mardi 23 juin 2009

« Les femmes ont-elles une âme ?» : mensonges et désinformation


« Lors de chaque combat livré par des femmes, on affirme qu’en 585, un concile s’est tenu à Mâcon pour trancher d’une épineuse question : la femme a-t-elle une âme ? On écrit là-dessus comme s’il s’agissait d’un fait historique démontré. D’autres interviennent alors – non moins opportunément – pour s’écrier qu’il s’agit d’une légende, tout juste bonne, comme toutes les légendes, à jeter aux orties. Il faut dire la vérité. Si l’on consulte la liste complète des conciles, on s’aperçoit qu’il n’y a jamais eu de concile de Mâcon. En revanche, on trouve en 586 – et non en 585 – un synode provincial à Mâcon. Les «Actes» en ont subsisté. Leur consultation attentive démontre qu’à aucun moment, il ne fut débattu de l’insolite problème de l’âme de la femme. Le synode s’est borné à étudier – avec un grand sérieux – les devoirs respectifs des fidèles et du clergé.

Alors ? D’où vient cette légende si solidement implantée ? N’aurait-elle aucune base ? Si. Le coupable est Grégoire de Tours. Il rapporte qu’à ce synode de Mâcon, un évêque déclara que la femme ne pouvait continuer à être appelée «homme». Il proposa que l’on forgeât un terme qui désignerait la femme, la femme seule. Voilà le problème ramené à son exacte valeur : ce n’était point un problème de théologie, mais une question de grammaire. Cela gênait cet évêque que l’on dît les hommes pour désigner aussi bien les femmes que les hommes. L’évêque trouva à qui parler. On lui opposa la Genèse : « Dieu créa l’homme mâle et femelle, appelant du même nom, homo, la femme et l’homme. » On lui rappela qu’en latin, « homo » signifie : créature humaine.

Personne ne parla plus du synode de Mâcon jusqu’à la Révolution française. En pleine Terreur, pour défendre les femmes dont on voulait fermer les clubs, le conventionnel Charlier, en une belle envolée oratoire, demanda si l’on était encore au temps où on décrétait, « comme dans un ancien concile, que les femmes ne faisaient pas partie du genre humain ». Le 22 mars 1848, une citoyenne Bourgeois devait franchir une nouvelle étape dans l’altération des textes. A la tête d’une délégation du Comité des «Droits de la femme», elle remettait aux membres du gouvernement provisoire une pétition tendant à obtenir le droit de vote pour les femmes et commençant par ces mots : « Messieurs, autrefois, un concile s’assembla pour décider cette grande question : savoir si la femme a une âme… » Bouclée, la boucle. Les quelques lignes de Grégoire de Tours, définitivement déformées, étaient entrées dans le patrimoine définitif de la crédulité publique. »

Alain Decaux – Histoire des Françaises (Librairie Académique Perrin, Paris, 1972, pp.133-134) (via Dia)

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vendredi 19 juin 2009

«Pendant 1000 ans, les Arabo-musulmans ont tué, castré ou déporté près de 17 millions d’Africains.»


Si la communauté internationale a reconnu que la traite des Noirs avait été «une tragédie» et « un crime contre l’humanité », pas un mot sur l’antériorité de celle pratiquée par les Arabo-musulmans et ses conséquences.

A Durban, les représentants du continent noir et ceux des pays arabes se sont contentés de mettre en accusation les négriers occidentaux, avec demande de repentance et de réparation.

Pourtant, le commerce négrier et les expéditions guerrières provoquées par les Arabo-musulmans, furent pour l’Afrique noire bien plus dévastateurs que la traite transatlantique.

Tout le Soudan depuis l’Océan jusqu’en Égypte était livré aux chasses à l’homme et à la vente de captifs. (…) Pour chasser et enlever de force 500.000 individus, il fallait en faire périr près de 2 millions d’autres (résistants ou fuyards).

Ce fut la colonisation européenne, qui mit entièrement fin à la traite arabo-musulmane. L’Europe devenue anti-esclavagiste, la plupart des nations occidentales impliquées ont reconnu leur responsabilité et prononcé leur aggiornamento. On attend toujours celui des pays arabo-musulmans (Moyen-Orient, Maghreb, Iran, Turquie etc.).

De nos jours encore, beaucoup associent traite négrière au seul trafic transatlantique alors que la traite et le travail forcé des peuples noirs, n’ont pas été une invention des nations européennes.

Les Arabo-musulmans sont à l’origine de cette calamité et l’ont pratiquée en grand, du 7e au 16e siècle, pendant près de 1.000 ans, en déportant près de 10 millions d’Africains.

Au total, les Arabo-musulmans auront tué, castré ou déporté près de 17 millions d’Africains.

Ce douloureux chapitre de l’histoire de l’humanité, qu’il est difficile de ne pas qualifier de génocide par massacres, razzias sanglantes puis castration massive, chose curieuse, très nombreux sont ceux qui souhaiteraient le voir recouvert à jamais du voile de l’oubli, souvent au nom d’une certaine solidarité religieuse, voire idéologique.

C’est en fait un pacte virtuel scellé entre les descendants des victimes et ceux des bourreaux, qui aboutit à ce déni. Un silence sélectif entourant le crime arabo-musulman envers les peuples noirs, planait à Durban où on s’est contenté de mettre en accusation les négriers occidentaux, avec demande de repentance et de réparation.

Les participants ont tout simplement réussi, à occulter le rôle et la responsabilité des nations arabo-musulmanes pendant plus de treize siècles sans interruption.

Tidiane N’Diaye (source)

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jeudi 18 juin 2009

Les origines de la langue française suite et fin

4) L’évolution accélérée du latin

Pendant les deux siècles qui suivent, la civilisation latine s’étiole : le royaume est divisé entre les fils des rois mérovingiens, déchiré par les luttes intestines.

Ce morcellement territorial favorise la formation de nombreux dialectes. L’Église perd son rôle conservateur de la civilisation et de la langue : évêques et moines maintiennent des écoles qui forment les religieux, mais on n’y apprend guère que quelques prières et formules liturgiques.

Certes il existe encore des lettrés, mais ils emploient volontiers un latin proche du peuple, qu’ils appellent la langue “simple”, “humble”, “inculte” (simplex, humilis, incultus sermo). Selon le spécialiste du latin tardif Michel Banniard, le public de langue d’oïl comprend ce latin simplifié et populaire, déjà très différent de sa langue parlée, jusqu’aux années 750-780 ; le public de langue d’oc garde cette compétence plus longtemps.

5) L’officialisation du français

Au début du IXe siècle, Charlemagne rétablit l’Empire d’Occident. Son influence civilisatrice et la renaissance des lettres latines entraînent paradoxalement l’apparition d’une nouvelle langue écrite, qui deviendra le français.

Charlemagne tente de redonner à ses peuples la civilisation qu’ils ont perdue. Pour aider les moines qui ne comprennent plus le texte de la Vulgate, il fait venir un clerc d’Oxford, Alcuin, qui crée à Tours un enseignement en latin. Il fait ensuite ouvrir de nombreux centres de formation des élites et attire à sa cour les meilleurs intellectuels de son temps.

Les nouveaux lettrés, qui ont réappris le latin classique, prennent alors conscience de la réalité linguistique du pays : alors que la langue simplifiée de leurs prédécesseurs, pleine de barbarismes à leurs yeux, avait été accessible au peuple, il est devenu impossible de faire comprendre un texte de vrai latin à qui ne l’a pas étudié.

C’est pourquoi, en 813, les évêques, réunis en concile à Tours, demandent aux prêtres de faire leurs sermons dans les langues familières, germanique ou romane, les seules désormais comprises par les fidèles. Cette décision, qui apparaît comme la première reconnaissance officielle de la langue parlée, est considérée comme fondatrice du français ; c’est en effet de ce jour que les clercs se sont préoccupés de mettre par écrit – et donc d’élaborer et de fixer – leur langue maternelle.

Ainsi, depuis le latin de César jusqu’à la langue parlée au IXe siècle, la même langue a été employée continûment sur le territoire de la France. Pourtant, à la veille de la mort de Charlemagne, un retour au latin classique a mis en évidence l’existence de deux langues : la langue familière, ou maternelle, sert dans la vie courante, tandis que le latin continue à faire fonction de langue officielle, puisqu’il est seul utilisé dans les écrits “sérieux” (histoire, théologie, philosophie), dans l’administration, le culte et l’enseignement.

C’est cette langue maternelle que les historiens appellent “langue vernaculaire”, pour éviter d’employer le terme de “français” – le concept n’existe pas encore en ce haut Moyen Âge. Les textes latins de l’époque parlent, eux, de rustica romana lingua.

La naissance d’une communauté linguistique

Le premier écrit entièrement en langue vernaculaire qui nous soit parvenu est la partie française des Serments de Strasbourg (842). Ce premier document [voir encadré plus bas] a une double importance, car ces serments sont aussi fondateurs de la nation française.

Jusqu’alors, en effet, le territoire de la future France ne présentait aucune unité nationale, soit qu’il fût morcelé en petits royaumes gaulois, soit qu’il fît partie d’un empire, romain, franc ou germanique. Du temps de Charlemagne même, le territoire de la France n’était qu’une portion de son empire. Mais à la succession de son unique héritier, Louis le Pieux, ses trois petits-fils, Lothaire, Louis et Charles exigent chacun un royaume d’égale richesse.

Pour mettre fin à leurs querelles, les négociateurs découpent l’Empire en trois bandes parallèles : la future France est attribuée à Charles le Chauve, la future Allemagne revient à Louis (dit plus tard le Germanique), la région qui les sépare, proposée à Lothaire, reçoit le nom de Lotharingie.

Un an avant que cette partition ne soit ratifiée par le traité de Verdun (843), Louis et Charles s’unissent pour faire accepter le partage à Lothaire. Ils se prêtent solennellement assistance, chacun dans la langue de l’autre : Louis en “roman” et Charles en “tudesque”. Puis leurs armées prêtent serment, chacune dans sa langue.

Le texte de ces engagements nous est parvenu dans un ouvrage historique écrit en latin par Nithard, un clerc contemporain, parent de ces princes. Cette citation de textes en langue vulgaire dans un ouvrage érudit est très surprenante pour l’époque.

Selon l’hypothèse de Renée Balibar, historienne de la langue et spécialiste de l’institution du français national, elle reflète la volonté, pour les grands clercs qui négocièrent ces accords, d’asseoir la partition sur une séparation linguistique entre sujets germaniques et romans.

Les engagements solennels ont soigneusement été rédigés par eux dans une langue vernaculaire déjà élaborée, et ont été volontairement retransmis tels quels. Leurs langues se posaient ainsi, dès l’abord, en langue officielle.

Ce proto-français, n’était pas, pense-t-on aujourd’hui, la transcription d’un dialecte. C’était plutôt une langue recomposée, très inspirée du latin mérovingien que les clercs érudits du IXe siècle considéraient comme le modèle de la langue vulgaire écrite : leur volonté était de proposer une langue supra-dialectale, accessible à tous.

Les serments de Strasbourg, préliminaires de la partition de l’empire de Charlemagne en trois royaumes : la future France, la future Allemagne et une zone tampon, la Lotharingie. Énoncés en langues vulgaires, “romane” et “tudesque”. Extrait du serment de Louis, en proto-français :

” Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo, et in adiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altre si fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit. ”

” Pour l’amour de Dieu et pour le peuple chrétien et pour notre salut commun, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m’en donnera savoir et pouvoir, je soutiendrai mon frère Charles, et l’aiderai en toute chose, comme on doit soutenir son frère selon le droit, à condition qu’il fasse de même à mon égard, et avec Lothaire je ne tiendrai aucun plaid qui de ma volonté puisse porter tort à mon frère Charles. ”

C’est à partir d’élaborations de ce type, par tous les clercs qui essayèrent de “mettre en roman” leur langue maternelle, que s’est forgé l’ancien français classique, celui de la Chanson de Roland ou des romans de Chrétien de Troyes.

Cette langue était fortement marquée de traits provenant d’une région assez étendue, dont le centre était l’Île-de-France, mais elle n’a jamais été, comme on l’a d’abord cru, le dialecte de l’Île-de-France. Au XVIe siècle, cette langue littéraire, sans cesse enrichie par des érudits latinistes, commença à dominer les dialectes, parce qu’elle était devenue la langue officielle du roi.

Pourtant, après les serments de Strasbourg, il fallu encore 150 ans et un changement de dynastie pour que les rois de France ne s’expriment plus en germanique : les Chroniques de Richer rapportent que le premier roi de France à avoir besoin d’un traducteur pour s’entretenir avec un roi germanique fut Hugues Capet.

Quant au latin, qui cessa d’être la langue de l’administration sous François Ier, il subsista en tant que langue de l’enseignement jusqu’à la Révolution et en tant que langue du culte jusqu’au milieu du XXe siècle.

Les origines de la langue française suite

3) L’INFLUENCE DU GERMANIQUE

La Gaule romaine connaît d’abord une période de stabilité et de prospérité. Mais, dès la fin du siècle des Antonins (192), la vie sociale commence à se disloquer.

Cette tendance s’accentue à partir du IIIe siècle, avec les incursions des Germains : du IIIe au IVe siècles, ils déferlent sur le pays qu’ils se partagent en plusieurs royaumes, wisigoth, burgonde, alaman, franc rhénan et franc salien, tandis que les Gallo-Romains sont cantonnés dans le bassin parisien et la Bretagne.

Menés par Clovis, l’un de ces peuples germaniques, les Francs Saliens, occupe le royaume gallo-romain en 486, bat les Wisigoths en 507 et absorbe le royaume des Burgondes, en 534. Il se produit alors un fait linguistique assez rare : contrairement à ce qui s’est passé lors de la colonisation latine, c’est la langue dominée, le latin, qui demeure la langue officielle.

Les raisons de son maintien sont religieuses et peut-être politiques : pour se concilier les évêques dans la lutte qu’il voulait entreprendre contre les Wisigoths, de religion arienne, ou par conviction personnelle, Clovis se convertit au christianisme, religion officielle des Romains depuis 312. Ce faisant, les Francs obtiennent l’appui des Gallo-Romains, mais ils acceptent aussi le latin comme langue religieuse.

Des raisons culturelles expliquent aussi l’adoption du latin. La vieille civilisation latine est supérieure à la civilisation dominante et, malgré les troubles de l’époque, elle se maintient encore : dans les royaumes des Burgondes et des Wisigoths, l’administration romaine subsiste ; chez les Francs, les Gallo-Romains conservent leurs biens ; au IVe et au Ve siècles, malgré les invasions, il y a encore des écoles et des bibliothèques où l’on continue à lire et à étudier en latin.

Ayant adopté la culture et la religion romaine, les Francs calquent leur administration sur celle des vaincus et rédigent leurs lois en latin. Pendant une longue période, il s’établit dans les zones conquises une sorte de bilinguisme, pour les Francs comme pour certains Gallo-Romains.

Les Francs ont transmis une partie de leur lexique à la langue qu’ils ont adoptée. On compte plus de 400 mots d’origine francique dans le vocabulaire français. Ainsi, la coexistence de deux aristocraties, gallo-romane et franque, explique le caractère bilingue de la terminologie guerrière et administrative :
épée est gallo-roman, mais brand, qui signifiait “épée” et sur lequel est formé le verbe brandir, est francique.
roi, duc, comte sont gallo-romans, mais marquis, baron, chambellan, maréchal, sénéchal, échanson sont franciques.

Le reste du lexique d’origine franque concerne la vie rurale – les Francs étaient davantage agriculteurs et chasseurs que citadins : gerbe, blé, jardin, haie, aulne, houx, cresson, troène, frêne, tilleul, saule, bois, forêt, troupeau, épervier, mésange, freux, hanneton.

D’autres mots dépeignent les sentiments ou le caractère : orgueil, honte, honnir, hardi, laid. L’armement et la guerre : fourreau, heaume, haubert, guerre, trêve. Les couleurs : blanc, bleu, gris, blond.

Le bilinguisme entraîna surtout la forte évolution phonétique qui fait la spécificité du français par rapport aux autres langues romanes
: réduction du mot, évolution des voyelles, disparition de certaines consonnes intervocaliques. Par exemple, un mot latin comme sudare devient suer en français, mais reste sudar en espagnol : nous avons vu que les Gaulois sont responsables du changement de prononciation de la lettre u, et les Francs ont supprimé le d intervocalique et transformé en e le a accentué en latin.

La zone de colonisation franque – c’est à dire la France du Nord, où les Francs émigrent en nombre important – correspond au français d’oïl, tandis que le français d’oc a beaucoup moins évolué.

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La prise du pouvoir par les bolcheviques

Lénine n'a jamais dits aux bolcheviques d'arracher le pouvoir des mains du tsar. Il savait pertinemment que c'était impossible. Que s'est-il finalement passé ? Le pouvoir en Russie s'est effondré sur lui-même, victime de ses errements, du désastre de la guerre contre l'Allemagne, de l'incompétence de ses dirigeants, du discrédit de la famille impériale «envoutée» par Raspoutine.
Non, les bolcheviques n'ont jamais pris le pouvoir en Russie. Ils n'ont jamais tenté de cueillir le fruit encore vert. Ils se sont contentés d'attendre qu'il pourrisse tout seul et qu'il tombe de l'arbre. Ils savaient aussi qu'à ce moment là, ils ne seraient pas les seuls à vouloir le ramasser. C'était cela le moment décisif, cette période d'anarchie totale où un souffle de vent pouvait faire basculer l'histoire.

L'exécution du tsar et de la famille impériale signifia le basculement de la Russie dans un autre univers, où les anciennes règles n'avaient plus cours.
Le meurtre du tsar était fait pour annoncer au monde le message suivant : « Il n'y a plus de retour en arrière possible. »
Ces assassinats étaient, pour les révolutionnaires russes, une étape obligée.
Il faut se souvenir de l'axiome qui dit que « la légitimité prime la légalité. »
Jamais les masses ne les suivirent dans leur entreprise de destruction de la dynastie de droit divin dont elles étaient, depuis des siècles, les sujets. Sans la terreur, sans les meurtres de masses exercés sur leur propre peuple, les révolutionnaires ne pouvaient espérer tenir bien longtemps, parce qu'aux yeux de ce peuple, ils n'étaient rien. On ne leur devait aucun respect, aucune autre déférence que celle inspirée par la peur.
Ils ne purent commettre un tsaricide que parce que l'homme qui occupait cette fonction l'avait déjà, aux yeux de la population, largement trahie.

Nous pouvons remplacer la Révolution russe par la Révolution française. Les deux sont identiques.
D'après un texte d'André Waroch

samedi 13 juin 2009

Les origines de la langue française 2) La langue mère : le latin

LA LANGUE MÈRE : LE LATIN

Vers 50 avant notre ère, 100 ans après la Provence, les Romains conquièrent la Gaule. C’est le début de la civilisation gallo-romaine, qui durera environ six siècles.

[Les Gallo-romains sont un ensemble de peuples qui, en Europe occidentale, ont constitué une civilisation spécifique, à l'issue de la Guerre des Gaules jusqu'à l’avènement des Francs. D’origine ou de civilisation celtique pour la plupart, ils étaient notamment localisés sur le territoire de la Gaule, selon les définitions de leurs voisins romains.]

Bien que la gaule reste une zone de faible immigration romaine et que les Romains ne cherchent pas à imposer leur langue dans les pays conquis, les Gaulois adoptent progressivement le latin, tant pour communiquer avec le peuple dominant qu’à cause de la supériorité culturelle et politique des Romains.

Les élites, notamment, sont romanisées : elles accèdent à la citoyenneté romaine et envoient leur enfants suivre un enseignement supérieur latin dans les écoles d’Autun, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon, de Toulouse ou de Reims. Ainsi le latin devient langue officielle sur le territoire gallo-romain, tandis que le gaulois demeure la langue maternelle des populations colonisées.

Le latin parlé en Gaule est un latin plus tardif que le latin classique. C’est aussi une langue non littéraire, outil de communication du plus grand nombre, très simplifiée et très familière, avec des formes expressives, voire argotiques.

Deux phénomènes évolutifs coexistent. D’une part, les Gaulois emploient volontiers des mots argotiques, qui ont d’abord été des expressions imagées : tête a eu pour premier sens “pot cassé”, jambe signifiait “paturon du cheval”, épaule vient d’”épaule d’agneau”, épée désignait une “latte de bois”.

D’autre part, dans toute la Romania, selon une évolution naturelle au cours des siècles, les locuteurs du latin tardif adoptent dans la langue standard des tours populaires. Par exemple, on étoffe les mots en généralisant les diminutifs : auris remplacé par auricula (ureche en roumain, orechio en italien, oreja en espagnol, oreille en français), agnus par agnellus (agneau).

On substitue des formes plus simples aux verbes difficiles : ferre remplacé par portare (porter) ; ou on choisit des formes plus étoffées : ire (aller) remplacé par ambulare (aller, nous allons) et vadere (je vais).

Outre la profonde évolution de sa prononciation, le latin tardif se caractérise aussi par la disparition de la déclinaison, la création des articles, la généralisation des prépositions, l’extension des auxiliaires du verbe, l’apparition de nouvelles formes de futur.
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Pierre-Joseph Proudhon Un socialiste politiquement très incorrect...


Que serait une pensée politique rivée aux seuls échos d'une actualité tonitruante ? Il faut chercher plus loin et voir plus haut que les brutales assertions des manipulateurs de la pensée unique. A l'heure où la démocratie humanitaire se prétend la seule référence morale, unanimement valable pour le monde entier, il n'est certes pas mauvais de mettre son nez dans les ouvrages de quelques penseurs, dont on saura apprécier la différence. Proudhon ne fut pas seulement un militant et un écrivain, ce fut aussi, à sa manière, une sorte de prophète. La chute de l'Union soviétique ne nous à certes pas débarrassé du marxisme, auquel croient encore tant d'intellectuels occidentaux, alors que le rêve confus des Russes devient de mélanger socialisme, nationalisme et panslavisme. Plus que jamais, il importe de connaître celui qui fut le grand rival de Karl Marx et dont la vision n'est pas aussi démodée que voudraient le faire croire ses adversaires libéraux et communistes depuis plus d'un siècle. Dans un monde dominé par un étatisme d'autant plus centralisé et redoutable qu'il devient universel, les idées de Proudhon peuvent surprendre, mais on ne peut ignorer le sens à la fois révolutionnaire et conservateur qu'il donne à un "fédéralisme" qui n'est certes pas une utopie, mais peut-être une véritable vision à la mesure des défis gigantesques que nous connaissons aujourd'hui.
Si le terme même d'enracinement recouvre de solides réalités, le cas de Jean-Joseph Proudhon, reste exemplaire. Il le précisera lui-même : « Je suis né à Besançon, le 15 janvier 1809, de Claude-François Proudhon, tonnelier, brasseur, natif de Chasnans, près de Pontarlier, département du Doubs, et de Catherine Simonin, de Cordiron, paroisse et Burgille-les-Marnay, même département. Mes ancêtres de père et de mère furent tous laboureurs francs, exempts de corvées et de main-mortes, depuis un temps immémorial ».
D'une famille trop pauvre pour poursuivre des études, cet enfant particulièrement doué renonce à l'Université pour devenir ouvrier typographe. De retour de son "Tour de France" traditionnel, il fonde une imprimerie avec deux de ses compagnons.
Après avoir publié des brochures jugées révolutionnaires, il sera élu député en 1848.
Sous le Second Empire, il connaît la prison et l'exil, mais ne renonce jamais à des idées qui lui vaudront une tenace pauvreté et une grande solitude.
Ce n'est certes pas lui qui sera un profiteur de n'importe quel système politique et son socialisme ne sera jamais alimentaire :
« Créer de la richesse, faire de l'argent, s'enrichir, s'entourer de luxe, est devenu partout une maxime de morale et de gouvernement. On est allé jusqu'à prétendre que le moyen de rendre les hommes vertueux, de faire cesser le vice et le crime, était de répandre partout le confort, de créer une richesse triple ou quadruple : à qui spécule sur le papier, les millions ne coûtent rien ».
Aussi son jugement sur la société de son temps - lui qui a connu la monarchie, la république et l'empire - est impitoyable : « On a remarqué que les plus fougueux démocrates sont d'ordinaire les plus prompts à s'accommoder du despotisme, et réciproquement que les courtisans du pouvoir absolu deviennent dans le même cas les plus enragés démagogues ».
Son action n'est pas tant celle d'un conspirateur, comme Blanqui, mais d'un doctrinaire. Certes, ses idées ne sont pas exemptes de contradictions, mais n'en sont que plus vivantes et plus libres.
Contre le totalitarisme, contre la centralisation, contre l'impérialisme, il recherche un équilibre dynamique entre le spiritualisme et le matérialisme, entre la liberté et l'autorité, entre le rêve et l'action, entre le droit et la justice, entre la révolution et la tradition.
Il n'y a pas finalement de "doctrine" proudhonienne, mais une manière proudhonienne d'aborder la vie des hommes et des peuples.
Toute sa trop courte existence - il mourra à Paris le 19 janvier 1865, à cinquante-six ans, après une vie militante et familiale exemplaire - il s'affirme à contre-courant de toutes les idéologies et de toutes les illusions dominantes. Un de ses disciples du XXe siècle, le trop méconnu Alexandre Marc, dira de lui qu'il fut grand frondeur devant l'Eternel scissionnaire opiniâtre, "non-conformiste" farouche.
Aussi est-il difficile, à plus d'un siècle de distance ; de le situer facilement par rapport à une "gauche" et à une "droite", qu'il avait tendance à récuser, mais aussi parfois à con joindre, Libre-penseur dans tous les sens du terme, il s'est voulu finalement une sorte d'aventurier de la pensée, un défricheur et un éveilleur.
Celui qui devait si bien le comprendre et le poursuivre, le grand Péguy, allait, mieux que tout autre, définir le rôle de tels "prophètes" : « Une grande philosophie n'est pas celle qui prononce des jugements définitifs, qui installe une vérité définitive. C'est celle qui introduit une inquiétude qui ouvre un ébranlement ».
Ainsi l'œuvre de Proudhon est, plus qu'un jugement sur la société de son temps, une incitation à agir. En ce sens, ce doctrinaire du travaillisme français est le maître du vieux Sorel et des socialistes prolétariens, qui devaient tant se heurter aux socialistes parlementaires au début de notre siècle. Il a parfaitement précisé le sens de son "enseignement" : « Faire penser son lecteur, voilà, selon moi, ce qui dénote l'écrivain consciencieux ».
La démarche politique et morale de toute sa vie va le conduire de l'anarchie, qu'il professait vers 1840, à l'idée de "fédération", qui sera son grand apport à une nouvelle vision de monde.
Partisan résolu de toutes les diversités - on dirait aujourd'hui : de toutes les identités - il refuse l'uniformité, le nivellement, l'indifférencié. Les familles, les communes, les provinces, les Etats, doivent s'unir ; se "fédérer", mais non disparaître. Il l'affirme sans ambages : « Le système fédératif est à l'opposé de la hiérarchie ou centralisation administrative et gouvernementale par laquelle le distinguent, ex aequo, les démocraties impériales, les monarchies constitutionnelles et les Républiques unitaires ».
On imagine aujourd'hui quel type d'Europe il aurait souhaité et quelle caricature il en aurait refusée.
Certains de ses propos tomberaient sans doute de nos jours sous le coup de la loi. Ceux-ci par exemple : « Qu'importe aux étrangers le despotisme gouvernemental. Ils ne sont pas du pays ; il n 'y entrent que pour l'exploiter, aussi le gouvernement a intérêt à favoriser les étrangers dont la race chasse insensiblement la nôtre. » Ou encore : « La gloire d'un peuple, c'est de faire de grandes choses, en conservant la pureté de son sang, de son individualité, de sa tradition, de son génie ».
Comme le disait admirablement le résistant Alexandre Marc, au lendemain de la dernière guerre : « Notre monde a besoin de Proudhon... comme on a besoin de lumière, d'air pur, d'eau fraîche, de pain franc, de camaraderie, d'amitié virile, d'espérance ».
Jean MABIRE National Hebdo du 15 au 21 avril 1999

Des espions de la STASI avec la CIA

On croyait tout savoir sur la STASI, la police secrète de l'Allemagne communiste, le pire ramassis de mouchards, d'espions et de tortionnaires après celui du KGB. De fausses révélations en confidences truquées, en particulier de la part de l'actuelle idole trotskiste, l'ex-général Markus Wolff, stalinien forcené, puis gorbatchévien malchanceux, on s'imaginait ne plus rien avoir à apprendre sur ses coups tordus, ses succès et ses échecs. En fait, l'essentiel demeurait dissimulé, tout en n'étant pas perdu pour tout le monde. Le pot aux roses - c'est Ie cas de le dire, on va le voir - a été découvert il y a peu.

Infiltration et chantage
1990, l'univers communiste s'effondre comme un château de cartes. Les officiers les plus malins de la STASI, le sinistre staatssicherheitsdients de la "Prusse rouge", pensent à leur avenir. A Washington, la CIA s'en préoccupe aussi. Les deux réflexions finissent par se rencontrer. Les colonels est-allemands, pas fous, n'ont pas détruit, fin 1989, les dossiers les plus explosifs qu'ils détiennent. La CIA le sait, et souhaite les récupérer, pour un usage bien précis. Grâce à la magie du billet vert, tout s'arrange. Les responsables principaux de la STASI vendent à la CIA leur fichier et, des dossiers, parmi les plus brûlants. Le nom de code de ce marchandage était "Bois de rose".
Près d'une décennie plus tard, en 1998, soucieux de rester sur le devant de la scène les médias, le tristement fameux ci-devant chef de la STASI, Markus Wolff, fit un beau jour des confidences à la télévision allemande. Il révélera en particulier qu'il avait disposé d'agents autour du pape, en plein Vatican. Il souleva un franc scepticisme, et l'interprétation la plus courante fut qu'il affabulait. D'autant plus qu'on ne trouvait aucune trace dans les archives disponibles d'une telle infiltration. Mais les milieux réellement "bien informés" donnaient discrètement à entendre que la CIA était parfaitement au courant. Cependant, le silence retomba quelques mois après le pavé dans la mare jeté par Markus Wolff.
Début janvier de cette année, nouveau coup de théâtre, cette fois technique. Des spécialistes est-allemands parvenaient à casser le code utilisé par la STASI pour correspondre avec ses espions à l'Ouest. Certains agents jamais repérés étaient alors identifiés. Surtout, les décryptages permettaient de vérifier que toutes les "rumeurs" en provenance de la CIA reposaient sur un fondement très sérieux. Les mouchards au Vatican, c'était du sérieux, Markus Wolff n'avait pas affabulé. Les deux informateurs jusqu'ici identifiés portaient les noms de code de "Saint-Antoine" et d'"Illumination''. L'un d'eux, cadre de l'Agence de presse du Vatican, avait été recruté par la STASI dès 1960.
Détenant la preuve que les Américains en savaient très long, et n'avaient rien transmis à ses services, le gouvernement allemand a réclamé officiellement à Washington la transmission d'une copie des archives de la STASI remises en 1990 à la CIA. Sans le moindre succès : la CIA a l'intention, même pas dissimulée, de continuer à faire chanter les anciens agents de la STASI qu'elle a identifiés, afin de continuer à les employer au même travail, à son profit maintenant. On dit, à Berlin, que plusieurs "personnalités" françaises seraient dans ce cas.
R.L.D. National Hebdo du 15 au 21 avril 1999

Les origines de la langue française :

1) l’influence gauloise

Article de 1997, paru dans “Pour la Science” – Extrait 1

On n’a jamais cessé de parler latin en France, mais un double phénomène de créolisation dû au bilinguisme des Gaulois, puis des Francs, a engendré une toute autre langue, le français. Nous retraçons ici l’histoire de la langue officielle, depuis ses origines.

Bien que les fouilles montrent que le territoire de l’actuelle France était très peuplé, on n’a que peu d’éléments sur les ethnies qui l’ont occupé avant l’installation des Gaulois, et les témoignages linguistiques ne remontent qu’à 600 ans avant notre ère. Les peuplades dont nous connaissons l’existence à cette époque, Ligures et Ibères, n’ont pas eu d’influence notable sur la langue française.

Seuls quelques mots des Grecs, installés en petites colonies sur le pourtour méditerranéen, sont passés en français par l’intermédiaire du provençal. Les noms de lieu surtout témoignent de leur passage : Heracles Monoikos, “Hercule le solitaire”, a donné Monaco. (Théa) Nikaia, “la déesse de la victoire”, Nice. Antipolis, “la ville d’en face”, Antibes. Et on pourrait multiplier les exemples.

L’INFLUENCE GAULOISE
Les premiers habitants dont la langue a réellement marqué le français sont les Gaulois, un peuple celte.
Originaires d’une région correspondant aux actuelles Bavière et Bohème, ils occupent progressivement la majeure partie de l’Europe de l’Ouest, et parviennent vers 500 avant notre ère, jusqu’à cette péninsule du bout de l’Europe, la future France.

La langue des Gaulois est divisée en nombreux dialectes, mais garde une certaine unité, comme leurs coutumes et leur religion. On peut d’ailleurs se demander si tous parlaient gaulois dans les régions celtophones et s’il ne restait pas des groupes parlant d’autres langues. A l’inverse, l’archéologue Colin Renfrew envisage que les Celtes aient reçu, sur place, leur langue et leur culture de populations néolithiques déjà indo-européennes depuis des millénaires.

Le gaulois a survécu à la conquête romaine jusqu’au IVe siècle, voire plus. Par ce contact prolongé, il a quelque peu transformé le latin parlé en Gaule. Ainsi, il est possible, quoique contesté, que le son que nous écrivons u et le maintien du s final – notre marque de pluriel – soient dus à ce substrat gaulois.

En outre, le gaulois a laissé dans le lexique français beaucoup de termes ruraux, se référant :
• aux travaux des champs : sillon, glaner, javelle, soc, charrue, ruche
• à la configuration du terrain : marne, grève, lande, boue, bourbier, galet, quai, talus
• des noms d’animaux et de plantes : bouleau, bruyère, if, chêne (l’arbre sacré des druides), mouton, saumon, lotte, alouette, bouc,
• quelques noms de mesures anciennes : arpent, boisseau, lieue
• ainsi que des termes domestiques (la langue maternelle n’est-elle pas la langue de la mère ?) dont le plus bel exemple est le verbe bercer.

Certains termes témoignent des supériorités techniques des Gaulois, dans la brasserie (cervoise, brasser, brasserie), dans la fabrication des chariots (char, charpente, benne, jante) et dans les vêtements : la chemise et le pantalon long (braies) des Gaulois ont été adoptés par les Romains.

A venir : “La langue mère : le latin
(Merci à Bart Vador)

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vendredi 5 juin 2009

“La colonisation : une entreprise ruineuse”


« Les colonies sont un inutile fardeau et la France s’est épuisée en construisant en Afrique 50 000 kilomètres de routes bitumées, 215 000 kilomètres de pistes carrossables en toutes saisons, 18 000 kilomètres de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2 000 dispensaires modernes, 600 maternités, 220 hôpitaux dans lesquels les soins et les médicaments sont gratuits.

En 1960, 3 800 000 enfants des colonies africaines sont scolarisés et, dans la seule Afrique noire, 16 000 écoles primaires et 350 écoles secondaires (collèges ou lycées) fonctionnent. En 1960 toujours, 28 000 enseignants venus de France, soit le huitième de tout son corps enseignant, exercent sur le continent africain.

Pour la seule décennie 1946-1956, le pays dépense en infrastructures, dans son empire, la somme colossale de 1 400 milliards de francs de l’époque ! »

Bernard Lugan, God bless Africa. Chap.2, 4e partie “La colonisation : une entreprise ruineuse”. Editions Carnot, 2003.
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jeudi 4 juin 2009

Edouard Herriot au pays des soviets



En 1932-33, une famine artificielle organisée par le pouvoir stalinien en Ukraine causa plusieurs millions de morts. La nouvelle ayant commencé à filtrer en Occident, les organisations procommunistes organisèrent une opération d’intoxication pour rassurer l’opinion. C’est ainsi que durant l’été 1933, le gluant politicien radical Edouard Herriot se rendit en URSS pour cautionner la version des autorités soviétiques (probablement avec l’approbation du gouvernement français, soucieux de s’assurer une « alliance de revers » contre l’Allemagne).
Herriot déclara avec satisfaction :
« [Je n’y ai vu que] des jardins potagers de kolkhozes admirablement irrigués et cultivés. Voici, chargées de raisins, les vignes du plant français. Les récoltes décidément sont admirables ; on ne sait où loger les blés. (...) J’ai traversé l’Ukraine. Eh bien ! je vous affirme que je l’ai vue tel un jardin en plein rendement. »
Quant à Charles Alphand, ambassadeur de France à Moscou, qui accompagnait Herriot en Ukraine, il envoya à Paul-Boncourt (le ministre des Affaires étrangères, qui était en train de négocier un rapprochement avec l’URSS) un télégramme affirmant que les rumeurs de génocide n’étaient que « des racontars colportés par les ennemis du régime ».
Pourtant, la vérité avait déjà atteint les Etats-Unis, comme le montre l’article suivant :
« La veille du jour où la délégation était attendue, on a mobilisé à deux heures du matin toute la population de Kiev aux fins de nettoyer les rues principales et de décorer les maisons. Dix mille personnes se ruent au travail, et tentent de donner à la ville qui est dans un état de saleté et de négligence repoussante, un aspect à peu près européen. Tous les offices de répartition de vivres : coopératives, etc., sont fermées, les queues devant les magasins sont interdites, les hordes d’enfants abandonnés, les mendiants, les faméliques disparaissaient comme par enchantement de la circulation. Au carrefour des rues on voit la milice à cheval caracoler sur des montures reluisantes dont les crinières sont parées de rubans blancs. Un spectacle comme Kiev n’en avait jamais vu et comme elle n’en reverra probablement jamais. »
(article paru dans le journal juif new-yorkais Forward, en 1933)
Dans son livre L’Histoire trouée (L’Atalante, 2004), Jean-Louis Panné ajoute concernant le voyage d’Herriot :
« Dans son livre Orient (Hachette, 1934) qui se présente comme le compte rendu de son voyage, Herriot qui le plus souvent se borne à recopier les textes de la propagande soviétique, fait l’apologie de la politique du Plan quinquennal. Il ment en toute conscience sur la famine puisqu’il a parfaitement saisi que son voyage a fait l’objet d’une minutieuse préparation de la part des autorités soviétiques et, bien entendu, de la police secrète : la Guépéou. Le livre de Sophie Cœuré donne toute l’arrière-histoire de cet épisode fondateur de la négation. »
Voici deux autres exposés sur cette imposture d’Herriot (et du gouvernement français, qui préférait manifestement la « Realpolitik » au « droit d’ingérence » humanitaire) :

COMMENT HERRIOT FUT PROMENE EN URSS
Edouard Herriot, chef du parti radical et maire de Lyon, fit un voyage en URSS à la fin de l’été 1933, et joua, pour sa part, avec un brio certain, le rôle de l’idiot utile, si cher à Lénine.
Du 26 au 31 août, Herriot va parcourir cette Ukraine que la faim, la misère et la collectivisation sont en train de vider peu à peu de ses habitants. Ce politicien que l’on disait si habile, si fin (comme en témoignent certaines de ses œuvres littéraires) fut victime, de la part des Soviets, du plus sinistre des canulars.
On lui fit en effet découvrir une fausse URSS, où les ouvriers et les paysans étaient des agents du NKVD déguisés. A Odessa, Kiev, il visita des entrepôts de tracteurs et des usines amoureusement préparées en vue de cette visite. Il alla dans les kolkhoses, demanda à voir un village éprouvé par cette famine dont la nouvelle avait filtré jusqu’en Occident : on lui fit traverser le plus pimpant des villages, spécimen aménagé spécialement pour les touristes occidentaux.
Visitant une cantine, il goûta la soupe et s’exclama : « Je puis certifier que la soupe est excellente. S’il en est ainsi de tout, c’est un restaurant digne de Lyon, la ville la plus gourmande de France ». Pendant ce temps, des miliciens en armes tenaient hors de sa vue les mendiants et les bandes d’enfants faméliques.
« Lorsqu’on soutient que l’Ukraine est dévastée par la famine, permettez-moi de hausser les épaules », déclara-t-il encore. Certains des Français qui l’accompagnaient s’étonnèrent cependant d’avoir aperçu, par les fenêtres du train, des tas de hardes à forme vaguement humaine, au bord des routes : c’étaient en fait les cadavres des affamés tombés d’épuisement.
Herriot, lui, ne voit rien d’autre que ce que ses mystificateurs lui présentent. Celui que Léon Daudet appelait « l’imposteur chaleureux » avait lui-même été la consentante victime d’une imposture.
Il n’est pas étonnant que ce militant de France-URSS, qui avait été à l’origine de la reconnaissance par la France de la Russie soviétique, ait pu passer pour un « colonel honoraire de l’Armée rouge ». Ce n’était qu’un canular remarquablement monté par P.-A. Cousteau. Mais Herriot avait bien mérité de l’URSS. Et ce titre n’avait pas été usurpé.
(Extrait de la brochure de Francis Bergeron, Le Goulag avant le Goulag, Cahiers du Cices, 1987)
[Le texte est illustré par plusieurs dessins de la presse de l’époque. Dans l’un de ces dessins, on voit une voiture traversant à toute vitesse la campagne ukrainienne et Herriot retenant son chapeau ; un accompagnateur soviétique lui dit : « Si monsieur le président le demande, nous pourrions ralentir jusqu’à 100 km à l’heure ! ». Dans un autre dessin, Herriot descend d’un train et s’adresse à un homme en uniforme : « Je suis plein d’admiration pour votre pays, pour votre régime… » – et l’homme répond : « Je vous demande pardon, M. le Président, vous êtes arrivé en France. »]

LE COMMENTAIRE DE L’HISTORIEN ROBERT CONQUEST
Edouard Herriot, le célèbre radical-socialiste français qui fut deux fois président du Conseil, se rendit en URSS en août et en septembre 1933. Il passa cinq jours en Ukraine ; son emploi du temps fut partagé entre des réceptions, des banquets officiels et une visite guidée. A l’issue de ce séjour, il crut pouvoir affirmer qu’il n’y avait pas de famine et il accusa des éléments poursuivant une politique antisoviétique d’en faire courir le bruit. Le 13 septembre 1933, la Pravda put donc écrire qu’« il avait catégoriquement démenti les mensonges de la presse bourgeoise à propos d’une famine en URSS ».
Ces commentaires, émanant d’un homme d’Etat fort connu, semblent avoir eu une grande influence sur l’opinion européenne. L’irresponsabilité dont Herriot fit preuve dut grandement encourager Staline à miser sur la crédulité occidentale, et il allait en abuser avec beaucoup d’efficacité quelques années plus tard.
(Extrait de Robert Conquest, Sanglantes moissons, dans La grande terreur, Robert Laffont, collection « Bouquins », 1995, pp. 338-340)
On sait maintenant que la collectivisation en Ukraine fit entre quatre et sept millions de morts… L’historien Nicolas Werth estime que cette famine a fait entre six et sept millions de victimes. Etienne Thévenin donne les mêmes chiffres pour l’Ukraine et ajoute qu’il y eut deux à trois millions de victimes au Kouban, au Caucase du Nord et dans la basse vallée de la Volga.
Jean-Louis Panné écrit :
« Ce furent entre 8 à 10 millions d’individus : hommes, femmes, enfants qui disparurent en un temps extrêmement réduit. Nous sommes dans un ordre de grandeur proche de celui des pertes militaires de la Première Guerre mondiale qui fit 8,5 millions de morts. C’est dire le caractère extraordinaire de cette famine. » (L’Histoire trouée, 2004)
Le 21 février 1936, Herriot (« l’imposteur chaleureux », comme l’appelait Léon Daudet) récidiva en faisant un grand discours devant la Chambre des députés, pour recommander la ratification du pacte franco-soviétique. Alors que le régime léniniste puis stalinien avait déjà exterminé plusieurs millions de personnes (et pas seulement en Ukraine), la France n’hésitait pas à s’allier à ce régime génocidaire pour défendre ses intérêts égoïstes – en réalité par crainte et par jalousie de l’Allemagne hitlérienne, qui n’avait encore exterminé personne (hormis la « purge » de la Nuit des longs couteaux, certes brutale, mais sans commune mesure avec la répression stalinienne).
Il est vrai que le socialiste fabien George Bernard Shaw fut lui aussi dupé de la même manière par les autorités soviétiques. Après une visite (tout aussi « arrangée ») en Ukraine, il déclara en 1932 : « Je ne vois pas une seule personne sous-alimentée en Russie, jeune ou vieille ».
Un autre politicien français accepta une invitation du pouvoir soviétique en septembre 1933 : Pierre Cot. En relation avec les autorités soviétiques depuis 1926, Pierre Cot était tellement prosoviétique que le journal Le Populaire le surnomma « Cot, Cot, Cot… cosaque ». Pierre Cot fit l’éloge du système soviétique et de sa « planification » (une idée à la mode à l’époque), et parla de la nécessaire « coopération franco-soviétique » ; il exprima les mêmes opinions devant le Conseil des ministres dès le 23 septembre, puis dans une conférence de presse, mais garda un silence total sur la famine en Ukraine. L’action de Herriot et de Cot visait (et réussit) à détourner l’attention de l’opinion de la famine, en accord avec les autorités soviétiques (qui versaient aussi des sommes d’argent importantes à plusieurs grands journaux français, comme on le sait aujourd’hui. Parmi ces journaux figuraient Le Temps, L’Œuvre, L’Ere nouvelle, etc. C’est Le Temps qui reçut le plus d’argent soviétique (environ 40.000 francs mensuels). Voir le livre de Sabine Dullin : Des hommes d’influence. Les ambassadeurs de Staline en Europe, 1930-1939 (Payot 2001).
Quant au journaliste Walter Duranty, envoyé du New York Times à Moscou, il relaya impudemment les pires désinformations soviétiques, niant toute famine en Ukraine. Pour ce travail de propagandiste (il nommait Staline « le plus grand homme d’Etat vivant »), il reçut le Prix Pulitzer en 1932…
Le génocide ukrainien (l’« Holodomor ») est maintenant officiellement commémoré par l’Etat ukrainien, qui a retenu le chiffre de quatre millions de morts. Il s’agit en fait d’une estimation minimale, et on remarquera que les autorités ukrainiennes ont soigneusement évité d’approcher du chiffre de six millions, pour ne pas fâcher le judaïsme organisé, gardien du dogme de l’Holocauste unique et officialisé.
Nous terminerons par une description d’Edouard Herriot, dans un livre d’un journaliste lyonnais bien connu :
« A la grande terreur de Césarine, sa gouvernante, ‘le Président’ ne se serait pas couché avant d’avoir absorbé un en-cas qui n’était jamais moins qu’une énorme part de civet à la crème ou un cervelas truffé ‘pour six’. Tout occupé à satisfaire cette fougueuse boulimie – et d’autres passions dont sa robuste nature était perpétuellement avide – le maire de Lyon était plus soucieux de digestion que de gestion. » (Pierre Mérindol, Lyon ou le sang et l’argent, 1987)
Et c’est ce Gargantua qu’on envoya enquêter sur la grande famine en Ukraine…
Alain Bougrat http://www.voxnr.com/

samedi 23 mai 2009

2 novembre 1847 : le camarade Sorel

Né à Cherbourg le 2 novembre 1847, au sein d'une famille de la bonne bourgeoisie, le Normand Georges Sorel a eu tout d'abord un parcours qui avait tout pour satisfaire sa famille : études brillantes, débouchant sur l'Ecole polytechnique - un cadre hors de pair pour repérer et donner leur envol aux meilleurs esprits. Puis Sorel a exercé jusqu'à quarante-cinq ans les fonctions d'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Une carrière austère, mais permettant à une intelligence aiguë, inventive, audacieuse de se frotter aux réalités. La chose est précieuse car trop d'hommes de talent se perdent en se coupant du contact avec le réel.
Ayant ainsi accumulé une féconde expérience, Sorel démissionne pour se consacrer à des études et réflexions. personnelles, qui vont nourrir pendant trente ans un nombre impressionnant d'articles et de livres publiés en français, en allemand ou en italien (ce qui permet à Sorel de toucher l'élite des intellectuels organiques de son temps). Il faudrait pouvoir citer tous les ouvrages de Sorel. Les illusions du progrès, La décomposition du marxisme, De l'utilité du pragmatisme sont, entre autres, des textes qui restent précieux. Mais son ouvrage à juste titre le plus connu est ses Réflexions sur la violence. Ce livre a été lu, médité, annoté tant par Lénine que par Mussolini. A lui seul il justifie l'affirmation de Zeev Sternhell : « Vacher de Lapouge et Sorel ont joué dans l'histoire des idées un rôle plus significatif que celui de Guesde ou de Jaurès. »
Sorel s'inscrit dans le vaste mouvement de contestation fondamentale de l'individualisme libéral qui anime, à la charnière du XIXe et du XXe siècle, tout un pan de l'intelligence française. Sur cette ligne de front, le "gauchiste" Sorel côtoie sans complexe les nationalistes les plus cohérents, c'est-à-dire ceux qui savent bien que le bourgeoisisme est l'ennemi principal. Aux vétérans communards ou bonapartistes vient se joindre, à l'orée d'un nouveau siècle, une jeune génération révolutionnaire. A tous Sorel apporte un message d'une grande force de conviction, élaboré avec la rigueur et l'efficacité apprises à Polytechnique. Il s'agit d'attaquer et de rompre ce consensus centriste, auquel se sont ralliés les socialistes parlementaires (rien de nouveau sous le soleil... ) et qui engendre immobilisme politique, décadence intellectuelle et morale. Dans la foulée d'un Renan, Sorel affirme la nécessité, pour les âmes fortes, de se libérer du mirage matérialiste qui est le soubassement du capitalisme. Un capitalisme qui sait utiliser à merveille l'illusionnisme égalitariste : « Dans les pays de démocratie avancée, on observe dans la plèbe un profond sentiment du devoir d'obéissance passive, un emploi superstitieux de mots fétiches, une foi aveugle dans les promesses égalitaires. » Pour que la "plèbe" devienne le peuple, affranchi et responsable, il lui faut se libérer tant du capitalisme que du marxisme, cette imposture basée sur « les immenses avantages que procure une exposition obscure à un philosophe qui a réussi à se faire passer pour profond ».
La libération populaire passe par la violence et il faut des mythes pour, après avoir réalisé la mobilisation collective des esprits, les déterminer à agir. Ces axes de la réflexion sorélienne suscitent encore aujourd'hui la mise au pilori de Sorel, accusé d'être un préfasciste. C'est une bonne raison, pour ceux que les excommunications et les exorcismes laissent impavides, de lire et de relire Sorel.
P. V National Hebdo du 29 octobre au 5 novembre 1998

lundi 18 mai 2009

1er décembre 1934 : assassinat de Kirov

Le 1er octobre 1934, Sergheï Kostrikov, dit Kirov (48 ans), est assassiné dans des conditions mystérieuses à Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg). L'homme n'est autre que le secrétaire du Parti communiste pour la région de Leningrad. C'est aussi un proche de Staline et son dauphin présumé.
Sa mort va être le prétexte à une sinistre vague d'épuration au sein du Parti communiste de l'Union Soviétique, connue sous le nom de «procès de Moscou». Les accusés de ces trois procès, des bolchéviques de la vieille garde léniniste, plaideront tous coupables et feront amende honorable. La plupart seront exécutés.
Un prétexte tout trouvé
Staline, tout-puissant secrétaire général du Parti communiste, a lancé en 1930 la collectivisation des terres et des usines. Les Soviétiques ont payé ces initiatives au prix fort : effroyables famines et déportations massives.Malgré le renforcement de son autorité sur le Parti, le dictateur a tout lieu de craindre que la vieille garde bolchevique ne profite de ses difficultés pour le renverser.
En 1934, il donne l'impression d'amorcer une réconciliation avec ses principaux rivaux : Kamenev, Zinoviev et Boukharine,... Ces derniers peuvent s'exprimer librement au cours du XVIIe Congrès du Parti communiste de l'URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques), en 1934.
Las, il ne s'agit que d'une feinte. Le «Vojd»(Guide, qualificatif officiel de Staline) n'attend que le moment propice pour éliminer définitivement ses ennemis avérés ou potentiels, autrement dit tous les vieux bolcheviques de son entourage...
Ce moment arrive avec l'assassinat de Kirov, à croire que Staline l'aurait lui-même commandité ! Dès le soir, le dictateur quitte Moscou pour Leningrad et gifle publiquement le responsable local de la police politique, le NKVD (ex-Guépéou).
Le même jour, le Comité central, organe suprême du pouvoir, institue une justice d'exception sous le prétexte de traquer et punir les criminels (pas de défense, pas de recours en appel possible et exécution immédiate en cas de condamnation).
Grandes purges
Les «grandes purges» commencent dès le 16 janvier 1935, avec l'ouverture du procès de Kamenev, Zinoviev et 17 autres accusés, sous l'inculpation d'avoir «aménagé le terrain idéologique» à l'assassinat de Kirov avec la complicité du traître Trotski, en exil. Il ne s'agit que d'une mise en bouche : Kamenev et Zinoviev s'en tirent pour l'heure avec seulement dix ans de prison.
– Le «procès des Seize» (19-24 août 1936)
Les choses sérieuses débutent en août 1936, avec la mise en accusation d'un prétendu «Centre trotskiste-zinovieviste unifié». Kamenev et Zinoviev n'échappent pas cette fois à une condamnation à mort (douze ans plus tôt, après la mort de Lénine, ils avaient constitué une première «troïka»avec Staline, permettant à ce dernier de s'emparer du parti !).
Ce premier des grands procès de Moscou se tient, comme les suivants, sous la direction du procureur général Vychinski, en présence de la presse nationale et internationale.
Il inaugure un scénario mis au point par le chef du NKVD, Yagoda (ou Iagoda) : il s'agit que les prévenus collaborent à leur mise à mort en avouant eux-mêmes les complots fantaisistes dont ils sont accusés et en dénonçant des comparses ! Ils y sont conduits par un reste de fanatisme ou, plus prosaïquement, par l'espoir de sauver leurs proches.
Dans le box des accusés, on mélange des révolutionnaires éminents qui se sont ralliés à Staline, entourés de communistes moins connus et d'inconnus au passé trouble qui soutiennent les thèses de l'accusation (complot terroriste, actes de sabotage, activités d'espionnage, contacts avec le «traître» Trotski,...).
Les étrangers eux-mêmes applaudissent aux sentences iniques et sans preuves. En France, la Ligue des droits de l'Homme, qui s'était illustrée dans la défense d'Alfred Dreyfus, n'y voit rien à redire dès lors que les accusés se reconnaissent publiquement coupables !
Yagoda, malgré sa diligence, est congédié à l'automne et remplacé à la tête du NKVD par un jeune loup, Nikolaï Ejov (ou Yéjov)
– Le «procès des Dix-huit»(23-30 janvier 1937)
Le deuxième grand procès se tient en janvier 1937. Il s'en prend à un «Centre trotskiste parallèle» qui aurait comploté avec les nazis et les Japonais contre la patrie. Les accusés (Piatakov, Radek, Sokolnikov, Serebriakov,...) se prêtent aimablement à la farce en s'accusant des pires malversations avant de recevoir une balle dans la nuque.
Dans les mois qui suivent, Ejov soumet à Staline des listes de prévenus en lui demandant son avis. On estime qu'au total, Staline approuvera de la sorte 44.000 condamnations à mort, pudiquement qualifiées de «condamnations au premier degré». C'est l'«ejovtchina» (ou «yéjovchtchina»).
A la différence de la répression ordinaire, qui touche des centaines de milliers de Soviétiques ordinaires, l'«ejovtchina» frappe l'opinion internationale car elle concerne des membres dirigeants du pays, du Parti et de l'armée.
L'armée est décapitée par une troisième série de procès, entre l'été 1937 et le printemps 1938. Ceux-là se tiennent à huis clos.
Trois maréchaux sur cinq, treize généraux d'armée sur 15, 30 généraux de corps d'armée sur 58, 110 généraux de division sur 195, 211 colonels sur 406, soit une bonne moitié des cadres de l'armée, sont proprement exécutés avec soumission et sans la moindre velléité de protestation !
– Le «procès de la droite» (2-13 mars 1938)
Les grands procès de Moscou s'achèvent en mars 1938 avec la mise en accusion de 21 prévenus dont Boukharine, l'un des plus illustres chefs bolcheviques, et... Yagoda. Ce dernier est jugé et exécuté selon le scénario qu'il a lui-même mis au point à la tête du NKVD ! Son successeur Ejov n'allait d'ailleurs pas tarder à le suivre dans la mort.
Au terme de ces trois années, plus de la moitié des élus du Parti ont été éliminés... et remplacés par de jeunes militants qui n'ont pas connu la Révolution et sont dévoués à Staline.
Celui-ci apparaît comme le seul héritier de Lénine après l'élimination de presque tous les bolcheviques éminent (le survivant Trotski, en exil au Mexique, sera assassiné sur ordre de Staline en 1940).
Staline a pu profiter des procès pour faire porter sur les accusés le poids de ses dramatiques échecs dans la collectivisation des terres et des usines.
André Larané http://www.herodote.net/

dimanche 17 mai 2009

Lénine, Un révolutionnaire de l'exil

Totalitarisme et propagande

Installé au pouvoir à la faveur de la Révolution d'Octobre, Lénine contraint chacun à servir sans limite l'État et son idéologie. Il inaugure un type de régime appelé à faire souche au XXe siècle : le totalitarisme...
Comme on le voit avec cette gravure de propagande (Lénine annonce le décret sur la terre au Congrès des Soviets - 8 novembre 1917 -, par Serov), il va cultiver l'image d'un chef charismatique, bon et déférent envers les humbles.
La réalité est quelque peu différente... Lui-même n'a aucun goût pour le martyre. Ainsi n'a-t-il pas hésiter à abandonner ses partisans et s'enfuir sous un déguisement en Finlande après l'échec des journées révolutionnaires de juillet 1917... Une fois au Kremlin, fort d'un pouvoir absolu, il va faire mourir sans marque de compassion quantité d'opposants, simples suspects ou paysans.
Un révolutionnaire de l'exil
Vladimir Ilitch Oulianov naît à Simbirsk le 22 avril 1870 (selon le calendrier grégorien) dans la famille d'un fonctionnaire anobli par le tsar.
Dans son ascendance, on note un arrière-grand-père serf, très tôt affranchi. Un grand-père marié à une Kalmouke. Un grand-père maternel lui-même fils d'un Juif et d'une Suédoise, marié à la fille de riches propriétaires allemands, luthérienne convaincue.
Le frère aîné du futur Lénine, Alexandre, est pendu le 11 mai 1887, peu après la mort de leur père, pour avoir comploté contre la vie du tsar. Vladimir n'en poursuit pas moins ses études mais devient suspect aux yeux de l'administration !
Intellectuel déclassé, il découvre avec sa compagne, la militante Nadejda Kroupskaia, d'origine bourgeoise comme lui, les mouvements révolutionnaires et la doctrine marxiste. Leur activisme leur vaut d'être condamné à la relégation par la justice du tsar.
Le couple s'établit de 1897 à 1900 au bord de la Léna (d'où le surnom Lénine). Cette relégation, bien que confortable, leur vaudra un grand prestige auprès des clubs révolutionnaires.
Pendant leur exil, Vladimir se marie devant un pope à Nadejda. Toute sa vie, au gré de ses pérégrinations et de ses fuites, en Suisse, en France ou encore en Finlande, le futur Lénine sera servi avec diligence par sa femme.
Le 11 février 1900, Lénine part en exil en Suisse où il crée un journal, l'Iskra (l'étincelle). En 1902, c'est la publication d'un opuscule : Que faire ? où il affiche sa différence avec la doctrine marxiste qui voyait le communisme comme l'aboutissement inéluctable des luttes ouvrières.
Lénine fait valoir la nécessité de créer une avant-garde révolutionnaire qui montrera la voie aux ouvriers et les guidera vers des lendemains radieux, au besoin par la dictature. Il rejoint par là un autre agitateur révolutionnaire, moins chanceux, le Français Auguste Blanqui (1805-1881), qui écrivait en juin 1840 : «Pour que la liberté se fasse jour, il faut que des hommes énergiques contraignent le peuple, pour ainsi dire, à manifester ses voeux les plus ardents»
Le 30 juillet 1903, à Bruxelles, au cours du congrès du Parti Social-Démocrate Ouvrier Russe (PSDOR), se produit la scission entre les partisans de Lénine et les partisans de Martov. Ces derniers ayant été momentanément mis en minorité par la sortie des députés juifs du Bund, les partisans de Lénine en profitent pour s'octroyer l'épithète de bolcheviks ou bolcheviques (majoritaires en russe). Sans vergogne, ils qualifient leurs rivaux de mencheviks (minoritaires)
Pendant la révolution de 1905, Lénine reste prudemment en exil. Il retourne en 1908 à Genève puis à Paris (où il vit 4 ans), à Cracovie, enfin à Berne. Pendant ce temps, son parti pratique des «expropriations» comme celle de Tiflis, en 1907, chef-d'oeuvre de Staline. Les bolcheviques se rendent maîtres aussi dans les détournements d'héritage.
Coup de main opportun des Allemands
Les désespoirs nés de la Grande Guerre et les faiblesses de la démocratie russe issue de la Révolution de Février vont permettre à Lénine de réaliser l'ambition de sa vie : prendre le pouvoir en Russie
Le 27 mars 1917, en pleine guerre mondiale, les Allemands prêtent leur concours à Lénine en exil en Suisse. Ils affrètent un train blindé et assurent son transit et celui de ses compagnons vers la Russie. Ils ont l'espoir que les bolcheviques déstabiliseront le gouvernement démocratique, lequel s'entête à poursuivre la guerre contre eux.

Leurs espoirs se réaliseront au-delà de toute mesure... Lénine, à son arrivée à Petrograd, le 16 avril, reçoit de ses militants un accueil triomphal. Il publie son programme d'action : paix immédiate, le pouvoir aux soviets, les usines aux ouvriers, la terre aux paysans. Ces thèses d'Avril troublent les bolcheviques par leur radicalisme mais qu'à cela ne tienne, elles rencontrent l'adhésion des soldats et des paysans, excédés par une guerre sans issue qui a déjà coûté la vie à 2,5 millions de Russes.
Après les émeutes des 3 au 5 juillet, la situation se corse. L'influent leader socialiste Alexandre Kerenski devient Premier ministre et chef du gouvernement provisoire en remplacement du prince Lvov. Pour prévenir la subversion bolchevique, il ordonne l'arrestation de Lénine qui s'enfuit sans attendre en Finlande. Mais un conflit entre le Premier ministre et le commandant en chef Lavr Kornilov conduit celui-ci, le 9 septembre, à tenter un putsch. Ses troupes se débandent et Kerenski reste maître de la situation... mais seul ! Il est désormais obligé de nouer une alliance tactique avec les bolcheviques pour préserver la République d'une dictature militaire.
Révolution et terreur
Lénine, toujours en Finlande, juge la situation mûre pour intervenir. Ce sera le coup d'État du 6 novembre, aussi appelé Révolution d'Octobre. Sitôt après sa prise de pouvoir, Lénine met en place les instruments de la dictature. Lui-même en appelle à «débarrasser la terre russe de tous les insectes nuisibles»... «Ici, on mettra en prison une dizaine de riches, une douzaine de filous, une demi-douzaine d'ouvriers qui tirent au flanc. (...) Ailleurs, on les munira d'une carte jaune, afin que le peuple entier puisse surveiller ces gens malfaisants. (...) Ou encore, on fusillera sur place un individu sur dix coupables de parasitisme» (Comment organiser l'émulation, décembre 1918, cité par Jan Krauze, in Le Monde, 6 novembre 2007). Le 30 août 1918, au cours de la visite d'une usine, le chef de la Révolution est victime d'un attentat. L'auteur en est une militante socialiste-révolutionnaire (gauche démocratique) : Dora Kaplan. Grièvement blessé, Lénine se rétablit de façon quasi-miraculeuse mais son obsession de la contre-révolution n'en sort que plus grande. Il prend prétexte de l'attentat pour interdire le dernier parti d'opposition aux bolcheviques. Les S-R sont dès lors pourchassés par la Tchéka (police politique). La terreur de masse est institutionnalisée par le décret «Sur la terreur rouge», daté du 5 septembre 1918. La suite est une longue descente aux enfers : guerre civile, famines, camps de travail, exécutions sommaires.... L'horizon s'éclaircit en mars 1921, avec l'institution de la Nouvelle Politique Economique (NEP) qui insuffle un peu de liberté dans l'économie et la société russes.
Une succession très disputée
Lénine doit progressivement lâcher les commandes quelques mois plus tard, après une première attaque d'apoplexie, le 26 mai 1922. Le maître d'oeuvre de la révolution bolchevique renonce peu à peu à l'exercice du pouvoir. Il meurt dans sa maison de Gorki le 21 janvier 1924. Il a 53 ans. Dès la maladie de leur chef, les hiérarques communistes se sont disputé la succession. C'est finalement l'opportuniste Staline qui l'emporte grâce à sa position clé au secrétariat général du parti. Il se rallie à la NEP (Nouvelle Politique économique) et autorise une libéralisation de l'économie et de l'expression politique et artistique.
Son principal opposant, Trotski, prône la poursuite de la terreur révolutionnaire. Bien qu'étant le plus populaire (et le plus intelligent) des leaders bolcheviques postulant à la succession de Lénine, il est habilement mis sur la touche par Staline et bientôt obligé de fuir.
André Larané. http://www.herodote.net/

6 octobre : la culture carolingienne

L'homme qui meurt le 6 octobre 877 dans un hameau de la Maurienne, au pied du Mont Cenis, illustre fort bien l'imbécillité du cliché qui voudrait que le Moyen Age eût été une période d'obscurantisme. Petit-fils de Charlemagne, Charles le Chauve a allié en effet un goût personnel pour la vie de l'esprit et une politique de mécénat digne des grands princes de la Renaissance.
C'est d'ailleurs l'expression imagée de "Renaissance carolingienne", forgée en 1839 par J.J. Ampère, qu'ont volontiers utilisée nombre d'historiens pour désigner le vaste mouvement intellectuel qui a été impulsé et protégé par plusieurs souverains du IXe siècle. Cette "Renaissance", née à la cour d'Aix-la-Chapelle, grâce aux beaux esprits dont Charlemagne, par souci de prestige, avait voulu s'entourer, a connu son plein essor deux générations plus tard.
Le règne de Charles le Chauve a connu des débuts chaotiques où la force des armes et les subtilités de la diplomatie tenaient plus de place que le culte des lettres. Il lui a fallu en effet se tailler sa place au soleil lorsque la mort du père, Louis le Pieux (840), a laissé face à face des héritiers vite devenus des concurrents pour se partager l'empire fondé par le grand-père Charles. Allié à Louis le Germanique contre leur frère Lothaire, Charles le Chauve obtient au partage de Verdun en 843 cette partie occidentale de l'empire carolingien qui va s'appeler un jour la France. Il lui faut se battre, bec et ongles, pour s'imposer aux grandes familles du Toulousain, de la Septimanie, d'Auvergne. S'appuyant sur une partie de l'aristocratie laïque et ecclésiastique (dont le précieux prélat Hinemar de Reims), Charles réussit à réunifier, pour peu de temps, le monde carolingien en se faisant couronner empereur à Rome, le jour de la Noël de 875, par le pape Jean VIII.
Ce n'est pas cette réussite politique, éphémère, qui justifie la gloire de Charles le Chauve mais bien plutôt son œuvre culturelle. Œuvre qui s'exprime à travers des gestes de générosité au moment de son couronnement, il offre au pape le trône dit de saint Pierre, toujours conservé au Vatican, et la Bible de Saint-Paul-hors-les-murs (ce célèbre manuscrit, commandé par Charles au scriptorium de Saint-Denis, a fait l'objet d'un fac-similé réalisé en 1993, en Italie ... pour un prix de vingt-huit millions de lires).
Dans un monde où l'écrit est rare (la culture germanique est de tradition orale), Charles veut que soit fixé sur parchemin, pour la postérité, le sens de son action : fier de ses racines, il fait composer un poème sur ses ancêtres et, pour marquer la continuité de sa lignée (il a eu quatorze enfants connus), il demande à son cousin Nithard, abbé laïc de Saint-Riquier, « de fixer par écrit pour la postérité le récit des événements de son temps ». Cette source nous est aujourd'hui précieuse.
Un diacre napolitain, Paul, offre à Charles un récit de la conversion de Théophile qui introduit en Occident les premiers éléments de la légende de Faust. Mais le principal titre de gloire de Charles, au plan intellectuel, est d'avoir protégé avec constance et efficacité un Irlandais, Jean Scot Erigène, « le lettré le plus savant et le plus original de son époque » (pierre Riché). Une originalité qui allait loin puisque Scot est l'auteur du Periphyseon, « la première grande synthèse métaphysique de l'Occident ». que l'Eglise considérait comme hérétique puisque ce traité tait un véritable acte de foi panthéiste.
P V National Hebdo du 1er au 7 octobre 2007

jeudi 14 mai 2009

27 septembre 1805 l'Empereur-Soldat

En ce 27 septembre 1805 la pluie tombe à torrents sur le Rhin. Il est cinq heures du matin. Le pont de Kehl est ébranlé par la marche d'une troupe d'où monte de temps en temps, porté par les accents de toutes les régions de France, le cri de "Vive l'Empereur !". Il fait froid et les rafales de vent semblent unir en un même tourbillon l'eau qui tombe des nuages bas et celle qui monte du fleuve, sous forme de brouillards pénétrants : Impavide, Napoléon regarde passer devant lui les hommes de sa garde, dont les bonnets à poil, en peau d'ours, défient la colère du ciel. Les hommes marchent d'un bon pas. Il s'agit de tenir la cadence fixée par l'Empereur à sa grande Armée : 3,9 kilomètres à l'heure, quelles que soient les intempéries.
Max Gallo, auteur d'un Napoléon qui ne manque pas d'intérêt (4 volumes, Robert Laffont), décrit la scène : « Napoléon se tient droit sur son cheval. Il ne sent pas la pluie qui glisse sur le chapeau déjà imbibé d'eau, déformé, et sur la redingote devenue lourde. C'est ainsi qu'on commande aux hommes qui vont mourir, en demeurant à leur côté. Il reste sur le pont, immobile plusieurs heures durant. Il faut qu'on le voie, que chaque soldat sache que l'Empereur était là. Et qu'il va conduire la campagne. »
Fantastique coup de poker. Après la rupture de la paix d'Amiens par l'Angleterre, qui refusait d'évacuer Malte - clef de la route méditerranéenne vers l'Egypte - Napoléon avait repris à son compte le projet déjà agité sous le Directoire : débarquer en Angleterre. En 1798, la tentative menée en Irlande par le général Humbert, qui misait sur le vieil antagoniste anglo-irlandais, avait échoué faute de moyens. Napoléon veut frapper de façon plus directe : débarquer à Douvres avec deux cent mille hommes puis marcher sur Londres. Pour cela, il faut avoir la maîtrise de la Manche pendant une dizaine d'heures. Donc éloigner le gros de cette flotte de guerre qui est la force de l'Angleterre.
C'est la mission assignée aux amiraux Ganteaume (escadre de Brest) et Villeneuve (escadre de Toulon) : faire voile vers les Antilles, où ils seront rejoints par les navires français venus de Rochefort et par les alliés espagnols de Cadix et de Ferrol, pour attirer derrière eux les Anglais inquiets de ces mouvements. Mais le rendez-vous antillais est manqué par manque de coordination. De plus les Anglais ne sont pas dupes et leur amirauté sait bien que tout va se jouer en Manche : « Si l'ennemi est maître du canal, l'Angleterre est perdue. »
Napoléon a beaucoup misé sur l'invasion de l'Angleterre. Il a réuni au camp de Boulogne la meilleure armée du monde, la sienne. Il a participé lui-même aux manœuvres d'embarquement sur les canonnières en prenant tous les risques face à une mer difficile. Il sait qu'on peut tout demander à des hommes lorsqu'on risque tout soi-même, avec eux et comme eux. Mais, lorsqu'il apprend que Villeneuve s'est réfugié à Cadix, Napoléon laisse parler son génie : il renverse toute sa stratégie pour faire face aux Autrichiens et aux Russes qui, dopés par l'or anglais, mobilisent contre lui. Et il lance vers l'Est son armée, à marches forcées. Il faut frapper comme la foudre. « Soldats, dit l'ordre du jour du 30 septembre, votre Empereur est au milieu de vous. »
Deux mois plus tard, ce sera Austerlitz.
P. V National Hebdo du 24 au 30 septembre 1998

lundi 11 mai 2009

9 septembre 1917 : les partisans blancs

L'abdication du tsar Nicolas II, le 2 mars 1917, a sonné le glas de la vieille et sainte Russie. Le dernier des Romanov se sentait abandonné de tous. Le soir de son abdication, il note sur son carnet : « Il n'y a que trahison, lâcheté et fourberie autour de moi ». Comment ne pas désespérer lorsqu'il voit son propre aide de camp, le baron Nolde, découdre lui-même le N brodé sur sa tunique, comme si la simple initiale du souverain déchu pouvait le compromettre aux yeux des nouveaux maîtres de l'heure, ces sociaux-démocrates qui, comme tous ceux de leur espèce, sont souvent plus bêtes que méchants... à la différence des bolcheviks qui, eux, préparent déjà leur heure alors que s'installe un gouvernement provisoire qui a tout pour rassurer les bourgeois, qu'ils soient russes ou occidentaux. L'''homme fort" de ce gouvernement, Kérenski, a tout pour plaire à la bourgeoisie puisqu'il en est lui-même la vivante illustration. Le général Wrangel est consterné : « C'est la fin, c'est l'anarchie ». Mais au sein de l'armée l'attentisme domine. Tandis qu'un jeune lieutenant russe prisonnier des Allemands confie à ses compagnons de captivité : « Le vêtement qui convient à la Russie, c'est le despotisme ». Il s'appelle Toukhatchevski. Il est le futur chef de l'armée rouge.
Le soviet de Pétrograd donne le ton du bras de fer qui s'engage entre le gouvernement provisoire et les rouges : il décrète l'installation, dans toutes les unités de l'armée, de soviets qui exerceront désormais le pouvoir, les officiers étant réduits à un rôle de figuration... lorsqu'il ne sont pas purement et simplement massacrés, souvent dans d'horribles conditions. Déboussolés, trop heureux de sauver leur peau, beaucoup d'officiers abdiquent et subissent. D'autres vont tenter de sauver ce qui peut l'être.
C'est le cas du général Kornilov. Cosaque du Turkestan, il a derrière lui une brillante carrière et, jugeant le régime tsariste vermoulu, a accueilli la révolution avec sympathie. Il a été du coup nommé gouverneur de Pétrograd par la Douma. Démissionnaire de ce poste après avoir vainement tenté de rétablir la discipline, il est nommé au commandement de la VIIIe armée, où il fait fusiller déserteurs et mutins. Attitude devenue rarissime ... En juillet 1917, il est désigné comme commandant en chef des armées russes... ou de ce qu'il en reste. Mais son attitude énergique inquiète Kérenski, qui voit en lui un rival. Il lui reproche de faire marcher sur Pétrograd, pour rétablir l'ordre, les cosaques de la Division sauvage et, le 13 août, prononce sa destitution. Arrêté, Kornilov est interné tandis qu'une épuration féroce décapite l'armée russe (dans le seul mois de septembre 1917, 40 000 officiers sont chassés de l'armée ou démissionnent). Le nouveau chef d'état-major général, Doukhonine, est si écœuré par la détérioration accélérée de la situation qu'il facilite l'évasion de Kornilov. Celle-ci est d'autant plus facile qu'il est censé être sous la surveillance de cosaques du Tek... qui lui sont en fait totalement dévoués. Evadé en compagnie de Dénikine, Kornilov rejoint la capitale du Don. Là, il lance un appel aux volontaires pour créer une armée antibolchevique. Les "gardes blancs" sont peu nombreux. Mais grâce au charisme de Kornilov, qui se présente lui-même comme le "fils d'un paysan-cosaque", ils rallient de nouveaux volontaires. Un régiment de choc est formé, qui porte comme emblème la tête de mort. Signe prémonitoire pour Kornilov, tué au combat le 1er avril 1918.
P V National Hebdo du 3 au 9 septembre 1998
Pour approfondir : Dominique Venner, Les Blancs et les Rouges, Pygmalion, 1997.

vendredi 8 mai 2009

10 août 1792 : fidélité suisse

A la fin du Moyen Age, la réputation militaire des Suisses n'est plus à faire. Dès la victoire fondatrice de Morgarten (1315), remportée par les rudes montagnards des cantons d'Uri, Schwyz et Untervalden sur les chevaliers du duc Léopold d'Autriche, il est clair qu'est née une force militaire avec laquelle il va falloir compter. En 1386, trois mille chevaliers lorrains en font à leur tour la cuisante expérience à la bataille de Sempach. La Ligue helvétique, organisée en confédération, dispose d'une infanterie redoutable : porteurs de piques de 6 mètres, fixées en terre obliquement et bloquées avec le pied ; les Suisses forment des hérissons sur lesquels viennent s'enferrer les charges de cavalerie. Organisation méthodique : les piquiers sont groupés en forts carrés d'un millier d'hommes, les batailles, constituées selon la parenté et la commune ; chaque bataille est commandée par un hauptmann ("capitaine") ; l'unité de base, d'une centaine de combattants, est commandée par un venner ("enseigne"). « Solides comme des tours et pourtant capables de manœuvrer » (B. Chevalier), les bataillons suisses battent le duc de Bourgogne Charles le Téméraire à Grandson et à Morat.
En France, Louis XI a pu apprécier ces Suisses qu'il a combattus et qui sont ensuite devenus ses alliés. C'est pourquoi il engage à son service, en 1481, des hallebardiers qui vont constituer la compagnie des Cent-Suisses de la garde du roi. Il charge par ailleurs Guillaume de Diesbach d'organiser son infanterie, au moment où naît, après les premières initiatives de Charles VII, la première armée royale permanente.
Au sein de la Maison du roi, largement développée au XVIIe siècle par Louis XIV, les Cent-Suisses appartiennent à la « Garde du dedans » affectée au service intérieur des résidences royales. La « Garde du dehors », elle, est chargée, comme son nom l'indique, de la protection extérieure des bâtiments. Outre des unités de cavalerie, on y trouve deux régiments d'infanterie, dont l'un est constitué de gardes suisses. Créés par Charles IX en 1573, les gardes suisses ont été organisés en régiment par Louis XIII en 1616. Ils portent l'uniforme rouge rehaussé de bleu et reçoivent une solde double. Soldats aguerris et fiers de leurs traditions, les gardes suisses vont avoir avec la Révolution l'occasion de prouver ce que représentent pour, eux les mots honneur et fidélité.
A l'été de 1792, le climat est très lourd à Paris. Le 29 juillet, lors d'une séance tendue au club des Jacobins, Robespierre a réclamé la suspension du roi, nécessaire préalable de l'élection d'une Convention nationale. Le duc de Brunswick, chef des armées autrichienne et prussienne coalisées contre la France, fait ce qu'il ne fallait pas faire, en menaçant dans un manifeste les Parisiens de destruction totale « s'il est fait le moindre outrage à leurs Majestés, le roi, la reine et la famille royale ». Le 9 août au soir l'émeute gronde dans Paris. Les sections révolutionnaires cernent les Tuileries. Réveillé,le roi ne sait pas encourager ses défenseurs par des mots et une attitude appropriés à la gravité du moment. Il se laisse convaincre par Roederer, procureur-syndic de Paris, d'aller se réfugier avec sa famille au Manège, où siège l'Assemblée.
Au matin, les Tuileries sont investies et les Suisses tirent. Le roi se laisse convaincre par les députés de leur envoyer l'ordre écrit de cesser le feu et de regagner leurs casernes. « Ils obéirent, écrit Jean Tulard, mais comme ils opéraient leur mouvement, ils furent cernés et massacrés dans des conditions ignobles par les émeutiers. Un déferlement de violence secoua la foule des envahisseurs, une fois le danger passé : gentilshommes comme Clermont-Tonnerre ou d'Hallouville, journalistes à l'exemple de Suleau, ou simples domestiques connurent un sort funeste. Il y aurait eu 800 morts. La Terreur était lancée. »
P.V National Hebdo du 6 au 12 août 1998

mardi 5 mai 2009

12 juillet 1790 : l'Eglise et l'Etat

Dans la longue et chaotique histoire des rapports entre l'Eglise et l'Etat, en France, le 12 juillet 1790 est une date importante. Ce jour-là, en effet, l'Assemblée constituante vote la Constitution civile du clergé, en discussion depuis le 29 mai.
Présentée alors par l'abbé Grégoire et deux avocats, Treilhard et Camus, ce dernier chargé jusqu'alors de défendre devant les tribunaux les intérêts du clergé de France, cette Constitution se veut d'inspiration gallicane. En cela, elle perpétue une tradition très ancrée sous la monarchie, depuis le Moyen Age. Mais, au-delà de cette volonté d'indépendance à l'égard de Rome, elle met en cause la place et le rôle du clergé dans le fonctionnement du corps social. L'Eglise revendiquait en effet, depuis la fin du V siècle, un rôle de tutrice dans l'organisation de la société. Au début du XIe siècle, un prélat, Adalbéron de Laon, expliquait au roi de France, dans un texte célèbre, qu'une société harmonieuse devait être divisée en trois catégories d'individus, les Oratores ("ceux qui prient"), les bellatores ("ceux qui combattent") et les laboratores ("ceux qui travaillent"). Ce classement hiérarchique donnant, bien sûr, le premier rôle aux hommes de prière, qui incarnent de ce fait la fonction dite de souveraineté dans la tradition indo-européenne.
La Constitution civile du clergé inverse la situation puisqu'elle établit que les archevêques, évêques et curés désormais élus par les citoyens (l'investiture canonique étant donnée aux curés par l'évêque, aux évêques par l'archevêque) doivent, avant d'entrer en fonction, prêter serment de fidélité à la nation, au roi et à la Constitution. Le roi, après de longues hésitations, devait donner son aval le 24 août à cette décision, récusée par contre et dénoncée, très logiquement, par deux brefs pontificaux au printemps 1791.
En adoptant la Constitution civile du clergé, l'Assemblée constituante ajoute une pierre, décisive, à un édifice anticlérical déjà bien en place : il s'agit de récupérer l'énorme fortune que contrôle le clergé pour combler, au moins en partie, un inquiétant gouffre budgétaire, mais cette mesure a été préparée, dès novembre 1789, par la transformation en biens nationaux des propriétés du clergé, désormais mises à la disposition de la nation.
Par ailleurs, le 13 février 1790, la Constituante a décidé la suppression de certains ordres religieux, affirmant de façon vexatoire qu'ils sont constitués de « fainéants qui passent leur temps à prier ».
Principal inspirateur de la Constitution civile du clergé, l'abbé Grégoire, ancien élève des jésuites, est un fervent partisan de la tolérance, comme il l'a manifesté dans son Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, couronné en 1788 par la Société royale de Metz. Pourtant, la Constitution civile va être source de drames : l'obligation légale du serment de fidélité à la nation crée très vite un fossé infranchissable entre prêtres constitutionnels ou jureurs et prêtres réfractaires ou insermentés. Parmi les évêques, seuls sept acceptent de prêter le serment et beaucoup de prêtres (80 % dans l'Ouest) s'y refusent. Au clivage politique qui sépare révolutionnaires et contre-révolutionnaires s'ajoute désormais un clivage religieux. Un long et douloureux conflit commence, qui ne sera apaisé que par Napoléon.
P V National Hebdo du 9 au 15 juillet 1998

lundi 4 mai 2009

A propos des racines de l'Europe

L'histoire des racines européennes repose sur les relations entre deux entités l'Occident, de l'Atlantique aux Balkans, l'immense empire romain d'Orient à Constantinople, du Danube aux confins de la Perse, englobant Grèce, Macédoine, ouest de la Turquie, Liban, Palestine, Égypte.
L'empire romain d'Orient vécut toujours dans l'univers philosophique et scientifique hérité de la Grèce antique, un héritage qu'il ne cessa de diffuser dans toutes les régions occidentales fortement hellénisées : Sicile, Italie du sud, Exarchat de Ravenne. Or c'est de cette aire de culture hellénistique que se diffusa le christianisme. Les premiers courants de cette transmission, dès les premiers siècles, furent le fait de Chrétiens orientaux : Nestoriens, Jacobites Melkites, Philosophes, médecins, scientifiques à la fois, formés à l'École d'Alexandrie, tous traducteurs, du grec en syriaque (ou copte), des textes du savoir antique (Aristote, Platon, Galien, Hippocrate ... ), puis des Pères de l'Eglise grecque, incorporant la méthode dialectique grecque à la pensée néoplatonicienne puis à l'affirmation de la foi chrétienne. La fondation, au milieu du VIIIe siècle, à Bagdad, d'un immense empire musulman, assura la pérennité des Nestoriens. Médecins des califes (jusqu'au XIIIe siècle), ils fondent des hôpitaux sur le modèle du noso-komion antique, et transmettent aux Musulmans le savoir grec qu'ils traduisent alors en arabe. Peu à peu arabisés et toujours chrétiens, leurs plus grandes figures furent Hunaynibn-Ishaq, philosophe, historien et médecin du calife, Stéphanos d'Athènes, philosophe, astronome, médecin du roi de Perse, Abu- Sahal- al Masihi, qui fut le maître d'Avicenne, Alexandre de tralles et son frère Anthomios, architecte de l'église Sainte-Sophie, et le grand théologien Jean Damascène. Tels furent donc les intermédiaires entre le monde savant grec et les conquérants musulmans. Après la conquête de l'Espagne par ces derniers (711), les Mozarabes (Chrétiens sous domination) traduiront les textes antiques en arabe et en latin. En outre, Byzance ne cessera d'envoyer à Cordoue des moines savants traducteurs.
En Occident, toutes les élites intellectuelles parlent grec. A Rome, dès le IIIe siècle on traduit et commente Aristote et Platon dans une pensée néoplatonicienne, puis chrétienne, autour de Plotin (élève d'Ammonius), Porphyre, Macrobe, Théocrite, tous de langues grecque et latine. La circulation continuelle des hommes et des idées entre Byzance et l'Occident firent pénétrer, dans le cadre biblique, l'essentiel de la pensée antique. Aux VI-VIIe siècles, Martianus Capella y fonda le cadre de l'enseignement médiéval. Boèce (consul du roi Théodoric) fut le plus grand traducteur et commentateur des sciences et de la philosophie grecques. Cassiodore, préfet du même Théodoric, établira, à Vivarium, les règles des études monastiques, sacrées et profanes. La plus grande figure fut le pape Grégoire le Grand qui, parfait connaisseur de la langue grecque, fut envoyé par son prédécesseur à Byzance, comme apocrisiaire auprès de l'empereur. En Espagne, Isidore de Séville, grammairien, ébaucha la classification des connaissances antiques. A partir du VII-VIIIe siècle cette diffusion s'intensifie en Occident où affluent les Chrétiens levantins fuyant les persécutions perses, arabes et byzantines (querelle de l'iconoclasme). C'est la grande époque des moines missionnaires orientaux qui évangélisèrent l'Europe du nord, y transmettant la connaissance du grec. Entre Byzance et les cours occidentales se multiplient les échanges d'ambassade et de manuscrits. A la cour de Pépin le Bref, de Charlemagne, de Louis le Pieux, on connaît le grec. Sous Charles le Chauve, l'Irlandais Jean Scot Erigène, brillant helléniste, fit connaître à l'Occident « le nectar sacré des Grecs ». À la cour pontificale l'hellénisme est omniprésent, et dès le début du IXe siècle, dans toutes les grandes églises de la Gaule, on trouve des manuscrits grecs et la liturgie est chantée en grec. En Germanie, à la cour d'Othon Ier, Liutprand de Crémone est ambassadeur à Byzance; sous Othon II, dont l'épouse, Théophano, était une princesse byzantine, et sous Othon III, la cour s'entoure d'une élite d'hellénistes brillants, de même que dans les grandes églises de l'empire. En Italie du sud, de l'École de Salerne, de nombreux textes médicaux circulent en France, dans des traductions bien antérieures aux premières traductions arabes. La chancellerie des rois normands expédie ses actes en grec, arabe, latin et normand. À Rome, on spolie les monuments antiques, on fait venir des artistes de Byzance et les cérémonies pontificales s'inspirent de celles de la cour byzantine. Les textes grecs et antiques circulaient déjà en Angleterre et dans le nord de la France, bien avant les traductions des Musulmans d'Espagne. L'axe de l'Europe s'était déplacé vers le nord.
Il est incontestable que les savants musulmans Abbassides promurent ensuite, en leur temps et à leur tour, sur la base des traductions chrétiennes (syriaques, arabes latines) la tradition grecque dans les disciplines essentiellement scientifiques : celles qui ne mettaient pas en question le Coran, et seulement dans leur propre langue, l'arabe étant « la langue de Dieu ». Les deux figures emblématiques furent Avicenne (XIe siècle), Persan, formé par un maître arabe chrétien, de pensée augustinienne, et Averroès (2° partie du XIIe siècle), philosophe de l'aristotélisme rationaliste, juriste de profession et fidèle au Coran, qui prêcha à Cordoue le Djihad contre les chrétiens, et dont les thèses provoquèrent de profondes querelles doctrinales au XIIIe siècle. On ne peut donc en aucun cas considérer qu'ils aient de quelque façon contribué à la constitution des racines de l'Europe, lesquelles sont grecques, latines, chrétiennes.
Francine Passagri Universitaire médiéviste : AU FRONT avril 2009

jeudi 30 avril 2009

L’éloquence chez les Gaulois

La vulgate historique nous dit que de nos ancêtres gaulois, il ne reste rien. La langue, les coutumes, tout aurait été balayé en deux ou trois siècles par Rome, et remplacé par une culture purement gréco-latine.

Si je prends une carte de France et que je la compare aux frontières de la Gaule antique telle que décrite par César, je vois pourtant, non une ressemblance, mais plutôt une gémellité quasi-parfaite.

Objection, me diront certains, la Gaule de Vercingétorix comprenait la Belgique et la Suisse. Certes ; mais tout le monde sait bien que Suisses et Belges francophones ne sont rien d’autre que des Français que des événements historiques, qu’il ne nous appartient pas de relater ici, ont un jour séparé de la mère-patrie. La langue française est en même temps le marqueur d’une appartenance culturelle séculaire et une part essentielle de cette culture. Nous pouvons en conclure que les Gaulois actuels sont tout simplement les Européens de langue maternelle française. La Belgique wallonne risque fort, d’ailleurs, de retourner à la France d’ici peu.

Quant à la Suisse germanophone et à la Belgique néerlandophone, qui faisaient aussi partie de la Gaule antique, il nous suffira de préciser qu’elle n’ont été germanisées que pendant les invasions barbares. On nous dit que les Francs et autres peuplades d’outre-Rhin ont toujours été extrêmement minoritaires en Gaule, ce qui est vrai, mais on devrait préciser que, dans les régions frontalières du monde germanique, ce n’est pas simplement à la prise du pouvoir politique par quelques bandes d’aventuriers que nous avons assisté, mais à l’arrivée brutale de peuples entiers, qui ont soit chassé, soit submergé les autochtones dont l’identité celtique s’est effacée par dissolution ethnique.

La partie de la Suisse et de la Belgique actuellement francophones sont celles qui, à l’époque du déferlement venu d’outre-Rhin, étaient restées majoritairement gauloises.

Cette objection étant éclaircie, et sans oublier d’autres exceptions comme la Corse, conquise ultérieurement, cette analogie ethno-géographico-linguistique évidente nous oblige à considérer la Gaule comme source du peuple ayant donné à la France son identité, et à constater qu’il n’y a aucune rupture profonde entre le peuple gaulois et le peuple français, du moins jusqu’à des événements migratoires récents qui tendent à remplacer définitivement la conception ethnique du mot « Français » par une définition juridique et contractuelle.

Depuis très longtemps, nous vivons sur un mensonge : la croyance qu’une nation peut abandonner tout socle ethnique historique pour n’être plus qu’un club politique, l’adhésion de peuples venant de tous les coins du monde à deux ou trois grands principes abstraits devant suffire à assurer leur insertion dans la société humaine d’origine.

Le mot « France » symbolise à lui seul ce mensonge.

En 1792, pendant une de ces périodes incertaines ou il suffit d’un rien pour que l’histoire bascule dans un sens ou dans un autre, plusieurs pétitions furent adressées à la Convention pour que la France reprenne le nom de Gaule. Voilà par exemple celle du citoyen Ducalle :

« CITOYENS ADMINISTRATEURS,

Jusques à quand souffrirez-vous que nous portions encore l’infâme nom de Français ? Tout ce que la démence a de faiblesse, tout ce que l’absurdité a de contraire à la raison, tout ce que la turpitude a de bassesse, ne sont pas comparables à notre manie de nous couvrir de ce nom.

Quoi ! Une troupe de brigands (les Francs conquérants) vient nous ravir tous nos biens, nous soumet à ses lois, nous réduit à la servitude, et pendant quatorze siècles ne s’attache qu’à nous priver de toutes les choses nécessaires à la vie, à nous accabler d’outrage, et lorsque nous brisons nos fers, nous avons encore l’extravagance bassesse de continuer à nous appeler comme eux !

Sommes-nous donc descendants de leur sang impur ? À Dieu ne plaise, citoyens, nous sommes du sang pur des Gaulois !

Chose plus qu’étonnante, Paris est une pépinière de savants, Paris a fait la révolution, et pas un de ces savants n’a encore daigné nous instruire de notre origine, quelque intérêt que nous ayons à la connaître. »

« Il est deux qualités, disait César, plus importantes que tout pour les Gaulois : bien se battre et bien parler. » Cette dernière assertion, au vu de notre histoire, semble se vérifier. L’éloquence fut, jusqu’à nos jours, un élément tout à fait central dans la façon dont de grands hommes surent s’imposer.

Remontons beaucoup plus loin dans le temps, au IIe siècle de notre ère. Un Grec, Lucien de Samosate, se trouve, en terre gauloise, face à une représentation d’Ogmios, équivalent selon lui d’Hercule. Ogmios a bien les attribut d’Hercule : couvert d’une peau de lion, il porte à la main droite une massue, dans la gauche un arc, à ses épaules un carquois. Mais, alors qu’Hercule est chez les Grecs un personnage jeune et musclé, Ogmios a l’apparence d’un vieillard décrépit.

Plus étrange encore : le bout de la langue d’Ogmios est percé par de petites chaînettes, qui relient le dieu gaulois à une multitude d’hommes aux oreilles attachées par ces liens. Le dieu marche en entraînant ces hommes derrière lui, tout en se retournant vers eux pour exhiber un large sourire, alors que ceux-ci, loin de paraître contraints, le suivent avec un bonheur visible.

À ce stade, Lucien de Samosate se trouve dans le brouillard le plus complet quant à la signification de cette scène. Voyant son désarroi, un Gaulois, parlant le grec, lui donne la clef de cette allégorie :

« Je vais vous donner le mot de l’énigme, car je vois bien que cette figure vous jette dans un grand trouble. Nous autres, Celtes, nous représentons l’éloquence, non comme vous, Hellènes, par Hermès ! Mais par Hercule, car Hercule est beaucoup plus fort. Si on lui a donné l’apparence d’un vieillard, n’en soyez pas surpris, car seule l’éloquence arrive dans sa vieillesse à maturité, si toutefois les poètes disent vrai : “ L’esprit des jeunes gens est flottant mais la vieillesse s’exprime plus sagement que la jeunesse. ” C’est pour cela que le miel coule de la bouche de Nestor et que les orateurs troyens font entendre une voix fleurie de lis, car il y a des fleurs du nom de lis si j’ai bonne mémoire. Ne vous étonnez pas de voir l’éloquence représentée sous forme humaine par un Hercule âgé, conduire de sa langue les hommes enchaînés par les oreilles ; ce n’est pas pour insulter le dieu qu’elle est percée. Je me rappelle d’ailleurs que j’ai appris chez vous certains ïambes comiques : “ Les bavards ont tous le bout de la langue percé. ” Enfin, c’est part son éloquence achevée, pensons-nous, qu’Hercule a accompli tous ses exploits et par la persuasion, qu’il est venu à bout de tous les obstacles. Les discours sont pour lui des traits acérés qui portent droit au but et blessent les âmes. Vous-mêmes dites que les paroles sont ailées. »

Cette conception gauloise de l’autorité est le contraire exact de la conception romaine ou islamique, où seul la trique et la promesse d’avantages matériels peuvent entraîner des millions d’hommes à la suite d’un seul.

Relisons Camille Jullian : « L’action de Vercingétorix était à la fois plus limitée et plus vaste que celle d’un dictateur militaire. Elle était d’abord tempérée par les rapports permanents avec les chefs supérieurs des cités confédérées ; il n’était pas dans la nature des Gaulois d’obéir sans condition et sans discussion au général qu’ils avaient élu même à l’unanimité [...] Il fallait, avant les questions importantes, que Vercingétorix les réunit en conseil ; il fallait, après l’événement, qu’il rendit compte de ce qu’il avait fait [...] »

Vercingétorix, en charge non pas d’un « État », mais de tribus totalement indépendantes qui avaient décidé de se coaliser autour de lui contre l’envahisseur, devait sans cesse prouver qu’il était le plus apte à les mener à la victoire. Les Gaulois le suivirent parce qu’ils reconnurent aussi en lui un idéaliste qui ne cherchait aucun intérêt personnel, qui avait décidé de lier irrévocablement son destin à celui de son peuple. C’est d’ailleurs en toute logique qu’il finit, cinq ans après la reddition d’Alésia, étranglé comme une bête dans une prison romaine.

Vercingétorix employa, pour fédérer autour de son nom la majorité des tribus gauloises, deux armes, le courage et l’éloquence, qui confirment parfaitement le propos de César.

par André Waroch http://www.europemaxima.com

lundi 20 avril 2009

26 mars 1962 : une ténébreuse affaire

C'EST celle de la fusillade de la rue d'Isly qui chaque année, dans l'émotion et le recueillement, est commémorée par les Français d'Algérie et leurs amis, qui n'ont rien oublié. Sur cette tragédie, Jean Monneret publie un livre (1). Sa formation d'historien lui a permis d'éviter le sensationnalisme ou l'exagération qui marque souvent les évocations journalistiques. Il s'est appuyé sur une bibliographie comportant une quinzaine de livres dont le plus fondamental (qu'il cite à plusieurs reprises) est celui de notre grande amie disparue Francine Dessaigne, Un crime sans assassins, paru aux éditions Castille (il resterait des exemplaires proposés par « Jeune Pied Noir » et l'Association des Familles des Victimes du 26 mars). L'auteur s'est livré aussi à des enquêtes et recherches car il reste des témoins. Mais certains documents officiels, comme le rapport du commandant de gendarmerie Garat après une reconstitution des faits, sont maintenant interdits de communication, alors qu'ils étaient librement consultables il y a quelques années encore. Heureusement, Jean Monneret y avait eu accès.
Son livre est au fond une enquête très sérieuse. Avec quelques défauts. La carte du centre d'Alger proposée en début de l'ouvrage est trop petite. Dans les annexes, la liste des morts du 26 mars aurait pu être ajoutée même si elle n'est pas définitive puisqu'à ce jour, malgré les efforts de Mme Simone Gautier (voir L'Algérianiste de mars 2008), elle n'est toujours pas complète.
A noter que le 19 mars on a eu la surprise de revoir sur la chaîne Planète le téléfilm (imparfait) sur le 26 mars, projeté l'an dernier sur France 3 (voir RIV. du 26/9/08).
AVANT LE DRAME
Pour comprendre le 26 mars, il faut remonter le temps. La date du 26 avait en effet été choisie pour une manifestation ordonnée par le colonel Vaudrey de l'OAS (mais improvisée et ignorée par d'autres responsables) pour protester contre le blocus de Bab el Oued. Depuis le 19 mars (fausse fin de la guerre d' Algérie), le combat de l'Organisation Armée Secrète était de plus en plus difficile et sa stratégie risquée. Le général Salan avait lancé le 22 une directive prônant dans certaines conditions une insurrection. Le 22 mars en plein, centre d'Alger (le tunnel des Facultés), plusieurs gendarmes mobiles avaient été tués dans une embuscade tendue par l'OAS. Evénement tellement occulté à l'époque qu'il resta inconnu de la population. La stratégie consistant à faire de Bab el Oued un bastion de l'Organisation (avec une fausse comparaison avec Budapest) fut un échec tragique qui aboutit à un blocus impitoyable par les forces de l'ordre (plusieurs milliers de fonctionnaires) aidées par l'aviation et munies de blindés.
C'est pour marquer la solidarité avec le quartier encerclé que fut décidée une manifestation pacifique « contre l'étranglement de Bab el Oued ». Qui vu la configuration d'Alger, ne pouvait passer que par des rues très longues. Faciles à barrer ou à contrôler.
FEU À VOLONTÉ ET MENSONGE D'ETAT
Et à l'entrée de la rue d'Isly, à 14h50, ce fut la fusillade que Jean Monneret étudie de manière scientifique, en confrontant les points de vue contradictoires des Français d' Algérie. des autorités, des officiers et en se livrant à une étude pointue sur des gens armés de fusils-mitrailleurs et qui auraient attaqué la troupe. Pour les premiers, les soldats ont tiré à bout portant et sans sommations. Ce fut un massacre. Pour les autorités, dès le 27 mars, un communiqué officiel fait état d'une enquête dont on donne les « premiers résultats ». Jean Monneret reproduit ce texte. Il est invraisemblable (et prudemment n'a pas été rediffusé par la suite). Mais il annonce la ligne du « mensonge d'Etat » : la troupe a riposté aux tirs de l'OAS. On accuse un petit groupe (dont une femme), protégé par la foule, qui aurait tiré et même aurait eu trois morts. Il y aurait même eu des arrestations mais aucun nom n'a jamais été fourni. On va même (rapport Garat) jusqu'à mentionner un individu avec imperméable (le temps était magnifique) et chapeau noir faisant feu sur les soldats.
La controverse la plus sérieuse porte sur ces fameux FM qui, d'un balcon ou des toits, (pourtant occupés par des soldats), ont ouvert le feu. Jean Monneret fait justice de ces affabulations, après les avoir examinées à la loupe. Parmi les blessés dans la troupe, aucun par tir de FM mais, au contraire, de nombreux civils. Il y aurait douze emplacements de tir sur certains documents ou photos représentés par des cercles ! Mais aucune preuve décisive. Le triste Christian Fouchet, alors Haut Commissaire à Alger, écrit dans ses Mémoires sa "conviction" qu'il y a eu « UN tireur de toit (comme à Paris en août 1944 ?) mais que personne ne le prouvera jamais ». Fermez le ban... Jean Monneret conclut à « une panique de tir », fait courant étudié par des experts militaires.
LA QUESTION ESSENTIELLE
En fait, toutes ces arguties ont pour but de masquer le point névralgique. Ceux qui ont tiré appartenaient au 4e régiment de Tirailleurs, amenés du bled quelques jours auparavant. Une troupe hétéroclite (il y avait parmi eux des ralliés du FLN et des messalistes rescapés des troupes bellounistes ) encadrée par des Européens, mais la moins faite pour le maintien de l'ordre alors que la ville regorgeait d'éléments spécialisés : CRS et gendarmes mobiles. Une troupe qui deux jours auparavant avait reçu pour consigne d'ouvrir le feu contre les tireurs de toit. Jean Monneret consacre plusieurs chapitres à cette énigme D'autant moins explicable que ce régiment était cantonné à Berrouaghia, à plus de cent kilomètres d'Alger, et que son patron, le colonel Goubard, avait élevé de très vives objections sur l'envoi à Alger et l'utilisation de ces hommes. Le général Ailleret l'avait rencontré sur place, et approuvé. De retour à Alger, il avait lancé dans ce sens une note (la 905) qui a disparu mais que de nombreux officiers ont lue. Quelle autorité a donc pesé plus lourd que le général commandant les troupes en Algérie ?
Monneret cite les témoignages d'officiers supérieurs qui ne coïncident pas. Mais nombreux étaient ceux qui n'étaient pas sur le terrain. Comme le colonel devenu général Goubard. Il avait longtemps cru à la responsabilité de l'OAS dont il devait estimer plus tard qu'elle était "indémontrable" ou "indirecte". Et pour lui le 26 mars, c'est un piège qui s'était refermé et sur ses hommes et sur la population. Un « sac à feu » en termes militaires. Jean Monneret donne aussi des extraits de l'entretien qu'eut Francine Dessaigne avec le préfet d'Alger, Vitali Cros. Il n'y a pas eu de sommations, parce que « ça, c'est bon pour le cinéma » ! C'est le général Capodanno, sous ses ordres, qui a pris la responsabilité d'ouvrir le feu, en accord avec lui : « Dès qu'un coup de feu était tiré, nous étions en état de légitime défense.» Et qui a tiré ? Sous-entendu l'OAS.
A noter qu'il y eut une autre fusillade le même jour, beaucoup plus bas. Au carrefour de l'Agha. Et là ce sont les CRS qui ouvrirent le feu, tuant trois personnes. Jean Monneret cite le témoignage de M. Yves Pleven qui a tout vu en sortant d'un immeuble proche, le Mauretania. Mais la revue L'Algérianiste (mars 2007) a publié les photos prises par un photographe de la Dépêche Quotidienne Robert Rolando, grand-père de Thierry Rolando. Les CRS, un genou par terre, alignant froidement sur le trottoir d'en face un groupe qui passait par là. Même pas des manifestants, de simples promeneurs. Qui sait si dans les archives officielles il n'y a pas d'autres documents aussi accusateurs ?
Jean Monneret conclut rapidement. Pour lui il y a bien eu «une machination» dépassant « la simple erreur de commandement ». Il fallait, sous un prétexte quelconque, briser le moral de la population civile complice de la "subversion". En Conseil des ministres le 23 mars, De Gaulle avait donné une directive : « Briser par tous les moyens et réprimer impitoyablement l'insurrection armée qui se développe dans les grandes villes d'Algérie. »
Pour le 26 mars, il ne faut plus parler d'un « crime sans assassins ». L'assassin est connu.
Jean-Paul ANGELELLI. Rivarol du 27 mars 2008
Une ténébreuse affaire par J. Monneret, 159 pages, 15,50 € plus 3,02 € de port (le livre ne sera disponible que le 15 avril). Editions L'Harmattan, 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 Paris.

dimanche 19 avril 2009

13 mai 1958 : la Journée des dupes

À Alger, le 11 mai 1958, est célébrée en l'église Saint-Charles-de-l'Agha la messe anniversaire de la mort de l'empereur Napoléon 1er, à la mémoire duquel sont associés les héros de la Grande Armée. La cérémonie a été organisée par le colonel Thomazo, dit «Nez de cuir». Le prince Napoléon est présent. Des bonapartistes l'entourent et le pressent de questions. L'heure ne serait-elle pas venue de remettre la dynastie impériale au cœur des affaires françaises ? Le climat créé par la guerre d'Algérie est propice... Le prince répond qu'il est un simple citoyen. Et qu'il est gaulliste.
Les gaullistes ont des réseaux où se retrouvent ceux qui voient dans la montée des exaspérations, en métropole et en Algérie, l'occasion de remettre sur la scène de l'histoire leur grand homme, marqué par sa traversée du désert (il a confié à Newirth : « Le régime pourrit sur place. Ils appelleront De Gaulle sur les décombres »). Réminiscence d'une lecture maudite (Les Décombres, de Rebatet)? Toujours est-il que le général laisse les partisans s'agiter dans l'ombre sans manifester clairement ses intentions.
À Alger et à Paris, une coalition hétéroclite s'est constituée, regroupant des poujadistes, des anciens combattants d'Indochine, des étudiants conduits par Lagaillarde et des contre-révolutionnaires, groupés autour de Robert Martel, qui rêvent d'être de nouveaux Chouans et misent sur l'appui de quelques grands noms militaires (les généraux Cherrière et Chassin). Tout cela fait du monde mais manque de cohérence politique - alors que les gaullistes, eux, savent parfaitement où ils veulent aller.
Au matin du 13 mai, des tracts sont distribués dans les rues d'Alger et les villages de l'Algérois. L'objectif est de susciter une manifestation de masse capable de mettre en question la légitimité d'un pouvoir qu'incarne avec bonhommie René Coty, président d'une IVe République en pleine déliquescence et minée par l'affaire algérienne. Dans l'après-midi, une foule immense se rend au monument aux morts, sous la conduite de Martel et de Lagaillarde. Celui-ci harangue les milliers d'hommes et de femmes qui se pressent au coude à coude, leur faisant prêter le serment d'aller jusqu'au bout. À 18 heures, le général Salan arrive, au cœur d'une mêlée homérique, fait observer une minute de silence et dépose une gerbe. Puis il repart, le visage tendu, entouré de son état-major. Lagaillarde rameute alors la foule et la lance à l'assaut du gouvernement général. Le bâtiment, symbole d'un régime dont l'autorité n'est plus reconnue, est investi en quelques minutes. Les manifestants se répandent dans les étages, au milieu d'un désordre total. Les CRS n'ont rien fait pour s'interposer. Ils sont d'ailleurs rapidement relevés par des parachutistes, à l'évidence peu disposés à barrer la route aux manifestants. Sur un coin de table, un comité civil et militaire de salut public est improvisé. Le général Massu en donne la liste à la foule, depuis le balcon du G. C. Enthousiasme, joie délirante chez les partisans de l'Algérie française, convaincus d'avoir enfin orienté l'histoire comme ils le souhaitaient. Mais déjà les gaullistes sont à l'œuvre pour récupérer le mouvement et en faire un tremplin au service de leur chef. L'histoire de France, qui a connu plusieurs « journées des dupes », en compte désormais une de plus.
P. V National Hebdo du 7 au 13 mai 1998

samedi 18 avril 2009

2 mai 1716 : la fortune anonyme et vagabonde

Autorisée par lettres patentes, une banque est fondée à Paris le 2 mai 1716. Société par actions, au capital de 6 millions de livres, cette banque privée, d'escompte et d'émission, habilitée à émettre des billets au porteur, est étroitement liée au pouvoir puisque 75 % de son capital sont en billets d'Etat. Le paiement des impôts en billets de banque sera d'ailleurs autorisé le 10 avril 1717. Ces privilèges sont dus à l'appui que fournit le Régent Philippe d'Orléans au fondateur de la banque John Law.
Ce personnage est pourtant quelque peu louche. Fils d'un orfèvre installé à Edimbourg et qui a acheté à grands frais des domaines qui lui permettent de se faire appeler « baron de Lauriston », John Law, après avoir dissipé sa fortune à Londres, a nomadisé à travers toute l'Europe avant de jeter son dévolu sur Paris en 1708. Il fréquente les tripots et joue gros jeu. S'étant introduit dans l'entourage du duc d'Orléans, il capte son attention en lui proposant des solutions hardies pour remédier aux difficultés financières de l'Etat. Les dépenses de l'Etat, qui ont doublé entre 1689 et 1967, ont doublé à nouveau entre 1701 et 1714... Cet accroissement des dépenses ne peut être couvert que par un ensemble d'expédients et par le recours à l'emprunt. C'est dans cette conjoncture difficile que Law prétend apporter un remède miracle. Après un départ précipité de Paris, sur ordre du lieutenant de police qui l'accuse de malversations (« il en savait trop aux jeux qu'il avait introduits dans cette capitale »), l'aventurier y revient après la mort de Louis XIV et retrouve aussitôt l'oreille de Philippe d'Orléans, désormais Régent - et très sensible aux questions d'argent, comme devaient l'être nombre de ses descendants.
L'ascension de Law est spectaculaire. Les billets émis par sa banque, se substituent à la lettre de change traditionnelle, jusque sur la place d'Amsterdam. Le 4 décembre 1718, un édit transforme la banque privée en Banque Royale. Par ailleurs, Law a fondé en août 1717 la Compagnie du commerce d'Occident, dont sa banque a souscrit le capital. Obtenant le privilège exclusif du commerce avec la Louisiane et le Canada (pour les peaux de castor), la Compagnie reçoit ensuite le monopole du commerce avec les Indes, la Chine et l'Afrique.
L'argent des particuliers afflue rue Quincampoix, au siège de la banque Law obtient le bail des fermes et gère le remboursement de la dette publique par une émission continuelle de monnaie fiduciaire. Tout semble lui sourire. Consécration : il accède au contrôle général des Finances en janvier 1720. Les billets remboursables au porteur et à vue, obtenus contre de bons écus, représentent bientôt la somme fabuleuse de 2 696 400 000 francs. La fureur spéculative est au comble et l'on se bouscule frénétiquement rue Quincampoix.
Mais quelques grands personnages (dont le duc de Bourbon et le prince de Conti), qui ont beaucoup investi, prennent peur et se dégagent. Le château de cartes s'écroule, la panique se répand. Des milliers d'imprudents sont ruinés du jour au lendemain, certains se suicident.
Quelques malins ont fait des fortunes spectaculaires. Law, lui, s'enfuit sous un déguisement jusqu'à Bruxelles.
P. V National Hebdo du 30 avril au 6 mai 1998

18 MARS 1921 : CRONSTADT, LA FIN DU RÊVE

La révolution bolchevique de 1917 a été, selon la forte définition de Dominique Venner, « un soulèvement de millions de croquants hérissés de baïonnettes, conduits par une petite meute de fanatiques à bésicles » (Les Blancs et les Rouges. Histoire de la guerre civile russe 1917-1921, Pygmalion, 1997). Mais certains groupes ont joué un rôle moteur dans l'enclenchement et le déroulement des événements révolutionnaires. Parmi eux, en bonne place, « les marins de Cronstadt ».
Port militaire à l'embouchure de la Néva, dans le golfe de Finlande, Cronstadt (ou Kronstadt) est le plus grand ensemble fortifié de la Baltique. Le premier fort y fut édifié par le tsar Pierre 1er en 1703. La visite qu'y effectua en 1891 l'escadre de l'amiral Gervais fut un prélude à l'alliance franco-russe, qui devait jouer un rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre de 1914-1918.
Lors de la révolution de 1905, « répétition générale sans laquelle celle de 1917 eût peut-être échoué » (D. Venner), l'agitation au sein de l'armée a touché tout spécialement certains ports : dans la flotte de la mer Noire, la mutinerie du cuirassé Potemkine (exaltée par le film d'Eisenstein en 1925), fin juin, a eu comme écho, en novembre, des révoltes de matelots à Sébastopol et à Cronstadt (où elles se soldèrent par plus de 1 400 arrestations et 36 condamnations à mort). En 1917, les marins de Cronstadt ont joué un rôle important dans le psychodrame qui aboutit, le 15 mars, à l'abdication du tsar Nicolas II. La veille, leur mutinerie avait été marquée par l'assassinat du gouverneur de la base maritime, l'amiral Viren, suivi d'une chasse aux officiers. Les mutins ont établi la liste de ceux qu'il faut éliminer et, à l'issue d'une nuit de massacre, plusieurs dizaines d'entre eux sont tués : selon un témoin anarchiste, « les marins pénétraient dans les demeures de leurs chefs, les traînaient dehors et les fusillaient au bord du fossé ». Un autre témoin, Louis de Robien, attaché à l'ambassade de France, raconte : « la plupart des officiers de marine de Kronstadt sont à la merci des équipages et sont astreints par ceux-ci aux travaux les plus durs et les plus humiliants. Ceux qui se rebellent sont mis à mort. »
En juillet 1917, les marins de Cronstadt sont très actifs dans la tentative de renversement du président du Conseil Kérenski qui a lieu à Pétrograd, après la défaite infligée par les Allemands aux troupes russes à Tarnopol. C'est un échec, mais les 7, 8 et 9 novembre (du calendrier grégorien, c'est-à-dire les 24, 25 et 26 octobre du calendrier julien... d'où l'expression « Révolution d'octobre »), une nouvelle tentative réussit. Avec l'appui, à vrai dire symbolique (un coup de canon... à blanc !), du croiseur Aurora, les émeutiers, parmi lesquels se remarquent mille cinq cents matelots arrivés de Cronstadt, jettent à bas sans difficulté le gouvernement provisoire de Kérenski, lequel s'est enfui, et mettent en place le nouveau pouvoir bolchevique.
Celui-ci doit s'imposer par la force dans une Russie épuisée par la guerre. Sont donc envoyés dans toutes les provinces des commissaires politiques et des agents de propagande protégés par des détachements de marins de Cronstadt. Ceux-ci jouent donc le rôle de gardes rouges. Ils accompagnent le commissaire du peuple à la Guerre Krylenko lorsque ce dernier vient notifier au général Doukhonine, chef d'état-major général des armées russes, qu'il est relevé de ses fonctions. Avant d'être lardé de coups de baïonnettes. A la suite de l'attentat manqué contre Lénine (30 août 1918), un journal bolchevique de Pétrograd écrit : « Les intérêts de la révolution exigent l'extermination physique de la classe bourgeoise. » Aussitôt dit, aussitôt fait : cinq cents officiers enfermés à la forteresse de Cronstadt sont fusillés par les matelots rouges.
Ceux-ci sont considérés comme le fer de lance de la révolution. Et pourtant leurs yeux vont s'ouvrir. Pendant l'hiver 1920-1921, ils ont profité de permissions pour se rendre dans leurs familles. Et là ils découvrent une réalité que la propagande essayait de dissimuler : la famine, une misère noire écrasent la population des campagnes, laissées sans aide aucune dans une situation bien pire qu'avant la révolution. La police politique, la Tchéka, fait partout régner une terreur sans limites, y compris dans les usines de Petrograd paralysées par des grèves dont le moteur est le désespoir. Désespoir d'ouvriers à qui on avait promis des lendemains qui chantent et condamnés à vivre quotidiennement la réalité bolchevique.
Alors les marins de Cronstadt s'insurgent. Leurs délégués rédigent une longue résolution qui exige des élections libres, au scrutin secret, l'abolition de la dictature du parti bolchevique, la dissolution de la Tchéka, la libération des détenus politiques, la fin des réquisitions, la liberté de l'artisanat et du commerce. Bref, une nouvelle révolution.
Les bolcheviques essayent tout d'abord de biaiser, de parlementer. Leurs émissaires sont chassés ou mis en prison par les marins qui, solidement installés dans la forteresse de Cronstadt, se constituent en soviet révolutionnaire. Alors intervient Trotski. Il organise le blocus de Cronstadt puis, le 8 mars 1921, ordonne l'assaut.
Celui-ci, dirigé par Toukhatchevski, est vigoureusement repoussé. Mais le suivant, huit jours plus tard, réussit. Les 50 000 hommes mis en action investissent la forteresse et, pendant toute une journée, des combats de rue, à la grenade et à la baïonnette, se déroulent dans la ville. A la nuit, les rebelles survivants parviennent à s'enfuir vers la Finlande. La résistance leur a coûté 600 morts, 1 000 blessés et 2 000 prisonniers. Mais ils ont infligé à Toukhatchevski et à Trotski 25 000 tués ou blessés !
Lénine a compris l'avertissement.
Quelques jours plus tard il fait adopter par le Congrès du parti la NEP (« Nouvelle politique économique »), qui reprend à son compte - sans le dire, bien sûr - plusieurs exigences des marins de Cronstadt.
P.V Rivarol du 27 mars 2009

jeudi 9 avril 2009

11 mars 1947 : Joanovici

Prévenu par le commissaire Fournet qu'il va être appréhendé sous peu, Joseph Joanovici prend la fuite, le 17 mars 1947, et échappe ainsi à l'arrestation en quittant précipitamment la France. Il se réfugie à Munich, au quartier général des troupes américaines d'occupation en Allemagne. C'est une habitude, chez Joanovici, de jouer la carte de l'occupant...
Né le 4 juin 1902 au sein de la communauté juive de Kichinev, en Bessarabie, Joanovici arrive en France au début des années 20, armé d'un formidable culot et d'une grande détermination à s'enrichir par tous les moyens. Beaucoup et vite. « Ne sachant ni lire ni écrire, nous apprend Philippe Randa, s'exprimant dans un sabir hallucinant où se mêlent le roumain, le russe, le yiddish et le français, mais sachant compter, il se fait chiffonnier dans la zone de Saint-Ouen ». Les affaires prospèrent rapidement, dans le cadre d'une entreprise de récupération de chiffons et de ferraille... qui «récupère» parfois aussi bien d'autres choses. Mais les soupçons de recel ne déboucheront jamais sur des poursuites, «Monsieur Jo» ayant rapidement compris l'intérêt de se faire des relations bien placées (et bien payées). La construction de la ligne Maginot lui permet de réaliser de juteuses affaires. En 1939, Joanovici figure parmi les cinq premiers ferrailleurs de France.
Mais c'est la guerre qui va lui permettre de donner toute sa mesure.
Curieux personnage et triste sire, Joanovici réunit en sa personne bien des ambiguïtés et des contradictions d'une époque où se côtoyaient l'héroïsme et l'ignominie. Pour ce qui est de l'héroïsme, Joanovici n'était pas un spécialiste. Par contre, en matière d'ignominie, il fit très fort.
Contacté par Hermann Brundl, directeur du bureau d'achat de la Wehrmacht, Joanovici s'engage à fond dans la collaboration économique et fournit pour cinq milliards de francs (de l'époque) de métaux non-ferreux mais aussi des cuirs, des tissus, du beurre. Il y gagne une énorme fortune mais aussi le statut, très envié, de WWJ (Wirtschftlich Wertvoller Jude, « Juif économiquement précieux »). Pour plus de sûreté, Joanovici obtient de faire figurer, sur une fiche de la police française le concernant, qu'il est de religion... orthodoxe. Et puis il cultive les amitiés utiles : il traite fastueusement Henri Lafont et Bony, les patrons de l'antenne de la « Gestapo française » installée rue Lauriston. Lesquels lui fournissent des gardes du corps, dont Pierre Loutrel, devenu célèbre sous le surnom de « Pierrot le Fou ».
Joanovici applique un principe simple : tout s'achète et tout se vend. Il suffit d'y mettre le prix. Après la guerre, enfin appelé à rendre des comptes devant un tribunal, le ferrailleur milliardaire explique tranquillement, au sujet de l'occupation : « Avec des cigarettes américaines et du chocolat dans les poches, on faisait beaucoup de choses ». Autre principe : ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier. Joanovici a donc financé le réseau de résistance « Honneur de la police ».
Son passé finit cependant par le rattraper. Incarcéré et jugé en France, il est condamné en 1949 à cinq ans de prison. Il n'en fait que deux et, sitôt libéré, entreprend de se lancer dans «les affaires». En 1957 il s'enfuit en Israël mais c'est un client un peu voyant. Expulsé. il se retrouve aux Baumettes. Il ne désespérait pas, dans les dernières années de sa vie, de refaire surface ...
P V National Hebdo du 12 au 18 mars 1998
Pour approfondir : Philippe Randa, Dictionnaire commenté de la collaboration français, Jean Picollec. Commandes : Centre MBE 246 - 69 boulevard Saint-Marcel- 75013 Paris.

mardi 7 avril 2009

7 mars 1948 : De Gaulle et les communistes

Mars 1948 : la France s'est enlisée dans une guerre d'Indochine qui illustre la collusion entre communistes français et combattants du Viêt-minh. Quelques jours plus tôt, à Prague, les communistes tchèques ont pris le pouvoir grâce à un coup de force appuyé, évidemment, par les Soviétiques. Le 7 mars, De Gaulle parle à Compiègne et commente ainsi les événements de Tchécoslovaquie :
« L'idéologie qui sert d'avant-garde à l'URSS cumule les sombres attraits de la révolte et de la termitière, de la conquête et du désespoir. C'est par là qu'elle dispose, dans chaque contrée de la terre, du concours de séparatistes exclusivement à ses ordres et dont toute l'activité tend à s'emparer de l'Etat. » Cette mise en garde est lucide et opportune, au moment où la subversion communiste se développe tous azimuts. Mais elle s'inscrit dans l'histoire tourmentée des rapports entre De Gaulle et les communistes. Des rapports dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils ont été souvent, trop souvent ambigus.
Comme l'a bien montré Henri-Christian Giraud dans son livre, De Gaulle et les communistes (2 vol. Albin Michel), De Gaulle a noué à partir de novembre 1942 une alliance privilégiée avec le PCF, préparée et rendue possible par l'accord secret qu'il avait conclu dès juillet 1941 avec Staline. Pragmatique, De Gaulle a vu dans cette union avec le diable le moyen de s' imposer en tant que chef de la France libre, tant vis-à-vis des Alliés que de la Résistance intérieure. Cette alliance, profitable aux deux parties tant que dure la guerre mondiale, devient source de tensions à partir du moment où De Gaulle, chef du gouvernement d'une France libérée, entend être libre à l'égard des partis, revenus en force dès que le dernier uniforme de la Wehrmacht a disparu.
Les élections du 21 octobre 1945 ont envoyé à l'Assemblée une majorité de communistes et socialistes. « La France, note Jacques Fauvet, semble alors mûre pour le Front populaire, peut-être même pour la démocratie populaire. » Les démocrates-chrétiens se regroupent dans le MRP. Le 13 novembre, les députés élisent à l'unanimité De Gaulle chef du gouvernement. Jeu de dupes - et De Gaulle le sait bien. En effet, deux jours plus tard, Thorez vient lui préciser les exigences des communistes : tenir un des trois ministères considérés, à juste titre, comme des postes clés, l'Intérieur, la Défense ou les Affaires étrangères. Selon une méthode qui lui est chère, De Gaulle répond par un discours à la nation radiodiffusé où il dit des communistes : « Je ne croyais pas pouvoir leur confier aucun des trois leviers qui commandent la politique étrangère, savoir : la diplomatie qui l'exprime, l'armée qui la soutient, la police qui la couvre. » Et, refusant de couvrir de son nom un retour à ce régime des partis qu'il rend responsable de la catastrophe de 1940, De Gaulle menace de partir. Mauriac écrit dans Le Figaro : « Que Charles De Gaulle s'éloigne et la France devient le champ clos où deux géants s'affronteront. ( ... ) Charles De Gaulle écarté, c'est une tête de pont que nous risquons de devenir, soviétique ou anglo-saxonne. »
Sur le moment, les communistes s'inclinent et De Gaulle gagne son coup de poker. Mais il sait bien que ce n'est que partie remise. Les débats au Parlement lui inspirent « tristesse et dégoût ». Alors, selon la formule de Lacouture, « il fait sonner la retraite ». Et quitte le pouvoir en claquant la porte au nez des partis, le 20 janvier 1946.
Le 7 avril 1947, De Gaulle annonce à Strasbourg la création du Rassemblement du Peuple français. Vont s' y retrouver les hommes les plus déterminés à faire barrage au communisme.
P V National Hebdo du 5 au 11 mars 1998

lundi 6 avril 2009

Le 3 mars 1918 : le réalisme du tsar rouge

En signant la paix de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918, entre l'Allemagne impériale et la toute nouvelle Russie communiste, Lénine se conduit à la fois en chef d'Etat avisé et en chef révolutionnaire conséquent, c'est-à-dire appliquant avec une froide logique un principe de guerre subversive. Il sait en effet, d'une part avoir besoin de se libérer du poids de la guerre pour consacrer toutes les forces bolcheviques, très minoritaires dans le pays, à imposer le nouveau régime ; mais il sait aussi, d'autre part, que la paix est un thème mobilisateur pour déclencher une vague de sympathie agissante en Allemagne, où il veut étendre la révolution bolchevique. Si l'on en croit Victor Serge, Lénine livrait le fond de sa pensée devant ses proches : « Nous voulons la paix générale, mais nous ne redoutons pas la paix révolutionnaire. Si le peuple allemand nous voit disposés à discuter toutes les offres de paix, la coupe débordera, ce sera la révolution allemande. » Le langage officiel était tout autre. Le préambule du décret de paix affirme en effet que « le gouvernement ouvrier et paysan invite toutes les nations belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les négociations d'une juste paix démocratique ». Comme quoi il faut savoir traduire la langue communiste ...
La paix de Brest-Litovsk, maître coup d'un joueur d'échecs expérimenté, est l'aboutissement d'une manœuvre lancée dès le 20 novembre 1917 :
Lénine, Trotski et Krylenko ont adressé ce jour au général Doukhonine, chef d'état-major général, l'ordre de proposer un armistice immédiat aux forces allemandes. Sur refus de Doukhonine. celui-ci est relevé de ses fonctions et décrété « ennemi du peuple ». Il est remplacé par un vieux bolchevique, le commissaire du peuple à la Guerre Krylenko. Le nouveau généralissime exhorte très officiellement chaque unité russe du front à élire ses délégués, qui devront engager directement des pourparlers avec l'ennemi. La bolchevisation de l'armée est en marche.
A ceux qui en douteraient, Krylenko adresse un message clair : Doukhonine, inconscient de ce qu'est le communisme, vient saluer le 18 novembre son successeur, arrivé au quartier général en train spécial ; il est immédiatement assailli, jeté sur le quai et tué à coups de baïonnettes. Le 30 novembre, un décret annonce la suppression des anciens grades et des décorations, les nouveaux chefs d'unité devant être élus par les soviets de soldats. Toute mesure de discipline dépendra des soviets.
La première conséquence de ces décisions est de multiplier les assassinats d'officiers, dans des conditions atroces (au Turkestan, ses assassins laissent agoniser pendant des heures le général Korovitchenko et font payer trente kopecks aux amateurs d'un spectacle si édifiant). Un climat d'anarchie se répand : d'anciens soldats forment des bandes de pillards, dévalisant en particulier les stocks de l'armée. Ceux qui restent sous l'uniforme passent le plus clair de leur temps à s'enivrer avec beaucoup d'application.
A partir du 7 janvier 1918, les pourparlers avec les Austro-Allemands sont conduits, du côté russe, par Trotski. Maximaliste, il entend provoquer une rupture de pourparlers, persuadé que c'est le meilleur moyen de déclencher une vague révolutionnaire en Allemagne. Plus réaliste, Lénine veut la paix. Les tergiversations des bolcheviques amènent les Allemands à déclarer rompu l'armistice. Et à reprendre l'offensive contre des armées russes qui, démoralisées, se débandent par unités entières. C'est pourquoi Lénine réussit à faire triompher son point de vue au Comité central bolchevique, qui décide d'accepter toutes les conditions allemandes. La Russie perd le contrôle de l'Ukraine, de la Finlande, de la Pologne, de la Transcaucasie, des Pays baltes. La part du feu ...
P V : National Hebdo du 26 février au 4 mars 1998
À lire : Dominique Venner, Les Blancs et les Rouges, Pygmalion, 1997.

dimanche 29 mars 2009

23 janvier 1946 : quel bonheur d'avoir un ministre communiste

Jean-Claude Gayssot, l'un des ministres communistes de Jospin, a assassiné la liberté d'expression en France par sa loi terroriste décrétant que certains sujets seraient désormais tabous dans notre pays - ce qui laisse pantois, si j'en crois leurs confidences faites en privé, nombre d'intellectuels étrangers connus pour leur francophilie ... Gayssot est qualifié de « vieux gamin espiègle » dans un grand article complaisant qui lui a été consacré dans Le Monde. Rien d'étonnant quand on sait quelle dérive gauchiste accélérée a connue ce journal depuis quelques années. Avec cette inimitable hypocrisie héritée de la démocratie chrétienne, « cette manière torve, esquivante, sournoise de tromper le lecteur » que décrit si bien Jean Madiran dans son tonique petit livre Le Monde et ses faux.
Passé maître dans l'art d'endormir le bourgeois, Gayssot est l'héritier direct d'une autre belle figure du communisme, le sieur Marcel Paul. Celui-ci fut en effet lui aussi ministre. Cinq ministres communistes, dont Maurice Thorez, figuraient dans le gouvernement constitué par de Gaulle en novembre 1945. Marcel Paul avait reçu le portefeuille de la production industrielle. Belle promotion pour cet apparatchik besogneux mais prêt à tout comme l'a montré son parcours, qui a laissé d'amers souvenirs à ceux qui l'ont côtoyé.
Marcel Paul a donné tous les gages de bonne conduite à l'appareil stalinien, dès 1929. Cette année-là il est secrétaire du Syndicat des électriciens (l'une des courroies de transmission syndicales des communistes). Alors qu'en Allemagne les ministres socialistes Severing et Zoergiebel ont noyé dans le sang une insurrection communiste, les dirigeants de l'Internationale communiste lancent un appel « aux prolétaires d'Europe » : « Le jour du 1er août, conquérez la rue pour la classe ouvrière ( ... ) contre la social-démocratie internationale, organisation d'assassins d'ouvriers ! » En France, la préparation de cette journée «chaude» a lieu lors d'une réunion clandestine des dirigeants du PC le 21 juillet mais le gouvernement Tardieu n'est pas du genre à se laisser faire et un vaste coup de filet policier met hors circuit 95 cadres du PC, dont Marcel Paul.
Responsable zélé, Marcel Paul applique sans état d'âme les consignes, toutes les consignes du parti. y compris lorsqu'il s'agit de saper, en 1939/1940, le moral d'une armée française qui a le tort d'être en guerre contre une Allemagne liée par pacte à l'URSS... seule et unique «patrie» de tout communiste conséquent. Ce «patriotisme» idéologique explique que Marcel Paul, arrêté par la police française puis déporté par les Allemands en 1941 à Buchenwald, y trouve un accueil amical de la part des communistes allemands qui, internés depuis huit ans, ont créé un réseau qui contrôle l'encadrement administratif du camp - les autorités allemandes fermant les yeux sur ce système qui les arrange. Marcel Paul reçoit une place de choix dans cette organisation, en tant qu'« homme de confiance » au bureau des statistiques et des transports. Au bénéfice des communistes mais au détriment des autres détenus, dont certains, comme le professeur Charles Richet, portèrent contre lui après guerre les plus graves accusations.
Devenu ministre, Marcel Paul continue à appliquer le système de copinage cher aux communistes : le 23 janvier 1946, on apprend à Paris qu'il dispose de pas moins de 136 attachés de cabinet, auxquels s'ajoutent 48 chargés de mission. De quoi entretenir grassement aux frais d'une généreuse République nombre d'agitateurs professionnels. Vous avez dit 1946 ? ...
PV National Hebdo du 22 au 28 janvier 1998

lundi 23 mars 2009

5 janvier 1930 : le génocide ukrainien (complément)

Stéphane Courtois, en dirigeant la rédaction et la publication du Livre noir du communisme, a eu le courage d'apporter une pièce essentielle au lourd dossier des crimes communistes. Il s'est fait ainsi - c'est tout à son honneur - beaucoup d'ennemis. Car il ose braver ouvertement certains tabous. En particulier celui qui prétend interdire d'appliquer le terme de génocide à tout autre peuple que le peuple juif. Or, le communisme a bel et bien mis en œuvre sa volonté d'extermination contre les peuples e qui osaient refuser sa dictature. C'est le sort qu'ont connu les Ukrainiens.
Courtois parle de « la terreur qui fut au fondement des régimes communistes ». Il reprend ainsi à son compte une formule qu'utilisait déjà, en 1920, au congrès de Tours, Léon Blum lorsque le leader socialiste, ayant analysé les diktats de l'Internationale communiste, disait aux futurs fondateurs du parti communiste français : « Vous concevez le terrorisme comme moyen de gouvernement. »
Ce terrorisme a été appliqué partout et toujours dans les pays tombés sous le joug communiste. C'est ce qu 'apprennent aux historiens les documents rendus accessibles par la chute de l'URSS. Courtois explique : « L'effondrement du communisme européen entre 1989 et 1991 a définitivement confirmé la faillite d'un système qui prétendait offrir à l'humanité la solution aux problèmes qu'elle affronte. En outre, l'ouverture, même partielle, des archives soviétiques et de l'Europe de l'Est a permis d'avancer dans l'exploration des aspects les moins connus de l'histoire du communisme et qui en constituent pourtant l'une des dimensions fondamentales : la terreur, la répression, les crimes de masse. »
Ces crimes de masse ont été envisagés avec sérénité par certains chefs communistes dès le début : en août 1917. Dzerjinski, futur chef de la Tchéka, affirme que la réalisation du programme communiste devra passer par « l'extermination de certaines classes de la société ». S'il le faut, c'est tout un peuple qui sera visé. C'est ce qui s'est produit, dans les années 30, avec les Ukrainiens.
Le 5 janvier 1930, le comité central du PC soviétique décide d'accélérer la collectivisation agricole en Ukraine. L'Ukraine, par les richesses de son sol et de son sous-sol, par son climat, par ses débouchés maritimes, par l'étendue de son territoire (610 000 km²) est une pièce maîtresse de l'URSS. Mais les Ukrainiens, fiers d'une longue histoire qu'on peut remonter jusqu'au IXe siècle, affirment volontiers une identité nationale forte, en particulier sur le plan culturel. Ce phénomène, source d'un très vieux contentieux entre Russes et Ukrainiens, inquiète les autorités communistes. C'est pourquoi une chasse aux sorcières est organisée à partir de 1930. Le Guépéou découvre ainsi une organisation de "conspirateurs", la "Ligue pour la libération de l'Ukraine". Suit un procès spectaculaire avec dénonciations, suicides et aveux "spontanés ", longue série de condamnations à mort. Scénario classique ... En 1931, nouvelle opération contre le "Centre national" puis, en 1932, contre une "Organisation militaire ukrainienne", dont les membres se recrutent en majeure partie dans l'Armée rouge et les associations de jeunesse.
Mais ce sont surtout les paysans qui sont visés. Des contingents de l'Armée rouge, appuyés par la Milice, s'emparent de vive force des terres dont les propriétaires refusent de s'intégrer dans les kolkhozes. Exaspéré par la résistance des paysans, le Kremlin interdit la fabrication du pain. Les moissons sont réquisitionnées et expédiées à Moscou. Les villages sont rasés, leurs habitants déportés. Traditionnel grenier à blé, l'Ukraine connaît maintenant la famine. Suicides et cas de cannibalisme se multiplient. Entre 1931 et 1933, au moins 2,5 millions d'Ukrainiens sont morts de faim, 1,2 million d'hommes, de femmes et d'enfants ont été massacré, plus de 4 millions ont fait le voyage sans retour vers la Sibérie. C'est, au bas mot, 7 millions de personnes qui ont payé le tribut du peuple ukrainien au paradis communiste.
P V National Hebdo du 1 au 7 janvier 1998

samedi 21 mars 2009

1er septembre 1795 : patrimoine et vandalisme

En ouvrant au public, le 1er septembre 1795, le Musée des monuments français dont il avait la charge, Alexandre Lenoir entendait faire prendre conscience à ses compatriotes de la richesse extraordinaire que constitue leur patrimoine national. C'était là œuvre de salut public, car il fallait sauver ce qui pouvait encore l'être, après la vague de vandalisme qui a marqué les premières années de la Révolution.
Le mot vandalisme est utilisé pour la première fois par l'abbé Grégoire, le 14 fructidor an III (31 août 1794) à propos de la nécessaire protection des inscriptions romaines de la Gaule, martelées parce qu'écrites dans cette langue d'obscurantisme qu'est le latin ... il dit : « On ne peut inspirer aux citoyens trop d'honneur pour ce vandalisme - qui ne connaît que la destruction. » Il est vrai qu'au nom des Lumières, de la raison et de la nécessité de faire du passé table rase, les casseurs ont pu s'en donner à cœur joie. Effacement systématique des signes de la royauté sur les monuments, les meubles, les tapisseries, les objets, destruction des statues royales de la galerie des rois à Notre-Dame, pillage du mobilier de Versailles, saccage des Tuileries, démembrement ou destruction des châteaux de Marly, Meudon, Bellevue, Louveciennes, Saint-Germain, Choisy-le-Roi... Par ailleurs sont visés tous les témoignages d'un ordre féodal et d'un catholicisme honnis : chartes et terriers brûlés, sépultures violées, statues, gisants, portraits de famille détruits, châteaux incendiés, monastères démolis, églises saccagées, cloches, châsses et objets du culte fondus ... La description est longue de cette « catastrophe culturelle qu'a été la Révolution » (Jean Tulard).
La destruction la plus emblématique est sans doute celle qui a visé l'abbaye de Saint-Denis. Nécropole royale depuis 638, abritant l'étendard de guerre des rois de France (un drapeau rouge appelé «oriflamme», dont le symbolisme remonte à l'époque préchrétienne), Saint-Denis avait toutes raisons d'être spécialement visée : le 1er août 1793, la Convention décréta que les tombeaux des « ci-devant rois » devant être détruits. On défonça les cercueils et on jeta les ossements dans une grande fosse. Mais statues et gisants furent sauvés grâce à l'intervention d'Alexandre Lenoir, à ses risques et périls. La restauration des sépultures royales devait être ordonnée par Napoléon en 1806.
Par sa courageuse intervention, Lenoir avait démontré que tous les révolutionnaires n'étaient pas des obscurantistes. Il obtint même, grâce à l'appui de Bailly, que fussent réunis les objets d'art provenant des biens nationaux (ceux qui avaient pu être sauvés... ) et ce dépôt unique fut installé dans le couvent des Petits-Augustins, au 16 de la rue du même nom. Lenoir devait rester, pendant une trentaine d'années, l'administrateur de ce Musée des monuments français dont il avait été le père spirituel. Le patrimoine lui doit beaucoup. Son nom mérite donc d'être rappelé, aujourd'hui où les ministres de la Cultures successifs (Trautmann continuant fidèlement Douste-Blazy) sont, de fait, les pires ennemis du patrimoine et en font la démonstration permanente.
P V National Hebdo du 28 août au 3 septembre 1997

mercredi 18 mars 2009

6 novembre 1792 : les fausses gloires

Sur l'Arc de triomphe figure le nom de Dumouriez. Bel exemple d'une gloire usurpée.
Le personnage fut en effet un triste sire. Né Charles-François du Périer, à Cambrai, en 1739, celui qui se faisait appeler Dumouriez s'engagea comme volontaire à dix-huit ans. Réformé en 1763 avec le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis, il décide de se vendre au plus offrant, en proposant ses services à la République de Gênes puis à ses sujets corses en révolte contre elle. Ni les uns ni les autres ne veulent du personnage et il doit faire appel à la protection de la famille Du Barry, bien en cours comme l'on sait, pour obtenir une mission auprès des cours de Madrid et de Lisbonne. L'homme a le goût de l'intrigue et les missions diplomatiques qu'il effectue ensuite en Pologne et en Suède sont celles d'un agent secret. Pour ce travail, il reçoit des fonds importants, dont il détourne une bonne partie pour son usage personnel. Ce qui lui vaut de se retrouver à la Bastille. Libéré grâce à l'avènement de Louis XVI, son entregent et ses utiles relations (il est franc-maçon) lui permettent de se retrouver maréchal de camp, chargé des travaux du port de Cherbourg. Poste offrant de juteuses opérations, grâce auxquelles Dumouriez peut satisfaire sa passion du jeu dans les tripots.
Quand arrive la Révolution Dumouriez y voit l'occasion de nouveaux profits et il se lance à corps perdu dans la politique, en essayant de se faire élire aux Etats généraux. En vain. Mais cela permet de nouer d'utiles relations : La Fayette, Mirabeau et Armand Gensonné, l'un des futurs chefs des Girondins. Dumouriez se montre au club des Jacobins. Tout cela aboutit : promu lieutenant générai en février 1792 il devient dès le 15 mars suivant ministre des Affaires étrangères à la place de son ancien condisciple de Lessart qui lui avait pourtant payé ses dettes de jeu et dont il a dénoncé les manœuvres diplomatiques suspectes auprès de Brissot, farouche partisan de la guerre.
Cette guerre, Dumouriez la déclare à l'Autriche et prend le commandement en chef des armées du Nord et des Ardennes. La 20 septembre 1792, c'est la bataille de Valmy. Cette bataille est essentiellement un échange de canonnade, qui ne fait qu'environ trois cents morts chez les Prussiens et deux cents chez les Français, à l'issue de laquelle les forces prussiennes, dont la réputation n'est pourtant plus à faire, se retirent en bon ordre. La commune appartenance à la franc-maçonnerie du chef prussien Brunswick et des chefs français Dumouriez et Kellermann explique peut-être beaucoup de choses.
Le 6 novembre Dumouriez est à nouveau vainqueur à Jemmapes. Non sans mal, malgré son énorme supériorité numérique (40 000 Français contre 14 000 Autrichiens) et après de grosses fautes stratégiques et tactiques. Défait par les Autrichiens en 1793 à Neerwinden, devenu suspect à la Convention, Dumouriez passe à l'ennemi en livrant aux Autrichiens le ministre de la Guerre Beurnonville et quatre représentants en mission venus lui demander des comptes. Ses troupes, qu'il a voulu entraîner dans sa désertion, ont refusé de le suivre.
Chassé de partout, errant à travers l'Europe, Dumouriez voit le tsar refuser les offres de service qu'il lui a faites. Finalement il obtient une bourse de l'Angleterre, s'y fixe et conseille Wellington contre la France. Les Bourbons lui ayant refusé, en 1815, l'autorisation de revenir en France, il meut oublié, en Angleterre le 14 mars 1823.
P V National Hebdo du 6 au 12 novembre 1997

lundi 16 mars 2009

Affaire Papon, l'orchestre rouge

Le 15 décembre 1981, un jury d'honneur composé de personnalités éminentes et insoupçonnables, à savoir le président de la ligue des droits de l'homme, Daniel Mayer le président de la LICRA (et du B'naï B'rith de France Jean Pierre-Bloch, la résistante célébrissime, Marie-Madeleine Fourcade (chef du réseau Alliance, le révérend père Riquet et l'avocat Charles Verny, a acquitté Maurice Papon des accusations portées contre lui de « crime contre l'humanité », après huit mois d'enquête. Cela n'a pas empêché l'ancien trésorier national de l'UDR et ex-ministre du Budget du tandem Giscard d'Estaing-Barre d'être inculpé de crimes contre l'humanité le 19 janvier 1983, Et de passer en procès ces jours prochains. S'agit-il, comme se le demande le magazine Enquête sur l'Histoire, d'une « nouvelle affaire Dreyfus » ? Pour le savoir, regardons qui sont les accusateurs.
Michel Slitinsky. Le justicier amateur. « Nous, les jeunes porteurs d'étoiles jaunes, nous avons suppléé aux carences des autorités de la résistance qui ont laissé passer Papon à travers les mailles du filet. » 72 ans, ce fils de habiroux ukrainiens né le 8 février 1925 à Bordeaux d'Abraham et Esther, installés en France depuis 1912. Il passe (selon Libération, 24 septembre 1996) pour avoir fait à 16 ans (c'est-à-dire en 1941, ce qui semble étonnant) le coup de poing « contre les jeunesses doriotistes du Rassemblement national populaire » (sic). II se cache dans un placard puis sur les toits, le 19 octobre 1942, lors d'une rafle de la police française. Il rejoint les maquis communistes du Cantal, s'intègre plus tard dans la 9e DIC en Forêt noire. Après la guerre, il prend la présidence d'une association locale d'anciens combattants, l'ANACR, dont chacun sait qu'elle fut durant des lustres une des « courroies de transmission » du parti communiste (il ne quittera, en partie, le secrétariat départemental qu'en janvier 1983). Durant cinquante ans, ce Français de souche récente a accumulé des documents, dans un but précis : se venger des Français à propos de la disparition d'une partie de sa famille, omettant systématiquement de rappeler que sa propre soeur, Alice Slitinsky, figure sur les listes des habiroux que Maurice Papon fit libérer car elle était française bien que d'origine ukrainienne. « Serge Klarsfeld et moi-même avons des options différentes. Lui, il cherche les nationaux-socialistes, mois je cherche les Français » (dépêche AFP, 24 janvier 1997). Pour lui, tous sont coupables peu ou prou, puisqu'il n'admet pas les critiques de son travail qui pourtant, sont venues essentiellement « des milieux de la résistance ». En effet, ces gens ne sont pas compétents : « Il y en a eu tellement qui ont mis deux fers au feu et sont devenus résistants en août 44. Ils ont voulu se racheter, c'est humain », admet-il quand même. A son propos, le président girondin de l'Union des déportés et combattants volontaires de la Résistance, Marc Ballot, déclare : « Il n'écrit pas l'histoire, mais cherche à faire des histoires. » Pour lui, si l'on en croit le quotidien socialiste Le Matin (1er juin 1983), Slitinsky est un « faiseur d'embrouilles » : « A ses yeux, Papon est un lampiste et Slitinsky quasiment un imposteur. Au moment où la justice commence à s'occuper de l'ancien ministre, Ballot a d'ailleurs constitué un dossier, sur Slitinsky, dans le dessein de prouver que ces titres de Résistance étaient usurpés. » A ce moment, significativement, le président régional de la LICRA, Léon Levy, se garde bien de prendre position, alors même que son père fut déporté dans un convoi où Papon est impliqué : « S'il n'y avait pas eu Papon, il y en aurait eu un autre à sa place, en pire ou en mieux. »
Slitinsky aura accès, dans des conditions de confidentialité totalement non respectées et en dépit de la législation officielle, aux archives nominatives. Il affirme avoir acheté au miraculeux marché aux puces Saint-Michel de Bordeaux, en 1980, un organigramme de la préfecture de police où figurait Papon comme secrétaire général chargé des questions juives. Il aurait sans doute été possible de consulter un annuaire administratif. Toujours à l'époque, notre historien amateur était, pur hasard, « correspondant occasionnel du Canard Enchaîné » (il rédige une partie des échos économiques notamment). Le dossier est transmis à l'hebdomadaire, en bisbille avec le ministre du Budget, et le numéro se vend à plus d'un million d'exemplaires. L'affaire papon est lancée.
Officiellement, Slitinsky est «apolitique». Il affirme toujours ne pas vouloir de « récupération politique ». En réalité, Slitinsky a été, durant des lustres, un militant communiste, ayant adhéré au parti stalinien au moins en 1946 : « Il faut dire que, malgré ses racines juives, Slitinsky n'a pas grand chose à voir avec les notables du Consistoire, écrit Le Matin. Il ne met quasiment jamais les pieds à la synagogue et ne participe ni de près ni de loin aux instances communautaires. Un marginal en somme. [...] Slitinsky est catalogué comme communiste. Il est vrai que l'auteur a longtemps milité au sein du PC où il conserve de nombreux amis. » En fait, après avoir réussi le concours de l'Inspection du travail, il prendra en main, à partir de la fin des années 40, l'hebdomadaire du parti communiste de Gironde. Ce n'est qu'en 1978 qu'il s'en éloignera, après la rupture de l'Union de la gauche et se refusant au « vote révolutionnaire de droite au second tour ».
Michel Cardoze. Le metteur en scène. Slitinsky, bien que rédacteur du Canard, ne paraît pas très doué pour l'écriture. C'est le journaliste communiste qui rédigera l'essentiel de L'Affaire Papon, paru en 1983. Né le 21 mai, 1942 à Bordeaux, comme par hasard, Cardoze descend d'une famille juive expulsée en 1492 du Portugal. Petit-fils du gardien du cimetière habiroux de Bordeaux, il a milité, dès 1961, à l'Union des étudiants communistes. Membre de son comité national, il sera secrétaire de sa section bordelaise de 1963 à 1965 et aura donc, d'évidence, des liens étroits avec le permanent communiste Michel Slitinsky. Permanent communiste à partir de 1965, il entre en 1970 à L'Humanité, où il est chargé du secteur politique puis culturel.
Rédacteur en chef adjoint de Révolution, l'hebdomadaire communiste, il fait partie du « contingent Juquin » embauché dans les télévisions et radios après la victoire de François Mitterrand. Michèle Cotta en fera le chef adjoint puis le chef du service société de France Inter. En 1984, il entre à TF1 comme responsable du service social et culturel. Il milite en parallèle au sein des "rénovateurs" du parti communiste, collaborant notamment à la revue M (comme Marxisme et Mouvement). Il est évidemment de toutes les pétitions anti-FN. Par la suite, il travaillera pour La Cinq puis Télé Monte Carlo.
Gilles Perrault. Le préfacier. C'est l'auteur de L'orchestre rouge qui préfacera L'Affaire Papon. Né le 9 mars 1931 à Paris, ce fils d'une député MRP a été avocat, puis journaliste avant d'opter pour une carrière d'écrivain. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, il a eu un itinéraire politique assez sinueux. Il aurait notamment milité dans sa jeunesse aux Jeunesses communistes, avant de rejoindre (d'infiltrer ?) le parti socialiste de 1973 à 1977, pour finalement retourner au parti communiste de 1977 à 1981. Délégué de la fédération de la Manche au XXII le Congrès du PCF, il collaborera également à la revue M, soutiendra le "rénovateur" Henri Fiszbin, présidera également le comité de soutien à Olivier Stirn (!) puis intégrera, en 1988, l'état-major de campagne de Pierre Juquin, soutenu par l'extrême gauche française. Pétitionnaire infatigable et membre de multiples associations d'extrême gauche, il fera un bout de chemin avec la Ligue communiste révolutionnaire, étant notamment le principal animateur (jusqu'à l'année dernière) de l'organisation Ras l'Front. On se souviendra aussi qu'il fut l'un des principaux soutiens du kapo communiste Georges Boudarel, recyclé comme professeur à l'université de Jussieu. Comme l'a raconté Emmanuel Ratier dans son Encyclopédie politique française, il a même participé à un film de propagande soviétique à la gloire du KGB, les services secrets soviétiques. Il déclarait alors : « Beaucoup de gens attribuent au KGB la création du goulag, son fonctionnement. Alors qu'en tant que service de renseignement, je crois que le KGB peut tout à fait être comparé à d'autres services. [...] Il me semble que la CIA est beaucoup plus dangereuse pour les gens parce qu'elle est beaucoup plus difficile a contrôler. [...] Il est bien connu que la CIA a essayé d'assassiner des dirigeants d'Etats étrangers. En revanche, personne ne peut reprocher au KGB d'avoir participé, hier ou aujourd'hui, à des actions de ce type. »
Gérard Boulenger. L'avocat. C'est avec lui que Slitinsky a organisé ses premiers dossiers juridiques, avant que Serge Klarsfeld ne s'en occupe. Cet avocat sera l'un des seuls à le soutenir à Bordeaux, alors même que nombre d'anciens résistants ne veulent rien entendre de cette affaire qui leur parait être un règlement de comptes politique. Né le 14 octobre 1948 à Saint-Pair-sur-Mer, il a prêté serment en 1977. Entré au Syndicat des avocats de France la même année, il a rapidement monté dans son appareil, étant membre de son bureau et de son conseil syndical de 1978 à 1981 et devenant, en 1985, président national du SAF (syndicat créé en 1973 dans la mouvance du programme commun d'union de la gauche). Dans le même temps, il préside la section de la Ligue des droits de l'homme à Bordeaux, préside sa fédération girondine et appartient à son comité central. Accessoirement, il milite au parti socialiste, dont il sera, à plusieurs reprises, candidat dans la région bordelaise.
Gabriel LINDON National Hebdo du 2 au 8 octobre 1997

dimanche 15 mars 2009

Mythologie du code Napoléon

Mythologie du code Napoléon
de
Xavier Martin

Editions Dominique Martin Morin


L'auteur :

Xavier Martin, professeur des universités, enseigne l'histoire du droit, l'histoire des idées politiques, la philosophie du droit. Plusieurs de ses nombreuses études sur certains des fondements doctrinaux méconnus de la révolution française et du code civil de 1804 ont été traduites en italien, en japonais, en espagnol ou en anglais.

L'ouvrage :

Le Code civil français, à son état naissant de « Code Napoléon » (1804 et alentour), est sujet, après coup, à deux types de méprise.

On peut penser d'abord, qu'il n'est qu'une affaire de technique juridique, donc de spécialistes. Or la classe politique qui l'a élaboré, au lendemain du séisme révolutionnaire, a vu là beaucoup plus. Elle a vu en lui un instrument déterminant de définitive restructuration sociopolitique de l'État français. Au fondement de ce Code, on a donc une idée directrice impliquant, en dernière analyse, tous les aspects de la vie humaine individuelle et collective. Les vrais ressorts de l'entreprise, en conséquence, sont culturels et ils se rattachent à une ample histoire des mentalités.

On a pensé ensuite, et l'on enseigne encore, que les auteurs du Code civil ont eu de la nature humaine une vision très haute et très « spiritualiste ». La réalité apparaît différente. Ils héritent des Lumières une image appauvrie de la nature humaine (tendances mécanistes et matérialistes). Et il se trouve que cette image est de surcroît très assombrie par l'expérience traumatisante des années difficiles de la Révolution, que voulait clore, précisément, le Code civil, en irriguant d'une énergique autorité toutes les veinules du corps social.

Il y a donc sur ces deux points, et spécialement quant au second, une réelle mythologie du Code civil, dont le présent ouvrage, abondamment nourri, durant de longues années, aux sources de l'époque, a voulu proposer une élucidation.

samedi 14 mars 2009

Climats : ces idéologues qui font la pluie et le beau temps

A l'occasion du sommet sur l'effet de serre de Kyoto, les médias brodent sur un scénario catastrophe : les émissions de gaz dues à l'activité humaine provoqueraient d'ici à quelques dizaines d'années un réchauffement de l'atmosphère tel qu'il provoquerait la fonte des pôles, le relèvement du niveau des mers, donc la disparition de certaines terres aujourd'hui émergées, et en fin de compte un dérèglement général du climat. Pour éviter cette apocalypse, on préconise de réduire l'émission de certains gaz, donc de modifier la croissance et la production : un gigantesque enjeu économique et politique, tant pour le tiers monde que pour les pays développés. Mais comment peut-on être sûr du climat dans cent ans, alors que les météorologues ne prédisent pas le temps à trois jours ? En d'autres termes, ce scénario catastrophe est-il une certitude scientifique ou une hypothèse politique orientée ?

Avant de paniquer, il serait bon de savoir à partir de quoi un tel scénario est formulé. En bref, qu'est-ce que la climatologie ? Si l'on s'en tient à la définition du Larousse, il s'agit de l'étude scientifique des climats, qui sont l'ensemble des phénomènes météorologiques, (température, pression, vent, précipitations), qui caractérisent l'état moyen de l'atmosphère et son évolution en un lieu donné. Pour être plus précis, la climatologie se fonde sur des modèles, qui sont des descriptions mathématiques de phénomènes physiques, des descriptions mathématiques de la réalité qu'est le climat. Ces descriptions sont mises sous forme d'équations que des spécialistes, les climatologues, doivent intégrer et résoudre, au moyen de puissants ordinateurs. Le scénario catastrophe des climatologues est donc fondé sur des simulations informatiques réalisés à partir des modèles de circulation générale de l'atmosphère.
L'étude d'un modèle de climat nécessite d'identifier et de mettre en équation chaque flux d'énergie, de matière, de mouvement et toutes les transformations chimiques et biologiques qui peuvent agir sur le déroulement du processus climatique. Puis sont établis et comparés entre eux, un modèle de circulation générale de l'atmosphère, un modèle de circulation générale des flux océaniques, et des modèles d'évolution des biotopes (aire géographique) en réponse au changement des conditions climatiques. Les différences des modèles sont dues à la manière dont sont pris en compte les phénomènes mal connus ou complexes à introduire dans le schéma de calcul. Les plus grands écarts portent sur la modélisation des océans, la formation et la dynamique des nuages. Les interactions avec les biotopes terrestres et marins et les modèles de la circulation océanique sont sujets à incertitude.
L'ésotérisme de ces équations incompréhensibles pour le commun des mortels ne peut cependant pas masquer une évidence : comment peut-on prédire le climat sur des années, voire sur plusieurs décennies, alors que les météorologues ne peuvent pas « prévoir le temps » plus d'une dizaine de jours à l'avance ? (les prévisions météorologiques ou numériques du temps sont des prévisions à court terme, de quelques heures à sept jours, le plus souvent trois jours ; ces prévisions sont relativement stables.) Un modèle climatique est une tendance établie sur une prise en compte du «temps» beaucoup plus longue ; c'est un travail élaboré à partir d'archives climatologiques qui peuvent remonter à plus de cent ans. La climatologie se fonde donc sur des données de la météorologie. Par ailleurs, et sans rentrer dans des descriptions compliquées, il est bon de préciser la manière dont les climatologues «récoltent» leurs données : l'atmosphère est fractionnée en «cellules» de 200 à 500 kilomètres de «long», et de un kilomètre de «hauteur». Pour couvrir la Terre, elles se chiffrent donc à plusieurs centaines de milliers. La critique formulée à l'encontre de cette méthode est que les cellules ne sont pas suffisamment conséquentes en altitude pour apporter des valeurs intéressantes.
Philippe Roqueplo, sociologue au CNRS, auteur de Climats sous surveillance, limites et conditions de l'expertise scientifique, émet un doute sur la réalité du changement climatique. Il a analysé la façon dont l'expertise a transformé des recherches scientifiques incertaines en arguments politiques et pose l'hypothèse d'un consensus qui n'aurait pas forcément comme finalité la cause à priori défendue... Il rappelle l'importance de ne pas confondre expertise et science : pour un chercheur, accepter de se placer dans un processus de décision politique l'oblige à donner une réponse, alors que dans une majorité de cas, la science ne peut répondre. Le fait de devoir produire une expertise entraîne un effacement des incertitudes dans la chaîne de transmission des informations, de l'amont de la recherche, à l'aval de la décision ; à chaque étape de la recherche, l'aval cautionne l'incertitude de l'amont, et fonde sa recherche sur des résultats incertains, posés comme fiables. Pour Philippe Roqueplo, « la problématique climatique apporte un surcroît de légitimité scientifique à beaucoup de politiques qu'on cherche à faire et qu'on ne parvient pas à imposer ». En ce qui concerne l'effet de serre, c'« est un opérateur politique efficace. Sur ce point précis l'environnement fonctionne comme horizon justificateur d'une politique qui ne dit pas son nom. »

Des différences d'interprétation de 25 à 400%
Cette toute nouvelle «science» est contestable, et d'ailleurs contestée, notamment par des climatologues eux-mêmes : M.E Schlesinger et J.F.S. Mitchell, ont démontré dans une thèse l'impossibilité actuelle de créditer la précision des simulations ; ils ont aussi dénoncé l'utilisation de données mathématiques à mauvais escient, ou plutôt à bon escient pour qui cherche à démontrer scientifiquement une théorie a priori définie. L'Américain S. Weare a montré des différences d'interprétation de 25 à 400 %, selon l'intégration ou non de données dans un modèle, et son compatriote S.L Grotch a même dénoncé l'inaptitude de certains à reproduire le cycle climatique annuel actuel.
Le professeur M. Leroux, climatologue au laboratoire de géographie physique de l'Université de Lyon, expose la dynamique des climats à partir des «AMP». « Des lentilles d'air froid et donc dense de 1 000 à 3 000 km de diamètre et de l'ordre de 1 500 m d'épaisseur, baptisées Anticyclones mobiles polaires (AMP), produites à raison de 3 à 5 par semaine au voisinage des pôles ». Ces AMP se déplacent (grâce à la rotation de la Terre) des pôles vers l'équateur, déviés par les reliefs, en diminuant peu à peu. Une circulation d'air plus chaud tourne autour d'eux dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, au nord de l'équateur. Ce sont ces transports de masse et d'énergie qui sont à l'origine de l'ensemble des phénomènes météorologiques. A la différence des théories fondées à partir d'ordinateurs sophistiqués, l'étude pratique des AMP permet d'expliquer l'augmentation générale des pressions atmosphériques depuis 50 ans dans leurs zones de passage et de regroupement. L'étude de ces AMP permet aussi de comprendre le recul des pluies vers le sud dans toute l'Afrique subsaharienne, le réchauffement important de l'Alaska, les chutes de neige sur la Virginie et le déplacement des cultures au Canada ; l'augmentation des chutes de neige en Norvège responsables des inondations. On comprend alors l'augmentation de la fréquence de phénomènes exceptionnels, comme les tornades en régions tempérées et les inondations, les chutes de neige dans l'est du bassin méditerranéen, la sécheresse sur le Maghreb.
Ainsi, il vaut mieux observer les phénomènes que chercher à les synthétiser. Les fluctuations instables de la nature ne permettent pas, semble-t-il, de modélisation. Alors que le refroidissement arctique et l'intensification de la circulation atmosphérique sont observables depuis une quarantaine d'années, tous «les modèles» prévoient un réchauffement arctique et une réduction des échanges, et cela en réponse à une augmentation des gaz à effet de serre. Les variations de la nature, « responsables pour la circulation atmosphérique, du butoir ultime d'environ quinze jours pour les prévisions météorologiques, impliquent pour la circulation océanique dont les temps caractéristiques se chiffrent en saisons, années, décennies, voire siècles, l'impossibilité d'établir la moindre prévision climatique à long terme » dit le Pr Leroux.

Un système idéologique bien rodé
La climatologie semble être de nos jours un des thèmes favoris des médias ; elle est devenue au fil des années, de manière croissante, une valeur sûre pour qui veut attirer l'attention. Bien sûr, tout le monde se soucie de l'environnement, et c'est justement par ce biais qu'un «lobby climatique» s'est mis en place. Le principe de mobilisation est relativement simple : entretenir une forte demande de sécurité, afin d'en faire accepter le prix. La cause apparente doit être juste : l'environnement et la nature le sont. Difficile à réaliser, l'objectif doit être clairement compris et intégré dans l'inconscient collectif et possible à atteindre, mais au prix de réels efforts collectifs. Et surtout, il faut entretenir l'espoir et la croyance dans le progrès, et donner des réponses graduées. Pour reprendre les termes d'Yves Lenoir, « fédérateur en amont (tous les phénomènes naturels interfèrent avec le climat) et omniprésent en aval (la plupart des activités productives ont des Conséquences climatiques), le problème climatique est lourd d'un pouvoir global, ''totalisant'', sur l'avenir de nos sociétés ».
La science climatique mondialiste assied ainsi son pouvoir, comme seule détentrice de la vérité universelle, comme seule capable de bien «gérer la planète». Ce n'est pas un hasard si les plus grandes institutions climatiques sont internationales, car bien sûr, les catastrophes écologiques ne connaissent pas de frontières ; le nuage de Tchernobyl n'a-t-il pas atteint les côtes normandes ? Selon les chercheurs officiels, la planète est en grave danger, et le scénario catastrophe qu'ils ont établi a de quoi faire frémir : le deuxième rapport du GIEC, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution des climats, est très alarmiste quant à l'adaptation actuelle des systèmes à l'évolution des climats et de la température qui devrait augmenter de 1,5°C à 5°C, suivant les théories. Ce rapport prévoit une modification de la composition et de la répartition géographique de nombreux écosystèmes - c'est-à-dire de l'ensemble des êtres vivants et des éléments non vivants -, à cause des réactions de diverses espèces à l'évolution de la température. Terres inondées, famines et épidémies sont inscrites au scénario. La lutte contre l'effet de serre a imposé une stratégie de réduction des émissions de C02 dont la première étape a été la convention cadre sur le climat, adoptée à Rio en juin 1992 par 178 Etats. Elle a imposé aux 35 pays industrialisés signataires de ramener, d'ici l'an 2000, leurs émissions de C02 et autres gaz à effet de serre à leur niveau de 1990. Mais lors du second sommet de la terre qui s'est déroulé à New York en juin 1997, force a été de constater l'échec du projet. En effet, si l'Europe consent à produire un réel effort, les Etats Unis arguent que ces mesures sont contraires à leurs intérêts économiques. La conférence de Kyoto qui se déroule actuellement tentera une fois encore de fixer un système de réduction des émissions de gaz au niveau mondial, avec toujours, comme toile de fond, le réchauffement du climat.

Le lobby des climatologues
La liste des différentes institutions est longue, qui existent en général sous le patronage de l'ONU. Le Conseil international des unions scientifiques (CSIU/ICSU) est à l'origine du Programme international géosphère-biosphère et travaille en liaison étroite avec l'OMM (Organisation météorologique mondiale), le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'environnement) et l'UNESCO. Sous l'égide du CIUS, le Conseil international en sciences sociales (ISSC), le Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC/WCRP). Sous l'égide de l'UNESCO, le Programme MAS (Man and biosphère), le Programme international d'éducation relative à l'environnement (PIEE), le Programme hydrologique international (PHI/lHP), la Commission océanographique intergouvernementale (COI) ; le Programme de corrélation géologique international (PCGI/IGCP) pour la compréhension des facteurs contrôlant l'environnement global. Sous l'égide de la FAO (OAA : Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), le Programme-cadre de coopération internationale pour une agriculture et un développement rural durables (PCCl/ADRD), la Stratégie mondiale et les Programmes d'action associés pour l'aménagement et le développement des pêches ; le Programme d'action pour les forêts tropicales (PAFT), créé en commun avec la Banque mondiale et le PNUD (Programme des Nation unies pour le développement) traite de la conservation des ressources naturelles dans plus de 85 pays. Sous l'autorité de l'Alliance mondiale pour la nature (UICN/IUCN), l'Union internationale pour la conservation de la nature élabore et met en œuvre des stratégies nationales et internationales pour la protection de la nature et des espèces. Selon les termes de la Commission française du développement durable : « pour permettre aux décideurs et au grand public de mieux comprendre ce que les chercheurs ont appris, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'OMM ont créé en 1988 le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC/IPCC) ». Cet organisme est chargé d'évaluer l'état des connaissances du système climatique et ses changements, ses incidences environnementales, économiques et sociales, et les stratégies à envisager. En fait, les deux rapports du GIEC sur les changements climatiques sont particulièrement abscons. La liste est loin d'être exhaustive, elle comprend aussi des programmes européens, des organisations non gouvernementales (ONG), qui collaborent entre eux, ainsi que moult commissions, conventions, sessions extraordinaires. L'ensemble des ONG françaises est regroupé dans le Réseau Action Climat (RAC). Le Conseil de la Terre, coordonne, lui, les ONG internationales et les commissions nationales. Les subventions et aides diverses vont «en général» aux organismes respectueux du dogme.
Aux «valeurs sûres» de la climatologie qui véhiculent unanimement le discours de la terreur, s'opposent d'autres chercheurs, certes moins soutenus. mais dont les thèses présentent plusieurs avantages; en premier lieu, celui d'être relativement accessibles au commun des mortels ; en second lieu, celui de s'opposer au terrorisme de la pensée unique. Ces chercheurs ne contestent pas le réchauffement de la planète, mais affirment qu'elle ne subira qu'une augmentation de 0,5°C, qui ne peut être source d'inquiétude. Ils réfutent l'amalgame effet de serre-réchauffement-catastrophe.
Françoise Villar National Hebdo du 4 au 10 décembre 1997

mercredi 11 mars 2009

2 octobre 741 : Charles Martel

Carlus Magnus, « Charles le Grand » : ce surnom a donné Charlemagne. Pourtant, le qualificatif de «Grand» fut au moins aussi largement mérité par un autre Charles - le grand-père de Charlemagne, Charles Martel.
À l'abbaye d'Echternach, le moine chargé de noter dans un Calendrier les grands événements écrit : « Octobre 741, mort du roi Charles. » lapsus révélateur : le grand chef franc qui vient de mourir à Quierzy, dans la vallée de l'Oise, n'a jamais porté le titre de roi. Pourtant, sa dépouille est ensevelie à Saint-Denis, la nécropole des rois mérovingiens. C'est la meilleure preuve du fait que, sans porter la couronne, Charles Martel a bel et bien été un souverain, un chef du peuple.
Il connut des débuts très difficiles. Fils de Pépin d'Herstal et d'une concubine nommée Alpaide, il a reçu le nom de «Carl», nouveau dans l'anthroponymie de la Gaule et qui signifie « brave, valeureux ». Il va, tout au long de son existence, montrer qu'il mérite amplement un tel nom (les Francs avaient l'habitude de donner à leur fils des noms à consonance guerrière : ainsi Clodo-wech, qui devait donner Clovis puis Louis, signifiait « combat de gloire »). A la mort de son père qui, avec le titre de maire du palais, détenait la réalité du pouvoir, au nom du roi mérovingien, Carl prend le contrôle de l'Austrasie (partie nord-est du royaume franc, où se trouvent les grands domaines patrimoniaux du clan familial pippinide, dont est issu par son père le jeune Carl).
Carl ne veut pas se contenter de régner, comme ses aïeux, en Austrasie. Il veut aussi s'imposer en Neustrie. (la partie occidentale du royaume franc). C'est chose faite après de durs combats, qui soudent autour de lui une communauté guerrière composée de chefs de clans qui lui apportent la fidélité de combattants d'élite. Il sait s'attacher durablement ces hommes rudes en utilisant une institution, la vassalité, qui crée une solidarité entre guerriers et devait rester pendant de longs siècles un principe de base dans la société médiévale.
En échange du service armé de son vassal, le seigneur doit lui apporter une rétribution digne de lui. Dans le monde des Francs, la richesse c'est la terre. Carl distribue donc à ses hommes des terres. Mais Carl ne veut pas amoindrir son patrimoine familial. Il «emprunte» donc des terres au plus riche propriétaire foncier de l'époque, c'est-à-dire l'Eglise. En échange de ce procédé cavalier, il apporte à l'Eglise son appui, total, dans l'œuvre d'implantation qu'elle a entreprise en Frise, en Thuringe, en Bavière - toutes régions restées très rétives à l'égard de la christianisation.
Plus encore, Carl se fait le champion de la cause chrétienne face à l'Islam. Lorsqu'une armée arabo-berbère, venue d'Espagne, ravage l'Aquitaine, pillant et détruisant tout sur son passage, et vise la ville sanctuaire de Tours, Carl marche à sa rencontre et la détruit à Moussais, entre Poitiers et Tours. C'est, écrit un chroniqueur anonyme, la victoire des « gens d'Europe, des hommes du Nord » sur les envahisseurs musulmans.
C'est surtout à ce titre que devait passer à la postérité celui qui allait recevoir, dans ces textes du IXe siècle, le surnom de «Martel». C'est-à-dire celui qui frappe comme un marteau. Est-ce un hasard si, dans la mythologie germanique, le dieu de la guerre Thor, a pour arme préférée un marteau ?
P V National Hebdo du 16 au 22 octobre 1997
Pour approfondir : Pierre Riche, Dictionnaire des Francs, Bartillat, 1996.

Les français ont le quotient intellectuel moyen le plus bas de l'Occident

On peut toujours se consoler en constatant que la Bulgarie, pays en partie musulman et à une économie de tiers-monde se trouve derrière nous, et nous dire que l'étude a été réalisée par des Anglais qui ne chercheraient qu'à nous rabaisser.
Pourtant Outre-Manche on n'aime guère les Allemands et ceux-ci se trouvent en tête du classement. Cela fera grincer des dents à certains qui pourraient y voir la revanche d'Hitler. En tout cas, cette attitude pour ce qui concerne la France correspond bien à ce que l'on y observe dans ce qui fut le pays de Descartes, Evariste Galois et Henri Poincaré.
Peu de politiques ont souligné la gravité des résultats de cette étude. Dans un contexte de compétitivité exacerbée, l'intelligence d'une population est pourtant un atout qui peut s'exploiter économiquement. Comme l'a écrit justement Nicolas Baverez, entrent en France les Bac-moins-cinq, sortent les Bac-plus-cinq.
Voilà donc ce qu'est devenue la France après vingt cinq ans de socialo-chiraquisme, c'est-à-dire de matraquage sempiternel sur les vertus de l'immigration, du multiculturalisme, du métissage, et de la diversité. Le multiculturalisme tant vanté consiste d'ailleurs essentiellement à voir des jeunes en survêtement et en casquette tabasser des «blancs». Ce n'est pas les quelques buts marqués (rares) par l'équipe de France de foot qui feront monter le Q.I. des Français.
Dans beaucoup de banlieues, on n'enseigne plus rien et de nombreux jeunes sortent de l'école analphabètes¹ . Les jeunes des banlieues s'expriment en tout avec trois cents mots : («bâtards», «nique ta race» ... ).
Comme chacun sait, la population française a changé physiquement et la différence est grande entre deux générations. La baisse du Q.I. est un dommage collatéral de l'immigration mais il ne faut pas le dire. Les Français baignent dans la connerie médiatique. Comment se manifeste-t-elle ?
Ce sont les émissions soporifiques de Michel DRUCKER où tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil et généreux. En tout cas, ceux que désigne et invite Michel DRUCKER, le grand inquisiteur. Chaque dimanche, on assiste au spectacle de la connerie ronronnante, repue, satisfaite d'elle-même.
La connerie c'est aussi le fait de croire qu'il suffit de répéter ce que dit le politiquement correct pour ainsi se trouver dans le camp de l'intelligence.
La connerie c'est le diktat d'une chansonnette de Pierre PERRET, vieillard avant l'âge au visage bouffi par la baisse de son taux de testostérone. C'est l'apologie de l'antiracisme obsessionnel. Les non-métis devraient porter plainte pour racisme à juste titre puisqu'ils se font traiter d'inférieurs à longueur de temps par les soi-disant antiracistes.
Le bêlement antiraciste depuis vingt cinq ans n'a pas fait monter le Q.I. des Français. Maintenant, on le sait. La France doit-elle être dirigée par les évêques, c'est à dire des vieillards femellisés qui interviennent à tout propos sur les questions qui engagent l'être et l'avenir de la France ?
La connerie en France, c'est aussi Bernard PIVOT qui a officié pendant trente ans sur la littérature, qui a autorisé ou non autorisé certains à venir s'exprimer. Dans une de ses émissions, un jour quelqu'un avait émis un propos contraire au politiquement correct. « Ah, si j'avais su que vous aillez dire cela, je ne vous aurais pas invité ». Tout le misérable bonhomme Bernard Pivot était contenu dans cette phrase². Cela lui avait échappé, mais on voit là comment les maîtres des médias conçoivent la liberté d'expression.
La connerie, c'est la déprogrammation de la pièce de Peter Handke³ par un imbécile qui, en plus, se croit courageux. Des imbéciles décident pour plus intelligents qu'eux. La France s'est toujours enorgueillie d'avoir le meilleur système éducatif du monde⁴. Pour quels résultats actuels ?
La bien-pensance terrorise intellectuellement les Français. Sa grande arme est le sentiment de culpabilité. Vous êtes contre l'Europe, l'immigration : « vous êtes xénophobe et raciste ! » La culpabilité est abêtissante et crée le repli sur soi. La connerie, ce sont tous les discours insipides de Jacques CHIRAC, qui n'ont absolument aucun intérêt. A chaque fois que quelqu'un émet une idée dérangeante ou iconoclaste, il y a toujours un imbécile pour dire qu'il faudrait voter une nouvelle loi qui interdira de dire cela. Et le pire est que cela marche. On a donc une accumulation de lois liberticides qui briment l'épanouissement intellectuel des Français.
La cour européenne des droits de l'homme dit pourtant ceci : « c'est à propos d'opinions qui heurtent, choquent ou inquiètent » que la liberté d'expression trouve tout son sens. Justement donnons du sens. Il y a en France soixante millions d'habitants dont vingt millions d'allogènes. Sur quarante millions de Français de souche on peut compter trente millions de traîtres (ou de pleutres) et dix millions de Français dignes de l'être. Ce ne sont pas certes les chiffres officiels de l'INSEE, mais on a là les données incontournables de la réalité politique et sociale française.
Dans les années soixante-dix une pétition circulait : « je me suis fait enc ... er par un arabe et j'en suis fier ». De nombreux «intellectuels» l'ont signée. Le premier lobby immigrationniste est le lobby des «enc ... és». L'Humanisme a bon dos⁵. Faut-il toujours le cacher. Les Français ont droit à la vérité. Pour redresser le niveau intellectuel du pays, il faut donc cesser de faire venir systématiquement toute la misère économique, culturelle et intellectuelle de la planète. Dans les années cinquante, on faisait boire du lait aux Français pour les régénérer. Il faut retrouver cet état d'esprit et non pas compter pour la démographie sur une population allogène.
Il faut aussi faire voter la liberté totale d'expression, abroger les lois Iiberticides et même la garantir par la constitution comme dans les pays nordiques. Refaire des Français le peuple le plus intelligent de l'Occident. Voilà la vraie rupture avec le socialo-chiraquisme.
Bel et immense projet !
P G-S 2006
1 Merci, les pédagogues !
2 Cf Vendée-Fidélité, novembre 2005, page 6.
3 Parce qu'il s'est rendu an funérailles de Milosevic
4 Ce temps n'est plus hélas!
5 C'est le cas de le dire !

mardi 10 mars 2009

LE LIBÉRALISME : UN INTÉGRISME ÉCONOMIQUE ?

Depuis des années la pensée unique règne et elle est celle du libéralisme. Même l'ancien contestataire de Mai 68 Cohn Bendit l'a fait sien au fur et à mesure que son visage est devenu de plus en plus bouffi. Il n'y a pas d'autre façon, parait-il, de concevoir une société épanouie. Un grand patron allemand a même avancé que le libéralisme avait été démontré par la science !
La force du libéralisme est en fin de compte d'être à sa façon une pensée totalitaire. Comme le marxisme, il a réponse à tout. Avec un peu d'astuce dialectique on a démontré que tout fait historique est une preuve de la lutte des classes. De même lorsque quelque chose va mal, il suffit d'écouter la parole de Madelin pour savoir que la raison en est simple : « le libéralisme n'est pas suffisamment appliqué ». Pour ce courant de pensée, il ne peut y avoir de préférence nationale, puisque l'homme est sans enracinement, sans histoire, sans culture déterminante, sans classe, sans nation, sans lien religieux, ce n'est qu'un consommateur-producteur, donc un atome parfaitement interchangeable. C'est bien sûr un appauvrissement considérable de l'être humain.
L'homme n'est dans le libéralisme qu'un homo economicus. La divinité à adorer c'est le marché. Tout doit se diluer et se dissoudre en lui. Tout est jugé selon lui. Le rap, en dehors de toute considération esthétique, a donc de la valeur, car on peut en vendre des millions de disques ! Mais tout ce qui pense, tout ce qui est dérange le libéralisme. « Le penser et l'être sont le même » (Parménide). Pour le libéral, il ne sert à rien de penser, il faut avoir une confiance absolue dans le marché. « Le marché est grand et Madelin est son prophète ».
Mais la seule constatation incontournable et dérangeante, c'est le chômage ! Depuis qu'il est mis en application, le libéralisme mondialisé sous sa forme actuelle génère dans les pays occidentaux, et en France particulièrement, un chômage massif et dramatique.
Beaucoup d'économistes reconnaissent que le libéralisme n'est pas le meilleur système et la pensée keynésienne démontrait que dans le meilleur des cas il ne pouvait y avoir qu'un équilibre de sous-emploi. Mais comme actuellement les classes dirigeantes dominantes. toutes sensibilités politiques confondues. se sont entichées de libéralisme, il s'impose. Ses victimes n'ont pas le droit à la parole, car elles ne représentent rien financièrement vis à vis du marché.
Pour le libéralisme, le marché étant tout, l'État n'est donc rien. Il doit être réduit à sa plus simple expression. Dans cette logique, il est normal que les hommes politiques actuels soient insignifiants à l'extrême. Ils seront les meilleurs garants de l'insignifiance de l'État .. Le très libéral Guy Sorman souhaitait que Chirac devint le "chef" du mouvement libéral. Il avait intuitivement compris que c'était « the right man in the right place ». Ainsi tous ces hommes politiques insignifiants se manifestent-ils constamment dans les médias pour promouvoir une Europe libérale qui sera à la fois le royaume de l'insignifiance des êtres et de l'importance du marché.
Certains de ces libéraux ont des scrupules de conscience comme Gilles de Robien et parlent de tempérer le libéralisme par le « libéralisme du coeur ». Ce qui consiste à envoyer des Lady Di médiatiques qui, entre un déjeuner chez Maxim's et un dîner au Ritz, prennent le temps d'aller faire un tour à la soupe populaire pour montrer leur compassion. Mais y en a-t-il un seul qui ait recueilli chez lui un sans-logis ?
Le libéralisme par sa vision extraordinairement réductrice de l' homme est sans doute l'extrémisme le plus absolu et un intégrisme parmi d'autres. Il possède en lui un formidable pouvoir de destruction de l'être humain, jusque dans ses recoins les plus secrets.
Mais l'homme n'est pas uniquement un agent économique. Il est attaché à son bout de terrain légué par l'Histoire, au clocher de son église qui n'a pas été construite par ses ancêtres pour les sans papiers. L'homme est un être qui souffre, qui aime son pays, veut vivre la plupart du temps sur la terre de ses parents et n'est pas un vagabond ou un nomade qui erre en fonction des besoins du marché. Il est par essence être enraciné et il ne peut que rejeter avec violence cette nouvelle pensée totalisatrice sans spiritualité qu'on cherche actuellement à lui inculquer et lui imposer. On peut dire que le libéralisme est la négation de l'être.
par P G - S : 1998