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mercredi 2 avril 2025

29 mars 1796 : ainsi disparut Charette, le roi de la Vendée

 

Credit : Jean-Baptiste Paulin Guérin, Public domain, via Wikimedia Commons
Credit : Jean-Baptiste Paulin Guérin, Public domain, via Wikimedia Commons
Dans les dernières heures des guerres de Vendée, alors que la république cherche encore à imposer sa poigne de fer sur l’Ouest insurgé, une figure emblématique demeure debout, face aux vents impétueux de la tempête révolutionnaire : François Athanase Charette de La Contrie. Chef charismatique des Vendéens, héros indomptable, il incarne, avec d’autres hommes, l’âme d’une France contre-révolutionnaire qui ne veut pas abandonner ses traditions et sa foi. En ce printemps 1796, après maints et maints combats, ses forces et ses alliés se sont dispersés. Désormais, l’étau des colonnes républicaines se resserre inexorablement autour de lui. Malgré cela et jusqu’à son dernier souffle, Charette va porter haut l’étendard du cœur vendéen.

La traque

Depuis l’échec sanglant de l’expédition de Quiberon en 1795 et la capture de Stofflet, un autre grand chef vendéen, Charette est devenu l’homme à abattre pour la république. Replié dans les bocages, les marais et les forêts impénétrables de Vendée, ce « roi des brigands » mène une guérilla acharnée contre les Bleus, harcelant ainsi sans relâche les troupes républicaines. Cependant, au fil des mois, l’armée des « rebelles de Vendée » s’affaiblit : les défections se multiplient et les paysans, épuisés par une guerre interminable, commencent à lâcher prise.

C'est ainsi qu'en mars 1796, l’Armée catholique et royale n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le 23 mars, Charette est finalement encerclé dans le bois du domaine de la Chabotterie. Avec une poignée d’hommes fidèles, il livre un ultime combat, mais la supériorité numérique des républicains est écrasante. Blessé à plusieurs reprises, il tente une ultime fuite. Pour le protéger et attirer l’ennemi ailleurs, l’un de ses compagnons d’armes, le courageux Pfeiffer, échange son chapeau avec lui, ce panache blanc si distinctif de Charrette qui, comme celui d'Henri IV, pouvait se retrouver « au chemin de l’honneur et de la victoire ». Malheureusement la ruse échoue et les Bleus finissent par prendre Charette. Ils n’arrivent pas à y croire : après des années de luttes acharnées, ils ont enfin capturé « le roi de la Vendée ».

La dignité d’un chef vaincu

Emmené à Nantes sous haute escorte, Charette sait désormais que son destin est scellé. Le 29 mars 1796, il est jugé par un tribunal militaire qui, sans surprise, le condamne à mort. Lucide et résigné, Charette demande néanmoins à se confesser auprès d’un prêtre réfractaire mais on lui refuse ce dernier réconfort et on lui envoie plutôt un prêtre jureur.

En milieu d’après-midi, il est enchaîné et conduit place Viarme, où l’attend un peloton d’exécution. Malgré ses blessures qui le font souffrir, Charette avance d’un pas ferme et digne. Sa fierté demeure également intacte : il refuse qu’on lui bande les yeux, voulant regarder la mort en face, comme il l’avait déjà fait lors de maintes batailles. Selon la légende, Charette aurait demandé à commander lui-même le peloton, lui enjoignant de viser droit au cœur, ce creuset de vie où résidait sa force indomptable.

L’héritage de Charette

Le corps de Charette est jeté sans ménagement dans une fosse commune à Nantes, où reposaient déjà tant d’autres victimes de la Révolution. Avec sa mort, la république proclame la fin des guerres de Vendée. Pourtant, Charette n’a pas vraiment disparu, son souvenir perdure dans les cœurs et les mémoires. Pour certains, il reste une bête noire de la Révolution et un suppôt des tyrans monarchistes ; pour d’autres, il est devenu le symbole de l’héroïsme, de l’honneur et de l’audace. Selon l'auteur du Mémorial de Sainte-Hélène, Emmanuel de Las Cases, Napoléon lui-même, bien qu’héritier de la Révolution, aurait rendu hommage à sa bravoure : « J'ai lu une histoire de la Vendée. Si les détails, les portraits sont exacts, Charette est le seul grand caractère, le véritable héros de cet épisode marquant de notre Révolution […]. Oui, Charette me laisse l'impression d'un grand caractère. Je lui vois faire des choses d'une énergie, d’une audace peu communes, il laisse percer du génie. »

Philippe de Villiers a rendu hommage au personnage dans un livre, Le Roman de Charette paru aux éditions Albin Michel.

Eric de Mascureau

jeudi 1 août 2024

Le général de Charette 1832-1911, « l’apôtre du Sacré-Cœur », un héros français

 

Difficile de se faire un prénom quand on porte devant l’histoire le nom d’un héros du soulèvement vendéen de 1793. S’il a bien la vaillance de son illustre ancêtre, le général Athanase de Charette a la « sainteté » d’un Lescure ou d’un Cathelineau.

Cet ouvrage est une réédition bienvenue du livre de Jacques de La Faye, paru à la fin de la Première Guerre mondiale, sept ans après la mort du général. Il n’y avait qu’une femme pour saisir cette âme en lutte perpétuelle contre une nature violente. Oui, Jacques de La Faye est en réalité Marie Coudert de Sardent, une parisienne auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages dont une biographie du général de Sonis.

Ici, c’est la vie d’un soldat de légende, d’un chef au charisme incontesté, d’un mystique à la foi chevillée au corps, d’une personnalité dotée d’une volonté trempée dans l’acier. C’est un reportage bien mené, haletant parfois, au rythme des charges, des batailles, des défaites et des peurs. Des pages qui ont l’odeur du sang, de  la poudre et de l’encens.

Fils, neveu de chevaliers et de marins, Charette fut bercé dès son enfance par les récits de la Grande Guerre, et son éducation se fit par les soins d’une mère aux plus nobles sentiments. En répondant à l’appel de Pie IX qui levait une armée contre les Garibaldiens, il conquit ses grades et s’illustra chez les Zouaves – « Les Volontaires de l’Ouest ». Blessé en même temps que le général de Sonis, les pages sont alors douloureuses et poignantes ;  Patay, Loigny… Une épopée, une charge impétueuse que la bannière du Sacré-Coeur a rendu unique !

De son berceau jusqu’à sa tombe, Charette n’a vécu que pour sa foi religieuse et sa fidélité monarchique. Nulle autre passion, nul autre intérêt. Marié deux fois, veuf, avec une descendance qui s’éteindra rapidement, après la guerre Charrette va passer sa vie à transmettre l’héritage matériel et spirituel des Zouaves Pontificaux, grâce à la bannière qui l’accompagne – la bannière blanche de Patay et Loigny brodée par les Visitandines de Paray-Le-Monial, teintée du sang de ses compagnons d’armes.

Sur sa tombe est gravé « Credo ». Refusant de croire les voyants de Pontmain, il se ralliera ensuite  à leur affirmation et avec humilité écrivit « Je crois » sur le registre dévolu aux visiteurs de marque à Pontmain. Il exigera en réparation que cette confession soit gravée sur sa tombe.

Le général de Charette est un héros français dont les idéaux pourront cependant déranger à une époque où le rationalisme et le matérialisme ambiant empêchent de voir avec le cœur. C’est pourtant sa foi et son royalisme qui ont guidé toute sa vie : « Dieu et le roi ». Le général Athanase de Charette ne peut être parfaitement compris qu’à l’aune de ces deux causes.

Un livre bien documenté qui se lit comme un roman d’aventures -conseillé pour les grands adolescents- . Un récit enthousiasmant, des pages glorieuses et ferventes. Un livre que l’on referme à regret… Un cahier de 36 pages de documents et photos, en couleur et en noir et blanc appuie le récit.

Plus d’informations, recensions et commandes sur LIVRES EN FAMILLE

Le général de Charette 1832-1911, Jacques de La Faye, 296 pages, Editions Le Lys et le Lin, 26€

https://www.medias-presse.info/le-general-de-charrette-1832-1911-lapotre-du-sacre-coeur-un-heros-francais/187144/

dimanche 27 août 2023

Charette, par Anne Bernet

 

Charette, par Anne Bernet, éditions Perrin

Anne Bernet, historienne, journaliste et critique littéraire, est l’auteur de nombreux ouvrages dont une Histoire générale de la Chouannerie. Les éditions Perrin ont eu l’excellente idée de rééditer sa biographie de Charette.

François Athanase Charette de La Contrie est le héros d’un roman national tragique et authentique, marqué par les pires atrocités de la révolution de 1789 et de la Terreur qui en est la suite. Rien pourtant ne prédisposait ce cadet d’ancienne famille de la noblesse bretonne sans fortune, devenu, adolescent, officier de marine, et dont les camarades de jeunesse disaient qu’il aimait ses aises et sa tranquillité, à entrer dans l’Histoire. Rien, sinon un attachement atavique à des valeurs chevaleresques qui, à la fin du dit siècle des Lumières, semblaient à beaucoup dépassées : la fidélité au Roi et à Dieu.

L’erreur de la Convention, formée de bourgeois éclairés coupés d’un peuple qu’ils méprisaient, fut de n’avoir pas compris qu’en s’en prenant au trône et aux autels, elle susciterait, en dépit de la terreur qu’elle faisait régner bien avant de l’avoir mise à l’ordre du jour, une colère qui tourna à l’insurrection avec, en février 1793, la publication du décret de levée en masse de 300 000 hommes destinés à servir aux frontières un régime régicide et persécuteur détesté.

Cette insurrection, qui toucha de nombreuses régions, ne perdura que dans l’Ouest, et d’abord sur la rive droite de la Loire où l’impéritie du personnel républicain permit aux insurgés  de s’organiser et remporter rapidement des succès. Ainsi naquit “l’incompréhensible Vendée”, comme l’appela le pouvoir républicain jacobin installé à Paris. Cette Vendée qui refusait les “valeurs républicaines”, il fallait donc l’éradiquer et planifier son massacre. Le terrorisme étatique, et c’est son but, provoque la sidération et la peur, donc l’obéissance et la soumission. Il est d’autant plus admirable que les insurrections vendéennes et chouannes aient duré si longtemps, en dépit des moyens employés pour les écraser.

Anne Bernet pose cette question : Peut-on évoquer les crimes de la Révolution dans l’Ouest sans être accusé de porter atteinte aux fondements de la république et d’en être l’ennemi ?

Elle fournit cette réponse : Deux cent trente ans après le début du soulèvement, la question reste d’actualité, le prouve la virulence des attaques suscitées par la sortie, en janvier 2023, du film (…) Vaincre ou Mourir, esquisse de la vie de Charette.

Voici donc une biographie de Charette qui devrait trouver sa place dans toute bonne bibliothèque et permettra de découvrir les différentes facettes de ce personnage qui n’avait pas encore 33 ans quand il mourut et qui, s’il prenait ses aises avec certains Commandements, demeure un exemple de courage, de fidélité et d’honneur.

Charette, Anne Bernet, éditions Perrin, 560 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/charette-par-anne-bernet/179479/

mardi 4 juillet 2023

Charette de Anne Bernet – “Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais”

 

François Athanase Charette de La Contrie est un héros de roman. Le héros d’un roman tragique et vrai, sur fond de révolution, de guerre civile, d’héroïsme et d’atrocités.
Rien pourtant ne prédisposait ce cadet d’ancienne famille de la noblesse bretonne sans fortune, devenu, adolescent officier de marine et dont les camarades de jeunesse affirmaient qu’il aimait ses aises et sa tranquillité, à entrer dans l’Histoire.

Rien, sinon un attachement atavique à des valeurs chevaleresques qui, à la fin du « siècle des Lumières » semblaient à beaucoup dépassées : la fidélité au Roi et à Dieu, quand même l’on en prenait à son aise, parfois, avec les Commandements, et que l‘on grognait contre le pouvoir royal.

L’erreur de la Convention, formée de bourgeois « éclairés » coupés d’un peuple qu’ils méprisaient, fut de n’avoir pas compris qu’en s’en prenant au trône et aux autels, elle susciterait, en dépit e la terreur qu’elle faisait régner bien avant de l’avoir mise à l’ordre du jour, une colère qui tourna à l’insurrection avec en février 1793, la publication du décret de levée en masse de 300 000 hommes destinés à servir aux frontières un régime régicide et persécuteur détesté.

Cette insurrection, qui toucha de nombreuses régions, ne perdura que dans l’Ouest, et d’abord sur la rive droite de la Loire ou l’impéritie du personnel républicain permit aux insurgés de s’organiser et remporter rapidement des succès. Ainsi naquit « l’incompréhensible Vendée » comme l’appela le pouvoir parisien, incompréhensible parce qu’il lui paraissait monstrueux, contre-nature, que « le peuple » n’adhérât point à la nouvelle idéologie destinée à former des hommes « libres », « régénérés », des citoyens de l’avenir arrachés à l’obscurantisme de l’Ancien Régime.

Dès lors le phénomène s’est produit ensuite à l’identique en URSS, en Chine, au Cambodge, dans l’intérêt de la nation entière, il fallait éradiquer, tel un péril, ceux qui n’acceptaient pas cette régénération forcée, et se verraient dénier jusqu’à leur appartenance à l’humanité, de sorte que leur massacre planifié n’apparaitrait pas plus monstrueux que celui d’une espèce nuisible… Le terrorisme étatique provoque, et c’est son but, la sidération et la peur, donc l’obéissance et la soumission. Ce fut vrai dans la France de 93. Il est d’autant plus admirable que les insurrections vendéennes et chouannes aient duré, en dépit des moyens employés pour les écraser.

Peut-on évoquer les crimes de la Révolution dans l’Ouest sans être accusé de porter atteinte aux fondements de la république et d’en être l’ennemi ? 230 ans après le début du soulèvement, la question reste d’actualité, le prouve la virulence des attaques suscitées par la sortie en janvier 2023 du film Vaincre ou mourir, esquisse de la vie de Charette.

Esquisse car la complexité psychologique du personnage et des événements, y est, par nécessité, simplifiée à l’extrême mais suffisante pour révéler la grandeur de ce jeune homme qui n’avait pas encore 33 ans quand il mourut, et qui, s’il ne fut jamais exemplaire, demeure un exemple de courage, de fidélité et d’honneur. Suffisante aussi pour révéler au public l’effroyable horreur qui s’abattit sur la Vendée, serait-elle édulcorée jusqu’au symbolisme, certaines réalités ne pouvant décemment être mises en images….

Face à l’indicible, l’innommable, l’intolérable, Charette et d’autres se sont dressés. Certains manifestement, ne le leur ont pas encore pardonné.
Ces hommes, morts pour la défense des droits les plus fondamentaux de l’humanité, méritent pourtant d’être connus et de retrouver leur vraie place dans la mémoire française.

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE

L’unique but de cette biographie, écrite avec le talent que l’on connait à Anne Bernet, est d’y aider. Cette nouvelle édition – l’ancienne datant de 2005- est revue et augmentée.

Charette, biographie, Anne Bernet, 572 pages, éditions Perrin, 25€

https://www.medias-presse.info/charette-de-anne-bernet-combattu-souvent-battu-parfois-abattu-jamais/177186/

lundi 6 mars 2023

Mémoire de la Vendée

 

230304

Le succès cinématographique de "Vaincre ou mourir" pourrait surprendre certains. Largement mérité, selon votre chroniqueur, il dépasse la sphère des nostalgiques de la royauté et de la France traditionnelle. Annoncerait-il un retournement culturel contre la vague de destruction, dont le "wokisme" marque le point culminant ? Il serait sans doute prématuré de le présumer, tant est grande l'ignorance, l'occultation de l'histoire.

Les critiques du film portent parfois sur telle ou telle prestation d'acteurs, ou sur le centrage de sa dramaturgie sur le personnage de François-Athanase de Charette, l'un des chefs de l'insurrection des paysans de l'Ouest contre la dictature jacobine.

Brillant et courageux officier de la Marine Royale, que Louis XVI, quelques années plus tôt, avait envoyé combattre pour l'indépendance américaine, il demeure l'une des plus célèbres figures de ce combat tragique, "Monsieur de Charette" que chantait jadis Théodore Botrel ou, beaucoup plus récemment, celui qu'un Philippe de Villiers présente comme un héros de roman.

Quoiqu'en pense la presse gauche sectaire, aucune erreur historique, aucun oubli fautif n'entache cette mise à l'écran.

On ne peut donc que saluer ici la présentation du sujet par Reynald Secher. Historien contemporain, celui-ci a consacré son œuvre – et ruiné par là même, comme on l'imagine sans difficulté, sa carrière universitaire – à la redécouverte de cette authentique croisade moderne, et notamment de l'aspect "génocidaire" de sa répression par la république. Le mot même de "génocide" ayant été inventé en 1944, on se souviendra que Gracchus Babeuf, en son temps, à propos des crimes des colonnes infernales parlait de "populocide". On notera encore que le nom du général révolutionnaire Turreau qui commandait ces assassins et ces incendiaires figure toujours impunément sur l'Arc de Triomphe. On rappellera aussi à ce sujet que c'est lui qui, le 19 janvier 1794 présenta à la Convention un plan d'extermination de la Vendée.

Au cours du XIXe siècle, de nombreux écrits ont été consacrés à l'ensemble des insurrections de l'Ouest. Pour n'en citer qu'un seul, Chateaubriand écrira ainsi en 1819, dans "Le Conservateur", un brillant et émouvant "De la Vendée" en rappelant "Ce que la Vendée a fait pour la monarchie".

C'est cependant Jacques Crétineau-Joly qui contribua le plus à la connaissance de ces guerres et de ces luttes dont il interrogea tous les survivants, dressant sans complaisances inutiles le tableau véridique, de ce qu'il appelle la Vendée Militaire, c'est-à-dire de ces Français qui prirent les armes en Poitou, en Normandie, en Bretagne ou dans le Maine, "pour Dieu pour le Roi et pour la Liberté".

Votre chroniqueur ne rougit donc aucunement de l'avoir réédité.

Techniquement, cependant, le dernier tirage était en voie d'épuisement, ce qui m'amène à devoir rééditer le Tome III dont les derniers exemplaires sont partis en ce mois de février… Ce volume nécessitait quelques menues corrections : consacré globalement aux "Chouans de 1793 à 1799" il sera donc livré dans les premiers jours de mai.

Trois tomes restent actuellement disponibles : le Tome Ier consacré à "La Grande guerre de 1793", le Tome II du "De la Terreur au Concordat 1794-1801" et le Tome IV "La Cause des Blancs", cause qui continue sous l'Empire et sera prolongera jusqu'à l'insurrection romantique conduite par la Duchesse de Berry.

Je propose donc aux lecteurs de la présente chronique d'acquérir l'ensemble de la série au prix exceptionnel de 99 euros pour l'ensemble, les trois volumes disponibles étant expédiés dès maintenant et le tome III, dès parution.

Vous trouverez en bas de cette chronique le lien correspondant sur le catalogue de l'éditeur.

Offre spéciale printemps 2023
http://www.editions-du-trident.fr/vendee.html

230304pub

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https://www.insolent.fr/2023/03/memoire-de-la-vendee.html

mardi 31 janvier 2023

Vaincre ou Mourir. Guerres de Vendée : Entretien avec l’historien Reynald Secher

 

Vaincre ou Mourir est un film (2023) qui raconte la vie et la mort du général breton, héros des guerres de Vendée, Charette de la Contrie. L’historien Reynald Secher explique pourquoi cette guerre est un un génocide, au micro de l’Agence Bretagne Presse.


Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2023/01/31/214660/vaincre-ou-mourir-guerres-de-vendee-entretien-avec-lhistorien-reynald-secher/

jeudi 9 septembre 2021

Les Grands Vaincus de l’histoire (Jean-Christophe Buisson & Emmanuel Hecht)

 

Emmanuel Hecht, historien, journaliste et éditeur, a notamment dirigé l’ouvrage collectif La Russie des Tsars.

Jean-Christophe Buisson est directeur-adjoint du Figaro Magazine et présente un programme sur la chaîne Histoire.

Ensemble, ils dressent les portraits de deux femmes et onze hommes, princes, rois ou empereurs, chefs de guerre ou chefs d’Etat, mystiques ou idéologues, respectés ou craints, qui ont connu la gloire puis ont subi la défaite. Vaincus, ils ont été condamnés à la réclusion, assassinés, suicidés.

Parmi ces récits, il y a celui de sainte Jeanne d’Arc, abandonnée par son “gentil Dauphin” qu’elle avait conduit au couronnement. Lâchée, martyrisée, sa réhabilitation viendra bien plus tard par la voie de sa canonisation.

Il y a Condé, “M. le Prince le héros”, selon les mots de Saint-Simon, entré dans la légende à vingt-deux ans, après une éclatante victoire militaire à Rocroi, et qui a fini en exil sur ses terres, après avoir échappé de peu à la peine capitale.

Il y a Vercingétorix dont le rêve d’unité s’est brisé à la suite de la défection de quelques tribus gauloises. Il y a Hannibal, qui, après son incroyable traversée des Alpes, tourna en rond dans le sud de l’Italie dans l’attente de renforts qui ne vinrent jamais, ses pires ennemis n’étant pas à Rome mais à Carthage. Il y a Charrette, refusant qu’on lui bande les yeux et s’agenouillant face au peloton d’exécution. Il y a le général Robert Lee, “le plus grand soldat américain vivant”, “légende sudiste”, qui finit par perdre face aux nordistes et signa l’acte de capitulation mettant fin à la guerre de Sécession.

Chacun des personnages de ce livre est passé du Capitole à la roche Tarpéienne. Mais parfois un vaincu peut avoir des airs de vainqueurs.

Les Grands Vaincus de l’histoire, Jean-Christophe Buisson et Emmanuel Hecht, éditions Perrin, 416 pages, 21 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-grands-vaincus-de-lhistoire-jean-christophe-buisson-emmanuel-hecht/99082/

dimanche 15 novembre 2020

Charette, roi de la Vendée

 

Sous le titre Le roman de Charette, Philippe de Villiers vient de consacrer une remarquable biographie, écrite à la première personne du singulier, au grand général vendéen.

Quel roman, en effet, que cette vie ! François Athanase de Charette de la Contrie est né à Couffé, en Maine-et-Loire, le 21 avril 1763. Après des études chez les Oratoriens, le futur chef vendéen, cadet d'une famille d'officiers « pauvre et glorieuse », entre dans la Marine royale et prend part en 1782 à la guerre d'indépendance américaine.

En 1789, il est à Toulon, où la Révolution tourne les têtes. Rejoignant Brest, il y trouve le même désordre, s'enfuit de la ville, parvient à Nantes gagnée aussi par l'effervescence. Il démissionne de la Marine en 1790 et, marié depuis peu, cherche refuge sur le domaine de sa nouvelle épouse, La Fonteclause, « entre le bocage et les marais bretons ».

Mais la Révolution l'y rattrape. Les bons prêtres, traqués par les nouvelles autorités, sont remplacés par des « intrus », la colère des paysans gronde, les premiers morts tombent. Les nobles, eux, émigrent à Coblence, Charette découvre, écrit Villiers, « un monde de chevaliers fantômes, hors du temps, qui tuent le temps ». Déçu par cette « armée de cour », l'ancien officier repasse la frontière et arrive à Paris à temps pour participer à la défense des Tuileries, le 10 août 1792. Tandis que la famille royale se réfugie à l'Assemblée et que les émeutiers assassinent jusqu'aux marmitons du château, il s'échappe en brandissant la jambe coupée d'un garde suisse. Rentré à La Fonteclause, les mauvaises nouvelles se succèdent massacres de septembre, mort du roi, tandis que la chasse aux prêtres insermentés redouble. La décision de lever 300 000 hommes pour la guerre met le feu aux poudres les paysans se révoltent et demandent aux nobles de se mettre à leur tête. Charette tente de se défausser, se cache même sous son lit, mais finit par céder : il sera leur chef. Après les premières batailles, livrées à Pornic, Challans, Saint-Gervais, Machecoul, il développe une stratégie plus proche de celle des chouans que de celle de la Grande armée catholique et royale : il veut « gagner la guerre sans livrer bataille », écrit Philippe de Villiers, attirer l'ennemi dans les chemins creux, faire le coup de feu et s'égailler.

Il installe son quartier général à Legé, où l'on danse et où les jolies femmes ne manquent pas, beaucoup d'entre elles étant aussi des guerrières. La place des femmes n'est pas mince dans l'histoire de la Vendée, encore moins dans celle de Charette.

Sur l'invitation de Lescure, le chef maraîchin s'associe avec les Angevins de la Grande Armée pour attaquer Nantes. Mais le généralissime royaliste, Jacques Cathelineau, est mortellement blessé dans l'assaut de la ville et les Vendéens se débandent. Un autre rendez-vous est pris, devant Luçon, où de nouveau l'affaire tourne en déroute. Héroïque, Charrette affronte trois hussards, en tue deux, se retire en emportant en croupe l'un de ses hommes blessé.

Un programme d'extermination

À Paris, cependant, la révolte vendéenne exaspère la Convention nationale et le Comité de salut public, qui décident de brûler le pays rebelle. À cette fin, on envoie sous le commandement de Kleber des soldats aguerris, qui, assiégés dans Mayence, y ont tenu tête aux Prussiens quatre mois durant, à un contre cinq. Face au danger, les Vendéens regroupent leurs forces pour affronter ces « Mayençais » devant Torfou. Les paysans lâchent d'abord pied, mais leurs femmes les ramènent à la bataille et le début de défaite se transforme en victoire. Après Torfou, Charette reprend aux bleus Montaigu, puis marche sur Saint-Fulgent avant de regagner Léger à travers un pays dévasté par les troupes républicaines.

Le général royaliste s'empare encore de Noirmoutier, tandis que la Grande Armée catholique et royale, défaite à Cholet, passe la Loire et entame sa longue marche héroïque et tragique, la virée de Galerne.

Restés en Vendée mais isolés, les Maraîchins sont traqués par les bleus. « C'est une nouvelle guerre qui commence, une guerre d'esquive, écrit Philippe de Villiers. (…) On vivra, comme les chouettes et les fouines, la nuit. Et le jour, on s'enfoncera, dans les bois, pour se reposer. »

La Convention et les Comités décident cependant de porter contre la Vendée vaincue l'estocade finale, en ordonnant l'extermination de toute sa population. Les « colonnes infernales » brûlent, violent et massacrent tout sur leur passage. Les forces des Vendéens sont désormais si réduites, les chefs survivants si peu nombreux, que l'entente s'impose entre eux : Stofflet, Sapinaud, Marigny et Charette font le serment solennel de ne rien entreprendre sans avoir averti les autres armées, sous peine de mort. Pour avoir rompu ce pacte, Marigny sera fusillé.

Après la chute de Robespierre, la Terreur s'apaise et les républicains approchent le chef royaliste en lui promettant, écrit Philippe de Villiers, de lui remettre les enfants royaux, prisonniers au Temple. La paix est signée à La Jaunaye, mais Louis XVII meurt dans sa geôle. Comprenant qu'il a été joué, le général royaliste repart en guerre. Les Vendéens sont las de se battre, mais l'espoir vient de la mer, le comte d'Artois, frère de Louis XVI, arrive ! 15 000 hommes attendent son débarquement à l’Isle-Dieu, quand un messager s’approche : le prince ne viendra pas. « Monsieur, allez lui dire qu'il m'envoie mon arrêt de mort », répond Charette.

L'avant-dernier acte se déroule le Mercredi saint, dans le bois de la Chabotterie où, blessé et cerné, le général des « brigands » rend son épée à l'adjudant-général Travot; le dernier, deux jours après Pâques, à Nantes, où il est fusillé devant cinq mille soldats bleus. Il obtient de commander lui-même le feu.

L'un des plus beaux hommages qui lui sera rendus émane d'un connaisseur. « Charette, a dit Napoléon à Sainte-Hélène, me laisse l'impression d'un grand caractère; je lui vois faire des choses d'une énergie, d'une audace peu communes; il laisse percer du génie. »

Philippe de Villiers, Le Roman de Charette, Albin Michel, 22 €.

Hervé Bizien monde&vie 2 juillet 2013 n°878

lundi 16 mai 2016

Histoire & Actualité • Le grand panache du Puy du fou : un hommage aux martyrs de la Vendée

Cette semaine s’ouvre un nouveau spectacle dans une salle unique au monde que les Villiers ont baptisé le Théâtre des Géants.
Inutile de revenir sur l’étonnant succès du Puy du Fou, de son Grand Parc et de sa cinéscénie, qui n’arrête pas de glaner les plus hautes récompenses mondiales et qui a drainé l’an dernier plus de 2 millions de visiteurs.

Mais cette semaine s’ouvre un nouveau spectacle dans une salle unique au monde que les Villiers ont baptisé le Théâtre des Géants. Géant par les 7.500 m² de la nouvelle salle où les dernières technologies permettent de mettre en scène d’autres géants : ceux qui, pour Dieu et le Roi, ont affronté les troupes révolutionnaires et sanguinaires de la Convention de 1793 à 1796. Une guerre civile qui s’est terminée par un véritable « populicide » qui aura coûté la vie de 270.000 à 700.000 Vendéens, décimant cette province de ses habitants et la transformant en champ de ruines brûlantes.


Pour le 20e spectacle du Puy du Fou, Philippe de Villiers et son fils Nicolas ont choisi de rendre hommage à François Athanase Charette de la Contrie, le plus emblématique des chefs royalistes vendéens. Et cet hommage est grandiose. 40 comédiens évoluent dans des décors réels ou virtuels qui reconstituent la vie mouvementée de ce héros oublié de nos livres d’histoire. Un héros qui traversera l’Atlantique pour libérer l’Amérique de ses envahisseurs anglais, puis viendra se battre contre les colonnes infernales de Turreau.
Pour suivre Charette, le spectateur est embarqué dans un gigantesque travelling, comme au cinéma. Il a fallu des mois de réglages pour imaginer un système de rotation conforme aux exigences du récit. La technologie est omniprésente puisque les décors en vidéo projections, les lumières, le son et tous les effets spéciaux suivent l’action à 360°. On se laisse emporter par l’émotion. 33 minutes intenses pendant lesquels les tribunes se déplacent au gré des tableaux.
Le spectacle débute sur l’Ile de Sainte-Hélène où Napoléon rédige ses mémoires et évoque la figure héroïque de Charette. Une belle mise en bouche avant que nous ne soyons emportés sur l’Océan Atlantique reconstitué sur un plan d’eau très agité de 60 mètres de long, sur lequel vogue une frégate à bord de laquelle Charette accompagne Lafayette. Lui qui détestait la mer, il avait été forcé par son père de suivre l’École de Brest. Victorieux des Anglais, il est décoré par le général Washington avant de revenir en France où les paysans lui commandent de mener la révolte contre les bleus qui ont reçu l’ordre de la sinistre Convention d’anéantir les brigands.
Pendant trois ans, Charette sera pourchassé de village en forêt, de ferme en château avant que son destin ne bascule dans une fantastique et tragique épopée. Son ultime combat pour la liberté s’achèvera à Nantes, le 27 mars 1796. Condamné à mort, il ordonnera lui-même de faire feu avec sa célèbre réplique« lorsque je fermerai les yeux, tirez droit au cœur ». Il refusera d’ailleurs de se faire bander les yeux, et fera sienne, avant de mourir, la réplique « Seigneur, entre tes mains je remets mon esprit ». On reconnaît la discrète patte religieuse que Philippe de Villiers impose à tous ses spectacles.

Vous pourrez assister en direct à cette exécution jusqu’au 25 septembre dans ce Théâtre des Géants, après avoir parcouru la tranchée des Amoureux de Verdun qui vient d’être sacrée par les Thea Awards de Los Angeles, « meilleure attraction du monde » ! Nul ne peut douter que ce Dernier Panache lui succédera, l’an prochain.
  
Journaliste
Ancien directeur des rédactions de l’Agence Gamma
Boulevard Voltaire
 

dimanche 9 décembre 2012

La Vendée, la nation et la liberté

121208Commençons aujourd'hui par une considération toute personnelle. Le travail d’éditeur de votre chroniqueur préféré (?) s'est investi ces derniers temps mois autour de deux œuvres historiques. (1)⇓ Contemporaines l'une de l'autre, elles ont été écrites dans les années 1840.
Il s'agissait d'une part du fameux roman "Coningsby" de Disraëli.
Beaucoup plus cruciale, d'autre part, du moins pour la droite française, et beaucoup plus volumineuse pour le maquettiste, "L'Histoire de la Vendée Militaire" de Jacques Crétineau-Joly mérite par ailleurs le petit rapport d'étape d'aujourd'hui.
Il faut en effet revenir sur la naissance du parti conservateur britannique. Depuis la publication de notre chronique du 19 septembre (2)⇓ l'actualité politique hexagonale a confirmé notre observation. Elle nous a malheureusement montré combien la transformation du panier de crabes, qui nous tient actuellement lieu de droite, en organisation durable et crédible, peut recevoir des leçons de nos amis d'outre-Manche.
Certains pourront éventuellement tenir son livre pour "conspirationniste" (3)⇓. Mais ce fut bien Disraëli qui en jeta les bases dans ses écrits, dans ce qu'on présentait à l'époque comme "le roman de la Jeune Angleterre" (4)⇓. L'auteur s'employait alors, à partir de 1837, au renouvellement du vieux parti tory, apparu au XVIIe siècle. Il réconciliera, au temps heureux de la reine Victoria, les héritiers de la gentilhommerie rurale anglaise et les industriels, il institutionnalisera notamment, plus tard, l'empire britannique et stabilisera harmonieusement la société par d'audacieuses avancées.
Parallèlement en France, c'est hélas le mouvement inverse qui s'effectua, à partir des règnes funestes de Louis-Philippe et Napoléon III. Le roman "Coningsby" l'explique aussi quand il souligne les liens d'amitié tissés entre l'ancienne génération des conservateurs anglais, représentée par le grand père du héros, et nos légitimistes.
De ce côté-ci de la Manche, en effet, les acquéreurs de biens nationaux de la période révolutionnaire et leurs descendants vont s'acharner à la construction d'une "mémoire fausse". C'est à ces gens que s'en prend Beau de Loménie dans ses "Responsabilités des Dynasties bourgeoises". Leur héritage moral mensonger est aujourd'hui encore instrumentalisé par les "grands habiles" du centre gauche. Leur prétendu "modèle français" fait, depuis cette époque, reculer le pays, de décennies en décennies. Et cette décadence séculaire n'a laissé depuis lors que quelques années de répits, de sursauts illusoires et de rémissions transitoires.
La clef du déclin français, si constant depuis deux siècles, se montre largement tributaire de tous ces faux-semblants.
Car une question lancinante que pose Crétineau-Joly est celle de l'attitude de "l'Angleterre", clairement perçue comme "l"ennemi héréditaire" vis-à-vis de la Révolution française.
Le lecteur de "Coningsby" ne peut pas s'y tromper : il est évident qu'une partie des "whigs" se montrait favorable aux jacobins. Depuis 1714 la Couronne est liée aux "whigs". Mais dès 1792 un rapport de la délégation jacobine qui se rend à Londres [publié dans le Tome III à paraître début février] permet de comprendre que le gouvernement anglais n'approuve absolument pas ce soutien, qui s'exprime à la chambre des Communes par la voix de Charles Fox (1749-1806). Le retour des "tories" ne s'effectuera cependant que sur une longue période. Celle-ci commence précisément avec la lutte de William Pitt "le Jeune" contre la Révolution française. On doit souligner que ce très grand serviteur de son pays est considéré aujourd'hui comme un "tory", y compris sur le site officiel du 10 Downing Street, mais que, de son vivant, il ne se déclara jamais comme tel ! Le déclic décisif, l'entrée en guerre, intervint au lendemain de la mort de Louis XVI, perçue comme un acte de barbarie. Mais elle n'impliquait au fond aucune sympathie rétrospective pour la France bourbonnienne.
Nul ne peut douter, par ailleurs, que la "faction d'Orléans" joue un grand rôle manipulateur dans l'intermédiation entre le cabinet britannique et les contre-révolutionnaires français. Un chapitre très important du Tome II de l'Histoire de la Vendée Militaire est ainsi consacré au moment où les réseaux d'intrigues orléanistes, en la personne de Dumouriez cherchèrent à circonvenir le chevalier Charette. Nous laissons ici aux lecteurs le soin de découvrir la belle réponse du chef vendéen. Mais comme disait Kipling, "ceci est une autre histoire".
Ainsi, l'œuvre de Jacques Crétineau-Joly (1803-1875) représente un apport décisif au travail nécessaire de correction, de cette "mémoire" falsificatrice. Elle procède de son exact contraire : la recherche de la vérité historique.
On peut citer la lettre adressée à l'auteur par la marquise de La Rochejaquelein, veuve de Lescure : "Personne n’écrira l’Histoire de la Vendée après vous, Monsieur ! Vous êtes notre Homère ; vos récits valent les siens et les surpassent, puisque votre merveilleux est puisé dans la plus exacte vérité."
Oui, on peut penser à Homère, à bien des égards, certes, tant l'aventure vendéenne est envoûtante.
On peut y voir aussi une sorte de Thucydide français. Il retrace et explique le grand combat fratricide, le Mahabharata de la Gaule. Celui-ci finalement se révèle plus destructeur que la Guerre du Péloponnèse. Cette catastrophe resta limitée à la Grèce des cités, et, moins d'un siècle après l'effondrement de celle-ci apparut la figure d'Alexandre le Grand qui portera pour de nombreux siècles la civilisation grecque aux limites du monde connu.
Or, avec le recul de l'Histoire on est amené à poser la question suivante : est-il vraiment sorti, deux siècles après la mort de Cadoudal et celle du duc d'Enghien l'ombre d'un phénomène comparable. Vous avez dit "Louis-Philippe" ? Vous avez dit "Armand Fallières" ? Vous avez dit "François Hollande" ?
Bien entendu, d'autres historiens ou essayistes sont venus après lui, développer diverses dimensions de son travail. Aucun ne l'a dépassé ou démenti.
Cette "Histoire de la Vendée Militaire" (5)⇓ est appuyée sur les témoignages de survivants, recueillis auprès des deux camps, sur une recherche d'archives extrêmement complète, et, aussi, et sur un incontestable talent d'écriture.
Ceci en fait une somme inégalée, d'une lecture passionnante et foisonnante, comme le furent les diverses formes des insurrections de l'Ouest, entre 1790 et 1811.
Dans les 30 dernières années, on doit rendre hommage aux divers auteurs qui ont contribué, non seulement à maintenir la flamme de cette recherche, mais qui lui ont apporté l'éclairage de leur talent.
Reynald Sécher, brillant et courageux historien, né en 1955, a sacrifié à cette cause sa carrière universitaire. Il a publié dès 1985 son "Génocide franco-français, la Vendée-Vengé" (publié aux Presses Universitaires de France) qui osait mettre en parallèle la politique d'extermination (On consultera à ce sujet à ce sujet le chapitre XI du Tome Ier et les chapitre II et III du tome II du Crétineau-Joly) et le concept contemporain de "génocide". Il ajoute une notion non négligeable : celle de "mémoricide", dans lequel hélas la France patauge.
Un Henri Servien, de son côté par sa "Petite histoire des guerres de Vendée", agréablement illustrée par René Follet, plusieurs fois réimprimée depuis 1995 (aux Éditions de Chiré) a permis à des milliers de jeunes Français de mesurer l'importance de cette "guerre de géants".
Dernier en date, mais non de moindre importance : Philippe de Villiers avec son "Roman de Charette" qui vient de sortir. Il touchera certainement un très large public. Outre la personnalité de l'auteur, la figure du chevalier Charette de la Contrie avait tout pour plaire aux Français, notamment le panache. Elle avait déjà séduit beaucoup d'autres auteurs, tel un Michel de Saint-Pierre.
J'ajouterais personnellement d'autres chefs. Tout en éprouvant beaucoup d'admiration pour le prince d'Elbée, une grande tendresse pour la noble figure de La Rochejaquelein, assassiné par le républicain auquel il venait de faire grâce, ou pour celle de Bonchamps, j'incline surtout pour Georges Cadoudal, ou plutôt "Georges", admirablement dépeint par La Varende (cf. son romanesque Cadoudal édité par les Nouvelles Éditions latines en 1970) et, d'un point de vue sans doute un peu moins littéraire et plus strictement historique par Jean-François Chiappe ("Georges Cadoudal ou la Liberté" publié en 1971 à la Librairie Académique Perrin).
Or, n'hésitons pas à le remarquer : tous ces auteurs procèdent du travail quasi encyclopédique accompli par Crétineau-Joly.
De celui-ci les deux premiers tomes sont consacrés à la Vendée proprement dite, entre Anjou et Poitou, Cette insurrection se divise en
- une "Grande guerre" commencé en mars 1793, et terminée en décembre par le désastre de Savenay [Tome Ier] ;
- et une lutte plus étale face à la Terreur, qui en mars 1796 prend un coup terrible lors de la disparition de Charette et de Stofflet, mais qui ne se termina que par le Concordat napoléonien de 1801. [Tome II]
À partir du troisième tome, notre auteur envisage les "chouanneries", de Bretagne, du Maine, et de la Normandie, et les divers combats des royalistes français contre la Révolution.
Ces conflits de nature un peu différente, accordent un caractère central à la liberté religieuse, violée par la constitution civile du clergé de 1790, et à la question des propriétés spoliées, y compris les "droits féodaux des vassaux", les pauvres tombant sous le joug d'une nouvelle classe de possédants illégitimes, ci-devant margoulins. 
Si en effet la mort du roi, si la captivité du Dauphin en qui ils reconnaîtront Louis XVII, cristallisent l'émotion de ces combattants on doit comprendre qu'à leurs yeux la fidélité monarchique ne fait littéralement que couronner leur engagement.
Au bout du compte, cette lutte était celle de la liberté politique tout court, face à la Terreur jacobine.
Car la Révolution d'hier, "libertolâtre" en paroles, liberticide dans les faits, se revendiquait sur le papier d'une liberté qu'elle assassinait par la guillotine comme ses successeurs d'aujourd'hui l'étouffent par la fiscalité.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
Apostilles
  1. Ce travail minutieux imposait par exemple de considérer diverses évolutions du langage et de la typographie depuis le XIXe siècle. Commençons par des points mineurs, mais qui ont occasionné une recherche méthodique non négligeable. Certains mots ne s'écrivent plus de la même manière : on lit alors couramment "Nanci" pour la ville des ducs de Lorraine, "Chollet" avec deux l, des noms de famille comme "La Haye Saint-Hilaire" encore orthographiés "La Haie". Broutilles, mais il faut les corriger. À l'inverse on a maintenu l'usage encore hésitant de la particule supposée "nobiliaire" avant le nom de terre. Il fallait surtout respecter le jeu de majuscules entre le Tiers État la Noblesse, le Clergé (leurs assemblées) et le tiers état, la noblesse ou le clergé (la catégorie sociale). Plus intéressante est la présentation des Royalistes et des Républicains, eux aussi, avec des majuscules comme s'il s'agissait de deux nationalités distinctes. Beaucoup plus inattendue pour un lecteur d'aujourd'hui : le mot "Patriotes", écrit avec un grand P comme synonyme de Républicain, de Jacobin, de Révolutionnaire : il ne s'agit pas alors de gens qui "aiment leur pays." Il s'agit de ceux qui noient, avec Carrier, les Nantais dans la Loire… Dans ce contexte, il n'est pas mauvais de réapprendre ce que fut le prétendu "patriotisme républicain". De même la "Nation" c'est tout simplement cette petite minorité qui, gouvernant à Paris, persécute la Vendée, exproprie les ci-devant, pille et assassine.
  2. cf. Aux sources du parti conservateur.
  3. cf. l'intéressant article de "Lectures françaises" de novembre 2012 : "Le personnage de Nathan Rothschild expliqué par Disraëli".
  4. dont la figure centrale correspond à celle de son ami George Smythe. La "Jeune Angleterre" se divisa définitivement en 1846. Cette année-là Smythe entra dans le gouvernement de Robert Peel. Mais la scission intervint à propos des catholiques irlandais, véritable pomme de discorde dans toute l'Histoire de la Droite anglaise.
  5. cf. sur le site des Éditions du Trident.

samedi 1 décembre 2012

Charette, le roi de la Vendée

Le Figaro Magazine - 12/10/2012
En 1793, cet ancien officier de la marine royale, follement brave, devint un des chefs de l'insurrection vendéenne. Philippe de Villiers, en fils du pays, lui consacre un livre rempli d'admiration.
      Au printemps 1793, la Vendée se soulève, révoltée par la persécution religieuse et par la conscription décrétée par la Convention. C'est une insurrection populaire, les paysans allant chercher les nobles pour leur servir d'officiers. Mais cette guerre civile est inégale : le Comité de salut public réunit plusieurs armées qui ont pour consigne de ne pas faire de quartier. Franchissant la Loire, les Vendéens tentent d'échapper à l'étau qui se resserre sur eux, poussent jusqu'à la Normandie, puis reviennent sur leurs pas, pauvre troupeau humain pourchassé. Fin décembre 1793, les débris de l'armée catholique et royale sont anéantis. « Il n'y a plus de Vendée, se vante le général Westermann : elle est morte sous notre sabre libre. »
     Mais ce n'est que le premier acte de la tragédie. De décembre 1793 à juin 1794, les « colonnes infernales » du général Turreau massacrent la population et détruisent tout sur leur passage. Selon les travaux historiques les plus récents, le nombre de victimes se situe entre 140 000 et 190 000 morts, soit entre le cinquième et le quart de la population, localement le tiers ou la moitié, dont 75 à 80 % dans le camp royaliste.
     Charette, l'un des chefs du soulèvement, a été après coup surnommé « le roi de la Vendée ». « Il me laisse l'impression d'un grand caractère, confiera Napoléon à Las Cases. Je lui vois faire des choses d'une énergie, d'une audace peu communes, il laisse percer du génie. » Ce jugement, Philippe de Villiers le partage sans hésiter. Créateur du Puy-du-Fou, député et président du conseil général de la Vendée pendant plus de vingt ans, l'homme qui a fait entrer son département dans la modernité est depuis toujours fasciné par la figure de Charette. Aujourd'hui, il lui consacre un livre intitulé « roman » *, parce que le héros y tient la plume en utilisant la première personne, mais l'auteur a tout lu sur le sujet et consulté les meilleurs spécialistes, si bien que ce roman haletant est un vrai livre d'histoire.
     François-Athanase Charette de la Contrie vient au monde en 1763, près d'Ancenis, dans une famille de hobereaux désargentés. A 16 ans, il intègre l'Ecole des gardes de la marine, à Brest, voyant passer de grands capitaines qui vont se battre contre les Anglais aux côtés des insurgents d'Amérique : Rochambeau, Bougainville, Suffren, Grasse. Le jeune Charette appareille à son tour, prend part à la guerre d'indépendance, y fait merveille, revient en vainqueur. Il croise ensuite en mer du Nord et dans la Baltique, puis dans les mers chaudes. En 1787, il est promu au mérite lieutenant de vaisseau. Affecté en Méditerranée, il fait la chasse aux Barbaresques et aux brigands grecs, mouillant à Corfou et dans les Dardanelles. Par rapport aux biographies habituelles de Charette, centrées sur l'époque révolutionnaire, l'originalité du livre de Philippe de Villiers est précisément de s'étendre sur cette période de la vie du Vendéen, faisant revivre la geste haute en couleur des marins du temps de Louis XVI, ces « hommes au sang salé ».

Charette n'a pas l'âme d'un émigré
Mais survient la Révolution, qui dissout l'esprit de discipline sur les vaisseaux français. En 1790, écoeuré, Charette démissionne et se réfugie chez lui, au manoir de Fonteclause, près de Challans. Cependant, en Vendée aussi, la violence et le désordre gagnent. En 1792, l'officier se rend à Coblence, mais il ne se sent pas à l'aise parmi les émigrés. Il rentre en France, participe à la défense du roi, le 10 août, quand l'émeute s'empare des Tuileries, échappe à la tuerie, et revient dans l'Ouest, où il se terre chez lui.
     En mars 1793, les paysans du pays de Retz et du Marais breton, révoltés contre l'ordre nouveau, viennent le tirer de son lit en le suppliant de les commander. Cédant à leurs instances, il prend la tête d'une troupe hétéroclite. Sur son chapeau, il a accroché le plumet blanc d'Henri IV et il a ressorti son sabre de marine sur lequel est gravée cette devise : « Je ne cède jamais. »
     S'étant joint à l'armée catholique et royale, il combat à Nantes, Montaigu, Torfou et Noirmoutier. Mais si Charette aime donner des ordres, il n'est pas dans son goût d'obéir. Souvent, à la bataille, il suit le plan qui lui convient, sans se soucier des autres chefs, avec certains desquels ses rapports sont houleux.
     Fin 1793, quand le gros des forces vendéennes est écrasé, il continue seul la lutte. Remarquable stratège, Charette mène une guérilla implacable, refusant l'affrontement quand la situation ne lui est pas favorable, paralysant les mouvements de l'adversaire, s'emparant de ses armes, exposant le moins possible ses propres hommes. De ces derniers, dont il partage les misères, il est très proche. Eux, admirant sa bravoure, se feraient tuer pour lui.
     En février 1795, alors que, à Paris, les Thermidoriens cherchent une issue à cet interminable conflit civil, Charette et plusieurs autres chefs vendéens signent la paix de La Jaunaye. La trêve, toutefois, ne dure que cinq mois. Au cours de l'été suivant, de son exil, Louis XVIII confère à Charette le grade de général de l'armée catholique et royale. Un beau titre pour une réalité qui n'existe plus. Après l'échec du débarquement de Quiberon, les combattants royalistes se dispersent. Ils sont 32 autour de Charette, le 23 mars 1796, quand il est capturé dans les bois de la Chabotterie. Condamné à mort, il est fusillé trois jours plus tard, à Nantes, ayant obtenu de diriger le feu. Il avait 32 ans. Son corps, jeté à la fosse commune, ne sera jamais retrouvé.
     Le livre de Philippe de Villiers élude les défauts de Charette : son orgueil, sa dureté, son individualisme. Il fait bien ressortir, en revanche, son courage, sa gaieté, son sens du panache, traits typiques de l'officier d'Ancien Régime. « Que d'héroïsme perdu ! » lui avait dit le général Travot en le faisant prisonnier. La réponse du roi de la Vendée est restée pour l'Histoire : « Monsieur, rien ne se perd. Jamais. »
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com 
* Le Roman de Charette, de Philippe de Villiers, Albin Michel.

mercredi 12 octobre 2011

12 juillet 1790 : la Constitution civile du clergé, origine de la guerre de Vendée


Oui, ce fut une véritable guerre qui coûta la vie à 200 000 Blancs et à 300 000 Bleus. Oui, ce fut une véritable guerre, dont, au début, les faux retournées étaient l'arme unique pour les paysans de 600 paroisses qui se soulevèrent spontanément et appelèrent leurs “messieurs” à l'aide.
« L'Ouest, a dit Romier, est l'imagination de la France. » Aux premières heures de la Révolution, comme dans l'ensemble du pays, l'Ouest souhaitait des réformes, et les catholiques de ces régions y étaient si favorables que leurs curés, délégués aux États généraux, furent les premiers à quitter l'ordre du Clergé pour se joindre au Tiers État et à former la Constituante.
Mais survint le 12 juillet 1790 la loi scélérate votée par l'Assemblée nationale constituante et qui devait tout changer : la Constitution civile du clergé destinée à remplacer le Concordat de 1516 et instaurant les prêtres jureurs : des intrus devaient remplacer les « bons prêtres » qui se cachèrent. Il n'y eut plus de baptêmes, plus de mariages religieux qu'auprès des « bons prêtres », dans les bois, dans les maisons amies qui les recevaient. Louis XVI, emprisonné, fut compris dans cette colère et la guerre « pro Deo et Rege » s'esquissa. Les Vendéens se soulevèrent, appelant leurs maîtres, pour garder leurs prêtres ; et si le roi ne les préoccupait guère auparavant, le roi malheureux, le petit Dauphin, la reine, tous devaient être défendus. Ce fut donc une guerre sainte et, ainsi que le dit saint Thomas : « Le nom de martyrs peut être décerné même aux soldats qui ont succombé en combattant les ennemis du Christ et qui, jusqu'au dernier soupir, ont conservé cette ardeur de foi chrétienne qui leur fit prendre les armes. » Bien des chouans ont, en effet, leur procès en cours à Rome où ils attendent leur béatification.
Du 10 mars 1793 au 29 mars 1796 - pour ne parler que de la première “chouannerie” car, en vérité, cela dura jusqu'en 1815 -, il y eut 110 combats importants.
Rien ne put endiguer cette grande et sainte colère, même le sinistre Carrier qui, à Nantes, parlant de ses pontons en Loire, les appelait « le grand verre des calotins », « la baignoire nationale » ou bien encore le « château d'eau ». Il y expédia, du 22 décembre 1793 au 5 janvier 1794 : 2 150 personnes, dont 400 enfants. Une femme accoucha sur l'un de ces bateaux et y périt. Les enfants, habituellement, étaient noyés dans les excréments humains des diverses prisons, notamment l'Entrepôt, de sinistre mémoire. Les mariages républicains distrayaient ces messieurs : un prêtre, une religieuse, nus, attachés dos à dos ensemble, partaient pour ne plus revenir. C'est à 90 prêtres que revint l'honneur d'inaugurer les fameux pontons, le 16 novembre 1793 : le premier s'appelait la Gloire.
Les hommes qui devinrent les chefs de la Vendée n'étaient pas tous des aristocrates : Cathelineau, « le saint de l'Anjou », était maçon, père de 11 enfants ; Bonchamp, sous-lieutenant à 18 ans ; Charette fit 11 campagnes en dix ans de marine avant de devenir le chef de la Vendée. « Je jure, avait-il dit, de ne revenir ici que mort ou victorieux. » Il ne revint pas, mais son nom demeure. Il eut l'honneur d'être fusillé à Nantes en ce temps où la guillotine était le plus en faveur. La Rochejacquelin était sous-lieutenant à 13 ans ; à 17 ans, ses paysans en firent leur chef ; il n'avait que 21 ans lorsqu'il fut tué. Stofflet, Lorrain, était garde-chasse : il fut un chef aimé, lui aussi, mais son nom semblait impossible à prononcer par les siens qui le surnommèrent “Mistouflef ; d'Elbée, le général de la Providence, mourant, demanda, comme Bonchamp le fit, la grâce des prisonniers ; Lescure avait voulu émigrer, mais dissuadé par Marie-Antoinette, il rallia la Grande Cause.
Louis Chaigne, dans son livre La Vendée, écrit : « Pudique et mesuré, le paysage vendéen ne se livre que peu à peu. Il faut les feux de l'été pour l'aidera révéler sa force, sa grâce, sa vérité, ses nuances. L'habitant demeure insaisissable à qui ne sait pas mériter sa confiance. Le Vendéen, fils de Celtes, ne se donne pas, il se confie. »
À Dieu s'étaient confiés ces hommes, car ils savaient que selon ce qu'a dit saint Paul, « ce qui est considéré comme folie aux yeux du monde, est sagesse au regard de Dieu ».
Les Vendéens ne voulaient pas la guerre civile ; c'est contraints par les lois édictées à Paris, les exactions commises, qu'ils se battirent. Bonchamp ne disait-il pas : « Les guerres civiles ne donnent pas la gloire humaine, mais en réalité, sur le plan éternel le seul qui compte, ils ont tout gagné ? »
En fait, cette « victoire des vaincus » ne fut-elle pas le coup d'arrêt porté à la révolution antichrétienne et le retour de la liberté religieuse ? Et si c'est grâce au sacrifice de la Vendée que la France en jouit encore, il ne faut pas manquer de le répéter, car la liberté est une utopie, et la liberté religieuse n'aurait guère besoin de beaucoup d'aides pour disparaître au nom de cette liberté même.
Le pape avait stigmatisé les lois antireligieuses le 24 mars 1790 avant de condamner par deux brefs (du 10 mars puis du 12 avril 1791) la Constitution civile du clergé.
Et si, le 14 mars 1793, se soulevèrent les 600 paroisses dont je parlais tout à l'heure, la première de toutes fut Saint-Florent. Et ce ne fut pas par répulsion du service militaire puisque Napoléon lui-même a dit qu'« il n'y avait pas plus braves soldats que les Vendéens ».
Et le républicain Edgar Quinet, en qui l'on ne saurait voir un sympathisant de la Vendée, écrivit dans « La Révolution » : « La guerre de Vendée fut une guerre religieuse. Cela donna un tel désavantage aux républicains qu'en dépit de leur héroïsme, ils arrivèrent à ce résultat étrange tout vainqueurs qu'ils étaient, ils revinrent à la religion des vaincus ; c'est ce qu'ils furent obligés d'appeler : triomphe et pacification. La Terreur n'a pu réduire les Vendéens, elle n'a pu même obtenir une trêve. La pacification n'est devenue réelle que lorsqu'on a accordé aux Vendéens et aux chouans ce qu'ils demandaient, l'ancien régime de la religion. »
L'on a parlé de la cruauté des Vendéens, en omettant de signaler les atrocités des colonnes infernales. Or, il y eut bien maints Oradours en Vendée, en commençant par celui des Lucs-sur-Boulogne le 28 février 1794. Le curé Voyneau, âgé de 70 ans, s'est avancé au-devant de la colonne Cordelier, il supplie d'épargner ses paroissiens. Dans le chemin de la Malnaye, on lui arrache la langue et le cœur. La population s'est réfugiée dans l'église, elle y est massacrée, puis on abat le clocher à coups de canon : 569 morts, dont 109 enfants de moins de 12 ans.
Parlerons-nous du nommé Poiron, qui se faisait des colliers des oreilles coupées aux Vendéens et, de temps en temps, les faisait griller pour les manger en se donnant en spectacle ?
Ou du chirurgien-major Péquel, fondateur à Angers d'une tannerie de peaux humaines ? Le manchonnier Prudhomme put ainsi confectionner 32 culottes en peau de Vendéens que portèrent des officiers républicains.
Les Vendéens avaient la foi, une foi simple mais vive, inébranlable, et c'est parce qu'ils avaient la foi qu'ils ont agi comme ils l'ont fait. La guerre de Vendée n'a rien de semblable aux révolutions ou aux complots modernes : c'est la guerre d'un peuple lassé d'une oppression qui s'attaque aux libertés les plus chères du service de Dieu.
Pour illustrer cette foi, je citerai quelques anecdotes : le curé de Saint-Hilaire-de-Mortagne, avant de partir en déportation, dit à ses paroissiens : « Chaque dimanche, autant que je le pourrai, je dirai la messe à cette même heure pour vous. » Chaque dimanche, les paroissiens se réunirent dans l'église, malgré les scellés mis par les gendarmes. Les paysans, à l'heure de la messe, font sonner les cloches. La gendarmerie accourt et le brigadier demande : « Que faites-vous là ? - Nous sommes à la messe, rétorque l'un d'eux. Notre curé nous a promis, en partant, qu'il dirait la messe pour nous chaque dimanche, là où il serait. - Imbécile, reprend le brigadier, votre curé est à cent lieues d'ici et vous croyez assister à la messe ! - La prière, reprend le paysan, fait beaucoup plus de cent lieues, elle monte de la terre au ciel. »
Parmi les victimes du Champ des Martyrs d'Avrillé (2 200 victimes du 12 janvier au 16 avril 1794), où l'on compte les généraux des Essarts et Donnissan, le fermier Desvallois disait : « C'est bon pour mon champ, ça va le fumer. » Mme de Saillant demanda à l'exécuteur, en tendant un collier d'or qu'elle portait sur elle : « Je vous donne ceci à condition que vous fusilliez mes deux filles avant moi et que je puisse les soutenir jusqu'au bout. » Quand elle les vit alignées devant la fosse, elle s'écria : « À tout à l'heure, mes petites filles bien aimées ! Chez le Bon Dieu ! »
À Nueil, les Bleus descendent les cloches de l'église, les mettant sur des chariots, mais un groupe de paroissiens intercepte les chariots, tuent les ravisseurs, cachent les cloches dans la rivière ; elles seront replacées dans le clocher en 1807.
Après l'échec de Fontenay, le 15 mai 1793, les paysans exposés aux coups de l'ennemi s'arrêtent devant un calvaire ; Lescure, qui connaît bien ses hommes, dit à un officier qui veut intervenir : « Laissez-les, ils se battront mieux ensuite. »
N'est-ce pas aussi pour ces Vendéens que Charles Péguy a écrit : « Heureux ceux qui sont morts pour les cités charnelles / Car elles sont le corps de la Cité de Dieu » ?
Le capitaine Pierre Martin, officier dans les troupes du marquis de Coislin, quitta le 65e en garnison (en partie) à Savenay, et rejoignit le 30 juin 1815 les troupes de Coislin, lors de la deuxième chouannerie. Le capitaine Martin n'est autre que le grand-père de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Et l'on comprend mieux que Pierre l'Ermite ait pu écrire : « Si l'on pressait la terre de la Vendée comme une éponge, on en verrait sourdre le sang des martyrs. »
Carrier avait déclaré : « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière. » De fait, la loi du 22 prairial ôtait aux accusés les défenseurs, supprimait l'audition des témoins, les juges ayant même - déjà ! - le droit d'arrêter les débats en se déclarant suffisamment informés. Toutefois, rien ne put faire varier dans leurs idées ces fiers soldats.
Les Vendéens n'ont jamais failli à l'appel de la France ; la religion rétablie, ils se sont battus chaque fois qu'on le leur a demandé. Pas une famille de l'Ouest qui ne pleure un disparu de la Grande Guerre.
Ainsi, en septembre 1914, la fière attitude du bataillon de Beaufort à la charge des baïonnettes pour reprendre le château de Mondement ! Fervent catholique, le commandant, qui connaît les sentiments religieux de ses hommes, invite, avant la charge, le Père Gaillard à donner une suprême absolution. Tous les soldats, dissimulés dans les bois, s'agenouillent. L'ordre impératif d'attaquer est donné par le général Humbert. Beaufort, très calme, met ses gants blancs, saisit le bâton qu'il a coutume de porter et commande d'une voix forte : « En avant, mes enfants, pour la France, chargez ! » Il est tué d'une balle au front. Est tué également le capitaine Secondât de Montesquieu. Et, le 10 juin 1916, au fort de Douaumont où la bataille fait rage, ce sont les régiments de Maine-et-Loire, des Deux-Sèvres, de Bretagne, qui formèrent les IXe et XIe corps d'armée.
En juin 1926, à Londres, déjà, un grand chef militaire - non pas celui que vous croyez mais le Maréchal Pétain, s'exprimait en ces termes : « Sur le champ de bataille de Verdun, des baïonnettes dépassent le sol, plantées sur des fusils que des cadavres tiennent encore. Elles marquent les tranchées où se sont fait hacher des bataillons de la Vendée, une des vieilles provinces religieuses de la France. Les hommes qui se battirent là, soumis à un bombardement effroyable, restèrent stoïquement à leur poste et attendirent la mort en priant à haute voix comme les martyrs. La plupart furent tués ou enterrés vivants par les obus. Les baïonnettes qui hérissent leurs tranchées, devenues leurs tombeaux, disent assez leur obstination farouche, faite de la conscience d'un grand devoir et de la résignation habituelle aux travailleurs de la terre. Les nôtres avaient juré que l'ennemi ne passerait pas ; il n'est pas passé. »
Citer les faits d'armes des descendants des “rebelles” dans les guerres successives menées par la France serait bien long, nous n'avons, hélas ! que trop de choix. Mais pouvons-nous oublier l'allocution prononcée, le 12 juillet 1957, à Cherchell, par le général Bernachot, pour la promotion Cathelineau - le petit-fils du général vendéen, assassiné en Algérie par le FLN où il citait entre autres : « Pasteur disait : “J'ai la foi du paysan vendéen. Si j'avais étudié davantage, j'aurais la foi de la paysanne vendéenne. ” » Cathelineau avait la foi comme on l'a en Vendée, il l'avait vigoureuse, granitique, à la manière de ceux de là-bas.
« Dieu, disait Bossuet, est celui qui règne dans les deux et qui relève les empires. » Le malheur de nos temps actuels est précisément le laïcisme qui prétend organiser le monde sans Dieu, sinon contre Dieu. Les mauvais anges ont travaillé à mettre debout un monde laïciste et même athée, une contre-Église : la Révolution avait marqué une étape importante de leur tentative ; ils se sont servis et se servent toujours de certains instruments privilégiés, comme les doctrines aberrantes et les institutions perverties. Le cri de guerre des Vendéens au combat était “Rembarre”, qui veut dire « Barre le chemin ! » Ne doit-il pas être aujourd'hui le mot d'ordre de tous ceux qui s'opposent à la chute de notre civilisation et à la ruine de notre pays ?
Gisèle BAZAN. Écrits de Paris juillet 2010