lundi 30 janvier 2023

Mythes et violence en politique, la pensée de Georges Sorel

 

Mythes et violence en politique, la pensée de Georges Sorel

Selon Julien Freund, Georges Sorel (1847-1922) est certainement le plus grand théoricien politique français du XXe siècle.

Toutefois, sa pensée n’est pas celle d’un système articulé autour de notions claires comme cela pouvait l’être pour l’un de ses maîtres que fut Marx. Elle est, au contraire, l’association de plusieurs concepts (critique de la démocratie, décadence, généalogie de l’action et du mythe) dont les révolutionnaires, ou les conservateurs, peuvent tour à tour se réclamer.

Bien au-delà du vrai et le faux, du bien et le mal, ou du juste et de l’injuste, la pensée de Sorel se révèle d’une incroyable fécondité. Ce défenseur de la noblesse et du courage est plus que jamais un penseur sur lequel nous devrons compter pour nos prochaines luttes.

https://institut-iliade.com/mythes-et-violence-en-politique-la-pensee-de-georges-sorel/

L’instrumentalisation politique de l’Histoire

 

L’instrumentalisation politique de l’Histoire

La commémoration du 80ème anniversaire de la « rafle du vel d’hiv » le 17 juillet 2022, a donné lieu à un exemple édifiant d’instrumentalisation politique de l’Histoire. En réaction, Jean-Marc Berlière, historien de la police en France, Emmanuel de Chambost, ingénieur, et René Fiévet, économiste et diplômé en Histoire, qui travaillent en particulier sur les années 1940 à 1945 au sein de l’association HSCO (Pour une Histoire scientifique et Critique de l’Occupation), viennent de publier une Histoire d’une falsification, Vichy et la shoah dans l’Histoire officielle et le discours commémoratif.

La polémique sur l’attitude de Vichy face à l’occupant nazi a resurgi l’an dernier, lorsqu’Eric Zemmour est revenu dessus, rappelant à la suite du rabbin Alain Michel, que Vichy avait cherché à sauver les juifs français en livrant les juifs étrangers. Les auteurs retracent le matraquage médiatique contre le candidat et dénoncent l’instrumentalisation politique de cette histoire.

Après une remise en place des principaux éléments de l’Histoire, et notamment l’affaire de la rafle du vel d’hiv, ils décryptent le discours de certains historiens, devenus plus idéologues, pour terminer avec l’évolution du discours présidentiel, de Mitterrand à Macron visant à accuser la France. Devant le flot d’approximations, d’affirmations erronées jusqu’au plus haut niveau de l’État, et notamment à l’occasion du discours d’Emmanuel Macron en juillet 2022, mais aussi celui qu’avait prononcé benoîtement Jacques Chirac en 1995, les auteurs ont souhaité redonner sa complexité à une question qu’on ne saurait réduire à une initiative purement vichyste, au point d’effacer les circonstances -la défaite, l’armistice, l’occupation- et le rôle essentiel de l’occupant nazi quasiment absent des discours officiels. D’un côté nos dirigeants expliquent que Vichy ce n’est pas la France, tout en déclarant par ailleurs que Vichy a collaboré à l’extermination des juifs, pour aboutir au curieux syllogisme selon lequel la France porte une part de responsabilité dans la solution finale.

Et les auteurs écrivent :

Examinons cela avec un peu de recul, et posons-nous la question : qu’est-ce qu’un grand historien français dans la France d’aujourd’hui ? C’est un historien qui peut venir dans un studio de radio ou sur un plateau de télévision et raconter n’importe quoi sur un sujet qu’il ne connaît pas, étant absolument certain que personne n’osera le contredire. Quand vous atteint ce stade ultime dans l’exercice de cette profession, vous pouvez, avec beaucoup de chances de succès, présenter votre candidature à un fauteuil de l’Académie française.

https://www.lesalonbeige.fr/linstrumentalisation-politique-de-lhistoire/

Barbarossa

 

par Patrick Reymond

Lors de Barbarossa, le potentiel de l’armée allemande était le suivant :

• 3,8 millions d’hommes, plus 1 million d’alliés,

• entre 3400 et 3800 blindés, plus 1000 alliés (Roumains, Hongrois, Italiens, Slovaques, Finlandais).

• autres véhicules blindés, 3000, les autres blindés alliés étaient rares

• aviation 2800 (plus environ 2500 avions non combattants, repérage, transport…), plus les alliés,

• 24 000 pièces d’artilleries diverses, (dont de nombreux 75 français pris en 1940)

• 17 000 mortiers,

• 600 000 chevaux,

• 600 000 camions et véhicules diverses (dont de très nombreux camions français pris en 1940).

Aujourd’hui, pour l’Ukraine, on parle de 300 chars, soit, à vue de nez, 1 pour 4 ou 5 kilomètres, et encore, qui viendront échelonnés, parce que les bouses occidentales, il faut un temps fou pour savoir s’en servir, au contraire du matériel soviétique et russe, dont la simplicité d’utilisation a toujours été le point fort, de manière délibérée.

On a livré quelques dizaines de canons, on parle de livrer 30 avions. On a livré 50 himars.

Alors qu’au début du conflit, l’arsenal ukrainien, était soviétique (c’est à dire pléthorique, robuste et simple d’utilisation). Il a été quasiment détruit, ainsi que les anciens stocks soviétiques du pacte de Varsovie.

Pour ce qui est des stocks ukrainiens issus de l’ancienne URSS, ils étaient en 1991 :

• 6500 chars de combats, chiffre certainement réduit au début de 2022 à environ 3000,

• 6900 véhicules blindés (là aussi, réduit à 3000),

• 7200 pièces d’artillerie, on peut penser qu’il en restait 5000,

• 412 navires de guerre, qui étaient réduits à presque rien (un traité en avait confié la plupart à la Russie, la rouille a eu raison du reste),

• 1500 avions de combats, il en restait 300,

• 710 hélicoptères d’attaques, dont il restait environ aussi 300 exemplaires.

En 2014, une bonne partie avait été vendue dans le monde, et le restant indiqué était en assez mauvais état, mais, dans l’optique de la guerre avait été rendu opérationnel.

De fait l’aide occidentale est surtout à usage des BFM-WC locaux. C’est une petite fraction de ce qui a été détruit, presque tout en vérité. Seule la chair à canon ne manque pas. Profondément enterrée dans une ligne Maginot fortifiée, il faut déloger des Ukrainiens. Les Russes ont recommencé Verdun. Mais à la différence du bois des Caures, ils n’attaquent que peu, préférant laisser le matraquage d’artillerie faire le travail. À Verdun, on peut penser que les attaques allemandes étaient trop précoces. Les survivants n’étaient pas forcément cassés au moins moralement.

Là aussi, le strip tease militaire ukrainien avait considérablement amoindri son potentiel. De fait, l’armée ukrainienne était déjà terriblement insuffisante pour garnir la ligne de front, vue sa longueur. Du moins, en matériel. On a remplacé, largement, le soldat par le matériel.

Les armes occidentales, les armées occidentales n’ont pas connu le feu depuis longtemps, c’est à dire, contre un adversaire ayant un potentiel militaire équivalent ou supérieur. le ciel était OTAN, mais pas en Russie, qui,  historiquement dispose d’une très forte DCA (la luftwaffe de 1941 a largement été détruite par la DCA), et c’est encore plus vrai maintenant. De fait, l’aviation détruisait, et l’armée au sol ne faisait qu’exploiter la situation. De plus, il faut signaler une très nette déficience oxydentale (je connais l’orthographe réelle) pour la DCA. Il n’y en avait pas besoin.

L’armée irakienne était loin d’avoir un standard russe, même si son armement était soviétique.

L’armement américain, et oxydental, sont survendus, financièrement, et en capacités. L’aviation otanesque aurait eu une durée de vie limitée, on parlait d’une semaine, face à l’aviation russe.

Une zone d’exclusion aérienne en Ukraine est une vue de l’esprit. Si l’aviation russe tire depuis le territoire russe, c’est une question aussi, de doctrine de feu, pas de DCA ukrainienne. On y prend le moins de risques possibles, et pour le matériel et pour les hommes. Aux temps de Normandie (Niemen), les pilotes français se faisaient remonter les bretelles, ils étaient jugés trop hardis, prenant trop de risques. On demandait aux « combattants » (chasseurs), de protéger les bombardiers qui accomplissaient leur mission, pas d’engager le combat pour le combat. Ce qui était demandé, c’était « d’accomplir la commande ».

Ces armes oxydentales ne sont que le replâtrage d’un échec, le plan initial était de tenir la ligné fortifiée, pendant que les sanctions feraient s’effondrer le « régime poutine ».

source : La Chute

https://reseauinternational.net/barbarossa/

Sitting Bull, chef des Sioux Hunkpapas (Stanley Vestal)

 

Ce livre est paru pour la première fois en 1932. Son auteur Stanley Vestal est devenu le biographe incontournable et mythique du célèbre chef hunkpapa après avoir recueilli, dès 1928, dans la langue lakota, des témoignages de première main parmi les amis et les membres de la famille de Sitting Bull (1831-1890). L’ouvrage fait apparaître le goût de l’auteur pour les personnages historiques qui façonnèrent les cultures des Grandes Plaines. La biographie de Sitting Bull écrite par Stanley Vestal demeure un livre fondamental qui présente un homme dans son époque, dans son milieu et sa culture, l’ancienne culture des Sioux tetons-lakotas, en un temps où les réserves d’Indiens n’existaient pas, où le bison constituait la richesse principale et où l’honneur d’un homme reposait sur les coups portés au cours d’une bataille.

Les raisons de s’intéresser à Sitting Bull sont multiples : sa renommée mondiale, ses exploits guerriers, ses talents de diplomate et d’organisateur, ses dons de politique et ses prophéties, les défaites écrasantes que ses guerriers infligèrent aux tribus indiennes ennemies et à l’armée des Etats-Unis. Ceux qui se plaisent aux aventures héroïques trouvent là matière à leurs rêves. L’obstination de cet homme face à la conquête, l’exil, la faim, la trahison et la mort ne peut manquer d’émouvoir tous ceux qui se passionnent pour les causes perdues et les loyautés vouées à l’échec.

Ce livre nous fait donc découvrir cette société indienne dans laquelle Sitting Bull a grandi puis dont il est devenu le chef. « Ce sont tous des gentlemen« , écrivait un père jésuite, et c’était vrai. Des gentlemen de l’antiquité, et non de l’époque romantique. Des aristocrates, sans la mollesse de l’aristocratie moderne. Les difficultés de la vie de chasseur ne leur faisaient pas peur. Leurs campements ne comptaient pas de ces hommes méprisables soumis à la loi des plus forts. Les chefs n’étaient pour leur part ni oisifs, ni prétentieux ; ils partageaient les mêmes travaux et s’exposaient aux mêmes dangers que leur peuple. La nation sioux était la plus puissante des nations indiennes. Et les Tetons, aussi appelés Sioux des Plaines, constituaient le groupe le plus nombreux et le plus fort de cette grande nation. Enfin, la tribu hunkpapa, à laquelle appartenait Sitting Bull, était la plus combattive et la plus brave de toutes les tribus tetons.

Sitting Bull est surtout célèbre pour, de combats en combats, être parvenu à anéantir le 25 juin 1876, à Little Big Horn dans le Montana, le 7ème régiment de cavalerie du général Custer. Mais cette victoire, inacceptable affront pour l’armée des Etats-Unis, signifie aussi le début de la fin du grand chef indien, un temps exilé au Canada, puis de retour aux Etats-Unis où on le verra applaudi dans le Wild West Show de Buffalo Bill, avant de finir assassiné par un traître, membre de la police indienne au service de l’armée.

Son histoire est celle d’un homme qui a voulu jusqu’au bout défendre son peuple, conserver ses traditions, et a pris les armes pour tenter d’empêcher que son peuple soit spolié de ses terres et contraint de vivre dans des réserves en abandonnant toutes ses libertés.

Sitting Bull, chef des Sioux HunkpapasStanley Vestal, éditions du Rocher, collection Nuage rouge, 466 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/sitting-bull-chef-des-sioux-hunkpapas-stanley-vestal/166964/

dimanche 29 janvier 2023

Athéna et la naissance du patriotisme

 Philippe Conrad reçoit Michel De Jaeghere, rédacteur en chef du Figaro Histoire, pour son ouvrage "La mélancolie d'Athéna". Parcourant le Ve siècle grec, des origines des guerres médiques à la fin de la guerre du Péloponnèse, Michel De Jaeghere ne se contente pas ici de faire le récit frémissant de cet apogée de la civilisation hellénique. Il a suivi à la trace les débats, les dilemmes, les conflits inhérents à la naissance du patriotisme, de sa dilatation dans le panhellénisme à sa caricature en volonté de puissance, et de l’échec tragique auquel la tentation de l’impérialisme avait conduit Athènes, aux crises de sa démocratie. Fidèle à la méthode inaugurée dans son Cabinet des antiques (Les Belles Lettres), il prend appui sur Hérodote, Thucydide, Isocrate, Platon, quelques autres, pour faire dialoguer les textes antiques avec notre propre histoire et tenter de dégager, dans l’expérience des Grecs, ce qu’ils ont à nous dire d’essentiel, de vital sur nous-mêmes. L’histoire du grand siècle d’Athènes en sort comme rajeunie.


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-athena-et-la-naissance-du-patriotisme

Ottoman : l'empire des trois continents [1/3], avec Olivier Bouquet

Quand Roland Garros réalisait son record d’altitude en 1911 entre Cancale et Saint-Malo

 

Vue sur une plage à marée basse où un attroupement s’est formé autour d’un avion (biplan). Il s’agit de Roland Garros, lors de l’un des ses records. Né en 1888, le Français accumule les records sportifs en avion. Le 4 septembre 1911, à bord d’un Blériot XI, il grimpe jusqu’à 3 910 mètres et établit son premier record en décollant de la plage de Cancale.

Les archives du musée départemental breton de Quimper sont exceptionnelles et invitent à renouer avec l’histoire bretonne de l’aviation de Maurice Bon à Guy La Chambre. Les temps pionniers de l’aviation sont nés dans des hangars à bateaux avec les premiers hydravions en bois et en tissu. Une transformation portée par celui qui a assuré la reconstruction de Cancale et SaintMalo : Guy La Chambre qui fut ministre de l’air dans les années 30, à une époque où la haute technologie navale a nourri de nombreuses innovations dans la haute technologie aéronautique. Voyager dans le temps et les archives nous permet de faire le pont entre l’actualité d’hier et d’aujourd’hui.

Les enjeux ont-ils tant changé ?

A nous de le découvrir. L’atlas historique des terrains d’aviation de France métropolitaine (1919-1947) rappelle que le projet de la chambre de commerce de Saint-Malo de créer un aérodrome destiné à être ouvert à la circulation aérienne publique au lieu dit Blanche-Roche-en-Saint-Servan fit l’objet d’une convention avec l’État le 30 août 1938. Le projet étant subventionné au titre du « plan de travaux ruraux et urbains« , son utilité publique put, en vertu d’un décret du 7 septembre 1936, être déclarée sans enquête préalable par décret simple rendu sur proposition du ministre du Commerce et de l’Industrie.

L’opération comportait l’acquisition de 33 ha dont l’expropriation fut prononcée par ordonnance rendue par le président du tribunal civil de Saint-Malo le 22 septembre 1939. En février 1940, le ministre de l’Air prit la décision de transformer l’aérodrome en cours d’aménagement par la chambre de commerce en terrain d’envol destiné aux besoins de l’Armée de l’Air. Il prescrivit alors, outre l’extension de la plate-forme, que soit préparée une convention avec la chambre de commerce définissant les modalités de reprise du terrain par l’État sur la base de la situation des dépenses engagées au 1er septembre 1939.

Aucun acte n’ayant eu le temps d’intervenir avant l’arrivée des troupes allemandes, le 20 juin 1940, l’avenant à la convention initiale d’août 1938 ne fut conclu qu’en avril 1941.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine
https://www.breizh-info.com/2023/01/14/213671/quand-roland-garros-realisait-son-record-daltitude-en-1911-entre-cancale-et-saint-malo/

Louis XVII, une disparition programmée

 

Dominique Sabourdin-Perrin est historienne et a enseigné les lettres. Elle a publié plusieurs livres consacrés à la famille royale durant la Révolution française. Elle vient de publier aux éditions Salvator un excellent petit livre qui rend justice à Louis XVII.

Celui que l’histoire appelle Louis XVII est un petit prince appartenant à la famille des Bourbons, prénommé Louis-Charles, né à Versailles le 27 mars 1785. Il reçoit le cordon et la croix de l’Ordre du Saint-Esprit le jour-même de sa naissance et de son baptême, et il est titré duc de Normandie par son père, titre qu’aucun fils de France n’a porté depuis 1472. Accueilli avec grande joie par sa famille et le peuple de France, il est fêté par un Te Deum, des salves d’artillerie, des illuminations, des feux d’artifice, des fontaines de vin ainsi que des distributions de pain et de cervelas. Le 24 mai 1785, sa mère, la reine, en compagnie de sa belle-sœur et de la tante du roi, Mesdames Elisabeth et Adelaïde, se rend à Paris afin d’y recevoir les compliments officiels de la ville pour ce deuxième fils donné à la France, allant à Notre-Dame-aux-Tuileries, soupant au Temple, assistant à un spectacle de la Comédie italienne, et dînant le lendemain chez la princesse de Lamballe. La souveraine est loin de se douter qu’elle vient de parcourir le trajet qui deviendra, quatre ans plus tard, un chemin de croix pour elle et sa famille ! Toutes les personnes et tous les lieux de la tragédie que le nouveau-né va connaître sont déjà en place à Paris, alors qu’il repose tranquillement dans son berceau à Versailles !

Cet ouvrage réclame justice et voudrait qu’on reconnaisse les souffrances morales et physiques que Louis XVII a supportées jusqu’à la mort, que l’histoire ne voit plus seulement en lui le fils de Louis XVI, mais un être humain, Louis-Charles, un petit garçon mort de maltraitance à l’âge de 10 ans et 2 mois !

Louis XVII, une disparition programmée, Dominique Sabourdin-Perrin, éditions Salvator, 134 pages, 10,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/louis-xvii-une-disparition-programmee/167236/

samedi 28 janvier 2023

La VIE QUOTIDIENNE dans un CHÂTEAU [PODCAST AUDIO] Éditions Voxgallia

La « Reconquista », pour Dieu et l’Espagne

 

Mauricette Vial-Andru, ancienne enseignante de Français et d’Histoire, écrit d’excellents livres pour la jeunesse, romans historiques et d’aventures, vies de saints, tous permettant un bel apostolat auprès des enfants et adolescents. Aux éditions Saint Jude, elle signe les ouvrages de remarquables collections dont les noms sont significatifs : « Vive le Christ Roi », consacrée au Mexique, et « Pour Dieu l’Espagne », consacrée de façon explicite aux grands moments de l’histoire de l’Espagne catholique. Ces récits courts mais haletants, tous à recommander et de grande qualité, sont parfaitement adaptés aux jeunes lecteurs.

Arrêtons-nous sur le volume dédié à la Reconquista. Il résume les principaux événements de cette formidable épopée, présente les martyrs de Cordoue, rappelle le rôle du Cid Campeador et le souvenir de Saint-Jacques de Compostelle, souligne comment Dominguo (le futur saint Dominique) s’occupe des réfugiés chrétiens après la défaite à Alarcos, décrit la bataille de Las Navas de Tolosa, date-clé de la Reconquista. Il est aussi question de saints qui ont joué des rôles importants en cette époque bouleversée, tels saint Pierre Nolasque  qui a consacré toute sa fortune au rachat des captifs enlevés sur mer par les sarrasins ou saint Raymond Nonnat qui se livre aux musulmans pour obtenir la libération de plusieurs captifs. Mais aussi bien sûr saint Ferdinand de Castille et saint Vincent Ferrier (qui obtient la conversion de nombre de Maures).

Les livres de la collection « Pour Dieu et l’Espagne » étant vendus à petit prix, n’hésitez pas à en acheter plusieurs pour les mettre sous le sapin. Vous ferez sans nul doute des heureux !

La « Reconquista », Mauricette Vial-Andru, éditions Saint Jude, collection « Pour Dieu et l’Espagne », 85 pages, 5 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-reconquista-pour-dieu-et-lespagne/167786/

vendredi 27 janvier 2023

Anne de Bretagne, symbole de résistance contre les tentatives de soumission du peuple breton

 

anne_de_bretagne

Naissance et enfance

Fille ainée d’une union entre le duc de Bretagne François II et son épouse Marguerite de Foix, Anne de Bretagne naquit le 25 janvier 1477 au château des ducs de Bretagne, devenu la résidence ducale principale depuis la décision de François II d’ériger Nantes en une capitale pouvant concurrencer les capitales des autres grands pays européens.

Anne reçut, par sa marraine Françoise comtesse de Laval, une éducation digne des héritiers des plus grands souverains de son temps. Elle apprit ainsi aussi bien le français, que le latin et même l’hébreu ! Elle passe ainsi l’essentiel de sa jeunesse entre les villes de Nantes, de Vannes et de Clisson jusqu’en 1490, date à laquelle elle accède au trône de Bretagne.

Contexte géopolitique encadrant la succession du duché de Bretagne.

La jeunesse d’Anne de Bretagne est bercée par des luttes d’influence autour des questions successorales portant sur la couronne de Bretagne.

En effet, depuis le traité de Guérande de 1365 mettant fin à la guerre de succession bretonne entre les deux grandes familles prétendantes, il est prévu que le duché se transmettra par primogéniture masculine au sein de la famille des Montfort et en l’absence d’héritier mâle, le duché reviendrait à l’ainé male de l’autre branche prétendante que sont les Penthièvre.

Malheureusement, le traité oublie de préciser ce qu’il adviendrait en cas d’absence d’héritiers males au sein de l’une ou l’autre des deux familles prétendantes. Or, telle est exactement la situation en cette fin de XVème siècle.

En effet, François II, issu de la branche des Monfort n’a eu parmi ses enfants légitimes que deux filles : Anne et sa sœur cadette Isabeau. Logiquement, les droits sur le trône de Bretagne devraient alors être transmis à la branche des Penthièvre. Or, aucun héritier male ne peut là non plus être trouvé.

En outre, les Penthièvre profitèrent de l’incertitude sur la succession pour vendre honteusement leurs droits sur la couronne de Bretagne au roi de France Louis XI, mettant ainsi en péril la continuité de l’indépendance bretonne et piétinant, par là-meme, leur héritage historique ainsi que plus de 700 ans de résistance aux assauts français désireux d’annexer la Bretagne.

La question successorale de la Bretagne ne porte alors plus seulement sur une querelle entre deux familles bretonnes prétendantes mais bien en une querelle entre deux Etats, l’un désireux de conserver sa liberté, l’autre désireux de s’en approprier les richesses.

Toutefois, plusieurs arguments en faveur de la branche des Montfort peuvent être relevés. En premier lieu, les Penthièvre avaient déjà été déclarés traitres par les Etats de Bretagne et privés par la même occasion de tous leurs droits, honneurs et noms en Bretagne. En outre, les ducs de Bretagne le sont « par la Grace de Dieu », les droits se rapportant au duché sont donc par là même inaliénables.

Le duc François II, tranchera le débat en faisant reconnaitre par les Etats de Bretagne le 20 février 1486 sa fille ainée Anne comme héritière légitime de la Bretagne.

Une véritable course contre la montre est alors lancée pour le duc François afin de trouver pour son héritière un mariage, et donc une alliance, permettant de se prémunir contre les appétits français, certes refoulés, mais demeurant plus forts que jamais.

Guerres et défaite bretonne

En effet, dès juin 1486, la « guerre de Bretagne » est enclenchée et la France envahit la Bretagne dont la défaite à Saint Aubin-du-Cormier le 28 juillet 1488 viendra anéantir tous les efforts du duc de Bretagne, celui-ci étant désormais obligé de ne marier ses filles qu’avec le consentement du roi de France. Peu après, le duc François II s’éteint non sans avoir auparavant fait promettre à celle qui est désormais duchesse de Bretagne de refuser toute soumission et annexion au royaume de France et lui avoir assigner pour tuteur l’un de ses fidèles, Jean de Rieux. La guerre contre la France reprend alors de plus belle et Anne de Bretagne déclare dès les premiers jours de l’année 1490 que ses sujets qui la trahiraient au profit du roi de France se rendraient coupables du crime de lèse-majesté1.

Peu avant Noel de cette même année, le 19 décembre 1490, la duchesse de Bretagne épouse par procuration le roi de Rome et héritier de la puissante maison des Habsbourg, Maximilien Ier. Les actes publics sont dès lors précédés de la formule : « Maximilien et Anne, par la grâce de Dieu, roy et royne des Romains, duc et duchesse de Bretagne ».

Les combats contre la France reprennent alors de plus belle, mais désormais le roi de France compte d’emblée sur la trahison d’Alain d’Albert, prétendant déçu d’Anne, qui lui livre le château de Nantes. Victorieux sur le champ de bataille, les Français s’emparent de Rennes où réside la duchesse Anne. Charles VIII en profite alors pour organiser son mariage avec la duchesse tout en demandant l’annulation du mariage d’Anne et de Maximilien auprès du pape au grand dam des Autrichiens. Le pape Innocent VIII, après avoir reçu un certain nombre de compensations et alors même que le mariage entre Anne et Charles VIII avait déjà été prononcé, se décidera à accueillir favorablement la demande du roi de France et annulera le mariage entre la maison des Montfort et celle des Habsbourg, ultime alliance qui aurait pu permettre à la Bretagne de conserver son indépendance.

Anne, reine de France

Le contrat de mariage entre Anne de Bretagne et le roi de France prévoit qu’en cas d’absence d’héritiers males survenant de cette union, la duchesse et future reine de France devrait se remarier avec le successeur de Charles VIII.

Le 8 février 1492, les cloches de la basilique de Saint Denis retentirent des lieux à la ronde et annoncèrent le couronnement d’Anne comme reine de France. De l’union d’Anne de Bretagne et de Charles VIII naquirent six enfants qui moururent tous en bas âge.

Dès la mort du roi Charles VIII en 1498, Anne de Bretagne retourne en Bretagne et reprend les rênes du duché. Elle y marque immédiatement son autorité notamment en émettant une monnaie à son nom et en restaurant la chancellerie de Bretagne. Toutefois, Anne reste tenue par son contrat de mariage avec Charles VIII et doit se marier avec son successeur, Louis XI. Ce qui est chose faite dès l’année suivante.

Ce second mariage avec un roi de France se révèle être bien différent pour Anne de Bretagne. Là où le mariage avec Charles VIII avait imposé à celle qui n’était alors encore qu’une enfant un contrat de mariage excessif et largement désavantageux pour les intérêts bretons, celui conclu avec Louis XII se révèle fort différent et bien plus favorable pour la Bretagne. En effet, il lui est désormais reconnu sa souveraineté entière sur la Bretagne et l’indépendance de celle-ci, le deuxième enfant d’Anne de Bretagne devant en hériter à la mort de la souveraine.

De son mariage avec Louis XII, Anne eut cinq enfants mais la plupart moururent de manière précoce et seules deux filles survécurent : Claude en 1499 et Renée en 1510. En accord, avec le contrat de mariage, Renée aurait dû hériter du duché de Bretagne mais étant donné qu’aucun enfant male ne survécut, la couronne de France, qui ne se transmettait qu’aux hommes, alla à un cousin, le futur François Ier. C’est donc l’ainée de Louis XII et d’Anne qui devint héritière du duché. Anne s’empressa de fiancer sa fille ainée et héritière à Charles de Luxembourg, futur Charles Quint et petit-fils de Maximilien d’Autriche, son premier époux. Ses fiançailles interviennent dès 1501, soit deux ans après la naissance de Claude. L’objectif d’Anne de Bretagne est alors clair. En mariant Claude avec celui qui deviendra Charles Quint, elle souhaite mettre à l’abri la Bretagne de toute ambition étrangère dès sa mort et l’accession de sa fille ainée au trône de Bretagne. Cet espoir ne durera malheureusement pas bien longtemps, les fiançailles sont rapidement annulées sous les pressions françaises et Claude est alors fiancée au futur roi de France François, sonnant le glas de tous les projets d’indépendance nourris par Anne. Malgré cet échec, la duchesse ne se laissera pas sombrer dans le désespoir et commencera son fameux tour de Bretagne, voyage autant spirituel, comme l’atteste sa visite de nombreux sanctuaires, que politique, Anne en profitant pour consolider son pouvoir auprès de ses vassaux.

Anne de Bretagne s’éteignit au petit matin du 9 janvier de l’an de grâce 1514, usée par ses nombreuses maternités, au château de Blois. Elle sera inhumée en France à la nécropole des rois de France, elle qui avait tout au long de sa vie lutter contre leurs ambitions. En revanche, selon son souhait, son cœur, recueilli dans un écrin, fut transporté à Nantes afin qu’il repose auprès des parents de la duchesse.

Il restera d’Anne de Bretagne un symbole de résistance contre les tentatives de soumission du peuple breton et la lutte pour la sauvegarde la souveraineté pleine et entière d’une Bretagne libre.

Kentoc’h mervel eget bezañ saotret !

Gwenn Mamazeg

https://www.breizh-info.com/2023/01/21/213965/anne-de-bretagne-symbole-de-resistance-contre-les-tentatives-de-soumission-du-peuple-breton/

Parution : Les défis de l’Europe, de Pietro Ciapponi

 

Parution : Les défis de l’Europe, de Pietro Ciapponi

Conscient de sa mission européenne, l’Institut Iliade a décidé de traduire et de présenter les textes de divers auteurs européens. L’ouvrage de Pietro Ciapponi, par sa clarté et sa façon de poser les problèmes, mérite assurément d’inaugurer cette série.

L’Europe moderne doit faire face à de nombreux problèmes, à des « défis ». Parmi cette multitude de défis, Pietro Ciapponi fait ressortir les quatre principaux : militaire, écologique, technologique et démographique. Pour retrouver le chemin de la grandeur, de la puissance et de l’indépendance, l’Europe se doit d’apporter une réponse à la hauteur de ces enjeux. À cette fin, la connaissance de notre histoire ainsi qu’une projection conquérante vers l’avenir sont nécessaires. L’auteur s’attache donc à rappeler longuement l’unité ethnique, anthropologique, culturelle, spirituelle et politique de notre continent, non pour se complaire dans une vision nostalgique de notre passé, mais pour dévoiler l’immense potentiel qui sommeille encore en lui.

Cet essai, direct et perspicace, va au cœur du problème en analysant ses causes et en proposant des solutions concrètes, sans idéalisme. De la naissance du concept d’Europe aux tourments du XXe siècle, de l’héritage spirituel de nos ancêtres aux pratiques politiques modernes, des perspectives économiques aux différents positionnements géopolitiques, des choix énergétiques aux décisions militaires, Pietro Ciapponi nous offre une vision lucide destinée à tracer un cap ferme dans la tempête.

Informations techniques

Les défis de l’Europe. Les racines d’une civilisation et les limites d’une bureaucratie, par Pietro Ciapponi, La Nouvelle Librairie éditions, 2022, 168 pages. Prix : 16 €. ISBN : 978-2-493898-55-5

En vente sur boutique.institut-iliade.com et nouvelle-librairie.com

Contact, demandes d’interviews et renseignements complémentaires : presse@institut-iliade.com

La collection Iliade

La première collection de l’Institut Iliade, ouverte chez Pierre-Guillaume de Roux en 2017 et désormais publiée aux éditions de la Nouvelle Librairie, propose des textes fondateurs pour le renouveau de la civilisation européenne. Dirigée par Grégoire Gambier, Délégué général de l’Institut, cette collection accueille des ouvrages de référence, conçus comme des balises pour éclairer la réflexion des lecteurs et les guider vers la reconquête de leur identité. Y sont notamment publiés les travaux les plus aboutis des auditeurs de l’Iliade, à l’issue de leur formation, et les ouvrages collectifs de l’Institut, autour d’une triple exigence : la nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon.

Titres déjà parus aux éditions Pierre-Guillaume de Roux :

  • Thibaud Cassel, Le Chant des alouettes. Anthologie poétique, préface de Christopher Gérard, 2017.
  • Collectif, présenté par Philippe Conrad, Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité européenne, 2018.
  • Thibault Mercier, Athéna à la borne. Discriminer ou disparaître ?, 2019.

Titres déjà parus aux éditions La Nouvelle Librairie :

  • Collectif, Pour un réveil européen, Postface d’Alain de Benoist, 2020
  • Collectif, Manifeste de l’Institut Iliade, 2021
  • Georges Guicard, Le privilège blanc. Qui veut faire la peau aux Européens ?, 2021
  • Thierry DeCruzy, Démondialiser la musique. Une réponse au naufrage musical européen, 2022

https://institut-iliade.com/parution-les-defis-de-leurope-de-pietro-ciapponi/

Nos rois de France

 

Franck Ferrand anime, sur Radio Classique, une émission quotidienne consacrée à l’histoire, après avoir présenté durant quinze ans « Au cœur de l’histoire » sur Europe 1. Il est l’auteur de plusieurs livres à succès et signe avec l’historien Pierre-Louis Lensel et la journaliste indépendante Anne-Louise Sautreuil un très bel album intitulé Nos rois de France publié chez Perrin.

En janvier 1987, un décret signé par le président François Mitterrand lançait avec ferveur les célébrations du millénaire capétien, dont un colloque au Sénat, des festivités à Amiens, une messe en la basilique Saint-Denis et une exposition itinérante devaient être les événements phares. Imagine-t-on un pareil hommage de nos jours ? Nul doute qu’il soulèverait un chœur de protestations indignées.

Tant il est vrai que nos rois de France – cette lignée de patriarches chrétiens de sang bleu – incarnent à la quintessence tout ce que notre époque, fâchée avec les vieux principes de l’Occident chrétien, refuse et rejette. Ces monarques furent des Lieutenants de Dieu, de vénérés pères du peuple, des maîtres politiques inflexibles dont la tutelle, essentiellement virile, s’exprimait sous la forme d’un pouvoir vertical, assigné d’en-haut et tenu lui-même du Tout-Puissant.

Et c’est bien dans la figure centrale, dans la dimension capitale du roi que réside le principe de la politique française – en tout cas jusqu’en 1792. Ce livre le souligne sans honte et même avec un plaisir non dissimulé et propose une galerie de portraits contrastée qui permet de tirer une philosophie d’ensemble, voire une morale, mettant en évidence le rôle majeur de la royauté en tant que forgeron millénaire du corps social de la France.

Pour autant, ce livre ne prétend pas présenter une histoire complète ni même résumée de l’ensemble des règnes des rois de France. Les auteurs ont choisi de s’attacher à dresser les portraits de quinze rois de France : Louis VII, Philippe II Auguste, Saint Louis, Philippe le Bel, Charles V, Charles VII, Louis XI, Louis XII, François Ier, Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI.

Admirablement bien écrit et soutenu par une superbe iconographie, cet album soigneusement mis en page fera à n’en pas douter un très beau cadeau de Noël.

Nos rois de France, Franck Ferrand, éditions Perrin, 290 pages, album cartonné sous jaquette, 27 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/nos-rois-de-france/167947/

Thibault Mercier - La religion des droits de l'homme

jeudi 26 janvier 2023

NAPOLÉON BONAPARTE par Scipion de Salm - Les entretiens du PdF - n°42 - ...

Jacques Bainville, la sagesse politique d’un gentilhomme des lettres (Gérard Bedel)

 

Gérard Bedel a été rappelé auprès du Créateur le 19 mars 2022. Avant d’être l’écrivain brillant et le conférencier talentueux que l’on connait, Gérard Bedel, professeur de lettres, avait été directeur de lycée catholique à Tourcoing dans le Nord, et avait de façon très pédagogue donné une série de cours de doctrine politique aux jeunes catholiques dans les années 1980. Il fut aussi au cœur de la saine résistance catholique lors de la tentative socialiste d’instaurer un grand service public laïc unifié, jusqu’au retrait en 1984 du projet de loi Savary. Il est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels des biographies du Cardinal Pie, du Général de Sonis ou encore du Maréchal Pétain. ainsi qu’un Précis d’histoire de l’Action française. Ce sont précisément les éditions d’Action Française qui viennent de publier de façon posthume un ouvrage de Gérard Bedel consacré à Jacques Bainville.

Ce livre n’est pas une biographie détaillée de Jacques Bainville (1879-1936). L’auteur a voulu aller à l’essentiel et mettre en valeur les ressorts premiers et profonds de la pensée de l’écrivain. Avant l’historien, Bainville était d’abord un homme de lettres au talent riche et varié. Il fut d’abord un passionné de notre langue dont il analysa les plus beaux exemples et qu’il mania lui-même avec bonheur. La poésie orna la pensée de cet homme qu’on présente comme froid et prosaïque. Si l’historien cache le chroniqueur et le journaliste, ce dernier occulte le conteur. Sa critique littéraire est toujours pondérée, ne mettant jamais son drapeau dans la poche, l’affichant même, mais ne suivant pas l’exemple de cette coutume qui classe les auteurs selon leurs opinions. Bainville est un bourgeois de Paris qui sait voyager comme Montaigne. Et dans le domaine de la finance où il réussit mieux que bien des experts de son temps, il met toujours en avant le bon sens. Quant à sa politique, elle est tirée de l’histoire. Ainsi Bainville, né de parents républicains, devint royaliste avant d’avoir connu Charles Maurras. Ce fut un royaliste de raison. Enfin, cet ouvrage cherche à comprendre le mystère d’une âme discrète et pudique dont le pessimisme semble avoir caché une grande sensibilité. Bainville eut peu d’amis, mais son amitié fut d’une rare qualité comme en témoignèrent Maurras et Daudet.

On reste confondu devant la multiplicité des tâches que Bainville mena à bien : rédacteur de l’Action française quotidienne, de la Liberté et de bien d’autres publications, directeur de la Revue Universelle, il fut l’auteur des Conséquences politiques de la paix, l’historien de Napoléon, le conteur de Jaco et Lori. Et loin de tomber dans le travers des touche-à-tout, il réussit à donner des chefs-d’œuvre dans les domaines les plus variés, politique étrangère, économie politique, finances, histoire, politique intérieure, chronique des livres et du théâtre. Ce sage portait sur le monde un regard de moraliste et d’homme d’Etat.

Jacques Bainville : la sagesse d’un gentilhomme des lettres, Gérard Bedel, éditions d’Action Française, 380 pages, 18 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/jacques-bainville-la-sagesse-politique-dun-gentilhomme-des-lettres-gerard-bedel/168000/

mercredi 25 janvier 2023

L'invention du patriotisme dans la Grèce antique, avec Michel de Jaeghere

Perles de Culture n°370 : L'esprit contre-révolutionnaire de Jean de Viguerie

 thumb_22388_program_poster.jpg

Anne Brassié reçoit Rémi Perrin, directeur de collection chez Via Romana, pour évoquer un inédit de Jean de Viguerie. Ses 5 portraits de St Benoît Labre, Colbert, Montesquieu, Chénier et Mgr Cazaux révèlent l'intelligence de l'historien, l'élégance de sa plume et la force de sa pensée contre-révolutionnaire. Très instructif pour notre temps bien sûr !


https://tvl.fr/perles-de-culture-n0370-l-esprit-contre-revolutionnaire-de-jean-de-viguerie

Le Pape prisonnier de l’Empereur : Pie VII et ses geôliers (Serge Ceruti)

 

Serge Ceruti, agrégé d’histoire et de géographie, s’est passionné pour l’histoire du Premier Empire et pour celle de Fontainebleau. Il était donc bien placé pour publier un livre sur cet épisode singulier que constitue l’emprisonnement du pape Pie VII (1742-1823) par ordre de Napoléon. De 1809 à 1814, le souverain pontife fut détenu à Savone d’abord, à Fontainebleau ensuite.

Le Saint-Père et l’Empereur se sont rencontrés deux fois, en 1804 à l’occasion du sacre impérial, et en 1813, lors de la signature d’un nouveau Concordat imposé par Napoléon, et qui fut très vite dénoncé par Pie VII. La querelle portait sur la volonté légitime du pape de conserver son indépendance religieuse, en s’appuyant sur ses Etats. Que la bataille fut rude ! Napoléon n’hésita pas à utiliser toutes les pressions possibles, allant jusqu’à faire emprisonner le Souverain Pontife, certes dans des palais dorés, mais avec une perte totale de liberté, même celle d’écrire. Le pape, entouré de cardinaux et d’évêques dévoués à l’empereur, était l’objet d’une surveillance permanente. Ses geôliers, le préfet Chabrol, à Savone, et le capitaine Lagorsse, à Savone puis à Fontainebleau, étaient polis, mais efficaces. Ils rédigeaient et envoyaient des rapports réguliers sur ses comportements et ses pensées.

Le Saint-Père fit face, en brandissant l’excommunication, ou en faisant la grève des investitures épiscopales. En laissant aussi traîner les négociations, en réclamant sans cesse qu’on lui rende ses conseillers et qu’on le libère… Il sut toujours distinguer dans les points à négocier, ceux sur lesquels il pouvait transiger et ceux sur lesquels il devait rester intraitable, car ils concernaient les intérêts fondamentaux de l’Eglise. Tenir cette ligne pendant cinquante-six mois de captivité fut difficile et épuisant. La résistance papale s’appuyait sur un caractère déterminé, et sur la certitude d’avoir, avec le secours de la Providence, raison envers tout.

L’ouvrage, très documenté, nous fait découvrir comment les relations entre le Pape et l’Empereur se sont dégradées et nous décrit en détail et de façon vivante l’arrestation, les transferts secrets et les conditions de détention de Pie VII, mais aussi sa libération et la façon dont il a terminé sa vie, marquée à jamais par la dure expérience de ces années de détention.

Un récit passionnant !

Le Pape prisonnier de l’Empereur, Serge Ceruti, éditions Salvator, 236 pages, 23 euros

https://www.medias-presse.info/le-pape-prisonnier-de-lempereur-pie-vii-et-ses-geoliers-serge-ceruti/168228/

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

Y a t il une vie après la littérature ? Avec Richard Millet (Orages de...

Libé sort l’artillerie lourde contre le film du Puy du Fou

 

La une, un édito, une critique, un entretien et un article. La veille de la sortie en salles de  célèbre (à sa façon) le premier film du Puy du Fou. Loin de glorifier le panache des Vendéens et d’encourager le cinéma patriote,  dénonce un « film militant » aux relents conservateurs. Pourtant, il y a encore peu de temps, le militantisme du cinéma français ne dérangeait pas les journalistes du quotidien de Jean-Paul Sartre, bien au contraire !

Libé face au soft power conservateur

« Le Puy du Fourbe ». Le jeu de mots est malin, l’attaque est cinglante. Derrière cette une consacrée au premier film du Puy du Fou, les journalistes de  entendent démonter point par point le projet cinématographique de Nicolas de Villiers« Épopée fantasmée »« plein de poncifs »« entreprise réactionnaire »… tous les qualificatifs sont bons pour décrédibiliser le film. Summum de l’attaque, l’une des plumes de  réussit en un édito à cocher toutes les cases de la critique bien-pensante. Sur toile de fond vendéenne, le journaliste invoque à la fois Éric Zemmour et Vincent Bolloré avant de citer Donald Trump. Une manière de persuader le lecteur - qui ne l’aurait pas encore compris – du caractère « réactionnaire » de ce film.

Pour appuyer leurs dires, les journalistes de  s’inquiètent des approximations historiques. Pourtant, s’ils avaient pris la peine de lire le dossier de presse, ils auraient appris que ce film ne prétend pas peindre fidèlement le passé mais, au contraire, propose « un récit inspiré de faits réels ».

Toujours pour attaquer la légitimité historique de l’œuvre, ces mêmes journalistes refusent « les gages de qualité » donnés par la production à l’ouverture du film au motif que ceux-ci proviennent « de trois personnes dont ne sait rigoureusement rien ». Une chose est sûre, ces plumes n’ont pas peur de la mauvaise foi. Car parmi ces personnes, dont ils semblent tout ignorer, se trouve Reynald Secher, historien spécialiste des guerres de Vendée dont le nom figure dans de nombreux articles de . Et touche finale apportée à l’estocade : en plus de proposer une « œuvre manichéenne »Vaincre ou mouririnvisibiliserait les femmes. Mais, une nouvelle fois, cette critique, aux accents féministes, semble peu fondée. Les journalistes n’auraient-ils pas noté l’attention particulière accordée par les réalisateurs aux Amazones qui se battent vaillamment aux côtés de Charette ?

Deux poids deux mesures

En somme, de ces quatre pages de , un seul aspect ressort : l’aigreur des journalistes de gauche face à ce qu’ils nomment « une offensive conservatrice » mais que beaucoup qualifieront de « fierté française ».

La rédaction de  a la réprobation variable. Car si un film du Puy du Fou diffuse « une idéologie réactionnaire », le film Les Tirailleurs, avec Omar Sy, est, quant à lui, parfaitement « édifiant ». Malgré quelques réserves sur la mise en scène,  s’enthousiasme devant ce « film utile » et « respectueux » et oublie de citer, cette fois-ci, les approximations historiques. De même, en novembre, à l’occasion de la sortie d'Annie Colère, un film militant sur l’avortement, les journalistes du quotidien recourent à tous les superlatifs pour décrire cette œuvre « solaire ». Enfin, que dire de la ferveur à peine voilée de , en 2019, à la sortie des Misérables, film anti-police de Ladj Ly ? Conclusion : le militantisme au cinéma, tant qu’il est de gauche, est donc tout à fait acceptable aux yeux des critiques de Libé.

Mais finalement, que restera-t-il de cette une, si ce n’est une publicité pour Vaincre ou mourir ?

Clémence de Longraye

https://www.bvoltaire.fr/libe-sort-lartillerie-lourde-contre-le-fim-du-puy-du-fou/

mardi 24 janvier 2023

La Voie du Samouraï

 

Zen

[Ci-dessus : couverture de Miyamoto Musashi, guerrier de la transcendance, Tadao Takemoto, Signatura, 2019. À travers la figure de Musashi, samouraï, peintre zen et expert de la double voie des arts et du sabre, l'auteur fait dialoguer bushido japonais et chevalerie française, deux systèmes codifiés alliant la valeur guerrière à la transcendance, dont il compare les évolutions historiques étrangement similaires]

Le concept de samouraï, de l'aristocratie guerrière japonaise, est déjà bien connu en Occident, et le sacrifice de Yukio Mishima, qui s'est tué récemment pour rappeler son peuple à sa tradition séculaire et à l'honneur national, a réveillé l'attention sur elle. On ne sait pas grand chose, toutefois, sur la tradition interne de ces samouraï. Ce qui découle aussi du fait que les Japonais sont particulièrement réservés en ce qui concerne leur vie spirituelle. S'entretenir sur un semblable propos est considéré, par ces derniers, comme un manque de discrétion et de tact. De plus, ils sont des maîtres dans l'art de détourner la conversation avec beaucoup de politesse. Le croissant modernisme actuel, qui s'exprime dans l'insipide américanisation du Japonais, est, d'autre part, à cet égard, un facteur négatif supplémentaire.

L'allusion faite ici à la religion et la “voie du samouraï” pourra avoir quelque intérêt. La source de renseignements la plus sérieuse et la plus étayée étant un vieil ouvrage de Kaiten Mukariya, qui s'intitule précisément The religion of the Samouraï (London-Tokyo, 1913).

La religion officielle du Japon est ce que l'on appelle le Shintoïsme, terme composé de shin, divinité, et de to, voie ou doctrine, signifiant ainsi doctrine ou voie du divin. Sa base est la foi dans l'origine et dans le mandat divin du Japon et de sa race. La tradition japonaise tiendrait son origine d'en haut. Cela vaut, de façon éminente, pour la dynastie impériale nippone, revêtant un caractère divin (selon une croyance séculaire solidement établie, qui a été ébranlée seulement après la défaite de la dernière guerre), parce qu'elle serait directement liée à une divinité solaire, Amaterasu-o-Mikani. À partir de cette base, la fidélité au souverain et à la patrie est identifiée à l'acte religieux : patrie et dynastie ont constitué les points concrets de référence pour chaque sacrifice transfiguré, pour chaque élan de l'individu vers ce qui se situe au-delà de sa simple existence mortelle et finie.

Le terme matsurigoto signifie soit gouvernement dans un sens restreint, c'est-à-dire en tant que pouvoir temporel, soit culte, “exercice des pratiques religieuses”. En correspondance, chaque délit et tout acte déshonorant pour le Japon a fini par avoir une signification d'impiété : il dépasse le domaine juridique et social pour passer dans le domaine religieux.

La fidélité et la loyauté ont été, au Japon, des concepts qui ne concernaient pas seulement le milieu guerrier et chevaleresque d'une élite, mais qui reprenaient le respect envers les parents, la solidarité entre parents et amis, la pratique de la vertu, le respect des lois, l'harmonie entre les époux dans le juste rapport hiérarchique entre les sexes, la productivité dans le domaine de l'industrie et de l'économie, le travail et l'étude, le devoir de former son propre caractère, la défense du sang et de la race. Tout est “fidélité”, et, en dernier lieu, fidélité face aux Souverains. Tout acte anti-social, immoral, criminel, ne signifie pas, à partir d'une telle base, une transgression d'une norme abstraite, d'une loi “sociale”, plus ou moins anodine ou conventionnelle, mais plutôt trahison, déloyauté, ignominie, comparables à celles du guerrier qui déserte ou qui trahit l'engagement qu'il avait conclu avec son chef. Il n'y a donc pas des “coupables”, mais plutôt des “traîtres”, des êtres sans mérite. D'où le sens de l'expression connue “perdre la face”, comme quelque chose d'insupportable. Telle est l'atmosphère générale du Japon traditionnel. À présent, nous devons considérer la doctrine qui a formé, spécifiquement, l'âme intérieure à la caste, justement, des samouraïs, la noblesse guerrière féodale. Il s'agit essentiellement du Zen-shû, ou, plus simplement, du Zen. Le pouvoir formateur de cette doctrine a été universellement reconnu.

Ses origines renvoient, en dernière analyse, au Bouddhisme. Le Bouddhisme s'est différencié entre l'école de ce que l'on appelle “Petit Véhicule” (Hinayâna), et dans celle du “Grand Véhicule” (Mahâyâna), la première ayant un caractère plus pratique et ascétique, la seconde ayant, par contre, un caractère plus métaphysique. Le Zen peut être considéré comme une formulation particulière de la seconde école, à savoir de l'école du Mahâyânâ, qui, des régions septentrionales de l'Inde, passa en Chine, puis au Japon, où elle prit résolument racine vers 1190. Dès lors, le Zen n'a pas cessé d'exercer son influence sur l'âme japonaise dans son ensemble, mais surtout sur la caste guerrière. Cette influence s'est accentuée à partir des années de la guerre russo-japonaise, si bien que, jusqu'à hier, il aurait été difficile de trouver une personne de bonne naissance qui n'avait pas reçu les idées du Zen, ou au moins une partie, dans son éducation. Il est attesté qu'un entraînement ascétique, lié à de telles idées, était considéré comme une préparation naturelle, pour qui aspirait à entrer dans les cadres du corps des officiers de l'armée impériale.

Ayant fait allusion à la liaison du Zen et du Bouddhisme, il est possible de rester perplexe, parce que l'on croit, chez nous, que le Bouddhisme est synonyme d'aliénation existentielle, que le nirvâna bouddhiste est la forme suprême d'une évasion, d'un retranchement du monde conçu comme douleur, et d'un refuge dans une transcendance informe. Il n'est pas nécessaire de s'arrêter ici sur ce qu'a été le Bouddhisme dans sa véritable substance. Nous montrerons seulement que le Bouddhisme des origines, mettant à part les spéculations abstraites et le ritualisme dans lequel était tombé la caste brahmane hindoue, a posé simplement le problème de la “libération”. La vérité, que le vieux monde romain connut aussi avec les mots de Salluste : omnia orta occidunt et aucta senescunt [tout ce qui a pris naissance doit mourir, tout ce qui croît déclinera], est aussi le point de départ de la doctrine bouddhiste originelle. À savoir qu'il existe un monde dont la loi est la caducité et l'impermanence. Il est possible de s'y soustraire et de participer à une existence supérieure, placée au-delà même de la vie et de la mort. Bouddha a toujours évité de parler et de “philosopher”. Il l'a désigné par le mot nirvâna, lequel n'est pas une désignation positive, mais seulement une indication négative, exprimant que, pour atteindre cet état, la conditio sine qua non est la destruction de la “convoitise” ou “soif”, du “désir”, de la “fièvre”, de “l'agitation” humaine, du terme vâna qui renferme un peu toutes ces significations, et du préfixe nir, exprimant l'absence de cette condition. Toutefois, dire qu'une telle condition est absente, ne veut. Certainement pas dire sombrer dans le “néant” ; seul peut le penser celui qui identifie la vie à ce qui du point de vue supérieur de “l'éveillé” apparaît, au fond, comme une fièvre et une manie.

La doctrine Zen reprend, dans son essence, cette orientation, en la faisant valoir dans un domaine adéquat. Elle ne veut rien savoir des spéculations, des écritures et des textes. D'où aussi un style d'une simplicité extrême et taciturne. Selon une image connue, toute théorie n'a de valeur que si elle possède la signification d'un panneau indicateur d'un chemin, sur lequel on doit évoluer avec ses propres forces. L'autodiscipline, en termes presque ascétiques, mais actifs, non pénitentiaux, est le noyau fondamental du Zen et l'aspect grâce auquel il a pu particulièrement intéresser une caste guerrière. Il s'agit cependant d'une autodiscipline subtile et avant tout intérieure. En elle sont distincts les degrés suivants.

Tout d'abord, il faut se rendre maître des objets extérieurs, c'est-à-dire des impressions et des impulsions qui émanent d'eux, substituant à une condition de passivité une attitude active. Le disciple est exhorté à se rendre compte que là où un désir le pousse vers une chose, ce n'est pas lui qui la possède, mais la chose qui le possède. « Qui aime une liqueur, croit boire une liqueur, alors que c'est la liqueur qui le boit ». Donc, se détacher. Trouver en soi son propre seigneur. L'éthique occidentale des stoïciens n'était pas tellement différente. Mais, ici intervient la doctrine mahâyânique du “vide”, affirmant que tous les objets extérieurs sont, du point de vue métaphysique (nous pourrions dire : sub specie aeternitatis), des projections illusoires auxquelles seul le désir confère une apparence de réalité et un pouvoir.

Second stade : la maîtrise de son corps. Affirmer sa propre autorité sur l'organisme entier. « Imaginez votre corps comme détaché de vous. S'il crie, faites le taire de suite, comme le fait une mère sévère avec son enfant. S'il fait des caprices, reprenez-le, comme le fait un cavalier avec son cheval qu'il tient au mors. S'il est malade, donnez-lui des prescriptions, comme un docteur à son patient. S'il désobéit, punissez-le, comme le maître agit avec son élève ». Cela doit devenir une discipline habituelle : non une théorie, mais une pratique. L'exercice spirituel intervient souvent ici avec l'entraînement guerrier. En des temps passés, des “concours de fermeté” furent institués pour établir lesquels des élèves savaient le mieux supporter la chaleur la plus torride en été et le froid le plus glacial en hiver. En outre, le Zen en général est vraiment considéré comme une sorte de contre-partie spirituelle et même initiatique par les différents “arts martiaux”, et aussi par certaines activités artisanales, où la maîtrise dans une branche professionnelle est conçue comme une sorte de signe extérieur d'une réalisation intérieure correspondante.

Le troisième degré est le contrôle de la vie passionnelle et émotive, et la réalisation d'un équilibre interne. Ainsi est perçue l'irrationalité de toute crainte vaine et de tout espoir vain, de toute agitation, au point d'avoir “son cœur sous sa propre domination”. À cet égard, on se souvient d'une anecdote relative à O-yô-mei. Commandant en chef d'une armée qui menait une lutte décisive contre une tentative d'usurpation, il ne négligeait pas, durant sa campagne, la pratique du Zen dans son propre quartier général. À l'annonce que ses troupes avaient été mises en déroute, ceux qui étaient près de lui furent pris de terreur, mais lui ne se troubla pas le moins du monde : il donna seulement de brèves instructions. Peu après arriva la nouvelle que dans le déroulement de la bataille la victoire avait été remportée. Le chef resta calme comme avant et n'interrompit pas non plus l'état zen. Il faut cependant souligner qu'il ne s'agit pas de réaliser une insensibilité rigide, mais plutôt d'éloigner chaque sentiment inutile, chaque trouble vain. Un autre exemple : celui des kamikaze, les pilotes suicides de la dernière guerre mondiale. Ces derniers, qui pratiquaient presque tous le Zen, étaient capables de vaquer régulièrement à leurs occupations, même de se divertir, tout en sachant qu'à tout moment l'appel pour le vol sans retour pouvait leur arriver.

Le quatrième degré implique ce que l'on appelle le “rejet du Moi”. Il faut cesser non seulement de se sentir stupidement “important”, mais aussi de croire que l'existence individuelle a une véritable réalité. L'attachement au Moi serait le plus grand lien à couper. Alors, on sera déjà sur le seuil de la “conscience illuminée”, synonyme d'un état de super-individualité, d'impersonnalité active. En fait, cette dimension supérieure, qui, dans un sens spécial, pourrait être de “contemplation”, comme nous l'avons dit, n'est pas associée à une vie séparée et claustrale, mais elle est comprise comme un état de conscience qui devrait être permanent, de façon à accompagner chaque expérience et toute activité. Cette phrase est citée : « N'être attaché à rien, c'est la contemplation ; si vous avez compris cela, dans la façon d'aller, de vous tenir, de vous asseoir et d'être couché vous ne cesserez jamais d'être en contemplation ».

Parallèlement à cela, sont bien distingués cinq degrés de la discipline, appelés kô-kun-go-i, soit les “cinq degrés du mérite”.

Le premier est le “rang de la révulsion”, correspondant au disciple qui, du monde extérieur, se tourne vers celui de l'intérieur en se soustrayant à la domination du premier. On emploie une allégorie spéciale : le Moi supérieur auquel on tend est figuré comme un souverain, vers lequel on se tourne, comme si on était son peuple. Puis vient le “rang du service”, caractérisé par le loyalisme envers ce souverain intérieur, par un “service” constant pénétré par l'obéissance, par l'affection, par la crainte d'offenser, comme se comporte une personne admise à la suite d'un roi. Puis vient le “rang de la valeur” que démontre le combat, la déroute et la soumission de l'armée rebelle des passions et des instincts insurgée contre le souverain, avec lequel on passe du rang de personne de sa suite royale à celui d'un de ses généraux. Le quatrième degré est le “mérite de la coopération”, semblable au degré de celui qui n'est pas simplement voué à combattre et à “défendre le Centre”, mais qui est admis dans le groupe de ceux qui conseillent pour le bon ordre et la puissance de l’État. Le dernier rang est appelé “mérite suprême” — kô-kô —, c'est le rang même du souverain avec lequel on s'est identifié. Ici, l'action cesse.

La souveraineté spirituelle, l'état de la conscience douée d'une liberté supérieure, est réalisée. Cette figuration symbolique ou allégorique des divers états de la discipline spirituelle selon le Zen est très importante, parce que c'est justement elle qui peut servir d'intermédiaire entre le domaine intérieur et le domaine extérieur ; à savoir, qu'elle indique comment le Zen a pu se rattacher au système de la religion officielle shintoïste dans l’État nippon, laquelle avait, comme nous l'avons déjà précisé au début, le culte de !'Empereur en tant que fondement. On peut dire que le samouraï projetait dans le souverain le même idéal spirituel qu'il reconnaissait en lui, le “Roi” symbolique dont on vient de parier dans l'allégorie des cinq rangs du mérite. Ainsi, il pouvait, à partir de ce principe, établir un parallélisme effectif entre la discipline spirituelle et la discipline supérieure d'une élite, au point d'éclairer d'une signification supérieure tout ce qui est dévouement actif, service, lutte, sacrifice, connaissance et sapience pour le bien et la puissance de la communauté dont l'Empereur — le Tenno — était le sommet.

Pour le samouraï, tout cela allait donc assumer une valeur “rituelle”, et ce, par une voie de réalisation intérieure. Par conséquent, pour le samouraï le sacrifice suprême pour la patrie équivalait au sacrifice de la partie caduque et éphémère de soi-même face à un “Moi supérieur” participant à ce qu'on appelle la “Grande Libération”.

Ces aperçus pourront peut-être suffire, afin de donner un sens à la “voie du samouraï”. Quelques correspondances avec l'orientation que l'Occident a connue, à d'autres époques, n'échappent pas, même si ce fut dans des formes d'expression différentes. Il suffit de se remémorer l'idéal ascétique et guerrier des grands Ordres chevaleresques médiévaux, de la valeur donnée à la “fidélité”, jusqu'à faire d'elle une sorte de sacrement et de critère pour une distinction presque ontologique parmi les êtres humains, des justifications transcendantes et sacrées données par les gibelins à la même idée impériale, en se référant à une mystérieuse “religion royale de Melchisedeck”.

Il y a peu de temps encore, le Japon pouvait se présenter comme l'exemple unique, dans le monde moderne et anesthésiant, d'une civilisation dans laquelle la conservation jalouse des idées traditionnelles séculaires allait de pair avec un haut degré de modernisation de ses structures extérieures. Malheureusement, depuis la défaite de la Seconde Guerre mondiale cet équilibre est rompu, les énergies spirituelles de la race Yamato, c'est-à-dire nippone, se sont appliquées au monde extérieur, produisant un “miracle économique” et plaçant le Japon parmi les premières puissances industrielles et économiques du monde ; mais, dans le même temps, et en particulier dans les plus grandes villes, la vie et les mœurs se sont laissées intoxiquer de bon gré et avec raffinement par les influences de l'Occident moderne, en particulier par les États-Unis, ainsi que nous pouvons le constater facilement dans les documentaires, dans les films, les reportages. Le geste cruel, l’hara kiri, de Yukio Mishima aurait voulu avoir la signification d'un “Japon, réveille-toi !”, analogue au “Deutschland, erwache !” lancé après la Première Guerre mondiale en Europe centrale. Il ne semble pas avoir été remarqué si ce n'est comme une singularité, et certains sont allés jusqu'à le qualifier de pure “théâtralité”. Si ces développements suivent la même direction, un exemple presque unique de haute valeur paradigmatique n'existera plus que sous la forme d'un souvenir. Et cela pourra faire partie de tous les signes de l'avènement général et irrépressible de cette époque qui, déjà depuis des temps très reculés, avait été prévue et décrite dans les termes d'un “âge obscur” : kali-yuga.

Julius Evola, Kalki n°1, 1985.

[Texte paru dans Vie della Tradizione n° 2, 1971, traduit de l'italien par Sylvie Rongiéras]

http://www.archiveseroe.eu/recent/8