Affichage des articles dont le libellé est Louis IX. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Louis IX. Afficher tous les articles

dimanche 23 août 2026

Terres de Mission n°474 : Saint Louis, chef d'Etat

 

Terres de Mission n°474 : Saint Louis, chef d'Etat

Eglise universelle : Saint Louis modèle des chefs d'Etat

Il y a tout juste 800 ans, le 29 novembre 1226, Saint Louis était sacré roi de France. A l'occasion de cet anniversaire, François-Régis Legrier publie une nouvelle biographie du saint : "Saint Louis modèle des chefs d'Etat", principalement centrée sur l'action politique du saint roi. Ou comment concilier fidélité à l'Evangile et responsabilités politiques.

Eglise en France : Quelques lectures estivales

Jean-Pierre Maugendre nous propose quelques lectures estivales :

- L'Odyssée - Sur les traces d'Ulysse. Figaro hors-série, 164 pages, 14,9 €


- Les guerriers de l'hiver, Olivier Norek, Michel Lafon, 424 pages, 21,95 €

- A cœur ouvert, Charles d'Azérat, Mareuil Editions, 159 pages, 21 €

- Le retour du roi, David Engels, Verbe haut, 288 pages, 25 €

Eglise en marche : Rénove une statue

Raphael Castex, de l'association Rénove une statue, vient de démarrer un tour de France du patrimoine afin de restaurer 20 statues. Il nous présente son action et ses projets.

https://tvl.fr/terres-de-mission-n0474-saint-louis-chef-d-etat

dimanche 9 août 2026

Terres de Mission n°472 - Saint Louis, roi et saint

 

Terres de Mission n°472 - Saint Louis, roi et saint

Dimanche 9 août, Terres de mission reçoit Jean-Noël Toubon, auteur de "Saint Louis sur le chemin de la canonisation" (Voxgallia), à l'occasion du huitième centenaire du sacre du grand roi.

C'est l'occasion d'évoquer en profondeur un aspect central, mais trop souvent occulté par les historiens, de la vie de Saint Louis: sa profonde foi chrétienne, âme et moteur de toute son action politique.


https://tvl.fr/terres-de-mission-n0472-saint-louis-roi-et-saint

jeudi 17 octobre 2024

Royauté et sainteté, un lien millénaire

 

Saint Louis
Au cours de l'Histoire, le lien entre royauté et sainteté a toujours été étroit. Si certains monarques se sont parfois égarés et ont penché du côté du Diable, d'autres ont su mener des vies en accord avec Dieu et les dogmes de l'Église catholique. Parmi ces pieux souverains figure le roi des Belges, Baudouin, dont le procès en béatification a été annoncé par le pape François le 28 septembre. Cette démarche souligne ainsi, pour ceux qui en douteraient, l'importance incontestable du christianisme au cœur de notre civilisation contemporaine. Par ce processus, Baudouin pourrait s'ajouter à la longue liste des monarques déclarés saints ou bienheureux, dont l'exemple demeure une source d'inspiration pour ceux qui aspirent à gouverner avec sagesse et vertu.

Louis IX, le saint capétien

Nul ne peut évoquer un saint roi sans penser à Louis IX. Couronné en 1226, il consacre son règne à la promotion de la paix et de la morale chrétienne, valeurs qui lui furent soigneusement inculquées par sa mère, Blanche de Castille. Cette dernière n'a ainsi pas hésité à lui dire : « Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort que coupable d'un seul péché mortel », et lui rappelant qu'« un roi illettré est un âne couronné ». Fort de cette éducation chrétienne, Louis IX instaure des réformes judiciaires, favorisant l'équité et l'accès à la justice pour tous, qu'il exerce, selon l'image d'Épinal, sous un chêne verdoyant. Le roi de France fait également preuve d'humilité, de charité et de simplicité. Lors de banquets, il n'hésite pas à affadir ses plats et à réserver les meilleures portions aux pauvres. Louis IX fonde également la Sainte-Chapelle à Paris, un reliquaire monumental qui abrite en son cœur des reliques sacrées telles que la couronne d'épines portée par le Christ et un fragment de la Sainte Croix. Poussé par sa profonde foi, il entreprend aussi deux croisades, en 1248 et en 1270. C'est lors de cette dernière qu'il décède, loin des fastes du pouvoir, sur un lit de cendres. Canonisé en 1297, Saint Louis demeure un ardent exemple de dévotion aux valeurs chrétiennes qui ont façonné la France.

Sainte Clotilde, reine des Francs

Cependant, s'il existe de saints rois, il convient de rappeler qu'il y a également de saintes reines, dont certaines comptent parmi les premiers souverains chrétiens de France, à l'image de sainte Clotilde. Ancienne princesse burgonde devenue reine des Francs par son mariage avec Clovis, elle joue un rôle crucial dans la christianisation de son peuple, en commençant par son propre époux. Avec l'aide de saint Remi, évêque de Reims, elle convainc Clovis de se faire baptiser, surtout après que celui-ci, suite à sa victoire à la bataille de Tolbiac en 496, a juré : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien. » Profondément dévote, la reine Clotilde profite de son statut pour soutenir la fondation et la construction de nombreuses églises et monastères, renforçant ainsi la foi chrétienne et l’évangélisation chez les Francs. Attirée par la vie monastique, après la mort de Clovis, elle se retire dans un monastère près de Tours, où elle consacre la fin de sa vie à la prière jusqu'à son décès en 545. Son exemple inspirera d'autres souveraines, dont sa belle-fille, sainte Radegonde, qui suivra un chemin similaire. Sainte Clotilde reste ainsi à jamais la sainte patronne et mère de la France chrétienne.

Charles Ier de Habsbourg, l’empereur de la paix

Rois et reines ne sont pas immédiatement canonisés, car ce processus exige du temps et que des miracles soient avérés et reconnus par l’Église. En attendant, de pieux monarques peuvent être déclarés bienheureux en reconnaissance de leurs actions remarquables. L'un des souverains récents à avoir reçu cette grâce de la béatification et en attente de canonisation est Charles Ier de Habsbourg-Lorraine. Devenu empereur d'Autriche et roi de Hongrie en 1916, en pleine Première Guerre mondiale, il s'efforça en vain de rétablir la paix en Europe en privilégiant le dialogue et la diplomatie, avec le soutien du pape Benoît XV. Sa politique, opposée à celle des autres puissances belligérantes qui recherchaient une victoire sans compromis, était motivée par ses profondes convictions catholiques et son souci de préserver la vie humaine.
Cependant, Charles Ier dut également affronter la chute des empires européens, ce qui le conduisit à l'exil avec sa famille. Vivant humblement, il succombe à une maladie en 1922, laissant derrière lui une veuve et huit enfants. Béatifié en 2004 par le pape Jean-Paul II, il est reconnu pour son engagement chrétien exemplaire et ses efforts inlassables pour la paix, incarnant ainsi les valeurs d'un souverain dévoué au bien commun. Son petit-fils, l'archiduc Georges de Habsbourg-Lorraine, ambassadeur de Hongrie en France, le décrivait en 2022 dans le magazine Dynastie comme « très religieux et [qui] puisait une grande force dans sa religion. Il avait une grande confiance en Dieu et dans la prière. C’était un homme très optimiste, car il était toujours en contact avec Dieu par la prière. » À la question de savoir si Charles Ier pouvait être un modèle pour l'Europe, l'archiduc a répondu simplement : « Quand [Jean Paul II] a béatifié mon grand-père, il a donné sa vie en exemple. »

Par leurs béatifications et canonisations, l’Église catholique cherche à mettre en lumière l’exemplarité de ces souverains, dont la vie fut intimement liée au destin de l’Europe et, parfois, du monde entier. Ces monarques, bien qu’investis de pouvoirs temporels considérables, ont su incarner les valeurs chrétiennes de charité, d’humilité et de justice, faisant de leur règne un service à la fois spirituel et politique. Ainsi, l’Église nous rappelle que la responsabilité de gouverner doit être exercée avec une conscience morale élevée, inspirée par la foi et le souci du bien commun.

Eric de Mascureau

jeudi 24 août 2023

Le 19 août 1239, Saint Louis accueille la Sainte Couronne d’épines à Paris

 

Saint Louis et la Sainte Couronne

Le roi Louis IX a acheté à Byzance de précieuses reliques dont la couronne d’épines, portée par le Christ lors de Sa Passion.

Négociées par l’intermédiaire des marchands vénitiens, les précieuses reliques, au nombre de vingt-deux, gagnent la capitale en procession. Sur le chemin, les chroniques rapportent la présence d’une foule immense de fidèles venus se recueillir. On parle d’un million de personnes !

Le 19 août, la procession arrive aux portes de Paris. Le jeune Roi d’à peine vingt-cinq ans délaisse ses atours royaux, endosse une simple tunique de pénitent et, pieds nus, aidé de son frère Charles d’Anjou, porte la Sainte Couronne jusqu’à la cathédrale Notre-Dame de Paris, dont la construction est achevée depuis peu.

Elle sera un peu plus tard accueillie dans un reliquaire à sa mesure, dans la Sainte-Chapelle.

https://www.medias-presse.info/le-19-aout-1239-saint-louis-accueille-la-sainte-couronne-depines-a-paris/179282/

dimanche 30 juillet 2023

Ainsi était Saint Louis (par Jean-Noël Toubon)

 

Jean-Noël Toubon, ancien directeur de la télé web castelbriantaise Pulcéo, est un passionné d’histoire. A tel point qu’il a d’abord lancé la chaîne YouTube Gallia consacrée à l’histoire de France de Clovis à Louis XVI, à la suite de quoi il a fondé la maison d’éditions Voxgallia et s’est mis à écrire lui-même. Nous avons déjà présenté ici son ouvrage consacré au péril cathare. Cette fois, attardons-nous sur sa biographie de Saint Louis.

Le règne de Saint Louis est le témoignage vivant de l’étendue des vertus que doit posséder un chef. Et ce livre réussit à résumer ce règne éblouissant. C’est le 25 avril 1214 que naquit Louis, fils de Blanche de Castille et de Louis VIII. Le futur saint Louis héritera d’un royaume riche, puissant et influent, en un XIIIe siècle qui restera pour la postérité l’âge d’or médiéval appelé aussi le “siècle français “. Louis allait être un roi eschatologique, passant sa vie, sans relâche, à préparer son âme et celles de son peuple à la rencontre divine. La personnalité du jeune Louis fut forgée par trois figures tutélaires. En premier, son grand-père Philippe Auguste, le vainqueur de Bouvines, ensuite son père Louis VIII dit le Lion, qui impressionnait par son courage de chevalier, enfin sa mère Blanche de Castille, pieuse, autoritaire et mère protectrice jusqu’à l’excès. Durant son enfance, au contact de moines dominicains et franciscains, il put développer très tôt le sens de l’humilité et de la charité.

Devenu roi à l’âge de 12 ans, Louis allait très vite découvrir les jeux du pouvoir et subir les trahisons de ses vassaux. Il fallait la poigne d’une Blanche de Castille pour maintenir l’unité du royaume de France. Le règne de Louis IX fut marqué par la question des juifs. Il leur était reproché la pratique de l’usure et les insultes proférées à l’encontre de la Sainte Vierge et du Christ dans le Talmud, soit deux crimes aux yeux du roi et de la société de l’époque. Louis IX leur interdit les blasphèmes, les signes graphiques mystérieux, les sortilèges, les alphabets secrets, etc. Et pour leur permettre une activité professionnelle sans pratiquer l’usure, il facilita aux juifs l’accès aux métiers productifs et au travail de leurs mains. En juin 1240 débuta le procès du Talmud. avec la possibilité pour des rabbins de débattre face à des prélats catholiques. Après deux ans de disputation, le procès se conclut par la crémation de vingt-quatre charretées du Talmud en place de Grève à Paris. On notera également que le règne de Louis IX fut marqué par sa capacité à éviter les déchirements inutiles entre princes chrétiens.

Le 25 août 1248, accompagné de toute sa famille hormis sa mère et ses jeunes enfants, il embarque pour sa première croisade. A bord des trente-huit grands vaisseaux et des centaines d’embarcations plus modestes, quelque 2.500 chevaliers, 10.000 fantassins, 5.000 arbalétriers et 8.000 chevaux prirent le large en direction de l’Egypte. En ce début de l’an 1250, le roi est malade et épuisé. Le 9 février, il fut fait prisonnier. Il fut libéré le 6 mai avec de nombreux captifs chrétiens contre rançon. Au printemps 1253, une ambassade vint lui annoncer la mort de sa mère. Le 10 juillet 1254, il retrouva le sol de France. Le roi, meurtri, cherchait les causes de l’échec de la croisade et se lança dans une entreprise de moralisation de son royaume. Il prit des mesures destinées à combattre les abus de pouvoir et la corruption. C’est lui aussi qui imposa un principe fondateur de la justice contemporaine : la présomption d’innocence. Il pratiquait également avec humilité la justice royale, accessible à tous, au bois de Vincennes ou au Palais royal. Charitable, il était aussi un roi pénitent, s’infligeant toutes sortes de privations. Et chaque jour il faisait manger des pauvres à sa table. Il fit bâtir, souvent sur ses propres deniers, des abbayes à l’intérieur desquelles les plus pauvres pouvaient manger, des hospices où les aveugles pouvaient trouver un peu de réconfort, ou encore des Hôtels-Dieu pour y accueillir des femmes veuves ou miséreuses, des malades et des indigents. En père des pauvres et des malheureux, Louis allait souvent visiter ces lieux et s’attardait à nourrir lui-même les infirmes les plus repoussants.

Vint le moment de la seconde croisade. Le 1er juillet 1270, le roi Louis IX monta sur sa nef et emmena avec lui ses trois fils aînés ainsi que sa fille aînée. A Carthage, près de Tunis, la maladie se propagea à nouveau. L’hécatombe débuta le 3 août 1270. Jean-Tristan, fils du roi mourut ce jour-là de la dysenterie. Succombèrent ensuite le comte de Nevers; le légat du pape, l’archevêque de Reims, le comte de Vendôme, le maréchal de France, le garde du sceau royal, etc. Le 25 août 1270, Louis IX s’éteignit à son tour. Pour supporter le voyage, les os et les chairs furent séparés. Les chairs et les entrailles du pieux roi furent transportées et conservées par son frère Charles d’Anjou à l’abbaye de Monreale en Sicile. Le 21 mai 1271, le convoi du roi de France fit son entrée dans Paris devant une foule immense venue se recueillir dans la tristesse. Sur le long trajet du retour, les restes du saint roi faisaient déjà des miracles. Soixante-quatre miracles seront attestés, dans de nombreuses villes traversées et sur son tombeau de Saint-Denis à Paris. Le 11 août 1297, le pape Boniface VIII prononça la canonisation du roi sous le nom de saint Louis de France.

Jean-Noël Toubon se révèle un remarquable narrateur de ce règne exceptionnel et son livre mérite vraiment d’être recommandé.

Ainsi était Saint Louis, Jean-Noël Toubon, éditions Voxgallia, 187 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/ainsi-etait-saint-louis-par-jean-noel-toubon/170780/

samedi 22 juillet 2023

25 avril 1214 – Naissance de Saint Louis : le Capétien a notamment fait venir la Couronne d’Epines en France et porté la nation dans un renouveau culturel et spirituel

 

Celui que l’histoire appellera simplement « Saint Louis » est né en 1214 et devint roi de France en 1226, alors qu’il n’avait que douze ans. En 1234, il épousa Marguerite de Provence et le couple eut finalement onze enfants. Connu pour son esprit de pénitence et de prière, le roi Louis IX était soucieux des besoins temporels et spirituels de sa famille et du peuple de France. Il était un admirateur et un partisan de saint Thomas d’Aquin et d’autres savants de son temps et, sous son règne, la France a connu un renouveau culturel et spirituel. Louis est également connu pour la construction de La Sainte Chapelle à Paris, une chapelle qu’il a construite pour abriter la relique de la couronne d’épines.

[…] Aleteia


https://www.fdesouche.com/2023/04/25/25-avril-1214-naissance-de-saint-louis-le-capetien-a-notamment-fait-venir-la-couronne-depines-en-france-et-porte-la-nation-dans-un-renouveau-culturel-et-spirituel/

jeudi 7 juillet 2022

Blanche de Castille, première régente de France

 

Blanche de Castille, première régente de France

Blanche de Castille, successivement princesse, épouse de l’héritier du trône de France, reine, reine-mère et toute première régente du royaume de France jouera un rôle politique de premier plan auprès de son époux mais surtout auprès de son fils. Dotée d’une éclatante personnalité, elle saura diriger fermement les affaires de l’État tout en restant pleinement femme et ne cherchant pas à s’imprégner de valeurs masculines. Cela lui sera permis grâce à la considération dont jouissent les femmes au Moyen Âge, véritable âge d’or pour le beau sexe et époque propice au pouvoir féminin.

Une jeune Espagnole arrivant en France à l’âge de douze ans

Née en 1188, cette jeune princesse est originaire, comme son nom l’indique, du royaume de Castille. Néanmoins, elle ressemble plus à une fille du Nord qu’à une petite Espagnole, Bianca tenant visiblement de sa mère, Aliénor d’Angleterre, et de sa grand-mère, Aliénor d’Aquitaine. Elle ne leur doit d’ailleurs pas seulement son physique : comme elles, elle se révélera être une femme de tête, influente, qui jouera un rôle important dans la vie politique de son époque.

C’est d’ailleurs Aliénor d’Aquitaine en personne qui entame, à l’âge de quatre-vingts ans, un immense périple à travers la France jusqu’en Espagne à la fin de l’année 1199. Son but est simple : trouver une épouse au fils du roi de France Philippe II Auguste, le jeune Louis, futur Louis VIII. La choisir en Castille est une évidence car Bianca et ses sœurs sont les nièces du roi d’Angleterre Jean sans Terre. Ainsi, cette union favoriserait sans nul doute les liens entre les royaumes rivaux de France et d’Angleterre. Une fois sur place, Aliénor hésite entre deux de ses petites-filles : la légende raconte que la petite Bianca sera finalement choisie car son prénom peut être francisé en Blanche, contrairement à sa sœur qui se nomme Urraca. Les deux femmes repartent alors en direction de la Normandie, où doit se tenir le mariage. Ce voyage est très symbolique, l’éclatante Aliénor menant l’impétueuse Bianca, devenue Blanche, qui se révèlera être la digne héritière de sa grand-mère maternelle et connaîtra comme elle un destin hors du commun.

Une épouse influente et une mère impliquée

S’il s’agit du destin de nombreuses princesses, être ainsi arrachée à son pays natal n’en est pas moins difficile. Néanmoins, bien qu’à l’origine purement politique, le mariage de Blanche et de Louis tourne rapidement au conte de fées : le couple se révèle particulièrement uni, vivant une véritable histoire d’amour dont naîtront douze enfants et tenant le premier rôle au centre d’une cour vivante, où se côtoient musiciens et intellectuels.

C’est en 1216 que Blanche peut laisser libre cours à son habileté politique. Face à la révolte des barons à laquelle fait face le mal-aimé roi d’Angleterre Jean sans Terre, Louis, poussé par sa femme, décide d’intervenir, d’autant plus que celle-ci se trouve être la petite-fille du défunt roi anglais Henri II Plantagenêt, deuxième époux d’Aliénor d’Aquitaine. Blanche dispose donc en théorie de droits sur le trône anglais. Tandis que Louis parvient jusqu’à Londres et s’y fait proclamer roi, sa femme réussit à convaincre Philippe II Auguste de participer au financement de l’expédition, ce qui lui permet d’engager Eustache le Moine, moine défroqué devenu pirate. Malheureusement, cette campagne sera un échec cuisant, la mort du roi Jean changeant la donne : son fils Henri III héritant de la Couronne, cela apaise les tensions avec les barons qui se retournent alors contre Louis, qui n’a d’autre choix que de fuir et repartir en France.

Blanche est couronnée reine à la mort de son beau-père en 1223. Elle a alors trente-cinq ans, son époux trente-six. Pendant son court règne, Louis VIII le Lion libérera La Rochelle du joug anglais, se heurtera aux Albigeois et réussira notamment à soumettre le Languedoc face à l’hérésie cathare.

De son côté, Blanche s’implique énormément auprès de ses enfants. Elle veille de très près à ce que tous soient correctement instruits ; ses filles comme ses garçons reçoivent d’ailleurs la même éducation. Sa volonté de tout contrôler transparaît déjà et sera plus tard subie par l’héritier au trône, le petit Louis, futur Louis IX. En particulier, se démarque son désir de transmettre la foi chrétienne : très pieuse, elle fonde une abbaye de femmes, Notre Dame du Lys, près de Melun, et veille à être charitable envers les pauvres. Elle éduque son fils en ce sens ; on raconte même qu’elle aurait affirmé préférer le voir mourir que de commettre un péché ! D’ailleurs, Louis IX serait-il devenu Saint Louis sans l’influence de sa mère ?

Une régente au sens politique acéré

Après avoir régné seulement trois ans, Louis VIII meurt de dysenterie. Volonté de ce dernier ou de son conseil, voire des deux, Blanche est proclamée régente en attendant que le tout jeune roi âgé de douze ans, Louis IX, soit en âge de gouverner : il s’agit de la toute première régente de France. Lors de cette tutelle, la reine mère doit bien entendu agir dans l’intérêt du royaume et du petit roi. Son sens politique très développé lui permettra de relever brillamment les défis qui lui font face.

Elle doit en effet rapidement mater les vassaux rebelles, qui se sont empressés de fomenter une révolte : ils désirent profiter de la minorité de Louis IX pour acquérir du pouvoir et une indépendance financière. Cette première épreuve est un succès pour Blanche : la régente parvient à lever les milices bourgeoises parisiennes qui s’en vont secourir le petit roi assiégé.

Elle réussit également à s’imposer en chef de guerre lors de la révolte de Pierre, dit Mauclerc, le comte de Bretagne. Lors du siège de Bellême qui durera trois mois, elle dirige vaillamment ses troupes. Une anecdote illustre la manière toute féminine dont elle exerce son pouvoir : quand elle arrive sur place et qu’elle découvre ses hommes transis de froid, elle agit comme une mère et ordonne de faire de grands feux de bois. Cela se révélera payant : elle galvanise l’armée qui, requinquée, enchaîne les victoires. Blanche est la preuve vivante qu’une femme peut gouverner tout en restant pleinement femme. La régente parvient en effet à tenir les rênes du royaume d’une main de fer et à incarner parfaitement le pouvoir, tout en laissant libre cours à ses qualités féminines qui ne sont pas un frein mais qui au contraire servent ses desseins.

Blanche négocie aussi fermement pour perpétuer l’œuvre des Capétiens. En ce sens, elle signe le traité de Meaux-Paris en 1229 avec le comte de Toulouse, qui lui permet d’obtenir la partie orientale du Languedoc grâce au mariage de son fils Alphonse à Jeanne, la comtesse de Toulouse.

Néanmoins, elle n’échappera pas aux critiques propres à son sexe et fera l’objet de nombreuses calomnies, notamment quant à sa vertu. Après la mort de Louis VIII, elle n’hésitera pas à se présenter « nue » (ce qui équivaut en réalité à se tenir en chemise) devant ses détracteurs pour leur montrer qu’elle n’est pas enceinte et leur prouver ainsi sa chasteté dans le veuvage.

Une reine-mère envahissante

Si sa régence prend fin une fois Louis IX officiellement reconnu majeur vers l’âge de vingt ans, Blanche continue de garder un œil sur les affaires publiques et n’hésite pas à conseiller son fils. Celui-ci lui fait d’ailleurs entièrement confiance et s’appuie beaucoup sur elle. Néanmoins, la présence de sa mère lui pèse quelquefois, notamment dans sa relation avec sa jeune épouse. Cette dernière, la belle Marguerite de Provence – pourtant choisie par Blanche pour des raisons politiques – et Saint Louis tombent en effet rapidement amoureux. Cette idylle n’est malheureusement pas vraiment du goût de Blanche. Mère possessive, elle entreprend de les surveiller étroitement dans l’espoir d’éviter un trop grand rapprochement et ira jusqu’à leur reprocher d’être trop intimes. Les jeunes gens devront donc rivaliser d’ingéniosité pour ne pas être surpris ensemble trop souvent, le comble pour un couple marié !

Le retour de la régence

Suite à une grave maladie au cours de laquelle il frôle la mort, Louis IX décide de partir en croisade, au grand désespoir de sa mère craignant de ne jamais le revoir. Celle-ci endosse donc une dernière fois le rôle de régente, bien à contre-cœur mais avec l’intelligence politique qui la caractérise. La peur de Blanche n’est malheureusement pas dénuée de fondement : elle meurt le 27 novembre 1252, à soixante-quatre ans, alors que son fils se bat contre les musulmans loin de la France.

Cette régence crée un véritable précédent qui permettra aux futures régentes de légitimer leur place, en plus pour certaines de prendre exemple sur cette femme d’exception, dotée d’immenses qualités personnelles comme politiques. La vie extraordinaire de Blanche, rythmée par les affaires d’Etat, l’éducation de ses enfants ou sa foi, est en effet un parfait modèle pour son époque tout comme la nôtre.

Diane A. Roger – Promotion Tolkien

Photo : Blanche de Castille, détail d’une miniature de la Bible moralisée de Tolède, 1240. Domaine public.

https://institut-iliade.com/blanche-de-castille-premiere-regente-de-france/

dimanche 31 octobre 2021

La Petite Histoire : Blanche de Castille, la reine-mère – Les grandes femmes d’État

 Elle est sans doute la plus grande femme d’État que la France ait jamais connu. Blanche de Castille aura été reine de France suite à son mariage avec Louis VIII, puis régente du royaume lors de la minorité de son fils, Louis IX, le futur Saint Louis. C’est elle qui assurera son éducation politique et religieuse, au point de forger celui qui deviendra le seul roi de France canonisé. La reine-mère protégera également le royaume de l’appétit des grands seigneurs, négociant et gouvernant d’une main de maître, ce qui permettra ni plus ni moins de préserver et perpétuer l’héritage capétien. Retour sur la vie de Blanche de Castille, la plus grande des reines de France.


https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-blanche-de-castille-la-reine-mere-les-grandes-femmes-detat

dimanche 12 septembre 2021

Philippe IV le Bel (1285-1314) : éloge du politique

  

Philippe IV le Bel (1285-1314) : éloge du politique

Derrière le halo mystérieux et romanesque qui dénature trop souvent la réalité de son règne, surgit la figure d’un roi « de marbre comme de fer », moderne, qui s’acharna envers et contre tous à assurer l’indépendance et la grandeur du royaume de France.

Figure tragique et ambiguë que celle de Philippe le Bel. Symbole de la souveraineté nationale face au pouvoir de l’or et des papes. Symbole aussi de l’absolutisme naissant et de l’étranglement des libertés féodales. Aucune victoire éclatante ne vient illuminer du prestige des armes le règne de ce monarque qui parut peu sur les champs de bataille : « Il n’est pas concevable que le prince supporte les aléas et les dangers de la fortune », avançait-on dans son entourage. On le disait fort pieux comme son grand-père Louis IX, à qui il vouait une admiration sans borne, mais aucune chronique ne permet de connaître réellement le caractère de ce personnage énigmatique.

Bien moins servi que ses glorieux aïeux par l’imaginaire collectif, il reste le souverain des légistes, imbus de la confiance inébranlable de leur maître, qui défendirent son autorité avec âpreté, allant pour cela jusqu’à s’en prendre physiquement à la personne du souverain pontife. Il est le monarque « faux monnayeur » qui, pour remplir son trésor, n’eût de cesse de manipuler la monnaie et d’imposer ses sujets au risque d’entamer la prospérité du royaume. Hostile aux Templiers, il les condamna au bûcher. Il est le fameux « roi maudit », par qui le malheur arriva sur la dynastie capétienne que sa politique mena au bord de l’extinction.

Son personnage a ainsi fait le bonheur des amoureux d’un Moyen Age d’ombre plus que de lumière, fait de conspirations, de trahisons, de secrets d’alcôves, d’anathèmes, de bûchers et de trésors cachés… Pourtant, derrière le halo mystérieux et romanesque qui dénature trop souvent la réalité de son règne, surgit la figure d’un roi « de marbre comme de fer », moderne, qui s’acharna envers et contre tous à assurer l’indépendance et la grandeur du royaume de France, alors au sommet de sa puissance.

Les débuts guerriers du règne

Philippe IV monte sur le trône en 1285, à la mort de Philippe III le Hardi. D’une force qui étonne ceux qui l’approchent, ce beau jeune homme féru de chasse est, à 17 ans, déjà marié à Jeanne de Navarre et très tôt confronté aux impératifs politiques. Son père s’était lancé de façon quelque peu hasardeuse dans la conquête de l’Aragon, dont il souhaitait doter Charles de Valois. C’est en effet au détriment de ce dernier que Pierre III d’Aragon s’était emparé de la Sicile en 1280, ce qui lui avait valu d’être excommunié et dépouillé de toutes ses possessions par le pape. Le jeune prince parvient à dégager la France de cet imbroglio méditerranéen et finit par imposer la paix à son oncle, Alphonse III d’Aragon, en 1291. Quant à Charles de Valois, il renonce à ses prétentions en échange du Maine et de l’Anjou, ancien apanage de la maison de Naples.

Philippe IV le Bel a ainsi les mains libres pour mener une politique bien plus réaliste, visant deux régions prospères et stratégiques, aux frontières du royaume : la Guyenne et la Flandre. En dépit de relations fort courtoises entre Philippe et Édouard 1er d’Angleterre, qui lui prête hommage pour ses possessions aquitaines, la dégradation des relations entre les marins normands et gascons qui s’opposent parfois dans de véritables batailles navales, conduit le roi à convoquer son vassal. Ce dernier refuse de venir : à partir de 1294, la Guyenne est alors occupée. Édouard y reprend pied mais, déjà engagé en Écosse où William Wallace mène la rébellion, il préfère ouvrir un autre front contre Philippe, en détachant le comte de Flandre de l’obédience française.

Guy de Dampierre, à juste titre, reprochait en effet à son suzerain d’avoir empêché une alliance matrimoniale avec les Plantagenêt, de s’appuyer sur une grande partie de la noblesse et du patriciat urbain flamands, les leliaerts (« les partisans des fleurs de lys »), pour accroître son emprise sur son fief et enfin de nuire à l’importation de la laine anglaise indispensable à la florissante production textile de ses artisans. Mais l’opération anglo-flamande conduite au nord du royaume échoue : Robert d’Artois remporte pour le compte de Philippe la victoire de Furnes et Lille passe sous domination française. L’arbitrage du pape permet de sceller la réconciliation entre la France et l’Angleterre, lors de la convention de Montreuil en 1299, par un double mariage : Édouard Ier doit épouser la sœur de Philippe le Bel, Marguerite, et son fils, le futur Édouard II, s’unir à Isabelle, fille du roi. La Guyenne redevient anglaise, à l’exception de Bordeaux, tandis que Guy de Dampierre se retrouve bien isolé face à la vindicte de son suzerain.

Lorsqu’il vient en France faire amende honorable, le roi, implacable, ne lui pardonne pas sa trahison et le retient prisonnier. La Flandre est alors gérée par ses officiers. Mais le 18 mai 1302, la population de Bruges se soulève et massacre la garnison française (Matines de Bruges). L’armée de chevaliers aguerris envoyée pour venger ces morts est littéralement taillée en pièces par la « piétaille » flamande à Courtrai, le 11 juillet suivant (bataille des Éperons d’or, ceux des chevaliers français tués au combat). Ce n’est finalement que deux ans plus tard que le roi prendra sa revanche à Mons-en-Pévèle. Le traité d’Athis devant régler les profonds différents entre le roi et son vassal ne sera jamais réellement appliqué, mais permet à Philippe de conserver à titre définitif Lille, Douai et Béthune.

Une pression financière aux conséquences dramatiques

Si d’autres territoires viennent s’agréger de façon plus pacifique au royaume de France (la Champagne, apportée en dot par la reine, le Barrois mouvant, Valenciennes, Tournai, Lyon, Chartres, Angoulême, Bigorre…), la politique extérieure de Philippe le Bel lui coûte extrêmement cher. Les négociations ont un prix, la mobilisation de l’ost également. Or les revenus de Philippe, tirés du domaine royal et des levées extraordinaires consenties par la population, ne suffisant plus à couvrir ses dépenses, il a recours à de violents expédients. Les juifs qui possèdent des créances considérables sont alors persécutés et menacés d’expulsion s’ils n’abandonnent pas au roi leurs profits usuraires, finalement saisis en 1306 lorsqu’ils sont bannis du royaume. Les Lombards, à l’exception de Biccio et Murciatto (« Biche et Mouche »), les deux banquiers italiens du roi, subissent le même sort. En 1294 et 1296, il va jusqu’à lever, difficilement il est vrai, une sorte d’impôt sur le revenu (centièmes et cinquantièmes). Enfin, l’altération de la monnaie (1295-1296, 1303, 1306) lui permet de créer de nouvelles taxes sur le monnayage, tout en soulageant les dettes royales. Les Parisiens, touchés par ces mesures de déflation, finissent par se révolter en 1306.

La pression financière, en conduisant le roi à imposer également le clergé qui, selon la coutume, n’accordait jusqu’alors que des dons gracieux à la Couronne, va avoir des conséquences autrement dramatiques. Le pape Boniface VIII réagit violemment à ce qu’il dénonce comme une mise sous tutelle des clercs. Mais en dépit de son orgueil légendaire, ce pape par ailleurs très contesté doit céder sur la défense de l’immunité ecclésiastique. Philippe interdit en effet toute sortie d’or, d’argent et d’armes du royaume, paralysant la politique temporelle du souverain pontife empêtré dans les luttes italiennes.

Le conflit prend néanmoins une nouvelle dimension au tout début du XIVe siècle : porté par le succès du jubilé célébré à Rome, Boniface VIII prend prétexte de l’arrestation de l’évêque de Pamiers, Bernard Saisset, pour dévoiler ses prétentions théocratiques. Par la bulle Una Sanctam, il affirme la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel et s’érige en juge suprême de la politique royale. Philippe le Bel réunit un certain nombre d’assemblées – souvent présentées comme les premiers États Généraux du royaume – pour convaincre ses sujets de la nécessité de réunir un concile afin de juger ce pape mal élu, accusé par ailleurs de simonie, d’hérésie et de magie. Pour prévenir l’excommunication du roi, le chancelier Guillaume de Nogaret est envoyé en Italie dans le but d’arrêter Boniface. Aidé des Colonna, eux-mêmes malmenés par le pape, il investit la ville d’Anagni où ce dernier avait trouvé refuge. Brutalisé par l’aristocrate romain, Boniface, très choqué, meurt un mois plus tard, laissant de manière fort opportune le dernier mot à Philippe le Bel : même dans les combats les plus violents menés entre la papauté et l’Empire, jamais un souverain n’était sorti aussi puissant d’une lutte contre le Saint-Siège. Benoît XI ne peut qu’absoudre le roi et ses barons (à l’exception notable de Nogaret) pour les violences perpétrées contre son prédécesseur, avant de laisser la place à Clément V, un Français, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, élu au trône pontifical grâce aux menées du roi de France. Philippe l’oblige à se faire sacrer à Lyon, à s’installer en Avignon, à portée des pressions et influences françaises, et à soutenir sa lutte contre les Templiers.

La persécution des Templiers et l’affirmation de l’État

Philippe avait formé le projet, avec l’Empereur, de mener une nouvelle croisade. A cette fin, il souhaitait la fusion des Hospitaliers et des Templiers, ce que ces derniers refusaient catégoriquement. Mais c’est assurément du fait de l’incommensurable richesse de l’ordre que les Templiers, qui s’occupaient désormais plus de banque que de foi, sont persécutés par Philippe IV. En 1307, alors qu’il négociait depuis fort longtemps la dissolution de l’ordre avec Célestin V, il fait arrêter tous les moines-chevaliers présents dans le royaume et saisir leurs biens dont l’essentiel reviendra aux Hospitaliers. La plupart avouent sous la torture les crimes peu vraisemblables qui leurs sont reprochés. L’Ordre est finalement non pas condamné mais tout simplement supprimé en 1312. Deux ans plus tard, le 18 mars 1314, le grand maître Jacques de Molay et quatre dignitaires sont conduits au bûcher pour être revenus sur leurs aveux.

La légende rejoint alors l’histoire. Que les siens aient été ou non condamnés jusqu’à la treizième génération, Philippe, veuf inconsolable à la piété exemplaire, voit la fin de son règne entaché par les errements de ses brus, Marguerite de Bourgogne et sa cousine Blanche qui trompèrent leurs maris, Louis et Charles, avec deux chevaliers de l’hôtel royal. Les jeunes femmes sont emprisonnées dans des conditions fort éprouvantes (Blanche est tondue et enfermée sous terre pendant sept ans avant d’être autorisée à entrer dans les ordres) ; leurs amants sont dépecés en place publique. Le châtiment se veut exemplaire, à la hauteur de l’affront fait à la famille royale et au risque encouru par la dynastie dont la légitimité aurait pu être compromise par l’indignité de la conduite des princesses françaises.

« Ce n’est ni un homme, ni une bête. C’est une statue », écrivit l’évêque de Pamiers à propos de Philippe IV. L’impassibilité et les silences d’un roi doté d’une parfaite maîtrise de soi, qui présidait mais ne disait mot, ont fait douter de sa véritable implication dans les affaires du royaume. Etait-il manipulé par les fameux légistes qui l’entouraient ? « La politique du roi fut […] la politique des conseillers ; ce qui demeure à l’actif du souverain, c’est le discernement avec lequel il les choisit, l’esprit novateur avec lequel il les imposa, et la constance avec laquelle il les soutint » (Jean Favier). Fort des compétences réunies au sein de cette curia regis d’un nouveau genre, il semble au contraire avoir bénéficié des talents et de la maîtrise du droit romain de ces hommes de petite noblesse ou bourgeois, souvent officiers de justice ou de finance, pour mener à bien une politique dont il fut le seul initiateur. Ils contribuèrent à développer pour son compte l’idée de l’Etat comme puissance indépendante et inaliénable. Vassaux du roi qui leur apportera toujours son soutien indéfectible, ils marquent paradoxalement la naissance d’une fonction publique distincte du service privé du souverain, d’autant plus efficace qu’elle n’a de cesse de se spécialiser.

Ce que c’est que de gouverner…

Enfin, en parlant en son nom, les légistes Nogaret, Marigny et bien d’autres encore, bien que fort critiqués par les laissés-pour-compte de ce nouveau mode de gouvernement, ont participé au renforcement de la majesté de celui que certains ont présenté comme « un dévot de la religion monarchique ». Roi parcimonieux pour lui-même, mais qui a dépensé sans compter pour l’éclat de sa cour, il a amplement contribué à la sacralisation du souverain. « Les rois qui sont oints ne tiennent pas, à ce qu’il semble, le rôle de purs laïques : ils le dépassent », écrit le cardinal Jean le Moine sous son règne. Si l’idéal théocratique des papes a définitivement marqué le pas après le tragique épisode de Boniface VIII, le règne de Philippe le Bel a été marqué par les prémices d’un absolutisme royal promis à un bel avenir.

À sa mort, bon nombre de problèmes restent en suspens : les différends avec la Flandre ne sont pas réglés, tandis que les mariages contractés avec Edouard 1er et Édouard II seront le point de départ des revendications anglaises au trône de France à partir de 1328, alors que ses trois fils sont morts sans descendance mâle.

Conscient de la lourde charge qui incombe à celui qui de suzerain s’est mué en véritable souverain, ses derniers mots sont pour son fils, Louis X le Hutin : « Pesez, Louis, pesez ce que c’est que d’être roi de France ».

Emma Demeester

Bibliographie

  • Jean Favier, Philippe le Bel, Fayard, 1998.
  • Georges Bordonove, Philippe le Bal, Pygmalion, 1997.
  • Ivan Gobry, Le Procès des Templiers, Perrin, 1995.

Chronologie

  • 1268 : Naissance de Philippe, fils de Philippe III le Hardi et d’Isabelle d’Aragon.
  • 1285 : Mort de Philippe III lors de la croisade d’Aragon. Avènement de Philippe IV.
  • 1296 : Bulle Clericis laicos contre la levée d’une décime.
  • 1297 : Alliance anglo-flamande et victoire française de Furnes.
  • 1301 : Affaire de l’évêque de Pamiers entraînant un conflit de juridiction avec le pape.
  • 1302 : Assemblée de Notre-Dame contre Boniface VIII. Victoire flamande de Courtrai.
  • 1303 : Appel au concile lors de l’assemblée du Louvre. « Attentat d’Anagni ».
  • 1305 : Mort de la reine Jeanne de Navarre. Traité d’Athis avec la Flandre.
  • 1307 : Arrestation des Templiers.
  • 1309 : Installation de Clément V en Avignon.
  • 1313 : Mort de Nogaret.
  • 1314 : Mort de Philippe le Bel des suites d’un accident de chasse.

Illustration : Philippe IV le Bel d’après le Recueil des rois de France de Jean du Tillet, vers 1550, (BnF). Domaine public.

https://institut-iliade.com/philippe-iv-le-bel-1285-1314/

mercredi 18 mars 2020

Pierre-Marie Gallois : « Les trois phases de constitution du pouvoir politique dans l’histoire de France »

Par son infinie diversité, la surface terrestre offre à la vie, qu’elle soit humaine, animale, ou végétale, des conditions différentes de développement. En ce qui concerne les populations, la pluralité du milieu physique, « l’environnement » comme on dit aujourd’hui, a façonné très différemment les peuples, fractionnant fort inégalement l’humanité.
Jusqu’à une époque récente, le milieu physique, c’est-à-dire le climat, le relief, la nature des sols, l’accès à l’eau, le voisinage humain, décidaient quasi souverainement de la spécificité des différentes sociétés humaines. En dépendaient leurs mœurs, leur culture, leur comportement socio-économique, leurs succès ou leurs échecs dans l’épreuve.
Depuis l’explosion industrielle, le cours des choses a été inversé, et c’est l’humanité, de plus en plus exigeante, qui modifie, à ses dépens, l’ordre de la nature.
 Le territoire de la France rassemble à lui seul toutes les caractéristiques matérielles du développement de la population qui l’habite.
L’Histoire de la vie sur Terre enseigne que les grandes civilisations, chronologiquement, ont d’abord été fluviatiles, naissant sur les rives du Nil, du Tigre et de l’Euphrate, du fleuve Jaune, du Gange, et outre-Atlantique, du Rio Grande. Puis, elles se sont épanouies autour des mers étroites, celle d’Oman, la mer Jaune, la Méditerranée, les Caraïbes ; enfin, autour des océans, l’Indien et l’Atlantique hier et aujourd’hui, demain, le Pacifique, le plus étendu d’entre eux.
De même, la géomorphologie de l’Europe géographique explique le rayonnement prolongé de ses peuples. En zone tempérée, l’Europe, isthme occidental de la masse terrestre euro-asiatique est la zone du monde où l’eau et la terre sont le plus étroitement imbriqués, avec les îles, les presqu’îles, les péninsules, les caps et les mers intérieures et aussi avec des fleuves tranquilles, navigables, quadrillant l’espace terrestre comme si la nature avait voulu faciliter la vie, susciter là les mouvements et les échanges.
Et la Grèce au littoral déchiqueté, au vaste domaine insulaire, est la portion d’Europe où l’eau et la terre sont les plus confondues, l’influence civilisatrice de la mer apportant ses bienfaits à la terre mais exigeant d’elle un surcroît de technicité, superflu sur le sol. À cette association de la terre et de la mer, la Grèce doit sans doute la prodigieuse avance de sa civilisation.
Dans ses Problèmes de géographie humaine, Albert Demangeon avait décrit la France… « comme une vieille nation, mélange subtil des apports de la nature, sur un espace déterminé, et des hommes vivant sur ce même espace, la France résultant d’une mutuelle et permanente réaction de l’espace et de la vie durant près de deux millénaires ». Il en est ainsi, à des degrés divers, des populations assez structurées pour engendrer un État gérant la fraction d’espace terrestre exploitée par des hommes résolus à vivre ensemble en formant une nation.
Mais l’espace terrestre, sinon le temps, met en évidence, vues par l’homme, les aberrations de la nature relatives à l’inégale répartition des ressources matérielles, donc aussi, humaines.
Dès que l’homme a été capable de tirer du sol une part de ses ressources, de les accumuler, de les défendre en érigeant des frontières, la crainte de carences alimentaires et la comparaison des différentes conditions d’existence ont lancé les plus démunis à l’assaut des ressources qui leur manquait. Et ce furent les guerres pour l’espace nourricier, pour la sécurité ensuite, la suprématie enfin. En quête du « mieux-vivre », les peuples se sont aussi rassemblés en nations, à la fois pour se défendre, et pour attaquer.
Pour les Anciens, l’espace géographique compris entre le Rhin et l’Atlantique, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes et la Manche s’appelait déjà « Gallia ». Bien que sommaires, les notions de géographie de l’époque avaient été suffisantes pour définir les limites naturelles du territoire, et décider, à quelques débordements près, de l’étendue de la Gaule. Ainsi, dès l’Antiquité, la morphologie du territoire avait confusément assigné aux diverses populations qui allaient s’y installer, d’étendre leur domaine jusqu’à ses limites naturelles.
Diverses et nombreuses ont été ces populations. Les Celtes d’abord, probablement venus de l’est européen pour se fondre avec les autochtones – dont on ne sait guère ce qu’ils furent – pour former le peuple gaulois. Du sud vinrent les Grecs, qui fondèrent Massilia, et les Romains, de l’est, les Frances, et, au début du Vème siècle, les Barbares ou semi-Barbares venus de l’est, la plupart fuyant, eux-mêmes, les Huns.
Au sud encore, les Musulmans s’emparèrent du littoral méditerranéen, remontèrent le Rhône tandis qu’ils contrôlaient la Méditerranée occidentale et ses îles. Leur intervention déplacera vers le nord le centre politique de la France et mettra un terme à la Lotharingie, créée par le traité de Verdun, les trois fils de Lothaire se partageant cet éphémère royaume. Mais, au nord les Vikings attaquaient les côtes de la France, et par son réseau fluvial, pénétraient loin sur ses terres. Il fallait leur céder la Basse-Seine, devenue la Normandie.
Gallia
À ces vagues d’assaillants et aux vastes migrations de populations visant leur installation en France, allaient succéder, durant des siècles, les guerres faites à la France, Londres, Madrid, Vienne, avant Berlin, menaçant son existence en tant que nation souveraine.
Cette menace quasi permanente, « tous azimuts » dirait-on aujourd’hui, est à l’origine de trois caractéristiques successives du pouvoir politique en France :
Dans une première phase, les chefs de guerre sont devenus chefs d’État :
-Ce fut le cas de Clovis, chef franc, fils de Childéric, qui soumet les Wisigoths, chasse les Alamans, repousse l’envahisseur au-delà du Rhin, élimine la menace burgonde, triomphe des Goths et rallie à lui la Bretagne. Seule la Bourgogne demeure hors du royaume de France.
-Et aussi le cas du fils de Charles Martel, Pépin le Bref, père de Charlemagne, héritier direct de la victoire de Poitiers sur l’envahisseur musulman. Il obtint du pape Étienne II qu’il lui donnât l’onction de l’huile sainte à Saint Denis, inaugurant ainsi la royauté de droit divin.
-Et encore le cas du comte Eudes, qui défendit victorieusement Paris assiégée par les Normands et que Charles le Gros n’avait pas su protéger. Les grands seigneurs hissèrent Eudes sur le pavois, le proclamant roi à Compiègne. Et Eudes était le grand-père de Hugues Capet. Autre innovation, celui-ci assura la continuité du pouvoir en faisant désigner de son vivant son futur souverain, son fils Robert.
La seconde phase a été celle des souverains rassembleurs :
-Dagobert qui ramena la Bourgogne dans le giron du royaume.
-Philippe Auguste qui s’empara de l’Artois, du Vexin normand, de l’Anjou, du Maine, de la Touraine et de la Bretagne, alors possession de la couronne d’Angleterre.
-Louis IX. Si le roi d’Aragon renonçait au Comté de Toulouse, le roi de France acceptait de céder ses droits sur celui de Barcelone, au-delà des Pyrénées, ne laissant aux Plantagenêts que la Guyenne. La sagesse du souverain accordait, déjà, à la France l’une des premières places en Europe.
-Philippe IV le Bel magnifia l’État, donnant à la France les rudiments d’une administration solide et créa l’embryon des futurs États généraux.
-Charles VII reprit la Normandie aux Anglais et aussi la Guyenne. La guerre de Cent ans se terminait sur une ultime victoire française : l’envahisseur d’outre Manche ne conservant que Calais.
-Louis XI créa en France une armée permanente dotée largement de l’arme nouvelle : l’artillerie, et manœuvra diplomatiquement pour saper l’autorité du duc de Bourgogne. Sa mort devant Nancy permit au roi de France de reprendre la Bourgogne et la Picardie.
La troisième phase a été celle des souverains centralisateurs.
La France royale, enfin géographiquement identifiée à la Gaule antique, il restait à lui donner en Europe la place éminente que ses richesses naturelles et sa nombreuse population lui assignaient. C’est à quoi vont s’employer durant deux siècles les souverains centralisateurs, François 1er en tête, imposant l’usage du français sur toute l’étendue du territoire, tenant tête, avec des fortunes diverses, aux ambitions de Charles Quint, et châtiant le connétable de Bourbon qui, passé dans le camp ennemi, avait tenté de s’emparer de Marseille à la tête de troupes étrangères.
Mais la querelle religieuse et, à l’intérieur, près de 40 ans d’hostilités, allaient à nouveau menacer l’unité nationale, affaiblir l’autorité royale, et faire le jeu des voisins de la France : Angleterre, Allemagne, Espagne.
Henri IV releva le défi : reconstruire la France déchirée par la guerre civile. Il inaugure une période dont l’Histoire offre peu d’équivalent : durant plus d’un siècle, une succession ininterrompue de souverains et d’hommes politiques œuvrant continûment pour la grandeur de leur pays. Tous les écoliers connaissent – ou du moins connaissaient – ces binômes de grands administrateurs que furent Henri IV et Sully, Louis XIII et Richelieu, Anne d’Autriche et Mazarin, Louis XIV et Colbert.
Jean Bodin, dans sa République publiée en 1576, avait donné à la Monarchie sa doctrine, précédant ainsi Thomas Hobbes, qui outre-Manche, tempérait l’indispensable pouvoir absolu d’alors, non pas seulement par le respect de la loi divine mais aussi le consentement tacite des représentants de la population.
Pour la France, ce fut le « Grand Siècle ». Mais après avoir franchi tant d’obstacles, triomphé de tant d’adversaires et souffert tant de maux.
La question se pose : pourquoi cet acharnement à occuper cette terre de France et, de nos jours, à en défaire l’État ? Même muette une carte géographique répond à la question. Regardez la France :
Un promontoire où, sur ses rivages, ne peuvent que venir aboutir et s’installer les peuples de la masse euro-asiatique orientale fuyant l’aridité des terres, la sévérité du climat ou la dureté des mœurs. Un long littoral donnant accès aux ressources de la mer et au nord, à l’ouest, au sud, accès au monde extérieur, un littoral partiellement réchauffé par le Gulf Stream.
À l’intérieur, un relief modéré formant un cadre naturel comme si la morphologie de la croûte terrestre avait voulu tracer les contours d’une future nation. Une proportion très élevée de terres fertiles aux dispositions et à la nature assez diverses pour élargir au maximum la gamme des produits de la terre. Des fleuves navigables judicieusement répartis pour ne léser aucune portion du territoire. Ils l’alimentent et forment des moyens de circulation unissant entre elles les différentes régions du pays.
Enfin un climat tempéré et d’abondantes précipitations dues à la forte influence océane s’exerçant en France sans aucune barrière naturelle.
Depuis la fin de la glaciation, ce territoire a été largement occupé par l’homme. Quatre siècles avant l’ère chrétienne, 7 millions y auraient vécu. Au début du XIVe siècle, il comptait plus de 20 millions, alors que les Iles britanniques n’en abritaient que 3,5 millions.
Braudel-lidentité-de-la-France-espace-et-histoire.jpgEt en 1800, à la veille du grand déclin démographique, les Français étaient, à neuf millions près, aussi nombreux que les Russes, plus nombreux que les habitants de l’empire des Habsbourg.
Mais l’ère industrielle n’a pas favorisé la France, relativement pauvre en ressources énergétiques, alors que la consommation d’énergie décidait du développement industriel, donc économique. Le recours à l’énergie nucléaire a laissé entrevoir une solution, au moins partielle, au problème posé par la pénurie d’énergie, clé du développement.
Momentanément, au cours des années 1970, le gouvernement français l’avait compris. Depuis, les campagnes de l’étranger, la démagogie dominante à l’intérieur, et la puissance des intérêts pétroliers, risquent de perpétuer la coûteuse dépendance énergétique de la France. Elle n’en demeure pas moins la plus belle et la plus hospitalière des régions du monde, et l’admirable patrimoine que lui laisse sa grandeur passée attire la pratique. La perspective de la voir devenir le plus grand musée du monde ne semble pas déplaire à ceux qui la gouvernent.
Dans une large mesure, l’histoire de la France, c’est aussi l’histoire de l’affrontement entre les forces décentralisatrices et les évidents avantages de la centralisation.
Ou bien le territoire est politiquement parcellisé, que ce soit par la féodalité, les démarches de l’étranger ou les passions de la politique intérieure, ou bien l’unité confère au pouvoir, en principe au profit de toute la collectivité nationale, la puissance qui lui permet, dans l’indépendance, d’assurer à la nation la sécurité, la prospérité et le rayonnement.
Les Capétiens ont réussi en trois siècles à vaincre la fragmentation féodale, reprenant, en les additionnant, les parcelles de ressources et de pouvoir dispersées sur le territoire. C’est cette quête d’unité qui conduisit à l’échec la tentative des Plantagenêts de fonder un royaume de part et d’autre de la Manche.
Si, aux sources de notre Histoire, les Druides avaient créé en Gaule un embryon de patriotisme, des siècles d’épreuves donneront à ce patriotisme politico-religieux une forme concrète, le droit divin l’emportant sur le droit public.
La guerre de Cent ans terminée, l’épreuve avait été si rude que les trois ordres, le clergé, la noblesse, le peuple, non seulement se soumirent au pouvoir renaissant mais s’accordèrent confusément pour lui laisser le champ libre.
Les Constitutions successives des régimes politiques qui succédèrent à la monarchie, avaient toutes retenu la leçon des cruelles épreuves de la nation en affirmant l’indivisibilité de la République.
Celle de 1958, modifiée en 1962, n’a pas empêché, bien au contraire, les abandons de souveraineté qui provoquent la dislocation de la nation et l’émiettement du pouvoir, sanctionnant et amplifiant le recul de la souveraineté de l’État.
Manifeste-pour-une-Europe-des-peuples.pngLes techniques de la communication accélérant et amplifiant les échanges financiers et commerciaux, un fort pouvoir centralisateur eût été seul en mesure de tempérer les excès de l’économie de marché, naturellement plus soucieuse de rendement financier que de social.
C’est alors que la mondialisation donne la priorité à l’économique aux dépens du politique. A contre temps, le gouvernement de la France a renoncé à exercer dans le cadre constitutionnel les pouvoirs régaliens qu’il détient. Le voici incapable de veiller à l’intérêt de ses ressortissants, privé qu’il est des moyens de gouverner. Il ne peut plus, au profit des Français, conduire les finances, l’économie, l’industrie, l’action sociale, la diplomatie et les armes de la France.
La France obéit aux ordres de Bruxelles, s’incline devant l’économie de Francfort, engage ses forces sous commandement étranger, n’a plus de monnaie nationale, plus de frontières, de moins en moins d’industrie, de plus en plus de mainmise étrangère sur les activités de production qui lui restent, plus d’industrie d’armement ; elle ploie sous le faix de strates politico-administratives beaucoup trop nombreuses qu’elle crée pour diluer davantage encore les pouvoirs de l’État dont la faiblesse encourage la parcellisation du territoire et le réveil de nationalismes désuets. La « Construction européenne » exige la « déconstruction » préalable de la France.
La-France-sort-elle-de-lhistoire-200x300.jpgIl lui avait fallu dix siècles d’efforts, de sang et de larmes, mais aussi de succès politiques et militaires pour devenir une puissance.
Général-Gallois-Devoir-de-vérité.jpgIl aura suffi de trente années de gestion politique fantaisiste, dont la mémoire des responsables devra, un jour, rendre compte devant le tribunal de l’Histoire, pour défaire cette prodigieuse construction humaine qu’a été la France.
Références originelles de l’article : Pierre-Marie Gallois, « De la nation en général, et de la France en particulier », 18 octobre 2003.

mardi 25 août 2015

25 août 1270 : mort de Saint Louis.

Le roi de France Louis IX était âgé de 56 ans.
C’était au cours de la 8e croisade (sa seconde). Il espérait convertir le sultan de Tunis au christianisme et le dresser contre le sultan d’Égypte. Les Croisés s’emparèrent facilement de Carthage mais l’armée faut victime d’une épidémie. Louis IX mourut le 25 août sous les remparts de Tunis, de dysenterie vraisemblablement (de peste selon certains). Son corps fut étendu sur un lit de cendres en signe d’humilité, et les bras en croix à l’image du Christ.
Sacre de Saint Louis
Considéré comme un saint de son vivant, Louis IX fit l’objet d’une vénération dès sa mort. Des miracles étaient réputés avoir lieu sur le passage de sa dépouille et un service d’ordre dut être mis en place près de son tombeau pour canaliser la foule de ceux qui venaient implorer son intercession.
Le XIIIe siècle reste dans l’histoire comme le « siècle d’or de Saint Louis ».
La France, centre des arts et de la vie intellectuelle, y atteint son apogée aussi bien économiquement que politiquement, mais aussi quant au degré de perfection de sa civilisation, dont nous sommes à présent loin…
Saint Louis commandait la plus grande armée et dirigeait le plus grand royaume d’Europe. Sa réputation de sainteté et de justice était déjà bien établie de son vivant et on le choisissait régulièrement comme arbitre pour régler les querelles entre grands d’Europe. Le roi était considéré comme leprimus inter pares (le premier parmi ses pairs).
Saint Louis est généralement considéré comme le modèle du prince chrétien.
Quelques livres à son propos ici.

lundi 2 juin 2014

Saint Louis, roi de France et prince de la paix

Il est dommage que nos gouvernants se soient si peu intéressés au huit-centième anniversaire de la naissance de saint Louis, car - sans faire d'anachronisme - son exemple aurait pu les inspirer à l'approche des élections européennes. Il montre comment on peut être intransigeant sur la souveraineté nationale et apparaître comme un prince de la paix en Europe.
À l'origine, rien n'était écrit : la régence de sa mère, Blanche de Castille, fut au contraire marquée par les révoltes des féodaux. À cette occasion se manifesta l'alliance du peuple et du roi : en 1227, le jeune Louis, apprenant que les barons projettent de l'enlever, est contraint de se réfugier au château de Montlhéry. Le peuple de Paris, informé par Blanche de Castille, se mobilise, s'arme, accourt à Montlhéry et, dans l'enthousiasme, escorte son roi jusqu'à Paris.
Justice pour tous
Pourtant ce peuple pourrait se plaindre. L'administration du royaume n'est pas exempte d'abus commis par les officiers publics. À Paris même, la prévôté, devenue une charge vénale pendant la minorité du roi, est tombée entre les mains d'un bourgeois sans scrupules. Or, du prévôt de Paris dépendent la police, la justice et la perception des impôts. « À cause des grandes injustices et des grandes rapines qui étaient faites en la prévôté, le menu peuple n'osait demeurer en la terre du roi, mais allait demeurer en autres prévôtés et en autres seigneuries », écrit Joinville dans sa Vie de saint Louis. De retour de la croisade, en 1254 Louis IX fait appel pour occuper la charge de prévôt dans sa capitale à un ancien croisé, par ailleurs ancien prévôt d'Orléans, Etienne Boileau; et l'on voit, rapporte Joinville, « la terre du roi commencer à s'amender, le peuple y venir pour la bonne justice qu'on y faisait ». C'est à cet homme d'une probité irréprochable que les corporations parisiennes devront le Livre des métiers, qui codifie leurs règlements et garantit la loyauté des rapports commerciaux. Le roi interdit en outre la spéculation par accaparement sur les matières premières et les marchandises, la surproduction, l'usure.
Ce qui est valable pour Paris l'est pour le reste du royaume : en 1247, Louis IX lance dans tout le royaume une « Grande enquête royale », conduite par des enquêteurs pour recevoir les plaintes des populations contre les spoliations commises par les prévôts, baillis, sergents royaux, sous son règne ou celui de ses prédécesseurs ; en décembre 1254, il publie une Grande ordonnance codifiant le rôle des baillis et sénéchaux (qui, comme les prévôts, sont désormais nommés et rémunérés par le roi), qui sont chargés d'encaisser les recettes royales, déjuger en appel, de transmettre les ordres royaux et de lever l'ost. Il est interdit aux officiers royaux de recevoir des présents des justiciables ou des administrés, aux baillis d'en offrir aux auditeurs des comptes, aux membres du conseil royal ou aux enquêteurs envoyés dans les baillages et sénéchaussées pour les contrôler, aux agents du roi d'acquérir des terres et de marier leurs enfants dans leur juridiction. '"
Un grand réformateur
Ce saint roi est, dans son devoir d'Etat, un grand réformateur que pousse un souci constant de la justice et de la charité. Il dote la royauté des outils indispensables à l'accomplissement de ses tâches régaliennes, en matière de justice, mais aussi monétaire avec la création du gros tournois, monnaie d'argent qui a cours dans tout le royaume, à l'inverse des monnaies seigneuriales. Sous son règne apparaissent, issues de la cour du roi (Curia régis), à côté du Conseil du roi, la « Curia in parlamanto », qui donnera le Parlement, et la « Curia in compotis », qui deviendra la Cour des comptes.
Equilibre politique
Mais sa charité ne l'empêche pas d'être sourcilleux sur le chapitre de ses prérogatives et de ses droits lorsque les intérêts de la France sont en cause. Le roi Henri ni d'Angleterre, qui s'allie contre le roi de France avec de grands vassaux turbulents, l'apprend à ses dépens les 21 et 23 juillet 1242, aux batailles de Taillebourg et de Saintes. Les papes Grégoire IX, puis Innocent IV, aux ambitions théocratiques, le vérifient aussi : non seulement le roi de France refuse d'épouser la querelle qui les oppose à l'Empereur du Saint-Empire, Frédéric II, mais il refuse d'admettre que « c'est dans l'Eglise que sont déposés les deux glaives, emblème des deux pouvoirs », le spirituel et le temporel, comme le prétend Innocent IV dans une Encyclique de septembre 1245. Saint Louis refuse ainsi de profiter du différend entre le pape et l'Empereur pour agrandir ses territoires ou même, comme le lui suggère Grégoire IX, installer son propre frère sur le trône impérial. Au temporel, l'Empereur, comme le roi de France, est maître chez lui, répond le prince chrétien. Voilà qui pourrait plaire même à nos modernes laïcards !
De même, il ne profite pas de sa victoire sur Henri ni pour bouter complètement l'Anglais hors de France, mais préfère recevoir son hommage et l'avoir pour vassal. Question de justice, toujours. Louis IX agrandit le pré carré, mais n'a rien d'un faiseur d'empire : son royaume suffit à ce sage. Le saint roi en a retiré un prestige qui a fait de lui un arbitre entre les princes européens et le premier souverain de son temps. Au demeurant, il a laissé la France territorialement plus grande et la royauté beaucoup plus forte qu'il ne les avait trouvées. Il fut à n'en pas douter l'un des plus grands constructeurs de notre pays : nos européistes y auront sans doute vu une circonstance aggravante.
Hervé Bizien Monde&Vie mai 2014
I. Cf. Le Roman de Saint Louis, Philippe deVilliers.Albin Michel.