vendredi 29 janvier 2010

Criminels contre l'humanité

Lénine par qui tout a commencé

Bien avant le nazisme, Lénine a inauguré le génocide de masse et instrumentalisé les moyens pour y parvenir. Dès 1891, il confie à son ami Béliakov la nécessaire éradication de la classe paysanne. « En détruisant l'économie paysanne attardée, la famine nous rapproche objectivement de notre but final, le socialisme ». En 1914, trois ans avant le déclenchement de la révolution d'Octobre, il jette les bases de la guerre civile : « pas de révolution sans bain de sang ». « Le tribunal ne doit pas éliminer la terreur, il faut la justifier et la légitimer sur le plan des principes, clairement, sans fausseté, sans fard ». « Nous ne faisons pas la guerre contre les personnes en particulier. Nous exterminons la bourgeoisie comme classe. Ne cherchez pas, dans l'enquête des documents et des preuves sur ce que l'accusé a fait, en actes ou paroles, contre l'autorité soviétique. La première question que vous devez lui poser, c'est à quelle classe il appartient, quelles sont ses origines, son éducation, son instruction, sa profession ». Toute la pensée léniniste tourne autour de la négation de l'individu de son élimination physique et d'une culture discriminatoire : « Il y a des cafards et des punaises contre-révolutionnaires », les « paysans sont proches de la condition animale ». Une idéologie par essence anti-démocratique au service d'une dictature délibérément terroriste et sanglante « Il serait vain d'attendre une majorité formelle en faveur des bolcheviks. Aucune révolution n'attend ça. L'Histoire ne nous pardonnera pas si nous ne prenons pas maintenant le pouvoir ».

Staline, au service de son clan

Culte de la personnalité et culture du clan. En succédant en 1924, à Lénine, Joseph Staline s'entoure d'hommes entièrement dévoués à sa cause qui constitueront le bras armé de la « transformation radicale de la société » souhaitée par Staline. Premières victimes du génocide de classe, les paysans. En 1931-1933, la collectivisation des terres et l'élimination des Koulaks en tant que classe saigne à blanc le pays. « Le grand assaut contre la paysannerie » souhaité par le petit père des peuples fera 6 millions de morts et plus de deux millions de déportés principalement en Ukraine*. Cette folie meurtrière touchera rapidement les groupes sociaux qualifiés de « socialement étrangers à la nouvelle société soviétique ». Membres du clergé, commerçants, artisans toutes personnes ayant une origine sociale suspecte, puis sous la Grande terreur, en 1936-1938, cadres et dirigeants du Parti, fourniront les quotas d'éléments contre-révolutionnaires à réprimer ! Des 200 membres du Comité central du Parti communiste ukrainien, 3 survécurent à l'épuration... Les militaires qui avaient mené les campagnes bolcheviques des années vingt contre les «Blancs» et héritiers de la pensée léniniste, vont être eux aussi purement et simplement éliminés. Une paranoïa obsessionnelle qui n'épargne pas les partis communistes étrangers jugés déviants. Pendant la guerre civile d'Espagne, Staline charge le NKVD de liquider ceux qui se mettent en travers de sa stratégie internationale. Le pacte germano-soviétique permet à Staline d'occuper fin septembre 1939 l'Est de la Pologne. Dès 1942 une note interne du Comité central, commandée par le maître du Kremlin dénonce la « place dominante des juifs dans les milieux artistiques, littéraires et journalistiques ». En 1949, Staline ordonne l'arrestation et la déportation de centaines d'intellectuels juifs, coupables d'alimenter la propagande antisoviétique et le prétendu complot des « Blouses blanches » contre des dignitaires du régime, visera à mener une nouvelle purge sanglante contre les Juifs, que seule la mort du dictateur en 1953 évitera.

Trotski instaure le goulag et la famine organisée

Léon Trotski, père de l'Armée rouge aura été le cerveau de la politique d'extermination du régime soviétique. Grand artisan de la terreur, il prône inlassablement l'éradication de la bourgeoisie « classe vouée à périr ». Cet idéologue fanatique instaure rapidement à travers tout le pays des camps de concentration destinés aux « éléments douteux » qui y seront systématiquement déportés dès 1918. A la tête des armées Rouges avec son ami, il martyrise la Volga, traque chaque opposant et planifie la liquidation en masse d'adversaires politiques ou de groupes sociaux entiers. La guerre civile à outrance et la politique de la terre brûlée qu'il mène d'une main de fer entraînent une famine sans précédent dans les années 1921-1922 : 5 millions de personnes, dont une majorité d'enfants en sont les victimes. La mort de Lénine, la stalinisation du pouvoir, les divergences idéologiques, poussent inexorablement Trotski dans l'opposition résolue au nouveau maître du Kremlin. Il est assassiné sur l'ordre de Staline en 1940 au Mexique.

Mao : le plus grand assassin de l'histoire du monde

Mao Zedong partage indubitablement avec ses homologues soviétiques ce culte de la personnalité et cette même folie meurtrière. La violence érigée par Mao en système de règne fera ses premières victimes au sein même des apparatchiks communistes. Dès 1931, des milliers de cadres du Parti et de l'Armée populaire de Libération sont exécutés. Selon le principe arbitraire : « Nous devons tuer tous ces éléments réactionnaires qui méritent d'être tués », 800 000 « contre-révolutionnaires » sont liquidés au lendemain de son arrivée au pouvoir en 1950-1951. L'aveuglement idéologique de Mao, sa frénésie à vouloir construire un socialisme triomphant et son obsession du développement industriel débouchent en 1958 sur le cataclysmique « Grand bond en avant ». En 4 ans, 30 millions de paysans sont victimes de la famine organisée par le régime et poussés pour une grande partie d'entre-eux au cannibalisme. Sa main mise sur le parti et la forte influence dont il jouit au sein d'une jeunesse endoctrinée, lui permet encore de lancer en 1966 la « Révolution culturelle », énième purification révolutionnaire menée par les « Gardes Rouges » contre les intellectuels, et autres « esprits reptiliens ». Pendant dix ans, répondant aux injonctions psychopathiques de Mao, ses miliciens (parfois de jeunes enfants) détruiront, humilieront, lyncheront, assassineront près d'un million de personnes «déviantes».
Eric Domard
* cf L'Ukraine n° 247-248 déc. 97

LES COMMUNISTES INVENTENT L'EXTERMINATION AU GAZ

1921 : le maréchal Toukhatchevski, bras droit de Lénine et Trotski, décide d'intensifier la répression contre les paysans, jugés anticommunistes. Sa directive 171, retrouvée dans les Archives soviétiques précise : « les bandits (sic) continuent à se rassembler dans les forêts. Elles doivent être nettoyées au moyen de gaz asphyxiants. Tout doit être calculé pour que la nappe de gaz pénètre dans la forêt et extermine tout ce qui s'y cache ». Le génocide de classe sociale a précédé le génocide de race...
Durant la période stalinienne, un ancien gradé du KGB a confirmé récemment* que le régime avait eu recours à des gaz mortels pour éliminer certains prisonniers. Ainsi les déportations vers les camps du goulag s'accompagnaient d'une extermination chimique de certains groupes à l'aide de « camions à gaz ».
*France 3, La Marche du siècle, déc.97
Français d'abord ! Numéro spécial 2e quinzaine janvier 1998

mercredi 27 janvier 2010

A propos de l'Inquisition

Dès le début du XIIIè siècle, le pape Innocent III a affirmé la nécessité de procéder à une enquête, du latin "inquisitio", pour éviter les débordements de la rumeur et des préjugés en matière d'hérésie. En 1231, Grégoire IX publie la constitution Excommunicamus, acte fondateur de l'Inquisition qui repose sur un principe clair : nul ne doit être condamné pour hérésie par la justice civile sans un jugement ecclesiastique antérieur. Le but de l'Eglise reste la conversion des égarés.

Dans la pratique l'Inquisition s'est montrée bien moins sanglante que la légende laïque ne ne laisse entendre. Là où l'hérésie déclenchait des réactions incontrôlées, la procédure engagée par l'Inquisition s'appuyait sur un contrôle de la véracité des faits, sur la recherche de preuves et d'aveux et sur des juges qui résistaient aux passions de l'opinion. Aussi étrange que cela puisse paraître à un esprit moderne, cette horreur de l'hérésie était un sentiment populaire soucieux de préserver la foi, pilier fondamental de la société que l'on pourrait remplacer aujourd'hui par le bien-être, la liberté d'expression ou les droits de l'homme pour faire appel à des idoles contemporaines. Au point de vue de la méthode judiciaire, l'Inquisition a représenté un progrès historique dans la mesure où elle avait pour rôle d'empêcher les formes populaires de justice expéditive. La persécution des hérétiques n'a jamais été le fait de l'Eglise, certes elle combattait et engageait la polémique mais elle ne persécutait pas.

En vertu du principe Ecclesia abhorret sanguinem, aucune condamnation à mort ne pouvait être prononcée par les tribunaux de l'Eglise qui décidaient la relaxe des cas les plus désespérés au " bras séculier ", c'est-à-dire à l'autorité civile. L'Eglise abhorre le sang et ne le verse pas. Grâce aux travaux des médiévistes, on sait maintenant qu'en moyenne, moins de deux pour cent des procédures menées devant les tribunaux d'Inquisition ont été abandonnées au bras séculier. " La différence entre la main royale et la main ecclesiale est énorme, l'Eglise a toujours tendance à pardonner au moindre signe de repentance " Pierre Chaunu ; De la religion d'Etat à la laïcité d'Etat.

Venons-en à la question de la torture, grande tarte à la crème laïcarde. Longtemps, l'Eglise la condamne. Au IXè siècle le pape Nicolas Ier déclarait que ce moyen " n'était admis ni par les lois humaines ni par les lois divines " , au XIIè siècle une compilation de droit canonique, le décret de Gratien, reprend cette condamnation. C'est au XIIIè siècle que le développement du droit romain provoque le rétablissement de la torture dans la justice civile, et toutes les justices civiles d'Europe à l'époque considèrent la torture comme un moyen d'enquête normal.

Là encore, l'Eglise a joué un rôle de modérateur : " En 1252, Innocent IV autorise de même son usage par les tribunaux ecclesiastiques à des conditions précises : la victime ne doit risquer ni la mutilation ni la mort, l'évèque du lieu doit avoir donné son accord et les aveux exprimés doivent être renouvelés librement pour être valables " Jean Sevillia, Historiquement correct.

Il est nécessaire de remarquer que dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares.

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lundi 25 janvier 2010

24 décembre 1894 : Jean Jaurès antisémite

La veille de Noël 1894, Jean Jaurès est expulsé de la Chambre des députés. On lui reproche des propos antisémites tenus à la tribune. Le parlementaire a en effet dénoncé « la bande cosmopolite », en se moquant des « foudres de Jéhovah maniées par M. Joseph Reinach ».
Joseph Reinach fait partie d'un groupe de juifs qui furent largement éclaboussés par le scandale financier de la Compagnie de Panama, au cours duquel son beau-père fut très compromis. Ancien secrétaire de Gambetta, Reinach était député des Basses-Alpes depuis 1893. Le journal La Petite République, qui fut l'un des premiers grands quotidiens socialistes et l'organe de liaison des divers groupes socialistes de l'époque, était animé par Jaurès, avec Alexandre Millerand, Viviani, Jules Guesde. Le journal avait surnommé Joseph Reinach "Youssouf" et le désignait comme un « Juif ignoble »... La Petite République s'intéressait beaucoup à « Rothschild, le tout-puissant milliardaire, ce roi de la République bourgeoise ». En 1895, le quotidien socialiste dénonce les « Juifs rapaces comme cette bande de Rothschild qui écrasent l'Europe entière de leur tyrannie et de leurs milliards (...) ces financiers cosmopolites ». La même année, évoquant le cas d'Isaïe Levaillant, ancien préfet et directeur de la Sûreté générale, démis brutalement de ses fonctions en raison d'une sombre affaire de prévarication et devenu un dirigeant du Consistoire central, le journal déplore la « formidable puissance malfaisante des juifs, en matière administrative et judiciaire ».
On comprend mieux, ainsi, l'affaire du 24 décembre 1894 et cet épisode, qui fait désordre aujourd'hui, au point que les thuriféraires de Jaurès oublient d'en parler (1), n'a pas de quoi surprendre ceux qui connaissent la carrière du tribun, mais aussi l'importance de l'antisémitisme au sein du socialisme français du XIXe siècle, depuis George Sand, Pierre Leroux (le juif est « odieux par son esprit de lucre et de spoliation »), Fourier, Toussenel (auteur de Les Juifs, rois de l'époque), Proudhon (qui parle de « cette race qui envenime tout, en se fourrant partout »), Blanqui.
Dans le dernier tiers du XIXe siècle, le développement du mouvement ouvrier, du syndicalisme et du socialisme provoque une floraison d'organisations, de journaux et de revues.
Ainsi l'ouvrier teinturier Benoît Malon, un des fondateurs de la 1ère Internationale, réfugié en Suisse puis en Italie après la Commune, une fois revenu en France fonde la Revue socialiste. Ou y retrouve un point commun à ceux qui se réclament, d'une façon ou d'une autre, du socialisme : le parallèle entre les méfaits du capitalisme et l'influence des juifs.
Jaurès, qui n'est alors qu'un dirigeant socialiste parmi d'autres, s'inscrit dans ce paysage. Le 7 juin 1898, il écrit : « La race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n'est pas par la fièvre du prophétisme, manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d'extorsion. » Quand l'Affaire Dreyfus aboutit, dans un premier temps, à la condamnation de l'accusé, Jaurès estima que celui-ci avait échappé à la peine de mort grâce au « prodigieux déploiement de la puissance juive ». Mais, dans les derniers mois de 1898, Jaurès changea de cap et se rangea dans le camp des dreyfusards, en lui apportant un concours très actif.
Jaurès fut récompensé de cette évolution lorsqu'il fonda, en 1904, le quotidien L'Humanité auquel collaboraient entre autres René Viviani, Aristide Briand, Léon Blum, Tristan Bernard, Lucien Herr. Pour financer son journal, Jaurès eut l'appui du banquier Louis Dreyfus, de Lévy-Bruhl, de Salomon Reinach et d'autres membres de leur communauté. Emile Cahen s'en expliqua en 1906 dans Les Archives israélites : « Les grands services rendus à la cause de la justice et de la vérité par M. Jaurès lui ont créé des titres indiscutables à la reconnaissance de tous les Israélites français. Ce sont eux qui, en très grande partie, l'avaient, il faut bien le dire, aidé à fonder son journal. »
P V. RIVAROL
(1) Il n'en est ainsi pas question à la mairie (socialiste) du XVIIIe arrondissement de Paris qui organise justement une exposition à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Jaurès, le 3 septembre 1859 (NDLR).

lundi 18 janvier 2010

An Mil : Féodalité, Église et chevalerie

La prodigieuse aventure européenne a son origine dans les remous qui ont agité l'Europe et les pourtours de la Méditerranée autour de l'An Mil (Xe-XIe siècles de notre ère). André Larané.

États européens en gestation

Après l'extinction de l'empire romain et de la culture hellénistique, le monde méditerranéen s'était divisé entre trois empires très différents et opposés les uns aux autres :
– l'empire byzantin, resté très proche du modèle antique,
– l'empire arabo-musulman, en rupture avec le passé chrétien de l'Occident,
– l'empire de Charlemagne, vague réminiscence de l'empire romain, marqué par ses racines germaniques et coupé de l'Orient antique du fait de l'invasion arabe.

Après la mort de Charlemagne, l'empire carolingien sombre très vite dans le chaos. Ses héritiers, divisés et dénués de pouvoir, se montrent inaptes à unir les forces de l'empire pour faire face à une deuxième vague d'invasions barbares.

Les Normands (ou Vikings) sèment la terreur le long des grands fleuves.

Les Sarrasins s'établissent en Sicile et en Provence. Ils poussent des razzias jusqu'à Rome, détruite en 946, et dans... les Vosges. Les Magyars venus de l'Est chevauchent jusqu'à Nîmes.

Les rois et les empereurs, faute de pouvoir être partout à la fois, délèguent à leurs compagnons (en latin comitis, dont nous avons fait comtes) la surveillance d'une portion du territoire. En échange de ce service, les nobles peuvent jouir des revenus des terres qu'ils ont reçues en dépôt.

Pour les convaincre de les accompagner à la guerre en cas de besoin, les rois et empereurs carolingiens leur donnent l'assurance que les droits de leurs fils sur leurs terres seraient préservés au cas où ils viendraient à mourir à la guerre. En particulier, le roi Charles le Chauve garantit à ses seigneurs la faculté de léguer leurs terres à leur héritier par le capitulaire de Quierzy-sur-Oise du 16 juin 877.

C'est ainsi qu'émerge une noblesse héréditaire dont la puissance est liée à la richesse terrienne et dont la légitimité repose sur les liens de confiance (feudus en latin, dont nous avons fait féodal) entre supérieur (suzerain) et inférieur (vassal). C'est le triomphe de la féodalité, c'est-à-dire d'un ordre social fondé sur les liens d'homme à homme (et non pas comme dans l'Antiquité ou dans d'autres régions du monde sur l'obéissance à un chef tout-puissant). Énergique et bien armée, protégée derrière de robustes châteaux forts, la noblesse féodale a finalement raison des envahisseurs. Les Vikings s'installent dans l'estuaire de la Seine en 911 et s'assagissent. Les Hongrois sont arrêtés au Lechfeld en 955 et se stabilisent en Pannonie, dans la plaine du Danube. Les Sarrasins, enfin, sont expulsés de leur repaire de Fraxinetum (La Garde-Freinet), près de Saint-Tropez, en 972.

La lutte contre les envahisseurs et l'arrêt définitif des invasions débouchent sur des coalitions de grands féodaux. De celles-ci vont sortir des embryons d'États qui vont faire la grandeur de la civilisation européenne.

La naissance de l'Allemagne peut être datée de 911 avec l'élection du roi Conrad 1er de Franconie ; celle de la France, de 987 avec l'élection, ici aussi, d'un souverain national, Hugues Capet. L'Angleterre forge son identité définitive après la conquête normande et l'accession au trône de Guillaume le Bâtard, en 1066.

Plus à l'est, le premier roi de Hongrie, Étienne, est couronné par le pape le 15 août 1001 ; un premier État russe émerge timidement autour de Kiev avec l'avènement du grand-prince Iaroslav le Sage, en 1019 ; Boleslav le Grand devient roi de Pologne en 1024... Le christianisme pénètre jusqu'au Danemark, avec la conversion du roi Harald-à-la-Dent-Bleue en 966.

La chrétienté s'affirme

Dans les dernières décennies de l'époque carolingienne, la papauté et le clergé séculier (curés et évêques) sont des objets de scandale.

Un observateur superficiel aurait pu y voir le signe d'un déclin irréversible. Pourtant, après l'An Mil, en l'espace d'un siècle - le XIe -, l'Église catholique va se réformer hardiment sous l'impulsion des abbés de Cluny et des papes, de Grégoire VII à Innocent III.

Des moines avides de culture redécouvrent la science antique à travers des traductions de l'arabe, à l'image de l'illustre Gerbert d'Aurillac, qui devient pape sous le nom de Sylvestre II.

Aux XIIe et XIIIe siècles naissent les premières Universités, vouées avant toute chose à l'étude de la théologie et des textes anciens.

L'Église intervient dans le droit civil en sacralisant le mariage (c'est aux alentours de l'An Mil qu'il est classé parmi les sept sacrements chrétiens) et surtout en interdisant les unions forcées.

Les femmes ne peuvent plus être mariées sans leur accord explicite et public. C'est un changement d'une profonde signification : il consacre la primauté de l'individu sur le groupe ou le clan.

À partir du moment où chacun, homme ou femme, devient libre de choisir son conjoint, il apprend à raisonner, décider et agir par lui-même.

On peut dire que c'est à partir de là que la chrétienté occidentale commence à se démarquer des autres cultures et à prendre son essor.

D'autre part, à l'opposé de la plupart des autres cultures où les pères reçoivent une «dot» lorsqu'ils livrent leur fille en mariage, le Moyen Âge développe l'usage d'une dot ou d'un trousseau que la future mariée, à l'inverse, apporte avec elle. Cette dot assure à la femme un certain ascendant sur son conjoint.

L'Église s'immisce aussi dans les liens de vassalité. Elle introduit dans les hommages de vassal à suzerain un serment sur la Bible et des obligations morales. La féodalité devient partie prenante de la chrétienté occidentale.

Émergence de la chevalerie

Au temps de Charlemagne et des Carolingiens, les nobles et leurs vassaux pratiquaient la guerre à cheval. Ils bénéficiaient d'une innovation technique : l'étrier emprunté aux barbares Avars vers le VIIe siècle. Cet équipement nouveau donne aux guerriers à cheval une plus grande stabilité et leur permet de frapper leur adversaire avec la lance à l'horizontale. Désormais, grâce à l'étrier, c'est à ces guerriers à cheval, ou «chevaliers», que revient la prépondérance dans les combats. D'origine paysanne aussi bien que noble, les chevaliers sont des hommes avant tout assez aisés pour s'offrir le luxe d'un cheval et d'une armure. Ils vivent dans les villes comme dans les campagnes. Ils partagent leur temps entre la guerre, la chasse et les tournois, ces derniers étant parfois plus meurtriers que la guerre elle-même.

Dès l'An Mil, en France puis dans le reste de l'Europe occidentale, noblesse et chevalerie en viennent rapidement à se confondre. Les nobles adoptent les pratiques guerrières des chevaliers et bon nombre de chevaliers se hissent dans la noblesse. Celle-ci devient héréditaire et prend la forme d'un groupe social fermé. Les seigneurs, par leurs exactions continuelles, empêchent tout fils de paysan d'y accéder et la solidarité familiale préserve tout fils de chevalier d'en être exclu.

L'entrée dans la chevalerie se fait dans la quatorzième année au cours d'une cérémonie appelée «adoubement». Le postulant se voit remettre par son père ou son oncle l'épée et le baudrier (protection de la poitrine en cuir ou en métal), symboles de sa vocation. Puis il reçoit un coup au visage, la «paumée», souvenir d'un ancien rituel de passage. Enfin, il se livre à quelques exercices par lesquels il démontre son aptitude au combat.

L'Église ne tarde pas à s'immiscer dans ce rituel profane en introduisant bénédiction et nuit de prières. Par cette christianisation de l'adoubement, elle met au pas les chevaliers et leur transmet ses idéaux de paix et un certain code de l'honneur. Ainsi les chevaliers s'engagent-ils dans la défense de «la veuve et de l'orphelin».

L'Église encourage aussi les «trêves de Dieu», c'est-à-dire les pauses dans les guerres privées qui mettent régulièrement à feu et à sang les campagnes. Non sans succès, elle atténue ainsi la violence des guerres féodales. L'appel à la croisade, pour secourir les chrétiens d'Orient menacés par l'offensive turque et délivrer le tombeau du Christ, achève de transformer la soldatesque en une milice plus ou moins dévouée à l'Église.

Voici quelques passages d'un serment de paix établi par l'évêque de Beauvais, Guérin, en 1023-1025, à l'usage des chevaliers :
Je n'envahirai une église d'aucune façon...
Je n'attaquerai pas le clerc ou le moine s'ils ne portent pas les armes du monde, ni celui qui marche avec eux sans lance ni bouclier...
Je ne prendrai pas le boeuf, la vache, le porc, le mouton, l'agneau, la chèvre, l'âne, le fagot qu'il porte, la jument et son poulain non dressé. Je ne saisirai pas le paysan ni la paysanne, les sergents ou les marchands; je ne leur prendrai pas leurs deniers, je ne les contraindrai pas à la rançon; je ne les ruinerai pas, en leur prenant leur avoir sous le prétexte de la guerre de leur seigneur, et je ne les fouetterai pas pour leur enlever leur subsistance...
Je n'incendierai ni n'abattrai les maisons, à moins que je n'y trouve un chevalier, mon ennemi, ou un voleur; à moins aussi qu'elles ne soient jointes à un château qui soit bien un château...
Je n'attaquerai pas les femmes nobles, ni ceux qui circuleront avec elles, en l'absence de leur mari, à moins que je ne les trouve commettant quelque méfait contre moi de leur propre mouvement; j'observerai la même attitude envers les veuves et les moniales...(*).

Le roi de France Saint Louis apparaît au XIIIe siècle, le siècle chrétien par excellence, comme un chevalier modèle, courageux à la guerre, conciliant avec ses ennemis, compatissant envers les humbles, loyal envers ses vassaux... Les codes moraux de la chevalerie, notamment le code de l'honneur et le respect de la parole donnée, ont imprégné les sociétés occidentales jusqu'au XXe siècle, inspirant à la plupart des Européens un respect quasi-inné pour les institutions sociales et les lois.

L'intériorisation de ces codes moraux a favorisé le développement d'une économie marchande fondée sur la confiance. Elle a contribué à l'épanouissement de la civilisation occidentale, européenne et chrétienne. Sans cette intériorisation, l'ordre social n'aurait pu être maintenu que sous la menace et la contrainte, à un coût très élevé et avec peu de résultats (comme c'est le cas aujourd'hui dans beaucoup de territoires d'Amérique latine, du Moyen-Orient et d'Afrique).

Avènement de la laïcité

Malgré son appétit de réformes, la papauté doit très vite reconnaître des limites à ses interventions politiques. L'empereur et le pape s'opposent au cours de la Querelle des Investitures sur la question de savoir à qui revient le droit de nommer les évêques, voire de désigner le pape. Avec, à la clé, les ressources financières colossales dont dispose le clergé (donations des fidèles, dîme,...).

La querelle se solde par un partage des responsabilités entre le pouvoir séculier (l'empereur) et le pouvoir spirituel (l'Église). C'est l'origine de la laïcité, une invention médiévale qui permettra aux Européens de développer leurs talents sans rendre de comptes aux censeurs de l'Église.

La chrétienté occidentale au XIIIe siècle

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L'Europe actuelle et une bonne partie de nos moeurs et de nos institutions ont été forgées au coeur du Moyen Âge, dans une époque assombrie par les disettes, les maladies et l'insécurité mais éclairée par la foi et la confiance en l'avenir...

Bibliographie

Parmi les livres essentiels sur les origines de l'Europe et l'An Mil, on peut lire avec profit L'An Mil de Georges Duby (Folio-Histoire, Gallimard/Julliard, 1980). C'est en fait un recueil de chroniques de l'époque, classées par thèmes et commentées par l'historien.

À noter l'essai décapant de Jacques Le Goff : L'Europe est-elle née au Moyen Âge ? (Seuil 2003) et le beau livre de Pierre Riché sur Les Grandeurs de l'an mille (Bartillat, 2001) et les fortes personnalités de cette époque. -

Élection et hérédité

L'élection est la règle dans la plupart des communautés médiévales, que ce soit dans les corporations marchandes, dans les villages ou encore chez les guerriers. Les souverains eux-mêmes sont souvent cooptés ou élus par leurs pairs en fonction de leur aptitude au commandement (c'est en particulier le cas des premiers Capétiens, des Carolingiens et des empereurs d'Allemagne).

L'élection est également la règle dans l'Église, qu'il s'agisse du pape, des évêques ou des abbés. C'est aux monastères qu'il revient en particulier d'avoir inventé la règle démocratique : «Un homme, une voix». Autant dire que le suffrage universel n'a pas jailli du néant au XIXe siècle mais puise ses racines dans les temps les plus «obscurs» du Moyen Âge.

http://www.herodote.net

samedi 16 janvier 2010

Bainville : cet historien fut un prophète

Le Figaro Magazine - 25/11/2000

Une biographie ressuscite la figure de Jacques Bainville. Dès 1920, cet historien annonça l’enchaînement des événements qui mèneraient à la Seconde Guerre mondiale. Sa méthode est-elle toujours valable ? La politique étrangère doit-elle considérer l’histoire comme un champ d’expérience ? Diplomates, universitaires ou écrivains répondent à notre enquête.

A Paris, les piétons qui sortent du métro à la station Solférino débouchent sur la place Jacques-Bainville. Mais combien sont-ils à qui ce nom dit quelque chose ? En 1920, Bainville publiait les Conséquences politiques de la paix. Réponse au Britannique Keynes lequel, après la Première Guerre mondiale, attendait de la reprise du commerce une normalisation avec l’Allemagne , ce livre visionnaire disséquait le traité de Versailles : « Devant quoi la France, au sortir de la grande joie de sa victoire, risque-t-elle de se réveiller ? Devant une république allemande, une république sociale nationale supérieurement organisée. Elle sera productrice et expansionniste. » En moins de deux cents pages, Bainville esquissait le scénario qui se déroulerait quinze ans plus tard : réarmement allemand, annexion de l’Autriche, crise des Sudètes, pacte germano-soviétique, invasion de la Pologne. Avec une plus grande longueur d’avance, il prévoyait même l’éclatement de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie.
Prophète, Bainville ? Tirant des leçons du passé il se bornait à examiner les faits présents, leurs causes et leur enchaînement, et à en déduire les conséquences à court ou long terme, logique répudiant tout préjugé partisan ou sentimental.

En 1900, il s’était signalé par une biographie de Louis II de Bavière, écrite à 20 ans. Dominique Decherf, un diplomate qui retrace l’itinéraire intellectuel de Bainville et présente son journal (partiellement inédit) de 1914 et 1915, note cependant que « sauf l’histoire, il avait tout sacrifié au journalisme ». Compagnon de Maurras et de Daudet à L’Action française, l’historien s’en distinguait par le style. A la philosophie ou à la polémique, cet esprit placide, courtois et souriant préférait la démonstration froide et l’ironie. Au demeurant, sa dimension propre le faisait exister au-delà de la droite nationaliste : ses relations dans le personnel parlementaire et diplomatique firent de ce royaliste un conseiller ami de plusieurs ministres de la République, de Millerand à Mandel.


Politique étrangère, analyse économique et financière, critique littéraire et théâtrale : de sa plume incisive, Bainville rédigeait deux éditoriaux quotidiens (pour L’Action française et La Liberté) et cinq ou six articles hebdomadaires (dans Le Petit Parisien, Le Capital, La Nation belge, Candide, L’Eclair de Montpellier ou La Nacion de Buenos Aires) ; directeur de La Revue universelle, il collaborait en outre à de multiples tribunes mensuelles. Un labeur énorme, mené parallèlement à l’écriture d’essais historiques dont certains furent d’authentiques succès de librairie (Histoire de France ou Napoléon). En 1935, cette oeuvre lui valut d’entrer à l’Académie.
Miné par un cancer, Bainville s’éteignait l’année suivante, à 57 ans. Cette mort prématurée lui épargna de voir s’accomplir ses sombres prévisions. Germaniste et traducteur de Heine, il n’avait jamais utilisé le mot « boche ». Mais patriote français, il avait été hanté par la nécessité de l’équilibre franco-allemand, dénonçant le pangermanisme, alertant contre Hitler. En vain. « Il n’est pas toujours agréable d’avoir raison, soupirait ce Cassandre désabusé. Il est cruel, en particulier, d’avoir raison contre son pays. »
Après-guerre, la division du monde en deux blocs, comme l’hégémonie longtemps exercée par le marxisme dans les sciences humaines, semblaient l’avoir relégué au rang des témoins d’une époque révolue. Mais avec la chute du communisme, le fait national a refait son apparition sur la planète, de façon brutale en Europe centrale et balkanique. « Celui qui s’interroge sur l’actualité, en ce nouveau passage de siècle, interroge l’Histoire et rencontre Bainville », souligne Dominique Decherf. Depuis les années 30, les temps ont certes changé. D’autres défis géopolitiques sont apparus, ainsi la dialectique Nord-Sud dont Bainville n’a pas connu l’acuité. Mais les enjeux d’un univers que certains voudraient unipolaire, alors que l’avenir s’annonce multipolaire, les illusions de la globalisation et du tout économique pourraient nous forcer à mesurer le poids des réalités enracinées dans la durée – patries, civilisations, forces spirituelles - et les vertus du politique. Pour que cet atterrissage s’effectue sans dommages, relire Bainville pourrait nous éclairer, surtout si nous savions réinventer sa méthode : penser historiquement dans un siècle idéologique.

Dominique Decherf, Bainville, l’intelligence de l’histoire, Bartillat.
Jacques Bainville, la Guerre démocratique. Journal 1914-1915, Bartillat.
Les principales oeuvres de Bainville sont disponibles aux éditions Godefroy de Bouillon.

Enquête sur Jacques Bainville

Paul-Marie Coûteaux
Essayiste, député français au Parlement européen
Au XIXe siècle qu’il avait nommé le « vieil utopiste », Bainville vit succéder un siècle presque tout entier livré à des utopies - « communisme », « fascisme » ou « mondialisme marchand » -, qui sacrifièrent au culte le plus enfantin qui soit, celui de la modernité. Dans la période que nous vivons, et qui voit s’achever deux ou trois siècles voués à une passion unique, celle du progrès indéfini, il était normal que Jacques Bainville soit placé au tout premier rang des penseurs français, puisqu’il est certainement, de ces errances qui ont porté la civilisation au bord du précipice, le meilleur et peut-être le dernier antidote intellectuel. Il sut parfaitement distinguer les conditions d’une bonne politique grâce à ce réalisme supérieur qui, fondé sur la croyance que la politique étrangère conditionne presque toute la politique intérieure, calcule d’abord le poids et les intérêts des Etats (ce que Fontenelle appelait « les poids et les mesures »). Il n’avait pas d’idéologie, mais une méthode : déterminer les effets et les causes, selon ce que l’histoire et les traditions nationales enseignent. En somme, calculer toujours les équilibres, ce mot cardinal de la politique française, que toutes les utopies et jusqu’à leur dernier avatar qui se nomme construction européenne ont depuis deux siècles détruit autour de nous, et toujours pour le pire.

Jean-Marc Varaut
Avocat à la cour, membre de l’Institut
Je dois à l’Histoire de France de Jacques Bainville l’amour presque minéral de la France. La lecture de Bainville apprend que si l’histoire, sur la longue durée, échappe à la volonté, ses mécanismes ne sont pas pour autant déterministes. L’histoire est même héroïque dans les causes secondes. Penser avec Jacques Bainville, c’est reconnaître que les hommes pensent d’abord. Ensuite, ils se déterminent souvent d’après leur manière de penser. C’est pourquoi l’Histoire de France (1924) est la suite des Conséquences politiques de la paix (1920), qui développent dans ses conséquences l’Histoire de deux peuples (1915). Bainville démontrait que si l’on voulait éviter le retour de la guerre franco-allemande, il fallait fédéraliser l’Allemagne et ne pas démembrer l’Autriche. « Nous aurons les conséquences », avertissait Bainville. Nous les avons eues. Il occupa à beaucoup d’égards, de 1914 à 1936, la place de Raymond Aron après la Seconde Guerre mondiale : celle d’un conseiller sans prince.

Philippe de Saint Robert
Ecrivain
Jacques Bainville ne fut pas seulement un remarquable historien mais aussi un excellent écrivain. Il fut d’ailleurs plus qu’un historien ordinaire qui explore le temps passé, puisque le plus important de ses livres, les Conséquences politiques de la paix, était une véritable prophétie. Quant à l’Histoire de deux peuples, c’est un chef-d’oeuvre dont on devrait imprimer des éditions spéciales à l’usage de nos « fédéralistes européens », mais savent-ils lire ? Ceux qui nous rebattent les oreilles du « devoir de mémoire » sont précisément ceux qui ne veulent plus rien savoir de l’histoire vraie, puisqu’ils lui préfèrent l’idéologie, et que la pertinence historique de l’actualité les dérange. La méthode de Bainville n’a pas à être actuelle ou inactuelle : elle est permanente.

Jean-Claude Casanova
Directeur de la revue Commentaire
Que Jacques Bainville soit un des grands écrivains politiques du XXe siècle me paraît incontestable. Grand historien ? Difficile à dire à l’aune de ceux qui le précédèrent : Fustel, Taine, Renan, Sorel, même Lavisse. Mais son Napoléon, sa Troisième République doivent encore se lire pour la clarté et l’élégance voltairienne de l’expression et pour la lucidité de l’analyse, éclairée par un souci anxieux du destin national entre la défaite de 1815 et les espoirs de 1918.
Excellent observateur d’un passé révolu, il aidera moins à comprendre le monde issu de la Seconde Guerre mondiale, dominé par le triomphe américain et par la fin du communisme. Il s’agit d’un univers trop étranger au sien, que dominait encore l’Angleterre et dans lequel l’équilibre des puissances jouait un rôle décisif. La démocratie, la technique, les échanges ont pris plus d’ampleur qu’il ne le prévoyait. Bainville peut encore modérer les illusions qui naîtront de cette évolution, mais sa méthode ne suffira pas à pénétrer les complexités d’une politique désormais mondiale.

Jean Tulard, de l’Institut
C’est par la clarté de son style et la pénétration de ses analyses que Bainville s’est imposé. Aucun jargon (vite démodé) et, contrairement à ce que l’on a pu écrire, préjugé. Si ses travaux sur Napoléon (Le 18-Brumaire, Napoléon, Bonaparte en Egypte) ont tous été réédités entre 1995 et 1998, c’est qu’ils n’ont pas vieilli.

Alain Juppé
Député de la Gironde, ancien premier ministre
L’époque actuelle ne rend certainement pas justice à l’auteur visionnaire des Conséquences politiques de la paix ni à son influence intellectuelle et politique entre les deux guerres. Sa pensée est bien sûr datée, particulièrement pour ce qui est des rapports franco-allemands. Mais s’il est une leçon de Bainville qui garde toute sa pertinence, c’est l’importance de l’histoire pour la compréhension des relations internationales : le « printemps des peuples » qui a accompagné l’écroulement du bloc soviétique ou les déchirements dramatiques des Balkans en sont, en Europe, les démonstrations les plus récentes et les plus spectaculaires.
Il me semble en outre que Bainville avait clairement vu la vocation de la France à mener une diplomatie « capétienne » de lutte contre les empires, diplomatie qui a été celle de Charles de Gaulle et qui se poursuit par l’engagement constant de notre pays contre les hégémonismes et en faveur d’un monde multipolaire.

Jean Dutourd, de l’Académie française
Jacques Bainville n’est pas seulement un historien de premier ordre, c’est aussi un écrivain considérable et l’un des plus grands esprits qu’il y ait eu en France pendant la première moitié du XXe siècle. La raison pour laquelle il est négligé aujourd’hui est strictement politique. Son sens de la réalité, son goût de la vérité historique, ses dons prophétiques font absolument horreur aux intellectuels français, européens et mondialistes. Bainville souffre du même ostracisme que Rivarol, par exemple, qui est depuis deux cents ans victime d’un complot républicain de silence. Ni Rivarol ni Bainville ne sont des écrivains pour époque bête.

Général (c. r.) Pierre-Marie Gallois
Il ne s’agit plus, me semble-t-il, de penser historiquement dans un siècle idéologique, mais plutôt de savoir s’il conviendrait de penser historiquement dans le siècle matériellement hédonistique qui s’annonce. La préoccupation économique individuelle dominante risque de provoquer l’éclatement des groupes sociaux formés par le milieu et par le temps. L’histoire peut contribuer à prévenir cette désintégration par l’évocation permanente des grandes réalisations collectivement entreprises. Mémoire de l’humanité, l’histoire est aussi celle des nations. Penser historiquement, c’est empêcher qu’elles s’accommodent d’une destinée finie.

Michel Déon, de l’Académie française
Toute l’histoire de France est une sombre récapitulation des occasions perdues. Parmi ces occasions perdues, l’une des plus cruelles est celle, au XXe siècle, de n’avoir pas eu Jacques Bainville pour ministre des Affaires étrangères, voire comme président du Conseil. L’intelligence, le savoir, la clarté du style, la pré-science quasi magique de cet homme blessent son lecteur aujourd’hui. Comment ne l’a-t-on pas écouté ? Il avait tout compris, tout lu, tout observé, tout prévu, parfois avec soixante ans d’avance, comme pour la Yougoslavie. Le plus grave péché en politique est d’avoir toujours raison. Les esprits universels dérangent à ce point la pensée unique que l’on nie jusqu’à leur existence. Cela dit, la vérité finit toujours par l’emporter, mais trop tard. Un renouveau de la pensée bainvillienne est en cours. Il faudra encore beaucoup d’indépendance d’esprit pour qu’elle soit redécouverte. Bainville était un désespéré qui n’a jamais cessé de croire à un espoir, si éloigné fût-il.

Emmanuel Le Roy Ladurie, de l’Institut
Bainville n’était pas universitaire ; il était Action française, et de l’Académie française. Non-universitaire : l’espèce tend à se tarir. Certains ont été récupérés par l’université, tel Philippe Ariès. Nous avons toujours l’éminent Henri Amouroux. Néanmoins, les historiens qui n’appartiennent pas à l’université n’ont pas, ou peu, de disciples. Etait-ce le cas de Bainville ? En tout cas, la « reproduction », comme diraient nos sociologues, ne s’opère pas suffisamment. Bainville était lié à l’Action française, mais il eut l’heureuse idée de mourir en 1936. L’Académie française, maintenant : elle a eu en son sein de très grands historiens de droite non-universitaires comme Bainville, encore lui, et Gaxotte. C’était le temps où la droite française avait des idées. Par la suite, l’Académie française a admis quelques grands noms de l’école des Annales : Braudel, Duby, Furet. Ces personnages de tout premier plan ont disparu. Où sont les Bainville, les Furet et les Duby du premier quart du XXIe siècle ?

Thierry de Montbrial, de l’Institut
Beaucoup plus que la Première Guerre mondiale, la Seconde est la conséquence des erreurs répétées qui ont permis aux prévisions de Bainville de prendre corps. Le manque de lucidité et de courage des dirigeants, notamment français et britanniques, aux moments décisifs tels que le réarmement allemand (1935) ou l’annexion de l’Autriche et des Sudètes (1938) a contribué à précipiter l’Europe et le monde dans l’abîme. La conférence de Munich demeure encore, dans la mémoire collective, le symbole de la lâcheté face aux dictateurs, au point qu’on l’évoque improprement dans des circonstances très différentes. Le spectre de Munich a hanté les dirigeants occidentaux après l’agression de Saddam Hussein au Koweït en 1990, et même dans certaines phases de la guerre de sécession en Yougoslavie, après 1991. En tout état de cause, le simple rappel des épisodes tragiques de l’entre-deux-guerres pose le problème de la capacité d’action et de la responsabilité des hommes d’Etat, donc celui de leur rôle dans les bifurcations de l’Histoire.

Hubert Védrine
Ministre des Affaires étrangères
S’intéresser aujourd’hui à Jacques Bainville, comme le fait Dominique Decherf, mérite un coup de chapeau : sa pensée paraît dépassée, il n’est plus lu ni commenté. Or, par culture historique, je ne crois pas à la table rase et il n’est jamais inutile de scruter les intelligences passées. Or de l’intelligence lucide Jacques Bainville en a eu à revendre. Je vois même dans ses articles de 1913 prévoyant le conflit à venir, dans son Comment est née la révolution russe, dans son extraordinaire Conséquences politiques de la paix de 1920, dans son Histoire de deux peuples continuée jusqu’à Hitler, dans L’Amérique peut-elle rester isolée ?, où il démontre que non, un modèle de lucidité que l’on a résumé par « penser historiquement dans un siècle idéologique », ce qui reste toujours aussi nécessaire et aussi difficile. Mais s’il fut un des esprits les plus clairvoyants du début du siècle, sa lucidité fut classique. Elle n’alla pas au-delà des limites d’une pensée nationale, d’une modération très française, très traditionnelle, un cadre que la Seconde Guerre fera voler en éclats. Rien donc, chez lui, qui annonce la suite ce n’est pas un Tocqueville , mais beaucoup qui aurait évité de gigantesques erreurs. Il ne faut pas le juger depuis le monde global, mais par rapport aux errements tragiques de tant de ses contemporains ; ne pas rechercher dans ses écrits des réponses aux questions d’aujourd’hui, mais se souvenir de la méthode : analyser les faits et faire la part des préjugés.

Propos recueillis par Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com/

lundi 11 janvier 2010

Une colonisation tardive

L’Afrique subsaharienne commença à être reconnue par les Européens à partir du XVe siècle. Pour quelle raison ? Dès avant la chute de Constantinople (1453), les voies d’approvisionnement asiatiques étaient devenues incertaines, en raison notamment de la progression des peuples de la steppe en Asie Centrale. L’approvisionnement en produits orientaux devenant aléatoire, il fallut trouver d’autres routes, ce que firent les Portugais en longeant le littoral africain. Ils reconnurent ainsi la route du Cap, envoyèrent des ambassades auprès du Négus d’Ethiopie et remontèrent certains fleuves africains, mais sans jamais songer à coloniser l’Afrique qu’ils ne considéraient que comme une escale sur la route des Indes.

A l’exception d’un noyau de colonisation autour de Luanda, en Angola, et d’un autre dans la baie de Maputo au Mozambique, les Portugais ne voyaient dans leurs établissements d’Afrique que des bases de ravitaillement. Pionniers de la découverte de l’Afrique, les Portugais ne furent pas les initiateurs de sa colonisation.

La seconde phase de l’aventure européenne en Afrique se situe entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIIe siècle, avec l’entrée en jeu des puissances issues de la Réforme, qui vinrent concurrencer les Portugais.

Les Hollandais furent les premiers. En l’espace de soixante-quinze ans, ils évincèrent, en effet, pratiquement les Portugais de la route des Indes, s’installèrent en Insulinde, à Bastia, et, en 1652, créèrent le comptoir du Cap. Là encore il n’y eut pas de colonisation de l’intérieur, les autorités hollandaises interdisant même aux colons débarquant au Cap toute installation dans l’arrière-pays. Pour les Hollandais, cet établissement n’avait qu’un seul intérêt, celui d’être situé à mi-distance de l’Europe et de l’Inde. C’était une étape où l’on ferait escale à l’aller et au retour et où l’on embarquerait des vivres frais pour permettre aux marins d’échapper au scorbut.

Au XIXe siècle, l’Europe ne désirait pas coloniser l’intérieur de l’Afrique. Elle y fut cependant contrainte par les campagnes humanitaires des voyageurs et des missionnaires. Ces derniers voyaient, en effet, dans la colonisation le seul remède aux maux des populations noires.

C’est à cette époque que commença l’acharnement philanthropique. L’Afrique fut alors prise en charge au nom de nos principes de générosité et de nos bons sentiments. Tous parfaitement étrangers au continent noir.

Leur application allait interdire à toutes les "Prusse" potentielles d’unifier sous leur loi des tribus disparates qui avaient vocation à servir les peuples dominants.

La colonisation de l’Afrique noire est donc tardive et se présente de manière très différente de celle de l’Amérique.

Aux Amériques, la présence européenne débute dès le XVIe siècle. L’Afrique est, quant à elle, restée fermée aux Européens jusqu’à la fin du XIXe siècle. Du XVIe au XIXe, les Blancs se contentèrent de longer le littoral et d’y établir des comptoirs mais ne pénétrèrent véritablement dans le coeur du continent qu’à l’extrême fin du XIXe siècle.

Contrairement aux légendes, les Anciens ne connaissaient pas l’Afrique du sud du Sahara. La limite ultime de navigation dans l’Atlantique était l’île de Mogador, au sud du Maroc ; cependant qu’à l’est la limite se situait vers Zanzibar.

Pendant trois mille ans, deux Afriques ont donc vécu en s’ignorant. L’Afrique du Nord, rattachée aux civilisations méditerranéennes et qui sera coupée de l’Occident à la suite des invasions arabes du VIIe siècle ; et l’Afrique sub-saharienne, qui commencera à s’ouvrir au monde méditerranéen avec l’islamisation. Ce furent, en effet, les Arabes qui, à partir des oasis du Touat et de Tafilalet, la découvrirent.

Les Britanniques, de leur côté, créèrent au XVIIIe siècle quelques comptoirs destinés à la traite des Noirs. Les chiffres de cette traite ont longuement été discutés. Les estimations scientifiquement licites varient entre neuf et douze millions d’esclaves transplantés en trois siècles. A l’apogée de la traite, c’est-à-dire au XVIIIe siècle, les Européens sont présents partout mais en très petit nombre sur le littoral de l’Afrique, du Sénégal jusqu’au sud de l’actuel Mozambique. De plus, ils ne pénètrent toujours pas à l’intérieur du continent. Ils sont "accrochés" au littoral et à peine tolérés par les populations locales.

Pourquoi, d’ailleurs, iraient-ils affronter les fièvres, les tribus farouches, la nature inconnue de l’Afrique profonde alors qu’il est si confortable d’attendre dans les comptoirs que leurs fournisseurs noirs viennent y vendre les esclaves ?

De même que la conquête du Mexique a largement été faite par les Indiens au service des Espagnols, la traite atlantique a été réalisée par des Africains ; car ce sont des Africains qui ont vendu d’autres Africains. Les Européens ont en réalité détourné et amplifié à leur profit des pratiques traditionnelles qui existaient depuis des temps immémoriaux.

Au terme du XVIIIe siècle, aucune puissance européenne ne s’est encore aventurée à coloniser l’intérieur des espaces africains, à l’exception d’une modeste avancée française dans la vallée du Sénégal. La situation reste inchangée pendant la première partie du XIXe, sauf en Afrique du Sud où les Boers firent leur "Grand Trek" dans les années 1830-1835, s’enfonçant dans les terres vierges après avoir abandonné celles qu’ils occupaient depuis 1652-1660, pour partir à la conquête de territoires nouveaux où ils pensaient pouvoir vivre libres, loin des Britanniques. Ailleurs, les Européens étaient toujours cantonnés sur le littoral.

par Bernard Lugan (3 mars 1995)


Texte publié dans Le Libre Journal n°61.

vendredi 8 janvier 2010

Manuel de survie à l’usage des nuls en Droit Constitutionnel


« La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion c’est un conglomérat de peuples, qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, mais une France de métissage », selon Eric Besson, Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale, déclaration lue dans Le Parisien

ce 8 janvier 2010. Je me suis pincée pour être certaine d’avoir bien lu ce que je croyais avoir lu. Un doute m’a saisi et je me suis renseignée sur le parcours scolaire du sieur dénommé : Ecole de Commerce de Montpellier et IEP Paris.

Parce qu’il est charitable de ne pas laisser son prochain dans l’ignorance, et si par le plus grand des hasards parmi les lecteurs, certains connaissent le Ministre, merci de lui communiquer cette note de synthèse !

1/ Depuis la décision du Conseil Constitutionnel 91- 290 du 9 mai 1991, refuse d’admettre la constitutionnalité de la qualification de « peuple corse », au motif que la mention de « peuple corse, composante du peuple français » est contraire à la constitution et à la tradition constitutionnelle française, laquelle ne connaît que « le peuple français », composé de tous les citoyens français, sans distinction d’origine, de race ou de religion » (Art. 1 de la Constitution du 4 Octobre 1958). C’était la première fois que la Haute Juridiction reconnaissait une valeur constitutionnelle à la notion de « peuple français » dont le caractère unitaire est réaffirmé avec une particulière solennité par « les 9 Sages » et son président de l’époque Yves Guéna, gaulliste historique et appartenant tout comme vous à l’UMP. Pour appuyer sa démonstration, le Conseil Constitutionnel s’appuie sur de nombreuses références qui ne peuvent avoir été oubliées par le Républicain que vous affirmez être à longueur de médias !

- La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 Août 1789 qui débute dans son Préambule « Les représentants du peuple français ».

- La Constitution de 1848, si chère au cœur des républicains de gauche, commence par ses mots : « La souveraineté Nationale appartient au peuple français ».

Allez encore un dernier pour la route :
- Le Préambule de la Constitution de 1958 dispose que « le peuple français affirme solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale ».

Vous remarquerez, rien que des textes républicains, pas antérieurs à 1789, car selon vous et vos amis, la France n’a d’existence que depuis 200 ans.

Pas convaincu sur le principe d’unicité du peuple français et par la même de son existence contrairement à vos affirmations ? La Haute juridiction dans une décision du 15 juin 1999 relative à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, a indiqué que certaines dispositions sont contraires à la constitution française en ce qu’elles confèrent des droits spécifiques à des « groupes » de locuteurs de langues régionales ou minoritaires à l’intérieur de « territoires » dans lesquels ces langues sont pratiquées et qu’elles portent ainsi atteinte aux principes constitutionnels d’indivisibilité, d’unité, et d’égalité du peuple français.

A l’Européiste et ancien partisan de feu François Mitterrand que vous étiez, je vous rappelle qu’au moment de la ratification du Traité de Maastricht en 1992, la réforme constitutionnelle nécessaire a inscrit dans la constitution dans son article 2 que « la langue de la République est le français », confirmant le point sur la tradition unitaire française.
Je vous fais grâce du texte de l’abbé Grégoire de Juin 1794 sur « les moyens d’établir une nouvelle grammaire et un vocabulaire nouveau de la langue française qui faciliteront l’étude de la langue de la liberté. », Manuel Belin, classe de 4e Histoire Géographie, page 64, édition 2002.

Enfin, il faudra m’expliquer si ce peuple français n’existe pas, pourquoi l’ensemble des tribunaux français jugent au nom du peuple français ? Malgré la réforme de la carte judiciaire de Rachida Dior pardon Dati, ils restent encore quelques juridictions civiles, pénales ou administratives. Sinon, il faudrait prévenir tous ces « braves magistrats et ces jurés populaires » qu’ils rendent la justice au nom de quelque chose qui n’existe pas !!

A ce stade, je suis sûre que la mémoire vous revient, il n’est pas possible que vous ayez raté autant de cours élémentaires de Droit Constitutionnel, vous, un ancien élève de l’IEP de Paris ?

2/ « Ni de territoire » continuez vous ! Dites donc c’est votre collègue au gouvernement Michel Mercier qui va se trouver mal, lui qui est en charge depuis le remaniement du 23 juin 2009 du Ministère de l’Espace Rural et de l’Aménagement du territoire, lui, qui a mis tant de temps à devenir Ministre ! Si en plus, il apprend que le territoire de la France n’existe pas, les mauvaises langues pourraient se demander à quoi, il peut bien passer ses journées ? A mon avis, mais ça n’engage que moi, vous n’allez pas vous en faire un ami !

Bon je m’égare revenons à notre sujet et si nous parlions du principe d’indivisibilité de la République. En effet, pour qu’un Etat existe, il faut qu’il repose sur une zone géographique définie si vous préférez. Et qui dit Etat dit organisation territoriale de la France. Désolée, décidément ce mot territoire on le chasse par la porte et il revient par la fenêtre !

De tout temps, s’est posée cette question, promis je ne vous parlerai pas de Jean Bodin, juriste de l’Ancien Régime. Allez, je sens que vous vous énervez car ce nom vous est inconnu, vous qui ne connaissait l’histoire des idées politiques seulement qu’à partir de la Révolution. Fichu cours de l’IEP de première année depuis le temps que l’on doit le réformer, mais que fait Pécresse ?

Je choisis un penseur républicain indiscutable, je suis certaine qu’il va vous plaire, lui aussi a trahi son état, en l’espèce ecclésiastique pour embrasser les idéaux révolutionnaires : l’abbé Sieyès qui le 7 septembre 1789 soulignait devant l’assemblée constituante la nécessité d’adopter un système uniforme pour éviter de voir le royaume (c’est ainsi que l’on appelait le territoire en ce temps là !) se déchirer en une multitudes de petits états, sous forme républicaine, et pour que la France puisse être un seul tout soumis uniformément dans toutes les parties à une législation et une administration communes. Ce sont là les prémices du principe d’indivisibilité du territoire sur lesquels la constitution française s’appuie.

Voilà, je crois que modestement, en quelques lignes, j’ai réussi, à vous transmettre quelques notions de Droit Constitutionnel qui ne seront pas de trop pour vous permettre de rencontrer Marine Le Pen, jeudi 14 Janvier 2010 sur France 2. Vu que vous êtes libre dans la soirée du 13 Janvier 2010 après avoir annulé votre participation à votre propre débat sur l’Identité Nationale à Liévin, je vous recommande la lecture de deux ouvrages :

1/ Les Grandes décisions du Conseil Constitutionnel, édition Dalloz. Un conseil prenez la dernière édition, c’est d’ailleurs ce que recommande les professeurs de Droit Public à leurs étudiants de première année. Dans les Université de Droit c’est un cours obligatoire.

2/ La thèse de Rolland Debbasch, Sur l’indivisibilité de la République, édition Economica, 1990.

Eléonore B, pour Nations Presse Info

mardi 5 janvier 2010

Les esclaves oubliés

Il n’y a pas que l’esclavage transatlantique! Il y a eu aussi le trafic d’esclave à travers l’Afrique à destination du monde arabe. Découvrez cette face cachée de l’histoire

vendredi 1 janvier 2010

Comment la guerre en Afghanistan a commencé

Le 25 décembre 1979 commença l’entrée des troupes soviétiques en Afghanistan. Jusque-là, des décennies durant, avaient existé entre l'URSS et l'Afghanistan des relations de bon voisinage. La politique de Mohammed Zaher Chah était équilibrée et arrangeait l'URSS qui réalisait en Afghanistan bon nombre de projets économiques, lui livrait des armes et formait des spécialistes afghans dans ses écoles supérieures.
Cependant, sans faire de mouvements brusques, Zaher Chah maintenait la situation dans le pays, ce qui provoquait le mécontentement de diverses forces politiques des islamistes aux progressistes. Finalement, lors d’une visite à l'étranger, il fut destitué par son cousin Mohammed Daoud.

Ce coup d’État fut le premier maillon d’une chaîne d’événements politiques ultérieurs et n'eut pas d’effet significatif sur les relations entre l'Afghanistan et l'URSS. Néanmoins, la situation à l'intérieur du pays commença à devenir tendue petit à petit. Un certain nombre de personnalités islamistes, comme Rabbani, Hekmatyar et autres, se réfugièrent alors au Pakistan voisin d’où ils dirigèrent ensuite l'opposition armée et composèrent le groupe dit alliance des Sept ou Groupe de Peshawar. Parallèlement, les États-Unis commencèrent à nouer des liens avec les futurs leaders des moudjahidines.

En 1977, les relations entre l'URSS et l'Afghanistan commencèrent à se dégrader : Mohammed Daoud se mit à sonder le terrain en vue d’établir des liens avec l’Iran et les monarchies du Golfe Persique. En 1978, des persécutions furent déclenchées en Afghanistan contre les membres du Parti populaire et démocratique d'Afghanistan (PPDA), de tendance marxiste. Cependant, cette répression se solda par un échec, et un nouveau coup d’État eut lieu dans le pays. Les officiers de l'armée, tous issus d’écoles militaires soviétiques, soutenaient les leaders du PPDA. Le 28 avril restera dans l'histoire comme le jour de la Révolution d'avril. Mohammed Daoud fut tué.


La Révolution d'avril fut, comme le coup d’État de Daoud, une surprise pour l'URSS qui aspirait justement à préserver la stabilité à ses frontières sud. Le nouveau pouvoir afghan engagea des réformes radicales dans le pays, alors que l'URSS cherchait à juguler le caractère révolutionnaire de ces réformes, qui, vu le niveau de développement extrêmement bas de la société en Afghanistan, avaient très peu de chances de réussir et d’être bien accueillies par la population.

Entre-temps, en Afghanistan une scission se produisit entre les deux ailes principales du PPDA : d’un côté le groupe Khalq «populaire» et plus radicale, et de l’autre le groupe modéré Partcham dont la base était constituée d’aristocrates intellectuels de formation européenne. Khalq avait pour leaders Hafizullah Amin et Nour Mohammed Taraki, et Partcham était conduit par Babrak Karmal qui, après la révolution, fut envoyé comme ambassadeur en Tchécoslovaquie en vue de l’écarter de la vie politique de l’Afghanistan. Plusieurs partisans de Karmal furent également démis de leurs postes, et nombre d'entre eux exécutés. Les sympathies de l'URSS dans cette opposition allaient plutôt aux membres modérés de Partcham.

Les réformes du PPDA ont entraîné une déstabilisation dans le pays. On vit se former les premiers détachements de moudjahidines qui commencent à recevoir bientôt une aide toujours plus importante en provenance des États-Unis, du Pakistan, de l'Arabie Saoudite, de la Chine.

L'URSS ne pouvait pas se permettre de perdre le contrôle de l'Afghanistan, mais la guerre civile prenant de plus en plus d’ampleur constituait une menace de réelle. A partir du printemps 1979, les leaders afghans demandèrent avec de plus en plus d’instance un soutien militaire direct de la part de l'URSS. Mais tout en acceptant d'augmenter ses livraisons en armements et en denrées alimentaires, ainsi qu’une aide financière et le renforcement de la formation de spécialistes, les dirigeants soviétiques ne voulaient pas envoyer de troupes en Afghanistan.

Le problème s'aggravait en raison du caractère intraitable des dirigeants afghans persuadés d’être « sur la bonne voie », surtout Amin. Entre lui et Taraki, il y avait aussi des désaccords qui avec le temps dégénérèrent en conflit ouvert. Taraki fut accusé d'opportunisme et assassiné le 14 septembre 1979.

Concrètement, en demandant une intervention militaire directe, Amin exerça là un chantage direct à l’égard du gouvernement soviétique. Il prédisait une prise du pouvoir par des forces proaméricaines et l'apparition, aux frontières de l'URSS, d’un foyer de tension qui, déjà, menacerait de déstabilisation l'Asie centrale soviétique. En outre, Amin lui-même s’adressa aux États-Unis (par l’intermédiaire des Pakistanais) en leur proposant d'améliorer les relations entre les deux pays et, ce qui était probablement le pire de tout à ce moment-là, se mit à sonder le terrain en vue d’établir des relations avec la Chine qui recherchait des alliés dans son opposition avec l’URSS.

Amin fut-il abattu par des commandos soviétiques par hasard ou fut-ce une action planifiée ? Cela n'a pas tant d’importance aujourd'hui. Quoi qu’il en soit, à la fin de l'automne 1979, la position des dirigeants soviétiques commença à changer. Iouri Andropov, le chef du KGB, qui jusque là s’était fermement opposé à l’envoi de troupes, commença à se rallier à l'idée que cela devenait nécessaire afin de stabiliser la situation. De plus, c’était aussi, dès le début, l'opinion du ministre de la Défense Dmitri Oustinov, bien que nombre d'autres éminents représentants de l'élite militaire soviétique fussent contre.

Toujours est-il que les faits ont contredit tous ces calculs : prévue initialement comme un soutien envers le gouvernement ami de l'Afghanistan, l’opération finit par se muer en une longue guerre contre-guérilla.

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.
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samedi 26 décembre 2009

La route des Indes

Les XVe-XVIe siècles constituent un véritable tournant de l’histoire européenne car les premiers voyages maritimes d’exploration y sont associés. Les causes de ces expéditions lointaines sont connues et multiples : conversion des païens, goût de l’aventure, recherche des épices et de l’or.

Transportées depuis l’Asie, les épices passaient d’intermédiaire en intermédiaire Chinois, Persans, Arméniens, Arabes, etc. Les prix de ces marchandises précieuses étaient donc élevés quand les marchés d’Europe étaient enfin atteints. L’idée apparut alors de découvrir les routes menant directement aux zones de production, c’est-à-dire aux Indes. Les principales tentatives eurent lieu à l’ouest - et l’Amérique fut découverte - ou vers le Sud, au-delà des rivages africains connus à l’époque. C’est cette dernière route que suivirent les marins portugais.

En 1413, Madère et Porto Santo sont reconnus et, en 1439, c’est le tour de l’archipel des Açores. Les Portugais poussent toujours plus loin et, en 1434, Gil Eanes franchit le cap Bojador.

Désormais, la découverte portugaise allait pouvoir véritablement commencer.

En 1445, le cap Vert et le golfe de Guinée sont atteints. En 1445, le monopole portugais risquant de se voir contester par les autres puissances européennes, le pape Nicolas V confirme les droits de Lisbonne par la bulle Romanus Pontifex. L’Afrique est officiellement domaine portugais et toutes les conquêtes et installations y sont par avance légitimées. L’encouragement à poursuivre les découvertes est ainsi donné. La même année, le prince Henri le Navigateur commissionne Ca Da Mosto et Uso di Mare pour l’exploration des côtes au sud du cap Vert et dans l’estuaire du fleuve Gambie.

A la fin du XVe siècle une accélération est donnée au mouvement qui est entamé par Diego Cao, lequel atteint l’embouchure du rio Poderoso, l’actuel fleuve Zaïre, en avril 1483. En 1486, il entreprend un second voyage plus loin encore vers les rivages inconnus du Sud et il longe la côte de l’actuelle Namibie où il disparaît.

Le 25 décembre 1487, Bartolomeu Dias atteint la baie d’Angra das Voltas où est bâtie l’actuelle ville de Ludoritz. En janvier 1488, il longe le littoral atlantique de la région comprise entre l’embouchure du fleuve Orange et le cap des Tempêtes qui sera ultérieurement baptisé "Bonne-Espérance". Celui-ci est d’ailleurs doublé sans que les navigateurs s’en aperçoivent et, le 3 février 1488, les navires portugais jettent l’ancre dans la baie de Mossei dans l’océan Indien.

Le traité de Tordesilhas fut signé en 1494. Il partageait le monde entre les deux puissances ibériques ; l’expansion pouvait donc reprendre, avec une priorité politique pour Lisbonne : la découverte de la route des Indes. En 1495, Manuel 1er succède à Jean II : c’est sous son règne qu’elle fut ouverte.

Le 8 juillet 1497, Vasco de Gama quitte Lisbonne. Le 7 novembre, avec ses quatre navires, il jette l’ancre dans la baie de Sainte-Hélène, au nord-ouest du Cap. Puis, le 22 novembre, il double le Cap et "remonte" le long du littoral est-africain. Comme il célèbre la naissance du Rédempteur quelque part sur un rivage inconnu, il donne à cette contrée le nom de Natal qui lui est resté depuis. En 1498, il parvient aux Indes, ce but mythique de l’épopée maritime lusitanienne, presque un siècle après son commencement. En 1499, l’expédition est de retour au Portugal.

par Bernard Lugan http://www.francecourtoise.info/

vendredi 18 décembre 2009

L’idéologie contre l’Afrique


Allons-nous longtemps encore faire semblant de croire que les échecs de l’Afrique seraient dus à un déficit de démocratie, à l’absence de classes moyennes, au sous-équipement ? Ce continent n’aurait-il, comme ambition, que celle de nos experts, à savoir les courbes du PIB ou du PNB et les "bons points" de l’ajustement structurel ?

Les pays "développés" s’obstinent dans le consensuel refus de trois réalités :

1) les problèmes africains ne sont pas économiques mais culturels ;

2) nos cultures sont incompatibles car, comme le disait le maréchal Lyautey, les Africains sont "autres" ;

3) notre approche culpabilisée de l’Afrique fait que nous tuons le continent en voulant pourtant désespérément sa survie. Un exemple : on nous dit que l’Afrique manque de cadres. La vérité est autre : au fur et à mesure qu’ils sont formés, les cadres africains s’expatrient. C’est ainsi que la CEE et le Canada donnent du travail à plusieurs dizaines de milliers de Déserteurs de haut niveau (médecins, vétérinaires, ingénieurs, etc.). En référence a nos principes philosophiques d’accueil et de générosité, nous privons ainsi l’Afrique des plus diplômés de ses enfants.

Au lieu de continuer à vouloir transfuser un impossible développement à l’Afrique, c’est une renaissance, une réhabilitation de ses valeurs culturelles qu’il faudrait au contraire favoriser. Or, cette démarche passe par un désengagement européen pour que l’Afrique trouve en elle-même les conditions d’une éventuelle réaction, notre arrogant universalisme idéologique doit cesser d’y exercer ses ravages.

Le continent dispose, pour le moment, de deux solides points d’ancrage : les ethnies et le monde de la brousse ; mais le temps est compté car, chaque jour, l’Afrique vivante, c’est-à-dire l’Afrique rurale, celle qui possède encore dynamisme et cohésion, s’affaiblit au profit des villes artificielles et improductives.

Or, la démocratisation qui est imposée à l’Afrique détruit la cohésion ethnique par la recherche du plus petit commun dénominateur qui est la tribu. Elle transforme l’ethnisme en tribalisme, ce qui n’est pas la même chose. Le processus risque alors de devenir irréversible, ce qui est dramatique pour l’avenir, car seul l’ethnisme est capable de donner naissance aux ensembles humainement cohérents qui naîtront un jour des décombres de bien des frontières actuelles.

Que l’on y réfléchisse : ce n’est pas par la démocratie que se constituèrent les Etats-Nations d’Europe ou d’Asie, mais par la force, par la volonté de puissance, par la ruse et par la durée. Ce n’est pas le préalable démocratique qui forgea l’unité allemande, mais l’énergie prussienne canalisée par Bismarck. Or, en Afrique, les "Prusses" potentielles ont été détruites lors de la conquête coloniale, d’abord, mais surtout avec les indépendances octroyées aux plus nombreux, c’est-à-dire souvent aux vaincus de l’histoire africaine.

La colonisation philanthropique s’était, en effet, appuyée sur les groupes dominés, condamnés et qui étaient venus à nous pour être protégés des peuples prédateurs. Au nom de la charité, de la justice et même des "droits de l’homme", notions insolites et même traumatisantes en Afrique, nous avons ainsi brisé les séculaires équilibres naturels africains.

Mais, plus le temps passe et plus nos a priori philosophiques se heurtent aux réalités. Là est d’ailleurs l’espoir de l’Afrique. Cependant, c’est en Europe et en Amérique que se pose le vrai problème : comment faire comprendre aux intellectuels et aux charitabilistes de profession qu’en organisant la survie artificielle, et hélas provisoire, de populations à la croissance incontrôlable ils engluent l’Afrique dans la catastrophe ? Comment leur expliquer que les peuples dont les femmes ont le ventre le plus fécond ne sont pas forcément les plus doués pour diriger, pour commander, pour administrer ? par Bernard Lugan (14 avril 1995)


Texte publié dans Le Libre Journal n°65.

lundi 14 décembre 2009

Bismarck et l’Afrique (1)

En trente ans, de 1884 à 1914, l’Allemagne constitua et perdit son empire africain. A la déclaration de guerre du mois d’août 1914, le drapeau du Reich flottait au Togo, au Cameroun, au Sud-ouest africain et en Afrique orientale (Tanganyika, Ruanda et Urundi).

Jusqu’en 1884, les priorités allemandes furent européennes. Avant 1870, afin de réaliser l’unité ; après la proclamation de l’Empire, afin de consolider ce dernier. A partir de 1890, année où Bismarck abandonna la chancellerie, l’Allemagne chercha à combler son retard sur les grandes puissances coloniales. Tournant alors résolument le dos aux principes bismarckiens en ce domaine, elle bouscula le jeu diplomatique, provoquant des tensions à la faveur desquelles elle réussit à élargir son domaine, s’imposant enfin comme puissance coloniale.

***
La première doctrine de Bismarck en matière coloniale fut résumée par une phrase abrupte : « Nous autres, Allemands, nous n’avons pas besoin de colonies. » Cette affirmation tranchait singulièrement avec la volonté impérialiste manifestée au même moment en Grande-Bretagne et en France.

Bismarck pensait que l’Etat allemand devait se tenir à l’écart du mouvement colonial mais que rien n’interdisait cependant aux firmes commerciales germaniques de se lancer dans des entreprises ultra-marines.

En 1868, avant la réalisation de l’unité allemande, quand des négociants d’Allemagne du Nord avaient proposé au roi de Prusse d’acquérir des territoires libres en Afrique orientale et dans l’actuel Mozambique, la réponse de Bismarck, alors chancelier de Prusse, avait été nette :

« Je pense que la Confédération ne doit pas s’engager dans des entreprises coloniales, celles-ci devant être l’oeuvre exclusivement de l’initiative privée. » (Lettre du 9 janvier 1868 au ministre de la Marine, Roon.)

Après 1871, Bismarck suivit la même ligne politique : pour lui, la constitution d’un empire colonial présentait trois inconvénients principaux :

1 - celui d’affaiblir l’Allemagne en détournant vers l’Afrique une partie des énergies nationales au moment où le Reich avait, en Europe même, besoin de tous ses fils ;

2 - celui de gaspiller les ressources de l’Etat ou même des particuliers dans une entreprise au devenir douteux ;

3 - celui, enfin, de créer des conflits diplomatiques avec la France et la Grande-Bretagne qui considéraient le continent noir comme leur chasse gardée.
Allant plus loin qu’un simple refus d’engagement outre-mer, Bismarck définit la doctrine qui sera celle de l’Allemagne durant une douzaine d’années. Elle tient en trois points principaux :

1 - Le gouvernement allemand n’a pas pour objectif de planter son drapeau sur une poussière de possessions dispersées et indéfendables.

2 - L’Allemagne annonce officiellement qu’elle ne nourrit aucune ambition territoriale coloniale. Dans ces conditions, les puissances concernées ne doivent pas voir dans les dynamiques commerçants allemands, qui parcourent les Afriques déjà partagées, les représentants d’un quelconque impérialisme colonial germanique.

3 - En revanche, l’Allemagne affirme que son seul objectif impérialiste est d’ordre commercial ; il est donc d’une tout autre nature que celui de la France ou de la Grande-Bretagne, qui cherchent à acquérir un maximum de territoires coloniaux.

***
La position de Bismarck n’était ni viable, ni réaliste car ces deux dernières puissances, qui subissaient des contraintes de souveraineté dans leurs empires respectifs, ne pouvaient accepter sans réagir que la méthodique et agressive politique commerciale allemande s’y exerce à leurs dépens.

C’était, en effet, grâce aux infrastructures, aux fonctionnaires, aux soldats britanniques ou français que les commerçants de Brême ou de Hambourg pouvaient créer et développer leurs affaires.

Ils n’allaient pas pouvoir conserver éternellement cette attitude de "profiteurs".

A cette opposition extérieure s’ajouta bientôt celle des milieux économiques allemands qui trouvaient des échos de plus en plus attentifs quand ils affirmaient que l’Allemagne perdait de sa substance par l’émigration et par les investissements qui se faisaient ailleurs que dans des territoires allemands. En 1878 déjà, un journaliste avait écrit : « Il s’agit de savoir si l’Allemagne va se décider à faire autre chose en Afrique que d’y envoyer des missions scientifiques et d’y semer les ossements de ses explorateurs (...) ».
par Bernard Lugan http://www.francecourtoise.info (à suivre)

Bismarck et l’Afrique (2)

Bismarck fut contraint d’évoluer et de définir une nouvelle politique ; elle fut élaborée sous la pression des événements durant les années 1884-1890. Trois arguments avaient "tempéré" les certitudes du "chancelier de fer" : le problème de l’émigration allemande, celui de la marine et, enfin, la question du prestige du Reich.

1 - Pays d’émigration durant tout le XIXe siècle, l’Allemagne avait vu partir sans espoir de retour 3 500 000 des siens entre 1819 et 1885. Il s’agissait d’une véritable hémorragie humaine et les groupes de pression coloniaux, dont la Ligue coloniale fondée en 1883, militèrent pour que ce flot soit détourné vers ces colonies de peuplement appartenant à l’Allemagne.

2 - L’Allemagne s’était lancée dans un ambitieux programme maritime destiné à garantir la liberté commerciale sur toutes les mers du Globe. Mais encore fallait-il disposer de points d’appui sûrs ; il était donc nécessaire de posséder des colonies.

3 - Les initiatives commerciales privées permettaient, certes, à l’Etat de ne pas être engagé dans un engrenage colonial, mais, en cas de menace pesant sur des ressortissants allemands, là où aucune autre autorité européenne ne s’exerçait, fallait-il les laisser massacrer sans intervenir ?

Bismarck, qui ne pouvait plus s’opposer au mouvement de course aux colonies, tente alors de le contrôler, afin de le freiner ; il affirma alors que la constitution d’un empire colonial n’était pas un but, une fin en soi mais simplement un moyen de soutenir, d’aider le commerce de l’Allemagne. C’est précisément pour faire respecter la liberté des activités commerciales allemandes qu’il accepta la constitution des premiers noyaux de colonisation en Afrique orientale, au Togo et au Cameroun.

Le 24 avril 1884, après de longues hésitations, Bismarck télégraphia au consul allemand du Cap qu’à partir de ce jour les 1 500 kilomètres situés entre les fleuves Orange et Cunene (au sud de l’Angola) étaient placés sous protection du Reich. L’Allemagne se lançait donc à son tour dans la course aux colonies. Le 6 juillet 1884, le drapeau allemand fut hissé à Lomé (Togo) et, le 12 juillet, le protectorat proclamé au Cameroun.

Avec retard, mais avec résolution, l’Allemagne venait donc de prendre place parmi les nations intéressées par l’Afrique. Le contexte international imposait qu’une tractation coloniale se fasse au niveau européen. Afin que les rivalités coloniales ne se transforment pas en conflits armés entre les puissances, et pour que l’Allemagne ait une "part" d’Afrique à la hauteur de sa puissance en Europe, Bismarck réunit une conférence internationale à Berlin. Elle se tint du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. Le partage du continent y fut organisé et codifié.

En 1890, Bismarck fut écarté des affaires par l’empereur Guillaume II. A partir de cette époque, une nouvelle politique fut suivie.

Ne se contentant plus de réclamer la liberté pour ses maisons de commerce, le Reich exigea une place en Afrique correspondant à sa véritable puissance. Vecteur de cette volonté, la Ligue pangermaniste (Alldeutscher Verband) diffusa ses idées au moyen de nombreuses publications ; ses relais dans la presse nationale et régionale étaient très influents. Divers comités coloniaux soutenaient, favorisaient ou encourageaient les initiatives gouvernementales. Les milieux industriels et financiers acquis à l’expansion coloniale agissaient auprès de différents organes de presse et l’ensemble entretenait un climat favorable à la revendication d’une "place au soleil" pour l’Allemagne.

A partir de 1890 toujours, l’Etat allemand prit la place des compagnies coloniales incapables de mener cette nouvelle politique qui était d’assurer au Reich une place en Afrique digne de sa puissance.

Un problème se posait, cependant, qui était de savoir comment faire un Empire à partir d’une poussière de modestes comptoirs. Ce fut l’oeuvre d’un homme, le Dr. Kayser, directeur de la Section coloniale du ministère des Affaires étrangères.

Il ne fut guère encouragé par le chancelier Caprivi, successeur de Bismarck ; il lui fallut en effet attendre 1894 pour que le chancelier Hohenlohe, après avoir définitivement engagé l’Allemagne dans une véritable politique coloniale, accepte une augmentation significative des crédits coloniaux.
par Bernard Lugan http://www.francecourtoise.info

vendredi 11 décembre 2009

Saint Louis L'apogée de la France capétienne

Le 8 novembre 1226, à la mort du roi Louis VIII le Lion, son jeune fils lui succède sous le nom de Louis IX. Il est sacré à Reims le 29 novembre suivant. Son règne coïncidera avec l'apogée de la France capétienne et chrétienne et il restera dans la postérité sous le nom de Saint Louis.

Une prise de pouvoir progressive

Le nouveau roi est, par sa mère Blanche de Castille, l'arrière-petit-fils d'Henri II et Aliénor d'Aquitaine. Il n'a que 12 ans quand il succède à son père et c'est sa pieuse mère qui prend alors en main les destinées du royaume avec le titre de «baillistre» (régente, d'après le vieux français baillir, synonyme d'administrer).

La baillistre met un terme à la croisade contre les Albigeois en concluant le traité de Meaux avec le comte de Toulouse en 1229. En 1234, elle soutient une lutte difficile contre de turbulents vassaux comme le comte de Boulogne, le duc de Bretagne et le comte Thibaut IV de Champagne. La coalition se défait et échoue, peut-être en partie à cause de l'amour passionné que le comte de Champagne voue à la belle reine Blanche, amour que celle-ci repousse néanmoins sans équivoque.

Enfin, elle marie son fils à Marguerite de Provence le 27 mai 1234 en la cathédrale de Sens. D'une nature ardente, le roi aimera sa femme avec passion sans cesser bien entendu de lui être fidèle. Les deux époux auront onze enfants.

Bien que déclaré majeur en 1236, à un âge déjà bien avancé, 21 ans, Louis IX laisse les rênes du gouvernement à sa mère jusqu'en 1242, ne les reprenant que pour combattre une ultime révolte féodale. Après les victoires de Taillebourg et Saintes, le roi renouvelle à Lorris un traité de paix avec le comte de Toulouse. Il prépare également une paix durable avec l'Angleterre. Celle-ci est signée le 4 décembre 1259 à Paris, mettant fin à la première «guerre de Cent Ans» entre les deux pays.

Dans le même souci d'équilibre et de concessions réciproques, le roi capétien a signé l'année précédente à Corbeil un traité par lequel il abandonne toute forme de suzeraineté sur la Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon cependant que le roi Jacques 1er d'Aragon renonce à ses prétentions sur la Provence et le Languedoc (à l'exception de Montpellier). Le fils du roi de France, futur Philippe III, épouse par ailleurs la fille de Jacques, Isabelle d'Aragon.

Fort de sa réputation de souverain juste et équitable, Louis IX est quelques années plus tard, à Amiens en 1264, choisi comme arbitre dans un conflit entre le roi Henri III d'Angleterre et ses barons. Cet arbitrage est connu sous le nom de «mise d'Amiens».

Triomphe du roi chrétien

Libéré de ses soucis de voisinage, le roi inaugure à Paris la Sainte Chapelle. Ce chef d'oeuvre de l'art gothique est destiné à abriter de saintes reliques acquises à prix d'or par le souverain. Pour le futur Saint Louis, l'acquisition des reliques et la construction de la Sainte Chapelle sont certes affaire de piété. Elles sont aussi le fruit d'une habile politique visant à faire de Paris une cité comparable, en prestige et en sainteté, à Rome et Jérusalem.

Cette politique est servie par le dynamisme et le rayonnement de l'Université de Paris où enseigne Saint Thomas d'Aquin (1225-1274). Contemporain et ami du roi, le dominicain italien tente de concilier la pensée d'Aristote et la foi chrétienne. En 1253, le chapelain du roi Robert de Sorbon fonde sur ses deniers une pension pour accueillir les étudiants et les maîtres en théologie dépourvus de ressources. Ce Collegium pauperum magistrorum deviendra plus tard... la Sorbonne.

En son royaume, le roi se montre à la hauteur de sa réputation. Il institue des enquêteurs qui sanctionnent les abus de ses représentants locaux, baillis et sénéchaux, et met en place une commission financière chargée de traquer les détournements de fonds (elle deviendra la Cour des Comptes sous le règne de son petit-fils Philippe le Bel).

Il sévit contre les guerres privées. Les conseillers et juristes de la cour prennent l'habitude dans les années 1250 de se réunir en «parlement» (le mot est nouveau), parfois en présence du roi, pour juger des affaires qui leur sont soumises. Ainsi se développe une justice d'appel qui prévient et corrige les abus de la justice locale ou seigneuriale.

En 1261, le roi interdit les duels judiciaires. Cette pratique archaïque sera remise en vigueur à titre exceptionnel par son lointain successeur Henri II à l'occasion du duel de Jarnac.

Louis IX se signale aussi par ses initiatives à l'encontre des juifs. Il fait brûler en place publique tous les manuscrits hébreux de Paris (pas moins de 24 charrettes) après qu'un juif converti, Nicolas Donin, eut assuré en 1242 qu'ils contenaient des injures contre le Christ. En 1254, il bannit les juifs de France (mais, comme souvent au Moyen-Âge, la mesure est rapportée quelques années plus tard en échange d'un versement d'argent au trésor royal).

En 1269 enfin, il impose aux juifs de porter sur la poitrine une «rouelle», c'est-à-dire un rond d'étoffe rouge, pour les distinguer du reste de la population et prévenir les unions mixtes, appliquant ce faisant une recommandation du concile de Latran (1215) qui avait demandé de marquer les juifs, à l'image de ce qui se pratiquait déjà dans le monde musulman.

Ces mesures contestables témoignent du désir du pieux souverain de moraliser son royaume. Dans le même ordre d'idées, il réprime la prostitution, l'ivrognerie, les jeux de hasard. Il expulse aussi en 1269 les banquiers lombards et les usuriers originaires de Cahors (les cahorsins).

Malheureuses croisades

Le roi se consacre par ailleurs à ses rêves de croisade en Terre sainte. Ils ne lui porteront pas chance.

Ayant une première fois fait le voeu de se croiser suite à une maladie, il s'embarque avec son armée à Aigues-Mortes, en Provence, le 12 juin 1248, après avoir confié le royaume aux bons soins de sa chère mère. Il atteint le delta du Nil et s'empare de Damiette, puis il bat l'armée du sultan, composée de mercenaires appelés mamelouks, devant la citadelle d'el-Mansourah. Mais son avant-garde s'aventure imprudemment sur la route du Caire en dépit de ses ordres. Bientôt, toute l'armée est bloquée par la crue du Nil et menacée par la famine et l'épidémie. Elle tente de battre en retraite. Le 8 février 1250, le roi de France est fait prisonnier en protégeant son arrière-garde.

Hôte forcé des Égyptiens, Saint Louis impressionne ses geôliers par sa piété et sa grandeur d'âme. Libéré contre une rançon de 200.000 livres et la restitution de Damiette, il séjourne quatre ans dans les échelles franques du Levant dont il restaure l'administration et les défenses. La mort de sa mère le 26 novembre 1252 l'oblige à revenir enfin chez lui.

Saint Louis est encore à l'origine de la huitième et dernière expédition. L'expédition, longuement préparée, est contestée par les proches du roi et le fidèle Joinville lui-même refuse d'y participer ! Comme précédemment, il s'embarque avec son armée à Aigues-Mortes mais se dirige vers... Tunis. Son objectif est de convertir l'émir local. Mais, à peine débarquée, l'armée est frappée par une épidémie de typhus. Le roi lui-même est atteint et meurt pieusement sous les murs de Tunis, emportant avec lui l'idéal religieux de la croisade.

La dépouille du roi est inhumée dans la nécropole royale de Saint-Denis, à l'exception de son coeur, conservé à Monreale, en Sicile, dans le royaume de son frère Charles.

Dès l'année suivante est entamé son procès en canonisation. Celle-ci est prononcée par le pape Boniface VIII le 11 août 1297, sous le règne de son petit-fils Philippe IV le Bel. La monarchie capétienne est alors à son maximum de prestige et la France figure comme le royaume le plus puissant et le plus prospère de la chrétienté.

André Larané.
http://www.herodote.net/

mercredi 9 décembre 2009

L’Histoire à l’endroit : Coloniser pour libérer

La première expansion coloniale française fui laïque et républicaine. Philosophiquement, une partie de la gauche fut colonialiste au nom des "droits de l’homme" et de la mission civilisatrice de la France républicaine. Plus tard, Léon Blum résuma bien cette philosophie quand, le 9 juillet 1925, il déclara à la Chambre des députés : « Nous avons trop l’amour de notre pays pour désavouer l’expansion de la pensée, de la civilisation française. Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie ». Jusque dans les années 1890, la "droite" nationaliste considéra au contraire avec méfiance l’idée d’expansion coloniale. Sa priorité allait, en effet, à la Revanche et toutes les énergies nationales devaient, selon elle, être utilisées pour récupérer l’Alsace et la Lorraine. D’ailleurs, Bismarck n’avait-il pas déclaré : « Nous autres, Allemands, n’avons pas besoin de colonies », affirmant ainsi que le véritable champ d’expansion du Reich était l’Europe ? C’est très précisément "l’humanitaire" qui fit évoluer les conceptions de la droite catholique française quand, par charité, elle décida de soutenir les entreprises du cardinal Lavigerie.

Depuis plusieurs années, l’opinion européenne commençait, en effet, à être sensibilisée aux horreurs de la traite quand, le 1er juillet 1888, dans l’église Saint-Sulpice, à Paris, Mgr Lavigerie déclara : « Sans doute, l’esclavage a toujours existé en Afrique centrale, mais jamais dans les proportions où il se révèle aujourd’hui, car il menace désormais d’anéantir tout un peuple ». L’assistance à peuple en danger venait d’être inventée. L’engrenage de la colonisation allait en découler. Très vite, il allait, en effet, apparaitre que les voeux pieux, les déclarations d’intention ne pouvaient rien contre les esclavagistes et que le seul moyen de combattre la traite était de constituer des expéditions armées à caractère privé puisque les gouvernements européens étaient alors hostiles à une intervention de type colonial. C’est en intervenant militairement, puis en colonisant que les grandes puissances européennes firent cesser les pratiques esclavagistes. En 1822, les Britanniques imposèrent au sultan de Zanzibar, Seyid Said, la limitation du commerce des esclaves ; réalistes, ils savaient cependant qu’ils n’avaient pas les moyens de mettre un terme à la traite sans une installation, une occupation effective. Durant plus de soixante années, Londres hésita à franchir le pas, freinant, ralentissant, tentant de contrôler puis de contenir la traite sans jamais avoir la possibilité de la faire véritablement cesser. Les Britanniques procédèrent par étapes. Ainsi, le 2 octobre 1845, le traité Hamerton interdisait-il, sous peine de blocus de l’île de Zanzibar, toute exportation d’esclaves hors des possessions africaines du sultan. En 1871, la marine britannique instaura un blocus effectif de l’île, puis, en 1873, le nouveau sultan, Seyid Bargash, eut vingt-quatre heures pour fermer le marché de Zanzibar. Mais la traite clandestine à destination de l’Arabie, de la Perse et du Pakistan prit immédiatement le relais avec l’essor des ports de Somalie et de ceux du nord du Mozambique. L’engrenage humanitaire contraignit bientôt les puissances à prendre le contrôle de tous ces ports ; c’est ainsi que les Britanniques s’installèrent à Aden dès 1839, les Français à Obock en 1862 puis à Djibouti en 1884, les Italiens en Somalie, à Berbera et à Mogadiscio. Lorsque tous ces ports furent occupés par les Européens, la traite se fit selon d’autre axes et fut détournée par l’Erythrée où les Italiens durent prendre pied. Mais, en brousse, les esclavagistes continuaient leurs dévastations. Il fallut donc aller jusqu’au bout de la logique interventionniste et décider de pénétrer à l’intérieur du continent où la traite recula peu à peu sous les assauts inlassables menés par les missions religieuses. Les protestants de la Church Missionary Society fondèrent leur première mission en 1844, à Mombasa. En 1862 et en 1873, les Pères du Saint-Esprit s’installèrent à Zanzibar et à Bagamoyo ; mais le mouvement missionnaire prit sa véritable ampleur avec les Pères Blancs du cardinal Lavigerie qui arrivèrent en Afrique orientale en 1878, avant de quadriller toute l’Afrique de l’Est. Les esclavagistes furent également traqués par les associations privées, dont l’Association internationale pour l’exploration et la civilisation de l’Afrique centrale qui organisa des expéditions destinées à bâtir des postes aux carrefours des pistes qu’ils empruntaient. Elle en fonda deux sur le lac Tanganyika et envoya Stendley créer des stations sur le fleuve Congo. Au Soudan et dans le nord de l’Ouganda, là où la traite était en partie égyptienne, la réaction européenne prit tout d’abord une forme diplomatique. Le khédive Ismaël dut céder devant l’indignation de l’opinion mondiale et, afin de montrer qu’il était de bonne foi, il nomma des gouverneurs européens chargés de combattre les esclavagistes. La prise de Khartoum par les mahdistes et le massacre, en 1885, de son gouverneur Gordon, provoquèrent l’intervention directe de l’armée britannique. Puis, quand ces entreprises eurent montré leurs limites, la mobilisation de l’opinion par les missionnaires catholiques et protestants entraîna la classe politique. Une fois le relais prit par les puissances, il fut alors nécessaire de coloniser. Coloniser pour libérer.

Ce fut une véritable révolution dans les esprits car, jusque-là et comme nous l’avons vu, les Européens n’avaient connu de l’Afrique que son littoral.

Dans les années 1880-1885, l’Europe changea donc de politique et décida de prendre véritablement le contrôle des espaces africains. Elle se partagea le continent et, désormais, aux initiatives privées, religieuses ou laïques, succédèrent les visions impériales des Etats. Mais, pour que la vente des hommes cesse totalement, il fallut cependant que les puissances montent d’importantes expéditions militaires. Sur le lac Victoria, les Allemands durent livrer de véritables batailles navales aux flottilles esclavagistes. Au Congo, les Belges luttèrent pied à pied contre les chefs esclavagistes, dont le célèbre Tippo-Tip. Ils ne triomphèrent de lui qu’au terme de longues et difficiles campagnes militaires. Nulle part, la traite ne prit fin par enchantement. Sans la conquête coloniale, des millions de Noirs auraient continué à prendre le chemin des marchés d’esclaves de Zanzibar, de Mascate et de toute la péninsule arabique.


par Bernard Lugan : (24 mars 1995) Texte publié dans Le Libre Journal n°63

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dimanche 6 décembre 2009

La colonisation philanthropique

Aujourd’hui, l’Afrique souffrante est souvent celle qui était déjà en perdition au XIXe siècle et qui fut alors sauvée par la colonisation. Tragique permanence des réalités africaines simplement mises entre parenthèses durant le bref entracte colonial.

Dans les années 1820-1890, la situation de vastes régions africaines était en effet apocalyptique. Au sud, l’empire zoulou se constitue dans les années 1810-1820, par la destruction de tous les peuples qui refusaient de s’intégrer à la nation zouloue. L’ethnocide pratiqué dépeuple toute une partie de l’Afrique australe et se fait sentir jusqu’au nord du lac Tanganyika.

Certains peuples qui fuyaient l’impérialisme zoulou se réfugièrent même jusque dans les réglons comprises entre le sud du lac Victoria et l’est du lac Tanganyika, c’est-à-dire dans la partie centrale de la Tanzanie actuelle. A l’ouest, le XIXe siècle fut une période d’expansion des peuples noirs islamisés. Un immense territoire compris entre l’océan Atlantique et le Nil fut ravagé. Ce fut l’époque de la constitution de grands empires pastoraux ou commerciaux, celui des Foulbé de Rabah, d’El-Hadj-Omar ou encore de Samory. Leur essor se traduisit par l’élimination de nombreuses ethnies ou tribus, massacrées ou vendues sur les marchés aux esclaves.

Au nord, les Senoussistes venus de Libye traversaient le désert du Sahara à la recherche d’esclaves. Ils vidèrent ainsi de ses habitants le sud du Tchad et une partie de l’actuelle République Centre-Africaine. Plus à l’est, L’expansion mahdiste ravageait l’actuel Soudan. Dans l’est-africain, les esclavagistes arabes avaient fait de l’île de Zanzibar la base de leurs expéditions à travers le continent. La chasse aux captifs désola les actuels Etats de Somalie, d’Ethiopie, du Kenya, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Burundi, du Zaïre, du Malawi et du Mozambique. A partir de Zanzibar, antique comptoir arabe où les Yéménites sont présents depuis le premier millénaire avant J-C., les musulmans pénétrèrent à l’intérieur du continent vers les années 1810-1815, ils remontèrent les routes de la traite. Jusqu’alors, elles étaient seulement empruntées par leurs auxiliaires des tribus de l’intérieur, qui leur livraient de l’ivoire ou des esclaves. En 1840, la capitale du sultanat de Mascate fut transférée sur l’île de Zanzibar où le sultan Seyid Said résida désormais. Depuis des siècles, les Arabes possédaient des comptoirs sur le littoral de l’Afrique orientale, de la Somalie au Mozambique. Jusqu’au XIXe siècle, ils s’y cantonnèrent, attendant, eux aussi, que leurs courtiers noirs leur livrent ivoire et esclaves.

Nous connaissons jusqu’à l’unité le nombre des esclaves vendus à Zanzibar (des centaines de milliers) car les sultans avaient des services fiscaux et chaque boutre arabe qui accostait devait acquitter une taxe par tête d’esclave débarqué.

Dans les années 1820, décidant de se passer des intermédiaires, les Zanzibarites s’enfoncèrent vers le coeur de l’Afrique. En 1840, ils atteignirent le lac Tanganyika et, en 1844, le Buganda. Bientôt, ils pénétrèrent dans la cuvette du Congo. La traite ravagea alors toute cette partie de l’Afrique, depuis le sud du Soudan jusqu’au Mozambique, afin d’alimenter en captifs le marché de Zanzibar.

Ces pratiques sont connues grâce aux nombreux témoignages laissés par les voyageurs européens. Ils alertent, sensibilisent puis mobilisent les opinions publiques qui, à leur tour, font pression sur les gouvernements afin de les forcer à agir.

Les livres de Burton, de Cameron, de Stanley et ceux de Livingstone s’arrachent. Livingstone, fils de pasteur lui-même, eut une influence considérable sur le mouvement antiesclavagiste en raison de son sentimentalisme et de ses descriptions doloristes. Ses livres fourmillent de détails propres à sensibiliser les âmes charitables de l’Angleterre victorienne. L’Europe est indignée par ces horreurs et elle se mobilise. En France, chaque écolier catholique donne une piécette de monnaie pour permettre aux missionnaires de racheter un enfant noir aux esclavagistes. Le riz des écoliers de France ne fut pas une nouveauté inventée par M. Kouchner... Cette question est bien connue grâce aux archives missionnaires conservées à Rome. Le témoignage des Pères blancs fut, dans une certaine mesure, à l’origine du tournant observé au milieu du XIXe siècle, s’agissant de la colonisation. Car ce sont eux qui, présents sur place, réclamèrent, les premiers, l’intervention des puissances européennes afin de mettre un terme aux pratiques esclavagistes. La présence religieuse a ainsi, parfois, précédé la pénétration coloniale, notamment en Afrique orientale. Dans cet immense domaine, les Britanniques et les Allemands avaient, en effet, laissé les missionnaires pénétrer librement les premiers. C’est ainsi que les Pères blancs s’étaient installés en Ouganda bien avant les Britanniques et au bord du lac Tanganyika avant les fonctionnaires allemands. Mais ces missionnaires comprirent vite qu’ils étaient impuissants car ils avaient en face d’eux de véritables armées esclavagistes. Des armées arabes ou composées de métis, les swahili, ou encore formées de peuples noirs travaillant pour les Arabes.

L’opinion occidentale se mobilisa et une véritable croisade anti-esclavagiste fut prêchée par le cardinal Lavigerie. Elle touche toute l’Europe, pays catholiques et pays protestants. Au début, la plupart des gouvernements européens furent pourtant réticents. Durant cette période, les Britanniques se contentèrent de s’assurer des points d’appui sur le littoral pour contrôler la route des Indes. Quand ils intervenaient en Afrique australe, c’était uniquement pour protéger Le Cap, point essentiel sur la route des Indes. Mais ils ne tenaient pas à se mettre sur les bras trop de problèmes : ceux qu’ils avaient avec les Boers leur suffisaient.

Les Allemands ne furent pas plus enthousiastes : Bismark, qui suivait une politique d’expansionnisme en Europe, estimait que l’Allemagne, qui venait tout juste de faire son unité, n’avait pas les moyens d’engager des hommes et du matériel en Afrique qui, avait-il coutume de dire, « doit être une compensation laissée aux Français ».

par Bernard Lugan (15 mars 1995)

Texte publié dans Le Libre Journal n°62.

vendredi 4 décembre 2009

29 février 888 Eudes, premier roi français

Le 29 février 888, Eudes, comte de Paris, est élu roi par ses pairs, les Grands de Francie occidentale. Le même jour, il est sacré à Compiègne par l'archevêque de Sens, Gautier.

Cette élection doit beaucoup à l'incapacité des rois carolingiens à faire face aux attaques normandes. Elle porte un coup sévère à l'empire fondé par Charlemagne de part et d'autre du Rhin et prépare l'avènement d'une dynastie proprement «française».

L'autorité du nouveau souverain s'étend sur les territoires occupés par les Francs et situés à l'Ouest de la Meuse, soit à peu près le nord de l'actuelle France. Notons toutefois qu'elle reste purement nominale... André Larané.

L'empire carolingien après Charlemagne

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Cette carte montre l'empire carolingien à la mort de Charlemagne et les grands ensembles territoriaux qui vont naître de son partage entre les trois petits-fils du grand empereur : France, Allemagne,...

Trouble-fête vikings

Peu après la mort du grand Charlemagne, des bandes de Normands ou Vikings commencent à remonter les fleuves en quête de butin et d'esclaves. Certains, sous la conduite d'un certain Ragnar, atteignent Paris en 845. Charles le Chauve, petit-fils de l'empereur et roi de Francie occidentale (la France actuelle), achète leur départ pour 7.000 livres d'argent... Il va de soi que cette attitude multiplie les convoitises.

De 852 à 862, les Normands assaillent les vallées fluviales de la Seine à la Loire. Charles le Chauve tente de leur barrer la route en construisant des ponts fortifiés sur la Seine et la Marne. Mais, en 866, les mêmes s'associent aux Bretons pour attaquer Le Mans. En guise de riposte, le roi carolingien invite les cités à relever leurs remparts en ruines depuis plusieurs siècles et tente une nouvelle fois d'acheter le départ des intrus.

Après la mort de Charles le Chauve, en 877, lui succèdent très brièvement son fils Louis II le Bègue puis son petit-fils Louis III (qui réussit le 3 août 881 à infliger une sévère défaite aux Normands à Saucourt-en-Vimeu, près de la Somme), enfin le frère cadet du précédent, Carloman. Après quoi, la Francie occidentale est réunie à la Francie orientale (l'Allemagne actuelle) par un arrière-petit-fils de Charlemagne, Charles le Gros.

Sous son règne, Paris, une nouvelle fois attaquée par les Normands, est défendue avec brio par l'évêque Josselin et le comte de Paris, Eudes. Ce dernier est le fils d'un soldat de fortune, Robert le Fort, qui s'est lui-même illustré dans la lutte contre les envahisseurs, sur la Loire. Ses descendants seront longtemps qualifiés de Robertiens en son honneur (avant que cette appellation ne soit supplantée par celle de Capétiens).

En dépit des efforts d'Eudes et des autres barons du royaume, Charles le Gros choisit de traiter avec les Normands. Il leur rachète Paris pour 700 livres et leur permet qui plus est de piller la Bourgogne ! Indignés par la couardise du roi, les principaux seigneurs allemands de Souabe et de Franconie le déposent au profit d'un cousin, le margrave Arnoul de Carinthie, en novembre 887, à la Diète de Tibur. En Francie occidentale (la France actuelle), les Grands sont sur le point de le déposer à leur tour quand il meurt opportunément le 13 janvier 888.

Eudes contre Charles

Qu'à cela ne tienne. Les barons d'Occident, comme leurs homologues d'outre-Rhin l'année précédente, se refusent à porter sur le trône l'héritier carolingien en titre, le fils posthume de Louis le Bègue, un enfant de 8 ans, Charles ! Ils lui préfèrent l'un des leurs, Eudes, comte de Paris.

Dès son sacre, le roi Eudes reprend la lutte contre les Normands et vainc ceux-ci à Montfaucon, en Argonne, le 24 juin 888. Mais les Normands reviennent en force et Eudes se résout à faire comme ses prédécesseurs, autrement dit à acheter leur départ !

Comme un malheur ne vient jamais seul, Eudes doit combattre aussi le jeune Charles qui revendique sa place au soleil. En 893, il profite d'une expédition d'Eudes en Aquitaine pour se faire couronner par l'archevêque Foulques à Saint-Rémi de Reims. Après plusieurs années de guerres, Eudes et son rival concluent un arrangement.

Le carolingien Charles III le Simple, ainsi surnommé en raison de son honnêteté, qualité alors aussi rare qu'aujourd'hui, obtient un trône avec une autorité limitée au territoire situé entre la Seine et la Meuse. Mais à la mort d'Eudes, le 1er janvier 898, il réunifie la Francie occidentale, de l'Atlantique au Rhin tout en coopérant, contraint et forcé, avec le puissant comte de Paris, Robert, qui n'est autre que le frère de l'ancien roi, Eudes.

Charles III le Simple et Robert négocient en 911 le traité de Saint-Clair-sur-Epte par lequel les Normands de Rollon acquièrent le droit de s'établir aux bouches de la Seine (la future Normandie). La collaboration entre le Carolingien et le Robertien ne dure pas...

Suite à un soulèvement des barons, Charles est renversé et, le 29 juin 922, le deuxième fils de Robert le Fort est sacré roi de Francie occidentale à Reims par l'archevêque de Sens, Gautier, selon un rituel inauguré par Pépin le Bref... Mais Robert 1er ne va régner qu'un an. Il est tué le 15 juin 923 à Soissons dans une bataille contre Charles le Simple. Celui-ci n'en est pas moins vaincu grâce à la hardiesse du fils de Robert, le futur Hugues le Grand. Attiré dans un traquenard par le comte Herbert de Vermandois, Charles meurt en prison à Péronne le 7 octobre 929.

Hugues, prudent autant que Grand

Instruit par l'expérience, Hugues, fils de Robert, refuse prudemment la couronne. Il fait élire Raoul de Bourgogne, le mari de sa soeur Emma, puis à nouveau un Carolingien, Louis IV d'Outremer, fils de Charles le Simple, élevé par sa mère en Angleterre, d'où son surnom. Louis IV, sacré roi en 936, à 15 ans, concède à son protecteur le titre pompeux de duc des Francs (Francorum dux) et lui rétrocède ses possessions de Francie occidentale, ne conservant que les territoires entre Rhin et Meuse.

Mais les deux hommes ne tardent pas à se combattre. Hugues, surpris par l'énergie de Louis, n'hésite pas à rendre hommage au roi de Germanie Otton 1er. Il laisse tomber le roi Louis IV aux mains des Normands et ne consent à le délivrer qu'après s'être fait livrer la ville de Laon, dernière possession carolingienne en Francie occidentale. Les Hongrois profitent de cette lutte stérile pour ravager la Champagne et la Bourgogne.

Louis IV meurt prématurément d'une chute de cheval le 10 octobre 954, à 33 ans. Son fils Lothaire (13 ans) est sacré à Saint-Rémi de Reims par l'archevêque Artaud le 12 novembre 954. Comme son père et Raoul de Bourgogne, il doit son trône à Hugues.

Le comte de Paris est à cause de cela justement surnommé le «faiseur de rois» ou Hugues le Grand. On l'appelle aussi Le Blanc (à cause de son teint pâle) ou l'Abbé à cause des nombreuses abbayes dont il est l'abbé laïque.

Hugues le Grand meurt deux ans après, le 17 juin 956. Mais sa diplomatie prudente et déterminée aura préparé l'accession au trône de son propre fils. Celui-ci sera élu roi, le 1er juillet 987, sous le nom de Hugues 1er, dit Capet.

La couronne restera sans interruption dans la famille jusqu'au renversement de Louis XVI, le 10 août 1792 (aux Capétiens directs succèderont les branches cadettes des Valois, des Bourbons et des Orléans).

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mardi 1 décembre 2009

Budapest 1956 : l’appel de la liberté

Le Figaro Magazine - 21/10/2006

Il y a cinquante ans, le 23 octobre 1956, les Hongrois se révoltaient contre la dictature communiste et contre l’occupation soviétique. Une insurrection noyée dans le sang, mais qui allait marquer un tournant dans l’Histoire.

Budapest, 18 septembre 2006. Pendant que le siège de la télévision d’Etat est pris d’assaut, les heurts entre manifestants et policiers font 150 blessés. La veille a été diffusé un discours prononcé cinq mois plus tôt, à huis clos, par le Premier ministre. Le socialiste Ferenc Gyurcsány y avouait que son gouvernement n’avait fait que « des conneries » : « Nous avons menti le matin, le soir et la nuit. » Un mois plus tard, alors que, le 1er octobre, la droite a gagné les élections locales, le Premier ministre n’a pas démissionné. Toute analogie a ses limites : Budapest 2006 n’est pas Budapest 1956. Et pour cause. Ce n’est pas seulement la Hongrie qui a changé, c’est le monde.
Yalta, février 1945. Les accords conclus entre Churchill, Roosevelt et Staline prévoient le partage du continent : dans la moitié orientale de l’Europe, les Alliés laissent le champ libre aux Soviétiques. « De Stettin, sur la Baltique, à Trieste, sur l’Adriatique, un rideau de fer est descendu sur le continent » , s’exclame Churchill en 1946. L’expression restera. Derrière le Rideau de fer, sur le modèle du coup de Prague (1948), les Soviétiques installent partout des pouvoirs communistes.
Staline meurt en mars 1953. Dans tout l’empire soviétique, sa disparition permet une certaine détente. A la tête du gouvernement hongrois, Imre Nagy, un communiste modéré, succède à Mátyás Rákosi, le « disciple magyar le plus fidèle de Staline » , qui reste secrétaire général du Parti. La collectivisation des terres est suspendue, et 150 000 prisonniers politiques sont amnistiés. Les staliniens, cependant, restent puissants au sein de l’appareil. Ils l’emportent en 1955 : Nagy, accusé de « déviation de droite » , est remplacé à la présidence du Conseil par un fidèle de Rákosi, Andras Hegedüs, puis il est exclu du Parti. Les paysans, toutefois, reprennent leurs anciennes exploitations, tandis que les étudiants et les intellectuels, qui se sont habitués à la discussion libre, réclament le retour d’Imre Nagy : c’est du fond de la société que vient l’aspiration au changement.
En février 1956, lors du XXe congrès du Parti communiste de l’URSS, Nikita Khrouchtchev prononce un discours secret dans lequel il dénonce les méthodes de Staline : culte de la personnalité, purges systématiques, politique de la terreur. A la suite de fuites, ce rapport est diffusé dans le monde entier, indignant les non-communistes et troublant les « camarades ». En Europe centrale, c’est tout le système qui est ébranlé. Le 28 juin 1956, en Pologne, une grève spectaculaire éclate à Poznan : 50 000 ouvriers exigent une hausse des salaires, la liberté religieuse, des élections libres et le départ des troupes soviétiques. La répression se solde par 54 morts et plusieurs centaines de blessés. Mais l’ancien secrétaire général du Parti, Wladyslaw Gomulka, victime d’une purge en 1949, est rappelé pour sauver le régime : avec l’aval de Moscou, il retrouve son poste le 21 octobre 1956. A ce moment, Budapest est au bord de l’explosion.
Le 18 juillet précédent, sur décision de Khrouchtchev, le stalinien Rákosi a été éliminé de la tête du Parti en Hongrie. Il a été remplacé par un de ses proches, aussi détesté que lui, Ernest Gerö. Pour les partisans d’Imre Nagy, la situation restait bloquée. Deux mois plus tard, à Budapest, a lieu l’inhumation solennelle des restes de László Rajk : ce communiste de la première heure, accusé de « titisme » en 1949, avait été exécuté après un simulacre de procès. Le 6 octobre, la cérémonie se déroule en présence de 300 000 personnes. Tous les opposants sont là, moins pour rendre hommage à Rajk, qui avait été le principal artisan de la dictature communiste en Hongrie, que pour manifester leur hostilité à Rákosi. On sent que le vent tourne. Le 14 octobre, d’ailleurs, le Comité central annonce la réintégration de Nagy dans le Parti.
Le 23 octobre, une manifestation de soutien aux Polonais est convoquée à l’initiative des étudiants de Budapest. Les ouvriers des faubourgs les rejoignent. Mais, devant l’immeuble de la radio, la police politique tire sur la foule : la fusillade transforme la manifestation en émeute, les habitants de la capitale descendant dans la rue. L’armée hongroise, requise pour réprimer les mutins, se met au contraire à leur distribuer des armes. Partout surgissent des drapeaux magyars où l’on a découpé l’insigne communiste. Dans la nuit, Imre Nagy prend la parole depuis un balcon du Parlement. Lorsqu’il lance « Camarades... » , il se fait huer. Pas de doute : ce n’est pas une colère passagère du peuple, c’est une révolte contre le régime. A la radio, le secrétaire général du Parti, Gerö, dénonce ceux qui « cherchent à rompre le lien entre notre parti et le glorieux Parti communiste de l’Union soviétique ». Un propos qui ne fait qu’exciter les émeutiers : les permanences communistes sont attaquées, les librairies soviétiques saccagées, et la statue géante de Staline est abattue.
Le 24 octobre, avec l’accord du Kremlin qui cherche à sauver la situation, Imre Nagy est nommé président du Conseil. Annonçant la mise en vigueur de la loi martiale et appelant à déposer les armes, celui-ci se déclare néanmoins favorable à un « socialisme à caractère national ». Mais alors que les chars soviétiques circulent déjà dans la capitale, le nouveau chef du gouvernement rencontre une délégation venue de Moscou : Mikoyan et Souslov l’enjoignent de rétablir l’ordre sans délai.
La grève générale, commencée à Budapest, s’étend à tout le pays. Nagy, dépassé par les événements, est partagé : s’il considère les aspirations des Hongrois comme légitimes, ce vieux communiste n’envisage pas d’abandonner le Parti. Mais le 28 octobre, il semble finalement se rallier à l’insurrection. « Les graves crimes commis au cours des dernières années ont suscité ce vaste mouvement », déclare-t-il à la radio. Au cours de la même allocution, il proclame qu’un accord a été conclu avec les Soviétiques : ceux-ci quitteront la capitale, en attendant leur retrait définitif du territoire. Le soir même, l’Armée rouge commence à évacuer Budapest. Mais c’est pour mieux prendre position aux alentours.
Le 30 octobre, Nagy constitue un cabinet de coalition nationale : le gouvernement ne compte plus que quatre ministres communistes. Dans le pays se déroule alors ce que l’historien François Fejtö nomme, avec Raymond Aron, « la première révolution antitotalitaire ». Balayant le règne du parti unique, les anciennes formations refont surface, tandis que fleurissent conseils et comités révolutionnaires. Des journaux se créent, des radios aussi, et les détenus politiques sont libérés. Le cardinal primat de Hongrie, Mgr Mindszenty, condamné à la prison à perpétuité en 1948 au terme d’un procès inique, est lavé de toute accusation et rendu à la liberté : le 31 octobre, Budapest lui réserve un accueil triomphal.
En réalité, comme le souligne Henri-Christian Giraud dans le récit très vivant qu’il vient de faire paraître sur la révolution hongroise, on sait aujourd’hui, par les archives de Moscou, que c’est le premier jour des troubles, soit dès le 23 octobre, que Khrouchtchev a décidé d’utiliser la force. Depuis cette date, un flux ininterrompu de troupes (200 000 hommes) et de blindés (2 600 chars) franchit la frontière. Le 1er novembre, à la radio, Imre Nagy fustige l’URSS, qui ne respecte pas ses promesses, et avertit que son pays va quitter le pacte de Varsovie (cette alliance militaire des pays communistes a été constituée l’année précédente). Le nouveau secrétaire général du Parti, János Kádár - il a remplacé Ernest Gerö le 25 octobre -, rompt alors avec le gouvernement et se réfugie en Ruthénie subcarpatique, sous la protection des Soviétiques.
Le 3 novembre, l’Armée rouge contrôle la plus grande partie de la Hongrie. Mais à Budapest, on ne mesure pas le danger : le ministre de la Défense, Pal Maléter, se rend au siège du haut commandement soviétique afin d’y négocier l’évacuation des troupes ! C’est un guet-apens : il en sort prisonnier. Le 4 novembre au matin, l’artillerie lourde et l’aviation bombardent la ville, tandis que les blindés pénètrent de tous côtés. A 4 h 20, Nagy lance un appel : « A l’aube, les troupes soviétiques ont déclenché une attaque contre la capitale, avec l’intention évidente de renverser le gouvernement légal de la démocratie hongroise. Nos troupes combattent. Le gouvernement est à son poste. J’en avertis le peuple hongrois et le monde entier. »
Gardes nationaux, soldats ou simples civils, parfois des femmes ou des enfants, dotés d’un armement dérisoire, feront preuve d’un héroïsme admirable : ils parviendront à détruire 285 blindés ennemis. Au total, les combats feront 2 000 morts et 13 000 blessés du côté hongrois, et 7 000 tués et blessés du côté de l’Armée rouge. Au bout de quarante-huit heures, toutefois, la révolte de Budapest est écrasée. En province, les affrontements dureront deux semaines encore.
D’abord réfugié à l’ambassade de Yougoslavie, Imre Nagy est arrêté par le KGB. Quant au cardinal Mindszenty, il trouve abri à l’ambassade des États-Unis : il y restera jusqu’en 1971. Le 4 novembre, János Kádár, arrivé à Budapest dans les bagages de l’Armée rouge, forme un « gouvernement révolutionnaire ouvrier et paysan » . Objectif : « Protéger les résultats acquis du socialisme, écraser les forces néfastes de la réaction et restaurer le calme et l’ordre grâce à l’aide des Soviétiques. »
La répression sera implacable : des dizaines de milliers d’arrestations, 16 000 déportations au goulag, 300 condamnations à mort. Imre Nagy et Pal Maléter, pendus en 1958, seront enterrés dans une fosse commune. 160 000 Hongrois, dont 100 000 habitants de Budapest, passeront à l’Ouest.
Radio Europe Libre, station financée par les Américains, émettait à partir de Munich en direction du Rideau de fer. Depuis le début des événements, la station n’avait cessé d’encourager les Hongrois, les assurant que l’Occident viendrait à leur secours. Illusion. Au même moment, la France et le Royaume-Uni étaient plongés dans la crise de Suez, qui les conduisit, le 29 octobre, à déclencher une opération militaire contre l’Egypte de Nasser, alors alliée de l’URSS. Quant au président américain, Eisenhower, c’était un farouche anticommuniste, mais les États-Unis s’accrochaient à leur doctrine de la coexistence pacifique. Pour Washington, l’insurrection hongroise était une histoire interne au pacte de Varsovie, qui ne méritait pas de mettre le feu à la planète. John Foster Dulles, le secrétaire d’Etat américain, déféra la question devant l’ONU, laquelle se contenta de condamner solennellement l’intervention soviétique...
A Paris, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1956, Jean-Pierre Pedrazzini mourait au terme d’une semaine de souffrance : le 30 octobre, ce reporter-photographe de Paris Match avait été mortellement blessé à Budapest. Le lendemain, des manifestants mettaient le feu au siège du Parti communiste. Le 9 novembre 1956, dans L’Express, Jean-Paul Sartre annonçait sa démission du Parti : « On ne peut plus avoir d’amitié pour la fraction dirigeante de la bureaucratie soviétique. » De François Furet à Emmanuel Le Roy Ladurie, d’Alain Besançon à Annie Kriegel, d’autres intellectuels firent mieux : non seulement ils quittèrent le PCF, mais ils rompirent avec le marxisme. La tragédie de Budapest avait au moins permis à certains d’ouvrir les yeux. Dans la revue Esprit, en décembre 1956, le poète Pierre Emmanuel s’interrogeait : « Par quel aveuglement avons-nous fait comme si le communisme n’était pas une névrose ? » Dans le monde entier, lentement mais sûrement, la question allait rebondir, avant de trouver sa réponse définitive, en 1989, avec l’écroulement du système soviétique.
A l’idéologie, Imre Nagy avait fini par préférer sa patrie. Une statue du héros de la révolution hongroise se dresse aujourd’hui face au Parlement de Budapest.
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
François Fejtö, 1956, Budapest, l’insurrection, Complexe.
Henri-Christian Giraud, Le Printemps en octobre. Une histoire de la révolution hongroise, Editions du Rocher.
André Farkas, Budapest 1956, la tragédie telle que je l’ai vue et vécue, Tallandier.
Budapest 1956, la révolution, un album de 184 photographies d’Erich Lessing, textes d’Erich Lessing, François Fejtö, György Konrad et Nicolas Bauquet, Editions Adam Biro.
Budapest 1956, un livre audio de Nicolas Bauquet, CD De Vive Voix.

samedi 28 novembre 2009

Sitting Bull, le patriote


Tout le monde a entendu parler de cette ordure de Custer (lieutenant-colonel Armstrong Custer), ce que le Nouveau Monde a produit de meilleur en matière d’arrivisme, d’infatuation, de poudre aux yeux et de lâcheté. Custer tirait gloire de massacrer les villages cheyennes, ne distinguant pas, par souci de justice sans doute, femmes, enfants et braves, lesquels n’avaient guère les armes suffisantes pour faire face à la technologie yankee.

Cela n’empêcha pas ce « héros » d’être écrasé, à Little Bighorn, à la date bénite du 24 juin 1876, par les Sioux conduits par leurs chefs Gall et Crazy Horse.
Tout patriote devrait célébrer cet évènement digne de mémoire.

Sitting Bull (v. 1834-1890), l’un des chefs sioux, n’était pas présent à cette victoire, qui s’avéra vaine tellement le destin historique était contraire aux peuples indiens.
Sitting Bull s’appelait, de son vrai nom, Tatanka Yotaka. En 1867, il s’opposa à l’annexion par le gouvernement U.S., des terres de son peuple. Après la bataille de Little Bighorn, il dut s’enfuir au Canada, poursuivi par la haine de ses ennemis.
Etant revenu aux Etats-Unis, l’industrie du spectacle tenta de le récupérer en le faisant participer au Wild West show du viandard Buffalo Bill. Sa déchéance parut s’achever, avec ce qui restait de son peuple, dans une réserve, à Wounded Knee, dans le Dakota du sud. Mais un sursaut d’orgueil transforma sa fin en martyre glorieux. Wovoka, un prophète de la tribu des Paiutes, avait enseigné à ses frères une religion qui annonçait, par la pratique de la danse de l’Esprit, le retour aux terres natales, la résurrection des ancêtres, la fin de la colonisation. Les autorités, après avoir assassiné le 15 décembre 1890 Sitting Bull, soupçonné d’être l’inspirateur de ces aspirations subversives, massacrèrent 200 Indiens désarmés.

Presque un siècle plus tard, le 27 février 1973, des membres de l’American Indian Movement s’emparèrent de Wounded Knee. Deux Indiens furent tués. Après un siège de soixante jours, les représentants du mouvement furent reçus à la Maison Blanche. On leur jura que le Congrès écouterait leurs doléances.

Aucune démarche ne fut entreprise pour donner suite à cette promesse.
Voilà des extraits de discours tenus par Sitting Bull, magnifiques textes qui n’ont pas vieilli, et qui sont en mesure d’inspirer tous les êtres attachés à leur terre :

« Voyez Mes frères, le printemps est venu ; la terre a reçu l’étreinte du soleil, et nous verrons bientôt les fruits de cet amour !

Chaque graine s’éveille et de même chaque animal prend vie. C’est à ce mystérieux pouvoir que nous devons nous aussi notre existence ; c’est pourquoi nous concédons à nos voisins, même à nos voisins animaux, le même droit qu’à nous d’habiter cette terre.

Pourtant, écoutez-moi, vous tous, nous avons maintenant affaire à une autre race, petite, faible quand nos pères l’on rencontrée pour la première fois, mais aujourd’hui grande et arrogante. Assez étrangement, ils ont dans l’idée de cultiver le sol et l’amour de posséder est chez eux une maladie. Ces gens-là ont établi beaucoup de règles que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour leurs propres usages et se barricadent contre leurs voisins ; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs ordures. Cette nation est pareille à un torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage.

Nous ne pouvons vivre côte à côte. »

(Discours prononcé en 1875)

« Quel traité le blanc a-t-il respecté que l’homme rouge ait rompu ? Aucun.

Quel traité l’homme blanc a-t-il jamais passé avec nous et respecté ? Aucun.

Quand j’étais enfant, les Sioux étaient maîtres du monde ; le soleil se levait et se couchait sur leur terre ; ils menaient dix mille hommes au combat.

Où sont aujourd’hui les guerriers ?

Qui les a massacrés ?

Où sont nos terres ?

Qui les possède ?

Quel homme blanc peut-il dire que je lui ai jamais volé sa terre ou le moindre sou ? Pourtant ils disent que je suis un voleur.

Quelle femme blanche, même isolée, ai-je jamais capturée ou insultée ? Pourtant ils disent que je suis un mauvais Indien.

Quel homme blanc m’a jamais vu saoul ?

Qui est jamais venu à moi affamé et reparti le ventre vide ?

Qui m’a jamais vu battre mes femmes ou maltraiter mes enfants ?

Quelle loi ai-je violée ?

Ai-je tort d’aimer ma propre loi ?

Est-ce mal pour moi parce que j’ai la peau rouge ?

Parce que je suis un Sioux ?

Parce que je suis né là où mon père a vécu ?

Parce que je suis prêt à mourir pour mon peuple et mon pays ? »

« Je tiens à ce que tous sachent que je n’ai pas l’intention de vendre une seule parcelle de nos terres ; je ne veux pas non plus que les Blancs coupent nos arbres le long des rivières ; je tiens beaucoup aux chênes dont les fruits me plaisent tout spécialement. J’aime à observer les glands parce qu’ils endurent les tempêtes hivernales et la chaleur de l’été, et - comme nous-mêmes - semblent s’épanouir par elles. »
http://www.voxnr.com

jeudi 26 novembre 2009

Ces chiffres « arabes » qui viennent d’Inde


En tant qu’utilisateurs des chiffres dits “arabes”, nous en attribuons souvent la création aux mathématiciens arabes. C’est une erreur grossière.

Bien avant, les Indiens connaissaient et utilisaient déjà le système décimal tel que nous le connaissons. Ce n’est que bien plus tard, à la suite de conquêtes militaires en Asie, que les mathématiciens arabes découvrirent ce système. L’idée reçue attribuant la paternité du zéro aux Arabes est également une erreur : le zéro était déjà présent dans la numérotation indienne que les Arabes ont rapporté de leurs conquêtes.

La numération indienne de position
Les chiffres de 1 à 9 ont été inventés en Inde. Ils apparaissent dans des inscriptions de Nana Ghât au 3e siècle av.J.-C. La numération de position avec un zéro (un simple point à l’origine), a été développée au cours du 5e siècle. Dans un traité de cosmologie en sanscrit de 458, on voit apparaître le nombre 14 236 713 écrit en toute lettres. On y trouve aussi le mot “sunya” (le vide), qui représente le zéro. C’est à ce jour le document le plus ancien faisant référence à cette numération.

En 773 arriva à Bagdad une ambassade indienne. Ils avaient un présent pour le calife Bidule : le calcul et les chiffres. Ce n’est qu’au 9e siècle que le savant Truc écrit le premier ouvrage en arabe présentant la numération indienne dans son “Livre de l’addition et de la soustraction d’après le calcul des Indiens“. C’est par cet ouvrage que le calcul indien pénétra dans l’Occident chrétien. Sa célébrité fût telle que ce calcul fut nommé algorisme, d’Algorismus, latinisation d’al-Khuwârizmi.

Au Xe siècle, le moine français Gerbert d’Aurillac apprit la nouvelle numération et, grâce aux chaires qu’il occupait dans les établissement religieux d’Europe, put introduire le nouveau système en occident. En 999, il fut élu pape sous le nom de Sylvestre II, ce qui lui conféra l’autorité nécessaire pour implanter la numération indo-arabe.

Source

http://www.fdesouche.com

mercredi 25 novembre 2009

L’Afrique en partie responsable de ses frontières


Si l’Afrique est aujourd’hui divisée en plus de 50 Etats, les responsabilités de ce fait n’incombent pas aux seuls colonisateurs ; ceux-là avaient, au contraire, créé de vastes ensembles territoriaux : Est africain britannique ou encore, dans le domaine français, l’AEF et l’AOF.

Parmi ces ensembles territoriaux, certains étaient naturellement plus favorisés que d’autres au point de vue économique et c’est pourquoi la France eut l’intention de bien répartir les richesses, les potentialités, afin que tous puissent en profiter.

En 1958, en Afrique noire française, seuls trois pays avaient une balance commerciale excédentaire. Car ils étaient exportateurs de bois, de café et de cacao. Il s’agissait du Gabon, du Cameroun et de la Côte-d’Ivoire. L’indépendance approchant, la France eut l’intention de constituer des ensembles économiques et politiques autour de ces pôles de relative prospérité. Paris proposa alors de regrouper les trois territoires les plus riches avec d’autres, moins bien dotés. Le projet n’eut pas de suite, car les territoires les plus favorisés ne voulurent pas que des régions sans ressources dépendissent de leurs richesses et c’est en partie pourquoi l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui balkanisée.

En outre, à l’époque coloniale, l’existence d’immenses ensembles géographiques unis sous la même administration avait permis de désenclaver l’Afrique centrale et l’Afrique sahélienne. L’exemple du Mali illustre parfaitement cette idée. Le Mali est aujourd’hui étranglé par un enclavement géographique et politique qui lui interdit tout développement en raison des insolubles problèmes de transport et de frontières douanières qui l’assaillent. Toutes ses importations et toutes ses exportations se font en effet par la route, en direction des ports de la façade maritime africaine. Des milliers de kilomètres doivent donc être parcourus et plusieurs frontières franchies, d’où des coûts que l’économie nationale ne peut supporter.

Avant 1960, la situation était totalement différente, car, placé au carrefour de sept territoires relevant d’une seule autorité, l’autorité française, le Mali n’était pas un cul-de-sac comme aujourd’hui, mais une plaque tournante essentielle de l’Ouest africain. Comme bien d’autres pays africains, le Mali a été tué, non par la colonisation, mais par l’indépendance.

Avec l’AOF et l’AEF, la France avait constitué des ensembles viables subdivisés en territoires administrativement autonomes.

Ces derniers n’avaient pas vocation à devenir des "Etats". Et pourtant, l’autonomie administrative accordée par la "loi-cadre" de 1956 fut comprise par les dirigeants africains locaux comme l’encouragement à la balkanisation. Alors que l’autonomie, puis l’indépendance auraient dû être accordées aux fédérations, c’est à leurs composantes qu’elles le furent. Mais la constitution de vastes ensembles régionaux, ou, plus encore, le panafricanisme, n’auraient pas fait disparaître un problème ethnique qui n’aurait été qu’élargi aux limites d’Etats gigantesques encore plus ingérables que les actuels.

De plus, c’est l’OUA et non l’Europe qui, en 1963, décréta que les frontières étaient fixées une fois pour toutes. Le raisonnement des chefs d’Etat africains était que, compte tenu de la fragilité de leurs pays, véritables mosaïques ethniques, toute "retouche" provoquerait des réactions en cascade avec, pour horizon, l’anarchie et la guerre généralisée. C’est pourquoi les sécessions du Katanga et du Biafra furent noyées dans le sang et avec la bénédiction des organisations.

par Bernard Lugan
(22 février 1995)


Texte publié dans Le Libre Journal n°60.

samedi 21 novembre 2009

1945-1953 : la destruction des "Allemands ethniques" et des prisonniers de guerre allemands en Yougoslavie

En parcourant la presse européenne et américaine, on a l'impression que la Seconde Guerre mondiale doit être périodiquement ressuscitée pour crédibiliser les demandes financières d'un groupe ethnique aux dépens des autres. Les morts civils des vaincus du conflit sont, pour la plupart, passés sous silence. L'historiographie est d'ailleurs fondée sur une distinction nette et polémique entre les « mauvais fascistes » qui ont perdu et les « bons antifascistes » qui ont gagné, et peu d'historiens sont prêts à enquêter dans l'ambiguïté grise qui sépare les deux camps. Les pertes militaires et civiles allemandes, pendant et surtout après la Seconde Guerre mondiale, sont ainsi occultées dans les mass-media, même si une large littérature spécialisée existe sur le sujet. Ce silence, dû en grande partie à la négligence académique, mérite une enquête attentive. Pourquoi, par exemple, les pertes civiles allemandes, et tout particulièrement celles, gigantesques, qui sont survenues après guerre chez les « Allemands ethniques » - ou Volksdeutsche -, sont-elles abordées aussi sommairement dans les manuels scolaires d'histoire alors que les victimes se comptent par millions ?
Le traitement infligé à ces civils en Yougoslavie après 1945 peut être considéré comme un cas classique de « nettoyage ethnique » à grande échelle. Un examen attentif de ces tueries de masse présente des problèmes historiques et légaux, surtout quand on examine la loi internationale moderne, notamment celle qui "fonde" le Tribunal des Crimes de Guerre de La Haye qui s'occupe des crimes de guerre survenus dans les Balkans en 1991-1995. Or le triste sort des Allemands ethniques de Yougoslavie pendant et après la Seconde Guerre mondiale ne devrait pas être négligé. Pourquoi les souffrances de certaines nations ou de certains groupes ethniques sont-elles ignorées, alors que celles d'autres nations et groupes reçoivent l'attention sympathique des media et des politiciens occidentaux ?
Au début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, plus d'un million et demi d'Allemands ethniques vivaient dans l'Europe du Sud-Est - Yougoslavie, Hongrie et Roumanie. En raison de leur résidence au long du Danube, ces gens étaient connus sous le nom populaire de « Souabes du Danube » ou Donauschwaben. La plupart étaient les descendants des colons qui vinrent dans cette région fertile aux XIIe et XVIIIe siècles, à la suite de la libération de la Hongrie du joug turc. Pendant des siècles, le Saint Empire Romain et ensuite l'Empire des Habsbourg luttèrent contre la domination turque dans les Balkans, et résistèrent à l"'islamisation" de l'Europe. Dans cette lutte, les Allemands du Danube étaient vus comme le rempart de la civilisation occidentale et donc tenus en haute estime par l'empire autrichien (et plus tard austro-hongrois) en raison de leur productivité agricole comme de leurs prouesses militaires. Le Saint Empire Romain et l'Empire des Habsbourg étaient des entités multiculturelles et multinationales au vrai sens du terme, dans lesquelles des groupes ethniques divers vécurent pendant des siècles dans une harmonie relative.
Après la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, qui provoqua l'effondrement de l'empire des Habsbourg, et après le traité de Versailles de 1919, le statut juridique des Donauschwaben allemands devint incertain. Quand le régime national-socialiste fut établi en Allemagne en 1933, les Donauschwaben comptaient parmi les plus de douze millions d'Allemands ethniques qui vivaient en Europe centrale et orientale et en dehors des frontières du Reich allemand. Beaucoup de ces gens furent inclus dans le Reich suite à l'incorporation de l'Autriche et de la région des Sudètes en 1938, de la Tchécoslovaquie en 1939, et de portions de la Pologne à la fin de 1939. La « question allemande », c'est-à-dire la lutte pour l'autodétermination des Allemands ethniques en dehors des frontières du Reich allemand, fut un facteur important dans l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Même après 1939, plus de trois millions d'entre eux restèrent en dehors des frontières du Reich élargi notamment en Roumanie, en Yougoslavie, en Hongrie et en Union Soviétique.
Le premier Etat yougoslave de 1919-1941 avait une population de quelque 14 millions de gens de diverses cultures et religions. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie incluait près de six millions de Serbes, environ trois millions de Croates, plus d'un million de Slovènes, quelque deux millions de Bosniaques musulmans, un million d'Albanais au Kossovo, a peu près un demi-million d'Allemands et un autre demi-million de Magyars.
Après l'effondrement de la Yougoslavie en avril 1941, suivi par une rapide avance militaire allemande, environ 200 000 Allemands devinrent automatiquement citoyens de l'Etat Indépendant de Croatie nouvellement établi, un pays dont les autorités militaires et civiles restèrent alliées au Troisième Reich jusqu'à la dernière semaine de la guerre en Europe. La plupart des Allemands restants - environ 300 000 dans la région de Voïvodine - passèrent sous la juridiction de la Hongrie, qui incorpora cette région pendant la guerre (après 1945, elle fut rattachée à la partie serbe de la Yougoslavie).
Le sort des Allemands ethniques devint sinistre pendant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, surtout après la fondation de la seconde Yougoslavie, Etat communiste multiethnique dirigé par le maréchal Josip Broz Tito. Vers la fin d'octobre 1944, les forces de guérilla de Tito, aidées par l'avance soviétique et généreusement assistées par les fournitures aériennes des Alliés occidentaux, prirent le contrôle de Belgrade, la capitale serbe qui servit plus tard de capitale à la nouvelle Yougoslavie. L'un des premiers actes juridiques du nouveau régime communiste fut le décret du 21 novembre 1944 sur la « décision concernant te transfert des biens de l'ennemi dans la propriété de l'Etat ». Il déclarait « ennemis du peuple » les citoyens d'origine allemande, et les privait de droits civiques. Le décret ordonnait aussi la confiscation par le gouvernement de tous les biens, sans compensation, des Allemands ethniques de Yougoslavie auxquels une loi additionnelle, promulguée à Belgrade le 6 février 1945, retira la citoyenneté yougoslave.
A la fin de 1944 - alors que les forces communistes avaient déjà pris le contrôle de l'est des Balkans, Bulgarie, Serbie et Macédoine -, l'Etat de Croatie, allié aux Allemands, tenait encore bon. Cependant, au début du mois d'avril 1945, les troupes allemandes, en même temps que les troupes et les civils croates, commencèrent à faire retraite vers le sud de l'Autriche, notamment vers la Carinthie. Pendant les deux derniers mois de la guerre, la majorité des Volksdeutsche de Yougoslavie rejoignirent aussi ce nouveau « grand trek ». La crainte des réfugiés devant la torture et la mort était tout à fait fondée, étant donné l'horrible traitement infligé par les forces soviétiques aux Allemands civils en Prusse orientale et dans d'autres parties de l'Europe de l'Est. A la fin de la guerre, en mai 1945, les autorités allemandes avaient évacué environ 220 000 Allemands de Yougoslavie vers l'Allemagne et l'Autriche. Pourtant, beaucoup restèrent dans leur patrie ancestrale ravagée par la guerre.
Après la fin des combats en Europe, le 8 mai 1945, plus de 200 000 d'entre eux, qui étaient restés en Yougoslavie, devinrent effectivement les captifs du nouveau régime communiste. Quelque 63 635 civils allemands ethniques yougoslaves (femmes, hommes et enfants) périrent sous le règne communiste entre 1945 et 1950 - c'est-à-dire environ 18 % de la population civile allemande. La plupart moururent d'épuisement par le travail forcé et le « nettoyage ethnique », ou de maladie et de malnutrition. Le « miracle économique » tellement vanté par la Yougoslavie titiste et plus tard par les "soixante-huitards" occidentaux dont Michel Rocard, grand admirateur de l'autogestion à la yougoslave, fut, il faut le noter, le résultat direct du labeur de milliers de travailleurs forcés allemands qui, à la fin des années 1940, aidèrent à reconstruire le pays.
Leurs biens, évidemment confisqués, représentaient 97 490 petits commerces, usines, magasins, fermes et affaires diverses. Les biens immobiliers et terres cultivées spoliées couvraient 637 939 hectares et devinrent propriété de l'Etat yougoslave. D'après un calcul de 1982, la valeur des biens confisqués aux Allemands ethniques de Yougoslavie atteignait 15 milliards de marks, ou environ 7 milliards de dollars US. En prenant en compte l'inflation, cela correspondrait aujourd'hui à 18 milliards de dollars américains. De 1948 à 1985, plus de 87 000 de ces Allemands qui résidaient encore en Yougoslavie se sont installés en RFA et sont devenus automatiquement citoyens allemands.
Tout cela constitua la « solution finale de la question allemande » en Yougoslavie titiste.
Sur le million et demi de Donauschwaben qui vivaient dans le bassin du Danube en 1939-1941, quelque 93 000 servirent durant la Seconde Guerre mondiale dans les forces armées de la Hongrie, de la Croatie et de la Roumanie - des pays de l'Axe, alliés à l'Allemagne - ou dans les forces armées allemandes régulières. Les Allemands ethniques de Hongrie, de Croatie et de Roumanie qui servirent dans les formations militaires de ces pays demeurèrent citoyens de ces Etats respectifs.
De plus, beaucoup servirent dans la division Waffen-SS « Prinz Eugen », qui regroupa quelque 10 000 hommes pendant son existence durant la guerre (cette formation fut nommée en l'honneur du prince Eugène de Savoie, qui avait remporté de grandes victoires contre les forces turques à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe dans les Balkans). S'engager dans la « Prinz Eugen » conférait automatiquement la citoyenneté allemande à la recrue. Mais les pertes de la « Prinz Eugen » furent particulièrement élevées, le gros de la division s'étant rendu après le 8 mai 1945 et quelque 1 700 de ces prisonniers furent tués dans le village de Brezice prés de la frontière croato-slovène, et la moitié restante périt au travail forcé dans les mines de zinc proches de la ville de Bor, en Serbie.
En dehors du « nettoyage ethnique » des civils et soldats allemands du Danube, quelque 70 000 Allemands qui avaient servi dans les forces régulières de la Wehrmacht périrent en captivité en Yougoslavie. La plupart d'entre eux moururent lors de représailles, ou comme travailleurs forcés dans les mines, en construisant des routes, dans des chantiers navals, etc. C'étaient principalement des soldats du « Groupe d'Armée E » qui s'étaient rendus aux autorités militaires britanniques dans le sud de l'Autriche au moment de l'armistice du 8 mai 1945. Les autorités britanniques livrèrent environ 150 000 de ces prisonniers de guerre allemands aux partisans yougoslaves communistes sous prétexte d'un rapatriement ultérieur en Allemagne. A suivre

1945-1953 : la destruction des "Allemands ethniques" et des prisonniers de guerre allemands en Yougoslavie (fin)

La plupart de ces anciens soldats réguliers de la Wehrmacht périrent dans la Yougoslavie d'après-guerre en trois phases. Pendant la première phase, plus de 7 000 soldats allemands capturés moururent dans les « marches d'expiation » (Suhnemärsche) organisées par les communistes, faisant 1 300 kilomètres depuis la frontière sud de l'Autriche jusqu'à la frontière nord de la Grèce. Pendant la seconde phase, à la fin de l'été 1945, de nombreux soldats allemands en captivité furent sommairement exécutés ou jetés vivants dans de grandes carrières de karst le long de la côte dalmate. Dans la troisième phase, de 1945 à 1955, 50 000 autres périrent comme travailleurs forcés, de malnutrition et d'épuisement. Le nombre total des pertes allemandes en captivité yougoslave après la fin de la guerre - incluant les civils et soldats « allemands du Danube » ethniques, ainsi que les Allemands « du Reich » (Reichsdeutsche) - peut donc être estimé à 120 000 assassinés, affamés, tués au travail ou disparus.
Quelle est l'importance de ces chiffres ? Quelles leçons peut-on tirer de ces drames ? Il convient de souligner que le triste sort des civils allemands des Balkans n'est qu'une petite partie de la topographie de la mort communiste. Au total, entre 7 et 10 millions d'Allemands - personnel militaire ou civils - moururent pendant et après la Seconde Guerre mondiale en Europe et en Union Soviétique. La moitié d'entre eux succombèrent dans les derniers mois de la guerre, ou après la reddition sans conditions de l'Allemagne le 8 mai 1945. Les pertes allemandes, à la fois civiles et militaires, furent sensiblement plus élevées pendant la "paix" que pendant la guerre.
Durant les mois qui précédèrent et suivirent la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ethniques furent tués, torturés et dépossédés dans toute l'Europe orientale et centrale, notamment en Silésie, en Prusse orientale, en Poméranie et dans les Sudètes. En tout 12 à 15 millions d'Allemands s'enfuirent ou furent chassés de leurs foyers au cours de ce qui reste peut-être le plus grand « nettoyage ethnique » de l'histoire. Sur ce nombre, plus de deux millions de civils allemands furent tués ou perdirent la vie.
Les génocides communistes dans la Yougoslavie d'après-guerre sont rarement abordés par les media des pays qui émergèrent des ruines de la Yougoslavie communiste en 1991, même si, chose remarquable, il y a aujourd'hui dans ces nouveaux pays une plus grande liberté d'expression et de recherche historique que dans les pays d'Europe occidentale. Les élites postcommunistes de Croatie, de Serbie et de Bosnie, largement composées d'anciens communistes, semblent partager un intérêt commun à refouler leur passé criminel concernant le traitement des civils allemands.
L'éclatement de la Yougoslavie en 1990-91, les événements qui y conduisirent, ainsi que la guerre et les atrocités qui suivirent, ne peuvent être compris que dans le cadre de grandes tueries menées par les communistes yougoslaves de 1945 à 1950. Comme nous l'avons déjà noté, le « nettoyage ethnique » n'a rien de nouveau. Même si l'on considère l'ancien dirigeant serbe Slobodan Milosevic et les prévenus croates actuellement jugés par le Tribunal International des Crimes de Guerre de La Haye comme de vils criminels, leurs crimes, soit réels, soit présupposés, demeurent minuscules par rapport à ceux du fondateur de la Yougoslavie communiste, Josip Broz Tito. Tito mena le « nettoyage ethnique » et les tueries de masse sur une bien plus grande échelle, contre les Croates, les Allemands et les Serbes, souvent avec l'aval des gouvernements britannique et américain. Son règne en Yougoslavie (1945-1980), qui coïncida avec l'ère de la « Guerre froide », fut néanmoins généralement soutenu par les puissances occidentales, qui considéraient son régime comme un facteur de stabilité dans cette région de l'Europe.
Par ailleurs, la tragédie des Allemands des Balkans fournit aussi des leçons sur le sort des Etats multiethniques et multiculturels. Deux fois, durant le XXe siècle, la Yougoslavie multiculturelle éclata dans un carnage inutile tout en déclenchant une spirale de haines entre ses groupes ethniques constituants. On peut conclure, par conséquent, que pour des nations et des cultures différentes, sans parler de races différentes, il vaut mieux vivre à part, séparés par des murs, plutôt que de vivre dans une fausse convivialité qui cache des animosités et laisse des ressentiments durables.
Peu de gens pouvaient prévoir les sauvages tueries interethniques qui balayèrent les Balkans après l'effondrement de la Yougoslavie en 1991, et ceci entre des peuples d'origine anthropologique relativement similaire. On ne peut que s'interroger avec inquiétude sur l'avenir des Etats-Unis et de la France ou des tensions communautaires entre les populations autochtones et des masses d'allogènes du Tiers Monde laissent présager un désastre avec des conséquences beaucoup plus sanglantes.
La Yougoslavie multiculturelle fut avant tout la création des dirigeants français, britanniques et américains qui signèrent le Traité de Versailles en 1919, et des dirigeants britanniques, soviétiques et américains qui se rencontrèrent à Yalta et à Postdam en 1945. Les figures politiques qui créèrent la Yougoslavie ex nihilo comprenaient très mal la perception que les différents peuples locaux avaient d'eux-mêmes et de leurs voisins immédiats.
Bien que les morts, les souffrances et les dépossessions subies par les Allemands ethniques des Balkans pendant et après la Seconde Guerre mondiale soient bien connues des autorités allemandes et des historiens indépendants, elles continuent donc à être ignorées dans le reste de l'Europe et aux Etats-Unis. Pourquoi ? On peut penser que si ces pertes allemandes étaient plus largement discutées et mieux connues, elles stimuleraient probablement une vision alternative de la Seconde Guerre mondiale, et en fait de toute l'histoire du XXe siècle. Une meilleure connaissance des pertes civiles allemandes pendant et après la Seconde Guerre mondiale pourrait aussi encourager une discussion sur la dynamique des sociétés multiculturelles d'aujourd'hui. Or, cette démarche, à son tour, risquerait d'affecter significativement les idées et les mythes dominants qui façonnent l'Europe depuis 1945. Un débat ouvert sur les causes et les conséquences de la Seconde Guerre mondiale ternirait aussi la réputation de nombreux spécialistes et faiseurs d'opinion aux Etats-Unis et en Europe. Il est probable qu'une meilleure connaissance des crimes commis par les Alliés pendant et après la Seconde Guerre mondiale, au nom de « la démocratie », pourrait changer les mythes fondateurs de nombreux États contemporains.
Tomislav SUNIC*, Ecrits de Paris
<>,
* Ecrivain et historien. T. Sunic est auteur de Homo americanus, Child of the Postmodern Age (2007).

mercredi 18 novembre 2009

« Jamais l'école républicaine n'a été aussi inégalitaire qu'aujourd'hui »

Entretien avec Vincent Laarman :

Depuis 2002, forte de ses 64 000 membres revendiqués, l'association SOS Education multiplie les actions de lobbying auprès du personnel politique afin d'obtenir une réforme de fond du système scolaire. Vincent Laarman, son délégué général, explique les raisons de cette agit-prop.

Le Choc du mois : Presque quarante ans après Mai 68, l'esprit soixante-huitard continuerait-il de dominer l'Education nationale ?
Vincent Laarman : Oui. Et plus son échec est patent, plus ses représentants s'accrochent aux manettes du pouvoir. Ce qui est assez logique : ils jouent leur survie. Contrairement à ce qu'ils prétendent, ils ne défendent pas les intérêts de nos enfants, mais uniquement leurs privilèges.
Que les élèves réapprennent enfin à lire, écrire et compter, telle serait un peu la devise de votre association...
Pas seulement, et votre question est d'ailleurs mal formulée : les tenants de l'école «pédagogiste» vous assureront qu'ils poursuivent exactement le même but, mais avec d'autres méthodes. C'est pour cela que notre objectif principal consiste avant tout à en revenir à ce bon sens, à ces vieilles méthode, qui, elles, ont fait leurs preuves. Soit la transmission d'un savoir structuré, fondé sur l'apprentissage systématique des règles et de leur constante répétition. Les tables de multiplication, les grandes dates de l'histoire de France, les notions élémentaires de la géographie, voilà qui doit se rabâcher inlassablement, jusqu'à ce qu'elles deviennent des réflexes, parce que ce n'est pas en allant surfer sur Internet qu'on apprend à maîtriser l'usage de la langue française...

C'est-à-dire ?
C'est-à-dire qu'au lieu de monter un « projet pédagogique » sur les pharaons, juste parce que les livres de Christian Jacq se vendent bien, tendant à persuader les élèves qu'ils découvriront et dénoueront, grâce à Internet, les mystères de l'Egypte antique, encore faudrait-il au moins qu'ils soient capables de situer cette dernière, chronologiquement, ailleurs que quelque part entre le Moyen-Àge et la Renaissance...

Un âne chargé de livres restera donc toujours un âne...
Tout à fait. Internet est une gigantesque bibliothèque, la plus grande que l'humanité ait probablement connue. Mais elle ne transformera pas pour autant des analphabètes en de fins lettrés. C'est à l'école que revient la mission première de fournir à tous les outils susceptibles de leur permettre de tirer profit de cette somme de connaissances. Sans codes : sans repères fondamentaux et sans dates majeures leur permettant de s'y retrouver, apprises à coups de pieds dans le derrière si besoin est, tout cela demeurera vain.

A vous entendre, cet apprentissage devrait alors commencer dès le plus jeune âge...
Bien sûr. Les élèves de maternelle sont à l'école pour commencer à apprendre avant même de comprendre. Cette fonction première de l'Education nationale consiste ainsi à ce que nos enfants apprennent et non point qu'ils s'épanouissent, tel qu'on voudrait nous le faire croire depuis tant d'années : pour s'épanouir, il y a la famille et les amis. Sans être forcément passéiste, rappelons-nous qu'autrefois les élèves de sixième avaient déjà revu trois fois leur Histoire de France. Ils avaient donc le substrat nécessaire à la compréhension du monde qui les entourait et pouvaient ensuite, selon la sensibilité de chacun, développer leurs propres opinions.

Vous êtes très en pointe dans le combat visant à en finir avec la méthode de lecture globale. Est-ce pour des raisons politiques ou de simple efficacité ?
Les deux à la fois. La méthode de lecture globale ou semi-globale a créé des générations d'analphabètes et d'illettrés. Quoi que prétende le ministère, c'est près de 20 % des élèves qui arrivent en sixième totalement analphabètes ou seulement capables de vaguement décrypter un texte. Voilà pour l'efficacité. Pour ce qui est du domaine politique, je remarque que cette méthode, vendue sous couvert d'égalitarisme, a abouti à un enseignement parfaitement inégalitaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que la méthode de lecture globale permet de vaguement identifier un mot que l'on connaît déjà ou dont on a vaguement entendu parler grâce à un environnement familial que l'on peut, sans prendre grand risque de se tromper, qualifier de «favorisé».
En revanche, les enfants qui n'ont plus la chance de grandir dans des familles motivées seront, eux, incapables de déchiffrer ces mots qui sont autant de concepts. Ces gamins, ne nous voilons pas la face, arrivent au CP avec tout juste cent mots de vocabulaire ! La méthode syllabique est la seule qui puisse leur permettre de s'élever. Car même un mot dont ils ne peuvent pas forcément comprendre le sens, au moins pourront-il, en apprendre la juste définition dans le dictionnaire, à condition qu'ils sachent lire. Pour résumer, la méthode de lecture globale est, en France, l'équivalent des idéogrammes chinois, réservés à une élite et inaccessibles au peuple, si ce n'est dans sa version abâtardie tel le verlan ...

Avec tout ce qui en découle...
Parfaitement. Une langue noble pour les lettrés et les fortunés, et une vulgate rudimentaire pour le commun. Si c'est cela, l'égalitarisme républicain dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée...

D'où la distorsion de la notion même d'élitisme...
Oui. Sous couvert d'égalitarisme, les syndicats marxistes ou assimilés font la promotion d'un élitisme sournois tout en perpétuant des intérêts de castes. Alors que la véritable égalité, fondée sur la méritocratie et, justement, l'élitisme, consiste à donner les mêmes chances à tous nos enfants, riches ou pauvres. En ce sens, la méthode de lecture syllabique est, je le répète une fois encore, l'un des meilleurs garants de l'école jadis fondée par Jules Ferry. D'ailleurs, la bonne orthographe n'est ni de gauche, ni de droite ! Jean Jaurès écrivait en un aussi bon français que Charles Maurras !

On vous sent passéiste, pour le coup...
Pas du tout ! L'école d'autrefois avait peut-être ses défauts ; mais au moins a-telle fait ses preuves. Je constate seulement que ceux qui se prennent aujourd'hui pour des hussards républicains persistent à perpétuer ce système inégalitaire que nous dénonçons en permanence, système qui est à l'exact opposé de leurs objectifs publiquement affichés. Quand on sait que les deux premières professions à contourner la carte scolaire sont les professeurs et les journalistes - deux castes majoritairement de gauche et financièrement assez privilégiées -, on a tout compris.

Nicolas Sarkozy est désormais à l'Élysée. Que vous inspirent l'éviction de Gilles de Robien, ministre sortant de l'Education nationale, et son remplacement par Xavier Darcos ?
Gilles de Robien présentait au moins ce mérite consistant à avoir insufflé à l'Éducation nationale un souffle nouveau qui allait dans le bon sens, même si dans les faits, il n'a pas fait grand-chose, si ce n'est brasser du vent et susciter la polémique sur des effets d'annonce médiatique pour ensuite capituler devant des syndicats d'obédience marxiste tels que l'Unsa ou le Snuipp. Mais au moins convient-il de lui reconnaître ce mérite d'avoir mis fin à la terreur des «pédagogistes», ces fous furieux ayant la haute main sur les IUFM, ces Instituts universitaires de formation des maîtres, où l'on évoque ces « référentiels bondissants » alors que l'homme de la rue persiste bêtement à parler de « ballons ».

Et Xavier Darcos...
A peine arrivé, il s'est déjà couché. Avant même d'entrer dans son nouveau costume, il revenait sur le décret Robien consistant à payer aux professeurs des heures supplémentaires n'ayant jamais été effectuées...

A savoir...
À savoir qu'autrefois, les professeurs de sciences naturelles nettoyaient leurs laboratoires. Mais il y a belle lurette que des femmes de ménages sont payées pour cette tâche. Tout comme ces professeurs étaient payés pour les heures passées à polycopier leurs cours alors que maintenant, l'informatique permet d'accomplir ce travail d'un simple clic. C'est un peu comme les conducteurs de TGV qui perçoivent encore une prime de charbon...

Revenons-en à Xavier Darcos. Il semble qu'il soit revenu sur les décisions de son prédécesseur concernant la méthode de lecture globale...
D'une manière plus ou moins fourbe, oui. En effet, tout cela est désormais laissé à la discrétion des enseignants. Ce qui signifie que ces derniers sont désormais abandonné, au bon vouloir des inspecteurs. Or il faut savoir que dans l'Education nationale, plus on monte dans la hiérarchie, plus on est syndiqué... A titre d'exemple, seuls 30 % des professeurs le sont, contre 80 % chez les inspecteurs chargés de les surveiller. Pour monter dans cette hiérarchie, le syndicalisme est donc plus que jamais devenu un passage obligé et les divers ministres s'étant succédé à ce poste n'ont jamais voulu ou pu remettre en cause cette tyrannie...
De même, Xavier Darcos est immédiatement revenu sur les mesures de Gilles de Robien qui souhaitait remettre à l'honneur l'apprentissage dès quatorze ans. Tout comme il a refusé qu'on réinstaure cette simple règle de bon sens voulant que les élèves se lèvent dès que le professeur entre en classe. Mais il est vrai que pour que ces derniers se lèvent, encore faudrait-il qu'ils soient préalablement assis...

On parle beaucoup de la carte scolaire, de sa suppression ou de son assouplissement. Qu'en pense SOS Education ?
Il s'agit, là encore, d'une double hypocrisie. Plutôt que d'avoir la discipline et l'excellence pour tous, ce sera une école à deux vitesses, avec d'un côté les riches enfants des « classes dominantes » qui font ces lois, et, de l'autre, les délinquants et les gamins issus de l'immigration. Et, cerise sur le gâteau, Xavier Darcos vient de promettre que les écoles qui auront moins d'élèves bénéficieront de plus de moyens. Soit une sorte de prime aux cancres et à la nullité ; et l'élitisme pour les uns et le nivellement par le bas pour les autres.

Propos recueillis par Nicolas Gauthier Le Choc du Mois Juin 2007
SOS Education, 8, rue Jean-Marie Jego, 75013 Paris. Tél. : 01 45 81 22 67.
Site : www.soseducation.com

30 novembre 1939 : Staline attaque la Finlande

Le 30 novembre 1939, Staline lance les troupes soviétiques à l'assaut de la petite Finlande.
Nicolas Glyko.

Le Petit Poucet résiste à l'ogre

La Finlande s'était émancipée de la Russie pendant la Grande Guerre de 1914-1918 et la frontière entre les deux pays avait été établie à quelques dizaines de kilomètres de Petrograd (aujourd'hui Saint-Pétersbourg).

En 1939, tandis qu'il partage la Pologne avec Hitler, Staline s'inquiète de la vulnérabilité de cette frontière et du risque d'une invasion de la deuxième région économique de l'URSS via la Finlande.

Il propose aux Finlandais de reculer leur frontière méridionale, dans l'isthme de Carélie, en échange de vastes territoires situés plus au nord. Il demande aussi de pouvoir installer une base navale à Hanko, à la pointe sud du pays.

Le gouvernement finlandais veut bien négocier un échange de territoires mais refuse de sacrifier sa souveraineté en cédant une base. Loin de chercher un quelconque arrangement avec le dictateur, il renforce ses fortifications frontalières longues de 140 km et connues sous le nom de «ligne Mannerheim», du nom d'un maréchal finlandais qui avait repoussé les bolcheviques en 1917.

Brutale agression

Finalement, Staline attaque son voisin sans prendre la peine de lui déclarer la guerre.

Avec un total de 265.000 hommes, 270 avions et 26 tanks, la Finlande doit faire face à 400.000 hommes de l'Armée rouge, équipés de 1500 avions et autant de tanks.

Malgré la disproportion des forces et la brutalité de l'attaque, du golfe de Finlande à l'océan Arctique, l'Armée rouge piétine plusieurs mois sur la frontière et les Finlandais remportent même de nettes victoires au nord.

Cette «Guerre d'Hiver» se traduit par de lourdes pertes pour l'Armée rouge, d'autant que les Français et les Anglais, en guerre déclarée contre Hitler, ont à coeur de soutenir le peuple finlandais en lutte contre Staline, lié au Führer allemand par un pacte.

Les Occidentaux caressent l'espoir illusoire que des opérations militaires comme celle-là leur permettront de faire l'économie d'une attaque frontale de l'Allemagne.

Sur une idée du Premier Lord de l'Amirauté, le ministre britannique de la marine Winston Churchill, les Français et les Anglais entreprennent même une expédition en... Norvège pour tenter de soutenir les Finlandais.

Victoire à l'arraché

Staline finit par conquérir la partie orientale de la Finlande et conclut un traité avec son ennemie le 12 mars 1940.

Mais sa victoire à l'arraché a pour effet d'isoler un peu plus l'URSS sur le plan international. Elle met aussi en évidence la médiocrité du commandement soviétique et la faible motivation des troupes.

Vorochilov, commissaire du peuple (ministre) à la Défense, est d'ailleurs démis de ses fonctions dès le 7 mai.

Ce désastre va fournir d'utiles enseignements à Hitler quand il prendra la décision d' attaquer son associé le 22 juin 1941.

Alliés à leur tour aux Allemands, les Finlandais reprendront l'offensive en 1941 mais, en 1944, ils devront accepter une mise sous tutelle soviétique.....

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dimanche 15 novembre 2009

2 septembre 1870 Napoléon III est fait prisonnier à Sedan

Le 2 septembre 1870, les Prussiens reçoivent la capitulation d'une armée française enfermée à Sedan, dans les Ardennes. Ils font 83.000 prisonniers y compris l'empereur des Français. Napoléon III envoie un simple télégramme à l'impératrice Eugénie : « L'armée est vaincue et captive, moi-même suis prisonnier ».

C'est la quatrième fois dans l'Histoire de France qu'un souverain est capturé sur un champ de bataille. Ce désastre signe l'échec de la guerre engagée à la légère par les Français six semaines plus tôt.

Joseph Savès

Une guerre mal engagée

Napoléon III a déclaré la guerre à la Confédération d'Allemagne du Nord le 19 juillet 1870 d'une façon pour le moins maladroite et précipitée, sans prendre la peine de s'assurer le soutien des grands États européens ni de vérifier les dispositions de l'armée.

La France n'est en mesure de mobiliser que 265.000 hommes, sur un front de 250 kilomètres, de Thionville à Bâle. De leur côté, la Prusse et ses alliés d'Allemagne du Sud en alignent immédiatement 600.000 grâce à une organisation bien rodée et à un réseau ferroviaire très dense.

Les armées françaises sont très vite bousculées par la coalition allemande. Les Français subissent plusieurs défaites non dépourvues de panache comme à Wissembourg, le 4 août 1870, et surtout à Froeschwiller-Woerth, le 6 août. Ce jour-là, à deux reprises, près du village de Reichshoffen, les cuirassiers à cheval chargent sabre au clair dans les houblonnières. Empêtrés dans les piquets et les fils, hommes et chevaux se font absurdement massacrer.

À la suite de ces défaites, qui entraînent la perte de l'Alsace et de la Lorraine, le commandement en chef passe au maréchal Bazaine. Brave mais indécis, celui-ci tente de replier ses armées de l'Est sur Verdun mais se voit barrer la route par l'ennemi. Plutôt que de forcer le passage, il se laisse enfermer dans la place forte de Metz.

Le piège de Sedan

Un mois après la déclaration de guerre, il ne reste à la France que 130.000 hommes de la première armée, regroupés au camp de Châlons sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon. L'empereur l'accompagne mais, très malade en raison d'un caillou dans la vessie et pouvant à peine circuler en voiture, il se garde de diriger les opérations.

L'armée manoeuvre en vue de secourir le maréchal Bazaine assiégé à Metz. Celui-ci, qui songe déjà à se rendre, reste étrangement inactif. C'est ainsi que Mac-Mahon est battu le 30 août à Beaumont et, faute de mieux, se replie sur la place forte de Sedan. Le 1er septembre au matin débute la bataille décisive. Blessé, le maréchal de Mac-Mahon laisse le commandement au général Ducrot et celui-ci au général Wimpffen, « le plus ancien dans le grade le plus élevé ».

Écrasés par l'artillerie allemande, les Français sont impuissants à desserrer l'étau. L'empereur souffre le martyre et se désespère de laisser tant d'hommes aller à une mort inutile. Lui-même, malgré sa maladie, monte à cheval et va au-devant de la mitraille. Mais la mort se refuse à lui. Le lendemain,soucieux d'éviter un massacre inutile, il donne lui-même l'ordre de se rendre et se rend auprès de l'état-major allemand. Il est reçu dans une modeste maison non par le roi Guillaume 1er mais par le chancelier Bismarck.

L'acte de capitulation est signé au château de Bellevue, sur une hauteur à quelques kilomètres de Sedan. À Lyon, Marseille et Paris, sitôt connu le désastre, l'empereur est déchu et la République proclamée.

Le gouvernement provisoire poursuit la guerre cependant que les Prussiens se dirigent à marches forcées vers Paris. La capitale va subir un siège éprouvant jusqu'à l'armistice de janvier 1871.

De son côté, l'ex-empereur quittera sa prison de Wilhelmshösse, dans la Hesse, et rejoindra sa femme, l'ex-impératrice Eugénie, à Londres. C'est là qu'il mourra le 9 janvier 1873, en se faisant opérer de la maladie de la pierre. Son fils unique, le prince Eugène, sera tué en combattant les Zoulous d'Afrique du Sud au service de l'armée anglaise, en 1879. La mort tragique du Prince impérial laissera orphelins les derniers bonapartistes.

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4 septembre 1870 Proclamation de la République

Le 4 septembre 1870, les Parisiens proclament la République (c'est la IIIe du nom). En souvenir de ce jour, de nombreuses rues de France portent le nom du «Quatre Septembre».
C'est après avoir appris la capture de l'empereur Napoléon III par les Prussiens à Sedan que les républicains de la capitale ont pris le pouvoir. Ils ont été devancés de quelques heures par leurs homologues de Lyon et Marseille.
Joseph Savès.

Illusions impériales
Quelques mois plus tôt, le 8 mai, Napoléon III était sorti renforcé d'un plébiscite qui lui avait donné 7.336.000 oui contre 1.560.000 non en confirmant l'orientation libérale de l'empire. À Paris, toutefois, à la différence du reste du pays, une majorité républicaine s'était prononcée contre le régime.
La déclaration de guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, allait détruire les illusions de l'empereur. Certains républicains se hasardent à souhaiter qu'une prompte défaite consacre la ruine du régime et hâte l'avènement de la République. C'est ainsi que Le Rappel écrit noir sur blanc : « L e danger le plus sérieux, c'est celui de la victoire. L'Empire fait le mort. Les Prussiens battus, il ressuscitera ». Ce journal appartient aux fils de Victor Hugo - lequel est en exil à Jersey -. La défaite de Sedan comble au-delà de toute espérance les voeux de ces drôles de patriotes.

Une République issue de la défaite
Dans la nuit du 3 au 4 septembre, dès l'annonce de la défaite, les députés du Corps législatif se réunissent au Palais-Bourbon. Ils dédaignent de confier la régence à l'impératrice Eugénie, confinée au palais des Tuileries, et s'interrogent sur la conduite à suivre.
Dans le petit groupe républicain, plusieurs députés se préparent à un illustre destin. Parmi eux, Jules Favre, Jules Grévy, Jules Simon et Jules Ferry, qui fonderont la «République des Jules». Il y a aussi Adolphe Crémieux et surtout Léon Gambetta, superbe orateur de 32 ans.
Les Parisiens envahissent bientôt le Palais-Bourbon et exigent l'instauration de la République. Les députés craignent d'être débordés par l'insurrection. Jules Favre leur suggère alors de proclamer eux-mêmes la République à l'Hôtel de ville de Paris, comme aux plus beaux jours de la Révolution de 1789 ou des journées de Février 1848.
Deux colonnes de députés et de simples citoyens se rendent donc à l'Hôtel de ville, où elles ont été devancées par un groupe d'agitateurs révolutionnaires, jacobins ou socialistes (Delescluze, Blanqui, Flourens,...).
Pour séduire et rassurer la foule, Jules Ferry a l'idée de constituer un gouvernement composé de députés républicains de Paris. C'est ainsi que Léon Gambetta et Jules Favre proclament la République au milieu d'une liesse générale quelque peu surréaliste en regard de la situation militaire du pays.
Beaucoup de Parisiens croient naïvement que la déchéance de l'empereur et l'avènement de «Marianne» rendront les Prussiens plus accommodants. Certains imaginent au pire un sursaut général comme aux temps héroïques de Valmy. La résistance de l'armée de Bazaine à Metz leur donne quelques motifs d'espérer.

Paris résiste
Le «gouvernement de la Défense nationale» est placé sous la présidence du gouverneur militaire de la place, le général Louis Trochu, un conservateur timoré, «Breton, catholique et soldat», selon ses propres termes. Il délègue le député Adolphe Crémieux à Tours en vue de prendre en main les zones encore libres. Mais le généreux septuagénaire se révèle vite insuffisant à la tâche.
La situation s'aggrave le 19 septembre avec l'encerclement de Paris par les troupes ennemies. Le 7 octobre, le fougueux Gambetta (32 ans), ministre de l'Intérieur, s'enfuit à son tour de Paris à bord d'un ballon.

Sitôt à Tours, Léon Gambetta organise une armée en vue de secourir la capitale et de mener une «guerre à outrance». Son initiative recueille quelques éphémères succès mais elle inquiète les populations rurales qui rêvent surtout du retour à la paix. Les troupes hâtivement rassemblées par Gambetta sont sans difficulté battues par les Prussiens après la reddition honteuse de l'armée de Bazaine, à Metz.
De leur côté, affamés par un siège impitoyable, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une «sortie torrentielle» à Buzenval, le 20 janvier 1871. Elle s'achève par une piteuse retraite.
Dans un ultime effort, Adolphe Thiers (73 ans), vieux député conservateur doté d'un très grand prestige, entreprend une tournée des capitales européennes en vue d'obtenir une intervention militaire en faveur de la France. Il se heurte partout à un refus poli, ... au grand soulagement du chancelier Bismarck.
À Saint-Pétersbourg, le tsar Alexandre II accueille avec une secrète jubilation les nouvelles de France, qu'il avait prévues. Il y voit la rançon de son humiliation dans la guerre de Crimée et des leçons prodiguées par les Français à son endroit à propos de la Pologne.
L'armistice est finalement signé par Jules Favre le 28 janvier 1871 pour une durée de quatre semaines. Bismarck veut ainsi donner le temps aux vaincus d'élire une assemblée nationale. Il a besoin en effet que le traité de paix définitif soit entériné par une autorité légitime afin de ne pas être plus tard contesté.
Dix jours plus tôt, le 18 janvier, les envahisseurs ont proclamé triomphalement l'Empire d'Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles.

La France aspire à la tranquillité
Le 8 février, les élections générales amènent à la nouvelle Assemblée nationale une majorité favorable à la paix. Les ruraux des provinces, peu au fait du siège de Paris et des événements militaires, manifestent massivement leur volonté d'en finir au plus vite avec la guerre en reportant leurs suffrages sur les notables. C'est ainsi que se révèle à l'Assemblée une majorité écrasante de monarchistes.
Pas moins d'un élu sur trois est noble ! Mais ces députés monarchistes sont divisés entre partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe 1er, du comte de Chambord, petit-fils de Charles X, et de Napoléon III, empereur déchu.
Paris étant entourée de troupes allemandes et trop agitée au goût de l'Assemblée nationale, celle-ci se réunit au Grand Théâtre de Bordeaux avant de se transférer à Versailles. Le gouvernement de Trochu lui remet sa démission et, le 17 février, l'Assemblée désigne Adolphe Thiers comme « chef du gouvernement exécutif de la République française » en attendant de statuer sur la nature du régime futur : monarchie ou république.
Ainsi naît la IIIe République, dans la détresse et la confusion... Elle mourra de la même façon 70 ans plus tard, en 1940.
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lundi 9 novembre 2009

Quand les Tchétchènes combattaient les partisans blancs aux côtés des bolcheviks

En 1917, dans l’Europe ravagée depuis trois ans par la Grande Tuerie, éclate la révolution bolchevique financée entre autres par la "Deutsche Connexion Bank" d’Israël Lazarevitch Helphand, dit "Parvus", et Jacob Fürstenberg, dit Yakov Ganetsky.
Ces deux personnages sont les intermédiaires entre l’Allemagne et les islamistes du Comité Union et Progrès qui ont pris le pouvoir à Constantinople le 23 juillet 1908 qui finira, au nom du "Djihad", par entraîner l’Empire osmanli aux côtés de l’Allemagne dans la guerre contre les pays de l’Entente.
L’objectif des forces que représentent Parvus et Ganetsky est à l’évidence de détruire les empires coloniaux français, anglais, italien et russe.
De fait, le premier acte des Bolcheviks sera, le 3 mars 1918, la signature du Traité de Brest-Litovsk dont l’article IV impose aux Russes d’évacuer la Transcaucasie et l’Asie Centrale. Aussitôt, les armées du sultan de Constantinople envahissent l’Arménie sous juridiction russe depuis 1828.
Car, non contents d’avoir, avec la complicité des Tchétchènes, assassiné trois millions d’Arméniens et de Grecs de Turquie et d’Anatolie, les islamistes de Constantinople projettent d’en faire autant en Transcaucasie.
A peine signé le traité de Batoum, l’Armée islamiste, qui, depuis le Traité de Brest-Litovsk, contrôle la partie nord de l’Iran, attaque les Russes blancs de Koltchak en Asie Centrale et ceux de Denikine dans le Nord-Caucase. Deux cent trente mille Arméniens de Transcaucasie et soixante-dix mille d’Iran sont trucidés par les Turcs, Azéris, Adjares, Tchétchènes et autres composantes de la Division Sauvage. Israël Helphand, artisan du traité de Brest-Litovsk, Adolf Joffe, chef du département "Asie Centrale" du Comité centrai du PCUS et ambassadeur en Allemagne, Karl Sobelsohn, dit Radek, chef du département "Europe" du Commissariat aux Affaires étrangères de l’URSS, Léon Karakhan, chef du département "Orient" du même commissariat, Léon Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et Grigori Brilliant, dit Sokolnikov, commissaire politique de l’Armée rouge, sont les responsables avérés de ce génocide conforme à la stratégie bolchevique de "l’écharpe verte" consistant à soulever les peuplades islamistes contre l’Angleterre et la France.
Israël Helphand est le financier de ces bouchers ainsi qu’en témoigne un télégramme daté du 14 juillet 1917 : « Nous avons transféré à votre nom par l’entremise de M. I. Ruchver, magistrat-instructeur, cent quatre vingt mille Marks pour vos dépenses en Finlande. La différence est à votre disposition pour l’agitation contre l’Angleterre et la France. Les lettres de Malyanik et Stelkov ... seront considérées. »
Signé : Parvus.

Dans le cadre de la même stratégie, après l’armistice de novembre 1918, la "ligue pour la révolution islamique" fut installée à Berlin et confiée à Talaat, ministre de l’intérieur de l’Empire osmanli. Responsable du génocide des Arméniens et des Grecs d’Anatolie en 1915, Talaat, réfugié dans la capitale allemande, était devenu créature de Joffe, Radek et Karakhan. Sous leur influence, la "Ligue" allait inspirer et financer toutes les révoltes musulmanes anti-occidentales de l’Entre-deux-guerres :
- la guerre menée par Atatürk en Anatolie, de 1919 à 1923, contre les Alliés afin d’empêcher l’application du Traité de Sèvres qui consacrait la reconquista de l’Anatolie par les Arméniens et les Grecs ;
- la guerre du Rif (1919-1934) menée par Abd-El-Krim contre la France et l’Espagne ;
- la guerre afghano-britannique de 1919-1923 ;
- la révolte irakienne contre les Anglais (1919-1932) ;
- la rébellion senousiste en Libye contre les Italiens (1919-1934) ;
- la révolte syrienne contre les Français (1919-1927).
C’est dans ce contexte géostratégique qu’il faut situer la guerre civile russe de 1918-1921. Exaspérés par les persécutions religieuses, le génocide entrepris par les Bolcheviks dès novembre 1917, le massacre de la famille Impériale à Iekaterinbourg et le traité scélérat de Brest-Litovsk, les Russes se révoltent sous la direction de Koltchak, Semionov, Alexeiev, Kornilov, Denikin et Ioudenitch.
En janvier 1919, les partisans blancs de Denikin sont sur le point de l’emporter. Ayant repris Vladikavkaz enlevé par les Tchétchéno-Bolcheviks aux Cosaques du Terez, libéré les bassins du Don et du Dniepr moyens, puis Voronej, Koursk, Orël, ils campent aux portes de Toula, à 250 km de Moscou.
C’est là que les partisans blancs seront poignardés dans le dos par une coalition musulmane formée en un "comité de défense" au sein duquel on trouve, alliés aux Bolcheviks, les Tchétchènes constitués en régiments de la Ch’aria et en Armée Islamique.
Le coup de poignard tchétchène dans le dos de Denikine est tragique dans ses conséquences : les bolcheviks reprennent Orël et Voronej, Kharkov et Kiev, puis Tsaritsyne et Rostov.
Ce qui reste de l’armée blanche sera littéralement exterminé par les Tchétchènes sur la route de la Mer Noire.
Les troupes de Koltchak, quant à elles, sont repoussées par les bolcheviks. Harcelées par les Tatars, Kirghizes et autres musulmans d’Asie Centrale, elles seront écrasées par l’Armée rouge et leur chef, trahi par la légion tchécoslovaque, sera fusillé le 7 février 1920.
Après la bolchevisation de la Transcaucasie, les Arméniens de Transcaucasie et d’Iran sont massacrés par les Turcs, les Azéris, les Tchétchènes, les Adjares, les Ingouches et les Iraniens en application du Traité de Kars (13 octobre) signé entre la Turquie et l’URSS.
C’est Jacob Fürstenberg, financier, avec Israël Helphand, de la révolution bolchevique, qui, au nom de l’Union soviétique, signa ce traité porteur de mort.

Aujourd’hui, les mêmes forces sont à l’oeuvre derrière les récents événements.
Les Azéris, qui ont tué au moins quarante mille Arméniens depuis 1988, agissent de concert avec les Tchétchènes en rébellion contre les Russes, les Abkhazes dressés contre la Géorgie, les Ingouches affrontés aux Ossètes et les groupes islamistes du Tadjikistan.
Cette véritable offensive musulmane généralisée contre la Russie, comparable à celle qui suivit le Traité de Brest-Litovsk, s’éclaire d’une lumière inquiétante à la lecture d’une étrange vaticination du patriarche orthodoxe de Constantinople, Basile III, datée de septembre 1929 :
« Seul le Tsar pouvait empêcher que les prédictions ne s’accomplissent.
La bataille d’Armagueddon, le combat de l’Apocalypse, les chevaux blancs, l’Hydre à sept têtes et aux sept couronnes. L’Hydre verte !
Du sang sur la tunique blanche !
Les deux fous de Sarajevo.
Nul n’a compris que l’hydre verte avait armé le bras du Serbe.
Le cerveau est aux terres glaciales.
Si les tentacules s’étendent et se ramifient sur le monde, Sainte Russie, barrière de l’Europe, soutien de l’Eglise, si tu cèdes, les cavales de Tamerlan se baigneront aux rives de Bretagne. »

"L’Hydre verte" qui a "armé le bras du Serbe" semble faire allusion, d’une part, au fait que le revolver de Gavrilo Prinzip, qui tua l’archiduc d’Autriche-Hongrie à Sarajevo le 28 juin 1914, avait été fourni par des musulmans bosniaques ; d’autre part, à la "Société du Dragon vert", organisation occulte orientale qui disposait de deux succursales européennes : l’une à Constantinople, où se tint, en juin 1914, le congrès sionisto-islamique dont nous avons parlé dans notre article sur l’attentat de Sarajevo (Helphand-Parvus se trouvait à Constantinople à cette date), l’autre à Stockholm, siège de la banque d’Helphand et Fürstenberg, financiers de la révolution bolchevique.
Le siège central du "Dragon vert" se trouvait en Chine, où se succèderont comme ambassadeurs soviétiques, entre 1922 et 1927,... Joffe et Karakhan, signataires du Traité de Brest-Litovsk et promoteurs de la stratégie de l’"écharpe verte".
Ces deux "diplomates" appuyèrent l’action de l’agent bolchevique Michel Grüsenberg, dit Borodine, fondateur des partis communistes chinois et vietnamien et dont le secrétaire s’appelait Nguyen Tat Than, plus connu aujourd’hui sous le nom d’Ho Chi Minh.
Texte publié dans Le Libre Journal n°57.

samedi 7 novembre 2009

Moscou aux origines de la « légende noire » de Pie XII

En raison de la suspicion qui pèse sur l'attitude de Pie XII, qui régna de 1939 à 1958, face au IIIe Reich, son procès en béatification ne cesse d'être différé. Principal élément à charge :
Der Stellvertreter (Le Vicaire), la pièce de l'Allemand Rolf Hochhuth, portée à l'écran sous le titre Amen par Costa-Gavras. Laquelle aurait été téléguidée par les services soviétiques...

La langue allemande dispose de deux substantifs - ce qu'on nomme un doublon en lexicographie - pour désigner le genre théâtral qui est en français la tragédie : die Tragödie (mot féminin décalque du latin tragœdia, lui-même issu du grec tragôdia qui était, à l'origine, le chant qu'entonnaient les sacrificateurs lorsqu'ils égorgeaient le tragos, le bouc) ; et das Trawerspiel (mot neutre, de racines germaniques, formé de deux substantifs agglutinés, der Trawer (deuil, mélancolie, tristesse, chagrin) et das Spiel (jeu scénique, par extension pièce de théâtre). Tragödie et Trawerspiel sont donc une seule et même chose, la seule nuance étant que le premier mot est plutôt académique et semble un peu vieilli.
La biographie de Rolf Hochhuth est pleine de trous
A quarante-cinq années de distance, deux tragédies de langue allemande (et qui plus est chacune en cinq actes) portent des sous-titres dont le parallélisme est assez troublant Eine Biblische Tragödie (Une tragédie biblique), en 1918, puis Ein Christliches Trawerspiel (Une tragédie chrétienne); en 1963. Encore plus troublante, l'étonnante relation chiasmatique entre les deux auteurs et leurs deux tragédies. L'auteur de 1918 ne dut pas sa célébrité à cette oeuvre, dramatique alors que celui de 1963 n'est connu que par elle. La première avait pour titre principal Judas Ischariot, qu'elle glorifiait au détriment de son Maître, Jésus, ravalé au rang d'ilote politique. La seconde, Der Stellvertreter, dénigrait le rôle du Vicaire (c'est la traduction de Stellvertreter en français) de ce même Jésus, en la personne de Pie XII. L'auteur de Judas lschariot se nommait Joseph Goebbels. Celui de Der Stellvertreter se nomme toujours Rolf Hochhuth. .
Tenter d'en savoir plus sur la biographie de Rolf Hochhuth relève de la gageure. Son site officiel (http://www.rolf-hochhuth.de) possède certes une section «Lebenslauf» (curriculum vitœ), mais y aller voir redirige automatiquement vers le site du Deutsches Historisches Museum (DHM) de Berlin, dont la notice sur l'auteur est des plus étiques pour la période qui va de sa naissance (1931) à la parution du Vicaire, la tragédie qui va le rendre mondialement célèbre (1963), et qui est celle, on le comprendra, qui nous intéresse particulièrement. C'est avec de tels trous dans une biographie que le doute s'installe.
Hochhuth est donc né en 1931, le 1er avril précisément, à Eschwege, une ville du Land de Hesse qui ne devait guère avoir plus de vingt mille habitants à cette date et où les catholiques étaient très minoritaires. Son père, à l'époque de la naissance de Hochhuth, semble avoir dirigé dans cette ville, ou dans ses alentours, une fabrique de chaussures. Quelle a été l'attitude du père industriel pendant le régime national-socialiste ? Je l'ignore, mais de nombreux commentateurs ont estimé que Le Vicaire manifestait une sorte de transfert du sentiment de culpabilité de Hochhuth d'avoir eu un père favorable au National-socialisme sur une personnalité de plus grande envergure, et que, à cet égard, il était difficile de trouver mieux que Pie XII.
La DHM est absolument muette sur Hochhuth quant à ses vingt premières années. Quelles furent ses études) Son comportement pendant le régime national-socialiste (il était dans sa quinzième année quand le IIIe Reich s'effondra) ? Ce qu'il fit dans l'immédiat après-guerre, on l'ignore. On nous apprend que de 1951 à 1955, après avoir, peu de temps, suivi les cours d'une école sur les métiers de l'imprimerie, il occupe quelques places de commis de librairie dans trois villes allemandes et suit, comme auditeur libre, des cours aux universités de Heidelberg et Munich. Ce statut confirme ce que la plupart des commentateurs soutiennent, à savoir que Hochhuth n'obtint pas même l'équivalent allemand du baccalauréat, l'Abitur.
Conséquemment, il n'a aucun diplôme universitaire. Pendant les années 1955 à 1963, toujours selon les données succinctes de la DHM, Hochhuth serait «lecteur» chez l'éditeur Bertelsmann-Lesering, mais le vrai rôle qu'il y joue demeure obscur.
Pour Moscou, le pape et l'Eglise catholique doivent être abattus
En 1963, il a trente-Deux ans, Hochhuth se dit « auteur indépendant ». En fait il n'a encore rien écrit qui permette de déceler en lui un talent d'écrivain naissant. On pense qu'il poursuit alors un travail de documentation sur le national-socialisme entrepris des années auparavant. C'est celle année-là que paraît l'édition de sa tragédie Le Vicaire, qui allait le hisser à une subite notoriété internationale. Traduite en 27 langues, la pièce sera représentée dans un encore plus grand nombre de pays, notamment dans tous ceux de l'Est où elle était un spectacle incontournable (pour ne pas dire obligatoire, car elle fut représentée au moins une fois par an dans toutes les villes du bloc de l'Est disposant d'un théâtre...), mais elle sera, très curieusement, interdite de représentation en... Israël.
La controverse qu'elle suscite est mondiale. Découvrir que Pie XII, décédé en 1958, n'avait rien fait pour dénoncer les persécutions antisémites, voire qu'il les avait encouragées par son «silence», fut une douche froide pour le monde catholique qui continuait de vénérer la mémoire du souverain pontife, vénération partagée par les habiroux eux-mêmes.
En juin 2005, le bimensuel jésuite La Civiltà Cattolica - dont les textes sont systématiquement relus pour approbation par la Secrétairie d'État - publiait un article du père jésuite et historien Giovanni Sale, rappelant (ou pour mieux dire révélant) que la « légende noire » contre Pie XII avait été créée et lancée par Radio Moscou dès le 7 juin 1945. Cinq jours auparavant, le 2, en la fête de son saint patron Eugène, Pie XII, lors d'une allocution, avait mis en garde le « monde libre » contre les manœuvres de séduction de l'Empire soviétique. Radio Moscou déclarait : « Qui a entendu le discours du pape [...] a été extrêmement étonné d'apprendre que le Vatican, pendant les années de la domination d'Hitler en Europe, a agi avec courage et audace contre les délinquants nationaux-socialistes. En revanche, les faits et actions véritables du Vatican disent le contraire [...] Aucune des atrocités commises par les hommes d'Hitler n'a suscité le mépris et l'indignation du Vatican. Il s'est tu alors qu'œuvraient les machines de mort allemandes, quand fumaient les cheminées des fours crématoires [...], quand la doctrine hitlérienne d'élimination et d'extermination des nations et des peuples se transformaient en une dure réalité [...] Maintenant en revanche, le pape [remplit] son discours d'allusions contre l'Union soviétique et le communisme international pour provoquer des divergences et semer la méfiance parmi les alliés. »
La presse communiste internationale, mais aussi bien des organes du « monde libre », éternels « idiots utiles », accordèrent leurs violons au la donné par Moscou... Ce début d'une offensive médiatique - oubliée de nos jours - contre le Vatican allait se doubler d'un formidable effort d'infiltration de l'administration du Saint-Siège par le NKGB (qui deviendra le MGB en 1946 et sera incorporé au KGB créé en 1953). Le pape, premier résistant au communisme, était devenu l'homme à abattre et L'Eglise catholique, l'institution à subvertir avec des réussites incontestables - le noyautage du Russicum (le Collège pontifical russe) à Rome entre 1949 et 1953 - ou de piteux échecs - l'échec du montage contre le cardinal Jozsef Mindszenty, primat de Hongrie, en 1949.
Le transfuge roumain Pacepa balance la manip soviétique
En juillet 1978, le n°1 de la DIE (services secrets extérieurs de la Securitate roumaine), le général Ion Mihai Pacepa, passait à l'Ouest, et avec lui la révélation des coups fourrés du renseignement soviétique et des services «frères» et subordonnés des services d'espionnage du bloc de l'Est. Né en 1928 et entré dans la carrière en 1947, Pacepa était la mémoire vivante de l'organisation et des méthodes du renseignement de l'empire soviétique. « Une contribution considérable et sans équivalent », estima la CIA. il fut en effet le plus grand maître-espion jamais passé à l'Ouest.
Dans une longue, dense et remarquable étude parue le 25 janvier dernier dans la National Review américaine, Pacepa, qui avait d'ailleurs été en poste en Allemagne de l'Ouest à la fin des années 1950, apporte des révélations inédites sur une opération de «desinformatsiya» contre la mémoire de Pie XII par l'instrumentalisation de Rolf Hochhuth, montée par le général soviétique Ivan Agayants (1911-1968), premier chef du Département D (celui de la désinformation) du Premier directorat du KGB (renseignement et opérations à l'étranger).
Pacepa raconte qu'en 1963, Agayants (qui avait sévi sous couverture commerciale à Paris à la fin des années 1930 et y revint après-guerre) arrive à Bucarest pour remercier la DIE des bons résultats de son travail de subtilisation, de documents des archives du Saint-Siège sur Pie XII, un volet, confié aux Roumains, d'une plus vaste opération de dénigrement du pape défunt, montée par le général soviétique Aleksandr Sakharovsky, grand patron du Premier directorat du KGB, opération baptisée Siège-12 (Siège pour Saint-Siège et 12 pour Pie XIl). Agayants informe ses interlocuteurs roumains que l'opération Siège-12 va aboutir grâce à une pièce attaquant Pie XII, et titrée... Le Vicaire.
Hitler avait eu le projet de faire enlever Pie XII !
On annexera à l'édition de cette pièce toute une documentation «organisée» par les techniciens moscovites du Département D, grâce aux éléments fournis par les Roumains : ce sont, selon Pacepa, les Historische Streiflichter (les à-côtés historiques) qui figurent dans l'édition originale, et qui offrent une crédibilité apparente à une oeuvre dramatique qui en était essentiellement dépourvue.
La pièce sera mise en scène et produite par le célèbre homme de théâtre allemand, Erwin Piscator (1893-1966), un communiste notoire. Fondateur du « théâtre prolétarien », Piscator se réfugia à Moscou peu avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler, puis vécut à Paris de 1936 à 1939 avant d'émigrer aux Etats-Unis, d'où il revint en 1962 pour «arranger», la pièce de Hochhuth, c'est-à-dire réduire à une durée raisonnable une tragédie qui aurait occupé la scène plus de huit heures dans la version de l'auteur, et sans doute contribuer à la réécriture d'une pièce mal ficelée et la remanier pour augmenter l'impression détestable de Pie XII ! A cet égard, ce fut une réussite, qui vérifiait le slogan alors en cours au KGB : « Les morts ne peuvent pas se défendre » ainsi que l'aphorisme sans cesse rappelé à Pacepa par Youri Andropov, le patron du KGB de 1967 à 1982 : « Les gens sont toujours plus disposés à croire aux cochonneries qu'à la sainteté. »
Le succès planétaire du Vicaire se maintint jusque vers milieu des années 1970, lorsque l'opinion publique internationale apprit que non seulement Pie XIl n'était pas le supposé ami et allié des nationaux-socialistes, comme cette pièce kgébiste entendait le démontrer, mais, que c'était un mythe : les dirigeants du IIIe Reich considéraient le pape comme leur pire ennemi, imaginant toute sorte d'opérations pour en venir à bout, y compris l'investissement de la Cité du Vatican et la réclusion de Pie XII (1943), voire son enlèvement, chose tellement énorme qu'on a du mal à y croire
Monsieur Poutine, ouvrez les archives du KGB !
Ce projet fut pourtant révélé en janvier 2005 dans l'Awenire, le quotidien de l'épiscopat italien, citant un témoignage inédit et écrit du général Karl Friedrich Otto Wolff, Höchster SS und Polizei-Führer (chef suprême des SS) à Rome, à qui Hitler avait ordonné, en mai 1944, d'enlever Pie XII ! Non seulement Wolff n'obéit pas, mais il profita d'une audience pour en avertir le pape. Ce dernier, a-t-on appris l'an passé, prit l'affaire au sérieux et toutes dispositions pour que l'État du Vatican perdure si survenait ce cas inédit de sede vacant (de vacance du Saint-Siège)...
Pacepa rapporte une confidence que lui fit Andropov en 1974 : si Moscou avait connu, à l'époque de Siège-12, ces informations, on ne s'y serait jamais pris ainsi pour attenter à la réputation de Pie XII ! Un aveu qui permet de comprendre pourquoi la tentative de reprise de l'opération de calomnie essayée en 2002 par Costa-Gavras avec son film Amen, directement inspiré et adapté du Vicaire - et récompensé du César du meilleur scénario ! - est tombée à plat.
Pour l'heure, Hochhuth refuse de s'expliquer sur le fond de l'affaire révélée par Pacepa. Nous n'en saurons guère davantage tant que les archives du KGB ne seront pas ouvertes aux chercheurs et aux historiens : nous avons la clef de ce mystère mais sa serrure nous est interdite. Quant à l'auteur du Vicaire, trois hypothèses peuvent être avancées. La plus bénigne serait sa manipulation « à l'insu de son plein gré » comme disait l'autre mais c'est la moins probable : on l'imagine mal, sauf à considérer qu'on a affaire à un parfait imbécile - ce qui n'est pas le cas -, n'avoir rien subodoré pendant plus de 40 ans.
La seconde, qui est double, est que Hochhuth a participé consciemment et activement à une opération de désinformation du KGB, soit pour une raison de lucre (ses droits d'auteurs sont considérables et sa carrière littéraire et de dramaturge a été lancée par ce « coup de pouce », soit parce qu'il était idéologiquement philo-communiste et anti-catholique - encore que ces deux raisons peuvent n'en former qu'une seule... Dernière hypothèse : Hochhuth était un homme tenu par les services soviétiques, en raison de détails connus d'eux de sa vie passée ou privée, et qui dut, en raison du chantage exercé sur lui, se plier à la volonté soviétique de collaborer à son entreprise multiforme de désinformation contre Pie XII et de lutte à mort contre l'Église catholique.
Pas besoin d'être chiromancien pour comprendre que les révélations de Ion Mihaï Pacepa, qui a reconnu avoir « été lui-même impliqué dans la tentative délibérée du Kremlin pour salir le Vatican » connaîtront des rebondissements. Mais quand ?
Daniel Hamiche Le Choc du Mois Mars 2007

jeudi 5 novembre 2009

Eric RAYNAUD : « Rien n'explique que les avions aient pu pénétrer aussi facilement l'intérieur des zones les mieux protégées du monde »

Journaliste d'investigation, Eric Raynaud se passionne depuis huit ans pour les attentats du 11 septembre 2001. Auteur d'un livre intitulé 11 septembre, les vérités cachées, il est convaincu que les tours du World Trade Center avaient été piégées avant que les avions ne les percutent. Il s'explique pour Monde et Vie.
M&V : Le 11 septembre 2001, le monde entier a assisté en direct à l'écroulement des tours du World Trade Center à New-York, heurtées de plein fouet par des avions de ligne détournés par des terroristes. Pour tout le monde, ces terroristes et leur chef, un certain Oussama ben Laden, jusqu'alors inconnu du grand public, en étaient seuls responsables. Comment en êtes-vous arrivé à douter de la version officielle des événements ?
- Eric Raynaud : A l'époque,je suis resté «scotché», le souffle coupé, devant ma télévision jusqu'à cinq heures du matin et je ne me suis pas posé de question sur la manière dont l'événement avait pu se produire. Les questions sont venues plus tard, d'abord à la lecture du livre de Thierry Meyssan sur l'attentat visant le Pentagone, « L'Effroyable imposture », puis lors de la publication des conclusions de la commission d'enquête américaine conduite par l'administration Bush-Cheney, absolument pas crédibles. Des scientifiques de premier rang sont d'ailleurs montés au créneau pour critiquer cette version officielle des faits, avec des arguments puissants. Après l'élection de Barack Obama, la parole s'est un peu libérée.
Elle est plus libre aux Etats-Unis qu'en France...
- En effet, de nombreuses associations s'y sont créées et se sont pour la plupart fédérées au sein d'un Mouvement pour la vérité sur le 11 septembre, afin de réclamer l'ouverture d'une nouvelle enquête. Des associations de victimes et de familles de victimes, de pompiers, de témoins, de Professionnels du bâtiment - architectes et ingénieurs -, d'anciens agents des services secrets, une association de personnalités religieuses et une autre rassemblant des dirigeants politiques internationaux ont demandé que la lumière soit faite sur les nombreuses obscurités de ce drame.
Selon vous, que s'est-il réellement produit le 11 septembre ?
- Il s'agit indubitablement d'attentats perpétrés par des terroristes - nous avons tous vu les avions percuter les tours -, mais je suis convaincu que Georges Bush et les membres de son administration avaient des éléments démontrant qu'ils allaient se produire. Les services secrets d'au moins quinze pays, dont le Mossad, les services secrets afghans et la DGSE française (dès le mois de janvier !), les avaient prévenus qu'un attentat allait avoir lieu avec des avions détournés. La CIA en avait aussi fait état le 6 août 2001, lors du briefing quotidien en présence de George Bush. L'administration en place a volontairement laissé faire et probablement accompagné le mouvement. On ne s'explique pas autrement que les avions aient pu pénétrer aussi facilement à l'intérieur des zones les mieux protégées du monde : New-York, Washington et le Pentagone. Il faut savoir qu'autour du Pentagone est tracé un cercle virtuel, baptisé P 56, dans lequel on n'entre pas sans émettre un message accompagné d'un code qui est changé tous les jours. Si ce message codé n'est pas reçu, des missiles sont immédiatement lancés contre l'appareil intrus. Les avions qui ont percuté les tours auraient également dus être interceptés par la chasse américaine dans les six minutes. À 8 h 30, deux appareils étaient prêts à décoller et à se porter sur l'adversaire en 5 ou 6 minutes. Or ils sont restés au sol pendant une heure et demi, laissant le deuxième avion se fracasser sur la deuxième tour...
Vous évoquez dans votre livre la découverte d'un scientifique, Niels Harrit ? De quoi s'agit-il ?
- Niels Harrit est un scientifique danois, spécialisé en nanochimie. En mars dernier, il a publié dans un bulletin scientifique à comité de lecture - ce qui pour un scientifique est un gage de sérieux - une étude dans laquelle il expliquait avoir trouvé, dans les poussières de béton des tours écroulées, des particules de nanothermite. Il s'agit d'un mélange chimique qui possède des propriétés explosives ou de fusion et dont les ouvriers des chemins de fer se servaient naguère pour couper les rails. Plus c'est petit, plus c'est exogène, et plus ça «pète». Cet explosif atteint très rapidement des températures de 2 500 degrés et brûle sans apport d'oxygène. Le kérosène que contenaient les réservoirs des avions ne brûle, lui, qu'à une température de 800 à 850 degrés. Or, l'acier ne fond pas à moins de 1580 degrés... Par ailleurs, la nanothermite peut servir, soit comme explosif, soit pour découper. Il est probable qu'il y a eu à la fois des charges de découpe et d'explosion, ce qui expliquerait que des poutres de plusieurs tonnes aient été expulsées à 180 mètres, ainsi que la vitesse à laquelle les tours sont tombées : 10 secondes, vitesse de la chute libre, au lieu des 30 secondes minimum qu'il aurait fallu pour écraser 110 étages, selon les spécialistes.
Vous soupçonnez les Américains d'avoir eux-mêmes miné les tours. Pourquoi ?
- Cet explosif est fabriqué sous licence militaire, dans des laboratoires militaires, à usage militaire. Il est donc permis de se demander ce que font ces particules dans les poussières du Worl Trade Center. Je vois mal des islamistes fabriquer la nanothermite dans les grottes d'Afghanistan... Ils auraient pu l'acheter, mais encore aurait-il fallu pouvoir placer les explosifs dans les tours. Car, selon Niels Harrit, il aurait fallu plus de 10 tonnes de nanothermite répartie dans tous les étages des deux tours et de la tour 7 - la troisième à être tombée - pour provoquer de tels dégâts. On sait par des témoins que des explosions ont eu lieu dans les tours, on les entend distinctement lorsqu'on consulte les archives filmées. Un témoin nommé Rodriguez, qui travaillait dans les « Twins Towers » et dont George Bush a fait un héros national car il a sauvé plusieurs personnes, a été brûlé par une énorme explosion dans les sous-sols.
Comment aurait-on pu introduire discrètement plus de 10 tonnes d'explosifs dans les tours ?
- Des journalistes de la télévision danoise l'ont demandé à Niels Harrit, qui leur a répondu : « sur des palettes », et leur a conseillé d'aller poser la question aux responsables de la société qui était en charge de la sécurité des tours, Securacom. Cette société, qui assurait aussi la sécurité de l'aéroport de Dulles, d'où est parti l'avion qui se serait écrasé sur le Pentagone, était dirigée... par Marvin Bush, le propre frère de George Bush, et par leur cousin Wirt Walker. Les responsables de Securacom n'ont jamais été interrogés par la commission d'enquête... Ils auraient pu expliquer pourquoi les chiens renifleurs d'explosifs avaient été retirés du World Trade Center quinze jours avant les attentats ? Des familles ont demandé des explications, elles n'ont jamais reçu de réponse. Peu de temps avant les attentats aussi, il avait été procédé à une opération de réfection des ascenseurs, au cœur d'une colonne d'acier qui monte dans la cage d'ascenseur. Ces ascenseurs avaient pourtant déjà été révisés à peine dix-huit mois plus tôt...
Vous avez abordé aussi dans votre livre le cas de la tour 7, la troisième à s'être écroulée, sans avoir été percutée par aucun avion...
- Le rapport final de la commission d'enquête passe purement et simplement sous silence la chute de cette tour, dans laquelle se trouvaient les bureaux de la CIA, mais aussi le bunker du maire de New-York, à l'époque Rudy Giuliani. On a avancé pour expliquer son écroulement que des débris entrés par les fenêtres de cette tour y avaient allumé des incendies qui auraient affaibli sa structure. Or cette tour, d'une hauteur de 165 mètres, est tombée elle aussi à la vitesse de la chute libre, en 6,5 secondes, dans son empreinte et sans qu'un seul des immeubles qui l'entourent ait été touché.
Vous doutez également de la version officielle concernant l'attentat contre le Pentagone. Pourquoi ?
- Le toit du Pentagone, censé avoir été également frappé par un Boeing, s'est écroulé seulement trois quarts d'heure après l'impact. Des photos prises par des militaires présents à ce moment-là laissent apparaître, au point d'impact, un trou de 5 mètres sur 5... fait par un avion de 38 mètres d'envergure ! En outre, une association rassemblant à la fois des pilotes de ligne et de chasse a fait savoir qu'il aurait fallu exécuter, pour se planter dans le Pentagone de cette manière, une manœuvre en spirale impossible à exécuter ! Le pilote de chasse qui a inspiré le film Top Gun, membre de l'association des pilotes pour la vérité sur le 11 septembre et qui affiche 400 missions de combat, a déclaré que lui-même ne saurait pas la faire - or, le terroriste qui est censé avoir réussi cette même manœuvre avec un Boeing 757 s'était vu refuser deux semaines auparavant la location d'un Cessna, parce qu'il n'arrivait pas à le piloter. Enfin, on ne trouve pas de débris de l'avion sur la pelouse : ni sièges, ni bagages, juste des pièces de métal qui font la surface d'une main.
Autre chose : le 757 est censé avoir traversé trois anneaux du Pentagone celui-ci est constitué de cinq «anneaux», bâtiments concentriques en béton armé, avec d'énormes poutres de protection. A la sortie, dans le sixième mur (il y a deux murs par anneau), on voit un trou circulaire de 2,30 mètre, dont on nous dit que c'est le nez de l'avion. Or le nez d'un 757 n'est même pas en aluminium, mais en fibre de carbone pour que les communications soient meilleures. De la fibre de carbone qui traverse des murs en béton armé ? Je demande à voir... Mais justement, en dépit des 84 caméras qui surveillaient l'endroit, on ne dispose pas d'une seule image montrant le choc et l'avion qui s'engouffre dans le mur : le FBI refuse de les montrer, en dépit des demandes des plaignants.
Mais que sont devenus l'avion et ses passagers - car il a bien décollé ?
- C'est une question à laquelle je suis incapable de répondre. On n'a rien retrouvé à l'intérieur du pentagone. La commission d'enquête a expliqué que la chaleur avait été telle que l'avion s'était volatilisé - moyennant quoi, sans crainte de se contredire, on a affirmé aux familles que leurs proches présents dans l'avion avaient été identifiés grâce à des traces d'ADN ou des empreintes digitales... Tout ce que je peux dire, c'est qu'il est impossible qu'un 757 ait percuté le Pentagone. Selon l'hypothèse la plus courue, il se serait agi d'un missile. Cette hypothèse pourrait être renforcée par les résultats obtenus par une spécialiste qui est allée mesurer la radioactivité sur place : elle est dix fois supérieure à ce qu'elle était à l'origine.
De même, je ne sais pas ce qu'il a pu advenir des personnes qui se trouvaient dans l'avion qui se serait écrasé en Pennsylvanie. On a trouvé un trou de 30 mètres dans un champ, là encore sans une valise, ni un siège, ni un morceau de fuselage. Selon une hypothèse, cet avion-là aurait été abattu par l'armée : après les attaques contre les tours et le Pentagone, il pouvait sembler préférable de le descendre et de tuer 47 personnes pour en sauver 4 000. Aujourd'hui, le gouvernement ne dément plus formellement cette hypothèse.
On a dit que des passagers de cet avion avaient téléphoné à leurs proches...
- Lors du procès de Moussaoui (survivant du groupe terroriste, ndlr), ses avocats ont demandé les expertises du FBI concernant les conversations téléphoniques d'avion jusqu'au sol. Les experts ont expliqué qu'il ne pouvait pas y avoir eu de telles conversations avec la terre ferme, de la hauteur à laquelle volait l'avion. En 2001, on n'avait pas encore la technologie suffisante. Il n'est pas impossible en revanche que les gens, au sol, aient reçu des coups de téléphone - mais de qui, comment, par qui ? Je ne le sais pas.
Pourquoi tout cela ? En se rendant complice des terroristes, le gouvernement américain aurait pris des risques énormes...
- Ce cas de figure s'est déjà vu : on sait aujourd'hui qu'avant Pearl Harbor, par exemple, les Américains avaient été prévenus de l'attaque japonaise. Pour les Américains, il était important d'aller en Irak et en Afghanistan, à cause du pétrole. Un an auparavant, un groupe néoconservateur avait d'ailleurs publié un Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC, Project for a New American Century), dont les rédacteurs expliquaient que les Etats-Unis étaient en train de perdre la guerre de l'énergie et qu'il fallait établir des bases au Moyen-Orient, mais que l'opinion publique américaine n'était pas prête à la guerre, « sauf à ce qu'un élément moteur n'advienne, du type Pearl Harbor, qui retournerait l'opinion et permettrait de passer immédiatement à l'action. » Je pense que Bush était au courant qu'il allait se produire quelque chose. La nuit précédente, il couchait dans un hôtel et contrairement à l'habitude, il y avait une batterie anti-missile sur le toit. Mais je crois qu'il ne pensait pas que ça irait si loin et qu'il a été doublé par Dick Cheney.
Propos recueillis par Hervé Bizien monde & vie 12 octobre 2009

mercredi 4 novembre 2009

De l'avortement à l'euthanasie

Et toujours le même scénario
Dans notre société sur-médiatisée, l'émotion est devenue le vecteur principal des réformes politiques. Pour faire passer des lois qui pourraient heurter l'opinion publique, les lobbies ont compris qu'il faut jouer sur la corde sensible des Français. Avortement. Mariage homosexuel Euthanasie. Le scénario est, depuis trente ans, toujours le même.

- Le 5 octobre 1971, Le Nouvel Observateur publie le manifeste dit « des 343 sal... » qui contient l'appel à la désobéissance civile suivant : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont confrontées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles, je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre. » Ce manifeste est notamment signé par Catherine Deneuve, Yvette Roudy, Marie-France Pisier ou Françoise Sagan. Chacun des signataires s'expose à des poursuites pénales.

Un drame réel, des témoins de « moralité », une émotion intense, une loi

Un an plus tard s'ouvre le procès de Bobigny. Cinq femmes se trouvent dans le box des accusés. Parmi elles Marie-Claire, une jeune fille de seize ans, qui a avorté après avoir été violée par un garçon de son lycée. A ses côtés, quatre autres femmes : sa propre mère, une modeste employée de la RATP, qui l'a conduite à l'hôpital pour qu'elle y subisse un avortement, et trois membres du corps médical qui ont pratiqué l'acte interdit par une loi de 1920. La justice se trouve face à un drame. Un drame humain épouvantable. L'horreur du viol. L'innocence d'une gamine souillée à tout jamais. Une mère démunie qui élève seule sa fille. Personne, même parmi les plus farouches adversaires de l'avortement, ne peut rester insensible face à cette tragédie.
- Le lobby de l'avortement, qui, depuis les événements de Mai 1968, tente de faire sauter le verrou, va l'instrumentaliser avec succès. La défense des accusées est assurée par Maître Gisèle Halimi. Le tribunal va lui servir de tribune pour prendre l'opinion publique à témoin. Son argument est simple. Une jeune fille, victime d'un viol, se retrouve face à la justice, pour avoir refusé de garder son enfant. Ce n'est pas elle qui est coupable, c'est la loi qui interdit l'avortement.
- Les témoins défilent. Le scientifique et académicien Jean Rostand. Les Prix Nobel et biologistes Jacques Monod et François Jacob. La comédienne Françoise Fabian. L'homme politique Michel Rocard. L'écrivain Simone de Beauvoir. Le professeur Paul Milliez, médecin et catholique, qui affirme à la barre : « Je ne vois pas pourquoi nous, catholiques, imposerions notre morale à l'ensemble des Français. » Aux termes de la plaidoirie de Gisèle Halimi, la jeune fille, est relaxée. Les autres accusées le sont également ou simplement condamnées à des peine de sursis.
- Dans tout le pays, l'émotion est intense. Pour ou contre l'avortement. Le débat est lancé. Chacun prend position. Articles de presse. Pétitions, livres. Le sujet n'est plus tabou. Il faut légiférer. Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune de l'Assemblée nationale. La discussion du projet de loi relatif à l'interruption volontaire de la grossesse peut commencer. Le 17 janvier 1975, la loi autorisant l'avortement est publiée au Journal officiel. En deux ans, l'exploitation d'un drame incontestable a permis de transgresser l'interdit absolu. Celui de se débarrasser de l'enfant à naître.

Conseils aux scénaristes en manque d'imagination
Le 16 janvier 2004, un homosexuel, Sébastien Nouchet, est grièvement brûlé par trois individus qui, affirme-t-il, l'auraient attaqué en raison de son orientation sexuelle. La machine médiatique se met en branle. Un homme a été brûlé vif en France parce qu'il est homosexuel. On évoque Himmler et son fameux discours contre les pédérastes. La France, patrie des droits de l'Homme, ne peut pas tolérer de tels actes. Quelle que soit l'opinion de chacun sur l'homosexualité, personne ne peut accepter qu'un jeune soit brûlé pour une telle pratique. Il faut donc légiférer. Le 8 décembre, les parlementaires votent une loi créant la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité et incluant un dispositif contre l'homophobie.
- En janvier 2005, le député UMP, Christian Vanneste, donne son point de vue sur l'homosexualité : « L'homosexualité est une menace pour la survie de l'humanité. [...] Je n'ai pas dit que l'homosexualité était dangereuse. j'ai dit qu'elle était inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel, ce serait dangereux pour l'humanité. [...] Pour moi leur comportement est un comportement sectaire. » Ça ne vous rappelle rien ? Himmler bien sûr : « Si j'admets qu'il y a un à deux millions d'homosexuels, cela signifie que 7 à 8 % ou 10 % des individus de sexe masculin sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. A long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel. »
- Le 14 janvier 2006, Vanneste est condamné en premier instance pour ses propos. L'élu, qui est la première victime de la loi, fait appel. Le 25 janvier 2007, suivant en cela les réquisitions du parquet, la cour d'appel de Douai confirme, et même aggrave la décision des premiers juges. Forts du pacs et d'une loi qui interdit toutes remarques qui ne constituerait l'éloge de la sodomie, le lobby homosexuel entend passer à la vitesse supérieure. L'ultime étape est clairement annoncée : la reconnaissance du mariage entre homosexuels et le droit à l'adoption d'enfant, par ces derniers. Le scénario est déjà écrit. D'ici quelques mois, les médias nous présenteront un enfant abandonné dans un orphelinat (Mieux choisi que Sébastien Nouchet ? Sa plainte a débouché sur un non-lieu. Le magistrat instructeur a conclu à « l'absence d'élucidation des circonstances dans lesquelles sont survenues les brûlures ». Il a fait appel.
- Alors imaginez. Le regard désespéré d'un enfant sans parent. L'ambiance lugubre d'une maison d'accueil pour un enfant seul. Son désir légitime d'être aimé. Personne ne veut de lui. Personne ? Si, justement, deux femmes veulent l'adopter. Elle sont belles. Elles travaillent. Elle sont maternelles. Elles lui apportent du réconfort depuis des années. Va-t-on le laisser grandir loin de leur affection ? Ce n'est pas envisageable. Des adultes viendront témoigner. Ils ont été élevés par deux hommes ou deux femmes. Ils ont toujours été heureux. Epanouis. Choyés. L'enfant tentera de mettre fin à ses jours. Il n'en pouvait plus d'être seul. Séparé de celles qui veulent l'élever. Comme deux vraies mamans. Le législateur interviendra. Et l'impossible se réalisera. Les homosexuels pourront adopter.

L'euthanasie s'invite dans les urnes... funéraires
Le 24 septembre 2000, le jeune Vincent Humbert devient tétraplégique, aveugle et muet à la suite d'un accident de voiture. Une vie brisée. Une vie désormais privée de toute espérance terrestre. Un drame ignoble pour le jeune homme. Un calvaire pour sa mère. La France découvre cette souffrance incommensurable. Chacun se sent concerné. Le 24 septembre 2003, la mère tente d'abréger ses souffrances en lui injectant un produit mortel. Il sombre clans le coma. Elle est arrêtée.
- Les médias se saisissent de l'affaire. Deux jours plus tard, son médecin traitant met un terme définitif à ses souffrances. Vincent Humbert décède. Le 2 janvier 2006, le parquet requiert un non-lieu à l'encontre de la mère et du médecin. La campagne en faveur de la dépénalisation de l'euthanasie est lancée. Toutefois, elle patine. Le corps médical est réticent. Les parlementaires hésitent. L'opinion publique est incertaine. Le choc de Vincent Humbert n'a pas suffi.
- En 2007, la campagne électorale bat son plein. Air du temps : le compassionnel. La campagne pour l'euthanasie redémarre. Le 7 mars, deux mille soignants lancent un manifeste : « Nous soignants, avons aidé un patient à mourir. Parce que, de façon certaine, la maladie l'emportait sur nos thérapeutiques, parce que, malgré des traitements adaptés, les souffrances physiques et psychologiques rendaient la vie du patient intolérable, parce que le malade souhaitait en finir, nous, soignants, avons, en conscience, aidé médicalement des patients à mourir avec décence. Tous les soignants ne sont pas confrontés à ce drame, mais la majorité de ceux qui assistent régulièrement leurs patients jusqu'à la mort, utilisent, dans les circonstances décrites, des substances chimiques qui précipitent une fin devenue trop cruelle, tout en sachant que cette attitude est en désaccord avec la loi actuelle [...] Aussi nous demandons l'arrêt immédiat des poursuites judiciaires à l'encontre des soignants mis en accusation ; une révision de la loi dans les plus brefs délais, dépénalisant sous conditions les pratiques d'euthanasie, en s'inspirant des réformes déjà réalisées en Suisse, en Belgique et aux Pays-Bas ; des moyens adaptés permettant d'accompagner les patients en fin de vie, quels que soient les lieux, (domicile, hôpital, maisons de retraite) et les conditions de vie. Il s'agit là, d'accorder à chaque personne, une singularité, une valeur absolue, qui se nomme, selon le préambule et l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 : la dignité. »
- Ce « manifeste des 2 134 » - cela ne vous rappelle rien ? - n'est pas dû au hasard. Il est intervenu trois jour avant l'ouverture, devant la cour d'assises de Périgueux, du procès de deux femmes, une infirmière et un médecin, accusées d'empoisonnement et encourant trente ans de réclusion criminelle pour avoir administré une dose mortelle de chlorure de potassium à une malade atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale.
- Une fois encore, le cancer est une maladie qui bouleverse tous ceux dont un proche en est mort. ta souffrance. La déchéance physique, lente, mais irrémédiable. Lorsque le cœur s'arrête de battre, c'est un corps décharné qui s'arrête de vivre. A quoi bon prolonger une vie qui ne vaut plus la peine d'être vécue ? L'euthanasie est donc nécessaire.
- 1975, la vie amputée à son commencement. 2007, la vie amputée à son terme. Le scénario a parfaitement fonctionné. A quoi servent les enfants handicapés ? A rien. Certains ont sans doute la solution.
Thierry Normand Le Choc du Mois Mars 2007

mardi 3 novembre 2009

2 novembre 1917, la déclaration Balfour

Il y a 92 ans, le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique adoptait la déclaration Balfour, un texte qui est à l’origine du conflit palestinien.

Alain Gresh
Le Monde diplomatique

Pour en comprendre les enjeux, voici un extrait du chapitre 2 de Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2001 et 2007).

Le conflit se noue (1917-1939)

Un monde s’effondre. La première guerre mondiale entre dans sa dernière année. Des empires séculaires, celui des Ottomans - le turc -, l’empire austro-hongrois, n’y survivront pas. La Russie tsariste est déjà morte et les bolcheviks s’apprêtent à prendre le Palais d’hiver et à instaurer un régime dont la durée de vie coïncidera avec ce que les livres d’histoire désignent comme le XXe siècle. Nous sommes le 2 novembre 1917 et lord Arthur James Balfour, ministre du puissant empire britannique, met la dernière touche à sa lettre. Hésite-t-il un instant à y apposer son paraphe ? Est-il saisi d’une sombre prémonition ? Sans doute pas, car le texte, plus connu sous le nom de « déclaration Balfour », a été longuement débattu par le gouvernement de Sa Majesté. Celui-ci déclare qu’il « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». La déclaration qui, dans une première version, évoquait « la race juive », précise que, pour la réalisation de cet objectif, « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays ». Comment créer un foyer national juif sans affecter les populations locales arabes ? Cette contradiction, la Grande-Bretagne ne pourra jamais la résoudre et elle sera à l’origine du plus long conflit qu’ait connu le monde contemporain.

La lettre de Balfour est adressée à lord Walter Rothschild, un des représentants du judaïsme britannique, proche des sionistes. Qu’est-ce que le sionisme ? J’y reviendrai dans le prochain chapitre. Bornons-nous pour l’instant à dire que ce mouvement réclame « la renaissance nationale du peuple juif » et son « retour » sur la terre de Palestine. La déclaration Balfour répond à plusieurs préoccupations du gouvernement de Londres. Alors que la guerre s’intensifie sur le continent, il s’agit de se gagner la sympathie des juifs du monde entier, perçus comme disposant d’un pouvoir considérable, souvent occulte. Cette vision, ironie de l’histoire, n’est pas éloignée de celle des pires antisémites qui détectent, partout, « la main des juifs ». Le premier ministre britannique de l’époque évoque dans ses Mémoires la puissance de « la race juive », guidée par ses seuls intérêts financiers, tandis que Lord Balfour lui-même avait été le promoteur, en 1905, d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Mark Sykes, un des négociateurs des accords qui partagèrent le Proche-Orient en 1916, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race [les juifs], vile et faible, est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. »

La déclaration Balfour s’adresse particulièrement aux juifs américains, soupçonnés de sympathie pour l’empire austro-hongrois, et aux juifs de Russie, influencés par les organisations révolutionnaires qui ont renversé le tsar au printemps 1917. Nombreux sont favorables à ce que la Russie signe une paix séparée. Londres espère éviter ce « lâchage ». Balfour évoque même la mission qui serait confiée aux juifs en Palestine : faire que les juifs du monde se comportent « convenablement » ! Ce calcul échouera puisque, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les insurgés bolcheviks s’emparent du pouvoir à Petrograd et appellent à la paix immédiate.

Mais la Grande-Bretagne, en confortant le mouvement sioniste, vise un objectif plus stratégique, le contrôle du Proche-Orient. Le dépeçage des vaincus est négocié entre Paris, Londres et Moscou, alors même que la victoire n’est pas acquise. En 1916, sont signés entre Paris et Londres, puis ratifiés par le tsar, les accords connus sous le nom de Sykes-Picot (Mark Sykes et Georges Picot sont deux hauts fonctionnaires, l’un britannique l’autre français) qui définissent les lignes de partage et les zones d’influence au Proche-Orient. Pour Londres, la Palestine « protège » le flanc est du canal de Suez, ligne vitale entre les Indes, le fleuron de l’empire, et la métropole. Le parrainage accordé au sionisme permet au gouvernement britannique d’obtenir un contrôle total sur la Terre sainte.

Mais les Britanniques ne se sont pas contentés de promesses au mouvement sioniste, ils en ont fait aussi aux dirigeants arabes. Le calife ottoman (il exerce son autorité sur les territoires arabes du Proche-Orient et il est « le commandeur des croyants ») s’est joint en 1914 à l’Allemagne et à l’empire austro-hongrois. Il a même lancé un appel à la guerre sainte contre les infidèles. Pour riposter, Londres suscite une révolte des Arabes contre l’empire ottoman, animée par un dirigeant religieux, le chérif Hussein de La Mecque. En échange, Hussein obtient l’engagement britannique d’appuyer l’indépendance des Arabes. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient... Comment, en effet, concilier l’indépendance arabe et la création d’un foyer national juif ? La révolte arabe deviendra célèbre dans une version bien déformée forgée par un des agents britanniques qui y jouèrent un rôle capital, Thomas E. Lawrence, dit Lawrence d’Arabie. Ce récit, « Les Sept piliers de la sagesse », sera porté au cinéma par David Lean et Peter O’Toole dans le rôle de Lawrence.

Le Proche-Orient sera donc partagé entre la France et la Grande-Bretagne. Créée en 1920, la Société des Nations (SDN), l’ancêtre des Nations unies, ne regroupe alors que quelques dizaines d’Etats, pour l’essentiel européens. Elle invente le système des « mandats » que la charte de la SDN définit comme suit : « Certaines communautés, qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules. » Ainsi des peuples considérés comme « mineurs », auraient besoin de tuteurs pour accéder, un jour peut-être, à la majorité...

Le 24 juillet 1922, la SDN octroie à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine. Le texte prévoit que la puissance mandataire sera « responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adoptée par [les puissances alliées], en faveur de l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif ». Les fils du chérif Hussein, étroitement contrôlés par Londres, s’installent sur les trônes d’Irak et de Transjordanie (pays créé par les Britanniques à l’Est du Jourdain), tandis que les territoires libanais et syrien tombent dans l’escarcelle de la France. L’Egypte, formellement indépendante depuis 1922, reste sous occupation britannique.

Tous les acteurs du drame palestinien sont en place : la puissance dominante, la Grande-Bretagne, qui souhaite maintenir son contrôle sur une région stratégique, riche en pétrole dont le rôle économique et militaire grandit ; le mouvement sioniste, fort de son premier grand succès diplomatique, et qui organise l’immigration en Palestine ; les Arabes de Palestine, que l’on ne désigne pas encore sous le nom de Palestiniens, et qui commencent à se mobiliser contre la déclaration Balfour ; enfin, les pays arabes, pour la plupart sous influence britannique et qui vont s’impliquer graduellement dans les affaires palestiniennes.



Les blogs du Diplo
Vous pouvez consulter cet article à :
http://blog.mondediplo.net/2009-11-...
http://www.info-palestine.net/

dimanche 1 novembre 2009

Ma réponse aux Alisiens

Communiqué de Franck Ferrand, auteur de L’Histoire interdite
en réponse au communiqué diffusé le 22/12/08 par la SEM Alésia
à propos du documentaire télévisé « Alésia, la bataille continue ».

Le documentaire « Alésia, la bataille continue », réalisé par Benoît Bertrand-Cadi et diffusé par Canal + le 12 décembre dernier, a suscité, pendant la trêve des confiseurs, la réaction outrée d’une poignée de sommités archéologiques. Volant au secours de M. Michel Reddé, ces personnalités dénoncent dans un communiqué ce qu’elles regardent comme des omissions volontaires de la part des auteurs du film ; mais elles se gardent bien d’aborder le cœur du problème.

Quoique épargné par cette protestation, je sais trop ce que le documentaire incriminé doit à la parution de mon dernier ouvrage pour rester muet plus longtemps.

Qu’on me laisse donc reprendre, à la volée, les griefs formulés par les signataires.

1. Ils reprochent aux auteurs de glisser sur la présence, au Mont-Auxois, d’un mur – qualifié par eux, un peu vite, de « murus gallicus » – ainsi que d’un habitat antérieur à la Conquête. Comme si l’existence, au demeurant sujette à controverse, de tels vestiges, offrait la moindre lumière sur l’identité des lieux.

2. Dans le même ordre d’idées, les signataires déplorent que les photographies aériennes du site d’Alise-Sainte-Reine par M. René Goguey aient été négligées dans le film. C’est conférer une portée indue à des clichés qui, s’ils mettent en évidence les indubitables vestiges militaires romains du Mont-Auxois, ne permettent nullement de les identifier, et moins encore d’y retrouver les ouvrages décrits dans les Commentaires…

3. Quant à l’oubli des « rarissimes monnaies à l’effigie de Vercingétorix », il aurait plutôt dû soulager les signataires : M. Michel Reddé lui-même ne reconnaît-il pas au fameux statère d’or une provenance bien éloignée d’Alise ?

On aurait aimé, au-delà de ces griefs un peu vains, voir les donneurs de leçons apporter, ne serait-ce qu’un début de réponse à toutes les grandes questions en suspens. Je me tiens du reste à la disposition des signataires qui souhaiteraient organiser un débat public sur cet important sujet ; mais je doute fort que l’un d’entre eux s’y risque jamais.

Au fond, il est navrant que des personnalités éminentes mettent leur titre, leur autorité, leur poids moral au service, non de la vérité ou d’une recherche de vérité, mais d’une cause officielle éculée, absurde, chaque jour plus douteuse et friable. Tant il est vrai que rien, aujourd’hui, ne permet plus de situer sérieusement Alésia en Bourgogne.

Personne ne se grandit à nier une évidence ; et lorsque, tôt ou tard, certains travaux en cours viendront confirmer de manière définitive les conclusions d’André Berthier sur la localisation d’Alésia dans le Jura, le jugement de la postérité sera sans indulgence pour celles et ceux qui, bien qu’avertis, auront usé leur influence à retarder la manifestation de la vérité.

Franck FERRAND http://franckferrand.herodote.net

samedi 31 octobre 2009

Le règne de la démagogie

Le drame vient de très loin, et pendant longtemps nul ne s'en douta. 1848 avait vu triompher dans la rue la classe ouvrière. Aux élections qui suivirent, tous les candidats voulurent donc se recommander du prolétariat triomphant, même ceux qui n'avaient rien à voir avec lui. Ouvrier, c'était la suprême référence sur les affiches électorales d'avril 1848. Celui qui il 'avait jamais travaillé de ses mains exhibait les souvenirs manuels de quelque lointain parent. Le candidat Levassor expliquait dans sa profession de foi : « Mon grand-père était ouvrier. Mon père était ouvrier. Je suis ouvrier moi-même, ouvrier notaire. »
Sévit alors ce que le caricaturiste Cham appelait « la députamanie ». Les hommes de lettres en furent les premiers et les plus gravement atteints. Alphonse Karr se présentait au Havre et expliquait aux citoyens :
- « Je n'étais pas républicain, mais je défendais sans relâche par mes écrits tous les droits du peuple. Je n'étais pas républicain, mais je ne choisissais pas mes amis parmi les plus riches et les plus puissants. »
A quoi ses adversaires répondaient : « M. Alphonse Karr est un républicain du lendemain ».
Alfred de Vigny lui-même, candidat en Charente où il possédait une propriété, exposait : « J'apporte à la fondation de la République ma part de travaux dans la mesure de mes forces. Quand la France est debout, qui pourrait s'asseoir pour méditer ? ». Il ne recueillit que dix voix. Il est vrai qu'il n'avait même pas fait l'effort de quitter Paris pour aller saluer les électeurs charentais.
Les conversions étaient nombreuses après tant de révolutions et tant de régimes successifs. Répondant à Odilon Barrot, Ledru-Rollin lui lançait :
- « Vous vous dîtes attaché à la République. Je veux croire que vous l'aimez, mais vous l'aimez comme vous aimiez la dynastie d'Orléans que vous avez renversée tout en l'aimant. »
Le même Odilon Barrot devait faire un peu plus tard un bel exercice d'équilibre en donnant à la fois des gages au général Cavaignac et au prince Louis-Napoléon Bonaparte. Il est vrai que lorsque ce dernier présenta sa candidature à la présidence de la République, il enregistra les ralliements de la plupart de ceux qui allaient un peu plus tard mener la lutte contre l'Empire. Victor Hugo, Molé, Emile Ollivier, Montalembert, Thiers, furent à ce moment bonapartistes.
Emile Ollivier raconte dans ses souvenirs que ce fut son porteur d'eau qui persuada Thiers de se rallier à Louis-Napoléon.
Victor Hugo fit alors l'apprentissage douloureux de la vie de député. Le projet du prince-président de modifier la loi électorale avait successivement amené à la tribune Cavaignac, Jules Favre, Lamartine, Léon Faucher, lorsque Victor Hugo intervint et, sous les applaudissements de toute la gauche, il entreprit de dénoncer une manœuvre du « parti-prêtre » :
- « Cette loi, dit-il, je ne dirai pas, à Dieu ne plaise, que c'est Tartuffe qui l'a faite, mais j'affirme que c'est Escobar qui l'a baptisée. »
Montalembert, qui détestait Hugo depuis longtemps, bondit alors à la tribune pour lui répondre. Il le traita de « poète politicomane », lui reprocha d'avoir chanté successivement toutes les causes, d'avoir célébré sous la Restauration le baptême du duc de Bordeaux et le sacre de Charles X, puis il enchaîna :
- « Aussitôt après la révolution de Juillet, comme pour racheter cette faute de jeunesse, il a chanté les obsèques des héros de Juillet, et cela au lendemain de la chute de Charles X... Oui, je n'ai pu me défendre d'un mouvement d'indignation quand je me suis souvenu d'avoir entendu moi-même, en pleine Cour des Pairs, adressée par lui au roi Louis-Philippe, les paroles les plus adulatrices qui aient jamais frappé mes oreilles, et qu'ensuite, deux ans après, à cette même tribune où je parle, il est revenu à l'Assemblée constituante féliciter le peuple de Paris d'avoir brûlé le trône où siégeait ce vieux roi, naguère adulé et d'où était descendu sur lui le brevet de pair de France. »
L'assemblée acclama celui qui venait ainsi de démasquer l'idole.
Cette assemblée de la Ile République finit le 2 décembre 1851. Les soldats de Saint-Arnaud se chargèrent alors de conduire vers les cellules qui leur étaient destinées les députés qui avaient émis la prétention de siéger en face du coup d'État. Ce fut pour quelques-uns d'entre eux l'occasion de prononcer des mots historiques. Au moment de monter dans le panier à salade, le duc de Montebello lança d'une voix forte aux soldats :
- « C'est aujourd'hui l'anniversaire de la bataille d'Austerlitz et le gendre du maréchal Bugeaud fait monter dans la voiture des forçats le fils du maréchal Lannes. »
Victor Hugo chercha vainement a soulever les faubourgs ouvriers pour défendre les droits de l'Assemblée. Le peuple goguenard refusa de se laisser entraîner. Regardant passer les voitures qui transportaient les députés vers la prison, les ouvriers applaudissaient en criant : « Les vingt-cinq francs sont coffrés... Bravo !... C'est bien joué... ».
P.F. National Hebdo du 20 au 26 octobre 1988