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mercredi 28 janvier 2026

Lépante, victoire chrétienne contre les Turcs ottomans : il y a 549 ans…

 


En 1570, à la faveur de la quatrième guerre des Ottomans contre la Sérénissime Venise, les Turcs ottomans prennent Chypre alors vénitienne et massacrent plus de vingt-mille habitants de Nicosie ; ils imposent alors leur piraterie dans la Méditerranée orientale nuisant ainsi gravement au commerce maritime en général et à Venise en particulier d’ où la riposte des Doges de la Sérénissime.
Très rapidement le Pape Pie V rassemble nombre d’Européens dans la Sainte Ligue : Venise menée par l’amiral Sebastiano VENIER, la Savoie avec l’amiral Andrea PROVANA de LEYNI (le comté de Nice étant savoyard), le Saint Siège mené par l’amiral Marco-Antonio II COLONNA, Gênes menée par l’amiral Giovanni Andrea DORIA et l’Espagne ainsi que l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem en sont parmi d’autres États européens moins impliqués.

Deux cents galères et une demi-douzaine de galéasses avec 30 000 hommes, tous sont placés sous le commandement de Dom Juan d’Autriche, fils cadet de Charles Quint et demi-frère de Philippe II.
La flotte turque ottomane compte quelques galères de plus mais aussi plus de 60 galiottes avec plus de 60 000 hommes au total.
La dernière bataille d’importance entres Européens et janissaires ottomans remonte à 1565 lorsque Jean de LA VALETTE de PARISOT, grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, défendit la future capitale de Malte ce qui fut une sévère défaite des Ottomans disparaissant pour quelque temps de la Méditerranée occidentale.

Face à l’avantage turc ottoman, la bataille est incertaine au matin de ce 7 octobre 1571 où les flottes vont se heurter. Grand marin et remarquable soldat, Dom Juan d’Autriche manœuvre de manière à enfermer les Ottomans dans un golfe peu étendu de manière à restreindre leurs mouvements. Dès lors, les galéasses chrétiennes peuvent enfoncer les lignes ottomanes de défense et l’artillerie de la Sainte Ligue démolit les navires ennemis tandis que les galères de DORIA augmentent la dévastation de la flotte ottomane dont les réserves ne peuvent mener de contre-offensive ; dès lors, la bataille navale se mue en bataille d’infanterie sur les ponts des navires ottomans en combinant l’efficacité des arquebusiers et des tercios. La messe est dite. Le bey d’Alger Ali Uludj s’enfuit in extremis avec trente galères tandis que l’amiral ottoman est décapité et sa tête hissée au mat du navire amiral espagnol.

Pour 7 000 chrétiens tombés et 20 000 blessés dont Miguel de CERVANTES qui y perdit sa main gauche et poursuivit sa carrière militaire jusqu’à la bataille de Tunis en 1573 mais il sera fait prisonnier en 1575 lors de son retour en Espagne par les Barbaresques ottomans d’Alger pour cinq années avant d’écrire le Don Quichotte, les Ottomans ont laissé plus de 20 000 morts et 3 500 prisonniers mais aussi des milliers d’hommes massacrés à terre par les Grecs ; plus de 12 000 forçats chrétiens libérés des fers ottomans. Cent-dix-sept galères et treize galiotes ottomanes passent aux mains chrétiennes tandis que plus de soixante galères ottomanes ont été coulées alors que la Sainte Ligue n’en a perdu qu’une douzaine et récupère plus de quatre-cent-cinquante canons et une quarantaine d’étendards ottomans. Seul l’amiral d’escadre ottoman Ali Uluç Pasa parvient à s’échapper et à ramener une trentaine de navires à Constantinople.

Au soir de la bataille, Pie V reçoit au balcon de Saint-Pierre une colombe lui annonçant la victoire de Lépante : en actions de grâce, il institue la fête de Notre-Dame-des-Victoires qu’il fixe à ce 7 octobre et le Saint Rosaire qui est récité à l’aide du chapelet ; Notre-Dame-des- Victoires et du Saint Rosaire est toujours célébrée par l’Église tridentine dont le missel est demeuré immuable depuis le concile de Trente clôturé par Pie V.
L’amiral Sebastiano VENIER deviendra en 1577 le 86e doge de Venise jusqu’à sa mort en 1578.
Défaite navale incommensurable pour les Ottomans mais, bénéficiant de l’esclavage à outrance, ils reconstituent en une année une nouvelle flotte de deux-cent-cinquante galères et se maintiennent à Chypre sans pour autant oser s’aventurer à nouveau dans la Méditerranée occidentale si ce n’est depuis les régences d’Alger, de Tunis ou de Tripoli.

Éclatante victoire chrétienne, il n’y eut guère d’évolution notable dans les décennies suivantes. Cependant la bataille de Lépante demeure la plus importante bataille navale de l’Histoire avec celle qui fut le peplum naval d’Actium le 2 septembre – 31 avant Jésus-Christ mettant fin aux guerres civiles romaines ; les plus importantes batailles navales subséquentes n’atteignent point sa démesure et son intensité préfigurant ce que Samuel HUNTINGTON nommera le choc des civilisations à la fin du XXe siècle. Elle confirme en mer ce que les Espagnols constatèrent sur terre pendant la croisade de reconquête : les mahométans ne savent pas tenir une position ; le grand Sébastien LE PRESTRE de VAUBAN vérifie au XVIIe siècle cette donnée fondamentale édictant que, pour assiéger victorieusement une place forte, il est nécessaire de savoir tenir une position, doctrine sur laquelle il fonde l’art de la fortification : la poliorcétique. En 1954, Marcel BIGEARD expérimente avec brio cette doctrine dans la cuvette de Dien Bien Phu malgré la défaite finale inéluctable et, devenu général, il peut théoriser les guerres asymétriques qui en découlent aussi par ce qu’il nomme le Comitatus, soit l’invention de la terreur généralisée.

Tout comme la bataille de Lépante est le pendant naval de la bataille terrestre de Las Navas de Tolosa du 16 juillet 1212 gagnée par 70 000 chrétiens contre plus de 200 000 almohades mahométans, la bataille de Lépante connaît aussi un pendant terrestre le 12 septembre 1683 lorsque les Turcs ottomans assiègent Vienne sur le monticule du Kahlenberg ; l’Autriche était alors défendue pour ce deuxième siège de Vienne par une coalition européenne menée par le roi de Pologne Jean III SOBIESKI, assisté par le duc Charles V de Lorraine, commandant cette Sainte Alliance forte de 27 000 militaires polonais et de 32 000 militaires du Saint-Empire romain germanique, principalement venus de Bavière avec le roi Maximilien-Emmanuel, de Franconie, de Saxe avec le roi Jean-Georges III et de Souabe. Soit 59 000 chrétiens contre environ 250 000 Turcs ottomans commandés par le grand vizir Mustafa Kara. La doctrine se vérifie dès le milieu de l’après-midi : les Turcs ottomans sont défaits et le vizir s’enfuit tandis que Louis de Bade entre dans Vienne désormais en sécurité. La Hongrie est ainsi libérée les années suivantes. La fête du Saint Nom de Marie est désormais instituée et célébrée tous les 12 septembre tandis que les pâtissiers viennois créent le célèbre croissant pour célébrer cette victoire européenne sauvant leur ville et le pays entier du joug turc ottoman.

Il convient aussi de rappeler, pendant la neuvième guerre d’Italie, de 1542 à 1546, le siège de Nice de juin à septembre 1543 par les troupes turques ottomanes qui parvinrent à entrer dans la citadelle, malgré la défense héroïque sous la houlette de la lavandière Catarina Segurana armée de son battoir, mais se heurtèrent à la résistance farouche du château et furent finalement défaites lors de l’arrivée des troupes impériales commandées par le duc Charles II de Savoie et le marquis del VASTO, gouverneur de Lombardie, les 8 et 9 septembre 1543. Le siège de Nice en duché de Savoie annonçait donc aussi la validité de la doctrine énoncée par Vauban au siècle suivant.

À la suite du siège de Nice, Lépante et Vienne-Kahlenberg permettent de conduire l’empire turc ottoman au traité de San Stefano imposé par la Russie aux Turcs ottomans le 3 mars 1878 suite à la guerre russo-turque ottomane de 1877-78 et à celui de Sèvres du 10 août 1920 ainsi qu’à celui de Lausanne du 24 juillet 1923 le réduisant insuffisamment à la Turquie actuelle en créant l’Irak et ramenant sur la carte la Syrie et le Liban, la Grèce moderne atteignant alors son apogée territoriale selon la Grande Idée d’Elefthérios Kyriákou VENIZELOS, père intellectuel de la Grèce moderne, ainsi que la Palestine mandataire, selon les accords Sykes-Picot du 16 mai 1916, les déclarations d’Arthur Balfour du 2 novembre 1917 et du 15 novembre 1926, la conférence et le traité de San Remo du 24 avril 1920, qui sera partagée entre le Foyer Juif d’Israël créé par David Ben GOURION le 14 mai 1948 et la Transjordanie qui deviendra la Jordanie.

Jean d’ACRE révèle sur Riposte que « le ferment de la guerre mondiale à venir viendra du choc des civilisations entre l’Occident et l’Islam, et l’Afrique surpeuplée et l’Europe [sous-peuplée et envahie].
Il n’y aura pas de terre partagée entre musulmans et non musulmans, entre Africains et Européens, il y aura un vainqueur et des centaines de millions de morts, le reste n’ est que littérature.
Et la France, que des abrutis de politiciens, journalistes, penseurs, gauchistes, écolos qui se sont autoproclamés élites, ont musulmanisée et africanisée à outrance, va être au milieu de ce maelström. » dans son article du 3 courant : Nos métropoles sont des cuvettes de Dien Bien Phu cernées par l’ennemi intérieur.

https://ripostelaique.com/nos-metropole-sont-des-cuvettes-de-dien-bien-phu-cernees-par-lennemi-interieur.html

Dernier point et non le moindre qui est d’une actualité brûlante, le Comité de Lépante présidé par Georges CLÉMENT, homme d’ affaires, écrivain et poète ainsi que contributeur apprécié à Riposte et également président du Comité Trump France, a pour objet de rassembler tous ceux s’opposant à l’invasion mahométane d’où qu’elle vienne.

Le Cercle Légitimiste de France soutient donc le Comité de Lépante et rappelle et honore cette bataille navale mémorable chaque année comme étant toujours une vigie de l’Europe chrétienne alors même que le sultan Erdogan s’implante en Libye pour y capter le pétrole tout en tentant de s’approprier les zones économiques exclusives des États riverains de la Méditerranée orientale pour leur y voler le gaz et le pétrole, occupe le nord de la Syrie pour y massacrer les Kurdes et envoie des mercenaires au Haut-Karabakh arménien afin d’y poursuivre le génocide des Arméniens par les Turcs ottomans en 1915.

Plus largement, Lépante demeure l’emblème de la grande Europe des royaumes souverains et des trois empires d’Autriche, Romain Germanique et de la Sainte Russie liés par le christianisme, socle de leur puissance et garant de leur résistance face au mahométanisme barbare. Puissions-nous garder souvenance de notre passé glorieux et instructif pour affronter victorieusement le présent difficile et le futur compliqué de ce monde dangereux avili par la barbarie mahométane.
Fernand CORTES de CONQUILLA

Cercle Légitimiste de France
fcdc@bbox.fr
7 octobre 2020 en ce 549e anniversaire de la bataille de Lépante

https://ripostelaique.com/bataille-de-lepante-victoire-chretienne-contre-les-turcs-ottomans-cetait-il-y-a-549-ans/

mercredi 22 mai 2024

Quand les Turcs saccageaient le Frioul

 

Frioul

La guerre vénéto-ottomanne (1499-1503), si elle interroge les rapports entre politique et religion alors, reste oubliée de la mémoire italienne. Retour sur cet épisode.

[carte de Venise par le géographe et amiral ottoman Piri Reis, XVIe siècle]

Pier Paolo Pasolini, qui était Frioulan (et fier de l'être), a tou­jours gardé le souvenir des histoires que la tradition orale et populaire lui avait légué ; plus tard, il a lu les docu­ments conservés dans les archives municipales de sa pro­vince. Ces souvenirs et cette lecture l'ont conduit à écrire une pièce de théâtre, où transparaît toute son émotion, I Turcs tal Friûl, dans laquelle il a introduit une prière rap­pelant les invasions les plus effrayantes de ces cinq der­niers siècles, remémorées par les documents d'archives de no­tre Europe. Cette œuvre dramatique de Pasolini est l'une des rares pièces jamais rédigées sur l'invasion et l'oppres­sion subie par le peuple frioulan, face aux Ottomans. Quels ont été les faits historiques ?

Les premières pressions ottomanes sur la Padanie orientale re­montent à plus de 500 ans, quand les troupes d'Osman Bey amorcent une série d'incursions terribles en partant de leurs bases en Bosnie, terre où ils se sont installés après le succès de l'invasion menée personnellement par le Sultan Mourad I et la défaite de l'armée serbe au Champs des Mer­les au Kosovo-Métohie en 1389.

En 1415, l'armée ottomane soumet la Slovénie (terre im­périale !) et des bandes d'irréguliers bosniaques et albanais pénètrent dans le Frioul pour en saccager les campagnes. Ils n'osent pas encore s'approcher des villes, bien défendues par les troupes de la Sérénissime. En 1472, pour la pre­miè­re fois, une armée régulière ottomane se présente aux fron­tières. Huit mille cavaliers turcs franchissent l'Isonzo et arrivent aux portes d'Udine. Leur nombre est toutefois in­suf­fisant pour disloquer les défenses frioulanes. Ils se con­ten­tent de décrocher en emportant leur butin et les escla­ves qu'ils ont capturés au sein de la population. Venise sent le danger et ordonne la construction d'une ligne de fortifi­ca­tions entre Gradisca et Fogliano et d'un mur entre Gra­dis­ca et Gorizia. Cinq ans plus tard, le 31 octobre 1477, une véritable armée bien structurée attaque le Frioul, déjà é­prouvé en août par une invasion de troupes de cavaliers, légères et mobiles. Lorenzo de Papiris nous narre cette attaque dans une chronique conservée dans les archives du chapitre d'Udine. L'avant-poste de Cittadella sur l'Isonzo tom­be ; les Ottomans se répandent dans le Frioul. Vieillards et enfants sont systématiquement massacrés. Les garçons et les femmes sont enlevés pour être réduits en esclavage dans l'Empire ottoman. Au printemps suivant, les hordes tur­ques pénètrent en Carniole et en Carinthie, terres ger­ma­niques et impériales, pour y commettre les mêmes dé­pré­dations. Ces attaques sont les premières escarmouches dans une longue série d'invasions.

1499 : le Frioul ravagé et incendié

[Ci-dessous : 1 - Yaya, chrétien des Balkans au service des ottomans, début XVe siècle ; 2 - Sipahis turc vers 1400, caractéristique des armées ottomanes de cette époque ; 3 - Fantassin d'élite ottoman, début XIVe siècle.]

Frioul

Dans la nuit du 28 septembre 1499, une armée de 30.000 hom­mes, commandée par Skender Pacha [Mihaloğlu Iskender Pacha]sanjakbey du Pachalik de Bosnie [plus connu, son neveu Mehmet Beg Mihaloglu participe à la prise de Belgrade en 1521 qui met fin à l’autonomie de la Serbie], vient renforcer les bandes d'irréguliers bosniaques, albanais et tziganes qui é­cu­ment les campagnes à la recherche de butin et d'escla­ves. Les 30.000 hommes de Skender Pacha franchissent l'Ison­zo, assiègent la forteresse de Gradisca, où se sont retran­chées les troupes de la Sérénissime. Tout le Frioul est in­cen­dié : du haut des clochers de San Marco à Venise, on pou­vait voir rougir les flammes des incendies allumés par les Ottomans dans toute la plaine, de la Livenza jusqu'au Ta­gliamento. Les flèches incendiaires, enduites de soufre, n'é­pargnaient ni les petites bourgades ni les fermes isolées. Les Ottomans assiègent ensuite Pantanins. Aviano, Polceni­go, Montereale, Valcellina et Fono tombent les unes après les autres. Morteglan, solidement fortifiée, résiste, mais un tiers de la population est tué ou déporté. Selon le haut ma­gi­strat vénitien Marin Sanudo, 25.000 Frioulans disparais­sent durant cette invasion. Marco Antonio Sebellico, de Tar­cento, écrit que toute la plaine entre l'Isonzo et le Ta­gliamento n'est plus qu'un unique brasier. Aujourd'hui en­co­re, une stèle rappelle l'événement à la Pieve de Tricesimo : « … et le dernier jour d'octobre, les Turcs ont franchi l'Isonzo pour venir ensuite brûler notre patrie de fond en comble ».

La valeur militaire des estradiots serbes

Les seules troupes capables d'opposer une résistance réelle aux Ottomans ont été les estradiots (ou stradiotes) serbes et grecs qui combattaient pour le compte de la Sérénis­si­me. Ces troupes réussirent à tuer mille Ottomans dans les durs combats sur la plaine d'Udine. Elles connaissaient bien les techniques de combat des Turcs : de rapides incursions de cavaliers, qui criblent leurs cibles de flèches incen­diai­res, puis feignent de se retirer, pour ré-attaquer avec la ra­pi­dité de l'éclair. Les estradiots étaient capables de contrer cette stratégie, propre des peuples de la steppe. Ils ont aus­si été utilisés contre les alliés des Turcs, les Français, en pénétrant les rangs de la cavalerie lourde pour en dis­loquer les dispositifs.

Le 4 octobre, comblés de butin et d'esclaves, l'armée otto­mane s'apprête à repasser le Tagliamento, mais la rivière est en crue et tous les prisonniers ne peuvent se masser sur les bacs et radeaux. Pour ne pas s'en encombrer, Iskander Bey en fait égorger plus de mille sur les rives du Taglia­men­to. Le gros de l'armée passe à côté de Sedegliano, assiège le château de Piantanins, et met un terme à la résistance désespérée des Frioulans, commandés par Simone Nusso de San Daniele, qui, capturé, sera empalé par les vainqueurs. Le château est complètement rasé.

Le Frioul mettra de très nombreuses années pour se re­met­tre de ces ravages. Le Doge de Venise, Agostino Barbarigo, à la demande des nonnes d'Aquileia, exempte de nom­breu­ses communes de l'impôt. Le Sultan Bajazed II, plus tard, reprend cette guerre d'agression contre Venise sur terre et sur mer, avec l'appui de la France, allié traditionnel des Ot­tomans. Marco d'Aviano, prédicateur de réputation euro­péen­ne, qui s'était distingué pendant le siège de Vienne en 1683, n'a jamais cessé de puiser des arguments historiques dans les chroniques frioulanes relatant ces invasions. C'est ce qu'il a fait quand il exhortait les troupes de l'armée européenne qui s'apprêtaient à libérer l'Europe du Sud-Est de la domination turque. L'écrivain contemporain Carlo Sgor­lon retrace la biographie de ce prédicateur thaumatur­ge dans son roman Marco d'Europa (1993).

Archimede BontempiNouvelles de Synergies Européennes n°49, 2001.

(article paru dans La Padania, le 20 octobre 2000)

http://www.archiveseroe.eu/recent/142

mercredi 28 décembre 2022

14 août 1480 : les Turcs massacrent 800 chrétiens d’Otrante qui refusent de se convertir à l’islam

 14 août 1480 : les Turcs massacrent 800 chrétiens d’Otrante qui refusent de se convertir à l’islam

Il est de bon ton de dire que l’Islamisme n’est pas l’Islam et que l’islamisme que nous connaissons aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’a été de tout temps l’Islam, une religion de paix et d’amour… Il y a un peu plus de 500 ans, les Turcs ne firent pas différemment que les musulmans de l’Etat Islamique aujourd’hui, en massacrant 800 habitants d’Otrante qui refusaient de se faire musulmans. Otrante est en Italie, les Européens semblent avoir oublié aujourd’hui les horreurs commises par l’Islam sur nos terres.

Source : levangileauquotidien.org

Les Saints Martyrs d’Otrante (province de Lecce dans les Pouilles, en Italie) sont les 800 habitants de cette ville du Salento tués le 14 août 1480 par les Turcs conduits par Gedik Ahmed Pacha pour avoir refusé de se convertir à l’islam après la chute de leur ville.
Le 28 juillet 1480, une armée turque, venant de Valona (ville portuaire d’Albanie), forte de 90 galères, 40 galiotes et 20 autres navires (18.000 soldats au total) se présenta sous les murs d’Otrante.
La ville résista de toutes ses forces aux attaques, mais sa population composée seulement de 6.000 habitants ne put s’opposer longtemps au bombardement de l’artillerie turque. En définitive, le 29 juillet la garnison et tous les habitants abandonnèrent le bourg aux mains des Turcs en se retirant dans la citadelle tandis que ceux-ci commencèrent leur razzia, même dans les habitations avoisinantes.

Quand Gedik Ahmed Pacha demanda aux défenseurs de se rendre, ceux-ci refusèrent, et l’artillerie turque reprit le bombardement. Le 11 août, après 15 jours de siège, Gedik Ahmed Pacha donna l’ordre de l’attaque finale et réussit à enfoncer les défenses et à prendre le château.
Un terrible massacre s’ensuivit. Tous les hommes de plus de quinze ans furent tués et les femmes et les enfants réduits en esclavage. Selon certains rapports historiques, les tués furent 12.000 et les personnes réduites en esclavage 5.000, mais la taille de la ville ne semble pas confirmer ces estimations.
Les rescapés et le clergé s’étaient réfugiés à l’intérieur de la cathédrale afin de prier avec l’archevêque Stefano Agricoli. Gedik Ahmed Pacha leur ordonna de renier leur foi chrétienne, recevant un refus net, il pénétra avec ses hommes dans la cathédrale et les fit prisonniers. Ils furent tous tués et l’église fut transformée en étable à chevaux.

L’assassinat du vieil archevêque Stefano Agricoli fut particulièrement barbare, alors qu’il incitait les mourants à s’en remettre à Dieu, il fut décapité, dépecé à coups de cimeterres, sa tête fut embrochée sur une pique et portée par les rues de la ville. Le commandant de la garnison Francesco Largo fut scié vivant. L’un des premiers à être exécuté fut le tailleur Antonio Pezzulla, dit le Primaldo qui, à la tête des Otrantins, le 12 août 1480, avait refusé la conversion à l’Islam. Le 14 août Ahmed fit attacher le reste des survivants et les fit traîner au col de la Minerva. Là il en fit décapiter au moins 800 en obligeant leurs proches à assister à l’exécution.

Les chroniques rapportent que, pendant le massacre, un Turc nommé Bersabei, impressionné par la façon dont les Otrantins mouraient pour leur foi, se convertit à la religion chrétienne et il fut empalé par ses compagnons d’armes.
Toutes les personnes massacrées furent reconnues martyrs de l’Église et vénérés comme bienheureux martyrs d’Otrante. La plus grande partie de leurs ossements se trouve dans sept grandes armoires en bois dans la chapelle des Martyrs bâtie dans l’abside droite de la cathédrale d’Otrante. Sur le col de la Minerve fut construite une petite église qui leur fut dédiée, Sainte Marie des Martyrs.

Treize mois après, Otrante fut reconquise par les Aragonais.
Le 13 octobre 1481, les corps des Otrantins massacrés furent trouvés indemnes par Alphonse d’Aragon et furent transférés à la Cathédrale des Bienheureux Martyrs d’Otrante.
À partir de 1485, une partie des restes des martyrs fut transférée à Naples et reposa dans l’église de Sainte-Catherine à Formiello. Ils furent déposés sous l’autel de la Madone du Rosaire (qui commémore la victoire définitive des troupes chrétiennes sur les Ottomans lors de la bataille de Lepante en 1571). Par la suite les restes furent déposés dans la chapelle des reliques, consacrée par le pape Benoît XIII, depuis 1901, ils se trouvaient sous l’autel.
Une reconnaissance canonique effectuée entre 2002 et 2003, en a confirmé l’authenticité.
Les reliques des martyrs sont vénérées dans de nombreux lieux des Pouilles, à Venise et en Espagne.

Un procès en canonisation commencé en 1539 se termina le 14 décembre 1771, quand le pape Clément XIV déclara bienheureux les 800 victimes du col de la Minerve et en autorisa le culte. Depuis ils sont les protecteurs d’Otrante.

https://www.medias-presse.info/14-aout-1480-les-turcs-massacrent-800-chretiens-dotrante-qui-refusent-de-se-convertir-a-lislam/36978/

mercredi 13 janvier 2021

Un autre 14 juillet

  

Une forteresse assiégée fut sur le point de céder le 14 juillet, et capitula le lendemain. L’heure de la libération, tant attendue, était arrivée. Le peuple franc exulta. Ce n’était pas en 1789, mais en 1099 : Jérusalem était délivrée, y a 920 ans.

Place de la Victoire, Clermont-Ferrand. Toisant les terrasses garnies d’étudiants, la statue d’Urbain II désigne imperturbablement l’Orient. C’est ici, en 1095, que le pape appela à la croisade. La première d’entre elles. Le Concile de Clermont ne devait être qu’une assemblée disciplinaire, dans la foulée de la réforme grégorienne. Mais le Concile doit sa renommée a « l’appel » qui y fut lancé par le pontife, en réponse aux demandes pressantes des envoyés byzantins. Dans cet « ordre de mobilisation européenne » (René Grousset), Urbain II promet l’indulgence plénière aux seigneurs qui partiront libérer Jérusalem du joug des Turcs. Quatre ans plus tard, Jérusalem est à nouveau chrétienne.

Repentances et confusions

Il n’y a guère que les djihadistes pour associer aujourd’hui Occidentaux et Croisés : les Européens, eux, semblent au mieux indifférents, au pire rongés par la culpabilité. Depuis les années 1960, l’épopée  des croisades est un objet de repentance. On est sommé d’y voir une preuve de l’agression des barbares chrétiens en terre musulmane. Les expéditions des croisés en Terre sainte sont réinterprétées selon les codes du moment : immigration massive, multiculturalisme. L’anachronisme règne en maitre. On voudrait nous faire confondre croisades et colonisation, comme si Godefroy de Bouillon avait lancé une colonie de peuplement en Palestine ! On tente, également, d’adapter la vieille dialectique marxiste, celle de l’opprimé et de l’oppresseur, à l’époque médiévale. Pourtant, les croisades ne sont pas l’occasion d’une violence unilatérale mais réciproque aux massacres des uns répondent les tueries des autres. Pis, les croisades sont un enjeu de premier plan du récit porté par les musulmans identitaires. En 2016, la chaine Al-Jazeera diffusait un long documentaire intitulé « Croisades : une perspective arabe », consacré au « choc » ressenti par les musulmans du Moyen Âge. Quant à Dabiq, l’odieux magazine de l’Etat islamique, il a fréquemment employé des références aux croisades et au djihad qui s’en est ensuivi.

Une chose est certaine, les croisades ne font plus sonner les cloches de Paris ou de Rome. En 2014, le pape Francois expliquait à un jeune Belge : « Si tu portes ta foi comme un étendard, comme aux Croisades, et que tu fais du prosélytisme, ça ne va pas ». Pauvre Urbain II !

Un pèlerinage en armes

Jean Sévillia le souligne, dans Historiquement correct (2003) : « À une légende dorée on substitue une légende noire ». Or si cette légende noire des croisades prospère, c’est qu’on oublie la conquête fulgurante du monde méditerranéen par les disciples de Mahomet. Quinze ans seulement séparent l’Hégire (622, départ de Mahomet de La Mecque) de la prise de Jérusalem par les Arabes (638). En Palestine, les Arabes imposent la dhimmitude aux chrétiens locaux mais laissent une relative liberté aux pèlerins. La situation change radicalement quatre siècles plus tard, à l’arrivée des Turcs seldjoukides (1078). Venus des lointaines steppes asiatiques, les Seldjoukides ont pris Bagdad et conquis une grande partie de l’Anatolie byzantine. L’Arménie, plus ancienne nation au monde a avoir adopté le christianisme comme religion d’État, tombe après la bataille de Malazgerd (1071), « un des pires désastres de l'histoire européenne » (René Grousset). Avec Jérusalem, leur conquête prend un sens mystique. Antioche, où le nom de chrétien avait été porté pour la première fois, est prise en 1085. Surtout, les Seldjoukides ferment la route des pèlerinages. Cet événement est majeur et terrible, aux yeux d’une Chrétienté profondément pèlerine et toujours en route vers le Ciel.

C’est, au fond, l’expression qu’il faudrait employer pour désigner fidèlement l’esprit de la première croisade un « pèlerinage en armes ». Dans ce pèlerinage, on retrouve la société organique du Moyen Âge, avec ses ordres, sa hiérarchie, son foisonnement. À l’appel du pape, il y à la croisade (mot anachronique ici, qui ne sera employé qu’a compter du XIIIe siècle) populaire et celle des barons. La première est affaire de prédicateurs à la langue de feu. Ces gens-la ne prennent pas les armes, ils portent la croix. Quelques mois à peine après l’appel de Clermont, on les retrouve sur les routes de France, d’Allemagne et d’Italie. Voulant joindre Jérusalem a pied, ils sont quinze mille devant Cologne en 1096. Leur route, désordonnée et mouvementée, n’est pas exempte de tueries. Les masses attaquent les Juifs en Allemagne ainsi que les évêques rhénans qui avaient protégé ces derniers. On se livre aussi aux pillages, sévèrement châtiés par les Byzantins. Passant finalement en Asie, ces pèlerins d’Apocalypse sont massacrés par les Turcs à Nicée.

La véritable croisade débute fin 1096. C’est celle des barons, aux noms immortels : Godefroy de Bouillon, Raymond IV de Toulouse. Robert II de Flandre, Adhémar de Monteil, Tancréde de Hauteville. Ces seigneurs sont mus par l’idéal chevaleresque, en nette progression au cours du XIe siècle. Par l’esprit d’aventure, aussi. Les Normands se sont déjà taillé d’importantes principautés en Italie et en Sicile, libérant cette dernière de deux siècles d’occupation musulmane. La croisade est une aventure, mais pas une aubaine économique. Le chevalier qui se croise en est pour ses frais, et doit souvent vendre des terres pour financer équipement et voyage. Bainville estime qu’« en tournant les énergies et les goûts batailleurs vers une entreprise religieuse et idéaliste, Urbain II et Pierre l’Ermite rendirent un immense service à la jeune royauté ».

La croisade débute en ordre dispersé, les uns arrivant via l’Italie, d’autres par les Balkans. Au lieu du commandement unique voulu par Urbain II, c’est une multiplicité de féodaux qui se transporte jusqu’a Constantinople. Les rapports entre Byzantins et croisés seront toujours complexes. L’empereur Alexis souhaite obtenir l’allégeance des croisés ainsi que la remise des territoires libérés. Pour l’heure, les combattants, que l’on nomme indistinctement « Francs », doivent progresser dans le Sultanat de Rum (Anatolie a l’été 1097 Antioche est prise (juin 1098), et des différends éclatent déjà entre seigneurs l’anarchie féodale se transporte peu à peu en Terre sainte. Mais l’épopée n’est pas encore accomplie. En juin 1099 les croisés aperçoivent la ville sainte, le mont des Oliviers, la tour de David. Ils ne sont peut-être que 1 500 chevaliers. Leur détermination, ainsi que les machines de siège, auront raison des assiégés (des Égyptiens, les Fatimides, qui ont pris la ville aux Turcs l’année précédente).

Jérusalem délivrée

Le 14 juillet est l’ultime veillée d’armes. Le 15 la ville est prise, non sans massacres, selon la détestable habitude de l’époque, commune à tous les camps. Les chroniques musulmanes évoquent 70 000 morts, l’hypothèse fort peu probable étant donné que la population hiérosolymitaine était largement moindre. Si rien n’excuse les massacres, il faut noter qu’ils ont eu lieu en désobéissances des ordres donnés par les chefs croisés, et que leur sinistre bilan est souvent inférieur aux tueries perpétrées, quelques années plus tard, par les musulmans.

Jérusalem délivrée : c’est la génuflexion du peuple chrétien devant le Tombeau du Christ. Les chrétiens de Palestine y conduisent les croisés et, selon Grousset, « chacun croyait encore voir devant lui le corps crucifié de Jésus-Christ. Et il leur semblait aussi qu’ils fussent a la porte du ciel », Le mysticisme ambiant gagne naturellement Godefroy de Bouillon, « moine couronné »; la légende le fait refuser la couronne d’or et de pierres précieuses, dans cette Ville où le Fils de Dieu n’avait porté qu’une couronne d’épines. Roi franc de Jérusalem, il préfère le modeste titre d’« avoué du Saint-Sépulcre ». Le chevalier brabançon jette les bases d’un royaume latin d’Orient qui ne disparaitra qu’en 1291. Aujourd’hui encore, le Patriarche latin de Jérusalem manie l’épée attribuée à Godefroy pour adouber les chevaliers du Saint-sépulcre. Quelque chose a survécu.

Sept croisades ont suivi certaines pitoyables (sac de Constantinople, 1204), d’autres héroïques (mort de Saint Louis, 1270). Toutes ont eu pour objet de conserver la ville sainte, cette Gerusalemme liberata chantée par Le Tasse (1581). L’idéal mystique de la première croisade côtoie tout aussi bien les vertus cardinales que l’éthique de la chevalerie, de l’honneur, du service. En 1099 résonne la clameur dune chrétienté qui se dépasse, d’une France « soldat de Dieu » selon le mot de Clémenceau. Si toute l’Europe y a participé, la France est la vraie patrie des croisades. Bainville y voit un heureux paradoxe : « Philippe Ie ne participa d’aucune manière à l’expédition tandis que toute la chevalerie française partait. Nulle part, dans la chrétienté, l’enthousiasme pour la guerre sainte n’avait été plus grand que dans notre pays au point que la croisade apparut aux peuples d’Orient comme une entreprise française. Il en résulta d’abord pour la France un prestige nouveau et qui devait durer dans la suite des siècles ».

Quête, pèlerinage, allégorie brillante du chemin tortueux pour parvenir au Salut, la croisade est aussi l’histoire passionnée des rapports entre Orient et Occident. Orient chrétien, bien sûr : les croisades offrent plusieurs siècles de répit à Byzance, qui ne tombera qu’en 1453 mais aussi Orient arabe. Le Tasse et Barrès par la plume, Lully par la musique (Armide) conteront cet éblouissement oriental, cette fascination solaire, cet orientalisme avant l’heure. N’ayons pas honte de tout cela. « Ce sont de ces heures divines qui demeurent au fond de notre mémoire comme un trésor pour nous enchanter » (Barrès, Un jardin sur l’Oronte).

Francois La Choüe monde&vie  4 juillet 2019 n°973

samedi 15 août 2015

14 août 1480 : les Turcs massacrent 800 chrétiens d’Otrante qui refusent de se convertir à l’islam

Il est de bon ton de dire que l’Islamisme n’est pas l’Islam et que l’islamisme que nous connaissons aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’a été de tout temps l’Islam, une religion de paix et d’amour… Il y a un peu plus de 500 ans, les Turcs ne firent pas différemment que les musulmans de l’Etat Islamique aujourd’hui, en massacrant 800 habitants d’Otrante qui refusaient de se faire musulmans. Otrante est en Italie, les Européens semblent avoir oublié aujourd’hui les horreurs commises par l’Islam sur nos terres.
Les Saints Martyrs d’Otrante (province de Lecce dans les Pouilles, en Italie) sont les 800 habitants de cette ville du Salento tués le 14 août 1480 par les Turcs conduits par Gedik Ahmed Pacha pour avoir refusé de se convertir à l’islam après la chute de leur ville.
Le 28 juillet 1480, une armée turque, venant de Valona (ville portuaire d’Albanie), forte de 90 galères, 40 galiotes et 20 autres navires (18.000 soldats au total) se présenta sous les murs d’Otrante.
La ville résista de toutes ses forces aux attaques, mais sa population composée seulement de 6.000 habitants ne put s’opposer longtemps au bombardement de l’artillerie turque. En définitive, le 29 juillet la garnison et tous les habitants abandonnèrent le bourg aux mains des Turcs en se retirant dans la citadelle tandis que ceux-ci commencèrent leur razzia, même dans les habitations avoisinantes.
Quand Gedik Ahmed Pacha demanda aux défenseurs de se rendre, ceux-ci refusèrent, et l’artillerie turque reprit le bombardement. Le 11 août, après 15 jours de siège, Gedik Ahmed Pacha donna l’ordre de l’attaque finale et réussit à enfoncer les défenses et à prendre le château.
Un terrible massacre s’ensuivit. Tous les hommes de plus de quinze ans furent tués et les femmes et les enfants réduits en esclavage. Selon certains rapports historiques, les tués furent 12.000 et les personnes réduites en esclavage 5.000, mais la taille de la ville ne semble pas confirmer ces estimations.
Les rescapés et le clergé s’étaient réfugiés à l’intérieur de la cathédrale afin de prier avec l’archevêque Stefano Agricoli. Gedik Ahmed Pacha leur ordonna de renier leur foi chrétienne, recevant un refus net, il pénétra avec ses hommes dans la cathédrale et les fit prisonniers. Ils furent tous tués et l’église fut transformée en étable à chevaux.
L’assassinat du vieil archevêque Stefano Agricoli fut particulièrement barbare, alors qu’il incitait les mourants à s’en remettre à Dieu, il fut décapité, dépecé à coups de cimeterres, sa tête fut embrochée sur une pique et portée par les rues de la ville. Le commandant de la garnison Francesco Largo fut scié vivant. L’un des premiers à être exécuté fut le tailleur Antonio Pezzulla, dit le Primaldo qui, à la tête des Otrantins, le 12 août 1480, avait refusé la conversion à l’Islam. Le 14 août Ahmed fit attacher le reste des survivants et les fit traîner au col de la Minerva. Là il en fit décapiter au moins 800 en obligeant leurs proches à assister à l’exécution.
Les chroniques rapportent que, pendant le massacre, un Turc nommé Bersabei, impressionné par la façon dont les Otrantins mouraient pour leur foi, se convertit à la religion chrétienne et il fut empalé par ses compagnons d’armes.
Toutes les personnes massacrées furent reconnues martyrs de l’Église et vénérés comme bienheureux martyrs d’Otrante. La plus grande partie de leurs ossements se trouve dans sept grandes armoires en bois dans la chapelle des Martyrs bâtie dans l’abside droite de la cathédrale d’Otrante. Sur le col de la Minerve fut construite une petite église qui leur fut dédiée, Sainte Marie des Martyrs.
Treize mois après, Otrante fut reconquise par les Aragonais.
Le 13 octobre 1481, les corps des Otrantins massacrés furent trouvés indemnes par Alphonse d’Aragon et furent transférés à la Cathédrale des Bienheureux Martyrs d’Otrante.
À partir de 1485, une partie des restes des martyrs fut transférée à Naples et reposa dans l’église de Sainte-Catherine à Formiello. Ils furent déposés sous l’autel de la Madone du Rosaire (qui commémore la victoire définitive des troupes chrétiennes sur les Ottomans lors de la bataille de Lepante en 1571). Par la suite les restes furent déposés dans la chapelle des reliques, consacrée par le pape Benoît XIII, depuis 1901, ils se trouvaient sous l’autel. 
Une reconnaissance canonique effectuée entre 2002 et 2003, en a confirmé l’authenticité.
Les reliques des martyrs sont vénérées dans de nombreux lieux des Pouilles, à Venise et en Espagne.
Un procès en canonisation commencé en 1539 se termina le 14 décembre 1771, quand le pape Clément XIV déclara bienheureux les 800 victimes du col de la Minerve et en autorisa le culte. Depuis ils sont les protecteurs d’Otrante.

mercredi 15 avril 2015

Quand les services turcs tuent en plein Paris

Ce 9 avril le quotidien Le Monde faisait connaître une décision du 11 mars : le gouvernement français acceptait de déclassifier es documents émanant de nos services de renseignement à propos d'une affaire qui remet en cause les relations d'État entre la France et la Turquie. (1)⇓
L'assassinat, le 9 janvier 2013, rue Lafayette, à Paris, de trois militantes kurdes pose en effet plusieurs problèmes, que l'on devrait examiner séparément. Depuis septembre 2014 le magistrat instructeur demande cette déclassification dans ces termes : « L’enquête judiciaire,écrit-elle, a mis en évidence que l’un des mobiles les plus plausibles de ce triple assassinat pouvait être mis en relation avec les activités supposées d’Omer Güney [le "tireur présumé" précise Le Monde] en France au sein des services secrets turcs (MIT). »
L'aspect le plus grave, du point de vue français, nous ramène en quelue sorte à l'énorme indignation que remua en son temps l'affaire Ben Barka, en 1965. La même question, 50 ans plus tard, est rappelée par l'avocat des victimes, Me Antoine Comte : « le silence de la France sur ces crimes reviendrait à accorder à des États étrangers le droit de tuer sur le sol français en toute impunité, et nous serions fous de croire que cela ne se reproduirait pas ».
Il y a un demi-siècle la liquidation sur notre sol d'un opposant marocain fut considérée comme un scandale d'État. Ceci avait conduit à la réforme de l'organigramme des services spéciaux français. Aujourd'hui, rien jusqu'ici.
Ne dissimulons pas qu'à quelques jours du Centenaire du génocide arménien de 1915, c'est aussi le rôle de plus en plus trouble du gouvernement turc dans les affaires du proche-orient qui se trouve visé.
D'autre part, en 2013, les trois victimes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Söylemez ont été tuées par balles au siège du Centre d’information du Kurdistan. Lié au PKK, cet organisme pose évidemment un problème inhérent à toutes les luttes de libération. Le"parti des travailleurs du Kurdistan", en tant que tel, a été classé parmi les organisations terroristes par l'Union européenne. On ne saurait en dire autant de tous les sympathisants de la cause kurde, auxquels l'État turc, jusqu'à une date récente, n'offrait aucune possibilité d'expression légale.
Le tribunal de grande instance de Paris, le 24 mars, jugeant une affaire mettant en cause des membres du PKK, a précisé – curieuse justice – dans une déclaration liminaire"que l’on devait désormais tenir compte de l’action du PKK contre l’État islamique".
L'État turc l'entend si peu de cette oreille qu'il déclare très officiellement considérer la révolte kurde, avec laquelle il cherche à négocier en position de force, comme plus dangereuse que l'État islamique. En 2014 au parlement d'Ankara un député kémaliste a même diffusé des documents tendant à prouver un soutien des services secrets turcs aux islamo-terroristes. Depuis lors l'ambiguïté de la participation d'Erdogan à la coalition anti "État islamiste" ne s'est jamais démentie. On a même pu présenter le nouveau patron du MIT comme "le contact de Daesh à la tête des services secrets"(2)⇓
La France et l'Europe peuvent certes exiger des exilés établis dans nos pays qu'ils y observent les lois. Mais on ne peut admettre que les services secrets d'Ankara viennent régler leurs comptes sur notre sol.
Or, depuis janvier 2013, l'identité du meurtrier des trois femmes Kurde est pratiquement établie. Il s'agit d'un nationaliste turc Omer Güney, aujourd'hui âgé de 32 ans. Il a été mis en examen dès le 21 janvier, "pour assassinat en lien avec une entreprise terroriste" et se trouve toujours en détention provisoire en France. Arrivé dans notre pays en 2011, après avoir résidé huit ans en Allemagne, se prétendant faussement kurde, il s'était infiltré parmi les militants de cette cause. On a pu établir, entre autres preuves de son infiltration, qu'il avait transféré 329 photos de fiches d'adhérents d'une association, photographiées sur son téléphone mobile durant la nuit qui a précédé les assassinats.
Depuis le 13 janvier 2014 on a connaissance d'un document confidentiel du MIT, service secret turc : un ordre de mission. La lettre, datant de 2012, deux mois avant le triple meurtre, fait la synthèse des informations recueillies auprès du « légionnaire », nom de code d'Ömer Güney. La démarche du MIT s'inscrit « dans l'objectif de déchiffrer les activités du PKK à Paris et en France, et de rendre inactifs les hauts membres de l'organisation. »
Depuis 3 ans, on sait de façon quasi officielle que des tueurs du MIT sont susceptibles d'opérer impunément dans nos pays.
Plus de deux années se sont écoulées depuis l'assassinat de trois femmes en plein Paris. On commence à voir poindre l'information, en relation avec le malaise de la participation officielle d'Ankara à la coalition anti-terroriste.
Dans mon livre sur "la Question turque et l'Europe"  (3)⇓ je crois avoir démontré le caractère permanent de cette ambiguïté, que j'appelle la "diplomatie de la chauve-souris". Elle rend impossible l'appartenance de ce pays à l'Union européenne. Il semble grand temps d'en tenir compte.
Et pour commencer il est temps que cessent les exactions des services turcs sur notre territoire.
JG Malliarakis
Apostilles
  1.  cf. Le Monde en ligne 09.04.2015 à 16h32… "Une enquête met en cause les services secrets turcs" 
  2.  cf. Présent N° 8295 du 17 février 2015. 
  3.  cf. "La Question turque et l'Europe" que l'on peut se procurer en ligne sur la page dédiée des Éditions du Trident ou en adressant par correspondance un chèque de 20 euros franco de port aux Éditions du Trident, 39 rue du Cherche-Midi, 75006 Paris en mentionnant le titre du livre commandé. 
→ Pour être tenu au courant de nos chroniques, il suffit de s'inscrire à la liste de diffusion de L'Insolent en adressant un message à : <courrier.insolent-subscribe@europelibre.com>

lundi 16 juillet 2012

La bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212)

Au XIe siècle, en Espagne, le califat omeyyade entre dans une phase de « décomposition ». En 1031, il n’y a plus de calife, et al-Andalus éclate en une multitude de petits États appelés taifas, sur des bases ethniques. La reconquête s’accélère pour les États chrétiens du Nord. En 1086, l’année qui suit la prise de Tolède, les rois des taifas appellent à l’aide les Berbères almoravides qui venaient de fonder un empire en Afrique du Nord. L’émir Yûsuf ibn Tashfin stoppe alors la reconquête en écrasant l’armée chrétienne à Sagrajas (1086) avant de rembarquer pour le Maroc.Les chrétiens parviennent néanmoins à rétablir la situation et l’expansion chrétienne reprend. En Afrique du Nord, la puissance almoravide s’effondre, remplacée par les Almohades. Ceux-ci débarquent en Espagne et s’opposent aux chrétiens, avec sur le plan militaire des hauts et des bas. En 1195 survient le désastre d’Alarcos pour les chrétiens, un traumatisme en Occident car survenant peu après la reprise de Jérusalem par les musulmans en Orient (1187). Les chrétiens sont repoussés jusqu’au Tage.
En 1199, le nouveau calife almohade, Muhammad an-Nasîr, souhaite en découdre avec les États chrétiens du Nord de la péninsule. Le calife est appelé chez les chrétiens le « Miramamolin » (déformation du titre al-Amîr al-Mu’Minin, « émir des croyants »). La puissance militaire de l’empire almohade est alors à son sommet et l’effroi se fait sentir jusque dans le Midi de la France : « à nous sont la Provence et le Toulousain, / jusqu’au Puy tout ce qui est au milieu ! » diraient les Sarrasins selon le troubadour Gévaudan. La trêve entre les Almohades et le royaume de Castille est rompue au milieu de l’année 1210.
I. Vers la bataille
Au milieu de l’année de l’année 1210, an-Nâsir décide de lancer une grande offensive contre la Castille pour abattre son plus redoutable ennemi. An-Nâsir proclame le djihad, traverse le détroit de Gibraltar avec une grande armée puis assiège la forteresse de Salvatierra. Mais les défenseurs de Salvatierra se défendent bien, au moment où Alphonse VIII de Castille ne peut pas riposter.
Lorsque Salvatierra chute, Alphonse VIII décide de rassembler l’ensemble de ses forces pour livrer une bataille rangée. Il envoie également des émissaires auprès des rois espagnols, du roi de France et du pape. Quelques troubadours deviennent les propagandistes de la cause castillane. Innocent III déclare la croisade et des prières pour la victoire s’organisent en France et à Rome. Un peu partout on s’enrôle pour partir combattre les Almohades.
Les croisés se regroupent à Tolède fin mai 1212. Parmi ces troupes, on retrouve le chef spirituel de la croisade contre les Albigeois, l’archevêque Arnaud Amaury de Narbonne. Les sources donnent un chiffre de 40.000 fantassins et 10.000 cavaliers. Le roi d’Aragon est venu accompagné de ses chevaliers, les rois du Léon et du Portugal ont envoyé des contingents. L’armée almohade se concentre à Séville. Elle se compose de Berbères, d’Arabes, de Turcs, de Noirs et d’un certain nombre de volontaires.
L’armée croisée progresse à la vitesse moyenne de 15 kilomètres par jour. Une chaleur étouffante accable les hommes et de ce fait un certain nombre de croisés désertent. Deux forteresses musulmanes sont prises : Malagon et Calatrava. De son côté, le calife avance jusqu’à la Sierra Morena et adopte une stratégie défensive. Les chrétiens avancent vers l’armée musulmane, tandis que le roi de Navarre Sanche VII arrive au dernier moment avec 200 chevaliers.
Le 14 juillet, les croisés établissent leur camp sur un haut plateau du versant sud de la sierra. An-Nâsir, qui ne les attendait pas là, essaie de les y expulser en provoquant immédiatement la bataille.
II. La bataille de Las Navas de Tolosa
Le lundi 16 juillet, l’armée croisée se range en ordre de bataille. « Jamais tant et telles armes de fer n’avaient été vues en Espagne » rapporte la Chronique latine des rois de Castille. Les chrétiens sont 10.000 à 14.000. Les Castillonais sont placés au centre, les Catalans et Aragonais à droite, les Navarrais à droite. Les autres croisés se sont placés dans les rangs castillans.
Face à eux, An-Nâsir aligne 20.000 à 25.000 hommes. Dans l’avant-garde et sur les flancs, des cavaliers turcs, berbères et arabes ; derrière la foule des volontaires pauvrement armée ; au centre et à l’arrière Almohades et Andalous avec une cavalerie lourde. Derrière l’armée musulmane, une enceinte fortifiée sur une colline.
La bataille débute par l’attaque des avant-gardes chrétiennes contre les cavaliers musulmans ; ceux-ci ripostent par une attaque rapide et un volte-face. Les croisés chargent alors les volontaires et les massacrent. Ils poursuivent l’effort mais se heurtent au centre de l’armée almohade. C’est à ce moment qu’arrivent les deuxièmes corps chrétiens. Les Almohades tentent sans succès d’attaquer les flancs des croisés pour les encercler.
An-Nâsir ordonne alors à son arrière-garde de partir au combat. Les croisés, exténués et ayant subi des pertes, supportent mal ce nouvel assaut. Les pertes sont nombreuses chez les chrétiens ; parmi les morts, le maître du Temple, le maître de Saint-Jacques et l’évêque de Burgos. Voyant le moment décisif arriver, les rois chrétiens chargent alors avec leurs troupes encore intactes. Les rangs musulmans s’effondrent. C’est une débandade.
Les chevaliers avancent vers la forteresse sur la colline. Les défenseurs luttent courageusement tandis que le calife abandonne le camp et part en direction de Séville. Finalement, les croisés pénètrent l’enceinte fortifiée du fort par plusieurs côtés. La bataille est terminée. Les musulmans continuent à fuir jusqu’à la nuit.
Les pertes sont mal connues : probablement quelques milliers de combattants pour les croisés, au moins 10.000 pour l’armée almohade.
III. Le début de la fin de la Reconquista
L’armée croisée mène dans les jours qui suivent des opérations militaires dans la région (prise des forteresses de Ferras, Navas de Tolosa, Vilches, Banos de la Encina ; capture de la ville abandonnée de Baeza ; capture de la ville d’Ubeda). Touchée par la dysenterie, l’armée chrétienne se retire fin juillet. A Calatrava, les rois rencontrent le duc Léopold VI d’Autriche, arrivé trop tard pour la bataille ! Les vainqueurs parviennent à Tolède où est organisée une grande cérémonie religieuse et populaire.
La bataille a un grand retentissement. « En Espagne, jamais il n’y eut une bataille comme celle-là » écrit l’évêque Luc de Tuy. Le 11 août 1212, l’archevêque de Narbonne Arnaud Amaury déclare au chapitre de l’ordre de Cîteaux : « Nous vous annonçons une nouvelle de grande joie, parce que Miramamolin, roi de Maroc, qui, selon ce que nous avons entendu de beaucoup, avait déclaré la guerre à tous ceux qui adoraient la Croix, a été vaincu et mis en fuite en bataille rangée par les adorateurs de la Croix. »
Sur le long terme, la bataille prépara la reconquête de l’Andalousie avec le passage de la Sierra Morena sous contrôle chrétien. Les Almohades se virent largement affaiblis militairement. La défaite atterra les musulmans tandis que les chrétiens virent dans leur victoire le « jugement de Dieu ».
http://www.fdesouche.com
Sources :
ALBANEL Laurent, GOUZY, Nicolas (dir.), Les grandes batailles méridionales (1209-1271), Toulouse, Privat, 2005.
MENJOT Denis, Les Espagnes médiévales. 409-1474, Paris, Hachette, 1996.

jeudi 31 mars 2011

Des origines à 1433 L’expansion chinoise

Avec près de 4000 ans d'Histoire, la Chine est la plus ancienne civilisation du monde perdurant aujourd'hui. Rassemblant plus du cinquième de l'humanité (1,300 milliard d'habitants en 2010), c'est le pays le plus peuplé du monde, et la deuxième puissance économique mondiale derrière les États-Unis.
Nous présentons ici les grandes lignes de son Histoire jusqu'en 1433, année qui voit le repli de l'empire sur lui-même, alors même que les Occidentaux sautent par-dessus les océans.
L'animation multimédia ci-jointe illustre l'évolution du territoire chinois et les phases successives d'expansion et de repli de ses dynasties.
La plus ancienne civilisation encore vivante
La civilisation chinoise est née dans le bassin du Fleuve Jaune, le Huang He. Elle est basée sur la culture du millet : le riz pousse bien plus au sud et ne deviendra un élément de la culture chinoise que beaucoup plus tard. La première dynastie historique est celle des Shang, qui apparaît vers 1750 avant JC. L'écriture chinoise est utilisée pour la divination. La hiérarchisation de la société et le culte des ancêtres sont déjà en place.
La dynastie des Zhou succède à celle des Shang en 1040 avant JC. Ils étendent le territoire chinois, mais doivent céder en retour une part de leur autorité à des seigneurs, ce qui met en place un système féodal. Les attaques des nomades restent menaçantes, ce qui contraint les Zhou à déplacer la capitale de Hao à Luoyang en 771 avant JC.
L'affaiblissement de la monarchie se poursuit au profit des seigneurs féodaux, ouvrant la période des «Printemps et Automnes» en 722. Un équilibre s'instaure entre différents États chinois.
Cette période troublée favorise l'essor de 2 courants de pensée vers 500 avant JC : le confucianisme d'une part qui prêche la fidélité au souverain et fait de l'époque monarchique des Zhou un âge d'or. Et le taoïsme d'autre part qui propose de se conformer au cycle de la nature sans chercher à le combattre. Ces deux courants vont solidement s'enraciner dans la culture chinoise, associés au bouddhisme qui naît précisément à la même époque en Inde.
C'est aussi à cette époque que la civilisation chinoise s'étend vers le sud au-delà du Yangzi ou Fleuve Bleu : elle commence ainsi à intégrer la culture du riz utilisée par les populations nouvellement sinisées. Tous les éléments de la société chinoise actuelle se mettent ainsi en place vers le Ve siècle avant JC.
Enfin, c'est aussi vers 500 avant JC que débute l'âge du fer en Chine : cela ouvre des guerres meurtrières entre les États, initiant la période des «Royaumes Combattants». C'est à cette époque que les premières «grandes murailles» sont érigées.
Le Premier Empereur
À partir de 300 avant JC, l'état Qin, habitué à faire face aux nomades, commence à acquérir une suprématie militaire. Tous les autres états tombent les uns après les autres : en 221 av JC, le Qin s'empare du dernier d'entre eux et réunifie ainsi la Chine. Son roi prend aussitôt le titre de Premier Empereur de Chine sous le nom de Shi Huangdi. Il met en place un régime autoritaire et centralisé. Pour rompre avec les divisions des siècles précédents, il uniformise l'écriture, les poids et mesures, et la monnaie. La dynastie Qin sera également à l'origine du mot «Chine» par lequel nous désignons le pays (ses habitants l'appellent quant à eux Zhongguo, «le pays du Milieu»).
Cette dynastie ne résiste pas à la mort de Shi Huangdi : les conflits entre prétendants s'achève avec l'avènement de l'empereur Gaozou (ou Gaozu), qui fonde la dynastie Han. Cela ouvre une période fondamentale dans l'Histoire de la Chine, tant et si bien que les Chinois se font appeler le peuple Han encore aujourd'hui. C'est à cette époque que le confucianisme s'enracine dans la culture.
L'apogée est atteint sous le règne de Wudi vers 100 avant JC. L'empire s'étend fortement vers le sud et le nord-est. À l'ouest, la route de la soie est ouverte grâce au contrôle des oasis : le commerce se fera notamment avec l'empire romain. Au nord, les nomades se font toujours menaçants.
L'autorité des Han finit par s'affaiblir, tant et si bien que Wang Mang s'empare du trône en l'an 9 de notre ère aux dépens de la dynastie Han. Réformateur ambitieux, il coalise contre lui les notables : il est assassiné en 23 et les Han retrouvent le trône. Ils déplacent alors la capitale à Luoyang.
Au IIe siècle après JC, l'autorité impériale s'affaiblit au profit de l'aristocratie, et les révoltes se multiplient. La capitale est mise à sac et la dynastie Han s'effondre en 220.
Les « Trois Royaumes »
La Chine se divise en trois royaumes. Au nord, le royaume de Wei est dominé par une aristocratie guerrière venue des steppes. En 265, la dynastie Jin y arrive au pouvoir et parvient à restaurer l'unité de la Chine en 280. Mais les nomades s'emparent de la capitale en 316 et les Jin doivent se replier au sud.
La Chine du nord connaît alors des guerres récurrentes sous la domination de barbares sinisés. Ceux-ci contribuent toutefois à la diffusion du bouddhisme dans le pays. La Chine du sud est plus calme mais l'autorité centrale basée à Nankin y est faible.
En 589, la Chine du nord parvient à s'emparer de la Chine du sud : la dynastie au pouvoir lance alors des grands travaux comme la restauration de la Grande Muraille, ou le creusement du Grand Canal pour amener plus facilement le riz vers le nord. Mais des révoltes conduisent à la fin de la dynastie en 618 : la dynastie Tang s'empare du pouvoir et va contribuer à restaurer le prestige de la Chine du temps des Han.
Rapidement, les Tang parviennent à contrôler le bassin du Tarim sur la route de la soie. Ils doivent principalement lutter contre les Turcs nomades au nord, et contre les Tibétains au sud-ouest. En 690, la régente Wu fonde sa propre dynastie et devient ainsi l'unique impératrice de toute l'Histoire de la Chine. Les Tang retrouvent toutefois le pouvoir dès 705. À partir de 750, ce sont les Arabes qui commencent à devenir menaçants à l'ouest. Peu après, les Tang doivent faire face à une révolte interne qui les affaiblit durablement : le contrôle de la route de la soie est perdu. Après 850, le pouvoir impérial se désagrège peu à peu jusqu'à la fin de la dynastie en 907 : la Chine se retrouve fortement morcelée.
Au nord, des peuples mongols, les Khitans, ont formé un empire qui prend le nom de Liao à partir de 946. À cheval entre les steppes et l'extrême nord de la Chine, l'empire Liao se sinise peu à peu. Au sud, la dynastie Song entreprend de réunifier la Chine et y parvient en 978. Peu après, des peuples apparentés aux Tibétains, les Tangut, forment leur propre empire au nord-ouest le long de la route de la soie. La Chine se retrouve ainsi durablement découpée en trois.
La Chine des Song connaît un développement remarquable, avec l'essor du papier-monnaie, de l'imprimerie, et de la poudre à canon. La Chine du sud, jusque-là marginale, commence à dominer démographiquement la Chine du nord.
En 1125, les Djurtchet, ancêtres des Mandchous, s'emparent de l'empire Liao et fondent l'empire de Jin. Au sud, ils repoussent la Chine des Song jusqu'à ce qu'un équilibre des forces s'institue. La Chine du sud est devenue bien plus riche et peuplée que la Chine du nord, et son essor économique se poursuit.
En 1206, les Mongols sont fédérés par Gengis Khan. Par le biais d'attaques extrêmement destructrices, ils abattent le royaume des Tangut en 1209, puis l'empire de Jin en 1234. La conquête de la Chine du sud est plus lente car le milieu est moins favorable à la cavalerie : les Mongols en viennent à bout en 1279.
La fin de la « Chine classique »
Kubilay Khan s'affiche ainsi comme empereur de Chine et fonde la dynastie Yuan, dont Pékin devient la capitale. Avec lui prend fin la première grande période de l'histoire chinoise, que les historiens qualifient de «classique».
Les Chinois supportent mal la domination mongole, mais l'immense territoire mongol permet de rouvrir la route de la soie : c'est l'époque où Marco Polo atteint la Chine.
À partir de 1350, des révoltes commencent à éclater depuis la ville de Nankin : en 1368 est fondée la dynastie Ming qui obtient rapidement le contrôle sur toute la Chine.
Au début du XVe siècle, la Chine se lance dans de grandes expéditions maritimes sous le commandement de l'amiral Zheng He, qui le mènent jusqu'en Afrique orientale. Mais le coût de ces opérations amène la Chine à se replier sur elle-même après 1433, tandis que la capitale est transférée de Nankin à Pékin.

La Chine laisse ainsi le soin aux Portugais et aux Espagnols d'explorer le monde et commence alors à accumuler un retard croissant vis-à-vis des Occidentaux. Ce profond déclin va durer cinq siècles et ne s'achèvera qu'en 1979.
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samedi 29 janvier 2011

1248 : En route pour la Croisade

Tandis que les princes et les seigneurs avaient de plus en plus recours à son arbitrage, Louis IX préparait la croisade qu'il avait juré d'entreprendre quatre ans plus tôt.
On venait juste d'apprendre que les Turcs avaient pris Jérusalem…
Cette année-là, la vingt-deuxième de son règne, Louis IX, trente-quatre ans, s'embarquait pour la croisade. Le temps était venu, dit Jacques Bainville, de « pousser les qualités de la race capétienne jusqu'à la sainteté ».
Pieux et juste
Depuis son accession au trône, il s'était nettement affranchi de la tutelle très autoritaire de sa mère Blanche de Castille et avait déjà révélé son âme de chef volontaire, toujours pieux et juste. Tandis qu'il apaisait avec beaucoup d'humanité le drame du Midi languedocien, le roi anglais Henri III, pourtant son beau-frère, n'avait pas hésité à encourager les féodaux français à la rébellion. Ce Plantagenêt, arrière-petit-fils de la trop légère Aliénor d'Aquitaine, admettait mal qu'Alphonse, frère de Louis, fût investi du comté de Poitiers. Une guerre s'en était suivie, mais Louis avait bien vite, au pont de Taillebourg sur la Charente en 1242, puis à Saintes la même année, infligé une bonne leçon à Henri III ainsi qu'à ses turbulents comparses, le Poitevin Hugues X de Lusignan et le Languedocien Raymond VII, comte de Toulouse, encore mal consolé d'avoir dû céder devant l'ordre capétien…
Puis s'était réchauffée la querelle du sacerdoce et de l'Empire, autrement dit entre le pape Grégoire IX, puis son successeur Innocent IV, et le terrible empereur germanique Frédéric II de Hohenstaufen. Prudent, pieux mais non clérical, Louis XI n'avait pas engagé la France aux côtés du pape, plaidant même pour la levée de l'excommunication de Frédéric. Il n'en avait pas moins fait reculer ce dernier qui avait osé tenter un coup de force contre le pape.
Tandis que les princes et les seigneurs avaient de plus en plus recours à son arbitrage, le souci essentiel de Louis était alors de préparer la croisade qu'il avait juré d'entreprendre en 1244 au sortir d'une très grave maladie. On venait juste d'apprendre que les Turcs avaient pris Jérusalem et massacré les chrétiens réfugiés dans l'église du Saint-Sépulcre.
Un joyau de pierre et de verre
L'entreprise était périlleuse d'autant que la querelle de plus en plus violente entre l'empereur et le pape retenait en Europe bon nombre de chevaliers. Le roi d'Angleterre, quant à lui, n'était pas mécontent de voir son rival aller seul au-devant de grandes difficultés. L'armée serait donc composée de Français, avec seulement quelques chevaliers anglais, germaniques et norvégiens. Louis avait toutefois su renforcer ses forces spirituelles. Rythmant sa journée d'actes de dévotion, il avait aussi acheté à l'empereur de Constantinople, Baudouin de Courtenay, la Couronne d'épines, puis un morceau de la vraie Croix, et avait fait bâtir pour abriter ces saintes reliques ce joyau de pierre et de verre qu'est la Sainte Chapelle au coeur de Paris, tout juste achevée au début de 1248. C'est là que, nu-pieds, le 12 juin, le roi porta ces témoignages de la Crucifixion, avant d'aller lever l'oriflamme à Saint-Denis et entendre la messe à Notre-Dame.
En route !
Il quittait la capitale avec son épouse Marguerite de Provence dont il ne pouvait se passer et deux de ses frères, Robert comte d'Artois et Charles comte d'Anjou, laissant à sa mère Blanche de Castille, soixante ans et toute en larmes, une nouvelle fois la régence d'un royaume alors en paix et la garde des quatre enfants royaux. L'autre frère du roi, Alphonse comte de Poitiers, devant aider sa mère, rejoindrait le voyage dans quelques mois.
Le but de l'expédition était, dans un premier temps, d'atteindre l'Égypte, pour y intimider le sultan qui soutenait les Turcs. Pour cela on ferait escale à Chypre pour rassembler les forces : une flotte de 1 800 bateaux en partie achetés à Gènes et à Venise, 3 000 chevaliers, 6 000 écuyers, 5 000 arbalétriers, 10 000 piétons et 8 ou 9 000 chevaux.
Aigues-Mortes
L'armée faisait donc route en cet été 1248, par la Bourgogne, puis la vallée du Rhône s'arrêtant dans les abbayes pour y célébrer la messe et entonner le Domine salvum fac regem ! On se dirigeait au plus vite vers Aigues-Mortes, port que le roi avait fait créer, avec ses impressionnantes murailles fortifiées au milieu des étangs, surmontées du phare de la Tour de Constance. Les vents étant favorables, on prit la mer le 28 août en chantant le Veni Creator. Le sire de Joinville allait commencer de rédiger son historiographie.
Le 17 septembre on arrivait à Chypre où le roi Henri de Lusignan accueillit le roi et la reine à Nicosie. À la grande colère de Louis on y perdit du temps : cohabitation difficile entre seigneurs de toutes origines, entre princes d'Orient et d'Occident, voire entre les ordres religieux, notamment Templiers et Hospitaliers… On était encore dans l'île à la fin de l'année, tandis que Louis peaufinait son plan de débarquement en Égypte, dans un lieu évidemment tenu secret. Le moment approchait du grand héroïsme. Saint Louis allait percer sous Louis IX…
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 5 au 18 novembre 2009

lundi 15 février 2010

Eté 1999


Eté 1999, attablée à la terrasse d’un kaféneion à Folégandros, petite île minuscule des Cyclades, je jette un œil sur le journal Grec, j’essaie de déchiffrer le titre. Une vieille femme, vêtue de noir me sert un café noir très serré accompagné d’un verre d’eau. Son regard a suivi ma tentative de lecture.
- « L’actualité grecque t’intéresse me demande-t-elle, dans un français sans accent » ?
Sans attendre ma réponse, elle poursuit : « Si tu veux, je vais te raconter une histoire, que tu ne trouveras pas dans les journaux actuels et encore moins dans les guides touristiques ».
Dix ans plus tard, les images des émeutes à Athènes d’il y a quelques jours et la position de l’Union européenne sur le cas Grec font remonter à la surface les propos tenus par cette dame au visage parcheminé.
« Je n’avais pas dix ans lorsqu’en 1922, des dames de l’Assistance Publique m’ont recueillie au port du Pirée, où je venais d’échouer avec de milliers d’autres réfugiés d’Asie Mineure
(Les Turcs chassèrent 1,5 millions de Grecs après en avoir massacré autant). J’ai terminé l’école primaire à l’orphelinat, puis plongée dans la vie toute seule, sans bouée de secours, sans rien demander à personne, sans me laisser dévoyer, sans me laisser avilir. Un jour je mangeais, l’autre pas. Eté comme hiver, je portais la même jupe en laine. J’allais le matin au lycée et plus tard à l’Université et le soir dans une filature à Néa Ionia (Banlieue d’Athènes où s’installèrent en grand nombre les réfugiés d’Asie Mineure). Ce furent des années difficiles, impitoyables, années d’indigence et de solitude, mais aussi d’obstination à s’en sortir, à ne pas reculer devant la misère et le désespoir, à ne pas capituler, à ne pas se rendre. Des fois ma volonté chancelée, alors je me remémorais ces jours terribles en Asie Mineure où je courrais devant la cavalerie turque pour arriver jusqu’à Smyrne, au port, comme les autres réfugiés, dans l’attente d’un bateau ; le salut.
Et puis la guerre est arrivée très vite. A nouveau, la vie est menacée et tu dois choisir. Tout de suite, je me suis retrouvée dans le maquis avec l’ELAS (La principale organisation de résistance grecque). J’ai connu le terrible hiver 1941/1942 ou 300 000 personnes sont mortes de famine. De héros de la libération, nous sommes devenus des martyrs dans notre propre pays, victimes des nouveaux occupants britanniques puis américains. Les accords de Varkiza en 44, nous ont conduits à la guerre civile. De tous les pays européens, la Grèce est le seul à avoir connu plus de morts civils que militaires et ce bien après la chute du Nazisme.
Tout montrait qu’après la guerre les Alliés s’étaient partagé le monde, Anglais, Américains, Soviétiques, chacun avait pris sa part du butin, il était libre d’agir à sa guise dans sa zone bien délimitée, sans avoir de compte à rendre à quiconque. En Grèce, les militaires et policiers qui avaient collaboré avec les Allemands et les Italiens, s’étaient mis au service des Américains, leur prêtaient main forte pour régenter le domaine qu’ils avaient hérité des Anglais en 45.La guerre civile leur a permis d’expérimenter de nouvelles armes comme le napalm dans les montagnes de l’Epire, la Thrace ou la Macédoine. Alors qu’on fermait les camps en Allemagne et ailleurs, ici on en ouvrait avec la bénédiction des Américains. Mais ces camps- là, personne ne les dénonçait. Des journalistes aux organisations humanitaires, pas une ligne, pas une photographie.
Et à mon tour, je me suis retrouvée un beau matin sur le quai du Pirée, avec les Alphamites
(auxiliaire de police), en partance pour « un centre de rééducation civique », installé sur l’îlot désertique de Makronissos. La police politique l’Asfalia avait bien fait son travail ; ils avaient les moyens, le temps et l’argent. D’un bout à l’autre de la Grèce, des milliers d’hommes travaillaient pour eux. Des centaines d’informateurs à scruter, épier, écouter, noter, à surveiller les visites, les fréquentations, à faire parler les gosses. Même les croque- morts travaillaient pour la Sûreté lors des enterrements : ils tendaient l’oreille dans la maison du défunt quand toute la famille arrivait et que les langues se déliaient, qu’on se révélait des secrets intimes, des faits, des noms. On organisait des rafles à la recherche des anciens résistants. Imagine l’ELAS comptait 2 millions de membres pour un pays de 7 millions d’habitants !
La vie dans les camps de concentration puisque c’est bien ainsi qu’il faut les appeler était monocorde, les jours succédaient aux jours. Et de temps en temps, tu avais droit à la question. On t’empoignait et te renversait sur une chaise solidement attaché. A coup de latte de bois ou de bâton en fer, on faisait pleuvoir les coups sur la plante des pieds. Le plus dur c’étaient les premiers sur les hématomes du précédent passage à tabac. Puis ensuite, tes pieds meurtris se mettaient à gonfler et tu ne ressentais plus rien. Alors les Alphamites te versaient de l’eau salée sur les plaies. La douleur était atroce, intenable. A ce moment là, on sortait du tiroir une déclaration de repentir à signer. Même lorsque le parti a fait circuler le message déclarant que nous étions libres de signer, je n’ai jamais signé. A quoi bon la liberté si tu as perdu ta dignité ?
Voyant que je résistais, j’ai eu droit à la visite d’un gradé.
- Qu’est-ce- que tu espères, que les bolcheviks vont te libérer, ce sont eux qui vous ont vendus à Yalta ?
Etaient-ils bolcheviks ceux qui pendant l’occupation avaient bâtis des écoles et des orphelinats pour les enfants, un fusil dans la main droite et dans l’autre l’Iliade ?
On ne s’est pas battus pour les bolcheviks mais pour la Grèce. Nous n’avions pas d’autres choix dans ces années là. Que nous restait-il d’autre que la lutte et l’espoir de la liberté et l’indépendance ? Si être communiste c’est défendre son pays contre l’occupant alors oui je suis communiste. On prend le fusil qu’on vous tend et on se lance dans la bataille, sans se préoccuper de savoir si ses aspirations deviendront un jour réalité, il ne te vient pas à l’esprit de demander des garanties écrites de l’Histoire.
Peu à peu, on se rend compte que l’on n’est pas comme les autres, que l’on appartient à la petite armée de la nuit et de la dignité ; c’est ainsi on n’y peut rien, on n’est pas fort pour se battre au côté de la multitude mais du petit nombre, d’une poignée d’hommes.
Je les connais les torts de Staline, je les connais ses injustices, je sais bien qu’avec Churchill et Roosevelt il a partagé l’Europe comme si c’était une tarte, en nous disant, à nous autres communistes grecs, de cosigner le partage, d’accepter sans broncher que la Grèce devienne un protectorat anglais.
Et pourtant j’ai pleuré quand le Parlement russe, en Août 91 a abrité les derniers communistes, face aux tanks de Eltsine. Je me disais : « Réveillez-vous, ouvrez les yeux, vous allez devenir des mendiants réduits à demander l’aumône aux Américains et aux Allemands, à vous courber devant les uns et les autres comme des moujiks au temps de vos pères à vous prosterner face contre terre. ».
Les téléspectateurs ont vu des hommes ensanglantés, monter à coup de crosse dans les camions militaires. Voilà ce qui vous arrivera si vous vous révoltez contre le nouvel ordre mondial ! Ouf, a-t-on entendu, dans les cénacles du pouvoir mondial, en levant son verre, nous sommes, enfin, débarrassés des derniers exaltés de ce siècle !
Que peut-on attendre d’une époque qui ne sait que détruire, supprimer, d’une société qui méprise la pensée politique et idéologique, qui force les hommes à penser tous de la même manière ? Pour comprendre ce qui nous pend au nez, il suffit de voir avec quelle haine les « bien- pensants » se jettent sur moi aujourd’hui encore malgré mon âge, lorsque tu leur dis que tu as une patrie, une langue, une religion. Nous sommes la Nation la plus vieille d’Europe, souvent envahie au cours des siècles et si nous avons survécu, ce n’est pas uniquement parce que nous nous sommes battus farouchement pour cette terre, mais aussi parce que nous avons défendu avec acharnement notre héritage culturel, notre histoire et nos traditions, la langue que nous parlons. Même si nous avons vécu sous le joug ottoman, notre âme ne s’est jamais laissée asservir. A la différence d’autres peuples, nous ne nous sommes accommodés d’aucun conquérant, nous n’avons pas renié notre passé, pas trahi nos ancêtres.
-Tu sais pourquoi ?
Parce que nous avons compris depuis belle lurette qu’il n’y a pas de Grèce possible sans civilisation grecque, sans art grec, sans langue grecque, sans respect pour le passé, pour l’Histoire. De nos jours, ces notions sont dépassées, négligeables, mais tu verras, petite, dans l’avenir elles prendront une grande importance, ce seront nos seuls remparts contre les nouvelles barbaries. L’Hellénisme n’a jamais lutté pour la puissance, pour le pouvoir et l’argent, mais pour de l’immatériel, pour l’honneur, pour la liberté et sa dignité. Si aujourd’hui, l’Union européenne nous voit d’un mauvais œil, c’est parce que nous venons d’autres horizons, que nous ne sommes pas du même monde, c’est parce que notre présence rappelle les plus nobles conquêtes de l’esprit humain, des vertus et des valeurs qui n’ont pas cours dans la Tour de Babel de l’Union européenne et qui ne s’accordent pas avec les totalitarismes que nous réservent la « soi-disant fin des idéologies » du post- communisme.
Je ne serai sans doute plus là pour le voir, mais toi, ma fille, tu assisteras au retour des nations et en tant que grecque, tu es dépositaire de 5 000 ans d’Histoire, ne l’oublie, jamais. »
Lentement, elle s’est levée, rejoindre un couple de clients à une table voisine, silhouette fluette. Ombre d’un passé méconnu.
La prochaine fois que vous vous rendrez en Grèce, et si vous croisez une vieille femme assise sur son âne, regardez bien ses pieds et vous comprendrez.
Eléonore B
PS : Pour ceux qui veulent pousser plus loin, lire la thèse de Christophe Chiclet, les communistes grecs dans la guerre, l’harmattan, 1987.