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mercredi 28 août 2024

20 août 1940, Trotski assassiné : le communisme dévore ses enfants

 

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C’est sur les terres lointaines et ensoleillées de Mexico que, le 20 août 1940, alors que l'Europe, et bientôt le monde, basculaient dans la guerre, disparut l’un des grands artisans de l’URSS. Exilé des steppes gelées de l’ancienne Russie impériale par ses camarades soviétiques, Léon Trotski s’est réfugié en Amérique latine afin de continuer la lutte. Cependant, Staline ne l’avait pas oublié. Malgré la distance et le temps, Trotski était toujours un danger pour la domination du sanguinaire « petit père des peuples » sur l’ensemble de l’Empire soviétique.

Un combat à mort

La chute de Trotski commence avec le décès de Lénine en 1924 : la lutte s'ouvre pour la conquête du pouvoir. Vladimir Ilitch lui-même entrevoyait déjà avant sa disparition le duel à mort qui opposerait ses deux héritiers spirituels. En Staline, il ne perçoit qu’un personnage grossier « ayant concentré tous les pouvoirs », selon Stéphane Courtois, tandis qu’il considère Trotski, surnommé le « Gourdin de Lénine », comme « capable mais péchant par zèle ». Cependant, l'intellectuel Trotski ne pressent pas immédiatement le danger stalinien. Il est peu à peu ostracisé tandis que Staline s’empare du pouvoir et du parti. Les accusations de traîtrise à la cause bolchevique et à la mémoire de Lénine sont sans cesse lancées à la figure de Trotski, qui peine à trouver des alliés. Car Staline a réussi à rallier à lui et à placer des partisans dans tous les rouages des systèmes politique et administratif de l’URSS. « L’homme d’acier » va jusqu'à changer l’Histoire, un talent que les communistes sauront exercer pendant des décennies, en effaçant Trotski des photos officielles et en amoindrissant sa participation dans la révolution de 1917. Après cinq années de luttes acharnées, Trotski finit par être exclu du parti en 1927 avant d’être expulsé de l’Union soviétique en 1929. S’il peut quitter sa patrie sain et sauf, ses partisans n’ont pas la même chance. Ils sont pourchassés et bien souvent condamnés à une mort rapide par une exécution ou bien à une mort lente au goulag.

Un long exil

Devenu apatride, Trotski voyage en Europe au gré de l’hospitalité des pays qui veulent bien l'accueillir. Après quatre années passées en Turquie, il arrive en France en 1933 avant de repartir pour la Norvège en 1935. En URSS, Staline exerce la terreur et entame une grande purge en 1936 afin de faire disparaître les dernières traces de résistance à sa volonté, dans le parti et les armées. Pour cela, il fait condamner et tuer les derniers trotskistes qui ont échappé aux purges précédentes. Trotski, accusé lui aussi, échappe à la répression grâce à son exil mais, pour plus de sécurité, décide de fuir l’Europe pour le Mexique. Réfugié à Mexico, il crée une IVe Internationale afin de proposer un autre chemin aux peuples de gauche, contre Staline et son totalitarisme. Ce choix va entraîner sa condamnation à mort et son assassinat.

La mise à mort d’un ancien rival

Se pensant à l’abri dans une maison à Mexico gardée par des fidèles, Trotski ne se fait cependant pas beaucoup d'illusions : il se dit « déjà familier avec la mort […] [ayant] été poursuivi par la haine noire de Staline à travers la moitié du monde ». Il le sait, Staline souhaite faire disparaître une bonne fois pour toutes cet adversaire gênant et cet ancien rival. Le 20 août 1940, Jacques Mornard, un Espagnol communiste à la solde du NKVD, réussit à approcher sa victime en se faisant passer pour un proche de Trotski et de ses idées. À l’aide d’un piolet, et malgré les gardes du corps présents dans la pièce, Mornard assène un coup fatal à l’arrière du crâne de Trotski. Tout de suite arrêté et incarcéré, il ne quittera la prison qu’en 1960 et partira pour Moscou, où il s’éteint en 1978 après avoir reçu comme récompense à son acte « héroïque » la plus haute distinction de l’URSS : l’ordre de Lénine.

Trotski n’a pas succombé immédiatement à sa blessure. Dans ses derniers instants, il aurait eu le temps de prononcer : « Je suis sûr de la victoire de la IVe Internationale. » Un dernier message d’espoir à ses partisans. Ces derniers se regroupent par milliers autour de sa dépouille lors de son enterrement à Mexico où, depuis, il repose. Maculé du sang d’innocentes victimes et d’opposants, Trotski gît ainsi loin de la terre russe, de Staline, de Lénine et de bien d’autres acteurs de la révolution de 1917.

Un destin similaire à nombre de ses anciens camarades car, comme le disait le révolutionnaire français Pierre Vergniaud, « la révolution est comme Saturne : elle dévore ses propres enfants. »

Eric de Mascureau

lundi 11 mars 2024

L’Europe d’une guerre à l’autre (VI – 5) – Léon Trotsky, père du nazisme allemand

 

Par Nikolay STARIKOV – Oriental Review

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Mais revenons à la Russie. En pointant du doigt sur ses partenaires occidentaux et en rompant l’isolement diplomatique de la Russie à la conférence de Gênes par la signature du traité de Rapallo, Lénine avait épuisé ses dernières forces. En mai 1922, il a eu un accident vasculaire cérébral. C’était la première fois que la question de son successeur se posait. En fait, Lénine n’avait choisi personne pour le remplacer, et après sa première attaque, il n’était plus capable de diriger le pays. C’est ainsi que commença la lutte pour l’héritage de Lénine entre Trotsky et Staline.

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Tout le monde en Union Soviétique connaissait la date de la mort de Lénine: le 21 janvier 1924. Mais, presque personne ne se souvient d’une autre date non moins importante pour comprendre les origines du fascisme. Les Anglais ont attendu la mort de Lénine, et seulement alors, ils ont reconnu l’Union Soviétique. Les dirigeants britanniques n’avaient aucun problème avec le communisme, ils ne voulaient tout simplement pas travailler avec l’homme qu’ils avaient envoyé pour détruire le pays et le soumettre au contrôle occidental. Lénine avait mené à bien le premier volet, mais pas le second. Et, à Gênes, il avait prouvé qu’il pouvait réaliser des prouesses diplomatiques aussi habilement que ses «amis» britanniques. Bien sûr, des choses telles que l’établissement de relations diplomatiques ne se sont pas accomplies en une semaine. Les consultations étaient déjà actives avant la mort du leader, et quand la Grande-Bretagne a reconnu l’URSS neuf jours après le décès de Lénine, elle envoyait un signal direct et sans ambiguïté indiquant quelle orientation politique recevrait le plus de compréhension. Le départ de Lénine donnait une excellente occasion de corriger les problèmes causés par sa fine ruse. Trotski, sur qui les Anglo-Saxons plaçaient leurs espoirs, était là pour corriger le problème.

Revenons maintenant aux différences idéologiques entre Joseph Staline et Léon Trotsky, c’est à dire entre la théorie de la création d’un Etat socialiste et l’impossibilité fondamentale de le faire. Qu’est-ce que cela signifie de créer un nouvel ordre social? Cela signifie la lutte, le sang, la guerre civile, la mort et la dévastation. Sur ce point, Trotsky et Staline étaient plus ou moins d’accord. Mais, une fois la bataille terminée, il serait toujours temps de reconstruire le pays, et c’est là que les désaccords ont commencé. Staline pensait qu’il était nécessaire de se concentrer sur l’établissement du socialisme en URSS et, à cette fin, de construire de nouvelles manufactures, de nouvelles usines, de nouveaux chemins de fer. Le socialisme devrait améliorer la vie du travailleur, ce qui signifie construire des jardins d’enfants, des écoles, des bibliothèques, lutter contre l’analphabétisme et l’ignorance, investir dans l’amélioration des infrastructures, la construction de centres de villégiature et de résidences d’été pour les travailleurs – non seulement pour restaurer la Russie, mais aussi pour la développer et l’améliorer.

Que suggérait Trotsky ? Le socialisme uniquement dans une Russie isolée était impossible. Par conséquent, la construction à grande échelle n’avait aucun sens. Quelle est l’utilité de construire un plafond sans poser les fondations? Et la seule base pour une vie meilleure en Russie pourrait être une révolution mondiale. Telle était la tâche à accomplir, et ce n’est qu’après que le reste devrait être traité. Cela signifiait qu’il n’y avait pas besoin de centres de villégiature ou de jardins d’enfants, ni de manufactures et d’usines. Il n’y avait pas vraiment besoin de quoi que ce soit, si ce n’est de financer des mouvements révolutionnaires à travers le monde et la création d’une armée forte qui pouvait faire éclore l’aube de l’humanité à la pointe de l’épée. La révolution permanente de Trotsky devait être exportée en permanence. Qu’est-ce que cela veut dire? Cela signifiait qu’à tout moment l’URSS pouvait attaquer un pays au hasard à la discrétion du camarade Trotsky – lui et ses amis étrangers à qui Léon envoyait l’argent des «locomotives».

Ce n’était pas une situation anodine. Si Trotsky avait gagné, alors toutes les forces du pays auraient été utilisées pour menacer le monde extérieur. Dans ce cas, le camarade Trotsky aurait donné à ses patrons britanniques et américains une occasion extraordinaire d’obtenir la destruction de l’Union Soviétique par la force militaire. Qui dénoncerait l’agression de l’Occident si l’URSS elle-même se préparait à attaquer? Personne, bien sûr, tout le monde applaudirait. En outre, la théorie de l’exportation de la révolution a permis à la Grande-Bretagne de créer des tensions dans des endroits opportuns avec le sang des soldats russes. Le Shah perse ne veut pas donner son pétrole aux Britanniques ? Alors l’Armée Rouge peut venir pour déclencher une révolution, mettre le feu au pays et ensuite les gentils Blancs Britanniques arriveront pour sauver les Perses des communistes sauvages. Et, en signe de gratitude, ils s’approprient le pétrole.

Le premier affrontement entre Staline et Trotsky eut lieu en janvier 1923 au sujet de l’occupation de la Ruhr. Trotsky a appelé la Russie à soutenir les communistes qui, rappelons-le, ont organisé un soulèvement à Hambourg en octobre 1923. Cela signifiait sacrifier l’amitié avec l’Allemagne au nom des idées de la révolution mondiale – et l’amitié avec l’Allemagne signifie plus que de simples banquets et sourires entre diplomates. Cela signifie des outils, des machines, des turbines et du matériel optique que seule l’Allemagne peut fabriquer, et dont l’Union Soviétique avait désespérément besoin. Staline était catégoriquement contre l’intervention, et aucune intervention n’a eu lieu.

En janvier 1924, Lénine meurt et s’ouvre alors la lutte pour le pouvoir en Russie. À l’époque, on ne savait pas trop qui allait gagner, mais il était probable que l’écrasement de la Russie nécessiterait une autre guerre. Pour cela, les Anglo-Saxons auraient besoin d’un gouvernement pour la démarrer, et ce gouvernement aurait besoin du leader approprié.

Le procès du coup d’État nazi eut lieu en février-mars 1924. Hitler est condamné à cinq ans de prison. Sans perdre de temps, il commença à dicter son futur livre, Mien Kampf, à Rudolf Hesse. Dans ce document, nous nous rappelons qu’il ne cessait de vanter les avantages d’une alliance anglo-allemande pour les deux pays. N’êtes-vous pas choqué? Il aurait dû être assis dans une cellule à se réformer, pas écrire un livre! Mais, pour le Führer, la prison était comme un lieu de villégiature – de la bonne nourriture, des heures de visite régulières: six heures par jour.

Un régime de traitement préférentiel pour Hitler a été installé dans la prison. «Le pénitencier ressemblait à une épicerie fine. Vous ouvrez un magasin de fleurs, de fruits et de vin avec l’inventaire entassé dans cette cellule », ainsi que l’a décrit Ernst Hanfstaengl, la « plume » du Fuhrer. Hanfstaengl: “Hitler: Les années perdues”] En parlant de cela, l’Américain était allé le voir là-bas, non par sentimentalisme, mais pour sortir encore une fois Hitler d’une situation difficile. Le manuscrit du «chef-d’œuvre» de Hitler avait été secrètement sorti de prison et était déjà prêt à l’imprimerie Volkischer Beobachter, mais l’imprimerie nazie avait beaucoup de factures impayées. Si elles n’étaient pas été payées, tout aurait été perdu.

“J’ai payé certains d’entre eux et reconnu les autres, et cela suffisait à maintenir le papier à flot”, [Ibid] écrit l’ange gardien de Hitler dans ses mémoires. La plupart des idées pro-britanniques dans le livre appartenaient à Hanfstaengl de toute façon, donc cela aurait été dommage si elle n’avait jamais vu le jour. Et ça ne couterait pas trop d’argent, alors pourquoi pas. Et au lieu de cinq ans de prison, Hitler n’a fait que treize mois [du 12 novembre 1923 au 20 décembre 1924]! L’aide nécessaire était petite, mais cruciale …

A la libération de Hitler un miracle financier se produit. Ce sera plus tard qu’Hitler relèvera miraculeusement l’économie allemande, mais tout d’abord le premier «miracle» lui arrive personnellement. Le manuscrit achevé de son livre, Quatre ans de combat contre les mensonges, la stupidité et la lâcheté, apparait en version imprimée sous un nouveau titre – Mein Kampf (Mon combat). Sa diffusion est relativement limitée et l’intérêt du lecteur encore plus faible. En 1926, il publie la deuxième édition de Mein Kampf, avec pratiquement le même résultat. La première édition s’est vendue à 10 000 exemplaires en 1925 et environ 7 000 ont été vendus en 1926. En 1927, les deux éditions ne trouvent que 5 607 acheteurs, et en 1928, encore moins – seulement 3 015. [de Joachim C. Fest : « Hitler »]

Il est clair qu’un écrivain ne pourrait pas vivre de telles «ventes» comme il est maintenant coutume de le dire. Mais Adolf Hitler, le jeune «écrivain», vivait plutôt bien. Il semble qu’il n’avait aucun autre revenu, mais ce fait ne l’a pas empêché de mener une vie insouciante. Six mois à peine après sa sortie de prison, il vivait à nouveau dans son ancien appartement à Munich, mais à l’été 1925, il  loue puis achète une villa dans les Alpes bavaroises – le fameux futur Obersalzberg. En outre, il s’achète le dernier modèle Mercedes Kompressor à six places (!), Ce qu’un scribouillard moyen ne peut pas se permettre ces jours-ci, et encore moins en Allemagne quand c’était un achat extrêmement coûteux [Ibid.]. Le style de vie de Hitler a également acquis la brillance appropriée pour un Führer: de beaux vêtements, de l’argent de poche, une voiture et un chauffeur. La police fiscale de la Weimar était extrêmement intéressée par les sources de revenu inconnues de Hitler qui lui permettaient de vivre luxueusement bien loin de sa couchette de prison. Répondant aux inspecteurs des impôts, Hitler avait dit: «Ni en 1924, ni au premier trimestre de 1925, je n’ai eu de revenu. Mes frais de subsistance sont couverts par des prêts que j’ai eus de la banque – la même source de l’argent que j’ai utilisé pour acheter une automobile. »

La correspondance d’Hitler avec les autorités fiscales raconte une histoire différente. «Je limite mes besoins personnels aux nécessités, ne consommant pas d’alcool ni de tabac, mangeant dans les restaurants les plus modestes, et, à l’exception des loyers minuscules, je n’ai aucune charge en tant qu’écrivain et publiciste …» [Ibid] L’écrivain Adolf Hitler répondait aux inspecteurs des impôts. En effet, dans la colonne «profession», il n’écrivait que «écrivain» et tout ce qui était indiqué dans ses déclarations de revenus était «écrivain», avec des revenus provenant de la vente de livres. Mais le crédit à lui tout seul ne suffirait pas à tout expliquer: ses frais dépassaient largement ses recettes, ce qui explique pourquoi les inspecteurs posaient des questions. Dans ses explications, le Führer a cité des prêts qu’il avait contractés pour ses achats. Cependant, on ne sait toujours pas comment il les a remboursés tous.

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Le 10 décembre 1928, Trotsky est exilé à la lointaine ville de Verni (maintenant Almaty, Kazakhstan). Il a voyagé avec toutes les commodités: un wagon privé a été mis à sa disposition pour voyager avec ses proches, ses archives personnelles, sa bibliothèque et tout ce dont il avait besoin (y compris un chien et un attirail de chasse).

Bien sûr, la vie du chef de la révolution mondiale qui s’était soldée par un échec s’est beaucoup aggravée en exil. Mais pour Hitler et les nazis, l’année de l’expulsion de Trotsky est devenue, au contraire, le début de la croissance sans précédent du parti. «Le succès d’Hitler et sa doctrine peuvent être évalué par les chiffres suivants : En 1928, il possédait au total 12 sièges au Reichstag. En 1930, ce chiffre était passé à 107 et en 1932 à 230. » [W.Churchill” World War II “]

Le parti nazi avait brutalement progressé, devenant la principale force nationaliste, toujours dans le sud du pays, absorbant une multitude de petits syndicats et de groupes nationalistes. Ensuite, il a commencé à croître au niveau national. En 1927 (encore avant l’exil de Trotsky), un dessin montrait un portrait très peu flatteur des troupes d’assaut après une marche: «ils étaient vêtus d’uniformes bon marché, minables, et le camion qui les transbahutait n’était pas mieux qu’un tacot vétuste.» [Desmond Seward : Napoléon et Hitler]

Comme ce monde est interconnecté! Parfois, c’est simplement incroyable! Qui aurait pensé que dès que Léon Trotsky aurait été envoyé à Almaty, la qualité des uniformes et des indemnités des troupes fascistes d’assaut monterait en flèche? Vous ne croyez pas à cette coïncidence? Alors, essayez de trouver une description peu flatteuse d’une de leurs marches de 1928!

Cependant, le véritable point de basculement, après lequel Hitler se hissa rapidement et sans entrave vers le sommet de l’Allemagne, se produisit au premier tiers de 1929. Pour la énième fois, le mouvement se transforma en une heureuse métamorphose, commençant, comme d’habitude, par le Führer lui-même. En 1929, ses biographes écrivent que sa déclaration de revenus parlant encore «d’intérêts sur les prêts» avait miraculeusement disparu. [Hitler] de Joachim C. Fest] Il y avait eu un véritable miracle financier, et Hitler n’était plus endetté! En même temps, il déménage et habite dans un appartement de neuf pièces sur la Prinzregentenstrasse, un quartier bourgeois huppé de Munich [Ibid.]. Il avait un large entourage: aides, gardes du corps, chauffeurs, cuisiniers et même des jardiniers.

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Hitler surveille sa brigade de section d’assaut à Nuremberg en 1927. Le camarade Trotsky n’avait pas encore été expulsé de l’Union Soviétique et n’avait même pas encore été exilé à Almaty. À l’époque, Léon Trotsky poursuivait sa lutte pour le pouvoir et les uniformes des Sections d’Assaut laissaient beaucoup à désirer. Les nazis n’avaient toujours pas reçu de financement, mais il a plu de l’or immédiatement après l’exil de Trotsky.

Mais au tout début de 1929, le chef adjoint du parti nazi, Rudolf Hesse, voyagea personnellement à travers toute l’Allemagne pour collecter des fonds. Il remet deux paquets de photographies à des industriels allemands; l’un affichant des manifestations communistes, l’autre montrant des marches des Sections d’Assaut. Le message dans le texte qui les accompagnait était simple: ce sont des forces de destruction; nous sommes les forces de l’ordre. Mais les soldats des Sections d’Assaut étaient pauvres, avaient besoin d’uniformes et d’équipement – en un mot, de l’argent. Les nantis devraient donner aux démunis, ou risquer de tout perdre.

Hitler lui-même a considérablement réduit ses activités. «Si en 1927, il a parlé publiquement 56 fois, deux ans plus tard, il avait réduit ses prestations à 29 ». [Hitler de Joachim C. Fest] Fatigué? Non, à ce moment-là, d’autres moyens pouvaient atteindre les résultats équivalents et il n’était pas nécessaire de s’user la voix dans des rassemblements. Hitler faisait maintenant campagne pour l’argent et les journaux – pas la presse nazie. Pour une quelconque raison, en 1929, le magnat des médias Alfred Hugenberg crée une alliance avec Hitler. La raison officielle était de s’unir contre le plan de Jung appelé «la renaissance de l’Allemagne». La vraie raison était d’augmenter la portée du message deHitler. Hitler a parlé à la radio, et un grand nombre d’Allemands ont appris pour la première fois l’existence des nazis et de leur irrésistible leader. Hitler avait tellement de relations publiques que le nombre de ses partisans se multipliera par sept en deux ans [Le 20 mai 1928, les Nazis obtiennent 2,6%, le 14 septembre 1930, 18,3% des voix] .

Mais encore en 1928, le manque de fonds était tel que cela avait conduit Hitler à annuler le congrès du parti qui devait se tenir cette année-là à Munich – il devait économiser pour les uniformes des Sections d’Assaut, donc pas de grand forum! Les historiens ont une explication toute prête: en raison «de l’existence d’un sentiment rebelle dans le parti». [Hitler] de Joachim C. Fest] Mais nous savons tous que réduire les allocations est le meilleur moyen de susciter le mécontentement. Avec de l’argent, tous les problèmes internes du parti seraient résolus. Mais Hitler n’avait pas d’argent. Il avait tout investi dans la prochaine campagne parlementaire [Ibid].

Investis et perdus: le 20 mai 1928, le parti nazi n’obtient que 2,6% des voix et se retrouve à la neuvième place. Qui parrainerait de tels outsiders politiques? Seulement ceux qui en avaient besoin. Et soudain, à Nuremberg, du 3 au 4 août 1929, le parti nazi tint la plus grandiose convention de son histoire. Trente trains spécialement commandés transportèrent 200 000 membres du parti dans la ville. [Alan Bullock: ‘Hitler et Staline: des vies parallèles’] Soixante mille membres des Sections D’Assaut défilèrent devant le Führer. Et cela avait été fait par une organisation politique qui, à l’été 1928, était fauchée et avait perdu des élections? Quel genre de marraine fée avait aidé les nazis?

Les noms des magiciennes étaient … les renseignements britanniques, américains et français – presque toute la future «coalition anti-hitlérienne», qui fut presque menée au bord de la tombe par la terrible bête qu’elle avait nourrie. A en juger par les dates que nous avons devant nous, ces organisations ont accompli ce «miracle» financier particulier dans l’intervalle entre le début et le milieu de l’année 1929. Nous avons déjà vu que Hitler recevait toujours des financements uniquement lorsque les événements en Union Soviétique ne se déroulaient pas selon les plans de l’Occident. Que se passait-il là-bas pendant cette période?

Le 10 février 1929, Trotsky fut expulsé de l’URSS.

À la mi-décembre 1928, le commissaire de la Direction politique d’État partit de Moscou pour aller voir Trotsky et lui dire de cesser de diriger l’opposition, sinon son expulsion risquait d’être mise sur la table. Trotsky avait refusé et s’était exilé, d’abord en Turquie dans les Iles du Prince dans la mer de Marmara. Une fois là, il commença immédiatement à imprimer le Bulletin de l’Opposition, écrit son autobiographie «Ma vie», qui, incidemment, félicitait Hitler. C’est là qu’il écrivit également «L’Histoire de la Révolution Russe» et d’autres œuvres, qui fustigeaient désespérément le pays (URSS) qu’il avait contribué à créer, désormais hors de contrôle. En 1933, il s’installa en France, en 1935, en Norvège, et partout où il va, il écrit constamment quelque chose, imprime toujours quelque chose [Le Bulletin de l’opposition a été publié pendant 12 ans: de 1929 à 1941].

Avec quels moyens? Les pots-de vin de l’affaire des «locomotives»? Ou y avait-il quelqu’un qui le soutenait? Mais qui a besoin d’un homme qui a commencé une révolution et qui n’est plus qu’un combustible usé? Les mêmes personnes qui lui fournissaient de l’argent de 1905 à 1917! La famille de Trotsky et lui-même n’ont jamais connu de difficultés financières – leurs biens ont surgi de nulle part tous seuls. Curieusement, Trotsky, le fougueux révolutionnaire, n’a eu aucune difficulté à obtenir des visas pour les pays de la démocratie bourgeoise. Pourquoi, vous direz-vous, les Français accueilleraient-ils le champion de la révolution permanente?

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À la fin de 1936, Trotsky s’installe au Mexique, où il a vécu jusqu’au 20 avril 1940, date à laquelle l’Espagnol Raul Mercader, révolutionnaire et agent du NKVD, le tue avec un pic à glace…

 «Sans Staline, il n’y aurait jamais eu Hitler», écrit Trotsky.

C’est vrai, Leon Trotsky, tout à fait raison. Seulement, les mots «diable de la révolution mondiale» n’ont pas du tout le sens que les historiens ont compris. Staline n’a pas donné d’argent à Hitler, ne lui a apporté aucun soutien dans son ascension et n’a eu aucun contact avec les nazis jusqu’à ce qu’ils aient une autorité officielle en Allemagne.

Staline a rendu Hitler nécessaire et urgent en détruisant le trotskysme et en expulsant Trotsky de l’Union Soviétique, permettant au pays de prendre un développement différent de celui qui nous avait été imposé par la Grande-Bretagne et ses alliés! Si Trotsky avait triomphé en URSS, il aurait donné le pays sans combat. Sinon, pourquoi l’Allemagne se retrouverait-elle avec un leader comme Adolf le fou?

Il est temps de dire la vérité: Staline n’a pas créé Hitler, pas plus que les industriels allemands ; c’était plutôt les éternels rivaux géopolitiques de la Russie.

Ils ont préparé la Seconde Guerre Mondiale pour corriger une erreur commise en 1917. Pour ce faire, ils avaient besoin de Adolf Hitler.

Et c’est pourquoi personne ne pouvait l’arrêter.

 Traduit du Russe par ORIENTAL REVIEW

Source : https://orientalreview.org/2011/01/11/episode-6-leon-trotsky-father-of-german-nazism-v/

Traduction : Avic – Réseau International

https://reseauinternational.net/leurope-dune-guerre-a-lautre-vi-5-leon-trotsky-pere-du-nazisme-allemand/

dimanche 10 mars 2024

L’Europe d’une guerre à l’autre (VI – 4) – Léon Trotsky, père du nazisme allemand

 

Par Nikolay STARIKOV – Oriental Review

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Environ un an avant l’organisation du Putsch de la Brasserie par Hitler, quelques personnalités curieuses sont apparues dans son entourage, et les historiens n’ont toujours pas été en mesure de déterminer l’origine des sommes d’argent qu’ils ont apportées avec eux. L’argent liquide est rentré de plusieurs côtés. En plus de l’argent “suisse” français et anglais, l’argent américain est également tombé dans les poches d’Adolf Hitler. Néanmoins, en 1922, les puissances recherchaient des personnalités politiques en Allemagne, quelqu’un qui pouvait être utilisé selon la situation: pour changer des politiciens indésirables, commettre des assassinats et des provocations. Personne n’avait encore pensé à mettre Hitler au pouvoir. Avant Munich, presque personne n’avait entendu parler de lui.

Par conséquent, l’attaché militaire américain en Allemagne, le capitaine Truman-Smith, a d’abord rencontré d’autres personnes – le général à la retraite Ludendorff, qui avait commandé le Wermacht pendant la Première Guerre Mondiale et le prince héritier Ruprecht. Ils ont parlé à l’Américain de la nouvelle étoile montante. Le 20 novembre 1922, le capitaine rencontra le futur Führer dans son appartement du deuxième étage [William Shearer “The Rise and Fall of the Third Reich”]. Hitler fut très franc avec l’Américain. Évidemment, si l’attaché militaire se lançait en politique – et non pas dans les canons et les fusils – c’est que ses fonctions étaient plus étendues que de s’occuper de simples questions militaires. Le dirigeant encore inconnu du petit parti local bavarois parla de son intention d'”éliminer le bolchevisme”, de “se débarrasser des chaînes de Versailles, d’établir une dictature, de créer un gouvernement fort”. En fait, profitant de cette rare occasion où le renseignement américain venait à lui en personne, Hitler s’offrait lui-même comme “l’épée de la civilisation” dans la lutte contre le marxisme – c’est-à-dire contre la Russie!

La proposition tombe à point nommé – ces fanatiques peuvent être utiles à tout moment. Pour l’instant, bien sûr, ce n’était pas le moment de se battre contre les Russes, mais ce type valait le coup d’œil. De retour de Berlin, Truman-Smith remit un rapport détaillé que l’ambassade envoya à Washington le 25 novembre 1922. Mais l’ennui, c’est que l’attaché militaire officiel des Etats-Unis ne pouvait pas s’engager aussi activement auprès d’un politicien allemand conformément à son statut diplomatique. Les Yankees, cependant, avaient trouvé Hitler si prometteur qu’ils avaient mis le futur Führer en contact avec un contact des services secrets américains sur place. Le leader nazi invita le diplomate à son prochain rassemblement, mais Truman-Smith n’y alla pas lui-même. Il envoya plutôt son “copain” Ernst Sedgwick Hanfstaengl. Hanfstaengl était le fils d’un marchand d’art prospère et avait la double nationalité américaine et allemande. Né en Bavière, il a été diplômé de l’Université de Harvard en 1909. La moitié de l’Allemagne a tranquillement passé toute la Première Guerre Mondiale en Amérique. Non seulement, en tant que citoyen allemand, il n’ a pas été arrêté – même après que les États-Unis eurent déclaré la guerre à l’Allemagne – mais après avoir promis de “ne pas s’engager dans des activités antiaméricaines”, il a été laissé en paix. Pourquoi? Parce que son avocat était le secrétaire d’État américain Theodore Roosevelt! [Hanfstaengl:”Hitler: The lost years”]

Ernst Sedgwick Hanfstaengl
Ernst Sedgwick Hanfstaengl

Mais lorsque l’Allemagne perdit la guerre, Hanfstaengl se précipita aussitôt dans son pays natal. Dans une Allemagne dévastée prise dans les griffes de l’inflation violente, la vie d’Ernst “l’Américain” était une île de prospérité et d’abondance. Il avait toujours de l’argent, mais les sources de revenus n’étaient pas totalement transparentes: la maudite inflation avait totalement détruit l’entreprise de son père. La version “officielle” attribue son bien-être à une galerie d’art américaine. Une explication convaincante mais totalement non vérifiée, ce qui veut dire que c’était très commode….

Ayant reçu l’invitation à participer au rassemblement d’Hitler, Hanfstaengl a tout de suite “éprouvé de la sympathie pour lui” et ils sont devenus rapidement amis. Il a même écrit ses deux derniers mémoires intitulés My Friend Adolf, My Enemy Hitler and Hitler: the Lost Years. Je recommande à tout le monde de lire ces livres. Pourquoi? Ce n’est pas en raison de leur style littéraire particulier, mais en raison des faits importants qu’ils avancent. Il s’avère que la vanité n’est pas seulement une caractéristique des poètes et des artistes, des généraux et des écrivains. Les agents du renseignement commettent aussi ce péché. Par conséquent, en vieillissant ils prennent le temps d’écrire un petit livre modeste dans lequel, bien sûr, ils ne disent pas toute la vérité. Au lieu de cela, ils l’arrosent de faits bien connus et de détails obscurs pour montrer au “lecteur réfléchi” que l’auteur avait secrètement fait l’histoire sans que personne ne s’en soit aperçu auparavant – en aidant l’étrange fanatique nommé Adolf Hitler.

Et il en avait des choses à écrire. Avec sa taille de deux mètres, Ernst avait été surnommé “Putzi” chez les nazis, qui signifie “enfant” (et “drôle” et “amusant”). Sous ce nom, il entra dans les livres d’histoire allemands du mouvement nazi. Les historiens ne se souviennent de rien, et peignent Hanfstaengl comme un amuseur, oubliant que ce genre de rôle est le plus approprié pour l’influence cachée d’un marionnettiste.

La véritable valeur de Putzi dans la formation des nazis pour en faire un parti et d’Hitler pour en faire un chef n’est pas encore pleinement appréciée. Le pianiste Hanfstaengl fit entrer l’impitoyable caporal dans l’élite munichoise, ainsi que dans les cercles artistiques et littéraires. Des contacts comme la famille de Hanfstaengl ont donné à Hitler la respectabilité dont il avait tant besoin et l’ont aidé à établir des relations importantes. Fondamentalement, Putzi et sa femme Helen furent la première famille aisée à lui ouvrir leurs portes. Avant tout, ils ont été sa première équipe de fabrication d’image de marque. Hitler apprit à se comporter dans la haute société et acquit les bonnes manières.

La villa Hanfstaengl lui était toujours ouverte et là, le futur führer jouait non seulement au piano la musique de son Wagner adoré, mais aussi partait avec de l’argent. Putzi Hanfstaengl était riche et pouvait se permettre d’aider un politicien novice – à diriger, et mettre sur la bonne voie. Dans ces mémoires, Hanfstaengl déclare ouvertement et honnêtement les idées qu’il a ancrées dans l’esprit du führer en évolution: “S’il y a une autre guerre, celui qui a l’Amérique de son côté gagnera. La seule politique raisonnable que vous devriez suivre est l’amitié avec les États-Unis. S’ils se mettent du côté de vos ennemis, vous perdrez toute guerre…” [Hanfstaengl:” Hitler: les années perdues “]

Il est à noter que ce sermon ne s’adressait pas à un chef d’Etat ou de gouvernement, mais à un chef d’une organisation marginale encore totalement inconnu. Grâce à l’éditeur qui a écrit l’introduction du livre de Hanfstaengl, il a effectivement formulé en quelques mots les pensées du “bouffon”: “Sa thèse était que l’Allemagne ne retrouverait plus jamais son équilibre et sa grandeur sans rapprochement avec la Grande-Bretagne et surtout les Etats-Unis. Le point fondamental qu’il a essayé d’ajouter dans le cerveau d’Hitler était que toute idée de régler des comptes en Europe serait illusoire si les deux puissances maritimes rejoignaient le camp adverse.

C’était bien pensé. Et si vous développez un peu plus ces idées, vous arriverez à la conclusion suivante : vous devez vous lier d’amitié avec l’Angleterre et les États-Unis et combattre la Russie. Nous avons déjà vu ce raisonnement quelque part, non ? … Mais où? De la part de Hitler lui-même dans Mein Kampf ! Le résultat est assez intéressant : en 1923, Hanfstaengl tient une série de discussions géopolitiques avec Hitler, éclairant le futur führer et élargissant ses horizons. Et déjà en 1924, “l’étudiant” écrit son propre livre, mot pour mot répétant la thèse de son ami. Alors, qui est le véritable auteur de Mein Kampf ? Il s’avère que c’était un espion américain.

Si quelqu’un doute encore pourquoi et pour quoi Adolf Hitler a rencontré Ernst Hanfstaengl “par hasard”, lisez simplement son livre, et tous les doutes s’effaceront. Beaucoup trop d’allusions à ceux pour qui travaillait le riche «ami» américain des nazis. Hitler était sans aucun doute un orateur talentueux. Ernst Hanfstaengl a inspiré confiance à son ami Adolf, en élevant ses talents oratoires à des sommets encore plus élevés: «Je lui ai parlé de l’efficacité des paroles expressives dans la vie politique américaine, et lui ai expliqué comment cela renforçait et affutait les principales grandes lignes, faisant saillir les idées avec un effet phonétique et allitératif. “[ Hanfstaengl:” Hitler: Les années perdues “]

Hitler était d’accord. Il a tout absorbé comme une éponge. “A bien des égards, Hitler était encore malléable et obéissant”, écrit Hanfstaengl. Mais, en développant son talent oratoire, Hitler posa à son maître une question raisonnable:
«Vous avez absolument raison. Mais comment puis-je atteindre le peuple allemand, sans la presse? Les journaux m’ignorent totalement. Comment tirer parti de mon succès d’orateur avec notre misérable Volkischer Beobachter, qui ne sort mes discours qu’une fois par semaine? Nous n’obtiendrons rien tant qu’il ne sera pas imprimé tous les jours. “[Ibid]

Et sur la place, en novembre 1923, Hitler tenterait un coup d’État. Mais pour gagner le soutien des masses, vous avez besoin de propagande. Et pour faire de la propagande, vous avez besoin d’argent. Mais, hélas, de l’argent il n’y en avait nulle part. Il n’aurait peut-être jamais été trouvé, car le futur führer se présenta pour parler pendant le festival de la bière à Munich, et il s’était souvenu du dicton «Il vaut mieux avoir un ami au marché que de l’argent dans un coffre».
Adolf Hitler n’avait pas d’ami au marché, mais il avait un copain vraiment riche nommé Ernst Hanfstaengl, et c’était suffisant, car c’était lui qui fournissait l’argent de la propagande! “En mars 1923, Hanfstaengl fit à Hitler un prêt de 1000 dollars – une somme folle à cette époque.” [ Konrad Heiden: “Der Führer” ]

Ne vous laissez pas tromper par le mot prêt. Il y a de nombreuses raisons de croire qu’Hitler n’était pas pressé de rembourser Putzi, et à l’époque, 1 000 $ représentaient vraiment une somme folle ! En fait, mille, ou même un dollar, selon Hanfstaengl était une fortune! [ Hanfstaengl: “Hitler: Les années perdues” ]

Avec l’argent de leur bienfaiteur américain, les nazis achetèrent une nouvelle machine à imprimer pour leur journal, le Volkischer Beobachter . Le journal de Hitler n’était plus un petit bulletin – c’était un journal normalement formaté et sortait tous les jours! Mais Hanfstaengl ne s’est pas arrêté avec la création du porte-parole principal des nazis. Il a personnellement attiré le dessinateur Schwartzer pour travailler sur un nouvel entête et sur les chapeaux, et a également suggéré une nouvelle devise pour le journal – “Travail et Pain”. [Ibid]

Après avoir mis la presse nazie en mouvement, Hanfstaengl se tourne vers Hitler pour lui apporter de petites choses, mais très importantes. C’est lui qui explique à son ami Adolf à quel point il était important d’avoir le bon type de musique pour dynamiser la foule et gonfler leur enthousiasme. Par exemple, Putzi joue des chansons de combat de Harvard pour le führer et Hitler «fait même répéter la mélodie à l’orchestre de Storm trooper». Hanfstaengl compose ensuite personnellement  une douzaine de nouveaux morceaux pour des marches du Storm trooper! [Ibid]  Et c’est sur l’air de ces “Marches triomphales”, écrites pour les Américains, que les Storm troopers marcheront sous les portes du Brandebourg le jour où Hitler deviendra chancelier.

Sur ce point, Hanfstaengl a dissimulé le fait qu’il a aidé les nazis en leur transférant de l’argent. Il a écrit à ce sujet à plusieurs reprises dans ses mémoires: « J’avais décidé que je soutiendrais secrètement le parti national-socialiste »; « J’avais … compris que toute l’aide que je donnais, devait être faite en secret »; « J’ai toujours gardé mon aide aux nazis entièrement secrète et je ne pouvais pas me permettre d’en parler ». [Ibid]

Pourquoi devait-il le cacher? Son explication était très peu convaincante: «J’étais un membre de l’entreprise familiale.» Que faisait Hanfstaengl en Allemagne qui était si important qu’il pouvait marcher dans les rues avec Adolf Hitler, mais pas l’aider avec de l’argent? Que faisait d’autre Hanfstaengl, en plus de donner un enseignement à Hitler, de le parrainer et de l’accompagner dans ses déplacements ? Difficile à dire d’après ses mémoires. L’auteur était muet sur ses relations commerciales.

Cependant, il n’oublia pas de nous raconter comment, lors de sa première visite dans l’appartement de son ami Adolf, il s’était familiarisé avec sa bibliothèque. Seriez-vous intéressé de savoir ce que le chef d’un parti politique lisait dans ses temps libres? Probablement oui. Si vous regardiez son étagère, vous souviendriez-vous des titres? Vous en auriez probablement reconnus et retenus quelques-uns. Mais, en écrivant vos mémoires 20 ans plus tard, une liste exacte serait difficile à se rappeler. Mais, Ernst Hanfstaengl était un si grand ami du chef nazi, qu’il a fait quelque chose d’assez inhabituel pour la plupart des gens. “Les livres étaient tellement divers. Trouvant le temps, j’ai fait un inventaire, “[ Hanfstaengl:” Hitler: Les années perdues “ ] écrit l’Américain. Un tel comportement est étrange pour une personne moyenne, naturel pour un agent de renseignement.

On reste sur une impression distincte, que le contact avec Hitler, et la collecte d’informations sur lui a été l’emploi à temps plein de Hanfstaengl, et toutes ses autres activités semblent n’être rien de plus qu’une couverture. En effet, par exemple, Hanfstaengl aurait passé une année entière à écrire un scénario, mais ce film n’a jamais été tourné. Pourquoi? Parce que Putzi ne travaillait pas du tout sur un scénario. Il s’engagea méticuleusement et systématiquement dans une chose: préparer le futur führer de l’Allemagne. Une histoire sur la réalisation d’un film éviterait facilement les questions sur son métier. Après tout, une telle profession n’existait pas à l’époque – aider Hitler.

“Le parti était toujours à court d’argent”, écrit [ibid] Hanfstaengl. Alors, pourquoi l’ami et le parrain de six pieds de haut n’ont-ils pas donné deux, trois ou dix mille dollars, si son arrière-pensée était de soutenir le novice Hitler? Très simple: il était riche, mais nullement le millionnaire que sa «légende» suggérait, et il ne pouvait pas sacrifier plus que ce qu’un riche bourgeois pouvait se permettre «pour la cause». Mille dollars, pas de problème. Dix mille – non. Mais il pourrait faire des présentations importantes et conseiller. A la veille du putsch, Hitler se rendit en Suisse – depuis longtemps un nid d’espions de tous les pays du monde – pour de l’argent. Je me demande si c’était son gentil ami qui l’a envoyé là-bas?

Cela reste inconnu, mais un autre fait est véritable : après l’échec du putsch, Hitler accourt chez Hanfstaengl dans le village d’Uffing à environ 60 km de Munich [Desmond Seward:: Napoleon and Hitler]. Au désespoir, sa nature hystérique avait atteint ses limites. Ne voyant aucune autre alternative, Adolf Hitler avait décidé de se tuer et avait porté un revolver à sa tempe. Comme nous le savons, il ne l’a pas fait. À qui devons-nous nos plus sincères remerciements pour avoir sauvé la vie du monstre le plus abominable de l’histoire? – La femme de Hanfstaengl. Elle a arraché le revolver de la main de Hitler. Hitler a été arrêté plus tard à la maison de Hanfstaengl et emmené en prison où il a commencé à travailler les pensées de Hanfstaengl dans un livre. Le premier acte de liberté du Führer après sa sortie de prison a été d’aller, non pas à Hering ou à Rosenberg, mais à la nouvelle maison de Hanfstaengl de l’autre côté de la rivière Isar …

Le couple Hanfstaengl avait réussi à sauver la vie de Hitler à deux reprises. La première fois c’était au printemps de 1923 lors d’un voyage à Berlin. La route traversait la Saxe et les communistes avaient pris le contrôle de la région. Par conséquent, dans cette partie de l’Allemagne, il y avait un mandat d’arrêt contre Hitler et «même un prix sur sa tête». La police communiste arrêta leur voiture et la vie du Führer était sur le fil du rasoir. Hanfstaengl a alors tendu son passeport suisse (qu’il utilisait pour rentrer en Allemagne en revenant des Etats-Unis) et a expliqué qu’il était étrangeret qu’il se rendait au marché de Leipzig escorté de son chauffeur et de son valet. “Vous m’avez sauvé la vie”, avait dit Hitler à l’époque. Durant les années suivantes, il a toujours rappelé cette journée avec une grande délectation. Cependant, Hanfstaengl lui-même a écrit que “il avait tout de même été offensé que je l’ai appelé mon valet.”

Le reconnaissant Hitler n’oubliera pas son ami et le nommera par la suite au poste clé de secrétaire à la presse étrangère du parti. En outre, Putzi dirigeait la division de presse étrangère dans le bureau de l’adjoint du Führer. Lors de ses voyages à l’étranger, il promouvra fortement la nouvelle classe politique allemande.

Un sceptique dirait que cela ne prouve rien et il aurait raison! Mais il y a des faits beaucoup plus intéressants dans la biographie de Hanfstaengl. Pour un modeste attaché de presse, Hanfstaengl avait des contacts et des connaissances vraiment incroyables.

À l’été 1932, un politicien britannique extrêmement influent est arrivé en visite privée – Winston Churchill. Un épisode curieux a émergé plus tard dans les mémoires de Sir Winston: “Dans l’hôtel, Regina, un monsieur s’est présenté à quelqu’un dans mon entourage. Son nom de famille était Hanfstaengl et il parlait longuement du Führer, dont il était apparemment très proche. Comme il semblait être un homme jovial et bavard, et parlait d’ailleurs un anglais impeccable, je l’invitai à déjeuner. Il était exceptionnellement intéressant quand il parlait des activités et des points de vue de Hitler; il semblait totalement captivé par lui. Selon toute probabilité, il avait été chargé de prendre contact avec moi et avait clairement essayé de faire bonne impression. Après le déjeuner, nous avons pris un grand plaisir à le voir s’assoir au piano et jouer avec brio plusieurs chansons et numéros de théâtre. Il semblait connaitre toutes mes chansons préférées en anglais, et il savait divertir tout le monde. Il s’est avéré qu’il était le confident le plus proche du Führer. Il m’a dit que je devrais rencontrer Hitler et que, pour arranger la rencontre, rien ne serait plus facile [Winston Churchill: “Seconde Guerre mondiale”]. “

Sir Winston a présenté l’épisode comme si une connaissance au hasard avait essayé de le présenter au Führer. La version de Hanfstaengl se lit différemment: «J’avais passé beaucoup de temps en compagnie de son fils Randolph (fils de Churchill – N.-S) au cours de nos voyages préélectoraux. J’avais même réussi à lui faire prendre l’avion avec nous une ou deux fois. Il m’avait signalé que son père arriverait bientôt en Allemagne et que nous devrions organiser une rencontre. [Hanfstaengl: “Hitler: Les années perdues” ] “

Vous conviendrez qu’après cette fraternisation avec son fils, qui a pris quelques vols organisés par Hitler et Hanfstaengl, ce Putzi était pour lui quelque chose de plus qu’un «gentleman qui s’est présenté à quelqu’un de mon entourage». Mais, d’une manière ou d’une autre, Churchill avait accepté la rencontre: « À cette époque je n’avais aucun préjugé national contre Hitler. Je connaissais peu sa doctrine ou ses qualités personnelles. Je suis fasciné par les gens qui se lèvent pour la défense de leurs terres natales vaincues, même si je suis moi-même de l’autre côté. Il avait tout à fait le droit d’être un patriote allemand, s’il le voulait ». [Winston Churchill: “Seconde Guerre Mondiale]

Mais qui a chargé Hanfstaengl de “prendre contact” avec le politicien britannique? Qui lui a ordonné d’organiser une rencontre entre les deux grands chefs? Hitler lui-même? Non. Le Führer ne lui a pas demandé d’établir ce lien parce qu’il n’a même pas assisté à la rencontre avec Churchill, malgré les nombreuses tentatives d’Ernst Hanfstaengl pour l’en persuader ! “Ainsi, Hitler a manqué sa seule occasion de me rencontrer”, avait déploré Churchill. Un politicien sérieux ne peut pas agir ainsi – d’abord demander une rencontre avec l’un des principaux politiciens du pays le plus puissant du monde et ne pas se présenter. C’est enfantin et idiot. Une demi-année plus tard, Hitler prendrait le pouvoir et ne ferait jamais la connaissance personnelle de Churchill. Il s’avère que ce ne sont pas les nazis qui ont ordonné à Hanfstaengl de présenter Hitler à Churchill, mais plutôt le même service de renseignement qui a si adroitement transformé Adolf Hitler en l’étoile montante de la politique allemande. Sinon, pourquoi connaîtrait-il le fils de Churchill et pourquoi l’auraient-ils entraîné avec eux pour les vols pré-électoraux?

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Il n’y a qu’une réponse: toutes les activités de Hanfstaengl étaient destinées à convaincre Hitler de la nécessité de l’amitié avec l’Angleterre et les États-Unis et, pour ce faire, il poussa Hitler vers les hommes les plus forts de la Terre. En effet, même l’absence du Führer n’a pas empêché le lord britannique de discuter de plusieurs sujets très sensibles. Avec qui? Avec Hanfstaengl. “Dites, que pense votre patron d’une alliance entre la France, l’Angleterre et votre pays?” [ Hanfstaengl: “Hitler: Les années perdues” ] avait demandé Churchill.

Et pourquoi le vieux renard Winston est-il venu en Allemagne en premier lieu, sinon pour regarder personnellement l’homme qui deviendrait en six mois le chef de l’Etat allemand?

L’ami d’Hitler lui a fait encore beaucoup de bonnes choses. Par exemple, en février 1934, il est parti sans le consentement du Führer pour rencontrer … Benito Mussolini. La modeste mission du secrétaire de presse était de pousser le Duce à normaliser les relations. Ce n’est pas juste, lui dit Hanfstaengl, que «de telles difficultés puissent exister entre nos deux États fascistes». Comme nous le savons par l’histoire, c’est précisément à ce moment que le rapprochement entre les deux dictateurs a commencé. Cela vaut la peine de faire une pause ici et de poser une autre question : comment Hanfstaengl a-t-il pu obtenir un rendez-vous avec le leader italien ?  Tout Allemand qui arrive en Italie est-il vraiment immédiatement accueilli avec chianti et une invitation à discuter avec Mussolini? Le titre de notre héros n’était pas assez élevé pour recevoir un tel traitement.

Mais les connexions de Hanfstaengl étaient vraiment fantastiques. Si, en feuilletant les captivantes mémoires de Putzi, vos pensées s’égarent vers les aventures du baron von Munchausen et ses grands contes, vous vous trompez. Car même si le récit de la visite de Putzi à Mussolini est difficile à croire, il existe des preuves concrètes des pouvoirs improbables de Hanfstaengl. Après avoir tant fait pour le Reich, il a quitté l’Allemagne en mars 1937. Plus précisément, il s’est faufilé hors du pays, soi-disant après s’être mis en conflit avec certains dans le cercle restreint de Hitler et a senti que sa vie était menacée.

Et où notre héros est-il parti? – dans son Amérique natale. Là, il semble qu’il avait un autre bon ami, un camarade de classe de Harvard – le président américain Franklin Delanoe Roosevelt! Que deviendra notre protagoniste allemand qui travaillait pour Hitler en tant que secrétaire du parti à la presse étrangère? Qu’en est-il du fait que, dans ce poste, il a déposé, lors de cérémonies aux États-Unis, des couronnes ornées de l’aigle et de la croix gammée?

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Hanfstaengl travaillait … en tant que conseiller du président Roosevelt! [William Shearer “La montée et la chute du troisième Reich”]

Officiellement, il était un expert sur l’Allemagne nazie. Il a travaillé en état d’arrestation – c’est-à-dire sous surveillance. Ernst Hanfstaengl était gardé par le sergent de l’armée américaine Egon Hanfstaengl. Curieuse coïncidence? Non, c’était son fils, qui a été sorti de l’Allemagne au bon moment pour garder Daddy par ordre personnel du président! Quelle amitié, qui a duré jusqu’à ce que les nazis soient forts et au pouvoir. Il n’était plus nécessaire d’aider, de diriger ou de conseiller davantage. Ils ont eu la guerre grâce à ceux qui ont repéré Hitler, grâce au travail de Hanfstaengl, qui était également à portée de main. Mais peut-être, le “contrat” ​​avait-il simplement expiré? Cette partie de l’histoire reste sombre, dans toute cette période d’ascension de Hitler au pouvoir.

 Traduit du Russe par ORIENTAL REVIEW

Source : https://orientalreview.org/2010/12/28/episode-6-leon-trotsky-father-of-german-nazism-iv/

Traduction : Avic – Réseau International

https://reseauinternational.net/leurope-dune-guerre-a-lautre-vi-4-leon-trotsky-pere-du-nazisme-allemand/

samedi 9 mars 2024

L’Europe d’une guerre à l’autre (VI – 3) – Léon Trotsky, père du nazisme allemand

 

Par Nikolay STARIKOV – Oriental Review

Partie 1

Partie 2

Afin de bien comprendre la relation entre les bolcheviques et l’Occident, il est important de se rappeler que les léninistes ont “roulé” les anglo-saxons. Ils ont préservé les points les plus importants: ils n’ont pas vendu le pays, ils n’ont pas donné ses richesses. Mais tant que durait la guerre civile russe, il y avait l’espoir que les bolchéviques ” reviennent à la raison ” et fassent ” ce qui était nécessaire ” ; les résistants contre le communisme et le bolchevisme recevaient peu de soutien. Mais, même sans eux, il n’y avait pas moyen de contourner le fait que quelqu’un doive jouer le rôle du boucher et de l’alcoolique pour assurer la loyauté des révolutionnaires les plus féroces.

De même, en 1920-1921, les national-socialistes allemands n’avaient pas de gros besoins. Par conséquent, tout le soutien qu’ils ont obtenu et leurs modestes succès dans ces années-là peuvent être attribués aux talents de Hitler et à l’enthousiasme de ses amis et admirateurs. A cette époque, c’étaient surtout des vieilles dames bienveillantes qui donnaient un peu d’argent pour la campagne des nazis. Donc les choses pour les Aryens purs allaient de mal en pis. «Jusqu’au milieu de l’année 1921, le parti ne pouvait pas se maintenir financièrement à flot ; ses colleurs d’affiches n’avaient même pas d’argent pour la colle! »

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Les portraits d’Hitler de l’époque le montrent dans des vêtements simples, souvent de seconde main. Il vivait dans une petite chambre sordide pré-meublée de la Triftstrasse, avec du linoléum usé sur le sol. Son seul mobilier était un lit, une étagère, une chaise et une table de fortune [Hanfstaengl, Ernst ‘Putzi’. Hitler: The Missing Years]. Frideling, la petite-fille du compositeur préféré d’Hitler, Richard Wagner, le décrit comme portant «une culotte en cuir bavaroise, des chaussettes courtes en laine grossière, un short à carreaux rouge et bleu et une courte veste bleue sur sa silhouette osseuse.» [Hitler and Stalin: Parallel Habite par Alan Bullock]

Autre description: «dans des bottes lourdes, un costume sombre et un gilet de cuir avec une étrange petite moustache, il n’est pas vraiment impressionnant. On dirait un serveur dans un restaurant de la gare. »[ Hanfstaengl, Ernst ‘Putzi’. The Missing Years]

L’attitude d’Hitler vis-à-vis du travail était également très particulière: «Il désespérait tout le monde, parce que personne ne pouvait jamais être sûr qu’il se présenterait à une réunion planifiée et qu’il était impossible de le forcer à prendre une décision.

Pfeiffer von Zalomon, le futur chef des troupes d’assaut nazies a dit que la première fois qu’il a vu son Führer, il a refusé de faire sa connaissance parce qu’il était habillé comme un clochard: vieille carte de visite, bottes en cuir jaune et sac à dos sur le dos. Un autre a décrit la tenue vestimentaire hitlérienne à cette époque comme: un costume bleu, une chemise violette, un gilet marron et une cravate rouge vif [Joachim C. Fest, Hitler]. Vous conviendriez que le spectacle du futur Führer était assez étrange. Aujourd’hui, nous dirions que ses spécialistes du marketing et de l’image de marque auraient beaucoup de travail à faire. Mais ça a marché! Peut-on imaginer Hitler 1941 en short?

Hitler avait des dépenses personnelles très modestes. A Pâques 1923, il reçut de Goering quelques marks pour partir en vacances en montagne. Plus tard, en se souvenant de ces années, il dit: “pendant longtemps, je n’ai mangé que des pommes tyroliennes. C’est incroyable les économies que nous avons faites à l’époque. Chaque mark économisé a été dépensé plus tard par le parti.”  [ Konrad Heiden, Fuhrer ]

Comme on dit, les mendiants ne peuvent choisir, et c’est pourquoi les premiers partisans d’Hitler étaient tous si idéalistes. Parce que leur chef ne travaillait pas pour l’argent, mais pour une idée, et cela n’apportait pas moins de respect et d’admiration à Hitler que ses compétences oratoires. Quand la situation financière des nazis a-t-elle commencé à s’améliorer? Cela est arrivé quand ils en avaient le plus besoin. Comme nous pouvons le voir, il n’en avait pas besoin en 1921, ni au début de 1922. Les historiens ne nous disent rien sur le “miracle” financier des nazis durant cette période.

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Du 10 avril au 19 mai 1922, la Russie soviétique, alors appelée République socialiste fédérative soviétique russe, participait à une conférence internationale dans la ville italienne de Gênes. Il s’agissait, en fait, de présenter les dirigeants bolchéviques au monde “civilisé”. Comme toujours, la conversation portait sur l’argent. Les gouvernements occidentaux ont fait d’énormes revendications financières, y compris des dettes de guerre et d’avant-guerre avec intérêts. De plus, ils exigeaient que les bolcheviques remboursent – avec intérêts – tous les actifs du gouvernement blanc qui n’avaient pas été couverts (!) ainsi que le remboursement de toutes les entreprises étrangères nationalisées. Tout cela, selon les experts occidentaux, totalisait 18 milliards de roubles d’or.

Bien sûr, les bolcheviques ne pouvaient pas se le permettre. Les paiements annuels auraient atteint 80% du budget de la Russie à l’époque! L’ensemble du calcul était basé sur ceci: incapables de payer, les bolchéviques devaient simplement “abandonner” la Russie et accepter l’assujettissement, après en avoir passé la gestion à Entente – un processus arrangé avec l’aide de Kerensky et de Lénine: l’effondrement révolutionnaire de l’Empire russe.

C’est là que Vladimir Lénine fit un doigt d’honneur aux partenaires de négociation! Plutôt que d’assumer inconditionnellement les dettes et la servitude financière, sans la moindre gêne, la délégation soviétique lança une réclamation contre l’intervention étrangère et le blocus – 30 milliards de roubles d’or en tout. Au bout de quelques jours, les diplomates occidentaux frappés de stupeur se présentèrent avec une option plus modérée. Les bolchéviques acceptèrent de reconnaître les dettes d’avant-guerre de la Russie et étaient prêts à offrir aux détenteurs d’actifs le droit de louer ou de recevoir des compensations pour leur ancienne propriété. En retour, l’Angleterre, la France et l’Italie reconnaîtraient de jure le gouvernement soviétique, lui accorderaient une aide financière, “oublieraient” les entreprises nationalisées et annuleraient les dettes de guerre et les intérêts y afférents.

Personne n’avait jamais parlé aussi effrontément avec les vainqueurs de la Première Guerre Mondiale. Pendant que tout cela se passait et que la délégation occidentale discutait des demandes sans précédent des Bolcheviques, la délégation soviétique faisait une démarche diplomatique de grande importance. Le 16 avril 1922, dans la banlieue génoise de Rapallo, la RSFSR et l’Allemagne signent un traité permanent d’abandon mutuel des demandes de remboursement des pertes et dépenses militaires et non militaires. En outre, l’Allemagne reconnaît la nationalisation de la propriété publique et privée allemande dans la RSFSR! Le traité est signé la nuit en secret et les diplomates du reste de la délégation occidentale ne l’apprennent qu’après coup.

C’était trop! La Russie de Lénine avait réussi à embobiner habilement les Anglais et les Français. Bien sûr, après cela, la Conférence de Gênes n’a rien accompli. Après son échec, une autre tentative est faite pour convaincre les bolcheviques de remettre la Russie à l’Occident. A la Conférence de La Haye (du 15 au 20 juin 1922), la délégation soviétique reste sur les mêmes positions qu’à Gênes. Il était clair pour les puissances occidentales qu’il fallait parler différemment avec les bolcheviques hors de contrôle. Et à l’Allemagne aussi, qui avait si clairement démontré son indépendance, l’Occident devrait imposer l’ordre. Les services secrets britanniques n’ont pas suscité de révolutions en Russie et en Allemagne pour qu’ils deviennent amis!

W. Rathenau
W. Rathenau

Deux jours à peine après la signature du Traité de Rapallo, le 18 avril 1922, les gouvernements de l’Entente, de la Petite Entente (Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Roumanie), ainsi que la Pologne et le Portugal envoyèrent un réprimande provocante à l’Allemagne. Ils y accusaient l’Allemagne de déloyauté envers les Alliés pour avoir ” secrètement signé un traité avec la Russie dans le dos de ses collègues”. En conséquence, les chefs de la délégation allemande, J. Wirth et W. Rathenau rendirent visite à la délégation soviétique le lendemain et les supplièrent (!) d’annuler le traité. La panique du gouvernement ” libre et démocratique ” de l’Allemagne était si grande que leur délégation se précipitait constamment vers la mission britannique, appelant Berlin et tentant à nouveau de convaincre la délégation de la Russie soviétique de prétendre que personne n’avait jamais signé d’accord! Bien sûr, ils n’ont pas été en mesure de contrecarrer la position des diplomates russes et le traité a été sauvé.

Aussitôt, les actifs anglo-saxons essentiels ont commencé à s’activer dans le pays de la bière et des saucisses. Comme des grenouilles dans un marais asséché, elles attendaient leur heure. Le marécage était asséché, et pendant que le pays tombait dans la stupeur, ils attendaient. Ainsi, lorsque l’humidité vivifiante est revenue, une activité sans précédent a fait son apparition parmi les partis politiques allemands – en particulier ceux qui étaient indispensables – les nazis.

Si je me souviens bien, le traité de Rapallo a été signé le 16 avril 1922, il se trouve que par hasard le parti nazi a connu un ” saut du nombre de membres du parti ” au printemps 1922 ! C’est dans les années 1922-1923 que l’Allemagne a été frappée par une inflation galopante. La population s’appauvrit rapidement. Pourtant, vers le milieu de l’année 1922, Adolf Hitler avait brusquement de l’argent. Beaucoup d’argent. Pour cette raison, il a planifié un congrès du parti à Munich en Janvier 1923. Cinq mille membres de la troupe d’assaut, parfaitement équipés, devaient défiler devant leur chef. En même temps, Hitler louait 12 sites pour des rassemblements et louait des orchestres, des groupes de danse folklorique et même un célèbre clown pour attirer le public. Immédiatement après Rapallo, au printemps 1922, le tirage du journal hitlérien Völkischer Beobachter passa de 8 000 à 17 500 exemplaires. A la fin du congrès, il a commencé à imprimer tous les jours. Quelles coïncidences intéressantes!

Maintenant, nous pouvons répondre à la question pourquoi de mystérieux sponsors étrangers ont soutenu le jeune mouvement nazi. Les nationalistes allemands ont activement utilisé des forces extérieures pour déstabiliser le pays. Les nazis n’étaient pas intéressants ou précieux en eux-mêmes, mais plutôt comme un outil pour provoquer une crise gouvernementale et écarter les dirigeants méprisés par les anglo-saxons qui avaient osé signer un traité avec les bolcheviques. La République de Weimar était un gouvernement démocratique qui pouvait facilement démissionner en cas de grave détérioration de la situation politique interne. Et si elle ne démissionnait pas, elle pourrait facilement être éliminée avec l’aide des nationalistes. Quelle était la date de signature du traité germano-soviétique de Rapallo? Le 16 avril 1922. Et le 24 juin 1922, un groupe de conspirateurs nationalistes assassina le ministre allemand des Affaires étrangères Walter Rathenau, qui était juif. C’était une leçon évidente pour tous les politiciens allemands: la victime était un partisan de relations plus étroites avec Moscou, quoique graduellement, tout en gardant un œil sur l’Occident.

Plus tard, le 14 novembre 1922, le chancelier allemand Joseph Wirth, qui avait approuvé le traité de Rapallo, fut révoqué. Wirth souhaitait sincèrement un rapprochement germano-soviétique, mais il était également partisan de mesures progressives, craignant la réaction des ” puissances occidentales face à une telle manifestation d’indépendance dans la politique étrangère allemande ” La mort de Walter Rathenau était un signe convaincant que ses craintes n’étaient pas sans fondement.

Avec l’augmentation des tensions internes en Allemagne, la pression extérieure s’est accrue simultanément sur le gouvernement allemand. Le prétexte était le retard dans le paiement des réparations. Peu de temps auparavant, les pays signataires de l’Entente ne pressaient pas les Allemands sur ce front, mais soudain, c’était une autre affaire. Des mesures encore plus strictes devaient suivre l’assassinat de Rathenau et la démission de Wirth. En janvier 1923, les forces françaises occupèrent la région de la Ruhr en Allemagne – sa principale zone industrielle – pour prendre le contrôle des activités de transit et d’extraction du charbon. Le gouvernement allemand a exhorté ses citoyens à se contenter de résister passivement. Mais les Français se comportaient comme de vrais occupants. Par exemple, ils ont tiré à la mitrailleuse lors d’une manifestation ouvrière à Essen, tuant 13 personnes et en blessant plus de 30 autres. Lorsque près d’un demi-million de personnes se sont présentées aux funérailles des victimes, un tribunal français a condamné le propriétaire de l’entreprise et huit de ses dirigeants à 15 et 20 ans de prison.

Toute l’Allemagne serra les poings d’indignation. Des embuscades et des actes de sabotage contre les troupes françaises se multiplièrent à travers la Ruhr, suivis d’autres exécutions par l’occupant. Et qu’en est-il des nazis qui organisaient des rassemblements sous les uniformes de patriotes allemands extrémistes?

Ceux qui comprennent les véritables sources de financement d’Hitler ne seront pas surpris que les membres de son parti n’aient pas pris part aux combats contre les Français. Au contraire, Hitler a personnellement promis de mettre à la porte tous ceux qui oseraient prendre une part active dans la résistance à l’occupation française de la Ruhr, et il y a eu des moments où il a tenu sa promesse, même s’il avait parlé six mois auparavant de la nécessité d’une guérilla dans le cas de l’occupation de la Ruhr!

Stimulé et renforcé, le Parti nazi pouvait alors être facilement utilisé, comme d’autres groupes nationalistes, pour déstabiliser la situation intérieure de l’Allemagne. Quelle cruelle ironie du destin! Ceux qui crient le plus fort au sujet de la glorieuse Russie, l’Allemagne, etc. sont dans la plupart des cas aveuglément utilisés comme instruments des adversaires géopolitiques de leurs pays pour affaiblir et briser leur patrie. Souvenons-nous de nos nobles Blancs, mais myopes. Rejetant l’idée même du “bradage de la mère patrie”, les dirigeants du mouvement blanc ont fini par perdre la guerre de Sécession et ont laissé le pays aux mains des bolchéviques. Les skinheads et les ultranationalistes russes modernes n’ont aucune idée du fait qu’en harcelant les “Noirs”, ils causent beaucoup de tort à notre pays. Cela n’a rien à voir avec l’image du pays, mais plutôt avec le fait que la violence interethnique dans un pays multiethnique mène toujours à un schisme, ce que recherchent ses ennemis extérieurs. De même, le nazi Hitler était involontairement ou inconsciemment un jouet entre les mains de ses financiers français et anglais. Cela n’avait rien à voir avec son “séparatisme” mythique, et donc pas non plus avec son “patriotisme”!

 Traduit du Russe par ORIENTAL REVIEW

Photo: Personnages qui ont participé au Traité de Rapallo de 1922, qui a sanctionné le traité de paix entre l’Allemagne et l’Union Soviétique. Sur la photo: Joseph Wirth, Leonid Krasin, Georgy Chicherin etAdolf Joffe.

Source : https://orientalreview.org/2010/11/25/episode-6-leon-trotsky-father-of-german-nazism-iii/

Traduction : Avic – Réseau International

https://reseauinternational.net/leurope-dune-guerre-a-lautre-vi-3-leon-trotsky-pere-du-nazisme-allemand/

jeudi 7 mars 2024

L’Europe d’une guerre à l’autre (VI – 1) – Léon Trotsky, père du nazisme allemand

 

Par Nikolay STARIKOV – Oriental Review

«Bizarrement, l’Angleterre, monarchiste au fond d’elle-même et conservatrice chez elle, a toujours agi dans ses affaires étrangères comme la patronne des aspirations démagogiques, toujours en faveur des mouvements populaires qui cherchaient à affaiblir la base de la monarchie.»
Mémorandum de Peter Durnovo au Tsar Nicolas II, février 1914.

La question de savoir qui a porté le régime hitlérien au pouvoir est la clé pour comprendre tous les événements tragiques qui ont suivi. Une mauvaise évaluation de la période du “nazisme précoce” conduit à une évaluation erronée des causes de la Seconde Guerre Mondiale – les énigmes et les mystères se multiplient. Si nous devons croire les livres d’histoire, alors les dirigeants politiques agissent contre toute logique et tout bon sens. Mais cela est tout simplement impossible – nous avons déjà dit que les imbéciles n’y parviennent pas. Les hommes d’État poursuivent des récompenses qui leur sont accordées sous forme de pouvoir, ce qui indique la logique de leurs actions. Si le gouvernement est dirigé par une marionnette, alors il a toujours besoin de pouvoir, mais pas du sien – et c’est toute la différence! Il est important de comprendre que toutes les décisions sont prises entièrement en fonction des dividendes politiques ou économiques que le pays récoltera, qu’il soit totalement indépendant ou que sa souveraineté soit fausse, auquel cas l’avantage revient à la nation qui est le “patron”. Et si, après avoir lu des recherches historiques sur la période qui a précédé la Seconde Guerre Mondiale, vous avez l’impression que tous les gouvernements du monde étaient dirigés par des imbéciles qui ne comprenaient pas les conséquences évidentes de leurs actions, cela signifie que l’auteur lui-même n’a rien compris de la période.

Afin d’évaluer correctement les actions des dirigeants mondiaux, nous devons remonter quelques années en arrière et plonger dans la cuisine désordonnée des révolutions russe et allemande. Commençons par la seconde. Cela a commencé sur fond de combats acharnés en Allemagne sur tous les fronts. Cependant, il est impossible d’expliquer sa défaite militaire. C’est-à-dire que vous ne le pouvez que si vous oubliez quelques faits importants. Le premier c’est qu’en 1945, l’Allemagne était complètement occupée et pourtant elle a résisté jusqu’au dernier homme. Lorsque la révolution a commencé en 1918, aucun soldat ennemi n’avait atteint le sol allemand. Au cours de la Première Guerre Mondiale, l’Allemagne ne connaissait pas les horreurs des bombardements, encore moins des tapis de bombes, qui pouvaient effacer toute trace d’une ville de la surface de la Terre. L’Allemagne a souffert de grandes difficultés économiques, mais à Berlin et Hambourg il n’y a pas eu de famine du niveau de Leningrad en 1941. Alors pourquoi la révolution a-t-elle eu lieu?

Parce qu’elle a été mise en marche. Les mêmes forces qui ont fait tomber l’empire russe en février et octobre étaient maintenant prêtes à enterrer leur deuxième rival géopolitique – l’empire du Kaiser Guillaume. Et ils l’ont enterré ! L’effondrement artificiel de l’Allemagne a créé un terreau fertile pour que les nazis puissent mettre en branle leur agenda.

 « Je vous dis que quand j’arriverai au pouvoir par des moyens légaux, nous créerons un tribunal nazi et nous vengerons la révolution de novembre, et de nombreuses têtes tomberont légalement. » avait ouvertement déclaré Hitler [Hitler et Staline d’Alan Bullock]. Peut-être mentait-il ou exagérait-il en disant que l’Allemagne avait été « poignardée dans le dos », ou peut-être s’agissait-il d’une autre astuce de la propagande de Goebbels. A vous de juger …

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Au moment de l’effondrement de l’Allemagne, le chancelier était le prince Max von Baden. Strictement parlant, sa montée au pouvoir le 3 octobre 1918 marque la création d’un nouveau gouvernement dans lequel le ton n’est pas donné par des fonctionnaires rigides soutenus par le Kaiser, mais par des sociaux-démocrates de droite dirigés par Ebert et Scheidemann. Fin septembre, la situation était difficile sur les fronts. Les alliés de l’Allemagne craquaient. Le 30 septembre, la Bulgarie signe un armistice avec les alliés de l’Entente. Les dirigeants d’Autriche-Hongrie et de Turquie avaient également commencé à réfléchir à la survie de leur régime et non à une victoire dans la guerre en cours. A ce moment-là, renforcer leur esprit et leur confiance dans la victoire était la tâche la plus importante – pour l’Allemagne, bien sûr.

Pour les adversaires de l’Allemagne, la priorité numéro un était de tenir des pourparlers séparés avec les satellites allemands. La guerre traînait en longueur. Avec une défaite imminente de l’Allemagne, celle-ci ne cèderait toujours pas, donc en éclatant ses alliés, l’Entente pourrait hâter la fin. A Londres et à Paris aussi, les populations étaient au bord de la famine et ne pouvaient plus supporter des millions d’autres funérailles. Même pour les États-Unis, qui venaient d’entrer en guerre, une lutte prolongée n’était pas souhaitable. Ce n’est pas un hasard si Washington a attendu quatre ans et n’a déclaré la guerre à l’Allemagne que six mois avant sa défaite. L’idée était de minimiser ses pertes tout en utilisant ce que d’autres avaient réalisé, plutôt que de remplir les tranchées allemandes inexpugnables avec les cadavres des boys.

C’est à ce moment critique que les vrais miracles se sont produits. Le chancelier allemand, le prince Max von Baden, tombe malade; pour lui, c’est certainement mauvais, mais pour le pays ce n’est pas catastrophique. Cependant, le problème n’était pas la maladie du Prince, mais plutôt ses conséquences. Comment était-ce arrivé? Il n’avait rien du tout. Cela n’avait aucun sens.

Le prince Max von Baden dormait.

Et il a dormi un bon moment! Plus que n’importe qui au monde. Même plus que les personnes les plus fatiguées et les plus épuisées. Vous ne lirez pas ce “miracle” dans les manuels scolaires: les historiens ignorent des faits qu’ils ne sont pas conditionnés à vous expliquer. L’information se trouve dans les mémoires du Premier ministre britannique Lloyd George. Non seulement le chancelier a dormi pendant un temps extraordinairement long, mais, en fait, pendant ce temps, l’Allemagne a perdu la guerre!

« Une dose excessive de somnifères l’avait plongé dans l’oubli pendant 36 heures cruciales, du 1er au 3 novembre. Lorsqu’il se réveilla, il apparut que les alliés de l’Allemagne – la Turquie et l’Autriche-Hongrie – avaient déjà quitté la guerre, et que les agitateurs bolchéviks avaient alimenté les troubles dans tout le pays » [David Lloyd George, Mémoires de guerre (1938)].

Vienne et Istanbul avaient en effet signé des accords de paix séparés avec l’Entente alors que le dirigeant allemand dormait paisiblement comme un bébé. Quand il s’est réveillé, sa nation avait déjà un pied dans la tombe.

Croyez-vous au sommeil spontané de 36 heures du chancelier? Croyez-vous que personne n’aurait pu le réveiller? Que personne ne voulait le faire dans le contexte des événements en cours? Eh bien, Staline n’arrivait pas à dormir pendant la bataille de Moscou, alors même qu’il était épuisé. Hitler ne pouvait pas dormir dans les moments critiques où les Alliés s’emparaient de Berlin, comme si son système nerveux ne pouvait pas profiter d’un peu de repos! Même un George W. Bush, malade et surmené (comme n’importe quel autre président), aurait été réveillé dans un cas de désastre de l’ampleur du 11 septembre 2001. Si vous êtes dans cette position, vous devez diriger le pays – donner des instructions et réagir à l’évolution rapide de l’environnement.

 Mais le prince von Baden dormait encore et encore. Il n’y a que deux explications raisonnables à cette “sérénité” à un moment aussi décisif de l’histoire allemande, et toutes deux nous disent que la “révolution” allemande a beaucoup d’allure de conspiration ou d’opération secrète.

  • Quelqu’un, pas du tout par accident, a donné au Prince vraiment malade assez de somnifères pour tuer un cheval, et puis sous divers prétextes, a interdit à quiconque de venir le réveiller.
  • Le Prince a choisi l’alibi lui-même, prétendant être malade et dormant tranquillement dans son bureau, et s’est arrangé pour ne pas interférer dans l’effondrement de son pays.

Ce qui s’est réellement passé, nous laissons à nos historiens curieux le soin de l’évaluer. D’autre part, il s’agit d’un de ces cas où des détails supplémentaires n’ajoutent pratiquement rien à l’affaire. Il y a eu également un autre moment curieux qui caractérise la révolution allemande et notre Belle au bois dormant, le prince von Baden. Comme on le sait, la mort de l’empire du Kaiser avait commencé avec le soulèvement des marins à Kiel. Tout comme en Russie, la “fierté et la gloire” de la révolution allemande, c’était ses marins, et nos deux flottes ont passé la plus grande partie de la guerre dans leurs ports. Les dreadnoughts et les cuirassés coûtent trop cher pour être gaspillés en les laissant couler dans les batailles. Grâce à la propagande et à l’oisiveté, les marins sont devenus une force de frappe de “changement de jeu”…

La provocation pour la rébellion dans le port de Kiel était d’envoyer contre leur gré des marins et des “frères” qui avaient perdu l’habitude de combattre, dans une bataille décisive contre la flotte britannique. Pour les amiraux allemands, l’idée avait du panache Les marins étaient des cartes que l’on pouvait encore jouer. Une victoire pourrait changer radicalement toute la situation et, en cas de défaite, ce ne serait pas pire. Après tout, de toute façon, la mort au combat est un honneur militaire beaucoup plus cohérent que la capitulation. Ce beau message propagandiste se retournait contre les soldats et ils commencèrent à se rebeller.

Comment appelle-t-on ce comportement? Très simple – Une mutinerie. Ce genre d’infraction est puni très sévèrement dans les forces armées. En temps de guerre, tout tribunal militaire rend un verdict sans équivoque – la mort par peloton d’exécution. Mais le gouvernement allemand, nouvellement dirigé par les sociaux-démocrates, choisit de ne pas appliquer cette méthode aux mutins. En outre, le Prince Max avait promulgué un décret interdisant l’usage de la force pour réprimer le désordre grandissant. Et quand l’inaction fit vaciller le gouvernement et l’amena au bord du gouffre, le chancelier se réveilla brusquement et appela le Kaiser Guillaume au quartier général militaire allemand dans la ville de Spa, lui suggérant d’abdiquer. “Seul le long sommeil du prince Max l’avait empêché de faire ces suggestions à Guillaume plus tôt”, écrit le Premier ministre britannique Lloyd George. Je ne sais pas pour vous, mais plus j’étudie ces miracles, plus je doute que le courageux prince allemand Max dormait “vraiment”…

Kaiser Guillaume II
Kaiser Guillaume II

La situation était très similaire à celle de la Révolution russe de février, lorsque le monarque avait été contraint d’abdiquer du trône et que cette abdication – et non la “situation révolutionnaire” – avait immédiatement mené le pays à son lit de mort. Mais si Nicolas II avait succombé au chantage, le Kaiser faisait preuve de sang-froid. Il avait un avantage: contrairement à son cousin russe, il n’avait pas été arrêté. Mais la persévérance du monarque aurait pu stopper la poussée des forces mises en mouvement qui aurait rapidement éliminé l’empire allemand de la liste des puissances militaires. Par conséquent, quelqu’un devait faire un audacieux mensonge.

Max von Baden fit quelque chose d’absolument incroyable pour un prince et un premier ministre: il annonça l’abdication de son Kaiser, ayant reçu un refus clair et concis de lui !

En fait, Guillaume a abdiqué trois semaines après l’annonce de son abdication! Et le Prince n’était pas seulement chancelier, mais aussi le cousin du Kaiser. Si ce n’est pas de la trahison, quel mot pourrait s’appliquer?

Il y a d’autres ” coïncidences bizarres” qui suggèrent que les révolutions russe et allemande ont été moulées du même moule. Les troubles à Petrograd ont éclaté le 23 février 1917, un jour exactement après que le Tsar eut quitté la capitale pour le quartier général militaire russe à Mogilev. 8 jours plus tard, la Russie entendait parler de son abdication. De même, le 28 octobre 1918, Guillaume quitte Berlin pour son quartier général à Spa. Douze jours plus tard, on annonça aux Allemands qu’ils n’avaient plus de monarque.

Une fois le travail terminé, le héros retourne dans l’ombre. Ayant assumé le pouvoir de Dieu Tout-Puissant (parce que les monarques, eux-mêmes sont oints par lui), Max von Baden présenta sa démission et transmit la chancellerie au leader social-démocrate Friedrich Ebert. Il avait commencé par démettre son Kaiser, puis s’était démis de son poste. Moins d’une heure (!) après avoir pris le pouvoir, le nouveau chef du parti social-démocrate “approfondissait” la révolution, déclarant, à lui tout seul, que l’Allemagne était une république!

Le gouvernement du prince “endormi” Max était au pouvoir depuis un peu plus d’un mois. Et pendant ce mois, il avait si habilement réussi à perdre d’abord tous les alliés de l’Allemagne, puis l’Allemagne elle-même! Ce sont les hommes que Hitler appellera plus tard les traîtres et les vestes retournées – et pas seulement pour l’abolition “douce” de la monarchie. Bien sûr, Scheidemann, Ebert et leurs complices du nouveau gouvernement n’ont pas tardé à signer et à signer l’armistice avec les pays de l’Entente dès leur arrivée au pouvoir.

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Le tout a été réalisé avec tant d’habileté que les Allemands l’ont acheté comme s’il s’agissait d’un jeu de coquilles. Lorsque vous lisez ce document, les questions de savoir qui a organisé la révolution allemande et pourquoi trouvent leurs réponses:

 « Article 4. Remise par l’armée allemande des matériels de guerre suivants: 5 000 canons, 25 000 fusils, 3 000 mortiers et 1 700 avions.

Article 7. Remise par les alliés de l’Allemagne: 5 000 locomotives, 150 000 wagons de train et 5 000 camions.

Article 9. L’approvisionnement et la fourniture de la force d’occupation en Rhénanie (hors Alsace-Lorraine) relèveront de la responsabilité du gouvernement allemand.

Article 10. Rapatriement immédiat sans réciprocité de tous les prisonniers de guerre appartenant aux armées des Alliés…»

En plus de tout ce qui précède, l’Allemagne doit transférer le contrôle aux Alliés: 6 navires de croisière lourds, 10 navires de combat, 8 navires de croisière légers, 50 destroyers et 160 sous-marins.

Peut-on appeler ça une “trêve”? De telles exigences peuvent-elles figurer dans son texte? Une trêve est aussi appelée cessez-le-feu. Ce document, rédigé par l’Entente et rapidement signé par les nouveaux dirigeants allemands, ne peut être qualifié que de reddition inconditionnelle. Si on avait dit aux Allemands ce que les Britanniques et les Français demandaient, ils auraient continué à résister. Par conséquent, le document est qualifié de “trêve”. L’Allemagne a d’abord déposé ses armes, s’est engagée à retirer ses forces de tous les territoires occupés, a transféré le contrôle de sa flotte aux Alliés, a rendu ses armes lourdes et ses véhicules de transport, et a libéré tous les prisonniers. Ce n’est qu’après tout cela, une fois que les Allemands n’avaient plus d’armée ni de moyens de résistance, que les “pourparlers de paix” ont pu commencer. Ainsi, les Allemands ont d’abord remis leurs armes et ce n’est que plus tard qu’ils ont appris à quelles conditions ils l’avaient fait!

La défaite de l’Allemagne s’est déroulée sans accroc. Avec l’accord du Kaiser, la délégation allemande entama les négociations en vue d’un armistice le 7 novembre 1918, c’est-à-dire avant que Guillaume n’annonce son abdication. Les Alliés avaient donné aux Allemands 72 heures pour réfléchir à la proposition, qui expirait le 11 novembre. Le Kaiser n’aurait jamais accepté de telles conditions. Après tout, la signature du document signifierait la défaite de l’Allemagne à la Première Guerre Mondiale! Il était donc nécessaire qu’au moment de la signature de la “trêve”, le Kaiser n’existe plus. Sinon, ce cessez-le-feu qui était en réalité beaucoup plus proche d’une capitulation n’aurait jamais été signé. Ainsi, le 9 novembre, le mensonge de Max von Baden sur l’abdication du Kaiser a été annoncé au monde, et un nouveau gouvernement composé de marionnettes a immédiatement signé les documents selon la date limite fixée par les adversaires – le 11 novembre.

Et tous les papiers étaient déjà prêts? Et le commandement de l’Entente était déjà en mesure de calculer la quantité de canons et d’équipement militaires que les Allemands devraient “rendre”? Peut-être les délégués allemands ont-ils eu la gentillesse d’apporter une liste avec eux? Ou peut-être que les Alliés avaient planifié tout cela plus tôt, connaissant à l’avance le coup d’État imminent?

La propagande de l’Entente a convaincu les Allemands qu’un accord de paix équitable serait conclu si l’Allemagne se débarrassait du Kaiser. Beaucoup étaient dans cet état d’esprit, et cela a contribué à la réticence de la population à le soutenir. Le peuple allemand a renversé son gouvernement, plongé le pays dans le chaos et rendu impossible la poursuite de la lutte pour sa propre armée. Cependant, en rédigeant les conditions de la trêve et du traité de Versailles, personne ne fit aucune faveur aux Allemands qui renversèrent Guillaume. Au contraire, l’humanité n’ a pas connu une “paix” aussi dure depuis les guerres puniques entre Rome et Carthage. En conséquence, les Allemands se sont sentis trompés et trahis. Je dois dire que la plupart des traîtres ont fini par trouver leur juste punition. Matthias Ertsberger, qui signa la trêve, fut abattu en août 1921 par deux jeunes nationalistes. Ceux qui ont également signé le Traité de Brest-Litovsk du côté russe n’ont pas survécu au-delà de 1937-1938….

Naturellement, le traité extorqué à Versailles a alors été signé. Vous connaissez la suite: les réparations jusqu’en 1988, la faim et le froid sans précédent dans l’histoire humaine. Les Allemands ont vite dessoûlé, mais il n’y avait pas de chemin de retour. La production allemande de biens est tombée à son niveau de 1888, bien que la population ait augmenté de 30 pour cent depuis lors. Il ne leur restait qu’à choisir entre souffrir ou fermer les fenêtres et allumer le gaz. C’est à ce moment-là que Adolf Hitler a commencé à monter dans l’arène politique. Il avait compris qui avait gagné la Première Guerre Mondiale et dont la gracieuse approbation serait nécessaire pour que l’Allemagne se remette sur pied.

Traduit du Russe par ORIENTAL REVIEW

Source : https://orientalreview.org/2010/10/25/episode-6-lev-trotsky-the-father-of-german-nazism-i/

Traduction : Avic – Réseau International

https://reseauinternational.net/leurope-dune-guerre-a-lautre-vi-1-leon-trotsky-pere-du-nazisme-allemand/