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samedi 2 mars 2024

Le « saint » prêtre du XVIIIe siècle

 Enclenchée dès le début du XVIIe siècle, la Réforme tridentine ne parvient à son aboutissement qu’à la toute fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. Le clergé séculier atteint sa période de maturité et l’idéal du « saint prêtre » du concile de Trente prend véritablement forme. Jamais le clergé ne fut d’aussi bonne qualité et la christianisation aussi forte qu’au XVIIIe siècle.

I. Le portrait des curés

Les prêtres sont généralement issus du milieu urbain : 40 à 50 % des prêtres du royaume (sur un échantillon d’une trentaine de diocèses bien connus) sont nés en ville. A Reims en 1773-1774, 50,5 % des curés viennent des villes ; dans le diocèse de Toulouse, 55 % du clergé est issu des villes (alors que la population urbaine représente 41 % de la population du diocèse). Au niveau national, certaines régions sont exportatrices comme la Bretagne et l’Auvergne, d’autres déficitaires comme Bordeaux (en 1772, un tiers des curés sont extra-diocésains, venant de 41 diocèses de France voire d’Irlande) ou Lyon.

L’intérêt de la noblesse et de la haute bourgeoisie pour les cures décline au XVIIIe siècle : ce sont les marchands, petits et moyens officiers (titulaires d’un office), artisans aisés et gros laboureurs qui fournissent le gros des bataillons. Les prêtres du XVIIIe ont donc globalement des origines plus modestes que leurs prédécesseurs.

Les curés sont mieux formés. Au milieu du XVIIe siècle, les prêtres ignorants sont courants : la visite pastorale du diocèse de Lyon de 1613-1614 signale plusieurs curés « qui ne savent pas la forme de l’absolution ni des autres sacrements, ayant même peine à lire ». A Rodez au début du XVIe, l’évêque François d’Estaing constate que de nombreux candidats à la fonction confondent les sacrements et les commandements de l’Église ! Ce niveau déplorable n’est plus qu’un lointain souvenir au XVIIIe siècle. Vers 1750, 42 % des prêtres du diocèse de Reims, 64 % de ceux de Bordeaux sont gradués (diplômés) à l’Université. Les collèges des Jésuites ou des autres congrégations religieuses (Oratoriens, Dominicains, Doctrinaires,…) fournissent aussi un bagage intellectuel loin d’être négligeable pour l’exercice du ministère sacré (la rhétorique et les lettres).

Le séminaire finit par se répandre (tardivement) dans tous les diocèses de France. En 1698, une déclaration royale rappelle cette prescription tridentine aux évêques négligents. Au milieu du XVIIIe siècle, presque tous les diocèses sont dotés d’un séminaire. Les lazaristes sont ceux qui en tiennent le plus grand nombre (56), suivis par les jésuites (32), les sulpiciens (20), les oratoriens (14), les doctrinaires (14) et les eudistes (13).

II. La réputation légendaire des curés

« Je ne sais si, à tout prendre, et malgré les vices éclatants de quelques-uns de ses membres, il y eut jamais dans le monde un clergé plus remarquable que le clergé catholique de France au moment où la Révolution l’a surpris ; plus éclairé, plus national, moins retranché dans les seules vertus privées, mieux pourvu de vertus publiques, et en même temps de plus de foi : la persécution l’a bien montré. J’ai commencé l’étude de l’ancienne société, plein de préjugés contre lui, je l’ai finie, plein de respect. » – Alexis de Tocqueville (L’ancien régime et la Révolution).

Au XVIIIe, les prêtres jouissent d’une image très positive tant auprès de leurs paroissiens que des élites intellectuelles. La proportion de prêtres dont la conduite est critiquée par la hiérarchie diminue dans tous les diocèses de France : 5 % dans le diocèse de la Rochelle vers 1724 (contre 10 à 25 % vers 1648) ; 3,7 % dans le diocèse de Toulouse en 1763. Lors des siècles précédents, les prêtres absents étaient monnaie courante (deux tiers de non-résidents dans le diocèse de Rodez dans les années 1518-1528 ; 55 % dans le diocèse de Toulouse au milieu du XVIe ; 77 % dans le diocèse de Limoges en 1560 !) ; de même, un certain nombre de prêtres étaient condamnés pour ivrognerie, coups et blessures ou concubinage : ces cas sont devenus exceptionnels. Le prêtre du XVIIIe siècle devient un modèle, et est généralement apprécié par ses paroissiens.

Enraciné dans sa paroisse (la moitié environ des clercs sont à la tête d’une paroisse depuis plus de 10 ans), le curé tisse de solides liens d’affection avec ses fidèles. Protecteur de la communauté, visitant les malades et les femmes enceintes, conseillant ses fidèles dans les affaires courantes, éducateurs de leurs enfants, il est, comme l’écrit Restif de La Bretonne « l’arbitre des différends, le consolateur et le secoureur des malades ».

III. La gestion de la paroisse

Gérer une communauté de fidèles n’est pas aisé, comme le témoigne Mgr. de Beauvais en 1781 : « C’est une multitude composée de toutes les conditions, de tous les esprits, de tous les caractères qu’il faut réunir dans les principes d’un même culte et d’une même foi ; c’est la discipline des mœurs qu’il faut maintenir, non seulement dans l’ordre public, mais dans l’intérieur des familles, mais dans le secret des âmes qui échappent à la surveillance des lois […] ce sont des riches dont il faut ménager la délicatesse et des pauvres dont il faut supporter les murmures ; ce sont des esprits simples et superstitieux qu’il faut éclairer, ou des esprits superbes dont il faut réprimer le faux savoir ; ce sont des caractères froids et indifférents qu’il faut exciter ou bien des zélateurs inquiets qu’il faut contenir ; ce sont des âmes dégradées qu’il faut retirer du désordre de l’iniquité ou des âmes pures et sublimes dont il faut suivre et diriger l’essor dans les régions supérieures de la perfection ».

Le prêtre doit être à l’écoute de tous ses paroissiens et les surveiller, il vérifie les nourrices et les sages-femmes de sa paroisse dont il contrôle le sérieux et la bonne moralité ; il est aussi un relai de l’autorité royale dont il lit les déclarations lors de la messe dominicale ; il renseigne les officiers royaux ; il consigne les baptêmes, mariages et sépultures dans les registres de la paroisse.

Dans les périodes calamiteuses (catastrophes naturelles), il peut demander un allègement des prélèvements fiscaux ; lors des épidémies, il organise la résistance en délivrant des certificats de sortie, choisit le lieu où enterrer les morts contagieux et réconforte ses paroissiens. Enfin, lorsque des conflits éclatent au sein de sa communauté (rivalités, violences, vols), c’est généralement lui que l’on vient trouver pour l’arbitrage plutôt que la justice royale.

IV. L’« œuvre sociale » des curés

L’action charitable

Les contemporains sont unanimes pour saluer l’action charitable des curés. « Je connais plusieurs de ces bons curés de campagne, qui, malgré l’extrême médiocrité de leur prébende, trouvent le moyen de faire infiniment plus de bien que des millionnaires même généreux : leur charité active, industrieuse sait créer mille ressources. Les uns savent préparer des remèdes simples aux malades qu’ils consolent, et s’opposent aux prestiges des charlatans ; les autres, livrés aux travaux de l’agriculture, la perfectionnent par leurs exemples » écrit ainsi Louis-Sébastien Mercier (Mon bonnet de nuit, 1784). Le frère de Restif de La Bretonne, curé de Courgis, nourrit à ses frais durant l’hiver 1749 tous les pauvres de sa paroisse sinistrée par l’incendie de 149 maisons.

A partir du XVIIe siècle, la charité tend à s’organiser avec la création de bureaux de charité. Gérés par le(s) curé(s) (et éventuellement l’évêque) et des habitants, alimenté par les aumônes, les offrandes, les quêtes à domicile et à l’église, ils distribuent des produits de première nécessité (pain, lait, linge, bois, médicaments,… plus rarement de l’argent) aux « pauvres honteux » ou aux malades. Les individus adonnés au vice et à la débauche, ou ceux qui n’envoient pas leurs enfants à l’école ou au catéchisme, sont exclus de ces distributions.

Les curés ne font évidemment pas face seuls à la misère de la paroisse. Les congrégations charitables et hospitalières jouent un grand rôle. Les évêques eux-mêmes ne doivent pas être oubliés, un grand nombre d’entre eux s’illustrant par leur dévouement, tel Mgr de Belsunce (1671-1755), évêque de Marseille, qui s’illustre lors de la grande peste de 1720 en allant au chevet des malades ou lors de cérémonies spectaculaires comme l’exorcisation de l’épidémie du haut du clocher des Accoules.

Les petites écoles

L’action éducatrice de l’Église se poursuit au XVIIIe siècle, malgré les critiques naissantes des élites (dont les philosophes des Lumières). cette mission de l’Église est prise très au sérieux comme en témoignent de nombreux articles de statuts synodaux : « Il est du devoir des curés et vicaires de prendre soin de l’instruction des enfants de leur paroisse et de leur apprendre non seulement les points fondamentaux de notre foi, mais encore, autant qu’il peut se faire, à lire et à écrire, afin qu’ils soient en état de chanter les louanges de Dieu […] C’est pourquoi nous leur enjoignons de tenir eux-mêmes ou de faire tenir de petites écoles » (statuts synodaux de Coutances, 1682). « Les curés doivent employer tous leurs soins afin qu’il y ait dans leurs paroisses des maîtres sages, savants, vertueux et appliqués. Jamais nous n’aurons d’estime et de confiance pour un curé que nous trouverons négligent sur cette parti essentielle de son devoir. » (statuts synodaux de Toul, 1717).

Quand le curé lui-même n’est pas en charge de la petite école de la paroisse, le maître (ou la maîtresse) d’école est placé sous son étroit contrôle. Les enfants apprennent les rudiments de la religion, les bonnes manières, la lecture, l’écriture et le calcul (pour ceux qui restent jusqu’au bout). En fonction des moyens, les enfants sont rassemblés dans une salle, au domicile du maître, dans une grange ou sous le porche de l’église. L’enseignement n’est pas toujours aisé car tous les niveaux se confondent, et il n’est pas rare que les effectifs dépassent 100 élèves…

Là encore, les congrégations enseignantes assurent une bonne part de l’enseignement, avec comme figure emblématique Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719), fondateur des Frères des Écoles Chrétiennes.

Bibliographie :
AUDISIO, Gabriel. Les Français d’hier, tome 2 : Des croyants, XVe au XIXe siècle. Armand Colin, 1997.
DEREGNAUCOURT G., POTON D. La vie religieuse en France aux XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles. Ophrys, 2002.
LOUPÈS, Philippe. La vie religieuse en France au XVIIIe siècle. SEDES, 1995.

https://www.fdesouche.com/2011/10/02/desouche-histoire-le-saint-pretre-du-xviiie-siecle/

mercredi 1 mars 2023

Histoire des Traditionalistes – Yves Chiron

 

Un livre d’une actualité brulante, incontournable, assez complet. Chaque lecteur sensible à ce sujet y trouvera un chapitre, quelques pages, quelques lignes qui évoqueront son histoire, son combat pour la défense de la messe, du catéchisme, etc, son combat ou celui de ses parents, de sa famille. Un combat qui dure encore. Jean Madiran disait « Les “traditionalistes”, ce n’est pas, ce ne peut-être, ni un parti, ni une armée, ni une Église ; c’est un état d’esprit. Et, bien sûr, un comportement. Une professio et une devotio. »

   » Ce livre est le fruit d’une recherche engagée il y a environ trente ans et d’une documentation, sans exclusive, accumulée au fil des décennies. Celle-ci a été complétée par l’exploration de nombreuses archives et les questions posées à de multiples acteurs et témoins. Sachant qu’un souvenir, un témoignage ou un document ne suffisent pas à faire toute la lumière. »  Y.C.

Le traditionalisme compris comme la défense de la tradition catholique mise à mal par des novateurs n’est pas apparu à la suite du Concile Vatican II. Il date du début du XX° siècle. Et si l’on établit la généalogie du traditionalisme on constate qu’il est en droite ligne l’héritier du catholicisme né en opposition avec la Révolution française.

Dans le livre c’est d’une manière générique que le mot est employé pour désigner les communautés, les congrégations religieuses, les fraternités sacerdotales, les évêques, les prêtres, les mouvements, les organisations, les écrivains, les revues qui ont été et qui sont attachés à la défense de la transmission de la Tradition catholique. La Tradition étant à la fois l’acte de transmettre et le contenu de ce qui est transmis. Chez certains, cette défense de la doctrine traditionnelle va jusqu’à la remise en cause des enseignements du concile Vatican II, chez d’autres c’est un effort pour les réinterpréter à la lumière de la Tradition…  L’attachement des fidèles à la Tradition n’est pas sentimental mais une conviction réelle que cette liturgie traditionnelle exprime pleinement la foi catholique -Lex orandi, lex credendi. L’éventail des catholiques qui se déclarent attachés à la tradition est très large, allant des « bi-ritualistes » à ceux qui déclarent la nouvelle messe invalide…

La figure la plus connue du traditionalisme est incontestablement celle de Mgr Marcel Lefebvre dans l’histoire de l’Eglise contemporaine. Son oeuvre la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est sur la ligne de crête ans ce combat.

Le but de ce livre est d’abord de dresser un panorama rigoureux et si possible incontestable quant aux noms, aux faits et aux dates. Chaque personnalité marquante, chaque communauté en activité ou pas aujourd’hui a sa page, ses références, son histoire, avec une réelle objectivité. Le dictionnaire biographique est éloquent par ses sources, sa diversité et sa précision. Tous les grands noms y sont avec leur combat, leur espoir et les œuvres qu’ils ont élaborées. Des catholiques intégraux moins connus de la Contre-Révolution, la Cité catholique, en passant par la prise de Saint-Nicolas du Chardonnet, et des prises de positions après 1988, des grands pèlerinages, des fondations qui fleurissent…Un chose est frappante :  l’importance du rôle des laïcs, la diversité des parcours des prêtres ou religieux et les évolutions de certains. Il y eut du courage, de l’héroïsme parfois, de l’obstination aussi, en certains cas de la rigidité jusqu’à l’aveuglement. Mais ces pages situent également les traditionalistes dans l’histoire plus générale de l’Eglise. En France et dans le monde entier sont évoquées et situées dans le contexte de l’époque, les différents courants, les acteurs et les communautés qui ont œuvrés dans ce combat et le contexte de l’époque permet de mieux comprendre les positions de chacun. Beaucoup se souviendront du Brésil et des espoirs déçus !

Le livre d’Yves Chiron, au delà des éléments historique rapportés, conserve malheureusement une vision axée sur le point de vue Ecclesia Dei. Car plutôt que de parler de ralliement, que ce soit celui de 1988 ou celui tenté par Mgr Fellay en 2012, qui constituent objectivement un compromis pour les uns et pour d’autres une trahison, l’auteur n’hésite pas à parler de « pleine communion », le pendant de « communion imparfaite », concept étranger à la théologie catholique mais largement usité par les autorités conciliaires. Et pourtant les trahisons que constituent les ralliements ou tentatives de ralliement sont des faits en tant que trahison et non en tant que point de vue, la Tradition ne pouvant faire l’objet de compromis politiques.

Le sommaire très détaillé permet de consulter une période plus qu’une autre, les notes authentifient les faits, les déclarations avec une grande rigueur. L’index permet en un clin d’oeil de retrouver celui que vous cherchez. Et le dictionnaire biographique de 126 pages présente les grands noms de ce combat avec la rigueur de l’historien.

Histoire des traditionalistes, Yves Chiron, 640 pages, Tallandier, 26.90€

Plus d’informations (sommaire détaillé, critiques de presse régulièrement mises à jour) et commande sur LIVRES EN FAMILLE

https://www.medias-presse.info/154328-2/154328/

mardi 21 février 2023

Les grandes hérésies (Hilaire Belloc)

 

joseph Hilaire Pierre René Belloc (1870-1953) fut l’un des esprits les plus remarquables de sa génération, tout à la fois essayiste, poète, romancier, biographe, traducteur, satiriste et apologiste. Historien de formation, il sera aussi publiciste, député, chroniqueur militaire, globe-trotter et navigateur. Très largement méconnu en France, ce géant des lettres anglaises est pourtant né à La Celle-Saint-Cloud, de mère anglaise et de père français. Seuls les lecteurs assidus de Gilbert Keith Chesterton, son éternel acolyte, sont quelque peu familiarisés avec son nom. Et très peu des plus de 150 livres dont il est l’auteur ont été traduits en français. Il faut donc féliciter les éditions Artège d’avoir publié cette pépite dans une traduction française très réussie qui respecte la finesse d’esprit de l’auteur.

L’objectif de l’ouvrage est de passer en revue et d’examiner les principales offensives dirigées contre l’Eglise catholique – celles qui ont tout simplement marqué le cours de sa longue histoire. Hilaire Belloc a délibérément choisi de ne sélectionner que cinq hérésies : l’hérésie arienne, l’hérésie mahométane, l’hérésie albigeoise, l’hérésie protestante et enfin ce qu’il désigne comme l’hérésie moderne. De l’examen particulier de ces cinq grands mouvements opposés à la Foi, Belloc dégage quelques enseignements sur la substance de la religion catholique, à commencer par cette étrange vérité qui veut qu’en face d’elle les hommes sont tenus de se prononcer; soit ils l’adoptent, soit ils la combattent.

C’est à juste titre que ce livre est présenté comme un chef-d’œuvre de la pensée chrétienne. Belloc se sentait né pour guerroyer et c’est sur le terrain intellectuel qu’il était appelé à porter secours aux fondements menacés de la civilisation chrétienne. Sa colossale érudition et son exceptionnel pouvoir de synthèse sont mis au service du catholicisme dans ce livre dont la dernière partie consacrée à l’hérésie moderne est particulièrement clairvoyante sur ce qu’elle engendrerait.

Les grandes hérésies, Hilaire Belloc, éditions Artège, 270 pages, 19,90 euros

Acheter en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-grandes-heresies-hilaire-belloc/157360/

dimanche 5 février 2023

Enquête sur les anges, Anne Bernet

 

Réédition bienvenue de la première synthèse tentée à ce jour, parue en 1977.

Cet ouvrage répond aux questions que chacun se pose sur ces entités si présentes non seulement dans l’Histoire, les cantiques, les prières et l’art chrétiens, mais aussi dans le langage courant. Tout au long de notre siècle, les anges ont été considérés soit comme des alibis commodes à nos pulsions, nos désirs et nos craintes (c’était la théorie psychanalytique), soit comme des survivances de mythologies orientales païennes qui auraient contaminé les textes bibliques.

Dans un cas comme dans l’autre, il allait de soi qu’ils n’existaient pas. Et voilà que, depuis quelques années, portés par la mode, venue de Californie, du Nouvel Age, les anges font un retour remarqué sur le devant de la scène. Ils sont partout, en librairie, au cinéma, dans des expositions comme celle qui s’est tenue en 1996 à Rome… On ne voit qu’eux, on ne parle que d’eux !

Mais, comment en parle-t-on ? La plupart des publications récentes à leur sujet véhiculent des erreurs grossières et même d’antiques hérésies ; elles invitent à des communications qui relèvent davantage du spiritisme que de la foi et de la religion, évoquent, créent des entités qui n’ont rien à voir avec les anges.

Cet engouement n’est pas sans risque. D’où la nécessité de cette réédition. Enquête qui s’appuie sur l’enseignement de l’Eglise catholique, tout en s’efforçant de rendre accessible au profane l’angélologie chrétienne. Anne Bernet met en relief tout ce qu’enseigne la théologie à propos des anges, leur place dans les Ecritures saintes, leur rôle dans l’histoire du Salut et de l’Eglise, car croire aux anges est un dogme confessé dans le Credo.

Elle présente les trois Esprits dont nous savons les noms : Michel, Gabriel, Raphaël, avant de retracer, en s’aidant d’exemples saisissants, les relations entre les saints et les anges, entre notre monde visible et matériel et leur monde invisible et spirituel, mais aussi réel que le nôtre. Enfin, elle se penche sur ce familier oublié qu’est l’ange gardien comme sur ces anges déchus et rebelles que sont les démons.

A la lecture de ce livre, devenu un classique, vous saurez tout – ou presque- sur ceux que le Pape Pie XII appelait « nos compagnons d’éternité ».

Plus d’informations et commande sur LIVRES EN FAMILLE

Enquête sur les anges, Anne Bernet, Artège, 578 pages, 9.90 €

https://www.medias-presse.info/enquete-sur-les-anges-anne-bernet/165738/

mercredi 2 novembre 2022

2000 ans de complots contre l’Eglise (Maurice Pinay)

 

Cet ouvrage essentiel est paru pour la première fois à Rome en 1962 et avait été distribué à tous les Pères conciliaires dans l’espoir que cette somme d’informations les prémunirait contre les tentatives de reniement annoncées de la Tradition et des vingt siècles de l’histoire de l’Eglise. Il n’en fut hélas rien.

Ce monument d’érudition historique fut en réalité, sous le pseudonyme de Maurice Pinay, l’œuvre collective de clercs sans aucun doute suscitée par des membres de la Curie restés fidèles.

Au moment où se tramait à travers le Concile Vatican II la plus perverse conspiration jamais réalisée contre la Sainte Eglise, ce livre présentait une étude minutieuse des nombreuses conspirations antérieures. En outre, cet ouvrage examine sur base des sources les plus sérieuses ce que l’on pourrait appeler la quintessence de la Maçonnerie, en étudiant la nature du pouvoir occulte qui la dirige.

Aujourd’hui encore, ce livre est une lecture obligée pour quiconque veut s’intéresser aux conjurations menées contre l’Eglise par la Synagogue de Satan et la franc-maçonnerie et aux méthodes utilisées. Le communisme, le nazisme et le sionisme y sont également analysés. Enfin, l’ouvrage traite de façon très documentée de l’infiltration de l’Eglise pour la subvertir de l’intérieur.

2000 ans de complots de l’Eglise, Maurice Pinay, éditions Omnia Veritas, 656 pages, 30 euros

https://www.medias-presse.info/2000-ans-de-complots-contre-leglise-maurice-pinay/48219/

mardi 25 octobre 2022

Le film sur la conversion de Gad Elmaleh, un hommage à Marie

 

Le film sur la conversion de Gad Elmaleh, un hommage à Marie

Dans son film, Gad Elmaleh raconte son chemin vers le baptême. Pour France 3

“Gad Elmaleh réalise “Reste un peu”, “une déclaration d’amour” à ses parents”

Il vaut mieux lire cet article de RCF :

C’est l’un des films qui a marqué le festival du film international de la Roche-sur-Yon “Reste un peu” réalisé par Gad Elmaleh. Il sortira le mercredi 16 novembre 2022. Entre l’autobiographie et la fiction, l’humoriste aborde le sujet de la foi. À travers son propre chemin vers le baptême catholique, alors qu’il est issu d’une famille juive, Gad Elmaleh nous interroge sur le dialogue interreligieux et la force de la conversion.

C’est un film extrêmement intime que vous nous présentez ?

D’abord, je trouve que c’est un formidable sujet de film avant tout en tant qu’artiste et j’ai toujours eu envie de faire des choses autobiographiques dans mes spectacles plus difficilement dans les films parce que ce n’est pas moi qui écrivais des scénarios. Pour cette histoire-là, il y a un mélange dans le film entre la fiction et la réalité. La conversion est un sujet qui me bouleverse. Ces gens qui à un moment donné de leur vie décident de tout bouleverser et d’interroger leur propre identité et de changer leur chemin de vie. Je lis beaucoup de livres là-dessus. Il y a d’ailleurs un genre littéraire qui existe qui est devenu le récit de conversion.

Le point de départ le c’est un hommage à Marie et je pense que ça, c’est important de le dire. Il y a eu dans mon enfance l’interdiction de rentrer dans les églises à cause d’une sorte de superstition juive. Sauf que quand tu as six ans et qu’on t’interdit de faire un truc tu n’ as qu’une envie c’est de rentrer. Un jour je suis rentré dans cette église, je me suis dit pourquoi on m’interdit de rentrer dans cet endroit où c’est tellement agréable de passer du temps, de s’asseoir , de se recueillir ?

Ensuite je vais raconter mon chemin vers le baptême, le catéchuménat, avec l’interrogation portée par ma famille, mais aussi il faut le dire l’aspect comique.  C’est donc une comédie sur une famille juive séfarade méditerranéenne qui est complètement dépassée par les événements. Pourquoi cet enfant se tourne-t-il vers le christianisme ? C’est une catastrophe !  J’ai bien conscience que je joue avec le feu dans le sens où c’est vrai que ce sont des choses délicates.

À un moment du film, vous comparez les religions juives, musulmanes et catholiques et vous parlez de la beauté des sépultures dans les églises.

C’est un peu tabou, les obsèques, la mort, les funérailles, les rites funéraires. Si je le traite sur le ton de la comédie, c’est parce que les traditions sont tellement différentes. Quand on a un œil extérieur, on se retrouve tout à coup confronté à une forme de solennité qu’on ne connaissait pas. Je trouve qu’il y a une beauté, il y a un culte, il y a une forme de choses tellement organisée. J’ai raconté qu’en assistant à des obsèques cathos j’avais envie d’être celui qui est dans le cercueil. C’est une blague, mais en même temps ça raconte quelque chose d’une forme de beauté. Je dis même en rigolant que vos églises sont belles, mais elles sont vides !  Donnez-les-nous et on vous les gère !

À travers votre film transparaît une grande connaissance de la théologie.

Quand j’ai commencé à m’intéresser aux messes, j’ai été surpris de voir qu’il y avait la lecture de l’Ancien Testament. Après il y a les Évangiles et entre ça il y a un livre qu’on partage dont on ne parle pas assez, ce sont les Psaumes, les Tehilim en hébreu. J’en parle peu dans le film, mais je m’y intéresse de plus en plus. Quand j’étais dans l’école talmudique, c’était de choses très importantes. Et quand j’ai commencé à côtoyer des catholiques pratiquants qui lisent les psaumes, j’ai vu à quel point on était proche avec ce livre. Il n’y a même pas une adaptation, même pas une appropriation et ce sont les mêmes textes et ça il faut qu’on le partage, qu’on lise ensemble, ça nous rapproche c’est très très beau les psaumes !

https://www.lesalonbeige.fr/le-film-sur-la-conversion-de-gad-elmaleh-un-hommage-a-marie/

dimanche 8 mai 2022

Terres de Mission n°261 : Histoire des traditionalistes

 Eglise universelle : Histoire des traditionalistes

L’historien Yves Chiron vient de publier un ouvrage monumental au titre parfaitement explicite : « Histoire des traditionalistes ». Il nous présente ici les origines du traditionalisme et ce qui en constitue les fondements intellectuels et doctrinaux. Il explique les raisons du développement de ce courant et de sa permanence, en particulier en France et aux Etats-Unis.

Eglise en France : Pèlerinage aux Lucs-sur-Boulogne le 7 mai

Le 28 février 1794, plusieurs centaines de femmes et d’enfants étaient massacrés aux Lucs-sur-Boulogne par les colonnes infernales du général Cordellier. En mémoire de ces martyrs de la foi, le père Argouarc’h, de la Sainte croix de Riaumont, organise un pèlerinage de la Chabotterie, manoir de Charrette, aux Lucs-sur-Boulogne le samedi 7 mai.

Eglise en Marche : Histoire du MJCF. Une jeunesse missionnaire au service du Christ

Le MJCF (Mouvement de la Jeunesse Catholique de France) a fêté il y a peu l’anniversaire des 50 ans de sa fondation. A cette occasion, un album abondamment illustré, a été publié, contenant de nombreux documents et témoignages. Dominique Vannini, un des auteurs de ce travail collectif, et ancien de l’équipe de fondation du MJCF présente les intuitions originelles et le fonctionnement de ce mouvement d’apostolat de jeunes par d’autres jeunes.


https://www.tvlibertes.com/terres-de-mission-n261-histoire-des-traditionnalistes

jeudi 14 avril 2022

Les points noirs de l’histoire de l’Eglise – Pour en finir avec 20 siècles de polémiques (Michael Hesemann)

 

Michael Hesemann est historien, écrivain et journaliste. Spécialiste d’histoire ecclésiastique, il a aussi étudié l’anthropologie culturelle, la littérature et le journalisme.

Une poignée d’auteurs opportunistes se bouscule pour nous présenter les Evangiles comme un tissu de mensonges, les papes comme des criminels avides de pouvoir, l’Eglise comme un instrument d’oppression, et Rome comme le sommet de l’intolérance. De vieilles légendes urbaines, inventées soit par ceux qui persécutaient les chrétiens dans l’Antiquité, soit plus tard par les réformés, les philosophes des Lumières ou encore les idéologues des dictatures modernes, ont brusquement refait surface.

De nouveaux reproches s’ajoutent, des histoires terribles autour de conspirations vieilles de plusieurs siècles émergent, construites sur la base de maigres indices et au prix de distorsions massives de la vérité, mais enrichies de tellement d’action, de sexe et de crimes qu’elles en deviennent irrésistibles pour un grand nombre de lecteurs; en réunissant ces trois ingrédients, il est très facile d’écrire un best-seller, tant il est vrai que les présumés obscurantistes de l’Eglise deviennent des personnages vendeurs.

Les légendes noires de l’Eglise catholique sont donc un filon qu’il est rentable de continuer à exploiter. Ce livre traite de ces légendes noires, nouvelles ou anciennes, qui entourent l’histoire de l’Eglise. Les affabulations d’auteurs populaires et racoleurs, mais aussi les lieux communs et les préjugés courants font, dans ce livre, l’objet d’une confrontation avec les faits et l’histoire. Michael Hesemann examine ce qui se cache réellement derrière toutes ces affaires et histoires scandaleuses et répond avec des faits historiques aux spéculations les plus extravagantes. 

Les points noirs de l’histoire de l’Eglise, Michael Hesemann, éditions Artège, 420 pages, 19,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-points-noirs-de-lhistoire-de-leglise-pour-en-finir-avec-20-siecles-de-polemiques-michael-hesemann/68802/

mardi 25 janvier 2022

Le concile de Trente et la réforme catholique

 Pour répondre à Luther -encore vivant- l’Église réunit à Trente, au Tyrol, un concile qui durera 18 ans et précisera le dogme catholique sur la liberté et la grâce. Institués pour propager au monde les canons du concile, les jésuites vont répandre le savoir par leurs collèges en Europe. Puis ils vont aller au Nouveau monde où ils s’opposeront, comme d’autres catholiques avant eux, à la barbarie de la colonisation qui voit les indigènes comme devant être asservis aux intérêts marchands. La réforme catholique née au Concile de Trente propagera ce qu’on pourra appeler l’humanisme chrétien.


http://re-histoire-pourtous.com/le-concile-de-trente-et-la-reforme-catholique/

mercredi 30 juin 2021

Existe-t-il une pédagogie chrétienne ?

 

Ce texte a été publié dans le numéro 68 de la revue Liberté politique, pour le dossier consacré à l’Ecole. Ce numéro est actuellement en vente sur le site de Liberté politique.

Les écoles, les familles, les mouvements de jeunesse, l’Église elle-même parlent volontiers d’une éducation chrétienne, c’est-à-dire une formation intégrale de la personne, dans tous ses aspects, à la lumière de l’Évangile, devant contribuer à préparer des hommes et des femmes libres, disciples joyeux de Jésus Christ. Mais de pédagogie il est moins souvent question, quoiqu’on évoque volontiers la pédagogie de Dieu dans la manière dont le Créateur amène peu à peu son peuple à la Révélation complète, au long de l’Histoire sainte. Ce point est essentiel ; on parle bien de manière de faire.

En effet, la pédagogie, terme polysémique, peut être à la fois comprise comme synonyme de l’éducation, donc enseignement complet, et comme manière d’instruire, en somme comme méthode. Le dictionnaire de l’Académie française, dans sa neuvième édition, la définit, pour l’instruction et l’éducation des enfants comme « l’ensemble de procédés employés pour les instruire et les former en fonction de certaines fins morales et sociales ». Mais aussi, en deuxième sens possible, voisin, comme une « discipline théorique visant à définir des méthodes d’enseignement, à déterminer de nouvelles pratiques éducatives ». La pédagogie, lorsqu’elle est distinguée de l’éducation, est donc avant tout une manière de faire et d’être qui s’inscrit dans une démarche éducative dont elle est une part.

Ce premier point établi on peut plus aisément se demander s’il y a une pédagogie chrétienne. Le chrétien se revendiquant disciple de Jésus Christ, il est raisonnable de considérer le Verbe de Dieu comme le socle de la pédagogie. C’est à son exemple et son imitation que le pédagogue chrétien peut le plus raisonnablement agir.

La pédagogie de Jésus-Christ

Comment Jésus-Christ enseignait-il sa Parole ? Comment préparait-il ses interlocuteurs à cette chose extraordinaire qu’est, par lui, la rédemption de l’humanité ?

Suivons-le dans sa position enseignante, au long de l’Évangile de saint Marc, qui servira de texte témoin. La première manière dont il enseigne est celle d’un homme qui a autorité. Il enseigne en maître légitime, qui a un dépôt de science à offrir aux hommes.

Au chapitre premier de cet Évangile, des versets 21 à 28, nous pouvons lire :

Ils entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée1.

Comme nous le voyons, Jésus-Christ enseigne dans un lieu d’étude et de prière, la synagogue, et en maître, au grand étonnement de tous. Sa puissance souveraine s’étend aux démons qu’il peut chasser d’un simple commandement. Cette force augmente encore l’autorité dont il est revêtu dans son enseignement. En tant que maître de la parole, sa renommée est grande puisqu’elle couvre toute la Galilée. En somme, le maître a une posture adéquate, il est légitime, et son enseignement est reconnu.

Cette autorité se retrouve à plusieurs reprises. On peut lire, au chapitre deuxième, verset 13 : « Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait », ou encore au chapitre sixième, verset 2 : « Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : “D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?” »

Cette position du maître est essentielle. Jésus-Christ enseigne à chaque instant en homme qui sait, et sa parole, toujours à propos, ne souffre pas de répartie, elle est magistrale. Pourtant, ce n’est pas un maître distant ou hautain. Au contraire, à la différence des pharisiens, c’est un maître qui fait si grand cas de la valeur de la parole à transmettre qu’il va vers tous, les publicains et les prostituées autant que les scribes et les pharisiens.

En outre, si cette parole est dite d’en-haut, elle demeure recevable dans sa forme, par ses auditeurs. Le fond de son enseignement parut souvent scandaleux aux Hébreux de son temps, mais la parabole dont il faisait un usage si fréquent leur était coutumière. En somme, il savait parler le langage de tous les hommes et être accessible, loin des cultes à mystères, nombreux alors dans le bassin méditerranéen.

Accessible sans perdre de sa hauteur, Jésus-Christ était également disponible pour répondre à toutes les questions, quelles qu’elles fussent, timides ou audacieuses, naïves ou vicieuses, de ses disciples comme des pharisiens. Il savait prendre le temps pour enseigner. Au chapitre quatre, par exemple, intervient la parabole du semeur, et comme les apôtres ne comprennent pas le sens de ce récit, il leur en donne un commentaire, des versets 10 à 20 :

Quand il resta seul, ceux qui étaient autour de lui avec les Douze l’interrogeaient sur les paraboles. Il leur disait : « C’est à vous qu’est donné le mystère du royaume de Dieu ; mais à ceux qui sont dehors, tout se présente sous forme de paraboles. Et ainsi, comme dit le prophète : Ils auront beau regarder de tous leurs yeux, ils ne verront pas ; ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles, ils ne comprendront pas ; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon. » Il leur dit encore : « Vous ne saisissez pas cette parabole ? Alors, comment comprendrez-vous toutes les paraboles ? Le semeur sème la Parole. Il y a ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée : quand ils l’entendent, Satan vient aussitôt et enlève la Parole semée en eux. Et de même, il y a ceux qui ont reçu la semence dans les endroits pierreux : ceux-là, quand ils entendent la Parole, ils la reçoivent aussitôt avec joie ; mais ils n’ont pas en eux de racine, ce sont les gens d’un moment ; que vienne la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils trébuchent aussitôt. Et il y en a d’autres qui ont reçu la semence dans les ronces : ceux-ci entendent la Parole, mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et toutes les autres convoitises les envahissent et étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Et il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent, et ils portent du fruit : trente, soixante, cent, pour un. »

L’incompréhension des apôtres se répète au chapitre sept. Jésus-Christ s’agace un instant de la lenteur d’esprit de ceux qu’il a choisis pour ses disciples, au verset 18, leur disant : « Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? », car le maître sait admonester lorsqu’il le faut, et on connaît la palette de l’injure christique, entre « race de vipère » et « sépulcres blanchis », mais aussi ses colères, comme l’expulsion des marchands du temple à grands coups de fouet.

Dans ce chapitre sept, cependant, s’il perd patience, il explique de nouveau sa pensée et leur fait comprendre que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche de l’homme qui est impur, mais les paroles venimeuses ou fausses qui en sortent.

Jésus-Christ répond aux questions sans jamais se dérober, jusque dans les instants les plus tragiques, où un silence le sauverait, comme face au prêtre Caïphe ; il lui arrive également d’en poser, pour susciter la réflexion chez ses disciples. C’est pourquoi on peut véritablement dire que son enseignement, d’abord magistral, se mue peu à peu en dialogue, au fur et à mesure que les disciples croissent en connaissance. C’est pourquoi il leur demande, au chapitre 8, des versets 27 à 29 :

Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. »

Un maître enseignant

Toute occasion est bonne pour enseigner. C’est pourquoi au chapitre 9, Jésus-Christ, demandant à ses apôtres de quoi ils discutaient seuls en route, et ceux-ci lui ayant avoué qu’ils s’interrogeaient pour savoir lequel était le premier d’entre eux, au lieu de les morigéner pour cet orgueil imbécile, leur explique que nul ne peut être le premier, s’il ne s’est fait avant le serviteur de tous.

En somme, il ne se départit jamais de sa place de maître enseignant, lorsqu’il est en présence de ceux qu’il doit instruire préférentiellement, c’est-à-dire ses disciples.

Enfin, Jésus-Christ est un maître doux au naturel, comme il a pu le montrer au chapitre cinq en guérissant la femme hémorroïsse, lui enseignant que c’est sa foi qui l’a sauvée : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Les trois autres Évangiles et de nombreux passages de saint Marc, encore, confirment cette manière d’enseigner de Jésus-Christ, que l’on pourrait résumer par une centralité du maître qui annonce avec autorité un savoir connu de lui, qui ne se départit jamais de sa fonction enseignante devant ses disciples, mais qui reste toujours accessible, répondant aux questions, les posant pour susciter la réflexion, ne se dérobant pas, admonestant parfois, étant doux et sans préjugés toujours.

Une pédagogie qui n’aurait pas de finalité serait creuse. Le Seigneur veut révéler le sens de son passage sur terre, faire comprendre la portée de son sacrifice et parfaire la Révélation en vue de l’avènement du Royaume de Dieu, afin d’y préparer les hommes par leur conversion qui ne peut passer que par lui, se réaliser en lui. C’est pourquoi, le savoir qu’il transmet aux disciples a une visée pratique. Une fois formés, ils sont envoyés en mission. Déjà, dans l’évangile de saint Marc, il les envoya deux par deux annoncer sa parole. Mais c’est au seizième et dernier chapitre qu’il leur commanda :

« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

En somme, ayant reçu son enseignement de manière complète puisque ayant entendu ses paroles de son vivant et cru en sa résurrection, les apôtres sont désormais des disciples accomplis, aptes à aller leur chemin, à leur tour, pour la gloire de Dieu. C’est pourquoi on peut bien dire que cette pédagogie, c’est à dire cette manière de faire, s’intégrait au service d’une éducation intégrale faisant croître des hommes debout.

I- La pédagogie de l’Enseignement catholique

Cette pédagogie est-elle présente dans l’éducation chrétienne actuelle en France ?

La pédagogie dans les documents officiels de l’Enseignement catholique

L’école est le lieu d’épanouissement par excellence de la pédagogie. L’institution scolaire chrétienne la plus notable, en France, est l’Enseignement catholique, qui regroupe les écoles privées catholiques sous contrat d’association avec l’État et scolarise 2 000 000 d’élèves environ2.

Quelle est la place accordée à la pédagogie dans l’esprit même de cette structure, et celle-ci est-elle chrétienne ?

Si nous nous référons au Statut officiel de l’enseignement catholique, publié en 2013, le terme de pédagogie revient dans treize articles. À l’article 39, la pédagogie s’inscrit dans l’attention aux faibles et aux pauvres, et doit rechercher l’inventivité pour leur répondre. À l’article 48, nous apprenons que les parents doivent être tenus informés des méthodes pédagogiques des établissements scolaires, ce qui nous permet de noter que les méthodes pédagogiques peuvent varier d’un établissement à l’autre. À l’article 74, nous arrivons au cœur du problème. La pédagogie, pour l’enseignement catholique, est ainsi définie :

La mission éducative se fonde sur la pédagogie du Christ. Elle déploie solidairement une attention : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? », un appel toujours personnel : « Viens… », une confiance en chacun : « Va… », une promesse d’accompagnement : « Je serai avec vous… »

Cette affirmation est renforcée à l’article 86, disposant que la formation des professeurs, dans la pédagogie, la relation éducative et la didactique doivent accorder les dimensions académiques et la conception chrétienne de l’homme. Cet article a toute son importance, car il tient compte d’une particularité de l’enseignement privé sous contrat avec l’État, dans lequel l’employeur du professeur est l’État, qui lui verse un salaire et a signé un contrat de travail avec lui. En conséquence, le professeur doit suivre les recommandations professionnelles de l’État. Mais l’enseignement catholique souhaite que l’application de celles-ci n’écarte pas l’approche chrétienne de l’homme, ce que l’on peut retenir comme un appel à appliquer la pédagogie du Christ.

L’article 112, lui, prévoit que nul, dans les personnels, ne soit écarté de la conception et de la mise en pratique de la pédagogie de l’établissement scolaire. Ce qui est confirmé à l’article 123 où le conseil d’établissement est réputé capable de formuler avis sur le projet pédagogique.

L’article 145 confère la responsabilité pédagogique de l’établissement à son directeur, sous les encouragements de l’autorité de tutelle de l’école, qui peut être diocésaine ou congréganiste, d’après l’article 182. Laquelle tutelle veille à l’enracinement chrétien de cette pédagogie d’après l’article 183. Le prêtre référent de l’établissement, lui-même, doit être tenu au courant et informé sur la pédagogie en cours, d’après l’article 224, notamment du fait que chaque école a son identité, ses spécificités et sa capacité d’innovation dans ce domaine, comme le rappelle l’article 240.

Cet édifice est chapeauté par le secrétaire général de l’Enseignement catholique, qui veille, article 361, à l’animation du réseau des écoles, dans leur dimension pédagogique.

Faiblesses

Il ressort de ces articles que la pédagogie, dans sa conception chrétienne, est tout à fait centrale et que l’Enseignement catholique entend en rester le pilote. Pourtant, quelques faiblesses se remarquent immédiatement.

D’une part, la pédagogie chrétienne n’est jamais clairement définie. Dans l’article 74 qui présente le plus directement cette notion de « pédagogie du Christ », on y retrouve l’attention de Jésus-Christ à tous, la confiance qui ne se lasse jamais et cette présence du pédagogue auprès de ses élèves, confirmée dans les autres articles. Mais la figure du maître est la grande absente.

Ce manque est gravement dommageable. En effet, l’étude rapide de l’Évangile de saint Marc a montré que tout partait de cette place du maître. Son autorité le rend légitime pour délivrer un contenu d’enseignement, mais aussi pour prêter toute son attention à chacun. Sans le maître au départ, le pédagogue s’appuie sur une légitimité bancale.

Cette absence est aisément compréhensible. Elle se retrouve dans la plupart des ouvrages pédagogiques actuels, à ce point centrés sur l’élève qu’ils en oublient que l’enseignement repose au préalable sur une parole ou un écrit hors de l’être du maître vers ses élèves. Ce n’est que si ce point est assuré que l’attention autour du petit ou du faible peut s’exercer, que les méthodes de mise en activité des élèves peuvent s’épanouir.

D’ailleurs, cette place du maître, qui tend à être effacée dans les recommandations pédagogiques actuelles au sein de l’Éducation nationale, revient au galop, comme le naturel. Le maître reste une figure aimée des élèves, qui attendent que l’instruction vienne de lui, alors que leurs professeurs tentent de s’effacer depuis les petites classes. Mais rien n’y fait, l’élève veut toujours un maître. Mieux encore ! Si les pédagogies recommandées par les inspecteurs de l’Éducation nationale, dans la plupart des matières, sont bien de faire naître le savoir des élèves par leurs recherches documentaires propres, sous la coordination la plus accompagnante possible de l’enseignant, dans la pratique, en classes de 3e et de terminale, lorsqu’approchent le brevet et le baccalauréat, le cours magistral dicté en catastrophe retrouve tous ses droits, et après avoir camouflé le maître, l’urgence conduit à l’hypertrophie magistrale, également dommageable car autant excessive.

De deux choses l’une ; soit le maître est devenu une figure inutile, et les élèves devraient pouvoir apprendre largement par eux-mêmes, accompagnés par un enseignant, du début à la fin de leur scolarité. Mais dans ce cas pourquoi avoir recours au maître comme à la solution la plus efficace et aisée en cas d’urgence ? Soit le maître a encore toute sa place, et il faut la lui rendre pour éviter les excès d’un cours ennuyeux, intégralement dicté en magistral, lorsqu’il n’est plus possible de faire autrement.

Les deux excès présentés ici ne sont absolument pas chrétiens. La pédagogie du Christ module à merveille la position du maître et l’accompagnement dans la croissance du disciple. Il conviendrait que cela soit mieux mis en valeur par les textes de l’Enseignement catholique.

En effet, si nous nous penchons dans d’autres publications de l’Enseignement catholique, nous y retrouvons un grand souci de la pédagogie, mais sans qu’elle ne soit clairement définie.

Par exemple, le document Un souffle nouveau pour le collège3, publié en 2015 à l’occasion de la réforme actuellement en cours, s’appuie sur une anthropologie réaliste, invitant à prendre l’élève tel qu’il est, dans toutes ses dimensions, corps et âme, avec son vécu, pour le mener à une réussite éducative avant tout. Nous sommes dans une démarche de bienveillance, si souvent mise en avant par l’école catholique. Évidemment, la pédagogie, c’est-à-dire la manière de transmettre, est centrale pour réussir ce pari de la réussite d’un élève selon ses talents. On retrouve dans le texte les termes de « pédagogie innovante », « innovations pédagogiques », « nouvelles pédagogies », « diversité pédagogique », « pédagogie du projet », « pédagogie du choix », « pédagogie différenciée », « équipes pédagogiques », « journées pédagogiques », « projets pédagogiques. »

Ces termes recouvrent, en réalité, une grande pluralité de situations. Les « innovations pédagogiques » sont des manières expérimentales d’enseigner, comme par exemple la classe inversée, dont le principe est, durant quelques séances, d’inciter les élèves à réaliser un travail de recherche en amont, afin de préparer eux-mêmes le contenu du cours, sous la coordination de leur enseignant. La « pédagogie du projet » ou du « choix » est l’attention portée à l’orientation de l’élève dans sa connaissances des voies possibles, selon ses capacités. Ici on dépasse le cadre du cours pour entrer dans celui de l’établissement en général. « Pédagogie différenciée » fait appel à un enseignement par groupes, au sein de la même classe, en fonction des niveaux d’élèves, afin de permettre au professeur d’adapter son cours, mais aussi aux élèves de travailler en plus grande autonomie par équipes homogènes. Les trois derniers termes, eux, font appel à des structures institutionnelles, à savoir les groupes d’enseignants et d’encadrants, le temps qu’ils consacrent à réfléchir à leur pratique professionnelle et le projet commun qui les anime dans l’établissement.

La pédagogie recouvre un vaste champ, mais le terme de pédagogie chrétienne est absent. L’éclairage chrétien, s’il est sous-entendu peut-être, n’est jamais explicite. Enfin, le grand absent reste le maître, encore une fois, dans une pratique avant tout centrée sur l’élève acteur, oubliant ou minimisant à l’extrême l’élève récepteur.

L’ambition de ce document est de participer, dans le collège de demain, à « former des personnes libres, responsables, sachant vivre avec les autres ». C’est l’ambition de l’Enseignement catholique, mais aussi de l’enseignement public, quoiqu’il l’affirme avec moins de force dans ses textes officiels. Comment faire si le maître est l’absent ?

Le mur du « comment faire » ?

Plus nous avançons dans notre lecture de ce texte, plus nous nous heurtons à ce mur du comment faire ?

En effet, ce document majeur invite au renouvellement des pratiques pédagogiques devant les mutations des comportements et des références des adolescents. Il invite à contribuer au « développement intégral de la personne », dans lequel s’intègre bien sûr la pastorale. Il invite à repenser le rapport des professeurs et des élèves à l’erreur, pour en faire, non pas un échec mais un point de départ pour apprendre de nouveau. Tant de choses vraies, mais qui souffrent d’un manque de définition strict de la pédagogie chrétienne.

Ce manque est d’autant plus criant au moment où la réforme du collège va augmenter la liberté d’action des équipes enseignantes et de direction dans leurs choix éducatifs, au sein des établissements, et où il faudra, pour l’école catholique, profiter à plein de ces nouvelles libertés.

Les autres documents disponibles sur le site Internet du secrétariat général de l’Enseignement catholique, et qui constituent une très précieuse base de données pour l’exercice du métier d’enseignant ou d’encadrant, nous laissent autant sur notre faim. Le hors-série de Enseignement catholique, Actualités, de 2013, sur le thème « Avons-nous besoin de l’enseignement catholique ? », question qui avait suscité alors un débat national dans les établissements, parle de « défi pédagogique », « pédagogie de la réussite », « pédagogie de la confiance », « innovations pédagogiques », « combat pédagogique », « projet pédagogique individualisé », mais ne définit jamais la pédagogie et ne parle pas de sa spécificité chrétienne.

Pourtant on ne peut pas accuser ces documents de manquer de concret. Les témoignages abondent, comme dans le hors-série de 2011 « Des États-généraux pour l’animation », qui mentionne l’utilisation de la pédagogie du scoutisme au collège-lycée La Maison française, ou de la formation commune des professeurs de l’enseignement général, technologique et professionnel dans le diocèse de Caen.

À l’usage des professeurs et personnels encadrants, le hors-série de 2006 « Changer de regard » donne des exemples de pratique dans l’organisation du cours ou l’usage de la discipline, mais encore et toujours, la particularité chrétienne de la pédagogie n’est pas définie et si le souci de l’élève est central, le maître est absent. De la même manière, le numéro de Enseignement catholique, Actualités d’août 2009 donne des pistes concrètes en pédagogie, comme l’octroi de plus larges responsabilités aux élèves dans l’échange des savoirs, l’engagement au sein de la vie des écoles, le tutorat des plus jeunes ou des plus faibles, ou encore la responsabilisation des élèves dans leur orientation. Mais toujours, le maître est oublié et la pédagogie chrétienne n’est pas définie. À vrai dire, même si toutes ces recommandations puisent leur eau à la source de l’Évangile, on peut même penser qu’il n’est point besoin d’être chrétien pour les mettre en œuvre. Alors qu’est devenu, ici, le caractère propre de l’école catholique ?

Pour conclure sur cette rapide exploration, mentionnons deux outils majeurs mis à disposition des professeurs, le document hors-série d’août 2007 Être professeur dans l’enseignement catholique, et sa suite de 2009, Pour travailler en équipe le document « Être professeur dans l’enseignement catholique ». Ces deux livrets, fort utiles pour la formation, sont résolument chrétiens. Le professeur qui les utilise en conscience ne peut pas ne pas être touché par eux, dans sa pratique professionnelle. Ils insistent sur la spécificité de l’enseignement catholique, le cadre légal dans lequel peut évoluer le professeur et comment utiliser au mieux sa liberté. Le document de 2009, notamment, reprend chaque passage de celui de 2007 avec des textes de l’Écriture sainte devant aider à mieux les comprendre dans un angle chrétien. À propos de ces extraits, d’ailleurs, on remarque que nulle part il n’est fait allusion à l’enseignement avec autorité de Jésus-Christ.

On peut donc dire que dans sa documentation officielle l’enseignement catholique, à côté d’une éducation chrétienne bien définie et balisée, propose une pédagogie plus incomplète et tâtonnante quant à sa spécificité et sa conformation à l’exemple de Jésus-Christ. Disons que tout y est sauf la figure essentielle du maître, dont tout part. Pour que Jésus soit appelé ami par des disciples devenus adultes dans la foi, il faut d’abord que Jésus leur maître leur ait donné les enseignements nécessaires à la croissance. De la même manière, pour qu’un jour élèves et professeurs soient sur le même pied d’égalité, il faut d’abord que ceux-ci l’aient eu pour maître enseignant contribuant à leur croissance intellectuelle, physique, morale et spirituelle.

Dans la pratique professionnelle, qu’en est-il de cette pédagogie ?

II- La pression de l’Éducation nationale sur la pratique pédagogique dans l’Enseignement catholique

Un élève aura beau se trouver dans un établissement catholique où la vie sacramentelle et de prière est rayonnante, où les propositions pastorales sont multipliées et toutes alléchantes, il n’en restera pas moins vrai que la presque totalité de son temps dans les murs se sera déroulé dans une salle de classe, face à un professeur duquel il reçoit les enseignements.

C’est donc du professeur qu’il faut partir pour mieux percevoir la pédagogie dans l’enseignement catholique.

L’enseignant, dans une école catholique privée liée à l’État par un contrat d’association, est salarié par l’État. Il a signé avec lui un contrat de travail, c’est donc son employeur. Ainsi, tout professeur recruté par un chef d’établissement de l’enseignement catholique est, en fait, un agent de l’État, ce qui situe d’emblée le professeur dans une situation double, à la fois travaillant dans et pour une école catholique et dépendant d’un État qui ne l’est pas.

En tant qu’agent public de droit privé, il est soumis aux mêmes règles que ses collègues de l’enseignement public en matière de liberté pédagogique. Quelles sont-elles ?

Le Code de l’éducation dispose, depuis 2005, que :

La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection.

Le conseil pédagogique prévu à l’article L. 421-5 ne peut porter atteinte à cette liberté.

Quelles sont les dispositions de ce fameux L. 421- 5 ? Il permet l’institution dans les établissements d’un comité établissant les orientations pédagogiques, en général réunies dans le projet éducatif au sein des établissements catholiques. Le champ d’action de ce conseil est assez restreint. D’après le R 421-41-3, le conseil pédagogique peut coordonner les enseignements, les organiser par groupes de compétences, mettre en place des dispositifs de soutien aux élèves, coordonner la notation et l’évaluation dans l’établissement, accompagner l’orientation des élèves, veiller aux échanges linguistiques et culturels, établir des propositions pour l’organisation de l’accompagnement personnalisé, enfin, réaliser des propositions d’expérimentation pédagogique et participer à la rédaction du projet pédagogique.

En somme, ce conseil organise le volet pédagogique de la vie de l’établissement, mais son autorité s’arrête devant les portes des salles de classe. En conclusion, la plus grande partie du travail et de la semaine des élèves lui échappe. On devine comment cette barrière peut entraver l’instauration d’une pédagogie chrétienne dans le concret de l’enseignement.

Liberté sous instructions

En effet, pour revenir à l’article définissant la liberté pédagogique, notons tout de suite les limites qui reposent sur elle et entravent donc l’enseignant. Il est libre, à condition de respecter les programmes et les instructions du ministre, dans le cadre du projet d’école (nous avons vu que celui-ci s’arrête devant les portes des salles de classe) et sous le contrôle des membres des corps d’inspection.

Les programmes et instructions sont contenus dans le Bulletin officiel de l’Éducation nationale et leur précision est très variable d’une matière à l’autre pour l’enseignement secondaire. Par exemple, en philosophie en classe de terminale, il n’y a que quelques orientations générales sur les thèmes à aborder, les grandes notions à connaître et les auteurs à avoir lu au moins partiellement. Au contraire, en histoire-géographie, pour chaque thème, il est précisé la manière dont il doit être abordé, jusqu’aux exemples jugés incontournables, de telle sorte que le professeur devra, normalement, toujours commencer par l’étude d’un cas particulier avant de passer à la synthèse générale.

Au-delà du Bulletin officiel, les inspecteurs de l’Éducation nationale distillent, par académie, leurs recommandations, par des lettres circulaires et des instructions orales durant des inspections ou des journées de formation. Dans la plupart des matières, notamment en histoire-géographie et en langues vivantes, il est recommandé de faire sortir le savoir des élèves eux-mêmes, par l’étude des documents mis à leur disposition, le professeur devant naviguer d’un groupe à l’autre, pour veiller à la bonne mise en activité, orienter la recherche, donner la bonne parole méthodologique, mais surtout ne pas apporter de contenu magistral, celui-ci faisant l’objet d’une brève synthèse établie dans un deuxième temps à partir des conclusions des élèves, orientées par le professeur.

On conçoit bien que cette méthode, pour réussir, nécessite des élèves curieux et réceptifs, disciplinés et respectueux, un professeur infatigable et d’une rare compétence, toujours souple et adaptable, dans un contexte horaire largement supérieur à la simple heure de cours. En somme, il faut des sur-hommes dans un monde idéal. Faute de cela, l’édifice est souvent boiteux, donne des résultats satisfaisants au prix d’efforts herculéens et de programmes jamais terminés, avec toujours en fin d’année un retour complet au cours dicté ou pris en notes de manière magistrale pour boucler les thèmes essentiels.

Outre les défauts propres à cette pédagogie, on remarque que la figure chrétienne du maître est tout à fait absente de cette mise en pratique des contenus d’enseignement. S’il n’y a pas là de pédagogie résolument chrétienne, il ne saurait y avoir d’éducation parfaitement chrétienne non plus. L’attention au plus faible, la disponibilité à tous, le questionnement sont des éléments essentiels, mais il leur manque le fondamental.

Or, ici, la logique du contrat d’association prive les enseignants catholiques de la liberté de réaliser une pédagogie pleinement et complètement chrétienne. Seuls le Bulletin officiel et les inspecteurs peuvent franchir la porte de la classe avec le professeur, et si les inspections sont rares dans les faits, le poids moral de l’inspecteur engendre une loyauté étonnante des professeurs de l’Enseignement catholique envers l’Éducation nationale, dans le domaine de leurs matières. Ils obéissent en matière de pédagogie, sans pour autant être dupes, sachant prendre leurs libertés lorsque nécessité fait loi. C’est tout le paradoxe de cette étrange situation où celui qui garde le moins de prise sur les événements internes à la classe demeure le chef d’établissement, qui a pourtant la responsabilité générale de l’école.

Être ou ne pas être un bon professeur

L’encadrement de la pédagogie par le ministère va plus loin encore, puisqu’en dépit de la liberté accordée au conseil pédagogique, le Code de l’éducation encadre également l’organisation de la scolarité en cycles et la logique générale de l’évaluation en école primaire, dans son article L311-1. De même, les connaissances, mais aussi les compétences à acquérir sont définies dans chaque matière et pour chaque cycle de la scolarité par les programmes officiels, d’après l’article L331-3.

L’État va jusqu’à contrôler la manière dont l’école organise son emploi du temps général et la répartition de ses heures, de sorte qu’il peut encadrer la place prise par l’enseignement religieux, ainsi qu’en dispose l’article R442-36 :

L’organisation des services d’enseignement, dans les classes sous contrat d’association, fait l’objet d’un tableau de service soumis aux autorités académiques.

L’instruction religieuse peut être dispensée soit aux heures non occupées par l’emploi du temps des classes, soit à la première ou à la dernière heure de l’emploi du temps de la matinée ou de l’après-midi.

Les autres heures d’activités spirituelles et éducatives complémentaires ne peuvent être incluses dans le tableau de service.

Enfin, les compétences attendues de tout enseignant, chiffrées au nombre de dix par le ministère, figurent au Bulletin officiel. Elles sont impératives et visent essentiellement à faire un bon fonctionnaire, loyal. Reconnaissons que certaines de ces recommandations, sur la posture d’autorité, l’usage d’un langage correct et respectueux, l’entretien d’une solide culture générale, sont de simple bon sens et ne font pas polémique. Ce qui est plus inquiétant est la mainmise totale de l’État sur ce qu’il convient d’être et de ne pas être pour un faire figure de bon professeur.

Une telle emprise laisse songeur, et l’on comprend à quel point il est difficile, pour l’enseignement catholique, de faire véritablement valoir une pédagogie chrétienne fondée sur l’imitation de Jésus-Christ, dans ses salles de classe.

III- Comment libérer la pédagogie de l’Enseignement catholique ?

L’enseignement catholique se trouve dans une situation paradoxale, puisqu’il est responsable de ses élèves, de ses locaux, de ses enseignements, mais ne dispose pas de ses professeurs. En outre, faute d’un nombre suffisant de chrétiens convaincus en France, le recrutement de professeurs et d’encadrants chrétiens est nettement en-dessous des besoins réels. Il n’est pas rare de ne trouver qu’un ou deux enseignants chrétiens convaincus dans une école catholique. Au mieux on trouvera, dans les situations les plus favorables, 20 ou 30 % de professeurs et d’encadrants chrétiens dans les établissements les plus protégés sur ce plan.

Cette pénurie se retrouve à l’échelon supérieur parmi les professeurs formateurs, qui animent les réseaux de réflexion pédagogique de l’enseignement catholique, où nombre d’enseignants soit ne sont pas chrétiens, soit sont en délicatesse avec l’Église pour un motif ou un autre, souvent matrimonial.

Ouvert à tous et soucieux de le rester, l’Enseignement catholique se trouve cependant dans la position où les chrétiens y sont ultra-minoritaires au cœur même de la structure. En outre, parmi les 211 900 adultes qui travaillent au sein de cet Enseignement, 135 000 sont des enseignants et dépendent à ce titre de l’État, qui est leur employeur et définit leurs objectifs et méthodes par le Bulletin officiel.

Il y a pourtant des moyens de sortir, par le haut, de cette situation délicate, pour peu que l’enseignement catholique le veuille et ancre d’avantage en Jésus-Christ sa pratique pédagogique. (Notons qu’il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’ancrage en Jésus-Christ déjà présent et actif dans l’Enseignement catholique, mais de chercher à voir comment faire mieux et plus, notamment en réinvestissant les salles de classe.)

Privilégier le recrutement de professeurs chrétiens est un vœu pieu. Les chefs d’établissement et directeurs diocésains font déjà leur possible à ce sujet, avec des ressources humaines peu importantes et l’obligation, avant tout, de pourvoir tous les postes et de recruter des enseignants compétents dans leur matière pour donner aux élèves la meilleure instruction possible.

Le pouvoir des chefs d’établissement

En revanche, il est possible d’agir à l’échelon supérieur, en affinant le recrutement des professeurs formateurs. Ici, il conviendrait de rompre avec une des pratiques phares de l’Enseignement catholique, celle de la cooptation, pour rendre plus de pouvoir de choix aux chefs d’établissements, aux directeurs diocésains et aux évêques, quitte à passer par-dessus la tête des instituts de formation, afin, dans un second temps, de leur procurer des formateurs plus en phase avec le caractère propre de l’institution. Certes, cela froisserait, à n’en pas douter, bien des susceptibilités. Mais peut-on agir autrement ? Sur un volume de formateurs plus réduit, il est possible de repérer et de recruter des enseignants chrétiens et compétents, aptes à former les futurs professeurs ou les professeurs au long de leur carrière, en accord avec la mission éducative et l’approche pédagogique de l’Enseignement catholique.

Depuis que les professeurs stagiaires de l’enseignement catholique ne passent plus par les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) mais par les Instituts supérieurs de formation de l’Enseignement catholique (ISFEC), structures propres à cet enseignement, cette démarche permettrait de mettre un premier pas dans les salles de classe.

En outre, le contrat d’association lui-même donne une certaine souplesse, dans la pratique, à la gestion du corps enseignant. Il est tout à fait possible, pour un établissement sous contrat, de panacher ses classes avec des parties hors contrat. Il est permis de recruter des professeurs hors contrat et de leur confier des cours ou des classes parfaitement détachés de l’État. Il est même possible, sous condition que ce deuxième emploi ne crée pas un revenu régulier supérieur au tiers du traitement octroyé par l’Éducation nationale, de confier des cours ou classes hors contrat à un professeur effectuant par ailleurs des heures sous contrat.

Cette souplesse permettrait de recruter des enseignants parfaitement libres, ou de faire intervenir des personnels issus de congrégations, pour introduire, au sein des équipes enseignantes, ce zeste de liberté et d’indépendance propre à faire évoluer positivement le reste du corps professoral sous contrat. Ainsi le permet l’article L442-5, dont voici un extrait :

Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public.

Les établissements organisent librement toutes les activités extérieures au secteur sous contrat.

Ce deuxième point pose la question des ressources financières pour salarier ces professeurs sur des fonds propres. Mais d’ores et déjà si les établissements en capacité de le faire agissaient de la sorte, cela créerait pour tout l’Enseignement catholique une dynamique positive. Le point du recrutement de professeurs religieux est plus délicat, compte tenu du très faible nombre de religieux, religieuses et prêtres actuellement disponibles en France. Cependant, si dans ce faible nombre, là encore, se dégageaient, venus de France ou de l’étranger, des personnels compétents détachés de leurs congrégations, même en petit nombre dans les établissements, cela augmenterait encore cette configuration de la pédagogie à la suite du Christ, sans rompre pour autant ce fil si précieux du contrat d’association. La nouvelle évangélisation ne doit-elle pas commencer ici, dans les écoles catholiques ? Quel homme est légitime pour évangéliser au loin, lorsqu’il n’a même pas essayé de le faire au milieu des enfants qui lui étaient confiés ?

Précieux contrat d’association ? Oui, il l’est, même s’il a créé une situation enfermante pour l’Enseignement catholique. En effet, sans ce contrat et les apports financiers qu’il conditionne, jamais l’école catholique ne pourrait scolariser 2 000 000 d’élèves en France. A contrario, jamais l’État ne pourrait se charger de ces élèves supplémentaires si l’école libre venait à disparaître ou diminuer considérablement. C’est donc un équilibre où chacun a besoin de l’autre et où, compte-tenu de cette nécessité du maintien du statu quo du contrat, avec un peu d’audace, l’Enseignement catholique peut s’emparer de bien des libertés, dans le cadre même du contrat.

Après tout, ce système du panachage entre le contrat et le hors contrat se fait déjà dans les établissements les plus privilégiés pour des options de langue ou des classes préparatoires aux grandes écoles, alors pourquoi pas pour des matières fondamentales ? C’est une liberté à prendre pour que l’enseignement catholique puisse faire rayonner le caractère propre de sa pédagogie dans toutes les dimensions de ses établissements.

En guise d’envoi, conservons bien à l’esprit que l’Enseignement catholique est une institution d’Église, en France, dont les établissements sont sous la tutelle des diocèses ou des congrégations religieuses. Or, pour qu’il y ait volonté d’instaurer ou restaurer une pédagogie chrétienne à la suite du Christ, encore faudra-t-il une volonté ecclésiale sereine et sans crainte.

Gabriel Privat

1. Traduction liturgique de la Bible (AELF).

2. Le cas des écoles libres hors contrat d’association avec l’État n’est pas évoqué formellement dans cet article, restant acquis le fait que de nombreux établissements appartenant à cette catégorie sont explicitement catholiques, et que certains d’entre eux ont des relations officielles avec l’autorité hiérarchique diocésaine, ou avec une communauté religieuse dûment reconnue par les autorités de l’Église.

3. SGEC Publications, 277 rue Saint-Jacques 75240 Paris Cedex 05, 15 €.

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2016/02/26/existe-t-il-une-pedagogie-chretienne/