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samedi 7 décembre 2024

Le GIEC avait tout faux : les océans refroidissent et le Sahara reverdit

 

Se tromper est humain. S’enferrer dans l’erreur, en sachant qu’on se trompe, pour tromper les autres, est diabolique.

Un gaz bienfaisant qui pue l’œuf pourri

Greta la mongolienne du Grand Nord affirmait sentir et voir le CO2, invisible, incolore, inodore et sans saveur. Un gaz indispensable pour la végétation qui, sans cet apport combiné avec l’eau et le rayonnement solaire, périrait. Avec la biosphère qu’elle abrite.

Par contre, ceux qui lui faisaient rabâcher par cœur des slogans auxquels elle ne comprenait rien ne lui ont jamais parlé du méthanethiol, produit par la décomposition des matières organiques, tout particulièrement les algues au sens large, incluant le phytoplancton, et les bactéries contenues dans l’eau de mer.

Ce composé organosulfuré (formule CH3SH) sent la pourriture, et jusqu’alors on lui connaissait seulement l’utilité de « parfumer » le gaz domestique pour alerter en cas de fuites. On découvre maintenant son impact refroidissant sur le climat, qui s’avère être d’une ampleur insoupçonnée, en particulier au-dessus des océans. Et on commence à le mesurer.

Des chercheurs ont quantifié pour la première fois les émissions océaniques mondiales de méthylmercaptan, autre nom du méthanethiol. Mettant en évidence le rôle de l’océan mondial dans le changement climatique. Vers le froid. Et non pas vers le chaud !

De subtiles interactions qui échappent aux cuistres du GIEC

Les océans ne se contentent pas de capter et de redistribuer la chaleur du soleil, via les courants thermohalins et les vents saisonniers tels que les alizés et les moussons. Ils produisent aussi des gaz se diffusant en aérosols, avec des effets climatiques immédiats. En éclaircissant les nuages épais qui emprisonnent la chaleur, donc en atténuant le fameux effet de serre qui impressionne tant les ignares et les gobe-mouches.

La super star de ces gaz refroidissants est précisément le méthanethiol. Les chercheurs n’ont mesuré cette substance que récemment, car celle-ci est volatile comme un pinson, et ne doit sa relative densité qu’à un renouvellement permanent. Une étude exhaustive, publiée le 27 novembre 2024 dans la revue «Science Advances» est la première à quantifier ces émissions de sous-produits organiques essentiellement d’origine océanique.

Confirmant une hypothèse selon laquelle le plancton vivant à la surface des mers produit du soufre sous la forme d’un gaz, le sulfure de diméthyle, qui est le plus abondant composé biologique présent dans l’atmosphère. Où il s’oxyde et forme des particules groupées en aérosols. Amplifiés lorsque celles-ci s’agrègent pour participer à la formation de nuages fins.

Ces nuages accroissent l’albédo ou pouvoir réfléchissant de la terre, renvoyant une partie du rayonnement solaire vers l’espace et réduisant ainsi la chaleur retenue par l’atmosphère de la Terre. On parle de « bilan radiatif négatif ».

La planète se refroidit lentement grâce aux océans

Les auteurs de l’étude ont intégré les émissions marines de méthanethiol dans plusieurs modèles climatiques convergents, afin d’évaluer leurs effets sur le bilan radiatif de la planète. Partout présent, l’impact radiatif est plus notable dans l’hémisphère Sud, qui possède davantage de surfaces océaniques qu’au Nord de l’équateur.

Mais les cancres las du GIEC ne veulent rien entendre, et ils continueront sans doute longtemps à nous asséner leur pseudo-science. Alors que nous observons depuis des décennies que, dans le Pacifique Sud, les atolls dont le GIEC avait prédit en 1995 la submersion vers 2020, se maintiennent et se renforcent, tandis que le climat se refroidit.

Le cycle du soufre dans la formation des nuages, avec leur incidence sur les climats, dépend aussi des coraux qui vivent en symbiose avec de nombreuses espèces marines. Grâce au léger réchauffement climatique de 1,2° C depuis 1860, terminé aujourd’hui, les coraux ont produit dans les eaux chaudes plus de DMSP (diméthylsulfoniopropionate) que le plancton, favorisant la nébulosité en servant de noyau de concentration.

L’acidification des océans néfaste aux coraux aurait pu favoriser le réchauffement annoncé, mais à l’heure actuelle, le corail se régénère. Sa surface et son volume l’emportent sur les madrépores morts.

Les mensonges sur le Sahara

Une simple extrapolation des courbes de température et d’hygrométrie depuis 1950 ne portait pas à l’optimisme. Mais aucune suite de données récentes ne venait étayer les affirmations du GIEC, sinon des citations partielles et partiales cueillies dans une obscure étude publiée par un « Institut du Développement Durable » que personne ne connaissait. Une entité canadienne en quête de subventions, dont la communauté scientifique ignorait les travaux… Avec à sa tête un Marocain autoproclamé climatologue, auquel la justice de son pays s’intéresse.

Cet individu qui n’a aucune qualification scientifique prétend étudier les risques de sécheresses au Maghreb jusqu’au Sahel. Il ne s’agit en aucun cas de recherches documentées sur la zone, mais d’études de scénarios locaux, destinés à être vendus sous forme de conseils climatiques aux entreprises.

En outre, les observations satellitaires montrent que si le Sahel ne verdit pas comme la Normandie, la désertification s’est arrêtée et les cultures regagnent du terrain du fait d’une augmentation des précipitations et des progrès dans les techniques agricoles pilotées par la FAO. Mais ces informations sont superbement ignorées par le GIEC, de même que les photos de National Geographic montrant qu’en Tunisie et en Égypte, on réoccupe des zones de culture qui font reculer la désertification. En irriguant et en amendant la terre.

Le Sahara redevient comme avant

Il y pleut, l’eau ne s’écoule plus uniquement au cours d’oueds éphémères, mais s’accumule dans des gueltas, cuvettes de retenue qui se forment ou s’agrandissent, s’ajoutant aux exsurgences artésiennes. Il faut noter qu’il y neige aussi, de plus en plus fréquemment, depuis quelques années. Et des phénomènes climatiques semblables touchent les déserts d’Arabie, d’Arizona et d’Australie.

Les climatologues agréés, les seuls qui ont le droit de s’exprimer dans les médias, expliquent ces pluies et ces coups de froid par le réchauffement climatique ! Auquel certains de ces bouffons attribuent aussi les activités sismiques et volcaniques en hausse.

Le Sahara n’a pas toujours été un désert aride, hostile et figé. Il y a plusieurs milliers d’années, cette région connaissait des paysages verdoyants avec des forêts, des lacs et des rivières où la vie prospérait. En témoignent des fresques rupestres du néolithique dont celles du Tassili N’Adjer sont les plus remarquables.

Entre 11 000 et 5 000 avant notre ère, des changements dans l’orbite terrestre ont augmenté la quantité de rayonnement solaire reçue tandis que s’intensifiaient les moussons africaines, créant des conditions favorables à une végétalisation du Sahara qui a influencé le climat de l’hémisphère Nord.

L’un des mécanismes identifiés concerne la circulation de Walker, un système de boucles d’air qui décale vers l’Ouest les flux atmosphériques nés sous les tropiques, réorganisant les jet streams en altitude dans l’Atlantique Nord. Avec pour effets d’apporter à l’Europe occidentale des hivers plus froids et des étés plus chauds, tandis que l’Europe centrale se réchauffe toute l’année. Le bassin méditerranéen devenant plus sec, et l’Asie continentale recevant de précipitations accrues.

Un autre effet de l’humidification a été la réduction des poussières désertiques, de l’ordre de 80 %. Avec une surface végétalisée plus sombre, l’albédo du Sahara passait de 0,30 à 0,15, amplifiant le réchauffement tropical et favorisant le recyclage de l’eau dans l’atmosphère vers le Nord.

Aujourd’hui, le Sahara semble retrouver des zones verdoyantes. Des corridors végétalisés émergent, transformant l’écosystème et offrant de nouvelles opportunités à la biodiversité dans cette région longtemps considérée comme inhabitable. Des scientifiques étrangers au GIEC observent des évolutions qui semblent répéter celles vécues auparavant. Jusqu’à la sécheresse de 5000 BP (before present), poussant vers l’Est les chasseurs cueilleurs et les éleveurs nomades, qui s’installeront dans le delta du Nil. Amorçant les débuts de la civilisation pharaonique.

Christian Navis

https://climatorealist.blogspot.com/

https://ripostelaique.com/le-giec-avait-tout-faux-les-oceans-refroidissent-et-le-sahara-reverdit.html

vendredi 22 novembre 2024

Le Sahara cesse de se désertifier. Et les semeurs de panique se plaignent

 

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Source: https://electomagazine.it/il-sahara-ferma-la-desertificaz...

L'important est de créer la panique. Peu importe comment, même au prix de l'effacement de l'histoire et de l'actualité. Le nouveau drame, pour la télévision et les journaux, ce sont les pluies dans le Sahara, qui redevient vert.

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On ignore donc les gravures rupestres qui montrent que le désert actuel était autrefois habité et peuplé d'animaux même de grande taille qui pouvaient s'abreuver à de nombreux ruisseaux.

Patience, l'histoire n'est qu'une option facultative pour de nombreux vulgarisateurs et communicateurs. Mais l'actualité est aussi une inconnue. Car l'année dernière encore, on se plaignait des retards dans la construction de la Grande Muraille Verte, le grand projet qui doit aboutir d'ici 2030 à la construction d'un mur de 8000 km de long à travers 11 pays africains et de 15 km de large dans la zone au sud du Sahara, pour éviter l'expansion du désert. Un projet chiffré à 33 milliards de dollars dont 14 milliards ont déjà été investis.

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Et les images de ces jours-ci montraient une partie du travail accompli, puisqu'on pouvait voir les arbres plantés régulièrement aux distances prévues. Ce qui n'était pas prévu, c'était les pluies de cette année, qui ont fait pousser de l'herbe autour des plantes et qui a redonné vie aux lits des rivières d'autrefois.

Dans la pratique, la Grande Muraille Verte devient une réalité, démentant le catastrophisme des années précédentes où l'on craignait l'échec du projet.

Il y aurait alors lieu de se réjouir. Au lieu de cela, on sème la panique à propos des pluies excessives qui pourraient mettre en péril les barrages et provoquer des inondations dans les villages. Pas un seul des catastrophistes pense qu'un barrage peut être renforcé ou même refait. Que l'eau, c'est la vie, qu'elle permet aux hommes et aux animaux de se désaltérer, qu'elle sert à irriguer les terres. De l'eau de pluie plutôt que des puits de plus en plus chers et de plus en plus profonds. Il n'en est pas question. La pensée unique obligatoire a besoin de panique, pas de célébration. Au prix d'aller détruire toutes les gravures rupestres, de peur que quelqu'un ne découvre que le Sahara fut jadis vert.

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Augusto Grandi

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/11/18/le-sahara-cesse-de-se-desertifier-et-les-semeurs-de-panique-se-plaignent.html

jeudi 12 septembre 2024

Panique chez les réchauffistes : le Sahel et le Sahara sont sous les eaux !

 

Après la mise en évidence du refroidissement de l’Atlantique équatorial à une vitesse jamais mesurée depuis le début des relevés océaniques en 1982, les réchauffistes connaissent ces temps-ci un deuxième épisode de panique : le Sahel et le Sahara sont sous les eaux ! Que nos réchauffistes se calment : il s’agit d’un phénomène cyclique bien décrit par les vrais spécialistes du monde intertropical

En 1992, deux des plus grands climatologues tropicalistes mondiaux, les Français Yves Tardy et Jean-Luc Probst, expliquaient que la raison de l’alternance des cycles sécheresse-pluies au Sahel est due aux variations du « front intertropical » :

« Le climat en Afrique suit la position du FIT (Front Intertropical) ou ITCZ (Intertropical Convergence Zone). On peut distinguer deux scénarios :

1) Lorsque le FIT est maintenu en position méridionale, soit parce que les polaires mobiles, originaires du Pôle Sud, sont moins actifs que de coutume, soit parce que leurs homologues septentrionaux venus du Pôle Nord sont au contraire plus longtemps et plus fortement actifs, le déficit pluviométrique est généralisé sur le Sahel d’Afrique de l’Ouest (…) C’est le cas des années 1942,1944,1948,1970,1971,1972 et 1973. Cette situation se lit très bien sur la courbe de fluctuations des fleuves Sénégal et Niger (…).

2) Lorsque le FIT remonte haut vers le Nord sous la poussée des anticyclones mobiles originaires du Pôle Sud, on enregistre un excédent pluviométrique sur l’Afrique sahélienne de l’Ouest (…).

Ainsi, avec les mouvements du FIT qui sont sous l’influence de la montée vers le Nord des masses d’air polaire venant du Pôle Sud ou de la descente vers le Sud des masses d’air polaire venant du Pôle Nord, on saisit aisément la relation qui peut exister entre les fluctuations de température et celles de l’humidité, ainsi que l’effet de compétition entre Hémisphère Nord et Hémisphère Sud » (Tardy et Probst, 1992 :26).

Les recherches actuelles ont intégré les variations du FIT dans la longue histoire des cycles climatiques saharo-sahéliens, ce qui permet de disposer d’un éclairage sur plus de deux millions d’années ainsi que  le démontre Mathieu Dalibard (2011) dans sa thèse consacrée aux changements climatiques africains.

Selon Dalibard, le climat africain varie selon trois grands cycles :
1) Les cycles dépendant de la variation de l’orbite terrestre, ou « cycles de l’excentricité », fluctueraient entre 400 000 et 100 000 ans.
2) Les cycles dépendant de l’inclinaison de l’axe terrestre, ou « cycles de l’obliquité », fluctueraient entre 54 000 et 41 000 ans.
3) Les cycles dépendant de la variation de l’axe de rotation de la Terre, ou « cycles de précession », fluctueraient entre 23 000 et 19 000 ans.

Cette succession de cycles, par définition indépendants de toute activité humaine, permet de comprendre pourquoi, il y a plusieurs centaines de millions d’années, le Sahara et le Sahel furent recouverts par un glacier, puis par l’océan. Pourquoi, il y a cent millions d’années, ce fut une immense forêt équatoriale humide parcourue par des dinosaures avant de lentement se transformer en une forêt tropicale, puis en une savane arborée.

Plus près de nous, ce mouvement climatique de longue durée, tendant depuis 5 000 ans vers l’assèchement, fut entrecoupé de rémissions ayant donné naissance à une succession d’épisodes secs et humides à travers lesquels se fit la mise en place des populations.

Le XXe siècle a connu quatre grandes sécheresses entre 1909 et 1913, entre 1940 et 1944, entre 1969 et 1973, et entre 1983 et 1985 (Retaille, 1984 ; Ozer et alii, 2010 ; Maley et Vernet, 2013). Au cours des années 1960, période « chaude », la pluviométrie en augmentation fit brièvement remonter la zone sahélienne vers le nord, ce qui se traduisit par un recul du désert. Et pourtant, nous étions alors au pic de l’industrialisation mondiale et des pollutions qui en découlent.

Ensuite, à partir des années 1970, la pluviométrie décroissant, le désert s’étendit donc de nouveau et le Sahel se rétracta, les isohyètes moyennes descendant de 100 à 150 kilomètres vers le Sud. Les conséquences de ce nouveau cycle sont actuellement aggravées, mais non causées, par la pression démographique sahélienne.

Pour l’étude détaillée de ces épisodes climatiques saharo-sahéliens mouvants, on se reportera au livre de Bernard Lugan Histoire du Sahel des origines à nos jours.

Source : L’Afrique réelle, la lettre mensuelle par  Internet de Bernard Lugan.

Henri Dubost

https://ripostelaique.com/panique-chez-les-rechauffistes-le-sahel-et-le-sahara-sont-sous-les-eaux.html

mardi 1 août 2023

Histoire de Sahel (Bernard Lugan)

 

Bernard Lugan est bien connu de nos lecteurs. Cet africaniste de renom, ancien professeur à l’Ecole de Guerre et à l’ESM de Saint-Cyr Coëtquidan, dirige la revue L’Afrique réelle et est l’auteur de nombreux livres, essentiellement consacrés au continent africain. Il vient de publier aux éditions du Rocher une Histoire du Sahel, des origines à nos jours.

Lorsque l’on entend aujourd’hui parler du Sahel, cela nous renvoie aux guerres islamo-mafieuses qui s’y déroulent depuis les années 2000. En guerre depuis les indépendances (conflits du Tchad, du Soudan, guerres touareg du Mali et du Niger), l’espace sahélien s’est de nouveau embrasé à partir des années 2010, quand, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Nigeria, au Tchad et au Cameroun, l’islamisme s’est opportunément greffé sur un conflit latent nord-sud, résurgence des anciennes oppositions ethniques régionales avec, en arrière-plan, la tension entre agriculteurs et pasteurs.

En 2012, après les guerres des années 1963-2009, à la permanence de l’irrédentisme touareg, donnée régionale de longue durée, s’est greffé l’islamo-djihadisme qui a changé la nature d’un conflit aux causes originellement identitaires. Cette guerre a ensuite débordé de l’Azawad au Macina pour s’étendre au Niger et au Burkina Faso, à travers une ethnicisation opposant certains Peul, suspectés de constituer le vivier des djihadistes, aux Dogon, aux Mossi, aux Djerma et aux autres peuples sédentaires de la région.

Dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels massacres ethniques découlent ainsi d’abord de conflits datant de la fin du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle, quand la région fut conquise par des éleveurs peul dont l’impérialisme s’abritait derrière la paravent du djihad.

Si l’ouvrage de Bernard Lugan est donc indispensable pour comprendre la complexité géopolitique de la région, s’est aussi parce qu’il remonte aux sources de l’histoire des peuples du Sahel, en y ajoutant les éléments géographiques nécessaires à la bonne compréhension des faits.

Car le Sahel est, selon l’expression de Lugan, le domaine du temps long dans lequel l’affirmation d’une constante islamique radicale est périodiquement  le paravent des intérêts ethniques, économiques et politiques. Ainsi, au XIe siècle, derrière ses grandes proclamations de foi purificatrice, le djihad des Berbères Almoravides visait également l’or du Ghana au sud et les riches cités marchandes marocaines au nord. Au XVIIIe siècle, les djihad des Peul furent d’abord des entreprises de destruction des chefferies sédentaires auxquelles ces pasteurs étaient alors soumis. Au XIXe siècle, le mahdisme soudanais et son appel à la guerre sainte masquaient une volonté de contrer l’impérialisme égyptien qui faisait courir un danger mortel au commerce esclavagiste régional. La parenthèse coloniale dura moins d’un siècle, ouverte dans les années 1890 et refermée dans la décennie 1950, avec pour conséquence que les entités nordistes qui résistèrent à la colonisation furent militairement défaites au profit des populations qu’elles dominaient. La décolonisation qui suivit acheva de perturber en profondeur les équilibres politiques régionaux car les délimitations administratives coloniales devinrent des frontières d’Etats à l’intérieur desquelles, comme ils étaient les plus nombreux, les sudistes l’emportèrent politiquement sur les nordistes, selon les lois immuables de l’ethno-mathématique électorale. La conséquence de cette situation fut que, dans tout le Sahel, notamment au Mali, au Niger et au Tchad, les Touareg et les Toubou qui refusaient d’être soumis à leurs anciens tributaires sudistes se soulevèrent. Alors que dans le sud du Soudan, ce furent les anciennes victimes sudistes qui refusèrent la soumission à leurs anciens bourreaux esclavagistes nordistes.

Histoire du Sahel, Bernard Lugan, éditions du Rocher, 222 pages, 20,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/histoire-de-sahel-bernard-lugan/170368/

dimanche 24 juillet 2022

Charles de Foucauld, biographie (Pierre Sourisseau)

 

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Pierre Sourisseau, archiviste de la cause de canonisation, multiplie depuis trente ans les articles et les conférences au sujet de Charles de Foucauld.

Le 1er décembre 2016, il y aura tout juste cent ans que Charles de Foucauld mourait assassiné à Tamanrasset, victime d’un guet-apens. Ce personnage de l’histoire de France et de l’Eglise est fascinant. Ce livre est une étude chronologique de sa destinée hors du commun.

L’enfant, l’étudiant, le militaire, le civil, l’éminent spécialiste du monde touareg, le trappiste, l’ermite frère Charles domestique d’un couvent en Palestine, et enfin le prêtre missionnaire. De l’enfant de Strasbourg au Père de Foucauld du Sahara, nous suivons ses traces, son cheminement. Les très abondantes citations des Ecrits spirituels et de la Correspondance de Charles de Foucauld viennent permettre au lecteur de l’approcher au plus près.

Il s’agit d’une véritable somme qui aborde tous les détails, parfois inédits, de l’existence de Charles de Foucauld et fait appel aux sources les plus complètes pour dresser un portrait fidèle de ce serviteur de Dieu.

Charles de Foucauld, Biographie, Pierre Sourisseau, éditions Salvator, 720 pages, 29,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/charles-de-foucauld-biographie-pierre-sourisseau/57596/

vendredi 29 octobre 2021

L’empire des sables – La France au Sahel (Emmanuel Garnier)

 

Emmanuel Garnier, directeur de recherche au CNRS, est par ailleurs professeur et chercheur invité aux universités de Cambridge, de Genève et au MIT.

Ce spécialiste de l’histoire des risques naturels s’interroge dans ce livre sur la pugnacité et la foi de cette poignée d’hommes des troupes de marine qui, durant près de cent ans, veilla « au salut de l’Empire » sur ces terres hostiles et mal connues du Sahel, où la notion même d’Etat relevait de la plus parfaite incongruité pour des populations locales adaptées depuis des siècles à leur milieu et jalouses de leur indépendance.

Pourquoi tant d’énergie mobilisée alors même que ce désert ne révéla son intérêt économique que dans les années qui précédèrent la décolonisation ? Et encore, il convient de souligner qu’il se limitera à la découverte de gisements d’uranium au Niger et d’hydrocarbures dans le Sud algérien.

Nonobstant, même s’il n’abritait guère que 2% de la population africaine sous pavillon français dans les années 1940, l’espace des méharistes et des médecins coloniaux français évoqué ici n’est pas pour autant le désert des Tartares du lieutenant Giovanni Drogo. Ici, les risques ne sont pas attendus comme un but ultime, susceptible de donner du sens à une vie de soldat. Dans les forts sahariens, les risques sont vécus au quotidien sous des formes multiples, allant des rezzous aux campagnes médicales à dos de chameaux d’une communauté nomade à l’autre durant des jours, en passant par d’harassantes reconnaissances topographiques d’un espace ayant vocation à devenir un territoire impérial.

A contre-courant de notre démocratie moderne qui érige en valeur absolue le principe de précaution, vu comme le signe tangible d’un modèle de sécurité pour les citoyens, les troupes françaises qui œuvrèrent dans les zones inhospitalières du désert durant près d’un siècle firent la démonstration de leur capacité à acquérir les connaissances et les gestes nécessaires à une réduction maximale des risques.

Loin de chercher à les réduire au point de vouloir les esquiver pour ne pas exposer les hommes aux dangers imprévisibles des combats, les coloniaux surent au contraire les rendre acceptables en cultivant une éthique de l’action qui, de la phase de conquête à la paix nazaréenne, demeura leur apanage, sachant parfaitement que le risque réfléchi est une promesse de victoire et un critère de succès tactique.

L’empire des sables, Emmanuel Garnier, éditions Perrin, 400 pages, 23 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/lempire-des-sables-la-france-au-sahel-emmanuel-garnier/87845/

lundi 8 mars 2021

Luttes mémorielles

  

Les monstrueux déséquilibres du rapport Stora… comme la panthéonisation de Gisèle Halimi… comme les diverses déclarations scandaleuses du chef de l'État… tout cela s'additionne pour aggraver les tendances systématiques à la culpabilisation de la France.

De tels messages désastreux de repentance, de division et de dénigrement du pays, que lance presque chaque jour la Macronie, avant de se raviser le lendemain, pourraient bien, plus encore que l'impopularité de certaines mesures concrètes, coûter sa réélection en 2022 au vainqueur de l'élection de 2017.


Honneur par conséquent aux rares élus responsables, tel, dernièrement Louis Aliot maire de Perpignan, manifestant le courage de dénoncer clairement les crimes commis en Algérie, avant et après 1962, par les ennemis de la France et de son armée.

On jette souvent la pierre aux observateurs qui osent associer l'immigration illégale et l'insécurité résultant de la violence grandissante de certaines cités, l'islamisme radical et le terrorisme. On a même inventé, pour disqualifier ce double constat statistique, pourtant trivial, de faux concepts tel celui d'islamophobie. Hélas, celui-ci ne fait pas seulement fureur à la section UNEF grenobloise de Sciences Po.

On pourrait et on devrait considérer plus encore un autre lien. Il fonctionne à merveille entre, d'une part les campagnes de mensonges antinationaux, colportés à la fois par les médias, par la parole officielle, et par une partie du corps enseignant et, d'autre part, la haine que leurs discours attisent dans l'esprit de milliers de jeunes issus de l'immigration, à l'endroit de nos compatriotes. Ce phénomène est évidemment amplifié par les modes artificielles qui se disent désormais "décoloniales", "intersectionnelles", et autres barbarismes destructeurs.

Au travers de l'affaire de la liquidation de Boumendjel, on cherche rétrospectivement à exonérer de son caractère sanguinaire et à glorifier la lutte du FLN à l'époque de la bataille d'Alger. On gagnerait plutôt à rappeler simplement les faits.

C'est un gouvernement socialiste, présidé par Guy Mollet qui envoya le contingent en Algérie, pour y rétablir l'ordre. C'est bien la Quatrième république qui avait ainsi fait voter en mars 1956 les pouvoirs spéciaux, avec le blanc-seing du PCF. Le même ministère missionna l'armée pour effectuer, en janvier 1957, des tâches de police dans la Casbah d'Alger. Le ministre de la Justice s'appelait Mitterrand. Il ne semble pas s'être interrogé sur les méthodes d'investigation. Les terroristes mettaient alors la ville à feu et à sang, par des attentats aveugles particulièrement cruels et spectaculaires.

Or, cette dure bataille fut victorieuse pour les Français.

Si l'on souhaite se réconcilier aujourd'hui, avec une Algérie ruinée depuis 1962 par ses dirigeants, du fait de la gestion désastreuse de son indépendance et de la rente du Pétrole que la France avait découvert dans le Sahara, encore faudrait-il que la mafia, corrompue et incapable, issue du FLN, accepte, elle-même de reconnaître les faits criminels commis aussi bien contre les Européens et contre les Musulmans.

Ce mois de mars 2021 va bientôt offrir l'occasion de rappeler au contraire à la mémoire européenne le bicentenaire de ce qui était ressenti comme la juste lutte de chrétiens soumis au joug islamique de l'Empire ottoman.

La date du 25 mars 1821 est en effet considérée comme point de départ de la Guerre d'indépendance grecque, au point qu'elle est commémorée à Athènes comme fête nationale. Le caractère libérateur de ce soulèvement mérite d'être souligné. Fondée sur la loi coranique, la condition de tous les sujets chrétiens de l'Empire restait juridiquement inférieure à celle des musulmans sunnites commandés par les sultans-califes de Constantinople. Cette situation, en dépit de certaines tentatives apparentes ou avortées de réformes, telle le Nizam-i djedid promulgué en 1792 par Sélim III, n'avait pu évoluer depuis la date tragique de 1453 où Mehmet II s'était emparé de la Ville, abandonnée par l'occident.

Depuis le XVIIe siècle dans certaines régions montagneuses comme l'héroïque Souli en Épire, mais aussi dans les îles, ou dans des provinces éloignées comme le Magne au sud du Péloponnèse, et plus librement encore en Diaspora, les populations chrétiennes réfractaires s'organisaient.

De longue date, les provinces roumaines de Moldavie et Valachie jouissaient d'une relative autonomie sous la direction d'une aristocratie grecque de Constantinople.

En 1774, le traité de Kutchuk-Kaïnardji donnait le signal d'une profonde crise de la puissance turque, en recul dans tous les domaines, sauf celui de l'oppression. C'est de cette date que l'on fait partir traditionnellement la question d'Orient.

En 1804, c'est la Serbie orthodoxe qui, la première dans les Balkans, entreprend un soulèvement victorieux. Elle mettra fin en 1813, à une occupation de plus de 300 ans.

À la même époque l'Albanais Ali Tepeleni pacha de Janina, pour conquérir son autonomie n'hésite pas à recourir alternativement, contre le sultan, à l'appui de combattants chrétiens de l'Épire.

C'est donc tout naturellement que la date symbolique choisie pour l'appel à la lutte pour la liberté, fut une fête chrétienne, celle de l'Annonciation, et qu'elle fut lancée par Germanos archevêque de Patras.

Le romantisme européen, toutes nuances confondues, s'est alors investi dans le philhellénisme. Le poète anglais Byron le paya de sa vie en 1824. C'est en soutien à cette cause que Delacroix en 1824 et 1826 peignit ses deux chefs-d’œuvre bien connus, sur les Massacres de Chio et la Grèce expirante sur les ruines de Missolonghi. Appelant en France à se mobiliser aux côtés des Grecs opprimés, ce mouvement avait été largement annoncé dès 1811, au nom d'un christianisme qui n'hésitait pas à se dire conservateur, par Chateaubriand dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem.[1]

Aujourd'hui c'est l'Europe entière qui se révèle captive. Elle ne subit peut-être pas toujours le joug de conquérants visibles. Mais ses dirigeants acceptent et nous imposent des chaînes et des censures de plus en plus repérables. Comment dès lors ne pas saluer tous ceux qui formulent le vœu, éventuellement romantique, de s'en libérer et qui agissent pour s'en affranchir.

JG Malliarakis  

Apostilles

[1] On retrouvera ces pages dans le petit recueil publié sous le titre "Le Moment conservateur"

https://www.insolent.fr/2021/03/luttes-memorielles.html

vendredi 22 mai 2020

Conrad Kilian, "inventeur" du pétrole saharien

Jusqu’où montera le prix du pétrole ? Aux États-Unis, le prix du baril qui était resté stable à 5 dollars de 1920 à 1970 quand il atteignit 10 puis 40 $ a dépassé en novembre les 93 $ et pourrait bientôt passer le cap des 100. Même envolée en France où, malgré le cours très élevé de l'euro, pour une fois avantageux, le prix d'un litre d'essence sans plomb oscille entre 1,30 et 1,40 €. Ce qui a de très lourdes répercussions sur le niveau de vie des ménages et l'économie en général. Alors que pour la France, comme pour le Royaume-Uni et la Norvège - pour s'en tenir à l'Europe -, l'or noir aurait pu devenir une richesse nationale. Encore aurait-il fallu pour cela ne pas signer en mars 1962 les Accords d'Evian qui livraient l'Algérie au FLN rendant impensable une durable présence française au Sahara. Mais même avant cela, que d'occasions perdues... et de drames !

Un géologue de génie

Au mois de novembre 1955, des prospecteurs français mettaient au jour le gisement pétrolier d'Edjelé au sud de Ghadamès, non loin de la frontière algéro-libyenne et, en août suivant, le gisement d'Hassi Massaoud, aux environs d'Ouargla, dans le sud algérien.

Or, cinq ans plus tôt, en avril 1950, était mort misérablement à Grenoble, dans le plus grand dénuement moral et matériel, celui qui, le premier pressentit l'existence du pétrole dans le Sahara oriental : un certain Conrad Kilian - dont le nom, un moment célèbre, est aujourd'hui presque entièrement inconnu du public français.

Conrad Kilian, né en 1898 dans l'Ardèche, fils d'un savant géologue, professeur de la Faculté des Sciences de Grenoble et arrière petit-fils du paléontologiste Georges Cuvier et du révolutionnaire Boissy d'Anglas qui présida la Convention Nationale, a été l'un des explorateurs les plus étonnants de notre époque et, en même temps, un géologue de génie.

Doué d'une intuition scientifique extraordinaire dès son enfance, Kilian n'a que 24 ans lorsqu'il participe, un peu par hasard, à une expédition destinée à retrouver le fabuleux trésor des Garamantès - ces antiques nomades libyens possesseurs d'émeraudes - dont parle Hérodote. On ne trouva aucun trésor, ni aucune de ces pierres légendaires mais le jeune géologue profite de cette randonnée dans la région du Tassili des Ajjers pour étudier et comprendre la structure du Sahara. Il montre que celui-ci, par son socle précambrien (c'est-à-dire formé des roches les plus anciennes du globe) et par les sédiments qui l'ont recouvert, n'est autre que le prolongement de la péninsule arabique et, comme elle, a été occupé par une mer lagunaire. D'où sa vocation pétrolière.

« L’explorateur souverain »

À l'issue de cette première campagne de 1922, il présente au Congrès géologique internationale de Bruxelles une communication intitulée « Essai de synthèse de la géologie du Sahara sud-constantinois et du Sahara central », qui fait sensation dans le monde scientifique, et le classe, d'un coup, parmi les savants. Quelques années plus tard, il publie un ouvrage « Au Hoggar, Mission de 1922 », où il confirme sa conviction qu'il existe des gisements d'hydrocarbures dans cette zone.

Puis, à plusieurs reprises, il repartira au Sahara où il réussira, en 1927-28, en 1936, en 1943, de longues et fructueuses expéditions à dos de chameau (des "méharées") qui feront l'admiration et aussi exciteront la jalousie des Sahariens chevronnés.

Ayant obtenu une mission de l'Institut de France, il peut réaliser son rêve : parcourir les confins algéro-libyens, région pratiquement inconnue. Le 4 avril 1927 il quitte Tamanrasset (chef-lieu du Hoggar) en compagnie de deux Touareg, dans l'intention de traverser une partie du Ténéré surnommé le « désert des déserts ».

Kilian entreprend ensuite la deuxième partie de sa mission. Cette fois, il s'agit de traverser le Ténéré dans sa plus grande largeur : 800 kilomètres d'une marche épuisante, jusqu'à l'oasis de Toummo, à cheval sur la frontière libyenne. Il en suit le tracé vers le nord, touche In Ezzane et pousse une pointe en territoire fezzanais. À Ghat, l'aménokhal (le grand chef) des Touareg, Ajjer, lui propose de s'établir dans cette localité et de devenir le seigneur du Fezzan. Refus de Kilian, qui ne veut pas être un aventurier mais seulement un explorateur travaillant pour son pays.

Il rentrera à son point de départ, Djanet, après avoir parcouru, en huit mois, quelque 4 000 kilomètres à dos de chameau - ou à pied !

C'est là un magnifique exploit. Mais son attitude orgueilleuse, souvent théâtrale, son goût pour le faste, son caractère ombrageux, son allure seigneuriale - il se présente comme « Explorateur Souverain » et a choisi pour devise « Avec Vaillants, Toujours Kilian » (1) -, dressent contre lui bien des officiers des Affaires sahariennes et certains services officiels. Ses prétentions, ses algarades, ses succès aussi lui font beaucoup d'ennemis parmi la gent française du Sahara, qui le considère comme un illusionniste.

La lutte contre l’indéfférence

À Alger, à Paris, il se démène pour faire triompher ses idées et alerter les autorités gouvernementales. Il se débat contre l'indifférence et le scepticisme. En juillet 1930, cependant, il parvient à forcer les portes de l'Elysée pour exposer au président Doumergue (dont il a donné le nom à une chaîne de montagnes au sud-est de Tassili - les « Monts Doumergue ») les grandes lignes de son action et l'importance, pour l'Afrique française, de ces confins libyens qu'il vient de parcourir, avec quelle passion !

Aussi bien le problème est-il d'actualité. Des tractations sont en cours entre Paris et Rome car l'Italie du Duce est sur le point de réoccuper la Tripolitaine. À la fin de 1930, les Italiens installent à Ghat un détachement militaire.

Au début de 1936, après un long séjour en métropole, Kilian prend à nouveau le départ vers le Sud. Il s'agit encore une fois d'étudier ces fameux confins et de reconnaître les ressources et sans doute les richesses du sous-sol saharien et fezzanais. Il a bien reçu une mission officielle mais c'est lui qui devra subvenir à presque tous les frais de l'expédition !

De Tamanrasset, il marche vers l'est, en direction de Toummo, la plupart du temps à travers le désert de sable. Et encore une fois, il y trouvera un puits, sur lequel il comptait, "bouché" non par le sable mais par la main de l'homme. Sur l'ordre de qui ? Il découvrira dans certains régions du Tassili un ensemble d'admirables gravures rupestres représentant souvent des animaux (bœufs, chevaux, gazelles, rhinocéros, poissons même) ou des scènes de chasse ou de guerre qui prouvent que le Sahara n'a pas toujours été un désert inhospitalier et dépourvu de rivières.

La dernière expédition

Bientôt ce sera la guerre en France, le deuxième conflit mondial. Le lieutenant d'artillerie Kilian se distingue à la défense du Quesnoy. Prisonnier, il sera libéré au titre de combattant de 1914-18. Il n'a de cesse de retourner vers son désert.

Dès le mois de janvier 1943, il entreprend une nouvelle campagne ce sera la dernière... Parti d'Agadès, dans le nord du territoire du Niger, il remonte vers le vaste massif d'Aïr, qu'il explore et étudie au point de vue géologique. Il y rencontre d'ailleurs un groupe de prospecteurs étrangers qui s'intéressent à un gisement de wolfram (minerai qui procure du tungstène, très précieux pour l'industrie). A-t-il découvert là une activité qui aurait dû rester secrète ?

Rentré à Tamanrasset, il est reçu par le chef de l'Annexe, le capitaine Florimond. Mais il tombe gravement malade, présentant tous les symptômes d'un empoisonnement par une drogue berbère redoutable et habituellement mortelle, bien connue au Hoggar sous le nom de « bor bor ». Est-ce un acte criminel ? Ne se sentant plus en sécurité, il quitte la ville clandestinement, malgré son état, à bord d'un camion qui rejoint le Tell. Soigné à Alger il se remet, mais se ressentira toujours de cette violente intoxication.

Convalescent à Alger, où il résidera jusqu'à la fin de la guerre, il est sollicité par des représentants de compagnies pétrolières étrangères pour reprendre la tête des recherches à effectuer au Sahara et en Libye. Il repousse la proposition mais, dès ce moment, il se prétendra poursuivi par les agents de l'Intelligence Service. Et il pense que l'atmosphère de Paris lui conviendra mieux que celle d'Alger où grenouillent tant d'aventuriers.

Dans la capitale, il fait le tour des ministères pour attirer l'attention sur la nécessité de conserver les richesses minières du Fezzan, qui est alors occupé par les Français. Il écrit au président du gouvernement provisoire au mois d'août 1945. Il voudrait que la France conservât le Fezzan, avec un débouché sur la Méditerranée par le golfe libyen de la Grande Syrte.

« Le Fezzan conquis par Leclerc, déclare Kilian, doit rester sous obédience française. Il est possible de le faire car personne ne sait encore l'énorme réservoir de naphte que constitue le Fezzan Syrtique » c'est en effet, dans cette région que se trouvent actuellement les puits les plus riches.

Un inexplicable accident

Or, en novembre 1947 on apprend que l'avion qui transportait le général Leclerc et plusieurs officiers de son état-major s'est écrasé contre le ballast de la voie ferrée Oran-Kenadza, à quelques kilomètres de Colomb-Béchar. On accuse la météo, une tourmente de sable, l'imprudence du général...

Mais que croire, alors qu'il a été établi que les conditions météorologiques, sans être bonnes, ne pouvaient empêcher un avion de voler (comme l'ont fait ce jour-là plusieurs autres appareils dans la même région), et que d'autre part, un témoin oculaire a affirmé que l'avion n'a pas éclaté en heurtant le sol, mais qu'il a explosé alors qu'il était encore en l'air ? « J'ai vu une grande lueur blanche qui ressemblait à un soleil… L'avion a pris feu et s'est abattu ! »

Et puis, n'a-t-on pas trouvé, parmi les corps des victimes, le cadavre d'un inconnu, dont certains ont assuré qu'il était un « agent de l'étranger » ? Tout cela reste troublant.

L'accident a été officiellement attribué à la violence du vent mais les initiés ont chuchoté qu'un rapport secret avait conclu à un attentat. Et d'expliquer que Leclerc était, lui aussi, partisan de la réunion du Fezzan au Sahara français.

Deux années plus tard, en 1949, Londres crée le gouvernement de Cyrénaïque, à Benghazi, et l'ONU prévoit la fondation d'un État libyen unifié englobant la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan. L'indépendance de la Libye est proclamée le 25 décembre 1959.

L'oasis de Koufra, que Leclerc avait conquise en 1941 est évacuée en juin 1951   le Fezzan tout entier est abandonné en 1956.

Suicide… ou assassinat ?

En 1956, il y a six ans que Conrad Kilian est mort. Depuis 1945, il vivait maigrement dans un petit logement de la rue du Bac, à Paris. Il n'a jamais cessé de défendre ses idées : il fait encore de multiples démarches il rédige un long rapport, établi en 17 exemplaires, qu'il fait remettre à une quinzaine de personnalités au mois de mars 1947 C'est ce qu'il appelle la « note en prenant congé », qui est une synthèse magistrale de sa doctrine.

S'il a conservé des amitiés fidèles, Kilian se sent entouré d'hostilité. Son appartement a été fouillé on cherchait des documents. Et puis il craint toujours les agissements des services secrets étrangers, qui s'efforcent, dit-il, de détourner la France des pétroles sahariens.

Cédant aux instances de ses amis qui lui conseillent de fuir l'ambiance déprimante de Paris, il s'installe, en décembre 1949, à Grenoble, ville où il a passé son enfance. Il y mène une vie retirée et plus calme. Mais il traîne le désespoir d'être incompris et de n'avoir pas eu le temps et la force d'achever son œuvre.

Or, le 28 avril 1950, il échappe à un accident. Le conducteur d'une voiture automobile inconnue a failli l'écraser en fonçant sur lui, tous feux éteints. Accident ou nouvelle tentative d'assassinat ?

Le lendemain 29 avril, après avoir travaillé à la bibliothèque de la faculté des Sciences et rendu visite à un ami, il rentre à son hôtel vers 21 heures. On entend du bruit dans sa chambre. Et le 30 avril à 8 heures, on découvre un corps inanimé, les yeux fermés et maculé de sang, pendu à l'espagnolette de sa fenêtre.

Suicide ? Comment un homme de lm78 peut-il se pendre à une espagnolette située à 1m 20 du sol ? Et pourquoi une pendaison provoque-t-elle tant de sang ? Tout laisse à penser à un assassinat camouflé en suicide. Kilian n'a-t-il pas déclaré, quelques années auparavant : « Le jour où l'on viendra vous dire que je me suis suicidé, n'en croyez rien. Vous saurez qu'en aucun cas, il n'y aura eu suicide... » ? L'enquête policière conclut cependant à la mort volontaire.

Comme l'a rapporté Euloge Boissonnade dans son livre « Conrad Kilian, Explorateur Souverain » (aux Editions France-Empire), plusieurs témoins dignes de foi ont entendu, quelques semaines après le drame, un major britannique affirmer « Ah oui ! Conrad Kilian, l'homme qui a découvert le pétrole au Fezzan ? L'Intelligence Service s'est occupé de lui. Ce fut du travail bien fait »

Frédéric BARTEL.

(1) Pour marquer en 1975 le 25e anniversaire de la disparition du grand géologue-explorateur, la Monnaie de Paris édita une médaille portant son portrait et, en exergue, sa devise   « Avec Vaillants, Toujours Killian ».

Frédéric martel Écrits de paris mars 2008

mercredi 27 juillet 2011

22 avril 1961 : dernière révolte des centurions avant qu’ils ne deviennent gendarmes

C'était il y a cinquante ans. Un anniversaire que chacun s'empresse, l'ayant essentiellement dénaturé, de repousser dans le trou de l'Histoire. Les gaullistes au premier chef parce qu'il s'inscrit dans le XXe siècle comme l'un des plus honteux de leur Histoire qu'on dira palinodique tant elle est fertile en volte-faces, revirements, apostasies. Disons-le, en trahisons. Ne s'agissait-il pas plutôt d'une rébellion de centurions trahis par un État qui depuis des années les traitait sans égards ni respect, comme il l'eut fait de ses gendarmes ? Or si la vocation du gendarme n'a jamais été de sacrifier sa vie, c'est souvent cela le destin du centurion. Les gnomes d'État ne manquant jamais une occasion de se couvrir de leur gloire.
Pourtant reste à savoir, après un demi-siècle de recul, si les événements de ces quatre jours certes dérisoires mais aux conséquences incalculables sur notre destin, n'ont pas une fois de plus précipité ce peuple et cette armée dans une épouvantable duperie.
« L'Armée a pris le contrôle de l'Algérie et du Sahara... ». Un bref communiqué répété ce samedi 22 avril 1961 sur la radio d'Alger à partir de 7 heures, résume les graves événements de la nuit. Se lève sur la capitale une belle journée, fraîche et légère, comme elles le sont souvent en début de printemps. Une atmosphère de fête frémit sur la ville, parcourue en tous sens par des hommes léopards. Alger a pris l'habitude depuis des années d'accompagner le retour des parachutistes d'espoirs fous. Pendant quelques heures, l'illusion, rapidement dissipée, redonnera corps au fantasme d'un autre 13-Mai venu gommer lâchetés et trahisons.
Une illusion qui ne dura que quelques heures. Des milliers de jeunes pied-noirs regroupés sur tout le territoire, se convainquirent que serait immédiatement appliqué le « plan Salan », dont on connaissait les grandes lignes. Mobilisation des bataillons territoriaux dissous après les Barricades, 13 mois plus tôt, et levée de huit classes sur place afin de remplacer le contingent renvoyé sans perdre de temps en métropole. Les unités « opérationnelles » demeurant pour achever leur travail d'éradication de l'ALN.
C'était oublier que les représentants de la faction civile, installée en Espagne, Lagaillarde, Ortiz, Susini, le général Salan et quelques colonels très “politiques” comme Lacheroy et Gardes, n'étaient pas de la fête si les derniers s'y invitèrent par leurs propres moyens. Le 3 décembre 1960 à Madrid, était née l'Organisation Armée Secrète dont le sigle, OAS, ne deviendra célèbre qu'après la reddition de l'organisateur du Putsch, le général Challe.
Sans doute les généraux Salan et Jouhaud tentèrent-ils de transformer la rébellion militaire en révolution tout court. Ils se heurtèrent à la mauvaise volonté de Challe strictement intéressé par l'achèvement du plan de paix portant son nom : conclure la pacification, détruire le FLN, montrer à De Gaulle que la Guerre d'Algérie pouvait être gagnée dans le djebel. Sauf qu'en Algérie seul le Sahara l'intéressait. Désengagement algérien, retour sur l'Hexagone, tels étaient ses projets. Et surtout la désintégration de cette armée trop politique qu'il s'agissait de remplacer par l'outil professionnel technique qu'elle est devenue aujourd'hui, bras fliqué et docile du Nouvel Ordre Mondial.
UNE ARMÉE DE “QUILLARDS”
Il faudra 24 heures à Challe pour comprendre que la majorité des cadres de l'armée d'Algérie, gardait un œil sur l'échéance de la solde, l'autre sur les tableaux d'avancement. Une vingtaine d'unités d'élite, seulement, pour la plupart appartenant aux 10e et 25e Divisions Parachutistes échappaient à ce désolant schéma.
Deux heures suffirent à Salan pour saisir à quel point le contingent de bidasses hilares, brandissant leurs quilles et leurs slogans communistes, rendait leur tentative suicidaire : toute révolution devrait se faire contre cette troupe et pas avec elle. Parce que l'image lui convint ainsi qu'aux média, De Gaulle s'empressa de l'imputer à son discours du 23 avril. Glorifiant les « 500 000 gaillards et leurs transistors ». Mais, intervention ou pas du général, les comités de soldats contre le fascisme se fussent constitués. Les “putschistes” eux-mêmes étaient divisés en deux camps. Militaires et révolutionnaires. Les premiers, majoritaires, se regroupaient derrière Challe : « Rétablir l'ordre républicain ». Au quatrième jour ils se rendirent, l'honneur était sauf, l'unité de l'armée préservée. Hélie Denoix de Saint Marc, qui commandait par intérim le 1er REP, s'il condamna sa carrière militaire, était de ceux-là. Il n'était pas un soldat politique comme la plupart de ses jeunes officiers et légionnaires. Il expliqua cependant au tribunal qui le jugeait pourquoi il se trouvait devant lui. « On peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir. C'est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer... ». Les seconds, souvent « Français par le sang versé », allèrent beaucoup plus loin que St Marc et furent dans les mois qui suivirent, l'un des bras armés de l'OAS. Dans l'épilogue tragique de la Guerre d'Algérie que fut le « maquis de l'Ouarsenis » où l'armée française pourchassa au coude à coude avec le FLN les derniers combattants de l'OAS que mitraillait l'aviation, un nombre considérable d'entre eux, officiers et soldats, étaient issus du 1er REP.
Derrière Salan, Jouhaud, Vanuxem, Faure (ces deux derniers arrêtés à Paris dès le 22 avril) très impatients de réaliser la symbiose entre population civile et armée révolutionnaire issue des troupes parachutistes et légionnaires, l'organigramme de l'OAS, constitué après le putsch, est un véritable répertoire des techniciens de la guerre subversive qui ont en trois ans détruit le FLN. Lacheroy, Argoud, Godard, Trinquier, Guillaume, Château-Jobert, Dufour, Vaudrey, de Sèze, Roy. Guidés par la haute autorité morale de Jean Gardes et de Joseph Broizat, ce dernier, souvent défini comme un « moine/soldat », docteur en théologie, en sciences et en histoire, jusqu'à ses derniers instants tourmenté par les plus profondes interrogations de l'exégèse humaniste. S'ajoutèrent à eux par dizaines les capitaines et lieutenants les plus brillants. Roger Degueldre, Loustau, Sergent, Souêtre, Bernard, Ponsolle, Labriffe, de la Bigne, Curutchet, Léger, Branca, Montagnon, Godot, Delhomme, Picot d'Assignée, de la Tocnaye, De Condé, Collin, Pouilloux, Kayannakis, le Pivain, Holeindre, de Saint Rémy etc. L'élite des jeunes officiers français d'alors. Pendant près d'une dizaine d'années ne fut-il pas de tradition que les premiers de St-Cyr intègrent les régiments parachutistes et légionnaires ?
Très tôt est apparue une fracture irrévocable entre cette armée citoyenne, utilisée dans une guerre d'horreur taillée au mensonge et à la trahison par le « pouvoir de fait » et celui-ci acharné à la destruction de cette armée-là. Personne plus clairement que Jean Marie Bastien-Thiry tenant tête à ses juges/bourreaux, n'en démontra les sophismes dont il se nourrissait : « Malgré l'extraordinaire mauvaise foi des hommes au pouvoir, malgré leur extraordinaire cynisme, c'est une vérité qu'il y a eu, qu'il y a en France et en Algérie, des milliers de morts et de martyrs, qu'il y a des milliers de disparus et des centaines de milliers d'exilés, qu'il y a des camps de détention et de tortures, qu'il y a eu de nombreux viols et de nombreux massacres, qu'il y a des femmes françaises obligées de se prostituer dans les camps du FLN. C'est une vérité que le pouvoir défait aurait pu épargner ou limiter toutes ces horreurs s'il l'avait voulu; mais c'est une vérité qu'il ne l'a pas voulu ».
DE GAULLE : EN FINIR AVEC LES PIEDS-NOIRS ET LES PARAS
Il ne l'a pas voulu ! Et c'est là toute la fracture. Comme ne l'a pas voulu l'immense horde de lâches, de gauche, de droite, d'extrême gauche et du centre, qui s'agglutina derrière ce pouvoir. Les uns et les autres ayant pour priorité l'annihilation des “colons” et celle des soldats révolutionnaires qui depuis un siècle - La Guerre des Boers - font trembler le pouvoir intello-médiatique régnant exclusivement sur le droit de penser en Occident.
Cette armée désira ardemment se débarrasser de Charles de Gaulle. La France “moderne” dont il rêvait, et dont ceux qui le commanditaient voulaient, exigeait nécessairement l'éradication de toutes les forces profondes enracinées dans ce pays. À commencer par les soldats révolutionnaires d'Algérie.
À partir du 24 avril, sur décision du président de la République actionnant l'Article 16, 150 officiers seront traduits devant des tribunaux spéciaux. Puis 534 autres feront l'objet de sanctions disciplinaires ou “statutaires”. On casse tout ce qui pue « l'Algérie Française » dans la nouvelle armée. Les trois régiments parachutistes, fer de lance du putsch, 1er REP, 18e et 14e RCP, l'élite des troupes de choc, sont dissous, leur encadrement - les meilleurs sous-officiers et officiers parachutistes - est purgé. La voie est libre. L'armée des bidasses et la gendarmerie réorganisées peuvent combattre l'OAS. Puis la population européenne - bombardements d'Oran et de Bab el Oued, massacre de la rue d'Isly. Pour en arriver, à partir du 19 mars 1962, à une collaboration directe entre les forces françaises - “barbouzes”, Mouvement Pour la Communauté, Sécurité Militaire, Gendarmerie Mobile, CRS, Mission C. - et le FLN dans les massacres et les enlèvements de centaines d'Européens. Le bouquet final étant la destruction des maquis de Saint Ferdinand et de l'Ouarsenis.
Cette armée-là, qui depuis 1945, fait la guerre qu'on lui a dit de faire, contre l'ennemi sans conscience qu'on lui a désigné, avec les armes qu'on lui a données, mitrailleuses et hélicoptères, face à des armes autrement redoutables, la terreur, le découpage en lanières, sur les places publiques, des civils réfractaires, l'immense collaboration planétaire des lâches intello-médiatiques qui accaparent « l'espace de cerveau humain disponible » pour y enfoncer leur marxisme, cette armée-là une fois achevée sa tâche a été catapultée devant des cours spéciales dont les procureurs et les juges étaient ceux qui leur avaient enjoint de se salir les mains. À Nuremberg aussi étaient couverts d'hermine les assassins de Dresde et d'Hiroshima, des filles enceintes clouées vivantes à l'Est sur les portes des granges, des milliers de Waffen-SS de 20 ans sommairement abattus, des dizaines de milliers de réfugiés de la Baltique coulés par des sous-mariniers héros de l'Union Soviétique et des bouchers/pilotes décorés de la RAF, ou encore des petites berlinoises violées par des files de GI nègres ou de Kalmouks à étoile rouge.
Pierre Abramovici, grand reporter de la télévision, dans un livre d'une grande pertinence, « Le Putsch des Généraux » (mars 2011), offre une théorie rendue séduisante par le recul. De Gaulle avait besoin de casser et l'obstination des Pieds-Noirs et cette minorité révolutionnaire représentée par les troupes de choc. Certes il lui devait la victoire militaire mais elle s'opposait à son projet de négocier avec le GPRA le troc de l'indépendance contre la libre disposition du Sahara. Le putsch - agencé par ses officines - lui permettra de dissoudre les corps d'élite, d'exploser cette aristocratie intellectuelle et tactique représentée par les officiers de paras et de Légion. Puis, les remplaçant par une armée sans âme, par des gendarmes et des “barbouzes”, il écraserait l'OAS avec l'aide de ses nouveaux amis du FLN. Ce tour de force il l'aura réalisé en quatorze mois. Depuis 50 ans, la France n'a pas fini d'en payer le prix.
René BLANC. RIVAROL 22 AVRIL 2011

lundi 13 décembre 2010

Algérie : l’héritage était trop beau

En 130 ans, la France créa l’Algérie, l’unifia, lui offrit un Sahara qu’elle n’avait jamais possédé, draina ses marécages, bonifia ses terres et équipa le pays. Elle fit entrer dans la modernité des tribus jusque-là dissociées et qui n’avaient jamais eu conscience d’appartenir à un tout commun supérieur aux limites de leurs douars ou des terrains de transhumance de leurs troupeaux.

Quand, après les douloureux événements que l’on sait, le drapeau tricolore fut ramené et des centaines de milliers d’Européens lancés sur les routes de l’exode, l’Algérie algérienne était, de tous les anciens pays "coloniaux", celui qui avait le plus reçu de son ancienne métropole.

L’Algérie avait, en effet, coûté très cher à la France qui y subventionna des productions qu’elle achetait fréquemment au-dessus des cours mondiaux. Dans le cas présent, ce n’est pas d’un prétendu "pillage colonial" qu’il nous faut parler, mais de la ruine de la métropole qui ne cessa à aucun moment de tenter de combler le "tonneau des Danaïdes" d’outre-Méditerranée.

La désinformation marxisto-tiers-mondiste a tellement faussé la réalité de l’histoire de l’Algérie française qu’il importe, une fois encore, de nous effacer devant les chiffres bruts et de ne jamais perdre de vue que tout ce qui a été créé en Algérie le fut durant la parenthèse française, que toutes les sources d’énergie découvertes et mises en valeur au Sahara le furent durant la même période.

Au bout de 132 années de présence, la France laissait en héritage à l’Algérie :

- 70 000 km de routes, 4 500 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, etc.) ;

- des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels qui étaient propriété de l’État français ;

- 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ;

- une agriculture non seulement autosuffisante, mais encore largement exportatrice ;

- des milliers d’écoles, d’instituts de formation, de lycées, d’universités, d’hôpitaux, de maternités, de dispensaires, de centres de santé, etc.

Cette comptabilité permet de faire un éloquent bilan. Il tient en peu de mots : l’Algérie a dilapidé son héritage et elle en subît les conséquences. Quelques chiffres permettront de mesurer le recul de ce pays que les progressistes présentaient comme le futur phare du tiers-mondisme socialisant :

- le pays est contraint d’importer entre 50 et 60 % de ses besoins en céréales. En 1961, l’Algérie exportait 600 000 quintaux de grain et 700 000 de semoule ; aujourd’hui, la moyenne des importations se situe entre 5 et 30 millions de quintaux par an ;

- le pays n’exporte plus d’oranges, alors qu’avant 1962 les exportations étaient de 200 000 tonnes ;

- l’Algérie n’exporte plus de tomates, de carottes, d’oignons, de haricots verts, de melons, de courgettes, etc. Or, toutes ces productions faisaient la richesse des maraîchers européens. Avant 1962, les primeurs algériens débarquaient à Marseille par bateaux entiers. Sans parler des dattes ou des légumes secs ;

- avant 1962, l’Algérie exportait environ 120 000 quintaux de figues sèches, 100 000 hectolitres d’huile d’olive et 50 000 quintaux d’olives. Aujourd’hui, la production locale ne suffit même plus à alimenter le marché local ;

- quand elle était encore française, l’Algérie exportait entre 500 000 et un million de quintaux de pommes de terre nouvelles. Aujourd’hui, il s’agit d’un souvenir...

L’Algérie algérienne a tellement dilapidé son héritage "colonial" qu’elle doit consacrer le quart de ses recettes en hydrocarbures - ses seules recettes - à l’importation de produits alimentaires de base dont elle était exportatrice avant 1962.

Que s’est-il donc passé ? Le désert du Sahara ne s’est tout de même pas avancé jusqu’à la Mitidja... Et le Maroc, son voisin nord-africain, a connu une évolution inverse de celle de l’Algérie.

La faillite algérienne tient en trois réalités :

1 - un dogmatisme doctrinal qui, en ayant privilégié les industries "industrialisantes", a ruiné l’agriculture ;

2 - un suicide démographique (10 millions d’habitants en 1961, probablement 30 millions aujourd’hui) ;

3 - une corruption généralisée.

Les partisans métropolitains de l’Algérie algérienne ont commis une bien mauvaise action en portant les valises du FLN.

par Bernard Lugan Le Libre Journal de la France Courtoise -n° 52 du 30 novembre 1994

lundi 19 juillet 2010

Des chasseurs-cueilleurs aux premières cités

Bienvenue à tous dans la rubrique Histoire du Dimanche que je tiens avec Monte-Cristo. Je m’efforcerai de vous faire aimer cette matière en vous la rendant compréhensible, car on doit retenir à l’esprit vu la période de troubles qu’on traverse : si personne ne retient les leçons de l’Histoire, on est évidemment condamnés à les répéter car quand on ne sait pas d’où on vient, on ne sait pas où on va.

En premier lieu, ce qui me motive à tenir cette rubrique est le fait que je constate de plus en plus que des jeunes de moins de 18 ans de mon entourage ignorent les bases élémentaires de l’Histoire, et qu’à force de programmes officiels décousus, les gens manquent de vision chronologique de l’Histoire.

D’autre part, cette rubrique va aussi viser à vulgariser l’Histoire – un peu du monde, ensuite de France et d’Europe - sous forme de chapitres en apportant le maximum de culture possible avec des anecdotes et des dates faciles à retenir dans une optique chronologique. Tout ceci dans le but de vous faire comprendre dans quel monde vous vivez et de vous donner par conséquent les subtilités géopolitiques qui en découlent souvent, en particulier par rapport à la France et l’Europe.

CHAPITRE 1 – DES CHASSEURS-CUEILLEURS AUX PREMIÈRES CITÉS

En effet, dès 12.000 avant Jésus-Christ, date de la fin de la glaciation qui favorise l’émergence des sociétés organisées, situés principalement près des fleuves comme le Nil, l’Euphrate, l’Indus et les fleuves chinois dont le Yangtsé, où se développeront les premières civilisations de l’humanité. Nous allons voir les conditions principales de l’apparition de ces premières cités, qui sont aussi des premières civilisations :

I – Bouleversements climatiques à la fin de l’ère glaciaire :

Peu après la fin de la glaciation, le réchauffement climatique du Néolithique qui survient vers 10 000 avant Jésus-Christ, qui a entraîné un assèchement des zones auparavant viables pour l’homme. Pour exemple : le Sahara qui est aujourd’hui un désert, fut une grande zone boisée à la végétation quasi tropicale.
Cet assèchement entraîne la raréfaction des végétaux comestibles et la pénurie du gibier et de l’eau, et pousse donc les hommes à se rassembler autour des grands fleuves.

II – D’une société nomade à une société agricole :

La seconde conséquence due au réchauffement climatique est l’augmentation de la population humaine très localisée à certains endroits – très concentrées vers les grands fleuves -, ce qui fait que les ressources disponibles (pêche, chasse et cueillette) deviennent insuffisantes pour subvenir à leurs besoins. Ce qui force les hommes à passer du nomadisme à l’agriculture, ce qui nécessite :
1/ des grands travaux d’irrigation
2/ la défense des paysans contre les pillards: les paysans travaillant la terre n’ont plus le temps pour faire la guerre et la destruction des récoltes a des conséquences catastrophiques sur le groupe tout entier. Pour éviter cela, les hommes désignaient des chefs de plus en plus puissants qui concentrent des pouvoirs entre leurs mains, afin de coordonner le tout et assurer le partage des tâches entre eux comme les travaux d’irrigation, les digues et etc. Ces chefs seront les premiers rois.
4/ Et surtout l’invention de l’écriture qui permet le bon fonctionnement de ces nouvelles sociétés, ce qui marque la fin de la Préhistoire. Au début, ce fut un moyen de tenir les comptes et les richesses en stock (blé, bétail, et etc…) , et peu à peu il devient un moyen de fixer les connaissances et transmission du savoir sur le moyen terme.
Ces principales conditions permettent l’apparition des premières citées humaines.

III – Le rôle important de l’Agriculture dans les premières cités:

L’agriculture permet en effet de nourrir sur le même territoire 100 fois plus d’hommes que les techniques anciennes de chasse ou de cueillette. De fait, tous les hommes ne sont plus contraints de cultiver ou de chasser pour se nourrir. On a ainsi autour des grandes zones fluviales où les premières citées se sont implantées, -le début d’une spécialisation du travail: soldats, prêtres, scribes et administrateurs (dont les premiers collecteurs d’impôts…), mais aussi artisans, musiciens, savants peuvent vaquer à leurs occupations et à leurs fonctions sans avoir à produire eux-mêmes la nourriture dont ils ont besoin.
Donc l’agriculture, rendue forcée par la sur-concentration d’hommes contraints par les changements du climat à se ressembler auprès des fleuves, a ainsi eu l’effet surprenant de transformer les groupes humains en les faisant passer de simples tribus de chasseurs-cueilleurs en de véritables royaumes dans lesquelles les fonctions sociales sont différenciées.

IV – L’apparition des Royaumes et des Empires:

Une kyrielle de cités États cohabitant sur une même zone fluviale génère des conflits pour l’approvisionnement de l’eau dans leurs cultures. Pour éviter ces tensions, qui peuvent déboucher sur des guerres et des catastrophes, il y eut une idée nouvelle parmi les hommes pour résoudre ces problèmes : la royauté, qui reviendrait au plus puissant des chefs des citées États de la même zone fluviale qui saurait apaiser les conflits liés à l’eau et procéder à une répartition équitable du liquide vital.
La conception de royauté implique aussi un nouveau statut pour le plus puissant chef parmi les chefs des premières cités : la fonction de Prêtre, de divinité vivante. Exemple : le Pharaon égyptien – Fils de Rê – est considéré comme une sorte de Dieu vivant, l’Empereur de Chine est appelé “Fils du Ciel”.

Conclusion – La Civilisation, une conséquence des réponses apportées aux contraintes climatiques sur les Hommes :

On peut constater que les mêmes problèmes que différents groupes humains très concentrés à différents endroits du globe, et subissant différentes contraintes climatiques (catastrophes naturelles et réchauffement du climat de la Terre) et environnementales (pression démographique et pénurie de ressources alimentaires dues à la chasse) ont suscité la même réponse à ces défis. Ainsi, on peut dire que le réchauffement climatique d’il y a 10 000 ans avant notre ère allié à l’ingéniosité humaine a permis de faire sortir l’homme ; jusque-là confronté à un milieu hostile; de la Préhistoire pour lui faire créer les premières Civilisations.

La semaine prochaine nous verrons plus en détail les quatre premières civilisations : l’Egypte, les civilisations mésopotamiennes, l’Inde et la Chine dans une optique chronologique.
Et remerciements spéciaux à un de nos lecteurs, Alexandre qui m’a conseillé sur mon texte.
Auteur : Mistinguette http://www.fdesouche.com

* Source : Toute l’Histoire du monde de la Préhistoire à nos jours de Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot.