Affichage des articles dont le libellé est Résistance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Résistance. Afficher tous les articles

dimanche 2 août 2026

Dans la Marine nationale, dans la Résistance, catholique, écrivain… un être hors du commun !

 

Par Gérard Leclerc

En 1964, Michel de Saint Pierre publie un roman : Les Nouveaux Prêtres. Ce texte le plaça alors au cœur des controverses sur l’application du concile Vatican II. Une biographie lui est aujourd’hui consacrée.

La biographie très complète – on peut même dire minutieuse – que Thierry Bouclier vient de consacrer à Michel de Saint Pierre me renvoie personnellement à tout un passé que j’ai quelque peine à conter à mes petits-enfants. Il se rapporte d’abord à un écrivain, notamment romancier, qui connut des succès remarquables avec Les Aristocrates en 1954, Les Écrivains en 1957, où l’auteur déployait tout son talent à décrire des milieux sociaux qu’il connaissait pour y appartenir. Sans s’y enfermer. Curieux aristocrate que le jeune homme qui délaisse ses études en Sorbonne pour s’engager aux chantiers navals de Saint-Nazaire et mène la rude existence de ses compagnons.

Mais comme si cela ne suffisait pas, il lui faudra encore s’engager dans la Marine nationale, toujours au bas de l’échelle. Puis ce sera la guerre, la défaite et l’engagement total dans la Résistance qui lui vaudra toutes les décorations possibles. Mais avec la Libération s’ouvre l’aventure littéraire à laquelle il semblait voué depuis toujours, avec les nouvelles sollicitations de l’actualité. C’est ainsi qu’il entre à la rédaction de l’hebdomadaire Témoignage chrétien, où il tient la rubrique cinématographique. Dans la même équipe, on trouve Pierre Debray qui tient la rubrique littéraire. Les deux hommes se retrouveront dans les années suivantes pour un combat commun contre les déviations postconciliaires. Mais ce n’était pas écrit d’avance, Debray étant devenu compagnon de route très actif du parti communiste de Maurice Thorez. Il faudra que Pierre Boutang intervienne dans son itinéraire intellectuel pour qu’il change radicalement de position.

« Les Nouveaux prêtres »

Michel de Saint Pierre, en dépit de son appartenance à un hebdomadaire réputé progressiste, n’était nullement enclin à se laisser déporter à l’extrême gauche. C’est ainsi qu’il va se retrouver complice avec Pierre Debray d’une rude offensive, dont la publication retentissante, en 1964, du roman intitulé Les Nouveaux Prêtres constitue le sommet. Il faut dire que le sujet est explosif. Alors que l’Église en France se trouve divisée sur les perspectives ouvertes à Vatican II, la mise en scène d’un jeune clergé complètement acquis à l’engagement communiste fait scandale. Les protestations indignées se multiplient alors que l’épiscopat est dans l’embarras.

Avec la distance, Les Nouveaux Prêtres apparaît comme significatif d’un moment crucial, de plus en plus éloigné dans la mesure où les problématiques changent selon les époques. Au tournant des XXe et XXIe siècles, alors que l’écrivain a quitté ce monde, les interlocuteurs ne sont plus les mêmes et ses successeurs investis dans d’autres combats. Il n’empêche que Michel de Saint Pierre demeure une figure de référence, du fait de ses convictions et de son courage.

Son biographe Thierry Bouclier nous entraîne dans d’autres chapitres de sa vie, notamment ceux qui touchent à ses prises de position politiques. Plus complexes qu’on peut le penser. Une question se pose toutefois. L’auteur des Aristocrates et des Nouveaux prêtres, depuis son décès le 19 juin 1987, est entré dans ce purgatoire littéraire qui voue à l’oubli tant d’auteurs qui furent célèbres de leur temps. Ce purgatoire est-il destiné à durer ? Certaines œuvres ré-émergent-elles en dépit du décalage des temps ? Ce qui est sûr, c’est qu’avec ce travail de Thierry Bouclier, une personnalité du siècle passé se trouve réanimée et remise en situation, au point de rendre justice à celui qui continue à s’inscrire dans une certaine lignée d’écrivains catholiques, de Léon Bloy à Jean de La Varende. 

https://www.actionfrancaise.net/2026/08/02/dans-la-marine-nationale-dans-la-resistance-catholique-ecrivain-un-etre-hors-du-commun/

dimanche 10 août 2025

La gauche et l'extrême gauche adorent tripatouiller l’histoire…

 

Hollande et la Résistance : demi mémoire n'est pas mémoire ! - INITIATIVE  COMMUNISTE

Synthèse nationale

En cette période de vacances estivales, et à l’occasion de la sortie du dernier numéro de la Revue d’Histoire Européenne (RHE), consacrée à La face cachée de la Résistance, nous mettons en ligne un large extrait d’un article que notre camarade Maurice Bernard a consacré, il y a quelques mois, à l’instrumentalisation de l’histoire, à des fins politiques, par la gauche et l’extrême gauche (n°68 de la revue Synthèse nationale, hiver 2024-2025).

Rappelons le contexte. Nous sommes en octobre de l’année dernière. La sortie du livre de Jordan Bardella (Ce que je cherche, éditions Fayard) s’accompagne d’une de ces polémiques devenues "obligatoires" dans notre pays dès lors qu’on est en présence d’un événement concernant le "camp du mal". En l’occurrence, il s’agit de l’annonce d’une campagne d’affichage publicitaire pour l’ouvrage en question dans une centaine de gares SNCF, soit 3,3% seulement des quelque 3 000 que compte le réseau ferré !

À cette nouvelle, le "camp du bien", conditionné, entre en crise et se mobilise.

C’est ainsi que l’inénarrable "insoumis" Thomas Portes publie sur twitter une courte vidéo appelant le "front du refus" à faire pression pour empêcher la commission du sacrilège : « Jamais l’extrême droite et Jordan Bardella ne seront les bienvenus dans les gares françaises. Les cheminotes et les cheminots se sont construits dans la Résistance, se battant contre le fascisme. Plus de 7 500 cheminots (et les "cheminotes", alors ? NDLR) sont morts sous les bombes des nazis. L’ancien secrétaire général de la Fédération des cheminots, Pierre Semard, a été fusillé en 1942. Et en 1944, les cheminots ont lancé la grève insurrectionnelle au moment où les fondateurs du Rassemblement national collaboraient avec l’Allemagne nazie. Jamais nous n’accepterons les affiches de l’extrême droite et de Jordan Bardella dans les gares françaises ».

Réagissant à ces propos du député "éléfiste", Maurice Bernard écrit alors, entre autres, dans Synthèse nationale :

« Le camarade-député Portes est un apparatchik au parcours balisé. (…) Par conséquent, s’il ne connaît pas forcément sur le bout des doigts les classiques de la pensée marxiste-léniniste, en bon "mutin de Panurge", il les met en pratique avec zèle.

C’est ainsi que conformément à la 11e des 21 conditions de Lénine, il appartient, sans états d’âme, à un groupe parlementaire "subordonné" de fait "à la direction du Parti", dont "les éléments peu sûrs" (en l’occurrence Corbière, Garrido, Autain, Ruffin, etc.) ont été "éloignés", et dont les membres restants "(soumettent) toute (leur) activité aux intérêts d’une propagande et d’une agitation réellement révolutionnaires".

Or, on le sait, lesdites "propagande et agitation révolutionnaires", dans le domaine historique, consistent tout particulièrement à préserver le roman communiste concernant l’attitude du Parti avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Et par opposition, à noircir du même coup les prises de position, les engagements - réels ou supposés – de ses adversaires d’alors - et de leurs successeurs -, désignés comme "fascistes". Il s’agit de maintenir vivante, à tout prix, la légende dorée, orthodoxe, écrite par le clergé de l’ex-secte moscoutaire et défendue jalousement par ses ouailles de combat (dont Portes fait partie). Une légende sur laquelle repose en grande partie l’influence de l’extrême gauche dans la France d’après 1945.

Avec son envolée, le député "insoumis" démontre qu’il connaît son petit catéchisme rouge, à défaut de respecter la vérité historique. Son contenu, en effet, appelle quelques remarques et rectifications.

Les faits historiques sont têtus

D’abord, de 1940 à 1944, la France, parce qu’écrasée en mai-juin1940, était militairement occupée par les Allemands (et les Italiens), en partie jusqu’en novembre 1942, en totalité après cette date. Par conséquent, la SNCF et la grande majorité de ses quelque 500 000 employés, qui ont bien dû continuer de travailler, n’ont eu d’autre choix que d’obéir aux ordres de l’occupant (participant ainsi à son effort de guerre et… de déportation). Seule une minorité s’est engagée activement dans la Résistance…

Ensuite, dans l’ouvrage de Cécile Hochard, Les cheminots dans la Résistance, paru en 2011 (La Vie du Rail), il est dit que "1.106" cheminots sont "morts en déportation ou disparus", que "502" ont été "fusillés" et que "39" sont "décédés de causes diverses après leur arrestation". Quant au site de la SNCF, il nous apprend, sans plus de précisions, qu’en tout, "10.000 cheminotes et cheminots sont morts au combat, sous les bombardements (en particulier anglo-américains, NDLR), fusillés ou en déportation"… Le croisement de ces deux sources nous permet donc d’estimer le nombre des cheminots tués au combat ou sous les bombardements à environ 8.000. Dès lors, on voit mal comment les seules bombes allemandes auraient pu en tuer, comme l’a affirmé Portes, "plus de 7.500" (ce qui ne laisserait que 500 victimes pour les combats – en particulier ceux de mai-juin 1940 : entre 70.000 et 90.000 morts français – et pour les bombardements anglo-saxons – environ 60.000 morts français)…

Enfin, Pierre Semard, l’ancien secrétaire général des fédérations CGT et CGTU du rail (et membre du comité central du Parti communiste), a été arrêté sous la IIIe République finissante,  le 20 octobre 1939, - et condamné à trois ans de détention - pour infraction au décret-loi du 26 septembre précédent prononçant la dissolution des organisations communistes (en réaction à la signature du Pacte germano-soviétique). C’est donc en tant que membre d’un parti "allié" de fait de l’Allemagne nazie (jusqu’en juin 1941) qu’il se trouvait en prison (du fait des autorités républicaines françaises), et en tant qu’otage qu’il a été fusillé à Évreux, le 7 mars 1942 (comme vingt-cinq autres personnes le même jour), à la suite de deux séries d’attentats, et non en qualité de résistant.

Il y a quelques décennies, une blague mettait en scène un court dialogue entre un député et son jeune enfant :

  • Le père : À ton âge, j’aurais eu honte de mentir de la sorte.
  • Le fils : Et à quel âge as-tu cessé d’avoir honte ?

Manifestement, cela fait quelques années que Thomas Portes a fini d’avoir honte…

Pour vous procurer le dernier numéro de la revue Synthèse nationale, cliquez ici.

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2025/08/10/la-gauche-et-l-extreme-gauche-adorent-tripatouiller-l-histoi-6558582.html

mardi 7 mai 2024

Lettre d’un résistant fusillé : Le Parisien caviarde les références catholiques et à la « France éternelle »

 

Henri Fertet est né le 27 octobre 1926 à Seloncourt, dans le Doubs, et est baptisé à Verdun le 15 mai 1927 à l’église Saint-Victor. Mort fusillé le dimanche 26 septembre 1943 à Besançon, il fut un résistant français.
Membre du Groupe Guy Mocquet, il est arrêté par les Allemands le 2 juillet à 3 heures 30 et fusillé le dimanche 26 septembre 1943 à 7 heures 36 à la Citadelle de Besançon, à l’âge de 16 ans, avec 15 de ses camarades.
Il fut compagnon de la Libération à titre posthume (décret du 7 juillet 1945) mais aussi Chevalier de la Légion d’honneur. Il reçut également la croix de guerre 1939-1945, la Médaille de la Résistance, la Croix du Combattant Volontaire 1939-1945 ainsi que la Médaille des Déportés et Internés Résistants. Cette lettre est un témoignage bouleversant
 


La Lettre publiée dans Le Parisien

« Chers parents, ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, par amour pour moi.
Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir [.
..] pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis et, souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait […] Avant, je vous aimais par routine plutôt mais, maintenant, je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé au vrai amour filial […] Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première Nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. […] Pour moi, ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout et je chanterai “Sambre et Meuse” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a appris […] Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille.
Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable ? Je meurs volontairement pour ma patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les 4 au ciel. Qu’est-ce que cent ans ? […] Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir. Mille baisers.
Vive la France.
Un condamné à mort de 16 ans. »
Le Parisien


La Lettre dans son intégralité

Besançon, prison de la Butte (Doubs)
26 septembre 1943
Chers parents,
Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vu si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.
Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin, pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis et, souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez douter de ce que je vous aime aujourd’hui, car avant, je vous aimais par routine plutôt mais, maintenant, je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être, après la guerre, un camarade parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué ; j’espère qu’il ne faillira point à cette mission désormais sacrée.
Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement mes plus proches parents et amis, dites-leur toute ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et cousins, Henriette. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant mes camarades du lycée. À ce propos, Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin, mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez le “Comte de Monte-Cristo” à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice Andrey de La Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.
Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon cher Papa, mes collections à ma chère maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.
Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête.
Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.
Pour moi, ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout et je chanterai “Sambre et Meuse” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a appris.
Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur les “trois petits nègres”, il en reste un. Il doit réussir.
Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille.
Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans ?
Maman rappelle-toi :
“Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs Qui, après leur mort, auront des successeurs.”
Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.
Mille baisers. Vive la France.
Un condamné à mort de 16 ans.
H. Fertet.
Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.
Expéditeur : Monsieur Henri Fertet, Au ciel, près de Dieu.
(Merci à Maximus)

https://www.fdesouche.com/2015/05/09/le-parisien-publie-la-lettre-dun-jeune-resistant-fusille-les-references-au-cure-leveque-et-la-france-eternelle-sont-caviardees/

dimanche 17 décembre 2023

L’abbé Pierre : Un chrétien dans la Résistance

 

Abbé Pierre : Un chrétien dans la Résistance

Jeune aumônier, Henri Grouès entre dans la Résistance en 1942. Il prend pour nom de guerre "abbé Pierre". Sauvetage d'enfants juifs, presse clandestine, filières d'évasion..., ses activités contre l'occupant furent multiples, même si elles sont moins connues que son engagement aux côtés des pauvres.

Henri Grouès, né le 5 août 1912 à Lyon, entre à 19 ans chez les Capucins au couvent de Notre-Dame de Bon Secours à Saint-Etienne (Loire), puis celui de Crest (Drôme). Il est ordonné prêtre en août 1938. Son tempérament le conduit à choisir le clergé séculier. Il est nommé vicaire de la paroisse Saint-Joseph à Grenoble l'année suivante, avant d'être mobilisé comme sous-officier en Alsace au 28e groupe sanitaire divisionnaire (GSD).

Atteint d'une pleurésie, il est hospitalisé au moment de la défaite en mai 1940. Il devient aumônier de l'hôpital de La Mure (Isère) en octobre 1940, puis d'un orphelinat à la Côte-Saint-André. A l'été 1942, il rejoint la Résistance et prend pour nom "abbé Pierre". Il participe, en Chartreuse, à la création d'un maquis qui sera déplacé en 1943 dans le Vercors, à Voreppe et Sornin, puis à Malleval, où, le 29 janvier 1944, la plupart sont massacrés par les Allemands.

Vicaire à la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, il recueille des enfants juifs dont les familles ont été arrêtées lors des rafles des Juifs étrangers en zone Sud, en août 1942. Il fabrique des faux papiers et réalise un journal clandestin, l'Union Patriotique Indépendante. Il met aussi en place des filières d'évasion par la Suisse. Ainsi, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1943, il réussit à exfiltrer vers ce pays Jacques de Gaulle (1893-1946), l'un des trois frères du chef de la France Libre, gravement malade et recherché par la Gestapo.

Il imprime également à son domicile et distribue, sous le titre Résistance, des tracts faisant connaître les textes principaux des positions spirituelles de la Résistance. En novembre 1942, au moment du débarquement allié en AFN, aidé d'un groupe de jeunes ouvriers de son quartier, et en liaison avec l'autorité militaire, il enlève des stocks d'effets (chaussures, literie, etc...) des casernes et les met en lieu sûr en prévision de leur utilisation par l'Armée Secrète.

Après l'instauration du Service du Travail Obligatoire (STO) en février 1943, l'abbé Pierre vient en aide aux réfractaires en leur fournissant des cartes d'identité, de ravitaillement, de travail...

En août 1943, menacé d'arrestation par la Gestapo, il quitte Grenoble pour Lyon. Il travaille en contact avec l'état-major secret de la 4e Région. En février 1944, il rejoint Paris où il œuvre avec le Centre d'information et de documentation qui devient l'Agence de documentation et d'information du Conseil National de la Résistance. Il est alors l'abbé Georges Houdin.

Arrêté en mai 1944 par les Allemands à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), il s'évade et passe le 26 mai la frontière espagnole avant de rejoindre, via Gibraltar, les Forces Françaises du général de Gaulle à Alger le 16 juin, sous le nom de Sir Harry Barlow.

Le 9 août, il s'engage et est nommé aumônier sur le Jean Bart à Casablanca. D'août 1944 à janvier 1945, il accomplit auprès des milieux marocains un important travail d'information. La même année, il est nommé aumônier honoraire de la marine à Paris.

Les services accomplis dans la Résistance par l'abbé Pierre sont reconnus par le certificat d'appartenance aux Forces Françaises de l'Intérieur (modèle national) n° 1075/BR-FFCI/FI-Sp du 23 mars 1948, établi au titre de l'état-major régional Armée Secrète Région I pour la période du 15 mars 1943 au 26 mai 1944.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/04/l-abbe-pierre-un-chretien-dans-la-resistance.html

mercredi 13 décembre 2023

Ces chrétiens qui ont combattu le nazisme : Monseigneur Jules-Géraud Saliège

 

Ces chrétiens qui ont combattu Hitler

Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse (Haute-Garonne), fut l’un des rares parmi les dignitaires de l’Eglise catholique française qui osa ouvertement protester contre le nazisme, durant les années sombres de l’Occupation.

Après la rafle du Vel’ d’hiv, les 16 et 17 juillet 1942, les cardinaux et archevêques de la zone nord avaient élevé une protestation : "Profondément émus par ce qu’on nous rapporte des arrestations massives d’Israélites (...) et des durs traitements qui leur ont été infligés (...), nous ne pouvons étouffer le cri de notre conscience..." Cette déclaration paru trop faible à Monseigneur Saliège.

mardi 12 décembre 2023

Ces chrétiens qui ont combattu le nazisme : Le Père Pierre Bockel

 

Ces chrétiens qui ont combattu le nazisme : Le père Bockel

Le père Pierre Bockel est un résistant de la première heure qui créa l’un des premiers réseaux de résistance française en août 1940. Juste parmi les nations, commandeur de la Légion d’honneur, Croix de guerre 39/45, Médaille de la Résistance, Pierre Bockel est également l’auteur de nombreux ouvrages, dont en 1973 L’Enfant du rire, préfacé par André Malraux.

Pierre Bockel est né le 3 octobre 1914 à Saint-Amarin (Haut-Rhin). Il débuta ses études primaires au collège de la ville de Thann, puis fut envoyé au collège marianiste de la Villa-Saint-Jean à Fribourg en Suisse. En 1929, lors de vacances à Thann, il rencontre l’abbé Jean Flory, un prêtre de la région qui va être à l’origine de sa vocation religieuse.

Peu avant la seconde Guerre mondiale, il commence ses études religieuses au séminaire des Carmes à Paris avant de les interrompre afin d’effectuer son service militaire. Il est finalement capturé par l’armée hitlérienne le 22 juin 1940 à Gérardmer, le jour même de la signature de l’armistice entre la France et l’Allemagne. Du fait de ses origines alsaciennes, il est rapidement libéré.

Dès le mois d’août 1940, il décide d’organiser un vaste réseau de résistance contre l’annexion de l’Alsace au troisième Reich. Il est finalement expulsé avec toute sa famille le 10 décembre 1940. Son père se réfugie en Algérie où il trouve une étude de notaire, tandis que Pierre Bockel rejoint le séminaire universitaire à Lyon où il poursuit ses études de théologie. Il est ordonné prêtre en la cathédrale de Fourvière de Lyon le 24 juin 1943.

Parallèlement à ses études de séminariste, il poursuit des activités clandestines dans la Résistance. En lien avec le réseau Martial de Paul Dungler (germanophobe et ancien membre de l’Action française), Pierre Bockel devient l’un des responsables, avec Bernard Metz, de la zone Sud de cette organisation, spécialisée notamment dans l’évasion. C’est le réseau Martial qui organise l’évasion du général Giraud en 1942.

Il collabore également au journal de la Résistance les Cahiers du Témoignage chrétien, publication clandestine fondée notamment par le père jésuite Pierre Chaillet, dont la devise est : « Vérité et justice quoi qu’il en coûte. » L’influence de ce journal dépasse de beaucoup les milieux chrétiens, touche tous les hommes de bonne volonté. En septembre 1943, à Toulouse, secondé par une petite équipe, Pierre Bockel rédige en une semaine un numéro consacré à l’Alsace et à la Lorraine, terres françaises.

Pierre Bockel prend également une part active au sauvetage des juifs. Il procure de faux papiers à de nombreux juifs, comme à Charles Schwed et sa famille. Il protège une autre famille juive à Toulouse, qu’il guide dans la Drôme, pour la confier à des tantes qui acceptent de la cacher. Il sauve également de la déportation David Weill et sa famille. Titulaire de la Médaille de la Résistance, il est élevé en 1988 à la dignité de Juste parmi les nations.

Il rejoint un maquis en juin 1944, opérant aux confins du Gers et de la Haute-Garonne. Il participe ainsi à des sabotages ferroviaires, à des embuscades contre des convois allemands. Ce maquis, regroupant des nombreux Alsaciens et Lorrains réfugiés dans le Sud-Ouest, donne naissance à la brigade FFI Alsace-Lorraine. Le commandant Noettinger en accepte le premier commandement. Puis il s’efface devant la présence providentielle d’André Malraux (colonel Berger), qui en prend la direction en septembre 1944, avec le lieutenant-colonel Pierre-Élise Jacquot.

Les 2000 volontaires de cette unité d’élite intègrent la 1re armée française du général de Lattre de Tassigny. Pierre Bockel devient l’aumônier de la brigade Alsace-Lorraine. Durant cinq mois, de septembre 1944 à février 1945, elle participe aux terribles combats en Alsace, se distingue lors de la prise de Dannemarie, durant la défense de Strasbourg et la libération de Colmar. Les combats se déroulent dans les pires conditions, sous la neige et un froid terrible, avec un équipement souvent insuffisant, des armes disparates, contre des troupes allemandes fanatisées.

Retrouvez le portrait de chrétiens qui ont combattu le nazisme

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/05/ces-chretiens-qui-ont-combattu-le-nazisme-le-pere-pierre-bockel.html

lundi 11 décembre 2023

Ces chrétiens qui ont combattu le nazisme : Laure Gatet

 

Ces chrétien qui ont combattu le nazisme : Laure Gatet

Laure, Constance, Pierrette, Gatet naît le 19 juillet 1913, à la Maison-Dieu, commune de Boussac-Bourg (Creuse), dans une famille d’enseignants. Elle passe son certificat d’études primaire à Boussac, reçue première du canton. Dispensée de sixième, elle suit sa cinquième et sa quatrième au lycée d’Aurillac (Cantal), puis la troisième, la seconde et la terminale au collège de jeunes filles de Périgueux (Dordogne) ; son père y est alors directeur de l’École normale d’Instituteurs. Laure Gatet obtient le baccalauréat de Philosophie en 1931, puis poursuit des études universitaires à Bordeaux (Gironde).

D’abord docteur en pharmacie (1937), elle se tourne vers la recherche en biochimie et devient l’assistante du professeur Louis Genevois à Bordeaux, auprès duquel elle obtient le doctorat ès-sciences en janvier 1940 (thèse sur la maturité des raisins).

Étudiante, elle milite dans le groupe catholique du père Dieuzayde, prêtre jésuite français, aumônier de l'Association catholique de la jeunesse française (ACJF) dans l'entre-deux-guerres qui s’engagea dans le réseau Jade-Amicol.

Laure Gatet est une catholique sincère, croyant à la justice, une patriote. Dès l’automne 1940, elle prêche la résistance à l’occupant nazi. En janvier 1941, par l’intermédiaire des frères Cayrol – Pierre mourra en déportation, Jean deviendra écrivain – elle s’engage dans le réseau Confrérie Notre-Dame (devenu CND-Castille en 1944), fondé par le colonel Rémy. Agent de liaison sous les ordres du colonel Fleuret, secrétaire du port autonome de Bordeaux, elle porte des messages, soit vers la frontière espagnole, soit en zone “libre” : pour aller voir sa mère, elle bénéficie d’un Ausweiss l’autorisant à faire le trajet Bordeaux-Périgueux toutes les semaines. Traversant la ligne de démarcation à Montpon-sur-l’Isle [1], elle subit à chaque passage une fouille l’obligeant à se déshabiller. Elle agit avec tant de discrétion que sa tante – avec qui elle vit à Bordeaux – et que ses collègues du laboratoire de biologie ignorent tout de son activité.

Après avoir été arrêté, l’opérateur radio de son groupe lâche des informations au cours des interrogatoires qu’il subit. Le 10 juin 1942, à 5 heures du matin, trois policiers (un français et deux allemands) viennent arrêter Laure Gatet chez sa tante, au 3 rue du Teich. Fouillant la maison, ils n’y trouvent rien. D’abord conduite à la caserne Boudet à Bordeaux, elle est ensuite emprisonnée au fort du Hâ où elle reste quelques jours, résistant aux interrogatoires.

Le 15 juin, elle transférée à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e, dans le “quartier allemand”, au rez-de-chaussée. Généralement, les prisonniers politiques (Résistants) y sont incarcérés en cellule individuelle : ils ne se voient pas les uns les autres et ne se connaissent que par la parole ou par des signaux codés frappés sur les canalisations.

Laure Gatet se trouve à proximité de la cellule de Marie-Claude Vaillant-Couturier. Quand des Résistants sont extraits de la prison pour être fusillés, celle-ci prononce à haute voix quelques mots les concernant. Quand elle est transférée au fort de Romainville, fin août 1942, Laure Gatet, poursuit cet hommage. Selon Charlotte Delbo, ceux et celles qui – dans cette prison – entendent la voix de Laure quand elle dit la prière des morts pour les hommes qui partent à la fusillade, voient son visage : « le visage de sa voix, clair et ardent ».

Finalement, le matin du 24 janvier 1943, Laure Gatet et deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. 

Le 27 janvier, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

La jeune femme a la dysenterie dès l’arrivée : en quelques jours, elle est épuisée. D’abord admise au Revier (“hôpital”) [4] du camp de femmes de Birkenau, elle en est renvoyée parce qu’elle n’a pas de température (la dysenterie ne donne pas de fièvre ; la température est plutôt inférieure à la normale). Charlotte Delbo note : « Laure Gatet est revenue avec nous un soir. Elle est morte pendant l’appel le lendemain matin » ; elle n’avait pas trente ans.

Laure Gatet est décédée à Birkenau après la mi-février 1943. L’acte de décès établi par l’administration SS fait partie du nombre des documents détruits au moment de l’évacuation du complexe concentrationnaire d’Auschwitz, en janvier 1945.

Laure Gatet est homologuée avec le grade de sous-lieutenant dans la Résistance intérieure française (R.I.F.). Le 10 novembre 1955, elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur par décret du président du Conseil, René Coty, avec attribution de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme et de la Médaille de la Résistance.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/05/ces-chretiens-qui-ont-combattu-le-nazisme-laure-gatet.html

samedi 11 novembre 2023

Olivier Wieviorka présente son « histoire de la résistance en Europe occidentale » [interview]

 

Resistance-Sud-Ouest-02

14/01/2017 – 08H00 Paris (Breizh-Info.com) – Début janvier 2017 est parue « une histoire de la résistance en Europe occidentale » d’Olivier Wieviorka, aux éditions Perrin. Historien, professeur à l’Ecole normale supérieure de Cachan, Olivier Wieviorka est un spécialiste reconnu de la Résistance et de la Seconde Guerre mondiale, auxquelles il a consacré plusieurs livres, dont une Histoire du Débarquement en Normandie qui fait autorité et une Histoire de la résistance acclamée par la critique, primée par l’Académie française et plébiscitée par le public. Il a également codirigé, avec Jean Lopez, Les Mythes de la Seconde Guerre mondiale.

Présentation de l’éditeur :

La résistance en Europe de l’Ouest a longtemps été considérée comme un phénomène national. Et elle a, de longues années durant, été analysée comme telle, les historiens privilégiant, pour l’étudier, le cadre de leur pays. Pourtant, si les facteurs internes jouèrent un rôle central dans sa naissance, la part des Anglo-Américains dans sa croissance fut éminente : en Norvège comme au Danemark, aux Pays-Bas comme en Belgique, en France et en Italie, l’armée des ombres n’aurait pu croître sans le soutien de Londres d’abord, de Washington ensuite.

Il convenait dès lors de décloisonner les frontières et d’élargir les horizons pour offrir la première histoire transnationale de la résistance en Europe occidentale.
Pour ce faire, Olivier Wieviorka a étudié l’organisation puis l’action des forces clandestines et des gouvernements en exil de six pays occupés entre 1940 et 1945. En scrutant le rôle de la propagande, du sabotage et de la guérilla dans cet espace ouest-européen, il invite à reconsidérer sans tabou l’action de la résistance, ainsi que ses relations, tantôt cordiales, tantôt conflictuelles, avec les Alliés et les pouvoirs installés à Londres. Tout en mesurant la singularité de chaque pays, ce prisme original lui permet de pointer la communauté de destin qui unit cet ensemble appelé à être libéré par les troupes anglo-américaines.
L’auteur lève également le voile sur l’importance des finances, de la logistique et de la planification des grands Alliés dans le développement des forces clandestines, une donnée largement occultée lors des libérations. Il interroge, in fine, l’efficacité de l’armée des ombres, donc de la guerre subversive, dans la chute du IIIe Reich.

Olivier Wieviorka – Histoire de la résistance en Europe occidentale -24,50€ (pour le commander, cliquez sur l’image ci-dessous)

Nous avons interrogé l’auteur sur cet excellent ouvrage, qui permet de mieux comprendre les mouvements de résistance en Europe de l’Ouest durant la Seconde Guerre mondiale.

Breizh-info.com : Pourquoi avez vous souhaité travailler sur cette histoire de la résistance occidentale en Europe. Que permettent d’apporter en plus vos recherches  aux travaux déjà effectués sur cette période de notre histoire ?

Olivier Wieviorka : J’ai souhaité travailler sur l’histoire de la résistance en Europe occidentale, dans la mesure où aucun ouvrage ne porte sur cette question, aussi surprenant que cela puisse paraître. Travailler à l’échelle européenne permet de répondre à plusieurs interrogations.

D’une part, ce parti pris aide à mieux comprendre la singularité – et les ressemblances – de chaque résistance. On constate ainsi que les obstacles qu’affronte de Gaulle ne sont pas nécessairement différents des problèmes qui se posent au Belge Hubert Pierlot. Cet angle aide également à mieux saisir le rôle que les Anglo-américains assignent à chaque résistance dans la lutte contre l’occupant nazi, pour, à terme, hâter la libération du Vieux Continent.

Breizh-info.com : Vous brisez notamment dans votre ouvrage le mythe des résistances autonomes et spontanées qui se seraient développées à l’ouest pendant la seconde guerre mondiale. Tout était donc sous contrôle américain et anglais ?

Olivier Wieviorka : Les résistances, dans l’Europe de l’ouest, se sont développées de façon spontanée et autonome – et ce dans les six pays considérés (Norvège, Danemark, France, Pays-Bas, Belgique et Italie). En revanche – et c’est une nuance de taille – elles n’auraient pas pu se développer sans appui extérieur.

Ce sont bien les Alliés qui lui fournissent les moyens matériels (armes, argent), qui lui offrent les transmissions nécessaires – sans parler du rôle joué par la BBC. La BBC contribue bien sûr à remonter le moral des peuples sous la botte, mais c’est également par la radio anglaise que passent les consignes adressées aux forces clandestines – y compris et peut-être surtout dans le cadre du débarquement en Normandie.

Breizh-info.com : Vous évoquez l’abandon stratégique de l’Est de l’Europe par les américains et les anglais au profit de l’Armée rouge, et de l’autre côté, le peu d’influence qu’aurait eu Moscou sur les résistants à l’Ouest. Quid des  résistants communistes à l’Ouest alors ?

Olivier Wieviorka : Les Anglo-Américains n’ont pas abandonné l’Europe de l’Est à l’Armée rouge. Mais les faits sont têtus. Par la force des choses, les Britanniques comme les Américains savaient qu’ils ne libéreraient pas militairement la Pologne ou la Tchécoslovaquie. De même, ils ne comptaient pas intervenir dans les Balkans.

Les résistances dans ces pays ont donc bénéficié d’un moindre soutien de leur part, hormis la Grèce et la Yougoslavie. Dans ces deux cas, cependant, la synergie entre armées secrètes et troupes régulières n’a pas été pensée, puisque les Alliés n’entendaient pas y débarquer. C’est cette réalité qui m’a incité à exclure du champ de mon étude ces deux exemples.
Tout en étant reliés à Moscou qui leur adresse consignes et directives, les communistes, à l’ouest, ont donc été laissés à eux-mêmes. Ils obéissent fidèlement aux consignes du Komintern, mais recherchent l’appui des Britanniques pour obtenir des armes. En effet, l’URSS n’a pas les moyens de les soutenir: parachuter des containers venant de Russie à l’ouest relevait de la mission impossible!

Breizh-info.com : Vous écrivez que la résistance en Europe de l’Ouest aurait été vaine sans les Américains et les Anglais. L’inverse eut-il été vrai ?

Olivier Wieviorka : Je n’écris certainement pas que la résistance en Europe de l’ouest aurait été vaine sans les Américains et les Britanniques. Comme je l’ai dit, la résistance, avec ou sans les Alliés, serait née en Europe de l’ouest. En revanche, son efficacité a largement dépendu de ces derniers.

Ce sont en effet les Anglo-Américains qui, en fixant des objectifs précis aux forces clandestines, ont permis de les inclure dans une grande stratégie et donc contribué à accroître son efficacité. De même, la résistance, seule, n’a pas été en mesure de libérer des espaces significatifs.

En revanche, l’action conjuguée des partisans et des troupes régulières a permis d’obtenir des résultats significatifs, en Bretagne comme en Italie. Ajoutons que la résistance a largement contribué à stabiliser la situation politique dans les pays tout juste libérés, en maintenant “la loi et l’ordre” pour reprendre la formule à laquelle les Anglo-Américains tiennent profondément.

Breizh-info.com : A l’instar, dans le camp ennemi, de quelques divisions allemandes qui mélangeaient différentes nationalités européennes (notamment dans la SS) la résistance que vous décrivez en Europe de l’Ouest semble être unie au delà des frontières nationales. L’Union Européenne s’est elle aussi construire durant la seconde guerre mondiale ?

Olivier Wieviorka :  Je ne pense pas que l’on puisse, comme la question le sous-entend, placer sur le même plan des divisions allemandes et la résistance.

Mais on peut affirmer que l’Europe s’est en partie construite durant la Seconde Guerre mondiale. D’abord parce que les dirigeants britanniques et les gouvernements en exil ont raisonné à l’échelle européenne – une différence de taille par rapport à l’avant-guerre – que l’on songe par exemple aux politiques de neutralité suivies par la Belgique ou la Norvège. Ensuite parce que ces dirigeants ont souhaité éviter la réédition de conflits aussi sanguinaires que les deux guerres mondiales. Ceci posé, n’exagérons pas l’incidence des années sombres. De Gaulle ne peut être considéré comme un Européen de coeur alors qu’il a joué un rôle éminent dans la structuration et l’incarnation de la résistance française.

Breizh-info.com : Quels ouvrages lisez vous en ce moment et conseilleriez vous à nos lecteurs ?

Olivier Wieviorka : L’ouvrage de Bettina Stangneth sur Eichmann avant Jérusalem est passionnant et je le recommande vivement.

Breizh-info.com : Quels sont les films sur la Seconde Guerre mondiale que vous leur conseilleriez ?

Olivier Wieviorka :  Au-delà de la Gloire est un film fascinant, mais relativement méconnu du public français alors qu’il porte en partie sur le Débarquement. A voir de toute urgence!

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/01/14/58478/olivier-wieviorka-presente-histoire-de-resistance-europe-occidentale-interview/

jeudi 19 octobre 2023

10 Résistants d’extrême droite

 

Résistants extrême droite

Les Résistants d’extrême-droite

Résistants d’extrême-droite? Est-ce un oxymore? Loin s’en faut!

“C’est la gauche qui a exploité la Résistance, mais ce sont des gens de droite qui l’ont créée ! “

Ainsi s’exprime en 1987 François de Grossouvre, conseiller personnel de François Mitterrand et ancien résistant, face à l’historien Dominique Venner, qu’il incitera 2 ans plus tard à écrire sa grande “Histoire critique de la Résistance”.

La droite qu’évoque François de Grossouvre n’a d’ailleurs rien de modéré, les premiers Résistants étant très souvent issus de l’extrême-droite des années 30. C’est d’ailleurs le même euphémisme qu’utilise Alain Griotteray, plus jeune chef de réseau de la France combattante, dans le titre de son livre “1940 : La droite était au rendez-vous. Qui furent les premiers résistants ?”

En témoigne également l’ancien député SFIO Félix Gouin : “Les premiers émissaires du gaullisme participaient à peu près tous de l’état d’esprit qui animait les adhérents de Londres […] Nous fûmes inquiets et troublés des liaisons que nous découvrions entre eux et tel groupement de droite et d’extrême-droite. A la réflexion, cela peut s’expliquer, je crois, assez facilement. Les gens de droite étaient en général des hommes d’action en lutte violente avec le conformisme régnant.“

En effet, contrairement à la vision manichéenne de la Seconde Guerre Mondiale qui s’est imposée dans la doxa, la Résistance comptait dans ses rangs de très nombreux hommes issus de l’extrême-droite, et ce sont mêmes les premiers à s’être mobilisés dès 1940. Ces résistants sont très souvent issus de l’Action Française, mouvement royaliste dirigé par Charles Maurras, mais également de la “Cagoule”. Originellement nommée Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale (OSARN), la Cagoule est une organisation nationaliste clandestine qui mène des actions de terrorisme (assassinats, attentats, trafics d’armes) dans les années 30. Son idéologie puise à la fois dans l’anticommuniste, l’anti-républicanisme et l’antisémitisme.

Pourtant, les hommes de l’Action Française (AF) et de la Cagoule vont massivement se mobiliser contre les Allemands dès l’armistice. De même, des gens de gauche, socialistes, communistes ou pacifistes vont se retrouver dans la Collaboration active, d’une façon bien plus marquée que Vichy qui mène une bien tiède “collaboration” de compromis.

C’est un paradoxe français qu’on a du mal à comprendre lorsqu’on étudie les événements en noir et blanc comme on l’a généralement fait à l’école.

Dans cet article, nous avons donc choisi de mettre en avant dix personnalités aux destins variés mais qui partagent tous deux points communs : ce sont des Résistants, et ils sont issus de l’extrême-droite.

1) Paul Dungler

Paul Dungler est dans sa jeunesse dirigeant des Camelots du roi de Thann, mais il rompt avec l’Action Française pour rejoindre la Cagoule. Au moment de l’armistice, il projette de retourner en Alsace pour organiser des groupes de combat clandestins en s’appuyant sur ses anciens camarades de l’AF et de la Cagoule. Sachant que plusieurs de ces derniers sont en poste à Vichy, il s’y rend en juillet 1940 où il rencontre son ami Gabriel Jeantet, un ancien de la Cagoule.

Il retourne clandestinement en Alsace à la fin du mois d’août, et fonde le 1er septembre 1940 à Thann la première cellule de ce qui deviendra la 7e Colonne d’Alsace. Il se rend ensuite à Lyon où il expose ses projets au général Frère, avant de retrouver Jeantet à Vichy. Celui-ci a créé en décembre 1940 l’Amicale de France, centre privé de propagande et de liaison créé dans le cadre de la Révolution nationale.

“Pendant près de 4 ans, dira Paul Dungler, l’Amicale de France, à Vichy, aura été ma maison et celle de la 7e Colonne d’Alsace. Elle est parvenue à me remettre régulièrement des fonds importants pour notre organisation.”

Le 23 février 41, par l’entremise de Jeantet et du Dr Ménétrel, il a été reçu par le Maréchal Pétain qui lui a remis 500000 francs. Le chef de l’Etat lui a garanti sa protection et s’est longuement informé de la situation dans les 2 départements alsaciens annexés par le Reich.

Dungler est arrêté avec Jeantet à Vichy, fin juillet 1944, par la Gestapo et ils sont déportés en Tchécoslovaquie où les Américains les délivreront le 8 mai 1945. Ce résistant d’extrême-droite sera fait Officier de la Légion d’Honneur et recevra la Médaille de la Résistance.

2) Jacques Renouvin

Jacques Renouvin
Jacques Renouvin, ancien Camelot du roi qui crée les Groupes Francs

Jacques Renouvin est avocat, ancien Camelot du roi qui rompt avec l’Action Française après l’échec du 6 février 1934. C’est un homme passionné et violent qui se fait remarquer en 1938 en giflant publiquement Paul-Etienne Flandin, ancien ministre et homme respecté. Ce dernier avait en effet envoyé un télégramme de félicitations aux signataires de l’accord de Munich. Renouvin correspond donc bien au qualificatif “d’excité d’extrême-droite”.

En tant qu’ancien militant de l’Action Française, il voue une haine viscérale à l’Allemagne, et après l’armistice, il part vers Montpellier. Là-bas, il rejoint le mouvement clandestin Liberté mené par un groupe de professeurs chrétiens-démocrates. Il commence également à mener des expéditions punitives contre les Français favorables à la tiède “collaboration” de Vichy.

Renouvin parvient à organiser des Groupes Francs (GF) dans la France libre. Ceux-ci vont commencer par de l’intimidation (déchirages d’affiches, sabotages de réunions, etc.) puis la violence va augmenter (ils brisent les vitrines ou incendient les locaux de leurs adversaires politiques). A la fin de 1941, Renouvin passe aux explosifs et organise des “Kermesses”. Ce sont des coups programmés à la même heure, le même jour dans plusieurs villes contre le même type d’objectifs.

A partir de l’occupation de la zone libre, les GF vont désormais organiser des attentats contre des réputés collaborateurs (policiers ou adversaires politiques). Renouvin, premier responsable des GF unifiés, est arrêté à Brive en février 1943. Le résistant royaliste sera torturé pendant des mois avant d’être déporté en Allemagne, où il meurt d’épuisement en janvier 1944.

3) Maurice Duclos

Maurice Duclos
Maurice Duclos, ancien Cagoulard et l’un des premiers agents de la France libre

Maurice Duclos est un ancien membre de la Cagoule, matricule 478 dans l’OSAR, où il s’est principalement occupé du transport des armes entre la Belgique et la France. Son implication dans des actions terroristes de la Cagoule lui vaudront de passer 3 mois et demi à la Prison de la Santé. 

Dès l’annonce de l’armistice, le 17 juin, il décide de passer en Angleterre et traverse la Manche à bord d’une barque de sauvetage. Il apprend l’appel du Général De Gaulle et se rend le jour même à Carlton Gardens pour se mettre à sa disposition.

Suivant le code Cagoulard, il prend un pseudonyme choisi dans le plan du métro parisien : Saint-Jacques. Duclos est le 2e agent de la France Libre envoyé en zone occupée. Sa mission est de mettre en place un premier réseau de renseignements.

Dès son arrivée à Paris 2 semaines plus tard, le résistant d’extrême-droite se rend chez son ami Gabriel Jeantet, ex-Cagoulard rallié au Maréchal. Ensemble, ils se rendent à Vichy où Pétain et plusieurs membres de son entourage sont informés de la présence de l’envoyé de Londres, mais il demeure libre de se déplacer. Duclos découvre qu’il bénéficie à Vichy de la protection de ses anciens amis cagoulards, ce qui va faciliter sa circulation en zone libre.

Duclos est un agent très actif de la France libre et il se couvre de gloire dans les combats de 1944. Après la Libération, il sera traîné devant la justice pour répondre de ses activités d’avant-guerre. “Malgré la guerre, la défaite, la Résistance, la vieille République n’a rien oublié et continue de poursuivre ses adversaires”, raconte affirme fort justement l’historien Dominique Venner. 

Duclos s’expatriera définitivement en Argentine après ce procès de la Cagoule dont il gardera un sentiment amer.

4) Honoré d’Estienne d’Orves

Honoré d'Estienne d'Orves
Honoré d’Estienne d’Orves, polytechnicien, lieutenant de vaisseau, agent de la France libre, gaulliste et pétainiste, fusillé en 1941.

Honoré d’Estienne d’Orves est ce que l’on pourrait appeler un “héros pur et sans reproche”, qui a su être à la fois gaulliste et pétainiste.

Honoré d’Estienne d’Orves est un monarchiste de très ancienne tradition. Ses aïeux, d’Autichamp et Suzannet, dont il invoquera l’exemple peu avant sa mort, ont chouanné, sacrifiant l’un sa liberté, l’autre sa vie, par fidélité à leur roi.

Au lycée, il est naturellement proche de l’Action Française. Il entre à Polytechnique en 1921 et en sort en 1923 et s’engage à la Marine Nationale. Il devient Lieutenant de vaisseau à partir de 1930.

L’armistice le surprend à Alexandrie où il sert sur le “Duquesne” en qualité d’aide de camp du vice-amiral Godfroy. En désaccord avec lui, il décide de rejoindre la France libre. Il arrive à Londres dans les derniers jours de septembre 1940.

Il est incapable de tenir en en place, et il se porte volontaire pour l’une de premières missions en France occupée. Il est le premier agent de la France libre à être muni d’un poste émetteur, et il organise un réseau de renseignement en Bretagne. Il prend des contacts à Paris, mais de retour à Nantes, il est trahi par son opérateur radio et arrêté par des agents de l’Abwehr, le 21 janvier 1941.

En mai 1941, il est condamné à mort avec huit de ses camarades par la cour martiale allemande. L’amiral Darlan fait tout son possible pour sauver sa tête en négociant avec l’amiral allemand Canaris mais le 21 août, l’aspirant Moser est abattu d’une balle dans le dos par un militant communiste, ce qui provoque une réaction allemande en représailles.

Dans sa cellule, se sachant condamné à mort, il dira sa fidélité au Maréchal Pétain en écrivant à sa famille : “Comme mes camarades, j’ai toujours respecté le Maréchal […]. Je n’éprouve bien entendu aucune amertume vis-à-vis de ceux qui n’ont pas donné à leur action la même direction que moi […] et je suis sûr qu’ils n’ont eu comme moi qu’un but : la grandeur de la France.”

5) Georges Loustaunau-Lacau

Georges Loustaunau-Lacau
Loustaunau-Lacau, créateur du réseau Alliance et à la tête de réseaux “Corvignolles”

Georges Loustaunau-Lacau est un Béarnais, héros de 14-18, fondateur des réseaux “Corvignolles” (l’une des branches de la Cagoule militaire) en 1936, destiné entre autres à faire obstacle à des sabotages communistes qui s’amplifieront en 1939-40 à la suite du pacte germano-soviétique.

Loustaunau-Lacau crée 2 publications : l’une pour dénoncer le danger allemand, “Notre Prestige”, l’autre plus orientée sur l’anticommunisme, “Barrage”, à laquelle succédera “L’Ordre National”. Il y publie en 1938 plusieurs articles à caractère antisémite, ce qui ne l’empêche pas d’être farouchement anti-allemand.

Il loue à partir de septembre 1940 à Vichy l’hôtel des Sports pour y organiser, avec Marie-Madeleine Fourcade, un réseau de renseignements. Celui-ci prendra le nom de réseau Alliance, travaillera directement avec l’Intelligence Service (MI-6), et sera l’un des plus importants réseaux de résistance de toute la guerre. 

Pendant plusieurs mois, Loustaunau-Lacau bénéficie de la protection occulte du Maréchal, son ancien chef, qu’il voit souvent en cachette et qu’il informe d’une partie au moins de ses activités.

Cependant, il manque de discrétion et après avoir tenté, avec près de 2 ans d’avance sur le débarquement allié, de fomenter un complot en Algérie, il est arrêté (le 18 juillet 1941) sur ordre de Weygand et expédié dans une geôle de métropole.

Toujours détenu lors de l’occupation de la zone sud, il sera capturé par les Allemands et déporté au camp de Mauthausen, dont il reviendra vivant à la fin de la guerre.

6) Marie-Madeleine Fourcade

Marie-Madeleine Fourcade
Portrait de Marie-Madeleine Fourcade, qui se retrouve à la tête du grand réseau de Résistance Alliance

Née Bridou, Marie-Madeleine a été mariée en premières noces à un officier du service de renseignement, le futur général Edouard Méric. (Après son divorce intervenu en 1947, elle épousera Hubert Fourcade.)

Marie-Madeleine est secrétaire générale de la publication anticommuniste “L’Ordre national” créée par Loustounau-Lacau, et son assistante au sein des réseaux Corvignolles.

Ensemble, ils vont créer le réseau Alliance, qu’elle reprend après l’arrestation de Loustounau-Lacau (18 juillet 41) avec le commandant Faye de l’armée de l’Air. Le réseau est parfois surnommé l’Arche de Noé, car les surnoms choisis par ses membres sont généralement des surnoms d’animaux. Elle est surnommée “Hérisson”.

Arrêtée par la Gestapo à deux reprises, elle parviendra à chaque fois à s’évader. Marie-Madeleine devient l’un des plus célèbres agents français de l’Intelligence Service.

“C’était une femme extraordinaire, d’une témérité et d’une audace incroyables” dira d’elle l’écrivain Armand Petitjean.

7) Colonel de la Rocque

Colonel de la Rocque
François de la Rocque, le célèbre dirigeant des Croix-de-Feu créera le réseau Klan pendant la guerre

Le colonel de la Rocque est avant la guerre président des Croix-de-Feu, mouvement nationaliste modéré car respectueux de la légalité républicaine, puis du Parti Social Français. C’est donc une personnalité politique de premier plan.

Il publie le 16 juin 1940 sous le titre “Résistance!” un éditorial qui condamne implicitement l’armistice à venir. La Rocque se tient en marge de Vichy, bien qu’il ait été nommé, membre du conseil national de l’Etat français sans le souhaiter.

Dès 1940, La Rocque établit des relations avec l’Intelligence Service (MI-6) et constitue le réseau Klan à partir de son large réseau. Il est arrêté par la Gestapo le 9 mars 1943 et déporté en Tchécoslovaquie. 

Dès son retour de déportation, en mai 1945, il sera emprisonné, sans inculpation, sur ordre du Ministre de l’Intérieur, le socialiste Adrien Texier, à la suite d’une campagne des communistes. Le colonel de la Rocque mourra en détention le 28 avril 1946.

8) Georges Groussard

Georges Groussard
Georges Groussard, lié à la Cagoule Militaire, dirigeant des éphémères Groupes de Protection

Georges Groussard a organisé à partir de 1936 la résistance aux menées communistes dans l’armée : les réseaux qu’il avait constitué étaient liés à ce qu’on appelle “la Cagoule militaire”. Il a ainsi noué des contacts avec Eugène Deloncle et les chefs de ligues ou partis nationalistes. Bien qu’il ait nié par la suite toute adhésion au CSAR, il figurait sur la liste des “abonnés” de l’organisation sous le matricule 537.

Ancien commandant de l’Ecole de Saint-Cyr en 39-40, il a créé, dans le cadre du ministère de l’Intérieur de Vichy, une structure officielle, les Groupes de Protection (GP) qui dissimulent le premier groupement destiné à une résistance armée en métropole.

Ainsi qu’il l’a expliqué dans ses souvenirs, Groussard recrute ses hommes au sein de l’ancienne Cagoule et dans les ligues nationalistes. Son second est François Méténier, ancien cagoulard, poursuivi par la justice pour complicité dans l’attentat contre le siège du patronat en 1937. Groussard confie le “service de renseignements” du CIE au Dr Félix Martin, ancien Camelot du roi devenu chef du 2e Bureau de la Cagoule sous les ordres de Deloncle.

L’aventure des GP de Groussard s’achève brusquement le 13 décembre 1940. Ce jour là, ils procèdent à l’arrestation de Pierre Laval, mais le régime nazi n’accepte pas cette intervention qu’il considère comme une tentative pour s’emparer du pouvoir, et envoie ses troupes le libérer. Groussard est désavoué et les Groupes de Protection sont officiellement dissous.

En juin 1941, toujours sous la protection du général Huntziger, Groussard part à Londres pour tenter de convaincre Churchill de signer des accords secrets avec Vichy. Il est arrêté à son retour sur ordre de Darlan mais il finit libéré puis passe en Suisse où il réactive des réseaux de renseignements militaires baptisés pour l’occasion «Réseaux Gilbert» et qu’il fait travailler pour l’Intelligence Service.

À la Libération, il refuse les étoiles de général que lui propose le Général de Gaulle, puis quitte l’armée et reste un antigaulliste viscéral.

9) Pierre de Bénouville

Pierre de Bénouville fait partie des résistants d’extrême-droite qui sont des anciens Camelot du Roi en rupture avec l’Action après la déception du 6 février 1934. C’est un jeune journaliste qui fut un temps proche de la Cagoule également.

Il est mobilisé en 1939 et fait prisonnier par les Allemands, mais parvient à s’évader en décembre 1940.

Maréchaliste dans un premier temps, il est rédacteur en chef du journal L’Alerte fondé par Léon Bailby. Il rejoint cependant la Résistance française, en s’engageant à Combat aux côtés d’Henri Frenay.

Bénouville devient membre du comité directeur de Mouvements unis de la Résistance lors de leurs création. Il s’implique dans la mise en place de contacts entre les mouvements de Résistance intérieure, sous le pseudonyme Barrès, en référence à l’écrivain Maurice Barrès, figure du nationaliste français.

Il rejoint Alger en avril 1944 pour échapper à la Gestapo puis combat en Italie. Bénouville est promu général de brigade à trente ans par le général de Gaulle, ce qui fait de lui l’un des quatre généraux de brigade FFI. Naturellement, il est aussi fait Compagnon de la Libération.

10) Pierre Fourcaud

Pierre Fourcaud, dont l’activité avant-guerre n’est pas claire bien qu’il semble avoir fréquenté de très près la Cagoule ou les réseaux Corvignolles, rejoint le SR de la France libre le 15 juillet à Londres. 

Ce futur résistant d’extrême-droite est rapidement envoyé en métropole via le Portugal, et il retrouve à Vichy ses amis Loustaunau-Lacau et Groussard.

Sa mission était de créer un réseau de renseignement, mais à son retour à Londres, il explique que c’est inutile, car les gens de Vichy ont fait eux-mêmes le travail. Tous ceux qu’il a rencontrés (Jeantet, Groussard, Loustaunau-Lacau, Heurteaux, etc) lui fournissent les renseignements sur les Allemands qu’ils peut transmettre aux Anglais. A Vichy, il est connu de tous, si bien qu’on l’appelle même “le représentant du général de Gaulle” ! 

Le 28 août 1941 il est arrêté par la sûreté du territoire à la gare de Marseille avant d’être transféré à Clermont-Ferrand d’où il parvient à s’évader le 10 août 1942. Le 1er septembre, il s’envole en compagnie de Henri Frenay et Emmanuel d’Astier de la Vigerie vers Londres.

Pendant les années 1942 et 1943, Fourcaud s’occupe principalement de structurer les commandos parachutistes de la France libre. En février 1944, il est déposé dans le Jura pour effectuer une mission en Savoie. Il est arrêté par les Allemands en mai 1944 mais parvient à s’évader et retourne à Londres. 

Il rentre définitivement dans la France libérée en septembre 1944.

Sources :

“Histoire critique de la Résistance”, Dominique Venner

“L’extrême-droite dans la Résistance”, première et deuxième parties, Jean-Claude Valla

“Histoire de la Résistance”, François-Georges Dreyfus

“Quand l’extrême droite résistait, 1939-1945”, de Florent Leone et Christophe Weber (Fr., 2017, 55 min)

http://jereinforme.fr/10-resistants-extreme-droite/

mardi 9 mai 2023

Joli mois de mai 1944 : Yves Mervin brise la chape de plomb sur la résistance en Centre-Bretagne [livre]

 

mervin_yves

Ingénieur dans le domaine de la Défense, Yves Mervin a déjà fait une incursion sous la chape de plomb de l’histoire récente de la Bretagne en écrivant une enquête sur les relations entre les Juifs et les nationalistes bretons pendant la guerre. Il a ainsi osé toucher au tabou qui empoisonne l’Emsav – le mouvement pour l’autonomie, sinon l’indépendance de la Bretagne depuis la guerre – le fait qu’une partie (certes faible) des nationalistes n’aient pas été du côté des alliés, ou de la résistance, pendant la guerre. Tabou qui a justifié une flagellation continue par des ennemis de la Bretagne, parfois issus même de son propre sein et adoubés par un vernis universitaire, voire les excès inverses où se sont jetés des nationalistes bretons depuis.

Avec son nouveau livre, Joli mois de mai 1944, la face cachée de la résistance en Bretagne, il donne le contexte global et révèle la réalité d’une résistance qui n’a pas grand-chose à voir avec les récits palpitants d’un autre breton, le Colonel Rémy. Puisant à des sources encore inédites – correspondance de militaires, témoignages, minutes des procès d’après-guerre, il traite des sujets très sensibles, comme la criminalité résistante. Celle-ci a laissé derrière elle un cercle de la peur, qui pèse encore sensiblement sur quelques paroisses des Monts d’Arrée, où il concentre la trame de son ouvrage. Et ce d’autant plus que bien souvent, comme il le révèle, les criminels ont été jugés, leur responsabilité a même été reconnue parfois. Mais ils n’ont pas été condamnés, du fait de la loi d’amnistie de 1951 couvrant « tout faits accomplis postérieurement au 10 juin 1940 et antérieurement au 1er janvier 1946 dans l’intention de servir la cause de la libération du territoire ou de contribuer à la libération définitive de la France ». Les résistants communistes sont devenus des notables, des élus, le PCF s’est durablement installé en Bretagne et en France. L’impunité a engendré la peur, la peur a enchaîné le ressentiment, gelé le deuil et semé des cadavres dans les placards de l’Histoire bretonne.

Mais depuis, près de 70 ans ont passé. Les utopies sanglantes du XXe se sont effondrées. Les positions du PCF ont suivi. Leurs relais – ardoisières, arsenaux, mines de la Bretagne intérieure, écoles normales – ont disparu ou ont considérablement maigris (grandes usines, chemins de fer…). Le temps a permis à une part du mouvement breton de vouloir lever le voile, tandis que la mémoire familiale fossilisée reprenait peu à peu force et vie. « Rien n’est oublié », écrit l’auteur. Des auteurs de crimes sont encore vivants. Des témoins aussi. « On assiste aujourd’hui à la désagrégation de la terreur virtuelle », explique Yves Mervin. Cet ouvrage y participe grandement, et parce qu’il brise le cercle de la peur, qu’il libère les consciences, qu’il éclaire objectivement – mais dans le but de refermer les fractures et non de les exacerber – les événements, ce livre est un ouvrage de libération nationale. Et tout Breton doit se faire un devoir de le lire.

Lire pour se souvenir. De Stalingrad en Paule-Plévin, l’un des plus gros maquis communistes (FTP) de Bretagne. Là où la géographie est endeuillée par les assauts allemands (La Pie, commune de Paule, 29 juillet 1944) et les exécutions expéditives (Toul Dous, moulin de Quinquis…) perpétrées par les résistants. Lire pour réhabiliter les assassinés, comme l’abbé Perrot à Scrignac. Il n’est pas mort pour ses liens réels ou supposés avec les allemands. Il est mort parce que « sous les régimes les plus dictatoriaux, peuvent subsister d’irréductibles hommes libres, des élites populaires, hommes et femmes à la fois de réflexion, de pensée et d’influence par leur exemple et leur aptitude à la prise de parole, des hommes par nature en-dehors de la pensée totalitaire. » L’abbé Perrot était l’un d’eux, et il est mort parce qu’il ne s’était pas plié à la ligne du parti.

Lire pour découvrir qui étaient ceux que les maquisards communistes ont décidé de rayer de l’Histoire. Comme Jean-Louis Croizer, dit Croizer Bras, maire de Glomel, assassiné le 22 mai 1944, parce qu’apparemment il a refusé de donner 4.000 francs à deux maquisards venus le rançonner ; après la guerre, l’on a tenté de justifier le forfait par le fait que Jean Croizer ait été collaborateur. L’accusation ultime qui ferme le ban et empêche de fouiller. En vérité, il était l’un de ces « irréductibles hommes libres », membre de l’Office central agricole de Landerneau, maire, avocat de campagne et forte personnalité, maire engagé et qui a mené la barque tout au long de la guerre, sans dénoncer les maquis ni les réfractaires. Il est mort pour cela.

Lire pour connaître. Les liens et les dissensions entre résistants. Le partage des tâches entre les « sticks » – les unités américaines parachutées en Bretagne et les résistants locaux. Leurs bases – GROG près de Baud et SAMWEST près de Duault. Leur résistance, leur dispersion suite à la traque par les occupants. Comment ont-ils fait pour continuer leur œuvre. Lire enfin pour savoir qu’il y a eu des résistants – y compris communistes – exemplaires. Des hommes et des femmes dont le parcours a été éclipsé par des « résistants de la 25e heure » ou des bandits pour lesquels la Résistance ne fut qu’un prétexte bien commode pour couvrir des rapines ou des meurtres. Comme ces  « huit intrépides, patriotes du maquis de Paule, future compagnie Guy Môquet [qui] attaquent [le 18 mai 1944] les deux cafés de Toul Dous en Plévin[…] ce fut une atroce boucherie. Tout le maquis Bous y aurait participé et tous auraient tué pour couper court à d’éventuelles poursuites judiciaires […]Osmane Denes, dont le mari est fait prisonnier, Marie le Fur pendant la nuit ainsi qu’Odette Baubion, âgée de 11 ans, réfugiée de la région parisienne chez ses tantes pour se retrouver plus en sécurité en Bretagne, sont abattues ». Et à côté de cela il y eut des résistants héroïques, des officiers y compris communistes, comme Louis Pichouron en Côtes d’Armor, qui ménageaient l’ordre et le Parti, qui faisaient leur devoir sans basculer dans le terrorisme.

Alors il faut lire. Pour se souvenir que l’image que nous connaissons de la Résistance – notamment en Centre-Bretagne – a été faussée par le spectre du communisme et la volonté des acteurs des crimes et forfaits de la Résistance de se préserver de toute poursuite ou de tout reproche. Unis dans le même déni, ils ont forgé des « mythes, entretenus par des commémorations systématiques où les demi-vérités sont érigées en dogmes intouchables ». En Bretagne, ces demi-vérités ne sont pas le propre des Monts d’Arrée. En Loire-Atlantique, la mémoire encore vivante fait ressurgir le souvenir de « résistants pilleurs de fermes » qui sévissaient en août 1944 dans la région de Blain, pendant que dans un indescriptible désordre libérateurs et occupants s’accrochaient aux alentours. L’épuration a sévi à Nort-sur-Erdre, par deux fois, le 4 et le 5 août 1944, témoignent les archives policières. Etait-ce juste ? C’était la guerre, répondait-on pour éluder. Non, c’était la Libération. Mais encore ? Il n’y a rien sauf une fantomatique « opinion publique » qui permet tous les forfaits.

Soixante-dix ans après, les demi-vérités ne peuvent plus suffire. En levant la chape de plomb, en reconstituant la vérité des événements, en se gardant de tout manichéisme – la réalité est plus proche des cent nuances de gris du ciel breton que des deux teintes de son drapeau – en refermant les fractures et retraçant les responsabilités, les collusions, les épreuves et les réalisations louables, on fait œuvre, partout en Bretagne, d’une libération des fantômes qui continuent d’empoisonner la perception que nous avons nous-mêmes de notre passé et de notre identité. Lire Joli mois de mai 1944 c’est apaiser notre passé et travailler pour l’avenir.

Louis Benoît Greffe

Crédit Photo : DR
[
cc] Breizh-info.com, 2013, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

Pour commander le livre sur le site de la Coop Breizh

Mervin-BZH44-P1

https://www.breizh-info.com/2013/10/07/1292/yves-mervin-resistance-en-centre-bretagne/