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lundi 28 septembre 2020

Les faux rebelles

 Ils ont fait, selon leur génération, les barricades de 1968, les manifs étudiantes de 1986 ou les rassemblements anti-Le Pen de 2002. L’été 2003, certains se sont retrouvés à la grande fête altermondialiste qui s’est tenue sur le plateau du Larzac, comme au bon vieux temps des pantalons pat’d’eph’, des 2 CV orange et des sacs à main en toile de jute. Quand ils fument, ce n’est pas toujours du tabac. Leurs nuits sont peuplées de cauchemars qui ont nom capitalisme, libéralisme, fascisme et racisme. Etudiants hier, ils travaillent aujourd’hui dans des secteurs où ils gagnent beaucoup d’argent. Ils ont néanmoins bonne conscience, car ils sont des révoltés : contre un monde injuste et dur, ils portent haut le flambeau de la morale et des droits de l’homme. Ils le disent dans les journaux et à la télé – qui les accueillent volontiers. C’est maintenant le comble du chic : des brasseries de Saint-Germain-des-Prés au Festival de Cannes, tout le (beau) monde se dit « politiquement incorrect ».

Etrange unanimité. Car qu’y a-t-il derrière cette expression qui tend à se banaliser ? Au printemps dernier, Jean-François Kahn publiait un Dictionnaire incorrect (Plon) dans lequel il entendait pourfendre « la bien-pensance et les nouveaux conformismes ». Il y a trois ans, Vladimir Volkoff – qui vient de mourir – avait fait de même paraître un Manuel du politiquement correct (Editions du Rocher) où il s’attaquait à l’idéologie dominante. En effectuant une lecture croisée des deux volumes, on trouve quelques réflexions convergentes, mais surtout une multitude de désaccords, et sur des points essentiels. D’après Kahn, rechercher l’absolu est « sublime », mais « croire l’avoir trouvé génère toujours des catastrophes ». Volkoff déplore au contraire que « dans la vision politiquement correcte des choses, il n’y a pas d’absolu ».

Deux personnalités, deux livres, deux définitions opposées. L’expression « politiquement correct » étant passée dans le langage commun, chacun l’emploie en lui appliquant le contenu de son choix : on a ainsi entendu Jacques Chirac, Michel Rocard, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Jean-Marie Le Pen ou Laurent Fabius stigmatiser les méfaits du politiquement correct. S’y opposer, ce serait manifester le courage du « politiquement incorrect ». Mais cette étiquette n’étant pas non plus une marque déposée, n’importe qui peut prétendre jouer les contestataires en véhiculant les plus solides conformismes de l’époque : le magazine Les Inrockuptibles se vante bien d’être un journal « culturellement incorrect », alors qu’il a épousé toutes les causes militantes qui fleurirent aux Etats-Unis avec le mouvement « politically correct ».

C’est en Amérique, il ne faut pas l’oublier, que la formule est née. En 1990, un chroniqueur du New York Times dénonçait une « nouvelle orthodoxie en vogue sur les campus ». Se réclamant de Sartre, de Foucault, de Derrida, de Deleuze ou de Marcuse, le mouvement « pc » (prononcer pi-ci) rassemblait la gauche intellectuelle américaine : marxistes, postmodernistes, féministes et gays radicaux, afro-centristes, etc. Au mythe fondateur du melting-pot, celui de la fusion des cultures dans l’ American way of life, cette nébuleuse progressiste substituait le modèle du multiculturalisme, où chacun revendique sa particularité et obtient que sa différence soit protégée par la loi.

Importée en France au début des années 90, la formule a fait florès. Le politiquement correct, c’est désormais ce à quoi tout le monde affirme avec fierté ne pas se soumettre. Mais comment le définir ? Plus qu’une doctrine, l’expression évoque des réflexes, une sensibilité, une manière de réagir devant l’actualité. Vladimir Volkoff, dans le livre cité plus haut, mentionnait plusieurs sources idéologiques conditionnant ces réflexes : la sympathie pour les démunis et l’antipathie pour les possédants, héritage du socialisme ; un certain misérabilisme, venu du christianisme de gauche ; le goût de l’égalité et la méfiance à l’égard de la société, dans la lignée du rousseauisme ; le sens de la lutte des classes et l’affinité avec les mouvements révolutionnaires, avatar du marxisme ; le rejet de toute structure paternelle, scorie d’un complexe d’OEdipe sorti du freudisme ; la haine des normes morales et des hiérarchies sociales, legs de la « pensée 68 ».

Au cours de la même période, le politiquement correct s’est imposé dans les milieux culturels et médiatiques, souvent en contradiction avec les enjeux d’une époque qui a vu reculer les clivages idéologiques (le conflit Est-Ouest s’étant éteint, et la distinction gauche-droite ayant perdu de sa pertinence), et en tout cas en décalage avec la société. En matière de sécurité, d’éducation, de morale civique ou de regard sur l’immigration, on sait que les élites parisiennes, au nom du politiquement correct, ont vite fait de cataloguer de « populistes » les attentes d’une population qui n’habite pas les beaux quartiers. En matière économique, de même, l’antilibéralisme sert souvent de masque à un anticapitalisme primaire, appuyé sur des raisonnements déconnectés du réel.

Dès 1991, analysant dans Le Figaro l’émergence du politiquement correct, Annie Kriegel soulignait les dangers d’un nouveau maccarthysme consistant à délégitimer son contradicteur en l’assimilant aux personnages ou aux théories symbolisant le mal à travers l’histoire. Ce terrorisme intellectuel, au cours des dernières années, a été dénoncé par des esprits issus de traditions très diverses. Mais dans le cas de ceux qui venaient de la gauche, c’était au prix d’une contradiction ou d’une rupture avec leur famille d’origine. Cette rupture, encore faut-il l’assumer. Sous peine d’être un faux rebelle.

Jean Sévillia

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/les-faux-rebelles/

jeudi 27 août 2015

Tixier-Vignancour : une personnalité haute en couleur

Les Cahiers d'histoire du nationalisme édités par Roland Hélie et Synthèse nationale viennent de faire paraître un livre consacré à Jean-Louis Tixier-Vignancour (23 euros franco, en vente à nos bureaux). Ce livre de 185 pages, fort intéressant, contient notamment un album de photos et une interview passionnante de Jean-Marie Le Pen.
La jeunesse de Tixier
Tixier naît le 12 octobre 1907 à Paris (VIIe arrondissement). Il a de qui tenir. Son grand-père, Gilbert Tixier, commença comme simple ouvrier, puis devint, grâce à son sérieux et à son engagement, directeur d'une papeterie et sera élu adjoint au maire de la très bourgeoise commune de Neuilly-sur-Seine. L'ascenseur social avait fonctionné à plein. Le père de Tixier, Léon, poursuivra cette ascension puisqu'à l'âge de 27 ans, où il rencontre celle qui sera son épouse, il est déjà considéré comme un grand médecin des hôpitaux de Paris. Du côté maternel, André, un arrière-grand-père, sera procureur du Roi, puis de la République, puis de l'Empire. Son fils Louis sera député conservateur puis sénateur républicain de gauche des Pyrénées-Atlantiques. Jean-Louis ne le connaîtra pas mais sans doute son évocation lui donna-t-elle le goût de la politique. Il a eu deux frères : Raymond qui sera pilote de ligne et joueur international de hockey (il sera sélectionné aux JO de Berlin en 1936 et mourra dans un combat aérien au début de la guerre), et Gilbert qui sera professeur agrégé de droit. Mais revenons à Jean-Louis. Sa grand-mère Berthe, est une femme de gauche, bien que catholique pratiquante. Elle épousera la cause dreyfusarde et aura une grande influence sur son petit-fils qui écrira plus tard un livre dont le titre est : Si j’avais défendu Dreyfus. Jean-Louis, tout en se définissant comme "républicain", éprouve une grande admiration pour Charles Maurras. Après le bac, il décide de devenir avocat, comme son grand-père maternel.
L’étudiant D'Action Française
A la faculté de droit, il a comme condisciples Edgar Faure et Pierre Mendès-France. Le Quartier latin est alors en ébullition et les Camelots du Roi tiennent le haut du pavé, face aux communistes. Tixier choisit évidemment le camp de l'Action française. Un de ses amis s'appelle… Robert Brasillach. Tixier ne tardera pas à connaître, durant onze jours, les joies des geôles républicaines. La raison : l'action menée le 9 mars 1926 par les Camelots du Roi contre une conférence du capitaine Sadoul qui, envoyé comme attaché militaire à Moscou, avait rejoint l'Armée rouge. La soirée fut des plus agitées et le jeune Tixier finit au trou... Cela lui valut les louanges de Léon Daudet dans le quotidien de l'Action française. En 1927, Tixier, qui n'a pas encore vingt ans, obtient sa licence en droit et prête serment. Le voici engagé dans une carrière d'avocat qui durera 60 ans. En quelques années, il deviendra un avocat reconnu et apprécié pour son éloquence.
Tixier devenu Tixier-Vignancour, entre en politique.
Tixier était évidemment présent, place de la Concorde, le 6 février 1934. Il décide de se lancer en politique. Les élections de 1936, qui verront la victoire du Front populaire, lui donneront l'occasion de se présenter pour la première fois. Il choisit d'être candidat dans le fief familial d'Orthez, où son grand-père, Louis Vignancour, avait été élu. Il s'y présente sous l'étiquette de l'Alliance démocratique et de la défense agricole, un mouvement de centre-droit, et est soutenu par le Front paysan d'Henri Dorgères, que d'aucuns accuseront plus tard d'avoir des tendances fascistoïdes. C'est au cours de cette campagne que Tixier décidera d'accoler à son patronyme celui de Vignancour.
Tixier-Vignancour vient de naître et il réussit, contre toute attente, à se faire élire ! Il se fait très vite remarquer à l'Assemblée nationale par la virulence de ses attaques contre le chef communiste Maurice Thorez et apparaît comme un des opposants les plus déterminés du Front populaire. Il éprouve une grande admiration pour Jacques Doriot, le député-maire de Saint-Denis, fondateur du Parti populaire français et aura droit à des articles plus qu'élogieux dans l'organe du PPF, l'Emancipation nationale. La chute du Front populaire se produit le 18 avril 1938. Léon Blum démissionne. Tixier-Vignancour fera partie de ce que l'on nomme « le camp des munichois », opposé à la guerre qui s'annonce. Il estime que les accords signés par Daladier à Munich étaient de nature à éviter la guerre. A l'instar de l'Action française, il sait que la France n'est pas en mesure de vaincre  l'Allemagne nationale-socialiste. Mais hélas, la guerre éclate. On connaît la suite. Tixier-Vignancour, qui s'est conduit courageusement, est décoré de la Croix de Guerre avec étoiles d'argent et de bronze. Il rejoint Vichy où se réunissent les Assemblées. Lors d'une séance réunie le 9 juillet, il désigne les responsables de la tragédie les généraux, les ministres, Paul Reynaud, Léon Blum, et bien d'autres et vote, le lendemain, en faveur des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.
Son action à Vichy
Tixier- Vignancour se voit chargé par Laval de prendre en main la direction de la radio et du cinéma. Les conditions de travail sont pour le moins Spartiates. La radio d'Etat est en effet installée dans deux chambrettes de l'Hôtel du Parc, siège du gouvernement, séparées entre elles par trois étages. Le studio était fait de bric et de broc et le livre raconte que le Maréchal dut faire ses premières Interventions radiophoniques accoudé à une coiffeuse en bois blanc. Tixier s'entourera d'une petite mais brillante équipe, issue de Je Suis Partout et Lucien Rebatet en sera. Cela ne durera pas car les coteries qui entouraient le Maréchal accusèrent l'équipe d'être ouvertement pro-allemande. En plus de la radio, Tixier avait en charge le cinéma français. Il réussit à obtenir des Allemands que le cinéma reste sous le contrôle de l'Etat français. Au printemps 1941, il quittera définitivement ses fonctions. Il faut relever que l'ancien député d'Orthez, fidèle à sa formation maurrassienne, n'était guère favorable à la collaboration avec l'occupant.
D'aucuns disent que si Tixier-Vignancour a été mis à l'écart de Vichy ce serait surtout en raison de ses frasques par trop bruyantes qui avaient le don, dit-on, d'exaspérer le Maréchal. Il est vrai que Tixier était un personnage haut en couleurs qui ne buvait pas que de l'eau (de Vichy !) et ne ratait pas une occasion pour faire la fête. Jean-Marie Le Pen a raconté en riant à l'auteur de ces lignes que Tixier était un "galipettant" Direction Wikipedia afin de comprendre la signification de ce mot vieilli. Galipettant. celui qui fait des galipettes ! Il sera néanmoins décoré de la Francisque et finit par rejoindre son ami Edgar Faure à Tunis. Il aura quelques soucis avec les Allemands pour avoir défendu, en tant qu'avocat, des résistants. Il sera arrêté une seconde fois, mais pas par les mêmes, et fut incarcéré dans la même cellule que Pierre Pucheu, ancien ministre de l'Intérieur qui fut condamné à mort et fusillé le 20 mars, au honteux mépris des garanties qui lui avaient été données s'il rejoignait l'Afrique du Nord. Il fut la première victime de l'épouvantable épuration. Le responsable de cette ignominie fut, cela n'étonnera aucun lecteur, un certain... Charles De Gaulle.
Les années d’après-guerre
La période qui suit la Libération ne fut pas des plus faciles pour Jean-Louis Tixier-Vignancour. Il aura tout de même fait 18 mois de prison mais finira par bénéficier d'un non-lieu. Il doit évidemment se heurter à l'hostilité de ses confrères, souvent résistants de la dernière heure. Il défendit les proscrite du moment, tel un dénommé Gaveau, accusé faussement d'avoir livré à l'occupant un réseau de résistants composé en grande partie d'avocats. Gaveau sera plus tard disculpé des accusations dont il était l'objet. Contre toute attente, Tixier réussit à sauver la tête de son client. Au cours du procès, l'un des accusateurs, Roger Nordmann, perdant son sang-froid, insulta Tixier. Ce dernier, pour laver l'affront, le provoqua en duel. Ce duel fut très médiatisé et Tixier l'emporta bien qu'il n'eût jamais pratiqué l'escrime, pas davantage que son adversaire ! Il obtint aussi l'amnistie de Louis-Ferdinand Céline. Une affaire rocambolesque. On sait que Céline s'était prudemment réfugié au Danemark à la fin de la guerre. Cinq ans plus tard, il souhaita revenir en France. Mais comment faire ? S'il n'était pas amnistié, il avait toutes les chances de retourner en prison. Et il était plus qu'improbable que les juges amnistiassent un aussi sulfureux personnage. Tixier eut une idée géniale. Il défendit et obtint l'amnistie d'un certain Docteur Louis Destouches, qui n'était autre que Céline ! Les juges, qui ignoraient le vrai nom de Céline, n'y virent que du feu...
De retour en politique
Tixier suivit avec sympathie la création, en 1949, par les frères Sidos, du mouvement Jeune Nation. Il soutiendra aussi le lancement de l'éphémère Mouvement social européen, créé en 1951 par Victor Barthélémy, ancien cadre du PPF et finira par lancer son propre parti, le Rassemblement national dont il annonça la création lors d'une réunion organisée sous l'égide de RIVAROL, et qui deviendra une force non négligeable sur l'échiquier politique du milieu des années 1950. Tixier sera élu lors des législatives générales du 2 janvier 1956. Mais il ne peut que constater l'échec du Rassemblement national, confronté à la rude concurrence du mouvement poujadiste. Il mettra aussi, en ces années 1950, son talent d'avocat aux services de protagonistes dans des affaires qui feront grand bruit, l'« affaire des fuites » et « l'affaire du bazooka » qui sont décrites dans le livre de Synthèse nationale. La Vème République va débuter dans la confusion. Même un homme lucide comme Tixier-Vignancour accordera (à tort) sa confiance à De Gaulle, même s'il ne se fait pas beaucoup d'illusions, évoquant par la suite « une tragique méprise » au sujet des événements d'Alger, qui conduiront au retour de De Gaulle. Espérant sauver son siège de député, il ira jusqu'à voter "oui" au référendum du 28 septembre 1958 plébiscitant la Constitution de la nouvelle république. Il n'en sera pas moins battu et ne retournera jamais siéger à l'Assemblée.
Tixier sauve Salan
Après son arrestation à Alger le 20 avril 1962, un décret de De Gaulle envoie le général Salan devant le tribunal. Le procès débute le 15 mai. De Gaulle est pressé. Il lui faut du sang, et vite. La défense de Raoul Salan est assurée par Jean-Louis Tixier-Vignancour dont la plaidoirie passera à l'Histoire. Contre toute attente, il obtient des circonstances atténuantes. Le général Salan est sauvé ! Tixier est, dès lors, devenu l'avocat le plus haï du régime gaulliste.
Candidat à l’élection présidentielle de 1965
Tixier sera choisi pour être le candidat de l'opposition nationale à l'élection présidentielle. Jean-Marie Le Pen jouera un rôle majeur dans sa désignation. Il dut faire face à de lourdes réticences et dut batailler ferme pour le faire désigner. Ce qu'il regrettera par la suite. Si Tixier milite en faveur de la réhabilitation complète de tous les combattants de l'Algérie française, certaines de ses prises de position entraînent quelques remous dans ses rangs. Il préconisera ainsi un alignement de circonstance sur l'OTAN, espérant ainsi se démarquer des positions de De Gaulle, très hostile à l'Alliance atlantique. Mais Tixier-Vignancour ne va pas tarder à trouver sur son chemin plus atlantiste que lui. Jean Lecanuet, qui mènera une campagne à l'américaine, se présente. La campagne de Tixier, notamment la tournée des plages, dont Jean-Marie Le Pen sera le maître d'oeuvre et qu'il reproduira plus tard pour lui-même, rencontre un très grand succès. Mais entre rassembler des dizaine de milliers de curieux et même de partisans et traduire cette affluence dans les urnes, il y a du chemin à parcourir. Tixier est accusé d'être le candidat de l’extrême-droite terme qu'il réfute. De Gaulle le présente comme le candidat « de Vichy, de la collaboration fière d'elle-même, de la Milice et de l'OAS ». Rien que cela... Voulant contrer la candidature de Jean Lecanuet, commettra une erreur stratégique majeure De candidat de l'« opposition nationale » le voici qui se positionne comme « candidat de l'opposition nationale et libérale » pour finir comme « candidat libéral ». Il paiera cher cette maudite recherche de respectabilité et Jean-Marie Le Pen s'en souviendra quelques années plus tard quand il déclarera que les électeurs préfèrent l'original à la copie. De plus, Tixier se révélera curieusement mauvais devant les caméras de la télévision, où il cherchera à apparaître comme étant lisse. Le vote utile va faire des ravages. Des personnalités de la vraie droite, telles l'académicien Alfred Fabre-Luce ou le rivarolien Pierre Dominique appelèrent, par antigaullisme, à voter utile, c'est-à-dire pour Lecanuet. Trois semaines avant le premier tour, les sondages le créditaient de 13 à 19 % des intentions de vote. Il obtint 5,18 % des suffrages quand Lecanuet ramassait 15,5 % des voix. Une catastrophe. Le lendemain, sans en parler à ses amis, il annonça qu'il se désistait en faveur de François Mitterrand, soutenu par le Parti communiste. Inutile de noter que cette façon cavalière d'agir mit en fureur une partie de son équipe, dont Jean-Marie Le Pen. Le lecteur découvrira dans le livre les initiatives politiques qui suivirent, notamment la création d'un parti de centre-droit à sa dévotion, l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès (ARLP), qui avait en fait pour objectif de pouvoir négocier quelques places avec les centristes ou le CNI. Tixier, optimiste comme toujours, tablait sur 25 députés. Il n'y en eut aucun, un fiasco. En mai 1967, il apportera son soutien total à Israël lors de la guerre « des six jours ». Au demeurant, Lucien Rebatet en fit autant. Seuls des Maurice Bardèche, des Pierre Sidos ou des Henry Coston adoptèrent une position plus clairvoyante. La dernière aventure politique de Tixier se situa dans le contexte des élections européennes de 1979. Il fut tête de liste de l’Eurodroite, constituée autour du Parti des forces nouvelles, et obtint 1,28 % des suffrages.
Jean-Marie Le Pen : « Je regrette de ne pas avoir été moi-même candidat à la présidentielle de 1965… »
Interrogé par l'auteur de cet article, le Menhir a déclaré : « J'ai un seul vrai regret, c'est celui d'avoir fait désigner comme candidat à la présidence de la République Jean-Louis Tixier-Vignancour. C'est la faute politique que j'ai commise. J'ai vraiment fait une grave faute que je regrette ». Evoquant le candidat, JMLP déclare : « Il était incontrôlable. Il était capable de sorties invraisemblables ». Il raconta ainsi un jour, lors d'un meeting, que c'est lui qui avait rédigé le Discours sur l'état de l'Union que venait de prononcer le président américain Lyndon Johnson ! Commentaire de Le Pen « Jean-Louis était comme ça un peu mégalo ». Il est persuadé qu'il aurait réalisé un meilleur résultat que Tixier auquel il reproche de ne pas avoir permis l'émergence d'une droite nationale et d'un mouvement digne de ce nom. Commentaire en guise de conclusion du Menhir « Il faudra attendre vingt ans pour qu'en 1984 le Front national retrouve un niveau équivalent à celui que nous avions en 1965. Cette perte de temps a été criminelle pour la France » Mais hélas en choisissant sa fille pour lui succéder le Menhir a commis une plus « grave faute », pour reprendre son expression, et bien plus lourde de conséquences hélas pour le mouvement national et pour la France, qu'avoir choisi Tixier-Vignancour pour la présidentielle et 1965 il y a un demi-siècle.
R.S. Rivarol du 25 juin 2015

mardi 10 février 2009

REFLEXIONS SUR LE LIVRE « LE CHOC DES CIVILISATIONS » de Samuel Huntington

Il faut commenter ce livre qui est sans doute l'un des plus intéressants depuis l'œuvre « le déclin de l'Occident » de Spengler. Ce livre est manifestement le résultat d'une réflexion de plusieurs dizaines d'années d'un homme entouré de collaborateurs. Lorsqu'on le lit attentivement, la thèse de Fukuyama sur la fin de l'Histoire semble à côté bien légère, lecture faussement brillante de Hegel.
Certains rejettent la thèse du choc des civilisations comme un gadget car c'est une vision conflictuelle de l'homme ou des hommes entre eux. Cela ne cadre pas avec la pensée unique du village global composé de citoyens du monde.
Pour eux, les hommes sont interdépendants, donc ne peuvent s'opposer comme si chacun n'avait pas fait l'expérience dans sa vie qu'on est souvent plus interdépendant de son ennemi que de son ami. Huntington a répertorié tous les conflits qui ont existé sur la planète depuis la fin de la seconde guerre mondiale et surtout depuis la fin de la guerre froide et on retrouve pratiquement toujours des conflits entre civilisations. Lorsque François Mitterrand déclarait « le nationalisme, c'est la guerre » on a là une réflexion caractéristique d'un homme qui pensait le monde avec une ou deux générations de retard, encore prisonnier intellectuellement de son passé. Il n'y a plus de guerres entre nations en tant que telles, mais entre civilisations qui s'entrechoquent.
Pour Huntington, l'homme est défini par sa race, sa religion, sa culture et civilisation. Le critère le plus important selon lui est la religion, en tout cas des déterminismes autrement plus puissants que ceux de Bourdieu. Cette idée n'est pas nouvelle ni vraiment originale. Ce n'est certes pas ce qu'on apprend à l'école de la République qui a toujours nié les origines en voulant construire de façon artificielle un homme abstrait.
Les alliances ou les affinités se font donc sur ces critères. C'est le « Je préfère mes sœurs à mes cousines » de Le Pen à une dimension planétaire. La construction européenne se fait sur des critères d'affinités culturelles plus que sur des critères purement économiques.
La fin des idéologies politiques et non de l'Histoire ne fait que renforcer la thèse de Huntington. La guerre froide Est-Ouest n'a fait que masquer pendant très longtemps des mouvements antagonistes plus fondamentaux. Ou alors faut-il penser comme Heidegger que les religions ne sont que des idéologies.
La critique que l'on peut faire à ce livre est que l'auteur a tendance à réduire l'Occident à l'Europe (surtout de l'Ouest et centrale) et à l'Amérique du Nord.
Pourtant en Amérique du Sud, on peut considérer que certains pays par l'origine de leur population, leur culture et religion appartiennent à l'Occident ou en sont très proches. Quant au monde slavo-orthodoxe, la seule guerre qui fut sanglante avec l'Occident, fut le conflit serbo-croate, heureusement terminé.
Par ses productions culturelles, scientifiques ou artistiques, la Russie a enrichi le patrimoine culturel de l'Occident. Il y a certes un pôle slavo-orthodoxe, longtemps imprégné par le marxisme qui venait de l'Occident, dominé par la Russie mais la différence qui serait basée sur la religion orthodoxe est-elle si forte ? Les Grecs orthodoxes appartiennent à un pays qui est le berceau de l'Occident.
Ceci pose la question ontologique que ne pose peutêtre pas assez Huntington : qu'est-ce que l'être de l'Occident ?
La technologie, le confort matériel ou la licence des mœurs ? ou plus profondément un rapport au savoir hérité des Grecs qui s'oppose aux mythes et aux religions. Ce rapport peut-être scientifique depuis Aristote, philosophique depuis Platon et les pré socratiques. Ce rapport au savoir a permis notre développement technologique et économique. L'Occident est aussi l'importance accordée à l'individu héritée du christianisme et que l'on trouve sous formes diverses dans différents courants politiques et philosophiques : l'anarchisme, le libéralisme et la théorie kantienne, la pensée de Nietzsche et celle de Barres lorsqu'il écrivait « le culte de moi ».
Toutes ces valeurs différent en général de celles de la civilisation asiatique et surtout de l'Islam.
Ces deux civilisations peuvent même s'opposer fortement à l'Occident. Comme le souligne l'auteur américain, l'Islam monte en puissance en raison de sa démographie qu'elle peut exporter, et de la richesse de certains pays producteurs de pétrole. Quant à l'Asie, la réussite économique de nombreux de ses pays, lui permet de plus en plus de rejeter les valeurs occidentales.
Au passage, Huntington ne donne pas beaucoup d'importance à la distinction politiquement correcte entre Islam et Islamisme l'un étant contenu dans l'autre. Mais la grande puissance qui pourra rivaliser avec les États-Unis sera la Chine à la fin du siècle. Les Chinois se définissent eux-mêmes par la race, le sang, la langue, définition de soi qui en rappelle une autre aux Européens.
Pour l'auteur, il n'y a pas de valeurs universelles.
Une civilisation exporte ses valeurs qu'elle objective ou universalise lorsqu'elle a la force économique et militaire pour le faire. Les pays musulmans et asiatiques rejettent donc par leur montée en puissance de plus en plus nos valeurs.
Huntington aborde peu la question de l'immigration même s'il en parle parfois.
Pourtant celle-ci a constitué à créer le choc des civilisations sur le propre sol de l'Occident. Pourquoi notre civilisation occidentale a-t-elle fabriqué sa propre libanisation ?
Les États-Unis étant la puissance la plus forte économiquement et militairement ont imposé les valeurs du melting-pot aux pays européens qui ne le connaissaient pas sans tenir compte des problèmes conflictuels qui pourraient en résulter. On assiste à ce propos à une résurgence de l'Islam dans les banlieues. Le discours des jeunes est donc celui-ci : « Nous sommes musulmans, notre civilisation est supérieure, nous ne serons jamais vous, c'est-à-dire ni des Français, ni des Occidentaux, ni même pour reprendre une terminologie de gauche, des citoyens de la citoyenneté ». La France s'est aussi libanisée sur fond idéologique républicain, laïque, libéral et antiraciste.
On a aussi beaucoup manipulé la jeunesse en utilisant ses bons sentiments et sa naïveté. Le moule de l'école républicaine ne fonctionne plus depuis longtemps.
On peut même dire que l'immigration a plus détruit l'école de la république que celle-ci a transformé les immigrés en citoyens français.
La France est donc en son cœur confrontée à ce choc des civilisations et il ne sert à rien de le nier par aveuglement idéologique. Ce sera son futur défi. Une société multi-culturelle et même multi-civilisationnelle devient fatalement multi-conflictuelle. Le livre de Samuel Huntington, si on prend la peine de le lire même de façon très critique est là pour nous ouvrir les yeux. Ce questionnement fondamental devrait faire partie du débat pendant la campagne européenne.
par P G-S (mai-juin 2004)

lundi 9 juin 2008

« La torture » en Algérie

LE PEN REMET LES CHOSES L'ENDROIT

Au cours d'une conférence de presse au ton particulièrement solennel, Jean-Marie Le Pen a rétabli la vérité sur la "torture" pendant la guerre d'Algérie, et au long d'une grande leçon d' histoire, et de morale historique, s'est attaché à défendre l' honneur de l'Armée française.
Tout d'abord, le président du Front national a souligné que la campagne est d'origine communiste. Elle a été lancée par le parti communiste, qui « ne s'est jamais caché de sa complicité active avec les organisations rebelles et terroristes du Viêt-minh en Indochine, du FLN en Algérie », qui a « toujours lutté contre l'année française, tant au début de la Seconde Guerre Mondiale que pendant les guerres du Vietnam et d'Algérie ».
Une réédition communiste
Le parti communiste, « parti de la corruption et parti de la trahison, complice actif des sanglantes dictatures marxistes » qui pendant 70 ans ont été coupables de génocides, de déportations de masse, de tortures, « dans un terrifiant holocauste humain offert par des fous criminels aux dieux du communisme athée » : et ce sont « ces gens-là et leurs héritiers embourgeoisés qui osent mettre en accusation la France et l'Armée française. »
Cette campagne contre la torture, lancée « 45 ans après que dans la bataille d'Alger l'appareil terroriste et les méthodes secrètes du FLN et du parti communiste algérien furent brisées par la 10e DP, est la réédition de celle qui fut orchestrée par lui et le lobby de la torture pendant la guerre d'Algérie » . Il s'agissait alors, en diffamant l'Armée française, de venir en aide au FLN au bord de la déroute après l'échec de son offensive terroriste à Alger au début de 1957, en faisant oublier l' effet désastreux du massacre de Mélouza. Un « Oradour algérien » comparable à ceux qui continuent d'ensanglanter l'Algérie indépendante 38 ans après la guerre. Il s'agissait aussi de « défendre l'appareil terroriste majoritairement européen de sa filiale algérienne, le PCA, responsable à Alger de la fabrication, du transport et au moins au début de la pose des bombes » qui firent en quelques Semaines des dizaines de morts, des centaines de blessés, souvent mutilés à vie.
L'action antiterroriste
Or, quelle fut l'action antiterroriste dont Massu fut chargé ? Dans cette action, rappelle Le Pen, « le succès est une question d'heures puisque les fils des réseaux secrets se rompent 24 heures après l'arrestation d'un terroriste. On doit, dans ce délai, savoir où sont les bombes et qui sont ses complices ». Les interrogatoires, réalisés par des équipes spécialisées et supervisées par leurs chefs, « pouvaient aller jusqu'à l'imposition de douleurs physiques graduées mais sans séquelles invalidantes, que le terroriste pouvait d'ailleurs faire cesser en donnant les renseignements ».
En bref :« A la différence du FLN et du PCA qui terrorisaient les populations civiles, l'Armée ne terrorisait que les terroristes. Conformément à la morale et à la loi. Elle prenait le parti des innocents contre celui des criminels.» A titre d'exemple comparatif, Le Pen rappelle que dans la Willaya 3 en Kabylie, Mayouz, lieutenant d'Amirouche en proie à un délire d' espionnage, fit torturer et exécuter 3000 jeunes maquisards :« Vous avez dans vos rangs des hommes instruits et cultivés, ce sont tous des traîtres ... »
« Visiblement, s'indigne Le Pen, les insulteurs de l'Armée française ou les belles âmes qui jugent et condamnent de leurs fauteuils d'académiciens n'ont jamais vu de soldats tués ou mutilés par une mine ou éventrés par un coup de baïonnette ou un obus de mortier, ou des civils au nez coupé, aux jambes arrachées, aux yeux crevés. Ces souffrances-là ne sont pas comparables à celle d'un terroriste qui subit un interrogatoire musclé destiné à lui faire indiquer où sont les bombes et qui s'en sortira bousculé, peut-être meurtri, mais sans blessures et sans séquelles voire même intact comme Yacef Saadi chef terroriste d'Alger. »
Un témoignage personnel
Et Jean-Marie Le Pen apporte son propre témoignage: « Mon chef, le glorieux colonel Jean-pierre tombé au feu en mai 58 à Guelma, m'avait dit devant mon commandant de compagnie le capitaine Martin: " La mission que nous devons remplir à Alger comme militaires de carrière ne doit pas vous être imposée. Vous pouvez donc demander votre mutation." Je lui répondis: " Mon Colonel, j'ai l'honneur de servir dans votre régiment de parachutistes de la Légion étrangère, je reste, car demain, si je suis vivant, je retrouverai ma liberté de parole pour défendre mes camarades et l'Armée puisque celle-ci ne peut le faire étant la Grande Muette. " Quand j'ai regagné à l'Assemblée nationale le banc de députés que j'avais quitté pour m'engager aux cotés du contingent, j'ai pu tenir ma parole et dire ma solidarité avec l'armée vilipendée et insultée et répondre aux attaques injustes et diffamatoires dont elle était l'objet de la part des déserteurs, des planqués, et des traîtres porteurs de valises
Et Jean-Marie Le Pen tient à le dire à nouveau : « L'Armée française a gagné la guerre et n'a été frustrée de sa victoire que dans les allées du pouvoir politique, au mépris des serments de fidélité à l'Algérie française qu'on lui avait demandé de garantir. Elle a ménagé le sang, la souffrance, la dignité des combattants et des populations, et même de ses ennemis. Héritière de l'Armée de l'Empire français, elle n'a jamais pu être accusée de racisme. Disons-le clairement : les actes de violence inhumaine dont les tortures furent essentiellement le fait du FLN et de ses complices communistes.»
L'appel de Le Pen aux Français et aux Algériens
Ecartant donc toute idée d'une quelconque "repentance", Jean-Marie Le Pen lance un appel. Il en appelle à tous ceux qui ont combattu et souffert dans leur chair et leur âme, les combattants français, les pieds-noirs, les soldats musulmans fidèles et « les harkis, ignominieusement livrés et martyrisés », mais il en appelle aussi « aux Algériens, anciens combattants du FLN ou de l'ALN, et à la jeunesse de la jeune Nation algérienne, aux jeunes aussi qui résident en France, français ou algériens, pour qu'ils ne tombent pas dans le piège de l'agitation médiatique et la provocation du parti du communisme athée ».
Car pour Jean-Marie Le Pen il est clair que « ce que cherche aujourd'hui le parti communiste, c'est à entretenir chez les électeurs musulmans originaires d'Algérie, de plus en plus nombreux chez nous, une haine de la France qui les porterait à voter pour les candidats communistes ».
Or, au contraire, conclut Jean-Marie Le Pen à l'adresse des uns et des autres, si « nos routes nationales se sont séparées dans la douleur et dans la peine », « c'est notre devoir d'établir dans le respect de nos Nations et de leurs droits, les meilleures ou du moins les moins mauvaises relations possibles ». Car « nous avons en commun la tâche de construire la difficile paix des vivants au delà des combats et des sacrifices des morts ».
National Hebdo du 7 au 13 décembre 2000