vendredi 23 août 2019

Macron aurait bien fait de ne pas insister !

Je ne voudrais surtout pas noircir l’image des troupes africaines qui ont débarquées en Provence et en Sicile pour libérer la métropole et l’Italie et qui viennent d’être glorifiées par le président de la république, Emmanuel Macron.
Souvenons-nous des victoires de Montecassino et du Maréchal Juin et de bien d’autres encore, mais tout de même, il existe une réalité qu’il est difficile d’occulter : les armées, quand elles libèrent un pays, ont dans leurs rangs des individus, une minorité certes, qui commettent des pillages, des vols, des viols et même des crimes, quelles que soient les origines des soldats qui les composent, mais surtout quand ces origines sont plus bestiales que d’autres, de par leurs cultures, leurs coutumes et leurs mœurs.
Et ces terribles exactions ne se produisent pas contre l’ennemi qu’ils combattent mais contre des populations innocentes, des femmes, des fillettes et même des petits garçons.
Nombre de ces exactions se sont produites notamment lors du débarquement en Normandie, par certains GI américains, certains s’en souviennent encore dans des familles françaises de la région.
Mais ces exactions furent bien plus nombreuses en Italie et il ne faut pas se voiler la face, ce sont certains de nos soldats qui en furent coupables.
Là ou cela devient ennuyeux c’est quand un président de la République, en l’occurrence Emmanuel Macron, dans un élan lyrique, demande aux maires des communes françaises de baptiser certaines places, avenues, rues, du nom de quelques uns de ces soldats africains ou maghrébins.
Supposons que par malchance l’un de ces  maires décide de baptiser ne serait-ce qu’une rue, du nom de l’un de ces « criminels », du nom de l’un de ces milliers de violeurs dénoncés par les autorités des pays qui ont été libérés par eux.
Entre les mois d’avril et juin 1944 de nombreux soldats du corps expéditionnaire français se sont rendus coupables de quelques centaines d’atroces crimes de guerre en Italie.
Des goumiers marocains, des soldats africains, etc. ont commis des pillages, des viols et des crimes et cela a été reconnus par les gouvernements français de l’après-guerre qui ont dédommagés près de 2000 victimes de ces atrocités.
De nombreux historiens et auteurs ont recensés des milliers de cas et les ont porté à la connaissance du grand public, notamment l’Université La Sapienza de Rome, l’historien Tommaso Baris, professeur à la faculté des sciences politiques qui en a décrit de nombreux exemples dans la prestigieuse revue « Vingtième siècle », éditée par Presses de Science Po. D’autres auteurs comme Alberto Moravia, Edward Bimberg, Norman Lewis, Bruno d’Epiro, etc.
Ces viols furent dénommés « Marocchinates », en référence à l’origine marocaine de ces soldats africains.
Le général Juin en personne, commandant en chef du contingent français engagé en Italie, a déclaré solennellement qu’il fallait mettre fin à de tels agissements indignes d’une armée victorieuse.
Mais cela ne cessa pas !
Le quotidien français « Libération » a décrit de telles atrocités, au mois de mai 2015, par son envoyée spéciale en Italie, Leïla Minano.
Toutes les armées du monde ont eu à faire face à de telles atrocités et il est préférable de les « oublier » dès la victoire acquise et de les recouvrir d’un voile opaque pour ne célébrer que les actes héroïques.
Vous avez eu tort, Emmanuel Macron, de réveiller ces souvenirs et, surtout, de vouloir les glorifier car nombreux parmi ceux que vous avez cité sont ceux qui les ont commises, et les familles de celles et ceux qui en ont été les victimes ne les ont toujours pas oubliées trois-quarts de siècle plus tard ! Allez faire un tour en Normandie ou en Lombardie pour vous en rendre compte !
Au fait, nous aimerions entendre notre historien national, Benjamin Stora, lui qui parvient à tant minimiser les atrocités et les crimes commis par le FLN et l’ALN au cours des événements d’Algérie, que peut-il nous apprendre sur ceux qui sont un peu plus anciens ?
Pourquoi ne pas réaliser une table ronde sur ce sujet avec les Romain Goupil, Jean-Michel Ribes, et quelques autres de nos « conteurs » à la science infuse, dont je préfère oublier le nom, autour des réalisateurs du film « Indigènes » par exemple, qui ont magnifié cette armée africaine et maghrébine, passant sous silence ces exploits hors combats ?

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (32)

Aujourd'hui : 34. Prévision de la guerre civile espagnole...
Prévision de la guerre civile espagnole...
Bainville écrit les lignes suivantes dans L'Action française du 16 janvier 1936, juste avant les élections espagnoles.
Il lui reste 24 jours à vivre; la Guerre civile qu'il "annonce" commencera 6 mois et 2 jours plus tard, avec le "Soulèvement national" du 18 juillet.
Jusqu'au bout, jusqu'aux derniers instants, il aura gardé ses facultés et sa lucidité, ainsi que son engagement à "servir", par sa plume..."...Un bloc de droite d'un côté, un bloc de gauche de l'autre, les partis du centre écrasés entre ces deux blocs, Gil Robles en face de Largo Caballero, les radicaux de Lerroux réduits à l'état de fossiles, le canapé républicain conservateur de Miguel Maura encore rétréci; tel est l'aspect sous lequel se présentent les prochaines élections d'Espagne.
Le journal La République s'en alarme à Paris. Tout cela, dit-il, ne peut finir que de deux manières. Ou bien un dictateur de la réaction, ou bien un dictateur de la révolution, et aucun des termes de l'alternative ne vaut mieux que l'autre pour la France qui n'a pas besoin de ces exemples à ses portes.
Etant donné ce qu'on sait de leur caractère et de leur tempérament, il est peu probable que les espagnols subissent sans révoltes une dictature bolchéviste qui appliquerait les procédés de l'insurrection socialiste et communiste dans les Asturies (en 1934, ndlr). Il y aurait pour la guerre civile de grandes probabilités...
...Supposons maintenant qu'il existe à Paris un gouvernement de Front populaire, un vrai. Il serait conduit à prendre parti dans les affaire d'Espagne en faveur de ses frères de Révolution..."
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

jeudi 22 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (31)

Aujourd'hui : 33. 1948 : Comment s'est faite la Restauration de 1814
1948 : Comment s'est faite la Restauration de 1814
Cette très courte plaquette (47 pages et 8 chapitres) fut publiée en 1948, plus de douze ans après la mort de Bainville. 
Apprendre et savoir, en vérité, "Comment s'est faite la restauration de 1814" est l'occasion de rendre justice à des personnes méconnues, à la masse des royalistes de base, à Paris surtout, mais aussi dans toute la France : Bainville explique, par exemple, comment la proclamation spontanée de la royauté à Bordeaux impressionna fortement les quatre souverains étrangers qui venaient d'entrer dans Paris.
Or, ces souverains, on l'a oublié aujourd'hui, ne se souciaient absolument pas de restaurer une monarchie française bourbonienne qu'ils détestaient. 
Leurs préférences allaient du démembrement de la France (pour ceux qui nous haïssaient le plus : Anglais et Prussiens) à un vague désir de République (pour les Russes, le Tsar étant assez hésitant sur le sujet...) voire à une entente avec... Napoléon (pour les Autrichiens) ! Napoléon avait en effet épousé une princesse autrichienne, comme Louis XVI, lui, l'héritier de la Révolution !...
Si la Restauration a donc pu avoir lieu - malgré l'intermède criminel des Cent Jours - c'est parce que la masse obscure des royalistes, dans toute la France, aussi bien qu'à Paris, a agi pour qu'il en soit ainsi. 
C'est bien ce que démontre Jacques Bainville dans ce petit opuscule - qu'il appelle "étude" - et dont on va lire deux courts extraits, "Comment s'est faite la Restauration de 1814."1. "Ces royalistes, il importe de bien s'entendre, n'étaient pas du tout des "agents des princes". C'étaient de simples citoyens français, convaincus de la nécessité de rétablir la royauté pour sauver la France du désastre complet, du partage à la polonaise qui la menaçaient. 
C'étaient même des femmes à l'esprit cultivé, au lucide patriotisme comme cette Aimée de Coigny, la "Mademoiselle Monk" dont Maurras a conté l'aventure dans son livre "L'Avenir de l'Intelligence". 
Vitrolles (voir le document suivant, ndlr) fut le type de ces patriotes français qui se mirent en campagne pour faire prévaloir l'unique solution nationale, l'unique solution raisonnable qui était la solution royale. 
Sans lui et sans les hommes de sa trempe, la France de 1814 aurait eu un de ces gouvernements que l'étranger amenait, et pour de bon, dans ses fourgons : cette régence de Marie-Louise sous la tutelle autrichienne qu'acceptait Napoléon dans sa conversation avec Wessenberg, le règne de Bernadotte ou d'Eugène de Beauharnais, candidats qui souriaient à plusieurs des Alliés, la République même, à laquelle pensait le Tsar, alléché par les souvenirs de la Pologne, - exactement comme Bismarck devait y penser soixante ans plus tard...."
Bainville explique ensuite comment Vitrolles dut procéder pour arriver à ses fins. 
Il lui fallut d'abord convaincre Talleyrand, et l'amener à admettre la solution royale. 
Et aussi - malgré ses répugnances bien compréhensibles... - Fouché.
Ainsi appuyé par ces deux dignitaires qui rendaient crédibles sa proposition aux yeux des Alliés, et s'appuyant sur l'intense travail des royalistes sur le terrain, dans toute la France, Vitrolles n'eut plus qu'à recueillir les fruits de la brochure de Chateaubriand, "De Buonaparte et des Bourbons", dont on sait que Louis XVIII devait déclarer qu'elle lui avait été plus utile qu'une armée de cent mille hommes...
A partir de là, la Restauration était assurée.
2. "Il manquait, après cela, quelque chose encore pour que la Monarchie fut faite. D'abord que Napoléon, abandonné de tous, se décidât à abdiquer : il fallut cela pour que les souverains alliés renonçassent complètement à leurs projets sur la France. 
Il manquait encore que Chateaubriand lançât sa fameuse brochure "De Buonaparte et des Bourbons", "inspirée par la divination de l'inquiétude générale", et qui traduisit à l'usage du peuple français, avec magnificence, les raisons positives pour lesquelles Talleyrand s'était rallié à la cause royale. 
Alors l'acclamation populaire grandit, emporta tout... 
Avec Vitrolles et les royalistes obstinés qui n'avaient jamais ni désespéré ni cédé, Talleyrand et Chateaubriand - les hommes le moins faits pour s'entendre - avaient été les vrais, les seuls artisans de la Restauration. 
Ils l'avaient imposée aux Alliés. 
En sorte que le Sénat put voter, le 6 avril, ce texte que le Corps législatif devait approuver le 9 : 
"Le peuple français appelle librement au trône Louis-Stanislas-Xavier de France, frère du dernier roi."
Ce "librement" est un des mots historiques les plus vrais qui aient jamais été prononcés. 
Au terme de cette étude, c'est celui qu'il faut retenir."
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

mercredi 21 août 2019

Hannibal: Le plus grand Ennemi de Rome

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (30)

Aujourd'hui : 32. Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (III/III)
(en guise de complément, et de réponse, au très contestable Napoléon de Secrets d'Histoire, ce jeudi 15 Août...)
Illustration : caricature d'Honoré Daumier, contre le militarisme prussien, " La Prusse annexant le Hanovre". Mais ce "militarisme prussien", cette immense puissance allemande, qui nous a fait tant de mal en 1870, 1914, 1939... c'est "nous" qui l'avons rendue possible, et qui l'avons même voulue et créée !
Nos rois l'avaient rendue impossible avec les Traités de Westphalie, organisant l'émiettement des Allemagnes en une poussière d'Etats, dans les affaires intérieures desquels nous avions même le droit d'intervenir, avec quelques autres puissances ('Allemagne était alors la fameuse "croix des géographes"...) : notre prépondérance en Europe, et nos agrandissements territoriaux vers le Rhin viennent de là....
Ce sont les "nuées" révolutionnaires et républicaines, reprises et imposées par les deux Bonaparte - sous le nom de "principe des nationalités" - qui ont délibérément rompu avec cette sage politique et qui ont, au contraire, créée cette énorme puissance, qui devait nous écraser : "nuées" criminelles...
Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (III/III)
(De "Histoire de Trois générations, avec un épilogue pour la quatrième", Chapitre I, L'évangile de Sainte-Hélène, pages 22 à 27) :

"...Que disait Napoléon dans ces entretiens que les compagnons de sa captivité se chargeaient de répandre ? Il se faisait l'apôtre d'une politique nouvelle, et cette politique avait les caractères et les attraits d'une religion. C'était un vaste programme idéaliste, une déclaration des droits et des devoirs du peuple français, une audacieuse refonte de l'Europe d'après les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de justice... Que voulaient ces gouvernements timorés, ces diplomates professionnels asservis aux vieilles recettes de l'équilibre et que l'empereur déchu, à qui ils avaient succédé, traitait avec un suprême dédain ? Ce qu'ils avaient restauré, c'était la routine. Leur prudence diminuait, déshonorait la nation française, l'empêchait de se relever. Sans eux, contre eux, la politique dont Napoléon traçait les grandes lignes promettait de rénover le monde, et de le rénover d'un seul coup, sans attendre le travail du temps, dédaignant les précautions égoïstes et lâches. La cause de la France est celle de l'affranchissement universel. Alors la liberté sera la devise magique de notre grandeur. La France se doit à elle-même de briser les chaînes des nationalités. A la Sainte-Alliance des rois, elle substituera la Sainte-Alliance des peuples. Des maximes de 89, naîtront les Etats Unis d'Europe. Ainsi tous les problèmes seront résolus. Les conflits n'auront plus de causes. Sur les races apaisées, devenues semblables par les institutions et par les moeurs, il régnera, dans un monde fraternel, une paix et une joie sans mélange, sous l'égide de la nation française, mère aimée de tous ces bienfaits....
Ce rêve, la Révolution l'avait entrevu. Il mêlait, à des chimères ignorantes, des souvenirs confus, mal compris, de la politique généreuse, raisonné et féconde que la France avait suivie comme protectrice des faibles, dans son dessein constant d'empêcher une hégémonie en Europe. La guerre, l'action, les victoires sous des généraux heureux, avaient dissipé cette rêverie qui, très vite, avait fait place au goût de la domination et à l'appétit des conquêtes. Mais loin de ramener les esprits à la réalité, la chute de l'empire napoléonien fit renaître le vieux songe obscurci. Ce songe grandit, il prit des formes précises, lorsque, de Sainte-Hélène, monta la voix de celui qui, déjà, avait manié et partagé le vieux monde. 
Napoléon disait ce qu'il eût voulu faire, ce que la méchanceté des rois, les retours offensifs du passé ne lui avaient pas permis de finir. Waterloo avait été la tombe des peuples libres. Napoléon convoquait le peuple français à reprendre, avec lui ou avec les siens, l'oeuvre interrompue. "Il y a des désirs de nationalité qu'il faut satisfaire tôt ou tard" disait la voix du captif. Allemagne, Italie, Pologne sont nos soeurs. Il faut qu'elles soient affranchies et unifiées comme nous. Nul peuple ne doit plus souffrir. Aucun ne doit rester sous la tyrannie d'un autre. Qu'à l'avenir les hommes de même race qui veulent se rassembler, avoir une vie commune, ne soient plus séparés. "On compte, en Europe, bien qu'épars, plus de trente millions de Français, quinze millions d'Espagnols, quinze millions d'Italiens, trente millions d'Allemands, disait le Mémorial. J'eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nation." Voilà donc pourquoi, pendant quinze ans, Napoléon avait fait la guerre. Il s'en persuadait lui-même. A distance, il reconstruisait sa propre histoire, il lui donnait une couleur libérale et humanitaire, il mettait l'accent sur l'idéologie. 
C'est ainsi qu'il se vantait d'avoir été le bienfaiteur de l'Allemagne. Pourquoi les Allemands, comme nous-mêmes, n'auraient-ils pas leur unité ? Pourquoi ne formeraient-ils pas un Etat ? La France et l'Europe avaient été injustes envers eux, depuis les traités de Westphalie jusqu'aux traités de Vienne. Erreur de les tenir en suspicion, de les diviser comme un peuple dangereux, de les mettre en surveillance ! Napoléon se félicitait d'avoir "simplifié leur monstrueuse complication". Son voeu eût été de "réaliser la nationalité germanique", d'en faire "une vaste et puissante monarchie fédérative, une grande union nationale ayant le même drapeau, les mêmes impôts et les mêmes intérêts". Cette grand monarchie fédérative, la voici justement. C'était celle de Guillaume II. Elle a été le fléau du monde et, contre elle, le monde a dû se liguer...

"Les nations, reines par nos conquêtes,
Ceignaient de fleurs le front de nos soldats..."

Béranger, qui a été le poète populaire de la propagande napoléonienne, adoptait et répandait, par ces vers du Vieux Sergent, la légende et l'évangile de Sainte-Hélène. Napoléon avait porté dans les imaginations le coup qui lui livrait la France du XIXème siècle. Sa cause se confondait désormais avec celle de la liberté et de la Sainte-Alliance des peuples. Sa dictature elle-même, il l'avait représentée comme la dictature d'un libéral, d'un "Washington couronné", despote malgré lui et pour le bien du monde. 
Ses ennemis seuls ne lui avaient pas permis d'achever son dessein, de compléter l'affranchissement de l'Europe par des institutions libres à l'intérieur. J'ai été "le Messie" de la Révolution, disait-il, et mon nom sera pour les peuples "le cri de guerre de leurs efforts, la devise de leurs espérances".
Par là, Sainte-Hélène est devenu pour le XIXème siècle le Sinaï de la religion démocratique. "Les visions de Sainte-Hélène conservaient le vague des prophéties, c'était l'éclair dans la nue" a dit Emile Ollivier, qui a eu la charge funèbre de conduire à son terme en 1870 la politique des nationalités..."
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

mardi 20 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (28)

Aujourd'hui : 31. Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (II/III)
(en guise de complément, et de réponse, au très contestable Napoléon de Secrets d'Histoire, ce jeudi 15 Août...)
Illustration : "...apparu dans une île du Levant pour s'éteindre dans une île du Couchant...
...De son île perdue, à deux mille lieues de la France, presque sans livres et sans journaux, il sonda mieux que personne l'esprit et le coeur des Français...."
Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (II/III)
(De "Histoire de Trois générations, avec un épilogue pour la quatrième", Chapitre I, L'évangile de Sainte-Hélène, pages 14 à 20) :

"...De ces choses, grandes et petites, nul témoin, nul acteur n'avait mieux compris la portée, mieux dégagé le sens général que Napoléon lui-même. Sur son rocher de Sainte-Hélène, il conçut une idée qui valait ses plans de bataille et le Code civil. Pour lui ou pour quelqu'un de sa race il prépara plus qu'un retour de l'île d'Elbe, plus qu'un coup de Brumaire. Devinant le siècle, il allait en façonner, en diriger la pensée à distance. Législateur et capitaine, il se révéla profond psychologue et psychologue d'action.
De son île perdue, à deux mille lieues de la France, presque sans livres et sans journaux, il sonda mieux que personne l'esprit et le coeur des Français. Par une intuition géniale, il pressentit le mélange de sentiments qui était appelé à se former chez eux et il vit la semence à faire fructifier. En s'écoutant lui-même, en racontant son histoire prodigieuse à Las Cases et à Montholon, il entendait distinctement ce que la France se disait mal encore. Austerlitz et Waterloo, le drapeau tricolore tour à tour triomphant et humilié, la Révolution vaincue par le retour des Bourbons, c'est le principe des nostalgies, celle de la liberté, celle de la gloire, qui vont tourmenter le peuple français. Des désirs un moment étouffés renaîtront. Ils s'aviveront par le regret et par la magie des souvenirs. Dans une sorte de captivité morale, équivalant à celle que subissait l'empereur vaincu, il se formera un état d'esprit nouveau. Sed non satiata. La France n'était pas rassasiée de gloire, même de gloire vaine, coûteuse, payée par des invasions. Les principes de sa Révolution ne cessaient pas de lui être chers. Le désastre final, les traités de 1815, en laissant un sentiment d'humiliation et d'impuissance, inspiraient aussi la passion d'une revanche à prendre par les idées et par les armes. L'empereur voulut que son nom fût le symbole de cette revanche. 
Ce n'était pas seulement à l'intérieur que la Révolution, continuée par Bonaparte, avait fait faillite. Elle avait échoué au dehors; pour elle, vingt ans de guerre n'avaient pas assez transformé le monde. Le cycle révolutionnaire se fermait chez nous par la restauration de la monarchie, par le gouvernement des prudents et des sages. En Europe, les traités de Vienne et la Sainte-Alliance des rois fondaient la tranquillité du continent sur les anciennes méthodes de l'équilibre , sur une combinaison de droits et d'intérêts propre à garantir chacun et tous contre les exigences des peuples, contre les mouvements nationaux et contre les appétits de domination des Etats. Ainsi d'immenses calamités étaient épargnées à la communauté européenne, où personne ne peut bouger que tous ne se heurtent. Ainsi apparaissaient des horizons sûrs. Mais c'étaient des horizons limités. Le repos, le travail pacifique succédaient à une ère de bouleversements. Etait-ce assez pour contenter les hommes ? Napoléon ne le crut pas. Toujours il avait su parler à la nation française. A Sainte-Hélène, il eut la divination des paroles qu'elle voulait entendre encore.
Par le système européen qui était sorti du Congrès de Vienne, les ambitions et les passions des peuples - non seulement du peuple français, mais celles des autres, bien plus dangereuses, - se trouvaient comprimées. Napoléon savait que les foules ne se gouvernent pas par la raison, encore moins par le bon sens. Les rois calmaient l'Europe. Il paria pour le réveil et pour l'explosion. Dans sa solitude, il élabora la doctrine qui devait rallier à sa cause les sentiments confus qu'il sentait destinés à grandir. Déjà, pendant les Cent Jours, il avait fait alliance avec les républicains et avec les libéraux. Il avait vu, après la seconde abdication, le grand Carnot pleurer sur son épaule. A ce moment une politique nouvelle lui était apparue, la seule qu'il eût encore à tenter. Les année qui lui restaient à vivre en exil, il les employa à rajeunir l'idée napoléonienne, à changer le plumage de l'aigle. 
Parfois il eut l'illusion qu'il travaillait pour lui-même et que, chassant les rois, les peuples viendraient le délivrer, enflammés par ses promesses. En tout cas, il travaillait pour son fils, il travaillait pour l'avenir. Il donnait à la cause napoléonienne un fondement plus vaste et plus solide que sa personne et son génie. Il l'associait à une force universelle. Tôt ou tard, quelqu'un des siens devait profiter de cette alliance entre les souvenirs d'Austerlitz, les aspirations des peuples et les regrets de la Révolution. 
C'est peut-être de Sainte-Hélène que Napoléon aura eu le plus d'action sur les destinées de la France. Là-bas il a préparé la démocratie impériale, le règne 
de Napoléon III, les malheurs qui ont suivi. Le premier Empire, terminé par deux invasions, avait été liquidé par Louis XVIII dans les conditions les meilleures que pût espérer la France, alors que de folles entreprises avaient amenées quatre armées ennemies sur notre territoire. La France telle qu'elle était en 1789, avant ses aventures, ne se retrouvait plus tout à fait intacte. Du moins, l'essentiel était sauf. Nos anciennes frontières étaient à peu près respectées. Le vieux péril germanique, conjuré au XVIIème siècle, après tant de luttes, par les traités de Westphalie, ne reparaissait pas à nos portes. Nous gardions le contact et la protection du Rhin. Il n'y avait pas de puissante Allemagne unie pour menacer à toute heure la paix et notre existence. L'élément positif laissé par vingt ans de guerre nous restait aussi. C'était un capital de gloire accru, une réputation de valeur militaire qui enseignait de quoi les Français étaient capables, qui conseillait aux convoitises étrangères de ne pas s'y risquer. La France, à l'abri du danger allemand, son grand danger de toujours, pouvait vivre, prospérer, se développer conformément à son génie. Avec un peu de prudence, cette situation était facile à maintenir. Avec du temps, de la patience, elle fût devenue encore meilleure. Les dernières conséquences de Waterloo eussent été réparées. Sur tous les points, sans irriter ou blesser aucune nation, nos limites naturelles pouvaient être atteintes. Il suffisait de laisser faire ceux qui savaient, ceux qui prévoyaient, ceux qui possédaient les saines méthodes et les traditions éprouvées. 
Le vade mecum diplomatique rédigé par La Besnadière, sous l'inspiration de Louis XVIII et de Talleyrand, pour nos représentants au Congrès de Vienne, traçait très exactement la ligne de conduite qu'il y avait à suivre pour épargner à la France l'invasion de 1870 et celle de 1914. Il n'était pas possible d'être plus pénétrant. Cette instruction mémorable, dont la clairvoyance a été admirée trop tard, disait en quelques mots le suffisant et le nécessaire :
"En Italie, c'est l'Autriche qu'il faut empêcher de dominer; en Allemagne, c'est la Prusse. La constitution de sa monarchie lui fait de l'ambition une sorte de nécessité. Tout prétexte lui est bon. Nul scrupule ne l'arrête. La convenance est son droit. Les Alliés ont, dit-on, pris l'engagement de la replacer dans le même état de puissance où elle était avant sa chute, c'est-à-dire avec dix millions de sujets. Qu'on la laissât faire, bientôt elle en aurait vingt, et l'Allemagne entière lui serait soumise. Il est donc nécessaire de mettre un frein à son ambition, en restreignant d'abord, autant qu'il est possible, son état de possession en Allemagne, et ensuite en restreignant son influence par l'organisation fédérale..."
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

lundi 19 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (27)

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Aujourd'hui : 30. Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (I/III)
(en guise de complément, et de réponse, au très contestable Napoléon de Secrets d'Histoire, ce jeudi 15 Août...)
Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (I/III)
(De "Histoire de Trois générations, avec un épilogue pour la quatrième", Chapitre I, L'évangile de Sainte-Hélène, pages 12 et 13) :
"...Les aventures prodigieuses de la nation pendant ces vingt années de guerre s'étaient traduites en millions d'aventures individuelles, quelquefois profitables, toujours romanesques. 
Les courses de la Révolution et de l'Empire avaient laissé la France épuisée, finalement battue et dépouillée, mais couverte de gloire militaire et ivre de cette gloire. 
Ce roman épique avait renouvelé les destinées. 
Les Français s'étaient divertis comme des dieux. 
Voilà pourquoi, loin d'en vouloir à Napoléon, ils lui ont si longtemps voué un culte. 
A défaut d'un autre empire, il leur avait légué celui de l'imagination, et ce n'est pas en vain qu'il les avait promenés à travers les cités conquises, à travers les pays du soleil et d'Orient. 
Qui oserait jurer que, plus tard, les Allemands ne sentiront rien de pareil pour leur Empereur ?...
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

La légende d'Hyperborée - Du Mythe à la Réalité

dimanche 18 août 2019

Rome : impressionnant mur d’Aurélien

Nul doute que les Parisiens qui vivaient dans la capitale au début du 13e siècle se sont enorgueillis en observant la construction de la puissante enceinte édifiée par leur monarque Philippe-Auguste. Long de 5,1 km, ce mur épais, flanqué de 77 tours, avait, il est vrai, fière allure. Ce rempart faisait pourtant bien pâle figure, comparé à l’ouvrage défensif construit près de mille ans plus tôt par l’empereur Aurélien et son successeur Probus pour protéger la Rome antique des assauts barbares. Avec ses 19 km, ses 381 tours et ses 18 portes, cette muraille était en effet le plus imposant dispositif militaire urbain de l’Antiquité…
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Le mur d’Aurélien près de la porte Metronio
Lorsqu’il est question de Rome dans les conversations de nature culturelle ou historique, l’on se réfère le plus souvent aux lieux et aux monuments les plus emblématiques de celle que l’on nomme fréquemment « la ville éternelle ». Sont tout naturellement évoqués la cité du Vatican, si chère aux catholiques, la très belle basilique Saint-Jean-de-Latran, le sévère château Saint-Ange, ancienne résidence papale, l’antique et émouvant Forum romain et ses spectaculaires voisins le Palatin et le Colisée, les grandioses thermes de Caracalla, l’élégant Capitole et le monumental Vittoriano, la piazza del Popolo, ou bien encore la somptueuse villa Borghese et son parc, si apprécié des Romains en période de canicule. Sans oublier l’incontournable fontaine de Trevi, immortalisée par Federico Fellini dans La Dolce Vita, la piazza Di Spagna, dominée par sa célèbre « scalinata  », et bien sûr la bellissima piazza Navona, si prisée des visiteurs étrangers…
Mais jamais ou presque l’on ne parle du mur d’Aurélien. Une omission d’autant plus étonnante que, malgré les multiples transformations de la ville au cours des siècles, cette formidable enceinte a été préservée par les urbanistes italiens sur une grande partie de son tracé. En l’occurrence, 12,5 km, majoritairement en bon état de conservation, et dont la plupart des sections sont d’autant plus facilement visibles de nos jours qu’elles sont longées par des rues et par quelques cheminements pédestres. Un prodige de conservation dont il y a lieu de se féliciter car il offre, tant aux chercheurs qu’aux passionnés d’histoire ou aux simples promeneurs, un prodigieux témoignage de ce que fut la ville de Rome aux premiers siècles de notre ère.
Il n’est évidemment pas question d’entrer ici dans le détail de l’histoire de la Rome antiqueet moins encore d’étudier les caractéristiques architecturales du mur d’Aurélien (il y a pour cela d’excellent sites spécialisés sur le web). Il n’est toutefois pas inutile d’apporter quelques précisions sur le contexte de construction de cette enceinte monumentale. Auparavant, la ville était protégée par le mur Servien. Bâti par les édiles de la République de Rome au IVe siècle avant JC sur le tracé préexistant d’une levée de terre défensive (un agger) datant de deux siècles plus tôt, ce rempart de 11 km de longueur enserrait cinq des sept collines de Rome (l’Aventin, le Capitole, le Palatin, le Quirinal, le Viminal). Or, à l’arrivée au pouvoir d’Aurélien, la ville s’était considérablement développée à l’extérieur du vieux mur Servien dont la construction datait déjà de… sept siècles*.
En ces temps marqués par les invasions germaniques dans le nord de la péninsule, Aurélien estima qu’il était devenu urgent de mettre à l’abri d’une possible attaque des « barbares » le million d’habitants que comptait désormais la ville de Rome. D’où la décision de construire une puissante enceinte destinée à protéger non seulement la Rome originelle et ses lieux de pouvoir, mais également les nouveaux quartiers situés hors du mur Servien. Ainsi fut fait, et de belle et rapide manière : il ne fallut en effet que cinq années pour construire, sur une longueur de 19 km, les nouvelles murailles de Rome, larges de 3,3 m, hautes de 8 m sur 2 m de fondations et flanquées de 381 tours. Il est vrai que, pour accélérer la construction, plusieurs monuments préexistants ont été intégrés dans le rempart, notamment des tronçons d’aqueducs. Cet ouvrage monumental fut presqu’entièrement réalisé durant le bref règne d’Aurélien, son successeur Probus n’ayant eu en charge que des travaux de finition ou de décoration des portes de la ville.
S’il subsiste environ 12,5 des 19 km d’origine du mur d’Aurélien, ce sont en revanche 14 des 18 portes du tracé initial qui ont traversé les siècles. Toutes ne sont pas identiques, loin s’en faut, entre les plus monumentales d’entre elles – au débouché des principales voies romaines – et les autres, plus modestes en termes d’appareillage. Qui plus est, plusieurs d’entre elles ont fait l’objet de transformations et d’embellissements au fil du temps, ce qui rend encore plus attractive la découverte de ces ouvrages. Parmi les plus imposantes de ces portes figure celle de San Sebastiano. Anciennement dénommé Appia car elle était située au débouché de la plus célèbre des voies romaines, cette porte abrite un intéressant (et gratuit) Musée des Murs de Rome (Museo delle Mura). La visite de ce musée peu connu complète utilement les balades le long des parties les mieux conservées du mur d’Aurélien, notamment entre la porta Metronia et la porta Latina, entre la porta San Sebastiano (ex-porta Appia) et la porta Ardeatina, ou bien encore entre la porta San Paolo (ex-porta Ostiensis) et le Tibre.
Pour terminer, notons que les plus beaux remparts romains ne sont pas visibles à Rome, malgré l’extraordinaire richesse de la capitale italienne en matière de patrimoine antique, ni même ailleurs dans la péninsule. C’est en effet au cœur de notre pays, et plus précisément dans la Sarthe, que l’on peut admirer ces joyaux ! Si vous en doutez, cliquez-donc sur ce lien : Le Mans, ville fortifiée romaine (janvier 2014).
Il ne subsiste plus que de rares vestiges du mur Servien à Rome. L’un des plus importants est visible à proximité de la gare Termini.
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Le tracé du mur d’Aurélien dans la Rome antique
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Porte Asinaria

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (26)

Aujourd'hui : 30. L'ajout de 1933 : le chapitre VII...
L'ajout de 1933 : le chapitre VII...
Et voici maintenant, pour conclure, ce chapitre sur cet ouvrage fondamental, et remarquable en tous points, l'intégralité de l'ajout de 1933, le chapitre VII (et dernier) de l' "Histoire de deux peuples, continuée jusqu'à Hitler", chapitre intitulé "Le réveil de la Walkyrie", dans lequel Bainville explique les causes lointaines de la Seconde Guerre mondiale et, pour ce faire, remonte aux sources, c'est à dire au calamiteux Traité de Versailles de 1918, qui a gâché la paix, après une guerre qui avait coûté tant de sacrifices matériels et humains au peuple français; et il montre bien comment le Régime en est directement l'unique responsable...
"Restitutions, réparations, garanties." Tels furent les trois principes qui inspirèrent la paix, conçue comme un jugement. D'autres traités avaient été des traités politiques. Celui-là était un traité moral, pesé dans les balances de la justice. Il était moral que l'Allemagne fût désarmée et qu'elle perdît, en fait de territoires, ceux qu'elle avait pris à d'autres nations non germaniques et ceux-là seulement. Il était moral, au plus haut degré, que les responsables de la guerre fussent jugés, Guillaume II à leur tête. Il est vrai qu'ils ne l'ont pas été, que le peuple allemand a été unanime à refuser de livrer ces otages et que la révision du traité a commencé par cet article-là. Il était moral que l'Allemagne fût privée de ses colonies. Elle n'était pas jugée digne de compter parmi les peuples colonisateurs. Enfin il était moral, deux fois moral, qu'elle fût astreinte à payer, d'abord parce qu'elle avait à réparer les dommages causés à autrui, ensuite parce qu'il fallait que le peuple allemand comprît que la guerre est une mauvaise opération et qui ne rapporte rien. Ainsi cette paix, rendue comme un arrêt de justice, aurait encore l'avantage de moraliser le condamné. « J'espère, disait M. Lloyd George, que l'Allemagne a fait son salut en la débarrassant du militarisme, des Junkers, des Hohenzollern. Elle a payé un prix élevé pour sa délivrance. Je crois qu'elle trouva que cela en valait la peine. »
Fondée sur de pareilles illusions, est-il étonnant que la paix ait laissé tant de déboires aux vainqueurs ? Voici, en regard, ce qu'était la réalité.
Une Allemagne diminuée d'environ 100.000 kilomètres carrés mais qui, sur ce territoire réduit, réunissait encore 60 millions d'habitants, un tiers de plus que la France, subsistait au centre de l'Europe. L'oeuvre de Bismarck et des Hohenzollern était respectée dans ce qu'elle avait d'essentiel. L'unité allemande n'était pas seulement maintenue mais renforcée. Les alliés avaient affirmé leur volonté de ne pas intervenir dans les affaires intérieures allemandes. Ils y étaient intervenus pourtant. Les mesures qu'ils avaient prises, la voie qu'ils avaient montrée, celle de la République unitaire, avaient eu pour effet de centraliser l'Etat fédéral allemand et d'affermir les anciennes annexions de la Prusse dans le Reich lui-même. S'il y avait, parmi les populations allemandes, des aspirations à l'autonomie, elles étaient étouffées. Le traité enfermait, entre des frontières rétrécies, 60 millions d'hommes unis en un seul corps. Telle lut l'Allemagne au nom de laquelle deux ministres de la nouvelle République vinrent signer à Versailles, le 28 juin 1919.
Du fond de la Galerie des Glaces, Müller et Bell, de noir habillés, avaient comparu devant les représentants de vingt-sept peuples assemblés. Dans le même lieu, sous les mêmes peintures, l'Empire allemand avait été proclamé quarante-sept ans plus tôt. Il y revenait pour s'entendre déclarer à la fois coupable et légitime, intangible et criminel. À sa condamnation il gagnait d'être absous comme si la forme républicaine eût suffi à le rénover. 
Obscurs délégués d'une Allemagne vaincue mais toujours compacte, Müller et Bell, comparaissant devant ce tribunal, pensaient-ils à ce que la défaite laissait survivre d'essentiel pour leur pays ? Le redoutable Empire de Guillaume II était humilié. La voix coupante de Clemenceau ajoutait à l'humiliation : « Il est bien entendu, Messieurs les Délégués allemands, que tous les engagements que vous allez signer doivent être tenus intégralement et loyalement. » Les témoins de cette scène historique entendront toujours et ce verbe tranchant et les deux Ia, indifférents et mous, qui sortiront de la bouche de Müller et de Bell. Qui pouvaient-ils engager ? Déjà le traité de Versailles mettait en mouvement des forces qui échappaient à la volonté de ses auteurs.
Ce traité enlevait tout aux vaincus, sauf le principal, sauf la puissance politique génératrice de toute puissance. Il croyait ôter à l'Allemagne les moyens de nuire qu'elle possédait en 1914. Il lui accordait le premier de ces moyens, celui qui permet de retrouver les autres, l'Etat central, l'Etat prussien avec lequel toute l'Allemagne était désormais confondue. Ainsi l'unité sortait plus forte de la défaite.
Ce n'est pas tout. Les Alliés, pour consentir à déposer les armes, avaient exigé le renversement des Hohenzollern. Mais la chute de cette dynastie avait été précédée de celle de tous les autres princes allemands. Quand Guillaume Il avait fui, les rois de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, les grands-ducs et les ducs étaient déjà tombés. Bismarck avait calculé que la révolution était impossible parce que, si l'empereur-roi de Berlin tombait, les princes confédérés reprendraient leur liberté et que ce serait la désagrégation du Reich. Or, et ce n'est sans doute pas par hasard, la révolution allemande de 1918 a commencé par le Sud. Il n'y avait plus de Habsbourg à Vienne ni de Wittelsbach à Munich. Le support du particularisme, qui était dynastique, avait disparu. Pour que le trône des Hohenzollern pût s'écrouler sans dommages pour l'unité, il fallait que les autres trônes allemands fussent vides. Cette condition extraordinaire et imprévue était remplie.
La République s'installait. Elle devait unir encore davantage les Allemands. Un socialiste l'avait dit dès le 3 novembre : « Plus le Reich est démocratique, plus son unité devient sûre et plus grande sa force d'attraction. La grande Allemagne, qui déjà semblait se faire en 1848 et dont les contours se dessinent de nouveau devant nous, avait été conçue sous la forme d'un Etat démocratique. » C'était vrai. Les Alliés avaient confirmé l'unité allemande par le traité de Versailles lui-même. Ils l'avaient rendue encore plus forte en exigeant l'abdication de Guillaume Il et en poussant le Reich à adopter le régime républicain. Par une inconséquence remarquable, ils exigeaient d'ailleurs que l'Autriche restât distincte de la communauté germanique dont elle avait fait partie jusqu'en 1866. En même temps, alléguant que le démembrement de l'Empire n'était pas dans leurs intentions, ils avaient, pour reconstituer la Pologne, séparé la Prusse orientale du reste de la Prusse remise dans l'état où l'avait trouvée Frédéric II. Ainsi, l'Allemagne, unifiée dans son esprit, était blessée dans sa chair.
Parmi les vainqueurs, les uns, l'anglais Lloyd George et l'américain Wilson regardaient la dissociation du Reich comme contraire au principe ou comme trop propre à faire de la France la plus grande puissance du continent. Clemenceau la tenait pour impossible ou, s'il la désirait, c'était faiblement. Il voulait que l'Allemagne fût punie. Il lui répugnait de distinguer entre les Allemands à qui il réservait en bloc sa sévérité. L'ancienne politique française des « Allemagnes » était oubliée à ce point que les tentatives des autonomistes rhénans furent découragées et même accueillies ironiquement. Le général Mangin fut rappelé de Mayence pour les avoir soutenues.
En somme, l'idée des auteurs de la paix était à peu près la suivante. Il devait suffire de verser une certaine dose de démocratie dans l'édifice élevé par Bismarck et par les Hohenzollern, après l'avoir réduit à ses parties authentiquement allemandes. Alors, moyennant quelques précautions d'ordre militaire destinées à durer jusqu'à la conversion parfaite du peuple allemand, on aurait fait ce qu'il était humainement possible de faire pour la paix de l'Europe et le progrès de l'humanité. C'était un nouveau baptême des Saxons, à la façon de Charlemagne, un baptême démocratique. On disait tout haut que le régime républicain affaiblirait les sentiments belliqueux. Peut-être, tout bas, pensait-on qu'il agirait à la manière d'un dissolvant.
Il est vrai que, pendant plusieurs années, il sembla que le chaos germanique fût revenu. L'Allemagne était secouée de violentes convulsions. Devenu tout-puissant à la faveur de la République, le socialisme y exerçait plus de ravages que la défaite. L'Allemagne semblait vaincue deux fois. On eût dit qu'elle tournait sa fureur contre elle-même.
Mais elle n'acceptait rien. Sa défaite lui apparaissait comme une injustice du sort ou une maldonne. Du traité, un social-démocrate, Scheidemann, avait dit que sa main sécherait plutôt que de signer cette humiliation. L'Allemagne était en révolte contre la « paix dictée », contre le Diktat. Cependant elle était impuissante. Le paiement des réparations, le « tribut », devait d'abord provoquer sa résistance. Jetée dans l'inflation par les désordres de sa politique, elle allait jusqu'au bout, elle tuait sa monnaie pour se rendre insolvable (ci dessous). Forts du droit des créanciers, les Français occupèrent la Ruhr sans coup férir. En 1923, l'Allemagne parut plus bas que le jour où ses généraux avaient arboré le drapeau blanc et demandé l'armistice.
Alors parut l'homme qui devait la sauver, homme d'une haute intelligence, d'un véritable génie. Disciple du chancelier de fer, Gustave Stresemann se souvint que son maître n'avait pas toujours frappé du poing. Avant de dire que la force prime le droit, c'est-à-dire avant que la Prusse fût forte, Bismarck avait ménagé l'Autriche, ménagé la France. Il avait, à Biarritz, dans une entrevue célèbre, séduit Napoléon III. Stresemann comprit que l'Allemagne ne pouvait rien par la violence et qu'il fallait essayer de la ruse et de la douceur.
Fidèle aux Hohenzollern quoique républicain par opportunisme, il a expliqué dans une lettre historique, une lettre au Kronprinz publiée après sa mort, qu'il importait pour le salut de l'Allemagne d'entrer dans les idées de l'adversaire, de « finasser ». La France, déjà lasse de l'effort que lui imposait l'exécution du traité, lui offrait un interlocuteur tel qu'il n'eût pu le souhaiter qu'en rêve. Démagogue profond jusqu'à la perversité, Aristide Briand calculait l'écho, la puissante vertu électorale que possèdent les mots de paix, de rapprochement des peuples, de réconciliation. Lui-même se grisait de son rôle, se sentait devenir grand homme, voyant, apôtre. Stresemann le prit par son faible comme Bismarck avait pris Napoléon III par le sien, qui était le principe des nationalités.
À Sedan, Bismarck et Napoléon III s'étaient retrouvés face à face. La mort n'a permis ni à Stresemann d'assister à son triomphe, ni à Briand de voir les effets de son aveuglement. Les années de Locarno ont été celles d'une des plus grandes duperies de l'histoire. La faveur dont Frédéric avait joui en France autrefois fut dépassée. Le rayonnement de Stresemann éblouissait. Il embellissait tout. Les signes se multipliaient en vain. Quand la République allemande marchait, d'un mouvement continu, de gauche à droite, on s'obstinait à croire qu'elle suivait l'exemple de la République française qui avait marché de droite à gauche. Quand le maréchal Hindenburg, au plébiscite, fut élu président, remplaçant le socialiste Ebert, on voulut, après un moment de surprise, se persuader qu'il serait, comme le maréchal de Mac-Mahon, fidèle gardien des institutions qu'il n'aimait pas.
Stresemann avait déjà disparu de la scène, lorsque son oeuvre fut couronnée par l'évacuation de Mayence. La France avait le droit d'occuper jusqu'en 1935 la ville que Thiers, jadis, appelait « la place la plus importante de l'Europe ». Avertissements, pressentiments, tout fut inutile. On alla jusqu'au bout du système de Locarno comme on était allé jusqu'au bout de la guerre. Ce qui répondait du respect des traités et même de l'existence de la démocratie allemande fut abandonné.
Alors ce fut comme si l'Allemagne, libérée dans son territoire, l'était dans ses passions. En quelques mois elle fut embrasée à la voix d'un étrange Messie. On se refusait encore à croire qu'elle pût se livrer à Hitler. En quelques étapes il conquit le pouvoir que lui ouvrait le maréchal Hindenburg dont il avait été le concurrent et qu'il avait violemment combattu. Puis, en quelques jours, l'Allemagne se donnait à l'expression la plus extrême du nationalisme. L'Empire des Hohenzollern commença, en secret, d'être regretté dans le monde comme une forme de gouvernement modérée et libérale auprès du régime hitlérien. Conservée dans son unité, l'Allemagne avait donc mûri ce fruit ! Et même, l'unité sauvée par les vainqueurs, Hitler la consommait. Il allait plus loin que Bismarck, plus loin que la révolution de 1918 et que l'assemblée de Weimar. Il supprimait les dernières traces du fédéralisme. Il mettait un statthalter prussien jusqu'à Munich et la Bavière protestait encore moins qu'en 1871 lorsqu'elle avait été « avalée ».
Ainsi l'histoire des deux peuples se poursuit. Elle offre, dans la phase qui finit et dans celle qui commence, ce caractère redoutable que jamais les Français n'ont si peu compris les Allemands. Leurs raisonnements et leurs sentiments nous échappent. Leur monde intellectuel et passionnel n'est pas le nôtre. Jamais peut-être ils n'ont été plus différents de nous. Même l'art est fertile en malentendus. Lorsque nous écoutons Siegfried, lorsque le héros, traversant le cercle de feu, réveille Brunhilde endormie, ce théâtre est pour nous de la mythologie puérile, prétexte à musique. Cette musique, pour Wagner, était celle « de l'avenir ». Et la Walkyrie chante : « Salut à toi, soleil ! Salut à toi, lumière ! Jour brillant, salut ! Long fut mon sommeil. Quel héros m'a réveillée ? » Paroles d'opéra ici. Là-bas, symbole de la résurrection et de la métamorphose. Autre et semblable à elle-même, l'Allemagne annonce quels destins ?
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

Les formes gouvernementales entre Dictature et Démocratie (Florian Rouanet)

samedi 17 août 2019

Cahors (46) : découverte du squelette d’une Mérovingienne

La ville de Cahors, dans le Lot, a été le théâtre d’une découverte archéologique inédite ce mardi 13 août. Un sarcophage a révélé le squelette quasiment intact d’une femme âgée ayant vécu à l’époque mérovingienne.
Une découverte inédite qui ravit le département du Lot. Des fouilles menées à Cahors ont permis la découverte d’un sarcophage du VIIe siècle, contenant un squelette très bien conservé. Les archéologues ont pu déterminer qu’ils étaient face à « individu féminin d’âge avancé, témoignant de problèmes d’arthrose ». La gisante, « inhumée sans effet personnel », aurait ainsi vécu à l’époque mérovingienne. […]
Le sarcophage et son contenu étaient enfouis près de l’église Saint-Barthélémy, soit « à l’emplacement probable d’un monastère fondé par Didier de Cahors au VIIe siècle », d’après l’équipe départementale. Lors de la construction de l’église Saint-Barthélémy en 1659, les fondations importantes d’une basilique mérovingienne auraient été découvertes, ainsi que plusieurs sarcophages décorés de motifs épiscopaux. Selon les historiens sur place, « le sarcophage pourrait avoir été exposé dans un lieu de passage à l’intérieur de ce monastère », laissant présager le rang social de la mérovingienne. Les fouilles préventives du site, commencées depuis le 22 juillet 2019, ont aussi permis de « recueillir beaucoup de vestiges mérovingiens, notamment des poteries » et de retrouver « ce qui semble être des traces d’une ancienne cuisine ». […]

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (25)

Aujourd'hui : 29. 1933 : Histoire de deux peuples, jusqu'à Hitler
1933 : Histoire de deux peuples, jusqu'à Hitler
C'est en 1915, en pleine guerre, que Bainville fait paraître son "Histoire de deux peuples : la France et l'Empire allemand". 
En 1933, il en propose une édition augmentée, et continuée, "jusqu'à Hitler".
En fait, il reprendra tel quel son ouvrage, sans y changer un seul mot (sauf les six lignes du dernier paragraphe de l'Avant-propos, remplacées par celles que l'on pourra lire ci-après; et sauf le titre du sixième chapitre, qui, de "Causes générales de la guerre de 1914" devient "La catastrophe"), et en ajoutant simplement un septième chapitre : "Le réveil de la Walkyrie" (qu'on lira in extenso dans la photo suivante). 
Bainville donne pour titre à cette "reprise "augmentée d'un chapitre": "Histoire de deux peuples, continuée jusqu'à Hitler". Le sommaire définitif de ces "deux livres en un" s'établit donc maintenant ainsi :
Chapitre I : La monarchie héréditaire des Capétiens et l'anarchie allemande
Chapitre II : Les traités de Westphalie : l'anarchie allemande organisée et la sécurité de la France garantie
Chapitre III : La France entre la Prusse et l'Autriche
Chapitre IV : La Révolution et l'Empire préparent l'unité allemande
Chapitre V : "La politique que le peuple élaborait depuis 1815" nous conduit à Sedan
Chapitre VI : La catastrophe
Chapitre VII : Le réveil de la Walkyrie
En voici tout d'abord l'Avant-propos, identique à celui que l'on a pu lire plus haut, sauf les six dernières lignes : 
Avant-propos de l’auteur, avril 1915-1933
Ce livre est, en somme, une histoire à grands traits de notre pays.
Quand on étudie les rapports de la France avec le reste de l'Europe, on s'aperçoit que la plus grande tâche du peuple français lui a été imposée par le voisinage de la race germanique. Avec nos autres voisins, Anglais, Espagnols, Italiens, s'il y a eu des conflits, il y a eu aussi des trêves durables, de longues périodes d'accord, de sécurité et de confiance. La France est le plus sociable de tous les peuples. Il le faut bien pour qu'à certains moments nous ayons eu, et assez longtemps, l'Allemagne elle-même dans notre alliance et dans notre amitié. Il est vrai que c'était après l'avoir vaincue. Il est vrai que c'était après de longs efforts, de durs travaux qui nous avaient permis de lui retirer, avec la puissance politique, les moyens de nuire. Car le peuple allemand est le seul dont la France ait toujours dû s'occuper, le seul qu'elle ait toujours eu besoin de tenir sous sa surveillance.
Une idée domine ce livre. Nous pouvons même dire qu'elle nous a obsédé tandis que nous écrivions ces pages sous leur forme première.
Le sol de la France était occupé par l'ennemi qui se tenait, dans ses tranchées, à quatre-vingts kilomètres de la capitale. Lille, Mézières, Saint-Quentin, Laon, vingt autres de nos villes étaient aux mains des Allemands. Guillaume II célébrait son anniversaire dans une église de village français. Tous les jours, Reims ou Soissons étaient bombardées. Tous les jours un frère, un ami tombait. « Fallait-il que nous revissions cela », disaient les vieillards qui se souvenaient de 1870. Deux invasions en moins d'un demi-siècle ! Comment ? Pourquoi ? Etait-ce l'oeuvre du hasard ou bien une fatalité veut-elle que, tous les quarante-quatre ans, l'Allemagne se rue sur la France ?
Lorsqu'on se pose ces questions, la curiosité historique est éveillée. La réflexion l'est aussi...
En suivant la chaîne des temps, nous suivions la chaîne des responsabilités et des causes. Comme nous sommes liés les uns aux autres ! Comme il est vrai, selon le mot d'Auguste Comte, que les vivants sont gouvernés par les morts ! Tour à tour, les Français ont recueilli le fruit de la sagesse de leurs devanciers et souffert de leurs erreurs. Nous n'échappons pas à cette loi de dépendance. Comprenons du moins comment elle agit , c'est l'objet de cet ouvrage.
Nous n'avons eu qu'à continuer l'histoire des deux peuples jusqu'à la date où nous sommes aujourd'hui pour qu'on vît encore que toutes les fautes se payent et que les plus graves tiennent aux idées. Sur l'Allemagne, on a commis méprise sur méprise. Le bilan, pour le passé, en est tragique. Quel sera celui de l'avenir ?J. B.
Avril 1915-avril 1933.
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

vendredi 16 août 2019

Contre-insurrection

La contre-insurrection, aussi appelée guerre contre-subversive, guerre contre-révolutionnaireguerre contre-insurrectionnelle, contre-guérillaguerre révolutionnaire ou encore COIN (de l'anglais Counter-Insurgency), est une doctrine militaire qui vise à obtenir le soutien de la population dans le cadre d'un conflit opposant un mouvement insurgé à une force armée gouvernementale de contre-insurrection. Elle se fonde sur des actions civilo-militaires, le renseignement, la guerre psychologique et le quadrillage du territoire. 
Si la doctrine de la contre-insurrection privilégie aujourd'hui des actions civiles, elle a longtemps été associée à un usage immodéré de la force et notamment de la torture. La contre-insurrection, menée par l'armée à qui des pouvoirs et des missions de police avaient été confiées, était pratiquée le plus souvent en dehors de tout cadre judiciaire
Un des paradoxes de la guerre contre-insurrectionnelle est que plus on protège ses forces, moins on est en sécurité : « Le succès ultime est remporté en protégeant la population, pas ses propres forces. Si les forces militaires restent bloquées dans leurs bases, elles perdent le contact avec la population, donnent l'impression d'avoir peur et cèdent l'initiative aux insurgés. Des patrouilles doivent être menées, le risque partagé et le contact maintenu. »1 
Guerre contre-révolutionnaire ou contre-insurrection ?
L'armée française a la première théorisé cette doctrine durant la guerre d'Algérie et l'appelait alors « guerre contre-révolutionnaire » en référence à la guérilla telle que théorisée par Mao Zedong, selon qui le guérillero devait vivre dans la société civile comme un « poisson dans l'eau ». 
Par la suite, les militaires américains, aussi bien des États-Unis que d'Amérique latine, ont préféré parler de contre-insurrection ou de guerre contre-insurrectionnelle. En effet, selon les mots du lieutenant-colonel Carlos de Meira Mattos qui fut l’un des personnages importants de la dictature militaire après le coup d'État de 1964, « si nous laissons aux adversaires le nom de révolutionnaire nous nous prêtons à nous-mêmes la désignation de contre-révolutionnaires et ainsi, dialectiquement, nous commençons à perdre avant de combattre »2
Genèse et diffusion de la doctrine
La (première) guerre d'Indochine, opposant les forces militaires françaises à la guérilla communiste du Việt Minh et finira par être perdue par les premières malgré leur supériorité en nombre et leur puissance industrielle et militaire, est l'emblème de la « guerre subversive », concept énoncé par l'état-major des forces françaises, sous l'action du colonel Lacheroy et après lecture du Petit Livre rouge de Mao Zedong
Outre Lacheroy, Jacques Hogard et Jean Némo élaborent différentes versions de la « doctrine de la guerre révolutionnaire » (DGR), mise en œuvre lors de la bataille d'Alger, qui devient un cas d'école enseigné dans les école de guerre3David Galula contribue à la conceptualisation de ce domaine de guerre (Harvard, 19644) ainsi que Roger Trinquier dont La Guerre moderne (1961) est considéré comme l'un des manuels clés de la guerre contre-insurrectionnelle, soulignant l'importance du renseignement, de la guerre psychologique et du volet politique des opérations armées5

Des archéologues découvrent une « taverne » viking vieille de 1000 ans en Écosse

Sur l’île écossaise de Rousay, des archéologues ont mis au jour des ruines vikings vieilles de plus d’un millénaire. Le nom du site « Skaill » ainsi que les fouilles menées suggèrent que certains habitants, et notamment l’élite, se rendaient dans ce lieu pour boire.
Quelques semaines seulement après l’annonce de la découverte d’un bateau-tombe en Suède, c’est un nouveau trésor viking qui vient de sortir de terre. Des archéologues ont révélé avoir mis au jour les ruines d’un vaste bâtiment sur l’île de Rousay dans l’archipel écossais des Orcades. La découverte a eu lieu l’été dernier sur le site d’une ferme connue sous le nom de « Skaill ».
Les fouilles ont démarré après que les archéologues ont appris que les murs de la ferme actuelle remontant aux XVIII-XIXe siècles se prolongeaient sous terre. En creusant, ils ont révélé un bâtiment de 13 mètres de long, comprenant des murs d’un mètre de large séparés d’environ 5,5 mètres. À l’intérieur, ils ont également identifié des bancs en pierre, des restes de poterie et des fragments d’un peigne en os.
Les trouvailles réalisées ainsi que le nom du site « Skaill » (un mot nordique faisant référence à une salle ou un hall) suggèrent qu’il ne s’agissait pas d’un simple bâtiment. Les spécialistes pensent qu’il aurait servi de « taverne » où certains habitants venaient boire. D’après les fouilles, les lieux auraient été fréquentés du Xe au XIIe siècle mais étaient probablement réservés à l’élite du village, les guerriers par exemple. […]
L’archipel des Orcades revêt une grande importance pour les archéologues et les historiens. Cet ensemble d’îles habité depuis des millénaires s’est retrouvé, au IXe siècle, colonisé par les Scandinaves qui en ont fait un siège majeur de leur empire. L’île de Rousay abrite ainsi de nombreux vestiges archéologiques qui lui ont d’ailleurs valu le surnom de « Égypte du nord ».
En outre, Westness, où se trouve le site de Skaill à Rousay, figure dans la Orkneyinga Saga, un récit historique qui relate le passé des Orcades. Ce dernier explique que Westness constituait au XIIe siècle les terres d’un puissant chef connu sous le nom de Sigurd. Les archéologues soupçonnaient ainsi depuis longtemps la présence d’un village viking localisé quelque part à Skaill. Restait à en trouver la trace. […]