclinant, les offrit à tous les princes russes, en disant : « Aujourd’hui, les Tatars ont pris notre terre, et demain ils viendront prendre la vôtre, aidez-nous » », rapportent les annales.

Craignant qu’en cas de défaite finale, les Coumans ne rejoignent les Mongols, les souverains de plusieurs principautés russes s’accordèrent alors pour repousser ces intrus indésirables.

La voie du désastre

Les forces des principautés de Kiev, de Galicie-Volhynie, de Tourov et Pinsk, de Tchernigov et de Smolensk, dirigées par deux dizaines de princes, se joignirent ainsi à la campagne commune. Début avril 1223, ils descendirent le Dniepr vers les steppes méridionales et, à la mi-mai, retrouvèrent les Coumans près de l’île de Khortytsia.

Le nombre de forces alliées défie tout calcul. Selon différentes données, il s’agissait de 40 à 100 000 personnes. Subötai et Djebé disposaient quant à eux de 20 à 30 000 soldats.

Face à un ennemi numériquement supérieur, les Mongols tentèrent de résoudre la question de manière pacifique. Des ambassadeurs arrivèrent au camp princier et déclarèrent qu’ils n’étaient en guerre qu’avec les Coumans, pas avec les Russes. Pour des raisons inconnues, les ambassadeurs furent toutefois tués, ce qui fut naturellement perçu par les nomades comme une terrible offense. La guerre était devenue inévitable.

Les Mongols, qui, selon les historiens arabes de l’époque, avaient « le courage d’un lion, la patience d’un chien, la prévoyance d’une grue, la ruse d’un renard, la clairvoyance d’un corbeau et le caractère prédateur d’un loup », ne s’engagèrent cependant pas immédiatement dans une bataille ouverte avec l’ennemi. Ils préférèrent se retirer du Dniepr vers la steppe, attirant ainsi les Russes.

Les opinions sur la manière de poursuivre la campagne divergeaient entre les princes. Certains soutenaient Mstislav le Téméraire, qui estimait plutôt faibles les qualités de combattant des Mongols et qui apparaissait impatient de se battre. D’autres, menés par le prince de Kiev Mstislav le Vieux, appelaient au contraire à la prudence.

Subötai, durant sa retraite, « nourrissait » l’ennemi de petites unités, tels des appâts, lui permettant de remporter de belles victoires. Finalement, l’armée russo-coumane s’engagea pleinement dans la poursuite.

La débâcle

Le prince Mstislav le Téméraire après la bataille de la Kalka – Boris Tchorikov (CC BY-SA 4.0)

Après une semaine de marche, les alliés arrivèrent à la petite rivière Kalka (aujourd’hui vraisemblablement dans la région de Donetsk), où une bataille décisive eut lieu le 31 mai (selon d’autres sources – le 16 juin ou le 16 juillet).

Une partie des poursuivants passa sur l’autre rive et se précipita sur les Mongols, alors que l’autre n’avait même pas commencé la traversée. Après avoir attendu que la distance entre les deux moitiés de l’armée ennemie soit de quelques dizaines de kilomètres, Subötai passa à l’attaque.

Imitant une retraite, la cavalerie lourde des Mongols tourna brusquement et frappa les Coumans abasourdis. Ceux-ci furent instantanément désorientés et se mirent à fuir, semant le chaos dans les rangs des groupes russes qui approchaient. « Les régiments russes arrivèrent dans la confusion, et la bataille fut funeste, pour nos péchés. Les princes russes furent vaincus, et il n’y avait rien eu de tel de toute l’histoire des terres russes », peut-on lire dans les annales.

Le prince kiévien qui se trouvait de l’autre côté de la rivière ne s’engagea pas dans la bataille. Il se retrancha dans un camp bientôt assiégé par les armées mongoles. D’autres groupes de nomades poursuivirent alors les restes des forces dispersées dans la steppe, leur infligeant de terribles dégâts.

Quelques jours plus tard, les Mongols proposèrent aux assiégés, qui commençaient déjà à souffrir de la soif, de se rendre, en promettant de les libérer contre une rançon. Au lieu de cela, les guerriers kiéviens qui se rendirent furent en partie massacrés et en partie capturés. Mstislav le Vieux et plusieurs princes et commandants furent placés sous des planches, sur lesquelles les vainqueurs organisèrent un festin, et moururent du poids insupportable et de suffocation.

Des leçons non retenues

Le premier affrontement armé entre les Mongols et les Russes s’est soldé par une terrible catastrophe pour ces derniers. De nombreux boyards nobles périrent, et sur les quelques dizaines de princes qui y avaient pris part, douze ne rentrèrent pas chez eux.

Il est impossible de calculer les pertes exactes des troupes russes, mais il est certain qu’elles furent énormes. Selon les chroniques, seul un soldat sur dix y survécut.

« Il y eut des pleurs et des lamentations dans toutes les villes et tous les villages », peut-on lire dans le Récit de la bataille de la Kalka, datant du XIIIe siècle. Le dédain généralisé des princes russes pour les nomades laissa ainsi place à une peur panique. 

L’absence d’un commandement uni, le manque de cohérence dans les actions des unités et l’incapacité des princes à s’entendre entre eux face à la menace commune furent les principales raisons de la lourde défaite. Aucune conclusion ne fut tirée de ces événements malheureux, et les vieux problèmes non résolus refirent surface quatorze ans plus tard, lorsqu’une invasion mongole de grande envergure débuta directement contre les terres russes.

source : Russia Beyond

https://reseauinternational.net/quand-la-russie-etait-defaite-pour-la-premiere-fois-par-les-mongols/

vendredi 2 août 2024

Il y a 810 ans, Bouvines : la France victorieuse

 

bouvines
Bouvines, le nom ancien d’une bataille glorieuse ayant eu lieu il y a 810 ans, acte fondateur d'un royaume de France féodal en route vers son unification. Philippe Auguste impose ainsi, lors de cet événement guerrier, le 27 juillet 1214, sa puissance de suzerain à son félon de vassal qu’est le roi d’Angleterre Jean sans Terre. Il devient même l’égal politique de l’héritier du pouvoir de l’ancienne Rome incarné par le Saint Empire romain germanique et son empereur dont la défaite le pousse à l’exil.

Un peu de contexte

Roi de France depuis 1180, Philippe II règne sur un territoire en grand péril. En effet, son vassal et principal rival n’est autre que le roi d’Angleterre, Richard Ier Plantagenêt. Par les legs de sa mère Aliénor d’Aquitaine et son père Henri II, le Cœur de Lion gouverne du mur d’Hadrien jusqu’aux Pyrénées et son domaine forme un véritable empire dit Plantagenêt dont l’immensité dépasse même celle du roi de France.

Cependant, le successeur de Richard, en 1199, n’est autre que son propre frère, Jean sans Terre, et dont le talent en politique ne s’exprime que par l’insolence et l’insulte envers le roi de France qui est aussi son suzerain. Celui-ci n’hésite pas et profite de son droit féodal pour priver son vassal anglo-angevin de ses possessions en Normandie, Anjou, Bretagne, mais aussi en Aquitaine. En représailles, Jean sans Terre décide de monter une alliance avec l’empereur Othon IV afin de s’emparer du royaume de France et de mettre fin au règne des Capétiens.

Une coalition défaite

Selon un plan mûrement réfléchi, ils décident, en 1214, de passer à l’attaque et de prendre en étau Philippe Auguste. Ainsi, les Anglais assiègent La Rochelle pour mieux débarquer leurs forces tandis que les Impériaux arrivent par le Nord avant d’encercler les forces françaises. Cependant, il n’est pas chose si aisée de duper un roi de France. Ce dernier décide d’anticiper les actions de ses ennemis et brise l’armée anglaise le 2 juillet à La Roche-aux-Moines (Maine-et-Loire). Néanmoins, le plus dur reste à faire, car l’armée d’Othon IV est plus nombreuse que celle de Philippe Auguste. L’empereur germanique, pensant la victoire facile, tente une attaque surprise le 27 juillet 1214, près de Bouvines, à 12 kilomètres à l’est de Lille, afin de détruire l'arrière-garde des armées françaises et l'obliger à fuir. Les forces de Philippe Auguste réussissent pourtant à repousser leur ennemi et vont même lancer une contre-attaque en se mettant en ordre de bataille, à la stupeur d’Othon IV. Les troupes de ce dernier sont alors enfoncées par la cavalerie française forte de 1.500 hommes faisant des ravages parmi l’infanterie impériale. À la fin de la journée, Philippe Auguste est vainqueur, tandis que son ennemi fuit dans l’espoir de n’être pas capturé. Dans son empressement, il laisse derrière lui ses bannières, un butin simple mais symbolique, car il entérine la victoire de la France sur ses ennemis en ce jour glorieux.

Malheur aux vaincus

Vaincu, la coalition défaite est obligée d’accepter la volonté du roi capétien. Celui-ci, le 18 septembre, par le traité de Chinon, oblige Jean sans Terre à renoncer à ses droits sur les territoires confisqués par son suzerain et qui viennent ainsi enrichir son propre domaine. Pour l’empereur Othon IV, seule la honte de la défaite lui est laissée par Philippe Auguste, cette disgrâce lui fait perdre son titre et son pouvoir avant que la mort ne l’emporte en 1219. À l’intérieur du royaume de France, la gloire attend le vainqueur de Bouvines qui voit son pouvoir renforcé ainsi que celle de sa dynastie sur ses sujets et ses vassaux. La bataille de Bouvines à travers les siècles, est devenue devenue le symbole de l'émergence de la nation française.

Eric de Mascureau

samedi 29 juin 2024

Au Moyen-Âge les cerveaux ne fuyaient pas la France, bien au contraire

 De plus en plus de Français très diplômés quittent la France pour s’installer à l’étranger. Mais cette « fuite des cerveaux » n’a pas toujours existé. Au Moyen Âge, le flux était même inversé: les étudiants venaient de toute l’Europe pour étudier à Paris.

« L’Italie a le pape, l’Allemagne a l’empereur, la France a l’Université » : le proverbe, apparu vers 1220, souligne à quel point l’université de Paris, spécialisée en théologie, est prestigieuse. C’est une des premières d’Europe, et elle est toute récente à l’époque, née de la rencontre entre l’enseignement de clercs sur la montagne Sainte-Geneviève et le dynamisme de l’école cathédrale de Notre-Dame. Des lettrés de toute l’Europe accourent pour s’y former.

Le développement d’un tel lieu de savoir n’est pas pour déplaire au roi, le tout jeune Louis IX, et à sa mère Blanche de Castille. Car selon le chroniqueur Guillaume de Nangis, « l’étude des lettres et de la philosophie » est « le plus grand trésor », « le joyau le plus précieux ». Cette métaphore est capitale : elle souligne à quel point l’étude et les connaissances sont en train, au cours du XIIIe siècle, de devenir une richesse et une ressource sociale et politique.

Le temps est à une « valorisation politique du savoir », comme le montre l’historien Antoine Destemberg. Dans un monde où les postes de pouvoir sont généralement réservés aux nobles et au haut clergé, cela contribue à bouleverser les hiérarchies sociales. Les juristes, les théologiens, les linguistes, les médecins deviennent de plus en plus importants dans les structures politiques du temps.

Mais cela implique aussi de rassembler de nombreux jeunes, venus de toute l’Europe, dans ce qui deviendra le Quartier Latin, et déjà les voisins se plaignent du bruit. En 1229, une soirée arrosée lors du carnaval dégénère et les sergents du guet rétablissent l’ordre en tuant plusieurs étudiants. Or ces derniers sont tous des clercs et le pouvoir séculier n’a en théorie pas le droit de juger lui-même les clercs, encore moins de les brutaliser – c’est ce qu’on appelle le privilège du « for intérieur ».

Un bras-de-fer s’engage donc entre l’Université et le pouvoir royal, en l’occurrence Blanche de Castille, régente. Les maîtres et les étudiants décident aussitôt d’interrompre les cours. C’est le début d’une longue tradition de grève étudiante et professorale…

Mais Blanche de Castille ne plie pas : si les étudiants désirent rester à Paris, ils doivent accepter d’être soumis aux lois du royaume. Les étudiants décident alors de quitter Paris, ce qui force le jeune roi à intervenir en personne pour les faire revenir dans la capitale. Leurs conditions sont finalement acceptées : en tant que clercs, ils ne pourront être jugés par les autorités laïques.

En 1231, le pape Grégoire IX – lui-même ancien élève de l’université parisienne – émet une bulle par laquelle il reconnaît l’autonomie des universités et le droit des universitaires de faire grève dès que leurs droits seront menacés. L’immense majorité des étudiants et des maîtres reviennent à Paris, qui s’affirme plus que jamais comme la ville du savoir, la « nouvelle Athènes », la capitale intellectuelle de la chrétienté.

C’est là que les grands intellectuels du XIIIe siècle, Thomas d’Aquin en tête, étudieront, enseigneront et écriront. Les étudiants (et les professeurs) y gagnent plus de liberté, et le pouvoir royal évite une catastrophe majeure : la perte de sa jeune université.

Mais le départ des étudiants de Paris en 1229 a suscité un autre phénomène qui a peut-être aussi pesé sur la décision royale : lorsque les étudiants parisiens quittent la ville en 1229, les grands princes européens sautent sur l’occasion et cherchent à les attirer dans leurs propres universités. Il s’agit ni plus ni moins que de capter l’élite intellectuelle parisienne. C’est l’invention du brain drain !

Trois princes sont sur les rangs. D’abord, le comte de Bretagne, qui rêve de fonder l’université de Nantes – celle-ci ne verra le jour qu’en 1460. Au sud, Raymond VII de Toulouse est quant à lui obligé de fonder une université : c’est l’un des points du Traité de Paris qui met fin à la croisade contre les Albigeois. Pour séduire les étudiants, le comte de Toulouse insiste sur les avantages de sa ville : non seulement on pourra y étudier les livres d’Aristote, interdits à Paris, mais surtout, à Toulouse, il fait beau et les femmes sont belles…

Attirer les étudiants – qui sont, faut-il le rappeler, des clercs – en leur promettant des belles femmes, il fallait oser. Le troisième compétiteur est d’un autre rang : c’est Henri III Plantagenêt, roi d’Angleterre, qui les invite à venir s’installer dans une université encore peu connue, Oxford et sa jumelle Cambridge.

Finalement beaucoup d’étudiants restent dans le bassin parisien, en attendant que le roi cède. Leur présence dynamise notamment l’université de Reims, d’Angers ou plus encore d’Orléans : en 1231, celle-ci devient la première université de droit romain en France. D’autres étudiants et professeurs, moins nombreux, acceptent les invitations qu’on leur lance : Jean de Garlande, célèbre grammairien, devient l’un des principaux maîtres de l’université de Toulouse – on vous laisse décider ce qui l’a attiré, Aristote, le soleil ou les jolies filles. En Angleterre, « Oxbridge » prend peu à peu de l’importance, jusqu’à concurrencer Paris sur son propre terrain, la théologie.

Les événements de 1229 rappellent donc deux choses. D’abord, ils soulignent que la pratique consistant à débaucher les élites intellectuelles est très vieille : en 1229 comme aujourd’hui, les savants participent pleinement au prestige, donc à la puissance, d’un État. Aujourd’hui, les grandes universités attirent les prix Nobel en leur faisant miroiter des salaires mirobolants et des conditions de travail idéales, espérant ainsi remonter de quelques places dans le classement de Shanghai.

Par ailleurs, la grève de 1229 rappelle le souvenir d’un temps où les étudiants étaient considérés comme des joyaux par le pouvoir. À l’heure où les budgets consacrés à l’enseignement supérieur ne cessent de diminuer, et où les étudiants sont chaque année accueillis dans des conditions de moins en moins bonnes, il serait peut-être bon de rappeler ces événements aux divers décideurs ; et, pour résister à la « destruction de l’université française », invoquer une époque dans laquelle les pouvoirs avaient à cœur de construire le monde universitaire.

Pour aller plus loin :

  • Antoine Destemberg, L’Honneur des universitaires au Moyen Âge. Étude d’imaginaire social, Paris, PUF, 2015 ; et son compte-rendu sur Nonfiction.
  • Jacques Le Goff, Les Intellectuels au Moyen Âge, Paris, Seuil, 1957.
  • Jacques Verger, L’Essor des universités au XIIIe siècle, Paris, Cerf, 1997.
  • Guy Hervier, « États-Unis : le phénomène du brain drain »Géoéconomie, 2010, n°  53, p. 69-87.

Actuel Moyen-Âge

https://www.fdesouche.com/2016/08/31/au-moyen-age-les-cerveaux-ne-fuyaient-pas-la-france-bien-au-contraire/

mercredi 29 mai 2024

Histoire : naissance de Paris, capitale du royaume de France

 

par Isabelle Bernier

Historiquement parlant, Paris n’a jamais été décrétée capitale mais elle l’est devenue lorsque la monarchie l’a choisie comme lieu de résidence et qu’elle y a progressivement rassemblé les institutions administratives et gouvernementales. Dès le XIIIe siècle, la cité devient le centre politique du royaume, grâce à la présence permanente des rois de France, jusqu’au choix de Louis XIV de transférer sa résidence à Versailles. 

À partir de Philippe Auguste (1180-1223), le roi se fixe à Paris avec sa Cour et un embryon d’administration. Il protège la ville en bâtissant une enceinte de cinq kilomètres de long qui englobe un territoire d’environ 250 hectares ; il la consolide avec un donjon défensif, le Louvre, dont la construction est achevée en 1202. L’autorité du souverain repose désormais sur sa fonction sacrée, reconnue par tous ses sujets. Cette évolution politique majeure, entre le XIIe et le XIIIe siècle, permet à Paris d’acquérir le rang de capitale.

Plan représentant Paris en 1223 (agrandissement) sur lequel se distinguent l’enceinte de Philippe Auguste, l’île de la Cité et le Louvre primitif. Plan représenté dans le Traité de police de Nicolas de La Mare, page 75, 1707. Bibliothèque nationale de France, département cartes et plans. © Wikimedia Commons, domaine public

Paris, résidence royale

Louis IX (1226- 1270) est l’instigateur du Parlement de Paris et de la Cour des comptes. La cité centralise désormais l’administration royale et devient le premier foyer religieux du royaume, avec la construction de nombreuses églises et abbayes. Paris représente également un centre intellectuel de rayonnement européen, grâce au développement de l’Université, reconnue par le pape depuis 1215. Au début du XIVe siècle, Paris compte environ 200 000 habitantsc’est la plus grande ville d’Occident : le dynamisme de la cité repose sur sa fonction de capitale politique.

La Conciergerie, île de la Cité, Paris ; ancien palais royal devenu siège de Cour souveraine (Parlement), puis prison attenante au Palais de Justice. © Wikimedia Commons, domaine public

Sous Charles V (1364-1380), Paris devient résidence royale attitrée lorsque le roi confirme le choix du Louvre et l’inclut dans un nouveau rempart. Le château prend une double fonction : en plus de son rôle protecteur, il est le palais du roi et de la cour, avec le château de Vincennes. L’ancien palais royal sur l’île de la Cité, acquiert une fonction plus administrative et judiciaire avec l’installation du Parlement de Paris.

Monarque itinérant, François Ier choisit Paris comme lieu majeur de résidence royale en 1528 (à son retour de captivité en Espagne) et le Louvre devient son palais parisien. Il décide de le faire reconstruire ainsi que l’Hôtel de Ville qui est achevé en 1628 (sous Louis XIII). La reconstruction du Louvre (auquel s’adjoint le palais des Tuileries de Catherine de Médicis) est achevée à la veille de la Révolution. Administrativement, la capitale comprend alors seize quartiers dont trois pour l’Université.

Carte murale du Louvre Le grand dessein d’Henri IV par Louis Poisson, entre 1600 et 1610. Tableau découvert dans la galerie des Cerfs, au château de Fontainebleau. © Wikimedia Commons, domaine public

Les débuts d’un urbanisme raisonné

Dès le XVIe siècle, la fièvre bâtisseuse s’empare de Paris et de ses faubourgs : en 1548, une ordonnance royale de Henri II tente de limiter l’essor des constructions en dehors des murs. C’est une véritable lutte pour l’extension de la ville qui s’engage entre l’administration et les particuliers : elle va perdurer jusqu’aux années 1770, sous le règne de Louis XV.

On peut affirmer que les premières formes d’urbanisme raisonné apparaissent avec Henri IV : la place Royale (ou place des Vosges actuelle) est créée ainsi que la place Dauphine ; le quartier du Marais connaît un second lotissement (premiers quartiers lotis sous François Ier) ; le pont Neuf, commencé sous Henri III, est achevé et le roi fait construire l’hôpital Saint-Louis.

Plan de Paris publié en 1572 par Braun et Hogenberg (visualisation de l’enceinte de Charles V). Université hébraïque de Jérusalem.© The Hebrew University of Jerusalem & The Jewish National & University Library

Louis XIII et Richelieu poursuivent la politique d’urbanisme engagée par Henri IV. On assiste à la naissance de l’île Saint-Louis Louis Le Vau, architecte (entre autres) de Vaux-le-Vicomte et auteur des premiers plans d’extension de Versailles, y bâtit un ensemble d’hôtels particuliers prestigieux. Avec Louis XIVles chantiers des Invalides et de l’Observatoire sont ouverts, et l’architecte Jules Hardouin-Mansart propose au roi, les plans de la place des Victoires et de la place VendômeEn 1682, Louis XIV s’installe à Versailles avec la cour : cela n’empêche pas la construction de nouveaux quartiers résidentiels à Paris – le faubourg Saint-Germain, puis le faubourg Saint-Honoré sous la Régence – et l’installation des Académies royales.

Vue générale de l’Hôtel des Invalides, Paris ; construction ordonnée par Louis XIV en 1670 pour accueillir les soldats et officiers blessés de ses armées. © Wikimedia Commons, domaine public

Depuis Versailles, Louis XV et Louis XVI sont également des monarques qui entreprennent de grands travaux parisiens : l’École militaire et la place Louis XV (place de la Concorde actuelle) sont bâties entre 1752 et 1772 ; les chantiers de l’église Sainte-Geneviève (futur Panthéon) et de l’église de la Madeleine sont ouverts en 1764Le quartier de l’Odéon est créé entre 1779 et 1782 ; on démolit les maisons sur les ponts Marie, Notre-Dame et Saint-Michel entre 1786 et 1788.

Tableau La joute des mariniers par Nicolas Raguenet en 1756, (la scène se situe entre le pont Notre-Dame et le pont-au-Change). Musée Carnavalet, Paris. © Wikimedia Commons, domaine public

Le mur dit des Fermiers généraux est réalisé entre 1784 et 1787 : cette enceinte de vingt-trois kilomètres permet aux agents des impôts indirects de percevoir à chacune des soixante barrières d’octroi (54 mises en place avant la Révolution), les droits d’entrée des marchandises qui seront vendues dans la capitale. Beaumarchais ne peut s’empêcher de critiquer la construction de ce mur fiscal : « Le mur murant Paris, rend Paris murmurant ».

Rotonde de la Villette, l’une des barrières d’octroi dessinée par l’architecte Nicolas Ledoux. © Wikimedia Commons, domaine public

Emprise politique, économique et sociale déterminante

À cette époque, Paris s’étend sur 3 500 hectares et sa population est estimée à 600 000 habitants : elle est désormais la deuxième ville européenne derrière Londres, mais représente à peine 2,5 % de la population française. L’emprise politique, économique et culturelle de la capitale s’étend à tout le royaume. Alors que le règne de Louis XIV est marqué par une opposition locale entre ville et cour (Paris et Versailles), apparaît dans les années 1750 l’opposition nationale entre Paris et « province ». La capitale confirme sa position de centre politique et administratif du royaume : les grandes institutions centrales (Chancellerie, Ferme générale, Ferme des postes), les secrétariats d’État, les cours souveraines (Parlement, Cour des comptes) y ont leur siège. Seul, le Grand Conseil (des ministres) demeure à Versailles.

Plan de Paris de 1739 dit plan Turgot (axe est-ouest et perspective). Plans anciens de Paris. © Wikimedia Commons, domaine public

La haute noblesse se fait construire des hôtels particuliers luxueux, notamment dans le nouveau quartier du faubourg Saint-Honoré. Ainsi, le comte d’Évreux y fait bâtir le futur palais de l’Élysée en 1720 offert par Louis XV à la marquise de Pompadour en 1753, le palais devient résidence impériale de Napoléon Ier en 1805. Son neveu Napoléon IIIpremier président de la République française avant d’être empereur, y habite à partir de 1848.

Paris devient le creuset français !

Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, le mouvement migratoire vers la capitale s’amplifie et l’on estime que 10.000 immigrants se fixent à Paris chaque année. La grande majorité vient de la moitié nord du royaume (exception faite de l’Auvergne), ce sont de jeunes adultes à la recherche d’un travail qui deviennent ouvriers, domestiques ou exercent les innombrables petits métiers de la rue. À la fin du siècle, les registres paroissiaux indiquent que 30 % seulement des Parisiens adultes sont nés à Paris !

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Le nom de la cité est attesté pour la première fois par Jules Césarau milieu du 1 siècle av. J.-C., dans la Guerre des Gaules, sous la forme Lutecia ou Lutetia (selon les manuscrits). On trouve ensuite Lutetia apud Parisios au 4ème siècle (Parisios étant à l’accusatif pluriel) ; puis Parisios [usque] en 400 – 410, et enfin Paris, attestée dès 887.

Paris doit son nom au peuple gaulois des Parisii (au nominatif pluriel). 

Interprétations anciennes

L’étymologie de Paris a été à l’origine de nombreuses interprétations, souvent plus farfelues les unes que les autres afin de glorifier la « plus belle ville du Monde » et de lui attribuer des origines prestigieuses.

Les historiens du Moyen Âge comme le moine Rigord de Saint-Denis ont rattaché la fondation de Paris à la prise de Troie, les Troyens émigrés s’étant alors installés sur les rives de la Seine et auraient baptisé leur nouvelle cité du nom de Pâris, fils de Priam et amant de Hélène. On trouve aussi l’étymologie parisia, « audace » en grec. Au 16ème siècleBaptiste de Mantoue écrit dans Vita Sancti Dionysii que les Parisiens sont issus des Parrhasiens — habitants de Parrhasie, cité d’Arcadie — et compagnons de Héraclès (Hercule).

Gilles Corrozet dans La Fleur des Antiquitéz de la plus que noble et triumphante ville et cité de Paris publié en 1532 estime que Paris doit son nom à un temple d’Isis (Par Isis), déesse égyptienne, dont la statue se situerait à l’église Saint-Germain-des-Prés.

Isabelle Bernier, Historienne / Futura Sciences

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Paris

https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/histoire-histoire-naissance-paris-capitale-royaume-france-12300/

via:https://aphadolie.com/2019/11/09/histoire-naissance-de-paris-capitale-du-royaume-de-france/

https://reseauinternational.net/histoire-naissance-de-paris-capitale-du-royaume-de-france/

lundi 8 avril 2024

Charles de Valois, le roi qui ne fut jamais roi

  

Curieuse histoire que celle de Charles de Valois, fils, frère et père de plusieurs rois de France ainsi que gendre et beau-frère de nombreux autres souverains de l’Europe médiévale. Pendant toute sa vie, Charles fut dans une continuelle quête d’un royaume à posséder. Acquérant de nombreux titres, il ne porta jamais assez longtemps la couronne pour acquérir un véritable pouvoir. Retour sur l’étonnant destin de ce descendant de la race de Saint Louis qui naquit le 12 mars 1270, il y a 754 ans.

Charles, roi d’Aragon

C’est à Vincennes que naît le dernier fils de Philippe III le Hardi. Titré comte de Valois, d’Alençon et du Perche, ce jeune prince grandit dans l’ombre d’un frère aîné, Philippe, que l’Histoire fit connaître comme le roi de fer. Seulement, par un heureux hasard et par son sang maternel, Charles devient son égal en acquérant le trône d’Aragon en 1284. Lors de ce que l’on pourrait appeler un simulacre de couronnement, le cardinal présidant la cérémonie, n’ayant point de couronne à disposition, sacre le prince avec son propre chapeau cardinalice. Cet événement fait ainsi surnommer le nouveau souverain aragonais le « roi du chapeau » par les mauvaises langues. Malheureusement, ce règne fantoche cesse en 1295, lorsque Philippe IV le Bel, désormais roi, renonce à aider son frère à maintenir son pouvoir et son titre. Selon Jacques Bainville dans son Histoire de France« il jugea bientôt que cette affaire […] était épuisante et sans issue. […] Il n'était pas raisonnable de courir des aventures lointaines lorsque la France n'était pas achevée. »

Charles, empereur de Constantinople

Celui qui est appelé « Monseigneur de Valois » par Maurice Druon dans ses Rois maudits regagne rapidement le royaume de France. Il y obtient une place au conseil royal et s’efforce d’aider de son mieux son frère. Seulement, il doit affronter la cohorte de légistes qui entourent Philippe IV et qui sont issus, non pas de la noblesse, mais de la bourgeoisie. Parmi ceux-ci, Guillaume de Nogaret et Enguerrand de Marigny qui deviennent les némésis de Charles de Valois et dont les tristes noms sont entrés dans l’Histoire de France grâce à l’affaire des Templiers.

Charles cherche néanmoins à regagner sa puissance passée de souverain déchu. Devenu veuf, il réussit, par les liens du mariage, à trouver en 1300 un excellent parti en la personne de Catherine de Courtenay. Cette dernière n’est autre, alors, que l’héritière par droit du sang du trône de Constantinople usurpé. Devenu empereur titulaire, Charles de Valois cherche à gagner cette couronne orientale. Il forge de nombreuses alliances avec la papauté, la Sicile, Venise et l’Aragon et cherche à monter une expédition. Cependant, le décès prématuré de son épouse en 1307 met fin à ses rêves de grandeurs et à sa prétention pour ce trône lointain légué à sa fille Catherine.

Charles, empereur du Saint Empire

Néanmoins, ce nouvel échec ne fait pas perdre à Charles de Valois son ambition. Profitant de l’assassinat de l’empereur du Saint Empire romain germanique, Albert de Habsbourg, en 1308, le frère de Philippe IV le Bel convoite désormais ce trône vacant et apporte sa candidature. Soutenu par la papauté et le royaume de France, Charles pense l’affaire conclue. Cependant, cela ne se passe pas ainsi car c'est un autre prétendant, Henri du Luxembourg, qui est choisi par les princes électeurs.

Lassé après ces nombreuses déconvenues, Charles de Valois retourne en France et reprend pleinement son rôle de conseiller royal. À défaut de pouvoir être roi, il devient alors un guide pour ses neveux, Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV le Bel qui se succèdent en ce début du XIVe siècle avant que ne disparaissent avec les Capétiens directs. Ironie du sort : après avoir tant désiré une couronne, Charles de Valois meurt en 1325 sans voir son propre sang monter sur le trône de France en 1328, ce trône qu’il avait peut-être tant désiré sans jamais croire qu’il pouvait le revendiquer pour lui ou pour les siens. Son fils, Philippe VI, réalisera ce rêve, inaugurera une nouvelle dynastie pour le royaume de France et déclenchera plus d’un siècle de guerre avec l’Angleterre.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/charles-de-valois-le-roi-qui-ne-fut-jamais-roi/

mardi 5 mars 2024

La bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212)

 Au XIe siècle, en Espagne, le califat omeyyade entre dans une phase de “décomposition”. En 1031, il n’y a plus de calife, et al-Andalus éclate en une multitude de petits États appelés taifas, sur des bases ethniques. La reconquête s’accélère pour les États chrétiens du Nord. En 1086, l’année qui suit la prise de Tolède, les rois des taifas appellent à l’aide les Berbères almoravides qui venaient de fonder un empire en Afrique du Nord. L’émir Yûsuf ibn Tashfin stoppe alors la reconquête en écrasant l’armée chrétienne à Sagrajas (1086) avant de rembarquer pour le Maroc.

Les chrétiens parviennent néanmoins à rétablir la situation et l’expansion chrétienne reprend. En Afrique du Nord, la puissance almoravide s’effondre, remplacée par les Almohades. Ceux-ci débarquent en Espagne et s’opposent aux chrétiens, avec sur le plan militaire des hauts et des bas. En 1195 survient le désastre d’Alarcos pour les chrétiens, un traumatisme en Occident car survenant peu après la reprise de Jérusalem par les musulmans en Orient (1187). Les chrétiens sont repoussés jusqu’au Tage.
En 1199, le nouveau calife almohade, Muhammad an-Nasîr, souhaite en découdre avec les États chrétiens du Nord de la péninsule. Le calife est appelé chez les chrétiens le « Miramamolin » (déformation du titre al-Amîr al-Mu’Minin, « émir des croyants »). La puissance militaire de l’empire almohade est alors à son sommet et l’effroi se fait sentir jusque dans le Midi de la France : « à nous sont la Provence et le Toulousain, / jusqu’au Puy tout ce qui est au milieu ! » diraient les Sarrasins selon le troubadour Gévaudan. La trêve entre les Almohades et le royaume de Castille est rompue au milieu de l’année 1210.
I. Vers la bataille
Au milieu de l’année de l’année 1210, an-Nâsir décide de lancer une grande offensive contre la Castille pour abattre son plus redoutable ennemi. An-Nâsir proclame le djihad, traverse le détroit de Gibraltar avec une grande armée puis assiège la forteresse de Salvatierra. Mais les défenseurs de Salvatierra se défendent bien, au moment où Alphonse VIII de Castille ne peut pas riposter.
Lorsque Salvatierra chute, Alphonse VIII décide de rassembler l’ensemble de ses forces pour livrer une bataille rangée. Il envoie également des émissaires auprès des rois espagnols, du roi de France et du pape. Quelques troubadours deviennent les propagandistes de la cause castillane. Innocent III déclare la croisade et des prières pour la victoire s’organisent en France et à Rome. Un peu partout on s’enrôle pour partir combattre les Almohades.
Les croisés se regroupent à Tolède fin mai 1212. Parmi ces troupes, on retrouve le chef spirituel de la croisade contre les Albigeois, l’archevêque Arnaud Amaury de Narbonne. Les sources donnent un chiffre de 40.000 fantassins et 10.000 cavaliers. Le roi d’Aragon est venu accompagné de ses chevaliers, les rois du Léon et du Portugal ont envoyé des contingents. L’armée almohade se concentre à Séville. Elle se compose de Berbères, d’Arabes, de Turcs, de Noirs et d’un certain nombre de volontaires.
L’armée croisée progresse à la vitesse moyenne de 15 kilomètres par jour. Une chaleur étouffante accable les hommes et de ce fait un certain nombre de croisés désertent. Deux forteresses musulmanes sont prises : Malagon et Calatrava. De son côté, le calife avance jusqu’à la Sierra Morena et adopte une stratégie défensive. Les chrétiens avancent vers l’armée musulmane, tandis que le roi de Navarre Sanche VII arrive au dernier moment avec 200 chevaliers.
Le 14 juillet, les croisés établissent leur camp sur un haut plateau du versant sud de la sierra. An-Nâsir, qui ne les attendait pas là, essaie de les y expulser en provoquant immédiatement la bataille.
II. La bataille de Las Navas de Tolosa

Le lundi 16 juillet, l’armée croisée se range en ordre de bataille. « Jamais tant et telles armes de fer n’avaient été vues en Espagne » rapporte la Chronique latine des rois de Castille. Les chrétiens sont 10.000 à 14.000. Les Castillonais sont placés au centre, les Catalans et Aragonais à droite, les Navarrais à droite. Les autres croisés se sont placés dans les rangs castillans.
Face à eux, An-Nâsir aligne 20.000 à 25.000 hommes. Dans l’avant-garde et sur les flancs, des cavaliers turcs, berbères et arabes ; derrière la foule des volontaires pauvrement armée ; au centre et à l’arrière Almohades et Andalous avec une cavalerie lourde. Derrière l’armée musulmane, une enceinte fortifiée sur une colline.
La bataille débute par l’attaque des avant-gardes chrétiennes contre les cavaliers musulmans ; ceux-ci ripostent par une attaque rapide et un volte-face. Les croisés chargent alors les volontaires et les massacrent. Ils poursuivent l’effort mais se heurtent au centre de l’armée almohade. C’est à ce moment qu’arrivent les deuxièmes corps chrétiens. Les Almohades tentent sans succès d’attaquer les flancs des croisés pour les encercler.
An-Nâsir ordonne alors à son arrière-garde de partir au combat. Les croisés, exténués et ayant subi des pertes, supportent mal ce nouvel assaut. Les pertes sont nombreuses chez les chrétiens ; parmi les morts, le maître du Temple, le maître de Saint-Jacques et l’évêque de Burgos. Voyant le moment décisif arriver, les rois chrétiens chargent alors avec leurs troupes encore intactes. Les rangs musulmans s’effondrent. C’est une débandade.
Les chevaliers avancent vers la forteresse sur la colline. Les défenseurs luttent courageusement tandis que le calife abandonne le camp et part en direction de Séville. Finalement, les croisés pénètrent l’enceinte fortifiée du fort par plusieurs côtés. La bataille est terminée. Les musulmans continuent à fuir jusqu’à la nuit.
Les pertes sont mal connues : probablement quelques milliers de combattants pour les croisés, au moins 10.000 pour l’armée almohade.
III. Le début de la fin de la Reconquista
L’armée croisée mène dans les jours qui suivent des opérations militaires dans la région (prise des forteresses de Ferras, Navas de Tolosa, Vilches, Banos de la Encina ; capture de la ville abandonnée de Baeza ; capture de la ville d’Ubeda). Touchée par la dysenterie, l’armée chrétienne se retire fin juillet. A Calatrava, les rois rencontrent le duc Léopold VI d’Autriche, arrivé trop tard pour la bataille ! Les vainqueurs parviennent à Tolède où est organisée une grande cérémonie religieuse et populaire.
La bataille a un grand retentissement. « En Espagne, jamais il n’y eut une bataille comme celle-là » écrit l’évêque Luc de Tuy. Le 11 août 1212, l’archevêque de Narbonne Arnaud Amaury déclare au chapitre de l’ordre de Cîteaux : « Nous vous annonçons une nouvelle de grande joie, parce que Miramamolin, roi de Maroc, qui, selon ce que nous avons entendu de beaucoup, avait déclaré la guerre à tous ceux qui adoraient la Croix, a été vaincu et mis en fuite en bataille rangée par les adorateurs de la Croix. »
Sur le long terme, la bataille prépara la reconquête de l’Andalousie avec le passage de la Sierra Morena sous contrôle chrétien. Les Almohades se virent largement affaiblis militairement. La défaite atterra les musulmans tandis que les chrétiens virent dans leur victoire le « jugement de Dieu ».
Sources :
ALBANEL Laurent, GOUZY, Nicolas (dir.), Les grandes batailles méridionales (1209-1271), Toulouse, Privat, 2005.
MENJOT Denis, Les Espagnes médiévales. 409-1474, Paris, Hachette, 1996.

https://www.fdesouche.com/2012/07/16/la-bataille-de-las-navas-de-tolosa-16-juillet-1212/

dimanche 11 février 2024

Les universités médiévales (XIIIe-XIVe)

 L’université est une invention européenne qui n’a aucun précédent historique ou équivalent dans une autre région du monde. Elle est la conséquence du développement urbain en Occident, et naît dans les premiers temps d’initiatives spontanées d’association de maîtres et d’élèves, à la fin du XIIe siècle. Ces groupements de maîtres et d’élèves font pression tant auprès des pouvoirs ecclésiastiques que des pouvoirs civils pour obtenir les privilèges propres à toute corporation.

Vers le milieu du XIIIe siècle, l’Université parvient à s’affranchir des pouvoirs laïcs et épiscopaux pour ne dépendre que de la papauté. L’Université a alors le monopole de la collation des grades et cooptation, dispose de l’autonomie administrative (droit de faire prêter serment à ses membres et d’en exclure), de l’autonomie judiciaire et de l’autonomie financière.

Les papes du XIIIe ont tout intérêt à accompagner et contrôler le développement des universités : elles fournissent les meilleurs cadres de l’Église, apporte aux prédicateurs une argumentation contre les hérésies, et permet de mieux définir l’orthodoxie par ses recherches théologiques (l’Université de Toulouse sera ainsi fondée en 1229 par la papauté pour contrer l’hérésie cathare, dès 1217 une bulle pontificale appelle maîtres et étudiants à venir étudier et enseigner dans le Midi). Les professeurs étaient quasiment tous des clercs. A noter que l’enseignement était alors (théoriquement) gratuit : en effet, le savoir étant perçu comme un don de Dieu, le vendre serait se rendre coupable de simonie (trafic et vente des biens et sacrements de l’Église). Les cours cesseront d’être gratuits lorsque les autorités civiles remettront les mains sur les universités à partir du XIVe siècle.

On distingue quatre grandes facultés : la faculté des arts, la faculté de théologie, la faculté de droit (romain et canon) et la faculté de médecine. La faculté des arts est une faculté subalterne qui permet d’accéder à l’une des trois facultés supérieures.

Note : Ici ne sera traité essentiellement que la faculté des arts (on pouvait d’ailleurs très bien arrêter ses études à sa sortie). Cet article ne se veut pas exhaustif, le sujet étant si vaste qu’il est impossible d’être complet. Je laisse par exemple volontairement à l’écart les querelles autour des Mendiants et autour d’Aristote…

I. L’organisation de l’Université

L’Université est une fédération de plusieurs écoles qui sont concurrentes puisque chaque maître dirige un établissement d’enseignement. La fréquentation de l’Université dépend en grande partie du prestige des professeurs, et de nombreux étudiants suivent tel ou tel maître à travers ses pérégrinations en Europe. Dans les universités de renom, les élèves ont des origines géographiques diverses : ils se regroupent au sein de la faculté dans les nations. Dès les années 1220 à Paris, il y a ainsi 4 nations : Français, Normands, Picards et Anglais. Les élèves originaires d’un même pays se groupent ensemble : ceux des pays latins rejoignent les Français, les Germaniques et les Slaves vont avec les Anglais, ceux de l’Ouest se placent avec les Normands tandis que les Flamands se regroupent avec les Picards.

Chaque nation a son représentant, le procureur, qui participe avec les représentants des autres nations à l’élection du recteur de la faculté (qui est un maître es arts). Celui-ci a des pouvoirs étendus : il fait libérer les étudiants arrêtés par les agents du roi pour les faire juger au sein de l’Université, il fixe le loyer des logements et le prix de location des livres, dirige les finances, peut infliger des amendes et des arrêtés de suspension ou d’exclusion. Il est le représentant de l’Université à l’extérieur avec huit bedeaux (à Paris) : agents qui font exécuter les décisions. Son principal rôle est de protéger les privilèges de l’Université : exemption d’impôts, de toute forme de service militaire et surtout de toute juridiction laïque.

Les problèmes de gestion sont simples puisque l’Université ne possède pas de bâtiments propres : le maître loue une salle à ses propres frais quand il ne fait pas cours à l’extérieur ou à son domicile. Les collèges (qui ne sont alors pas des établissements d’enseignement mais des résidences où les étudiants pauvres peuvent trouver gîte et couvert), fondés généralement par des mécènes, peuvent aussi accueillir des cours, comme le fameux collège de Robert de Sorbon (fondé en 1253) qui accueillera la faculté de théologie de Paris. Quant aux rentrées d’argent, elles viennent essentiellement des amendes et des contributions après examen.

II. Cursus et programmes

L’Université médiévale met fin à l’anarchie qui caractérise les écoles du haut Moyen Âge au niveau du cursus et du programme. En général, l’enseignement à la faculté des arts durait 6 ans, l’élève y entrant vers 14 ans et y sortant vers 20 ans ; il comprend deux examens, passés devant un jury de maîtres : le baccalauréat (attesté à Paris en 1231) au bout de deux ans (qui donne le droit de participer aux disputes) et la licence à la fin du cursus.

Les études « supérieures » sont souvent plus ardues et sont enseignées après 20 ans. Les études de théologie sont les plus difficiles, durant au minimum 8 ans (parfois jusqu’à 15 !) et requérant l’âge de 35 ans au moins pour l’obtention du doctorat.

Les programmes d’études des facultés des arts sont basés sur ce que l’on appelle le trivium et le quadrivium, concepts hérités du philosophe romain Boèce. La grammaire (étude de la langue), la dialectique (art de raisonner) et la rhétorique (art de persuader) sont les trois disciplines du trivium ; la musique, l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie forment le quadrivium. D’une manière générale, l’enseignement donne la belle place à la dialectique, devant le quadrivium et les autres disciplines du trivium. L’Angleterre en revanche met à l’honneur le quadrivium et la pensée scientifique dont les maîtres Robert Grossetête et Roger Bacon seront les plus illustres représentants.

III. Les livres

Les études universitaires supposent des livres, ce qui n’est pas sans poser des problèmes d’ordre pratique. Avec le développement de l’instruction, le livre doit cesser d’être un objet de luxe réservé aux élites. Les grandes villes universitaires (comme Paris ou Bologne) deviennent des grands centres de production de livres dont les ateliers surpassent les scriptoria ecclésiastiques.

Le format même du livre change : les feuilles de parchemin deviennent moins épaisses, plus souples et moins jaunes ; le livre devient plus petit pour être transporté plus facilement ; la minuscule gothique, plus facile à dessiner, remplace la minuscule carolingienne ; la plume d’oie se substitue au roseau pour l’écriture ; les miniatures et enluminures se font beaucoup plus rares, le copistes laissant des espaces blancs pour que l’acheteur, s’il le souhaite, puisse faire peindre des ornementations.

A la faculté des arts, les auteurs étudiés sont essentiellement, pour la grammaire, Sénèque, Lucain, Virgile, Horace, Ovide, Cicéron. En dialectique, la Logique de Boèce est étudiée jusqu’en 1255 au moins, puis l’Isagogue de Porphyre et l’Organon d’Aristote finissent par être pratiqués en entier. Pour le quadrivium, des traités scientifiques finissent par accompagner les vieux manuels : l’Heptateuque de Thierry de Chartres est ainsi souvent utilisé.
En droit, ce sont le Décret de Gratien, le Code de Justinien, le Liber Feudorum (lois lombardes, pour Bologne) qui sont étudiés. La faculté de médecine s’appuie surtout sur l’Ars Medecinae, recueil de textes réunis au XIe comprenant des oeuvres d’Hippocrate et de Galien auxquels s’ajoutent plus tard des œuvres d’Avicenne, d’Averroès et de Rhazès. La faculté de théologie ajoute à la Bible le Livre des Sentences de Pierre Lombard et l’Historia Scholastica de Pierre la Mangeur.

IV. La méthode scolastique

L’enseignement médiéval repose pour une grand part sur l’oral et fait appel aux capacités de mémorisation. Les traités pédagogiques donnaient d’ailleurs des conseils pour entretenir sa mémoire et la développer.

La scolastique (de schola : école), méthode d’enseignement médiévale, se divise en trois parties : lectiodisputatiodeterminatio. La lectio (leçon) constitue le point de départ de l’enseignement et consiste en un commentaire du texte étudié (présentation de l’ouvrage étudié, de l’auteur, explication linéaire du texte).

S’en suit la disputatio (dispute, débat), exercice séparé de la lectio qui consiste à discuter un point du texte. Une question peut être imaginée par le maître puis être débattue au cours d’une séance particulière (« Faut-il honorer ses parents ? Satan sera-t-il sauvé ? »). La dispute oppose les bacheliers en « répondants » (respondentes) et en « opposants » (opponentes). Le maître préside le débat, les étudiants débutants n’y participent pas mais y assistent pour s’y préparer. Cette étape est au cœur de la méthode scolastique, et très appréciée par les étudiants.

Quand le débat est terminé, les questions et réponses fournissent une matière désordonnée à organiser pour former une doctrine. Cette doctrine est élaborée par le maître et exposée durant la determinatio (détermination), exposé doctrinal ayant lieu quelques jours après la dispute où le maître présente le résultat de sa pensée. La doctrine est mise à l’écrit par le maître ou un auditeur et publiée dans les Questions disputées.
Plus tard se développe la dispute quodlibétique où le maître se propose de traiter un problème par n’importe qui sur n’importe quel sujet, exercice très difficile supposant une grande vivacité d’esprit car non préparé.

Sources :
LE GOFF, Jacques. Les intellectuels au Moyen Âge. Seuil, 1957.
ROUCHE, Michel. Histoire de l’enseignement et de l’éducation. 1 – Ve av. J.-C. – XVe siècle. Nouvelle Librairie de France, 1981.
VERGER, Jacques. Culture, enseignement et société en Occident aux XIIe et XIIIe siècles. PUR, 1999.

https://www.fdesouche.com/2011/04/24/desouche-histoire-les-universites-medievales-xiie-xive/

dimanche 28 janvier 2024

L’affouage, une utilisation traditionnelle et communautaire de la forêt

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Arthur Hacker - Un bûcheron et sa fille (1892)

Les conseils municipaux de nombreuses communes forestières accordent à leurs habitants la possibilité de se procurer le bois nécessaire à leur chauffage domestique, en le prélevant dans la forêt communale : c’est l’affouage. Le mot date du XIIIe siècle, il est issu du verbe d’ancien français «affouer» = chauffer, lui même vient du latin «affocare». Ce terme est souvent utilisé comme synonyme de bois de chauffage, bois de feu.

Sous l’Ancien Régime, les communautés rurales, surtout dans la moitié Nord de la France, en Wallonie, et au Luxembourg, détenaient, en biens communaux indivis, des terrains, notamment des forêts et des pâturages. Actuellement, certaines communes possèdent encore des forêts communales.

En France: au milieu des années 1980, les volumes de bois délivrés sous forme d’affouage s’élevaient à 2 millions de stères et étaient en baisse constante. En 2005, les délivrances atteignaient 1,1 million de stères (à comparer aux 6,5 millions de stères de bois vendus par les communes). Il semblerait que, depuis 2005, il y ait une reprise des affouages, face à la hausse des prix de l’énergie.

Les volumes de bois concédés à l’affouage doivent être en rapport avec les besoins de l’affouagiste, c’est pourquoi le partage se fait surtout par feu (par foyer fiscal en fait). Le bénéficiaire ne peut vendre que le bois de chauffage qui lui a été destiné en nature (article L-145-1 du Code Forestier).

En France, le règlement d’affouage permet à la commune de préciser les règles de partage et de déroulement de l’affouage. Il comporte un certain nombre de prescriptions. La loi Grenelle II a clairement précisé en 2010 que les bénéficiaires de bois d’affouage, délivrés en nature par les communes disposant de forêts, ne sont pas autorisés à le vendre.

C’est en raison de l’aspect communautaire de l’utilisation des produits des forêts communales que l’article L 145.1 du code forestier français, prévoit la désignation de trois garants lorsque le conseil municipal décide d’affecter une coupe de bois à l’affouage.

La désignation de ces garants confirme, en droit (et au plan symbolique), la solidarité qui est censée unir tous les habitants ayant droit à l’affouage : les trois plus solvables d’entre eux sont garants des dommages et infractions que les autres affouagistes peuvent causer à la propriété forestière communale lors de l’exploitation de leurs lots d’affouage. C’est parce que la forêt est leur bien commun qu’ils garantissent la réparation des dommages qui peuvent y être causés par un des leurs.

Pour les bois sur pied, les agents de l’ONF réservent une partie des arbres, les fûts de grande valeur (bois d’œuvre) d’une part, les arbres conservés pour le peuplement d’autre part. Ces arbres sont marqués  à la peinture. Les arbres et arbustes destinés à l’affouage représentent donc souvent le taillis. Les parts affouagères sont jalonnées avant le tirage au sort, ou les bois à exploiter sont numérotés.

Les affouagistes coupent ensuite les arbres qui leur sont dévolus, en respectant le règlement d’exploitation déterminé en fonction des nécessités de la gestion de la parcelle (par exemple: interdiction de brûler pour régénérer l’humus, ou à l’inverse obligation si la fûtaie réservée est destinée ensuite à une coupe immédiate). Ils rangent les bois coupés en stères, en séparant le bois de chauffage, seul soumis à la taxe, des charbonnettes et des bois morts.

Dans les parts affouagères, on distingue les houppiers et les brins : les premiers sont les résidus des coupes des bois d’œuvre (chênes, hêtres, ..) ; les seconds sont des arbres sur pied, mal conformés, trop proches de beaux arbres dont ils gênent le développement ou malades.

Wikipedia

CODE FORESTIER FRANÇAIS (Partie Législative) Chapitre V : Coupes délivrées pour l’affouage, texte intégral

CODE FORESTIER FRANÇAIS (Partie Réglementaire) Chapitre V : Coupes délivrées pour l’affouage, texte intégral

https://www.fdesouche.com/2010/11/27/laffouage-utilisation-communautaire-des-forets/