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dimanche 12 juillet 2026

Quand Léon Daudet annonce une « guerre d’extermination » dès 1933

 

par Jean-Philippe Chauvin

Régulièrement, lors de débats politiques ou historiques, est évoqué le rôle de l’Action française durant les sombres années de l’Occupation, en soulignant les aspects les moins glorieux d’une stratégie de la « ligne de crête »(1), incompréhensible pour nombre de nos compatriotes, hier comme aujourd’hui : lors de cette sinistre époque, les militants et sympathisants d’AF étaient eux-mêmes très divisés, et cela se retrouvera à la Libération, parfois de façon particulièrement tragique. Mais, il paraît bien nécessaire d’étudier quelques éléments qui permettent de comprendre certains propos et attitudes de Maurras et des rédacteurs de l’Action française et de rappeler que, comme l’expliquait jadis un ancien résistant issu des rangs des Camelots du Roi, « pour ne pas avoir Pétain au pouvoir en juillet 1940, encore faut-il éviter Mai 1940 », ce qui est d’une imparable logique… 

Or, justement, s’il y a bien un journal et un mouvement qui ne cessent d’alerter sur le danger allemand et particulièrement le péril hitlérien, et cela dès les premières agitations bavaroises du caporal autrichien pour ce qui est du totalitarisme nazi mais aussi dès les lendemains du 11 novembre 1918(2), c’est l’Action française ! Il suffit de feuilleter les collections du quotidien royaliste de 1918 à 1940(3) pour le constater à chaque édition du journal : l’Allemagne, weimarienne ou nationale-socialiste ensuite, reste la grande préoccupation des rédacteurs de l’AF, la grande inquiétude même ! Sur ce point-là, l’histoire, éminemment cruelle, donnera totalement (et totalitairement) raison à Maurras et à ses compagnons… D’autant plus que, dans le même temps, certains bons républicains minimiseront le danger quand d’autres croiront y voir un exemple, voire un modèle, face au péril communiste ou russe : dans les deux cas, voici là une fatale erreur qui deviendra beaucoup plus que cela, une faute puis un crime. 

Quand, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler devient (par le jeu parlementaire) chancelier d’Allemagne, le quotidien royaliste y consacre plusieurs articles sous les signatures de Léon Daudet, Charles Maurras, Jacques Bainville et quelques autres : quand une partie de la presse française n’y voit qu’une péripétie de la politique allemande, l’AF y voit un événement majeur qui annonce bien des périls et des malheurs, et toute son édition du mercredi 1er février 1933 retentit des alarmes monarchistes. « Voici Hitler dans le fauteuil de Bismarck », s’emporte Daudet dans son éditorial qui avertit des suites logiques de cette arrivée toute démocratique au pouvoir. Selon l’ancien député royaliste de Paris, Hitler « est aujourd’hui, avec son programme guerrier, le maître absolu, en l’absence du kronprinz(4), d’un pays de soixante-dix millions d’habitants, qui ne rêve que plaie et bosse ». Mais Daudet va plus loin et annonce, terriblement, le pire, à peine quinze ans après la fin de cette Grande guerre que les Français, comme la plupart des vainqueurs de l’époque, voulaient et espéraient plus encore comme « la der des ders », comme la disparition de la guerre elle-même : « Les bonnes gens de chez nous ne se doutent pas qu’ils ne sont plus séparés d’une guerre d’extermination que par une feuille de papier à cigarette », écrit-il dès le premier paragraphe de son papier du jour. Je rappelle que Léon Daudet écrit cela pour l’édition du 1er février 1933, plus de six ans avant la conflagration de 1939 : et pourtant, dans les manuels scolaires, il est encore écrit que personne n’avait pressenti avant 1936 le risque d’une nouvelle guerre… Or, Daudet, durant toutes les années 1930, ne cessera de crier, d’alerter, de s’agiter pour que les Français et leurs élites prennent conscience du péril : en vain ! 1940 sera le triste résultat de la surdité voulue, assumée même, de la classe politique plus soucieuse de remporter les élections que de préparer le pays à un possible choc avec son encombrant voisin. Et pourtant, quand l’écrivain et polémiste d’Action française annonce la « guerre d’extermination » en toutes lettres, il a, malheureusement pourrait-on dire, juste raison et il aurait été de bon aloi que l’État en prenne alors conscience et agisse en conséquence : la République, oublieuse des leçons du passé et imprévoyante, ne fera rien quand, en 1936 et avant que Léon Blum ne se rende compte (trop tard, et trop peu…) de l’orage d’acier qui se prépare, la Gauche fera même campagne sur la paix et le désarmement, y compris face à l’Allemagne nazie. Pour désagréable qu’elle soit pour les bonnes consciences contemporaines, la vérité se doit d’être rappelée : c’est bien l’Action française qui la portait, en ce mercredi 1er février 1933… 

Notes : (1) : Cette ligne de crête se résumait en une formule « ni clan des ja, ni clan des yes », mais était-elle tenable ? L’intention de Maurras était de maintenir coûte que coûte l’unité française menacée par l’Occupation comme par ce que le gouvernement sous Pétain nommait « la dissidence », mais il se trompait sans doute sur les réalités du moment, croyant trouver en ce vieux maréchal issu de la Grande guerre un nouveau Clemenceau de 1917 et, en son régime de Vichy, une « monarchie de guerre » telle que celle établie, durement, par le vieux républicain de la IIIe République : mais, quand Clemenceau avait agi en tant que Chef d’un gouvernement d’une France encore indépendante, Pétain était, en 1940, en position de faiblesse, pas encore de soumission (jusqu’en novembre 1942), en tant que Chef d’un État militairement et géopolitiquement défait, et la différence était de taille… 

(2) : Dans son article de l’Action française du 14 novembre 1918 (!), Jacques Bainville, en historien et politique lucide (« Cassandre », disaient certains en haussant les épaules, bien à tort d’ailleurs…), alertait sur les risques d’une Allemagne durcie par la défaite et dangereuse pour la victoire alliée acquise si douloureusement au terme de quatre années d’une guerre horrible. Il répétera ses préventions et ses mises en garde dans l’ouvrage « Les conséquences politiques de la paix », publié en 1920 et annonçant, de façon terriblement prophétique, la guerre suivante… 

(3) : Les collections de l’AF quotidienne sont accessibles en ligne en passant par le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France. 

(4) : Le kronprinz est l’héritier putatif du trône impérial allemand, fils de l’ancien kaiser (empereur) Guillaume II qui a abdiqué le 9 novembre 1918 pour permettre aux plénipotentiaires allemands de signer l’armistice du 11.

https://www.actionfrancaise.net/2026/07/10/quand-leon-daudet-annonce-une-guerre-dextermination-des-1933/

mercredi 23 juillet 2025

Comment Hitler est passé en 5 ans de 4 % à 33 % ?

 

Un peu d’histoire nous paraît indispensable pour nous ramener  au présent et nous mettre, si possible, en alerte rouge !

Le nazisme, et son leader Adolf Hitler, ne sont pas un accident passager de l’histoire contemporaine de notre monde. Ils n’ont pas surgi par un hasard du néant. Ils viennent bien de quelque part !

Lorsque Adolf Hitler accède à la chancellerie, le 30 janvier 1933, il est soutenu par son parti, le NSDAP, qui n’avait obtenu que 4 % des suffrages aux élections de 1928.

Alors posez-vous la question. Comment a-t-il pu passer, en 5 années, des 4 % de 1928 aux 33 % de 1933 ?

Après sa défaite de 1918, l’Allemagne n’existe pratiquement plus en tant que nation mais, ce qui continue à exister en Allemagne, ce sont les « riches familles capitalistes » du Reich d’avant 1914, associées à l’aristocratie prussienne militaire. Ils sont toujours présents avec leurs fortunes considérables et leur premier souci est de ne pas la perdre.

Ils veulent redonner très rapidement à l’Allemagne son lustre industriel d’avant défaite. Ils subventionnent très largement le parti hitlérien et lui permettent de se constituer une très forte milice privée « Les chemises brunes » et ils misent sur elle pour imposer leur politique de relance de l’industrie lourde du pays.

Cela explique la réunion des puissants groupes industriels Krupp Ag., Thyssen, Preussac et bien d’autres, représentant le capitalisme rhénan, avec le « petit leader » Adolf, et ils parviennent à le porter au pouvoir lorsque le président Hindenbourg le nomme à la tête du gouvernement.

En moins de sept années, grâce à eux, l’Allemagne retrouve toute sa puissance industrielle militaire. Une magnifique réussite qui a tourné bien des têtes, en Allemagne bien sûr, mais également dans toute l’Europe, y compris l’URSS mais aussi la France.

Un simple coup d’œil sur ces chiffres donne un exemple de cette réussite spectaculaire : En 1940 l’Allemagne construit 10 200 avions et 2 200 chars. Les États-Unis 2 100 avions et 350 chars et l’URSS moins de 1 000 avions et 2 800 chars.

Mais dès 1942 les chiffres s’inversent : Allemagne 15 400 avions et 9 400 chars, États-Unis 47 900 et 25 000 chars et URSS 25 500 et 25 500 chars.

Cependant l’Allemagne conserve une avance technologique grâce à la mécanographie « Dehomag », que s’approprieront les « Alliés » après la victoire.

Justement, après cette victoire, obtenue rapidement grâce surtout au sacrifice de l’armée soviétique, l’Allemagne vaincue bénéficie du soutien des USA, afin de contrer le « nouvel ennemi » soviétique et, aussi rapidement qu’entre 1933 et 1940, elle redevient une puissance économique, financière et industrielle dominante en Europe.

Sans guerre, sans nazisme, sans armées, alors qu’Hitler et l’armée allemande avait échoué, l’Allemagne réalise la construction européenne et, après la chute de de Gaulle, la France et sa puissante oligarchie mettent notre souveraineté nationale au service de cette Union européenne et de sa nouvelle monnaie « l’euro ».

Actuellement l’Europe est ouverte à tous les marchés et à toutes les migrations et le peu de souveraineté qui reste à la France ne tardera pas à s’incliner devant la souveraineté européenne. N’est-ce pas l’objectif premier du président Emmanuel Macron ?

Mais au fait ! Comment a-t-il été élu ce président ? Uniquement par 2 Français sur 10 mais, surtout, avec l’appui de l’oligarchie internationale, aux puissants capitalistes qui ont largement financé sa campagne. N’est-ce pas Patrick Drahi ?

N’ayez aucune crainte, il n’y aura plus de guerre, de nazis, de milices brunes, d’holocauste, ce n’est plus nécessaire pour atteindre le pouvoir, et le conserver, seule la finance suffit.

Mais suffira-t-elle à repousser le plus grand danger qui nous menace : l’islam radical ?

Suffira-t-elle à endiguer cet aussi grand danger qui nous menace aussi : l’immigration clandestine ?

Qui, toutes deux, bénéficient également de la puissance financière internationale, n’est-ce pas Georges Soros ? N’est-ce pas Arabie saoudite, Qatar, Iran, Turquie, etc. ?

Manuel Gomez

https://ripostelaique.com/comment-hitler-est-passe-en-5-ans-de-4-a-33.html

mardi 18 février 2025

Prise de pouvoir par Hitler : chronique d’un coup d’État financé

Un régime de terreur

Le 4 février, Hindenburg prend une ordonnance d’urgence qui interdit toute critique du gouvernement, supprime la liberté de rassemblement et de presse pour le Parti communiste d’Allemagne (KPD), alors en campagne électorale, et d’autres organisations de gauche.

Le 27 février, le Reichstag, le Parlement allemand, est incendié. Officiellement, par un anarchiste hollandais déséquilibré. Cependant, de nombreux historiens sont convaincus que l’incendie a été provoqué par les sections d’assaut (SA) nazies. Avant tout début d’enquête, la radio affirme que les communistes sont coupables. La même nuit, sur base de listes établies à l’avance, plus de 10 000 communistes, socialistes et progressistes sont arrêtés. Toute la presse communiste et plusieurs journaux socialistes sont interdits. Les libertés de la presse et de réunion sont suspendues.

Malgré cette répression, les élections ne donnent pas une majorité aux nazis ni une majorité des deux tiers au gouvernement de coalition dirigé par Hitler. Pour l’obtenir, le gouvernement radie les 81 mandats du KPD, sans qu’aucun parti ne proteste. Le Parlement vote la confiance au gouvernement Hitler et l’autorise à décréter des lois sans son autorisation. Il s’agit en fait d’une auto-dissolution. Les socialistes votent contre la déclaration gouvernementale, mais jugent les élections démocratiques malgré la répression.

En deux ans, les nazis ont interdit les partis politiques, tué plus de 4200 personnes, arrêté 317 800 opposants dont 218 600 ont été blessés et torturés. Le 20 mars 1933, le commissaire nazi de la police de Munich, Himmler, crée à Dachau, le premier camp de concentration destiné aux prisonniers politiques. 40 autres suivront dans la même année.

Le nerf de la guerre

Hitler n’a donc pas été élu démocratiquement. En réalité, la décision de le nommer chancelier a été prise quelques semaines auparavant, le 3 janvier, dans la villa du banquier Kurt von Schröder.

À plusieurs reprises, entre 1918 et 1923, les cercles les plus à droite de la classe dirigeante avaient en effet essayé, notamment par des tentatives de coups d’État et une dictature militaire (le putsch de Kapp en 1920), de se débarrasser du système parlementaire et de supprimer les droits importants acquis par les travailleurs lors de révolution de novembre 1918. Ces cercles s’appuyaient sur une partie de l’armée et des organisations réactionnaires. De nombreux industriels voyaient dans le NSDAP une organisation qui valait la peine d’être soutenue.

En 1923, le patron sidérurgiste Hugo Stinnes a déclaré à l’ambassadeur américain : «Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil. Nous avons un tel homme».

Avec la crise économique de 1929, les cercles dirigeants ont décidé de vraiment miser sur le parti nazi, qui a reçu de leur part un soutien accru. Grâce à leurs millions, Hitler a pu gagner de l’influence sur les classes populaires, très touchées par la crise. Ils ont mis à sa disposition leurs hangars désaffectés qu’il a transformés en une version nazie de l’Armée du Salut. Des malheureux sans travail pouvaient y trouver une assiette de soupe et un lit pour la nuit. Avant qu’ils s’en rendent compte, on leur avait collé un uniforme et ils défilaient derrière le drapeau nazi.

Durant la campagne présidentielle de 1932, les nazis ont collé des millions d’affiches, imprimé 12 millions de numéros spéciaux de leur journal et organisé 3000 meetings. Pour la première fois, ils ont fait usage de films et de disques et Hitler utilisait un avion privé pour se rendre d’un meeting à un autre. En 1932, le parti nazi comptait des milliers de permanents et l’entretien des SA, à lui seul, coûtait deux millions de marks par semaine. Qui payait tout cela ? Certainement pas les membres sans travail du parti nazi…

À suivre…

source : InfodeFrance1 via News Pravda

https://reseauinternational.net/prise-de-pouvoir-par-hitler-chronique-dun-coup-detat-finance/

mardi 24 septembre 2024

Vive l’Allemagne secrète !

 

Von Stauffenberg

Lorsque le comte Claus von Stauffenberg est fusillé le 21 juillet 1944 à Berlin, après avoir placé, le jour précédent, une bombe au quartier général d’Adolf Hitler à Rastenbourg en Prusse-Orientale, il crie, en référence à son mentor le poète symboliste rhénan Stefan George, « Vive l’Allemagne secrète ! »1 Celle-ci est un mythe plongeant ses racines dans le monde impérial des Hohenstaufen de Frédéric Ier Barberousse et de Frédéric II et introduit dans la poésie, sous une forme codée, dans les hymnes de Friedrich Hölderlin2 et dans les écrits de Friedrich Schiller, de Heinrich Heine, de Paul de Lagarde, de Julius Langbehn, ainsi que dans la légende de Frédéric Ier Barberousse endormi dans un château souterrain au fond du massif de moyenne montagne du Kyffhäuser.3

Karl Wolfskehl, membre du cercle constitué autour du poète Stefan George, utilise, dans un texte paru dans le Jahrbuch für die geistige Bewegung de 19104 et intitulé « Die Blätter für die Kunst und die neueste Literatur » (Les Feuilles pour l’art et la littérature la plus récente), le terme « Allemagne secrète ».

Stefan George et les trois frères Stauffenberg – les jumeaux Alexander et Berthold, ainsi que Claus – font connaissance à Marbourg au printemps 1923.

Ernst Kantorowicz, autre membre du cercle Stefan George et futur auteur de l’ouvrage Les Deux Corps du roi, se rend à Rome, durant le printemps 1924, avec des amis historiens et les jumeaux Alexander et Berthold von Stauffenberg. Certains d’entre eux voyagent en mai 1924, durant la semaine de Pâques, vers Naples, Paestum et poursuivent vers Ségeste et Palerme en Sicile. Parmi eux figurent plusieurs membres du Cercle Stefan George, dont Ernst Kantorowicz et Berthold von Stauffenberg. Ils déposent, alors que les autorités italiennes fêtent les 700 ans de la fondation de l’université par Frédéric II de Hohenstaufen, sur le sarcophage de ce dernier, une couronne portant la mention « À son empereur et héros, l’Allemagne secrète. »

À l’automne 1924, Claus von Stauffenberg écrit à Stefan George afin de lui faire part du fait que l’œuvre de ce dernier l’a secoué et réveillé et qu’il est prêt à l’action au service de « L’Allemagne secrète ».

« Geheimes Deutschland » (L’Allemagne secrète) est le titre d’un poème de Stefan George écrit au début de la décennie 1920 et paru5 dans le recueil de poèmes Das neue Reich (Le nouveau règne ou Le nouvel Empire) en 1928.

L’Allemagne secrète, à partir de laquelle le « Nouveau Reich » doit se développer,  est le cercle, ayant surgi organiquement, de personnes rassemblées autour de Stefan George. L’Allemagne de Stefan George, sensée représenter la vraie Allemagne, est vitale, forte et pure. Elle est une Allemagne parallèle à celle de la société de l’époque, la fausse Allemagne de l’individualisme de la société bourgeoise de la république de Weimar, et doit, à terme, la remplacer. La question est de savoir comment se débarrasser de la seconde. Les idées de Stefan George sont élitistes, hiérarchiques, anti-démocratiques et antirationalistes.

Le nouveau régime

Après l’arrivée d’Adolf Hitler au poste de chancelier, le 30 janvier 1933, le clivage au sein du cercle des adeptes de Stefan George s’accentue. Le comte Woldemar von Uxkull-Gyllenband6, professeur d’histoire à Tübingen, compte parmi ceux qui voient dans le IIIe Reich la réalisation du « nouveau Reich » prophétisé par le maître et donne, le 12 juillet 1933, pour le 65è anniversaire de ce dernier, une conférence dans laquelle il le présente en tant que prédécesseur intellectuel de la révolution nationale-socialiste.

Lorsqu’Ernst Kantorowicz reçoit, à l’instar de Stefan George, le texte de cette conférence, il est horrifié par celui-ci car, à cette époque, des mesures politiques prises par les nouveaux dirigeants de l’Allemagne visent les juifs, alors qu’il en est un. En conséquence, il décide de s’opposer publiquement à la tentative de récupération des idées de Stefan George par le nouveau régime.7 Ernst Kantorowicz tient un discours8, véritable acte de résistance, le 14 novembre 1933, à l’occasion du départ de sa chaire universitaire de Francfort-sur-le-Main, intitulé l’« Allemagne secrète » et au sein duquel il affirme l’incompatibilité entre le Reich d’Adolf Hitler et celui de Stefan George. Ernst Kantorowicz prétend que Karl Wolfskehl a transformé, dans son texte paru dans le Jahrbuch für die geistige Bewegung de 1910, le sens du terme « Allemagne secrète » qui avait été façonné par Paul de Lagarde et repris par Julius Langbehn qui lui a donné l’acceptation dont Rembrandt, Ludwig van Beethoven et Johann Wolfgang von Goethe parlent en tant que « Le vrai empereur de l’Allemagne secrète ». Selon Kantorowicz, Wolfskehl se réfère, dans cette expression, « à des individus, porteurs de certaines forces allemandes encore endormies dans lesquelles l’être futur le plus sublime de la nation est préfiguré ou déjà incarné. » Il voit dans « l’Allemagne secrète » « les récipiendaires d’une force immuable, éternellement la même, qui reste secrète comme un courant sous-jacent sous l’Allemagne visible et qui ne peut être saisie qu’à travers des images ». Cette « Allemagne secrète », réveillée par la nouvelle poésie, n’existe que dans l’environnement de Stefan George et ne doit jamais être identifiée à un régime politique existant car elle relève du domaine spirituel, du choix, de l’âme et de l’esprit et pas de la naissance, ni du sang et n’a ni un caractère national, ni un caractère racial : « L’Allemagne secrète est toujours proche, voire présente, comme un jugement dernier et une révolte des morts. […] Un règne à la fois de ce monde et pas de ce monde, un règne qui est là et pas là, un règne à la fois des vivants et des morts, qui se transforme et est cependant éternel et immortel. » Il la définit en tant que « communauté secrète des poètes et des sages, des héros et des saints, des sacrifiants et des sacrifiés, que l’Allemagne a engendrés et qui se sont offerts à l’Allemagne. »9

Au printemps 1933, Stefan George rejette la demande du ministre de la Propagande du IIIReich Joseph Goebbels lui proposant la présidence d’une nouvelle Académie allemande de poésie purgée d’écrivains considérés par le nouveau régime comme indésirables, tout en saluant le fait que celle-ci soit « sous un signe national », en ne niant absolument pas être l’ancêtre du nouveau mouvement national, en ne mettant pas de côté sa collaboration spirituelle, en précisant que les lois des domaines spirituel et politique sont très différentes et que leur rencontre constitue un processus extrêmement compliqué.10

Stefan George part s’installer en Suisse, dans le Tessin, où il passe depuis plusieurs années l’hiver. Les frères Stauffenberg l’accompagnent en cours de route. Ces derniers réagissent différemment à l’avènement du IIIe Reich : Berthold et Alexander de manière réservée, Claus, qui aurait pris part à des manifestations publiques en faveur d’Adolf Hitler, avec approbation.

Alors que son disciple Karl Wolfskehl, juif, attendait, en l’implorant par des lettres, de lui une prise de position par rapport au national-socialisme et un soutien envers les juifs, ou, au moins envers ceux membres de son cercle, Stefan George se tait. Klaus Mann écrit : « Nous espérons que le fait qu’il se taise signifie un rejet. » et « Hitler et Stefan George, ce sont deux mondes qui ne pourront jamais couler un vers l’autre. Ce sont deux sortes d’Allemagne. »11 Pour Stefan George, les mesures prises contre les juifs par le IIIe Reich apparaissent probablement secondaires par rapport au destin futur de l’Allemagne, ce pays devant, selon lui, affronter de graves difficultés au cours des décennies à venir.

La mort du maître

Alors que Stefan George est mourant, les trois frères Stauffenberg sont autorisés à lui rendre visite. Ernst Kantorowicz en est, cependant, dissuadé, par l’entourage du poète qui compte en son sein Robert Boehringer, l’exécuteur testamentaire de Stefan George, afin d’éviter de froisser les autorités nationales-socialistes allemandes par la présence d’une personne juive et de ne pas, ainsi, troubler la réception en Allemagne de l’œuvre.12

Stefan George meurt à l’hôpital de Locarno, le 4 décembre 1933, après avoir eu la prudence de ne pas se prononcer de manière décisive sur le nouveau régime, dont il n’a pu voir que les premières articulations.13

Lors de la cérémonie funèbre de Stefan George, qui se déroule en petit cercle, un fossé apparaît entre les personnes favorables et opposées au national-socialisme. L’envoi par le gouvernement allemand d’une couronne de lauriers avec un ruban portant une croix gammée entraîne une dispute entre ceux qui désirent cacher ou enlever cette dernière et ceux qui veulent la laisser apparaître. Parmi les participants figurent Hanna et Karl Wolfskehl, ainsi que les trois frères Stauffenberg et Ernst Kantorowicz.

Robert Boehringer est désigné par Stefan George, peu avant le décès de ce dernier, en tant que légataire universel. Boehringer vivant en Suisse, cela complique les actions en Allemagne et Claus von Stauffenberg devient héritier de remplacement de Stefan George.

Durant l’été 1934, Claus von Stauffenberg prête serment, comme ses camarades de régiment,  au Führer de l’Empire et du peuple allemand et le reconnaît en tant que dirigeant de l’armée.

Claus von Stauffenberg négocie, à la fin des années 1930, avec le Conseil municipal de Bingen am Rhein, l’aménagement de la maison familiale de Stefan George en tant que monument.

Chaque année, les frères Stauffenberg et Robert Boehringer se réunissent à Minusio à l’occasion de l’anniversaire de la mort du maître.

Les conséquences de l’attentat

Claus von Stauffenberg, après avoir placé une bombe au quartier général d’Adolf Hitler, le 20 juillet 1944, à Rastenburg, en Prusse orientale, est fusillé le lendemain à Berlin. Il crie, selon les témoins, « Es lebe das geheime Deutschland! (Vive l’Allemagne secrète !) ou « Es lebe unser heiliges Deutschland! » (Vive notre sainte Allemagne !). La salve terrible retentit lorsqu’il prononce la fin de la phrase.

Dans son livre14 sur Stefan George, l’historien suisse Edgar Salin rapporte les propos tenus oralement par son ancienne élève la comtesse Marion Dönhoff : le cercle des résistants de 1943-1944, auquel elle avait été liée, avait désigné, sous l’influence du comte Claus von Stauffenberg, leur mouvement en tant qu’« Allemagne secrète » (Geheimes Deutschland ou Heimliches Deutschland).

Le 10 août, Berthold von Stauffenberg, frère et proche confident de Claus, est condamné à mort pour avoir pris part au complot, lié à l’attentat, en vue de tenter de renverser le régime national-socialiste. Il est exécuté, le jour même, par pendaison.

Le troisième frère Stauffenberg, Alexander, le jumeau de Berthold, est emprisonné en raison de son lien de parenté avec les deux autres, ainsi que la famille Stauffenberg, y compris les enfants et les parents proches.

Le siège familial des Stauffenberg à Lautlingen dans le Souabe est passé au crible, de fond en comble, par la Gestapo qui y trouve de nombreux documents liés au poète Stefan George, parmi lesquels figure le testament qui désigne Robert Boehringer à Genève en tant qu’héritier principal, ainsi que Berthold comme héritier secondaire.

La conjointe d’Alexander, Melitta Schiller, issue d’une famille judéo-russe d’Odessa, pilote d’essai dans l’industrie, ne doit plus utiliser le nom de famille Stauffenberg, mais est contrainte de s’appeler Schenk. Elle est touchée, lors d’un vol, par la chasse britannique et arrive à réaliser un atterrissage d’urgence. Elle décède, quelques heures plus tard, des suites de ses blessures, le 8 avril 1945. À l’issue de la guerre, Alexander n’a plus de logement car son appartement de Wurtzbourg a été détruit par les bombes et il a perdu son emploi de professeur d’université à Strasbourg. En 1948, les éditions Delfin publient un opuscule de 15 pages comportant de la poésie écrite en 1943 par Alexander Stauffenberg à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Stefan George. 

© Photo : Gedenkstätte Deutscher Widerstand, Berlin – La famille Von Stauffenberg en 1925 de gauche à droite : le père Alfred (décédé en 1936), Berthold (exécuté en 1944), Claus (exécuté en 1944) et Alexander (décédé en 1964).

1 – Il a crié soit „Es lebe das Geheime Deutschland!“ (Vive l’Allemagne secrète !), soit „Es lebe das heilige Deutschland!“ (Vive la sainte Allemagne !).

2 – Jürgen W., Gansel, « Stefan George. Governor of the Secret Germany. », in : Conservative revolution. Responses to liberalism and modernity. Volume Five, Edited by Troy Southgate / Black front press, s.l., 2022, p. 107 à 112, ici p. 110.

3 – Olena Semenyaka, « Friedrich Nietzsche as the ‘’founder’’ of Conservative revolution. », in : Conservative revolution. Responses to liberalism and modernity. Volume Five, Edited by Troy Southgate / Black front press, s.l., 2022, p. 7 à 33, ici p. 24.

4 – p. 1 à 18

5 – p. 59 à 65

6 – Woldemar von Uxkull-Gyllenband se distancie ensuite rapidement du nouveau régime.

7 – Achim Aurnhammer, Wolfgang Braungart, Stefan Breuer und Ute Oelmann (Hrsg.), Stefan George und sein Kreis. Ein Handbuch, 2. Auflage, in Zusammenarbeit mit Kai Kauffmann. Redaktion: Birgit Wägenbaur, De Gruyter, Berlin/Boston, 2016, p.84-85.

8 – Ernst Kantorowicz, „Das Geheime Deutschland. Vorlesung, gehalten bei Wiederaufnahme der Lehrtätigkeit am 14. November 1933. Edition von Eckhart Grünewald“, in: Robert L. Benson, Johannes Fried (Hgg.), Ernst Kantorowicz. Erträge der Doppeltagung, Institute for Advanced Study (Princeton) / Johann Wolfgang Goethe-Universität (Frankfurt), Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 1997, p. 77 à 93.

9 – Ibid., ici p. 80.

10 – Robert E Norton, Secret Germany. Stefan George and his circle, Cornell University Press, Ithaca & London, 2002, p. 728-729.

11 – Klaus Mann, in : Die Sammlung. Literarische Monatsschrift unter dem Patronat von André Gide, Aldous Huxley, Heinrich Mann, hrsg. von Klaus Mann, Reprint en 2 vol., Rogner und Bernhard bei Zweitausendeins, München, 1986, S. 98ff.

12 – Benjamin Demeslay, Stefan George et son cercle. De la poésie à la Révolution conservatrice, collection Longue Mémoire de l’Institut Iliade, La nouvelle librairie, Paris, 2022, p. 3-4.

13 – Introduction à Stefan George, Poésies complètes. Traduction et édition de Ludwig Lehnen. Nouvelle version, HD Éditions, Villiers St-Josse, 2023, p. 12.

14 – Edgar Salin, Um Stefan George. Erinnerungen und Zeugnisse, Helmut Küpper vormals Georg Bondi, München / Düsseldorf, 1954.

Bibliographie :

Aurnhammer Achim, Braungart Wolfgang, Breuerb Stefan, Oelmann Ute (Hrsg.), in Zusammenarbeit mit Kai Kauffmann. Redaktion: Birgit Wägenbaur, Stefan George und sein Kreis. Ein Handbuch, 2. Auflage, De Gruyter, Berlin/Boston, 2016.

Aurnhammer Achim, Stefan George in der deutschsprachigen Literatur des 20. Jahrhunderts. Aneignung – Umdeutung – Ablehnung, De Gruyter, Berlin/Boston, 2022.

Demeslay Benjamin, Stefan George et son cercle. De la poésie à la Révolution conservatrice, collection Longue Mémoire de l’Institut Iliade, La nouvelle librairie, Paris, 2022.

Egyptien Jürgen, Stefan George. Dichter und Prophet. Biographie, Theiss, Darmstadt, 2018.

Gansel Jürgen W., « Stefan George. Governor of the Secret Germany. », in : Conservative revolution. Responses to liberalism and modernity. Volume Five, Edited by Troy Southgate / Black front press, s.l., 2022, p. 107 à 112.

George Stefan, Poésies complètes. Traduction et édition de Ludwig Lehnen. Nouvelle version, HD Éditions, Villiers St-Josse, 2023.

Kantorowicz Ernst, „Das Geheime Deutschland. Vorlesung, gehalten bei Wiederaufnahme der Lehrtätigkeit am 14. November 1933. Edition von Eckhart Grünewald“, in: Robert L. Benson, Johannes Fried (Hgg.), Ernst Kantorowicz. Erträge der Doppeltagung, Institute for Advanced Study (Princeton) / Johann Wolfgang Goethe-Universität (Frankfurt), Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 1997, p. 77 à 93.

Mann Klaus (Hrsg.), Die Sammlung. Literarische Monatsschrift unter dem Patronat von André Gide, Aldous Huxley, Heinrich Mann, reprint en 2 vol., Rogner und Bernhard bei Zweitausendeins, München, 1986.

Norton Robert E, Secret Germany. Stefan George and his circle, Cornell University Press, Ithaca & London, 2002.

Raulff Ulrich, „Apollo unter den Deutschen. Ernst Kantorowicz und das ,Geheime Deutschland‘“, in: „Verkannte brüder“? Stefan George und das deutsch-jüdische Bürgertum zwischen Jahrhundertwende und Emigration, (Hrsg.) Gert Mattenklott / Michael Philipp / Julius H. Schoeps. Haskala. Wissenschaftliche Abhandlungen. Herausgeben vom Moses Mendelssohn-Zentrum für europäisch-jüdische Studien. Band 22, Georg Olms Verlag, Hildesheim-Zurich-New York, 2001, p. 179 à 197.

Riedel Manfred, Geheimes Deutschland. Stefan George und die Brüder Stauffenberg, Kulurverlag Kadmos, Berlin, 2014.

Salin Edgar, Um Stefan George. Erinnerungen und Zeugnisse, Helmut Küpper vormals Georg Bondi, München / Düsseldorf, 1954.

Semenyaka Olena, « Friedrich Nietzsche as the ‘’founder’’ of Conservative revolution. », in : Conservative revolution. Responses to liberalism and modernity. Volume Five, Edited by Troy Southgate / Black front press, s.l., 2022, p. 7 à 33.

Travers Guillaume, Ernst Kantorowicz‎‎, col. Qui suis-je ?, Pardès, 2023.

Voswinckel Ulrike, Freie Liebe und Anarchie: Schwabing – Monte Verità. Entwürfe gegen das etablierte Leben, Allitera Verlag, Munich, 2009.

Institution consultée :

Bibliothèque de l’université d’Aix-la-Chapelle (RWTH Aachen university)

https://www.revue-elements.com/vive-lallemagne-secrete/

samedi 9 décembre 2023

En arrivant au pouvoir en 1933, Hitler hérite de l'armée la plus moderne du monde

 On croit à tort que le régime socialiste né en Allemagne en 1919 était pacifiste et que c’est Hitler qui réarma l’Allemagne et donna à celle-ci une armée moderne conçue pour un conflit éclair. Les faits sont tout autres.

Lorsque nait la Wehrmacht en 1935, elle hérite de la République de Weimar de son effort de réarmement et de modernisation : Quinze années d’expériences, d’expérimentations et d’entraînements. L’essentiel de ses futurs généraux et de ses officiers sont déjà en place. Ses soldats maîtrisent les concepts les plus innovants de la guerre moderne. De très nombreux civils connaissent le rudiment du soldat. Quant aux matériels, il est déjà construit ou prêt à être construit de façon industrielle dès 1933. Cette république de Weimar dirigée par des socialistes livre à Hitler une armée ayant un très fort potentiel que ce dernier va réellement exploiter contre la France en 1940. Ce sera la « Guerre éclair ».

Chars allemands conçus sous la République de Weimar
Le fer de lance de la nouvelle armée allemande testé en URSS

Un fait marquant va accélérer la volonté allemande de réarmer. Le nouveau régime socialiste allemand de la République de Weimar (1919 -1933) va signer le 16 avril 1922 avec l’URSS, en marge du Traité de Rapallo, un pacte secret de réarmement en totale opposition du traité de Versailles qui prévoyait la limitation drastique de la puissance militaire allemande.

Il permet à la Reichswehr d’effectuer depuis l’étranger d’importantes recherches militaires qui seront testées sur le sol russe en échange d’un appui  technique aux ingénieurs russes. Plusieurs firmes allemandes (Krupp, Ag, Rheinmetall-Borsig, Daimler) créent des usines afin de fournir des prototypes de chars d’assaut qui seront testés en Union soviétique. Ils vont paver la voie aux futurs Panzers dont le Pz I qui sera mis en production industrielle dès 1934. Les tests et l’entrainement des équipages se feront près de Kazan, capitale actuelle du Tatarstan alors intégré à l’URSS. C’est également dans cette ville que sera affinée la stratégie d’utilisation de cette nouvelle arme blindée, stratégie qui sera décisive en juin 1940.

L’accord prévoit aussi de fournir une école de gaz de combat non loin de la ville russe de Saratov où seront mis au point les nouvelles techniques. S’y ajoute une école de formation des pilotes de chasses à Lipetsk qui permettra à l’Allemagne de développer une aviation de combat moderne.

L'Allemagne socialiste de la République de Weimar n'a pas attendu l'arrivée d’Hitler en janvier 1933, malgré ce qu'on croit généralement. Elle aura même créé en 1929 le Bureau des engins balistiques qui avait pour mission de créer une fusée à vocation militaire... En 1932, un certain  Wernher Von Braun sera embauché comme employé civil.

Dès 1926, la Lufthansa se dote de nombreux appareils qui tout en ayant un aspect civil peuvent aisément être convertis en avions militaires de reconnaissance ou de bombardement. Ce fut le cas du Ju 52 qui formera les trois quarts de la flotte de cette compagnie au début des années 1930. Cet avion restera en service dans l’armée allemande jusqu’en 1945. Avec son importante flotte moderne, la Lufthansa formera de nombreux pilotes qui voleront plus tard dans l’armée de l’air.

D’autres appareils militaires seront conçus par un ensemble de firmes qui feront des études poussées sur les moteurs : Junkers (Créée en 1920), Heinkel et Domier (Créée par un français en 1922), Focke-Wulf (1924). Ils resteront à l’état de plan en attendant des jours meilleurs.

Un état-major secret pour l’aviation sera même créé dans les bureaux de la Reichswehr avec d’anciens officiers pilotes. Ce bureau favorisera la formation de nombreux pilotes dans la Lufthansa, en URSS ou dans les écoles civiles de pilotage. La plus grande d’entre-elles, la Deutscher Luftsportverband, comptera en 1930 (10 ans après sa création) 50 000 membres.

Limitée en nombre par le traité de Versailles, l’Armée allemande de la République de Weimar, la Reichswehr, sera avant tout une armée de cadres qui seront prêts à diriger une armée plus nombreuse. Ainsi, l’Armée allemande était limitée à 4 000 officiers, mais plus de la moitié des effectifs est composée de sous-officiers qui reçoivent une instruction bien supérieure à leur grade (Deux grades au-dessus). Quant à eux, les officiers bénéficient de contrats de longue durée, conséquence de la mise en œuvre en 1920 par le commandement d’une nouvelle doctrine d’emploi. Ils peuvent ainsi recevoir une formation très poussée.

Un autre coup de canif sera fait par la République de Weimar au Traité de Versailles en 1922. Afin de contourner l’interdiction de produire des sous-marins, une organisation clandestine fut créée  aux Pays-Bas, le « Bureau d’études » Ingenieurskantoor voor Scheepsbouw, ayant pour mission de poursuivre les recherches des ingénieurs allemands à partir des plans et brevets de la marine impériale. Huit sous-marins seront ainsi construits en Espagne, Finlande et Pays-Bas et serviront de banc d’essais pour les futurs U-Boot qui seront si redoutables en Atlantique nord en menaçant l’arrivée de l’aide américaine en Grande-Bretagne.

Si l’armée est limitée à 100 000 hommes, la République de Weimar met en place, au travers des associations d’anciens combattants, la formation paramilitaire d’une fraction importante de la population. Cette organisation porta le nom de "Reichswehr noire" ; La plus importante, les « Casques s’acier », compta en 1930 plus de 500 000 membres. Elle autorisera aussi les associations paramilitaires politisées qui seront très nombreuses. C’est ainsi que naitra les SA du Parti national-socialiste des travailleurs allemands qui compteront en 1934 près de quatre millions et demi d’hommes.

Lorsque Ludwig Quidde, figure allemande du pacifisme, publie en 1924 un article contre la "Reichswehr noire" intitulé "Le danger de l'heure" et distribué à 70 députés et pacifistes internationaux, il est traduit en justice et condamné pour haute trahison par la République de Weimar.

Depuis 1920, l’Allemagne joue double jeu en affichant une volonté de rester pacifiste tout en œuvrant à la création d’une armée moderne largement motorisée. Duplicité en réarmant dès 1922 et en obtenant le prix Nobel de la Paix en 1926 (Prix conjoint entre Aristide Briand et Gustav Stresemann, ministre des affaires étrangères allemandes). La France, elle, restera largement pacifiste jusqu’à cette honteuse défaite de 1940 !

Après l'arrivée d’Hitler au pouvoir, ce sera, le 18 juin 1935, la signature d'un traité entre l'Allemagne et l'Angleterre permettant à L'Allemagne de créer une marine de Guerre à hauteur de 30% de celle de l'Angleterre... sans aucune consultation des alliés de cette dernière. Ce sera le début de la fabrication industrielle des U-Boats déjà conçus et testés.

Quant au pacte germano-soviétique du 23 août 1939, outre l'aspect de non-agression mutuelle, il prévoyait la fourniture par l'URSS d'importantes quantités de matières premières et de blés.

L'industrie américaine ne sera pas en reste. Le constructeur américain Ford construira en 1938 une usine d'assemblage de véhicules de transport de troupe dans la banlieue de Berlin… l’argent n’a pas d’odeur !

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2017/08/en-1933-l-armee-dont-avait-besoin-hitler-etait-deja-la-plus-moderne-du-monde.html

samedi 18 février 2023

Les actrices du IIIème Reich (Isabelle Mity)

 

Isabelle Mity, agrégée d’allemand et docteur en études germaniques, enseigne la langue et la civilisation allemandes à l’université Paris-Dauphine. Chroniqueuse régulière au magazine Historia, elle préside également le prix Historia du roman policier historique. Elle vient de signer chez Perrin un livre consacré aux actrices du IIIe Reich.

Le cinéma sous le IIIe Reich, ce n’est pas seulement les productions antisémites Le Juif Süss, Le Juif éternel, les films de propagande exaltant l’esprit guerrier ou de résistance comme Stukas ou Kolberg, ou les documentaires de Leni Riefenstahl sur le congrès de Nuremberg de 1934 ou les Jeux olympiques de 1936. C’est aussi et surtout une industrie du divertissement, une usine à rêves, capable de rivaliser avec Hollywood. Comédies, mélodrames, films d’amour, policiers, musicaux forment le gros d’une production extrêmement abondante, estimée à 1.094 films  entre 1933 et 1945. Jamais les studios ne furent soumis à une telle cadence, jamais il n’y eut autant de magazines consacrés au cinéma et aux stars, jamais il n’y eut autant de vedettes. Un véritable âge d’or du cinéma allemand.

Durant cette période faste pour le cinéma, les actrices se taillèrent la part du lion. Et à contempler les cartes postales des éditions Ross Verlag ou de la UFA tirées à des dizaines de milliers d’exemplaires et présentes partout dans les années 1930 et au début des années 1940, on comprend pourquoi. Il émane d’elles une véritable aura de glamour. Si les films de la période nazie imprégnèrent aussi massivement et durablement la mémoire collective, au-delà des douze ans d’existence du régime, il semble qu’ils le doivent en partie à leurs actrices charismatiques, représentant bien souvent des épouses fidèles au service de leur mari et de leur patrie, prêtes à tous les sacrifices et les renoncements pour le bien commun. Elles incarnèrent des femmes fortes, reflet du rôle de la femme en temps de guerre, mais aussi beaucoup de belles jeunes filles en quête d’amour ou de séduisantes jeunes épouses qui attendent leur mari parti au front. Ces actrices firent les beaux jours de la UFA et du ministre de la Propagande Joseph Goebbels. Elles soutinrent le moral de la population pendant la guerre et les bombardements, et rapportèrent des devises à l’Allemagne nazie en inondant les écrans des pays annexés ou occupés.

Qui étaient ces actrices ? Leur biographie, leurs films et leur parcours parfois étonnant nous racontent non seulement une autre histoire du IIIe Reich, mais aussi un pan de l’histoire allemande de la seconde partie du XXe siècle. Ce livre vous fera découvrir l’arme de distraction massive que fut le cinéma allemand entre 1933 et 1945 !

Les actrices du IIIe Reich, Isabelle Mity, éditions Perrin, 368 pages, 22 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-actrices-du-iiieme-reich-isabelle-mity/157606/

mardi 14 février 2023

Biographie de George Orwell dans la collection « Qui suis-je ? »

 

Journaliste et critique littéraire, Thomas Renaud contribue ou a contribué à une dizaine de titres de presse. Il se consacre depuis près de dix ans aux penseurs critiques de la modernité et de l’emprise technicienne. A ce titre, il avait déjà signé pour la collection Qui suis-je ? des éditions Pardès une biographie de Georges Bernanos. Et le voilà qui publie ces jours-ci, dans la même collection, une biographie de George Orwell.

Deux ans de covidisme et de son attirail totalitaire ont donné un nouveau souffle au roman 1984 d’Orwell et démontré, si besoin en était encore, son aspect visionnaire. Pas moins de quatre adaptations sous la forme de romans graphiques ont d’ailleurs fait leur apparition l’année dernière. Mais en dehors de 1984 et de La ferme des animaux, le reste de son œuvre reste méconnu de l’essentiel des lecteurs francophones. Et la plupart des lecteurs de 1984 ne savent finalement pas grand chose de la vie d’Orwell hormis le fait qu’il ait combattu durant la Guerre d’Espagne. Qui plus est, il était très difficile de trouver une biographie d’Orwell en français. Cette biographie rédigée par Thomas Renaud vient donc combler un vide et surprendra probablement de nombreux lecteurs.

Eric Arthur Blair (1903-1950) le véritable nom de George Orwell né aux Indes. A sa sortie du collège d’Eton, il devient officier de la police coloniale britannique en Birmanie. Cinq ans plus tard, profitant d’une permission en Angleterre,  il adresse sa démission et annonce à sa famille qu’il veut devenir écrivain. Il se met alors en tête d’explorer la misère des quartiers populaires de Londres puis de Paris. Il écrit beaucoup mais ne trouve aucun éditeur pour ses premiers romans. A peine parvient-il à faire paraître quelques articles dans des journaux à petits tirages. Il enchaîne donc quelques petits boulots – il sera plongeur dans un hôtel de la rue de Rivoli ! – mais en profite pour observer autour de lui et trouver l’inspiration pour les personnages de Dans la dèche à Paris et à Londres, son premier livre accepté par un éditeur et publié en 1933. Quant à son premier article en langue anglaise, il paraît dans le journal du pamphlétaire catholique Gilbert Keith Chesterton ! Il se marie en juin 1936 et part quelques mois plus tard pour l’Espagne où il s’engage parmi les troupes du POUM (parti ouvrier d’unification marxiste) mais souffre rapidement de l’ennui et de l’inaction. Il rejoint le front d’Aragon. Et y est grièvement blessé d’une balle qui lui traverse la gorge. Après sa convalescence, il apprend que les membres du POUM sont désormais traqués par les communistes. Horrifié par la terreur stalinienne en Espagne, il ouvre les yeux sur le totalitarisme et devient à son retour en Angleterre la cible de la critique des communistes. En 1941, Orwell entre à la BBC qu’il quitte deux ans plus tard pour disposer de plus de temps pour l’écriture En 1947, son état de santé se dégrade fortement et il est hospitalisé pour soigner sa tuberculose Il s’épuise à travailler à la rédaction de 1984 qu’il achève en 1948. Un peu plus d’un an plus tard, il succombe de sa tuberculose pulmonaire.

George Orwell, Thomas Renaud, éditions Pardès, collection Qui suis-je ?, 128 pages, 12 euros

A commander en ligne ici

https://www.medias-presse.info/biographie-de-george-orwell-dans-la-collection-qui-suis-je/158411/

mardi 15 novembre 2022

La Traction Avant, l’universelle !

 

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En 1933, les finances de Citroën sont au plus bas. Pour sauver son entreprise, André Citroën n’a qu’une issue : l’innovation. Il a l’intelligence et le flair de recruter deux génies de l’automobile : l’ingénieur André Lefebvre et le designer Flaminio Bertoni. Ils donneront rapidement naissance à la 7, ainsi nommée pour ses 7 cv fiscaux. Mais l’Histoire, avec plus de poésie, l’a vite surnommée la Traction Avant.

Cet album fait revivre à travers les dessins de plusieurs illustrateurs de bande dessinée la naissance et les développements de cette automobile dont la production ne s’est achevée qu’en 1957. 23 ans de production ! Ce qui en faisait à l’époque le record du monde de longévité de production d’une voiture.

Les nombreux fans de Citroën se régaleront de cet album et de ses beaux dessins mettant les différents modèles de la Traction Avant dans toutes les situations.

La Traction Avant, l’universelle !, Franck Coste – Michel Thomas – Bruno Bouteville – Jacky Clech – Eric Le Berre – Cyril Leclercq – Diego L. Parada – Alain Paillou – Didier Ray – François Roussel – Alain Sirvent – Marcel Uderzo, éditions Idées+, 80 pages, 13 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-traction-avant-luniverselle/46367/

samedi 8 octobre 2022

Mémoires d’un magicien (Hjalmar Schacht)

 

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Hjalmar Schacht (1877-1970) est un économiste allemand. Il fut à l’origine de l’utilisation, à partir de 1923, du rentenmark, la monnaie allemande adoptée pour faire face à l’hyperinflation. Président de la Reichsbank de 1924 à 1930 puis de 1933 à 1939, il a également été ministre de l’Economie du Troisième Reich de 1934 à 1937.

Hjalmar Schacht était soucieux de stabiliser la monnaie allemande et de freiner l’endettement public et avait obtenu d’excellents résultats, ce qui lui avait valu le surnom de magicien. Il dénonçait farouchement le Diktat de Versailles qui avait plongé l’Allemagne dans la misère.

Lorsque Hitler accède au pouvoir, Hjalmar Schacht lui apporte un soutien critique et souhaite œuvrer au maintien de la paix en rétablissant la prospérité économique de l’Allemagne. Il aimait à dire que la mission de la politique économique repose « sur deux exigences essentielles : développer autant que possible la production, répartir aussi équitablement que possible les biens qu’elle crée« .

Désapprouvant la politique de réarmement d’Hitler ainsi que l’attitude despotique du NSDAP et opposé à une nouvelle guerre, il devient un opposant au régime nazi et finit par rejoindre les conjurés qui tentent d’assassiner le chancelier allemand le 20 juillet 1944. Après avoir été inculpé pour haute trahison, il est envoyé en camp de concentration. Libéré par les Américains, il est aussitôt ré-emprisonné par ceux-ci et jugé à Nuremberg. Malgré son acquittement par le Tribunal international, il est maintenu en prison et jugé par les chambres de dénazification.

Libéré en septembre 1948, il a entrepris d’écrire ses Mémoires. Longtemps épuisées, les voici rééditées et elles intéresseront tous ceux qui veulent comprendre l’histoire du vingtième siècle. Mais au-delà de leur intérêt historique, ces mémoires portent également un regard pertinent sur le rôle de l’argent et de la finance.

Mémoires d’un magicien, Hjalmar Schacht, éditions Kontre Kulture, 560 pages, 23 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/memoires-dun-magicien-hjalmar-schacht/50480/

vendredi 23 septembre 2022

La Garde de fer (Corneliu Zelea Codreanu)

 

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Corneliu Zelea Codreanu (1899-1938) est un homme politique chrétien nationaliste roumain, fondateur charismatique de la Légion de l’Archange Micheldont émane la Garde de fer. Elu député en 1931 dans un contexte d’instabilité politique, son mouvement fut interdit en 1933, en même temps que le Premier ministre annulait les élections. En décembre 1937, Codreanu s’allie avec le président du parti national-paysan et leur coalition emporte les nouvelles élections sans obtenir une majorité parlementaire. Les élections sont annulées et les pleins pouvoirs sont confiés au ministre de l’Intérieur, Armand Calinescu, qui fait arrêter Codreanu en mai 1938 et le fait condamner à dix ans de travaux forcés. Les partisans de Codreanu réagissent avec force et la Roumanie plonge dans un climat de guerre civile. Dans la nuit du 29 au 30 novembre 1938, le pouvoir fait fusiller Codreanu.

Les frères Jérôme et Jean Tharaud, autrefois célèbres écrivains français, rendirent hommage à Codreanu dans un livre intitulé L’envoyé de l’Archange paru chez Plon en 1939 et aujourd’hui introuvable.

Quant au livre La Garde de fer écrit par Codreanu et dédié à ses Légionnaires, il fallut attendre 1972 pour en trouver pour la première fois une traduction française publiée chez un éditeur disparu. Réédité en 2005, il était épuisé. Mais le voilà à nouveau disponible depuis quelques jours.

Ce livre retrace à partir de 1919, la vie militante de Codreanu, sa prise de conscience des enjeux politiques, son opposition farouche au bolchévisme et aux forces occultes, sa volonté de redresser la Roumanie par une politique à la fois chrétienne et nationaliste, la naissance et le développement de la Légion de l’Archange Michel et de la Garde de fer, leur participation aux élections jusqu’à la réaction dictatoriale du Pouvoir et aux persécutions.

Outre ce témoignage de Codreanu, le livre contient des annexes qui viennent efficacement compléter cette lecture.

La Garde de fer, Corneliu Zelea Codreanu, éditions Samizdat, 458 pages, 30 euros

A commander en ligne via le site des Editions Synthèse Nationale

https://www.medias-presse.info/la-garde-de-fer-corneliu-zelea-codreanu/51245/

dimanche 27 mars 2022

Christopher Isherwood : « Adieu à Berlin »

  

Ci-dessus : l'écrivain en 1962, photo : Florence Homolka]

« Ainsi défilaient les champions de la Révolution. La flambée de passion propice à la réalisation du rêve ardent de sang et de barricades devrait surgir de cette fourmilière noirâtre ? » (Ernst von Salomon).

La disparition, voici bientôt dix ans, de l'écrivain anglais Christopher Isherwood, auteur, entre autres nouvelles, d’Adieu à Berlin, nous rappelle qu'il faut aborder différemment la littérature traitant des événements qui ont secoué l’Allemagne de la défaite de 1918 à l'avènement du national-socialisme. Isherwood (1904-1986) a traité cette époque de manière magistrale, surtout la véritable période charnière entre 1929 et 1933, époque où il a vécu en Allemagne et a été témoin direct des bouleversements politiques. L'auteur a observé la reconstitution d’une forme particulière d’engagement politique collectif, propre à l’action de l’ère du nihilisme, due à un surplus de volonté accompagnant la décomposition des hautes sphères de la bourgeoisie et le déclin des valeurs civiques, entraînant la disparition du citoyen traditionnel, pacifique et productif.

Adieu à Berlin correspond à ce que Roger Stéphane décrit dans Portrait de l'aventurier comme étant un moment particulier de la culture européenne, où éclot la « désolidarisation d'avec un monde moribond ». Ce monde, en effet, produit une “réalité négative et obscure”, où domine un type humain bien cerné par Drieu la Rochelle : « l’homme de main communiste, l’homme citadin, neurasthénique, excité par l’exemple des “fasci” italiens, de même celui des mercenaires des guerres de Chine, des soldats de la Légion étrangère ».

Malgré la volonté d’Isherwood de se distancier de l'horreur et de la violence d'une guerre civile berlinoise se camouflant derrière une fausse normalité, celle des cabarets, des quartiers riches en marge des masses et des hôtels de maître hors de la réalité violente de la rue, sa narration se transforme en une chronique de la révolte aveugle et désespérée, celles des hommes qui diront plus tard : « nous connaissions ce que nous aimions et nous n'aimions pas ce que nous connaissions » (propos rapportés par Ernst von Salomon).

L’importance d’Isherwood réside au fond en ceci : il est curieux d’une époque et d’une atmosphère, il s’en fait donc le chroniqueur et l’historien et, par l’excellence littéraire de son récit, il nous offre un accès aisé à cette trame d’événements qui ont fait les “années décisives” comme les a appelées Spengler. Vue sous cet angle, l’œuvre de l’écrivain anglais, devenu par après citoyen américain, n’est pas seule : sur le plan narratif, nous avons la nouvelle autobiographique d’Ernst von Salomon, Les Réprouvés ; sur un plan plus philosophique, nous avons les Considérations d’un apolitique de Thomas Mann, réflexions, hésitations d’un intellectuel qui est organiquement un citadin et un bourgeois et qui jette son regard sur ce que sont devenues les valeurs des Lumières.

Adieu à Berlin est donc l'adieu à une époque qui se termine, à ces illusions bourgeoises qui prétendent que “plus rien ne doit se passer”. Adieu à Berlin nous restitue le cadre d’une réalité, nous livre la chronique d'une histoire complexe qui est aussi la récapitulation en condensé d’un large pan de l’histoire européenne contenu tout entier dans les années qui ont immédiatement suivi la défaite allemande de 1918. Dans Les Réprouvés de von Salomon, on trouve les sédiments de ce qu’expérimentera Isherwood quelques années plus tard. Les thématiques littéraires qui fascineront ou horrifieront l’écrivain anglais étaient déjà nées dans les expériences de ce volontaire des Corps Francs, de ce franc-tireur, de ce terroriste, de cet aventurier, de ce partisan des solutions les plus radicales dans la lutte contre le spartakisme ou contre la République bourgeoise et procédurière de Weimar : Ernst von Salomon.

Isherwood décrit les violences des combats de rues à Berlin, la ville conquise par l’habilité propagandiste du Dr. Goebbels et de son journal agressif, dur, caustique et percutant, Der Angriff. « Dans les murs d’un Berlin qui se transformait, apparaissaient, écrites en lourdes lettres gothiques, les affiches de la peste brune. On pouvait y lire : “l’État bourgeois approche de sa fin ! Il faut forger une nouvelle Allemagne ! Elle ne sera ni un État bourgeois ni un État de classe ! Pour réaliser cette mission, l’histoire t’a choisi, toi, le Travailleur manuel et intellectuel ! ». Pour sa part, von Salomon ne se fait plus aucun illusion, ses espoirs se sont définitivement évanouis : « Le vin qui fermentait dans les tonneaux de la bourgeoisie, sera un jour bu sous la dénomination de “fascisme” ».

Adieu à Berlin est la mémoire qui nous reste d’une civilisation vieille-bourgeoise, démocratique et pluraliste, perdue au milieu de la marée montant du nihilisme s'annonçant dans l’élan et les ruines, dans un nouveau vitalisme, tel celui que prévoit un personnage du livre, Hinnerk : « Unir les jeunesses communistes et hitlériennes et, avec l’aide de ces bataillons unifiés, envoyer au diable les voleurs de la grosse industrie et de la haute finance, avec leurs appendices, ces ordonnances de merde, et ensuite établir, comme loi suprême, comme unique loi décente, la camaraderie (…) Et tu pourras appeler cela socialisme ou nationalisme, cela m’est absolument égal ».

Sur les décombres et les différences, Christopher Isherwood salue un écrivain allemand, dont l’idiosyncrasie est foncièrement différente de la sienne, mais dont le constat est pareil au sien : une époque entrait, à Berlin, dans ces années décisives, en extinction.

José Luis Ontiveros, Nouvelles de Synergies Européennes n°12, 1995. (tr. fr. : Rogelio Pete)

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/7

mercredi 8 septembre 2021

Stefano Fabei, Le faisceau, la croix gammée et le croissant, Akribéia, 2005.

 Les éditions Akribéia avaient eu la bonne idée de traduire il y a quelques années cet intéressant livre de l’historien italien Stefano Fabei, paru initialement en 2002. Fabei est un spécialiste du monde musulman et des relations que celui-ci a entretenu avec les puissances de l’Axe avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale.  Dans Le faisceau, la croix gammée et le croissant, sont présentées dans le détail les relations qui se nouèrent entre les Arabes et l’Islam d’une part et l’Italie fasciste et l’Allemagne Nationale-Socialiste d’autre part. Ces relations furent très nombreuses et l’auteur apporte sur celle-ci un éclairage très détaillé, fruit d’un colossal travail de recherche dans les archives de nombreux pays. Le livre fourmille de détails et il serait évidemment impossible de tous les recenser ici, nous nous attacherons donc à ce qui nous paraît être l’essentiel.

Les nationalistes arabes avaient combattu l’Empire Ottoman avec l’Entente durant la Grande Guerre, pensant qu’ils obtiendraient à l’issue de celle-ci leur indépendance. Las, le traité de Sèvres (1920) remplaça la tutelle ottomane par celle de la France et de l’Angleterre qui obtinrent des mandats sur cette zone (Syrie, Irak, Palestine, Liban, Arabie) au nom de la Société des Nations. Les nationalistes arabes rêvant d’indépendance furent donc très mécontents de la tournure des évènements, ce qui les poussa à chercher des soutiens ailleurs. Soulignons que ce combat pour l’indépendance fut, dans les années qui suivirent, le principal moteur de l’intérêt que portèrent les nationalistes arabes à l’Italie fasciste et à l’Allemagne Nationale-Socialiste, même si il n’en fut pas le seul facteur et que des accointances idéologiques jouèrent également leur rôle.

Le nationalisme arabe trouva dans le fascisme des origines une sympathie à son égard que l’on peut expliquer par l’existence d’un courant anti-impérialiste au sein de celui-ci. Au début des années 1920, le mouvement fasciste soutient explicitement la lutte pour l’indépendance des Arabes. D’Annunzio et Mussolini n’hésitent pas à témoigner de leur sympathie aux mouvements de libération luttant contre les Anglais ou les Français et se proclament partisans de l’indépendance des pays arabes. Le Parti National Fasciste en fait en même en mai 1922. L’intérêt officiel porté par le PNF au nationalisme arabe va ensuite s’essouffler à cause principalement d’une frange très hostile aux idées pro-arabes (et qui le restera par la suite) : les catholiques, les conservateurs ainsi que les milieux monarchistes proches de la Cour. Cela n’empêchera pas Mussolini de témoigner de son soutien de principe aux Arabes. Ce n’est qu’à partir de 1930 que l’Italie fasciste nouera de vrais contacts avec les nationalistes arabes par le biais d’une politique dynamique portée par une action culturelle et économique dirigée vers le monde arabo-islamique. L’Italie veut propager dans les pays arabes une image positive et se rapprocher de ceux-ci. Cela se traduit par le développement de l’Instituto per l’Oriento, la publication dès 1932 du journal L’avenire arabo, la création d’une radio arabe… Alors que l’Italie développe une propagande explicite envers le monde arabe, elle entretient dès cette époque des liens avec des personnalités telles l’émir druze Arslan mais surtout avec le fameux Hadj Amine el-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem, autorité religieuse et combattant infatigable de la cause arabe qui sera l’une des figures principales jusqu’à la fin de la guerre des relations entre l’Axe et les musulmans. Entre 1936 et 1938, Le Grand Mufti arrivera même à obtenir de Rome une aide financière dans sa lutte en Palestine contre les Anglais et les Juifs : la Grande révolte arabe. Rome, dans la seconde moitié des années 1930, a donc une politique arabophile dont l’un des buts majeurs est de renforcer son influence sur l’aire méditerranéenne et de faire pression, par l’intermédiaire des Arabes, sur les intérêts anglais et français. Cette pression était toutefois mesurée par le désir de ne pas trop envenimer les relations avec Londres et Paris, ce qui explique par exemple qu’aucune arme ne fut envoyée en Palestine malgré les demandes du Grand Mufti.

L’Allemagne de cette époque entretient elle aussi de bonnes relations avec les nationalistes arabes. Si la question arabe était quasiment absente des centres d’intérêt du National-Socialisme des origines, il en est tout autrement dans les années 1930. Hitler se présente tôt comme un allié des Arabes dans leur lutte contre les Juifs et il partage avec Himmler bien des positions islamophiles. Les convergences idéologiques entre National-Socialisme et Islam sont en effet non négligeables : le danger représenté par la haute finance et l’usurocratie juive doit être combattu, les ennemis sont communs (Marxisme, Juifs…), le pouvoir du chef doit prévaloir sur la farce électorale que constitue la démocratie… Dès 1934, la propagande véhiculée par l’Office de Politique Extérieure d’Alfred Rosenberg envers les pays musulmans, tant du Maghreb que du Moyen-Orient, est intensive. L’Allemagne veille dans le même temps à sérieusement développer ses relations économiques avec les pays arabes. Sur son propre sol, elle accueille de nombreux étudiants et offre une situation privilégiée aux arabes résidants qui sont loin d’être des parias dans le Reich et ont de nombreuses associations et comités. Les Allemands firent d’ailleurs leur possible pour éviter toute forme de racisme à l’encontre des Arabes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Reich. Il faut bien dire que ces derniers avaient pour Hitler et le nazisme une grande admiration. Admiration qui s’explique par les convergences décrites plus haut mais aussi par la personnalité d’Hitler vu comme un champion de la lutte contre les Juifs (les lois de Nuremberg avaient été très bien accueillies par l’opinion publique arabe) et qui apparaîtra durant la guerre comme un prophète qui allait instaurer un nouvel ordre et aider les pays musulmans à gagner leur indépendance. Dès le milieu des années 1930, Mein Kampf avait été traduit en arabe et les bonnes paroles envers les musulmans et l’Islam (de la part d’Hitler ou d’autres membres éminents du régime) n’étaient pas rares. Le fait que l’Allemagne n’avait pas, à la différence de l’Italie, de visée colonisatrice voire hégémonique autour de la Méditerranée, ne faisait que renforcer son crédit auprès des Arabes. Le seul heurt d’importance que connut l’Allemagne dans ces années avec les nationalistes arabes fut autour de la question sioniste. En effet, en vertu de la signature du Pacte Germano-Sioniste de 1933, le régime nazi soutenait ardemment l’émigration des Juifs vers la Palestine. Cela ne plaisait pas aux Arabes de Palestine et au Grand Mufti qui ne voulaient pas non plus des Juifs. L’Allemagne changea de cap en 1937 quand on réalisa que la création d’un Etat juif en Palestine devenait possible (solution non envisagée sérieusement jusque là) en vertu du soutien anglais à cette idée. À partir de ce moment, l’Allemagne, réalisant que le problème juif n’était pas seulement intérieur mais aussi extérieur et qu’il pourrait devenir très épineux à terme, se mit à soutenir plus activement les nationalistes palestiniens, premier rempart à la création d’un État juif en Palestine. L’Allemagne, malgré toutes les accointances qu’elle pouvait avoir avec le monde arabo-musulman, mena tout de même durant ces années, à l’image de l’Italie, une politique raisonnable visant à ne pas mettre le feu aux poudres et se garda de faire aux nationalistes arabes des promesses trop poussées sur leurs désirs d’indépendance, ce qui n’empêcha pas la création de plusieurs mouvements arabes influencés par le nazisme.

Dès le début de la Seconde Guerre Mondiale, les premières victoires de l’Axe ne font que renforcer les Arabes dans leurs sentiments pro-Allemands. C’est vers l’Allemagne plus que vers l’Italie qu’ils se tournent en considération de ses positions non-impérialistes. L’Allemagne, en effet, ne comptait pas s’investir dans les pays arabes autrement que politiquement, culturellement et économiquement. L’Allemagne avait d’ailleurs reconnu assez tôt à l’Italie la prédominance politique de l’espace méditerranéen.

Retraçant l’histoire du conflit mondial dans les différents pays musulmans (Irak, Iran, Egypte…), Stefano Fabei relate surtout le déroulement des relations entre l’Axe et les grands dirigeants nationalistes arabes que sont le Grand Mufti  et Rachid Ali al Gaylani, ancien premier ministre irakien chassé du pouvoir par les Anglais en mai 1941. Nationaliste irakien recherchant le soutien de l’Allemagne à son projet indépendantiste arabe, deux fois premier ministre du pays avant de revenir au pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat mené par le Carré d’Or - groupe de généraux irakiens pro-nazi dont il était membre - en avril 1941, il avait fini par sérieusement gêner les Anglais… En exil en Europe, le Mufti et Gaylani (considéré comme le chef du gouvernement irakien en exil) vont tout tenter pour amener les pays de l’Axe à soutenir leur politique indépendantiste mais vont avoir à faire face à plusieurs problèmes : une certaine rivalité entre l’Italie et l’Allemagne sur la politique à mener au Moyen Orient, ce qui conduisit à d’innombrables intrigues de cour; un refus de l’Allemagne de trop promettre trop vite et de prendre des engagements officiels clairs sur la liberté et l’indépendance des pays musulmans (pour ne pas envenimer les relations avec Vichy etc) et enfin la rivalité larvée entre ces deux grandes figures désirant chacune prendre le pas sur l’autre en tant qu’interlocuteur privilégié sur les questions arabes auprès des autorités italiennes et allemandes. Le Mufti était en effet un religieux alors que Gaylani était un laïc. Souhaitant tout deux l’indépendance des pays arabes, le premier se prononçait pour une union de ceux-ci tandis que le second soutenait l’existence de plusieurs pays. Ils s’entendaient cependant sur le fait d’aider l’Axe par tous les moyens et sur la nécessité de contrer la création d’un État juif en Palestine. Gaylani et le Mufti ne furent pas, au milieu de ces relations avec l’Axe, toujours cordiales mais ô combien difficiles, de simples pions et ils jouèrent le jeu des intrigues entre l’Italie et l’Allemagne en se positionnant eux aussi selon leurs intérêts directs. Notons que durant cette période, le prestige de Gaylani et du Mufti étaient grands en Europe, reçus aussi bien par Mussolini que par Hitler, ils étaient des hôtes de marque. La presse du Reich ne tarissait pas d’éloges sur le Grand Mufti, décrit comme le héros de la libération arabe et comme le principal adversaire des Anglais et des Juifs en Orient, ce n’est pas rien, n’oublions pas qu’il avait appelé les musulmans au jihad contre les Anglais en 1941… Ce fut finalement le Grand Mufti, Hadj Amine el-Husseini, qui devint de fait l’interlocuteur privilégié de l’Axe, fort de son activisme incessant envers les pays islamiques et les minorités musulmanes (en Yougoslavie par exemple). Le Mufti était très actif, que ce soit dans le développement de la propagande pro-Axe ou dans ses efforts de recrutement de combattants musulmans (il collabora notamment au recrutement de la division de Waffen SS islamique Handschar).

La dernière partie du livre traite avec force détails des forces armées musulmanes qui combattirent aux côtés de l’Axe durant la Seconde Guerre Mondiale. En effet, dès 1941, le Grand Mufti avait appelé de ses vœux la création d’une légion arabe, il avait à cette fin démarché Mussolini et Hitler. On trouve des Arabes musulmans dès cette année-là engagés auprès de l’Axe, très majoritairement du côté allemand. Le noyau de base de ces premières unités était d’une part des étudiants arabes du Reich, formés idéologiquement, ainsi que des combattants arabes antibritanniques. Prêtant le double serment de fidélité au Führer et à la cause arabe (liberté et indépendance des Arabes), ils combattirent dans plusieurs unités au cours de la guerre et seront jusqu’à la fin aux côtés du Reich. Les musulmans d’Europe ne furent pas en reste non plus étant donné qu’à partir de 1943, sous l’impulsion d’Himmler et de son admiration des valeurs guerrières de l’Islam, la Waffen SS commença à les recruter. La division la plus célèbre fut évidemment la division Handschar formée de Bosniaques. Ceux-ci avaient leurs imams et portaient le fez. En plus des insignes nazis, ils portaient le Handschar (cimeterre) et le drapeau croate sur leur uniforme. À noter que la Handschar comportait un certain nombre de chrétiens à l’image d’une autre division SS musulmane : la division Skanderbeg, créée par Himmler en 1944 à l’instigation du Grand Mufti et composée pour sa part de Kosovars et d’Albanais. En URSS, sur le front de l’est, de très nombreux musulmans (mais pas exclusivement comme on le sait) vinrent combattre avec les Allemands : Caucasiens, Turkmènes, Tatars de Crimée… Pour ceux-ci, le but était de parvenir à défaire l’oppresseur soviétique qui les empêchait de pratiquer leur culte. Les Allemands participèrent ainsi à la réouverture de mosquées, ce qui leur amena d’énormes sympathies : plus de 300 000 volontaires musulmans d’URSS combattirent avec eux durant la guerre et pour la petite anecdote, 30 000 d’entre eux furent capturés en France à l’issue du débarquement des alliés.

Finissons sur la France où les relations entre les Allemands et les Arabes se déroulèrent sans heurts entre 1940 et 1944. À titre d’exemple, 18 000 Arabes travaillèrent pour l’organisation Todt. Un certain nombre d’entre eux avait d’ailleurs adhéré aux partis de la collaboration (RNP, PPF…). Ce qui a été dit plus haut reste valable pour la France : les nationalistes arabes, notamment algériens, présents sur son sol soutenaient l’Axe qu’ils voyaient comme un garant de la future indépendance de leurs pays. Ceux-ci avaient d’ailleurs été combattus par Blum et Daladier avant la guerre, ils cherchèrent donc eux aussi d’autres appuis. La figure la plus marquante de cette époque est Mohammed el-Maadi qui est le collaborateur de l’Axe le plus connu en France. Dès les premiers temps de l’occupation, il entre en contact avec les Allemands. Comme le Grand Mufti, il allie travaux de propagande (son journal er-Rachid - tirant à 80 000 exemplaires - appelle de ses vœux l’indépendance des pays arabes et la victoire de l’Axe) et recrutement de volontaires pour combattre les alliés. Fuyant l’avancée alliée en 1944, el-Maadi trouva refuge lui aussi en Allemagne où il fut accueilli par le Grand Mufti.

Les causes arabes furent indéniablement soutenues par les Allemands et les Italiens. Goebbels ne déclarait-il pas durant la guerre qu’Allemands et Arabes luttaient contre la « tyrannie impérialiste et ploutocratique » du monde juif et anglo-américain ? Cependant, si les relations Arabes / Axe furent fructueuses d’un côté, elles souffrirent d’une différence de traitement entre les Allemands et les Italiens qui ne parvinrent jamais à trouver une politique commune sur cet aspect. Ces derniers voulaient renforcer leur présence en Méditerranée, ce qui effrayait bien des nationalistes arabes qui préféraient ainsi donner leur soutien à l’Allemagne qui, de son côté, refusait de donner sa parole en vain sur les lendemains incertains de la guerre. La politique arabe d’Hitler, qui ne s’intéressa que tardivement à ses débouchés réels, resta prudente trop longtemps d’une part pour ne pas mécontenter Vichy et les Italiens mais aussi car il était obnubilé par son illusion de pouvoir, un jour, trouver un terrain d’entente avec l’Angleterre. Se rendant compte trop tard de ses erreurs et de ce qu’elles avaient coûté dans les évolutions de la guerre, il déclara en février 1945 :

« L’allié italien nous a gênés presque partout. Il nous a empêchés de conduire une politique révolutionnaire en Afrique du Nord. Seuls, nous aurions pu libérer les pays musulmans dominés par la France. Le phénomène aurait eu une répercussion énorme en Égypte et dans le Moyen-Orient asservis aux Anglais. Tout l’Islam vibrait à l’annonce de nos victoires. La présence des Italiens à nos côtés nous paralysait et créait un malaise chez nos amis islamiques qui voyaient en nous les complices, conscients ou non, de leurs oppresseurs. Le Duce avait une grande politique à mener vis-à-vis de l’Islam. Elle a échoué, comme tant de choses que nous avons manquées au nom de notre fidélité à l’allié italien ! »

Stefano Fabei a écrit ici un livre d’importance et d’une grande richesse pour la compréhension de ces relations méconnues entre le faisceau, la croix gammée et le croissant. On regrettera simplement l’aspect trop détaillé de certaines parties qui perdent le lecteur entre la multitude de noms, de lieux et d’organismes divers et variés. L’auteur a depuis continué ses recherches sur ce thème et publié d’autres livres, non disponibles en français à ce jour.

Rüdiger

http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2013/01/14/chronique-de-livre-stefano-fabei-le-faisceau-la-croix-gammee.html