mercredi 25 novembre 2009

L’Afrique en partie responsable de ses frontières


Si l’Afrique est aujourd’hui divisée en plus de 50 Etats, les responsabilités de ce fait n’incombent pas aux seuls colonisateurs ; ceux-là avaient, au contraire, créé de vastes ensembles territoriaux : Est africain britannique ou encore, dans le domaine français, l’AEF et l’AOF.

Parmi ces ensembles territoriaux, certains étaient naturellement plus favorisés que d’autres au point de vue économique et c’est pourquoi la France eut l’intention de bien répartir les richesses, les potentialités, afin que tous puissent en profiter.

En 1958, en Afrique noire française, seuls trois pays avaient une balance commerciale excédentaire. Car ils étaient exportateurs de bois, de café et de cacao. Il s’agissait du Gabon, du Cameroun et de la Côte-d’Ivoire. L’indépendance approchant, la France eut l’intention de constituer des ensembles économiques et politiques autour de ces pôles de relative prospérité. Paris proposa alors de regrouper les trois territoires les plus riches avec d’autres, moins bien dotés. Le projet n’eut pas de suite, car les territoires les plus favorisés ne voulurent pas que des régions sans ressources dépendissent de leurs richesses et c’est en partie pourquoi l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui balkanisée.

En outre, à l’époque coloniale, l’existence d’immenses ensembles géographiques unis sous la même administration avait permis de désenclaver l’Afrique centrale et l’Afrique sahélienne. L’exemple du Mali illustre parfaitement cette idée. Le Mali est aujourd’hui étranglé par un enclavement géographique et politique qui lui interdit tout développement en raison des insolubles problèmes de transport et de frontières douanières qui l’assaillent. Toutes ses importations et toutes ses exportations se font en effet par la route, en direction des ports de la façade maritime africaine. Des milliers de kilomètres doivent donc être parcourus et plusieurs frontières franchies, d’où des coûts que l’économie nationale ne peut supporter.

Avant 1960, la situation était totalement différente, car, placé au carrefour de sept territoires relevant d’une seule autorité, l’autorité française, le Mali n’était pas un cul-de-sac comme aujourd’hui, mais une plaque tournante essentielle de l’Ouest africain. Comme bien d’autres pays africains, le Mali a été tué, non par la colonisation, mais par l’indépendance.

Avec l’AOF et l’AEF, la France avait constitué des ensembles viables subdivisés en territoires administrativement autonomes.

Ces derniers n’avaient pas vocation à devenir des "Etats". Et pourtant, l’autonomie administrative accordée par la "loi-cadre" de 1956 fut comprise par les dirigeants africains locaux comme l’encouragement à la balkanisation. Alors que l’autonomie, puis l’indépendance auraient dû être accordées aux fédérations, c’est à leurs composantes qu’elles le furent. Mais la constitution de vastes ensembles régionaux, ou, plus encore, le panafricanisme, n’auraient pas fait disparaître un problème ethnique qui n’aurait été qu’élargi aux limites d’Etats gigantesques encore plus ingérables que les actuels.

De plus, c’est l’OUA et non l’Europe qui, en 1963, décréta que les frontières étaient fixées une fois pour toutes. Le raisonnement des chefs d’Etat africains était que, compte tenu de la fragilité de leurs pays, véritables mosaïques ethniques, toute "retouche" provoquerait des réactions en cascade avec, pour horizon, l’anarchie et la guerre généralisée. C’est pourquoi les sécessions du Katanga et du Biafra furent noyées dans le sang et avec la bénédiction des organisations.

par Bernard Lugan
(22 février 1995)


Texte publié dans Le Libre Journal n°60.

samedi 21 novembre 2009

1945-1953 : la destruction des "Allemands ethniques" et des prisonniers de guerre allemands en Yougoslavie

En parcourant la presse européenne et américaine, on a l'impression que la Seconde Guerre mondiale doit être périodiquement ressuscitée pour crédibiliser les demandes financières d'un groupe ethnique aux dépens des autres. Les morts civils des vaincus du conflit sont, pour la plupart, passés sous silence. L'historiographie est d'ailleurs fondée sur une distinction nette et polémique entre les « mauvais fascistes » qui ont perdu et les « bons antifascistes » qui ont gagné, et peu d'historiens sont prêts à enquêter dans l'ambiguïté grise qui sépare les deux camps. Les pertes militaires et civiles allemandes, pendant et surtout après la Seconde Guerre mondiale, sont ainsi occultées dans les mass-media, même si une large littérature spécialisée existe sur le sujet. Ce silence, dû en grande partie à la négligence académique, mérite une enquête attentive. Pourquoi, par exemple, les pertes civiles allemandes, et tout particulièrement celles, gigantesques, qui sont survenues après guerre chez les « Allemands ethniques » - ou Volksdeutsche -, sont-elles abordées aussi sommairement dans les manuels scolaires d'histoire alors que les victimes se comptent par millions ?
Le traitement infligé à ces civils en Yougoslavie après 1945 peut être considéré comme un cas classique de « nettoyage ethnique » à grande échelle. Un examen attentif de ces tueries de masse présente des problèmes historiques et légaux, surtout quand on examine la loi internationale moderne, notamment celle qui "fonde" le Tribunal des Crimes de Guerre de La Haye qui s'occupe des crimes de guerre survenus dans les Balkans en 1991-1995. Or le triste sort des Allemands ethniques de Yougoslavie pendant et après la Seconde Guerre mondiale ne devrait pas être négligé. Pourquoi les souffrances de certaines nations ou de certains groupes ethniques sont-elles ignorées, alors que celles d'autres nations et groupes reçoivent l'attention sympathique des media et des politiciens occidentaux ?
Au début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, plus d'un million et demi d'Allemands ethniques vivaient dans l'Europe du Sud-Est - Yougoslavie, Hongrie et Roumanie. En raison de leur résidence au long du Danube, ces gens étaient connus sous le nom populaire de « Souabes du Danube » ou Donauschwaben. La plupart étaient les descendants des colons qui vinrent dans cette région fertile aux XIIe et XVIIIe siècles, à la suite de la libération de la Hongrie du joug turc. Pendant des siècles, le Saint Empire Romain et ensuite l'Empire des Habsbourg luttèrent contre la domination turque dans les Balkans, et résistèrent à l"'islamisation" de l'Europe. Dans cette lutte, les Allemands du Danube étaient vus comme le rempart de la civilisation occidentale et donc tenus en haute estime par l'empire autrichien (et plus tard austro-hongrois) en raison de leur productivité agricole comme de leurs prouesses militaires. Le Saint Empire Romain et l'Empire des Habsbourg étaient des entités multiculturelles et multinationales au vrai sens du terme, dans lesquelles des groupes ethniques divers vécurent pendant des siècles dans une harmonie relative.
Après la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, qui provoqua l'effondrement de l'empire des Habsbourg, et après le traité de Versailles de 1919, le statut juridique des Donauschwaben allemands devint incertain. Quand le régime national-socialiste fut établi en Allemagne en 1933, les Donauschwaben comptaient parmi les plus de douze millions d'Allemands ethniques qui vivaient en Europe centrale et orientale et en dehors des frontières du Reich allemand. Beaucoup de ces gens furent inclus dans le Reich suite à l'incorporation de l'Autriche et de la région des Sudètes en 1938, de la Tchécoslovaquie en 1939, et de portions de la Pologne à la fin de 1939. La « question allemande », c'est-à-dire la lutte pour l'autodétermination des Allemands ethniques en dehors des frontières du Reich allemand, fut un facteur important dans l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Même après 1939, plus de trois millions d'entre eux restèrent en dehors des frontières du Reich élargi notamment en Roumanie, en Yougoslavie, en Hongrie et en Union Soviétique.
Le premier Etat yougoslave de 1919-1941 avait une population de quelque 14 millions de gens de diverses cultures et religions. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie incluait près de six millions de Serbes, environ trois millions de Croates, plus d'un million de Slovènes, quelque deux millions de Bosniaques musulmans, un million d'Albanais au Kossovo, a peu près un demi-million d'Allemands et un autre demi-million de Magyars.
Après l'effondrement de la Yougoslavie en avril 1941, suivi par une rapide avance militaire allemande, environ 200 000 Allemands devinrent automatiquement citoyens de l'Etat Indépendant de Croatie nouvellement établi, un pays dont les autorités militaires et civiles restèrent alliées au Troisième Reich jusqu'à la dernière semaine de la guerre en Europe. La plupart des Allemands restants - environ 300 000 dans la région de Voïvodine - passèrent sous la juridiction de la Hongrie, qui incorpora cette région pendant la guerre (après 1945, elle fut rattachée à la partie serbe de la Yougoslavie).
Le sort des Allemands ethniques devint sinistre pendant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, surtout après la fondation de la seconde Yougoslavie, Etat communiste multiethnique dirigé par le maréchal Josip Broz Tito. Vers la fin d'octobre 1944, les forces de guérilla de Tito, aidées par l'avance soviétique et généreusement assistées par les fournitures aériennes des Alliés occidentaux, prirent le contrôle de Belgrade, la capitale serbe qui servit plus tard de capitale à la nouvelle Yougoslavie. L'un des premiers actes juridiques du nouveau régime communiste fut le décret du 21 novembre 1944 sur la « décision concernant te transfert des biens de l'ennemi dans la propriété de l'Etat ». Il déclarait « ennemis du peuple » les citoyens d'origine allemande, et les privait de droits civiques. Le décret ordonnait aussi la confiscation par le gouvernement de tous les biens, sans compensation, des Allemands ethniques de Yougoslavie auxquels une loi additionnelle, promulguée à Belgrade le 6 février 1945, retira la citoyenneté yougoslave.
A la fin de 1944 - alors que les forces communistes avaient déjà pris le contrôle de l'est des Balkans, Bulgarie, Serbie et Macédoine -, l'Etat de Croatie, allié aux Allemands, tenait encore bon. Cependant, au début du mois d'avril 1945, les troupes allemandes, en même temps que les troupes et les civils croates, commencèrent à faire retraite vers le sud de l'Autriche, notamment vers la Carinthie. Pendant les deux derniers mois de la guerre, la majorité des Volksdeutsche de Yougoslavie rejoignirent aussi ce nouveau « grand trek ». La crainte des réfugiés devant la torture et la mort était tout à fait fondée, étant donné l'horrible traitement infligé par les forces soviétiques aux Allemands civils en Prusse orientale et dans d'autres parties de l'Europe de l'Est. A la fin de la guerre, en mai 1945, les autorités allemandes avaient évacué environ 220 000 Allemands de Yougoslavie vers l'Allemagne et l'Autriche. Pourtant, beaucoup restèrent dans leur patrie ancestrale ravagée par la guerre.
Après la fin des combats en Europe, le 8 mai 1945, plus de 200 000 d'entre eux, qui étaient restés en Yougoslavie, devinrent effectivement les captifs du nouveau régime communiste. Quelque 63 635 civils allemands ethniques yougoslaves (femmes, hommes et enfants) périrent sous le règne communiste entre 1945 et 1950 - c'est-à-dire environ 18 % de la population civile allemande. La plupart moururent d'épuisement par le travail forcé et le « nettoyage ethnique », ou de maladie et de malnutrition. Le « miracle économique » tellement vanté par la Yougoslavie titiste et plus tard par les "soixante-huitards" occidentaux dont Michel Rocard, grand admirateur de l'autogestion à la yougoslave, fut, il faut le noter, le résultat direct du labeur de milliers de travailleurs forcés allemands qui, à la fin des années 1940, aidèrent à reconstruire le pays.
Leurs biens, évidemment confisqués, représentaient 97 490 petits commerces, usines, magasins, fermes et affaires diverses. Les biens immobiliers et terres cultivées spoliées couvraient 637 939 hectares et devinrent propriété de l'Etat yougoslave. D'après un calcul de 1982, la valeur des biens confisqués aux Allemands ethniques de Yougoslavie atteignait 15 milliards de marks, ou environ 7 milliards de dollars US. En prenant en compte l'inflation, cela correspondrait aujourd'hui à 18 milliards de dollars américains. De 1948 à 1985, plus de 87 000 de ces Allemands qui résidaient encore en Yougoslavie se sont installés en RFA et sont devenus automatiquement citoyens allemands.
Tout cela constitua la « solution finale de la question allemande » en Yougoslavie titiste.
Sur le million et demi de Donauschwaben qui vivaient dans le bassin du Danube en 1939-1941, quelque 93 000 servirent durant la Seconde Guerre mondiale dans les forces armées de la Hongrie, de la Croatie et de la Roumanie - des pays de l'Axe, alliés à l'Allemagne - ou dans les forces armées allemandes régulières. Les Allemands ethniques de Hongrie, de Croatie et de Roumanie qui servirent dans les formations militaires de ces pays demeurèrent citoyens de ces Etats respectifs.
De plus, beaucoup servirent dans la division Waffen-SS « Prinz Eugen », qui regroupa quelque 10 000 hommes pendant son existence durant la guerre (cette formation fut nommée en l'honneur du prince Eugène de Savoie, qui avait remporté de grandes victoires contre les forces turques à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe dans les Balkans). S'engager dans la « Prinz Eugen » conférait automatiquement la citoyenneté allemande à la recrue. Mais les pertes de la « Prinz Eugen » furent particulièrement élevées, le gros de la division s'étant rendu après le 8 mai 1945 et quelque 1 700 de ces prisonniers furent tués dans le village de Brezice prés de la frontière croato-slovène, et la moitié restante périt au travail forcé dans les mines de zinc proches de la ville de Bor, en Serbie.
En dehors du « nettoyage ethnique » des civils et soldats allemands du Danube, quelque 70 000 Allemands qui avaient servi dans les forces régulières de la Wehrmacht périrent en captivité en Yougoslavie. La plupart d'entre eux moururent lors de représailles, ou comme travailleurs forcés dans les mines, en construisant des routes, dans des chantiers navals, etc. C'étaient principalement des soldats du « Groupe d'Armée E » qui s'étaient rendus aux autorités militaires britanniques dans le sud de l'Autriche au moment de l'armistice du 8 mai 1945. Les autorités britanniques livrèrent environ 150 000 de ces prisonniers de guerre allemands aux partisans yougoslaves communistes sous prétexte d'un rapatriement ultérieur en Allemagne. A suivre

1945-1953 : la destruction des "Allemands ethniques" et des prisonniers de guerre allemands en Yougoslavie (fin)

La plupart de ces anciens soldats réguliers de la Wehrmacht périrent dans la Yougoslavie d'après-guerre en trois phases. Pendant la première phase, plus de 7 000 soldats allemands capturés moururent dans les « marches d'expiation » (Suhnemärsche) organisées par les communistes, faisant 1 300 kilomètres depuis la frontière sud de l'Autriche jusqu'à la frontière nord de la Grèce. Pendant la seconde phase, à la fin de l'été 1945, de nombreux soldats allemands en captivité furent sommairement exécutés ou jetés vivants dans de grandes carrières de karst le long de la côte dalmate. Dans la troisième phase, de 1945 à 1955, 50 000 autres périrent comme travailleurs forcés, de malnutrition et d'épuisement. Le nombre total des pertes allemandes en captivité yougoslave après la fin de la guerre - incluant les civils et soldats « allemands du Danube » ethniques, ainsi que les Allemands « du Reich » (Reichsdeutsche) - peut donc être estimé à 120 000 assassinés, affamés, tués au travail ou disparus.
Quelle est l'importance de ces chiffres ? Quelles leçons peut-on tirer de ces drames ? Il convient de souligner que le triste sort des civils allemands des Balkans n'est qu'une petite partie de la topographie de la mort communiste. Au total, entre 7 et 10 millions d'Allemands - personnel militaire ou civils - moururent pendant et après la Seconde Guerre mondiale en Europe et en Union Soviétique. La moitié d'entre eux succombèrent dans les derniers mois de la guerre, ou après la reddition sans conditions de l'Allemagne le 8 mai 1945. Les pertes allemandes, à la fois civiles et militaires, furent sensiblement plus élevées pendant la "paix" que pendant la guerre.
Durant les mois qui précédèrent et suivirent la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ethniques furent tués, torturés et dépossédés dans toute l'Europe orientale et centrale, notamment en Silésie, en Prusse orientale, en Poméranie et dans les Sudètes. En tout 12 à 15 millions d'Allemands s'enfuirent ou furent chassés de leurs foyers au cours de ce qui reste peut-être le plus grand « nettoyage ethnique » de l'histoire. Sur ce nombre, plus de deux millions de civils allemands furent tués ou perdirent la vie.
Les génocides communistes dans la Yougoslavie d'après-guerre sont rarement abordés par les media des pays qui émergèrent des ruines de la Yougoslavie communiste en 1991, même si, chose remarquable, il y a aujourd'hui dans ces nouveaux pays une plus grande liberté d'expression et de recherche historique que dans les pays d'Europe occidentale. Les élites postcommunistes de Croatie, de Serbie et de Bosnie, largement composées d'anciens communistes, semblent partager un intérêt commun à refouler leur passé criminel concernant le traitement des civils allemands.
L'éclatement de la Yougoslavie en 1990-91, les événements qui y conduisirent, ainsi que la guerre et les atrocités qui suivirent, ne peuvent être compris que dans le cadre de grandes tueries menées par les communistes yougoslaves de 1945 à 1950. Comme nous l'avons déjà noté, le « nettoyage ethnique » n'a rien de nouveau. Même si l'on considère l'ancien dirigeant serbe Slobodan Milosevic et les prévenus croates actuellement jugés par le Tribunal International des Crimes de Guerre de La Haye comme de vils criminels, leurs crimes, soit réels, soit présupposés, demeurent minuscules par rapport à ceux du fondateur de la Yougoslavie communiste, Josip Broz Tito. Tito mena le « nettoyage ethnique » et les tueries de masse sur une bien plus grande échelle, contre les Croates, les Allemands et les Serbes, souvent avec l'aval des gouvernements britannique et américain. Son règne en Yougoslavie (1945-1980), qui coïncida avec l'ère de la « Guerre froide », fut néanmoins généralement soutenu par les puissances occidentales, qui considéraient son régime comme un facteur de stabilité dans cette région de l'Europe.
Par ailleurs, la tragédie des Allemands des Balkans fournit aussi des leçons sur le sort des Etats multiethniques et multiculturels. Deux fois, durant le XXe siècle, la Yougoslavie multiculturelle éclata dans un carnage inutile tout en déclenchant une spirale de haines entre ses groupes ethniques constituants. On peut conclure, par conséquent, que pour des nations et des cultures différentes, sans parler de races différentes, il vaut mieux vivre à part, séparés par des murs, plutôt que de vivre dans une fausse convivialité qui cache des animosités et laisse des ressentiments durables.
Peu de gens pouvaient prévoir les sauvages tueries interethniques qui balayèrent les Balkans après l'effondrement de la Yougoslavie en 1991, et ceci entre des peuples d'origine anthropologique relativement similaire. On ne peut que s'interroger avec inquiétude sur l'avenir des Etats-Unis et de la France ou des tensions communautaires entre les populations autochtones et des masses d'allogènes du Tiers Monde laissent présager un désastre avec des conséquences beaucoup plus sanglantes.
La Yougoslavie multiculturelle fut avant tout la création des dirigeants français, britanniques et américains qui signèrent le Traité de Versailles en 1919, et des dirigeants britanniques, soviétiques et américains qui se rencontrèrent à Yalta et à Postdam en 1945. Les figures politiques qui créèrent la Yougoslavie ex nihilo comprenaient très mal la perception que les différents peuples locaux avaient d'eux-mêmes et de leurs voisins immédiats.
Bien que les morts, les souffrances et les dépossessions subies par les Allemands ethniques des Balkans pendant et après la Seconde Guerre mondiale soient bien connues des autorités allemandes et des historiens indépendants, elles continuent donc à être ignorées dans le reste de l'Europe et aux Etats-Unis. Pourquoi ? On peut penser que si ces pertes allemandes étaient plus largement discutées et mieux connues, elles stimuleraient probablement une vision alternative de la Seconde Guerre mondiale, et en fait de toute l'histoire du XXe siècle. Une meilleure connaissance des pertes civiles allemandes pendant et après la Seconde Guerre mondiale pourrait aussi encourager une discussion sur la dynamique des sociétés multiculturelles d'aujourd'hui. Or, cette démarche, à son tour, risquerait d'affecter significativement les idées et les mythes dominants qui façonnent l'Europe depuis 1945. Un débat ouvert sur les causes et les conséquences de la Seconde Guerre mondiale ternirait aussi la réputation de nombreux spécialistes et faiseurs d'opinion aux Etats-Unis et en Europe. Il est probable qu'une meilleure connaissance des crimes commis par les Alliés pendant et après la Seconde Guerre mondiale, au nom de « la démocratie », pourrait changer les mythes fondateurs de nombreux États contemporains.
Tomislav SUNIC*, Ecrits de Paris
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* Ecrivain et historien. T. Sunic est auteur de Homo americanus, Child of the Postmodern Age (2007).

mercredi 18 novembre 2009

« Jamais l'école républicaine n'a été aussi inégalitaire qu'aujourd'hui »

Entretien avec Vincent Laarman :

Depuis 2002, forte de ses 64 000 membres revendiqués, l'association SOS Education multiplie les actions de lobbying auprès du personnel politique afin d'obtenir une réforme de fond du système scolaire. Vincent Laarman, son délégué général, explique les raisons de cette agit-prop.

Le Choc du mois : Presque quarante ans après Mai 68, l'esprit soixante-huitard continuerait-il de dominer l'Education nationale ?
Vincent Laarman : Oui. Et plus son échec est patent, plus ses représentants s'accrochent aux manettes du pouvoir. Ce qui est assez logique : ils jouent leur survie. Contrairement à ce qu'ils prétendent, ils ne défendent pas les intérêts de nos enfants, mais uniquement leurs privilèges.
Que les élèves réapprennent enfin à lire, écrire et compter, telle serait un peu la devise de votre association...
Pas seulement, et votre question est d'ailleurs mal formulée : les tenants de l'école «pédagogiste» vous assureront qu'ils poursuivent exactement le même but, mais avec d'autres méthodes. C'est pour cela que notre objectif principal consiste avant tout à en revenir à ce bon sens, à ces vieilles méthode, qui, elles, ont fait leurs preuves. Soit la transmission d'un savoir structuré, fondé sur l'apprentissage systématique des règles et de leur constante répétition. Les tables de multiplication, les grandes dates de l'histoire de France, les notions élémentaires de la géographie, voilà qui doit se rabâcher inlassablement, jusqu'à ce qu'elles deviennent des réflexes, parce que ce n'est pas en allant surfer sur Internet qu'on apprend à maîtriser l'usage de la langue française...

C'est-à-dire ?
C'est-à-dire qu'au lieu de monter un « projet pédagogique » sur les pharaons, juste parce que les livres de Christian Jacq se vendent bien, tendant à persuader les élèves qu'ils découvriront et dénoueront, grâce à Internet, les mystères de l'Egypte antique, encore faudrait-il au moins qu'ils soient capables de situer cette dernière, chronologiquement, ailleurs que quelque part entre le Moyen-Àge et la Renaissance...

Un âne chargé de livres restera donc toujours un âne...
Tout à fait. Internet est une gigantesque bibliothèque, la plus grande que l'humanité ait probablement connue. Mais elle ne transformera pas pour autant des analphabètes en de fins lettrés. C'est à l'école que revient la mission première de fournir à tous les outils susceptibles de leur permettre de tirer profit de cette somme de connaissances. Sans codes : sans repères fondamentaux et sans dates majeures leur permettant de s'y retrouver, apprises à coups de pieds dans le derrière si besoin est, tout cela demeurera vain.

A vous entendre, cet apprentissage devrait alors commencer dès le plus jeune âge...
Bien sûr. Les élèves de maternelle sont à l'école pour commencer à apprendre avant même de comprendre. Cette fonction première de l'Education nationale consiste ainsi à ce que nos enfants apprennent et non point qu'ils s'épanouissent, tel qu'on voudrait nous le faire croire depuis tant d'années : pour s'épanouir, il y a la famille et les amis. Sans être forcément passéiste, rappelons-nous qu'autrefois les élèves de sixième avaient déjà revu trois fois leur Histoire de France. Ils avaient donc le substrat nécessaire à la compréhension du monde qui les entourait et pouvaient ensuite, selon la sensibilité de chacun, développer leurs propres opinions.

Vous êtes très en pointe dans le combat visant à en finir avec la méthode de lecture globale. Est-ce pour des raisons politiques ou de simple efficacité ?
Les deux à la fois. La méthode de lecture globale ou semi-globale a créé des générations d'analphabètes et d'illettrés. Quoi que prétende le ministère, c'est près de 20 % des élèves qui arrivent en sixième totalement analphabètes ou seulement capables de vaguement décrypter un texte. Voilà pour l'efficacité. Pour ce qui est du domaine politique, je remarque que cette méthode, vendue sous couvert d'égalitarisme, a abouti à un enseignement parfaitement inégalitaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que la méthode de lecture globale permet de vaguement identifier un mot que l'on connaît déjà ou dont on a vaguement entendu parler grâce à un environnement familial que l'on peut, sans prendre grand risque de se tromper, qualifier de «favorisé».
En revanche, les enfants qui n'ont plus la chance de grandir dans des familles motivées seront, eux, incapables de déchiffrer ces mots qui sont autant de concepts. Ces gamins, ne nous voilons pas la face, arrivent au CP avec tout juste cent mots de vocabulaire ! La méthode syllabique est la seule qui puisse leur permettre de s'élever. Car même un mot dont ils ne peuvent pas forcément comprendre le sens, au moins pourront-il, en apprendre la juste définition dans le dictionnaire, à condition qu'ils sachent lire. Pour résumer, la méthode de lecture globale est, en France, l'équivalent des idéogrammes chinois, réservés à une élite et inaccessibles au peuple, si ce n'est dans sa version abâtardie tel le verlan ...

Avec tout ce qui en découle...
Parfaitement. Une langue noble pour les lettrés et les fortunés, et une vulgate rudimentaire pour le commun. Si c'est cela, l'égalitarisme républicain dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée...

D'où la distorsion de la notion même d'élitisme...
Oui. Sous couvert d'égalitarisme, les syndicats marxistes ou assimilés font la promotion d'un élitisme sournois tout en perpétuant des intérêts de castes. Alors que la véritable égalité, fondée sur la méritocratie et, justement, l'élitisme, consiste à donner les mêmes chances à tous nos enfants, riches ou pauvres. En ce sens, la méthode de lecture syllabique est, je le répète une fois encore, l'un des meilleurs garants de l'école jadis fondée par Jules Ferry. D'ailleurs, la bonne orthographe n'est ni de gauche, ni de droite ! Jean Jaurès écrivait en un aussi bon français que Charles Maurras !

On vous sent passéiste, pour le coup...
Pas du tout ! L'école d'autrefois avait peut-être ses défauts ; mais au moins a-telle fait ses preuves. Je constate seulement que ceux qui se prennent aujourd'hui pour des hussards républicains persistent à perpétuer ce système inégalitaire que nous dénonçons en permanence, système qui est à l'exact opposé de leurs objectifs publiquement affichés. Quand on sait que les deux premières professions à contourner la carte scolaire sont les professeurs et les journalistes - deux castes majoritairement de gauche et financièrement assez privilégiées -, on a tout compris.

Nicolas Sarkozy est désormais à l'Élysée. Que vous inspirent l'éviction de Gilles de Robien, ministre sortant de l'Education nationale, et son remplacement par Xavier Darcos ?
Gilles de Robien présentait au moins ce mérite consistant à avoir insufflé à l'Éducation nationale un souffle nouveau qui allait dans le bon sens, même si dans les faits, il n'a pas fait grand-chose, si ce n'est brasser du vent et susciter la polémique sur des effets d'annonce médiatique pour ensuite capituler devant des syndicats d'obédience marxiste tels que l'Unsa ou le Snuipp. Mais au moins convient-il de lui reconnaître ce mérite d'avoir mis fin à la terreur des «pédagogistes», ces fous furieux ayant la haute main sur les IUFM, ces Instituts universitaires de formation des maîtres, où l'on évoque ces « référentiels bondissants » alors que l'homme de la rue persiste bêtement à parler de « ballons ».

Et Xavier Darcos...
A peine arrivé, il s'est déjà couché. Avant même d'entrer dans son nouveau costume, il revenait sur le décret Robien consistant à payer aux professeurs des heures supplémentaires n'ayant jamais été effectuées...

A savoir...
À savoir qu'autrefois, les professeurs de sciences naturelles nettoyaient leurs laboratoires. Mais il y a belle lurette que des femmes de ménages sont payées pour cette tâche. Tout comme ces professeurs étaient payés pour les heures passées à polycopier leurs cours alors que maintenant, l'informatique permet d'accomplir ce travail d'un simple clic. C'est un peu comme les conducteurs de TGV qui perçoivent encore une prime de charbon...

Revenons-en à Xavier Darcos. Il semble qu'il soit revenu sur les décisions de son prédécesseur concernant la méthode de lecture globale...
D'une manière plus ou moins fourbe, oui. En effet, tout cela est désormais laissé à la discrétion des enseignants. Ce qui signifie que ces derniers sont désormais abandonné, au bon vouloir des inspecteurs. Or il faut savoir que dans l'Education nationale, plus on monte dans la hiérarchie, plus on est syndiqué... A titre d'exemple, seuls 30 % des professeurs le sont, contre 80 % chez les inspecteurs chargés de les surveiller. Pour monter dans cette hiérarchie, le syndicalisme est donc plus que jamais devenu un passage obligé et les divers ministres s'étant succédé à ce poste n'ont jamais voulu ou pu remettre en cause cette tyrannie...
De même, Xavier Darcos est immédiatement revenu sur les mesures de Gilles de Robien qui souhaitait remettre à l'honneur l'apprentissage dès quatorze ans. Tout comme il a refusé qu'on réinstaure cette simple règle de bon sens voulant que les élèves se lèvent dès que le professeur entre en classe. Mais il est vrai que pour que ces derniers se lèvent, encore faudrait-il qu'ils soient préalablement assis...

On parle beaucoup de la carte scolaire, de sa suppression ou de son assouplissement. Qu'en pense SOS Education ?
Il s'agit, là encore, d'une double hypocrisie. Plutôt que d'avoir la discipline et l'excellence pour tous, ce sera une école à deux vitesses, avec d'un côté les riches enfants des « classes dominantes » qui font ces lois, et, de l'autre, les délinquants et les gamins issus de l'immigration. Et, cerise sur le gâteau, Xavier Darcos vient de promettre que les écoles qui auront moins d'élèves bénéficieront de plus de moyens. Soit une sorte de prime aux cancres et à la nullité ; et l'élitisme pour les uns et le nivellement par le bas pour les autres.

Propos recueillis par Nicolas Gauthier Le Choc du Mois Juin 2007
SOS Education, 8, rue Jean-Marie Jego, 75013 Paris. Tél. : 01 45 81 22 67.
Site : www.soseducation.com

30 novembre 1939 : Staline attaque la Finlande

Le 30 novembre 1939, Staline lance les troupes soviétiques à l'assaut de la petite Finlande.
Nicolas Glyko.

Le Petit Poucet résiste à l'ogre

La Finlande s'était émancipée de la Russie pendant la Grande Guerre de 1914-1918 et la frontière entre les deux pays avait été établie à quelques dizaines de kilomètres de Petrograd (aujourd'hui Saint-Pétersbourg).

En 1939, tandis qu'il partage la Pologne avec Hitler, Staline s'inquiète de la vulnérabilité de cette frontière et du risque d'une invasion de la deuxième région économique de l'URSS via la Finlande.

Il propose aux Finlandais de reculer leur frontière méridionale, dans l'isthme de Carélie, en échange de vastes territoires situés plus au nord. Il demande aussi de pouvoir installer une base navale à Hanko, à la pointe sud du pays.

Le gouvernement finlandais veut bien négocier un échange de territoires mais refuse de sacrifier sa souveraineté en cédant une base. Loin de chercher un quelconque arrangement avec le dictateur, il renforce ses fortifications frontalières longues de 140 km et connues sous le nom de «ligne Mannerheim», du nom d'un maréchal finlandais qui avait repoussé les bolcheviques en 1917.

Brutale agression

Finalement, Staline attaque son voisin sans prendre la peine de lui déclarer la guerre.

Avec un total de 265.000 hommes, 270 avions et 26 tanks, la Finlande doit faire face à 400.000 hommes de l'Armée rouge, équipés de 1500 avions et autant de tanks.

Malgré la disproportion des forces et la brutalité de l'attaque, du golfe de Finlande à l'océan Arctique, l'Armée rouge piétine plusieurs mois sur la frontière et les Finlandais remportent même de nettes victoires au nord.

Cette «Guerre d'Hiver» se traduit par de lourdes pertes pour l'Armée rouge, d'autant que les Français et les Anglais, en guerre déclarée contre Hitler, ont à coeur de soutenir le peuple finlandais en lutte contre Staline, lié au Führer allemand par un pacte.

Les Occidentaux caressent l'espoir illusoire que des opérations militaires comme celle-là leur permettront de faire l'économie d'une attaque frontale de l'Allemagne.

Sur une idée du Premier Lord de l'Amirauté, le ministre britannique de la marine Winston Churchill, les Français et les Anglais entreprennent même une expédition en... Norvège pour tenter de soutenir les Finlandais.

Victoire à l'arraché

Staline finit par conquérir la partie orientale de la Finlande et conclut un traité avec son ennemie le 12 mars 1940.

Mais sa victoire à l'arraché a pour effet d'isoler un peu plus l'URSS sur le plan international. Elle met aussi en évidence la médiocrité du commandement soviétique et la faible motivation des troupes.

Vorochilov, commissaire du peuple (ministre) à la Défense, est d'ailleurs démis de ses fonctions dès le 7 mai.

Ce désastre va fournir d'utiles enseignements à Hitler quand il prendra la décision d' attaquer son associé le 22 juin 1941.

Alliés à leur tour aux Allemands, les Finlandais reprendront l'offensive en 1941 mais, en 1944, ils devront accepter une mise sous tutelle soviétique.....

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dimanche 15 novembre 2009

2 septembre 1870 Napoléon III est fait prisonnier à Sedan

Le 2 septembre 1870, les Prussiens reçoivent la capitulation d'une armée française enfermée à Sedan, dans les Ardennes. Ils font 83.000 prisonniers y compris l'empereur des Français. Napoléon III envoie un simple télégramme à l'impératrice Eugénie : « L'armée est vaincue et captive, moi-même suis prisonnier ».

C'est la quatrième fois dans l'Histoire de France qu'un souverain est capturé sur un champ de bataille. Ce désastre signe l'échec de la guerre engagée à la légère par les Français six semaines plus tôt.

Joseph Savès

Une guerre mal engagée

Napoléon III a déclaré la guerre à la Confédération d'Allemagne du Nord le 19 juillet 1870 d'une façon pour le moins maladroite et précipitée, sans prendre la peine de s'assurer le soutien des grands États européens ni de vérifier les dispositions de l'armée.

La France n'est en mesure de mobiliser que 265.000 hommes, sur un front de 250 kilomètres, de Thionville à Bâle. De leur côté, la Prusse et ses alliés d'Allemagne du Sud en alignent immédiatement 600.000 grâce à une organisation bien rodée et à un réseau ferroviaire très dense.

Les armées françaises sont très vite bousculées par la coalition allemande. Les Français subissent plusieurs défaites non dépourvues de panache comme à Wissembourg, le 4 août 1870, et surtout à Froeschwiller-Woerth, le 6 août. Ce jour-là, à deux reprises, près du village de Reichshoffen, les cuirassiers à cheval chargent sabre au clair dans les houblonnières. Empêtrés dans les piquets et les fils, hommes et chevaux se font absurdement massacrer.

À la suite de ces défaites, qui entraînent la perte de l'Alsace et de la Lorraine, le commandement en chef passe au maréchal Bazaine. Brave mais indécis, celui-ci tente de replier ses armées de l'Est sur Verdun mais se voit barrer la route par l'ennemi. Plutôt que de forcer le passage, il se laisse enfermer dans la place forte de Metz.

Le piège de Sedan

Un mois après la déclaration de guerre, il ne reste à la France que 130.000 hommes de la première armée, regroupés au camp de Châlons sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon. L'empereur l'accompagne mais, très malade en raison d'un caillou dans la vessie et pouvant à peine circuler en voiture, il se garde de diriger les opérations.

L'armée manoeuvre en vue de secourir le maréchal Bazaine assiégé à Metz. Celui-ci, qui songe déjà à se rendre, reste étrangement inactif. C'est ainsi que Mac-Mahon est battu le 30 août à Beaumont et, faute de mieux, se replie sur la place forte de Sedan. Le 1er septembre au matin débute la bataille décisive. Blessé, le maréchal de Mac-Mahon laisse le commandement au général Ducrot et celui-ci au général Wimpffen, « le plus ancien dans le grade le plus élevé ».

Écrasés par l'artillerie allemande, les Français sont impuissants à desserrer l'étau. L'empereur souffre le martyre et se désespère de laisser tant d'hommes aller à une mort inutile. Lui-même, malgré sa maladie, monte à cheval et va au-devant de la mitraille. Mais la mort se refuse à lui. Le lendemain,soucieux d'éviter un massacre inutile, il donne lui-même l'ordre de se rendre et se rend auprès de l'état-major allemand. Il est reçu dans une modeste maison non par le roi Guillaume 1er mais par le chancelier Bismarck.

L'acte de capitulation est signé au château de Bellevue, sur une hauteur à quelques kilomètres de Sedan. À Lyon, Marseille et Paris, sitôt connu le désastre, l'empereur est déchu et la République proclamée.

Le gouvernement provisoire poursuit la guerre cependant que les Prussiens se dirigent à marches forcées vers Paris. La capitale va subir un siège éprouvant jusqu'à l'armistice de janvier 1871.

De son côté, l'ex-empereur quittera sa prison de Wilhelmshösse, dans la Hesse, et rejoindra sa femme, l'ex-impératrice Eugénie, à Londres. C'est là qu'il mourra le 9 janvier 1873, en se faisant opérer de la maladie de la pierre. Son fils unique, le prince Eugène, sera tué en combattant les Zoulous d'Afrique du Sud au service de l'armée anglaise, en 1879. La mort tragique du Prince impérial laissera orphelins les derniers bonapartistes.

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4 septembre 1870 Proclamation de la République

Le 4 septembre 1870, les Parisiens proclament la République (c'est la IIIe du nom). En souvenir de ce jour, de nombreuses rues de France portent le nom du «Quatre Septembre».
C'est après avoir appris la capture de l'empereur Napoléon III par les Prussiens à Sedan que les républicains de la capitale ont pris le pouvoir. Ils ont été devancés de quelques heures par leurs homologues de Lyon et Marseille.
Joseph Savès.

Illusions impériales
Quelques mois plus tôt, le 8 mai, Napoléon III était sorti renforcé d'un plébiscite qui lui avait donné 7.336.000 oui contre 1.560.000 non en confirmant l'orientation libérale de l'empire. À Paris, toutefois, à la différence du reste du pays, une majorité républicaine s'était prononcée contre le régime.
La déclaration de guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, allait détruire les illusions de l'empereur. Certains républicains se hasardent à souhaiter qu'une prompte défaite consacre la ruine du régime et hâte l'avènement de la République. C'est ainsi que Le Rappel écrit noir sur blanc : « L e danger le plus sérieux, c'est celui de la victoire. L'Empire fait le mort. Les Prussiens battus, il ressuscitera ». Ce journal appartient aux fils de Victor Hugo - lequel est en exil à Jersey -. La défaite de Sedan comble au-delà de toute espérance les voeux de ces drôles de patriotes.

Une République issue de la défaite
Dans la nuit du 3 au 4 septembre, dès l'annonce de la défaite, les députés du Corps législatif se réunissent au Palais-Bourbon. Ils dédaignent de confier la régence à l'impératrice Eugénie, confinée au palais des Tuileries, et s'interrogent sur la conduite à suivre.
Dans le petit groupe républicain, plusieurs députés se préparent à un illustre destin. Parmi eux, Jules Favre, Jules Grévy, Jules Simon et Jules Ferry, qui fonderont la «République des Jules». Il y a aussi Adolphe Crémieux et surtout Léon Gambetta, superbe orateur de 32 ans.
Les Parisiens envahissent bientôt le Palais-Bourbon et exigent l'instauration de la République. Les députés craignent d'être débordés par l'insurrection. Jules Favre leur suggère alors de proclamer eux-mêmes la République à l'Hôtel de ville de Paris, comme aux plus beaux jours de la Révolution de 1789 ou des journées de Février 1848.
Deux colonnes de députés et de simples citoyens se rendent donc à l'Hôtel de ville, où elles ont été devancées par un groupe d'agitateurs révolutionnaires, jacobins ou socialistes (Delescluze, Blanqui, Flourens,...).
Pour séduire et rassurer la foule, Jules Ferry a l'idée de constituer un gouvernement composé de députés républicains de Paris. C'est ainsi que Léon Gambetta et Jules Favre proclament la République au milieu d'une liesse générale quelque peu surréaliste en regard de la situation militaire du pays.
Beaucoup de Parisiens croient naïvement que la déchéance de l'empereur et l'avènement de «Marianne» rendront les Prussiens plus accommodants. Certains imaginent au pire un sursaut général comme aux temps héroïques de Valmy. La résistance de l'armée de Bazaine à Metz leur donne quelques motifs d'espérer.

Paris résiste
Le «gouvernement de la Défense nationale» est placé sous la présidence du gouverneur militaire de la place, le général Louis Trochu, un conservateur timoré, «Breton, catholique et soldat», selon ses propres termes. Il délègue le député Adolphe Crémieux à Tours en vue de prendre en main les zones encore libres. Mais le généreux septuagénaire se révèle vite insuffisant à la tâche.
La situation s'aggrave le 19 septembre avec l'encerclement de Paris par les troupes ennemies. Le 7 octobre, le fougueux Gambetta (32 ans), ministre de l'Intérieur, s'enfuit à son tour de Paris à bord d'un ballon.

Sitôt à Tours, Léon Gambetta organise une armée en vue de secourir la capitale et de mener une «guerre à outrance». Son initiative recueille quelques éphémères succès mais elle inquiète les populations rurales qui rêvent surtout du retour à la paix. Les troupes hâtivement rassemblées par Gambetta sont sans difficulté battues par les Prussiens après la reddition honteuse de l'armée de Bazaine, à Metz.
De leur côté, affamés par un siège impitoyable, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une «sortie torrentielle» à Buzenval, le 20 janvier 1871. Elle s'achève par une piteuse retraite.
Dans un ultime effort, Adolphe Thiers (73 ans), vieux député conservateur doté d'un très grand prestige, entreprend une tournée des capitales européennes en vue d'obtenir une intervention militaire en faveur de la France. Il se heurte partout à un refus poli, ... au grand soulagement du chancelier Bismarck.
À Saint-Pétersbourg, le tsar Alexandre II accueille avec une secrète jubilation les nouvelles de France, qu'il avait prévues. Il y voit la rançon de son humiliation dans la guerre de Crimée et des leçons prodiguées par les Français à son endroit à propos de la Pologne.
L'armistice est finalement signé par Jules Favre le 28 janvier 1871 pour une durée de quatre semaines. Bismarck veut ainsi donner le temps aux vaincus d'élire une assemblée nationale. Il a besoin en effet que le traité de paix définitif soit entériné par une autorité légitime afin de ne pas être plus tard contesté.
Dix jours plus tôt, le 18 janvier, les envahisseurs ont proclamé triomphalement l'Empire d'Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles.

La France aspire à la tranquillité
Le 8 février, les élections générales amènent à la nouvelle Assemblée nationale une majorité favorable à la paix. Les ruraux des provinces, peu au fait du siège de Paris et des événements militaires, manifestent massivement leur volonté d'en finir au plus vite avec la guerre en reportant leurs suffrages sur les notables. C'est ainsi que se révèle à l'Assemblée une majorité écrasante de monarchistes.
Pas moins d'un élu sur trois est noble ! Mais ces députés monarchistes sont divisés entre partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe 1er, du comte de Chambord, petit-fils de Charles X, et de Napoléon III, empereur déchu.
Paris étant entourée de troupes allemandes et trop agitée au goût de l'Assemblée nationale, celle-ci se réunit au Grand Théâtre de Bordeaux avant de se transférer à Versailles. Le gouvernement de Trochu lui remet sa démission et, le 17 février, l'Assemblée désigne Adolphe Thiers comme « chef du gouvernement exécutif de la République française » en attendant de statuer sur la nature du régime futur : monarchie ou république.
Ainsi naît la IIIe République, dans la détresse et la confusion... Elle mourra de la même façon 70 ans plus tard, en 1940.
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lundi 9 novembre 2009

Quand les Tchétchènes combattaient les partisans blancs aux côtés des bolcheviks

En 1917, dans l’Europe ravagée depuis trois ans par la Grande Tuerie, éclate la révolution bolchevique financée entre autres par la "Deutsche Connexion Bank" d’Israël Lazarevitch Helphand, dit "Parvus", et Jacob Fürstenberg, dit Yakov Ganetsky.
Ces deux personnages sont les intermédiaires entre l’Allemagne et les islamistes du Comité Union et Progrès qui ont pris le pouvoir à Constantinople le 23 juillet 1908 qui finira, au nom du "Djihad", par entraîner l’Empire osmanli aux côtés de l’Allemagne dans la guerre contre les pays de l’Entente.
L’objectif des forces que représentent Parvus et Ganetsky est à l’évidence de détruire les empires coloniaux français, anglais, italien et russe.
De fait, le premier acte des Bolcheviks sera, le 3 mars 1918, la signature du Traité de Brest-Litovsk dont l’article IV impose aux Russes d’évacuer la Transcaucasie et l’Asie Centrale. Aussitôt, les armées du sultan de Constantinople envahissent l’Arménie sous juridiction russe depuis 1828.
Car, non contents d’avoir, avec la complicité des Tchétchènes, assassiné trois millions d’Arméniens et de Grecs de Turquie et d’Anatolie, les islamistes de Constantinople projettent d’en faire autant en Transcaucasie.
A peine signé le traité de Batoum, l’Armée islamiste, qui, depuis le Traité de Brest-Litovsk, contrôle la partie nord de l’Iran, attaque les Russes blancs de Koltchak en Asie Centrale et ceux de Denikine dans le Nord-Caucase. Deux cent trente mille Arméniens de Transcaucasie et soixante-dix mille d’Iran sont trucidés par les Turcs, Azéris, Adjares, Tchétchènes et autres composantes de la Division Sauvage. Israël Helphand, artisan du traité de Brest-Litovsk, Adolf Joffe, chef du département "Asie Centrale" du Comité centrai du PCUS et ambassadeur en Allemagne, Karl Sobelsohn, dit Radek, chef du département "Europe" du Commissariat aux Affaires étrangères de l’URSS, Léon Karakhan, chef du département "Orient" du même commissariat, Léon Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et Grigori Brilliant, dit Sokolnikov, commissaire politique de l’Armée rouge, sont les responsables avérés de ce génocide conforme à la stratégie bolchevique de "l’écharpe verte" consistant à soulever les peuplades islamistes contre l’Angleterre et la France.
Israël Helphand est le financier de ces bouchers ainsi qu’en témoigne un télégramme daté du 14 juillet 1917 : « Nous avons transféré à votre nom par l’entremise de M. I. Ruchver, magistrat-instructeur, cent quatre vingt mille Marks pour vos dépenses en Finlande. La différence est à votre disposition pour l’agitation contre l’Angleterre et la France. Les lettres de Malyanik et Stelkov ... seront considérées. »
Signé : Parvus.

Dans le cadre de la même stratégie, après l’armistice de novembre 1918, la "ligue pour la révolution islamique" fut installée à Berlin et confiée à Talaat, ministre de l’intérieur de l’Empire osmanli. Responsable du génocide des Arméniens et des Grecs d’Anatolie en 1915, Talaat, réfugié dans la capitale allemande, était devenu créature de Joffe, Radek et Karakhan. Sous leur influence, la "Ligue" allait inspirer et financer toutes les révoltes musulmanes anti-occidentales de l’Entre-deux-guerres :
- la guerre menée par Atatürk en Anatolie, de 1919 à 1923, contre les Alliés afin d’empêcher l’application du Traité de Sèvres qui consacrait la reconquista de l’Anatolie par les Arméniens et les Grecs ;
- la guerre du Rif (1919-1934) menée par Abd-El-Krim contre la France et l’Espagne ;
- la guerre afghano-britannique de 1919-1923 ;
- la révolte irakienne contre les Anglais (1919-1932) ;
- la rébellion senousiste en Libye contre les Italiens (1919-1934) ;
- la révolte syrienne contre les Français (1919-1927).
C’est dans ce contexte géostratégique qu’il faut situer la guerre civile russe de 1918-1921. Exaspérés par les persécutions religieuses, le génocide entrepris par les Bolcheviks dès novembre 1917, le massacre de la famille Impériale à Iekaterinbourg et le traité scélérat de Brest-Litovsk, les Russes se révoltent sous la direction de Koltchak, Semionov, Alexeiev, Kornilov, Denikin et Ioudenitch.
En janvier 1919, les partisans blancs de Denikin sont sur le point de l’emporter. Ayant repris Vladikavkaz enlevé par les Tchétchéno-Bolcheviks aux Cosaques du Terez, libéré les bassins du Don et du Dniepr moyens, puis Voronej, Koursk, Orël, ils campent aux portes de Toula, à 250 km de Moscou.
C’est là que les partisans blancs seront poignardés dans le dos par une coalition musulmane formée en un "comité de défense" au sein duquel on trouve, alliés aux Bolcheviks, les Tchétchènes constitués en régiments de la Ch’aria et en Armée Islamique.
Le coup de poignard tchétchène dans le dos de Denikine est tragique dans ses conséquences : les bolcheviks reprennent Orël et Voronej, Kharkov et Kiev, puis Tsaritsyne et Rostov.
Ce qui reste de l’armée blanche sera littéralement exterminé par les Tchétchènes sur la route de la Mer Noire.
Les troupes de Koltchak, quant à elles, sont repoussées par les bolcheviks. Harcelées par les Tatars, Kirghizes et autres musulmans d’Asie Centrale, elles seront écrasées par l’Armée rouge et leur chef, trahi par la légion tchécoslovaque, sera fusillé le 7 février 1920.
Après la bolchevisation de la Transcaucasie, les Arméniens de Transcaucasie et d’Iran sont massacrés par les Turcs, les Azéris, les Tchétchènes, les Adjares, les Ingouches et les Iraniens en application du Traité de Kars (13 octobre) signé entre la Turquie et l’URSS.
C’est Jacob Fürstenberg, financier, avec Israël Helphand, de la révolution bolchevique, qui, au nom de l’Union soviétique, signa ce traité porteur de mort.

Aujourd’hui, les mêmes forces sont à l’oeuvre derrière les récents événements.
Les Azéris, qui ont tué au moins quarante mille Arméniens depuis 1988, agissent de concert avec les Tchétchènes en rébellion contre les Russes, les Abkhazes dressés contre la Géorgie, les Ingouches affrontés aux Ossètes et les groupes islamistes du Tadjikistan.
Cette véritable offensive musulmane généralisée contre la Russie, comparable à celle qui suivit le Traité de Brest-Litovsk, s’éclaire d’une lumière inquiétante à la lecture d’une étrange vaticination du patriarche orthodoxe de Constantinople, Basile III, datée de septembre 1929 :
« Seul le Tsar pouvait empêcher que les prédictions ne s’accomplissent.
La bataille d’Armagueddon, le combat de l’Apocalypse, les chevaux blancs, l’Hydre à sept têtes et aux sept couronnes. L’Hydre verte !
Du sang sur la tunique blanche !
Les deux fous de Sarajevo.
Nul n’a compris que l’hydre verte avait armé le bras du Serbe.
Le cerveau est aux terres glaciales.
Si les tentacules s’étendent et se ramifient sur le monde, Sainte Russie, barrière de l’Europe, soutien de l’Eglise, si tu cèdes, les cavales de Tamerlan se baigneront aux rives de Bretagne. »

"L’Hydre verte" qui a "armé le bras du Serbe" semble faire allusion, d’une part, au fait que le revolver de Gavrilo Prinzip, qui tua l’archiduc d’Autriche-Hongrie à Sarajevo le 28 juin 1914, avait été fourni par des musulmans bosniaques ; d’autre part, à la "Société du Dragon vert", organisation occulte orientale qui disposait de deux succursales européennes : l’une à Constantinople, où se tint, en juin 1914, le congrès sionisto-islamique dont nous avons parlé dans notre article sur l’attentat de Sarajevo (Helphand-Parvus se trouvait à Constantinople à cette date), l’autre à Stockholm, siège de la banque d’Helphand et Fürstenberg, financiers de la révolution bolchevique.
Le siège central du "Dragon vert" se trouvait en Chine, où se succèderont comme ambassadeurs soviétiques, entre 1922 et 1927,... Joffe et Karakhan, signataires du Traité de Brest-Litovsk et promoteurs de la stratégie de l’"écharpe verte".
Ces deux "diplomates" appuyèrent l’action de l’agent bolchevique Michel Grüsenberg, dit Borodine, fondateur des partis communistes chinois et vietnamien et dont le secrétaire s’appelait Nguyen Tat Than, plus connu aujourd’hui sous le nom d’Ho Chi Minh.
Texte publié dans Le Libre Journal n°57.

samedi 7 novembre 2009

Moscou aux origines de la « légende noire » de Pie XII

En raison de la suspicion qui pèse sur l'attitude de Pie XII, qui régna de 1939 à 1958, face au IIIe Reich, son procès en béatification ne cesse d'être différé. Principal élément à charge :
Der Stellvertreter (Le Vicaire), la pièce de l'Allemand Rolf Hochhuth, portée à l'écran sous le titre Amen par Costa-Gavras. Laquelle aurait été téléguidée par les services soviétiques...

La langue allemande dispose de deux substantifs - ce qu'on nomme un doublon en lexicographie - pour désigner le genre théâtral qui est en français la tragédie : die Tragödie (mot féminin décalque du latin tragœdia, lui-même issu du grec tragôdia qui était, à l'origine, le chant qu'entonnaient les sacrificateurs lorsqu'ils égorgeaient le tragos, le bouc) ; et das Trawerspiel (mot neutre, de racines germaniques, formé de deux substantifs agglutinés, der Trawer (deuil, mélancolie, tristesse, chagrin) et das Spiel (jeu scénique, par extension pièce de théâtre). Tragödie et Trawerspiel sont donc une seule et même chose, la seule nuance étant que le premier mot est plutôt académique et semble un peu vieilli.
La biographie de Rolf Hochhuth est pleine de trous
A quarante-cinq années de distance, deux tragédies de langue allemande (et qui plus est chacune en cinq actes) portent des sous-titres dont le parallélisme est assez troublant Eine Biblische Tragödie (Une tragédie biblique), en 1918, puis Ein Christliches Trawerspiel (Une tragédie chrétienne); en 1963. Encore plus troublante, l'étonnante relation chiasmatique entre les deux auteurs et leurs deux tragédies. L'auteur de 1918 ne dut pas sa célébrité à cette oeuvre, dramatique alors que celui de 1963 n'est connu que par elle. La première avait pour titre principal Judas Ischariot, qu'elle glorifiait au détriment de son Maître, Jésus, ravalé au rang d'ilote politique. La seconde, Der Stellvertreter, dénigrait le rôle du Vicaire (c'est la traduction de Stellvertreter en français) de ce même Jésus, en la personne de Pie XII. L'auteur de Judas lschariot se nommait Joseph Goebbels. Celui de Der Stellvertreter se nomme toujours Rolf Hochhuth. .
Tenter d'en savoir plus sur la biographie de Rolf Hochhuth relève de la gageure. Son site officiel (http://www.rolf-hochhuth.de) possède certes une section «Lebenslauf» (curriculum vitœ), mais y aller voir redirige automatiquement vers le site du Deutsches Historisches Museum (DHM) de Berlin, dont la notice sur l'auteur est des plus étiques pour la période qui va de sa naissance (1931) à la parution du Vicaire, la tragédie qui va le rendre mondialement célèbre (1963), et qui est celle, on le comprendra, qui nous intéresse particulièrement. C'est avec de tels trous dans une biographie que le doute s'installe.
Hochhuth est donc né en 1931, le 1er avril précisément, à Eschwege, une ville du Land de Hesse qui ne devait guère avoir plus de vingt mille habitants à cette date et où les catholiques étaient très minoritaires. Son père, à l'époque de la naissance de Hochhuth, semble avoir dirigé dans cette ville, ou dans ses alentours, une fabrique de chaussures. Quelle a été l'attitude du père industriel pendant le régime national-socialiste ? Je l'ignore, mais de nombreux commentateurs ont estimé que Le Vicaire manifestait une sorte de transfert du sentiment de culpabilité de Hochhuth d'avoir eu un père favorable au National-socialisme sur une personnalité de plus grande envergure, et que, à cet égard, il était difficile de trouver mieux que Pie XII.
La DHM est absolument muette sur Hochhuth quant à ses vingt premières années. Quelles furent ses études) Son comportement pendant le régime national-socialiste (il était dans sa quinzième année quand le IIIe Reich s'effondra) ? Ce qu'il fit dans l'immédiat après-guerre, on l'ignore. On nous apprend que de 1951 à 1955, après avoir, peu de temps, suivi les cours d'une école sur les métiers de l'imprimerie, il occupe quelques places de commis de librairie dans trois villes allemandes et suit, comme auditeur libre, des cours aux universités de Heidelberg et Munich. Ce statut confirme ce que la plupart des commentateurs soutiennent, à savoir que Hochhuth n'obtint pas même l'équivalent allemand du baccalauréat, l'Abitur.
Conséquemment, il n'a aucun diplôme universitaire. Pendant les années 1955 à 1963, toujours selon les données succinctes de la DHM, Hochhuth serait «lecteur» chez l'éditeur Bertelsmann-Lesering, mais le vrai rôle qu'il y joue demeure obscur.
Pour Moscou, le pape et l'Eglise catholique doivent être abattus
En 1963, il a trente-Deux ans, Hochhuth se dit « auteur indépendant ». En fait il n'a encore rien écrit qui permette de déceler en lui un talent d'écrivain naissant. On pense qu'il poursuit alors un travail de documentation sur le national-socialisme entrepris des années auparavant. C'est celle année-là que paraît l'édition de sa tragédie Le Vicaire, qui allait le hisser à une subite notoriété internationale. Traduite en 27 langues, la pièce sera représentée dans un encore plus grand nombre de pays, notamment dans tous ceux de l'Est où elle était un spectacle incontournable (pour ne pas dire obligatoire, car elle fut représentée au moins une fois par an dans toutes les villes du bloc de l'Est disposant d'un théâtre...), mais elle sera, très curieusement, interdite de représentation en... Israël.
La controverse qu'elle suscite est mondiale. Découvrir que Pie XII, décédé en 1958, n'avait rien fait pour dénoncer les persécutions antisémites, voire qu'il les avait encouragées par son «silence», fut une douche froide pour le monde catholique qui continuait de vénérer la mémoire du souverain pontife, vénération partagée par les habiroux eux-mêmes.
En juin 2005, le bimensuel jésuite La Civiltà Cattolica - dont les textes sont systématiquement relus pour approbation par la Secrétairie d'État - publiait un article du père jésuite et historien Giovanni Sale, rappelant (ou pour mieux dire révélant) que la « légende noire » contre Pie XII avait été créée et lancée par Radio Moscou dès le 7 juin 1945. Cinq jours auparavant, le 2, en la fête de son saint patron Eugène, Pie XII, lors d'une allocution, avait mis en garde le « monde libre » contre les manœuvres de séduction de l'Empire soviétique. Radio Moscou déclarait : « Qui a entendu le discours du pape [...] a été extrêmement étonné d'apprendre que le Vatican, pendant les années de la domination d'Hitler en Europe, a agi avec courage et audace contre les délinquants nationaux-socialistes. En revanche, les faits et actions véritables du Vatican disent le contraire [...] Aucune des atrocités commises par les hommes d'Hitler n'a suscité le mépris et l'indignation du Vatican. Il s'est tu alors qu'œuvraient les machines de mort allemandes, quand fumaient les cheminées des fours crématoires [...], quand la doctrine hitlérienne d'élimination et d'extermination des nations et des peuples se transformaient en une dure réalité [...] Maintenant en revanche, le pape [remplit] son discours d'allusions contre l'Union soviétique et le communisme international pour provoquer des divergences et semer la méfiance parmi les alliés. »
La presse communiste internationale, mais aussi bien des organes du « monde libre », éternels « idiots utiles », accordèrent leurs violons au la donné par Moscou... Ce début d'une offensive médiatique - oubliée de nos jours - contre le Vatican allait se doubler d'un formidable effort d'infiltration de l'administration du Saint-Siège par le NKGB (qui deviendra le MGB en 1946 et sera incorporé au KGB créé en 1953). Le pape, premier résistant au communisme, était devenu l'homme à abattre et L'Eglise catholique, l'institution à subvertir avec des réussites incontestables - le noyautage du Russicum (le Collège pontifical russe) à Rome entre 1949 et 1953 - ou de piteux échecs - l'échec du montage contre le cardinal Jozsef Mindszenty, primat de Hongrie, en 1949.
Le transfuge roumain Pacepa balance la manip soviétique
En juillet 1978, le n°1 de la DIE (services secrets extérieurs de la Securitate roumaine), le général Ion Mihai Pacepa, passait à l'Ouest, et avec lui la révélation des coups fourrés du renseignement soviétique et des services «frères» et subordonnés des services d'espionnage du bloc de l'Est. Né en 1928 et entré dans la carrière en 1947, Pacepa était la mémoire vivante de l'organisation et des méthodes du renseignement de l'empire soviétique. « Une contribution considérable et sans équivalent », estima la CIA. il fut en effet le plus grand maître-espion jamais passé à l'Ouest.
Dans une longue, dense et remarquable étude parue le 25 janvier dernier dans la National Review américaine, Pacepa, qui avait d'ailleurs été en poste en Allemagne de l'Ouest à la fin des années 1950, apporte des révélations inédites sur une opération de «desinformatsiya» contre la mémoire de Pie XII par l'instrumentalisation de Rolf Hochhuth, montée par le général soviétique Ivan Agayants (1911-1968), premier chef du Département D (celui de la désinformation) du Premier directorat du KGB (renseignement et opérations à l'étranger).
Pacepa raconte qu'en 1963, Agayants (qui avait sévi sous couverture commerciale à Paris à la fin des années 1930 et y revint après-guerre) arrive à Bucarest pour remercier la DIE des bons résultats de son travail de subtilisation, de documents des archives du Saint-Siège sur Pie XII, un volet, confié aux Roumains, d'une plus vaste opération de dénigrement du pape défunt, montée par le général soviétique Aleksandr Sakharovsky, grand patron du Premier directorat du KGB, opération baptisée Siège-12 (Siège pour Saint-Siège et 12 pour Pie XIl). Agayants informe ses interlocuteurs roumains que l'opération Siège-12 va aboutir grâce à une pièce attaquant Pie XII, et titrée... Le Vicaire.
Hitler avait eu le projet de faire enlever Pie XII !
On annexera à l'édition de cette pièce toute une documentation «organisée» par les techniciens moscovites du Département D, grâce aux éléments fournis par les Roumains : ce sont, selon Pacepa, les Historische Streiflichter (les à-côtés historiques) qui figurent dans l'édition originale, et qui offrent une crédibilité apparente à une oeuvre dramatique qui en était essentiellement dépourvue.
La pièce sera mise en scène et produite par le célèbre homme de théâtre allemand, Erwin Piscator (1893-1966), un communiste notoire. Fondateur du « théâtre prolétarien », Piscator se réfugia à Moscou peu avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler, puis vécut à Paris de 1936 à 1939 avant d'émigrer aux Etats-Unis, d'où il revint en 1962 pour «arranger», la pièce de Hochhuth, c'est-à-dire réduire à une durée raisonnable une tragédie qui aurait occupé la scène plus de huit heures dans la version de l'auteur, et sans doute contribuer à la réécriture d'une pièce mal ficelée et la remanier pour augmenter l'impression détestable de Pie XII ! A cet égard, ce fut une réussite, qui vérifiait le slogan alors en cours au KGB : « Les morts ne peuvent pas se défendre » ainsi que l'aphorisme sans cesse rappelé à Pacepa par Youri Andropov, le patron du KGB de 1967 à 1982 : « Les gens sont toujours plus disposés à croire aux cochonneries qu'à la sainteté. »
Le succès planétaire du Vicaire se maintint jusque vers milieu des années 1970, lorsque l'opinion publique internationale apprit que non seulement Pie XIl n'était pas le supposé ami et allié des nationaux-socialistes, comme cette pièce kgébiste entendait le démontrer, mais, que c'était un mythe : les dirigeants du IIIe Reich considéraient le pape comme leur pire ennemi, imaginant toute sorte d'opérations pour en venir à bout, y compris l'investissement de la Cité du Vatican et la réclusion de Pie XII (1943), voire son enlèvement, chose tellement énorme qu'on a du mal à y croire
Monsieur Poutine, ouvrez les archives du KGB !
Ce projet fut pourtant révélé en janvier 2005 dans l'Awenire, le quotidien de l'épiscopat italien, citant un témoignage inédit et écrit du général Karl Friedrich Otto Wolff, Höchster SS und Polizei-Führer (chef suprême des SS) à Rome, à qui Hitler avait ordonné, en mai 1944, d'enlever Pie XII ! Non seulement Wolff n'obéit pas, mais il profita d'une audience pour en avertir le pape. Ce dernier, a-t-on appris l'an passé, prit l'affaire au sérieux et toutes dispositions pour que l'État du Vatican perdure si survenait ce cas inédit de sede vacant (de vacance du Saint-Siège)...
Pacepa rapporte une confidence que lui fit Andropov en 1974 : si Moscou avait connu, à l'époque de Siège-12, ces informations, on ne s'y serait jamais pris ainsi pour attenter à la réputation de Pie XII ! Un aveu qui permet de comprendre pourquoi la tentative de reprise de l'opération de calomnie essayée en 2002 par Costa-Gavras avec son film Amen, directement inspiré et adapté du Vicaire - et récompensé du César du meilleur scénario ! - est tombée à plat.
Pour l'heure, Hochhuth refuse de s'expliquer sur le fond de l'affaire révélée par Pacepa. Nous n'en saurons guère davantage tant que les archives du KGB ne seront pas ouvertes aux chercheurs et aux historiens : nous avons la clef de ce mystère mais sa serrure nous est interdite. Quant à l'auteur du Vicaire, trois hypothèses peuvent être avancées. La plus bénigne serait sa manipulation « à l'insu de son plein gré » comme disait l'autre mais c'est la moins probable : on l'imagine mal, sauf à considérer qu'on a affaire à un parfait imbécile - ce qui n'est pas le cas -, n'avoir rien subodoré pendant plus de 40 ans.
La seconde, qui est double, est que Hochhuth a participé consciemment et activement à une opération de désinformation du KGB, soit pour une raison de lucre (ses droits d'auteurs sont considérables et sa carrière littéraire et de dramaturge a été lancée par ce « coup de pouce », soit parce qu'il était idéologiquement philo-communiste et anti-catholique - encore que ces deux raisons peuvent n'en former qu'une seule... Dernière hypothèse : Hochhuth était un homme tenu par les services soviétiques, en raison de détails connus d'eux de sa vie passée ou privée, et qui dut, en raison du chantage exercé sur lui, se plier à la volonté soviétique de collaborer à son entreprise multiforme de désinformation contre Pie XII et de lutte à mort contre l'Église catholique.
Pas besoin d'être chiromancien pour comprendre que les révélations de Ion Mihaï Pacepa, qui a reconnu avoir « été lui-même impliqué dans la tentative délibérée du Kremlin pour salir le Vatican » connaîtront des rebondissements. Mais quand ?
Daniel Hamiche Le Choc du Mois Mars 2007

jeudi 5 novembre 2009

Eric RAYNAUD : « Rien n'explique que les avions aient pu pénétrer aussi facilement l'intérieur des zones les mieux protégées du monde »

Journaliste d'investigation, Eric Raynaud se passionne depuis huit ans pour les attentats du 11 septembre 2001. Auteur d'un livre intitulé 11 septembre, les vérités cachées, il est convaincu que les tours du World Trade Center avaient été piégées avant que les avions ne les percutent. Il s'explique pour Monde et Vie.
M&V : Le 11 septembre 2001, le monde entier a assisté en direct à l'écroulement des tours du World Trade Center à New-York, heurtées de plein fouet par des avions de ligne détournés par des terroristes. Pour tout le monde, ces terroristes et leur chef, un certain Oussama ben Laden, jusqu'alors inconnu du grand public, en étaient seuls responsables. Comment en êtes-vous arrivé à douter de la version officielle des événements ?
- Eric Raynaud : A l'époque,je suis resté «scotché», le souffle coupé, devant ma télévision jusqu'à cinq heures du matin et je ne me suis pas posé de question sur la manière dont l'événement avait pu se produire. Les questions sont venues plus tard, d'abord à la lecture du livre de Thierry Meyssan sur l'attentat visant le Pentagone, « L'Effroyable imposture », puis lors de la publication des conclusions de la commission d'enquête américaine conduite par l'administration Bush-Cheney, absolument pas crédibles. Des scientifiques de premier rang sont d'ailleurs montés au créneau pour critiquer cette version officielle des faits, avec des arguments puissants. Après l'élection de Barack Obama, la parole s'est un peu libérée.
Elle est plus libre aux Etats-Unis qu'en France...
- En effet, de nombreuses associations s'y sont créées et se sont pour la plupart fédérées au sein d'un Mouvement pour la vérité sur le 11 septembre, afin de réclamer l'ouverture d'une nouvelle enquête. Des associations de victimes et de familles de victimes, de pompiers, de témoins, de Professionnels du bâtiment - architectes et ingénieurs -, d'anciens agents des services secrets, une association de personnalités religieuses et une autre rassemblant des dirigeants politiques internationaux ont demandé que la lumière soit faite sur les nombreuses obscurités de ce drame.
Selon vous, que s'est-il réellement produit le 11 septembre ?
- Il s'agit indubitablement d'attentats perpétrés par des terroristes - nous avons tous vu les avions percuter les tours -, mais je suis convaincu que Georges Bush et les membres de son administration avaient des éléments démontrant qu'ils allaient se produire. Les services secrets d'au moins quinze pays, dont le Mossad, les services secrets afghans et la DGSE française (dès le mois de janvier !), les avaient prévenus qu'un attentat allait avoir lieu avec des avions détournés. La CIA en avait aussi fait état le 6 août 2001, lors du briefing quotidien en présence de George Bush. L'administration en place a volontairement laissé faire et probablement accompagné le mouvement. On ne s'explique pas autrement que les avions aient pu pénétrer aussi facilement à l'intérieur des zones les mieux protégées du monde : New-York, Washington et le Pentagone. Il faut savoir qu'autour du Pentagone est tracé un cercle virtuel, baptisé P 56, dans lequel on n'entre pas sans émettre un message accompagné d'un code qui est changé tous les jours. Si ce message codé n'est pas reçu, des missiles sont immédiatement lancés contre l'appareil intrus. Les avions qui ont percuté les tours auraient également dus être interceptés par la chasse américaine dans les six minutes. À 8 h 30, deux appareils étaient prêts à décoller et à se porter sur l'adversaire en 5 ou 6 minutes. Or ils sont restés au sol pendant une heure et demi, laissant le deuxième avion se fracasser sur la deuxième tour...
Vous évoquez dans votre livre la découverte d'un scientifique, Niels Harrit ? De quoi s'agit-il ?
- Niels Harrit est un scientifique danois, spécialisé en nanochimie. En mars dernier, il a publié dans un bulletin scientifique à comité de lecture - ce qui pour un scientifique est un gage de sérieux - une étude dans laquelle il expliquait avoir trouvé, dans les poussières de béton des tours écroulées, des particules de nanothermite. Il s'agit d'un mélange chimique qui possède des propriétés explosives ou de fusion et dont les ouvriers des chemins de fer se servaient naguère pour couper les rails. Plus c'est petit, plus c'est exogène, et plus ça «pète». Cet explosif atteint très rapidement des températures de 2 500 degrés et brûle sans apport d'oxygène. Le kérosène que contenaient les réservoirs des avions ne brûle, lui, qu'à une température de 800 à 850 degrés. Or, l'acier ne fond pas à moins de 1580 degrés... Par ailleurs, la nanothermite peut servir, soit comme explosif, soit pour découper. Il est probable qu'il y a eu à la fois des charges de découpe et d'explosion, ce qui expliquerait que des poutres de plusieurs tonnes aient été expulsées à 180 mètres, ainsi que la vitesse à laquelle les tours sont tombées : 10 secondes, vitesse de la chute libre, au lieu des 30 secondes minimum qu'il aurait fallu pour écraser 110 étages, selon les spécialistes.
Vous soupçonnez les Américains d'avoir eux-mêmes miné les tours. Pourquoi ?
- Cet explosif est fabriqué sous licence militaire, dans des laboratoires militaires, à usage militaire. Il est donc permis de se demander ce que font ces particules dans les poussières du Worl Trade Center. Je vois mal des islamistes fabriquer la nanothermite dans les grottes d'Afghanistan... Ils auraient pu l'acheter, mais encore aurait-il fallu pouvoir placer les explosifs dans les tours. Car, selon Niels Harrit, il aurait fallu plus de 10 tonnes de nanothermite répartie dans tous les étages des deux tours et de la tour 7 - la troisième à être tombée - pour provoquer de tels dégâts. On sait par des témoins que des explosions ont eu lieu dans les tours, on les entend distinctement lorsqu'on consulte les archives filmées. Un témoin nommé Rodriguez, qui travaillait dans les « Twins Towers » et dont George Bush a fait un héros national car il a sauvé plusieurs personnes, a été brûlé par une énorme explosion dans les sous-sols.
Comment aurait-on pu introduire discrètement plus de 10 tonnes d'explosifs dans les tours ?
- Des journalistes de la télévision danoise l'ont demandé à Niels Harrit, qui leur a répondu : « sur des palettes », et leur a conseillé d'aller poser la question aux responsables de la société qui était en charge de la sécurité des tours, Securacom. Cette société, qui assurait aussi la sécurité de l'aéroport de Dulles, d'où est parti l'avion qui se serait écrasé sur le Pentagone, était dirigée... par Marvin Bush, le propre frère de George Bush, et par leur cousin Wirt Walker. Les responsables de Securacom n'ont jamais été interrogés par la commission d'enquête... Ils auraient pu expliquer pourquoi les chiens renifleurs d'explosifs avaient été retirés du World Trade Center quinze jours avant les attentats ? Des familles ont demandé des explications, elles n'ont jamais reçu de réponse. Peu de temps avant les attentats aussi, il avait été procédé à une opération de réfection des ascenseurs, au cœur d'une colonne d'acier qui monte dans la cage d'ascenseur. Ces ascenseurs avaient pourtant déjà été révisés à peine dix-huit mois plus tôt...
Vous avez abordé aussi dans votre livre le cas de la tour 7, la troisième à s'être écroulée, sans avoir été percutée par aucun avion...
- Le rapport final de la commission d'enquête passe purement et simplement sous silence la chute de cette tour, dans laquelle se trouvaient les bureaux de la CIA, mais aussi le bunker du maire de New-York, à l'époque Rudy Giuliani. On a avancé pour expliquer son écroulement que des débris entrés par les fenêtres de cette tour y avaient allumé des incendies qui auraient affaibli sa structure. Or cette tour, d'une hauteur de 165 mètres, est tombée elle aussi à la vitesse de la chute libre, en 6,5 secondes, dans son empreinte et sans qu'un seul des immeubles qui l'entourent ait été touché.
Vous doutez également de la version officielle concernant l'attentat contre le Pentagone. Pourquoi ?
- Le toit du Pentagone, censé avoir été également frappé par un Boeing, s'est écroulé seulement trois quarts d'heure après l'impact. Des photos prises par des militaires présents à ce moment-là laissent apparaître, au point d'impact, un trou de 5 mètres sur 5... fait par un avion de 38 mètres d'envergure ! En outre, une association rassemblant à la fois des pilotes de ligne et de chasse a fait savoir qu'il aurait fallu exécuter, pour se planter dans le Pentagone de cette manière, une manœuvre en spirale impossible à exécuter ! Le pilote de chasse qui a inspiré le film Top Gun, membre de l'association des pilotes pour la vérité sur le 11 septembre et qui affiche 400 missions de combat, a déclaré que lui-même ne saurait pas la faire - or, le terroriste qui est censé avoir réussi cette même manœuvre avec un Boeing 757 s'était vu refuser deux semaines auparavant la location d'un Cessna, parce qu'il n'arrivait pas à le piloter. Enfin, on ne trouve pas de débris de l'avion sur la pelouse : ni sièges, ni bagages, juste des pièces de métal qui font la surface d'une main.
Autre chose : le 757 est censé avoir traversé trois anneaux du Pentagone celui-ci est constitué de cinq «anneaux», bâtiments concentriques en béton armé, avec d'énormes poutres de protection. A la sortie, dans le sixième mur (il y a deux murs par anneau), on voit un trou circulaire de 2,30 mètre, dont on nous dit que c'est le nez de l'avion. Or le nez d'un 757 n'est même pas en aluminium, mais en fibre de carbone pour que les communications soient meilleures. De la fibre de carbone qui traverse des murs en béton armé ? Je demande à voir... Mais justement, en dépit des 84 caméras qui surveillaient l'endroit, on ne dispose pas d'une seule image montrant le choc et l'avion qui s'engouffre dans le mur : le FBI refuse de les montrer, en dépit des demandes des plaignants.
Mais que sont devenus l'avion et ses passagers - car il a bien décollé ?
- C'est une question à laquelle je suis incapable de répondre. On n'a rien retrouvé à l'intérieur du pentagone. La commission d'enquête a expliqué que la chaleur avait été telle que l'avion s'était volatilisé - moyennant quoi, sans crainte de se contredire, on a affirmé aux familles que leurs proches présents dans l'avion avaient été identifiés grâce à des traces d'ADN ou des empreintes digitales... Tout ce que je peux dire, c'est qu'il est impossible qu'un 757 ait percuté le Pentagone. Selon l'hypothèse la plus courue, il se serait agi d'un missile. Cette hypothèse pourrait être renforcée par les résultats obtenus par une spécialiste qui est allée mesurer la radioactivité sur place : elle est dix fois supérieure à ce qu'elle était à l'origine.
De même, je ne sais pas ce qu'il a pu advenir des personnes qui se trouvaient dans l'avion qui se serait écrasé en Pennsylvanie. On a trouvé un trou de 30 mètres dans un champ, là encore sans une valise, ni un siège, ni un morceau de fuselage. Selon une hypothèse, cet avion-là aurait été abattu par l'armée : après les attaques contre les tours et le Pentagone, il pouvait sembler préférable de le descendre et de tuer 47 personnes pour en sauver 4 000. Aujourd'hui, le gouvernement ne dément plus formellement cette hypothèse.
On a dit que des passagers de cet avion avaient téléphoné à leurs proches...
- Lors du procès de Moussaoui (survivant du groupe terroriste, ndlr), ses avocats ont demandé les expertises du FBI concernant les conversations téléphoniques d'avion jusqu'au sol. Les experts ont expliqué qu'il ne pouvait pas y avoir eu de telles conversations avec la terre ferme, de la hauteur à laquelle volait l'avion. En 2001, on n'avait pas encore la technologie suffisante. Il n'est pas impossible en revanche que les gens, au sol, aient reçu des coups de téléphone - mais de qui, comment, par qui ? Je ne le sais pas.
Pourquoi tout cela ? En se rendant complice des terroristes, le gouvernement américain aurait pris des risques énormes...
- Ce cas de figure s'est déjà vu : on sait aujourd'hui qu'avant Pearl Harbor, par exemple, les Américains avaient été prévenus de l'attaque japonaise. Pour les Américains, il était important d'aller en Irak et en Afghanistan, à cause du pétrole. Un an auparavant, un groupe néoconservateur avait d'ailleurs publié un Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC, Project for a New American Century), dont les rédacteurs expliquaient que les Etats-Unis étaient en train de perdre la guerre de l'énergie et qu'il fallait établir des bases au Moyen-Orient, mais que l'opinion publique américaine n'était pas prête à la guerre, « sauf à ce qu'un élément moteur n'advienne, du type Pearl Harbor, qui retournerait l'opinion et permettrait de passer immédiatement à l'action. » Je pense que Bush était au courant qu'il allait se produire quelque chose. La nuit précédente, il couchait dans un hôtel et contrairement à l'habitude, il y avait une batterie anti-missile sur le toit. Mais je crois qu'il ne pensait pas que ça irait si loin et qu'il a été doublé par Dick Cheney.
Propos recueillis par Hervé Bizien monde & vie 12 octobre 2009

mercredi 4 novembre 2009

De l'avortement à l'euthanasie

Et toujours le même scénario
Dans notre société sur-médiatisée, l'émotion est devenue le vecteur principal des réformes politiques. Pour faire passer des lois qui pourraient heurter l'opinion publique, les lobbies ont compris qu'il faut jouer sur la corde sensible des Français. Avortement. Mariage homosexuel Euthanasie. Le scénario est, depuis trente ans, toujours le même.

- Le 5 octobre 1971, Le Nouvel Observateur publie le manifeste dit « des 343 sal... » qui contient l'appel à la désobéissance civile suivant : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont confrontées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles, je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre. » Ce manifeste est notamment signé par Catherine Deneuve, Yvette Roudy, Marie-France Pisier ou Françoise Sagan. Chacun des signataires s'expose à des poursuites pénales.

Un drame réel, des témoins de « moralité », une émotion intense, une loi

Un an plus tard s'ouvre le procès de Bobigny. Cinq femmes se trouvent dans le box des accusés. Parmi elles Marie-Claire, une jeune fille de seize ans, qui a avorté après avoir été violée par un garçon de son lycée. A ses côtés, quatre autres femmes : sa propre mère, une modeste employée de la RATP, qui l'a conduite à l'hôpital pour qu'elle y subisse un avortement, et trois membres du corps médical qui ont pratiqué l'acte interdit par une loi de 1920. La justice se trouve face à un drame. Un drame humain épouvantable. L'horreur du viol. L'innocence d'une gamine souillée à tout jamais. Une mère démunie qui élève seule sa fille. Personne, même parmi les plus farouches adversaires de l'avortement, ne peut rester insensible face à cette tragédie.
- Le lobby de l'avortement, qui, depuis les événements de Mai 1968, tente de faire sauter le verrou, va l'instrumentaliser avec succès. La défense des accusées est assurée par Maître Gisèle Halimi. Le tribunal va lui servir de tribune pour prendre l'opinion publique à témoin. Son argument est simple. Une jeune fille, victime d'un viol, se retrouve face à la justice, pour avoir refusé de garder son enfant. Ce n'est pas elle qui est coupable, c'est la loi qui interdit l'avortement.
- Les témoins défilent. Le scientifique et académicien Jean Rostand. Les Prix Nobel et biologistes Jacques Monod et François Jacob. La comédienne Françoise Fabian. L'homme politique Michel Rocard. L'écrivain Simone de Beauvoir. Le professeur Paul Milliez, médecin et catholique, qui affirme à la barre : « Je ne vois pas pourquoi nous, catholiques, imposerions notre morale à l'ensemble des Français. » Aux termes de la plaidoirie de Gisèle Halimi, la jeune fille, est relaxée. Les autres accusées le sont également ou simplement condamnées à des peine de sursis.
- Dans tout le pays, l'émotion est intense. Pour ou contre l'avortement. Le débat est lancé. Chacun prend position. Articles de presse. Pétitions, livres. Le sujet n'est plus tabou. Il faut légiférer. Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune de l'Assemblée nationale. La discussion du projet de loi relatif à l'interruption volontaire de la grossesse peut commencer. Le 17 janvier 1975, la loi autorisant l'avortement est publiée au Journal officiel. En deux ans, l'exploitation d'un drame incontestable a permis de transgresser l'interdit absolu. Celui de se débarrasser de l'enfant à naître.

Conseils aux scénaristes en manque d'imagination
Le 16 janvier 2004, un homosexuel, Sébastien Nouchet, est grièvement brûlé par trois individus qui, affirme-t-il, l'auraient attaqué en raison de son orientation sexuelle. La machine médiatique se met en branle. Un homme a été brûlé vif en France parce qu'il est homosexuel. On évoque Himmler et son fameux discours contre les pédérastes. La France, patrie des droits de l'Homme, ne peut pas tolérer de tels actes. Quelle que soit l'opinion de chacun sur l'homosexualité, personne ne peut accepter qu'un jeune soit brûlé pour une telle pratique. Il faut donc légiférer. Le 8 décembre, les parlementaires votent une loi créant la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité et incluant un dispositif contre l'homophobie.
- En janvier 2005, le député UMP, Christian Vanneste, donne son point de vue sur l'homosexualité : « L'homosexualité est une menace pour la survie de l'humanité. [...] Je n'ai pas dit que l'homosexualité était dangereuse. j'ai dit qu'elle était inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel, ce serait dangereux pour l'humanité. [...] Pour moi leur comportement est un comportement sectaire. » Ça ne vous rappelle rien ? Himmler bien sûr : « Si j'admets qu'il y a un à deux millions d'homosexuels, cela signifie que 7 à 8 % ou 10 % des individus de sexe masculin sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. A long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel. »
- Le 14 janvier 2006, Vanneste est condamné en premier instance pour ses propos. L'élu, qui est la première victime de la loi, fait appel. Le 25 janvier 2007, suivant en cela les réquisitions du parquet, la cour d'appel de Douai confirme, et même aggrave la décision des premiers juges. Forts du pacs et d'une loi qui interdit toutes remarques qui ne constituerait l'éloge de la sodomie, le lobby homosexuel entend passer à la vitesse supérieure. L'ultime étape est clairement annoncée : la reconnaissance du mariage entre homosexuels et le droit à l'adoption d'enfant, par ces derniers. Le scénario est déjà écrit. D'ici quelques mois, les médias nous présenteront un enfant abandonné dans un orphelinat (Mieux choisi que Sébastien Nouchet ? Sa plainte a débouché sur un non-lieu. Le magistrat instructeur a conclu à « l'absence d'élucidation des circonstances dans lesquelles sont survenues les brûlures ». Il a fait appel.
- Alors imaginez. Le regard désespéré d'un enfant sans parent. L'ambiance lugubre d'une maison d'accueil pour un enfant seul. Son désir légitime d'être aimé. Personne ne veut de lui. Personne ? Si, justement, deux femmes veulent l'adopter. Elle sont belles. Elles travaillent. Elle sont maternelles. Elles lui apportent du réconfort depuis des années. Va-t-on le laisser grandir loin de leur affection ? Ce n'est pas envisageable. Des adultes viendront témoigner. Ils ont été élevés par deux hommes ou deux femmes. Ils ont toujours été heureux. Epanouis. Choyés. L'enfant tentera de mettre fin à ses jours. Il n'en pouvait plus d'être seul. Séparé de celles qui veulent l'élever. Comme deux vraies mamans. Le législateur interviendra. Et l'impossible se réalisera. Les homosexuels pourront adopter.

L'euthanasie s'invite dans les urnes... funéraires
Le 24 septembre 2000, le jeune Vincent Humbert devient tétraplégique, aveugle et muet à la suite d'un accident de voiture. Une vie brisée. Une vie désormais privée de toute espérance terrestre. Un drame ignoble pour le jeune homme. Un calvaire pour sa mère. La France découvre cette souffrance incommensurable. Chacun se sent concerné. Le 24 septembre 2003, la mère tente d'abréger ses souffrances en lui injectant un produit mortel. Il sombre clans le coma. Elle est arrêtée.
- Les médias se saisissent de l'affaire. Deux jours plus tard, son médecin traitant met un terme définitif à ses souffrances. Vincent Humbert décède. Le 2 janvier 2006, le parquet requiert un non-lieu à l'encontre de la mère et du médecin. La campagne en faveur de la dépénalisation de l'euthanasie est lancée. Toutefois, elle patine. Le corps médical est réticent. Les parlementaires hésitent. L'opinion publique est incertaine. Le choc de Vincent Humbert n'a pas suffi.
- En 2007, la campagne électorale bat son plein. Air du temps : le compassionnel. La campagne pour l'euthanasie redémarre. Le 7 mars, deux mille soignants lancent un manifeste : « Nous soignants, avons aidé un patient à mourir. Parce que, de façon certaine, la maladie l'emportait sur nos thérapeutiques, parce que, malgré des traitements adaptés, les souffrances physiques et psychologiques rendaient la vie du patient intolérable, parce que le malade souhaitait en finir, nous, soignants, avons, en conscience, aidé médicalement des patients à mourir avec décence. Tous les soignants ne sont pas confrontés à ce drame, mais la majorité de ceux qui assistent régulièrement leurs patients jusqu'à la mort, utilisent, dans les circonstances décrites, des substances chimiques qui précipitent une fin devenue trop cruelle, tout en sachant que cette attitude est en désaccord avec la loi actuelle [...] Aussi nous demandons l'arrêt immédiat des poursuites judiciaires à l'encontre des soignants mis en accusation ; une révision de la loi dans les plus brefs délais, dépénalisant sous conditions les pratiques d'euthanasie, en s'inspirant des réformes déjà réalisées en Suisse, en Belgique et aux Pays-Bas ; des moyens adaptés permettant d'accompagner les patients en fin de vie, quels que soient les lieux, (domicile, hôpital, maisons de retraite) et les conditions de vie. Il s'agit là, d'accorder à chaque personne, une singularité, une valeur absolue, qui se nomme, selon le préambule et l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 : la dignité. »
- Ce « manifeste des 2 134 » - cela ne vous rappelle rien ? - n'est pas dû au hasard. Il est intervenu trois jour avant l'ouverture, devant la cour d'assises de Périgueux, du procès de deux femmes, une infirmière et un médecin, accusées d'empoisonnement et encourant trente ans de réclusion criminelle pour avoir administré une dose mortelle de chlorure de potassium à une malade atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale.
- Une fois encore, le cancer est une maladie qui bouleverse tous ceux dont un proche en est mort. ta souffrance. La déchéance physique, lente, mais irrémédiable. Lorsque le cœur s'arrête de battre, c'est un corps décharné qui s'arrête de vivre. A quoi bon prolonger une vie qui ne vaut plus la peine d'être vécue ? L'euthanasie est donc nécessaire.
- 1975, la vie amputée à son commencement. 2007, la vie amputée à son terme. Le scénario a parfaitement fonctionné. A quoi servent les enfants handicapés ? A rien. Certains ont sans doute la solution.
Thierry Normand Le Choc du Mois Mars 2007

mardi 3 novembre 2009

2 novembre 1917, la déclaration Balfour

Il y a 92 ans, le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique adoptait la déclaration Balfour, un texte qui est à l’origine du conflit palestinien.

Alain Gresh
Le Monde diplomatique

Pour en comprendre les enjeux, voici un extrait du chapitre 2 de Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2001 et 2007).

Le conflit se noue (1917-1939)

Un monde s’effondre. La première guerre mondiale entre dans sa dernière année. Des empires séculaires, celui des Ottomans - le turc -, l’empire austro-hongrois, n’y survivront pas. La Russie tsariste est déjà morte et les bolcheviks s’apprêtent à prendre le Palais d’hiver et à instaurer un régime dont la durée de vie coïncidera avec ce que les livres d’histoire désignent comme le XXe siècle. Nous sommes le 2 novembre 1917 et lord Arthur James Balfour, ministre du puissant empire britannique, met la dernière touche à sa lettre. Hésite-t-il un instant à y apposer son paraphe ? Est-il saisi d’une sombre prémonition ? Sans doute pas, car le texte, plus connu sous le nom de « déclaration Balfour », a été longuement débattu par le gouvernement de Sa Majesté. Celui-ci déclare qu’il « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». La déclaration qui, dans une première version, évoquait « la race juive », précise que, pour la réalisation de cet objectif, « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays ». Comment créer un foyer national juif sans affecter les populations locales arabes ? Cette contradiction, la Grande-Bretagne ne pourra jamais la résoudre et elle sera à l’origine du plus long conflit qu’ait connu le monde contemporain.

La lettre de Balfour est adressée à lord Walter Rothschild, un des représentants du judaïsme britannique, proche des sionistes. Qu’est-ce que le sionisme ? J’y reviendrai dans le prochain chapitre. Bornons-nous pour l’instant à dire que ce mouvement réclame « la renaissance nationale du peuple juif » et son « retour » sur la terre de Palestine. La déclaration Balfour répond à plusieurs préoccupations du gouvernement de Londres. Alors que la guerre s’intensifie sur le continent, il s’agit de se gagner la sympathie des juifs du monde entier, perçus comme disposant d’un pouvoir considérable, souvent occulte. Cette vision, ironie de l’histoire, n’est pas éloignée de celle des pires antisémites qui détectent, partout, « la main des juifs ». Le premier ministre britannique de l’époque évoque dans ses Mémoires la puissance de « la race juive », guidée par ses seuls intérêts financiers, tandis que Lord Balfour lui-même avait été le promoteur, en 1905, d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Mark Sykes, un des négociateurs des accords qui partagèrent le Proche-Orient en 1916, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race [les juifs], vile et faible, est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. »

La déclaration Balfour s’adresse particulièrement aux juifs américains, soupçonnés de sympathie pour l’empire austro-hongrois, et aux juifs de Russie, influencés par les organisations révolutionnaires qui ont renversé le tsar au printemps 1917. Nombreux sont favorables à ce que la Russie signe une paix séparée. Londres espère éviter ce « lâchage ». Balfour évoque même la mission qui serait confiée aux juifs en Palestine : faire que les juifs du monde se comportent « convenablement » ! Ce calcul échouera puisque, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les insurgés bolcheviks s’emparent du pouvoir à Petrograd et appellent à la paix immédiate.

Mais la Grande-Bretagne, en confortant le mouvement sioniste, vise un objectif plus stratégique, le contrôle du Proche-Orient. Le dépeçage des vaincus est négocié entre Paris, Londres et Moscou, alors même que la victoire n’est pas acquise. En 1916, sont signés entre Paris et Londres, puis ratifiés par le tsar, les accords connus sous le nom de Sykes-Picot (Mark Sykes et Georges Picot sont deux hauts fonctionnaires, l’un britannique l’autre français) qui définissent les lignes de partage et les zones d’influence au Proche-Orient. Pour Londres, la Palestine « protège » le flanc est du canal de Suez, ligne vitale entre les Indes, le fleuron de l’empire, et la métropole. Le parrainage accordé au sionisme permet au gouvernement britannique d’obtenir un contrôle total sur la Terre sainte.

Mais les Britanniques ne se sont pas contentés de promesses au mouvement sioniste, ils en ont fait aussi aux dirigeants arabes. Le calife ottoman (il exerce son autorité sur les territoires arabes du Proche-Orient et il est « le commandeur des croyants ») s’est joint en 1914 à l’Allemagne et à l’empire austro-hongrois. Il a même lancé un appel à la guerre sainte contre les infidèles. Pour riposter, Londres suscite une révolte des Arabes contre l’empire ottoman, animée par un dirigeant religieux, le chérif Hussein de La Mecque. En échange, Hussein obtient l’engagement britannique d’appuyer l’indépendance des Arabes. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient... Comment, en effet, concilier l’indépendance arabe et la création d’un foyer national juif ? La révolte arabe deviendra célèbre dans une version bien déformée forgée par un des agents britanniques qui y jouèrent un rôle capital, Thomas E. Lawrence, dit Lawrence d’Arabie. Ce récit, « Les Sept piliers de la sagesse », sera porté au cinéma par David Lean et Peter O’Toole dans le rôle de Lawrence.

Le Proche-Orient sera donc partagé entre la France et la Grande-Bretagne. Créée en 1920, la Société des Nations (SDN), l’ancêtre des Nations unies, ne regroupe alors que quelques dizaines d’Etats, pour l’essentiel européens. Elle invente le système des « mandats » que la charte de la SDN définit comme suit : « Certaines communautés, qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules. » Ainsi des peuples considérés comme « mineurs », auraient besoin de tuteurs pour accéder, un jour peut-être, à la majorité...

Le 24 juillet 1922, la SDN octroie à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine. Le texte prévoit que la puissance mandataire sera « responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adoptée par [les puissances alliées], en faveur de l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif ». Les fils du chérif Hussein, étroitement contrôlés par Londres, s’installent sur les trônes d’Irak et de Transjordanie (pays créé par les Britanniques à l’Est du Jourdain), tandis que les territoires libanais et syrien tombent dans l’escarcelle de la France. L’Egypte, formellement indépendante depuis 1922, reste sous occupation britannique.

Tous les acteurs du drame palestinien sont en place : la puissance dominante, la Grande-Bretagne, qui souhaite maintenir son contrôle sur une région stratégique, riche en pétrole dont le rôle économique et militaire grandit ; le mouvement sioniste, fort de son premier grand succès diplomatique, et qui organise l’immigration en Palestine ; les Arabes de Palestine, que l’on ne désigne pas encore sous le nom de Palestiniens, et qui commencent à se mobiliser contre la déclaration Balfour ; enfin, les pays arabes, pour la plupart sous influence britannique et qui vont s’impliquer graduellement dans les affaires palestiniennes.



Les blogs du Diplo
Vous pouvez consulter cet article à :
http://blog.mondediplo.net/2009-11-...
http://www.info-palestine.net/

dimanche 1 novembre 2009

Ma réponse aux Alisiens

Communiqué de Franck Ferrand, auteur de L’Histoire interdite
en réponse au communiqué diffusé le 22/12/08 par la SEM Alésia
à propos du documentaire télévisé « Alésia, la bataille continue ».

Le documentaire « Alésia, la bataille continue », réalisé par Benoît Bertrand-Cadi et diffusé par Canal + le 12 décembre dernier, a suscité, pendant la trêve des confiseurs, la réaction outrée d’une poignée de sommités archéologiques. Volant au secours de M. Michel Reddé, ces personnalités dénoncent dans un communiqué ce qu’elles regardent comme des omissions volontaires de la part des auteurs du film ; mais elles se gardent bien d’aborder le cœur du problème.

Quoique épargné par cette protestation, je sais trop ce que le documentaire incriminé doit à la parution de mon dernier ouvrage pour rester muet plus longtemps.

Qu’on me laisse donc reprendre, à la volée, les griefs formulés par les signataires.

1. Ils reprochent aux auteurs de glisser sur la présence, au Mont-Auxois, d’un mur – qualifié par eux, un peu vite, de « murus gallicus » – ainsi que d’un habitat antérieur à la Conquête. Comme si l’existence, au demeurant sujette à controverse, de tels vestiges, offrait la moindre lumière sur l’identité des lieux.

2. Dans le même ordre d’idées, les signataires déplorent que les photographies aériennes du site d’Alise-Sainte-Reine par M. René Goguey aient été négligées dans le film. C’est conférer une portée indue à des clichés qui, s’ils mettent en évidence les indubitables vestiges militaires romains du Mont-Auxois, ne permettent nullement de les identifier, et moins encore d’y retrouver les ouvrages décrits dans les Commentaires…

3. Quant à l’oubli des « rarissimes monnaies à l’effigie de Vercingétorix », il aurait plutôt dû soulager les signataires : M. Michel Reddé lui-même ne reconnaît-il pas au fameux statère d’or une provenance bien éloignée d’Alise ?

On aurait aimé, au-delà de ces griefs un peu vains, voir les donneurs de leçons apporter, ne serait-ce qu’un début de réponse à toutes les grandes questions en suspens. Je me tiens du reste à la disposition des signataires qui souhaiteraient organiser un débat public sur cet important sujet ; mais je doute fort que l’un d’entre eux s’y risque jamais.

Au fond, il est navrant que des personnalités éminentes mettent leur titre, leur autorité, leur poids moral au service, non de la vérité ou d’une recherche de vérité, mais d’une cause officielle éculée, absurde, chaque jour plus douteuse et friable. Tant il est vrai que rien, aujourd’hui, ne permet plus de situer sérieusement Alésia en Bourgogne.

Personne ne se grandit à nier une évidence ; et lorsque, tôt ou tard, certains travaux en cours viendront confirmer de manière définitive les conclusions d’André Berthier sur la localisation d’Alésia dans le Jura, le jugement de la postérité sera sans indulgence pour celles et ceux qui, bien qu’avertis, auront usé leur influence à retarder la manifestation de la vérité.

Franck FERRAND http://franckferrand.herodote.net

samedi 31 octobre 2009

Le règne de la démagogie

Le drame vient de très loin, et pendant longtemps nul ne s'en douta. 1848 avait vu triompher dans la rue la classe ouvrière. Aux élections qui suivirent, tous les candidats voulurent donc se recommander du prolétariat triomphant, même ceux qui n'avaient rien à voir avec lui. Ouvrier, c'était la suprême référence sur les affiches électorales d'avril 1848. Celui qui il 'avait jamais travaillé de ses mains exhibait les souvenirs manuels de quelque lointain parent. Le candidat Levassor expliquait dans sa profession de foi : « Mon grand-père était ouvrier. Mon père était ouvrier. Je suis ouvrier moi-même, ouvrier notaire. »
Sévit alors ce que le caricaturiste Cham appelait « la députamanie ». Les hommes de lettres en furent les premiers et les plus gravement atteints. Alphonse Karr se présentait au Havre et expliquait aux citoyens :
- « Je n'étais pas républicain, mais je défendais sans relâche par mes écrits tous les droits du peuple. Je n'étais pas républicain, mais je ne choisissais pas mes amis parmi les plus riches et les plus puissants. »
A quoi ses adversaires répondaient : « M. Alphonse Karr est un républicain du lendemain ».
Alfred de Vigny lui-même, candidat en Charente où il possédait une propriété, exposait : « J'apporte à la fondation de la République ma part de travaux dans la mesure de mes forces. Quand la France est debout, qui pourrait s'asseoir pour méditer ? ». Il ne recueillit que dix voix. Il est vrai qu'il n'avait même pas fait l'effort de quitter Paris pour aller saluer les électeurs charentais.
Les conversions étaient nombreuses après tant de révolutions et tant de régimes successifs. Répondant à Odilon Barrot, Ledru-Rollin lui lançait :
- « Vous vous dîtes attaché à la République. Je veux croire que vous l'aimez, mais vous l'aimez comme vous aimiez la dynastie d'Orléans que vous avez renversée tout en l'aimant. »
Le même Odilon Barrot devait faire un peu plus tard un bel exercice d'équilibre en donnant à la fois des gages au général Cavaignac et au prince Louis-Napoléon Bonaparte. Il est vrai que lorsque ce dernier présenta sa candidature à la présidence de la République, il enregistra les ralliements de la plupart de ceux qui allaient un peu plus tard mener la lutte contre l'Empire. Victor Hugo, Molé, Emile Ollivier, Montalembert, Thiers, furent à ce moment bonapartistes.
Emile Ollivier raconte dans ses souvenirs que ce fut son porteur d'eau qui persuada Thiers de se rallier à Louis-Napoléon.
Victor Hugo fit alors l'apprentissage douloureux de la vie de député. Le projet du prince-président de modifier la loi électorale avait successivement amené à la tribune Cavaignac, Jules Favre, Lamartine, Léon Faucher, lorsque Victor Hugo intervint et, sous les applaudissements de toute la gauche, il entreprit de dénoncer une manœuvre du « parti-prêtre » :
- « Cette loi, dit-il, je ne dirai pas, à Dieu ne plaise, que c'est Tartuffe qui l'a faite, mais j'affirme que c'est Escobar qui l'a baptisée. »
Montalembert, qui détestait Hugo depuis longtemps, bondit alors à la tribune pour lui répondre. Il le traita de « poète politicomane », lui reprocha d'avoir chanté successivement toutes les causes, d'avoir célébré sous la Restauration le baptême du duc de Bordeaux et le sacre de Charles X, puis il enchaîna :
- « Aussitôt après la révolution de Juillet, comme pour racheter cette faute de jeunesse, il a chanté les obsèques des héros de Juillet, et cela au lendemain de la chute de Charles X... Oui, je n'ai pu me défendre d'un mouvement d'indignation quand je me suis souvenu d'avoir entendu moi-même, en pleine Cour des Pairs, adressée par lui au roi Louis-Philippe, les paroles les plus adulatrices qui aient jamais frappé mes oreilles, et qu'ensuite, deux ans après, à cette même tribune où je parle, il est revenu à l'Assemblée constituante féliciter le peuple de Paris d'avoir brûlé le trône où siégeait ce vieux roi, naguère adulé et d'où était descendu sur lui le brevet de pair de France. »
L'assemblée acclama celui qui venait ainsi de démasquer l'idole.
Cette assemblée de la Ile République finit le 2 décembre 1851. Les soldats de Saint-Arnaud se chargèrent alors de conduire vers les cellules qui leur étaient destinées les députés qui avaient émis la prétention de siéger en face du coup d'État. Ce fut pour quelques-uns d'entre eux l'occasion de prononcer des mots historiques. Au moment de monter dans le panier à salade, le duc de Montebello lança d'une voix forte aux soldats :
- « C'est aujourd'hui l'anniversaire de la bataille d'Austerlitz et le gendre du maréchal Bugeaud fait monter dans la voiture des forçats le fils du maréchal Lannes. »
Victor Hugo chercha vainement a soulever les faubourgs ouvriers pour défendre les droits de l'Assemblée. Le peuple goguenard refusa de se laisser entraîner. Regardant passer les voitures qui transportaient les députés vers la prison, les ouvriers applaudissaient en criant : « Les vingt-cinq francs sont coffrés... Bravo !... C'est bien joué... ».
P.F. National Hebdo du 20 au 26 octobre 1988

vendredi 30 octobre 2009

Les druides

La religion celtique a ceci de particulier, qu'elle ne possède pas seulement des prêtres, comme les religions grecque, romaine et germanique. Mais est formée d'une classe sacerdotale hiérarchisée et organisée, profondément structurée. Fondé sur le savoir, la hiérarchie sacerdotale comportait de nombreux grades et des spécialisations qui excluaient toute ambiguïté.

Savants, philosophes.....
Guides religieux des peuples celtiques, ils sont chargés du culte-des-cultes, de l'éducation, de la réflexion commune, de l'établissement d'une philosophie.
Leurs compétences sont multiples :
- druides au sens religieux, théologiens,
- ovates (mages adeptes de la civilisation naturelle),
- bardes (chroniqueurs, poètes, passeurs de mémoire collective et de la culture).
[ - Strabon (IV-4) fut l'un des rares à tenter d'opérer une distinction au sein de cette classe sacerdotale :
« On rend de très grands honneurs à trois sorte d'hommes : les bardes, les vates et les druides ; les bardes sont chanteurs et poètes, les vates sacrificateurs et physiologues, les druides outre les sciences de la nature, étudient la philosophie morale. »
- Cicéron dans De Divinatione (I-40) fait ce portrait :
« La divination n'est même pas négligée en Gaule. Parmi les druides, j'ai connu cet Eduen Diviciacos, ton hôte et admirateur qui prétendait connaître les lois de la nature, ce que les Grecques appellent physiologie ; il prédisait ce qui devait arriver, soit par des augures, soit par conjoncture. »
- Diodore de Sicile (V-28) assure que :
« La doctrine pythagoricienne prévaut parmi eux, enseignant que les âmes des hommes sont immortelles et revivent dans un autre corps. »
- Lucain est l'un des rares auteurs classiques à avoir saisi cette perception de l'illimité qui caractérise les Celtes :
« D'après les druides, les âmes ne descendent ni dans les demeures silencieuses de l'Erèbe(1), ni dans les profondeurs des pâles royaumes de Pluton. Le même souffle les anime dans un autre monde, et la mort n'est que le milieu d'une longue existence. » ]
(1) Erèbe représente la partie la plus ténébreuse des enfers. Il est le fils du Chaos et le frère (et l'époux) de la Nuit. (Nyx) ...

La première et peut-être la plus importante doctrine des druides est inscrite dans l'étymologie(2) de leur nom : dru-ui-des « les très savants », la science étant à prendre ici dans l'acceptation triple de sagesse, de science sacrée et de connaissance.
Le nom de druide conjugue la sagesse, la connaissance et le savoir, par l'étymologie réelle et la force (c'est-à-dire essentiellement la capacité de traduire leur savoir en pratique) par l'étymologie symbolique.
(2) Science qui étudie l’origine et l’histoire des mots et des locutions.
C'est en application ou en conséquence de ce symbolisme que l'on rencontre parfois des druides qui font la guerre ou qui portent des armes.

La caste des druides est au sommet de la hiérarchie.
En raison de son statut et du prestige attaché à sa fonction, parce qu'il juriste, il est le détenteur « des relations diplomatiques pour prévenir la guerre ou régler les compensations après l'agression ». Il est aussi le gardien de la mémoire de la « tribu ».
Pour certains auteurs les druides seraient les successeurs des hommes-médecine du Chamanisme archaïque et devinrent peu à peu les hommes du savoir.
« Progressivement, les hommes de savoir, groupés en confrérie comme l'étaient déjà les chamanes, devinrent hommes de réflexion, autrement dit des philosophes. À ce point donné, la mutation était achevée : les druides avaient remplacé les chamanes. » (Marc Questin, La tradition magique des druides)

Les druides dictaient le dogme et la morale, réglaient la liturgie des cérémonies religieuses, observaient les mouvements des astres afin d'établir le calendrier nécessaire à la tenue des grandes fêtes annuelles, pansaient les blessures, réduisaient les fractures, pratiquaient la magie et transmettaient au coeur des forêts leur enseignement aux jeunes aristocrates de moins de vingt ans.
Les futurs druides recevaient une éducation scientifique et théorique, qui durait vingt ans. Comme les pythagoriciens, les druides formaient une sorte de secte qui cherchait à reproduire son savoir et à le prolonger dans le temps.
N'utilisant pas l'écriture, ils transmettaient toutes leurs connaissances de manière orale. Certains se cantonnaient à un domaine précis tandis que les plus compétents acquièrent une vue encyclopédique sur les sciences de leur temps, on pressentaient ainsi une sorte de « hiérarchie savante » chez les druides. Les aristocrates faisaient parfois venir à domicile un maître, druide ou intellectuel.

« Les druides dissertent abondamment sur les astres et leurs mouvements, sur la grandeur du monde et de la Terre, et sur la nature des choses, sur la puissance des dieux immortels. » (J. César)
Un exemple frappant de la connaissance des astres par les druides est la célèbre cruche de Brno Haloměrěce, retrouvée en 1941 sur la nécropole celtique du même nom. Celle-ci en effet possède sur son pourtour la représentation du ciel de Brno en 280 av J.C dont la constellation du Cygne, un ciel d'été et la constellation du Taureau un ciel d'hiver. On trouve aussi les Gémeaux, et le soleil à ses deux solstices.

Depuis la Haute Antiquité, la plupart des peuples gaulois élisaient chaque année, un chef pour la gestion des affaires intérieures ( le vergobret) et désignaient un stratège pour la guerre. D'après Strabon, ce système existaient depuis au moins le Ve-IVe siècle av J.C. Cette élection d'un magistrat civil et la désignation d'un magistrat militaire était une réponse particulièrement efficace à toute tentative de tyrannie ou de restauration des anciennes monarchies.
Dans l'établissement de ces magistratures et de constitutions qui les accompagnaient, les druides ont joué un rôle prépondérant dont témoigne une autre règle, également mentionnée par César à propos des Éduens : le verbroguet est élu sous la présidence des/et avec les prêtres.
Les druides choisissaient ou faisaient choisir les hommes qui avaient leur confiance. Il est probable que souvent, c'était un des leurs qui devenait magistrat, c'est le cas de Diviciac (Diviciacos), chez les Éduens.
Les constitutions des civitates gauloises montraient une réelle originalité. Les chefs avaient des pouvoirs définis et limités, les assemblées populaires, guerrière et sénatoriale leurs opposaient un contre-pouvoir efficace, mais en sous-main les druides exerçaient une influence majeure.

Contrairement à l'opinion de César, qui affirma que le point essentiel de la doctrine des druides serait la morale, les historiens des religions celtiques comme Vendryes ou N.L. Scoested considère que les notions d'ordre moral ou philosophique - au sens humaniste du mot - en sont absentes à peu de chose près ; on a conservé qu'un seul précepte en usage, sous forme d'une triade, ce qui devait être un mode d'expression courant : honorer les dieux, fuir le mal, pratiquer la bravoure. C'est l'unique vestige d'un enseignement qui devait développer la croyance en l'immortalité de l'âme et exalter le courage et le mépris de la mort, si l'on croît ce qu'en ont pu connaître ses contemporains.
Enfin, l'enseignement devait transmettre toutes les formules et les rites des cérémonies religieuses. Or, il paraît certain que plus encore chez les Gaulois que chez les autres peuples que l'on appelle «primitifs», la religion embrasse tout le cycle des connaissances, comme elle paraît avoir déterminé chez eux tout le cycle de la vie quotidienne, marquant les grands événements comme les besognes familières.
Ce caractère commun à différents peuples, est plus fortement marqué en civilisation celtique que partout ailleurs, puisque les druides sont à la fois prêtres et enseignants, seuls prêtres et seuls enseignants.

Le druidisme n'est pas mentionné par les Galli en Italie, non plus dans les Alpes. La thèse qu'il serait venu des Îles britanniques, n'a pas été réfutée jusqu'ici et d'autant moins, que pour le centre continental de la région des Carnutes - correspondant aux citées ultérieures de Chartres et d'Orléans - des contacts avec des «experts» druidiques d'outre-Manche sont mentionnés.
Certaine pour la Gaule, l'immolation des victimes humaines, cette pratique, l'est moins pour les Galli d'Italie : les Romains qui les ont connu le mieux et le plus longtemps, n'en parlent pas... ce qui suggère une relation de cause à effet entre la présence des druides et le sacrifice humain.
- Diodore de Sicile ajoute que les philosophes sont aussi des devins : « Ces devins à qui on accorde une grande autorité, prédisent l'avenir en observant les oiseaux... C'est surtout quand ils consultent les présages pour quelques grands intérêts qu'ils pratiquent un rituel incroyable et bizarre. Après avoir consacré un homme, ils le frappent avec une épée et quand la victime est tombée, ils prédisent l'avenir d'après la chute, l'agitation des membres et écoulement du sang... »
Même si les druides choisissaient de préférence des criminels comme victimes, les sacrifices ritualisés d'êtres humains, horrifiaient les Romains. Tibère puis Claude les interdirent définitivement. Ce n'est donc pas seulement pour des raisons politiques que le pouvoir des druides et le pouvoir romain s'excluaient réciproquement. Les druides avaient compris tout de suite le danger des influences romaines pour l'emprise qu'ils avaient sur l'âme des populations celtiques... Leur succès limité dans l'appel à la lutte contre César indique ainsi les limites de cette emprise avant même la victoire des Romains.

Royauté
[ La « royauté », fonction de chef spirituel propre aux peuples indo-européens remonte à des temps forts anciens et n'avait qu'une réalité très affaiblie dans la Gaule des cinq siècles précédent la conquête romaine. C'est d'ailleurs ce qu'indiquent tous les témoignages historiques disponibles... Cette « royauté » avait tout l'air d'une magistrature suprême, accordée pour une durée déterminée, par le sénat ou aux aspirations de la jeunesse.
Les quelques « rois » gaulois qui ont laissé des traces dans l'histoire ont en effet deux particularités concomitantes, celle de ne pas avoir obtenu leur titre de façon héréditaire, et celle d'avoir été nommé par le sénat. ]
Il y avait une impossibilité théologique, doctrinale et pratique du druide de devenir roi ou du roi de devenir druide.
Le druide et le roi étaient les deux parties, indissociables et solidaires, d'un tout qui se nomme souveraineté. Le druide et le roi étaient souverains dans la mesure où le druide conseillait le roi, c'est-à-dire l'autorité spirituelle, et où le roi mettait en pratique le conseil du druide, c'est-à-dire exerçait le pouvoir temporel.
Jamais le druide ne contrariait le roi quand ce dernier n'avait commis aucune faute mettant en péril l'essence de la royauté. Il ne le contraignait non plus à faire quelque chose contre son gré.
L'autorité spirituelle du druide n'était pas transposable ou transformable en pouvoir temporel.
Avec la suppression de la royauté, la montée d'oligarchies et d'ambitions nobiliaires, il restait aux druides les choses de la religion et l'enseignement traditionnel. Mais dans ces deux domaines, ils ont été concurrencés, immédiatement, d'une part, par l'instauration du culte impérial et la diffusion de la religion romaine officielle et d'autre part par la fondation d'écoles latines ou l'enseignement qui n'était plus oral mais écrit, ne pouvait inclure la littérature orale gauloise.
Quand la Gaule fut sous domination romaine, la religion ne fut pas oubliée des administrateurs, si le clergé et le culte lui-même furent respectés, ils subirent des transformations, moins volontaires qu'indirectes. Les druides gaulois étaient des nobles.
... Comme l'ensemble de la noblesse, ils se retrouvèrent parmi les cadres locaux de l'administration des cités. Auguste (27 av J.C.) se contente d'interdire la fonction de druide et le culte druidique, (les sacrifices) à tous les citoyens romains et à tous ceux qui prétendaient le devenir. Rapidement le clergé gaulois vit son recrutement se tarir. Avec lui, c'est le culte et toute la mémoire religieuse des Gaulois qui s'appauvrit pour disparaître presque entièrement.
Sources :
Religions et histoires N°10
Dossier pour la science N°61
http://jfbradu.free.fr/lesceltes./savoi ... ruides-htm.
Archéologia octobre 2007
Actualité de l'histoire janvier 2008
La civilisation celtique : Christian.J.Guyonvarch, Françoise Le Roux
La société celtique : Christian.J.Guyonvarch, Françoise Le Roux
Les Gaulois : Jean-Louis Brunaux
Les Gaulois : Régine Pernou
Histoire de France / Les origines : karl Ferdinand Werner

Pat

mardi 27 octobre 2009

Les secrets de la Réserve Fédérale, institut d’émission monétaire des Etats-Unis

Contrairement à une croyance générale, l’institut d’émission des États-Unis est, en fait, une machine à fabriquer de l’argent détenue par un cartel bancaire privé, qui gagne d’autant plus que les taux sont élevés. Mine de rien, il imprime des dollars à bon marché et les revend plus cher.
L’institut d’émission des États-Unis, appelé aussi «Réserve fédérale» ou «FED», revient constamment en point de mire lorsque le monde financier international se demande, anxieux, s’il va modifier son taux directeur ou non.
L’abréviation FED se rapporte au «Board of Governors of the Federal Reserve System», c’est-à-dire à la conférence des gouverneurs du «Federal Reserve System» érigé il y a 93 ans.
Il s’agit non pas d’une ­banque centrale traditionnelle, mais de la réunion de cinq banques privées régionales tout d’abord, de douze banques actuellement, disséminées aux États-Unis, habilitée chacune à porter le nom de Federal Reserve Bank, un petit nombre d’initiés seulement sachant à qui elles appartiennent.
Un seul point est certain : elles n’appartiennent pas à l’État. Néanmoins, elles exercent les fonctions d’un institut d’émission de l’État.
Elles prennent leurs décisions au sein du Federal Reserve Board, dont le président les représente à l’extérieur et dont les séances ont lieu à Washington dans leur propre et imposant monument historique. La plus importante de ces banques privées est la Federal Reserve Bank of New York, qui contrôle l’énorme place financière de cette ville.
Privilèges d’une machine à fabriquer de l’argent
Ce cartel de banques privées dispose de privilèges incroyables, dont trois doivent être soulignés :
En imprimant des dollars, la FED convertit à moindres frais du papier sans valeur en dollars et prête ceux-ci aux États-Unis ainsi qu’à d’autres États et à d’autres ­banques contre reconnaissances de dettes.
Au cours de son histoire, le cartel a donc créé des milliards de créances à partir du néant et encaissé des intérêts en permanence, ce qui lui assure un profit annuel atteignant des milliards.
Ainsi, aucun gouvernement américain ne doit se faire des soucis à propos du déficit budgétaire, tant que ces messieurs en complet sont à ses côtés et – tel est le cas du financement des guerres durant la présidence de Bush – mettent en branle la planche à billets en cas de besoin.
Le privilège des intérêts permet à la FED de fixer elle-même les taux et il est évident qu’elle a le plus grand intérêt à encaisser les plus hauts intérêts possibles. Les taux at­teignent donc un niveau souvent particulièrement élevé et occasionnent périodiquement des crises – ce qui est le cas actuellement [2007] et donne l’occasion à la FED d’intervenir ultérieurement comme sauveur.
Les intérêts opèrent en permanence une ponction sur le pouvoir d’achat des citoyens américains en faveur des banquiers de la FED, par les intérêts des crédits comme par les impôts transformés en intérêts dus à la FED en raison de l’énorme service de la dette publique.
Modifiant constamment les taux d’intérêt, la FED change les conditions cadres de la plus grande économie du globe et de la plus importante bourse des actions, celle de Wall Street, qui, principale bourse du monde, diffuse des signaux en direction des autres bourses.
Pour être en mesure de résoudre les crises bancaires, la FED gère les réserves monétaires de ses banques membres (rémunérées à raison de 6% par année), qu’elle remet à disposition du système bancaire lors de l’éclatement d’une de ces crises.
Actuellement [2007], la FED s’efforce de prévenir, en fournissant à maintes reprises des liquidités aux banques, une crise financière mondiale causée par le krach du système de financement immobilier américain. Comme de nombreuses banques améri­caines de crédit hypothécaire ont sagement lié leurs crédits à des papiers-valeurs et transmis ainsi leurs problèmes à des banques européennes, celles-ci ont commencé aussi à vaciller.
Mais c’est la FED et son ancien président, Alan Greenspan, qui ont provoqué cette crise. En abaissant rapidement et dramatiquement les taux d’intérêt – après avoir porté le taux directeur jusqu’au niveau exorbitant de 6% –, et avoir approvisionné l’économie américaine excessivement en liquidités, Greenspan avait tenté, à partir du 3 janvier 2001, d’enrayer la plus forte chute boursière depuis 50 ans.
Au 25 juin 2003, le taux directeur était tombé à son niveau minimal de 1%, ce qui avait permis aux banques d’octroyer des crédits aux taux extrêmement bas et ce qui avait fait tomber de nombreuses familles dans le «piège du crédit», les incitant à acheter des logements à crédit, à des conditions auxquelles elles ne pouvaient faire face qu’à des taux bas.
Crise provoquée par la FED
A la fin du cycle des taux d’intérêt, Greenspan avait provoqué une situation qui avait déclenché une avalanche.
En effet, la FED a majoré douze fois de 0,25% son taux directeur, du 30 juin 2004 au 29 juin 2006, le portant alors à 5,25%. Il dépasse ainsi de 525% le taux fixé il y a quatre ans !
Les taux fixés pour les crédits hypothécaires sont montés en conséquence et ont atteint un niveau que toujours davantage de familles ne peuvent pas supporter. Comme la propension à épargner est actuellement négative aux États-Unis, que la plus grande partie de la population doit recourir au crédit et que les carnets ­d’épargne ne jouent guère de rôle, la crise s’accentue.
Vu que, depuis l’année précédente, toujours davantage de bailleurs de fonds hypothécaires sont – tout comme leurs clients – en retard dans leurs paiements à d’autres banques, le système bancaire est en crise, celle-ci ayant atteint un point culminant en août 2007, lorsque la FED et la Banque centrale ­européenne (BCE) n’ont pu stabiliser le système que par plusieurs injections de liquidités.
La crise des liquidités bancaires s’est immédiatement répercutée sur la bourse, qui réagit généralement de manière sensible aux variations de taux de la FED. En effet, la hausse des taux rend les titres à intérêt fixe plus attrayants que les actions, freine l’économie, est donc un poison pour la bourse et abaisse les cours des actions. Ainsi a commencé septembre 2007.
Les motifs des banques de la FED
Pour comprendre la manière d’agir et les motifs de la FED, qui paraissent parfois curieux, il faut jeter un coup d’œil sur l’histoire de l’institut d’émission.
La proposition d’établir une banque centrale est due au banquier allemand Paul Warburg.
La crise financière et bancaire déclenchée en automne 1907 par la faillite de Knickerbocker Trust Co. et la situation menaçante de Trust Company of America a mis en péril 243 banques, car aucune institution n’était en mesure de mettre temporairement des fonds à leur disposition pour surmonter leurs difficultés de paiement.
Dans un discours prononcé peu de mois auparavant à la Chambre de commerce de New York, le banquier John Pierpont Morgan avait prévu par hasard cette crise et appelé à fonder une ­banque centrale. La crise se prêtait à merveille au soutien de cette revendication. Par la suite, Morgan a joué un rôle essentiel, à l’arrière-plan, dans la réalisation du projet.
Initialement copropriétaire de la banque Warburg de Hambourg, Paul Warburg avait épousé en 1893, lors d’un séjour aux États-Unis, la fille de Salomon Loeb, de la banque new-yorkaise Kuhn, Loeb & Co., qui a fait de lui et de son frère Felix des partenaires de la banque (fusionnée en 1977 avec ­Lehman Brothers).
Pourvu généreusement par la Banque ­Kuhn Loeb d’un salaire annuel de 5 millions de dollars, Paul Warburg s’est occupé uniquement, pendant les six ans qui ont suivi la crise bancaire, d’une «réforme bancaire» tendant à ériger une banque centrale d’après le modèle de la Banque d’Angleterre, laquelle appartenait alors à des banquiers privés.
Ce faisant, il a été soutenu par le sénateur Nelson D. Aldrich, beau-père du premier héritier milliardaire américain, John D. Rocke­feller junior, connu comme porte-parole du banquier J.P. Morgan au Congrès des Etats-Unis.
Conspiration au yacht-club de Jekyll Island
En novembre 1910 finalement, un groupe de personnes triées sur le volet s’est rassemblé, sous prétexte d’une excursion de chasse, dans un wagon de chemin de fer aux jalousies fermées du yacht-club que possédait le banquier J.P. Morgan à Jekyll Island, en Géorgie.
Lors de cette réunion secrète, taxée ultérieurement de conjuration, Paul Warburg, représentant de Kuhn Loeb et d’autres banques ainsi que deux banquiers de J.P. Morgan, représentant aussi les intérêts du groupe Rothschild, et deux du groupe Rockefeller ont décidé d’aider le sénateur Aldrich à rédiger en neuf jours un projet de loi que le Républicain vaniteux entendait présenter en son nom au Congrès.
Il s’agissait non pas d’une banque centrale, mais seule­ment d’une société privée nationale de réserve dont plusieurs comptoirs devaient être disséminés aux EÉats-Unis et dans lesquels des banques affiliées volontairement de­vaient déposer des réserves monétaires de crise.
En raison de ses relations bien connues avec le centre financier et boursier de Wall Street, Aldrich a échoué, la majorité méfiante des députés voyant à juste titre dans son projet un plan tendant à assurer à un cercle restreint de banquiers puissants et liés les uns aux autres une position dominante et, partant, la possibilité de réaliser des profits énormes dans l’économie américaine.
Les requins de Wall Street ne se sont évidemment pas découragés et ont profité des élections présidentielles de 1912 pour faire élire le candidat démocrate ­Woodrow Wilson, qu’ils ont soutenu massivement sur le plan financier.
Pendant la lutte électorale, il s’est fait passer pour un adversaire du «Wall Street Money Trust» et a promis au peuple un système monétaire exempt de main-mise des banquiers internationaux de Wall Street. En fait, la conception de la banque centrale a été élaborée par le groupe­ment qui semblait avoir perdu la partie.
En tout cas, les Schiff, Warburg, Kahn, Rockefeller et Morgan avaient misé sur le bon cheval.
Sous le titre de «Federal Reserve Act» qui dissimule sa portée et qui prétendument réduit à néant le projet de banque centrale formulé par Wall Street, ils ont déversé le 23 décembre 1913 sur des députés démocrates des mieux disposés et avec le soutien du président Wilson, un projet de loi très peu modifié et ont requis l’approbation du Congrès alors que de nombreux députés non informés prenaient déjà leurs vacances de Noël et que très peu avaient lu le texte du projet.
Le plus grand cartel du monde
Les rares députés qui ont perçu la nature de ce jeu pervers n’ont guère pu se faire entendre. Avec sagesse, le conservateur ­Henry Cabot Lodge senior a prévu «une inflation énorme de moyens de paiement» et que «la monnaie d’or serait noyée dans un flux de papier-monnaie non échangeable».
Après le vote, Charles A. Lindbergh senior, le père du célèbre aviateur, a déclaré au Congrès: «Cette loi établit le cartel le plus important au monde […] et légalise ainsi le gouvernement invi­sible de la puissance financière […]. Il s’agit du projet de loi Aldrich déguisé […]. La nouvelle loi provoquera de l’inflation tant que le cartel le souhaitera […].»
Lindbergh avait raison, comme le prouve le «privilège du dollar». Avant l’établissement du Système fédéral de réserve, des banques privées avaient déjà imprimé des billets. Dans les années soixante du XIXe siècle, il y avait encore 8000 sortes de billets, émises par des «State Banks» privées avec l’autorisation de l’État. A partir de 1880, 2000 banques pourraient avoir encore émis leurs propres billets. Depuis 1914, le chiffre s’est limité à la douzaine de banques privilégiées.
Quand le président Abraham Lincoln a eu besoin d’argent, en 1861, pour financer la guerre civile et que les crédits des ­banques Rothschild, financiers traditionnels des guerres, lui sont devenus trop chers, il a éludé le privilège des banques privées et fait imprimer un billet d’État, le «Greenback». Il ne devait pas survivre longtemps à cette démarche téméraire. En 1865, il a été assassiné par un tireur isolé, abattu lui-même lors de sa fuite.
Le successeur de Lincoln, Andrew Johnson, a suspendu l’impression de billets pour des raisons inexplicables.
Le prochain président qui a voulu redonner à l’État le monopole de l’impression de billets a été John F. Kennedy.
Tentative de Kennedy de priver la FED de son pouvoir
Peu de mois avant son assassinat, John F. ­Kennedy a été semoncé par son père Joseph dans le salon ovale de la Maison Blanche. «Si tu le fais, ils te tueront !»
Mais le président ne s’est pas laissé dissuader. Le 4 juin 1963, il a signé l’acte exécutif numéro 111 110, abrogeant ainsi l’acte exécutif 10289, remettant la production de billets de banque dans les mains de l’État et privant en grande partie de son pouvoir le cartel des banques privées.
Après que quelque 4 milliards de dollars en petites coupures nommées «United States Notes» eurent déjà été mises en circulation et alors que l’imprimerie de l’Etat s’apprêtait à livrer des coupures plus importantes, Kennedy a été assassiné le 22 novembre 1963, soit 100 ans après Lincoln, par un tireur isolé abattu lui-même lors de sa fuite.
Son successeur s’appelait Lyndon B. Johnson. Lui aussi a suspendu l’impression de billets pour des raisons inexplicables. Les douze banques fédérales de réserve ont retiré immédiatement les billets Kennedy de la circulation et les ont échangés contre leurs propres reconnaissances de dette.
Grâce à son monopole de production illimitée d’argent, le cartel bancaire du Système fédéral de réserve dispose d’une énorme machine à fabriquer de l’argent, qui lui permet de gagner énormément.
Qui se cache derrière ce système est un secret bien gardé. Car il faut distinguer entre les banques proprié­taires et les simples banques membres, qui déposent des réserves monétaires pour, le cas échéant, être sauvées par la suite.
Il y a quelques années, la Federal Reserve Bank of New York a publié les noms de ces banques membres, qui n’ont par ailleurs aucun droit. La rémunération annuelle de leurs dépôts se chiffre à 6%. Mais le niveau de leurs parts est tenu secret comme les noms des propriétaires des banques fédérales de réserve, initialement trois, aujourd’hui quatorze.
Critique après le krach de 1929
Paul Warburg a refusé la présidence du Federal Reserve Board en 1910, alors que ce juif allemand à l’accent prononcé, juste avant le début de la guerre contre l’Allemagne, venait d’acquérir la nationalité des États-Unis. Toute­fois, il devint membre du Conseil d’administration et du puissant Council on Foreign Relations, qui passe encore aujourd’hui pour le berceau des politiciens américains et des banquiers de la FED.
Les efforts qu’il a déployés pendant de longues années pour fonder l’institut d’émission américain lui ont valu non seulement de l’argent et des honneurs dans la haute finance, mais aussi la pire expérience de sa vie. En 1928, il a exigé sans succès une limitation de la circulation monétaire afin de freiner la spéculation boursière qui rappelait la ruée vers l’or. Mais ceux qui étaient disposés à l’entendre sont restés rares ; on le nommait la Cassandre de Wall Street.
Après le krach d’octobre 1929, il devint la cible de ceux qui avaient perdu leur patrimoine. Des rumeurs, des brochures et des articles de presse l’ont décrit, lui qui avait tenté d’entraver les catastrophes financières, comme «l’auteur non américain» de la panique boursière d’alors. On a pu lire que «Paul Warburg avait prêté avec sa bande de l’argent au Système fédéral de réserve afin de mettre en mains juives les finances américaines et d’exploiter l’Amérique jusqu’à son épuisement.» De telles légendes se sont poursuivies jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Aigri par ces attaques, il est décédé en 1932. En 1936-1937, les cours des actions ont baissé de 50%, en 1948 de 16%, en 1953 de 13%, en 1956 de 13%, en 1957 de 19%, en 1960 de 17%, en 1966 de 25% et en 1970 de 25%. Ont suivi le krach ­d’octobre 1987, les chutes de cours de 1990, 1992 et de 1998 ainsi que, finalement, la forte baisse d’avril 2000 à mars 2003 et la crise actuelle qui a commencé en août/septembre 2007 et dont les effets sont incertains.
Aujourd’hui, on répand le bruit – mais ne le confirme pas – que le groupe bancaire Rocke­feller détient 22% des actions de la Federal Reserve Bank of New York et 53% de tout le Système fédéral de réserve. Principal acquéreur de bons du Trésor des Etats-Unis, la Banque du Japon possèderait 8% de ces actions. On attribue 66% aux banques purement américaines et 26% aux vieilles ­banques européennes (dont 10% aux banques Rothschild).
http://fortune.fdesouche.com
Source : « International » III/2007 [revue trimestrielle autrichienne de politique internationale]
(Traduction Horizons et débats, N°1/2, 14 janvier 2008)

Les fusillés et les charognards

Ces politiciens qui choisissent le quatre-vingtième anniversaire de la fin de la Grande Guerre pour se battre à coups de cadavres de Poilus sont des ignares et des salauds. Jospin et Chirac mais aussi Seguin, Millon, Villiers, Devedjian et autres, qui, le cul vissé dans leurs fauteuils, osent gloser sur des gosses crevés dans la boue, le froid et la merde voilà quatre vingt ans, tous poursuivent, dans cette querelle d’un autre âge, des visées de basse politique.

Les uns déterrent les mutins fusillés pour peaufiner leur image auprès de la Gauche-Plurielle ; les autre renvoient au néant ces pauvres morts pour plaire à la Droite-Plus-Rien.

Le socialiste Jospin adresse un message aux gangs d’extrême gauche et aux bandes allogènes en déguisant les mutins en précurseurs de la coalition PS-PC-Verts : citoyens, internationalistes, pacifistes et même immigrationnistes puisqu’en somme, ils auraient été partisans d’accueillir les sans-papiers venus d’outre-Rhin.

Le gaulliste Chirac joue l’indignation à l’intention des abrutis qui le croient encore patriote alors qu’il a accepté tous les abaissements : repentances à répétition, suppression du service militaire, réduction du budget des armées, reconnaissance des tueurs des Brigades internationales comme anciens combattants, maintien du traître Boudarel au sein de l’université et hommage algérien, en France, aux porteurs de valises du FLN.

Bien sûr, tous se réconcilient pour cracher sur Pétain. Chirac en refusant l’hommage traditionnel du 11 novembre au vainqueur de Verdun, Jospin en l’accusant, avec la complicité des merdias d’avoir été le fusilleur des mutins.

Seuls des charognards peuvent se livrer, en vertu de calculs aussi sordides, à une pantomime aussi obscène autour des restes de quelques pauvres gars.

Car les mutineries de 1917 ne furent ni acte politique ni remise en cause des valeurs patriotiques. Seulement un drame humain.

Les mutins ne furent ni martyrs de la Grande Révolution ni traîtres à la patrie.
Rien que des malheureux harassés et révoltés par l’incompétence d’un Etat Major que l’affaire des fiches avait livré aux officiers les plus nuls pourvu qu’ils fussent bien vus des Loges. De la viande à canon que l’on ne tirait de l’enfer des tranchées que pour l’envoyer à la mort dans des offensives inutiles dont certaines furent, en une journée, plus meurtrières que l’actuelle catastrophe climatique en Amérique centrale (vingt sept mille Français tués le 24 août 1914 !).

Même au Comité secret que l’Assemblée avait institué dans l’espoir (déçu, bien sûr) de débattre de la guerre sans que des députés corrompus trahissent le secret-défense, ces chefs furent dénoncés comme des incapables.

Et puis, cette mobilisation du ban et de l’arrière-ban de la politicaille et des merdias autour d’un drame quasi séculaire est grotesque. Aussi douloureux qu’il soit, l’événement est très exactement un "détail de l’histoire de la première guerre mondiale". Détail affreux, lui aussi, mais détail. Les refus d’obéissance affectèrent moins d’un combattant sur cinquante, durèrent moins de six semaines sur deux cents de guerre et n’entraînèrent que soixante-quinze morts sur un million et demi de tués.

Mais, autour de ce détail-là aussi, que de mensonges !
Les mutins n’étaient inspirés ni par l’exemple de leurs "frères" de l’armée russe qui avaient mis crosse en l’air, ni par les appels des pseudo-pacifistes socialistes stipendiés par Berlin que Léon Daudet appelait les embochés.

Au front, on tenait les premiers pour des déserteurs, les seconds pour des planqués et les deux pour des traîtres. Témoins et historiens sérieux sont d’accord là-dessus.
Pierre Miquel raconte(1) que les troupes russes du 1er bataillon de la 3e brigade combattant en France, le premier à désobéir, furent si mal traitées par les Poilus qui les considéraient « moins bien que des blessés allemands » qu’on les renvoya à l’arrière pour éviter des lynchages.

Guy Pedroncini a établi(2), sur les dossiers de la Justice militaire et de l’Etat-major, que dans les 115 unités (75 régiments d’infanterie, 23 bataillons de chasseurs et 12 régiments d’artillerie) les mutineries furent un « phénomène spontané » qui ne se manifesta que dans un milieu particulier du front où l’on n’avait que méfiance et mépris pour l’arrière.

Jacques Chastenet explique(3) que Pétain, loin d’être un fusilleur, améliora l’ordinaire et le régime des permissions, se rendit dans les unités contaminées, parla directement aux hommes, s’adressant à leur coeur, et leur montra qu’ils n’étaient pas « aux yeux des chefs une pure machine, une simple chair à canon ».

Pour autant, l’indignation théâtrale de Chirac est hors de proportion. Jospin n’a pas demandé la réhabilitation des mutins. Il s’est borné à proposer de « réintégrer dans la mémoire collective ces soldats fusillés pour l’exemple ».

Est-ce si scandaleux ? Cela mérite-t-il que des politiciens qui n’ont jamais entendu siffler que les balles de tennis montent sur leurs grands chevaux pour dénoncer cette « réhabilitation inopportune » ?

Les mutins de 17 ont payé pour le crime qu’on leur imputait il y a près d’un siècle. Ils avaient, avant de craquer, connu comme leurs camarades l’enfer des tranchées, la faim, le froid, les rats, la souffrance, les blessures, les bombardements, le spectacle quotidien de la mort, la colère de voir l’arrière se goberger.

N’ont-ils pas droit à ces circonstances atténuantes qu’on accorde aujourd’hui aux criminels les plus pervers ?
Au surplus, ces fusillés ne furent pas les seuls mutins. D’autres, épargnés, ou condamnés puis graciés, reprirent le combat et sont aujourd’hui des héros.
Pourquoi faut-il, là aussi, là encore, que des caciques gaullistes, toujours eux, fassent obstacle à la réconciliation des Français ?

Encore une fois, témoins et historiens sont formels : les mutins n’étaient ni des déserteurs ni des saboteurs ; ils étaient des soldats épuisés, dont certains n’avaient pas eu de permission depuis deux ans. Des hommes excédés par la discipline imbécile qu’on leur imposait, à eux, combattants plus que suffisamment aguerris, de la chair à canon qu’épouvantait l’incompétence de certains chefs.

A propos de l’ardeur au combat, le médecin aide-major Benoît, qui servait au Chemin des Dames pendant les mutineries, écrit en date du 30 avril 1917(4) : « Nos hommes sont des gars qui en ont vraiment dans le ventre. Quand on leur dit que pour la troisième fois nous allons remonter, ils grognent leur habituel "Y’a d’l’abus !" et, tout en marmonnant, ils remettent sac au dos ».

Sur la discipline, l’écrivain Georges Duhamel, médecin héroïque pendant la Grande Guerre et qui n’est suspect ni de gauchisme, ni de pacifisme ni de défaitisme, raconte(5) comment un soldat nommé Bouin fut puni pour l’unique raison qu’il portait le même patronyme qu’un médecin. Désigné par erreur pour la garde, ce dernier, n’ayant pas obtempéré, avait été inscrit au tableau des punis alors que son grade et sa fonction le protégeaient d’une telle sanction. « La punition a été portée au tableau pour un Bouin ; comme il faut qu’elle soit faite, paraît que c’est vous qui la ferez ! » décréta un gradé.

Autre témoignage, celui du tonnelier Louis Barthas(6), contraint pendant des heures à faire des demi-tours, des à droite-droite, à se présenter au chef en claquant les talons (jamais assez fort), à saluer vingt fois le même officier (jamais assez raide) : « Passe encore, quand on a vingt ans, de faire ces singeries, mais à quarante ans ! Et après avoir subi trois ans de service et trois ans de guerre ! »

Quant à la valse des ordres et contre-ordres, le même Barthas en donne un aperçu à la date du 16 avril 1917 : « Depuis huit jours, ordres, contre-ordres se succédaient, prouvant l’incohérence complète qui régnait en haut lieu. Un jour, on apprenait que le 296e régiment était affecté à tel corps d’armée, pour s’entendre dire le lendemain au rapport qu’on était remplacé dans notre division qui allait au repos. Brusquement on annonçait un départ pour les lignes le soir même. Un coup de téléphone au dernier moment différait ce départ au lendemain et le lendemain au surlendemain... Ce désarroi du commandement, ces incertitudes avaient une fâcheuse répercussion sur l’esprit du soldat... »

Quant aux mutineries elles-mêmes, le médecin aide-major Benoît raconte : « Cela s’est passé ainsi : un régiment qui était descendu des tranchées recevait l’ordre d’y remonter. Il refusait, demandait des permissions d’abord, du repos ensuite. A ma connaissance aucun officier ne fut molesté. A leurs objurgations, les hommes répondaient qu’ils étaient tous dans le même sac et que les officiers devaient se joindre à eux. Puis ils lançaient des fusées éclairantes, des fusées rouges, un petit feu d’artifice. Un enfantillage, quoi ! »

Ces "enfantillages" envoyèrent au conseil de guerre quatre mille soldats dont six cent vingt-neuf furent condamnés à mort et soixante-quinze exécutés.

Encore faut-il savoir que ces exécutions réparties sur dix mois ne changèrent rien à la moyenne puisque, mutinerie ou pas, on fusilla entre août 1914 et novembre 1918 huit hommes par mois (pour désertion au feu, pillage, refus d’obéissance au feu, etc.).

De plus en plus d’historiens s’accordent donc à penser que les « décimations » sont une légende et que la modération avec laquelle les arrêts du tribunal militaire furent appliqués est à porter au crédit de Pétain qui, loin d’être le fusilleur que la mafia politico-médiatique voudrait décrire, se montra économe du sang des Poilus et soucieux de leur confort, décidant d’attendre « les tanks et les Américains » avant de reprendre l’offensive dont « le sieur Nivelle », général imposé par les Loges, avait fait une boucherie où cent cinquante mille hommes furent dépecés.

Henri Castex et Abel Clarté notent(7) que le parlementaire qui exposa les raisons profondes des mutineries s’appelait Pierre Laval et que le général qui les fit cesser, non par les pelotons mais par une ferme conciliation, s’appelait Pétain...
En somme, le résultat le plus clair de l’imbécile querelle que feignent d’avoir Jospin et Chirac pourrait être de rappeler que, vingt ans avant 1940, « le Maréchal et le Maquignon » servaient déjà ensemble la même cause : la défense du sang français.
Serge de Beketch Le Libre Journal de la France Courtoise - du 11 novembre 1998

(1) Pierre Miquel, La Grande Guerre (Ed. Fayard)
(2) Guy Pedroncini, Les Mutineries (P.U.F.)
(3) Jacques Chastenet, Histoire de la IIIe République (Ed. Hachette)
(4) Dr Benoît, La Sainte Biffe (Ed. Don Bosco)
(5) Georges Duhamel, Civilisation (Mercure de France)
(6) Henri Barthas, Carnets de guerre (Ed. Maspero)
(7) Henri Castex et Abel Clarté, Les Comités secrets (Ed Roblot)

dimanche 25 octobre 2009

Serfs et servage dans l'Antiquité

C'est bien à tort que l'on assimile le mot de servage ou de serf avec le Moyen-Âge. C'est à tort également qu'on le confond avec l'esclavage. De fait, le servage est une condition intermédiaire entre l'esclave et l'homme libre. Certes, le serf n'est pas son propre maître et dépend d'un autre homme, mais il jouit d'une certaine protection légale, quant l'esclave n'est rien de plus que l'équivalent d'un meuble ou d'un animal.
La Grèce antique offre plusieurs exemples de servage. Le plus connu est le cas des hilotes de Sparte. Appelés à cultiver la terre, les hilotes n'avaient en principe aucun droit ni aucune liberté. Dans les faits cependant, ils étaient parfaitement libres de cultiver comme bon leur semblait, pouvaient améliorer leur condition de vie et même acheter leur affranchissement, le tout moyennant une redevance fixe.
Sous les Ptolémées et les Séleucides, le servage était également monnaie courante, notamment du au fait que les Grecs préféraient imposer une sujétion héréditaire plutôt que de réduire en esclavage. Une sujétion qui impliquait également l'attachement à la terre. Cette institution orientale semble avoir été le socle du "colonat" des Romains, qui devait se répandre au IIe et IIIe siècles de notre ère.
A côté des esclaves et des hommes libres, se forma alors une catégorie de plus en plus importante d'hommes demi-libres, de serfs. Apparu en Asie, en Egypte, en Afrique du Nord ou en Gaule, le colonat se composait de descendants de cultivateurs qui se voyaient assigner de petites exploitations découpées dans de grandes seigneuries. Hommes libres ayant tous les droits inhérents à la puissance paternelle, les colons étaient cependant fixés à la terre qui leur avait été attribuée - le colonat devient héréditaire au IVe siècle. S'ils abandonnaient cette terre, ils pouvaient être poursuivi comme des esclaves fugitifs. En revanche, nul ne pouvait les séparer de leur terre. Par ailleurs, ils devaient au maître ou au seigneur de la terre, 1/10e de leur récolte, ainsi que des corvées de travail sur les terres directement exploitées par le maître. Invités à produire le plus possible, ils avaient le droit de garder le produit de ce travail. 1/10e de la récolte quand, aux temps modernes, on doit 40% de son travail, de quoi faire - presque - rêver…
Alix Ducret http://www.historia-nostra.com

jeudi 22 octobre 2009

Philippe IV le Bel Un roi administrateur

Philippe IV le Bel devient roi à 17 ans, le 5 octobre 1285, à la mort de son père Philippe III le Hardi, victime du typhus à Perpignan au retour d'une catastrophique expédition contre l'Aragon.
Marié l'année précédente à Jeanne de Navarre, qui lui a apporté en dot la Champagne et la Brie et à laquelle il restera toujours fidèle, il est sacré à Reims avec sa femme le 6 janvier 1286, selon la tradition capétienne.
Sous son règne, en près de trente ans, la France consolide ses frontières. La monarchie échappe à l'emprise du pouvoir religieux. Elle s'écarte des traditions féodales en se dotant d'une administration moderne et en faisant appel à des fonctionnaires zélés issus de la bourgeoisie.

Échec en Flandre

Quand il monte sur le trône, à seulement 17 ans, le roi manifeste déjà une autorité qui rappelle son grand-père Saint Louis plutôt que son père, le terne Philippe III. Mais tout au long de son règne, il va rechercher les conflits plutôt qu'il ne va les éviter à la différence de Saint Louis, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Ainsi prend-il prétexte d'une rixe entre marins français et anglais à Bayonne, en 1292, pour citer devant la cour son vassal le duc de Guyenne, qui n'est autre que le roi d'Angleterre, et lui confisquer son duché le 19 mai 1294.
Le conflit tourne au désavantage de la France lorsque le comte de Flandre, Guy de Dampierre, vassal du roi capétien, prend le parti de l'Anglais. C'est que ses sujets, habitants d'Anvers ou de Bruges, sont de plus en plus liés avec les éleveurs de moutons anglais auxquels ils achètent la laine pour alimenter leurs ateliers de tissage.
Philippe le Bel fait occuper la Flandre. Mais il ne s'en tient pas là. Il attire par ruse le comte à Paris, le séquestre et confie l'administration de ses terres à Jacques de Châtillon. Par ses maladresses, celui-ci s'aliène très vite les habitants. C'est ainsi que le 18 mai 1302, les habitants de Bruges massacrent la garnison française. Ces « Mâtines de Bruges » (par analogie avec les Vêpres siciliennes) sont suivies d'une défaite de la chevalerie française à Courtrai le 11 juillet 1302. Le roi capétien prendra sa revanche à Mons-en-Pévèle le 17 août 1304.
De ce conflit date la scission actuelle de la Flandre, le nord s'émancipant de la suzeraineté capétienne, le sud (Lille, Douai, Béthune) étant livré à Philippe le Bel par le traité d'Athis-sur-Orge, le 24 juin 1305, conclu avec le comte Robert de Béthune.

Impopulaires impôts

Philippe le Bel a besoin d'argent pour poursuivre la guerre contre les Flamands et maintenir le train de vie de l'État malgré quelques signes de dépression économique. Il ne lui suffit pas de dévaluer la monnaie ni de dépouiller les juifs et les banquiers lombards. Il crée aussi de nouveaux impôts, tel celui sur les ventes que le peuple surnomme la «maltôte» ou mal levé. Le mot finira par désigner tout impôt illégitime.
Pour élaborer ses décisions et faire passer ses réformes, le roi s'appuie sur un Conseil composé de personnes qu'il choisit en fonction de leurs compétences. Ce sont généralement des juristes pétris de droit romain. Issus de la bourgeoisie, ils sont dévoués au roi, auquel ils doivent tout. Les grands féodaux, jaloux, ne manquent pas d'attiser contre eux le ressentiment populaire.
À partir de 1302, le roi prend aussi l'initiative de réunir à Notre-Dame des représentants du clergé, de la noblesse et des bourgeois pour obtenir leur acquiescement à ses réformes et ainsi faire passer celles-ci plus aisément. Ces réunions occasionnelles préfigurent les «états généraux» (les derniers seront réunis en 1614 et 1789).
Philippe le Bel commence par ailleurs à organiser son administration et constituer des services spécialisés. C'est ainsi que prend forme le «Parlement» ébauché par son grand-père. Il siège à Paris et traite les affaires judiciaires en appel. Il crée une Chambre des Comptes chargée de contrôler la gestion des officiers royaux. Il confie à ses proches conseillers Pierre Flote puis Guillaume de Nogaret la garde du Sceau royal au sein d'une chancellerie. À eux revient l'enregistrement et l'expédition des actes royaux.

Le petit-fils de Saint Louis en conflit avec le pape

Le roi lève en 1295 un impôt occasionnel sur le clergé, la «décime». Le clergé s'incline, bien que le roi se soit dispensé de demander l'autorisation au pape de lever cet impôt. Il est vrai que l'on ne saurait rien refuser au petit-fils du pieux Louis IX, d'autant que celui-ci est canonisé par le pape Boniface VIII le 11 août 1297.
Cela n'empêchera pas le roi d'entrer en conflit avec la papauté pour une absurde affaire liée à quelques insultes proférées par l'évêque de Pamiers Bernard Saisset à son égard. Il fait arrêter l'évêque le 12 juillet 1301. L'année suivante, le pape Boniface VIII proteste et menace d'excommunication Philippe IV.
Guillaume de Nogaret, fidèle serviteur du roi, se rend en Italie en vue de destituer le pape. La rencontre a lieu le 8 septembre 1303, à Anagni, au sud de Rome. Elle tourne mal. On parle d'un «attentat» contre la personne du pape, qui aurait été souffleté. Cet événement marque une rupture avec le XIIIe siècle, siècle chrétien par excellence durant lequel les gouvernements se soumettaient bon gré mal gré aux exigences du pape. Philippe IV le Bel se pose en précurseur du gallicanisme et de la laïcité, autrement dit de la séparation de l'Église et de l'État.
Le pape meurt quelques semaines plus tard et, le 5 juin 1305, c'est un Français, à l'instigation de Philippe le Bel, monte sur le trône de Saint-Pierre sous le nom de Clément V. Empêché de s'installer à Rome pour cause de troubles dans la Ville éternelle, il se fixe à Avignon, à la frontière avec la France. Cette résidence provisoire va se prolonger jusqu'en 1376.
La grande affaire du règne est l'arrestation des Templiers le vendredi 13 octobre 1307. Ces moines-soldats, depuis la fin des croisades, vivent en France de leurs rentes. L'opinion ne les aime guère et le roi lorgne sur leurs biens. Après leur arrestation, ils sont torturés, jugés et condamnés. Les derniers, dont le grand maître Jacques de Molay, sont brûlés en 1314 à l'extrémité de l'île de la Cité, à Paris. Quelques semaines plus tard meurent à leur tour le pape qui les a abandonnés et le roi qui les a fait condamner.

Bon ordre apparent

La fin du règne est altérée par le scandale de la Tour de Nesle et la révélation de l'adultère des belles-filles du roi... Mais le royaume, à la mort du roi, le 29 novembre 1314, paraît en ordre et plus puissant que jamais.
Jean Brillet http://www.herodote.net

lundi 19 octobre 2009

La poudrière du Caucase

Au nord de la Turquie et au sud de la fédération de Russie, la barrière du Caucase abrite un incroyable enchevêtrement de peuples musulmans traditionnellement hostiles au pouvoir russe. La fin de l’empire soviétique y a créé une situation totalement anarchique. A chaque instant, la poudrière caucasienne risque d’exploser. On ne défie pas impunément les lois de l’histoire. Les peuples du Nord-Caucase sont actuellement regroupés en plusieurs républiques autonomes : la RA d’Abkhazie sur la mer Noire, la RA des Tcherkesses, la RA des Kabardino-Balkars, l’Ossétie du Nord, la RA des Tchétchéno-Ingouches, ou Tchétchénie, et la RA du Daghestan.

Le Nord-Caucase a longtemps été influencé par les Scythes et plus particulièrement par l’un de leurs peuples, celui des Alains, des Indo-Européens.

Au sud de la barrière du Caucase, les composantes ethniques ont largement été orientalisées par les Perses, ce qui les distingue nettement de leurs "cousins" du nord. D’ouest en est les peuples de Transcaucasie sont répartis en plusieurs républiques : celles d’Adjarie, de Géorgie, d’Ossétie du Sud, d’Azerbaïdjan et d’Arménie.

Pour compliquer encore cette mosaïque ethnique, raciale et linguistique, d’incessantes vagues d’invasion ont implanté dans le Caucase des populations nouvelles, comme celles se rattachant à la famille turco-mongole, à tel point que, pour qualifier cette multitude, les géographes arabes médiévaux donnèrent au Caucase le nom de "Montagne des langues".

Parmi tous les peuples autochtones du Nord-Caucase, le plus connu est celui des Tcherkesses, les Kassogues des géographes de l’Antiquité. C’est à tort et à travers que leur nom a été utilisé pour désigner la totalité des populations nord ou cis-caucasiennes.

Or, ne sont tcherkesses que les groupes caucasiques du nord-ouest : Tcherkessk, Adyghès, Kabardes et, à l’extrême rigueur, Abkazes du nord-ouest de la Géorgie ; c’est ainsi que le célèbre chef Chamil, présenté comme le héros de l’épopée tcherkesse, était en réalité originaire du Daghestan et n’était donc pas ethno-linguistiquement parlant tcherkesse. Comme tous les peuples du nord du Caucase, les Tcherkesses avaient une longue tradition de mercenariat. Ils formaient des unités de cavalerie légère destinées à harceler l’ennemi. Ils servirent l’Empire mongol, le Khânat de Crimée, les royaumes de Pologne et de Lituanie ou même le tsar de toutes les Russies. C’est cependant au service de la Turquie qu’ils s’illustrèrent le plus car, et le fait est peu connu en Europe, ils constituèrent avec les représentants d’autres peuples du Caucase, l’essentiel de la milice des Mamelouks.

En 1250, les Mamelouks s’emparèrent de la Syrie et de l’Egypte où des souverains tcherkesses régnèrent de 1382 à 1517, date de la conquête ottomane. Puis le sultan ottoman leur laissa l’administration de l’Egypte qu’ils perdirent à la suite de la campagne que Bonaparte y mena. C’est à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe que la poussée slave atteignit véritablement la région du Caucase après s’être imposée au terme de longs siècles de combats qui opposèrent l’Empire russe à la Turquie et à la Perse. En 1801, les Russes annexèrent la Géorgie puis les régions situées au sud du Caucase ; les populations du Nord-Caucase étaient donc prises à revers et, durant un demi-siècle, elles opposèrent une résistance désespérée à l’armée russe. C’est à cette occasion que s’illustra le célèbre Chamil, chef des montagnards du Daghestan qui ne sera capturé par les Russes qu’en 1859. La grande guerre du Caucase fut très dure et très meurtrière. Les Tcherkesses furent les derniers à résister, puis des dizaines de milliers d’entre eux, cédant sous la poussée numériquement supérieure des Cosaques, choisirent l’émigration et allèrent se placer sous protection ottomane. Les véritables conquérants du Nord-Caucase furent les Cosaques. Les premiers d’entre eux étaient originaires de la région du Don, puis ils furent renforcés par les Cosaques du Terek qui s’étaient primitivement installés dans le pays tchétchène. A partir de la fin du XVIIIe siècle, les Zaporogues d’Ukraine furent rebaptisés Cosaques de la mer Noire et encouragés à s’installer sur le Kouban, c’est-à-dire en pays tcherkesse. Dans la première moitié du XIXe siècle, cent mille paysans ukrainiens vinrent les y rejoindre. Placé au carrefour de la steppe ukraino-russe et des mondes turc et persan, le Caucase est à nouveau entré dans une période de turbulences, renouant avec une tradition historique séculaire en raison du vide politique laissé par l’effondrement de l’Empire soviétique.
par Bernard Lugan

dimanche 18 octobre 2009

« Bref résumé de la situation en Ukraine » (D'après les informations du Département spécial du front Sud-ouest, pour la période du 15 au 30 avril)

2 juin 1920
L'Ukraine connaît en ce moment une nouvelle vague de soulèvements. Dans les provinces de Kharkov, Donetzk et Tchernigov, les soulèvements ont nettement un caractère importé. Ils se sont étendus en provenance des provinces limitrophes de Kourtsk, Ekaterinoslavl et de Kiev. Dans celles-ci, les soulèvements ont un caractère nettement organisé. Ainsi, dans la province d'Ekaterinoslavl, principalement dans les districts d'Alexandrov et de Pavlograd, ce sont les partisans de Makhno[1] qui sont à l'oeuvre, et à qui il arrive de passer dans la province de Donetsk. Dans la province de Kiev, on voit agir des bandits professionnels (tels que Strouk et Katzouro) connus depuis l'année dernière. En plus de ceux-ci, on voit apparaître de nouveaux compères du style de Petlioura[2]. Dans la province de Poltava, opèrent plusieurs bandes. L'une d'elles (près de 200 baïonnettes) est nettement du type de celle de Petlioura, quant aux autres, plus petites, elles ne représentent, vu leur mauvaise organisation, aucun danger. Dans la province de Kherson, sévit la bande de Tioutiounik[3], forte de 2 500 baïonnettes et 700 sabres. Cette bande a pris la ville de Voznessensk. Telle est, à ce jour, la dislocation des bandes dans les provinces ukrainiennes.
Les bandes des provinces de Kiev et d'Ekaterinoslavl constituent à proprement parler le berceau de tout le mouvement insurrectionnel ukrainien. Il n'y a guère que là que les soulèvements portent un caractère organisé. Dans les autres provinces, les soulèvements ont été importés des provinces avoisinantes et n'ont pas de racines profondes.
Ainsi, le 22 avril, nos forces ont pu liquider le soulèvement des districts de Soumsk et d'Akhtyrsk qui s'était propagé du district de Graïvoronsk (province de Koursk). Dans la province de Kharkov, on ne compte qu'une seule bande originaire de la province, forte de 1 500 déserteurs environ, concentrés dans le district Valkovskii. Dans la province de Kherson, exception faite de la bande de Tioutiounik, venue d'Ekaterinoslavl et ayant occupé la ville de Voznessensk, on n'a plus enregistré d'autre soulèvement. Dans la province de Tchernigov, on ne note aucun soulèvement nouveau. Dans la province de Donetz, opèrent des détachements makhnovistes en provenance de la province d'Ekaterinoslavl. Dans la province de Poltava, opèrent de petites bandes qui commettent des vols et des cambriolages sans poursuivre d'autres buts. À une seule exception près — la bande de Romachko, composée de 200 hommes, qui sévit dans le district de Pereiaslavl. Ses membres sont coiffés de bonnets que portent les bandits de Petlioura. Cette bande a fait son apparition du côté de la province de Tchernigov. La population lui est hostile et aide les soldats de l'Armée rouge dans leur lutte contre la bande.
Ainsi, il n'y a que deux foyers du mouvement partisan a proprement parler : la province d'Ekaterinoslavl et celle de Kiev. Dans la première, sont à l'oeuvre, pour l'essentiel, des partisans de Makhno. Dans la seconde, des rebelles professionnels, de teinte nationaliste ukrainienne, sympathisants de Petlioura. Dans quasiment chaque district, existe un chef de bande autonome, un ataman.
Dans la province d'Ekaterinoslavl, l'un des foyers permanents des bandes de Makhno se trouve à Gouliaï-Pole (district d'Alexandrov). On l'appelle aussi « Makhnopole ». C'est là que se trouvent la résidence du « petit père » Makhno et son quartier général. C'est de là que partent les ordres de mobilisation de tous les partisans. Makhno « travaille » en mettant en avant les mots d'ordre suivants : « Les soviets aux sans parti », « Indépendance de l'Ukraine », « Suppression de la commune ». Il faut reconnaître que le noyau dur de son armée est constitué par de jeunes paysans pauvres, auxquels le pouvoir soviétique en Ukraine n'a rien su donner d'autre qu'un droit formel sur la terre. L'approvisionnement des unités de Makhno est constitué exclusivement par ce que les partisans parviennent à prendre dans les régions qu'ils occupent ou dans les détachements qu'ils ont réussi à désarmer. Pour pouvoir se ravitailler, les bandes de Makhno doivent constamment changer de place. En règle générale, les bandits makhnovistes évitent l'engagement et préfèrent attaques-surprises et razzias. Quand on parvient à les encercler, ils se dispersent aussitôt pour se regrouper ensuite dans un autre lieu. Le service des renseignements du front du sud-ouest n'est pas en mesure de communiquer des informations plus précises concernant le nombre et la structure de l'armée de Makhno. Il est évident que le travail de renseignement dans ce domaine n'a pas encore atteint un niveau suffisant d'organisation. Pourtant, c'est précisément un bon travail du service de renseignements qui aurait pu apporter des résultats inestimables dans la lutte contre les bandes de Makhno et les mouvements de partisans en général.
Ainsi, la situation en Ukraine peut être résumée en bref de la façon suivante. La situation dans les provinces de Kharkov, Tchernikov et Donetzk est plus ou moins tranquille. Il y a des révoltes provoquées par les exactions commises par les détachements de réquisition ou de conscription. Ces révoltes présentent en général un caractère purement local. Pour les liquider, il suffit d'envoyer des régiments fidèles des Troupes internes.
Dans les provinces de Kherson et de Poltava, le mouvement des partisans n'est pas de caractère local. Il vient des provinces de Kiev et d'Ekaterinoslavl et la population n'aide pas les bandits. Ici aussi, on observe des mouvements de révolte à caractère local qu'on peut mater facilement. En somme, il n'y a que les provinces de Kiev et d'Ekaterinoslavl qui continuent à être des foyers de révolte permanente. Il faut par conséquent y porter une attention particulière.
Les bataillons des troupes internes sont mal équipés et laissent à désirer sous tous les rapports. Naturellement, ils ne suffisent pas à la tâche. Dans les bandes de Makhno et les détachements des partisans de Petlioura, le travail de propagande ne donnera aucun résultat car les bandes de Makhno ne sont pas cimentées par des slogans politiques mais par l'autorité personnelle du « petit père » Makhno. En ce qui concerne les partisans de la région de Kiev, ce sont des professionnels de la révolte et des bandits endurcis.
On ne pourra mater le mouvement des partisans en Ukraine que par des mesures militaires appropriées. Les services de renseignement doivent décupler leurs énergies et fournir le plus de renseignements possibles concernant la composition, le nombre, la dislocation et les plans des partisans.
Une nouvelle vague de révoltes doit commencer à la mi-juillet quand les travaux des champs seront terminés. Les services de renseignement doivent se tenir prêts pour cette période.
Pour le vice-directeur de département du renseignement du département spécial.
(Signature illisible)
Source : RGVA 33987/2/74/7-8
Notes
- [1]. Nestor Makhno (1888-1934) fut le principal dirigeant paysan anarchiste ukrainien. En 1918, à la tête d'une armée paysanne basée dans le district de Gouliai-Pole, Makhno mena des opérations militaires principalement contre les forces d'occupation allemandes. En 1919, les partisans de Makhno — plus de 30 000 hommes — combatirent sur trois fronts, à la fois contre les Blancs, les Rouges et les partisans de Simon Petlioura. À la fin de 1920, après avoir refusé que ses forces fussent intégrées à l'Armée rouge, Nestor Makhno fut défait par les bolcheviks. Il réussit néanmoins à remettre sur pied une nouvelle armée, forte de 20 000 hommes au début de 1921, qui tint une partie de l'Ukraine profonde des campagnes jusqu'à l'été 1921. Cerné par les unités de l'Armée rouge, Makhno passa, avec quelques centaines d'hommes, en Roumanie, à la fin du mois d'août 1921. Après un bref séjour en Pologne (1921-1922), Makhno se réfugia en France où il mourut en 1934.
- [2]. Simon Petlioura (1879-1926) fut l'un des principaux dirigeants du mouvement national ukrainien antibolchevique. Après la révolution de février 1917, il fonde le Comité ukrainien du front. En juin 1917, il est élu président du Comité militaire ukrainien de la Rada. Au moment de l'indépendance de la République ukrainienne (1918), il fait partie du Directoire — l'organe du pouvoir exécutif de la République ukrainienne. En février 1919, il prend la tête du Directoire et s'oppose à la soviétisation de l'Ukraine. Vaincu par les forces bolcheviques, il se réfugie en Pologne. En mai 1920, à l'occasion de la reprise de Kiev par les troupes polonaises, il participe à un éphémère gouvernement ukrainien, avant de reprendre le chemin de l'exil en Pologne. Il est assassiné en mai 1926 par les services secrets de la Tcheka à Paris.
- [3]. Iouri Tioutiounik fut un dirigeant du mouvement national ukrainien antibolchevique. Membre de la Rada et du directoire de la République ukrainienne en 1918-1919. En 1920, il dirige l'opposition armée aux bolcheviks dans la région d'Odessa. Ses détachements armés, soutenus par les Polonais, comptent plus de 10 000 hommes. Après la reprise de l'Ukraine par les forces bolcheviques, Tioutiounik lance, à partir de ses bases arrières en Pologne, une série de raids dans les districts frontaliers d'Ukraine occidentale (été 1920 — été 1921). En 1923, retourne en Ukraine et se rallie au régime soviétique.

jeudi 15 octobre 2009

La République contre l'Église

Au commencement furent les Lumières. Non que le christianisme n'ait connu d'adversaires avant le XVIIIe siècle : comme l'écrit Jean de Viguerie dans son livre Christianisme et Révolution, « Des athées, des rationalistes, le monde en avait toujours vu, mais en très petit nombre et de petit public. » Mais la nouveauté est ailleurs : « Il s'agit maintenant des plus grands noms de la littérature : Voltaire, Diderot, Grimm, Marmontel, La Harpe, pour ne citer que ceux-là. Les écrivains antireligieux sont les auteurs à succès. Les adversaires du christianisme sont les maîtres de l'opinion publique. »

Ils triomphent dans les salons, ont le soutien des élites et même, contre les défenseurs de l'Église et de la monarchie, celui des autorités : de 1750 à 1763, la librairie, chargée de délivrer les permissions d'imprimer, est gouvernée par Malesherbes avec, écrit Rousseau, « autant de lumières que de douceur, pour la plus grande satisfaction des gens de lettres » « Écrasons l'infâme », s'exclame Voltaire en désignant le catholicisme ; et des romans comme La Religieuse de Diderot n'ont pas grand-chose à envier au Da Vinci code en fait d'hostilité envers l'Église. Ces attaques font mouche et se diffusent des salons à l'opinion. Elles déboucheront, quelques années plus tard, sur la persécution révolutionnaire, la constitution civile du clergé, les massacres et déportations de prêtres, les condamnations de religieuses ou de fidèles, la déchristianisation et les fermetures d'églises, les mariages ou les « déprêtrisations », les guerres de Vendée et leur cortège d'horreurs... Si la persécution se calme après le 9 thermidor et la chute de Robespierre, elle reprend après le coup d'État de fructidor. La haine du Christ et de l'Église n'est pas un effet de la Révolution, elle en est le moteur. C'est pour abattre l'autel que l'on fit tomber le trône.
Bonaparte ramène la paix religieuse, Napoléon conclut avec Pie VII le concordat de 1801, la Restauration honore l'Église, mais l'anticléricalisme prend sa revanche en 1830 : les insurgés mettent à sac l'archevêché de Paris, Notre-Dame et plusieurs maisons de congrégations. Le départ de Charles X et l'accession au trône de Louis-Philippe ne désarment pas les ennemis du catholicisme : même en province, les processions sont lapidées. En 1831 Saint-Germain-l'Auxerrois, l'archevêché et plusieurs églises parisiennes sont encore saccagés.
Des faits similaires se reproduiront pendant la Commune, pendant laquelle les communards tenteront d'incendier Notre-Dame et fusilleront plusieurs prêtres, dont l'archevêque de Paris, Mgr Darboy. Mais le temps des grandes insurrections touche à sa fin. Avec la IIIe République, la Révolution triomphe et s'institutionnalise. L'anticatholicisme accède au pouvoir.

25 ans de persécution aux débuts de la IIIe République
« Et d'un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qui ne se rallumeront plus », s'écriait le radical René Viviani après l'adoption de la loi de séparation de l'Église et de l'État, en 1905. La IIIe République n'avait cependant pas attendu Émile Combes, ni Aristide Briand, pour être anticléricale : elle l'était dès l'origine et Jean Sévillia, dans son livre Quand les catholiques étaient hors-la-loi, rappelle à juste titre le mot d'ordre lancé par Gambetta dès 1877 : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! ». Dès 1869, dans son programme de Belleville, le meneur républicain, alors député d'opposition, annonce le programme en effet : suppression du budget des cultes, séparation des Églises et de l'État, instruction primaire gratuite, laïque et obligataore ... En 1878, il y ajoute la dispersion des congrégations, l'application au clergé de toutes les lois civiles, la rupture avec le Vatican... « Ce projet correspond exactement à celui qui sera mis en œuvre, d'étape en étape, jusqu'en 1905 », remarque Jean Sévillia. Cependant, tandis que les anticléricaux s'emparent du pouvoir, le catholicisme connaît en France un renouveau spectaculaire. « Un catholicisme puissant, un anticléricalisme croissant : tout est en place pour la guerre des deux France », constate encore Jean Sévillia. Dans cette guerre, la franc-maçonnerie joue un rôle de premier plan. Son but pourrait être défini par celui que se fixe alors Jules Ferry : « organiser l'humanité sans Dieu et sans rois ». D'autres réseaux œuvrent dans le même sens : la Ligue de l'enseignement, la libre-pensée, les protestants libéraux. La bataille s'installe très vite sur le front de l'enseignement, qu'il convient de contrôler pour décatholiciser et républicaniser les jeunes esprits.
En 1880 le gouvernement Freycinet publie deux décrets contraignant l'ensemble des congrégations à présenter une demande d'autorisation et liquidant les établissements des jésuites, qui sont expulsés de leur maison mère fin juin, non sans que des coups soient échangés entre la foule catholique et la police : premières escarmouches d'un combat qui va durer un quart de siècle. En octobre, Ferry, devenu président du conseil, décide de sévir contre les autres congrégations non autorisées.
Entre le 16 octobre et le 9 novembre 1880, 261 couvents sont fermés par la force publique, 6 000 religieux expulsés.
L'affaire rebondit à l'aube du XXe siècle, avec la loi de 1901 sur les associations, très anticléricale, qui prévoit la confiscation des biens des congrégations non autorisées. Vers la même époque, en juin 1902, Emile Combes, ancien séminariste violemment anticatholique, devient président du conseil. Entre 1900 et 1903, date à laquelle sont examinées par les chambres les demandes d'autorisation des congrégations, pas moins de 430 congrégations sont interdites. Les expulsions donnent lieu à de nouveaux affrontements entre fidèles et forces de l'ordre, tandis que les organisations anticléricales et maçonniques se déchaînent, attaquant les églises ou les processions. En juillet 1904 une nouvelle loi interdit tout enseignement aux congrégations. Combes se vante d'avoir fait fermer 14 000 écoles catholiques depuis 1902. Un mois plus tard commence l'affaire des fiches : on apprend que le général André, ministre de la Guerre, a fait appel au Grand Orient de France pour établir des fiches sur les opinions politiques et religieuses des officiers. L'avancement de ces derniers est favorisé ou bloqué en fonction des appréciations portées par les francs-maçons, qui réalisent un véritable travail de délation. Le scandale est tel qu'en janvier 1905, Combes est contraint de démissionner. Deux mois plus tard, Aristide Briand n'en présente pas moins à la Chambre un projet de séparation des Églises et de l'État. Votée en décembre de la même année, la loi prévoit de dresser un « inventaire descriptif et estimatif » des biens ecclésiastiques, objets du culte compris, provoquant la colère des catholiques lorsqu'une circulaire du ministère des Finances ordonne l'ouverture des tabernacles dans les églises. Partout à travers la France, les fidèles s'opposent aux profanations. En Haute-Loire, dans le Nord, des catholiques sont rués par les gendarmes. Pie X, de son côté, qualifie dans une encyclique la séparation de l'Église et de l'État de « très pernicieuse erreur » et considère la loi « comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu ».
Jean-Pierre Nomen monde & vie du 25 avril 2009
(avec l'aimable autorisation de monde & vie)

mardi 13 octobre 2009

Henri BLÉHAUT : « L'évolution a forcément procédé par des sauts »

Le Dr Henri Bléhaut, qui collabora avec le professeur Lejeune, s'intéresse lui aussi depuis longtemps aux mystères de l'évolution. Il explique ici ce que la génétique nous en révèle. Il est directeur de la recherche à la Fondation Jérôme Lejeune

M & V : La thèse du professeur Lejeune au sujet de l'évolution était celle d'une évolution par sauts qualitatifs brusques. On voit bien ce qu'il en est pour l'homme, mais si l'on considère l'ensemble des espèces, est-il concevable que de tels sauts, qui sont des événements très rares, puissent concerner l'ensemble des espèces? L'évolution a-t-elle pu procéder de cette façon ?
Docteur Henri Bléhaut : L'ensemble de l'évolution a forcément procédé par des sauts, des accidents. Il existe entre chaque espèce des différences de nombre de chromosomes. Or ; le changement de nombres de chromosomes résulte d'un accident chromosomique. Par conséquent, l'évolution n'a pas pu être progressive. A l'époque de Darwin, la notion de chromosomes n'existait pas et même les notions d'hérédité des lois de Mendel n'étaient pas encore connues, c'est pourquoi il a pensé à la possibilité d'une évolution progressive. Il n'en va plus de même depuis la découverte des chromosomes. Au sein d'une espèce, il existe, certes, une sélection des plus performants, il est même tout à fait possible qu'il y ait une sélection de couleurs ou de plumages - mais on reste dans une même espèce. En revanche, la spéciation, le changement d'espèce, est forcément accidentel : c'est un changement de nombre de chromosomes, qui ne peut pas être progressif. Les chromosomes vont par paires et l'on ne peut pas en changer un morceau, ce n'est pas comme ça que ça se passe.

M & V : Pour en revenir à l'homme, nous sommes des homo sapiens sapiens, mais il a existé d'autres types d'hominidés. Dans quelle mesure s'agissait-il d'êtres humains ?
Dr H. B. : Il est difficile de le préciser, d'autant plus que nous ne connaissons pas, par exemple, le nombre de chromosomes de l'australopithèque - comme Lucy, qui vivait voilà deux millions d'années. La définition qui a été donnée à l'homme, c'était finalement qu'il marche sur ses deux pieds : le redressement complet. L'australopithèque, qui était un hominidé, appartenait-il à la branche "homme" ou à la branche "primate" ? Les généticiens pensent que les singes ne sont pas nos ancêtres. Il existe un ancêtre commun à la branche singe et à la branche homme, c'est-à-dire à l'ensemble des primates, et cet ancêtre a disparu. Lucy, en revanche, est beaucoup plus proche de nous. On peut penser qu'elle possédait comme nous 46 chromosomes, alors que les grands singes en ont 48. Peut-être est-elle mon arrière grand-mère ? Je ne saurais l'affirmer.
Quand l'homme est apparu, et quelle que soit la manière dont il est apparu, il s'est produit un accident chromosomique ; et si l'ancêtre commun avait 48 chromosomes, cet accident chromosomique en a réduit le nombre à 46 chez un individu. Comme vous l'avez souligné c'est un accident majeur et si exceptionnel qu'on ne l'a même jamais vu. Or, s'il est arrivé à un individu, il aura fallu, pour qu'il fasse souche, que le même accident soit arrivé à peu près au même moment à un autre individu du sexe opposé, dans le même groupe ethnique - et les groupes ethniques, à cette époque, ne comptaient pas plus de 50 individus. Il est très étonnant, et même invraisemblable, que le même accident ait pu se produire deux fois au même moment. Ce que je vous dis là est vrai pour toute spéciation, aussi bien pour la naissance de l'homme que pour celles du zèbre et du cloporte : à chaque fois que se crée une nouvelle espèce, c'est le même mystère. Ce sont des énigmes très compliquées à résoudre et l'on se rend bien compte qu'il est statistiquement impossible que cela tienne au hasard. La tentation d'expliquer ces accidents par le hasard - qui, dans une certaine mesure, n'est qu'une manière biaisée de nier l'existence de Dieu est anti-scientifique. Un bon scientifique se demandera : quel phénomène naturel peut-il expliquer que de tels accidents chromosomiques arrivent de temps à autre ? Je suis en effet convaincu qu'il existe à cela une explication scientifique.

M & V : Le professeur Lejeune avait émis une hypothèse sur les vrais jumeaux ...
Dr H. B. : Oui. Il estimait très peu probable que dans une toute petite tribu, un accident chromosomique majeur ait pu se produire à la fois chez un petit garçon et chez une petite fille. Il avait donc émis l'hypothèse d'un accident génétique sur une grossesse gémellaire de vrais jumeaux. Le changement de nombre de chromosomes, à ce moment-là, devait se retrouver chez les deux jumeaux. Le problème, c'est qu'ils devaient être de sexes différents. Jérôme Lejeune pensait donc que l'un d'entre eux était un garçon, XY, et l'autre un "Turner", XO. En effet, les jumeaux monozygotes sont issus du clivage d'un seul œuf en deux embryons. Il arrive qu'à partir d'un œuf mâle porteur de 46 chromosomes dont un X et un Y, le chromosome X se perde lors de la séparation. On a donc bien deux jumeaux : un garçon XY et une fille ne possédant que 45 chromosomes, XO. Elle se portera très bien - vous en avez certainement déjà croisé dans la rue - mais ces jeunes femmes sont en général stériles. Toutefois on connaît quelques cas ; de "Turner" qui ont eu des enfants. A partir de là, on pourrait imaginer la naissance d'une nouvelle espèce par une gémellité très particulière. C'est ce que Jérôme Lejeune appelait l'hypothèse du monogénisme.

M & V : En admettant que l'apparition des Australopithèques se soit passée de cette façon, et que Lucy soit notre arrière-grand-mère, aurait-il fallu d'autres évolutions du même type pour en arriver à l'homo sapiens ?
Dr H. B. : Bien qu'il existe sans doute des différences assez importantes sur le plan chromosomique entre Lucy et nous, l'évolution est plus facilement imaginable dès lors que nous avons le même nombre de chromosomes. Cependant, même ce qui concerne l'homo sapiens reste mystérieux. Ainsi existe-t-il deux homo sapiens : homo sapiens sapiens, et homo sapiens neanderthalis, qui était sans doute relativement proche de nous, de sorte qu'il aurait pu y avoir une reproduction croisée avec l'homo sapiens sapiens. Il avait un cerveau nettement plus gros que le nôtre. Les raisons de sa disparition, voilà environ 30 000 ans, restent obscures : selon une hypothèse, il aurait été pacifique et l'homo sapiens sapiens, beaucoup plus agressif, l'aurait éliminé ; mais il a pu y avoir des croisements et nous avons peut-être quelques gènes d'homo sapiens neanderthalis dans notre patrimoine génétique.

Propos recueillis par Hervé Bizien monde et vie. 25 avril 2009
(avec l'aimable autorisation de monde et vie)

jeudi 8 octobre 2009

7 octobre 1571 : La flotte turque est détruite à Lépante

Le 7 octobre 1571, une flotte chrétienne livre bataille à la flotte turque. C'est le point d'orgue d'une croisade organisée par le pape Pie V pour délivrer l'île de Chypre que les Turcs viennent de conquérir.
Les Turcs sont défaits à la surprise générale. Avant Lépante, ils n'avaient connu aucune défaite face aux chrétiens, après Lépante, ils n'allaient plus connaître aucune victoire.

Des Occidentaux peu empressés de se battre

Quand le pape appelle les chrétiens d'Occident à une nouvelle croisade, l'empire ottoman est déjà sur le déclin.
Le sultan qui réside à Istamboul a nom Sélim II Mast, c'est-à-dire l'Ivrogne. Il est le fils aîné du sultan Soliman le Magnifique qui porta l'empire à son apogée.
Seules des grandes puissances, l'Espagne, la Sicile, la Savoie, Gênes, Malte et la République de Venise, suzeraine de Chypre, répondent à l'appel du pape Pie V.
Il est vrai que la ferveur religieuse en cette fin de Renaissance n'est plus ce qu'elle était au coeur du Moyen Âge, trois ou quatre siècles plus tôt...
Les États alliés forment solennellement une «Sainte Ligue» le 24 mai 1571 à Rome. Leurs galères se regroupent aussitôt à Messine, au sud de l'Italie, sous le commandement de don Juan d'Autriche, demi-frère du roi Philippe II d'Espagne. Même le modeste duc de Savoie Emmanuel Philibert contribue à l'effort militaire en envoyant ses trois galères basées à Nice.

Victoire totale

En secret, les Vénitiens construisent dans leur chantier naval de l'Arsenal, sur la lagune, six galères d'un genre inédit : baptisées galéasses, elles sont équipées de canons pointant dans toutes les directions.
Les Turcs, de leur côté, se préparent à l'affrontement en regroupant leur flotte près de la base navale de Lépante, non loin de la ville grecque de Corinthe.
La rencontre entre la flotte croisée et la flotte turque se produit dans le golfe de Lépante. Elle met aux prises les 213 galères de la «Sainte Ligue» (dont une moitié de vénitiennes) et quelques 300 vaisseaux turcs.
On estime à environ cent mille le nombre total de combattants (marins et soldats) dont 30.000 du côté chrétien.
Les équipages des deux camps sont composés de Grecs. Du côté chrétien, ils viennent des îles Ioniennes occupées par Venise, du côté turc du reste de la péninsule.
Les navires s'éperonnent et très vite les fantassins s'affrontent sur les ponts comme sur un champ de bataille. Les Occidentaux, dont les galéasses font des exploits, remportent une victoire complète. Une cinquantaine de galères turques sont coulées, une centaine d'autres capturées.
L'amiral turc Ali Pacha est fait prisonnier et décapité. 15.000 captifs chrétiens sont libérés. Les croisés eux-mêmes ne perdent que 12 navires et (tout de même) 8.000 hommes.

Retentissement de Lépante

La victoire de Lépante a un immense retentissement dans la chrétienté car elle libère les Occidentaux de la peur ancestrale des Turcs.
Elle permet accessoirement au roi d'Espagne de se poser en champion de la Contre-Réforme catholique.
Pour Venise, cependant, Lépante a le goût amer d'une victoire à la Pyrrhus. Ruinée par l'effort de guerre et la suspension de son commerce avec l'Orient ottoman, la République se détache de ses alliés et négocie avec les Turcs. À ceux-ci, elle reconnaît la possession de Chypre, qui avait été pourtant son but de guerre, en échange de la reprise de son commerce.
Les Turcs n'ont guère de raison de se réjouir. Ils conservent l'île de Chypre malgré leur défaite mais ne sont plus en état de se lancer dans de nouvelles aventures.
Ce tournant est lourd de conséquences pour l'empire ottoman. Sa richesse ne reposait en effet que sur l'expansion territoriale et l'exploitation des nouvelles conquêtes, comme beaucoup plus tôt l'empire arabe. À la différence de l'Occident chrétien, il était incapable de se développer par lui-même. Dès lors que l'ère des conquêtes est close, il ne va plus cesser de s'appauvrir.

Marie Desclaux. http://www.herodote.net

lundi 5 octobre 2009

Faut-il brûler Ernst Nolte ?

Le Figaro Magazine - 29/03/2008
L’historien allemand montre l’interdépendance entre le communisme, le fascisme et le nazisme. Une thèse qui perturbe les nostalgiques de la révolution d’octobre 1917.

Maître d’oeuvre du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois estime qu’Ernst Nolte, dont plusieurs ouvrages sont réédités dans un volume de la collection « Bouquins », a « ouvert la voie des études historiques sur les totalitarismes » (1). D’autres considèrent toujours l’historien allemand comme un personnage sulfureux. L’ont-ils vraiment lu ?
Né en 1923 en Rhénanie-Westphalie, Ernst Nolte est philosophe de formation. Ayant échappé à la guerre, il poursuivra une carrière universitaire. C’est par intérêt pour l’étude des idéologies qu’il est amené, un jour, à se pencher sur le fascisme. Sa trilogie Le Fascisme dans son époque, parue en 1963, contribue à sa nomination aux chaires d’histoire moderne de Marburg et de l’université libre de Berlin. Il passe alors pour un esprit avancé.
Tout bascule en 1986, à la suite d’un article qu’il publie dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Un passé qui ne veut pas passer. » Il s’agit du texte d’une conférence que Nolte devait donner devant un forum de la gauche intellectuelle, mais qu’on lui a refusé de prononcer. Il y expose la thèse du livre qu’il est en train d’écrire et qui sera en librairie en 1987, La Guerre civile européenne, vaste synthèse englobant, de 1917 à 1945, l’histoire du communisme, du fascisme et du nazisme (2). Quelques semaines après la parution de l’article, Jürgen Habermas, philosophe d’extrême gauche, sonne la charge, accusant Nolte (et deux autres chercheurs) de vouloir réévaluer le national-socialisme pour en réduire les responsabilités. Deux ans de polémique s’ensuivront, cette « querelle des historiens » (Historikerstreit) suscitant la publication de près de 1 200 articles et d’une trentaine d’ouvrages.
Que dit Nolte ? Il affirme sans ambiguïté que « l’image négative du IIIe Reich n’appelle aucune révision, et ne saurait faire l’objet d’aucune révision ». Cependant, replaçant le national-socialisme dans son contexte, il s’interroge : si l’assassinat de masse a été la caractéristique fondamentale de ce régime, l’a-t-il été des seuls nazis ? Et d’affirmer l’existence d’un « noeud causal » entre le goulag et Auschwitz : Lénine, selon Nolte, a inauguré un processus abolissant toute distance entre la théorie et les actes. Le discours marxiste sur l’abolition de la bourgeoisie a conduit à la terreur bolchevique, et le discours léniniste et stalinien sur l’élimination des koulaks a entraîné la famine organisée en Ukraine. De même, au terme d’un antisémitisme d’emblée violent, mais purement verbal, les nazis sont passés de la théorie à la pratique avec l’extermination des Juifs. « Le noeud causal, commente Stéphane Courtois, c’est le passage à l’acte fondateur : le crime de masse. » Nolte regarde donc le fascisme et le nazisme comme des phénomènes qui ont leur nature propre, mais qui naissent comme des répliques au libéralisme, et surtout à la violence communiste.
En 1995, dans Le Passé d’une illusion, l’historien François Furet, tout en marquant ses désaccords avec Nolte, saluait à travers lui « une oeuvre et une interprétation qui sont parmi les plus profondes qu’ait produites ce dernier demi-siècle ». Un hommage qui entraînera un échange de lettres entre les deux hommes, dialogue qui paraîtra en 1996 et 1997 dans la revue Commentaire, et qui sera édité ensuite sous le titre Fascisme et communisme (3).
Le « noeud causal » entre communisme et fascisme, Furet le repère plutôt dans la Première Guerre mondiale et le traumatisme qu’elle a laissé en Europe occidentale, provoquant dans des pays comme l’Allemagne et l’Italie une crise du modèle démocratique. Mais l’historien français souligne bien le lien entre les deux systèmes totalitaires : « Personne ne peut comprendre l’un des deux sans considérer aussi l’autre, tant ils sont interdépendants, dans les représentations, les passions et la réalité historique globale. »
Lire Nolte, c’est se confronter à cette méthode comparative. Elle a ses limites. L’historien allemand voit ainsi dans l’Action française, mouvement conservateur et royaliste, une manifestation pré-fasciste, ce qui, dans l’édition « Bouquins », ne convainc même pas Bernard Bruneteau, l’universitaire chargé d’introduire cette partie du Fascisme dans son époque. Par ailleurs, si Nolte, dans Les Fondements historiques du national-socialisme, montre ce que Hitler tirera du pangermanisme, du néo-darwinisme ou de l’antisémitisme de l’Allemagne wilhelminienne, son oeuvre, au total, ne s’étend guère sur les attributs endogènes du nazisme, fruit paroxystique du nationalisme allemand. Cette discrétion gêne le lecteur français, qui n’a pas oublié que la politique étrangère de Hitler (revanche sur le diktat de Versailles, accord avec la Russie contre l’Ouest) rejoignait les buts poursuivis par la République de Weimar.
Il reste l’essentiel. Nolte ne fait scandale que pour ceux qui n’acceptent pas cette réalité : au XXe siècle, le totalitarisme eut deux visages, l’un communiste, l’autre fasciste. Ils furent différents, mais également hideux.
Jean Sévillia
(1) Fascisme & totalitarisme, d’Ernst Nolte, Robert Laffont, « Bouquins », 1 088 p., 32 euros. Etablie et présentée par Stéphane Courtois, cette édition comprend Esquisse d’une biographie intellectuelle, Le Fascisme dans son époque (1. L’Action française, 2. Le Fascisme italien, 3. Le National-socialisme), Les Mouvements fascistes, La Querelle des historiens, Les Fondements historiques du national-socialisme.
(2) La Guerre civile européenne, 1917-1945, d’Ernst Nolte, Editions des Syrtes, 2000.
(3) Penser le XXe siècle, de François Furet, Robert Laffont, « Bouquins », 2007. Ce volume reprend notamment Le Passé d’une illusion et Fascisme et communisme.
http://www.jeansevillia.com

mercredi 30 septembre 2009

Le calvaire que la IIIe République à fait gravir à l’Église en France

« Voici, en traits rapides , les étapes du long calvaire que la IIIe République à fait gravir à l’Église en France.
En 1879, loi interdisant l’enseignement, même dans les établissements privés, aux membres des congrégations religieuses non autorisées (1) ; loi écartant les ministres du culte des commissions administratives des hospices.
En 1880, le 29 mars, décret ordonnant l’expulsion des Jésuites et des membres des autres congrégations non autorisées. En juillet et novembre, dragonnades républicaines ; crochetage de 260 monastères ; plus de 5.000 religieux sont chassés de leurs demeures par la force et dépouillés de leurs biens.
La même année, loi supprimant les aumôniers militaires ; loi abrogeant celle de 1814 sur la célébration du dimanche ; loi frappant les biens des congrégations autorisées d’un impôt de mainmorte et d’une taxe d’abonnement.
En 1881, les fabriques et les menses épiscopales sont déclarées inaptes à recevoir les libéralités destinées aux pauvres.
En 1882, première loi sur l’enseignement laïque : l’entrée de l’école est interdite au prêtre ; les heures de catéchisme ne devront jamais concorder avec les heures de classe ; les crucifix sont enlevés des écoles.
En 1883, avis du Conseil d’État autorisant le gouvernement à supprimer, à son gré, les traitements des ministres du culte. Décret interdisant l’entrée des églises aux troupes chargées de rendre les honneurs funèbres.
En 1884, loi municipale : pouvoir discrétionnaire accordé aux maires sur les manifestations extérieures du culte. Loi du divorce. Loi supprimant les prières publiques pour la rentrée du Parlement.
En 1885, désaffectation de l’église Sainte Geneviève qui redevient le Panthéon : on en expulse la patronne de Paris pour y mettre Voltaire, Jean-Jacques Rousseau et, plus tard, le scatologue Zola et Jaurès le mauvais Français.
En 1886, deuxième loi sur l’enseignement primaire, prescrivant la prompte laïcisation de toutes les écoles de garçons et de filles.
Fermeture, par la violence, d’un certain nombre de chapelles dites non concordataires. C’est en protégeant l’une de ces chapelles qu’Henriette Bonnevie, ouvrière papetière, est tuée d’un coup de revolver, par un gendarme, à Châteauvillain (Isère).
En 1889, loi de recrutement : les curés sac au dos !
En 1893, loi sur la comptabilité des fabriques et des menses épiscopales, qui sera désormais surveillée par les agents du fisc.
En 1900, abolition du deuil du Vendredi-Saint dans la marine française.
En 1901, loi Waldeck-Rousseau contre les congrégations religieuses : toutes les autorisations accordées par les divers gouvernements, depuis cent ans, sont annulées ; toutes les congrégations devront solliciter du Parlement une autorisation législative ; celles qui ne l’obtiendront pas seront dissoutes et leurs biens liquidés.
En 1903, rejet en bloc par la Chambre (sur le rapport du F :. Rabier) de toutes les demandes en autorisation présentées par les congrégations religieuses vouées à l’enseignement, à la prière, à la prédication. Laïcisation des hôpitaux de la Marine : l’accès en est interdit au prêtre, à moins qu’il ne soit expressément appelé (par écrit) par un moribond. Les crucifix sont arrachés des prétoires.
En 1904, suppression de l’Ambassade de France auprès du Vatican. Cette rupture des relations diplomatiques est suivie - fait inouï dans les annales du monde civilisé - du viol de la Nonciature et du vol des papiers officiels et personnels qui s’y trouvaient.
Troisième loi sur l’enseignement qui sera désormais, à tous les degrés et jusque dans les écoles libres, interdit aux religieux, même à ceux appartenant à des congrégations antérieurement autorisées. Fermeture de plusieurs milliers d’écoles chrétiennes.
Spoliation des établissements congréganistes qui n’étaient pas essentiellement charitables.
En 1905, loi de Séparation : le Concordat est aboli et le budget des cultes supprimé. Cependant, le budget du culte catholique représentait la rente (à un taux très modique) des biens dont l’Église de France avait été expropriée en 1790, pour cause d’intérêt national.
Le raisonnement des J...s et des Francs-Maçons, maîtres de la République, était le suivant : « ou bien le Pape acceptera les associations cultuelles prévues par la loi de séparation, ou bien il les rejettera. S’il accepte, l’autorité des évêques sera bientôt annihilée, la loi donnant toute indépendance aux cultuelles en matière administrative et faisant trancher, par la juridiction civile, les conflits d’intérêt qui pourront s’élever entre l’évêque et ces associations. Alors l’Église de France se désagrégera, sous l’influence des querelles intestines et des schismes qui éclateront de toutes parts.
« Si le Pape refuse, tous les biens de l’Église, en l’absence des institutions cultuelles instituées par la loi, deviendront biens sans maîtres et nous en disposeront à notre guise.
« Dans ce dernier cas, au bout de peu de temps, les prêtres catholiques n’auront plus de quoi se vêtir, se loger et se nourrir, et l’Église n’aura échappé à l’anarchie et aux schismes que pour mourir d’inanition. »
La sagesse du Souverain Pontife, éclairé par le Saint-Esprit, l’abnégation du clergé français et la générosité des fidèles ont fait échouer ce plan diabolique. Le Pape, jugeant le péril moral qui menaçait l’Église infiniment plus grave que les maux matériels dont elle allait souffrir, repoussa le cadeau empoisonné des cultuelles génératrices de schismes. Prêtres et fidèles de France se soumirent de tout cœur à la décision du Saint-Père et donnèrent ainsi un éclatant démenti à l’habituelle accusation maçonnique que le catholicisme est une religion d’argent. A leurs impôts, à la charge de leurs écoles libres, les catholiques français ajoutèrent l’obligation de faire vivre leur clergé et d’assurer les frais du culte. Les prêtres acceptèrent courageusement une existence médiocre et parfois la misère. Au prix de leurs souffrances, l’Église de France était sauvée.
En 1906, nouvelles dragonnades républicaines ; effraction violente et inventaires des églises ; nombreux catholiques blessés, notamment dans Paris, à Sainte-Clotilde et à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou. André Régis est tué à Montregard (Haute-Loire) et René Ghysel à Boschoeppe (Nord).
La même année, l’entrée des hôpitaux militaires est, comme dans la Marine, interdite au prêtre, s’il n’est pas expressément appelé par un moribond.
En 1907, suppression, sur les monnaies, de la vieille devise qui était en même temps une prière : « Dieu protège la France ! »
En 1908, loi de spoliation définitive de l’Église de France : tous ses biens meubles et immeubles, cathédrales, églises, palais épiscopaux avec leurs œuvres d’art, séminaires avec leurs bibliothèques, presbytères, dotations des menses et des fabriques, fondations des messes, etc…, sont volés par la République et attribuées à l’État, aux départements, aux communes ou à des établissements laïques. La presse républicaine pousse un long cri de triomphe.
En 1909, arrêt du Conseil d’État rejetant le pourvoi formé par le cardinal archevêque de Paris (2). Cet arrêt déclara la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre propriété de la Ville de Paris. […]
En 1910, décret confisquant, au profit de la commune de Lourdes, la basilique, la crypte, l’église du Rosaire et la grotte de Massabielle.
En 1911, décision ministérielle interdisant aux militaires l’accès des cercles catholiques. »
texte extrait de Un Apologiste du Catholicisme, Charles Maurras par le Commandant Dublaix (Editions de l’Action Française, 1925).
le texte complet sur le site http://vexilla-regis.com/textevr/Commandant%20DUBLAIX.htm
(1) Cette mesure visait spécialement les Jésuites, parce que les succès remportés, chaque année, dans les concours d’admission aux grandes écoles, par leurs élèves de la rue des Postes, à Paris, du Caousou, à Toulouse , etc., excitaient la colère et l’envie des Francs-maçons.
(2) Cardinal Richard.

mardi 29 septembre 2009

De la coutume au droit coutumier

« Un usage juridique né de la répétition d'actes publics et paisibles qui, pendant un long laps de temps, n'ont reçu aucune contradiction ». Telle est la définition qu'Olivier-Martin donne de la coutume. Une coutume qui devait être la loi du genre durant une bonne partie du Moyen Âge. Une coutume cependant qui prédominait essentiellement dans les pays nordiques, les terres de langue d'oïl, celles de langue d'oc ayant depuis longtemps fait poindre une nette prédominance du droit romain. De fait, il est assez difficile de parler d'un droit coutumier, ce dernier étant, par nature même, variable selon les fiefs puis les "grands fiefs" : Normandie, Bretagne, Champagne… Des coutumes aussi diverses que les fiefs donc mais des coutumes qui, toutes, trouvaient une large inspiration dans le droit germanique. Un droit, là encore, non écrit, mais si ancien, si profondément ancré dans les mentalités qu'il vaut, au moins autant, que le droit écrit de Rome et de ses provinces. Pendant des siècles les pays de langue d'oc prétendront à une large supériorité de civilisation du fait même de ce droit antique, oubliant volontiers que la mise par écrit n'équivaut nullement à un plus haut degré d'intelligence, voir de savoir ; oubliant surtout que la « civilisation » se joue avant tout sur ce qui est écrit et non parce que cela est écrit.
Ecrit par Constance Cousin __ http://www.historia-nostra.com

samedi 19 septembre 2009

Les héros du 20 juillet 1944


Le Figaro Magazine - 24/01/2009

Au moment où sort « Walkyrie », le film qui met en scène l’attentat raté contre Hitler, de nombreux livres brossent le portrait de Stauffenberg et relatent un complot qui aurait pu changer le cours de l’Histoire.

Le 20 juillet 1944, Claus von Stauffenberg décolle de Berlin pour se rendre au quartier général de Hitler, la Wolfschanze (« la Tanière du loup »), en Prusse-Orientale. Alors chef d’état-major du commandant en chef de l’armée intérieure, le colonel doit assister à une conférence d’état-major présidée par le Führer. Son aide de camp transporte avec lui deux charges d’explosif. A leur arrivée, ils apprennent que la réunion a été avancée d’une demi-heure. Il faut faire vite. Déclarant vouloir se changer, Stauffenberg s’isole avec son aide de camp. L’irruption d’un sous-officier dans la pièce où ils se sont installés les empêche d’activer la totalité de l’explosif. Dans la salle de conférences, l’officier dépose sous la table la serviette qui contient la bombe, puis, au prétexte d’un appel téléphonique, quitte la réunion, puis la Tanière du loup.

Quelques minutes plus tard, c’est l’explosion. Treize personnes seront tuées ou gravement blessées. Parmi les rescapés, il y a Hitler, à peine contusionné. Rentré à Berlin, Stauffenberg, persuadé d’avoir atteint sa cible, déclenche l’opération « Walkyrie » : un plan de prise de contrôle du Reich par l’armée en cas d’insurrection. Certaines unités, commandées par des officiers liés au complot, marchent aussitôt. Les autres attendent la confirmation : Hitler est-il vraiment mort ? Il ne faudra que quelques heures pour que le dictateur prenne la parole à la radio.

Le soir même, Stauffenberg est appréhendé et fusillé, en compagnie des têtes du complot. Dans les jours qui suivent, 200 conjurés, civils ou militaires, sont arrêtés, torturés, condamnés à mort. Leurs femmes seront emprisonnées, leurs enfants, regroupés dans des centres de détention spéciaux. L’épuration de la Wehrmacht durera plusieurs mois, touchant plus de 7000 personnes et achevant la nazification de l’appareil militaire allemand.

Pour l’essentiel, Walkyrie, le film de Bryan Singer, relate bien la genèse et le déroulement du 20 juillet 1944. Au-delà du hasard, pourquoi l’affaire a-t-elle échoué ? L’historien britannique Ian Kershaw, dans un récit tiré de la biographie qu’il a consacrée à Hitler, n’hésite pas à parler de « dilettantisme » : trop de paramètres de calendrier, de coordination et de communication ont été négligés (1).

Claus Philipp Marie Schenk, comte von Stauffenberg, est la figure emblématique de cette aventure. Jean-Louis Thiériot, à qui l’on doit des biographies de François-Ferdinand d’Autriche et de Margaret Thatcher, raconte son itinéraire. Vieille aristocratie, esprit patriotique, carrière d’officier : comme des millions de ses compatriotes, Stauffenberg commence par subir l’attraction du nazisme. En 1939 et en 1940, il participe sans état d’âme à l’attaque contre la Pologne et la France. C’est la guerre contre la Russie, à partir de 1941, qui provoque son retournement.

Découvrant les erreurs stratégiques de Hitler et les crimes commis contre la population civile, notamment contre les Juifs de l’Est, l’officier est conduit à ce que Thiériot nomme le « choix d’Antigone » (2). Faisant appel à saint Thomas d’Aquin - qui a défini à quelles conditions une guerre peut être dite juste et dans quel cas tuer un tyran peut être légitime -, ce catholique conclut qu’il faut éliminer Hitler. Dans le film, cette profondeur du personnage, sa dimension spirituelle, est sans doute ce qui manque le plus.

Roland von Hoesslin, lui aussi livré au bourreau, avait suivi Stauffenberg parce qu’il était, explique August von Kageneck, « désespéré de la passivité des généraux devant Hitler » (3). Le complot du 20 juillet 1944, à quelques exceptions près (les généraux Beck, Stülpnagel, Witzleben, Olbricht ou Tresckow), est une entreprise menée par des colonels. Tel Philipp von Boeselager, qui aura l’incroyable chance de n’être pas pris et de survivre à la guerre (4).

Comment les rescapés et les familles ont-elles vécu les suites du complot ? Comment le 20 juillet 1944 a-t-il été reçu dans l’Allemagne de l’après-guerre ? Et aujourd’hui ? L’enquête menée par Jean-Paul Picaper, ancien correspondant du Figaro à Bonn, s’avère à cet égard passionnante. Non seulement l’auteur a interviewé les derniers témoins, mais il expose le long chemin parcouru pour que Stauffenberg et ses amis soient reconnus (5).

Joachim Fest, un historien allemand, montre la diversité des courants de ce qu’on a appelé après coup la « résistance allemande » : militaires, conservateurs, monarchistes, chrétiens-sociaux, libéraux, socialistes (6). Il souligne néanmoins que la seule entreprise sérieuse a été celle du 20 juillet 1944.

Et s’ils avaient réussi ? L’Europe de l’Est n’aurait pas échappé aux Soviétiques, mais la guerre aurait été écourtée, et des millions de victimes - soldats des deux camps, civils et déportés - auraient eu la vie sauve.

Songe-t-on au courage de ces hommes ? Il leur fallait affronter le danger qui menace tout rebelle au sein d’un État totalitaire, mais encore passer pour des traîtres, eux dont la vocation était de défendre leur pays. Avant de mourir, Peter von Wartenburg, un des conjurés, écrira ces lignes : « Peut-être viendra un temps qui nous jugera non pas comme des canailles, mais comme des prophètes et des patriotes. »
Jean Sévillia

(1) La Chance du diable, le récit de l’opération Walkyrie, de Ian Kershaw, Flammarion.

(2) Stauffenberg, de Jean-Louis Thiériot, Perrin.
(3) De la croix de fer à la potence, un officier allemand résistant à Hitler, d’August von Kageneck, Perrin, «Tempus».
(4) Nous voulions tuer Hitler, de Philipp Freiherr von Boeselager, Perrin, « Tempus ».
(5) Opération Walkyrie, de Jean-Paul Picaper, L’Archipel.
(6) La Résistance allemande à Hitler, de Joachim Fest, Perrin.
http://www.jeansevillia.com

lundi 14 septembre 2009

Le quart d'heure antisémite du PCF

Cocos collabos !
On savait que, en 1940, peu après l'entrée des troupes allemandes à Paris, la direction clandestine du Parti communiste avait négocié (en vain) avec les Allemands pour obtenir le droit de faire reparaître l'Humanité. On ignorait en revanche qu'elle était allée jusqu'à dénoncer « le juif Mandel » !
Il y a soixante ans à l'Assemblée nationale, le député MRP Pierre de Chevigné, compagnon de la Libération, avait créé un incident de séance. En possession d'un procès verbal d'interrogatoire de sa collègue Denise Ginollin, député communiste de la Seine, après que celle-ci, alors simple militante communiste, avait été arrêtée par la police française le 20 juin 1940 près de la station de métro Saint-Martin (1), il avait entrepris de dénoncer les contacts pris par la direction clandestine du Parti communiste français avec l'occupant dans les jours suivant l'entrée des troupes allemandes dans Paris, le 14 juin 1940, afin d'obtenir le droit de faire paraître L'Humanité.
Le tollé avait été à la hauteur de l'accusation. « Tout cela est une affaire de police et de flics », avait lancé Jacques Duclos. « C'est absolument faux », s'indignait un autre. « On a mis deux ans pour fabriquer un faux ! », s'étranglait un troisième élu de ce qui était devenu, de façon très abusive, le « parti des 75 000 fusillés », tandis qu'un quatrième parlait d'une « insulte à nos morts » et que Madeleine Braun, vice-présidente communiste de l'Assemblée nationale et médaillée de la Résistance, osait : « C'est un roman d'Agatha Christie que vous nous racontez là. »
Depuis, les faits ont été établis et il ne restait plus, dans les années 1970, que quelques irréductibles staliniens, comme la veuve Thorez, pour prétendre que, si de tels pourparlers avaient pu avoir lieu, ils étaient le fait de « quelques camarades » ayant pris une malheureuse initiative sans en référer à la direction du Parti qui les en aurait empêchés, et que, « après l'invasion [...], [le Parti] s'engagea sans réserve dans la résistance à l'occupant ». Ce qu'on ignorait en revanche, et que révèle l'ouvrage Juin 1940, La Négociation secrète, de Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, c'est jusqu'à quel degré d'ignominie une partie de l'appareil communiste était allée, en parfaite connivence avec Moscou.
Le PCF totalement aligné sur Moscou
Les deux historiens, collaborateur (pour le premier) et dirigeant (pour le second) du « Maitron », l'irremplaçable Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, ont découvert dans les archives de la Ville de Paris un document jusqu'alors totalement inconnu, saisi par la police sur Denise Ginollin lors de son arrestation, et qu'ils intitulent « La Déclaration d'intention du 20 juin ». Ce texte dactylographié constitue l'argumentaire que celle-ci doit, sous les ordres de Maurice Tréand, responsable de la commission des cadres du Parti après avoir été formé à l'École léniniste internationale de Moscou, développer devant les plus hauts responsables allemands à Paris.
Quelques rappels du contexte historique sont nécessaires. Après la signature, le 23 août 1939, du pacte germano-soviétique, l'Allemagne national-socialiste et l'Union soviétique sont alliées. Or, comme le rappellent Besse et Pelletier. « depuis le VIIe congrès de l'Internationale communiste [en 1935], aucun congrès n'a été convoqué et l'Internationale communiste n'est plus qu'un appareil appliquant les stratégies staliniennes » sur lesquelles la direction du PCF est alignée. Le Parti communiste, allié de Berlin, via Moscou ? Exactement.
Le 1er septembre 1939, jour de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, la mobilisation générale est décrétée en France et en Angleterre, qui déclarent la guerre à l'Allemagne deux jours plus tard. Le 24 août, la presse communiste a déjà été interdite. Le 26 septembre, le Parti communiste est dissous par décret du gouvernement Daladier, ainsi que toutes les organisations qui lui sont affiliées. Les dirigeants qui n'ont pas pris la fuite sont arrêtés, les locaux perquisitionnés. Le 10 avril 1940, un décret du gouvernement Reynaud assimilera toute activité communiste à un acte de trahison, passible de la peine de mort.
Ce 20 juin 1940 donc, cela fait trois jours que le maréchal Pétain a demandé l'armistice ; deux que le général De Gaulle a lancé son célèbre appel. La veille, à la radio de Londres, il a encore dénoncé « la confusion des âmes françaises ». Nous y sommes.
Le « juif Mandel » dénoncé à trois reprises
Pour le Parti communiste, la guerre que la France vient de perdre était une « guerre impérialiste ». La « classe ouvrière » en a été la victime. S'il n'avait tenu qu'à lui, jamais la France n'aurait déclaré la guerre à l'Allemagne. Alliés, les communistes et les nazis, dans Paris occupée ? Plus que jamais !
Sténographiée par Denise Ginollin, la « déclaration d'intention du 20 juin » reproduit, en une dizaine de points, tous les messages que Maurice Tréand et Jacques Duclos, rentré de Belgique où il avait fui en octobre 1939 - et qui obtiendra 20,5 % des voix à la présidentielle de 1969... - entendent faire passer à l'occupant. Les points deux et trois sont hallucinants : « 2°) Sommes communistes, avons appliqué ligne PC sous Dal[adier] Ray [Reynaud], juif Mandel, juif M[andel] après Dal[adier] nous a emprisonné[s]. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat[ionale]. Sommes PC français pas eu peur 3°) pas cédé face dictature Juif M[andel] et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Raynaud [Reynaud] » (2)
« Juif Mandel »... A trois reprises est dénoncé, pas comme adversaire politique mais bien comme « juif », celui qui était ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Reynaud et qui mourra assassiné par des miliciens en juillet 1944 en forêt de Fontainebleau, tragique fin d'une carrière politique brillante tout au long de laquelle, parce qu'il était né Louis Georges Rothschild, cet homme de la droite libérale fut la cible des attaques antisémites les plus viles et les plus véhémentes (3).
A quand une repentance pour les sabotages meurtriers ?
Le livre de Besse et Pennetier tout juste paru, le Parti communiste français a publié une mise au point, que Marie-George Buffet s'est empressée de faire porter au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Cette fois, pas question d'arguer d'un quelconque faux. Les deux historiens, qui sont proches de la gauche communiste, sont « reconnus pour le sérieux de leurs travaux scientifiques ». Aussi le PCF dénonce-t-il des « propos antisémites tout à fait odieux » qui s'inscriraient dans une « stratégie injustifiable » menée toutefois « sous la pression de l'Internationale ». Et d'accabler prioritairement les « cadres dirigeants de l'URSS et de l'Internationale communiste », initiateurs d'une stratégie « heureusement abandonnée à partir d'août 1940 ».
Le PCF veut se dédouaner. il s'enfonce et reconnaît explicitement - pour la première fois ! - que les dirigeants français étaient totalement, absolument aux ordres de Moscou, quitte à trahir la France et à assassiner des Français ainsi que l'indique le passage sur les saboteurs qui ont été fusillés. En mai 1940 par exemple, plusieurs aviateurs français trouvèrent la mort à bord d'avions sortis des usines Farman qui avaient explosé en plein vol pour l'unique raison que des ouvriers communistes avaient sectionné une pièce de l'appareil. A quand une « repentance » du Parti communiste ?
Dans leur « déclaration d'intention » Duclos et Tréand se vantent d'ailleurs d'avoir œuvré... pour la victoire de l'Allemagne ! « Notre défense du pacte [germano-soviétique] vous a avantagé. Pour l'Urss, nous avons bien travaillé, par conséquent pour vous. » Et de développer une ahurissante dialectique : « En interdisant L'Huma, vous montrez que vous voulez combattre les classes ouvrières [...], que vous voulez combattre l'URSS à Paris » accompagnée de ces promesses tout aussi incroyables : « Nous prenons engagement ne pas faire l'éloge d'Hitler et de l'URSS mais rien contre vous. Prenons engag(ement] de nous taire [...] Nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous »...
Un axe Paris-Berlin-Moscou sérieusement envisagé
Aux militants qui, le 18 juin, rechignaient à s'engager dans ce qu'il faut bien appeler la voie de la collaboration, en allant négocier de la sorte avec Otto Abetz, plénipotentiaire du ministère des Affaires étrangères auprès du commandement militaire en France - il sera nommé ambassadeur d'Allemagne en novembre 1940 -, Maurice Tréand aurait répondu : « Ce sont les ordres de la Maison. »
Denise Ginollin s'est bien rendue à la Kommandantur. Différents contacts avaient même été pris afin que, si une filière échoue, un autre canal de négociation soit prêt à être opérationnel. Le journaliste collaborationniste Jean Fontenoy avait été sollicité en ce sens. La reparution d'une Humanité ni pour ni contre Hitler devait être effective pour le 21 juin. Son arrestation par la police française retarda l'événement mais ne stoppa pas le processus.
Libérée sur ordres des Allemands, elle se retrouve, le 26 juin 1940, dans le bureau d'Abetz en compagnie notamment de Tréand et de Jean Catelas, membre du comité central du Parti. En sortant, ces derniers cosignent une lettre à Abetz. Les propos sont plus prudents mais ils promettent tout de même ceci : « L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre [...] L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable »... Un axe Paris-Berlin-Moscou en somme, dont l'invasion de l'Union soviétique par les troupes allemandes, le 22 juin 1941, ruinent tout espoir de concrétisation.
Après la Libération encore, le Parti communiste français faisait de l'adhésion pleine et entière au pacte germano-soviétique un élément d'appréciation majeur de bonne conduite des militants du Parti. Jusque dans les années cinquante, racontent Besse et Pennetier, « on demande aux militants : « Quelle a été votre position au moment de Munich » et « au moment du traité germano-soviétique » et on double la question « Quels sont les arguments que vous développez en face d'adversaires sur ces deux problèmes ? » »
« Certes, pourra-t-on lire dans le rapport du Xe congrès du PCF tenu à Paris en juin 1945, le travail réalisé par un camarade avant septembre 1939 ou après août 1944 doit être considéré comme très important. Toutefois, la fidélité envers la ligne politique se vérifiant plus particulièrement dans les moments dangereux, les éléments suivants sont déterminants : position d'août 1939 [... ] à juin 1940. » Ne manquait qu'un bilan politico-ethnique de l'action du « juif Mandel ».
Gabriel Giauque le Choc du Mois Janvier 2007
Juin 40, La Négociation secrète, par Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Les éditions de l'Atelier, 208 pages, 14,90 euros.
1). Son procès verbal d'interrogatoire par le commissaire Lafont est reproduit dans le tome 1 du Dictionnaire de la politique française d'Henry Coston.
2). Les passages entre crochets ont été ajoutés par Besse et Pennetier afin de rendre mieux compréhensible ce mémo où ne figurent parfois que des abréviations ou des initiales.
3). Nicolas Sarkozy lui a consacré une biographie : Georges Mandel, le moine de la politique (Grasset, 1994).

De la paix de Brest-Litovsk à la guerre civile

Le 3 mars 1918, à Brest-Litovsk, en Biélorussie, les bolcheviques russes signent la paix avec les Allemands et leurs alliés. Ils se retirent de la Grande Guerre, laissant choir la France et l'Angleterre qui s'étaient engagées aux côtés du tsar.
Les Allemands en profitent pour une offensive de la dernière chance sur le front français...

La Révolution au prix de la défaite
Dès le 8 novembre 1917, soit le lendemain de la prise de pouvoir par les bolcheviques des centres vitaux de Petrograd (Saint-Pétersbourg), Lénine a signé un décret qui propose une « paix sans annexions » à tous les belligérants. Mais ce décret d'un agitateur au pouvoir encore incertain est resté lettre morte.
Le 15 décembre, il se résout à demander l'armistice pour prendre de court ses compatriotes qui veulent continuer le combat, y compris dans son parti. Soucieux de consolider son pouvoir sur la Russie, il veut en finir avec la Grande Guerre commencée trois ans plus tôt.
Trotski, le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, dirige les négociations d'armistice. Cet intellectuel rigide pense que les Allemands ne tarderont pas à suivre les Russes dans la voie de la Révolution prolétarienne. Convaincu que les vainqueurs finiront par être balayés par la révolution, il est prêt à concéder aux Allemands tout ce qu'ils voudront.

La Finlande, l'Ukraine et d'autres provinces de l'Empire russe profitent des négociations de paix pour s'émanciper. Lénine ne peut rien faire contre les Finlandais mais il réussira plus tard à reprendre le pouvoir à Kiev, capitale de l'Ukraine, par la force.

Lénine seul contre tous
Enfin est conclue le 3 mars 1918 la désastreuse paix de Brest-Litovsk avec l'Allemagne et ses alliés (Autriche-Hongrie, Turquie et Bulgarie).
La Russie perd par ce traité léonin la Pologne, la Finlande, l'Ukraine, les pays baltes (Lithuanie, Lettonie, Estonie), plusieurs territoires cédés à la Turquie, alliée de l'Allemagne... La Russie d'Europe se trouve ramenée à ce qu'était le grand-duché de Moscovie avant l'avènement d'Ivan le Terrible au XVIe siècle !
De leur côté, les Allemands tirent parti du cessez-le-feu et de la paix à l'Est pour redéployer leurs troupes à l'Ouest et porter leurs ultimes efforts sur le front français. Ce sont quarante divisions qu'ils vont réorienter vers l'Ouest sitôt la paix signée.
Lénine, avant tout soucieux de sauver sa Révolution, fût-ce au prix de la défaite et du démembrement de l'empire russe, pèse de tout son poids en faveur du traité. Il s'ensuit de violentes tensions parmi les membres du gouvernement.
Les ministres socialistes-révolutionnaires de gauche démissionnent et rentrent dans l'opposition. Ils ne vont plus cesser de combattre la dictature de Lénine.

La guerre civile
C'est le moment où se réveillent en ordre dispersé les partisans du régime tsariste ou de la République démocratique issue de la Révolution de Février.
Dans le Kouba, le général Kornilov a constitué une « armée des volontaires » ; en Ukraine, en avril 1918, l'ethman (chef cosaque) Skoropadski prend le pouvoir avec le concours des Allemands ; dans le Caucase, en mai 1918, Géorgie, Azerbaïdjan et Arménie se proclament indépendantes. Dans le même temps, en avril 1918, les Anglais, que la défection de la Russie inquiète, débarquent à Mourmansk. Les Japonais occupent de leur côté Vladivostok. Enfin, des gouvernements rebelles se constituent à Omsk, en Sibérie, et à Samara, dans l'Oural.
En mai 1918 survient l'offensive d'une brigade de combattants tchèques. Déserteurs de l'armée austro-hongroise, ils s'étaient engagés quelques mois plus tôt aux côtés des Russes pour combattre l'Autriche-Hongrie et libérer leur pays. Après la paix de Brest-Litovsk, ils craignent d'être livrés à Vienne. D'où leur rébellion.
Profitant de la décomposition du pays, les Tchèques s'emparent du chemin de fer du Transsibérien et dominent de la sorte la Sibérie. Ils s'approchent d'Ekaterinbourg, où est détenue la famille impériale. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, les bolcheviques massacrent celle-ci dans la crainte qu'elle ne soit délivrée par les Tchèques.
Les Tchèques lancent peu après une offensive sur Kazan tandis qu'une armée tsariste aux ordres de Krasnov et Denikine, les Gardes blancs, marche vers Tsaritsyne (plus tard Stalingrad).
Partout, dans l'immense Russie, les bolcheviques semblent perdus mais ils vont se tirer de cette situation quasiment désespérée grâce à l'énergie et aux talents d'organisateur de Trotski, lequel prend le commandement de l'Armée Rouge et n'hésite pas à y intégrer d'anciens officiers tsaristes. Ils vont profiter aussi des divisions et des querelles chez leurs ennemis, tant de la gauche républicaine que de la droite tsariste.

Victoire à la Pyrrhus
Tout en combattant leurs rivaux politiques, les bolcheviques pressurent les ouvriers. Ils imposent le travail forcé le dimanche. Ils répriment les grèves avec la dernière énergie. Lénine lui-même prône des «exécutions massives» pour briser une grève de cheminots. Les paysans ne sont pas épargnés. Victimes des réquisitions de céréales, beaucoup meurent de famine.
Les exécutions sommaires, les massacres, les réquisitions, les prises d'otages... ne sont pas l'apanage des «Rouges». Les «Blancs» les pratiquent aussi volontiers, avec le désavantage sur les bolcheviques de susciter la haine des masses paysannes, qui se vengent de plusieurs siècles d'oppression. Les bolcheviques ne se font pas faute d'exciter cette haine.
En deux années, la guerre civile va faire environ 5 millions de victimes parmi les combattants, non compris autant de civils victimes des famines et des exécutions sommaires. C'est bien plus que la Première Guerre mondiale. Cette guerre civile va se conclure par la mainmise des bolcheviques et de Lénine sur un pays ruiné.
En 1921, confronté à un début de famine et à une désorganisation complète des rouages de l'État, Lénine lâche du lest, annonce une nouvelle politique économique et fait appel à l'aide américaine !
André Larané.
http://www.herodote.net

samedi 12 septembre 2009

La loi salique : une mystification

Si la parité peine à progresser, c'est parce que la France a toujours refusé le pouvoir aux femmes ? En raison d'une loi du Ve siècle, léguée par les Francs saliens, qui a écarté la gent féminine de la succession au trône ? Élire une femme à la présidence de la République mettrait donc fin à 1500 ans d'ostracisme ? Faux, faux et faux ! Des vérités sont à rétablir d'urgence.
Une femme au pouvoir, ce serait nouveau, prometteur ou renversant. Et ce serait justice après des siècles d'obscurantisme et de patriarcat misogyne... Et bien non, car invoquer la loi salique pour expliquer la faible représentation féminine dans le corps politique aujourd'hui revient à accréditer un mensonge colossal. Et à effacer d'un trait reines et régentes qui exercèrent réellement le pouvoir sur nos terres, sans craindre la comparaison avec leurs homologues masculins.
Las ! la légende de la loi salique, une création du XVe siècle, soit mille ans après les premiers Francs saliens, a prospéré. Elle alimente encore aujourd'hui l'analyse politique et le discours sur la parité : « Cette situation s'explique [...] par des raisons historiques : la loi salique a écarté les femmes de la succession au trône de France » (Corinne Deloy, Les Femmes en politique, Fondation pour l'innovation politique) ; « Mon hypothèse est que fonctionne encore la loi salique, cette loi française, d'abord française, qui interdit la transmission de la couronne à une femme » (Geneviève Fraisse, colloque La Démocratie « à la française » ou les femmes indésirables).

Un texte conçu à des fins purement militaires
Au moyen d'une scrupuleuse enquête, Eliane Viennot, professeur à l'université de Saint-Etienne et présidente de la Société internationale pour l'étude des femmes de l'Ancien Régime, vient heureusement claquer le museau aux lieux communs. Son ouvrage, La France, les Femmes et le Pouvoir- L'invention de la loi salique (Ve - XVIe siècle), paru en octobre chez Perrin, met pour la première fois en perspective, sur le long terme, l'existence d'un partage du pouvoir entre hommes et femmes.
Car, soulève-t-elle d'entrée, « dans un contexte où la doxa présentait la rupture révolutionnaire comme un "grand commencement" (certes difficile) pour les femmes, c'est bien plutôt les preuves de leurs pouvoirs au cours de la période précédente et l'ambiguïté (pour le moins) de la Révolution qui paraissent devoir être mises en lumière. [...] Non seulement nos ancêtres durant près de dix siècles n'ont pas connu de règle écartant les femmes du pouvoir, non seulement ils n'ont jamais vu d'inconvénient majeur à mettre l'une d'elles à leur tête, mais ils l'ont fait longtemps après l'invention de la "loi salique" [...]. A l'aune de cette histoire fort longue, les trois derniers siècles apparaissent comme une anomalie. »
Suivons l'historienne dans son procès en réhabilitation. La « loi salique » a bel et bien existé. Elle fait partie de l'un des « codes barbares », dont les peuples germaniques (férus de droit, inventeurs des assemblées égalitaires d'hommes libres et bâtisseurs de royaumes) se dotèrent de concert à la fin du Ve siècle, c'est-à-dire peu après leur installation en Europe de l'Ouest sur les ruines de l'Empire romain.
Burgondes, Bavarois, Wisigoths, Lombards, Francs ripuaires, Alamans et les fameux Francs saliens (sis entre Meuse et Escaut) couchèrent donc sur parchemin des ensembles de procédures pénales et civiles. Autrement dit, des textes relevant du droit privé, qui n'ont jamais rien eu à faire, et la nuance est importante, avec une constitution politique.
L'article de loi qui servit plus tard à bâtir la fable de l'exclusion des femmes du trône de France traite des « alleux », terme qui désigne les biens propres. Voici ce qu'il indique : « concernant la terre salique, qu'aucune portion de l'héritage n'aille aux femmes, mais que toute la terre aille au sexe masculin. »

Chez les Francs, la femme valait deux hommes !
Non seulement il n'est pas question ici d'une quelconque transmission du pouvoir, mais l'adjectif « salique » ne désigne qu'une portion de l'héritage, celui de la terre ancestrale. Or, au Ve siècle, les premières terres « ancestrales » des Francs saliens à l'ouest du Rhin étaient des tenures militaires, concédées par le fisc impérial aux soldats frontaliers pour leur service armé, et donc, C.Q.F.D., réservées aux hommes. Conclusion sur le premier épisode de l'affaire, selon la formule d'Eliane Viennot : la « masculinité » invoquée dans l'article « n'est pas germanique mais militaire ».
A l'occasion, l'historienne trouve bon de rappeler que les Francs eurent « sûrement une société plus égalitaire que celles qui suivirent », avec des coutumes qui favorisaient largement les femmes. « Non seulement, rappelle Jean-Pierre Poly (Le Chemin des amours barbares, Perrin), le sexe féminin n'est pas exclu de la succession descendante, mais lorsque les biens remontent, il est privilégié : la succession échoit à la femme la plus proche, la mère suivie de ses enfants, frères et sœurs du défunt, puis la tante maternelle, fille de la grand-mère... »
Pour autre exemple, le « prix de la vie » (« le wergeld ») d'une femme, tel qu'il était alors réglementé, était toujours le double de celui d'un homme. Pour illustration encore, ces figures de reines des premières dynasties, qui furent épouses influentes - le rôle de Clotilde dans la conversion de Clovis au christianisme est attesté -, mères souveraines dans la minorité de leurs enfants - fracassantes Brunehilde et Frédégonde mais conformes à leur époque sans tendresse -, ou veuves héritières du royaume, comme Nanthilde, Bathilde, Bertrade, première reine carolingienne, ou Judith de Bavière, qui exercèrent seules le pouvoir suprême.
Quelques siècles plus tard, l'âge des seigneurs et des dames ouvre la merveilleuse époque des lignages, quand se développent la mystique du sang et de l'héritage familial, portés par les femmes, et celle de l'amour courtois. Georges Duby s'était attaché à mettre en lumière la puissance féminine d'alors, qu'on pense simplement à Héloïse, Aliénor d'Aquitaine ou Marie de France, dans les trois tomes de ses Dames du XIIe siècle : « Au terme de l'enquête, écrivait-il, [elles] m'apparaissent plus fortes que je n'imaginais, si fortes que les hommes s'efforçaient de les affaiblir par les angoisses du péché. »

Un faux en écriture pour conforter les Valois
En effet, peut-être par un renversement de tendance, tout n'ira plus aussi bien pour les dames par la suite. La thèse que développe Eliane Viennot porte sur le rôle de la clergie, à partir du XIIIe siècle, comme véritable ennemie des femmes. La clergie, à ne pas confondre avec l'Église, désigne les savants, les clercs des universités, cohortes masculines en constante recherche d'ascension sociale et d'influence. Cette internationale d'intellectuels, abreuvée à des pères de l'Église violemment misogynes, imbue de son savoir, se met peu à peu au service des Etats - en clair, elle envahit les « administrations centrales » pour y imposer sa loi.
La collusion entre le discours qu'elle diffuse pour saper l'ordre féodal et l'image de la femme à son seul profit - par tous les moyens de communication alors disponibles : disputatio publiques, pamphlets, romans... - et le pouvoir acquis par les ordres mendiants, bras armé de l'Inquisition, conduira aux bûchers des sorcières.
Puis sa stratégie d'écrasement s'étendra à tous les rivaux gênants : « bonnes femmes » pratiquant la médecine et l'obstétrique, religieuses et monastères féminins trop indépendants, Juifs, Templiers qui étaient aussi les banquiers de la Couronne, sans oublier de réécrire l'histoire en occultant les reines de France ou en les traînant dans la boue - amnésie ou opprobres qui perdureront dans l'enseignement de la République...
Cette prise de pouvoir de la clergie n'est pas spécifique à la France, mais à partir du moment où le royaume capétien fait ouvrir au XIIe siècle l'Université de Paris, notre pays devient pour plusieurs centaines d'années le centre de gravité de ce nouvel ordre technocratique,
C'est dans ce contexte qu'un membre de la clergie, Jean de Montreuil, produit, en 1408 ou 1409, le faux en écriture : la loi salique nouvelle version, Elle lui permet de conforter la légitimité des Valois - contestée depuis qu'ils se sont emparé du trône au détriment de Jeanne de France, fillette de 5 ans et unique héritière en droite ligne de la Couronne. Et d'écarter juridiquement les femmes du pouvoir. En changeant simplement, dans le texte original, le mot « terre », par le mot « royaume » pour signifier que la disposition avait bien un sens politique. Puis, pour finir, d'imposer aux souverains une loi qui leur préexiste, sur laquelle ils n'ont donc pas prise.
A partir de cette date lien n'arrêtera plus la légende en marche, même si son officialisation prendra encore du temps. Car la grande noblesse conservera, à la fois un mépris indicible pour la clergie et son estime pour ses femmes et ses reines. Comment aurait pu être acceptée, sans cela, la présence au pouvoir des Blanche de Castille, Anne de France, Louise de Savoie ou Catherine de Médicis ?
L'ironie de l'histoire est que l'on doit à la Révolution française d'avoir, pour la première fois, avec sa première Constitution, paraphé la « loi salique » du XVe siècle. Un enregistrement que les monarques successifs avaient pris garde d'éviter. Et d'avoir écarté les femmes de la vie publique pour cent cinquante ans, en en faisant civilement des citoyennes mais en oubliant leurs droits politiques.
Eléonore Pasquet Le Choc du Mois Janvier 2007

En Espagne, l'Église sauvé des milliers de républicains

Alors qu'en France, le monde médiatique et universitaire s'émeut de l'affaire Gouguenheim (1) du nom de cet excellent historien qui remet en cause la thèse de l'influence de l'Islam dans la transmission de la culture grecque aux temps médiévaux, l'Espagne, elle, semble plus prompte à revisiter les dogmes intellectuels et politiquement corrects de l'histoire. Et même de son histoire la plus brûlante.

Dans deux ouvrages parus récemment (2), le prêtre et historien Vicente Carcel Orti a remis en cause l'idée d'une Église soutenant à tout prix le régime franquiste.
Docteur en histoire religieuse et en droit canon, l'auteur a rendu public les premiers résultats de l'exploitation des archives secrètes du Vatican, couvrant la période du pontificat de Pie XI. Il a fallu attendre la fin de l'année 2006 pour que ces dernières puissent être exploitées. Le résultat en est saisissant : « Le pape Pie XI et les évêques espagnols sauvèrent des milliers de vies de républicains » avance sans ambages le Père Carcel. Ainsi, Monseigneur Olaechea, archevêque de Pampelune pendant la guerre civile, intervint auprès de Franco en faveur de plus de 2000 condamnés à mort du fort San Cristobal (Navarre). Gens simples, travailleurs, pères de famille destinés à la peine capitale pour des raisons politiques... Le Père Carcel a étudié chacun de ces cas concrets, en relevant ceux qui ont pu échapper au châtiment, grâce à l'action de Mgr Olaechea.

Le mythe de l'Église franquiste
Le Saint Siège, naturellement, suivait la chose de très près. L'action de cet archevêque, poursuit l'historien, fut loin d'être isolée et entra dans le cadre général du besoin de réconciliation et de paix que l'on retrouvera aussi après la guerre civile, malgré la difficulté que constituaient de tels objectifs. Quoi qu'il en soit, ces recherches font voler en éclat la thèse, longtemps défendue par la gauche, d'une Église soumise et aliénée au pouvoir franquiste : « Cette accusation est complètement fausse. Le Saint Siège mit deux ans à reconnaître le régime de Franco [...] et maintint des relations diplomatiques avec la République jusqu'en 1938. Ainsi, l'accusation d'une Église alliée à Franco dès le début de la guerre est historiquement fausse ».
Déjà, à la lin de l'année 2007, le quotidien El Munda avait invité l'historien à s'exprimer dans ses colonnes sur un sujet particulièrement sensible. Dans cet entretien, le Père Carcel expliqua que ce ne fut qu'après l'assassinat de 6000 prêtres que l'Église espagnole demanda à ses ouailles de choisir le camp des franquistes, tandis que le Saint Siège préserva malgré tout des relations diplomatiques « formelles » avec le pouvoir légal républicain. Finalement, le Vatican ne reconnut le pouvoir franquiste qu'une fois l'issue de la guerre civile certaine, et après plusieurs autres États, notamment la France et la Grande-Bretagne.
De la lecture des archives vaticanes, il ressort en effet que nul ne pouvait véritablement dire quelle allait être la durée du succès franquiste, d'où la réserve de Pie XI. Sans compter sur la politique que mena ce dernier en faveur d'un règlement pacifique du conflit, ou des doutes qu'il exprima au moment du soutien militaire d'Hitler et de Mussolini aux forces du Caudillo.
A l'appel pour la paix du 25 décembre 1938, Franco répondit sèchement que la guerre était la guerre et que seul était envisageable la victoire de l'un des belligérants... Le pape, tout comme les évêques espagnols, traita aussi des cas particuliers en intervenant directement pour tenter de sauver des politiques, comme ce fut le cas pour un indépendantiste catalan, catholique et père de cinq enfants, finalement exécuté du fait de l'arrivée tardive de la requête pontificale...
Pie XI, cela va sans dire, n'en restait pas moins horrifié par les persécutions religieuses du camp républicain. Mais les nuances sont bien là. Placer l'Église à la botte du franquisme apparaît donc comme un raccourci idéologique. Un François Furet n'aurait pas hésité à le replacer dans le sillon de "l'antifascisme", qui ne s'embarrassait guère de vérités historiques.
Christophe Mahieu - monde&vie 28 juin 2008
1). Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, Le Seuil.
2). Caidos, victimas y martires, édité par Espasa-Calpe et Pio XI, entre la Républica y Franco, paru chez BAC disponible sur http://www.baceditorial.com.

mercredi 9 septembre 2009

La religion des Gaulois

La religion celte et donc gauloise était fondée sur un grand respect des forces naturelles. Les Gaulois portaient un culte tout particulier aux éléments de la nature, sommets, astres, sources, fleuves, eaux dormantes à l'image des anciens cultes naturistes pratiqués par les populations préhistoriques, cependant sans que cela ne montre aucune trace d'idolâtrie ni (1) d'anthropomorphisme.
Il y a dans la philosophie sous-jacente à leur religion, la conscience que l'univers est un passage continu d'une forme de vie à une autre (2). Pour cette raison, leurs divinités peuvent prendre plusieurs formes. Dans la société gauloise, la religion a un rôle classificatoire, elle donne une cohésion à des groupes humains répartis selon une stricte hiérarchie.
Elle fait partie intégrante de l'existence quotidienne et touche à tous les domaines. Il n'y a pas à proprement parler de distinction entre le profane et le sacré. La religion est indissociable de la vie. Elle était enseignée et maintenue par les druides et était le plus grand, sinon, le seul facteur d'unité chez les peuples gaulois.
C'était un système de croyances très élaboré. Citons entre autres, la croyance en la fin du monde, en la vie éternelle et en la réincarnation des âmes ( une croyance qui expliquait, selon César, le courage des Gaulois au combat.)
L'univers est quant à lui conçu comme une sorte de construction pyramidale divisée en trois parties, abysses infernales, terre et ciel, ce dernier apparaissant comme une voûte fragile et inquiétante sur laquelle s'appuie l'univers.
Des lieux géographiques précis, appelés sidh sont établis sur le territoire de la tribu, en périphérie à l'ouest du territoire et en relation avec l'eau.
L'Ouest est en rapport avec le soir, le coucher du soleil, avec l'automne, la fin de la vie. Le sidh permet de faire communiquer le monde des vivants et celui des morts.
Les Gaulois qui donc croyaient en la survie de l'âme, croyaient aussi à la nécessité d'accomplir certains rites pour le repos du défunt et la purification des vivants. D'autre part, on redoutait la vengeance des défunts si on négligeait les rites funéraires. Deux modes de sépultures ont été pratiqués, l'incinération domine du premier siècle au troisième siècle, ensuite l'inhumation s'impose.

Le culte

Le culte se pratiquait dans un sanctuaire entourant d'une enceinte (le néméton) soigneusement close, un ou des bosquets par lequel on pénétrait par un monumental propylée (3), un fossé les cernaient (certains des fossés retrouvés contenaient des ossements humains). Seules quelques dizaines de participants assistaient au culte.
Au centre de ce sanctuaire se trouvait un autel sous la forme d'une grande fosse creusée dans le sol, pour le protéger des intempéries, il était couvert par un dais supporté par des poteaux.
Dans ces lieux, se déroulaient deux rites principaux :

1) Le sacrifice de boeufs, de moutons et de porcs, appelé « de commensalité », on supposait que ceux qui offraient ces sacrifices partageaient ensuite le repas avec les dieux aux quels ils l'ont offert.
Dans l'autre sacrifice qui était plus exceptionnel les bovidés, vaches, boeufs et taureaux étaient offerts dans leur totalité aux dieux ; égorgés, abattus d'un coup de hache ou de merlin (suivant les fêtes ou le but du sacrifice), ceux-ci étaient déposés entiers dans la fosse de l'autel où ils se pétrifiaient pendant des mois, comme pour alimenter le dieu qui vivait dessous.
Le sol du sanctuaire de Gourmay a été creusé de plusieurs fosses dont la plus grande, surmontée d'un toit, recevait les carcasses de boeufs sacrifiés, des restes humains et des milliers d'armes «tuées», c'est à dire rituellement déformées.

2) L'autre rite est de nature votive, c'est l'offrande d'armes qui sont arrivées dans leur grande majorité sous la forme de panoplies prestigieuses (épée dans son fourreau, chaîne de ceinture, lance, bouclier). Les armes parfois avaient déjà servi (dépouilles prises à l'ennemi). On les fixait, à l'aide de clous et de liens de cuir, en hauteur sur les parois du sanctuaire et y restaient pendant des années, jusqu'à ce que les liens se rompent et qu'elles tombent sur le sol.
Cette chute annonçait la fin de l'acte d'offrande qui était alors désacralisé. Alors on la brisait et jetait dans le fossé bordant le mur d'enceinte du sanctuaire. Quelques fois dans les sanctuaires, étaient déposées les victimes de batailles qui avaient lieux à proximité de celui-ci. (4)

Le personnel religieux

Le personnel religieux gaulois n'est pas composé des seuls druides : les bardes, chargés de perpétuer la tradition orale, occupant une place tout aussi importante. Ces gardiens de la mémoire gauloise, considérés comme de véritables chantres sacrés, louent les exploits des hommes et des dieux, accompagnés d'un instrument proche de la lyre. Egalement oubliés, les «vates» sont les maîtres du sacrifice et de la divination, au cœur du culte gaulois.

Fêtes religieuses

Quatre grandes fêtes celtiques introduisent les saisons : l'Imbolc le 1er février, le Belteine le 1er mai, le Lugnasad le 1er août, le Samain le 1er novembre.

Le banquet

Le banquet est l'un des lieux les plus importants dans la vie religieuse et sociale des Gaulois. Celui-ci était donné dans un sanctuaire, entouré de hauts murs, situé au milieu de l'oppidum. Dans ce sanctuaire se trouvait une grande cour entourée de portiques, où sont construits des bâtiments dont le nombre variait suivant les sites.
Les sanctuaires pouvaient varier suivant les différents peuples gaulois.

Le gui

Les Gaulois vénéraient le gui pour ses grandes vertus curatives. Mais surtout le gui provient du chêne, arbre sacré, choisi par la divinité. Dans l'art celtique, la feuille de gui qui est omniprésente, est une des formes que prend Lug « le Lumineux » : divinité solaire. Le gui se comporte vis à vis de l'arbre, comme l'âme immortelle vis à vis du corps humain.
On sait d'après les témoignages anciens que les Celtes croyaient à une forme d'immortalité de l'âme. Derrière tout cela, il existe une tradition millénaire qui repose sur le culte des astres et le retour cyclique de la vie. Le soleil renaît chaque jour et, dans sa course annuelle, il parcourt un cycle complet. Il y a, dans le couple du gui et du chêne, le signe d'une alliance qui reflète cette éternité de la vie.

Les divinités gauloises

Parmi les divinités gauloises principales, l'une des plus honorées a été Lug qui a laissé son nom à la ville de Lyon (Lugdunum). Dans la légende, il est le bon ouvrier, capable d'exécuter n'importe quel ouvrage. C'est qu'il est à la fois charpentier, forgeron et poète. Protecteur du commerce, il est l'inventeur des arts et des techniques. C'était l'une des divinités les plus populaires du monde celtique, au point que l'on choisit le jour de sa fête le 1er août, pour instaurer le culte de l'empereur en son lieu et place, suivant le procédé de romanisation familière aux vainqueurs.
Cernunos, autre célèbre divinité est le dieu cornu au cou orné d'un torque. La plupart du temps, il est entouré d'animaux sauvages dont presque toujours un serpent.
Cernunos est à la fois maître de la nature et dieu du monde en dessous. Il est l'époux de la déesse de la fécondité, il est aussi un génie primordial et un maître de la magie.
Toutatès quant à lui, est le dieu suprême, le maître du cosmos : il protège le chef et le roi ainsi que le père de famille et les petits-enfants.

L'historien J. Vendryes écrivit : « À mesure qu'on avance dans l'étude de la religion Celtes, on a l'impression de poursuivre un objet qui recule sans cesse et se dérobe à toute prise. » La religion des Celtes
La responsabilité en incombe d'ailleurs aux gaulois eux-mêmes car ils ne nous ont laissé aucun écrit. Leur religion comme leur philosophie, leurs traditions et leurs poèmes.... etc., n'ont été transmises que par voie orale.

Notes :
(1) - Les Grecs reconnurent chez les Celtes, que par ailleurs ils méprisaient, une haute philosophie pythagoricienne.
(2) - On a quelques fois parlé de métempsycose à leur sujet. Ca signifie tout simplement que, pour les Celtes, la mort n'est que le début d'une autre vie.
(3) - Le propylée est un vestibule à colonnes d'un temple ou d'un palais gréco-romain.
(4) - Il y a un fait particulier et incroyable chez les Celtes d'en haut (du nord) concernant les enceintes consacrées aux dieux. Dans les sanctuaires et dans les enceintes sacrés, érigés dans ces régions, on a jeté beaucoup d'or en offrande aux dieux, et aucun habitant ne s'en empare par crainte des dieux, bien que les Celtes aiment l'argent à outrance. (Poseidonios d'Apamée, résumé par Diodore de Sicile.
Pat

Sources :
Renée Grimaud, Nos ancêtres les Gaulois
Maurice Meuleau, Les Celtes en Europe
Barry Cunliff, Les Celtes
Régine Pernoud, Les Gaulois
L'Archéologue, février-mars 2008
Religions et Histoire, septembre-octobre 2006
Jean Markale, Druides et chamanes
Jean-Louis Brunaux, Nos ancêtres les Gaulois

mardi 8 septembre 2009

L’Epuration

Si la « Libération » de la France fut, du point de vue de celui que René Béhaine appelait « le général d’Andouille », un coup d’état réussi, il ne faut pas non plus oublier qu’elle fut aussi pour les Bolchéviks une tentative de revanche de leur défaite de la guerre d’Espagne ; grâces à Dieu, deux grandes nations évitèrent de peu - mais à quel prix ! -, à quelques années d’intervalle, d’être transformées en goulags.

Voici ce que l’on peut lire dans une circulaire adressée le 15 octobre 1943 sous le timbre « Insurrection » par le « Secrétariat général des Mouvements unis de Résistance », directement rattaché au Secrétariat à l’Intérieur, alors occupé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie, qui fut après la guerre député para-communiste d’Ille-et-Vilaine. « Le jour J sera la crise décisive qui doit amener, non seulement la libération du territoire, mais encore et surtout la disparition et le châtiment de Vichy et de ses complices. L’insurrection a pour but... de garantir l’élimination en quelques heures de tous les fonctionnaires d’autorité, la répression révolutionnaire en quelques heures de la trahison, conforme aux aspirations des militants de la Résistance... » Il est dommage de ne pouvoir citer plus longuement ce texte révolutionnaire, digne d’un Danton ou d’un Lénine ; il portait en exergue cette phrase du général De Gaulle : « La libération nationale est inséparable de l’insurrection nationale ».
L'Epuration fut préparée de longue main, d’abord à Londres, puis à Alger où furent promulguées les ordonnances des 27 juin et 26 août 1944. La première créait les commissions d’épuration ; la seconde institua rétroactivement un crime contraventionnel inédit, l’indignité nationale, et une sanction nouvelle : la dégradation nationale. L’une et l’autre sont explicitement basées sur le concept de « justice politique » [entendez, au choix, vengeance politique ou justice révolutionnaire] « où le législateur retrouve son entière liberté et plus particulièrement celle de tirer à tout moment les conséquences de droit que comporte un état de fait ».

Une nouvelle série d’ordonnances suspendit tous les journaux qui avaient continué à paraître 15 jours après le 25 juin 1940 en zone Nord, 15 jours après le 11 novembre 1942 en zone Sud ; leurs titres mêmes sont interdits. En réalité les entreprises de presse faisant partie de la « presse pourrie » furent occupées manu militari par des groupes de résistants au fur et à mesure de la libération du territoire. A Paris, le Président de la Fédération de la Presse clandestine, Francisque Gay réclamait, avec Albert Bayet, « la protection des droits acquis les armes à la main ». Ainsi réussit, selon Francisque Gay lui-même (Assemblée Nationale, séance du 7 mars 1945) « la plus grande entreprise [de spoliation] de l’histoire de la presse mondiale. Les régimes totalitaires, eux-mêmes, ont reculé devant l’immensité de l’effort, et nous, nous avons réussi cette œuvre ».
L’Epuration fut, pour la France, sur le plan humain, un désastre. M. Pierre-Henri Teitgen, devenu Ministre de la justice, dressant, à la tribune de l’Assemblé nationale, le 6 août 1946, le bilan des quelque cent mille condamnations prononcées jusqu'à cette date par les Cours de justice et les chambres civiques répondait à ceux qui souriaient en constatant que « c’était bien peu » : « Vous jugez sans doute que, par rapport à Robespierre, Danton et d’autres, le Garde des Sceaux qui est devant vous est un enfant. Eh bien ! ce sont eux, Messieurs, qui sont des enfants si l’on en juge par les chiffres ».
Les Comités départementaux de libération ont fait procéder, au cours des années 1944 et 1945 à « un million d’arrestations et de détentions arbitraires, soit le dixième de la population active » (Le Figaro, 6 avril 1946) - arrestations et détentions le plus souvent accompagnées de crimes et de délits contre les personnes et contre les biens.
Plus de cent mille Français ont été assassinés et beaucoup d’entre eux ont été horriblement torturés. Dès l’automne de 1944, les Services des Affaires civiles des armées anglaise et américaine fixaient à quatre-vingt-dix mille le nombre des victimes, dont cinquante mille dans la moitié sud du pays. En février 1945, le socialiste Jean Tixier, alors ministre de l’Intérieur dans le gouvernement De Gaulle, déclarait au colonel Dewavrin, dit « Colonel Passy », alors chef de la police politique du régime, que, d’après les rapports des préfets, il avait été commis, de juin 1944 à février 1945, cent-cinq mille exécutions sommaires ; ce chiffre, donné par le Ministre de l’Intérieur au chef de la Police politique n’a jamais été contesté (1). Le pire est que les criminels ont bénéficié d’une sorte d’auto-amnistie ; en effet, la loi Minjoz du 5 janvier 1951 absout les crimes commis jusqu’au 1er janvier 1946 « dans l’intention de servir la cause de la libération définitive du territoire » , « de quoi il faut conclure, écrivait Jean Pleyber, en 1957, qu’il y a eu deux libérations : une provisoire lorsque la Wehrmacht a quitté la France, et une définitive qui a consisté dans la chasse aux traîtres et aux collaborateurs et qui a légitimement duré jusqu’au 1er janvier 1946 ».

L’épuration administrative est un aspect de l’épuration généralement mal connu, mais qui a fait un grand nombre de victimes et qui a apporté, dans des années particulièrement dures, la gène, la souffrance et la misère dans un très grand nombre de foyers. Elle fut réalisée par des commissions d’épuration composées, comme les Cours de justice, de fonctionnaires sectaires et, la plupart du temps, dominées par les communistes. Le nombre de personnes frappées est très difficile à établir. Une étude publiée en 1951 dans le numéro spécial de la revue Défense de l’Occident consacré à l’Epuration indique que « si l’on fait entrer dans le calcul les personnes qui ont été frappées au titre de l’Epuration professionnelle, qui ont perdu leur situation, soit sous la pression des syndicats, soit par diverses causes tenant à l’application de la législation de l’épuration, le chiffre des Français ayant perdu leur situation ou leur gagne-pain par la suite de l’Epuration, a dépassé largement 1 million ».
Brutale ou larvée, l’épuration sévit aussi dans l’armée où elle frappa un nombre immense d’officiers. Sur les 30.000 officiers que comptait l’armée française avant la guerre, les 2/3 furent épurés ou dégagés des cadres, alors qu’au même moment l’armée recevait 10.000 officiers en provenance des F.F.I. Notons que cet appauvrissement tragique, en quantité et plus encore en qualité, a eu lieu en pleine guerre d’Indochine, au moment où, selon l’affirmation de M. Vincent Auriol, nous perdions chaque année l’effectif d’une promotion de Saint-Cyr.

(1) Il a été, par contre, longuement discuté par les historiens, notamment par Robert Aron dans sa volumineuse Histoire de l’Epuration, et par Henri Amouroux dans le 9e volume de son Histoire des Français sous et après l’occupation.

http://xaviersoleil.free.fr

lundi 7 septembre 2009

Du bon usage du carbone 14

Les résultats des analyses des fragments du Saint Suaire par le Carbone 14 fournissent la preuve des limites de ce procédé. Mon but n’est pas d’étudier ici l’authenticité de ce linceul car Daniel Raffard de Brienne a magistralement traité de la question(1), et d’une manière qui semble définitive, mais de tenter de voir si le C 14 peut ou ne peut pas être efficacement utilisé comme un moyen de datation historique.
Dans le domaine que je crois connaître un peu et qui est celui de l’Afrique, le C 14 permet, faute de mieux, des approches chronologiques bien utiles car nous sommes en ce domaine confrontés à l’absence de sources datables. En d’autres termes, les analyses au C 14 permettent, au mieux, de graduer des phénomènes dans l’échelle chronologique. Mais elles n’autorisent rien d’autre car leur utilisation peut vite devenir idéologique, comme dans le cas du Saint Suaire où elles ont été immédiatement utilisées par le courant anticatholique pour tenter de nourrir son matérialisme.
C’est ainsi qu’une des grandes questions de l’histoire africaine est celle du peuplement et de la colonisation de l’Afrique centrale, orientale et australe par les Noirs. Nous savons que cette colonisation s’est faite du nord vers le sud, mais, sans le C 14, il serait impossible de dire quand elle s’est produite. L’inconvénient est que les Africains, voulant faire reculer le plus possible ces périodes, ont tendance à utiliser toutes les datations qui vont dans le sens de leur thèse, et cela, sans tenir compte des anomalies ou des incohérences que tout utilisateur sérieux, compétent et honnête du C 14 intègre dans son interprétation. De même, une autre grande question que se posent les Africanistes est de savoir pourquoi l’Afrique noire fut toujours un continent récepteur et non concepteur. Prenons un seul exemple : pourquoi ce continent n’a-t-il connu la métallurgie du fer que plus de deux mille ans après son "invention" au Proche-Orient ? Le C 14 ne permet certes pas de répondre à cette question mais il indique les périodes d’apparition ou d’introduction. C’est ainsi que nous disposons de centaines de dates et que, chaque année, des dizaines d’autres sont publiées qui nous permettent d’obtenir des "fourchettes" chronologiques ; mais rien de plus. Ces résultats d’analyses placés sur un diagramme montrent de fortes probabilités avec des concentrations sur des périodes qui sont celles que les historiens peuvent licitement utiliser. Mais ils indiquent également des aberrations aux deux extrémités chronologiques. Elles peuvent être dues à de multiples causes : échantillons pollués par des micro-organismes, prélèvements faits en l’absence de stratigraphie sérieuse, erreurs de manipulation, etc., tous phénomènes que les véritables archéologues connaissent bien et qu’ils intègrent à leur réflexion. Le problème apparaît quand ces résultats sont utilisés par des idéologues ou par des ignorants. Ainsi, quand, pour tenter de montrer que le retard de l’Afrique n’est pas aussi important que ce que l’on pourrait penser, certains n’utilisent pour défendre leurs théories que les datations aberrantes qui feraient croire à une ancienne connaissance de la métallurgie du fer en Afrique noire. Mais, dans ce cas précis, ce n’est pas le C 14 qui est en cause mais la méthode de ceux qui s’en servent.
Durant plusieurs années j’ai utilisé ce procédé pour mes fouilles au Rwanda. La question qui m’intéressait était de tenter de dater trois grandes séquences : la fin du dernier âge de la pierre, qui correspond à la fin de l’époque des chasseurs-cueilleurs exclusifs, le début du premier âge du fer, également associé à l’arrivée des populations bantuphones, et le début du deuxième âge du fer, lié à d’autres populations. Je n’ai travaillé que dans des abris sous roche et je n’ai fait dater que du charbon prélevé par moi-même. Je n’ai jamais donné à analyser des charbons recueillis dans le fond de mes excavations. Tout échantillon était d’abord repéré en place avant d’être soigneusement prélevé et déposé dans un sachet hermétique. De plus, à la différence de bien de mes collègues, j’ai toujours appliqué le vieux principe juridique du « testis unus, testis nullus ». En d’autres termes, je ne me suis jamais tenu à une seule analyse par site. Les résultats de mes analyses m’ont permis, avec une marge d’approximation allant 60 années à 150 années en plus ou moins, de "calibrer" les périodes sur lesquelles je travaillais. Le C 14 est donc utilisable. Il est même parfois nécessaire mais il ne doit pas être accepté comme étant, primo, infaillible et secundo, comme donnant une datation précise. Enfin, et là est précisément le travail de l’historien, il est nécessaire de savoir en critiquer - au sens scientifique - les résultats. Un exemple caricatural permettra de comprendre ce que je viens de dire : si une analyse au C 14 d’un charbon trouvé à côté d’une grenade datant de la première Guerre mondiale donne une datation de l’an 800 avec une marge d’erreur de 45 ans en plus ou moins, cela n’autorisera évidemment personne à affirmer que les armées de Charlemagne utilisaient des grenades quadrillées. Et c’est pourtant ce que les matérialistes adversaires de l’authenticité du Saint Suaire font.
par Bernard Lugan
(1) "Le Secret du Saint Suaire" - Editions Chiré - 86190 Chiré-en-Montreuil
http://www.francecourtoise.info

Comment la CGT du Livre a pris en otage la presse française

Le 30 octobre dernier, la quasi-totalité des quotidiens nationaux a été empêchée de paraître, en raison d'une grève des ouvriers du Livre CGT protestant contre un plan de restructuration des NMPP. Une fois n'est pas coutume, les éditorialistes des titres concernés - Le Monde et Libération compris - ont condamné le mouvement avec véhémence. Voilà pourtant longtemps que la CGT du Livre prend la presse en otage. Ancien rédacteur en chef du Parisien à l'époque où ce titre appartenait à Emilien Amaury, notre collaborateur Bernard Cabanes apporte ici un témoignage de première main sur les méthodes des syndicalistes communistes.


Abordons-nous, avec la présente crise, une nouvelle ère de sabotages professionnels ? Celui des caténaires de la SNCF encouragera-t-il les violents à frapper à nouveau nos ports et nos journaux ? La récente grève de la distribution des quotidiens parisiens peut le faire craindre, de même que le refus de la loi du 4 juillet par les responsables cégétistes des ports de Marseille et du Havre. Les dockers et grutiers formaient, avec les égoutiers et les ouvriers du Livre CGT, l'un des trois monopoles syndicaux stratégiques dont le pacte Hitler-Staline d'août 1939 accentua le caractère totalitaire. En dépit des diversions officielles, le sabotage a des racines profondes dans le passé d'un syndicalisme français par trop politisé.
Un petit tour en arrière s'impose. Le socialiste Léon Jouhaux, patron de la CGT triomphante en 1936, reste en 1942 à la tête de la CGT clandestine au sein du mouvement Libération en zone Sud. Mais le Livre parisien CGT connaît une évolution bien différente dans Paris occupé. Entre alliés qui se partagent la Pologne et l'Europe du Nord, la fraternisation est de rigueur. L'occupant est reconnaissant des efforts communistes de désarmement de la France et cégétistes de sabotage de son armement. Devenu Corporation du Livre, le Livre parisien CGT imprimera sans une grève, de juin 1940 à août 1944, le Pariser Zeitung et les journaux des deux partis de la collaboration, dirigés par l'ex-député communiste de Saint-Denis Jacques Doriot et l'ex-dauphin de Léon Blum à la tête de la SFIO, Marcel Déat. Revenu de Bruxelles à Paris avec les avant-gardes allemandes le 14 juin 1940, Jacques Duclos couvre les dirigeants du Livre, qui festoient avec l'occupant et communient avec lui dans le souvenir des cégétist fusillés « par l'impérialisme » comme saboteurs en 1939-1940. L'agression hitlérienne contre l'URSS n'y change rien. Staline attend son tour de saboter notre économie.

Eliminer le « journal bourgeois lu par la classe ouvrière »

Reprenant le label cégétiste à la Libération, Corporation du Livre parisien impose son monopole en excluant des ateliers libérés les ouvriers de la CFTC qui ont imprimé la presse clandestine dans les caves de l'hôtel Sangnier, boulevard Raspail. Elle maintient le nombre de 5 équipes quand la pénurie papier réduit les quotidiens à un feuillet face et dos, pour multiplier ensuite par le nombre de pages. Sabotage évident : les 65 journaux nés de la Libération croulent sous le poids des charges résultant de cette inflation des effectifs. Parmi ses victimes figurent Le Populaire du PS, L'Aube du MRP et, plus tard, La Nation de l'UNR. Le débat politique disparaît, ce dont la V' République s'accommode : elle enterrera la loi Moisan d'avril 1956, qui interdit la discrimination syndicale dans l'embauche. Des partis de gouvernement, seul le PC conservera son quotidien, L'Humanité, même sans lectorat.
Mais le tirage du Parisien lui fait de l'ombre au point qu'en novembre 1974, ce quotidien tombe sous le coup d'un oukase de Boris Ponomarev, secrétaire du Département international du PC de l'Union soviétique, ordonnant aux « détachements étrangers » l'élimination du « journal bourgeois lu par la classe ouvrière ».
La CGT, docile, sabote sa distribution : cinq mois durant, des réunions d'équipes en cascade lui font rater les trains. Le petit format du Parisien, qu'Emilien Amaury m'a confié, survit seul à la grève générale illimitée avec occupation de ses deux imprimeries parisiennes déclenchée en avril 1975. Alignant alors 10 000 imprimeurs ou supposés tels, le Livre parisien CGT lancera jusqu'à 1 200 hommes contre les imprimeries de substitution que le quotidien trouve en province et en Belgique. Cependant, le journal construit à la hâte une imprimerie moderne hors Paris. Elle occupe l'ancien hangar de réparation de locomotive des chemins de fer du Nord, qui abritait jusqu'alors le parc automobile du Tour de France, au lieu dit la Cave aux huiles à Saint-Ouen.
Jusqu'à la grève supposée fatale, le Livre nous imposait de rétribuer 1389 ouvriers et cadres travaillant, ou supposés le faire, dans nos ateliers. L'imprimerie assiégée de Saint-Ouen en emploiera 70, dont des rotativistes de Force ouvrière, chassés des imprimeries parisiennes par la CGT. Soit vingt fois moins !

Emilien Amaury, résista aux oukazes du syndicat du Livre CGT.

Assassinats et tentatives d'enlèvement

L'introduction de la photocomposition n'explique pas cette différence. Avant le monopole installé par l'occupant en juin 1940, tel des 15 quotidiens parisiens, journaux d'opinion ou de parti, paraissait avec 9 imprimeurs. L'inflation des effectifs, dans les ports comme dans l'imprimerie de presse parisienne, trahissait une visée stratégique. Ces monopoles ne faisaient pas seulement vivre nombre de permanents du PC et de ses organisations de masse. Ils traduisaient les visées du "bloc socialiste" sur l'Europe de l'Ouest, désireux de saboter l'arrivée de renforts alliés, du pétrole et des matières premières.
Le sabotage s'exercera dans nos ports à chacun de nos conflits, en particulier lors de la guerre d'Indochine.
Dans l'imprimerie de presse, le monopole du Livre constituait, avec celui des égoutiers, la base d'un "coup de Paris", sur le modèle du coup de Prague de 1948. A Prague, des camions avaient attendu une partie des effectifs du Livre à la périphérie boisée de la capitale, avec des armes tirées d'ambassades amies, pour faire le tour des ministères et de la radio. Ce scénario devait être appliqué à Paris tandis qu'attendrait, au Bourget et à Roissy, une des huit divisions aéroportées soviétiques. La crainte de retombées massives sur l'Est, du fait du vent d'Ouest dominant, avait amené le Kremlin à renoncer au feu roulant nucléaire et chimique de la doctrine Sokolovski pour miser (doctrine Ogarkov) sur des projections aéroportées et héliportées, qui plaçaient Paris dans la zone des combats dès l'heure H. Dans ce contexte, le réseau des égouts donnait à la brigade "à destination spéciale" (Spetznaz) infiltrée dans Paris le moyen de rayonner pour triompher des résistances rencontrées par le Livre parisien.
Chef d'escadron de Spahis, prisonnier évadé, contact parisien du premier envoyé du général De Gaulle dans Paris occupé, chef du groupe de résistance de la rue de Lille, Emilien Amaury mourra brutalement, officiellement d'une chute de cheval, alors qu'il résistait au nouvel occupant potentiel. A la même époque, je survivrai quant à moi à deux attentats, dont le premier tuera par erreur, le 13 juin 1975, un homonyme et ami journaliste de l'AFP.
(L'attentat à la bombe qui détruisit son appartement fut revendiqué par un appel anonyme à une radio annonçant avoir « détruit le domicile de Cabanes, du Parisien Libéré »). Deux tentatives d'enlèvements seront également perpétrées, l'une contre moi-même, l'autre contre ma fille aînée.
Bernard Cabanes monde & vie du 22 novembre 2008

samedi 5 septembre 2009

L’Africano-centrisme ou l’Histoire falsifiée

Parlant de l’Afrique noire, Victor Hugo écrivait : « Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. »
L’auteur des "Misérables" avait-il raison ? A l’exception de l’Ethiopie et du Rwanda, l’Afrique sub-saharienne était un monde sans Etats ayant eu une profondeur historique, une continuité séculaire. Plus singulier encore, rien de ce qui a permis le progrès de l’humanité n’est sorti de l’Afrique noire. Le continent noir fut et continue d’être un continent récepteur et non concepteur.
Cette réalité insupportable aux nationalistes africains des années 1950-1960 fut combattue par Cheick Anta Diop, autodidacte aussi brouillon que prolifique. A la faveur des indépendances, ce barde africain fut propulsé à la tête du prestigieux Institut français d’Afrique noire, dont le siège était à Dakar.
Dans ce cadre privilégié, et grâce aux crédits français, il élabora de pseudo-théories scientifiques tolérées durant trois décennies par le microcosme africaniste décérébré par l’anticolonialisme et couché devant l’idéologie dominante. Prudents caméléons, presque tous les Africanistes français vivaient dans la terreur de risquer l’accusation de racisme s’ils avaient simplement osé dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas, à savoir que les thèses du Cheick Anta Diop n’étaient rien de plus que des élucubrations de griot.
Le postulat de Diop est, en effet, sans nuances : les Egyptiens ont tout inventé et la Grèce, puis Rome, sont les héritières de l’Egypte. Or, les Egyptiens étaient des Noirs. Conclusion : les Noirs sont donc les créateurs de la Civilisation de l’Antiquité classique.
Timidement, les linguistes tentèrent d’expliquer, avec humilité, qu’entre l’Egyptien ancien et le Grec, les liens étaient aussi évidents qu’entre un pommier et un baril de clous et que le simple rapprochement de sens ne prouvait pas un apparentement linguistique. Dans le cas contraire, l’existence du lac Kasba au Canada aurait permis à Diop d’affirmer que le Bey d’Alger taquinait le goujon à l’ouest de la baie d’Hudson...
Avec toutes les précautions, les Egyptologues risquèrent timidement une remarque de bon sens : les Egyptiens n’étaient pas des Noirs, ainsi que les milliers de momies mises au jour en apportent la preuve. Certes, la Nubie fut, durant certaines périodes tardives, une dépendance de l’Egypte, mais cela ne veut pas dire pour autant que les Nubiens aient peuplé la moyenne et la basse vallée du Nil.

Un énorme complot

Calembredaines, affirmait le "savant africain" car l’Egyptologie constitue un énorme complot contre la race noire. Et comment, demanderez-vous ? Mais tout simplement parce que les Egyptologues détruisirent systématiquement les momies noires pour ne garder que les blanches. CQFD ! Cette entreprise de falsification de l’histoire aurait pu en rester au niveau de l’anecdote. Elle aurait, à la limite, pu être étudiée dans nos universités comme un cas d’école d’idéologie appliquée à l’histoire par un autodidacte obnubilé par sa théorie et ignorant de l’ensemble d’une matière assimilée dominée.
Or, elle est devenue l’Histoire officielle. Dans l’ "Histoire de l’Afrique" de l’Unesco, tome II, édité en 1980, Cheick Anta Diop développe, en effet, longuement ses fantasmes historico-racistes, à peine contredit par les Egyptologues avec lesquels il débat. A aucun moment, dans cette monumentale histoire éditée dans toutes les langues du monde, aucun spécialiste n’ose écrire ce qu’il faut penser des affirmations de Cheick Anta Diop, tant le tiers-mondisme dominant exerce une dictature intellectuelle interdisant toute critique. Les théories de Cheick Anta Diop furent reprises et amplifiées aux USA ; dans les universités noires, elles furent à la base du courant Africano-centriste. Pauvres USA ! La juxtaposition de ses peuples et de leurs cultures fait que désormais chaque minorité raciale y enseigne sa propre vision de l’histoire.
Les Noirs, qui ont leurs universités et leurs professeurs, apprennent donc que l’Afrique noire, mère de la Civilisation et qui a tout inventé, fut non seulement pillée par les Blancs qui ont bâti leur puissance sur son pillage, mais encore stoppée dans son "merveilleux" élan par la colonisation qui l’empêcha d’atteindre la phase suivante de son évolution créatrice.
Or l’Africano-centrisme des Noirs américains a pour soubassement les affirmations de Cheick Anta Diop. En Afrique même, les écoliers et les étudiants sont formés dans le même moule. Comment pourraient-ils mettre en doute cette histoire officielle puisque l’UNESCO lui a donné sa caution scientifique ? Comment ne pas la prendre pour "argent comptant" quand, au Cameroun et ailleurs, les professeurs d’histoire présentent Cheick Anta Diop comme "le plus éminent égyptologue actuel".
Alain Froment, chercheur à l’ORSTOM, vient donc de rendre un immense service à la rigueur scientifique en publiant dans la revue "Cahiers d’Etudes africaines", n° 121-122, une mise au point définitive intitulée : "Origine et évolution de l’homme dans la pensée de Cheick Anta Diop : une analyse critique".
De cette article, dont le sous-titre pourrait être "Epitaphe pour un mensonge politico-historique", l’on peut extraire cette citation qui résume toute la question : « Cheick Anta Diop a discrédité la recherche africaine par l’insuffisance de sa méthodologie, ses conclusions hâtives et la subordination des préoccupations scientifiques à celles de l’idéologie (...) De sérieuses lacunes bibliographiques et l’absence de recours à des procédés statistiques objectifs, la préférence allant au choix orienté de photographies et de radicaux sémantiques, jettent des doutes sur ses qualités scientifiques. Cependant, il est devenu une telle figure emblématique du nationalisme africain qu’on considère, en Afrique, comme très malvenu de mettre en doute ses travaux. »
par Bernard Lugan
http://www.francecourtoise.info