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samedi 28 décembre 2024

Le baptême de Clovis : le jour où la France devint chrétienne et « fille aînée de l’Église »

 

La conversion de Clovis Ier, roi des Francs Saliens, au catholicisme, est un événement marquant de l'histoire de France et de l'Europe, survenu à l'aube du VIe siècle. Cet acte ne se limite pas à un simple changement de religion ; il représente un tournant décisif qui a façonné l'identité culturelle et religieuse de la France et a eu des répercussions profondes sur l'histoire de l'Occident.

Un jeune roi en quête de consolidation de son pouvoir

Au crépuscule du Ve siècle, l'Europe bruissait des échos de la chute de l'Empire romain d'Occident (476 ap. J.-C.). Un paysage politique fragmenté émergeait, constellé de royaumes barbares en quête de stabilité et de légitimité. Au cœur de cette effervescence, Clovis Ier, né vers 466, s'imposait comme le chef charismatique des Francs Saliens, une tribu germanique solidement établie en Gaule. Son ambition : unifier les différentes factions franques sous une seule bannière, jetant ainsi les bases d'un puissant royaume.

À cette époque, les Francs Saliens, héritiers d'une riche tradition polythéiste, vénéraient un panthéon de dieux germaniques. Pourtant, une force spirituelle nouvelle, le christianisme, et plus précisément sa forme catholique, progressait inexorablement sur le continent. Portée par le zèle des missionnaires, l'influence grandissante des évêques et l'attrait d'une foi universaliste, cette religion monothéiste gagnait des adeptes au sein des populations gallo-romaines et commençait à toucher les élites franques. L'Église, forte de son organisation et de son prestige hérités de l'Empire romain, offrait un modèle d'unité et de stabilité politique et sociale, un atout non négligeable pour un jeune roi en quête de consolidation de son pouvoir.

Clotilde et Tolbiac : les chemins de la conversion de Clovis

L'influence du christianisme sur Clovis s'incarne d'abord par son union avec Clotilde, une princesse burgonde fervente chrétienne. Leur mariage, célébré aux alentours de 493, établit un lien direct entre le roi franc et la foi chrétienne. Issue de la lignée royale burgonde, elle-même christianisée depuis le début du Ve siècle, Clotilde œuvre activement à la conversion de son époux. Elle lui expose les préceptes de sa foi et l'encourage à embrasser le christianisme.

Clovis (481-511) roi des Francs avec sa seconde épouse Sainte Clotilde (Clothilde) reine. Gravure par Lix - Frederic Theodore Lix

Toutefois, Clovis, attaché aux traditions religieuses païennes de son peuple, manifeste une résistance initiale face à cette nouvelle religion. C'est la bataille de Tolbiac, qui se déroule probablement en 496 (la datation exacte est encore sujette à débat parmi les historiens), qui constitue un tournant décisif. Face à la supériorité des Alamans, Clovis, se trouvant en situation critique sur le champ de bataille, aurait invoqué le Dieu de Clotilde, promettant de se convertir en échange de la victoire. Selon le récit de Grégoire de Tours, cette prière fut exaucée, et les Francs remportèrent une victoire éclatante. Cet événement, interprété comme une intervention divine, ouvre la voie à la conversion de Clovis et marque une étape cruciale dans l'histoire du royaume franc.

Description de cette image, également commentée ci-après

Le baptême de Clovis et la naissance d'un royaume chrétien

Le baptême de Clovis, un événement majeur de l'histoire de France, s'est déroulé à Reims le 25 décembre, probablement entre 496 et 508 (la datation précise fait encore débat parmi les historiens). C'est l'évêque Remi qui officia la cérémonie. Bien que le récit traditionnel de ce baptême soit enrichi de nombreux éléments légendaires, il est attesté qu'il s'inscrit dans un contexte de diffusion croissante du christianisme en Gaule. Clovis, accompagné d'une partie de son armée, fut baptisé à Reims, un acte symbolique d'une portée considérable : il marque non seulement la conversion personnelle du roi franc, mais aussi l'entrée de son royaume dans l'ère chrétienne.

25 décembre 498 - Baptême de Clovis à Reims - Herodote.net

Il est important de noter qu'à cette époque, le schisme de 1054 entre l'Église d'Orient (orthodoxe) et l'Église d'Occident (catholique) n'avait pas encore eu lieu. L'Église était alors unie et désignée comme l'Église catholique universelle. Cependant, des débats théologiques existaient, notamment concernant la nature du Christ. L'arianisme, une doctrine considérée comme hérétique par l'Église romaine, était encore présent chez certains peuples germaniques. En se faisant baptiser, Clovis choisit d'adhérer à la foi nicéenne, professée par l'évêque de Rome, dont l'autorité s'affirmera progressivement pour donner naissance à l'Église catholique romaine.

Les implications politiques de ce baptême furent considérables. En se convertissant au catholicisme, Clovis consolida son pouvoir royal et établit une alliance stratégique avec l'Église, une institution influente en Occident. Cette alliance lui permit de légitimer son règne auprès des populations gallo-romaines, majoritairement chrétiennes, et d'étendre son influence au-delà des frontières de son royaume. Le baptême de Clovis est ainsi considéré comme un acte fondateur, marquant une étape clé dans la construction du royaume franc et son ancrage dans la civilisation chrétienne.

De Clovis à la "fille aînée de l'Église" : genèse de l'identité chrétienne de la France

La conversion de Clovis et son baptême eurent des répercussions considérables sur l'évolution de la Gaule franque puis du royaume de France, ainsi que sur l'histoire de l'Occident. Sur le plan religieux, cet événement initia un processus de christianisation des peuples germaniques, contribuant à l'expansion du christianisme en Europe occidentale. Sur le plan politique, il établit un précédent majeur : celui d'une monarchie de droit divin, où le roi, oint du Seigneur, est considéré comme son lieutenant sur Terre. Ce modèle politique, bien que connaissant des évolutions au cours des siècles, marquera durablement l'histoire de France.

L'action de Clovis ne se limita pas à sa seule conversion. Il encouragea activement la construction d'édifices religieux, tels que des églises et des monastères, favorisant ainsi l'essor de la culture et de l'influence de l'Église au sein du royaume. Ses successeurs, les Mérovingiens puis les dynasties suivantes, poursuivirent cette politique de soutien au catholicisme, renforçant progressivement l'ancrage de l'Église dans la société franque, puis française.

Les Surnoms - jeu de mots entre petite et grande Histoire (Cinquième  République, de Sarkozy à Macron) | L'Histoire en citations

L'héritage symbolique du baptême de Clovis traversa les siècles. L'expression "fille aînée de l'Église", bien que son origine précise soit sujette à débat (elle apparaîtrait au XIe siècle et se popularise à partir du XVIe siècle), est rétrospectivement associée à cet événement fondateur. Elle souligne le lien privilégié et ancien entre la France et l'Église catholique, et témoigne de l'empreinte profonde du christianisme sur l'identité nationale française. Cette appellation, chargée d'histoire et de symboles, continue d'être utilisée, à juste titre, bien que son interprétation et sa pertinence soient souvent discutées dans le contexte contemporain de la laïcité.

"La République est laïque, la France est chrétienne."

Charles de Gaulle

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-bapteme-de-clovis-le-jour-ou-la-258267

vendredi 19 avril 2024

Le baptême de Clovis à Reims : quand la France naquit à Noël

 

Tandis que se répandait l’eau du baptistère sur une armée convertie, et que s’ébattait la colombe immaculée, le prodige français voyait le jour. La petite France ouvrait ses yeux écarquillés sur le monde, elle venait à la vie et respirait. Sans doute ses premiers cris furent-ils : « Noël ! Noël !  ».

La France venait de naître, en ce vingt-cinq décembre 496. Elle venait de loin : sa conception avait duré non pas neuf mois, mais cinq siècles.

Déjà, le ménage complexe de l’alouette gauloise et de la louve capitoline avait commencé de faire apparaître ses membres. Jacques Bainville ne manqua pas de souligner l’importance capitale de cette antique gestation, ces cinq-cent ans pendant lesquels la Gaule partagea la vie de Rome :

« Jamais colonisation n’a été plus heureuse, n’a porté plus de beaux fruits, que celle des Romains en Gaule. D’autres colonisateurs ont détruit les peuples conquis. Ou bien les vaincus, repliés sur eux-mêmes, ont vécu à l’écart des vainqueurs. Cent ans après César, la fusion était presque accomplie et des Gaulois entraient au Sénat romain.

Jusqu’en 472, jusqu’à la chute de l’Empire d’Occident, la vie de la Gaule s’est confondue avec celle de Rome. Nous ne sommes pas assez habitués à penser que le quart de notre histoire, depuis le commencement de l’ère chrétienne, s’est écoulé dans cette communauté : quatre à cinq siècles, une période de temps à peu près aussi longue que de Louis XII à nos jours et chargée d’autant d’évènements et de révolutions. Le détail, si l’on s’y arrêtait, ferait bâiller. Et pourtant, que distingue-t-on à travers les grandes lignes ? Les traits permanents de la France qui commencent à se former. »

L’ébauche de cette France, celte de sang et pénétrée de latinité, connaissait déjà le saint nom de Jésus. Martyre et charité avaient marqué la terre gallo-romaine. Au nom du Christ, la lyonnaise Blandine avait versé son sang dans les arènes de la capitale des Gaules. En Touraine, S. Martin avait prodigué la charité, déchirant son pourpre mantel et l’appliquant sur le dos frêle d’un miséreux. […]

C’est à Clovis, petit-fils de Mérovée, qu’allait incomber la tâche de faire venir au monde la petite France. […] La victoire se penchait sur le berceau de la France. Vieux sang gaulois, génie latin et glaive franc s’étaient réunis autour de la Croix. L’Eglise de saint Rémi, habile sage-femme, sortit avec douceur la tête de notre France. Au milieu des décombres d’un Empire romain depuis vingt ans éteint, la jeune enfant riait. La latinité se muait en Chrétienté ; le nourrisson en serait la fille aînée. Devant elle, les étendards du roi s’avançaient.

A Noël, le monde découvrait le nouveau-né, enfant des Romains et des Saliens. A Noël, l’Histoire rencontrait la France. Une croix d’or ornait sa frêle poitrine.

 Source

https://www.fdesouche.com/2015/01/02/bapteme-clovis-reims-france-naquit-noel-25-decembre-496/

vendredi 16 février 2024

Le mystère Clovis, de Philippe de Villiers

 

Amoureux de la France et défenseur de ses racines chrétiennes, Philippe de Villiers a consacré sa vie à promouvoir ses idées en s’investissant successivement dans trois domaines différents : le spectacle, la politique et, dernièrement, l’écriture de romans historiques. Sa dernière œuvre est ainsi consacrée à Clovis, premier roi chrétien du royaume de France. Il en profite pour nous éclairer sur l’époque actuelle.

La plus grande réussite de Philippe de Villiers reste la création en Vendée, en 1978, du fascinant spectacle nocturne La Cinéscénie, exaltant l’esprit de résistance des vendéens lors de la guerre de Vendée. Il y ajoute en 1989 le Puy du Fou, devenu sans doute aujourd’hui le meilleur parc d’attractions à thème historique au monde. Dans la plupart des attractions, les héros auxquels s’identifie le public défendent leur village, leur royaume ou leur religion face à des ennemis venus de l’extérieur (romains, vikings, anglais, révolutionnaires…).

Mais sur le plan politique, il ne parvient pas à porter au pouvoir les idées de la droite conservatrice. Il commence par démissionner de la sous-préfecture à la suite de l’élection de François Mitterrand (1981), puis il exerce la fonction de secrétaire d’État à la Culture de 1986 à 1987, dans le gouvernement Chirac. Il est ensuite député et président du conseil général de la Vendée. Fondateur et président du Mouvement pour la France (MPF), parti politique souverainiste souffrant de la concurrence du Front National, il échoue aux élections présidentielles de 1995 (4,74 %) et de 2007 (2,23 %).  Il connaît son heure de gloire lors des élections européennes de 1999, la liste souverainiste De Villiers-Pasqua obtenant 13,06 des voix et devançant même la liste du RPR menée par le futur président Sarkozy.

Récemment, souhaitant « troquer les électeurs contre des lecteurs », il a entamé une carrière de romancier, qui lui permet avec réussite de promouvoir les personnages historiques qu’il affectionne. A côté d’ouvrages davantage politisés (Les turqueries du Grand Mamamouchi en 2005, Les Mosquées de Roissy en 2006, Une France qui gagne en 2007, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu en 2015, Les cloches sonneront-elles encore demain ? en 2016, Philippe de Villiers a ainsi publié des romans historiques : Le roman de Charette (2012), Le roman de Saint Louis (2013) et Le Roman de Jeanne d’Arc (2014).

Avec son nouveau roman historique, il conte la vie de Clovis comme si celui-ci s’exprimait à la première personne. Son style épique, voire lyrique, lui permet de présenter avec passion la naissance de la France en insistant sur sa vocation chrétienne.

Le contexte est fidèlement reproduit, notamment la description du peuple des Francs. On découvre ainsi, à la fin du Vème siècle, l’importance de la religion nordique chez les peuples germaniques et le développement du christianisme chez ceux déjà romanisés.

« Je laisserai aux Bretons leur indépendance et leurs chefs nationaux, à condition qu’ils s’en tiennent à leurs titres de comte et non de rex »

Bien sûr, on revit la naissance de Clovis (vers 466), le début de son règne dans le nord de la Gaule à la suite de la mort de son père Childéric Ier, roi des Francs saliens (vers 481), ses efforts pour agrandir le territoire de son royaume vers le sud, l’épisode du vase de Soissons, la conquête de Nantes en 490. Philippe de Villiers explique selon lui pourquoi Clovis n’envahit pas la Bretagne : « Je laisserai aux Bretons leur indépendance et leurs chefs nationaux, à condition qu’ils s’en tiennent à leurs titres de comte et non de rex » (p. 141-142). Puis il met l’accent sur les discussions de Clovis avec l’évêque de Reims (futur saint Remi) qui recherche la protection d’une autorité forte, son mariage avec la chrétienne Clotilde, fille du roi des Burgondes, qui tente de le convertir… Ainsi, en 496, à la bataille de Tolbiac, alors qu’il est encerclé, Clovis demande l’aide du dieu chrétien et obtient la victoire. Il demande alors le baptême… A la fin de son ouvrage, Philippe de Villiers explique pourquoi il considère que le baptême de Clovis n’a pas eu lieu en 496 à Tolbiac, environ vingt ans après la chute de l’Empire romain (476), mais le 25 décembre 508 à Tours, sur le tombeau de Saint Martin. C’est pour lui le signe que Clovis n’implore par un dieu guerrier mais un dieu d’amour.

Certes, comme tout romancier, Philippe de Villiers invente des dialogues qui pour la plupart n’ont jamais eu lieu. Il prête également à Clovis une pensée empathique, par exemple lorsqu’il accorde la liberté aux Alamans vaincus. Il imagine sa colère lorsque meurt, sitôt baptisé, le premier enfant que lui donne Clotilde. Pour Philippe de Villiers, Clovis ne s’adresse pas au Christ, mais au « Dieu de Clotilde », montrant ainsi l’importance de celle-ci dans la christianisation de la France. Mais la démarche du romancier, toujours vraisemblable, s’avère indispensable afin de combler les silences de l’Histoire.

Un éclairage sur l’époque actuelle

Dans son dernier roman historique, Philippe de Villiers apporte également un éclairage sur l’époque actuelle.

Il dénonce les causes du déclin de la civilisation européenne en dévoilant les similitudes avec la chute de l’Empire romain, qui a précédé l’arrivée au pouvoir de Clovis. Il explique que les Romains en pleine décadence, ne pensant plus qu’au bonheur matériel, ont abandonné leur frontière et fait entrer les barbares dans leurs terres sans se rendre compte qu’ils abandonnaient aussi leur identité. Dans ce roman, Rémi s’exprime  ainsi : « je crois, à l’expérience, que toutes les sociétés obéissent à la même loi. Quand elles ont cessé de vivre de leur raison d’être… elles se démolissent de leurs propres mains. Le signe avant-coureur, c’est quand elles s’excusent d’avoir existé, d’avoir été brillantes et convoitées. La haine de soi… L’effondrement des naissances, l’infanticide, l’avortement, jusqu’au refus de la vie… le délitement des mœurs : les hommes se déhanchent mieux que les femmes et parfois, à ce qu’on me dit, se couvrent en public la tête de voiles et de rubans de filles… La noblesse sénatoriale n’affiche plus d’autre souci que d’accroître son luxe… On ne vit que des souvenirs des fêtes passées et de l’espoir des fêtes prochaines…» (p. 114-115).

Philippe de Villiers suggère des remèdes en montrant comment une civilisation peut éviter la disparition. En effet, à la fin du IVème siècle, le risque d’une barbarisation de la romanité était très élevé. C’est alors qu’un miracle est survenu : un homme a compris la grandeur de la romanité et la beauté du christianisme et, ainsi, a perpétré la civilisation. Clovis, le ” continuateur de Rome”, a ainsi pu unifier la presque totalité de la Gaule, à l’exclusion de la Bretagne, dans le cadre d’une monarchie chrétienne. Car pour Philippe de Villiers, la civilisation européenne ne peut subsister que si elle reste chrétienne. C’est pourquoi, il affirme que notre choix, aujourd’hui, « c’est Clovis ou le Coran ».

Kristol Séhec

Philippe de Villiers, Le mystère Clovis, 432 pages, 22 euros. Éditions Albin Michel.

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/11/05/105090/mystere-clovis-philippe-villiers/

vendredi 15 septembre 2023

Le traité de l’Île d’Or

 

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Uchronie  Clovis et Alaric

Nous sommes en 507 et Clovis a encore quelques chats à fouetter pour imposer sa domination sur toute la Loire. Il n'est pas encore temps d'étendre son pouvoir par la magie du spirituel. Il faudra encore attendre 4 années pour cela. Le monarque ne met jamais la charrue avant les bœufs, il n'est pas roi fainéant. Ne jouons pas de l’uchronie à tous moments.

Pour l'heure, c'est le sud de la Loire qui le tracasse car y règne un voisin puissant qu'il entend circonvenir. Son adversaire, un Wisigoth de la pire espèce, quoique Goth sage, n'en demeure pas moins un être fourbe que notre Franc du collier espère leurrer sournoisement. Rien de mieux qu'un traité de non-agression signé sur une Île de Loire pour endormir les velléités de ce maudit expansionniste sudiste.

C'est donc à deux pas de l'endroit où César mit en chantier les petites embarcations (Naucelles) qui allaient asseoir son influence sur la Loire que Clovis entreprit de convier Alaric II pour endormir ses ambitions territoriales. Allaient-ils parler la même langue pour s'entendre sur une répartition territoriale qui plaçait la Loire comme frontière hypothétique ?

L'histoire aime à se répéter autour de cette barrière prétendument infranchissable faite d'eau et de sable. Il y a de quoi donner du grain à moudre aux historiens d'autant plus aisément que les moulins à nef furent installés le long des arches de nos ponts pour leur faciliter le travail. Bien des envahisseurs pourtant firent fi de cette frontière tandis que certains même l'empruntèrent pour envahir le territoire ligérien.

Pour l'heure Clovis entend asseoir son trône sur un royaume situé au Nord sans plus devoir craindre le voisin du Sud. La paix de l'Île d'Or sous la forme d'un traité de dupes scellait ainsi un avenir radieux entre voisins conciliants. Afin de parfaire ce grand moment, des festivités agrémenteraient ce grand rassemblement des délégations respectives. Et c'est alors que les prémices des difficultés à venir pointèrent malicieusement le bout de leur nez.

Le brave Alaric II qui avait planté son camp de base sur les rives du Cher, non loin de là avait convié dans sa délégation trois ostrogoths, artistes de foire pour distraire les participants à cette grande manifestation. Jongleries, espiègleries, musique tout en crachant le feu à l'instar des dragons chers à la rivière.

De son côté, Clovis, jeune roi fougueux avait à sa disposition sa troupe d'amuseurs, de bouffons et de clowns, les uns venant de Soissons et les autres de la rive nord du fleuve. Se sentant maître des clepsydres et du rapport de force, il imposa ses artistes sans permettre que les trois ostrogoths aient voix au chapitre.

Sous les grandes tentes officielles, les uns paradaient tandis que les trois autres, interdits d'entrer dans le saint des saints, se morfondaient dehors, tentant vainement de distraire les gardes et les curieux. Ils eurent le malheur d'être aperçus alors qu'un compagnon de Clovis passait par là. Il s'empressa de souffler à l'oreille de son roi que non loin étaient des saltimbanques dissidents qui échappaient à la doxa « clovicienne ».

Il n'en fallut pas plus pour que des sbires du monarque se saisirent des malheureux pieds nickelés de la culture afin de les bâillonner et les ligoter au pied d'un saule pleureur, entendant ainsi se débarrasser de ces vieux chnoques. Le pouvoir de Clovis allait prendre son essor, les Wisigoths allaient perdre la face après ce traité de dupe tandis qu'Ondine sortit des flots pour libérer les trois ostrogoths qui se jurèrent de ne plus jamais se mettre dans une telle galère. Ils suivirent la sirène dans les flots pour quitter au plus vite cette Île qui avait par l'influence néfaste du jeune Clovis transformé l'Or en plomb.

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/parodie/article/le-traite-de-l-ile-d-or-250395

lundi 14 août 2023

A La Une, Histoire Jean-Pierre Le Mat : « Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre »

 

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Les éditions Yoran Embanner publient un livre particulièrement polémique écrit par Jean-Pierre Le Mat. Il est un des portes-paroles des Bonnets rouges, mais également chef d’entreprise et écrivain. Intitulé « ils ont fait la France, contre enquête de Clovis à Charles De Gaulle », l’ouvrage entreprend de faire tomber le mythe de la République française pacifique et tolérante, fervente partisane de l’amitié et du rapprochement entre les peuples.

Durant tout le livre, Jean-Pierre Le Mat déconstruit certains mythes Français, de Voltaire à Michelet en passant par Jules Ferry, Charles De Gaulle ou encore Louis Aragon.
On regrettera que l’auteur tombe dans une forme d’anachronisme que l’on retrouve souvent chez certains auteurs idéologiquement engagés. Il consiste à prendre des déclarations historiques, à les sortir de leur contexte et à les interpréter avec notre regard actuel.  Voltaire et Barrère (comme d’autres) sont ainsi qualifiés de « racistes » et de partisans de l’inégalité des races. C’était, à leur époque, une vision pourtant courante et presque naturelle.

Il n’en demeure pas moins que ce travail précis et documenté de recherche historique fait tomber définitivement le mythe républicain français. Il démontre que ce pays, ainsi que ses modèles, ne sont pas forcément des modèles de vertu et d’humanisme comme ses élites le martèlent à qui veut l’entendre. Occultant l’Histoire de ces peuples, la France a imposé l’enseignement de sa propre Histoire. De Clovis à De Gaulle, elle a bâti une légende historique, magnifiant les faits qui arrangeaient sa politique intégrationniste et ne retenant de ses“grands hommes” que les écrits qui allaient dans son sens.

Ils ont fait la France, contre-enquête de Clovis à Charles de Gaulle – Yoran Embanner – 16€

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Entretien avec Jean-Pierre Le Mat.

Breizh-info.com : pourquoi avoir décider d’écrire l”ouvrage  « ils ont fait la France » ?

Jean-Pierre Le Mat : J’avais déjà publié ces études historiques, et bien d’autres, sur mon site contreculture.org. Plusieurs éditeurs m’ont proposé d’en faire un livre. Aujourd’hui c’est fait, avec Yoran Embanner.

Breizh-info.com : vous vous attachez à démonter certains mythes fondateurs de la France mais aussi et surtout de la République française. Est-ce une forme de vengeance que vous entendez mener ?

Jean-Pierre Le Mat : Pas du tout. Pour me venger de quoi ? Non, la démythification est une activité saine, sportive, accessible à tous. Elle devient jubilatoire quand il s’agit des mythes fondateurs français.

Breizh-info.com : Comment avez vous sélectionné vos personnages ?

Jean-Pierre Le Mat : J’ai choisi les personnages les plus symboliques. Ils sont vénérés par ceux qui sont fiers d’être Français. Et les mêmes peuvent en avoir le plus honte. Mélanger l’excès de fierté et de honte produit une matière explosive.

Breizh-info.com : Néanmoins, ne tombez vous pas vous même dans le politiquement correct et dans l’anachronisme, en traquant ici et là les propos racistes dans l’histoire, les prises de position antisémite, ce qui constitue une bonne partie de votre ouvrage ? Est-ce que, à l’heure ou le mot République est utilisé partout, à l’heure où la lutte contre le racisme est devenue une priorité d’Etat, vous ne donnez finalement pas du grain à moudre aux tenants d’une dictature de la République antiraciste, mémoricide, et quasi dictatoriale ?

Jean-Pierre Le Mat : Laissons l’appellation de “politiquement incorrect” aux intellectuels mondains qui passent à la télévision. Je n’en fait pas partie.

En France, pour refuser toute légitimité aux revendications bretonnes, on trouve tout à fait normal d’évoquer les Chouans et Breiz Atao, bref de faire de l’anachronisme. Je trouverais malvenu que l’on m’accuse de brandir un miroir. Mon livre rapporte des paroles authentiques et des faits avérés ; il  ne porte pas de jugement.
Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre. Je m’attends à des réactions. Les citations racistes ou antisémites des grands hommes français sont révélatrices. Mais les censurer est (et sera) encore plus révélateur.

Breizh-info.com :  N’y a t-il pas, derrière l’ouvrage, une énième thèse victimaire, qui supposerait que les Bretons soient les éternels vaincus de l’histoire de France , les éternels colonisés, quitte à les comparer à des peuples qui n’ont à voir ni de près ni de loin avec eux (des Indiens d’Amérique aux Algériens ) ?

Jean-Pierre Le Mat :  C’est exactement le contraire. J’ai été très impressionné par l’efficacité de la méthode mise au point par une intellectuelle bien connue pour attaquer l’identité bretonne : un mélange d’humour, de citations authentiques bien choisies, et d’explications logiques.

Retourner le jeu de massacre identitaire contre l’identité française, c’est passer du statut de victime à celui d’attaquant. Parce que la France dispose d’un Etat, d’une police et d’une Education nationale, on a cru que le jeu ne pouvait fonctionner que dans un seul sens. C’est faux et j’espère que d’autres joueurs viendront se joindre à moi. Mon livre aurait pu s’intituler : “La France, le point de vue breton”. Pourquoi pas, à suivre  “La France, le point de vue algérien, russe, alsacien, corse, sénégalais” ?

Breizh-info.com :  Les régionales arrivent en Bretagne. La liste d’Union Troadec – UDB qui pourrait se profiler n’est-elle pas une nouvelle répétition d’une histoire qui a conduit le mouvement Breton à l’échec permanent ? Quel est le point commun entre un Bonnet rouge canal historique et un militant de l’UDB, de gauche humaniste avant d’être Breton ?

Jean-Pierre Le Mat :  Les hommes et les femmes sont toujours plus intéressants que leurs étiquettes. Ils valent mieux que les institutions ou les partis auxquels ils se rattachent. Je suis incapable de haïr quelqu’un. De plus, nous vivons dans une révolution permanente, à la fois technologique, économique et politique. Dans un tel environnement, une guerre de tranchées n’a aucun sens. L’objectif est de saisir des opportunités pour la Bretagne, pas de défendre un mythe.

Breizh-info.com :  comment avez vous vécu les déclarations de l’ancien Ministre Luc Ferry qui reconnait enfin le génocide brito-vendéen ? 
Jean-Pierre Le Mat :  Je n’y porte aucune attention.

Breizh-info.com : que deviennent les Bonnets rouges ?

Jean-Pierre Le Mat :  Ils sont comme les tremblements de terre. Ils grondent sous la surface. On sait qu’ils vont revenir. Mais nul ne peut dire quand cela adviendra, ni comment.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2015/06/07/27334/jean-pierre-le-mat-je-ne-pense-pas-que-les-tenants-dune-dictature-republicaine-apprecieront-mon-livre/

vendredi 21 avril 2023

Le mystère Clovis en format poche

 

Les éditions du Rocher ont eu l’excellente idée de publier une version en format de poche et à un prix très abordable du livre Le mystère Clovis écrit par Philippe de Villiers.

Ce livre confirme le talent de conteur de Philippe de Villiers. Ce qu’il avait déjà réussi en scénographie à travers les spectacles exceptionnels du Puy du Fou, il le réussit également à merveille sous la forme de biographies romanesques de grands personnages de l’Histoire de France. Après Le roman de Charette et Le roman de Saint Louis, voici Le mystère Clovis. Dans les trois cas, il s’agit de véritables héros dont l’épopée est un témoignage de Foi mais aussi d’amour de la France.

Si l’ouvrage se veut fidèle à la vérité historique, il n’en est pas moins vrai qu’il s’agit d’un roman que l’auteur écrit à la première personne du singulier. Philippe de Villiers entraîne le lecteur dans les aspects les plus intimes de la conversion du roi franc. L’objectif avoué de l’auteur étant de fournir un Clovis de chair, à figure humaine.

S’il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une biographie historique, ce livre offrira néanmoins de beaux moments de détente auprès d’un roi dont le baptême fut un acte fondateur.

Le mystère Clovis, Philippe de Villiers, éditions du Rocher, collection Le Rocher Poche, 356 pages, 8,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-mystere-clovis-en-format-poche/137371/

lundi 9 mai 2022

Naissance d’une nation : Clovis et les principes fondateurs de l’identité française, d'Hilaire de Crémiers.....(Deuxième partie). 4/4

  

Hélas, la belle légende, si intimement mêlée à notre histoire, fut confrontée à un nouvel esprit critique plus corrosif. Dès les débuts du XVIIIe siècle, le doute s’installa chez les érudits. Il commença à poindre dans la nouvelle Histoire de France de Le Gondec en 1728. Passons. Le siècle se partagea. La critique gagna vite des points. Elle avait d’innombrables arguments, et fort sérieux. Où sont les documents contemporains authentiques ? Que faut-il croire des récits hagiographiques ? La légende est née avec le temps surajoutant au merveilleux l’extraordinaire. Mais voilà ! Ce qui n’était pas permis, advint dans un pays trop vif d’esprit : ce fut le ricanement ! Et puis, il y eut une odieuse dispute.

Ses conséquences furent désastreuses. La France se divisa. Monsieur de Boulainvilliers avait prétendu dans son Histoire de l’ancien gouvernement de France que la noblesse était issue des anciens Francs, des conquérants au sang bleu ; il y mettait toute sa morgue. Ne restait plus au tiers état qu’à se proclamer le peuple gallo-romain opprimé par l’étranger vainqueur et décidé à se libérer. C’est ce qui se fit. Siéyès en fit la théorie. Comme si la noblesse française n’était pas sortie du même monde gallo-romain ! Peu à peu, à travers les siècles. Tous issus fondamentalement de la même population à laquelle les étrangers s’assimilèrent. Comme si Sidoine Apollinaire n’était pas un type de noble français !

A la fin du XVIIIe siècle, au moment du sacre de Louis XVI, parmi les beaux esprits, personne ne croyait plus au miracle de Clovis, à la grâce de Reims, à la Sainte Ampoule, au sacre et à ses serments. La révolution acheva la perfection de son sacrilège lorsque, neuf mois après l’exécution de Louis XVI, le conventionnel Ruhl brisa l’ampoule du sacre sur la ci-devant place royale de Reims.

Je vous passe la confrontation continuelle qui opposa au XIXe siècle les tenants de la tradition et les tenants de la modernité. C’était en fait deux religions qui se battaient. Un Augustin Thierry, avec ses Récits des temps mérovingiens —Augustin Thierry avait entendu le bardit de Pharamond !— avait l’esprit aussi mythologique que tel ou tel chantre de Clovis, tel ce bon abbé Lefranc qui, après Viennet et Lemercier, ne ménageait pas sa plume pour écrire des tragédies en l’honneur de la France chrétienne. Vous connaissez tous la grande fresque de Joseph Blanc au Panthéon. Laissons les Michelet et les Lavisse, et laissons aussi les défenses des traditionalistes catholiques royalistes à tout crin du XIXe siècle pour qui tout était vrai, tout était authentique, de la sainte légende, jusqu’à la biche de Vouillé ! Ils avaient peur de tout perdre. Tel un certain abbé Klein dans son Clovis, fondateur de la monarchie française, répondant à toutes les objections des protestants, des francs-maçons et des incrédules. C’était lors du quatorzième centenaire. Du moins, avait-il le dessein de défendre l’âme de la France.

Mais la polémique est passée, l’histoire est arrivée, Fustel de Coulanges, et Taine et tous leurs disciples. L’histoire savante, sage, calme et juste. Comment ne pas rendre hommage à Fustel de Coulanges qui, le premier, souligna le lien profond qui unit la France féodale au monde gallo-romain ; son œuvre renvoyait au néant la sotte querelle de la noblesse et du Tiers état. La méthode historique a classé les documents, donné leur signification, jugé leur authenticité. Œuvre délicate, modeste, souvent incertaine. Les querelles ont continué. Elles continuent toujours. L’hypercritique folle dissout les événements, mais elle n’a plus pour elle la science, la vraie science. Les travaux sont là qui se sont accumulés, d’esprits de toutes sortes, parfois tout à fait incrédules, depuis les travaux savants de Godefroid Kurth sur les sources de l’histoire de Clovis, depuis Ferdinand Lot et sa Naissance de la France, Jean de Pange et son Roi très chrétien, Marc Bloch et ses Rois thaumaturges, jusqu’à Beaune et Tessier, et tous les autres… Cependant la science ne cesse de progresser : en ce quinzième centenaire, cela ressort à l’évidence pour qui prend connaissance des ouvrages sérieux qui paraissent. Clovis est plus que jamais présent avec sa légende.

Car de toute cette histoire, et au-delà de la critique, il reste un enseignement. Beaucoup de vraie science réconcilie avec la tradition, et cette tradition n’en porte qu’une leçon plus claire. Les esprits sages dépassent toute vaine querelle. Ils savent que notre légende monarchique et nationale n’est qu’une manière de dire l’histoire. Ils ne lui intentent plus d’inutiles procès en non-conformité avec les faits bruts. L’analyse les perçoit sous le tissu des enjolivements. Le tri se fait comme naturellement. L’amplification allégorique a l’avantage de souligner le sens exemplaire, et donc symbolique, qu’attachèrent nos pères à des événements fondateurs et sans cesse refondateurs. De même, les Grecs ne cessèrent jusqu’à l’excès de chercher les sens allégoriques de leur Odyssée. Autrement dit, la légende explique l’événement, comme l’événement explique la légende. L’essentiel demeure. En quoi consiste-t-il, cet essentiel ? En une leçon politique et religieuse ou religieuse et politique selon que vous voudrez accentuer sur tel ou tel terme, qui est comme la loi profonde, mystérieuse donc, de notre histoire de France. Elle se dégage d’elle-même, cette leçon.

La France ne retrouvera son identité qu’en retrouvant le sens de son histoire. Ayons foi dans notre passé, nous aurons foi dans notre avenir. La renaissance est là, renaissance catholique, renaissance française. Mistral, le grand poète de langue d’oc, chantant la renaissance de son pays et de sa langue, scandait : “Nous sommes Gallo-Romains et gentilshommes”. C’est bien cela, gallo-romains et gentilshommes, c’est-à-dire gallo-romains et Francs, francs, libres. La France toujours libre ! La France souveraine, en ses diverses provinces, unies autour de son Clovis, son Clovis nécessaire, son Clovis national et catholique. 

Sidoine Apollinaire, faisant parler la vieille Rome mourante, lui faisait dire, tourné vers le Ciel : “Mea redde principia”, rends-moi mes enfances, rends-moi mes origines, mes principes originels ! Mais les vieux principes romains, l’enfance de Rome, ses légendes, Romulus et Remus, tout cela était bien mort, c’était fini, et Sidoine le pressentait. Quand il mourut, d’autres principes, d’autres enfances, d’autres origines étaient en gestation. Des principes immortels, oui, immortels eux ! C’était déjà une renaissance. Soyons-en sûrs, ces principes-là ne sont pas morts. Ils ont été les principes de tous les redressements français. Ah, l’histoire des redressements français ! Qu’ils sont magnifiques ! Qu’ils sont surprenants ! Redressement mérovingien, redressement carolingien, et surtout les beaux redressements capétiens ! Redressement de nos Valois tant dénigrés de nos jours, princes superbes et justement aimés, nos Valois contre l’Anglais, contre l’étranger et son parti, ses clercs ses docteurs, ses sorbonnards, ses mauvais évêques, ses légistes, faux légistes ! Contre le Germain, contre les impériaux et leurs clercs et leurs légistes ! Jaloux, oui, jaloux de la terre bénie et de l’histoire unique. Non, ces principes ne sont pas morts tant que les Français voudront être français et comprendre leur histoire avec l’amour pieux que l’on doit à une geste sacrée. Et à l’heure où un dessein préconçu, un projet délibéré envisage sans haut-le-cœur de faire mourir la France, de la dissoudre, de la perdre dans quelque fausse unité dite supérieure, germanique ou anglo-saxonne, ou dans quelque mondialisme barbare, à l’heure où l’étranger est le maître chez nous, comme disait Sidoine, où déferlent les hordes, où la barbarie semble triompher, approprions nous le vieux cri de Sidoine Apollinaire le Gallo-Romain, tournons nous vers le Ciel en songeant à nos origines : “Mea redde principia”  !

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dimanche 8 mai 2022

Naissance d’une nation : Clovis et les principes fondateurs de l’identité française, d'Hilaire de Crémiers.....(Deuxième partie). 3/4

  

Charles d’Orléans, le prince charmant, le prisonnier d’Azincourt qui resta de si longues années captif en Angleterre, parlait de la France de la même manière :

En regardant vers le pays de France
Un jour m’advint à Douvres sur la mer...

Qui ne se souvient de cette poésie ? et qu’y demandait-il ?

De voir France que mon cœur aimer doit.

Charles d’Orléans représentait le parti d’Orléans : c’était le parti national.

Et Christine de Pisan ? Elle parlait de la France pareillement ! Et voilà comment elle en vint à écrire son “Dittié en l’honneur de la Pucelle” ! Comme Alain Chartier écrivit lui aussi sa “Lettre sur Jeanne”.

Comme également cet homme extraordinaire que fut Jean Le Charlier, dit Gerson, qui fit ses études à l’abbaye Saint-Remi de Reims et qui fut procureur de la nation France à l’université de Paris avant d’en devenir le chancelier, théologien et philosophe immense, français de cœur et de raison, fuyant Paris sous domination bourguignonne et anglaise, s’interrogeait sur le destin de la France. Il était fidèle, et lui aussi, il écrivit un De puella Aurelianensis. Ce théologien français donnait son avis : il disait que la Pucelle venait de par Dieu pour sauver le royaume de France. Car voici le fait le plus extraordinaire : Jeanne la Pucelle vient, en effet, de par Dieu sceller à nouveau le pacte antique. Légende, peut-être ! Mais tout est confirmé par la plus étonnante histoire que nation ait jamais connue. Dieu lui-même, Jésus-Christ Notre Seigneur veut que le légitime héritier de France soit sacré à Reims comme ses pères. C’est la condition première et essentielle du salut de la France. Les promesses sont faites à une dynastie précise, à ce que Jeanne appelle, elle-même, le “Sang de France”, et de fait les promesses se réalisent. Le royaume est reconquis : Formigny ! Castillon ! Et Charles d’Orléans peut chanter : Dieu t’a rendu Guyenne et Normandie !

Le XVIe siècle, si tragique, mais aussi si beau dans notre France, fut rempli de la légende de Clovis. Il y eut tant de débats ; comment citer tant d’auteurs qui se sont penchés comme Claude de Seyssel, l’évêque ami de Louis XII, sur “La grande monarchie de France”  ? Pour ajouter à la grandeur des rois de France, des auteurs ont inventé une généalogie selon laquelle Clovis descendrait de Francion ou Francus, fils d’Hector, petit-fils de Priam ! Ronsard s’en fit l’écho dans sa Franciade. Pourquoi pas ? Il fallait que les rois de France aient une ancienneté plus prestigieuse que toutes les autres dynasties !

Après les guerres de religion, Henri IV, pour conquérir son trône, se soumet à la nécessité : il abjure l’hérésie. S’il n’est pas sacré à Reims (Reims appartient à la Ligue), il reçoit à Chartres, autre ville sainte et royale, l’onction du chrême auquel on ajoute l’huile de saint Martin. Il se fait représenter en Clovis. Alors il est pleinement roi. Et comme à chaque fois, un renouveau français commence. Louis XIII devra reconquérir l’Aquitaine, lui aussi. Vous vous souvenez des vers de Malherbe : Louis, lance ton foudre... Comme Clovis !

 Cependant les historiens qui s’essayent aux premières méthodes critiques, jettent un doute circonspect sur certains faits. Même un Mezeray, historiographe officiel. Même un Bossuet ne s’appuie jamais sur la légende de Clovis. Qu’importe ! La monarchie est au-dessus de la légende. Mais parmi les critiques, il y a des partisans : par exemple, ce Chifflet de la célèbre tribu des Chifflet de Besançon, qui, au service de la Maison d’Autriche et d’Espagne, éprouve le besoin de ruiner la gloire antique de la Maison de France. Il a pour lui la science ! Mais les Français répondent à ces critiques, et notamment les mauristes, le célèbre Mabillon. D’ailleurs, rien n’y fait : la légende demeure. Peut-être que Desmarets de Saint-Sorlin est celui qui l’exprime en ce XVIIe siècle avec le plus de grandiloquence et, il faut bien l’avouer, le moins de science :

Quittons les vains concerts du profane Parnasse,
Tout est auguste et saint au sujet que j’embrasse.
A la gloire des lys je consacre ces vers ;
J’entonne la trompette et répands dans les airs
Les faits de ce grand Roy qui sous l’eau du baptême,
Le premier de nos rois courba son diadème,
Qui sage et valeureux...

Boileau, censeur impitoyable, mais maître du bon goût, condamna sévèrement l’épopée ; il s’en gaussa. Il n’aimait point ce genre du merveilleux chrétien et, il faut bien l’avouer, les vers étaient franchement mauvais. Desmarets de Saint-Sorlin avait sans doute aussi le tort d’être ami des jésuites et ennemi farouche des jansénistes. Savez-vous que cette épopée est cependant à l’origine de la querelle des anciens et des modernes ? Eh oui, Desmarets, avec son Clovis, était un moderne ! Heureuse époque où nos disputes franco-françaises étaient théologiques et littéraires.

Desmarets a donné le caractère le plus complet à la légende des origines de la France. A cet égard, ce poème est un sommet, tout y est : l’ange qui donne à Clovis les armes fleurdelysées et la bannière de saint Denis, le romanesque mariage avec Clotilde, l’accord et le soutien de tous les évêques gallo-romains, le vœu et le miracle de Tolbiac, la colombe du sacre qui est le Saint-Esprit lui-même apportant à saint Remi le baume céleste pour la royale onction, la vertu de guérir les écrouelles, miracle continuel et successif, la destruction de l’hérésie arienne, la biche qui indique le gué de la Vienne et les clartés fulgurantes de saint Hilaire qui de Poitiers abattent les Goths, et les murs d’Angoulême qui s’effondrent d’eux-mêmes comme jadis ceux de Jéricho, la France enfin rassemblée sous un monarque unique ! Il y a, en effet, un peu de quoi sourire ! Desmarets peut écrire dans son épître dédicatoire au roi : “Les merveilles de Dieu sont si éclatantes et les bontés qu’Il a témoignées à cet État si admirables, qu’il n’y a rien dans les histoires de toutes les autres nations qui soit comparable à ce qu’Il a fait pour ce royaume. J’ose même dire que les rois du peuple (juif) qui lui fut si cher n’ont pas eu de plus visibles marques de leur élection que les rois de France qui ont été choisis de Dieu en la personne de Clovis pour les fils aînés et les protecteurs de son Église et pour être les premiers et comme les chefs de tous les princes du monde”.

Et Bossuet, dans ses Devoirs des rois, peut écrire : “Vous êtes des dieux, encore que vous mourriez mais votre autorité ne meurt pas”. Sommet de gloire !

À suivre

samedi 7 mai 2022

Naissance d’une nation : Clovis et les principes fondateurs de l’identité française, d'Hilaire de Crémiers.....(Deuxième partie). 2/4

  

Frédégaire, continuateur et compilateur de Grégoire de Tours, amplifie encore quelques récits. Les premiers rédacteurs des vies des saints des Gaules, de saint Vaast à sainte Geneviève, rajoutent des éléments. Les historiens sérieux font le tri évidemment. Ils discernent et ils voient fort bien sous le récit la réalité vraie. Le livre de Michel Rouche est remarquable à ce point de vue et surtout dans sa deuxième partie, consacrée à l’étude critique des textes ; il les scrute et il en montre la véracité, chef-d’œuvre de critique, de critique à la française, pleine de science mais supérieure à la science, où triomphe l’esprit de finesse.

Ainsi se maintint dans la tradition le mystère d’une origine prodigieuse de la royauté franque alors que les Mérovingiens s’entre-déchiraient dans des meurtres abominables et donnaient un spectacle scandaleux. La notion d’État avait disparu. Les Pépinides, habilement, s’employèrent à le restaurer. Ils reformèrent le territoire, ils le protégèrent de l’invasion, ils rendirent la justice.

La légende sainte s’attacha alors naturellement à leur race. Ce ne furent pas seulement les évêques qui les soutinrent ; les papes de Rome en difficulté les appelèrent à leur secours. Les Vicaires de Jésus-Christ firent pleuvoir sur leurs têtes et sur leurs peuples les bénédictions divines. Le pape Zacharie, pour écarter définitivement les derniers Mérovingiens, déclara “qu’il valait mieux que celui-là fût appelé roi qui avait la puissance effective”. Autrement dit, ce qui compte, c’est l’œuvre. Le roi est fait pour l’œuvre. L’œuvre royale ! C’est celle de Clovis !

 Clovis avait été baptisé et confirmé du saint-chrême comme roi. Maintenant, les rois, déjà baptisés et confirmés, sont oints en tant que rois pour exercer leur charge. Pour la première fois, l’onction royale est donnée à Pépin et à ses fils. Le pape Etienne II viendra les oindre encore lui-même du saint-chrême à Saint-Denis en 754. A partir de cette date, les souverains pontifes, dans leurs actes publics, marqueront une déférence spéciale au roi de France. Il est le “compère spirituel” du pape. Nouveau David, le roi de France est le successeur des rois de Juda. Le peuple des Francs est le peuple de Dieu, la nation sainte.

Mais le modèle n’est pas encore fixé. L’histoire hésite encore. Charlemagne restaure l’unité de l’Occident en unité temporelle et unité spirituelle. Il garantit un territoire au pape, qui le couronne empereur à Rome. L’histoire revient-elle en arrière ? Est-ce encore un modèle impérial ? Les héritiers se disputent de nouveau. 843, le traité de Verdun divise l’Empire en trois États, l’origine de presque toutes nos guerres. La Germanie à l’est, la Lotharingie coincée au centre et, à l’ouest, la vieille Neustrie qui s’appellera bientôt “Francia”. Où sont les promesses ? Où les bénédictions ? Sur quelles têtes vont retomber les grâces ? A qui sont dévolues en héritage les merveilles ? Qui est le véritable successeur de Clovis ?

Alors, apparut le plus avisé politique de son temps, Hincmar, moine de Saint-Denis, devenu archevêque de Reims. Les évêques réfléchissaient sur la personne du roi en cette époque troublée du IXe siècle. Hincmar, dans un but politique certain, se fit le défenseur du privilège rémois, et en même temps de la légitimité que l’on pourrait qualifier déjà de nationale en la personne de Charles le Chauve face au Germanique. Il en avait écrit lui aussi son traité sur “la personne du roi”. C’est dans sa Vita Remigii, tout à l’honneur de Remi et de la ville de Reims, ville de la consécration royale, qu’en racontant le baptême de Clovis, il rapporte pieusement le fait merveilleux de l’irruption de la colombe tenant dans son bec la sainte ampoule.

Les rois de France sont donc oints du saint-chrême et de plus d’une huile céleste. C’est encore Hincmar qui le premier donne à saint Remi la voix d’un prophète. Il rapporte ce qu’on est convenu d’appeler le grand testament de saint Remi, le pacte entre Dieu et Clovis, entre Dieu et la France, entre Dieu et les rois de France, texte tout inspiré du Deutéronome.

Mais les derniers Carolingiens ne sont pas à la hauteur de cette destinée. L’héritage se disloque et de nouveau l’invasion ravage le territoire. Les Normands se livrent à leurs pillages. Alors les Robertiens accèdent au trône en s’appropriant la doctrine d’Hincmar, la grâce de Reims. C’est qu’ils s’identifient au royaume : ils le défendent, ils gardent jalousement son territoire et ils préservent l’unité et la durée du pouvoir en assurant la succession. Ils s’appuient sur l’Église, sur Cluny. Ils rendent la justice. La doctrine royale s’affermit. Ils sont les successeurs de Clovis. Leur titre est : le Roi Très Chrétien, titre donné par les pontifes, confirmé par Urbain II, l’ancien chanoine de Reims.

Les volumineuses Chroniques de France, rédigées sur les ordres de saint Louis et de Philippe le Hardi, reprennent tous les vieux récits. “Gesta Dei per Francos”, est-il écrit. Les légistes de Philippe le Bel s’en emparent. Ils affirment l’indépendance et la sacralité du pouvoir royal. “Le roi de France est empereur en son royaume”. La théorie s’établit de ce qui fut nommé la religion royale : le sacre de Reims, le sacrement de la monarchie, le miracle de Clovis. Les Valois, après les Capétiens directs, se situent dans la suite de la légende de Clovis qui ne cesse de se répéter et de s’amplifier de chroniqueurs en légistes, de Guillaume Le Breton en Nicolas Gilles, de Vincent de Beauvais en Jean Golein et Robert Gaguin, du XIIIe au XVe siècle. Charles V, le roi sage et si fin, en une période difficile s’en fait le prophète et le législateur. Cette religion royale est le Droit par excellence, le garant de la légitimité royale et nationale. Dans les affres de la guerre de Cent Ans, elle maintient la fidélité des esprits français. Jean de Terrevermeille s’en fait le docteur, le professeur Barbey en a parlé admirablement.

Mais pourquoi vous citer tant de légistes et d’historiens ? Pourquoi ne pas parler aussi des poètes de cette époque et, par exemple, d’Alain Chartier, qui était en même temps un juriste et le secrétaire du Dauphin de Bourges. Il fait parler la France comme une dame ; elle est la Dame de beauté ! Et dans son Quadrilogue invectif il mène un débat patriotique ; la France reproche aux Français de ne point se souvenir de leur passé. Et il emploie, lui, peut-être le premier, le mot nation dans son sens actuel. Oui, la nation France existe. Il l’allégorise comme une femme. Elle est très belle, elle est éternelle : elle est faite pour son roi et son roi pour elle.

À suivre

mercredi 4 mai 2022

La petite Histoire – Vouillé : Clovis maître de la Gaule – Les grandes victoires – TVL

 Nouvelle thématique LPH consacrée aux grandes victoires de l’histoire de France, et on commence avec une victoire fondatrice : la bataille de Vouillé. En cette année 507, Clovis doit affronter son ennemi le plus redoutable, Alaric II, roi des Wisigoths. Leur territoire s’étend de l’Espagne jusqu’à la Loire, et le roi des Francs entend bien non seulement se poser en champion de la chrétienté face à l’hérésie arienne, en successeur de l’Empire romain d’occident, mais aussi réunifier la Gaule jusqu’aux Pyrénées. Cette victoire éclatante posera les bases de ce que seront les frontières naturelles de la France.


https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-vouille-clovis-maitre-de-la-gaule-les-grandes-victoires-tvl

mardi 5 avril 2022

Naissance d’une nation : Clovis et les principes fondateurs de l’identité française, d'Hilaire de Crémiers.....(Deuxième partie). 4/4

  

Hélas, la belle légende, si intimement mêlée à notre histoire, fut confrontée à un nouvel esprit critique plus corrosif. Dès les débuts du XVIIIe siècle, le doute s’installa chez les érudits. Il commença à poindre dans la nouvelle Histoire de France de Le Gondec en 1728. Passons. Le siècle se partagea. La critique gagna vite des points. Elle avait d’innombrables arguments, et fort sérieux. Où sont les documents contemporains authentiques ? Que faut-il croire des récits hagiographiques ?

La légende est née avec le temps surajoutant au merveilleux l’extraordinaire. Mais voilà ! Ce qui n’était pas permis, advint dans un pays trop vif d’esprit : ce fut le ricanement ! Et puis, il y eut une odieuse dispute. Ses conséquences furent désastreuses. La France se divisa. Monsieur de Boulainvilliers avait prétendu dans son Histoire de l’ancien gouvernement de France que la noblesse était issue des anciens Francs, des conquérants au sang bleu ; il y mettait toute sa morgue. Ne restait plus au tiers état qu’à se proclamer le peuple gallo-romain opprimé par l’étranger vainqueur et décidé à se libérer. C’est ce qui se fit. Siéyès en fit la théorie. Comme si la noblesse française n’était pas sortie du même monde gallo-romain ! Peu à peu, à travers les siècles. Tous issus fondamentalement de la même population à laquelle les étrangers s’assimilèrent. Comme si Sidoine Apollinaire n’était pas un type de noble français !

A la fin du XVIIIe siècle, au moment du sacre de Louis XVI, parmi les beaux esprits, personne ne croyait plus au miracle de Clovis, à la grâce de Reims, à la Sainte Ampoule, au sacre et à ses serments. La révolution acheva la perfection de son sacrilège lorsque, neuf mois après l’exécution de Louis XVI, le conventionnel Ruhl brisa l’ampoule du sacre sur la ci-devant place royale de Reims.

Je vous passe la confrontation continuelle qui opposa au XIXe siècle les tenants de la tradition et les tenants de la modernité. C’était en fait deux religions qui se battaient. Un Augustin Thierry, avec ses Récits des temps mérovingiens —Augustin Thierry avait entendu le bardit de Pharamond !— avait l’esprit aussi mythologique que tel ou tel chantre de Clovis, tel ce bon abbé Lefranc qui, après Viennet et Lemercier, ne ménageait pas sa plume pour écrire des tragédies en l’honneur de la France chrétienne. Vous connaissez tous la grande fresque de Joseph Blanc au Panthéon. Laissons les Michelet et les Lavisse, et laissons aussi les défenses des traditionalistes catholiques royalistes à tout crin du XIXe siècle pour qui tout était vrai, tout était authentique, de la sainte légende, jusqu’à la biche de Vouillé ! Ils avaient peur de tout perdre. Tel un certain abbé Klein dans son Clovis, fondateur de la monarchie française, répondant à toutes les objections des protestants, des francs-maçons et des incrédules. C’était lors du quatorzième centenaire. Du moins, avait-il le dessein de défendre l’âme de la France.

Mais la polémique est passée, l’histoire est arrivée, Fustel de Coulanges, et Taine et tous leurs disciples. L’histoire savante, sage, calme et juste. Comment ne pas rendre hommage à Fustel de Coulanges qui, le premier, souligna le lien profond qui unit la France féodale au monde gallo-romain ; son œuvre renvoyait au néant la sotte querelle de la noblesse et du Tiers état. La méthode historique a classé les documents, donné leur signification, jugé leur authenticité. Œuvre délicate, modeste, souvent incertaine. Les querelles ont continué. Elles continuent toujours. L’hypercritique folle dissout les événements, mais elle n’a plus pour elle la science, la vraie science. Les travaux sont là qui se sont accumulés, d’esprits de toutes sortes, parfois tout à fait incrédules, depuis les travaux savants de Godefroid Kurth sur les sources de l’histoire de Clovis, depuis Ferdinand Lot et sa Naissance de la France, Jean de Pange et son Roi très chrétien, Marc Bloch et ses Rois thaumaturges, jusqu’à Beaune et Tessier, et tous les autres… Cependant la science ne cesse de progresser : en ce quinzième centenaire, cela ressort à l’évidence pour qui prend connaissance des ouvrages sérieux qui paraissent. Clovis est plus que jamais présent avec sa légende.        

Car de toute cette histoire, et au-delà de la critique, il reste un enseignement. Beaucoup de vraie science réconcilie avec la tradition, et cette tradition n’en porte qu’une leçon plus claire. Les esprits sages dépassent toute vaine querelle. Ils savent que notre légende monarchique et nationale n’est qu’une manière de dire l’histoire. Ils ne lui intentent plus d’inutiles procès en non-conformité avec les faits bruts. L’analyse les perçoit sous le tissu des enjolivements. Le tri se fait comme naturellement. L’amplification allégorique a l’avantage de souligner le sens exemplaire, et donc symbolique, qu’attachèrent nos pères à des événements fondateurs et sans cesse refondateurs. De même, les Grecs ne cessèrent jusqu’à l’excès de chercher les sens allégoriques de leur Odyssée. Autrement dit, la légende explique l’événement, comme l’événement explique la légende. L’essentiel demeure. En quoi consiste-t-il, cet essentiel ? En une leçon politique et religieuse ou religieuse et politique selon que vous voudrez accentuer sur tel ou tel terme, qui est comme la loi profonde, mystérieuse donc, de notre histoire de France. Elle se dégage d’elle-même, cette leçon.

La France ne retrouvera son identité qu’en retrouvant le sens de son histoire. Ayons foi dans notre passé, nous aurons foi dans notre avenir. La renaissance est là, renaissance catholique, renaissance française. Mistral, le grand poète de langue d’oc, chantant la renaissance de son pays et de sa langue, scandait : “Nous sommes Gallo-Romains et gentilshommes”. C’est bien cela, gallo-romains et gentilshommes, c’est-à-dire gallo-romains et Francs, francs, libres. La France toujours libre ! La France souveraine, en ses diverses provinces, unies autour de son Clovis, son Clovis nécessaire, son Clovis national et catholique.

Sidoine Apollinaire, faisant parler la vieille Rome mourante, lui faisait dire, tourné vers le Ciel : “Mea redde principia”, rends-moi mes enfances, rends-moi mes origines, mes principes originels ! Mais les vieux principes romains, l’enfance de Rome, ses légendes, Romulus et Remus, tout cela était bien mort, c’était fini, et Sidoine le pressentait. Quand il mourut, d’autres principes, d’autres enfances, d’autres origines étaient en gestation. Des principes immortels, oui, immortels eux ! C’était déjà une renaissance. Soyons-en sûrs, ces principes-là ne sont pas morts. Ils ont été les principes de tous les redressements français. Ah, l’histoire des redressements français ! Qu’ils sont magnifiques ! Qu’ils sont surprenants ! Redressement mérovingien, redressement carolingien, et surtout les beaux redressements capétiens ! Redressement de nos Valois tant dénigrés de nos jours, princes superbes et justement aimés, nos Valois contre l’Anglais, contre l’étranger et son parti, ses clercs ses docteurs, ses sorbonnards, ses mauvais évêques, ses légistes, faux légistes ! Contre le Germain, contre les impériaux et leurs clercs et leurs légistes ! Jaloux, oui, jaloux de la terre bénie et de l’histoire unique. Non, ces principes ne sont pas morts tant que les Français voudront être français et comprendre leur histoire avec l’amour pieux que l’on doit à une geste sacrée. Et à l’heure où un dessein préconçu, un projet délibéré envisage sans haut-le-cœur de faire mourir la France, de la dissoudre, de la perdre dans quelque fausse unité dite supérieure, germanique ou anglo-saxonne, ou dans quelque mondialisme barbare, à l’heure où l’étranger est le maître chez nous, comme disait Sidoine, où déferlent les hordes, où la barbarie semble triompher, approprions nous le vieux cri de Sidoine Apollinaire le Gallo-Romain, tournons nous vers le Ciel en songeant à nos origines : “Mea redde principia”  !

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