vendredi 2 mars 2012

Staline, les Alliés et le martyre de l’Europe



Lorsque Napoléon III est arrivé au pouvoir, il a fait interdire l’agrégation d’histoire et celle de la philosophie. Il a eu tort : pour la philosophie, il suffit de mettre BHL ; pour l’histoire, il suffit de répéter les manuels. Mais voyons plus avant.
On s’émerveille de l’entrée en guerre des alliés au secours de la Pologne en 1939, même si la Pologne ne respectait pas les droits de ses minorités, et même si les Alliés n’ont rien fait concrètement pour la sauver du Blitzkrieg. Mais on ne s’émerveille pas d’un détail : pourquoi n’a-t-on pas aussi déclaré la guerre à l’URSS ?
L’URSS, qui vient d’exterminer par la faim cinq millions d’Ukrainiens et de purger une nouvelle fois ses élites, entre en guerre aux côtés de Hitler, ravage et pille, prive tout un peuple de ses libertés, extermine les élites, pardon, commet quelques actes contre culture… Mais Roosevelt et Churchill ainsi que leur larbin français -- se gardent bien d’intervenir, attendant la raclée du printemps : l’oncle Joe a droit à tout ce qu’il veut ! Il sera même juge et partie civile à Nuremberg ! Comme d’habitude les droits de l’homme sont à géométrie variable. Concernant le génocide arménien commis comme on sait par nos alliés Turcs que l’Amérique voulait il y a peu dans l’Europe, nos députés devraient savoir qu’il a été dénoncé à la fin de la première guerre mondiale par l’ambassadeur Scheubner-Richter de l’Empire allemand. Il est donc nul et non avenu, le génocide des Arméniens, puisqu’il est dénoncé par qui il ne faut pas…
Ce n’est pas tout : car Staline attaque aussi la Finlande et il conquiert sans coup férir les malheureuses républiques baltes qui sont aussitôt soumises à la cure du paradis socialiste. Les élites sont massacrées comme en Pologne, les prisonniers de guerre aussi, et dans la grande indifférence anglo-saxonne qui reconnaît même au maître du Kremlin son droit à libérer les peuples. D’après l’historien et géographe Sellier(1), le protectorat du libérateur des peuples se solde par 52 000 exécutions de l’été de 1940 au printemps de 1941, auxquels on peut ajouter le double de victimes pour la période 1945-1953 ; en Lettonie, la comptabilité donne 36 500 morts pour la première période et 135 000 pour la seconde ; en Lituanie, les chiffres sont respectivement de 46 000 et 325 000. Si l’on additionne les deux phases de ce génocide d’ennemis de classe et d’opposants politiques, l’on arrive au total effarant de 0,7 million de victimes pour trois petits pays qui, au début de 1940, n’étaient peuplés que de 5,5 à 6 millions d’habitants.
Quand on aime le socialisme antifasciste on ne compte pas ! Et, je le répète, les anglo-saxons qui préparent une « mise à feu et à sang de l’Europe occupée » (dixit Churchill) ont laissé faire, comme d’ailleurs ils ont laissé faire la shoah, sans doute pour élargir notre conception occidentale des droits de l’homme.
Je ne rappelle pas ces faits pour le plaisir : il me semble que le nihilisme et la folie actuelle, liés à l’adoration de la monnaie inique et à la construction destructrice de la tyrannie européenne, et qui vont nous précipiter dans une misère noire, ont leurs antécédents. Avant on nous voulait morts. Cette fois on nous voudra pauvres, en attendant mieux.
L’irresponsable Roosevelt a voulu la destruction de l’Europe continentale et coloniale en tirant parti de sa croisade antinazie dont seulement 2.5 % des Américains voulaient au printemps 1941 ; sa croisade antinazie était aussi liée à une volonté de liquider la concurrence planétaire du commerce allemand (le clearing convenait à tout le monde en Amérique du Sud) et de rattraper par l’économie de guerre la gestion catastrophique du New Deal. Il me semble intéressant de rappeler que si Roosevelt et Morgenthau voulaient démembrer et prolétariser l’Allemagne (braquant cette nation dès 1943 dans la radicalisation de sa résistance et dans l’extermination des faibles qu’elle avait sous la main), ils voulaient en faire de même avec… la France. En 43, le bon Roosevelt montre au ministre des affaires étrangères britannique son projet de démembrement de la France : l’imaginatif hyper-président prévoit de créer une « grande Wallonie », regroupant le sud de la Belgique, le Luxembourg, le nord de la France et l’Alsace-Lorraine… C’est dans les mémoires d’Anthony Eden(2) !
Mieux encore : à Washington, Laurel et Churchill décident de rompre avec De Gaulle ! Ce dernier est sauvé par Jean Moulin et le cabinet de guerre britannique. La stupidité des deux idiots utiles de Yalta est phénoménale, et leur décision eût changé le cours de l’histoire ; car la France se serait retrouvée communiste au lendemain de la guerre (elle l’a été, je sais, mais pas à ce point…). On murmure en haut lieu (Eden, toujours) « Le renvoi de De Gaulle provoquerait probablement une réaction désastreuse sur tout le mouvement de résistance… et un retournement favorable à la Russie serait inévitable ».
Je me demande si cela aurait été un mal : après tout l’alliance avec les Russes, comme disait Kerillis avant guerre, nous a toujours été profitable ! Quant à l’occident, il n’a cessé de montrer depuis la Révolution des Droits de l’Homme qu’il n’a qu’une seule constance : la volonté suicidaire. L’Europe des fous de Bruxelles et l’Obamaland nous le confirment.
par Nicolas Bonnal  http://www.france-courtoise.info
(1) A. et J. Sellier : « Atlas des peuples d’Europe centrale« , La Découverte, 1991.
(2) A. Eden (Lord Avon) : « The Reckoning« , 2 vol. Cassell, Londres, 1965.

jeudi 1 mars 2012

Indochine : Débat sur la bataille de Dien Bien Phu


LE DEBAT,La défaite de Dien Bien Phu par publicsenat
http://www.theatrum-belli.com/

Y a-t-il eu une pensée navale romaine ?, par Jean Pagès


On ne possède pas de textes d’historiens ou de penseurs de l’Antiquité latine ou grecque qui auraient traité de cette question telle qu’on l’énonce, peut-être avec trop de facilité, de nos jours ; en Grèce, la marine avait toujours tenu une grande part dans les préoccupations des politiques, surtout après Salamine, mais n’avait donné lieu qu’à des déclarations de politique navale, sans qu’il soit fait référence à une pensée stratégique plus affinée qui restait sous-jacente. Il en allait autrement à Rome : pour le citoyen moyen, la marine jouait un rôle secondaire et était méprisée par comparaison aux services glorieux des légions. En revanche, ceux qui eurent la charge de la destinée de Rome, tant durant la période républicaine que sous l’Empire, avaient compris l’importance de la marine et Auguste le premier eut l’intuition d’une stratégie navale à l’échelle de l’empire.

Le chapitre de l’histoire de Rome concernant la marine, tant républicaine qu’impériale, a été négligé par les historiens de l’Antiquité, qui ne nous ont donné que des renseignements imparfaits. Le seul auteur qui aurait pu nous éclairer sur la pensée navale romaine de la période républicaine est Polybe (200-125 avant J.-C.) ; malheureusement la partie de son œuvre qui aurait pu nous apprendre comment, en si peu de temps, les Romains ont atteint une telle supériorité sur mer est perdue. Quant à Tite Live (64 avant à 17 après J.-C.), son Histoire n’apporte que peu de renseignements. De même les auteurs de l’époque impériale ne se sont guère intéressés à la création des flottes de Misène et de Ravenne et curieusement Auguste lui-même, qui en était le père, n’en dit rien dans l’inscription d’Ancyre considérée pourtant comme son testament. Dion Cassius (IIe/IIIe siècle après J.-C.) n’en dit pas plus. Strabon (63 avant/19 après J.-C.) a bien forgé le concept de thalassocratie (thalassokratia. géographie, 48), qui connaîtra plus tard une grande vogue, mais la perte de ses écrits historiques empêche d’apprécier l’importance qu’il lui accordait. Quant à Suétone (69 à 122 après J.-C.), il rapporte que les Romains, dans leurs préjugés tenaces contre la marine, ont estimé que l’existence de ces flottes était pour eux un fait négligeable.
Cependant, certains chercheurs contemporains ont tenté d’étudier, non pas le problème de la pensée navale romaine, mais celui de la rencontre de Rome avec la mer et ses conséquences.

La marine romaine de la République 

Les historiens modernes sont partagés sur cette question et la plupart d’entre eux répondraient sans doute par la négative. Cependant, on peut estimer que si les Romains n’ont pas eu une pensée navale structurée et exprimée, du moins au commencement, ils ont, par la force des choses, été à même de saisir l’importance de la marine de guerre chez un peuple qui leur était géographiquement proche comme les Etrusques ou encore chez les Grecs de Syracuse : les premiers n’avaient-ils pas remporté une douteuse victoire sur les Phocéens au large de la Corse en 540/535 avant notre ère et les seconds la victoire d’Himère sur les Puniques en 480, l’année de Salamine ? Jacques Heurgon remarque qu’« on entrevoit en particulier que Rome, avant de se doter à Ostie d’un port qui lui fût propre, utilisa la flotte de Caeré aux fins de sa politique maritime naissante » (1). De même, les Romains n’étaient pas sans connaître l’activité des marines marchandes des cités grecques de Campanie et de Grande Grèce, Naples et Tarente, ainsi que les succès des escadres syracusaines contre les Puniques.
L’événement le plus ancien de l’histoire de la marine romaine remonte à 394, année au cours de laquelle un navire romain se rendant à Delphes avec une ambassade religieuse fut arraisonné et capturé par des navires des îles Lipari et emmené dans ces îles ; les gens de Lipari avaient pris ce navire pour un pirate étrusque. Après enquête, les Romains purent continuer leur voyage, escortés par des navires de guerre lipariens jusqu’à Delphes et revenir ensuite à Rome (Diodore, XIV, 93).
Il est attesté que dès le début du IVe siècle, à une date indéterminée, Rome a entrepris une colonisation outre-mer (2). Les textes laissent entendre que Rome « agissait en association avec Pyrgi, le port de Caeré ou mieux utilisait ses flottes ». Serait-ce cette expédition que, d’après Théophraste Rome fit « autrefois » en Corse avec 25 navires ? De son côté, Diodore (XV, 27, 24) parle de 500 colons envoyés par elle en Sardaigne en 377.
En 349, des pirates grecs s’attaquèrent à la côte du Latium. Rome, ne devant pas posséder de forces navales à cette époque, se contenta d’envoyer des troupes qui s’opposèrent avec succès au débarquement ; les Grecs, à court de vivres et surtout d’eau, abandonnèrent l’opération (Tite Live, VII, 25, 3-4 ; 26, 10-15).
Mais c’est l’exemple de la prise d’Antium (aujourd’hui Porto d’Anzio), au sud de Rome en 348, qui est le plus typique. Antium était un repaire de pirates étrusques que les Romains auraient dû réduire par une action navale ; ce furent des légionnaires qui s’emparèrent de la flotte d’Antium ; cette soi-disant victoire sur mer fut à l’origine de la colonne rostrale décorée d’éperons de navires ennemis pris par des soldats ! (Tite Live, VIII, 13 et 14)
Malgré cela, Rome apparaît comme une petite puissance maritime naissante à cette époque : le renouvellement de l’alliance carthaginoise en 348, l’enrôlement des pirates d’Anzio, la fondation d’une colonie à Ostie à l’embouchure du Tibre (ostium Tiberis) dont elle fera un port en 335, l’occupation militaire de l’île de Ponza au large des côtes de Campanie montrent que le destin de Rome allait se jouer désormais autant sur mer que sur terre (3).
A partir de 311, Rome nomme chaque année deux magistrats chargés de la marine (duoviri navales) qui seront chacun à la tête d’une petite escadre de dix navires de guerre pour lutter contre la piraterie en Tyrrhénienne. Ces deux escadres n’eurent pas grand succès : l’une d’elles tenta un débarquement contre Nuceria, près de Naples, qui échoua, la ville fut prise par des troupes de terre ; dans le conflit entre Rome et Tarente, une de ces deux escadres fut sévèrement malmenée par les forces navales adverses en 282 (4).
Les types de navires de guerre employés par les Romains, dans leurs escadres commandées par les duoviri navales, ne nous sont pas connus ; on peut supposer raisonnablement que ce devaient être des trières (à trois rangs de rames) et des pentécontères (à cinquante rameurs). Ainsi on sait qu’en 264, au début de la première guerre punique, Rome n’avait plus de marine et dut faire appel à ses socii navales, les cités de Grande Grèce et de Campanie  : Tarente, Locres, Vélia, Naples, pour mettre à sa disposition des trières et des pentécontères permettant à ses troupes de franchir le détroit de Messine (Polybe, I, 20).
En définitive, dans les années précédant la première guerre punique, Rome ne possède qu’une faible marine militaire et n’a qu’une très mince expérience maritime, toute occupée qu’elle est par la conquête de la péninsule, conquête dans laquelle elle réussit mieux que sur mer, avec son esprit « terrien ».
J.H. Thiel a étudié d’une manière approfondie les premières actions sur mer des Romains et les juge avec trop de sévérité et surtout sans nuances quand il dit qu’ils étaient de « vrais terriens » et des « marins d’eau douce ». Jusqu’à la première guerre punique, et même plus tard, ils ont été des marins maladroits et de piètres tacticiens, malgré leurs victoires acquises grâce à la discipline plutôt qu’à la connaissance intime de la mer et à leur sens tactique. « Le caractère général de l’histoire romaine au cours de cette période (jusqu’à la première guerre punique) ne laisse que peu de place pour une quelconque action sur mer de leur part : ce n’est pas l’histoire d’une puissance navale, mais celle d’une puissance continentale caractéristique, celle d’un peuple d’agriculteurs qui a conquis, patiemment et obstinément, toute l’Italie par l’intérieur, sans qu’apparaisse une seule fois la marine de guerre dans le tableau » (5).
Selon Jean Rougé, cette conception « terrienne » de la puissance maritime a conduit les Romains, qui n’avaient vraisemblablement pas profité de l’expérience de marins des cités de Grande Grèce, à défendre leur territoire du côté de la mer par une action purement terrestre de troupes légionnaires ou par « l’intermédiaire des colonies maritimes situées dans des positions stratégiques ». Cet auteur ajoute que « le témoignage de Polybe concorde mal avec une certaine idée que l’on a tendance à se faire actuellement de la puissance maritime avant les guerres puniques » (6). Cela a été vrai jusqu’à la première guerre punique et non au-delà.
Jacques Heurgon remarque que les intérêts navals de Rome s’affirmèrent aux environs des années 306-302 « par plusieurs faits diplomatiques importants ; c’est à cette époque que Polybe fait remonter l’amitié de Rome et de Rhodes (XXX, 5, 6), le troisième traité conclu avec Carthage en 306 définissant les zones respectives des deux parties excluant Rome de la Sicile et Carthage de l’Italie… L’accord intervenu vers 302 entre Rome et Tarente où Rome s’engageait à ne pas dépasser vers le nord le cap Lacinien… » (7).
La victoire de Rome sur Pyrrhus en 275 et son alliance avec Tarente en 272, qui fut, comme Naples, astreinte à lui fournir en temps de guerre des navires et des équipages, firent d’elle une puissance méditerranéenne. Des quaestores classici furent créés en 267 ; ils n’étaient pas destinés à un commandement dans une flotte encore inexistante, mais plutôt à contrôler la mobilisation des escadres des cités alliées de Rome, les socii navales (8).
On sait d’après Polybe comment les Romains construisirent une flotte de 100 quinquérèmes et de 20 trières en prenant modèle, pour les premières, sur une quinquérème punique échouée et tombée entre leurs mains. Polybe nous présente la capture de la quinquérème punique comme l’événement qui détermina les Romains à combattre sur mer les Puniques.
Si donc cet incident ne s’était pas produit, il est clair que, du fait de leur inexpérience, les Romains n’auraient jamais eu les moyens de réaliser leurs desseins (I, 20).
Aux yeux de certains historiens modernes comme Gilbert Charles-Picard, qui le qualifie d’« historiette », cet événement de la capture de la galère a paru suspect ; quelle que soit la genèse de la flotte romaine, la décision de la construire dénote chez les Romains une ferme résolution de combattre les Puniques sur leur propre terrain avec leur arme : la quinquérème, dont ils ont la maîtrise. Ce n’est pas le fruit d’une pensée navale, plutôt une forme de stratégie primaire mais efficace, et qui n’est pas le moindre élément constitutif de cette pensée. En outre, la méthode choisie par le commandement romain pour l’entraînement des équipes de nage des quinquérèmes montre également une systématisation digne des marines « matérialistes » du XXe siècle (9). Comme le remarque Jean Rougé, « Il est évident que le récit de Polybe, tout à la gloire de la détermination et de l’esprit d’initiative de Rome, doit être forcément enjolivé, car pour ses équipages Rome disposait de ses socii navales, de ses alliés maritimes » (10).
L’idée qui ressort des études des historiens contemporains est que les essais initiaux de l’activité navale des Romains ne doivent être ni exagérés, ni minimisés, et ils s’accordent pour reconnaître avec Polybe que c’est dans son récit qu’on verra l’élévation et la hardiesse du tempérament romain (…car) « il ne fallait pas laisser ignorer quand, comment et pourquoi les Romains se sont lancés pour la première fois sur mer… » (I, 20).
Carthage, face à la petite puissance continentale romaine, exerce son hégémonie entre les Syrtes et Gibraltar, s’est installée en Sicile et en Sardaigne, exploite les minerais du sud de l’Espagne. C’est une cité de commerçants et surtout de rouliers des mers. Sa flotte de guerre est puissante et combative. Carthage sera l’ennemie principale de Rome et l’obstacle majeur à l’impérialisme romain entre le IIIe et le milieu du IIe siècle.
A la lumière des remarques de Thiel (11) dans son analyse de la première guerre punique, il est aisé de comprendre pourquoi la pensée navale romaine a eu si peu de consistance et aussi pourquoi une compétition entre les deux marines était improbable. En effet, l’auteur, observant minutieusement la stratégie des deux adversaires par le biais des événements de la guerre, porte un jugement sur chacun d’eux :
1) Rome semble à première vue avoir une stratégie navale peu solide, incohérente et surprenante ; en réalité, ce n’est pas uniquement le manque de traditions maritimes qui est en cause, mais la nécessité ; le Sénat romain n’était pas libre de faire ce qui lui paraissait être le meilleur, car il avait à compter avec l’opinion publique, romaine d’abord et plus généralement avec celle des cités italiennes : « La mer était loin d’être familière aux Romains et surtout, ils redoutaient le combat naval ; si on décidait de construire des navires, c’était à Rome d’en supporter la dépense et aux Romains à servir de soldats de marine sur les bâtiments de la flotte ; c’était aux alliés italiens de Rome de fournir la plus grande partie des équipages et des rameurs » (12).
Thiel estime qu’en 259, un an après la victoire de Mylae, les Romains auraient pu lancer une opération de débarquement en Afrique ; cela n’a pas été possible puisqu’il fallait une nouvelle flotte plus nombreuse que la précédente. Le Sénat n’aurait pu convaincre les Romains peu connaisseurs des choses navales. La construction d’une nouvelle flotte après une victoire leur aurait paru une absurdité.
Toutefois, en 257-256, les Romains construisirent une flotte bien plus puissante que celle de 260, ce qui représente le deuxième grand programme de construction de toute la guerre qui dura de 264 à 241. Enfin, ce fut la mise en service de la flotte, entièrement neuve et très efficace, avant la victoire des îles Aegades sous le commandement d’un amiral exceptionnel, le consul Caius Lutatius Catulus.
Les énormes pertes en vies humaines et en bâtiments, dues aux actions militaires ou aux tempêtes, décimèrent littéralement la population adulte mâle à Rome : Thiel parle de 20% entre 264 et 246, soit 50.000 hommes ; Rome alla jusqu’à ne plus reparaître sur mer entre 249 et 243 (13).
2) Au sujet de Carthage, sans entrer dans les erreurs qu’elle commit dans cette guerre, on peut dire qu’elle possédait une flotte puissante et efficace et des amiraux habiles et courageux.
Cependant, les Carthaginois souffraient d’une faiblesse qui les poussait à la facilité, enclins qu’ils étaient à prendre la voie la moins ardue et à sous-estimer leurs adversaires. Carthage, il ne faut pas l’oublier, était une cité de marchands paisibles, qui désiraient éviter les guerres chaque fois que c’était possible ou bien relâchaient leurs efforts, en temps de guerre, quand le danger était momentanément écarté. Thiel parle de la « quiétude punique », une sorte de torpeur, de paralysie qui se manifeste par une apathie leur faisant manquer des occasions et perdre un conflit dans lequel ils auraient dû triompher.
Par ailleurs, Carthage ne pouvait à la fois entretenir une grande flotte et une armée de nombreux mercenaires ; une conséquence désastreuse de cet état de fait fut la défaite d’une flotte punique mal armée, surchargée, avec des équipages peu entraînés, face aux forces navales romaines en excellente condition au large des îles Aegades en 241.
Rome, à la fin de la première guerre punique, se trouva être la seule puissance navale de la Méditerranée occidentale ; elle joua son rôle de « fleet in being » au cours des 60 années qui séparent la bataille des îles Aegades (241) du début de la deuxième guerre punique. De plus, sans qu’elle eût une quelconque volonté d’expansion maritime, avec la possession de la Sardaigne et de la Corse, Rome commença à se constituer, à partir de la Tyrrhénienne, un embryon de mare nostrum, plutôt comme protection de son territoire que comme zone d’opérations navales. Thiel remarque qu’au cours du IIe siècle « la puissance navale romaine montra de plus en plus des symptômes de faiblesse alors que le centre de gravité se déplaçait vers les excellentes marines de Pergame et surtout de Rhodes ; dans la guerre contre Antiochos, ce furent les forces navales rhodiennes qui gagnèrent les batailles ».
Thiel peut conclure : « Avant le règne d ‘Auguste, il n’était pas question pour Rome de posséder une marine de guerre permanente ; quand on ne craignait pas de guerre navale, les Romains n’entretenaient pas de navires de guerre armés…, Pendant près d’un siècle et exactement pendant la période de l’histoire de Rome qui correspond à sa plus grande expansion, la marine de guerre romaine fut presque inexistante » (14).
Les flottes des derniers siècles de la République furent très différentes de celles des guerres puniques. Depuis ses débuts, à la fin du IVe siècle, l’activité sur mer des Romains avait beaucoup profité de l’expérience des Grecs et des Etrusques ; toutefois, il faut rappeler que pendant les guerres puniques, c’est Rome qui a armé en partie ses escadres avec ses propres citoyens, a construit ses navires avec ses propres deniers et a mis à leur tête un consul ou un préteur romain. Cependant, à partir de 200 avant J.-C., Rome fit reposer sa puissance maritime sur ses alliés grecs et surtout sur les forces navales rhodiennes, dont l’entraînement était exceptionnel.
Les cités alliées d’Ionie, de Phénicie, de Pamphylie et de Syrie fournirent la plupart des navires des escadres romaines, à l’exception de ceux que Rome construisait, qui étaient armés par des équipages de ces cités, si bien que les techniques navales grecques et orientales s’imposèrent de plus en plus dans la marine romaine à l’époque de la guerre sociale (90-88). Quant aux commandants en chef de ces flottes, qui étaient parfois des Grecs, Rome les subordonnait aux commandants des troupes de terre, preuve qu’elle n’avait pas entièrement compris le rôle d’une force navale.
Ces dispositions n’empêchèrent pas Mithridate, roi du Pont, lors de la première guerre qu’il mena contre Rome entre 89 et 85 avant J.-C., de s’emparer de la maîtrise de la mer Egée, ce qui entraîna, après sa défaite en 84, l’apparition d’une flotte permanente pour la première fois dans l’histoire de la marine romaine et par conséquent l’abandon du désarmement des forces navales après une victoire, ce qui avait été courant par le passé. Cette évolution laisse présager qu’une pensée navale est en gestation et qu’un embryon de marine impériale est en place, ce qui permet à C.G. Starr de dire que « si l’on demande à quelqu’un de citer un événement qui marque les débuts de la marine impériale romaine, cet événement serait à coup sûr celui de la première guerre de Rome contre Mithridate » (15).
Une autre conséquence de cette évolution fut la mise en place par Sylla, probablement en 85, d’un plan de défense des côtes de l’Asie mineure : des cités maritimes de cette région devaient construire des navires de guerre et les conserver en réserve pour une utilisation future ; cela permit à Rome d’avoir la maîtrise de la mer pendant la troisième et dernière guerre contre Mithridate (83-82) ; C.G. Starr observe qu’il était difficile pour l’Etat romain de poursuivre la réalisation d’un plan à cause des changements annuels de ceux qui avaient la responsabilité de son exécution.
Cette évolution se poursuivit quand Pompée, en 67 avant J.-C., triompha en trois mois des pirates qui infestaient presque toutes les eaux méditerranéennes. Selon Pline (Histoire naturelle, VII, 98) Pompée aurait « redonné la maîtrise de la mer à Rome » qui l’avait perdue au point que des pirates eurent l’audace de couler une flotte consulaire dans le port même d’Ostie (Plutarque, Pompée, XXXVIII à XLIV).
C’est l’époque où le comportement de Rome dans l’exercice de la maîtrise de la mer va commencer à se préciser et où la marine romaine va jouer un rôle capital dans les guerres civiles et après elles dans l’Empire. Les guerres contre Mithridate et la rapide campagne contre les pirates avaient montré l’importance de la puissance navale oubliée depuis les guerres puniques. F.E. Adcock remarque que « dans sa campagne la plus difficile, Pompée s’appuyait sur la puissance navale et César faisait confiance à la mer ; dans les situations graves, le dernier mot resta à la mer » (16). Il fait allusion aux opérations autour de Dyrrachium (Durazzo) où la très puissante flotte de Pompée fut mise en échec par les forces césariennes. On possède là une preuve supplémentaire que l’exercice de la maîtrise de la mer était considéré par les généraux romains comme un gage de victoire.
Pendant la guerre civile, les flottes devinrent de plus en plus puissantes ; Pompée, en faisant appel aux cités maritimes d’Asie, réussit à rassembler une force d’environ 300 navires au début de 48 ; ce sera Sextus Pompée, fils du grand Pompée, qui, possédant la maitrise de la Méditerranée occidentale, s’attaquera au ravitaillement en grains de Rome et fera des descentes sur les côtes italiennes pour un pillage en règle entre 42 et 40 avant J.-C.
En 38, le futur Auguste et Agrippa, son conseiller militaire et technique, vont construire une flotte de 400 navires qui triomphera de celles de Sextus Pompée à Mylae en 37, à Nauloque en 36 et finalement à Actium en 31. Cette force navale sera le noyau de la future flotte impériale. Ne doit-on pas voir dans cette œuvre une ébauche déjà bien avancée d’une pensée navale où Octave, le futur Auguste, représente la part politique et stratégique et Agrippa la collaboration du technicien et surtout du tacticien ; n’a-t-il pas été l’inventeur du harpax, espèce de grappin lancé par catapulte et ne fut-il pas honoré par le nouveau César qui lui donna une couronne navale, jamais jusqu’à ce jour octroyée à quiconque ? (Tite Live, CXXIX).
A cette flotte, il fallait une base qui, curieusement, fut choisie avant 37 dans la Provincia, à Forum Julii (Fréjus) où une partie de la flotte fut construite ; un port militaire fut créé plus près de Rome à Portus Julius, dans le golfe de Puteoli (Pouzzoles), et un centre d’entraînement dans le lac Averne, qui occupe un cratère parfaitement abrité de tous les vents
La pensée navale embryonnaire de l’époque républicaine a pu au début être la conséquence d’une conception rationnelle de la division des tâches dans un conflit ; elle laissait aux alliés des cités maritimes le soin des opérations navales alors que les opérations militaires terrestres revenaient de droit aux Romains. La même division des tâches apparut au XXe siècle dans les conflits où les hégémonies maritimes de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis se trouvaient impliquées.

La marine impériale romaine

Il faut citer l’opinion originale de C.G. Starr (17) à propos des conséquences de la bataille d’Actium :
« Pour l’histoire de la marine impériale romaine, Actium en soi n’est qu’un événement insignifiant… Ce dernier combat naval des guerres civiles, l’ultime grand conflit en Méditerranée jusqu’à celui qui opposera sur mer Constantin à Licinius en 324, est plus un prélude que les premières notes d’une ouverture dans l’histoire de la marine impériale romaine. La mission historique de cette marine n’était pas de livrer des batailles mais de les rendre impossibles ».
Végèce, dans son Art militaire (4, 31), précise les raisons de l’existence de la marine impériale :
« Le peuple romain a toujours eu une flotte prête, pour montrer et défendre sa puissance ; il ne l’organisait pas pour faire face aux exigences d’un conflit mais pour ne jamais être pris au dépourvu ».
A la mort d’Auguste en 14 après J.-C., outre le port de Forum Julii qui n’abritait qu’une flottille et devenait une base secondaire, les forces navales romaines étaient partagées en deux flottes, l’une en Tyrrhénienne avec Misène, près de Pouzzoles, pour base, la Classis Misenensis, et la seconde en Adriatique attachée au port de Ravenne, la Classis Ravennas. La création de la flotte de Misène remonterait à une date comprise entre 27 et 15 avant J.-C., alors que celle de Ravenne daterait d’environ 24 avant J.-C. Cette répartition des forces navales due à Octave et à Agrippa répondait sans doute à un plan stratégique conforme à une pensée navale plus solide.
- La flotte de la Tyrrhénienne, dont l’état-major resta pendant quatre siècles à Misène, possédait des bases secondaires à Puteoli (Pouzzoles), Ostie (à l’embouchure du Tibre), Centumcellae (près de Civitavecchia), Mariana et Aléria en Corse, Carales en Sardaigne (Cagliari). La flotte surveillait la Tyrrhénienne et plus particulièrement les îles turbulentes de Corse et de Sardaigne. En outre, elle étendait son contrôle sur tout le bassin occidental de la Méditerranée : Gaules, Espagne, Maurétanie (Végèce, 4, 31). Mais bien entendu, elle opérait de concert avec la flotte de Ravenne, qui lui était sans doute subordonnée, en Méditerranée orientale depuis la Libye jusqu’à la mer Egée. Elle détachait des flottilles dans certains ports de ces régions comme à Séleucie de Syrie pendant les guerres contre les Parthes.
- La flotte de l’Adriatique basée à Ravenne avait pour mission de surveiller la côte dalmate où elle avait une base secondaire à Salona (Split) capitale de la Dalmatie et une autre à Brundisium (Brindisi) pour assurer les relations des officiels avec Dyrrachium (Durazzo/ Durrès) ; la station d’Ancône n’est pas sûre, en revanche celle d’Aquileia, dans le golfe de Trieste est attestée. Hors de l’Adriatique, la flotte de Ravenne prêtait son appui à celle de Misène dans le bassin oriental ; des unités de l’Adriatique faisaient escale dans les ports de la Tyrrhénienne et tout particulièrement à Centumcellae qui devint leur base vers 100 après J.-C. (18)
C.G. Starr note que probablement Rome ne perdait pas de vue la question de son approvisionnement en bois de construction navale car la péninsule n’est pas riche en forêts ; il pense que les stations navales de Mariana et d’Aléria en Corse et le port de Ravenne sur l’Adriatique, relié au Pô, contrôlaient ces trafics du bois destiné aux chantiers de Misène et de Ravenne. Il est possible que la flottille de Syrie basée à Séleucie ait rempli la même tâche, les forêts de la région produisant les essences que Végèce (4, 34) estime convenables pour la construction navale : cyprès, pin, mélèze et sapin. Rostovtseff indique que l’empereur était propriétaire du sol de la Corse et sans doute des forêts ; d’où l’importance du port d’Aléria pour le contrôle du transport du bois de construction navale (19). Cette importante question stratégique ne pouvait recevoir de solution qu’inspirée par une véritable pensée navale.
Les escadres provinciales et les flottilles fluviales faisaient également partie des forces navales impériales au même titre que les flottes de Misène et de Ravenne. L’organisation et la défense de l’empire exigeaient des forces indépendantes dans les provinces : Syrie, Egypte, Maurétanie, et aussi en mer Noire et dans la Manche ; en outre des flottilles fluviales surveillaient le Rhin et le Danube : celles de Mésie et de Pannonie sur le Danube et ses affluents et celle de Germanie sur le Rhin. Certaines de ces formations remontent à l’époque augustéenne, comme l’escadre d’Egypte basée à Alexandrie et peut-être, mais c’est moins sûr, celle de Syrie attachée au port de Séleucie.
La marine impériale, telle qu’Auguste et Agrippa l’avaient conçue et telle que la considérèrent les empereurs suivants, était destinée, contrairement aux flottes républicaines toujours improvisées, à entrer en action dans les plus brefs délais dès l’apparition d’un perturbateur. Or, il n’y eut pas de perturbateur extérieur avant le IIIe siècle, avec l’invasion des Goths, et surtout avant le Ve siècle, avec l’arrivée des Vandales.
Les missions de la marine impériale permanente et professionnelle n’étaient pas uniquement dissuasives comme l’avaient sans doute prévu Auguste et Agrippa, elles étaient avant tout offensives dans l’esprit romain ; cet aspect a été perdu de vue par certains historiens modernes qui ont eu tendance à minimiser l’importance stratégique de la flotte (20). De même, contrairement à ce qui a été dit, l’action des forces navales n’a pas été policière mais militaire. Il s’agissait d’étendre la maîtrise des mers à toute la Méditerranée, qui assurait l’unité de l’empire et la protection de ses communications maritimes (21).
Les forces navales impériales ont continué tout au long des siècles à maintenir leur niveau d’entraînement en vue d’une bataille d’escadre qui ne vint jamais ; les flottes de Misène et de Ravenne et les autres faisaient des patrouilles, opéraient des débarquements en liaison avec les forces terrestres, assuraient le transport des troupes, participaient au ravitaillement des armées, n’escortaient pas les navires de commerce, mais luttaient contre les restants de piraterie. Quant aux forces fluviales, elles avaient un rôle très important, car elles permettaient aux troupes de traverser un fleuve, d’opérer des débarquements sur les arrières de l’ennemi, d’assurer la logistique des stations tenues le long des fleuves, bref de contribuer à la défense du limes (22) ; la colonne Trajane nous donne une représentation vivante de ce que furent les opérations des flottilles fluviales.
En outre, la flotte offrait un moyen de transport aux personnages officiels qui rejoignaient un poste ou qui accomplissaient une mission : Agrippa se fit accompagner en 14 avant J.-C. par une escadre lors d’une tournée d’inspection des ports d’Asie avec tout le décorum de l’amiral en mission qui montre le pavillon de son pays (Flavius Josèphe, XVI, 21). Tacite (Annales, II, 53ss) rapporte que Germanicus entreprit un voyage semblable en 18 après J.-C.
D’autre part, des navires rapides de la flotte transportaient les ordres et les dépêches depuis Rome jusqu’aux plus lointaines provinces accessibles par mer ; la flotte avait le monopole de l’acheminement du courrier officiel, même par terre, puisque c’étaient des marins qui assuraient la liaison entre Rome et les ports de la péninsule.
L’empereur Claude (41-54) continua la politique navale d’Auguste et probablement créa d’autres escadres provinciales ; ce sera Trajan (98-117) à l’époque de la plus grande extension de l’empire, qui donnera une expression définitive à l’organisation des forces navales qui restera en vigueur jusqu’au bas-Empire.
Il faut dire un mot du matériel naval qui constituait les flottes impériales et dont l’évolution depuis les types de la période républicaine est l’expression d’une pensée navale « matérialiste ». Pour leurs forces navales, Auguste et surtout Agrippa se contentèrent d’unités plus légères réclamant moins d’hommes d’équipages que les unités de la flotte de Pompée et donc moins coûteuses.
L’unique héxère des forces impériales, une « 6″, servait de navire amiral à la flotte de Misène ; elle avait 3 rameurs sur le même aviron à un niveau supérieur et 3 autres au niveau inférieur ; les autres unités étaient des quinquérèmes, des « 5″, des quadrirèmes, des « 4″, des trières, des « 3″ directement issues des trières grecques et enfin des liburnes qu’Agrippa incorpora et qui provenaient d’un modèle de navire léger utilisé par les pirates de la côte nord de l’Illyrie : la Liburnie.
Agrippa avait eu soin d’améliorer l’artillerie mécanique embarquée ainsi que les divers projectiles utilisant le feu, les traits, les flèches et le harpax dont il était l’inventeur. La marine byzantine sera l’héritière directe de la marine impériale romaine.
Ces unités, surtout les plus importantes, ne pouvaient longtemps tenir la mer par suite des contraintes qui les obligeaient à relâcher souvent pour faire de l’eau et des vivres ce qui imposait aux forces navales d’avoir un réseau d’escales. Les navires étaient peu aptes aux escortes de convois, à la tenue d’un blocus et aux patrouilles de longue durée, à moins que ces dernières ne soient faites à la voile.
Pour C. de la Berge « la création d’Auguste avait été, dès le début, fortement méditée et convenablement appropriée, tant aux besoins publics qu’aux instincts et aux intérêts des populations » (23).
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Tout ce qui vient d’être dit prouve que les Romains ont eu assez tôt conscience de l’importance stratégique de la mer, bien qu’ils aient été relativement étrangers à cet élément ; par la suite une pensée navale relativement évoluée a pu naître, permettant l’organisation et la mise en œuvre des forces navales impériales qui, pendant plus de trois siècles, ne connurent que le temps de paix en l’absence d’adversaires à leur taille : il n’y avait aucune force adverse à dissuader. Rome ne peut être considérée comme une thalassocratie car sa maîtrise de la Méditerranée a d’abord résulté du contrôle de la totalité de ses côtes.
Les bases et escales de la Marine impériale romaine d’Auguste à Marc Aurèle de 14 avant J.C. à 161 après J.C.
1 - Forum Julii (Fréjus) base navale jusqu’en 70 ap. J.-C.
2 -- Misène, base de la flotte de Misène à partir de 12 avant J.-C.
3 -- Ravenne, base de la Classis Ravennas à partir de 39 avant J.-C.
4 -- Alexandrie, base de la Classis Alexandrina à partir d’Auguste.
5 -- Séleucie, base de la Classis Syriaca, à partir de Vespasien (69-79) ( ?).
6 -- Trébizonde, base de la Classis Pontica, à partir de Claude, en 47-48 ou mieux de Néron (54-68).
7 -- Boulogne/Douvres, bases de la Classis Britannica, à partir de Claude (41-54) ou même avant.
8 -- Ostie, port de Rome, était un des principaux arsenaux de la marine républicaine ; devient une base secondaire de la marine impériale au moins depuis le règne de Claude.
9 -- Centumcellae (Civitavecchia), base secondaire ; relais à la fois vers la Sardaigne et la Corse.
10 -- Aleria, base secondaire ; contrôle le commerce des bois de l’île.
11 -- Cagliari, base secondaire.
12 -- Brindes (Brindisi).
13 -- Aquilea.
14 -- Salone (Split).
15 -- Athènes/le Pirée servait encore d’escale pour la marine républicaine ; sous l’empire elle joua le rôle de relais pour les flottes de Ravenne et de Misène.
16 -- Ephèse ; c’est là qu’Antoine rassembla sa flotte avant Actium ; ce port a été actif tout au long de l’empire jouant un rôle très important dans le transit des troupes, notamment pendant la guerre des Parthes sous Trajan et Marc-Aurèle en 114 et en 161.
17 -- Cyzique, base d’une division de la flotte de Misène à la fin du premier ou début du second ; plus tard a pu être la base de la Classis Pontica.
18 -- Césarée de Mauritanie (Cherchel) ; aurait été la base d’une flottille indigène sous Juba II avant l’annexion de la Maurétanie en 40 après J.-C. ; il n’est pas sûr qu ce port ait été une base de la marine impériale.
19 -- Cologne/Alteburg semble avoir été le principal port de la Classis Germanica : sa création remonterait à Claude (41-54). Elle disposait probablement de nombreux autres ports sur le Rhin inférieur.
20 -- Carnuntum aurait été une base de la Classis Pannonica où celle-ci devait avoir une flottille permanente détachée de sa base principale de Taurunum.
21 -- Brigetio, autre station fluviale de la Classis Pannonica.
22 -- Taurunum, près de Belgrade, est la grande base navale attestée de la Classis Pannonica depuis Vespasien (69-79).
23 -- Ratiaria, aurait été une des bases de la Classis Mœsica en aval des Portes de Fer où commençait sa zone de patrouille ; elle remonterait à l’époque augustéenne.
24 -- Noviodunum (Isaaccea) est la grande base de la Classis Mœsica dont la création date également de Vespasien ; cette flotte devait aussi contrôler la façade maritime de la Mésie.
25 -- Istrus, port fréquenté par la Classis Mœsica.
26 -- Chersonèse Taurique, port fréquenté par la Classis Mœsica sous Néron (54-68) à l’époque de la guerre d’Arménie.
27 -- Panticapée est un port où le passage de la flotte est attesté.
28 -- Sinope aurait été une base pour les escadres romaines et alliées ; elle était fréquentée en 14 avant J.-C. par Agrippa et le port servait d’abri à une flotte sous Trajan vers 115.
29 -- Calchedon face à Byzance, a servi à plusieurs reprises de base aux escadres impériales.
30 -- Périnthe a joué un rôle semblable à celui de Calchedon et plus particulièrement aussi de base de transit pour les troupes en provenance du front du Danube et destinées à l’Orient.
31 -- Thessalonique (Salonique) a reçu des escadres appartenant à la flotte de Misène dès le Haut Empire ; ce port constituait une escale vers l’Orient.
32 -- Palerme a occasionnellement reçu des escadres de Misène se rendant vers l’Espagne ou vers l’Afrique.
33 -- Syracuse a été une escale pour les escadres à destination de l’Orient.
 A -- Classis Germanica ; B -- Classis Pannonica ; C -- Classis Mœsica
Jean Pagès  http://www.theatrum-belli.com
Source : M. Reddé, Mare Nostrum, les infrastructures, le dispositif et l’histoire de la marine militaire sous l’empire romain, Ecole française de Rome, 1986.
Notes :
1. Jacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu’aux guerres puniques, PUF, 1980, pp . 110.
2. Jacques Heurgon, op. cit., p. 301.
3. Jacques Heurgon, op. cit., p. 337.
4. André Piganiol, La conquête romaine, Alcan, 1930, p. 132 ; J.H. Thiel, A History of Roman Sea-Power before the Second Punic War, North Holland Publishing, Amsterdam, 1954.
5. J.H. Thiel, op. cit., p. 46. E. Pais, Storia critica di Roma durante i primi secoli, E. Loeschner puis P. Maglione et C. Strini, Rome, 1918-1920, l’auteur pense que malgré la psychologie « continentale » du peuple romain, Rome « fut aussi une grande puissance maritime », « sans maîtrise de la mer, Rome n’aurait ni conquis l’empire, ni pu le conserver ».
6. Jean Rougé, La marine dans l’Antiquité, PUF, 1975, p. 111s.
7. Jacques Heurgon, op. cit., p. 337. Le cap Lacinien est aujourd’hui le cap Rizzuto à l’entrée du golfe de Tarente.
8. J.H. Thiel, op. cit., p. 160 ; Jean Rougé, op. cit., p. 112.
9. La marine marchande américaine pendant la seconde guerre mondiale a créé à terre un centre d’entraînement pour les états-majors et les marins qui serviront sur les « Liberty-ships » où ce personnel faisait le quart et vivait absolument comme à la mer.
10. Jean Rougé, op. cit., p. 113.
11. J.H. Thiel, op. cit., pp. 320 ss.
12. J.H. Thiel, op. cit., p. 325.
13. J.H. Thiel, op. cit., pp. 328-329.
14. J.H. Thiel, Studies on the History of Roman Sea-Power in Republican Times, Amsterdam, North Holland Publishing, 1946, p. 131
15. C.G. Starr, The Roman Imperial Navy 31 BC-AD 324. Westport, Connecticut, Greenwood Press, 1975, p. 1.
16. Cité par C.G. Starr, op. cit., p. 3.
17. C.G. Starr, op. cit., p. 4 ss.
18. C.G. Starr, op. cit., pp. 13-24.
19. C. de la Berge, « Etudes sur l’organisation des flottes romaines », Bulletin épigraphique, tome 6, 1886, p. 227 ; M.I. Rostovtseff, Histoire économique et sociale de l’empire romain, Laffont, 1988, p.165.
20. A. Piganiol a consacré une demi-page à la marine dans son manuel d’histoire de l’empire romain !
21. C.G. Starr, op. cit., pp. 106 ss.
22. C.G. Starr, op. cit., pp.124 ss.
23. C. de la Berge, art. cit., p. 3.
Source du texte : STRATISC.ORG

mardi 28 février 2012

Décembre 1944, le 1er RCP s'illustre brillamment à Jebsheim (Alsace)

Issu de l'Armée d'Afrique et instruit au Maroc par les Américains, le 1er régiment de chasseurs parachutistes devait brillamment s'illustrer lors de la campagne d'hiver 1944-1945 sur le front des Vosges, où les Calots bleus aux "charognards" d'or allaient écrire des pages aussi glorieuses que les Alpins de 1914-1918. 

Depuis le 4 octobre 1944, date de son tout premier engagement sur le front allié, principalement dans la région boisée du Mesnil-Thillot, le 1er régiment de chasseurs parachutistes a perdu 468 hommes en vingt jours de combats acharnés dans les Vosges. Reconstitué, il remonte au feu en Alsace, le 7 décembre 1944. Le colonel Geille, l'homme qui a pratiquement créé l'arme parachutiste française, a été appelé à de hautes fonctions à l'état-major de l'air le 29 novembre. Il a transmis le commandement du 1er RCP au commandant Faure, qui était jusque-là son second. Le nouveau chef de corps, grand homme à lunettes et au profil aquilin, installe ses deux bataillons à 25 kilomètres au sud de Strasbourg, à Gerstheim, tout près du Rhin. Des pluies gelées freinent considérablement le déroulement des offensives lancées par le général de Lattre de Tassigny. Les aviateurs alliés, gênés par les intempéries, sont obligés de mettre un bémol à la fureur de leurs bombardements sur les lignes allemandes. L'artillerie allemande, tapie sur la rive est du Rhin, pilonne inlassablement la vallée d'Alsace.
De Lattre est obligé de changer ses plans de bataille. Les ordres qu'il donne à la 2e DB du général Leclerc (à laquelle le 1er RCP a été rattaché pour emploi) ne parlent plus de "s'emparer de Colmar", mais précisent seulement qu'elle "doit lancer des attaques méthodiques et successives sur les villages tenus par l'ennemi", pour permettre à la 36e division d'infanterie US du général Dahlquist de défaire une à une les défenses allemandes solidement installées de Kaysersberg à Andolsheim afin de pouvoir déborder Colmar par l'est, tandis que le groupement tactique n°4 du général Schlesser achèvera l'encerclement de la ville à libérer en accentuant ses pressions sur l'axe Heilisheim — Turckheim — Les-Trois-Épis — Hachimette.
L'ennemi devine le piège. Il lance de furieuses contre-attaques qui réussissent presque à désorganiser la l’armée française. Les chasseurs parachutistes de Faure lancent des patrouilles près des lignes allemandes. Ils capturent des voltigeurs qui apprennent, par bribes, aux officiers alliés que le haut commandement allemand a dépêché des régiments frais et superbement équipés tout autour de Colmar. Ces renforts viennent de Salzbourg, Constance, Garmisch-Partenkirchen, Frilda, et même de plus loin au coeur du Reich. Ces troupes obligent les chefs français à revoir leurs plans de bataille. 
Le rush des paras du commandant Mayer sous le feu des MG 42Les deux bataillons de Faure, le premier mené par le commandant Mayer et le second sous les ordres du commandant Fleury sont dirigés sur Herbsheim et Fraesenheim. Les paras attaquent à l'aube du 13 décembre derrière les blindés du groupement Vézinet qui roulent en grondant dans la grisaille vers Witternheim. Le terrain est gorgé d'eau. Les chars s'embourbent les uns après les autres, les chasseurs les dépassent et poursuivent seuls leur mouvement dans la brume. Peu après 6h30, l'artillerie ennemie prend soudain la progression sous un déluge de feu. Les canons des chars enlisés répondent sans grand succès aux artilleurs allemands. Les parachutistes sont en enfer. Les obus amis et ennemis se croisent en hurlant au-dessus de leurs sections aveugles. Des hommes tombent en hurlant de douleur. Les sections du capitaine Mayer atteignent enfin leur base d'assaut, à 1.500 mètres de Witternheim. Les voltigeurs, essoufflés et aux oreilles torturées, découvrent leur objectif qui sort peu à peu des brumes matinales. Un bois leur en masque la plus grande partie. Mayer donne le signal du rush. Ses 4e et 5e compagnies foncent à l'est de l'objectif, tandis que la 6e compagnie du capitaine Drouant approche l'ennemi par l'ouest. La 4e compagnie, commandée par le lieutenant Charvet, se trouve prise, bien avant d'amorcer sa progression, sous un formidable déluge d'obus. Des hommes en sang se tassent au sol. Le lieutenant Dié a un pied arraché. Le chef de la compagnie matraquée se relève dans le vacarme et entraîne sa première vague d'assaut. Des mitrailleuses allemandes prennent le relais des artilleurs. Leurs rafales taillent à vif dans la ligne pressée des fantassins français. Le lieutenant Bertin est tué. Charvet rameute les survivants des 37 voltigeurs de l'assaut. De nouvelles MG se dévoilent lorsque les paras ne sont plus qu'à 200 mètres de leurs positions. Elles prennent les hommes de Charvet de face. Cinq chasseurs réussissent à se jeter tout contre les Allemands. Charvet lance alors sa deuxième vague sur les brisées sanglantes du premier mouvement. L'artillerie allemande faiblit. Les sections du 1er RCP enlèvent un à un leurs objectifs.
Il est 10h30 lorsque Witternheim est pris. Un drapeau français flotte sur le clocher de l'église dont les cloches sonnent le branle de la liberté. Quarante-deux parachutistes sont morts en quelques heures. Les chars du groupement Vézinet se désembourbent à la mi-journée. Leur avance ajoute encore à la déroute allemande. Charvet mène les survivants de sa compagnie vers Neunkirch, à l'est du village conquis, pendant que le reste du bataillon Mayer s'installe dans le bourg arraché aux Allemands au prix du sang.
Neunkirch est enlevé sans combat. La nuit tombe sur le champ de bataille jonché de gisants des deux camps. L'artillerie ennemie redonne de la voix. Les paras qui ne sont pas de veille se sont terrés dans les caves profondes des fermes qu'ils occupent, et ne subissent pas de pertes. L'attaque est relancée à l'aube du 14 décembre vers Binderheim. Les paras parviennent à se porter à 800 mètres du bourg mal- gré un matraquage continuel d'artillerie. La neige a succédé aux pluies gelées. Des chars Tigre et Panther, dont l'approche avait été trahie à la fin de la nuit par l'incessant grondement des moteurs, entrent dans la bataille. la 6e compagnie du capitaine Drouant est obligée de traverser un champ de mines. Les paras hésitent à avancer plus. Les explosions des pièges allemands se mêlent au concert des canons et des mitrailleuses lourdes. Des spécialistes du déminage sont dépêchés de l'arrière. Des chapelets de mines explosent en sympathie. Le carnage est atroce.
On doit passer tout de même ! hurle le sergent René Leguéré, de la section Lambert.
Le sous-officier donne l'exemple. Il bondit vers le village bien défendu. Un hurlement inhumain l'oblige à se retourner : l'un de ses voltigeurs est déchiqueté par des éclats. Ses yeux implorent de l'aide, son corps sanglant est agité de soubresauts. Son chef devine la mort.
Plaque-toi au sol ! hurle-t-il en se relançant vers l'ennemi, les copains vont venir te tirer de là...
Les paras font un nouveau bond qui les mène à 600 mètres à peine des premières maisons de Binderheim. Ils reprennent leur souffle à l'abri relatif d'un bois de sapins. Les chars allemands manoeuvrent bien. Leurs tirs couvrent bientôt toute la ligne d'attaque sous un manteau de fer et de feu. Le bois qui abrite la 6e compagnie n'est plus qu'un amas de troncs éclatés. Les chasseurs sont paralysés. La pression allemande se fait de plus en plus forte.
Pas possible, rumine Leguéré en cherchant du regard les survivants de la section Lambert, on va tous crever ici !
L'artillerie amie ne riposte pas à la furie allemande. L'enfer dure près de trois heures. Seuls, dérisoires, les mortiers de Faure essaient de tempérer un peu les ardeurs des pièces ennemies les plus rapprochées. Pris eux aussi sous les éclatements aveugles de leurs obus, des soldats allemands lancent des assauts désespérés vers les paras bloqués. Ces derniers réagissent bien. Leurs armes individuelles et leurs mitrailleuses légères redonnent de la voix à l'unisson. La folle attaque se brise net. Pour la vingtième fois au moins un ordre circule de groupe en groupe : "Il faut tenir à tout prix !"
Les plaintes des blessés, dans l’enfer déclenché par l’artillerie allemande 
D'horribles plaintes montent dans le bois fracassé. Des blessés implorent Dieu. Certains appellent leurs mères. D'autres maudissent le diable en expirant.
Les paras de Drouant, bien couverts par les mitrailleuses de la 4e compagnie, bondissent vers l'objectif enfumé. Ils sont vite obligés de se tasser dans la boue, tout contre les cadavres des soldats allemands dont l'attaque a tourné court. L'après-midi se meurt lorsqu'arrive enfin un ordre de repli. Les sections, bien entamées, refont par bonds les 3 kilomètres parcourus depuis le matin. Le bataillon Mayer réussit à sortir tout entier de l'enfer, et s'installe à la nuit aux franges du bois de Mayhols. Des volontaires repartent presque aussitôt en patrouille, pour tenter de récupérer des blessés qui appellent à l'aide, sous le pilonnage incessant de l'artillerie ennemie.
Le 1er bataillon a perdu le tiers de son effectif en quarante-huit heures, dont 136 chasseurs au cours de l'attaque vaine sur Binderheim. Les survivants reprennent des forces sous la protection de trois tanks destroyers et de trois Sherman. Les Allemands passent à l'attaque à l'aube du 16 décembre. Ils concentrent leurs efforts sur le nord-ouest du bois de Mayhols, dans lequel se sont repliés les 4e et 5e compagnies du bataillon Mayer. Le lieutenant Guiraut replie sa 5e compagnie au sud du bois, après avoir supporté le premier choc de l'assaut allemand.
Les TD et les Sherman protègent efficacement le repli des paras. Mayer réorganise ses lignes. Son bataillon est bientôt déployé face au mouvement ennemi bien épaulé par une douzaine de Panther. L'artillerie amie, amenée en ligne au cours de la nuit, se déchaîne enfin. Les Allemands subissent à leur tour la loi du feu en pluie.
Chacun son tour, jubile Jules Rechignat, un tireur à la mitrailleuse de 7,62, qu'est-ce qu'ils prennent...
Les vagues ennemies reculent. La 6e compagnie glisse à l'ouest et au sud-ouest de Neunkirch, tandis que les survivants de la 4e se portent au sud-est de la localité. L'artillerie allemande se manifeste encore tout au long de la journée. Les parties en présence semblent s'observer. Mayer ne compte au soir du 15 décembre "que" cinq tués. Les choses se calment encore dans les jours qui suivent.
La trêve, toute relative, dure jusqu'au 22 décembre. Le 2e bataillon du capitaine Fleury est mis en alerte. Il doit attaquer le lendemain les villages de Zelsheim et Diebolsheim pendant que le 1er bataillon suivra le mouvement de très près. Les paras sont impatients de foncer sur l'ennemi qui ne donne plus signe de vie, mais l'attaque est décommandée au tout dernier moment. Le régiment Faure est placé en repos. Les paras fêtent Noël loin du feu, au Val d'Ajol, à Plombières et à Ruaux. Ils remontent en ligne le 30 décembre. Leurs camions ont du mal à franchir le col du Bonhomme qui est fortement enneigé, et c'est à pied que les chasseurs relèvent le 1er régiment de tirailleurs algériens sur les crêtes du secteur de Labaroche, vers Hachimette.
Les Allemands attaquent en force pendant la dernière nuit de l'année 1944: six divisions d'infanterie et une division blindée bousculent le dispositif allié sur la ligne Sarreguemines — Bitche — Bannstein — Benhoffen ; le but principal de leur manœuvre étant de reconquérir la trouée de Saverne.
La pression ennemie est si forte que, dès le 1er janvier 1945, le général Eisenhower doit se résoudre à ordonner le repli de son 6° groupe d'armées. L'aile gauche de la 1re armée française est obligée de suivre le mouvement. Le général de Gaulle n'accepte pas la tactique US. Il écrit au général de Lattre dès le début du repli : "Dans l'éventualité où les forces alliées se retireraient de leurs positions actuelles au nord du dispositif de la l'armée française, je vous prescris de prendre à votre compte et d'assurer la défense de Strasbourg."
Sous le feu des tireurs d’élite allemands
Pendant que se joue ainsi le sort de la guerre, les paras de Faure poursuivent leur mise en place de relève. Le 1er bataillon du 1er RCP s'étale au sud d'Orbey, tandis que le 2e bataillon occupe l'ouest de la localité, sur la route des lacs Blanc et Noir. Des TD appuient quelques pressions du 1er bataillon vers le Gros-Gazon et le haut Honeck. Les Allemands contre-attaquent. Le combat est longtemps incertain, puis l'ennemi reflue sur les hauteurs qu'il occupait avant l'assaut. Les chasseurs du 2e bataillon, qui ont chargé leur matériel lourd sur un train de mules, s'installent au nord du village de Pairs. Les Allemands, vêtus de blanc et invisibles dans la neige, ne sont qu'à 200 mètres de là. Leurs tireurs d'élite empêchent tout mouvement des Français. Les combattants s'observent. Une unité américaine relève les paras dans la nuit du 6 au 7 janvier. Les forces du Reich attaquent une nouvelle fois le 10 janvier. L'affaire est des plus sérieuses. Le général von Maur, qui commande l'attaque de l'armée Oberrheim, est sûr de son fait. L'ordre du jour qu'il diffuse avant l'assaut est net :
"Je compte sur vous pour pouvoir annoncer au Führer, dans quelques jours, que le drapeau à croix gammée flotte à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg."
La 1re division française libre du général Garbay résiste tant qu'elle peut à la ruée des chars blancs de la brigade Feldherrnhalle et aux fantassins de la 198e division. Les efforts du bataillon du Pacifique, du 1er bataillon de la Légion étrangère, des paras de Faure et des fusiliers marins du 1er RFM permettent aux lignes alliées de tenir. Les Allemands piétinent, reculent — et Strasbourg, qui avait été évacuée en hâte, demeure française. Le général Wiese, qui commandait en chef le mouvement de la 19e armée allemande, est remplacé par le général Rasp. De Lattre décide de lancer de nouvelles actions pour délivrer enfin Colmar. Il obtient des Américains le solide appui aérien nécessaire à l'attaque.
Le jour J est fixé au 20 janvier 1945. Le 1er RCP, regroupé à Obernai, effectue un mouvement vers Guémar et s'insère dans le dispositif tactique de la 5e DB du général Vernejoul, qui détache aussitôt les paras au groupement tactique n°6 du colonel Boutaud de Lavilléon.
La bataille commence à l'heure prévue dans une tourmente de neige. Le 1er corps d'armée français attaque en premier, bien soutenu par 102 batteries d'artillerie. Le 2e corps d'armée entre à son tour dans l'action à J+2. Les Allemands tiennent parfaitement le verrou de Colmar. De Lattre lance un troisième corps d'armée dans la bataille. Les parachutistes de Faure reçoivent pour mission principale de s'emparer de Jebsheim, position clé au nord-est de Colmar.
Le capitaine Fleury attaque sous la neige. Ses sections dépassent sans encombre le moulin de Jebsheim, déjà enlevé de haute lutte par des fantassins américains. Les Allemands se dévoilent à l'orée du bois. Le combat est tout de suite d'une violence inouïe. A l'avant, les paras luttent de front. Les Allemands finissent par reculer. Faure reçoit alors l'ordre d'occuper et de tenir à tout prix la forêt jonchée de cadavres gelés. La température atteint — 20 °C. Les Allemands contre-attaquent. L'issue du combat demeure incertaine sur toute la longueur du front. Le 2e bataillon du 1er RCP reste ainsi au contact physique de l'ennemi pendant trois jours. L'artillerie allemande entretient une pression constante sur les positions françaises. Plus de 120 paras meurent, déchiquetés. Les défenseurs de Jebsheim repoussent les Américains du 254e régiment d'infanterie dans la nuit du 25 au 26 janvier. Les Yankees, bien soutenus par les chars du sous-groupement du Chayla et flanqués par les paras du 1er bataillon du 1er RCP, réussissent à reprendre les premières habitations du bourg transformé en forteresse par les soldats du Reich. Les fantassins américains accentuent encore leur pénétration dans la nuit du 27. Le commandement ennemi prend alors les assaillants sous un déluge d'obus d'artillerie. Les Français, légionnaires du 3e RMLE et paras du RCP se lancent à la rescousse en vagues hurlantes. Les maisons de Jebsheim sont arrachées à l'ennemi une à une après de furieux corps à corps. Les positions dévastées changent plusieurs fois de camp. Il y a du sang sur la neige. Les morts gèlent très vite. Les survivants des attaques, hagards, ont dépassé depuis longtemps le seuil de la résistance humaine. Ils sont devenus des "robots de guerre". Il part en moyenne, dans les deux camps de la bataille, un obus d'artillerie toutes les cinq secondes. Le combat s'exaspère le 28 janvier. Les Allemands sont enfin bousculés. Leurs blindés, jusque-là embossés à l'abri des regards alliés, décrochent un à un, poursuivis par l'artillerie amie. La 9e compagnie du 2e bataillon du RCP oblige le plus gros d'un bataillon de chasseurs de montagne, qui venait de rejoindre la bataille, à jeter les armes. Le vacarme décroît, puis meurt. Le colonel Boutaud de Lavilléon peut annoncer enfin la prise de Jebsheim.
Les paras se terrent dans les positions qu'ils ont enlevées. Ils ont tous des visages de morts vivants. La victoire, trop chèrement payée, ne les grise pas. Ils sont devenus indifférents à tout ce qui les entoure. Ils devinent que l'ennemi peut revenir en force. C'est ce qui se passe à l'aube du 29 janvier. Les généraux allemands jettent le 136e Gebirgsjagerregiment et les Jagdpanther du 654e Panzerjagerabteilung pour soulager les derniers enragés qui tiennent encore quelques maisons au sud de Jebsheim. Le général Haus Degen, qui commande la 2. Gebirsdivision, a reçu des ordres formels :
"La brèche dans la HKL (Hauptkamflinie, ligne principale de résistance), entre Grussenheim —Jebsheim et le canal compris au nord de Muntzenheim, doit être fermée avec toutes les forces dont le corps dispose, renforcée et défendue. L'ennemi ne doit pas pouvoir franchir cette HKL et pousser en direction de l'est, sous peine de provoquer de graves perturbations dans la conduite d'ensemble du corps. De nouvelles réserves doivent être constituées à l'est de Jebsheim et au sud de Muntzenheim."
Cet ordre, qui montre bien tout l'intérêt de la prise de Jebsheim pour les Alliés, n'est, en fait, que le prolongement d'un rapport que le Führer en personne a remis au SS Oberstgruppenführer Hausser, qui commande le groupe d'armées Oberrheim :
"Il importe de consolider le front nord de Colmar et de fortifier la ville elle-même, dont la perte aurait une signification bien plus grande que celle d'une autre partie de terrain."
La ruée allemande se brise sur les défenses alliées à 9 heures. Les paras resserrent leurs rangs à nouveau clairsemés. Les Allemands qui ont tout de même réussi à se réinstaller dans la partie sud de Jebsheim lancent un second coup de boutoir vers 15 heures. Leurs efforts échouent. Ils arrachent quelques nouvelles maisons aux Français et aux Américains, mais sont bientôt forcés de reculer encore. Ils abandonnent cette fois le village tout entier. Jebsheim est en ruine. Un demi-millier de cadavres allemands jonchent les rues éventrées, les jardinets dévastés et les champs alentour. Trois centaines de GI et de paras sont morts. Une longue colonne de plus de mille prisonniers est lentement évacuée. Des explosions brisent le calme si chèrement mérité. Les vaincus ont diaboliquement piégé tout le morne site. Des démineurs du génie assainissent lentement le village. Les chasseurs de Faure les aident en fouillant le sol de leurs baïonnettes. La nuit tombe sur le village mort. La route de Colmar est ouverte. La ville sera bientôt investie. Le 8 février 1945, les troupes alliées défilent devant leurs chefs. Le 1er RCP, qui est tout naturellement de la parade, a perdu l'équivalent de son effectif après trois mois d'une sanglante bataille. Le régiment déplore en effet depuis le 4 octobre 1944, 1.156 hommes hors de combat, morts et blessés confondus ! http://www.theatrum-belli.com
A lire :
Georges FLEURY : Le 1er Régiment de chasseurs parachutistes, tome 1 (1935-1945), Lavauzelle, 1982.
Georges FLEURY : Le Para Roger Léguéré : L'Épopée d'un para, des Vosges (1944) à Dien Bien Phu (1954), Grasset, 1982.

lundi 27 février 2012

LA MACONNERIE ET SES COMPAGNONS DE ROUTE

      Régulièrement j'attire l'attention sur certaines déclarations de responsables ou de journalistes de la mouvance dite «nationale» et ou catholique même traditionaliste, qui s'efforcent de nier ou d'édulcorer l'action de la maçonnerie et de moquer ceux qui, comme nous, mettent en garde.
À l'évidence, les études sur le complot maçonnique et la gnose, même restreinte à quelques auteurs récalcitrants, dérange, sinon on ne comprendrait pas la constance de tant de textes visant à le nier.
On voit d'où vient le mot d'ordre, à l'occasion d'une «conférence publique» le 16 janvier 2010 de la loge Condorcet-Brosso- lette de la Grande Loge de France, qui «planchait» sur «Anti-maçonnerie, le mythe du complot».
Y participaient, Joël Gregogna, Premier Grand-Maître Adjoint, Patrick-André Chéné, gynécologue, Michel Jarrige, spécia liste de l'anti-maçonnerie, que nous avons déjà épinglé dans La Politique.
Ils étaient accompagnés par P-F Truys et A. Lenardezzi qui interprétaient, au violon, des morceaux de musique hébraïque.
Le plus intelligent des deux conférenciers était incontestablement Michel Jarige qui, dans sa tentative de défense de la maçonnerie, a passé en revue l'argumentation antimaçonnique, dont la notion de superposition pyramidale des degrés.
Ce qui fait que les inférieurs ne savent rien des degrés supérieurs, ni de l'identité de ceux qui les dirigent (1).
Conscient du danger, il moquait la division faite entre maçons «naïfs» qui ne rentrent en maçonnerie que que par ambition et carriérisme et la haute maçonnerie.
Comme le disait, cynique, le haut initié Albert Pike dans Morals and Dogmas (1) :
«Une partie des symboles est divulguée à l’initié, mais ce dernier est intentionnellement induit en erreur».
«On ne veut pas qu’il comprenne» !

Il est évident qu'aucun haut maçon, ne peut répondre à cet aveu d'Albert Pike qui n'était pas destiné à être connu et c'est pour cela qu'il ne leur reste, que la simple dénégation et le silence sur ce qui dérange.
Or c'est là, la démarche que l'on retrouve de la part de ses «compagnons de route» dans nos milieux.
C'est pour cette raison qu'ils fuient toute confrontation ou débat.
C'est pourquoi, Michel Jarige et P-A Chéné en étaient réduits à nier tout fondement au complot dénoncé, comptant sur l'ignorance du public des textes judéo-maçonniques qui annoncent et se glorifient du complot (1).
Primaire pour des primaires, Patrick-André Chéné moquait le «conspirationisme» par des raccourcis caricaturaux :
Parler de complot maçonnique, c'est selon lui comme si on niait que «Le 11 septembre ait eu lieu», «que les Juifs ne sont pas morts dans les camps de concentration», etc..., énormités que n'a jamais utilisées l'école antimaçonnique, si ce n'est pour dénoncer le montage de ces évènements et leur utilisation au profit du complot qui bien sûr, «n'existe pas»...
Il accusait les anti-maçons de paranoïa, de psycho-rigidité, et le plus beau de «jalousie des anti-maçons de n'avoir pas le bonheur d'être maçons» (sic).
Et pour parfaire le tout d'affirmer avec un aplomb incommensurable :
«Aucun élément objectif n'a pu être apporté à l'appui des thèse conspirationistes»...
C'est pourquoi il est intéressant de juxtaposer cette conférence avec les déclarations et négations de représentants des milieux «nationaux» et ou dits catholiques «tradis», sur lesquels il nous faut revenir.
On y découvre ainsi la filiation de leur campagne de négation du complot...:
- En effet, ce n'est pas gratuit si l'abbé de Tanoüarn estimait que les travaux du jésuite Barruel, ne sont qu'une thèse parmi d'autres sur les origines de la Révolution française” (sic).
De même, son apologie de la valeur morale des Constitutions maçonniques d'Anderson est étrange !
Aussi, rien d'étonnant qu'il prône :
“L'on doit récuser les théories complotistes et conspirationnistes” (2).

- Ce n'est pas gratuit si, son confrère, l'abbé Grégoire Celier, sous le pseudonyme de Paul Sernine, anagramme d'Arsène Lupin (sic), dans son livre La Paille et le Sycomore, niait méprisant, sans apporter de preuves, les analyses documentées d'Étienne Couvert et de Jean Vaquié sur la gnose.
- Ce n'est pas gratuit si, à cette occasion, les abbés Laguérie et Héry, MM. J.Madiran, B. Antony, O. Pichon, S. de Beketch, D. Hamiche, J-M Molitor, J-L Maxence, J-P Maugendre, A. Guyot-Jeannin, E. Ratier, etc... appuyaient cette thèse dans leurs publications. Tansi que d'autres se taisaient, frileux !
- Ce n'est pas gratuit si dans ses pseudos Vérités sur la maçonnerie, Bernard Antony escamote le satanisme luciférien des hauts grades, et si dans son entretien dans Présent, 6.3.2010, il nie l'origine juive kabbaliste de la maçonnerie.
Qui plus est, en mettant au défi quiconque d'en apporter la preuve, mais fuyant le débat que je lui proposais, de même que notre ami Franck Abed qui le lui proposait avec moi sur Internet !
- Ce n'est pas gratuit si MM.Claude ?Rousseau, et Dominique Viain dans La Nouvelle Revue Certitudes de l'abbé de Tanoüarn, niaient cette action (3).
- Ce n'est pas gratuit si Emmanuel Ratier, Le Choc du Mois, N°4, écrivait :
Je n'ai jamais trouvé aucun document récent, je n'ai jamais eu d'entretiens avec des personnalités haut placées (sic), qui me permettent de démontrer qu'il y ait une espèce d'organisation pyramidale.
- “Ce sont des gens - les Bidelberg, Forum de Davos, Le Siècle- qui partagent une vision du monde modérée, consensuelle...
- La F.'. M.'. est devenue très conservatrice, plus du tout révolutionnaire (sic)
Si elle n'est pas si mal que cela, alors pourquoi l'a-t-il quittée, s'il l'a quittée...?!
La litanie se poursuit avec les «catholiques» :
- Michel Toda dans La Nef, N°169 évoquait "Barruel ou le mythe du complot maçonnique".
-Yves Chiron, dans Présent, 11.3.06 :
"Nombre d'historiens et d'auteurs (lesquels ?) ont repoussé en bloc la thèse de Barruel, selon laquelle la Révolution française est l'aboutissement d'un triple complot, contre l'autel, le trône, la société" et dans Présent, 15.4.06 :
"Les théories du complot ou conspirationnistes sont dans beaucoup de cas, une façon commode, simpliste ou paresseuse, d'expliquer la réalité historique" (sic).
"Identifier systématiquement franc-maçonnerie et complot est-il légitime" ?
"La question mériterait de longs développements, argumentés à la fois par la pratique maçonnique et par des exemples historiques" (sic).
Croit-il vraiment qu'il suffit d'entrer en maçonnerie pour en connaître ses secrets, alors que sa structure par degrés "d'initiation" fait que les bas grades ne savent rien des grades supérieurs ?!
- Pierre-André Taguieff, dans un entretien avec Christophe Geffroy et Jacques de Guillebon dans La Nef ,N° 170, niait lui aussi le complot maçonnique.
Il occultait la documentation maçonnique connue et les excommunications de l'Église sans que MM. Geffroy et de Guillebon réagissent.
Au contraire ils l'appuyaient :
"À quand remontent ces “théories du complot " ou encore :
"Pourquoi Barruel introduit-il le mythe du complot juif à ce moment là" ?
Or Taguieff, chercheur au CNRS, est l'auteur de Autour des Protocoles des Sages de Sion, faux et usage de faux, récompensé par le prix Bernard Lecache de la LICRA....
Il collaborait à la revue occultiste, gnostique et maçonnique, Politica Hermé- tica de Vladimir Dimitrijevic invité aux réunions du "catholique" Centre Charlier, de Bernard Antony, président des Amitiés juives et chrétiennes et des Etudiants israélites rapatriés d'Algérie.
- Patrice de Plunkett nie lui aussi le complot dans son livre l'Opus Dei :
"Barruel, dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire du Jacobinisme, (...) attribue ce complot aux francs-maçons, lançant ainsi un mythe qui influencera des esprits dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique".
“Dans le mythe du complot juif, il y a le récit secret du "discours du rabbin", réunissant ses frères pour leur soumettre un projet de conquête du monde”.
“C'est la pseudo source des Protocoles des Sages de Sion, ce faux archi-célèbre grand classique de l'antisémitisme déjà servi contre les francs-maçons" (sic).
L'ennui pour la crédibilité de M. de Plunkett, est que ce que nous vivons aujourd'hui correspond étrangement à ce qui y est écrit...
- Jean Sévilla dans Quand les catholiques étaient hors la loi (ils ne le sont plus ?), écrivait : "En dépit d'une certaine propagande, il n'existe pas de complot maçonnique" !
Et à l'émission de J. Trémolet de Villers à Radio Courtoisie. le 27.10.11, il récidivait en affirmant :
«Les révolutionnaires juifs ne combataiaient pas la monarchie, c'était leurs alliés» (sic) sans que de Trémolet de Villiers bronche !
C'est escamoter le rôle majeur des Juifs Weisshaupt, Kloots, Martinez de Pasqualis et autres Cagliostro dans la Révolution !
- Bruno Gollnisch, L'Héritage, N° 2 affirmait sans être contredit par Thibault de Chassey :
"Son influence (la maçonnerie) est encore grande", (sic), puis, "La Trilatérale, ça existe, mais ce n'est pas la Franc-Maçonnerie", (...) tous les membres de la Trilatérale ne sont pas francs-maçons".
Comment le sait-il alors que ses fon dateurs David Rockfeller et Zbiniew Brzezinski, sont deux haut maçons mondialistes, Le Figaro, 25.1.1999 ?!
Ce qui frappe chez ces“catholiques” c'est que comme les francs-maçons, ils se limitent à nier le complot, et occultent la documentation maçonnique réunie par l'école antimaçonnique qui le démontre.
Voila pourquoi leurs dénégations ne sont pas gratuites !
Pas plus que le refus de Thibault de Chassey de mettre en ligne sur son site, mon entretien avec Franck Abed sur la maçonnerie !
P. P. d'Assac  www.nationalisme-francais.com
Courriel - sppdassac@hotmail.fr
Site - www.nationalisme-francais.com
(1) P. P. d'Assac. La Maçonnerie. S.P.P.
(2) Nouvelle Revue Certitudes, N° 13, 2004
(3) P.P.d'Assac. Tradition ou Révolution.

samedi 25 février 2012

1914-1918 : La bataille de Verdun

En revoyant ce documentaire, il est extraordinaire d'écouter les témoignages d'anciens combattants qui, aujourd'hui, ont dorénavant tous disparu.


la bataille de verdun 1 par fabibudy


la bataille de verdun 2 par fabibudy


la bataille de verdun 3 par fabibudy


la bataille de verdun 5 par fabibudy
http://www.theatrum-belli.com

vendredi 24 février 2012

Le Capitaine Hermann Ehrhardt : ennemi de la République de Weimar et combattant clandestin

Le Capitaine de corvette Hermann Ehrhardt était, au début des années 20, plus connu qu’Adolf Hitler. Il était l’espoir et la figure du chef pour la droite radicale allemande sous la République de Weimar. Il avait participé au putsch de Kapp; il avait combattu dans les Corps Francs; il avait été un “terroriste politique”, avait tiré les ficelles de plusieurs attentats politiques et était propriétaire terrien. A propos de sa personne, on affabulait et on brodait: on l’imaginait en permanence ourdissant des complots. Avec ses compagnons de combat, il était de toutes les conversations sous la République de Weimar, faisait souvent la une des journaux. Par deux fois, ce chef bien connu des Corps Francs a dû prendre la fuite en Autriche poursuivi par les sicaires de la police politique. La seconde fois, il est resté durablement sur le territoire de la république alpine et, en 1948, est devenu citoyen autrichien. Il est mort le 27 septembre 1971 dans son château à Brunn am Walde dans le Waldviertel. Quand il est mort, il y a quarante ans, son nom et son itinéraire politique avaient été oubliés depuis longtemps. Son décès n’a suscité qu’une brève notule dans le “Spiegel” de l’époque. Qui donc était cet homme qui, jusqu’à la fin des années 20, avait été considéré comme l’ennemi le plus dangereux de la jeune République de Weimar ?

Hermann Ehrhardt était né le 29 novembre 1881 à la lisière de la Forêt Noire, dans la localité de Diersburg dans le Pays de Bade. En 1899, il s’engage comme cadet de la mer dans la marine impériale allemande et y achève une carrière typique d’officier de marine. En 1904, alors qu’il a acquis le grade de sous-lieutenant (“Leutnant zur See”), il participe, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Ludwig von Estorff, aux opérations destinées à mater la révolte des Hereros dans le Sud-Ouest africain, à l’époque colonie allemande. Ehrhardt lui-même décrira cette aventure, ainsi que d’autres épisodes de sa vie mouvementée, dans un livre intitulé “Kapitän Ehrhardt – Abenteuer und Schicksale” (“Capitaine Ehrhardt – Aventures et destinées”) et paru en 1924, alors que sa notoriété était à son zénith ainsi que son influence sur les droites politiques de l’époque de Weimar.

Quand éclate la première guerre mondiale, Ehrhardt était “Kapitänleutnant” et chef d’une demie flotille de torpilleurs. En cette qualité, il avait participé à la bataille du Skagerrak, notamment aux opérations qui avaient conduit à la destruction du destroyer britannique “HMS Nomad” de 1000 tonnes. La demie flotille d’Ehrhardt fut alors envoyée en Flandre en octobre 1916 pour lancer des opérations de reconnaissance et des raids dans la Manche, afin de protéger l’action des sous-marins. En 1917, Ehrhardt est promu “Korvettenkapitän”. En septembre de la même année, il devient le commandant de la IX flotille de torpilleurs, fonction qu’il conserve jusqu’à la fin des hostilités. Après l’armistice, en 1919, il conduit son unité à Scapa Flow, où les équipages font saborber les torpilleurs. Ehrhardt n’a pas assisté lui-même au sabordage de sa flotille car, avec la plupart de ses hommes, il était déjà retourné à Wilhelmshaven.

Le 27 janvier 1919, les communistes proclament la “République des Conseils de Wilhelmshaven”. Réagissant à cette mutinerie des matelots de Wilhelmshaven, Ehrhardt rassemble autour de lui 300 officiers de marine, des hommes de sa propre flotille ainsi que d’autres unités, et donne l’assaut, le soir même de la proclamation de cette “République des Conseils”, au quartier général des révolutionnaires. Le 17 février, il fonde, après une intense campagne de recrutement parmi les marins non communistes, la “Marinebrigade Ehrhardt”, l’un des premiers Corps Francs de l’après-guerre allemand. Elle compte environ 1500 hommes.

Avec ce Corps Francs, l’un des plus connu dans l’espace allemand entre 1918 et 1923, Ehrhardt participe à l’élimination des “républiques des conseils” de Munich et de Braunschweig en avril et en mai 1919. Dans le centre du pays aussi, la Brigade Ehrhardt met un terme à plusieurs foyers insurrectionnels. En août 1919, la Brigade est engagée contre la première insurrection polonaise en Haute-Silésie. A la fin de l’année 1919, la troupe se voit renforcée par des éléments issus des unités ayant opéré dans les Pays Baltes, si bien qu’elle finit par compter 4000 hommes. A la charnière des années 1919 et 1920, Ehrhardt et ses hommes sont au repos et casernés dans le camp d’entraînement de Döberitz près de Berlin, où la dissolution de tous les Corps Francs, y compris la Brigade de Marine d’Ehrhardt, doit avoir lieu, comme l’exigent les vainqueurs.

Au début du mois de mars 1920, Ehrhardt entre en rébellion contre l’ordre de dissolution et rejoint le putsch dit de Kapp, mené par un haut fonctionnaire prussien, Wolfgang Kapp, et par un général d’infanterie, Walther von Lüttwitz. La mission de la Brigade Ehrhardt était d’occuper le quartier gouvernemental de la capitale. Au cours de ce putsch, Ehrhardt a fait savoir ce qu’il entendait par “application de la violence” en cas de coup d’Etat: après que les fonctionnaires berlinois aient refusé de travailler pour le gouvernement putschiste, Ehrhardt aurait dit: “Eh bien, nous allons coller au mur les trois premiers fonctionnaires qui refusent de travailler. On verra bien alors si le reste va se mettre à travailler ou non”. Lorsque Kapp refusa d’appliquer cette mesure drastique, Ehrhardt a lâché ce commentaire: “Alors le putsch est fichu!”.

Après l’échec du putsch de Kapp et la dissolution effective de la Brigade, le 31 mai 1920, la tête d’Ehrhardt fut mise à prix en Prusse. Il prit la fuite et se réfugia en Bavière, à Munich, où les nationaux tenaient le pouvoir sous la houlette du premier ministre bavarois, le Chevalier Gustav von Kahr. Celui-ci toléra sa présence sur le sol bavarois et ne le fit pas extrader. Alors qu’une partie de ses anciens soldats et compagnons s’engageaient dans la Reichswehr nouvellement reconstituée, une autre partie choisit la clandestinité: par l’intermédiaire de l’“Organisation Consul”, ils participèrent à l’organisation et à l’exécution de nombreux attentats politiques. Ainsi, Matthias Erzberger, Karl Geis et Walter Rathenau ont été éliminés par d’anciens combattants de la Brigade Ehrhardt. Immédiatement après l’attentat perpétré contre Erzberger, Ehrhardt se réfugia en Hongrie car il craignait d’être arrêté, accusé d’avoir tiré les ficelles du complot fatal. Vu l’état de l’opinion publique après les premiers attentats, la Bavière n’offrait plus un refuge sûr pour le Capitaine.

En novembre 1922, Ehrhardt revient de son exil hongrois. Il est immédiatement arrêté. Mais, en juillet 1923, avec l’aide de ses hommes, Ehrhardt réussit une évasion spectaculaire et se réfugie en Suisse, puis revient à Munich sous une fausse identité. Dans les cercles nationalistes de la capitale bavaroise, il s’oppose de manière véhémente et ferme contre le putsch manigancé par Hitler et Ludendorff, car, à son avis, il avait été préparé de manière fort peu professionnelle.

Dès ce moment, les nationaux-socialistes considèreront Ehrhardt comme une personnalité peu fiable. Le Capitaine a perdu aussi beaucoup de son prestige dans les rangs des droites allemandes. En avril 1924, vu l’imminence d’un procès pénal, Hermann Ehrhardt quitte le Reich pour l’Autriche; il revient en octobre 1926 après une amnistie générale décrétée par le Président Paul von Hindenburg. En 1931, Ehrhardt fonde le groupe “Gefolgschaft” (littéralement: la “Suite”), qui, malgré la perte de prestige subie par Ehrhardt, parvient encore à rassembler plus de 2000 de ses adhérants, ainsi que des nationaux-socialistes et des communistes déçus. Ils voulaient empêcher Hitler de prendre le pouvoir et fustigeaient la “mauvaise politique de la NSDAP”. Ehrhardt entretenait des rapports avec Otto Strasser et l’aile socialiste de la NSDAP. En 1933, Ehrhardt s’installe sur les terres du Comte von Bredow à Klessen dans le Westhavelland. En juin 1934, quand Hitler élimine Röhm, Ehrhardt aurait normalement dû faire partie des victimes de la purge. Il a réussi à prendre la fuite à temps devant les SS venus pour l’abattre, en se réfugiant dans la forêt toute proche. Les sicaires ne l’ont que mollement poursuivi car, dit-on, beaucoup de membres de sa Brigade avaient rejoint les SS. Ehrhardt s’est d’abord réfugié en Suisse puis, en 1936, en Autriche, où son épouse, le Princesse Viktoria zu Hohenlohe-Öhringen possédait un château à Brunn im Walde dans le Waldviertel. Ehrhardt n’a plus fait autre chose que gérer ces terres, que participer à des chasses au gibier et que s’adonner à la sylviculture. Il s’est complètement retiré de la politique.

Après l’Anschluss, Hitler fit savoir à Ehrhardt qu’il pouvait vivre en paix dans le Waldviertel à condition qu’il ne s’exprime plus politiquement et renonce à tout activisme. Après la seconde guerre mondiale, Hermann Ehrhardt est devenu citoyen autrichien en 1948. Après sa mort, il a été enterré dans le cimetière de la commune de Lichtenau im Waldviertel. La pierre tombale, sous laquelle reposent Ehrhardt et son épouse (décédée en 1976), est décorée de l’insigne de la Brigade, présentant un drakkar viking.

Jan ACKERMEIER http://euro-synergies.hautetfort.com/
(article paru dans “zur Zeit”, Vienne, n°41/2011; http://www.zurzeit.at/ ).