dimanche 17 janvier 2021

Le Système est l'héritier du Terrorisme révolutionnaire, négationniste/révisionniste et matrice des Totalitarismes modernes (16)

  

Voici quelques exemples de ce que fut ce "chaos explosif" des révolutionnaires de 1789/1793, si fanatiques qu'ils ont eux-mêmes baptisé leur méthode de gouvernement (?) "la Terreur"; de ses aspects monstrueusement inhumains, d'une atroce barbarie, qui préfiguraient les épouvantables horreurs du marxisme-léninisme et du nazisme...

Et voilà pourquoi, chaque année, nous signalons cette date du 21 janvier à nos compatriotes comme celle du début de notre décadence, comme l'origine de tous nos maux, comme la matrice et le ventre - hélas fécond - d'où sont sortis les abominations qui ensanglantent le monde depuis lors...

Voici quelques aspects de ce que fut la Terreur révolutionnaire en Vendée, et ce qu'en ont dit quelques uns de ceux qui ont oeuvré à sa mise en œuvre "systématique", au sens premier du terme...

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Aujourd'hui (16) : Gracchus Baboeuf dénonce le Populicide. Il était pourtant révolutionnaire lui-même, et mourra guillotiné !...

 

(documents tirés de notre Album : Totalitarisme ou Résistance ? Vendée, "Guerre de géants...")

François Noël Babeuf est plus connu sous le nom de Gracchus Babeuf. Né le  à Saint-Quentin, il mourra guillotiné à Vendôme, le . Le "babouvisme" préfigure le communisme et l'anarchisme.

Cet ouvrage fut publié en 1795 à l'occasion du procès de Jean-Baptiste Carrier, l'auteur des noyades de Nantes.
Gracchus Babeuf, père du communisme, l'une des grandes figures de la Révolution française, soulevait la question de fond de la nature de la répression perpétrée par la Convention en Vendée.
Ce livre se présente comme un réquisitoire très bien documenté, et d'une incroyable modernité, contre la politique dictatoriale menée en 1793 et 1794, politique qui devait conduire, entre autres, à l'anéantissement et à l'extermination des Vendéens, Bleus et Blancs confondus, et de préférence des femmes et des enfants.
Avec la nouvelle édition de ce texte, Reynald Secher, dans son avant-propos, "Mémoire et "mémoricide" ", reprend, à l'aide de nombreux documents inédits, la genèse des événements en Vendée et définit un quatrième crime de génocide : le mémoricide.
Jean-Joël Brégeon présente la personnalité de Gracchus Babeuf.
Et Stéphane Courtois établit la filiation entre l'idéologie de Robespierre et celle de Lénine et des leaders communistes.
Reynald Secher conclut son propos :

"Reste un problème jamais abordé jusqu'à présent : l'abrogation officielle des lois d'anéantissement et d'extermination. Ne serait-il pas opportun de profiter de ce débat public pour le faire ? On pourrait me rétorquer que ce n'est pas nécessaire puisqu'elles sont tombées en désuétude. J'aimerais y croire mais mon expérience d'historien me fait penser que jamais rien n'est définitif ni acquis : à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. À titre d'exemple, il faut rappeler que la déportation des Juifs a été justifiée et légalisée par le recours à des lois révolutionnaires remontant aux 10 juillet et 3 août 1791. En faisant ce geste premier d'abrogation, la France serait, par là même, une source d'exemple pour des pays comme la Turquie, s'honorerait et, surtout, permettrait aux Français d'avoir une histoire plus juste et plus apaisée, au-delà de toute considération politique et idéologique qui, entre autres, fait assimiler reconnaissance du génocide vendéen et remise en question de notre démocratie ; celle-ci, bien au contraire, en sortirait grandie et non affaiblie comme certains le craignent. Mieux encore, la France faciliterait et accélérerait l'évolution du droit international qui va vers le sens de la reconnaissance d'un quatrième crime de génocide, le mémoricide, ce qui permettrait de repousser la progression des tentations révisionnistes".

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samedi 16 janvier 2021

Qu’est ce que la Révolution Conservatrice ? 4/4

 La période agitée de l’après Grande Guerre est propice au renouveau des sociétés völkisch : la défaite et la proclamation de république confirmant les thèses du déclin. En outre, l’instabilité politique (l’ambiance de guerre civile avec les agitations Spartakistes et celle des corps-francs) et économique (l’inflation galopante) créent un excellent terreau pour les mouvements alternatifs et pour l’irrationalisme. Berlin, alors, grouille de sectes. Les débuts de la république de Weimar connaissent une recrudescence de « mages », d’astrologues, de « gourous » de tout genre et de charlatans de tous ordres profitant de ce climat délétère.

Ainsi, le général Ludendorff (1865-1937) fit, à la fin de sa vie, la synthèse entre le paganisme et le christianisme dans une optique nationaliste et raciale. A cet effet, il parraina une association d’étudiants : « Le cercle universitaire de race allemande », fondée en 1919, diffusant ainsi cette thématique dans les milieux universitaires[31]. Pour diffuser ses idées il fonda aussi un mouvement, le Ludendorff-Bewegung (mouvement Ludendorff). Ses thèses trouvèrent un écho dans les milieux anciens combattants.

La « Révolution Conservatrice » fut souvent assimilée au nazisme, avec lequel elle partage d’ailleurs, un héritage intellectuel commun important. Pourtant son univers bigarrée ne se confond nullement avec le national-socialisme malgré des parcours personnels amenant à une collaboration avec les nazis comme ont pu le faire des intellectuels de premier plan tels Martin Heidegger et Carl Schmitt. D’autres se sont soit opposés au nazisme (Pechel et Hielscher), soit se sont exilés (Mann), soit se sont enfermés dans un exil intérieur (Jünger). Même si la « Révolution Conservatrice » a préparé la société allemande, par son anti-démocratisme et par son pré-fascisme, à l’arrivée du nazisme, ce courant de pensée fut « mis au pas » par le national-socialisme comme le reste de la société. Ainsi Ernst Niekish a été déporté, le régime n’ayant pas apprécié ses critiques du national-socialisme. Le domicile d’Ernst Jünger fut fouillé plusieurs fois par la Gestapo. Le sort de Edgard Julius Jung est plus tragique : le secrétaire du Chancelier von Papen a été assassiné le 30 juin 1934, lors de la Nuit des Longs Couteaux.

Notes

[1] Respectivement en mai 2002 et en juillet 2003.

[2] Edmond Vermeil, Doctrinaires de la révolution conservatrice allemande 1918-1938, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1938, seconde édition en 1948.

[3] Cf. à ce propos les travaux de Nicolas Lebourg.

[4] Alain de Benoist dirigea une collection intitulée « Révolution conservatrice » aux éditions Pardès qui publia ou réédita les livres suivants : Arthur Moeller van den Bruck, La révolution des peuples jeunes, Puiseaux, Pardès, 1993 ; Armin Mohler, La Révolution Conservatrice en Allemagne de 1918 à 1932, Puiseaux, Pardès, 1993 ; Ernst Niekisch, « HITLER. Une fatalité allemande » et autres écrits nationaux-bolcheviks, Puiseaux, Pardès, 1991 ; Carl Schmitt, Du politique « légalité et légitimité » et autres essais, Puiseaux, Pardès, 1990 et Werner Sombart, Le socialisme allemand, Puiseaux, Pardès, 1990. Cf. Stéphane François, Les néo-paganismes et la Nouvelle Droite (1980-2006), Milan, Archè, 2008.

[5] Jean Favrat, « Conservatisme et modernité : le cas de Paul de Lagarde », in Louis Dupeux (dir.), La « Révolution Conservatrice » dans l’Allemagne de Weimar, Paris, Kimé, 1992, p. 99.

[6] Theodor Fritsch dirigera dans l’entre-deux guerre deux mouvements néo-païens d’influence nationale : le Deutschvolkischer Schutz und Trutzbund qui deviendra par la suite le Deutschvolkischer Freiheit Partei.

[7] Louis Dupeux, « “Révolution Conservatrice” et modernité », in Louis Dupeux, La « Révolution Conservatrice », op. cit., p.17

[8] Pierre-André Taguieff, « Le paradigme traditionaliste : horreur de la modernité et antilibéralisme. Nietzsche dans la rhétorique réactionnaire », in Collectif, Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, Paris, Le Livre de poche, 2002, p. 232.

[9] Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, Paris, Gallimard, 1995.

[10] Pierre-André Taguieff, « Le paradigme traditionaliste », art. cit., p. 240.

[11] Friedrich Nietzsche, Aurore, in Œuvres complètes, t. 1, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1993, p. 998.

[12] Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, vol. 2, livre III, § 25, op. cit.

[13] Philippe Baillet, « Monte Verità, 1900-1920 : une “communauté alternative” entre mouvance völkisch et avant-garde artistique », Nouvelle École, nº 52, 2001, pp. 109-134.

[14] Françoise Muller, « Erich Muhsam, un écrivain libertaire contre le fascisme », in André Combes, Michel Vanoosthuyse et Isabelle Vodoz (dir.), Nazisme et Anti-nazisme dans la littérature et l’art allemand 1920-1945, Lille, Septentrion, 1986, pp. 145-157.

[15] Voir le témoignage d’Hermann Hesse « L’homme qui voulait changer le monde » in L’enfance d’un magicien, Paris, Calmann-Levy, 1975, notamment les pp. 240-241.

[16] Louis Dupeux, « La version “Völkisch” de la première “alternative” 1890-1933 », in Louis Dupeux (dir.), La Révolution conservatrice, Paris, Kimé, Paris, 1992, p. 187.

[17] Louis Dupeux, « La version “Völkisch” de la première “alternative” 1890-1933 », art. cit., p. 187.

[18] Cf. Stéphane François, Le nazisme revisité. L’occultisme contre l’histoire, Paris, Berg, 2008.

[19] Karl Dietrich Bracher, Hitler et la dictature allemande, Bruxelles, Complexe, 1995, pp. 120-125.

[20] Hans Mommsen, Le national-socialisme et la société allemande, Paris, Editions de la maison des sciences de l’homme, 1997, p. 7.

[21] Cette thèse de doctorat, soutenue à Bâle en 1949, fut publiée pour la première fois en 1950 sous le titre Die Konservativ Revolution in Deutschland 1918-1932. Dernière édition en 2002 Stocker Verlag, Stuttgart. Traduction française, Armin Mohler, La révolution conservatrice en Allemagne (1918-1932), op. cit.

[22] Louis Dupeux, « “Révolution Conservatrice” et modernité », in Louis Dupeux (dir.), La « révolution conservatrice » dans l’Allemagne de Weimar, op. cit., pp. 17-43.

[23] Hans Mommsen, Le national-socialisme et la société allemande, Paris, Editions de la maison des sciences de l’homme, 1997, p. 5.

[24] Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident, Paris, Gallimard, Bibliothèque des idées, 1948.

[25] Première édition française en 1930 chez Payot.

[26] Sur Niekisch ; cf. Louis Dupeux, National bolchevisme. Stratégie communiste et dynamique conservatrice, 2 vol., Paris, Honoré Champion, 1979.

[27] Le terme « völkisch » est réputé intraduisible en français, souvent traduit par « raciste ». La racine « Volk » signifie « peuple », mais le terme va au-delà du sens de « populaire ». Ce terme peut être compris comme nostalgie folklorique et raciste d’une préhistoire allemande mythifiée. C’est en essayant de traduire ce terme que la langue française s’est enrichi des mots « raciste » et « racisme ». Pierre-André Taguieff, La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles, Paris, Gallimard, 1987, pp. 122-132.

[28] J’utilise le présent car il existe encore en Allemagne et en Autriche des groupuscules de se réclamant de ces théories.

[29] Christophe Boutin, Politique et Tradition. Julius Evola dans le siècle (1898-1974), Paris, Kimé, 1992, p. 264-265.

[30] Hildegard Chatellier, « Julius Langbehn :un réactionnaire à la mode en 1890 », in Louis Dupeux (dir.), La Révolution conservatrice, op. cit., pp. 115-128.

[31] Louis Dupeux, Histoire culturelle de l’Allemagne 1919-1960, Paris, Presses Universitaires de France, 1989, pp. 103-104.

https://voxnr.com/775/quest-revolution-conservatrice

Jonathan Sturel - Covid, Barrès, Péguy, Psichari, Bibliophilie.

L’Europe des rois

Carte de l'Europe en 1923

Les têtes couronnées face aux tragédies du XXe siècle.

Le 24 mai 1913, le mariage de la princesse Victoria-Louise de Prusse, fille du Kaiser Guillaume II, avec le prince Ernest-Auguste de Hanovre permet à l’empereur d’Allemagne, au roi d’Angleterre George V et au tsar Nicolas II d’être réunis à Berlin. Les trois souverains, qui règnent sur la moitié du monde, sont les petits-fils de la reine Victoria. Ce cousinage ne les empêchera pas, un an plus tard, d’entrer dans la guerre à la tête de leurs peuples. Le conflit s’achèvera, en Allemagne comme en Russie, mais aussi en Autriche-Hongrie, par la révolution et l’effondrement de la monarchie. Vingt ans plus tard, une nouvelle guerre déchirera l’Europe et provoquera la chute de quatre royaumes (Italie, Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie).
Vingt-deux monarchies européennes en 1914 (en comptant les royaumes et principautés d’Allemagne), dix après la Seconde Guerre mondiale. Quel rôle les têtes couronnées ont-elles joué au cours de ces années qui ont bouleversé le continent ? Jean des Cars, éminent spécialiste des sagas dynastiques, expose les faits, pays après pays, décennie après décennie, dans un ouvrage vivant et documenté, d’autant plus plaisant à lire qu’il se compose de près de 170 sous-chapitres qui racontent chacun une histoire (1). Dans cette fresque, politique et destins familiaux se mélangent, attisant parfois les rivalités nationales, les freinant d’autres fois. A part quelques exceptions, ce qui caractérise ces rois et ces reines, même en temps de guerre, est de s’être tenus à l’écart des déchaînements idéologiques de l’époque. Jean des Cars, avec talent, donne à voir « d’abord des êtres humains avec leurs vies intimes (…) et la croyance dans le symbole, suprême et sacré, qu’ils incarnent ».
Siméon de Bulgarie, roi de 1943 à 1946, exilé pendant cinquante ans, puis revenu dans son pays en 1996, y a été Premier ministre de 2001 à 2005. Etonnante trajectoire qu’il retrace dans une autobiographie où l’émotion perce à chaque page, tout en évitant la nostalgie (2). Ici éclate une notion du pouvoir conçue comme un service à rendre aux autres, et non à soi. C’est si rare aujourd’hui que cela fait du bien.

Jean Sévillia

(1) Le Sceptre et le Sang, de Jean des Cars, Perrin, 474 p., 23 €.

(2) Un destin singulier, de Siméon II de Bulgarie, avec Sébastien de Courtois, Flammarion, 382 p., 22 €.

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/leurope-des-rois/ 

Le Système est l'héritier du Terrorisme révolutionnaire, négationniste/révisionniste et matrice des Totalitarismes modernes (15)

  

Aujourd'hui (15) : Comment Anatole France a magistralement dépeint la démence et l'hystérie sanguinaire des révolutionnaires...

 

1912 : La Revue de Paris achève la publication, en feuilleton, de "Les Dieux ont soif"...

"La société devient enfer dès qu'on veut en faire un paradis." Cette pensée si juste de Gustave Thibon accompagne le lecteur tout au long de cette impeccable dissection de la démence révolutionnaire, qui renvoie à cette autre phrase, monstrueuse celle-là, prononcée par Staline, et qui "légitime" (!) tous les Génocides : "Le problème, c'est les hommes; pas d'hommes, pas de problème !..."

De même que le personnage central du roman, le peintre raté Evariste Gamelin, fait irrésistiblement penser à la morale de la Fable d'Anouilh, "Le loup et la vipère" :

"Petits garçons heureux, Hitler ou Robespierre,

Combien de pauvres hères Qui seraient morts chez eux ?"...

Avec justesse, Balzac qualifia cette bien triste époque de "sanglante démence"...

Quelques extraits :

Les Dieux ont soif : comme une analyse clinique de la démence révolutionnaire.

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2021/01/15/le-systeme-est-l-heritier-du-terrorisme-revolutionnaire-nega-6289507.html

Qu’est ce que la Révolution Conservatrice ? 3/4

 Ernst Jünger est un représentant typique de ce courant et l’un de ses plus brillants polémistes. Cet auteur, alors connu pour ses récits sur la Grande Guerre (Orages d’acier, publié à compte d’auteur en 1920[25]) a, dans les années 1920 et jusqu’en 1930, une forte activité politique. Durant cette période il écrit plus de 130 articles dont beaucoup traitent de polémique et de néo-nationalisme, publiés en particulier dans la revue Die Standarte (L’Etendard) qui dépend du Stahlhelm (Le Casque d’Acier), une association conservatrice d’anciens combattants, et dans la revue Widerstand (Résistance), organe de la grande figure du national-bolchevisme allemand Ernst Niekisch, à laquelle il collabore plus ou moins régulièrement.

Ses positions sont à cette époque radicales : il se prononce pour une politique sociale novatrice et pour un esprit révolutionnaire (il s’oppose à la bourgeoisie et au capitalisme) et milite pour une jeune élite intellectuelle, issue des tranchées, tout en défendant une position nationaliste. Jünger est durant cette période, fasciné par le modèle soviétique/marxiste mais il montre une indifférence à l’économie. Cependant, pour cet auteur, selon l’excellente expression de Louis Dupeux, il s’agit d’« utiliser le nationalisme comme un explosif et non d’en faire un absolu ». Après la disparition de Die Standarte en 1926, il participe à plusieurs revues de cette tendance. Puis, à partir de 1930, il s’éloigne du militantisme politique pour se consacrer à la littérature et à l’entomologie.

Proche des théories de Jünger, le courant du national-bolchevisme est une autre tendance intéressante, même s’il est minoritaire, de la Révolution Conservatrice. Le plus connu de ces groupes est animé par l’ex socialiste Ernst Niekisch[26]. Après la Première Guerre, Niekisch découvre dans la révolution bolchevique de 1917 une forme russe du « prussianisme » et c’est ainsi qu’il déboucha, en novembre 1931, sur le « national-bolchevisme », une forme ultra-nationaliste du socialisme plongeant simultanément dans l’extrémisme völkisch et dans le pessimisme culturel le plus noir, rejetant toutes dimensions occidentales de la société allemande : libéralisme et démocratie, capitalisme et marxisme, bourgeoisie et prolétariat, mais aussi bien christianisme et humanisme.

D’ailleurs, les groupuscules nationaux-bolchevistes, se déclarèrent prêts à marcher avec les communistes et la Russie soviétique, afin de liquider l’ordre « occidental » et le traité de Versailles en se servant du communisme comme d’un bélier, étant bien entendu que les valeurs d’autorité et de nationalité l’emporteront un jour sur le marxisme, en Russie comme en Allemagne. La plupart des nationaux-bolchevistes des années trente, stimulés par un nationalisme radical, s’efforcent de concrétiser et renforcer leur position, en combinant les deux totalitarismes modernes : le totalitarisme politique « découvert » par Jünger et quelques autres et le totalitarisme économique de la Russie du Plan. Le national-bolchevisme peut donc être considéré comme un totalitarisme achevé, ou comme une sorte de paroxysme de la version la plus « moderne » de la Révolution conservatrice. Tout en se convertissant à l’irrationalisme, Niekisch portait à l’absolu les grandes valeurs de l’extrême droite du temps : la Nation, l’Etat et le Peuple.

Dernière grande tendance de la Révolution Conservatrice, la plus éclectique et la plus ancienne, les völkischer. Le courant völkisch[27] est une forme du néo-paganisme germanique apparu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, héritée des « Teutomanes ». Le courant völkisch est[28] une forme du néo-paganisme allemand de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il existe, en tant que tel, depuis le début du XIXe siècle en Allemagne mais est né en Autriche. Les origines de ce courant de pensée plongent dans différentes genèses selon Christophe Boutin: « […] ce courant occultiste puisait à diverses sources : au fonds romantique et à son goût pour le secret d’une part ; à la doctrine de la franc-maçonnerie ensuite, qui avait toujours considéré comme prioritaire la lutte contre le christianisme et cherchait donc à revenir à une spiritualité “païenne” ; à l’enseignement enfin de la Société Théosophique, avec ses “Supérieurs Inconnus”, Steiner tentant pour sa part avec sa Société Anthroposophique de donner à cette dernière un “caractère germain” tout en excluant le racisme doctrinal »[29].

Il est important par le nombre de groupuscules mais peu en nombre d’adhérents. Foncièrement raciste, ce courant est lié au romantisme né au XVIIIe siècle en réaction aux Lumières et au rationalisme. Par la suite, les apports de la biologie et du darwinisme allaient lui faire substituer peu à peu, au moins à les confondre, les notions de « Peuple » et de « Race », et établir une hiérarchie entre ces dernières, l’« Aryen » (ou le « Germain ») étant placé au sommet de la race blanche. L’influence d’auteurs comme Gobineau (1816-1882), Vacher de Lapouge (1854-1936), Houston Stewart Chamberlain (1855-1927) ou Ludwig Woltmann, fut important. D’ailleurs, ce courant rencontrera le courant antisémite et leurs doctrines finiront par se fondre au cours du dernier tiers du XIXe siècle. Il n’est donc pas étonnant que les völkischer, par réaction nostalgique, ravivent le contre-modèle d’une communauté agraire allemande idéalisée, le mythe d’une nation originelle solidaire, d’une démocratie primitive librement soumise à des élites naturelles. Par conséquent, ils prennent la défense des populations menacées par l’évolution de la société : populations rurales, petits commerçants, artisans et petites noblesses contre la bourgeoisie libérale.

La reconstitution d’un passé germanique largement mythique éloigne les völkischer des religions monothéistes pour tenter de recréer une religion païenne, aryenne, purement allemande. D’ailleurs la notion de peuple est alors interprétée le plus souvent non pas comme une catégorie sociologique mais comme une entité quasi mythique, originelle, éternelle à l’instar de «la Nature»[30]. Elle consiste souvent en un culte solaire, qui va généralement de pair avec toutes sortes de manifestations d’occultisme « aryen » ou, du moins, avec la symbolique aryenne (calendrier völkisch, runes germaniques…). Cette « religiosité » est pratiquée très sérieusement dans la variété proprement «germanique» du courant nudiste, la nudité accroissant l’harmonie avec la nature. Ce nudisme nordique à connotation religieuse est pratiqué en particulier dans les communautés agraires qui se développent après 1918. Cependant, certains partisans de cette tendance, refusant le paganisme, vont élaborer une vision, raciste, darwiniste et fortement imprégnée de manichéisme et de gnosticisme du christianisme développant l’idée que le Christ est aryen.

Les milieux artistiques, furent largement présents parmi les völkischer : le peintre reconnu et professeur d’université, Ludwig Fahrenkrog (1867-1952), ce peintre était connu alors pour avoir osé représenter dans une de ses œuvres un Christ imberbe, et/ou Hugo Höppener (1868-1948), connu sous le nom de Fidus, qui fit partie des « Monte Veritaner ». et qui fut aussi l’un des promoteurs du nudisme et du végétarisme. Fidus est avant tout connu pour ses tableaux et ses gravures représentant une humanité « régénérée », des corps nus et sveltes s’offrant aux caresses du soleil, des éphèbes saluant l’aube, le tout souvent entouré de runes.

À suivre

Éliphas Lévi, un adepte de la Haute Magie - Les Grands Occultistes

vendredi 15 janvier 2021

Qu’est ce que la Révolution Conservatrice ? 2/4

 Morphologie de la Révolution Conservatrice

Si la « Révolution Conservatrice » domina le climat culturel de la droite allemande entre 1918 et 1933, elle fut cependant beaucoup trop divisée en chapelles opposées, en dissidences permanentes, en une multitude de formations comprenant trois membres et une table et publiant leur propre journal (dans lequel elles appellent bien sûr toutes à l’union), pour avoir une quelconque influence sur le terrain politique. En effet, elle fut un entrelacs de personnalités, un ensemble de réseaux, partis, cercles, ligues, journaux, etc. où les liens personnels l’emportaient sur tous les autres sans pour autant cesser d’appartenir à la mouvance. Armin Mohler recensait, dans une liste non exhaustive, plus de 430 groupes, ligues…

Le fonctionnement des groupes de la « Révolution Conservatrice » était, parfois, calqué sur la Franc-Maçonnerie, voire même hérité d’un passage au sein de l’une des multiples structures ésotérico-politiques qui foisonnaient en Allemagne entre 1880 et 1930[18] : initiation du novice aux idées diffusées, sélection par cooptation et enquête sur le postulant : religion, mœurs et morphologie[19] : couleur des yeux et des cheveux, par exemple. En outre, comme Hans Mommsen l’affirme : « Les dénominations varient et témoignent d’une grande imprécision (ligue, ordre, société, club). Reichs Hammerbund, Dürerbund, Germanenorden, Thulegesellschaft, Juniclub, Herrenclub […]. Toutes ces organisations, dont le nombre et les métamorphoses rendent vain tout essai d’inventaire, se caractérisent par un recours à des formes associatives pré-libérales, qui, à la liberté d’adhésion et de recrutement, substituent les principes de la cooptation, de l’admission ritualisée des nouveaux membres et d’une existence à la marge de l’espace public . »[20]

L’éclatement de cette nébuleuse, le nombre des groupes et leurs métamorphoses rendent vain tout essai d’inventaire exhaustif : ce courant de pensée regroupait des personnes aussi différentes que les écrivains Thomas Mann (dans un premier temps), Stefan George, Gottfried Benn, Ernst von Salomon et Ernst Jünger, les philosophes Oswald Spengler et Martin Heidegger, le père de la géopolitique Karl Haushofer, l’économiste Werner Sombart, les juristes Carl Schmitt et Fiedrich Hielscher, le pédagogue Alfred Bäumler ou les activistes politiques Edgard Julius Jung, Arthur Moeller van den Bruck et Ernst Niekisch…. Mais droite classique, « Révolution Conservatrice », courant völkisch ou solidarités issues des Corps-Francs, aucune de ces appartenances n’était fermée sur elle-même car s’il existe, en effet, des divisions internes, des lignes de fracture, elles sont en même temps autant de passerelles vers les autres courants. Ce qui pose le problème de la circonscription de cette nébuleuse.

Armin Mohler, l’inventeur de l’expression « Révolution Conservatrice » distinguait dans sa thèse[21] cinq « images conductrices » présentes au cœur de cette nébuleuse : les völkischen ; les « jeunes-conservateurs » ; les « nationaux révolutionnaires » ; Bundichen (les « ligueurs ») et le « mouvement paysan » (appellation qui se rapporte au soulèvement paysan de la province du Schlewing-Holstein, région limitrophe du Danemark, à partir de 1928). Louis Dupeux retenait lui aussi cinq principaux clivages mais ces derniers étaient différents de son prédécesseur. En premier lieu le clivage qui sépare les partisans attardés, mais très nombreux, du “pessimisme culturel”, d’une part, et les tenants d’une pseudo-modernité d’autre part. Un second clivage, à dominante politique, et qui n’est pas sans rapports avec le précédent, sans toutefois se confondre avec lui, sépare les partisans d’une société vraiment “organique” de ceux qui penchent vers une société “organisée”. Un troisième clivage, à dominante socio-économique, sépare les partisans d’une “révolution” purement politique et culturelle de ceux qui envisagent en outre des transformations socio-économiques concrètes, c’est-à-dire qui remettent en cause la libre entreprise et la propriété privée dans leur existence même. Un quatrième clivage s’observe dans un domaine que les intéressés considèrent comme primordial : celui de la politique étrangère. Il s’agit ici prioritairement de situer l’Allemagne entre un Occident prétendu “sénile” et un Orient prétendu “jeune” ou “barbare”. Le problème principal est alors celui du sens à donner à la notion d’“orientation vers l’Est” et plus particulièrement de l’attitude à adopter vis-à-vis d’une Russie devenue marxiste. Un dernier et très profond clivage sépare ceux que l’on appelle les völkischer et ceux qu’on peut sans doute appeler les penseurs pré-fascistes[22].

Les principaux courants

Les « jeunes conservateurs » comme Oswald Spengler, reprennent la filiation des théoriciens du Kulturpessimismus de la fin du XIXe siècle et, héritiers de la réaction romantique à la Révolution française, considèrent avec détachement le Déclin de l’Occident. D’autres veulent dépasser ce « pessimisme » et croire en un avenir moins sombre. Ainsi, Moeller van den Bruck, qui va se faire, avec son ouvrage Le Troisième Reich, le théoricien d’une véritable « révolution », d’un mouvement qui ne se contente plus d’analyser la décadence de l’extérieur, mais cherche à lutter pour pouvoir reconstruire. Moeller van der Bruck se veut avant tout conservateur et non réactionnaire. Il s’agit pour lui de gagner la révolution à venir, révolution nécessaire pour sortir du faux ordre bourgeois comme de la fausse révolution marxiste, et ainsi de « faire de la guerre et de la révolution un moyen d’apporter une solution politique à des problèmes de notre histoire qui n’auraient jamais pu être résolus sans la guerre et la révolution ». Pour cela, contre le libéralisme qui ne peut que ruiner la nation, économiquement à l’extérieur comme spirituellement à l’intérieur, le « socialisme allemand » devrait, grâce à la participation d’un peuple à son destin dans une démocratie organique, permettre l’avènement d’une société future, le Troisième Reich. Moeller van den Bruck se suicidera en 1925, mais ses idées continueront d’influencer nombre d’intellectuels réunis dans les fameux Juni-Klub puis Herrenklub. L’un des héritiers de cet auteur est Edgard Julius Jung dont la doctrine est aussi influencée par le penseur autrichien corporatiste et chrétien, Othmar Spann. La doctrine de Jung prône l’instauration d’un Etat organique corporatisme débarrassé de la lutte des classes et de la démocratie représentative au profit d’un retour à un nouveau Moyen-Âge dans lequel un nouveau Saint Empire Romain Germanique fédérerait l’Europe centrale.

Une frange de la Révolution Conservatrice, constituée par la « génération du front » de la Grande Guerre et par les anciens des corps-francs, représentée notamment par Ernst et Friedrich Georg Jünger, prône pour sa part l’acceptation totale de la modernité et son dépassement, se séparant ainsi du courant du Kulturpessimismus. Cependant, « [dans] le même temps, la pensée néo-conservatrice, dont il ne faut pas sous-estimer l’écho dans les milieux intellectuels, voulait revenir à l’avant 1789 et abolir ainsi non seulement les formes politiques libérales, mais aussi l’individualisme bourgeois qu’elles présupposent »[23]. Pour ces auteurs, c’est au Travailleur jüngerien que reviendrait l’organisation du monde nouveau, c’est lui qui devrait en être la Figure, et cette volonté de dépassement de la modernité ne sera pas sans influencer leur conception des rapports entre politique et économie. Cette catégorie très largement majoritaire n’envisagent nullement de porter atteinte au capitalisme privé, si ce n’est pour l’englober dans des corporations de types divers, à égalité de dignité avec le monde du travail.

Le néo-conservatisme vise à l’instauration d’un ordre nouveau qui permettra, par l’utilisation de procédés modernes (propagande, organisation des masses), par le développement des grandes passions politiques contemporaines (nationalisme et même socialisme), de revenir à un ordre naturel, organique, orienté par la vie et non par l’intellect. La « conception du monde » néo-conservatrice repose sur une conception cyclique de l’Histoire, faite de combats et se déroulant par cycles : jeunesse, maturité puis déclin inévitable de tous les peuples et de toutes les cultures, dont la meilleure formulation a été faite par Spengler[24]. Elle se propose de reconstituer une société organique, sur la base de communautés naturelles structurées et hiérarchisées, menées par une nouvelle aristocratie du mérite et de l’action.

À suivre

Qu’est ce que la Révolution Conservatrice ? 1/4

 Les décès au début des années 2000 du germaniste français Louis Dupeux et de l’historien suisse Armin Mohler[1] nous donne l’occasion de revenir sur la « Révolution Conservatrice » allemande dont ils s’étaient faits les spécialistes et qui reste mal connue. Pourtant, Louis Dupeux anima à ce sujet durant une vingtaine d’années, au sein de l’université de Strasbourg, le Groupe d’étude de la « Révolution Conservatrice » allemande dont les travaux furent publiés dans la Revue d’Allemagne. Le précurseur de ces études fut Edmond Vermeil qui, en 1938, publia les Doctrinaires de la révolution allemande 1918-1938[2]. En France, la « Révolution Conservatrice » fut surtout étudiée, à partir de la fin des années 1960 par les milieux nationalistes-révolutionnaires[3] et puis dans les années 1980 par la Nouvelle Droite et, en particulier, par Alain de Benoist[4].

En effet, les membres de celle-ci ont publié un grand nombre de monographies, articles, études, etc. sur ce sujet. La Nouvelle Droite découvre (ou redécouvre) à cette époque la « Révolution Conservatrice », qui deviendra l’une de ses références importantes. Cette filiation est d’ailleurs ouvertement revendiquée à travers le recours à Ernst Jünger, Oswald Spengler, Carl Schmitt.

Les origines de la Révolution Conservatrice

La « Révolution Conservatrice » est un courant de pensée, avant tout culturel, qui s’est développé en Allemagne après 1918 en opposition à la République de Weimar et qui se caractérisait par un refus de la démocratie et du parlementarisme. Leur Weltanschauung, leur « vision du monde », révolutionnaire-conservatrice se réclamait de l’idéalisme, du spiritualisme voire du vitalisme, et se proposait de reconstituer une société sur la base de communautés naturelles structurées et hiérarchisées, menées par une nouvelle aristocratie du mérite et de l’action.

Les auteurs de ce courant de pensée ont médité sur les grandes questions qui agitaient leur temps : la technique, l’État, la ville, l’identité, la guerre, la crise religieuse, le marxisme et le libéralisme, la justice sociale, la question nationale et l’édification européenne, etc. Mouvement intellectuel, la Révolution Conservatrice renvoyait l’image d’une « droite » n’étant ni libérale, ni nazie et très modérément chrétienne. En effet, la Révolution Conservatrice fut aussi une expérience existentielle d’une grande richesse avec ses mouvements de jeunesse, ses organisations paysannes, ses “sociétés d’hommes” et ses cercles religieux.

Les racines de la Révolution Conservatrice plongent dans le romantisme, en réaction contre le processus de « modernisation » déclenché par les Lumières et la révolution industrielle. Le romantisme politique qui en découle se caractérisait, sommairement, à la fin du XIXe siècle, par le refus du rationalisme, de l’industrialisation, de l’urbanisation, du libéralisme ainsi que des valeurs conservatrices traditionnelles, dont le christianisme, au profit d’une vision mythifiée d’une société organique.

Leur Weltanschauung se fondait sur une vision pessimiste et cyclique de l’Histoire, influencé par la philosophie de Nietzsche. Elle se caractérisait aussi par un pessimisme culturel (le Kulturpessimismus). Le plus connu des précurseurs de ce pessimisme culturel fut Paul de Lagarde (Paul Anton Bötticher 1827-1891) qui contribua à « créer l’idéalisme de l’anti-modernité »[5]. Pour Lagarde, la modernité était le facteur de la décadence de l’Allemagne. Les idéaux de Paul de Lagarde furent vulgarisés par la revue Hammer publiée depuis 1902 par le vieux théoricien raciste Theodor Fritsch (1852-1933)[6], grand admirateur du premier[7].

Cependant la grande référence intellectuelle de ce courant de pensée reste Friedrich Nietzsche et son néo-traditionalisme, le théoricien du « second traditionalisme »[8], après celui des penseurs contre-révolutionnaires comme Maistre, Bonald ou Donoso Cortés. Nietzsche a développé sa pensée antimoderne dans les dernières années de sa vie (vers 1885-1888), en particulier dans un livre inachevé, La volonté de puissance[9]. Cependant, dès les années 1883-1884, le thème de l’antimodernisme apparaît dans l’œuvre nietzschéenne : « C’est en ce que la pensée de Nietzsche évolue dans le sens d’une radicalité antimoderne croissante […] qu’il refait les chemins, le sachant ou non, de la critique traditionaliste d’origine contre-révolutionnaire. Jusqu’à en retrouver les motifs positifs principaux : la valeur-norme d’ordre hiérarchique, la vision de l’éternel retour où trouve une nouvelle vie la théorie des cycles.[10] »

Celui-ci exerça une influence considérable sur les mouvements de jeunesse, qui antisocialiste autant qu’antibourgeois et antichrétien, préparèrent et préfigurèrent bien des aspects de l’Allemagne de l’après Première Guerre mondiale. Il contribua à ruiner auprès de la jeunesse le prestige des universités, accusées d’enseigner un rationalisme desséché, sans lien avec la vie véritable, de s’attacher à une science plus préoccupée de disséquer que de proposer une compréhension profonde de l’humanité : « Maintenant, pour atteindre la connaissance, il faut trébucher sur des mots devenus éternels et durs comme de la pierre, et la jambe se cassera plus facilement que le mot »[11].

Nietzsche pensait que l’Allemagne était en voie de manquer à sa destinée, en manquant à l’idéalisme allemand. Il protestait aussi contre l’hégémonie de la Prusse et contre l’abus de la discipline prussienne. Il reprochait aussi à la grande bourgeoisie de n’avoir pas constitué d’élite véritable, de manquer de tout dévouement à l’Etat et d’user de son influence politique en vue du seul profit matériel et d’un bonheur médiocre, ce qui Nietzsche appelait l’avènement du nihilisme : « Ce que je raconte, c’est l’histoire des deux prochains siècles. Je décris ce qui viendra, ce qui ne peut manquer d’advenir : l’avènement du nihilisme.[12] »

L’Allemagne wilhelminienne s’est singularisée, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, par une prolifération d’initiatives non-conformistes de réformes telles que les communautés à la campagne, les Wandervögel (« Les oiseaux migrateurs »), une sorte de scoutisme, les foyers de pédagogie active, le naturisme, le végétarisme… Ces mouvements sont, dès les origines, divisés en deux tendances opposées : une tendance libertaire qui donnera naissance à l’expérience de Monte Verità[13], près d’Ascona en Suisse, et qui influencera des personnes comme Erich Mühsam (1878-1934)[14] et comme le futur prix Nobel Herman Hesse (1877-1962)[15]. La seconde tendance est völkisch, un courant dont nous reparlerons en détail plus loin.

C’est de cette époque que datent les premières plaintes contre la pollution de l’air et de l’eau[16], provenant de ces milieux. Le végétarisme est, d’ailleurs, mis à l’honneur dans ces milieux, tout comme le naturisme revitalisant (les « bains de lumières ») et les médecines douces par ces premiers alternatifs.

L’expression « L’alternative 1900 », inventée par Louis Dupeux, concerne les expériences alternatives et libertaires qui ont vu le jour en Allemagne, Autriche et Suisse à l’aube du XXe siècle. La tentative la plus connue est née en Suisse à Monte Verità. La bourgeoisie y était vivement critiquée malgré le fait que cette alternative fusse née sous son impulsion, les familles fortunées envoyant leurs enfants chez les Wandervögel, qui était aussi la structure la plus importante, en effectif, des mouvements de la jeunesse. Le programme de ces derniers consistait en excursions, en la découverte d’une vie saine dans la nature, la camaraderie (en réaction aux relations hypocrites de la bourgeoisie) et en soirées passées auprès d’un feu de camp.

Cependant « [le] “mouvement de la jeunesse” (Jugendbewegung), qui se veut un rejet de la sécurité bourgeoise, les mouvements de réforme qui naissent au même moment et qu’accompagnent des phénomènes sectaires, le vitalisme et une tendance de plus en plus manifeste à l’irrationalité, tels sont les phénomènes qui traversent la bourgeoisie et qui, en tant que déviation partielle, préservent l’ensemble de la structure bourgeoise. Le marginal est toléré tant qu’il ne met pas en danger cette structure. Cela vaut pour l’acceptation des juifs assimilés comme pour les marginaux de Monte Verità, les partisans du naturisme, les anthroposophes et les autres mouvements néo-religieux qui n’ont encore fait l’objet d’aucune étude systématique.[17] » Ces expériences et leurs idéaux permirent l’essor de la « Révolution Conservatrice » dans l’immédiat après-guerre.

À suivre

LES DERNIERS JOURS DE L’EMPIRE ROUGE

 Il y a trente et un ans tombait le mur de Berlin.

     Le 9 novembre 1989, cela fait cinq jours déjà que des manifestations quotidiennes, à Berlin-Est, réclament la libre circulation vers l’Ouest. A 19 heures, un apparatchik dépassé par la situation, répondant à la question d’un journaliste, lâche que les candidats à l’émigration peuvent passer « par tous les postes frontaliers entre la RDA et la RFA ou par Berlin-Ouest », mesure immédiatement en vigueur. L’information, aussitôt, est retransmise par radios et télévisions. Dès 20 heures, quelques dizaines d’Allemands de l’Est, hésitants, se massent derrière les grilles des points de passage de la ville. La police des frontières, qui n’a pas été officiellement avertie, demande des instructions. Mais il n’y a personne pour lui en donner : l’autorité, au sein de l’Allemagne communiste, est en voie de décomposition. A 21 heures, des milliers de personnes et des centaines de Trabant s’agglutinent derrière les sept points de passage de Berlin.

     Côté Ouest, des jeunes commencent à escalader le Mur. Arrosés par les canons à eau postés à l’Est, ils dansent en narguant les Vopos. A 23 h 30, la pression de la foule est trop forte : un premier point de passage, Bornholmer Strasse, ouvre ses portes. A minuit, c’est celui de Checkpoint Charlie. A 1 heure du matin, par toutes les brèches possibles, une marée humaine se déverse vers l’Ouest. Jusqu’à l’aube s’improvisera une incroyable fête populaire, Berlinois de l’Est et de l’Ouest s’embrassant en débouchant des bouteilles. A 6 heures du matin, l’ensemble des postes-frontières entre la RDA et la RFA sont ouverts. Ce sont les retrouvailles des deux Allemagnes : « Wir sind EIN Volk (nous sommes UN peuple) ».
     Nuit historique. Erigé en 1961, le mur de Berlin symbolisait à lui seul la coupure entre le monde libre et le monde totalitaire. La fin du glacis communiste européen, toutefois, a résulté d’un processus dont la chute du Mur a été la conséquence plus que la cause, et dont l’origine est à rechercher en URSS.
     Selon l’historien Romain Ducoulombier, une série de crises majeures a mortellement ébranlé l’Union soviétique au tournant des années 1970 et 1980 (1). Crise économique, l’URSS et ses satellites étant exclus des courants d’échanges mondiaux. La reprise de la guerre froide, sous la présidence Reagan, montre que les Soviétiques n’ont pas les moyens de répondre au défi technologique et militaire lancé par les Américains. Quant aux démocraties populaires, leur productivité ne décolle pas, augmentant leur dépendance aux biens et aux capitaux occidentaux. En 1979, le premier voyage triomphal de Jean-Paul II en Pologne prouve la désaffection de la population vis-à-vis du régime. La même année, l’invasion de l’Afghanistan conduit l’Armée rouge à un désastre (65 000 morts et blessés en 1983) qui s’achèvera, en 1989, par le retrait du pays.
     En 1985, Mikhaïl Gorbatchev est élu secrétaire général du PCUS. Cet homme de 54 ans faisait partie des privilégiés autorisés à voyager à l’Ouest. Ce qu’il a vu l’a persuadé que, pour sauver le communisme, il faut le réformer. Après avoir accédé au pouvoir, il lance la glasnost (transparence) et la perestroïka (restructuration) qui visent à changer en profondeur le système soviétique. A l’intérieur, c’est l’amorce d’une privatisation et d’une réorganisation d’un Etat qui illustre son inefficacité, en 1986, lors de la gestion calamiteuse de l’accident nucléaire de Tchernobyl. A l’extérieur, une nouvelle doctrine est affirmée : l’Union soviétique n’interviendra plus militairement dans les affaires internes des pays frères. En décembre 1988, parlant à l’ONU, Gorbatchev condamne « l’imposition de l’extérieur » d’une « structure sociale, d’un style de vie ou d’une politique ». De fait, Moscou réduit sa présence armée en Europe de l’Est. Dans ces pays, à partir de 1987-1988, la contestation s’étend partout.
     C’est dans ce contexte que survient 1989, l’année qui a changé le monde.
En Pologne, où la situation économique est catastrophique, le gouvernement est contraint de négocier avec le syndicat Solidarnosc, structure clandestine depuis la répression de 1981. Le 5 avril 1989, un accord prévoit le rétablissement du pluralisme syndical et la tenue d’élections démocratiques. Le 18 juin, l’organisation de Lech Walesa remporte 99 des 100 sièges du Sénat. Si le Parlement élit président de la République le général Jaruzelski, communiste et seul candidat autorisé, Tadeusz Mazowiecki, un intellectuel catholique, membre de Solidarnosc, est nommé Premier ministre.
     En Hongrie, dès février 1989, la frange réformiste du Parti socialiste ouvrier (nom du parti communiste magyar depuis 1956) contraint le comité central à admettre le multipartisme. Le 16 juin, le corps d’Imre Nagy, figure de proue de l’insurrection de 1956, a droit à des funérailles officielles à Budapest, plus de trente ans après sa mort, la cérémonie prenant des airs de manifestation contre le régime.

     Symboliquement, le « rideau de fer » s’entrouvre à la même époque. Le 2 mai, les gardes-frontières hongrois commencent à découper les 260 kilomètres de barbelés qui séparent le pays de l’Autriche. Le 27 juin, le ministre des Affaires étrangères hongrois, Gyula Horn, et son homologue autrichien, Alois Mock, se font photographier à la frontière, cisailles à la main, afin de marquer le démantèlement d’une barrière d’un autre âge. Des milliers d’Allemands de l’Est gagnent alors la Hongrie, dans l’espoir de passer ensuite à l’Ouest. Le 19 août, lors d’un pique-nique géant organisé par le Mouvement paneuropéen d’Otto de Habsbourg, près de Sopron, en Hongrie, 600 citoyens est-allemands se précipitent en Autriche. Le 11 septembre, Budapest ouvre officiellement ses frontières afin de permettre aux dizaines de milliers de réfugiés d’Allemagne de l’Est de passer de l’autre côté.
La révolte, cependant, couve partout. Le 23 août, une chaîne humaine de 1,5 à 2 millions de personnes, qui s’étend de Vilnius à Tallinn en passant par Riga, vient rappeler que les trois pays Baltes, illégalement annexés à l’URSS en 1940, aspirent à l’indépendance.

     En octobre 1989, alors que la RDA fête son 40e anniversaire, de grandes manifestations organisées chaque lundi, notamment à Leipzig, gagnent en ampleur, réclamant réformes et libre circulation vers l’Ouest. Le 19, Erich Honecker, vieux stalinien qui dirige l’Allemagne de l’Est depuis dix-huit ans et qui a été un des concepteurs du mur de Berlin, est obligé de démissionner sous la contrainte du bureau politique du Parti socialiste unifié d’Allemagne (le parti communiste est-allemand). D’après Michel Meyer, les Soviétiques ont préparé la chute de Honecker dès 1988, avec l’appui du maître espion Markus Wolf, l’ancien patron des opérations extérieures de la Stasi, dans le but de libéraliser l’Allemagne de l’Est sans provoquer l’explosion du bloc soviétique (2). Mais Gorbatchev n’a pas mesuré la colère des peuples. A Berlin-Est, le 9 novembre, la pression populaire fait tomber le Mur. Le 3 décembre, Egon Krenz, le successeur de Honecker, se retire à son tour, le parti prononçant sa dissolution quinze jours plus tard…
     Puis le jeu de dominos continue. En Tchécoslovaquie, la révolution de velours emporte le régime : le 10 décembre, le premier gouvernement non communiste est formé et le dramaturge Václav Havel, pilier de la contestation depuis le Printemps de Prague de 1968, est élu président de la République le 29 décembre. En Roumanie, la révolution populaire chasse le dictateur Ceausescu, qui est exécuté avec sa femme le jour de Noël 1989. En Bulgarie, Todor Jivkov, placé à la tête du pays depuis trente-cinq ans, est poussé à la démission le 10 novembre. A Bucarest et à Sofia, ce sont des néo-communistes qui s’emparent du pouvoir, mais le mécanisme de la liberté est enclenché. En Yougoslavie, pays fédéral qui avait rompu dès 1948 avec Moscou, le pouvoir du Parti communiste cesse d’exister en 1990, amorçant, là aussi, le reflux d’un modèle qui a imposé sa férule pendant une quarantaine d’années.
      A Moscou, il faudra attendre 1991 pour que le processus lancé en 1989 par Gorbatchev – l’introduction de tendances au sein du Congrès des députés du peuple – permette à la Russie de Boris Eltsine de s’affirmer contre l’URSS. L’échec du coup d’Etat communiste d’août 1991, un mois après la dissolution du pacte de Varsovie, achèvera le système en provoquant, à la fin de l’année, la dissolution de l’URSS et la démission de Gorbatchev.
     1917-1989 : l’Empire rouge, qui avait opprimé les peuples est-européens et fait trembler le monde, disparaissait dans les ténèbres de l’histoire.

Jean Sévillia

(1) Romain Ducoulombier, Histoire du communisme, PUF, 2014.

(2) Michel Meyer, Histoire secrète de la chute du mur de Berlin, Odile Jacob, rééd. 2014.

A lire aussi La Chute du Mur, de Jean-Marc Gonin et Olivier Guez, Le Livre de Poche.

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/les-derniers-jours-de-lempire-rouge/

Le Système est l'héritier du Terrorisme révolutionnaire, négationniste/révisionniste et matrice des Totalitarismes modernes (14)

  

Aujourd'hui, Robespierre porte costume et cravate, il affiche une apparence distinguée, et loge sans vergogne dans les appartements de la Royauté, tâchant de ressembler à ces autres Rois ou Présidents du monde.

Mais il ne s'agit que d'un masque, d'une leurre, d'une Tartuferie institutionnalisée : c'est "le chaos figé des conservateurs du désordre" qui est en place, sous des apparences "normales" et policées; et ce chaos n'est rien d'autre que l'héritier assumé du "chaos explosif des révolutionnaires".

Voici quelques exemples de ce que fut ce "chaos explosif" des révolutionnaires de 1789/1793, si fanatiques qu'ils ont eux-mêmes baptisé leur méthode de gouvernement (?) "la Terreur"; de ses aspects monstrueusement inhumains, d'une atroce barbarie, qui préfiguraient les épouvantables horreurs du marxisme-léninisme et du nazisme...

Et voilà pourquoi, chaque année, nous signalons cette date du 21 janvier à nos compatriotes comme celle du début de notre décadence, comme l'origine de tous nos maux, comme la matrice et le ventre - hélas fécond - d'où sont sortis les abominations qui ensanglantent le monde depuis lors...

Voici quelques aspects de ce que fut la Terreur révolutionnaire en Vendée, et ce qu'en ont dit quelques uns de ceux qui ont oeuvré à sa mise en œuvre "systématique", au sens premier du terme...

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Aujourd'hui (13) : Les Colonnes infernales...

Aux bourreaux Turreau et Amey, l'Arc de Triomphe !

(documents tirés de notre Album : Totalitarisme ou Résistance ? Vendée, "Guerre de géants...")

Voici une très brève présentation de François-Pierre Amey, dont le nom - inscrit sur le pilier est de l'Arc de Triomphe, comme celui de cet autre criminel de guerre qu'est Turreau - souille et dénature ce monument...
(Extrait du n° 151 -juillet 1985 de la revue du Souvenir Vendéen):
Pierre-François-Joseph Amey, général de division, était né à Sélestat (Bas-Rhin), le 2 octobre 1768, de François-Pierre Amey, chirurgien-major de la Légion Suisse, et de Ursule Collignon. Mort à Sélestat le 16 novembre 1850. Entra comme cadet dans le régiment de Vigier, le 2 octobre 1783, promu sous-lieutenant au dit régiment le 17 juillet 1788. Arriva rapidement en passant par tous les grades à celui de général de brigade, le 8 frimaire an II. Il avait servi à l'armée des Côtes de La Rochelle sous Duhoux, puis Menou, qui combattirent contre les vendéens.

Blessé en Vendée, le 25 juin 1793, il avait été nommé provisoirement adjudant-général, le 23 juin précédent, et fut confirmé dans son grade le 30 septembre 1793 ; servit sous Kléber et Marceau et fut nommé général de brigade, le 28 novembre 1793. Blessé à la bataille du Mans, le 12 décembre 1793.

Il commande une Colonne infernale et en février 1794, brûle la petite ville des Herbiers. après s'être sinistrement distingué en brûlant les femmes des Epesses et des environs dans des fours allumés. Suspendu de ses fonctions, le 6 août 1794, il fut réintégré, le 4 septembre 1794. Pris part ensuite à toutes les guerres de la Révolution et de l'Empire dont il fut nommé baron, le 19 mars 1808…
Après les Cent jours, il fit sa soumission à Louis XVIII, fut admis à la retraite le 9 septembre 1815 et se retire dans sa ville natale, Sélestat, dont il est nommé maire, de 1820 à 1830. Présente les clés de sa ville à Charles X, lors de son voyage en Alsace en 1828. Il réside à Strasbourg à partir de 1830 et y décède le 16 novembre 1850.Son nom figure – avec celui de Turreau - sur le pilier ouest de l’Arc de Triomphe de l’Etoile !...
Deux témoignages sur ses atrocités :- En janvier 1794, l'officier de police Gannet l'accuse de laisser ses soldats tuer des civils en les jetant dans des fours :

"Amey fait allumer des fours et lorsqu'ils sont bien chauffés, il y jette les femmes et les enfants. Nous lui avons fait des représentations ; il nous a répondu que c'était ainsi que la République voulait faire cuire son pain. D'abord on a condamné à ce genre de mort les femmes brigandes et nous n'avons trop rien dit; mais aujourd'hui les cris de ces misérables ont tant diverti les soldats et Turreau qu'ils ont voulu continuer ces plaisirs. Les femelles de royalistes manquant, ils s'adressent aux épouses des vrais patriotes. Déjà, à notre connaissance, vingt-trois ont subi cet horrible supplice et elles n'étaient coupables que d'adorer la nation. La veuve Pacaud, dont le mari a été tué à Chatillon par les Brigands lors de la dernière bataille, s'est vue, avec ses 4 petits enfants jetée dans un four. Nous avons voulu interposer notre autorité, les soldats nous ont menacés du même sort..."
"…il avait même fait fusiller des municipalités entières, revêtues de leurs écharpes " (Mariteau, maire de Fontenay-le-Comte).

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2021/01/14/le-systeme-est-l-heritier-du-terrorisme-revolutionnaire-nega-6289508.html

Perles de Culture n°281 : Mémoires d’une aristocrate sous la Terreur

 Anne Brassié reçoit Béatrice de Kergolay pour son ouvrage « Hélène de Chabert : Un cœur hardi dans la tourmente – De la Terreur à la Restauration », puis Cyril Farret d’Astiès qui publie « Un heureux anniversaire ? – Essai sur les cinquante ans du missel de Paul VI ».

https://www.tvlibertes.com/perles-de-culture-n281-memoires-dune-aristocrate-sous-la-terreur

jeudi 14 janvier 2021

Révolution : des traces de sang dans notre mémoire

Tout a-t-il été dit sur la Révolution française ? Sans doute, mais on en oublierait l’essentiel : au nom du peuple et du rasoir national, pendant plusieurs années, toutes les valeurs ont été inversées. C’est ce que Xavier Martin, le spécialiste bien connu, appelle La France abimée. Son dernier livre vient d’être publié en collection de poche. 

Il ne s’agit pas d’une nouvelle chronologie de la Révolution française et de ses convulsions successives, mais d’une étude sur l’âme révolutionnaire, à travers les témoignages des contemporains. Sébastien Mercier est célèbre pour avoir écrit ces fameux Tableaux de Paris, à la fin du règne de Louis XVI. 

On connait moins un petit texte abondamment cité par Xavier Martin et dont le titre offre le programme de ce livre La France abimée : « Précis de l’influence des révolutions sur le caractère moral des Français ». Voila le projet de Xavier Martin : montrer comment « le caractère moral des Français » s’est ressenti de deux ans de terreurs et de massacres. Et pour cela citer des contemporains, la plupart du temps des témoins qui ont pris fait et cause pour la Convention, ou qui sympathisent avec le mouvement des Lumières et son aboutissement révolutionnaire. Parmi ces témoins, l’avis de Madame de Staël, célèbre pour la manière dont elle soutient les idées nouvelles, est particulièrement éloquent : « Toute morale d’amitié de société, de bonté est-elle finie ? » se demande la fille de Necker en 1800, et elle ajoute : « Après une longue révolution, les cœurs se sont singulièrement endurcis ». On peut se demander pourquoi elle se pose encore une telle question quelque cinq ans après la fin de la Terreur comme si les cœurs n’avaient pas encore cicatrisé. Xavier Martin répond, citant Stendhal

« La malhonnêteté et la licence effrénée furent les traits dominants de la société de 1797 à 1800 ». Avec son cynisme ordinaire, Napoléon nous donne la clé qui manifeste à quel point la France est abimée par la Révolution : en 1798, il confie à son frère Joseph son intention de devenir « bien vraiment égoïste » parce que, dit-il, « je suis ennuyé de la nature humaine ». Cet ennui produira plus tard des centaines de milliers de morts...

Ce ne sont pas les massacreurs révolutionnaires d’abord qui posent problème. Ceux-la se sont disqualifiés d’eux-mêmes. Le problème c’est la lâcheté avec laquelle le peuple le plus intelligent de l’univers (ou en tout cas se croyant tel) est devenu révolutionnaire dans son ensemble. Comment expliquer par exemple l’euphorie qui régnait autour de la guillotine, alors que on reconnaissait dans le chariot fatal un ami ou un parent dont on savait bien qu’il n’avait rien à se reprocher ? La décapitation était devenue la dernière liturgie à Paris, après la fermeture de toutes les églises en 1794, N’est-ce pas scandaleux en soi ?

La violence révolutionnaire, la lâcheté qui a accueilli cette violence demeurent jusqu’aujourd’hui comme un péché originel franco-français, qui ressurgit dans les situations extrêmes. Cela a été la violence cynique des collabos pendant la guerre, les dénonciateurs obscurs décrits par Jean Dutourd dans L’assiette au beurre. Ce pêché originel se retrouve dans l’indifférence avec laquelle les Français, il n’y a pas si longtemps, ont accueilli les violences de l’Epuration, tout aussi arbitraires souvent, et de nature ouvertement révolutionnaire et communiste. C’est la même indifférence avec laquelle les Parisiens accueillirent naguère les listes journalières de proscription du sinistre Fouquier-Tinville.

Les mots qui tuent

Que s’est-il passé, qui explique une telle lâcheté ? Ce qui a pris le pouvoir, ce ne sont pas des personnes : les révolutionnaires, cela avait frappé un Joseph de Maistre, n’étaient que des médiocres dans leur ensemble. C’est une rhétorique qui s’est imposée, en terrorisant la population. La Harpe est l’un des témoins les plus attachants qu’ait cité Xavier Martin dans son livre. Ancien membre éminent du parti philosophique, d’abord très attaché à Voltaire qu’il appelait « papa grand homme », il commence la Révolution en exaltant la Terreur purificatrice : « Le fer amis le fer, il boit le sang ». (sic) Mis en prison, parce qu’il n’était sans doute pas assez révolutionnaire, il se convertit au christianisme. Il n’a pas de mots trop durs désormais pour ce qu’il nomme « la chimère de perfection » qui est « un des caractères distinctifs de l’esprit révolutionnaire » Cette perfection chimérique, voila le véritable fanatisme, non pas le fanatisme religieux que dénonçait Voltaire, mais celui qui a coupé les têtes au nom des mots, qui lorsqu’ils sont plus importants que les choses deviennent des mots qui tuent.

Xavier Martin, La France abimée ed. DMM, collection de poche, 9,95 €

Joël Prieur monde&vie 12 septembre 2019 n°975

Le pouvoir impérial: une monarchie qui ne dit pas son nom?

Le Système est l'héritier du Terrorisme révolutionnaire, négationniste/révisionniste et matrice des Totalitarismes modernes (13)

  

Aujourd'hui (13) : Les Colonnes infernales...

L'un des plus grands "criminels de guerre" de l'Histoire : Louis-Marie Turreau de Garambouville...

(documents tirés de notre Album : Totalitarisme ou Résistance ? Vendée, "Guerre de géants...")

Aujourd'hui, Robespierre porte costume et cravate, il affiche une apparence distinguée, et loge sans vergogne dans les appartements de la Royauté, tâchant de ressembler à ces autres Rois ou Présidents du monde.

Mais il ne s'agit que d'un masque, d'une leurre, d'une Tartuferie institutionnalisée : c'est "le chaos figé des conservateurs du désordre" qui est en place, sous des apparences "normales" et policées; et ce chaos n'est rien d'autre que l'héritier assumé du "chaos explosif des révolutionnaires".

Voici quelques exemples de ce que fut ce "chaos explosif" des révolutionnaires de 1789/1793, si fanatiques qu'ils ont eux-mêmes baptisé leur méthode de gouvernement (?) "la Terreur"; de ses aspects monstrueusement inhumains, d'une atroce barbarie, qui préfiguraient les épouvantables horreurs du marxisme-léninisme et du nazisme...

Et voilà pourquoi, chaque année, nous signalons cette date du 21 janvier à nos compatriotes comme celle du début de notre décadence, comme l'origine de tous nos maux, comme la matrice et le ventre - hélas fécond - d'où sont sortis les abominations qui ensanglantent le monde depuis lors...

Voici quelques aspects de ce que fut la Terreur révolutionnaire en Vendée, et ce qu'en ont dit quelques uns de ceux qui ont oeuvré à sa mise en œuvre "systématique", au sens premier du terme...

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Le 1er août 1793, la Convention décrète :

"Il sera envoyé en Vendée des matières combustibles de toutes sortes pour incendier les bois, les taillis et les genêts. Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles anéantis, les récoltes coupées et les bestiaux saisis. La race rebelle sera exterminée, la Vendée détruite."

En novembre, le général Turreau est nommé commandant en chef de l'armée de l'ouest avec la charge de faire appliquer ce décret.Il divise l'armée en six divisions de deux colonnes chacune, qui ont pour mission de ratisser le territoire et d'exterminer la population.

Ce sont les "Colonnes infernales" qui vont se livrer au génocide des Vendéens.
Une division à l'est commandée par Haxo doit contrôler la côte.
Les six autres vont se déplacer d'est en ouest; leurs missions : brûler villes, villages et métairies.
• la première division est dirigée par Duval, ses colonnes sont commandées par Daillac et Prevignaud. Les deux colonnes partent de Saint Maixent et Parthenay et doivent arriver à La Caillere et Tallud-Saint Gemme.
• la deuxième division est dirigée par Grignon, ses colonnes sont commandées par lui-même et Lachenay : les deux colonnes partent de Bressuire et doivent arriver à La Flocelliere et Pouzauges.
• la troisième division est dirigée par Boucret, ses colonnes sont commandées par lui-même et Caffin : les deux colonnes partent de Cholet et doivent arriver aux Epesses et à Saint-Laurent sur Sèvre.
• la quatrième division est dirigée par Turreau, ses colonnes sont commandées par lui-même et Bonnaire : les deux colonnes partent de Doué et doivent arriver à Cholet
• la cinquième division est dirigée par Cordellier, ses colonnes sont commandées par lui-même et Crouzat : les deux colonnes partent de Brissac et doivent arriver à Jallais et Le May.
•la sixième division est dirigée par Moulin, elle ne comporte qu'une colonne forte de 650 hommes qui partira de Pont de Cé pour Sainte-Christine.
L'ordre de départ est donné le 21 janvier 1794, cette première phase sera appelée "La Promenade Militaire"
Début 1794 pourtant, la Grande Armée Catholique et Royale n'est plus qu'un nom, après la débâcle de la Loire.
Ce ne sont plus que des bandes pourchassées et de moins en moins nombreuses. C'est donc sur la population que vont s'acharner ces "Colonnes infernales".
Ordre du jour du général Grignon, commandant la 2ème division :
"... Je vous donne l'ordre de livrer aux flammes tout ce qui est susceptible d'être brûlé et de passer au fil de l'épée tout ce que vous rencontrerez d'habitants ..."
Extraits de rapports des généraux républicains commandant les Colonnes :

"... Nous en tuons près de 2000 par jour ... J'ai fais tué (sic !) ce matin 53 femmes, autant d'enfants ... J'ai brûlé toutes les maisons et égorgé tous les habitants que j'ai trouvé. Je préfère égorger pour économiser mes munitions ..."

Cordellier arrive à Clisson ; il trouve dans une salle en ruines du château 300 paysans qu'il fait jeter, vivants dans une citerne qu'on comble de fagots et de planches.
Plus tard, aux Lucs-sur-Boulogne, hommes, femmes et enfant se sont réfugiés dans la petite église ou à proximité. Sabres , baïonnettes, pics ... frappent, égorgent, éventrent, écrasent ...
Le canon fait écrouler la modeste église sur ses occupants.
458 noms de ces martyrs sont connus, dont 110 enfants de moins de 7 ans.
A force de tueries, des municipalités, pourtant républicaines, et des Représentants du Comité de Salut Public finissent par s'émouvoir.
Turreau est relevé de ses fonctions en mai 1794, puis décrété d'arrestation en septembre. Jugé en décembre 1795, il est acquitté à l'unanimité !
Son action a fait près de 200.000 victimes.
Inscrit sur le pilier est du monument, et ainsi offert en quelque sorte à l'admiration des foules, le nom du bourreau de la Vendée souille et dénature l'Arc de Triomphe...

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2021/01/13/le-systeme-est-l-heritier-du-terrorisme-revolutionnaire-nega-6289509.html

Les implications géopolitiques des Accords de Munich en 1938 3/3


 Deuxième tentative de Bonnet pour desserrer l’étau qui menace la France : négocier directement avec les Allemands, pour qu’ils calment les ardeurs de leurs alliés italiens. Bonnet renoue ainsi avec la politique pacificatrice de Briand, mais dans un contexte où l’Allemagne est considérablement renforcée, tant sur le plan militaire (plus de menace tchèque, entente relative avec la Pologne et la Yougoslavie, alliance italienne et présence indirecte en Méditerranée) qu’industriel (apport des aciéries et des usines d’armement tchèques, très performantes). Le 6 décembre 1938, Ribbentrop et Bonnet signent dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay une déclaration franco-allemande, ouvrant des relations de bon voisinage et acceptant les frontières telles qu’elles sont actuellement tracées. Chamberlain et Halifax encouragent cette initiative. Churchill la déplore. En janvier 1939, cet accord franco-allemand est déjà réduit à néant par les circonstances. 

5. Beck, Hitler et la Pologne

On oublie trop souvent que les accords de Munich ont été possibles grâce à la Pologne. Dès janvier 1938, Hitler s’était assuré la neutralité polonaise face à ses rapports avec l’Autriche (catholique) et la Tchécoslovaquie. Le 14 janvier, en effet, Hitler rencontre Beck à Berlin pour régler un litige (une loi polonaise visait à exproprier tous les étrangers possédant des terres dans les zones frontalières : les Allemands et les Ukrainiens sont particulièrement visés). Au cours des pourparlers, en présence du ministre des affaires étrangères von Neurath, assez hostile à tout rapprochement avec la Pologne au contraire de Hitler, Beck confie que la Pologne n’a aucun intérêt en Autriche et que ses rapports avec la Tchécoslovaquie ne peuvent pas être plus mauvais. Pour Beck, les relations polono-tchèques sont mauvaises parce que la Tchécoslovaquie abrite une minorité polonaise, parce qu’elle s’est alliée à l’URSS ennemie de la Pologne et menace dès lors toute la frontière méridionale du pays.  Beck refuse toutefois d’adhérer au Pacte antikomintern, signé entre Berlin et Tokyo. Mais il promet de poursuivre la politique germanophile du Maréchal Pilsudski. En septembre, quelques jours avant Munich, les Polonais demandent à Londres que les droits de la minorité polonaise en Bohème soient garantis. Avec l’appui tacite du gouvernement de Varsovie, le mouvement OZON (Camp de l’Unité Nationale) s’agite dans toute la Pologne pour réclamer une intervention militaire aux côtés de l’Allemagne en Tchécoslovaquie. Kennard, l’ambassadeur britannique, doit se rendre à l’évidence : les Polonais ne se laisseront pas manipuler dans un sens anti-allemand. Après Munich, les Polonais occupent Teschen, un district peuplé de ressortissants de nationalité polonaise. Ce n’est donc qu’après Munich que les relations polono-allemandes vont se détériorer, sous l’influence britannique d’une part, pour la question du corridor de Dantzig d’autre part. Le changement d’alliance de la Pologne fera basculer Hitler, pourtant favorable à une entente germano-polonaise. Ce changement de donne conduira à la signature du Pacte germano-soviétique.

D’autres événements sont à mentionner dans les rapports triangulaires entre la Tchécoslovaquie, la Pologne et l’Allemagne. Avant Munich, le 31 juillet 1938, Kopecky, chef du parti communiste tchécoslovaque, déclare lors d’un meeting qu’il est nécessaire d’établir un “front slave soviéto-tchécoslovaco-polonais contre les fascistes allemands”.  Après Munich et après le rattachement des territoires des Sudètes au Reich élargi à l’Autriche, puis, après le coup de Prague et l’entrée de Hitler dans la capitale de la Bohème, bon nombre d’émigrés tchèques se retrouvent en Pologne, pays peu tchécophile, comme nous l’avons vu. Parmi ces émigrés, le plus notoire a été le Général Lev Prchala qui en appelle, à Varsovie, à la constitution d’une nouvelle armée tchécoslovaque. Prchala et ses amis sont pro-polonais, rêvent d’un bloc polono-tchèque dirigé contre l’Allemagne et l’URSS, développent une idéologie slaviste grande-polonaise mais anti-russe, visant à constituer un État s’étendant de la Baltique à la Mer Noire, vœu traditionnel du nationalisme polonais et souvenir du grand État polono-lithuanien du XVIIe siècle. Staline refusera d’accorder du crédit à ce slavisme-là et le considérera comme une menace contre l’URSS. Le développement de cette idéologie grande-polonaise et conservatrice, sous couvert de restaurer la défunte Tchécoslovaquie et de la placer sous la protection de l’armée polonaise, intéresse les Britanniques mais inquiète d’autant plus Staline, si bien qu’on peut le considérer comme un facteur du rapprochement germano-soviétique. L’idéologie du bloc slave mitteleuropéen, cordon sanitaire entre le Reich et l’URSS, sera reprise telle quelle par les militaires conservateurs polonais et tchèque au service de l’Angleterre pendant la guerre. Les plans du Général polonais Sikorski et du Président tchèque Benes, énoncés dans la revue américaine Foreign Affairs au début de l’année 1942 et prévoyant une confédération polono-tchèque, seront rejetés catégoriquement par Staline et le gouvernement soviétique en janvier 1943. Cette attitude intransigeante de Staline, alors même que la bataille de Stalingrad n’est pas encore gagnée, tend à prouver que l’ébauche de cette confédération polono-tchéque à dominante catholique par le Général Prchala a inquiété Staline et a sans doute contribué à le pousser à signer le pacte germano-soviétique. Staline préférait sans nul doute voir les Allemands à Varsovie plutôt que les Polonais à Odessa.

6. Les puissances occidentales et l’URSS de Staline

N’oublions pas que la conférence de Munich a lieu en pleine guerre civile espagnole, où les Allemands et les Italiens soutiennent le camp nationaliste de Franco et les Soviétiques, le camp des Républicains. Par personnes interposées, une guerre est donc en train de se dérouler entre les protagonistes du futur Axe germano-italien et l’URSS. Mais les troupes républicaines flanchent, se montrent indisciplinées, les milices anarchistes sont incapables de faire face aux régiments plus professionnels et mieux entraînés du Général catholique et nationaliste, les communistes bien structurés et disciplinés sont dégoûtés de ce romantisme révolutionnaire inopérant et commencent à se retirer du jeu, constatant, devant Barcelone, que la partie est perdue. L’alliance franco-tchéco-soviétique, qui visait le statu quo en Europe et le containment de l’Allemagne, a échoué dans ses objectifs. Litvinov, commissaire soviétique aux affaires étrangères, tente toutefois d’en sauver l’esprit et suggère quelques jours après l’Anschluß, le 17 mars 1938, une alliance des trois grandes puissances (Grande-Bretagne, France, URSS), afin de maintenir le statu quo, mis à mal par l’Allemagne. Litvinov veut que Londres, Paris et Moscou garantissent de concert l’intégrité du territoire tchécoslovaque. Mais Paris et Londres hésiteront, préféreront négocier à Munich. Les Soviétiques savent que le contrôle de la Bohème implique ipso facto le contrôle de toute l’Europe centrale. Si Paris et Londres abandonnent Prague, l’URSS n’a plus que deux solutions :

  • a) Dévier les forces de l’Allemagne contre l’Ouest et/ou
  • b) Se rapprocher de l’Allemagne, désormais puissance incontournable sur l’échiquier européen.


Ces deux objectifs, après le remplacement de Litvinov par Molotov, constituent les fondements du pacte germano-soviétique d’août 1939.

Par ailleurs, l’URSS est opposée à l’Occident ailleurs dans le monde. Par le Caucase et en Iran, l’Angleterre menace le flanc sud de l’URSS. Son aviation, à partir des Indes, à partir des bases iraniennes ou irakiennes, peut atteindre les champs prétrolifères du Caucase et frapper le nouveau quadrilatère industriel créé par Staline au sud de l’Oural. Par l’Iran et la Caspienne, l’Angleterre peut aussi frapper Stalingrad, remonter le cours de la Volga par Astrakhan, bombarder Batoum et Bakou, menacer le chemin de fer Krasnovodsk-Achkhabad. À l’époque, la menace britannique sur le flanc sud de l’URSS est réelle : les historiens de l’avenir devront sans doute se demander si les Anglais n’ont pas exercé un chantage sur Staline après la signature du pacte Ribbentrop-Molotov et la victoire allemande contre la France. Et se demander aussi si la mobilisation de l’armada américaine dans la guerre du Golfe, n’est pas la réédition de cette présence menaçante, mais, cette fois, avec l’alliance turque et avec des armes balistiques à plus longue portée.

Conclusion

Avec Munich, l’Allemagne retrouve certes l’espace politique du Reich médiéval, perdu depuis les Traités de Westphalie de 1648. L’idéologie du Troisième Reich, centralisatrice dans sa pratique, structure cet espace qui a souffert longtemps de ses divisions institutionnelles et confessionnelles. La diplomatie allemande de 1938 a réussi cet exploit, mais en réfléchissant à partir de critères trop européens, trop européo-centrés. Elle a raisonné comme avant Leibniz, premier diplomate et philosophe allemand à avoir saisi intuitivement l’importance cardinale de l’immense espace russo-sibérien. Ce type de raisonnement explique deux déficits de Munich, en dépit de la victoire diplomatique allemande :

• a) Le Reich n’a pas compris que des facteurs extra-européens, bien maîtrisés par les Britanniques, déterminaient la marche des événements en Europe. On ne pouvait plus penser l’Europe centrale sans penser conjointement la maîtrise de la Mer Noire, du Caucase, de l’Asie centrale jusqu’au Pamir. Pourtant, le mythe indo-européen ressassé dans l’Allemagne nationale-socialiste, mais de façon figée, simpliste et caricaturale, aurait dû rappeler clairement l’unité spatiale soudant le cœur de l’Europe centrale à l’espace traversé par les peuples-cavaliers scythes, sarmates, perses-iraniens, etc. L’eurasisme est avant tout le souvenir de ces peuples indo-européens qui se sont élancés jusqu’au Pacifique et dont les cosaques sont les premiers légataires aujourd’hui.

• b) Comme Mussolini le lui a reproché à la fin de la guerre, peu avant sa mort, dans une conversation avec le fasciste français Victor Barthélémy, adjoint de Doriot, ancien membre du PCF, réfugié en Italie après le débarquement des Américains et des Français de De Gaulle en Provence en août 1944, Hitler n’a jamais compris la Méditerranée. Il n’a pas trop compris que l’Italie lui permettait de contrôler les deux bassins et d’y détruire le système des communications maritimes de la Grande-Bretagne. Les Anglais ont directement perçu le danger, forts des analyses que leur avaient léguées le géopolitologue Halford John Mackinder, dans Democratic Ideals and Reality (1919, 1ère éd.).

Enfin, la diplomatie allemande et celle de Litivinov n’ont pas raisonné en termes de “Symphonie”. Exclure la Russie des débats ou vouloir maintenir le statu quo de Versailles (avec la France et la Tchécoslovaquie), c’est oublier les leçons de la seule grande alliance digne de ce nom dans l’histoire européenne : la Sainte-Alliance fondée à la fin du XVIIe siècle par le Prince Eugène de Savoie, pour libérer les Balkans d’un pouvoir extra-européen, une Sainte-Alliance qui a permis de regagner 400.000 km2 sur les Ottomans et qui s’est poursuivie jusqu’en 1791, où elle s’apprêtait à libérer la Serbie, à donner le coup de grâce aux Turcs, mais où elle a dû distraire la majeure partie des ses troupes pour affronter les révolutionnaires français, excités en sous-main par les services spéciaux de Pitt.

Enfin, les arbitrages successifs de Vienne, pour calmer les velléités de guerre entre Hongrois et Roumains, montrent que l’enjeu danubien n’était guère perçu. Or, l’Angleterre le connaissait bien, elle sait que la maîtrise militaire et économique de ce fleuve soustrairait l’Europe à toute tutelle maritime. L’Angleterre semble avoir la plus longue mémoire historique : elle se rappelle, indubitablement, que le Tsar Paul Ier, en s’alliant à Napoléon, voulait, avec l’Empereur des Français, prendre pied aux Indes et en chasser les Britanniques. Paul Ier suggérait d’acheminer des troupes par le Danube, la Mer Noire (dominée par la flotte russe de Crimée, dont la construction avait effrayé Londres) et la Caspienne. Cette route est fondamentale. Les Européens l’ont oubliée. Munich en est la preuve. Il faut s’en rappeler. Et ne pas diffuser une géopolitique trop idéaliste et mutilée.

Robert Steuckers, Nouvelles de Synergies Européennes n°37, 1998.

(Allocution de Robert Steuckers à la “Commission Géopolitique” de la Douma d’État, Moscou, le 30 septembre 1998)

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/3