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mercredi 24 juillet 2024

La République dite française n’a pas toujours rimé avec la liberté politique, ni avec l’égalité, ni avec la fraternité

 

La République dite française n’a pas toujours rimé avec la liberté politique, ni avec l’égalité, ni avec la fraternité

De Michel De Jaeghere dans Le Figaro Histoire :

La Constitution de la Ve République réaffirme l’attachement des Français à la forme républicaine de gouvernement. On croit comprendre qu’en dépit de la concentration des pouvoirs qu’elle organisait entre les mains du chef de l’État, des contraintes dans lesquelles le régime avait enserré le parlementarisme, cette précision avait été conçue pour rappeler qu’elle tournait le dos à l’éventualité d’une restauration monarchique dont ne rêvait, du reste, qu’une partie ultra-minoritaire de courants contre-révolutionnaires devenus eux-mêmes marginaux.

Le renversement de la République, son remplacement par une autre forme de régime n’est plus guère envisagé aujourd’hui par personne, au moins depuis la mort de Jean Raspail. Les élections consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, l’accueil fait à leurs résultats, la crise qu’ils ont ouverte n’en ont pas moins été marqués par l’expression de l’inquiétude suscitée par les dangers qui en menaceraient l’existence. C’est au nom de la défense républicaine qu’ont été mis en place, entre-deux-tours, des accords de désistement entre des partis qui proclamaient, depuis de longs mois, n’être d’accord sur rien ; sous le signe du « front républicain » que s’est formée la coalition qui a vu des libéraux appeler à voter pour des communistes, des insoumis venir au secours de macronistes qu’ils vilipendaient depuis sept ans pour « faire barrage » au Rassemblement national. Son efficacité a été incontestable : assurant le succès de partis que rien ne préparait à gouverner ensemble, elle a ouvert la voie à la séquence politique inédite à laquelle nous assistons.

L’invocation de la République et de ses valeurs a cessé de surprendre, tant elle est devenue rituelle. Elle remonte aux années 1970, où les désistements entre communistes et socialistes face à leurs adversaires gaullistes et giscardiens se faisaient (déjà !) au nom de la « discipline républicaine » (l’expression se réfère aux débuts de la IIIe République, où elle désignait l’alliance de second tour des républicains contre leurs adversaires monarchistes ou bonapartistes), sans qu’on sache en quoi la menace d’une victoire de la droite en justifiait alors la mise en œuvre. Elle a été au cœur de la distinction, communément admise depuis l’émergence du Front national durant les années 1980, entre « extrême droite » et « droite républicaine ». Elle est réactivée pour délégitimer aujourd’hui un Rassemblement national dont on estime qu’il n’est pas un parti politique ordinaire, contesté, contestable : qu’étranger à « l’arc républicain », il doit rester voué à la marginalité, quel que soit le nombre de ses électeurs. Mais, comme l’a observé Frédéric Rouvillois, professeur de droit public à l’université Paris-Descartes et analyste incomparable du discours politique contemporain (Être [ou ne pas être] républicain, Les éditions du Cerf, 2015), elle a la particularité de s’appuyer sur un mot, un concept, des principes qui n’ont pas de définition.

Qu’est-ce en effet que la République ? La notion exclut depuis Aristote la monarchie héréditaire, sans se confondre avec la démocratie pour autant. Xénophon avait pu détailler les institutions de La République des Lacédémoniens sans s’arrêter au fait qu’elles n’avaient rien de démocratique (elles réservaient les droits civiques au petit nombre des « égaux » qui en formaient l’aristocratie militaire au détriment des hilotes et des périèques issus des populations autochtones asservies). Tite-Live avait exalté en Rome un idéal républicain confondu avec le pouvoir d’une aristocratie foncière avide et conquérante, qui s’était réservé l’essentiel de la décision politique par la maîtrise du Sénat et des comices centuriates et avait imposé sa domination par la force des armes à tout le pourtour du bassin méditerranéen. La république de Venise assurait le monopole du pouvoir à quarante-deux familles patriciennes au service d’une thalassocratie prédatrice. La république de Salò fut la dernière et la plus radicale des incarnations du fascisme italien. La république du Kampuchéa démocratique organisa le génocide d’un cinquième de sa propre population.

La République n’a pas eu non plus toujours partie liée, en France, avec la liberté politique. La Ire s’est d’abord confondue avec la politique de Terreur et la dictature du Comité de salut public : c’est à elle que l’on dut la loi des suspects, qui instaurait une présomption de culpabilité de certaines catégories politiques et sociales (les partisans de la tyrannie, les émigrés et leur famille, les fonctionnaires révoqués ; bientôt, les orateurs qui auraient sapé l’énergie du peuple, ou diffusé de fausses nouvelles ; enfin, ceux qui, « n’ayant rien fait contre la liberté », n’avaient non plus « rien fait pour elle ») ; c’est elle qui présida à l’adoption de la loi de Prairial, qui privait les accusés renvoyés devant le Tribunal révolutionnaire d’avocat, de témoins, du droit de faire appel et prévoyait pour ces « ennemis du peuple » (« traîtres », « accapareurs », « divulgateurs de fausses nouvelles », « corrupteurs de la conscience publique », « dépravateurs des bonnes mœurs »), comme pour tous ceux qui avaient « cherché à altérer l’énergie et la pureté des principes révolutionnaires et républicains, ou à en arrêter les progrès, soit par des écrits contre-révolutionnaires ou insidieux, soit par toute autre machination », la peine de mort. C’est encore en son nom que Bonaparte instaurerait en 1799 une dictature policière, avant de ceindre même la couronne impériale « pour la gloire comme pour le bonheur de la République » (Cambacérès). C’est au contraire sous le règne de la monarchie restaurée de Louis XVIII que le pays put faire l’expérience d’un régime parlementaire, assister aux premiers desserrements de la liberté de la presse.

La République proclame, dans sa devise, son attachement à l’égalité, mais elle est, très longtemps, restée hostile au suffrage universel. Banni par la Constitution de l’an III (la première des constitutions républicaines appliquées – celle de 1793 étant restée, du fait de la guerre, dans les limbes – réservait la citoyenneté à ceux qui payaient une contribution directe), il ne fut institué en 1848 sous la IIe République que pour qu’une loi électorale radie deux ans plus tard un tiers des électeurs (« les vrais républicains redoutent la multitude, la vile multitude, qui a perdu toutes les républiques », avait statué Thiers). Rétabli par le prince-président après le coup d’État du 2 décembre, il fut amendé le 27 juillet 1872 par les pères fondateurs de la IIIe République qui en exclurent « les hommes sous les drapeaux », qu’il s’agisse de militaires de carrière ou de conscrits effectuant leur service militaire. Ultras et légitimistes n’avaient cessé au contraire de s’en réclamer tout au long du XIXe siècle, jusqu’au comte de Chambord dans son Manifeste.Quant au vote des femmes, il avait été rejeté par les républicains par crainte de l’influence néfaste du clergé sur le sexe faible : « Non, la femme n’est pas égale de l’homme, proclamait en 1881 l’éditorialiste de La République maçonnique, non, il n’y a égalité ni morale ni physique entre ces deux êtres. (…) À l’homme l’action extérieure, à lui les luttes de la vie et de la tribune. (…) À la femme l’action lente, douce et persévérante du foyer. » Infatigable contempteur du régime républicain, Charles Maurras avait observé au contraire en 1910 : « Quoi de plus arbitraire que d’exclure les femmes ? On dit que c’est injuste… Ce n’est pas injuste, c’est idiot ! » Horresco referens : l’accès des femmes au droit de vote apparut pour la première fois dans le droit français dans le projet de Constitution publié, le 30 janvier 1944, par le maréchal Pétain !

Autre exemple : Emmanuel Macron s’est ému récemment de l’idée que puisse subsister la moindre inégalité de droits entre les citoyens, singulièrement au détriment des nouveaux Français. Cette inégalité avait pourtant été prévue par la loi très républicaine du 19 juillet 1934 et l’article 81 du code de la nationalité, qui disposaient qu’un naturalisé depuis moins de dix ans ne pouvait être investi d’un mandat électif. Maintenue sous la IVe République et pendant les vingt-cinq premières années de la Ve, la disposition n’a été abrogée que par François Mitterrand, par la loi du 8 décembre 1983.

La République se veut fraternelle, mais elle ne l’a pas toujours été autant qu’elle le prétend. Le général Cavaignac sauva la IIe du nom en matant l’insurrection de juin 1848 au prix de près de 5000 morts français. Et c’est sous la IIIe qu’à l’instigation de la gauche républicaine, la France s’est dotée par le fer et le feu de son empire colonial en Afrique noire, sans songer à donner sa citoyenneté aux populations autochtones. Adoptée à l’unanimité le 10 août 1932 (communistes et socialistes s’abstenant), la loi relative à la protection de la main-d’œuvre nationale prétendit de son côté limiter drastiquement l’immigration en fixant un quota de 10 % de travailleurs étrangers dans les entreprises privées, 5 % dans les entreprises publiques. En 1934, le gouvernement Flandin cesserait complètement de donner des permis de travail à des immigrants. Dans une circulaire citée par Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin (La République xénophobe, JC Lattès, 2001) et rédigée le 2 août 1933, six mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir, le ministre de l’Intérieur radical-socialiste Camille Chautemps avait demandé quant à lui aux préfets que soient refoulés les réfugiés juifs venus en nombre d’Allemagne et d’Europe centrale. « L’introduction en France des Israélites chassés d’Allemagne, écrivait-il, doit se poursuivre avec une extrême circonspection. Je compte, pour y parvenir, sur votre vigilance personnelle et sur l’activité de tous vos collaborateurs. »

Frédéric Rouvillois montre dans son livre que l’aura dont bénéficie le qualificatif de « républicain » a en réalité des origines légendaires : l’identification par toute une succession d’intellectuels et d’historiens (Charles Seignobos, Alain, Claude Nicolet, Michel Winock ) du régime lui-même et, plus largement, de l’ensemble des libertés démocratiques à l’expérience historique des gouvernements de « défense républicaine » qui avaient, de 1899 à 1909, gouverné la France dans le contexte troublé de l’affaire Dreyfus, sous le double signe de l’anticléricalisme de choc du petit père Combes et de la sauvegarde d’une République toujours en danger (une tentative de coup d’État folklorique du poète Déroulède, à l’occasion des obsèques de Félix Faure , le 23 février 1899, ayant accrédité l’idée qu’elle était entourée d’ennemis conjurés à sa perte). La France se serait alors dégagée de la tentation de la dictature militaire, que le boulangisme (1886-1889) avait, un moment, fait planer sur elle, en même temps que de l’emprise de l’Église sur la société en expulsant du pays les congrégations. L’affaire des fiches, qui avait vu le ministre de la Guerre, le général André, noter les officiers qui allaient à la messe pour les écarter des promotions, n’avait été que l’illustration de la nécessité dans laquelle les républicains s’étaient trouvés, alors, d’empêcher la convergence des pulsions réactionnaires des clercs avec les tentations dictatoriales des militaires de carrière pour instaurer, contre la Réaction, le règne de la Justice et de la Raison.

Ces grands ancêtres n’avaient pas brillé ainsi, eux non plus, par le respect de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, n’importe : Clemenceau avait illustré les vertus d’une gauche patriote et intransigeante, parvenue, avec lui, à son apogée, en incarnant en 1917-1918 la défense nationale et en menant la République à la victoire contre les empires centraux.

Dans l’imaginaire collectif, ce mythe historique a été en outre enrichi, transcendé, après la Seconde Guerre mondiale, par la damnatio memoriæ du régime de Vichy. Le maréchal Pétain ayant proclamé en 1940 la naissance d’un État français qui avait renoncé au nom de République et remplacé la devise républicaine par le triptyque Travail-Famille-Patrie, la gauche a estimé qu’il lui suffirait désormais de se réclamer de l’héritage républicain pour s’identifier, par contraste, à la Résistance, au combat contre la barbarie, au refus de la honte et de la trahison, au point de croire qu’elle était, par là, investie d’un magistère moral qui faisait d’elle le rempart contre un fascisme toujours renaissant.

Le malheur, pour la cohérence de l’histoire, tient, comme l’a montré Simon Epstein dans un livre pionnier (Les Dreyfusards sous l’Occupation, Albin Michel, 2001), à ce que nombre de dreyfusards très authentiquement républicains s’étaient tournés, pendant l’Occupation, par pacifisme, vers la collaboration, tandis que des antidreyfusards hostiles à la République s’illustraient dans la Résistance. Que fondateur d’un parti socialiste autoproclamé comme l’arbitre des élégances républicaines, François Mitterrand avait fait en 1943 « don de [s]a personne au maréchal Pétain, comme [lui-même avait] fait don de la sienne à la France » (serment de la Francisque) pendant que, président des Croix-de-Feu, le colonel de La Rocque s’engageait dans la Résistance, comme les monarchistes Honoré d’Estienne d’Orves, Pierre de Bénouville ou Jacques Renouvin.

Qu’est-ce qu’un républicain ? Destitué des prestiges qui se réclament d’une histoire simplifiée, travestie, ne reste en définitive qu’un fantôme sans grande consistance. L’étonnant est qu’il n’en continue pas moins à soutenir la prétention de la gauche à distribuer des certificats d’honorabilité aux siens, et à ceux de ses adversaires qui ont obtenu son agrément.

https://lesalonbeige.fr/la-republique-dite-francaise-na-pas-toujours-rimee-avec-la-liberte-politique-ni-avec-legalite-ni-avec-la-fraternite/

vendredi 3 mai 2024

République et démocratie en France, une histoire trouble

 

bureau de vote Bramtot
Un bureau de vote en 1891 (tableau d’Alfred Bramtot).

Quiconque a un peu de culture politique sait que « République » et « démocratie » ne sont pas des termes synonymes et interchangeables. La République populaire de Chine, la République de Cuba ne sont pas démocratiques. A contrario, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Danemark sont des monarchies démocratiques. Il n’est même pas besoin d’aller chercher les exemples à l’étranger : la Première République ne fut pas démocratique (1) ; alors que le Second Empire fut démocratique (bien que les élections furent sévèrement encadrées).
La République moderne française, née en 1870 (ou 1875 selon l’importance accordée à l’amendement Wallon) était-elle aussi parfaitement démocratique ? L’Histoire montre que si ce régime puise sa légitimité du suffrage universel, les républicains ont été plus d’une fois mal à l’aise avec le principe démocratique. C’est l’historien et sociologue Pierre Rosanvallon qui pose la question : « les républicains sont-ils philosophiquement vraiment des démocrates ? ». Il répond : « Le doute secret [sur la supériorité intrinsèque du suffrage universel] qui travaille en profondeur la foi des pères fondateurs [de la IIIe République] ne procède pas seulement d’une déception devant l’ingratitude des masses, il plonge aussi ses racines dans un indéniable dualisme philosophique de la pensée républicaine » (2).
Philosophiquement, ces pères fondateurs étaient tiraillés entre l’exigence de la rationalité (qui ne saurait se retrouver dans les masses, sujettes à l’émotion, en partie irrationnelles) et l’exigence de l’égalité politique (la démocratie : un individu, un vote). D’un côté Voltaire (la raison), de l’autre Rousseau (la souveraineté populaire).

affiche 1879
Élection législative (partielle) du 2 février 1879, arrondissement de Pontivy (auteur anonyme).

Ces contradictions se traduisent dans des actes. En 1884, pour mettre fin à la hantise d’une restauration royale ou impériale par la voie des urnes, les républicains procèdent à une révision constitutionnelle (à l’initiative de Jules Ferry). A cette époque, les républicains ne sont réellement au pouvoir que depuis 1879 (Chambre, Sénat et présidence de la République), et ils ont face à eux une opposition royaliste et bonapartiste qui demeure solide. L’article 2 de cette révision constitutionnelle indique : « La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une proposition de révision ».
Cela revient à mettre la République au-dessus du suffrage universel, à l’abri des masses électorales. Le lien entre République et démocratie est rompu ; ce qui fait alors les choux gras des conservateurs. Si la République est au-dessus du suffrage universel, obligatoire et non négociable, alors quelle est la source de sa légitimité ? Le député bonapartiste Paul de Cassagnac parlera ironiquement de « République de droit divin ».
Un autre exemple de la méfiance des républicains à l’égard du suffrage universel tient dans le référendum. Quoi de plus démocratique que le référendum ? Pourtant, après mai 1870, les Français devront attendre la Ve République, soit près d’un siècle, pour le voir réapparaître. Utilisé par Napoléon III, il fut longtemps perçu comme un instrument du césarisme par les républicains. De plus, la plupart des républicains, tel Jules Simon, considèrent la représentation parlementaire comme un “filtre” nécessaire entre une masse électorale jugée quelque peu irrationnelle, mouvante, imprévisible, et la question à trancher (l’exigence de la raison déjà évoquée). Paradoxalement, dans la Chambre des députés de la IIIe République, ce sont les conservateurs non-républicains qui défendent l’usage du référendum.
Si le référendum est absent des usages de la IIIe République au niveau national, quelques référendums locaux se tiennent à la fin du XIXe siècle. La municipalité de Cluny questionne ainsi ses habitants en 1888. Le conseil municipal avait été élu notamment sur la promesse de ne créer aucun impôt nouveau et de ne faire aucun emprunt ; cependant la ville souhaitait obtenir du ministère de la Guerre un bataillon d’infanterie et construire un casernement pour l’abriter. Les clunisiens sont appelés à trancher la question financière. D’autres municipalités, souvent conservatrices, suivent l’exemple de Cluny, ce qui amène le ministre de l’Intérieur à adresser aux préfets une circulaire leur enjoignant de prononcer de nullité tout appel des conseils municipaux au référendum. A la Chambre des députés, un projet de loi permettant les référendums locaux est déposé en 1890 par un bonapartiste rallié aux orléanistes, le baron de Mackau (un des chefs du groupe parlementaire de l’Union des droites, avec Piou et de Cassagnac). Le projet de loi est repoussé par la majorité républicaine.
D’autres exemples, moins importants historiquement mais significatifs, pourraient être donnés (décret du 31 janvier 1871, interdiction des candidatures multiples en 1889 lors de l’épisode Boulanger, etc.).
Mais au-delà des exemples donnés, remarquons que, tout au long de l’Histoire de la République, le pouvoir a cherché à canaliser l’expression du suffrage universel, jugé potentiellement dangereux. Historiquement, trois moyens principaux peuvent être dégagés :

  • Le mode de suffrage (indirect – pour l’élection du Sénat par exemple – ou direct),
  • Le mode de scrutin (proportionnel ou majoritaire à un tour, à deux tours),
  • Les conditions requises pour être électeur et éligible (autrefois le cens, le domicile ; aujourd’hui la question du droit de vote des étrangers) (3).

Des moyens plus anecdotiques furent utilisés, comme les redécoupages de circonscriptions (toujours d’actualité), ou le changement du lieu de vote (sous la IIIe République, voir note 4).
Ainsi, avec la même opinion publique, les assemblées et conseils élus peuvent se trouver d’une composition radicalement différente. Les dernières élections départementales viennent récemment de le démontrer une nouvelle fois, par l’écart entre le nombre de suffrages en faveur du Front National et le nombre d’élus de ce parti.
Notes :
(1) Même après la Terreur, le mode de scrutin à degrés et l’absence totale de campagne électorale interdisent de qualifier cette République de « démocratique » au sens moderne du terme.
(2) Pierre Rosanvallon, Le Sacre du citoyen, p. 452 de l’éd. de poche.
(3) Sous la IIIe République, la révision constitutionnelle de 1884 interdit aux membres des familles ayant régné sur la France de briguer les suffrages (afin d’éviter l’apparition d’un nouveau Louis-Napoléon Bonaparte). Dans la première moitié du XXe siècle, la réticence de la gauche à accorder le droit de vote aux femmes s’explique en partie par la crainte d’un vote à droite de leur part.
(4) En 1871, le lieu de vote fut transféré, par le gouvernement républicain de Défense nationale, de la commune au chef-lieu de canton. Cela avait pour effet d’écarter du vote une partie des paysans, ceux-ci votant généralement pour des royalistes ou bonapartistes (il fallait parfois trois heures de marche pour aller au chef-lieu et autant pour revenir à la commune, de quoi en dissuader plus d’un, notamment les vieillards et malades).

https://www.fdesouche.com/2015/04/12/histoire-republique-et-democratie-en-france-une-histoire-trouble/

mardi 2 avril 2024

“4 septembre 1870 : quand la République a remplacé la France…”

 

Marianne

Par François Teutsch
[…] Sans effusion de sang, le 4 septembre fut un véritable coup d’État. Une opération menée habilement pour imposer un régime politique à un pays qui, quatre mois plus tôt, avait plébiscité l’Empire constitutionnel libéral. Et qui portera bientôt 400 monarchistes au palais Bourbon, contre seulement 250 républicains. Pourquoi donc des institutions dont la France ne voulait pas ont-elles réussi à s’enraciner ?
D’abord parce qu’en France, la République est un mythe. Personne ne sait la définir autrement que par opposition : est républicain ce qui n’est pas monarchiste. Contre la vieille légitimité monarchique qui a construit notre pays, il fallait créer une mythologie nouvelle. Après les péripéties politiques du XIXe siècle, cette mythologie arrivait sans doute au bon moment.
Ensuite parce que, pour imposer le régime, le génie des républicains fut d’identifier la République à la France. Or, c’était une gigantesque subversion : jamais notre pays n’a été réductible à ses institutions. Dans l’armée, par une impitoyable chasse aux sorcières dans les rangs de l’administration, au sein de l’école surtout, Gambetta et ses amis ont imposé partout le mot pour créer la chose. « La République est belle ! » disait l’instituteur… L’usage de la majuscule contribuait au mythe. Peu à peu, le mot France a été remplacé par le mot République. Il suffit d’écouter ou de lire la quasi-totalité des hommes politiques pour s’en convaincre.
L’adjectif « républicain » est devenu si courant que personne ne s’insurge plus contre son utilisation mal à propos. Peut-on parler d’école, de justice, de police, de morale, sans y ajouter « de la République » (avec la majuscule) ? […] Le monarque était le père du peuple. On lui a substitué le buste en plâtre d’une fille de la rue. La leçon est magistrale. Elle pourrait resservir. Pensons au drapeau européen qui envahit nos édifices publics… Mais il est temps, après 144 ans, de penser à la France plus qu’à son régime politique. […] Invoquer la République sans cesse ne sert à rien pour rétablir le lien social délité dans une société qui, à force d’aveuglement, a remplacé une partie de sa population par une autre. Par des gens pour qui le mot République ne signifie rien. […] Boulevard Voltaire

https://www.fdesouche.com/2014/09/04/bd-voltaire-4-septembre-1870-quand-la-republique-a-remplace-la-france/

vendredi 29 mars 2024

La Guillotine, arme de la Gueuse, ou de la mécanisation de l’exécution

 

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par Julien de Monthémard

Pure émanation du chaos révolutionnaire, la guillotine en est devenue le véritable étendard. Un étendard sanglant compromettant singulièrement l’idéal initial et impulseur de la révolution, un idéal présenté comme l’incarnation de la justice populaire.

Conçue pour « mettre fin aux éxecutions inhumaines de l’Ancien Régime », elle ne permit que de les accelérer, de les systématiser et de les mécaniser à un rythme infernal, transformant ainsi la place publique en abattoir à ciel ouvert, où le bourgeois jouissait d’un droit supplémentaire, celui de vie et de mort sur ses semblables, et des petites gens. Ceux accusés de comploter contre la république naissante, les fidèles au Roi passèrent un à un, à la chaîne, sous le couperet tranchant de l’échafaud assoiffé.

Les exécutions y furent arbitraires, décidées unilatéralement par la caste dominante dramatiquement émancipée de toute morale et conception du droit naturel, affichant dès lors des ambitions fondatrices destructrices au profit de celle que nous appelerons, plus tard, la Gueuse.

L’un des divers drames de la révolution est l’institution d’un mode d’exécution mécanisé, tel que nous pourrions abattre une bête ; l’inhumanité ne réside pas en l’exécution elle-même mais bien en sa systématisation, sa « démocratisation » et, par conséquent, son caracètre quasi industriel. Le travail est propre, l’on s’en trouve rapidement débarassé et le spectable est garanti. Mais la guillotine est désormais un intermédiaire qui sépare le bourreau du condamé, une barrière à l’humanité ; cela aura pour conséquence l’éloignement physique de ce dernier qui ne tuera point directement l’individu, au même titre qu’un éloignement sentimental et émotionnel du fait de cette mécanisation, en opposition aux exécutions « artisanales » archaïques, où la pitié humaine est oubliée. Cet abandon de la pitié dans l’exécution-guillotine est la conséquence même de sa mécanisation ; on ne peut désormais croiser le regard du condamné, dont le sort ne dépendra plus que d’une goupille lâchée et d’une poulie enclenchée. Ainsi, l’éxécution résulte d’un mécanisme et d’une automatisation déshumanisant cette pratique et, par conséquent, facilisant son recours en la normalisant. L’abandon de la pitié marque le délaissement de la morale chrétienne dans l’exécution ; la guillotine est un mode d’exécution laïcisé, où la froideur du reniement de la foi ne conduit qu’à la barbarie systématique.

En cela, une synthèse de la lâcheté révolutionnaire est dévoilée : exécution des opposants, déshumanisation et industrialisation de la peine capitale, menant ainsi à la méconnaissance de tout humanisme et à l’abandon de toute responsabilité au regard de Dieu, et de ses pairs.

La guillotine perpétrait comme un outil de censure totale ; la parole était coupée en même temps que l’attribut par lequel elle était formulée. Pour autant, l’esprit de la guillotine perdure encore aujourd’hui dans l’insconscient collectif, où elle réprimande les comportements conservateurs, pouvant heurter l’orgeuil du régime si durement installé. L’ombre de la guillotine plane toujours sur le peuple de France, ayant sans cesse peur d’être accusé de fomenter un complot contre une quelconque autorité du pays légal dès qu’il ose questionner « les valeurs de la république ».

La guillotine reste également le symbole de l’anti-royalisme. La décapitation de Louis XVI fut un choc si profond dans notre histoire qu’elle installa une certaine pudeur – voire une gêne – à l’égard de la restauration monarchique, bien que celle-ci eut lieu, une courte et agitée période. La république souhaitait faire vivre – jusqu’à l’abolissement de la peine de mort en 1981 – en la guillotine ce sentiment de toute puissance face à la monarchie sur laquelle elle a diaboliquement triomphé.

Elle fait perdurer sa victoire, le fait qu’elle ait vaincu le Roi, et a marqué selon elle la fin d’un « ancien » régime, de par une prétendue caducité de sa politique dont elle se tait à démontrer l’inneffectivité.

La république, de sa première forme jusqu’à la cinquième, souhaitait maintenir son autorité par la pratique-guillotine héritée du despotisme jacobiniste et robespierriste. Il en revêt indéniablement une certaine culture républicaine de la guillotine, chacune d’entre elles ayant pratiqué la décapitation par le titillement de la goupille. La culture de la tête coupée nettement est donc une constante du régime, un culte, à croire même, un élément constitutif de sa nature intrinsèque.

https://www.actionfrancaise.net/2024/03/29/la-guillotine-arme-de-la-gueuse-ou-de-la-mecanisation-de-lexecution/

mercredi 27 mars 2024

Paul de Cassagnac : République et démocratie (article de 1904)

 

Paul de Cassagnac

Paul de Cassagnac (1842-1904) était un homme politique impérialiste, journaliste, polémiste français, connu aussi pour ses nombreux duels. Fils de Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac, homme politique, journaliste et historien siégeant au Corps législatif parmi les “Mamelouks” sous le Second Empire (impérialistes purs et durs partisans de l’Empire autoritaire), il fut député impérialiste du Gers de 1876 à 1893, département qui demeura fidèle au bonapartisme au point d’être surnommé la “Corse continentale” (meilleur score bonapartiste sur toute la France aux élections législatives de 1889).
A partir de 1884, déçu par le prince Victor-Napoléon, il se rapprocha des droites royalistes et fonda la doctrine du solutionnisme (n’importe quel prétendant mais pas la République) tout en gardant un attachement sentimental à l’Empire. En 1886 il fonda le journal l’Autorité ayant pour devise “Pour Dieu, pour la France”.

Article paru dans son journal l’Autorité sous le titre : PEUPLE SOUVERAIN

18 septembre 1904.

Il est une vérité qui crève les yeux, c’est que la République actuelle n’est pas une démocratie, comme elle a l’outrecuidante prétention de l’être.
Dans une démocratie, le mot seul suffit à l’indiquer, tout le pouvoir est aux mains du peuple.
Chaque citoyen en détient une portion égale.
Et rien d’important, rien de grave, ne saurait se faire sans la volonté du peuple, librement consulté et se prononçant librement.
Tandis que le régime actuel n’est autre chose que l’expropriation, pour la durée des quatre années législatives, des pouvoirs de l’électeur au profit d’une bande.
Cette bande use et abuse.
Elle se conduit comme si elle avait un mandat en blanc et qu’il lui fût permis de prendre toutes les initiatives, sauf à imposer au peuple la brutalité des faits accomplis.
Celui-ci, sous le régime actuel, n’a plus à se prononcer sur la politique à suivre.
Il n’a plus qu’à ratifier passivement et avec résignation, celle qui a été suivie en dehors de lui et souvent contre sa volonté formelle.
En un mot, il est traité, non pas en « souverain », ainsi qu’on a l’impudence de l’appeler, mais en véritable mineur, sous une tutelle insolente.
C’est dire que la République actuelle est tout l’opposé d’une démocratie, qu’elle en est purement et simplement la négation.
Et dans aucune question on ne le constate plus clairement, plus lumineusement, que dans celle de la séparation des Églises et de l’État.
Il n’y a pas dix députés, il n’y a pas deux sénateurs, qui aient inscrit cette mesure sur leurs programmes électoraux.
Le peuple, par conséquent, n’a pas eu à se prononcer, n’a pas eu l’occasion de montrer quelle est sa manière de voir.
Pourtant, il est au monde une question qui l’intéresse dune façon dominante, c’est celle qui va régler ses rapports quotidiens avec les prêtres de son culte, qui va peut-être lui enlever les secours de la religion, à son lit de mort, et le laisser vivre, les églises fermées, le service des cultes supprimé, comme un vil bétail dans les champs.
C’était la moindre des choses que les députés qu’il nomme, prissent la peine de lui demander ce qu’il en pensait.
D’autant que le chef du gouvernement, Combes lui-même, au lendemain des dernières élections générales, se proclamait officiellement le partisan du Concordat, et en voulait le maintien.
Or, on n’aura pas le toupet de nous assurer que les élections départementales des conseils généraux et des conseils d’arrondissement, ont eu pour plate-forme la séparation des Églises et de l’État.
On n’en a même pas parlé aux électeurs et on n’avait pas, d’ailleurs, à leur en parler.
De telle sorte que la question se présente au Parlement, où le gouvernement se propose de l’introduire à la rentrée, complètement neuve, étrangère à tout programme antérieur et sans que le peuple ait eu seulement l’occasion de s’en expliquer avec les candidats.
C’est en dehors de lui, sans lui, malgré lui, que les députés et le gouvernement vont discuter, délibérer, voler et prendre une détermination.
Puis, quand ce sera terminé, qu’il n’y aura plus aucun moyen de revenir là-dessus, quelle qu’en soient les redoutables conséquences, les députés viendront dire aux électeurs : « C’est fait ! »
Et voilà comment le peuple « souverain » est traité sous la troisième République.
Il ne compte pas, il n’existe pas.
On n’a même pas la politesse, la convenance vulgaire de lui expliquer ce qu’on a l’intention de régler, à son détriment.
Ses tuteurs, ses maîtres, ne pensent nullement à s’enquérir de sa manière de voir, de connaître ses opinions, d’avoir son avis.
Ils agissent, ils décident et les électeurs devront s’incliner.
Ce n’est plus le peuple « souverain », oh ! non, c’est le député « SOUVERAIN ».
La représentation nationale est devenue une dictature sans contrôle, sans délégation.
Le député ne prend même pas la peine d’annoncer ce qu’il va faire au Parlement.
Il ne s’inspirera que des circonstances.
Les programmes ? A quoi bon !
L’électeur a l’échine souple.
Aucune nécessité de se gêner.
Il avalera tout.
Et il ne tiendrait qu’au Parlement de supprimer le suffrage universel, d’abolir la propriété, de décréter les arrestations en masse, avec abrogation de toutes les lois et la permanence illimitée du Parlement.
Cela ne serait pas plus extravagant que de dénoncer le Concordat, en dehors de la volonté nationale.
Oui, la question du Concordat demeure entière.
Le peuple ne l’a pas seulement effleurée.
Il n’en a pas entendu parler par les candidats.
Et c’est une véritable usurpation, que de la porter au Parlement, avant de l’avoir inscrite dans les cahiers électoraux.
Agir de la sorte, est commettre un abus de confiance, un crime contre les prérogatives de la nation ; c’est un coup d’État contre les consciences, aussi audacieux que le furent ceux de Brumaire et de Décembre.
Car un Parlement n’a pas le droit de bouleverser, suivant son caprice et sa fantaisie, toutes les croyances religieuses de la nation, sans tenir compte de sa volonté, sans daigner prendre son avis.
D’où l’on doit conclure, qu’il n’est pas de gouvernement qui, autant que la République actuelle, ait témoigné du mépris au peuple, et l’ait traité davantage par-dessous la jambe.
Ni de près, ni de loin, la République n’est une « démocratie ».
Le peuple y est tondu, volé, exploité, par une bande de coquins, qui s’arrogent tous les droits, s’emparent de toutes les prérogatives.
Tout se fait en son nom, mais sans sa participation et à son insu.
Or, rien ne déshonore autant un peuple que de passer pour être tout, et au fond, de n’être rien.
La « souveraineté » qu’on lui attribue est une sanglante ironie.
Elle équivaut à la couronne de papier que les fous se mettent sur la tète, en hurlant qu’ils sont Charlemagne ou Napoléon.
Le peuple, sous la troisième République, est au dernier rang des esclaves, puisqu’il se croit et se dit libre, et qu’il l’est moins que tout autre jouissant du régime monarchique.

CASSAGNAC (de) Paul, Pour Dieu, pour la France, tome VII, Paris, l’Autorité, pp. 190-194

https://www.fdesouche.com/2014/07/10/paul-de-cassagnac-republique-et-democratie-article-de-1904/

vendredi 15 mars 2024

D’où vient le surnom “La gueuse” pour désigner la République ?

 Le surnom péjoratif n’apparut ni pendant la Révolution française, ni à la suite de la proclamation de la Deuxième République (1848). Il faut attendre les premières décennies de la Troisième pour voir le terme apparaître timidement. Ce serait à Paul de Cassagnac (1842-1904) que reviendrait la paternité de l’expression.

Issu d’une famille de notables bonapartistes, Paul de Cassagnac (ou Paul Granier de Cassagnac) fut député bonapartiste du Gers de 1876 à 1893, suivant son père Adolphe Granier de Cassagnac qui fut député impérialiste de ce département sous le Second Empire. Tenant en exécration la République, sans renier ses idées bonapartistes, il fut dans les années 1880 la figure de proue du mouvement solutionniste (“n’importe qui-quiste” pour ses détracteurs), acceptant n’importe quel régime ou prétendant du moment qu’il ne s’agit pas de la République. Dans ses discours à la Chambre puis articles dans son journal l’Autorité (dont le slogan est “Pour Dieu, pour la France”), il popularisa le surnom, repris ensuite par les royalistes et notamment l’Action française, la formule rencontrant un grand succès.

Il s’illustra également dans de nombreux duels (vingt-deux au total) dont il ne ressortit jamais blessé.

“L’Action française reprend à son compte le surnom injurieux de ‘la gueuse’ inventé par Paul de Cassagnac pour désigner la République.” – René Rémond, Les Droites en France, Paris, Aubier, 1954, p. 172.

https://www.fdesouche.com/2013/12/30/histoire-dou-vient-le-surnom-la-gueuse-pour-designer-la-republique/

lundi 21 août 2023

De l’affaire Stavisky au 6 février 1934

 

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Images d’archives. En ce jour anniversaire, voici de quoi comprendre comment l’Affaire Stavisky mena à la mobilisation du 6 février 1934 réprimée dans le sang par la république maçonnique.

 

mercredi 16 août 2023

Le Charnier de la République, horreur de la Grande Terreur

 

L'été : l'occasion pour beaucoup de se plonger enfin dans ce livre dévoré des yeux toute l'année sans pour autant avoir eu le temps de le lire. À cette occasion, BV vous propose une sélection de ses meilleures recensions. Aujourd'hui, Le Charnier de la République.
À ceux qui se demanderaient (et ils sont sûrement nombreux) quelles sont ces fameuses « valeurs de la République » dont nous parle sans cesse le courageux et efficace Gérald Darmanin, Joachim Bouflet offre ici, indirectement, une réponse précise, complète et argumentée. Son livre, Le Charnier de la République, publié par les toujours excellentes Éditions Salvator, s'intéresse à la période de la Grande Terreur à Paris, en juin et juillet 1794. Du 14 juin au 27 juillet 1794, précisément, près de 1.300 personnes ont été guillotinées, le plus souvent après des parodies de jugement. Un grand nombre d'innocents, parfois arrêtés à cause d'une simple homonymie avec des « suspects » qui n'avaient, eux-mêmes, rien fait de mal.
Joachim Bouflet est méthodique, rigoureux. Il est remonté aux sources de la bienfaisante idéologie républicaine : « Le vaisseau de la République ne peut arriver au port que sur une mer rouge de sang », disait, en 1793, Bertrand Barère, rapporteur du Comité de salut public. Comme quoi la Révolution, ce sont encore ses partisans qui en parlent le mieux. Pendant ces six semaines immondes, des femmes enceintes, des vieillards infirmes, des jeunes filles gracieuses, des garçons à peine majeurs sont condamnés pour des conspirations imaginaires. Les procureurs de ces tribunaux d'exception ont des faces de gargouille, sont laids et sales, éructent, rabaissent tout : le plus connu est Fouquier-Tinville, mais l'auteur nous en fait découvrir d'autres, tout aussi cauchemardesques. C'est un tableau atroce de ce que la nature humaine peut produire de plus minable et de plus abominable.
Pour accueillir les dépouilles de ces victimes innocentes, la République a dû faire preuve d'une répugnante ingéniosité : à deux pas de la place du Trône-Renversé (aujourd'hui place de la Nation), une fosse commune est creusée. Le gouvernement républicain tentera de faire oublier sa soif de sang inextinguible, mais ce cimetière restera dans l'Histoire : c'est Picpus. Sous cette terre qui recouvrit tant de simples « citoyens », ceux à qui on avait écrit une Déclaration des droits mais qu'on maltraitait bien davantage que sous la monarchie, il y eut des pères tués avec leurs enfants, il y eut des royalistes et des indifférents, et même des républicains idéalistes. Il y eut des poètes, comme Antoine Roucher et André Chénier. Il y eut enfin, pour les lecteurs de Bernanos, les fameuses carmélites de Compiègne, inspiratrices des dialogues du même nom, qui montèrent à l'échafaud en chantant des cantiques.
Il faut lire ce livre bref, impeccablement documenté, qui remet le régime républicain à sa juste place, proche de la fosse commune. Joachim Bouflet n'en est pas à sa première enquête sur une imposture : il a démonté le mythe de Marthe Robin dans un ouvrage irréfutable. Il s'attaque désormais à cette autre « fraude mystique » qu'est la foi en la République, quel que soit le numéro qu'elle porte et les hommes, d'État ou de paille, qui prétendent la gouverner.
Arnaud Florac

lundi 14 août 2023

A La Une, Histoire Jean-Pierre Le Mat : « Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre »

 

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Les éditions Yoran Embanner publient un livre particulièrement polémique écrit par Jean-Pierre Le Mat. Il est un des portes-paroles des Bonnets rouges, mais également chef d’entreprise et écrivain. Intitulé « ils ont fait la France, contre enquête de Clovis à Charles De Gaulle », l’ouvrage entreprend de faire tomber le mythe de la République française pacifique et tolérante, fervente partisane de l’amitié et du rapprochement entre les peuples.

Durant tout le livre, Jean-Pierre Le Mat déconstruit certains mythes Français, de Voltaire à Michelet en passant par Jules Ferry, Charles De Gaulle ou encore Louis Aragon.
On regrettera que l’auteur tombe dans une forme d’anachronisme que l’on retrouve souvent chez certains auteurs idéologiquement engagés. Il consiste à prendre des déclarations historiques, à les sortir de leur contexte et à les interpréter avec notre regard actuel.  Voltaire et Barrère (comme d’autres) sont ainsi qualifiés de « racistes » et de partisans de l’inégalité des races. C’était, à leur époque, une vision pourtant courante et presque naturelle.

Il n’en demeure pas moins que ce travail précis et documenté de recherche historique fait tomber définitivement le mythe républicain français. Il démontre que ce pays, ainsi que ses modèles, ne sont pas forcément des modèles de vertu et d’humanisme comme ses élites le martèlent à qui veut l’entendre. Occultant l’Histoire de ces peuples, la France a imposé l’enseignement de sa propre Histoire. De Clovis à De Gaulle, elle a bâti une légende historique, magnifiant les faits qui arrangeaient sa politique intégrationniste et ne retenant de ses“grands hommes” que les écrits qui allaient dans son sens.

Ils ont fait la France, contre-enquête de Clovis à Charles de Gaulle – Yoran Embanner – 16€

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Entretien avec Jean-Pierre Le Mat.

Breizh-info.com : pourquoi avoir décider d’écrire l”ouvrage  « ils ont fait la France » ?

Jean-Pierre Le Mat : J’avais déjà publié ces études historiques, et bien d’autres, sur mon site contreculture.org. Plusieurs éditeurs m’ont proposé d’en faire un livre. Aujourd’hui c’est fait, avec Yoran Embanner.

Breizh-info.com : vous vous attachez à démonter certains mythes fondateurs de la France mais aussi et surtout de la République française. Est-ce une forme de vengeance que vous entendez mener ?

Jean-Pierre Le Mat : Pas du tout. Pour me venger de quoi ? Non, la démythification est une activité saine, sportive, accessible à tous. Elle devient jubilatoire quand il s’agit des mythes fondateurs français.

Breizh-info.com : Comment avez vous sélectionné vos personnages ?

Jean-Pierre Le Mat : J’ai choisi les personnages les plus symboliques. Ils sont vénérés par ceux qui sont fiers d’être Français. Et les mêmes peuvent en avoir le plus honte. Mélanger l’excès de fierté et de honte produit une matière explosive.

Breizh-info.com : Néanmoins, ne tombez vous pas vous même dans le politiquement correct et dans l’anachronisme, en traquant ici et là les propos racistes dans l’histoire, les prises de position antisémite, ce qui constitue une bonne partie de votre ouvrage ? Est-ce que, à l’heure ou le mot République est utilisé partout, à l’heure où la lutte contre le racisme est devenue une priorité d’Etat, vous ne donnez finalement pas du grain à moudre aux tenants d’une dictature de la République antiraciste, mémoricide, et quasi dictatoriale ?

Jean-Pierre Le Mat : Laissons l’appellation de “politiquement incorrect” aux intellectuels mondains qui passent à la télévision. Je n’en fait pas partie.

En France, pour refuser toute légitimité aux revendications bretonnes, on trouve tout à fait normal d’évoquer les Chouans et Breiz Atao, bref de faire de l’anachronisme. Je trouverais malvenu que l’on m’accuse de brandir un miroir. Mon livre rapporte des paroles authentiques et des faits avérés ; il  ne porte pas de jugement.
Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre. Je m’attends à des réactions. Les citations racistes ou antisémites des grands hommes français sont révélatrices. Mais les censurer est (et sera) encore plus révélateur.

Breizh-info.com :  N’y a t-il pas, derrière l’ouvrage, une énième thèse victimaire, qui supposerait que les Bretons soient les éternels vaincus de l’histoire de France , les éternels colonisés, quitte à les comparer à des peuples qui n’ont à voir ni de près ni de loin avec eux (des Indiens d’Amérique aux Algériens ) ?

Jean-Pierre Le Mat :  C’est exactement le contraire. J’ai été très impressionné par l’efficacité de la méthode mise au point par une intellectuelle bien connue pour attaquer l’identité bretonne : un mélange d’humour, de citations authentiques bien choisies, et d’explications logiques.

Retourner le jeu de massacre identitaire contre l’identité française, c’est passer du statut de victime à celui d’attaquant. Parce que la France dispose d’un Etat, d’une police et d’une Education nationale, on a cru que le jeu ne pouvait fonctionner que dans un seul sens. C’est faux et j’espère que d’autres joueurs viendront se joindre à moi. Mon livre aurait pu s’intituler : “La France, le point de vue breton”. Pourquoi pas, à suivre  “La France, le point de vue algérien, russe, alsacien, corse, sénégalais” ?

Breizh-info.com :  Les régionales arrivent en Bretagne. La liste d’Union Troadec – UDB qui pourrait se profiler n’est-elle pas une nouvelle répétition d’une histoire qui a conduit le mouvement Breton à l’échec permanent ? Quel est le point commun entre un Bonnet rouge canal historique et un militant de l’UDB, de gauche humaniste avant d’être Breton ?

Jean-Pierre Le Mat :  Les hommes et les femmes sont toujours plus intéressants que leurs étiquettes. Ils valent mieux que les institutions ou les partis auxquels ils se rattachent. Je suis incapable de haïr quelqu’un. De plus, nous vivons dans une révolution permanente, à la fois technologique, économique et politique. Dans un tel environnement, une guerre de tranchées n’a aucun sens. L’objectif est de saisir des opportunités pour la Bretagne, pas de défendre un mythe.

Breizh-info.com :  comment avez vous vécu les déclarations de l’ancien Ministre Luc Ferry qui reconnait enfin le génocide brito-vendéen ? 
Jean-Pierre Le Mat :  Je n’y porte aucune attention.

Breizh-info.com : que deviennent les Bonnets rouges ?

Jean-Pierre Le Mat :  Ils sont comme les tremblements de terre. Ils grondent sous la surface. On sait qu’ils vont revenir. Mais nul ne peut dire quand cela adviendra, ni comment.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2015/06/07/27334/jean-pierre-le-mat-je-ne-pense-pas-que-les-tenants-dune-dictature-republicaine-apprecieront-mon-livre/

lundi 17 juillet 2023

Le charnier de la république

 

Le charnier de la république (Joachim Bouflet)
Le charnier de la république (Joachim Bouflet)

L’historien Joachim Bouflet vient de publier un remarque ouvrage intitulé Le charnier de la république (aux éditions Salvator) qui nous plonge dans la Grande Terreur à Paris durant les mois de juin et juillet 1794. Précédemment, Bertrand Barère, rapporteur du Comité de salut public, avait prévenu : “Le vaisseau de la République ne peut arriver au port que sur une mer rouge de sang”. C’est dans ce contexte de folie républicaine sanguinaire que l’enclos de Picpus devint un charnier où s’entassèrent les restes des mille trois cent six personnes mises à mort à la barrière de Vincennes en six semaines. Le principal artisan de cette barbarie n’est autre que Fouquier-Tinville.

A la tête du Tribunal révolutionnaire, il n’eut de cesse d’apporter chaque jour son lot de monstruosités. Il fit guillotiner en six semaines à peu près autant de malheureuses victimes que ses prédécesseurs n’en avaient fait exécuter en quatorze mois. Il avait un malin plaisir à condamner à mort prêtres (cent huit) et religieuses (vingt-trois), dont l’abbé de Fénelon et les carmélites de Compiègne. Mais sa frénésie meurtrière n’épargnait personne. On trouve parmi ses victimes des ouvriers, des paysans, des avocats, des nobles, des cultivateurs, des militaires, des filles du peuple, des bourgeois, des actrices, des employés, des savants, des marins, des princes, des boutiquiers,… Sa vindicte frappait au hasard et atteignait même le personnel du tribunal.

La barbarie de Fouquier-Tinville ne connaissait aucune limite. Il fit traduire en jugement, sans examen et sans pitié, des paralytiques, des infirmes, des malheureux tombés dans la démence ou la sénilité, des aveugles,… Certains furent présentés au tribunal sur des brancards. De même, il fit des victimes parmi tous les âges et jusque des adolescents.

Cet ouvrage dont les sources sont indiscutables livre aussi des moments poignants. Comme lorsque la princesse de Monaco tresse ses cheveux, brise une vitre et, avec un morceau de verre, tranche la natte à la racine, et en fait un paquet à destination de ses enfants qu’elle ne reverra pas, ultime souvenir de leur mère guillotinée après avoir passé la nuit en prières.

Le sadique Fouquier-Tinville finira lui-même guillotiné le 7 mai 1795.

Le charnier de la république, Joachim Bouflet, éditions Salvator, 235 pages, 20, 90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-charnier-de-la-republique/174800/

samedi 17 décembre 2022

Le comte de Chambord face à l’idéologie de la République

 

Le comte de Chambord face à l’idéologie de la République

Les éditions Via Romana viennent de publier les actes des colloques tenus à l’occasion du bicentenaire de la naissance du Comte de Chambord (1820-2020). Personnalité emblématique d’un XIXe siècle tourmenté, le comte de Chambord, « Enfant du miracle », n’a jamais régné mais son magistère intellectuel demeure bien réel et son combat social toujours d’actualité. Il fut un repère moral pour ses partisans, autant que pour ses adversaires républicains et orléanistes, se heurtant sans cesse au principe qu’il s’efforça d’incarner : « Ma personne n’est rien ; mon principe est tout ». Et s’il est vrai que l’essence doit s’actualiser dans l’existence, le prince de Bourbon parvint à maintenir la royauté traditionnelle présente à l’esprit de tous, en particulier parmi les couches populaires, renouant ainsi avec la vieille alliance de la royauté et du tiers-état, du trône et du peuple.

« Sachons reconnaître que l’abandon des principes est la vraie cause de nos désastres. Une nation chrétienne ne peut impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre la chaîne de ses traditions, inscrire en tête de sa constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée religieuse de ses codes et de son enseignement public. Dans ces conditions, elle ne fera jamais qu’une halte dans le désordre, elle oscillera perpétuellement entre le césarisme et l’anarchie, ces deux formes également honteuses des décadences païennes. » Déclaration du 7 mai 1871

Seize auteurs présentent le fruit de leurs travaux dont plusieurs inédits menés autour de la personnalité, de la pensée et de l’action du Prince. Entre le bicentenaire de sa naissance (29 septembre 1820) et le 140e anniversaire de sa mort (24 août 1883), ce livre qui puise aux sources les plus récentes de la recherche fixe pour plusieurs décennies une étape décisive dans l’historiographie du comte de Chambord.

Philippe Montillet, juriste et historien, administrateur de l’Institut de la Maison de Bourbon, et Benoît Courtin, diplômé de Sciences Po, président de l’association culturelle bretonne Cercle Jean-Pierre Calloc’h, ont dirigé ces riches contributions de Mgr Louis de Bourbon, duc d’Anjou ;  Michel David ; Patrick Guibal ; Antonin Macé de Lépinay ; Korantin Denis ; Jean-Paul Clément ; Rémy Hême de Lacotte ; Père Augustin Pic ; Philippe Pichot-Bravard ; Franck Bouscau ; Mathias Martin ; Patrick Delon ; Benoît d’Audiffret ; Yves Tillard ; Marie-Pauline Deswarte ; Guillaume Bernard .

Philippe Pichot-Bravard montre notamment que les réactions engendrées par la publication du Syllabus le 8 décembre 1864 par le pape Pie IX mirent en lumière l’affaiblissement de la catholicité, révélant la soumission de la grande majorité de l’épiscopat concordataire  à l’égard du pouvoir politique, et trahissaient  la conversion d’une large partie des élites catholiques aux principes de la modernité philosophique :

Ce sont ceux qui n’ont pas reçu le Syllabus en 1865 qui ont, entre 1871 et 1873, empêché la restauration d’Henri V. Les catholiques libéraux, tant du côté orléaniste que du côté légitimiste, ont voulu se prémunir contre la restauration d’un roi du Syllabus, d’un roi traditionnel, en lui imposant comme condition de sa reconnaissance par eux de l’acceptation, par lui, de ce que l’on appelait alors les “principes de 89”, expression aussi vague et mouvante que l’est aujourd’hui la notions de “valeurs de la République”. […]

Le prince n’a jamais eu l’intention d’imposer sa volonté au peuple français, de le contraindre à la légitimité en usant de moyens contraires à l’esprit de la légitimité. La Contre-révolution n’est pas une révolution blanche mais le contraire de la Révolution.  Elle ne peut pas s’opérer avec les moyens de la Révolution que sont la révolte, le mensonge, le coup d’Etat et le crime. Elle exige de s’opérer avec les moyens qu’enseigne la morale chrétienne. A l’instar du Christ qui offre son amour aux hommes mais se refuse à les contraindre à l’aimer, parce que cette contrainte annihilerait cet amour qui exige un engagement libre, le comte de Chambord offrait aux Français de se rallier à lui, refusant non seulement le marchandage, mais aussi la contrainte, parce que la restauration de la royauté traditionnelle devait reposer sur l’amitié entre le prince et son peuple, engagement réciproque qui exige la liberté. Cet antilibéral qu’était le comte de Chambord était bien plus respectueux de la liberté d’autrui que ne l’étaient les libéraux.

Dans sa contribution, Marie-Pauline Deswarte souligne le caractère irrécupérable de la République issue de la Révolution :

Pour contrer la République idéologique beaucoup croient à une République modérée conservatrice de l’ordre social : c’est le cas de Thiers. Voyant la faiblesse originelle d’une République sombrant dans l’anarchie, il pense corriger ce défaut en accroissant les pouvoirs du Président de la République ; pour lui, la monarchie orléaniste serait en fait une République orléaniste. La gauche évolue ainsi. Le comte de Chambord a compris le danger. Le 6 octobre 1873 il écrit : “En France Thiers se met décidément à la tête de toutes les gauches contre la monarchie”. Il comprend que la République est une idéologie, celle des droits de l’homme axée sur l’individualisme, qui a rejeté l’homme social.

La déroute actuelle de nos partis de droite témoigne de la pertinence de cette analyse qui n’a pas prise un ride. Depuis le début de la Vème République qui voulait restaurer l’ordre social en donnant un pouvoir effectif au Président de la République, leur conservatisme n’a jamais su s’opposer efficacement à la Révolution triomphante […].

https://www.lesalonbeige.fr/le-comte-de-chambord-face-a-lideologie-de-la-republique/

vendredi 29 juillet 2022

Arguments pour la Monarchie royale active "à la française". Partie 3 : "Le roi est mort ? Vive le roi !"

 

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« Le Roi, c’est l’arbitre-né » : il n’a choisi ni de naître, ni de naître fils de roi appelé à devenir, un jour, roi lui-même… Et pourtant, ce qui semble injuste ou hasardeux est le meilleur moyen d’assurer l’indépendance de l’arbitre, tout simplement. La simplicité dynastique de la Monarchie royale peut être un formidable atout pour l’État quand la République, par nature, divise et, plus encore, se nourrit des divisions qu’elle crée…

La Monarchie arbitrale l’est par statut, par essence même en France, et c’est la transmission héréditaire qui lui donne ce caractèreC’est pourtant ce qui est le plus difficile à accepter par nos concitoyens, désormais attachés au principe de l’élection présidentielle, à ce que les politologues nomment « la reine des élections » (hommage du vice à la vertu, s’amuseraient quelques royalistes taquins…), et cela même s’ils sont de moins en moins nombreux à se déplacer pour aller glisser un « bulletin d’espoir » dans l’urne, au regard des précédentes décennies depuis 1965.

Pourtant, c’est bien le fait d’être libre du choix des autres, c’est-à-dire de ne pas dépendre des jeux de partis et de la guerre des ambitieux, qui fonde l’indépendance du monarque et lui permet d’être l’arbitre au-dessus des intérêts privés ou communautaristes. « Le roi est mort… vive le roi ! » : cette formule rituelle est le cœur même du miracle renouvelé de la Monarchie royale, et sa brièveté n’enlève rien à sa puissance symbolique et à son efficacité. Quand la conquête de la présidence de la République nécessite de l’argent, une communication efficace, des réseaux puissants, et une longue et permanente campagne présidentielle, jamais vraiment achevée (même au soir du second tour effectif de l’élection elle-même), la transmission de la couronne, elle, prend quelques minutes, et cela même si le protocole qui, ensuite, valide et valorise la passation de la magistrature suprême de l’État, peut prendre de multiples formes cérémonielles et quelques mois de présentation du nouveau souverain aux différents corps constitués du pays. Sauf abdication, le processus est d’une simplicité absolue tout en revêtant un double aspect, tragique et joyeux : le roi en exercice rend le dernier soupir, et c’est la tragédie de la mort, et ce deuil qui semble tout emporter. A l’annonce de l’assassinat de son mari Henri IV, la reine Marie de Médicis se répand en larmes et gémissements, se frappant la poitrine de douleur… « Le roi est mort, le roi est mort », se lamente-t-elle. La même scène ne se produit-elle pas à la mort de chaque roi et quelles qu’en soient les circonstances, en fait ? Mais la douleur ne peut être que temporaire car déjà la vie triomphe : « vive le roi ! » (5). Ainsi, en quelques instant, la mort est surmontée, non pas effacée physiquement, mais sublimée par l’annonce du nouveau roi : en criant « vive le roi », le héraut du moment semble dire « Mort, où est ta victoire ? ». La transmission héréditaire affirme la continuité, voire la perpétuité de l’État en sa magistrature suprême, au-delà des souverains qui, un temps, en assurent et en assument la charge.

Avec l’hérédité royale, l’ordre de succession est connu bien avant que le moment de celle-ci ne survienne : cela permet de préparer le futur monarque à sa charge, à son métier de roi par une éducation appropriée et par une entrée progressive dans la sphère politique et symbolique de la Couronne, ce qui a aussi le mérite d’apprendre ce qui doit aussi être une qualité pour régner, la patience. En somme, la Monarchie royale accompagne le temps sans chercher à le forcer : elle se fait « humilité » devant lui, ne sachant ni le jour ni l’heure du passage de sceptre du mourant au vivant, mais en acceptant la « finitude » des êtres royaux et en préparant la suite des vivants. Un roi bien instruit et soucieux de bien dire comme de bien faire sera toujours plus utile et crédible qu’un président de passage se livrant à la démagogie pour conquérir la place élyséenne… N’est-ce pas ce que voulait dire le père du socialisme révolutionnaire français (ou anarchisme), Pierre-Joseph Proudhon quand il déclarait : « Un homme qui travaille à assurer sa dynastie, qui bâtit pour l’éternité est moins à craindre que des parvenus pressés de s’enrichir et de signaler leur passage par quelque action d’éclat » ?

D’ailleurs, le principe de la transmission héréditaire rejoint le cycle de la nature, y compris des hommes, et c’est le plus naturel des modes de transmission : n’est-ce pas pour nos enfants, nos héritiers les plus proches, que nous nous démenons, travaillons et économisons ? Ne sont-ils pas les prolongements de notre propre être, de notre propre vie ? Bien sûr, ils ne nous ressemblent pas toujours, n’ont pas les mêmes goûts ni les mêmes envies, et nous déçoivent-ils, parfois, parce qu’ils ne sont pas les « mêmes » que nous. Mais, n’est-ce pas, et c’est vrai aussi pour la magistrature suprême de l’État, la condition même du renouvellement, de la continuité sans le fixisme ? «Le monarque qui meurt ou qui abdique fait place à un successeur qui représente une nouveauté et une espérance. Les éléments de l’avenir, tels que les fournit la génération nouvelle, se sont groupés autour de lui. Le passé paternel lui confère des droits, sans l’enchaîner aux fautes, aux erreurs, aux revers. C’est une aurore qui s’éveille, c’est une jeunesse qui brille, un personnel nouveau et des idées nouvelles qui se font jour pour reverdir sur le vieux tronc. » (6) : cette longue citation de Maurras nous rappelle ces choses simples qui font que l’avenir s’enracine dans le passé sans y rester enfermé.

(à suivre)

Notes : (5) : Alors que sa mère la reine se lamente, l’un des conseillers de feu Henri IV lui fait remarquer que, non, le roi n’est pas mort, et qu’il est bien là, à côté d’elle, en désignant le jeune garçon de 9 ans qui, pour l’histoire, s’appellera désormais Louis XIII...

(6) : Une citation extraite du recueil de fragments d’écrits politiques de Charles Maurras, « Nos raisons, contre la République, pour la Monarchie », publié en 1936.

https://jpchauvin.typepad.fr/jeanphilippe_chauvin/2022/07/arguments-pour-la-monarchie-royale-active-%C3%A0-la-fran%C3%A7aise-partie-3-le-roi-est-mort-vive-le-roi-.html

Arguments pour la Monarchie royale active "à la française". Partie 2 : La Monarchie n'est pas la monocratie.

 

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La Sixième République ne serait que le retour à un parlementarisme façon Quatrième, voire Troisième République, et le désordre des dernières discussions parlementaires de ce mois de juillet conjugué à l’autoritarisme malsain de certains partis n’est pas très enthousiasmant. Mais la Cinquième n’est pas satisfaisante non plus, et cette « semble-Monarchie », si elle a pu un temps (l’époque gaullienne et pompidolienne seulement ?) faire illusion, paraît désormais mal adaptée aux enjeux contemporains. C’est l’occasion de rappeler les différences fondamentales entre la Monarchie royale issue de l’histoire capétienne et la Cinquième République monocratique et a-dynastique…  

En fait, la Cinquième République n’est pas la Monarchie et le président n’est pas le roi, comme l’a signalé avec justesse le philosophe Marcel Gauchet il y a quelques années : «  Mais [Macron] s’est trompé sur ce que l’on attendait d’un roi. Un roi, ce n’est pas un manager, pas un patron de start-up qui secoue ses employés pour qu’ils travaillent dix-huit heures par jour pour que les Français, par effet d’entraînement, deviennent tous milliardaires ! Dans la tradition française, un roi, c’est un arbitre. Quelqu’un qui est là pour contraindre les gouvernants à écouter les gouvernés. Quand les gens accusent Macron d’être le président des riches, ils lui reprochent surtout de ne pas être l’arbitre entre les riches et les pauvres. (3) »  En quelques lignes, le philosophe fait litière de la confusion savamment entretenue par certains doctrinaires d’une Gauche qui se veut républicaine façon Révolution française pour éviter de se pencher sur les limites de leur modèle idéologique, souvent plus idéalement fantasmé que réellement convaincant, au regard de l’histoire comme de la promesse du lendemain… Dans le même temps, Marcel Gauchet peut nous permettre de préciser ce qu’il ébauche de la nature et de la forme de la Monarchie royale en France, qui ne peut être confondue avec la « monocratie » (4), qui est sans doute un terme plus exact pour définir la Cinquième République fondée par le général de Gaulle. Quand la monocratie est le pouvoir d’un seul sans contre-pouvoirs effectifs et efficaces, nous sommes bien loin d’une Monarchie royale à la française où le pouvoir central ne peut s’émanciper complètement des pouvoirs locaux (provinciaux et communaux) ou sociaux (socioprofessionnels, corporatifs et syndicaux, entre autres). En Monarchie, le pouvoir royal « ordonne » l’ensemble, il n’intervient pas forcément dans le fonctionnement et les décisions des organes et des corps intermédiaires : il est, d’abord, un arbitre, et il laisse « jouer les ordres et libertés » selon le principe de subsidiarité, rappelé régulièrement par Maurras, reprenant la vieille formule héritée des légistes médiévaux, « Sous le Roi, les Républiques » : ce qu’il faut bien entendre ici, ce n’est pas un rapport de soumission des républiques locales, professionnelles ou universitaires à l’État central, mais le fait qu’elles se trouvent à l’abri de l’État royal, leurs libertés étant garanties par cet État qui les surplombe sans les plomber. Tout l’inverse de cette République qui, en se disant aujourd’hui inclusive, se fait de plus en plus intrusive, au risque d’étouffer toute initiative libre ou non-conforme aux dogmes de l’idéologie dominante.

Si la Monarchie royale se veut arbitrale, elle ne se fait pas arbitraire : sous l’Ancien Régime, elle se doit de respecter les lois fondamentales du royaume, sorte de constitution coutumière qui encadre l’exercice du pouvoir, mais aussi les multiples lois particulières qui « hérissent la France de libertés ». L’intérêt de la Nouvelle Monarchie, une fois instaurée, serait de permettre de desserrer l’étau d’acier de la centralisation toujours effective sans être, pourtant, efficace pour garantir la pérennité et la force du pays. Il n’est pas certain que cela soit facile à faire, car l’État républicain, par sa centralisation et son assistanat organisé et coûteux, a asservi les citoyens-contribuables à « tout » (ou presque) attendre de lui, des services publics au pouvoir d’achat : un assistanat qui n’est pas l’assistance mais bien plutôt une forme de déresponsabilisation des citoyens et de forte dépendance à l’argent versé plutôt qu’aux moyens de le gagner. La grande faute de la République qui s’est voulue « Providence » est d’avoir enfermée les Français dans une prison dorée, confortable sans doute mais destructrice des libertés concrètes de ce que Maurras nommait le pays réel.

(à suivre)

Notes : (3) : Marcel Gauchet (Entretien à Le Soir du 25 décembre 2018).

(4) : La monocratie, qui vient du grec monos (le seul) et kratein (l’emporter sur, dominer), c’est le pouvoir, la domination sans partage d’un seul, sans contre-pouvoirs (au contraire de la tradition monarchique française et de ses lois fondamentales) et sans légitimité autre que celle de Créon...

https://jpchauvin.typepad.fr/jeanphilippe_chauvin/2022/07/arguments-pour-la-monarchie-royale-active-%C3%A0-la-fran%C3%A7aise-partie-2-la-monarchie-nest-pas-la-monocrati.html