mercredi 19 décembre 2018

Passé Présent n°220 – La crise du 6 février 1934




Au sommaire :
1) La crise du 6 février 1934 place de la Concorde.
2) Parcours de Catherine II de Russie, surnommée la « Grande Catherine ».
3) Bernard Lugan présente son ouvrage « Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours ».
https://www.tvlibertes.com/passe-present-n220-la-crise-du-6-fevrier-1934?is_wppwa=true

mardi 18 décembre 2018

Un mensonge d’État au service de l’étranger

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Les généraux de Lattre et de Monsabert 
Ce livre est un plaidoyer pour la France et les Français.
À l’encontre des propos mensongers et des images grossières qui sont déversés à longueur de temps et d’antennes et qui font de la France un pays minable qui s’est toujours mal comporté, en particulier pendant les années 40, avec des Français lâches, égoïstes, ignobles, collaborateurs nés, antisémites patentés, xénophobes… Discours officiels, historiographie officielle, instruction et éducation officielles !
Tout ça pour permettre aux politiciens de jouer les grandes consciences en accusant leurs anciens et en battant la coulpe de la France. Jacques Chirac a donné le « la ».
En fait, ce sont les États-Unis et les Anglo-saxons qui ont inventé cette légende. Le faux historien Paxton en est l’illustration. Leur politique a toujours été d’humilier la France pour mieux la dominer et servir ainsi leurs intérêts et ceux de leurs vrais alliés, Israël en particulier. L’opinion occidentale, et française singulièrement, matraquée sans cesse, en vient à penser que tout est de la faute de la France, même le nazisme. L’Allemagne est déchargée de toute culpabilité ! Hitler n’est rien par rapport à Pétain. C’est énorme ! Et c’est répété à longueur de temps.
Alors l’auteur en quelques chapitres rappelle les fait : les combats de la Résistance, les hauts faits de l’armée française avec les Juin, les de Lattre, les Leclerc, le comportement exemplaire de l’immense majorité des Français, la protection des Juifs, tout un effort qui tendait vers la libération, de tous les côtés, aussi bien des maquis que de l’administration….
Sur tel ou tel point, il est permis d’élever quelques réserves ; car il y eut, malheureusement, des exactions, des règlements de compte, une épuration indigne qui aurait dû être évitée.
Il n’en reste pas moins que la France ni les Français ne méritent des jugements aussi indignes : en s’y prêtant les Français ne font que le jeu d’ennemis retors qui savent en profiter. Non, la France n’est pas coupable.  
2855787515.jpgLa France face à l’hégémonie des États-Unis d’Amérique, William Macbeth, Ed. La Bruyère, 321 pages, 22 €.   

dimanche 16 décembre 2018

La Bretagne, une histoire mondiale avec Joël Cornette

Pour retrouver les 4 articles de Lafautearousseau, « Jacques Attali : autopsie métaphysico-politique »

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Lʼinfluent conseiller des présidents
Pour les 75 ans d'Attali ... 
Par Rémi Hugues 
Intellectuel, idéologue, esthète, homme de culture et homme d'influence, conseiller des princes et banquier... Auteur prolifique. Jacques Attali a été, est ou a voulu être tout cela. Homme politique, homme des combinaisons obscures, aussi. Ses idées, ses aspirations, ses songes, qui sont ceux d'une certaine modernité ou post-modernité, Attali a rêvé de les voir se réaliser. Rémi Hugues au fil d'une série de quatre articles - dont la publication vient de se terminer - a tenté son autopsie. Une suite passionnantes dont vous pouvez retrouver l'intégralité en suivant les liens ci-dessous ...  
Jacques Attali : autopsie métaphysico-politique
[1]    [2]    [3]    [4]

jeudi 13 décembre 2018

Richelieu ou la puissance de gouverner


Article «Richelieu ou la puissance de gouverner» de Florian Rouanet dans la Revue Militant N°706 de Juillet-Août 2018 en pages 12 et 13.
Richelieu ou la puissance de gouverner
« Les grands embrasements naissent de petites étincelles. » (1)
Ce qu’il y a de remarquable dans l’intérêt d’étudier Richelieu c’est qu’il est, en même temps qu’un grand homme de l’histoire de France, à la fois bon homme d’État et bon homme d’Église : les deux articulations distinctes de la nature et de la grâce, saine dualité que comprend la Création, s’incarnent ici de manière visible en une seule et même personne.
Il reste à travers les siècles une référence, un exemple de vertu, d’intelligence et d’agissement pour nous, qui en sommes les générations héritières et dont on doit s’inspirer pour en garder le meilleur. À l’image d’un souvenir actualisé rappelant dans un même temps notre histoire et notre combat. La politique nationaliste n’est d’ailleurs jamais que la réactualisation du bon principe monarchique.
Enfin, son exercice politique est à connaitre également pour approfondir les sujets d’importances alentour.
Quelques éléments biographiques :
Notre homme vécut entre 1585 à 1642. Il était d’abord destiné par sa famille à une carrière militaire, lorsqu’il choisit finalement la vocation religieuse en 1605. Ainsi, à le nommer par raccourci Richelieu, on en oublierait presque qu’il était ecclésiastique, et non des moindres, puisque devenu cardinal en bout de course.
Surnommé « L’homme rouge » en référence à la couleur de son habillement et à sa poigne, dit-on, sa petite de taille physique était largement compensée par son courage et sa force d’esprit.
À la cour du Roi, il était humainement si difficile, que peu de monde l’appréciait vraiment, Louis XIII y compris. Toutefois, l’Éminentissime était conservé dans le gouvernement avec un rôle d’importance tel que celui de principal ministre, équivalent relatif du poste actuel de Premier Ministre : car à cette époque les hommes sont de valeurs et savent que la gouvernance et le bien commun de la cité passent au-dessus de leurs personnes propres et des inévitables conflits personnels.
Quelques éléments contextuels :
La période renaissante fait office de transition entre le monde médiéval et le monde moderne sur plusieurs points. Et pour mieux saisir un personnage historique, il est toujours bon de connaitre et de comprendre le contexte de son époque. Les évènements sous Louis XIII font suite à ceux du siècle précédent, c’est-à-dire le XVIe, sur lesquels nous reviendrons ponctuellement :
– À l’alliance franco-ottomane entre François 1er et Soliman le Magnifique [1536], où la France de destin politique et national se démarque du reste de l’Europe du Saint-Empire en s’alliant avec l’islam turc.
– Au concile de Trente [1542-1563], réunion des hauts dignitaires de l’Église catholique, qui redéfinissent les points de la foi contre la remise en question que pose Luther, Calvin et de manière générale la Réforme protestante. Tous les catholiques défendaient l’infaillibilité du pape face à eux.
– À l’Édit de Nantes d’Henri IV [1598] où les protestants se sont vu bénéficier d’une simple proclamation de tolérance religieuse afin de tempérer le conflit social et religieux français, à une époque où l’œcuménisme de Vatican II est impensable car considéré comme purement outrageant et hérétique.
– À l’essor de penseurs d’un type nouveau qui font changer les mentalités avant l’arrivée même desdites Lumières, causant une ré-identification accrue à la période antique en sa version païenne et à des concepts philosophiques dans un sens rationnellement vicié, notamment avec les exemples de Nicolas Machiavel ou encore de René Descartes…
Toujours est-il que, si la Renaissance contient philosophiquement et métaphysiquement des germes pré-révolutionnaires au sens jacobin (avec tout ce que cela peut contenir de gnose et de kabbale), ce n’est certainement pas à cause de la politique du cardinal de Richelieu qui, bien au contraire, vient déjouer une sorte de 1789 prématuré avec les mêmes types de complots récurrents contre la cour royale de la part de roturiers (ancêtres du banquier), de «parlementaires» et de «parpaillots» subversifs…, en résumé.
Centralisation politique française :
« Je n’ai eu d’autres ennemis que ceux de l’État »
« Le crime suprême, pour un homme d’État, c’est de ne pas agir, de laisser le destin s’accomplir sans chercher à le dominer. » (1)
L’unité et la sécurité de l’État sont les thèmes  incontournables de sa pensée et de sa réalisation politique. Pour lui, être garant de l’unité du royaume, tout comme pour gagner son Ciel, est un combat de tous les instants. Notre cardinal admire d’ailleurs pour cela son contemporain saint Vincent de Paul pour son exemple de piété plus active que contemplative. Il mène alors son action de délivrance admirablement sans être tinté ni d’une pure praxis volontariste ni d’un constructivisme pré-marxisant, ou à l’inverse, d’un travers cléricaliste.
Du monarque qui est représentant de Dieu sur terre et régent dans son ordre temporel, le principal ministre le sait : si celui-ci incarne l’unité de l’État, il a cependant la faiblesse de ne pas être infaillible pour l’ordre temporel comme le pape l’est dans le domaine de la foi.
Dans une société aboutie la représentativité de l’État n’est jamais sans la «nation», dont le terme est déjà usité sous la Monarchie, présent dans la bouche des Mgr Bossuet et Louis XIV par exemple. La nation est un organe qui encadre un peuple défini, habitant sur un même territoire de même tradition. L’État rattache à un destin unifié des provinces diverses à un tout national en tant que partie supérieure, à l’image d’un petit empire. Cet organe naturel qu’est la nation, également assemblage de familles au sens élargi par la loi du sang, nécessite l’État afin de mettre la Cité en mouvement lui permettant de se développer sur une base civilisationnelle sur ses intérêts collectifs.
La « centralisation » politique, qui était en germe dans les royaumes anciens commence à se voir réaliser avec la dynastie capétienne en France, s’est faite dans une hiérarchie verticale de haut en bas et se retrouve d’autant plus affirmée sous Louis XIII : le pouvoir est délégué aux vassaux par le gouvernement, de sorte que l’État étant fort, il se permet de décentraliser qu’une fois après avoir unifié le reste. Les vassaux du roi qui sont encore conservés à cette époque tiennent directement leur pouvoir du roi selon le principe de subsidiarité thomiste, ici actualisé. Dans le contexte, il est d’ailleurs légitime que Richelieu ait supprimé les féodaux qui ne remplissaient plus leur rôle, n’assumant plus leur responsabilité en souhaitant plutôt l’emprunter au service exclusif du roi. C’est le début de la fin du système féodale qui délaissait quasiment une province à elle-même.
Ainsi, la centralisation étatique républicaine des jacobins n’est pas venue de nulle part, ce n’est qu’un aboutissement qui empreinte hélas cette notion à un travers de la fin de monarchie française qui s’était faite gallicane. Idem pour Napoléon Bonaparte qui viendra accomplir un peu plus cette centralisation. Que le jacobinisme soit un principe corrupteur pour la France, ou que des acteurs maçonniques y participent ne prouve rien quant à la mauvaiseté de la centralisation, qui n’est pas mauvaise en soi, au contraire puisqu’elle se trouve être un principe organisateur. Là où l’étatisme républicain pèche, c’est dans son pur centralisme non respectueux des échelons inférieurs et des frontières géographiques provinciales. La République, IIIe du nom, fera d’ailleurs face à tous les particularismes locaux au nom de la francophonie, alors que pour être véritablement homme et être véritablement Français, il faut savoir s’enraciner dans un terroir particulier et concret.
Richelieu provoque donc dans son principe d’organisation les germes d’une centralisation monarchique, et devient ainsi le précurseur de cet absolutisme royal dont Louis XIV et le cardinal Mazarin seront les réalisateurs et les promoteurs acharnés. Richelieu la prépare et Mazarin l’accouche.
Dissensions religieuses et par conséquent sociales :
« Que c’était chose certaine que tant que le parti des huguenots subsisterait en France, le Roi ne serait absolu dans son Royaume. » [Mémoires du cardinal de Richelieu].
 « Si on avait empoisonné Luther et Calvin lorsqu’ils commencèrent à paraître, on aurait épargné de grands maux à la Religion et beaucoup de sang à l’Europe. » [Lettre à la duchesse d’Aiguillon].
Le protestantisme est une intrusion sur notre sol qui vient détruire la notion d’unité chrétienne médiévale ainsi que l’unité confessionnelle des royaumes d’un même coup. Il n’y a ni méprise ni ambiguïté chez notre homme à ce sujet. La moitié de sa famille était protestante, du coup il connaissait bien ceux auxquels il avait à faire. Pourtant, la compagnie du Saint-Sacrement ne l’entendait pas de cette manière. Une compagnie appelée également le Parti des dévots, a été créé selon l’initiative romaine du Concile d’époque afin de surveiller le cas protestant, ainsi que le bien de la chrétienté auquel sont tenus les États d’Europe. Un Parti catholique dont Richelieu fut proche à ses débuts, et entrée en conflit avec lui pour raison de désaccord sur la question protestante. Si les deux camps partagent un bon nombre d’idées, le Roi vise d’abord l’unité chrétienne alors que le Premier Ministre vise d’abord l’unité du royaume.
Voici quelques éléments toutefois qui montrent que Richelieu n’était pas du tout favorable au protestantisme :
– Le Siège de La Rochelle, dont le portrait significatif d’Henri-Paul Motte affiche le cardinal en armure sur la place militaire, symbolise la victoire écrasante du royaume de France alors qu’il disposait d’une minorité de soldats par rapport aux protestants rochelais et au royaume d’Angleterre. Événement qui donne suite à la capitulation de la cité protestante.
– Il est celui qui a poussé Louis XIII à prononcer une succession de vœux, qui consacre la France à la Sainte Vierge, finalisée le 10 février 1638 ; le protestantisme, quel que soit ses variantes, refusant le culte de la Vierge et des Saints.
– Il collectionnait toute la littérature protestante, c’est dire s’il connaissait bien son ennemi. Il a même publié un Traité contre eux en 1650, appelant le retour des mauvaises ouailles dans le giron de l’Église.
Dans ce conflit confessionnel, l’éminent cardinal et ministre est évidemment du côté de la «contre-réforme» catholique face aux réformistes protestants qui, étant «libre-examentistes» sont imprégnés de subjectivisme et aident à faire éclore la libre pensée maçonnique un siècle plus tard avec le principe de laïcité. Plus personne n’osera affirmer la Vérité qui est reléguée à l’ordre de la simple opinion subjective de chacun.
Situation extérieure et aire de civilisation européenne :
Dans ce contexte géopolitique, il faut retenir que l’Espagne, pays aujourd’hui économiquement et diplomatiquement plus secondaire, était le pays le plus puissant d’Europe qui avait su se donner un immense empire s’étendant au-delà de l’Atlantique. D’un côté, le monde hispanique avait des prétentions vis-à-vis de la France aux frontières, tandis que de l’autre, la maison d’Autriche souhaitait rattacher le «royaume du Lys» à son empire continental. Le Saint-Empire romain germanique est ce qui reprend l’idée impériale de la Rome antique, voulant incarner en intention l’Europe carolingienne médiévale, mais qui se composait uniquement de provinces multiples regroupées sous un destin européen commun. Résultant d’une opposition entre deux empires, notre patrie, manifestant une volonté d’exister dans un destin unique et de manière plus solitaire, a voulu une troisième voie faisant ainsi naître prématurément l’ère des nations constituées.
Dans le cadre de la politique française extérieure de Richelieu cependant, là où le parti des dévots avait raison, c’est que par intention de déstabiliser les royaumes ennemis, il a été convenu de s’allier avec les princes protestants «prussiens» afin de déstabiliser volontairement leur unité confessionnelle et sociale. Si cela paraît être au premier abord une habile politique d’indépendance nationale, le problème majeure est que cela a contribué à détruire le catholicisme en pays germaniques. C’est ainsi que le bien universel et chrétien est mis à mal au nom d’un bien national particulier. Il est à comprendre que si le bien national est d’importance, ce bien n’est pas indépassable puisque le cadre du bien universel est plus commun aux hommes, et se retrouve donc éminemment supérieur. Ce qui signifie que l’ordre terrestre est fait d’une pluralité de peuples qui concourent tous à une expression humaine différente dans un tout organique universel et hiérarchisé. C’est le principe de totalité.
Enfin, l’alliance avec les mahométans lancée par François 1er, toujours effective sous Louis XIII quoi que moindrement, était légitiment vue par le reste de l’Europe entière comme une alliance contre nature qui remettait en cause l’unité chrétienne jamais trahie durant la période médiévale. Par le passé, cette alliance impie a fait que la France, tant attendue par le continent et le pape, a été totalement absente à Lépante, bataille primordiale pour l’unité chrétienne européenne face à l’invasion ottomane…
Être nationaliste ne doit pas signifier ne reconnaître aucune erreurs humaines ou encore les accidents de l’histoire, il faut simplement en avoir conscience, assumer le meilleur, tout en osant faire le tri sur nos errements collectifs qui ont causé tant de mal que cela soit à nous-mêmes, soit aux autres.
Conclusion :
La personne de Richelieu arrive à tenir une certaine unanimité au-delà des clivages. Étant admirée autant par des nationalistes et des royalistes que par des historiens classiques ou mêmes des républicanistes. S’il n’est pas étonnant qu’un monarchiste de principe s’en inspire pour ce qui est de la dernière catégorie, les patriotes gaullo-bonapartistes par exemple aimant à piocher quelques éléments isolés chez une personnalité dont ils ne retiennent pas la globalité, quand ce n’est pas pour tomber dans une volonté de conjuguer les contraires en voyant une trop grande continuité entre la monarchie d’Ancien régime et les cinq républiques libéralo-marxistes et judéo-maçonniques qui ont suivis. Si «continuité» de principe il y a, c’est uniquement sur le thème de la centralisation politique, seul parallèle possible entre un Richelieu et un De Gaulle.
Le temps passant, la relève est désignée par Richelieu lui-même au cardinal Mazarin qui, avec sa personnalité particulière, continuera le même type de politique en transmettant la formation reçue par le roi précédant à Louis XIV. Hélas, le roi suivant usera des nouvelles notions de «propagandes royales» plus pour la glorification de sa personne qu’autre chose…
À propos de son Testament politique, c’est un document d’intérêt qui vient compléter son œuvre administrative admirable. Un ouvrage rédigé dans le but de disposer d’un enseignement clair, doté d’une grande simplicité sur la forme et d’un style spécifique, avec comme fond, des conseils au roi mêlant tous les thèmes de la religion à la gouvernance, en passant par des réflexions d’ordre philosophique et pratique sur la nature de l’homme et des sociétés aussi justes qu’enrichissantes.
Tout nationaliste, et même simplement tout bon français, doit connaître le Testament politique, les principes et mises en application du combat du cardinal de Richelieu.
Tous ces éléments sont développés plus conséquemment dans ma conférence en ligne du même nom.
(1) Maximes d’État, ou Testament politique (1623).
Florian Rouanet, Militant N°706 en pages 12 et 13 (éditorial).

La petite histoire : Comment le miracle de la Marne a sauvé la France


Oui, la France a bien gagné la Première guerre mondiale. On a tendance à l’oublier, au vu de la durée et de la dureté du conflit, mais les armées françaises ont bel et bien repoussé héroïquement les tentatives d’invasion allemandes jusqu’à la victoire finale, et ce dès le mois de septembre 1914 où intervient le fameux « miracle de la Marne ». Sans ce sursaut, sans cette contre-attaque victorieuse sortie du fond des tripes, la Grande guerre aurait eu un tout autre visage.

mardi 11 décembre 2018

Passé Présent n°219 : Histoire du poujadisme


– Histoire du poujadisme, mouvement revendiquant la défense des commerçants et artisans.


– Suite et fin des aventures de Jeanne Mance, cofondatrice de la ville de Montréal.
– L’invité Alain Herbeth présente son ouvrage « Jacques Chevallier – Les fidélités successives du dernier maire d’Alger ».
https://www.tvlibertes.com/histoire-du-poujadisme?is_wppwa=true&wpappninja_cache=friendly

jeudi 6 décembre 2018

dimanche 2 décembre 2018

L'Action Française dans la Grande Guerre [10] LʼArmistice et ses suites. Une paix à la Pyrrhus

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La SDN - Genève  
Par Rémi Hugues 
Voici - dans le cadre du centenaire du dénouement de la Grande Guerre - le dernier des dix articles que Rémi Hugues a rédigés pour les lecteurs de Lafautearousseau. Une suite très documentée publiée au fil des jours. Elle peut être objet de débats. Et l'a d'ailleurs déjà été. Au reste, la guerre n'est plus exclue des perspectives mondiales d'aujourd'hui ... 
Un nouvel ordre mondial 
De surcroît, le projet de S.D.N. est lʼobjet de la part de Maurras dʼun jugement sévère. Dʼaprès lui, ça nʼétait quʼun machin, pour reprendre le vocable que de Gaulle aimait employer à propos de l’ONU. Dans son éditorial du 25 mars 1917, le « Maître de Martigues » soutient que le projet de S.D.N. est une « jeune vieillerie déjà périmée » et quʼil « peut faire naître des illusions pleine de périls dans les intelligences mal défendues. » 
Il écrit en outre : « La ʽʽsociété des nationsʼʼ nʼappartient ni au présent ni à lʼavenir : cʼest une survivance des formulaires du passé. On ne la trouve pas en avant, mais en arrière. Nous nʼy allons pas, nous en venons. […] On fera une société des nations, autrement quʼen paroles creuses, quand on possédera une communauté de pensée et de sentiment, ce que le Moyen Âge appelait une unité de foi, ce que les modernes ont appelé une unité de conscience. » 
Lʼordre qui sʼinstaure après lʼarmistice est clairement wilsonien, et plus largement anglo-américain. Au détriment des intérêts français, comme le souligne lʼhistorien Jean-Baptiste Duroselle : 
672172180.jpg« La France va-t-elle faire triompher ses idées ? […] On le croyait encore au moment de lʼarmistice. Et pourtant, tout allait sʼeffondrer, du fait dʼune politique américaine financièrement toute-puissante et fortement inspirée par un partisan sans condition de la liberté (à lʼintérieur) contre le dirigisme, Herbert Hoover(photo), le ʽʽgrand ingénieurʼʼ que Wilson avait nommé ʽʽFood Administratorʼʼ, cʼest-à-dire directeur du ravitaillement. […] Les Anglais se déclarèrent initialement dʼaccord avec les thèses françaises. Lorsquʼils comprirent que les États-Unis allaient dénoncer et lʼarme économique (pourquoi des armes dans la paix ?) et le dirigisme interallié, ils abandonnèrent les thèses françaises. Hoover, appuyé par la grande majorité des ʽʽbusinessmenʼʼ, lʼemporta au début de 1919 – les organisations interalliés furent dissoutes –, et la France nʼobtint à peu près aucune garantie pour ses approvisionnements en matières premières. 
Lorsque, dans les années 1960, le général de Gaulle appellera constamment ʽʽAnglo-Saxonsʼʼ les Américains et les Britanniques réunis, les deux peuples sʼen irriteront. Pour la Société des Nations de la guerre et de lʼaprès-guerre, lʼexpression est parfaite. Alors que les Français comptent, pour lʼavenir, sur le désarmement de lʼAllemagne, sur le maintien de lʼʽʽéquilibre européenʼʼ, sur les alliances, lʼidée de Wilson, dans sa ʽʽnew diplomacyʼʼ, condamne lʼéquilibre européen et les alliances comme des causes essentielles de la guerre – avec lʼappui du ʽʽmilitarisme prussienʼʼ. Il est convaincu que les puissances centrales sont comptables de la guerre, non le peuple allemand. Sa ʽʽNew diplomacyʼʼ a pour fondement essentiel une Société, ou plutôt une ʽʽLeagueʼʼmondiale où lʼEurope et son équilibre disparaissent, mais où la paix serait assurée par la majorité des États pacifiques, tous égaux en droits, grands et petits, au sein de la ʽʽSociété des Nationsʼʼ, composée en principe de démocraties et qui assurerait la sécurité. »[1]     
Cette League of Nations, qui siégera à Genève, indique Scott G. Blair dans2710487497.jpg sa thèse de doctorat rédigée sous la direction de Maurice Vaïsse intitulée La France et la Société des Nations (1991), eut pour pères fondateurs, outre Wilson et le Britannique Robert Cecil, les Américains David Hunter Miller, le colonel House et Cecil Hurst. 
Du caractère polémogène de lʼâge démocratique 
Et Bainville, le 1er janvier 1918, de railler lʼesprit démocratique et droit-de-lʼhommiste qui sous-tend la fondation de la S.D.N, esprit se situant dans le sillage de la logique de la tabula rasa chère à René Descartes, des Lumières et des valeurs de 1789 : « Le propre des régimes démocratiques, cʼest de croire que le monde nʼexistait pas avant eux, cʼest dʼignorer lʼexistence du passé ou dʼen faire fi comme si elle ne leur était pas applicable. La ʽʽguerre des démocratiesʼʼ nʼa pas manqué à cette règle. »[2]  
3649440531.jpgBainville reproche aux chantres de la démocratie dʼêtre aveugles au passé, dʼêtre atteints par le syndrome dʼOrphée[3]. Et il considère que le principe des nationalités, qui est au fond lʼapplication de lʼesprit démocratique aux relations internationales, nʼest que de la poudre aux yeux. Il ne voit pas en quoi le droit des peuples à disposer dʼeux-mêmes rompt avec ce qui est un impondérable de la politique mondiale, à savoir le rapport de force. Le 13 février 1918 Bainville compose ces lignes : « Du moment que ce droit des peuples est reconnu, nous nous demandons ce quʼil y aura de changé »[4]
Effectivement, cʼest au nom du droit des Übermench quʼHitler, dont lʼascension fulgurante se fit grâce à la légitimité née des urnes (légale-rationnelle – sic – dirait Max Weber ), revendiqua une Pax Germanica qui supposait notamment les annexions de la Pologne, des Sudètes et de lʼAutriche, ainsi quʼune colonisation des territoires slaves et quʼune expulsion-neutralisation de la Bürgergesellschaft(société civile bourgeoise) des « nomades » et marginaux, comme les Juifs, les Tziganes et les homosexuels.   
Ce principe des affaires internationales qui triompha après la Première Guerre mondiale, comme lʼavait parfaitement remarqué Carl Schmitt dans Le Nomos de la Terre, se plaignant de la substitution de la morale à la politique quʼil entérinait, ne fut nullement un frein à la volonté de puissance – ou même hybris – du national-socialisme allemand, mais même un catalyseur. La démocratie, ainsi, nʼest pas pacificatrice, mais polémogène. On lʼa vu, récemment, avec la Révolution « orangée » dʼUkraine et les Printemps arabes. Finalement, la démocratie cʼest la guerre. (FIN)   
[1]  Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, Paris, Perrin, 2002, p. 308-309.
[2]  Jacques Bainville, idem.
[3]  Jean-Claude Michéa, Le complexe dʼOrphée, Paris, Flammarion, 2014.
[4]  Jacques Bainville, ibid., p. 206.
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vendredi 30 novembre 2018

L'Action Française dans la Grande Guerre [9] LʼArmistice et ses suites. Une paix à la Pyrrhus

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La SDN - Genève  
Par Rémi Hugues 
Dans le cadre du centenaire du dénouement de la Grande Guerre, Rémi Hugues a rédigé pour les lecteurs de Lafautearousseau une suite dʼarticles très documentés qui seront publiés au fil des journées en cours. Ils pourront être objets de débats. Au reste, la guerre n'est plus exclue des perspectives mondiales d'aujourd'hui ... 
Un nouvel ordre mondial 
1710051432.jpgLe président du Conseil Georges Clemenceau sʼest fait, lui reprochent en substance Bainville, le caniche du président américain Woodrow Wilson (photo), qui, de concert avec les Britanniques, craignent quʼune avancée des troupes jusquʼà Berlin, ainsi quʼune partition de lʼex-IIème Reich, favoriseraient une trop grande domination française sur le continent européen. 
Les Français, lʼAction Française incluse donc, qui entendaient faire lʼéconomie dʼune nouvelle guerre contre le voisin allemand, se virent soupçonner par les Anglo-Saxons de se vouloir substituer à lʼAllemagne en tant que puissance ambitionnant de modeler à son profit une Europe qui deviendrait alors le terrain dʼune hégémonie sans partage. 
Après 1918 la France dut ainsi se contenter dʼobéir au nouvel ordre wilsonien, imposé de lʼintérieur par les radicaux Clemenceau et Édouard Herriot, lʼami du fervent partisan de la création de la Société des Nations (S.D.N.) René Cassin[1].
Aux yeux des penseurs de lʼAction Française, ni le traité de Versailles, ni le projet de mise en place de la S.D.N., ni même le principe des nationalités, qui prescrit le droit des peuples à disposer dʼeux-mêmes, ne sont légitimes. Mais, étonnamment, la révolution bolchevique ne leur semble pas une si terrible chose... tant quʼelle ne traverse pas les frontières hexagonales. 
Révolution en Russie 
Ainsi Bainville espérait le triomphe des spartakistes Rosa Luxembourg et 187161567.2.jpgKarl Liebknecht (photo) en Allemagne, agrandissant le foyer révolutionnaire à la patrie de Karl Marx, qui était restée une hyperpuissance industrielle en dépit de la guerre, son territoire nʼayant pas été le théâtre de combats. Peut-être Bainville ne mesurait point lʼeffet considérable de contagion quʼaurait provoqué la victoire spartakiste sur le reste du monde, et la capacité militaro-industrielle dont aurait disposé le communisme mondial. 
Pour lui, le bolchevisme était dʼessence asiatique, mongole. Le bolchevisme traduisait selon lui la part asiatique de lʼidentité dʼun pays-continent à cheval entre lʼEurope et lʼAsie, tiraillé depuis trois siècles entre cette idiosyncrasie « mongole » et celle occidentale, que Pierre-le-Grand mit particulièrement en avant. 
À la date du 6 février 1918, figure dans le Journal de Bainville le raisonnement suivant : « La Russie offrait lʼexemple dʼun collectivisme asiatique couronné par la dictature tsarienne. En trois cents ans, les Romanov nʼont pu démongoliser leur Empire et Nicolas II a fini par succomber à la lutte entre la tendance orientale et la tendance occidentale. Aujourdʼhui, cʼest lʼAsie qui lʼemporte avec le maximalisme, et le socialisme intégral se réalise par la dictature du prolétariat. »[2]               
Toutefois la révolution dʼOctobre nʼest pas venue de lʼest mais de lʼouest, des grandes centres urbains, Moscou et Saint-Pétersbourg en premier chef, et les idées révolutionnaires (socialisme, nihilisme, populisme...) se sont répandues au XIXème siècle par le truchement des instituteurs, qui en étaient les principaux colporteurs dans les endroits les plus reculés, en Sibérie et dʼailleurs. Lesquels instituteurs avaient été formés dans les universités du pays, qui se trouvent en majorité à lʼouest.      
En outre, avec le recul historique, si lʼon observe les mutations quʼont connues des pays communistes tels que la Chine ou le Vietnam, on peut plutôt soutenir quʼun régime marxiste-léniniste est un facteur dʼoccidentalisation – sans doute le plus efficace de tous car se présentant sous les traits dʼune critique radicale de la culture occidentale – ; vraisemblablement ce qui amenait Bainville à croire dans cette « asiaticité » du communisme est son messianisme sans frontières, dʼinspiration largement judaïque[3]. Marx était, ne lʼoublions pas, le descendant dʼune lignée de rabbins. Il est à cet égard possible que Bainville « mongolisait » les bolcheviques car il voyait en eux un groupe fortement influencé par des descendants de Khazars, appelés ensuite ashkénazes.      
Or Hannah Arendt nʼa pas manqué dʼinsister sur lʼ « européanité » de la communauté juive moderne – en témoigne le phénomène Haskalah dont Marx fut avec Freud le plus célèbre résultat – lorsquʼelle avançait que « lʼélément juif » était « cosmopolite et inter-européen »[4]
Sous les tranchées, lʼÉtat-monde en gestation 
Du reste, il y avait quelque rapport entre lʼinternationalisme prolétarien et lʼuniversalisme démocratique qui guida ceux qui établirent la S.D.N. Bainville ne se montrait pas farouchement hostile à ce Saint-Siège profane que le protestant idéaliste Emmanuel Kant appelait de ses vœux dès la fin du XVIIIème siècle dans Idée dʼune histoire universelle dʼun point de vue cosmopolitique. Mais Bainville estimait, le 18 janvier 1918, quʼelle aurait une valeur seulement si la menace allemande était écartée : « Pour que la Société des Nations […] entre dans les faits, il faut dʼabord que lʼAllemagne ne puisse plus nuire. »[5] Une S.D.N. qui reconnaîtrait une Allemagne une et indivisible, considérait-il, serait inepte autant quʼillégitime.  (A suivre)  ■ 
[1]  http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2018/05/02/ce-menacant-monsieur-cassin-6048031.html
[2]  Jacques Bainville, ibid., p. 206.
[3]  Jean Bouvier, « Les révolutionnaires du yiddishland », Vingtième siècle, n°3, 1984, p. 115-117.
[4]  Hannah Arendt, Sur lʼantisémitisme. Les origines du totalitarisme, Paris, Gallimard, 2002, p. 40.
[5]  Jacques Bainville, ibid., p. 202.
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La petite histoire : La Bérézina, désastre ou prouesse militaire ?

Le passage de la Bérézina par l’armée napoléonienne en retraite, le 26 novembre 1812, est aujourd’hui synonyme de désastre. Humainement, le constat est évident. Et pourtant, en plus d’être une victoire, il s’agit bien d’une prouesse militaire, accomplie par des hommes à bout de fatigue et transis de froid. Retour sur un épisode dramatique venu clore une campagne qui l’était tout autant.

jeudi 29 novembre 2018

L'Action Française dans la Grande Guerre [8] LʼArmistice et ses suites. Une paix à la Pyrrhus

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 Tableau représentant la signature de l’armistice dans le wagon du maréchal Foch. 
De droite à gauche, le général Weygand, le maréchal Foch (debout) et les amiraux britanniques Wemyss et Hope (assis), le ministre d’État allemand Erzberger (en manteau sombre, de dos), le capitaine de la Royal Navy Marriott (debout en arrière-plan), le General major Winterfeldt de la Deutsches Heer (avec casque à pointe), le comte Oberndorff des Affaires étrangères (en manteau clair chapeau à la main) et le Kapitän zur See Vanselow de la Kaiserliche Marine (tête nue en arrière-plan).
Par Rémi Hugues 
Dans le cadre du centenaire du dénouement de la Grande Guerre, Rémi Hugues a rédigé pour les lecteurs de Lafautearousseau une suite dʼarticles très documentés qui seront publiés au fil des journées en cours. Ils pourront être objets de débats. Au reste, la guerre n'est plus exclue des perspectives mondiales d'aujourd'hui ... 
L'armistice et ses suites. Une victoire à la Pyrrhus 
Jusquʼici nous avons surtout insisté, en traitant du rôle joué par lʼAction Française pendant la Première Guerre mondiale, sur les causes de celle-ci. Au fond son irruption serait – cʼest notre thèse – le fruit de la congruence de l’expansionnisme pangermaniste de la Prusse et du bellicisme antinomiste maçonnique, que Charles Maurras érigea en véritables fléaux minant la France. 
2791994523.jpgMaintenant il est question dʼétudier les conséquences géopolitiques de la Grande Guerre. Pour clore cette série dʼarticles publiée à lʼoccasion du centenaire de le lʼarmistice du 11 Novembre 1918, nous nous bornerons à rappeler ce que lʼAction Française – et Jacques Bainville en premier lieu – pensait dudit armistice qui mettait fin à quatre ans de combats, dont lʼintensité fut sans précédent, et qui déboucha sur un certain nombre de traités de paix dont le plus important parmi eux fut le « diktat » de Versailles (photo)

Bainville annonce la chute du Reich 

Notons dʼabord que Bainville ne fut pas surpris par la défaite de lʼAllemagne. Dès le début de lʼannée 1918 il lʼavait en effet anticipée. Ce quʼil écrit dans sonJournal en date du 31 janvier 1918 en atteste : 
2624498295.jpg« Le 27 janvier, jour de la fête de Guillaume II (photo), tandis que nos soldats entendaient des chants et des hymnes monter des tranchées allemandes, plus de 200 000 ouvriers faisaient grève à Berlin. Le même jour, une élection partielle pour le Reichstag, à Bautzen, mettait aux prises un socialiste et une conservateur annexionniste. Le socialiste lʼemportait et sʼemparait dʼun siège de la droite, mais à quelques centaines de voix seulement sur près de vingt mille électeurs. La motion de paix du 19 juillet a eu pour elle, à Bautzen, la majorité. Mais le programme des annexions a encore recueilli un nombre de suffrages important. 
Ce que nous voyons et ce que nous apprenons de lʼAllemagne confirme ces indices : il apparaît que deux courants en force encore sensiblement égale se partagent lʼopinion publique allemande. Il y a ceux, et leur nombre grandit, qui sont las de la guerre, ceux qui nʼen peuvent plus des privations et de souffrances. Et il y a ceux qui veulent que ces misères soient endurées jusquʼà ce que lʼAllemagne soit récompensée de son miracle dʼénergie par un surcroît de grandeur et de richesse. 
Tel est le conflit. Selon le mot juste du Vorwaerts, lʼarc allemand a été trop tendu. Le militarisme prussien a demandé aux peuples dʼAllemagne des efforts qui dépassent les possibilités humaines. Cet excès devait finir par entraîner une réaction. Il devait finir par se payer. Le parti militaire doit lutter aujourdʼhui pour obtenir de nouveaux sacrifices, et lʼAllemagne les consentirait plus volontiers si elle croyait encore à la victoire. Mais la foi nʼy est plus. 
Le discours que Scheidemann a prononcé à la Commission principale du Reichstag est important à cet égard. Cʼest un signe des temps que le chef socialiste ait pu railler ceux quʼil appelle ironiquement les Schertsieger, ces partisans de la victoire par la force du glaive dont le grand tort est de nʼavoir jamais remporté nulle part de succès décisif. Quʼune nuance de ridicule commence à sʼattacher au militarisme prussien, que les Allemands eux-mêmes, si peu subtils, en viennent à sentir que le matamore pangermaniste nʼest plus en harmonie avec les circonstances, cʼest un symptôme nouveau et quʼon ne saurait négliger. Il est plus significatif encore que Scheidemann ait protesté contre le gaspillage de vies humaines quʼentraînerait la nouvelle offensive projetée sur le front occidental par le haut commandement et contre la vanité des plans de lʼétat-major. 
Il est peu probable dʼailleurs que le parti militaire se laisse intimider si facilement. Il compte encore des appuis sérieux dans lʼopinion publique elle-même et il ne paraît pas près de renoncer à la partie. Sʼil le faut, il nʼhésitera pas à user de la répression. 
Seulement, jusquʼici, son outrance a fait plus quʼautre chose pour troubler et pour gâter les esprits en Allemagne... Le militarisme prussien joue à découvert. Cʼest un jeu qui nʼest pas sans danger. Cʼest aussi le vrai jeu. »[1] 
Ce jeu à découvert aura finalement perdu lʼAllemagne. Le soulagement et la joie ressentis par les Français au moment de lʼannonce de lʼarmistice, lʼAction Française les partage à peine. Pour Maurras et les siens la paix obtenue nʼest pas satisfaisante. Cʼest un faux-semblant, une paix illusoire, à la Pyrrhus, qui en a lʼapparence mais pas la consistance. 
Cette paix est donc transitoire, illusoire : « LʼAction Française fut un des rares journaux où lʼon comprit que lʼarmistice ne marquait rien de plus quʼune suspension des hostilités. À quelles fins ? Pour combien de temps ? Les décisions à prendre au cours des quelques mois à venir le diraient. Toute lʼénergie des royalistes tendit alors vers la conclusion dʼune ʽʽpaix françaiseʼʼ, de la paix qui, selon eux, devait le mieux servir les intérêts nationaux. […] LʼAction Française réclamait, en effet, la division de lʼAllemagne, lʼannexion par la France de Landau et de la Sarre et dʼune sorte de protectorat français sur le reste de la Rhénanie. »[2] 
Les conditions de la paix posées à Versailles ne satisfont aucunement Bainville, qui, le 8 mai 1919, écrit un papier dans LʼAction Française au titre aussi perspicace que prophétique : « Une paix trop douce dans ce quʼelle a de dur. » Il y développe une thèse lumineuse qui prend la forme dʼun chiasme : le traité de Versailles est trop faible dans ce quʼil a de dur, trop dur dans ce quʼil a de faible(A suivre)  
[1]  Jacques Bainville, Journal, Paris, Plon, 1948, p. 204-205.
[2]  Eugen Weber, LʼAction Française, Paris, Stock, 1964, p. 137.
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