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mardi 29 septembre 2020

De grands ancêtres politiquement très incorrects

 

De grands ancêtres politiquement très incorrects.jpeg« Il conviendra de refouler impitoyablement tout étranger qui cherchera à s'introduire sans passeport ou titre de transport valable » Dérapage de Jean-Marie Le Pen ? Non, il s'agit d'une consigne donnée en 1937 par Marx Dormoy, ministre de l'Intérieur du Front populaire.

« Il faut limiter, sur le plan ethnique, l'afflux des Méditerranéens et des orientaux », « priorité aux naturalisations nordiques », puis aussi « C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns […], mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. » Confidence imprudente de Philippe de Villiers ? Vous n'y êtes pas : ces propos ont été tenus par Charles De Gaulle, en 1945 et 1959.

Et encore : « L'avortement est un échec, un traumatisme, un mal et chacun souhaite en voir diminuer le plus possible le nombre. ». Envolée lyrique de Christine Boutin ? Encore raté c'est une déclaration d'Hélène Missoffe, député UDR et mère de Françoise de Panafieu, en 1974. Une dernière, proférée à rencontre d'un groupe d'homosexuels : « Allez vous faire soigner, bandes de pédérastes ! ». Coup de sang de Christian Vanneste après un dîner arrosé ? Point du tout, l'auteur en est, en 1971, Jacques Duclos, dirigeant du Parti communiste. La liste de ces improbables "perles" est longue. Dans son dernier livre La République amnésique, le jeune avocat Thierry Bouclier, avec l'érudition méticuleuse qu'on lui connaît (il est aussi l'auteur de biographies de Tixier-Vignancourt et de Poujade), se charge avec humour et finesse de les traquer, tapant ainsi gentiment sur l'épaule de nos censeurs, qui feignent d'ignorer que les idées et propos de leurs héros et maîtres à penser, propulsés par l'hagiographie officielle au rang de saints laïcs, tranchent quelque peu avec l'actuel "politiquement correct".

Patrie, colonisation, peine de mort, sécurité, préférence nationale. Ces vilains gros mots, bannis dès l'école maternelle du vocabulaire pudibond des gens comme il faut, sont autant de thèmes explorés méthodiquement par Thierry Bouclier. Et le résultat est fascinant, c'est, pêle-mêle, Jean Moulin, Jules Ferry, Jean Jaurès, et plus près de nous Georges Marchais, François Mitterrand, le Chirac des années 80 et bien d'autres encore qu'il faudrait traîner devant la justice. Et Thierry Bouclier de poser cette question réjouissante pourquoi l'Eglise catholique serait-elle la seule à faire repentance, à battre sa coulpe sur la poitrine de ses pères, la seule à faire pénitence de ses péchés mortels, sans espoir de miséricorde, devant le tribunal de la grande inquisition médiatique ? Débaptisons les rues, les écoles, les aéroports, sortons les cendres du Panthéon ! Un ouvrage amusant, étayé, didactique aussi comme peut l'être l’Historiquement correct de Jean Sévilla pour prendre mesure de la folle dérive des idées depuis quarante ans, pour mettre les pendules à l'heure, l'Histoire à l'endroit, et le nez de nos Torquemadas à Rollex dans leur insondable tartufferie.

La République amnésique, Thierry Bouclier, éditions Rémi Perrin, 192 pages, I6 €

G.C. monde&vie n°801 11 octobre 2008

samedi 19 novembre 2011

Madeleine Rebérioux, une «collabo» des droits de l'homme

Pour le 1er janvier, le gouvernement socialiste a fait de Madeleine Rebérioux un officier de la Légion d'honneur. Une consécration pour cette universitaire ex-stalinienne qui, notamment comme président de la Ligue des droits de l'homme, n'a cessé de conchier, depuis des décennies, les valeurs nationales.

Madeleine Rebérioux est née le 8 septembre 1920 à Chambéry (Savoie). Elle a effectué de brillantes études : École normale supérieure, agrégation d'histoire-géographie (où elle est reçue première), docteur en sciences humaines. Féministe à tout crin, elle a évidemment enseigné à la faculté "alternative" de Paris VIII-Vincennes, puis à Saint-Denis, de 1969 à 1988. Chargée de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales, le must de la recherche universitaire en France, elle y est, en parallèle, responsable pour le CNRS d'un groupe de recherches sur le travail et les travailleurs en France aux XIXe et XXe siècles. Elle a également été vice-présidente du Musée d'Orsay, le musée du XIXe siècle voulu par Valéry Giscard d'Estaing, de 1981 à 1987, son vieil ami François Mitterrand ne pouvant faire moins que de lui donner un petit coup de pouce.

Pourtant cette si traditionnelle pétitionnaire des comités de gauche ou d'extrême gauche, si peu photogénique avec sa "gueule tordue", a très longtemps milité chez les "camarades", les admirateurs de Lénine, Staline et consorts. Elle avait en effet adhéré au parti communiste, en Alsace, dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, participant à sa commission des historiens. On la retrouvera dans les opérations de soutien au FLN algérien, évidemment au nom des "droits de l'homme", homme de préférence de gauche et étranger. Elle sera donc un pilier du Comité pour la défense des libertés, qu'elle avait initié en 1952 contre la guerre en Corée (contre Ridgway la peste et pour obtenir la libération de Jacques Duclos), et qui deviendra le Comité pour la défense des libertés en Algérie en 1957. Elle figure également comme secrétaire générale du Comité Maurice Audin (1959-1962), du nom de cet étudiant finalement liquidé par les forces spéciales pour ses actions pro-FLN et antipatriotiques, y figurait alors comme trésorier, curiosité de l'histoire, un certain professeur Luc Montagnier, qui passe aujourd'hui pour un parangon de libéralisme. Elle collaborera évidemment à sa revue, Vérité-Libertés.

Dans le même temps, elle ne se trompait pas en votant "oui" au référendum sur l'Algérie de De Gaulle. Signe de son inconscience, elle avoue avoir agi par pure haine du colonialisme. Dans El Watan (21 mai 1992), elle reconnaît donc : « À l'égard de l'Algérie, j'ai eu une position très compliquée. Je n'attendais rien de la révolution algérienne, sauf son indépendance. C'était le plus important. Je n'avais pas d'hypothèse sur ce que l'Algérie pouvait devenir une fois indépendante. D'ailleurs cela ne m'intéressait pas. Je pensais que c'était malsain, même de m'y intéresser. » Le fait qu'une majorité de la population, pour ne parler que des femmes, se soient retrouvée plus de cinquante ans en arrière n'a jamais effleuré l'esprit de cette fausse militante des droits de l'homme.

Par la suite, dans la foulée, elle milite contre l'intervention américaine au Vietnam, suivant en cela les consignes de Moscou : elle animera donc le très efficace et activiste Collectif intersyndical universitaire contre la guerre du Vietnam de 1965 à 1969, et participera aux activités du Front de solidarité Indochine (PSI). Sans doute gagnée par le prurit gauchiste post-soixante-huitard, elle finira par être recalée de sa cellule en 1969, pour avoir apporté son soutien à la création d'un hebdomadaire d'extrême gauche, Politique-Hebdo. Elle n'en demeurera pas moins un fidèle "compagnon de route", n'ayant jamais eu, en fait, de véritable désaccord avec le marxisme. On la voit ainsi signer des pétitions en 1990 en faveur de rénovateurs du communisme, une variété européenne du communisme post-soviétique. Elle était suffisamment bien en cours pour que Révolution, l'hebdomadaire du parti communiste, lui donne encore la parole en juillet 1992.

Entre-temps, elle avait rejoint, dès 1962, la Ligue des droits de l'homme, fondée et contrôlée par le parti socialiste. Elle entre à son comité central, avec Pierre Vidal-Naquet, en 1964, et en deviendra vice-présidente en 1982. En parallèle, elle figure dans les réseaux de soutien aux organisations d'extrême gauche ou de libération du tiers-monde, souvent manipulés par les Soviétiques et leurs clones. On la retrouve, par exemple, comme administrateur de l'Association Henri-Curiel, du nom de ce communiste finalement abattu pour ses activités interlopes et bien connu des services de police et de contre-espionnage (voir les livres de Roland Gaucher et de Gilles Perrault). Une collaboration qui date de loin puisque Roland Gaucher écrit dans son livre sur Curiel et son réseau, dans un passage sur la guerre d'Algérie : « Madeleine Rebérioux [...] appartient à cette catégorie de membres du parti, à moitié dans l'opposition comme Leduc ou Pronteau, qui sont en rapport avec Curiel. On la retrouvera parmi les membres de l'Association des amis d'Henri Curiel. La guerre d'Algérie terminée, elle présente Vidal-Naquet à Curiel dans le square de la Bibliothèque nationale. »

Elle présidera longtemps la commission Extrême-droite de la Ligue des droits de l'homme, au moment même où les idées nationales trouvent enfin à s'incarner politiquement dans un parti, le Front national. Cette commission Extrême droite, de sinistre mémoire, reçut de gros appuis après l'arrivée au pouvoir de la gauche socialiste. Gilles Perrault (propos corroborés par Emmanuel Ratier avec des documents ultra-confidentiels dans son livre sur le B'naï B'rith), a raconté comment ils avaient été contactés pour organiser, avec le ministère de l'Intérieur (et le B'naï B'rith en arrière-plan), un système totalement illégal de fichage des militants et des publications nationalistes. On retrouvera l'un de ses principaux animateurs par la suite dans les milieux si doctes de la politologie, glosant sur les variantes auvergnates du GRECE ou les préférences gastronomiques des dirigeants du FN. À l'époque, aux côtés d'une Rebérioux, il se préparait, si besoin était, à dresser d'interminables listes de nationalistes. 

Les camps n'ont jamais été l'apanage de la droite. La vision de notre sainte Madeleine était si ratiocineuse, si flicarde et maniaque que, même les Nouvelles littéraires (2 novembre 1985) lui attribuèrent une « vision policière de l'histoire ». On lui doit donc une série d'ouvrages bourrés d'erreurs, tel L'extrême droite en question. En 1991, elle succède à M. Yves Jouffa comme présidente de la Ligue des droits de l'homme, une consécration dans le petit milieu intellectuels et un vrai brevet de démocratie antifasciste. En parallèle, les prébendes et les distinctions ne cessent de tomber : direction de la revue Le Mouvement social, présidence de la Société d'études jaurésiennes, administrateur de l'Association des amis de Georges Sorel, présidence de l'Association française pour les célébrations nationales (1982-1986), animation des célébrations du cinquantenaire du Front populaire en 1986, etc. À la demande de sa "copine" Yvette Roudy, elle a même trouvé le temps de présider la commission non-gouvernementale chargée d'établir un rapport sur la situation des femmes en France au début de l'ère socialiste.

Lorsque éclatera l'affaire Boudarel, elle se portera évidemment à la rescousse, prenant la défense de l'odieux kapo communiste. Dans une vision très particulière de l'histoire (on n'ose croire qu'elle pratique ainsi lorsqu'elle étudie le mouvement social... ), elle déclare (La Croix, 6 mai 1991) :
« Toute cette affaire a été montée par l'extrême droite afin de faire condamner Boudarel pour crimes contre l'humanité et de le renvoyer ainsi dos à dos avec les Barbie, Touvier ou Bousquet. Il n'y a pourtant aucune commune mesure entre la barbarie nazie et une propagande procommuniste effectuée dans un camp de prisonniers. Or il n'existe aucune preuve que Georges Boudarel, que je sais plein de remords et que je considère comme un homme estimable [sic], ait effectué autre chose en Indochine que de la propagande, comme d'autres en ont fait dans les camps de Pétain. »

Fermez le ban : il n'y a de droits de l'homme que pour ceux de gauche. Un homme de droite n'est d'ailleurs pas un homme.
Gabriel LINDON National Hebdo du 7 au 13 janvier 1999

lundi 7 septembre 2009

Comment la CGT du Livre a pris en otage la presse française

Le 30 octobre dernier, la quasi-totalité des quotidiens nationaux a été empêchée de paraître, en raison d'une grève des ouvriers du Livre CGT protestant contre un plan de restructuration des NMPP. Une fois n'est pas coutume, les éditorialistes des titres concernés - Le Monde et Libération compris - ont condamné le mouvement avec véhémence. Voilà pourtant longtemps que la CGT du Livre prend la presse en otage. Ancien rédacteur en chef du Parisien à l'époque où ce titre appartenait à Emilien Amaury, notre collaborateur Bernard Cabanes apporte ici un témoignage de première main sur les méthodes des syndicalistes communistes.

Abordons-nous, avec la présente crise, une nouvelle ère de sabotages professionnels ? Celui des caténaires de la SNCF encouragera-t-il les violents à frapper à nouveau nos ports et nos journaux ? La récente grève de la distribution des quotidiens parisiens peut le faire craindre, de même que le refus de la loi du 4 juillet par les responsables cégétistes des ports de Marseille et du Havre. Les dockers et grutiers formaient, avec les égoutiers et les ouvriers du Livre CGT, l'un des trois monopoles syndicaux stratégiques dont le pacte Hitler-Staline d'août 1939 accentua le caractère totalitaire. En dépit des diversions officielles, le sabotage a des racines profondes dans le passé d'un syndicalisme français par trop politisé.
Un petit tour en arrière s'impose. Le socialiste Léon Jouhaux, patron de la CGT triomphante en 1936, reste en 1942 à la tête de la CGT clandestine au sein du mouvement Libération en zone Sud. Mais le Livre parisien CGT connaît une évolution bien différente dans Paris occupé. Entre alliés qui se partagent la Pologne et l'Europe du Nord, la fraternisation est de rigueur. L'occupant est reconnaissant des efforts communistes de désarmement de la France et cégétistes de sabotage de son armement. Devenu Corporation du Livre, le Livre parisien CGT imprimera sans une grève, de juin 1940 à août 1944, le Pariser Zeitung et les journaux des deux partis de la collaboration, dirigés par l'ex-député communiste de Saint-Denis Jacques Doriot et l'ex-dauphin de Léon Blum à la tête de la SFIO, Marcel Déat. Revenu de Bruxelles à Paris avec les avant-gardes allemandes le 14 juin 1940, Jacques Duclos couvre les dirigeants du Livre, qui festoient avec l'occupant et communient avec lui dans le souvenir des cégétist fusillés « par l'impérialisme » comme saboteurs en 1939-1940. L'agression hitlérienne contre l'URSS n'y change rien. Staline attend son tour de saboter notre économie.

Eliminer le « journal bourgeois lu par la classe ouvrière »

Reprenant le label cégétiste à la Libération, Corporation du Livre parisien impose son monopole en excluant des ateliers libérés les ouvriers de la CFTC qui ont imprimé la presse clandestine dans les caves de l'hôtel Sangnier, boulevard Raspail. Elle maintient le nombre de 5 équipes quand la pénurie papier réduit les quotidiens à un feuillet face et dos, pour multiplier ensuite par le nombre de pages. Sabotage évident : les 65 journaux nés de la Libération croulent sous le poids des charges résultant de cette inflation des effectifs. Parmi ses victimes figurent Le Populaire du PS, L'Aube du MRP et, plus tard, La Nation de l'UNR. Le débat politique disparaît, ce dont la V' République s'accommode : elle enterrera la loi Moisan d'avril 1956, qui interdit la discrimination syndicale dans l'embauche. Des partis de gouvernement, seul le PC conservera son quotidien, L'Humanité, même sans lectorat.
Mais le tirage du Parisien lui fait de l'ombre au point qu'en novembre 1974, ce quotidien tombe sous le coup d'un oukase de Boris Ponomarev, secrétaire du Département international du PC de l'Union soviétique, ordonnant aux « détachements étrangers » l'élimination du « journal bourgeois lu par la classe ouvrière ».
La CGT, docile, sabote sa distribution : cinq mois durant, des réunions d'équipes en cascade lui font rater les trains. Le petit format du Parisien, qu'Emilien Amaury m'a confié, survit seul à la grève générale illimitée avec occupation de ses deux imprimeries parisiennes déclenchée en avril 1975. Alignant alors 10 000 imprimeurs ou supposés tels, le Livre parisien CGT lancera jusqu'à 1 200 hommes contre les imprimeries de substitution que le quotidien trouve en province et en Belgique. Cependant, le journal construit à la hâte une imprimerie moderne hors Paris. Elle occupe l'ancien hangar de réparation de locomotive des chemins de fer du Nord, qui abritait jusqu'alors le parc automobile du Tour de France, au lieu dit la Cave aux huiles à Saint-Ouen.
Jusqu'à la grève supposée fatale, le Livre nous imposait de rétribuer 1389 ouvriers et cadres travaillant, ou supposés le faire, dans nos ateliers. L'imprimerie assiégée de Saint-Ouen en emploiera 70, dont des rotativistes de Force ouvrière, chassés des imprimeries parisiennes par la CGT. Soit vingt fois moins !

Emilien Amaury, résista aux oukazes du syndicat du Livre CGT.

Assassinats et tentatives d'enlèvement

L'introduction de la photocomposition n'explique pas cette différence. Avant le monopole installé par l'occupant en juin 1940, tel des 15 quotidiens parisiens, journaux d'opinion ou de parti, paraissait avec 9 imprimeurs. L'inflation des effectifs, dans les ports comme dans l'imprimerie de presse parisienne, trahissait une visée stratégique. Ces monopoles ne faisaient pas seulement vivre nombre de permanents du PC et de ses organisations de masse. Ils traduisaient les visées du "bloc socialiste" sur l'Europe de l'Ouest, désireux de saboter l'arrivée de renforts alliés, du pétrole et des matières premières.
Le sabotage s'exercera dans nos ports à chacun de nos conflits, en particulier lors de la guerre d'Indochine.
Dans l'imprimerie de presse, le monopole du Livre constituait, avec celui des égoutiers, la base d'un "coup de Paris", sur le modèle du coup de Prague de 1948. A Prague, des camions avaient attendu une partie des effectifs du Livre à la périphérie boisée de la capitale, avec des armes tirées d'ambassades amies, pour faire le tour des ministères et de la radio. Ce scénario devait être appliqué à Paris tandis qu'attendrait, au Bourget et à Roissy, une des huit divisions aéroportées soviétiques. La crainte de retombées massives sur l'Est, du fait du vent d'Ouest dominant, avait amené le Kremlin à renoncer au feu roulant nucléaire et chimique de la doctrine Sokolovski pour miser (doctrine Ogarkov) sur des projections aéroportées et héliportées, qui plaçaient Paris dans la zone des combats dès l'heure H. Dans ce contexte, le réseau des égouts donnait à la brigade "à destination spéciale" (Spetznaz) infiltrée dans Paris le moyen de rayonner pour triompher des résistances rencontrées par le Livre parisien.
Chef d'escadron de Spahis, prisonnier évadé, contact parisien du premier envoyé du général De Gaulle dans Paris occupé, chef du groupe de résistance de la rue de Lille, Emilien Amaury mourra brutalement, officiellement d'une chute de cheval, alors qu'il résistait au nouvel occupant potentiel. A la même époque, je survivrai quant à moi à deux attentats, dont le premier tuera par erreur, le 13 juin 1975, un homonyme et ami journaliste de l'AFP.
(L'attentat à la bombe qui détruisit son appartement fut revendiqué par un appel anonyme à une radio annonçant avoir « détruit le domicile de Cabanes, du Parisien Libéré »). Deux tentatives d'enlèvements seront également perpétrées, l'une contre moi-même, l'autre contre ma fille aînée.
Bernard Cabanes monde & vie du 22 novembre 2008

jeudi 5 juin 2008

Boudarel n'était pas seul

De Paris, le PC luttait contre l'armée française en Indochine

• Le cas du triste sire Boudarel a légitimement défrayé la chronique. Mais il semble que l'arbre Boudarel ait caché à beaucoup la forêt de la trahison communiste lors de la guerre d'Indochine. Il n'y avait pas que ceux qui se trouvaient carrément dans les rangs des tueurs de leurs compatriotes, tel l'intellectuel dévoyé Boudarel. En plein Paris, rue Saint-Georges, fonctionnait, sous l'appellation de « section coloniale », puis de « section de politique extérieure » du PC, toute une organisation dont la seule raison d'être visait à « travailler à la défaite de l'armée française partout où elle se bat », selon les propres termes du dirigeant communiste Jacques Duclos, en 1952.

La tâche principale de cette section consista à saboter le ravitaillement du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, à communiquer aux communistes vietnamiens les plans de bataille de nos troupes, à démoraliser les familles des militaires partis là-bas, à dresser l'opinion contre eux. Tous les membres de Ia « section coloniale » s'occupèrent activement de ces « tâches ». Ceux qui étaient « spécialistes » de l'Afrique du Nord entreprenaient par exemple de recenser les militaires originaires du Maghreb combattant en Indochine. Lorsque l'un de ces combattants tombait par malheur aux mains du Vietminh (les communistes du Vietnam), le Parti communiste « français », dûment informé, se chargeait de mener une enquête sur la famille, afin de transmettre aux geôliers d'Ho-Chi-Minh des éléments permettant de faire pression sur lui, pour l'amener si possible à trahir.

Les soldats issus de métropole ne se trouvaient pas à l'abri de telles pratiques, menées souvent de façon très insidieuses. Les Boudarel de Paris procédaient en usant de toutes les ressources de la guerre psychologique. Parmi les responsables de cette sale besogne, se distingua un apparatchik du nom de Léopold Figuères. En 1950, année terrible pour nos combattants au Tonkin, il était âgé de 32 ans et détenait aussi des fonctions importantes dans le secteur « jeunesse » du PC. Rédacteur en chef de l'organe des Jeunesses communistes de l'époque (qu'on appelait alors l'UJRF : Union de la Jeunesse républicaine de France), L'Avant-Garde, ce membre suppléant du comité central du parti déployait un zèle extrême.

En juin et juillet 1950, « Léo » Figuères partit pour les zones dominées par les bandes armées communistes, à un moment où celles-ci lançaient des offensives meurtrières contre nos unités. Il fut reçu avec un grand tam-tam médiatique du camp international marxiste par le chef rebelle Ho-Chi-Minh en personne, salua comme des frères les soldats vietminh et se rendit en grande pompe chez les « commandos internationaux ». Il s'agissait des traîtres à la Boudarel. « Léo » se garda bien, toutefois, de visiter les prisonniers et otages français aux mains de ses amis.

Peu de temps après, madame Vidal, mère d'un otage français du Vietminh, demeurant dans le Var, à Brue, recevait un double courrier stupéfiant, sur papier à en-tête de L'Avant-Garde :

« Paris, le 7 août 1950
Chère Madame,
J'ai le plaisir de vous adresser ci-joint une lettre qui m'a été confiée, lors de mon séjour au Vietnam libre, par les services vietnamiens s'occupant des prisonniers et des internés français.
Je suis persuadé que cette lettre vous rassurera sur le sort d'un être cher.
Je puis ajouter que les autorités démocratiques du Vietnam libre font tout pour rendre la vie supportable aux captifs.
J'exprime, en terminant, le souhait que les efforts des familles et ceux des organisations qui se sont toujours dressées contre la guerre insensée faite en Indochine aboutissent à faire revenir dans leurs foyers tous les prisonniers et internés français.
Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments très dévoués.
Le directeur de L'Avant-Garde, Léon Figuères »

Le petit télégraphiste de l'ennemi ne se doutait pas alors qu'il allait, deux ans plus tard, recevoir une réponse à sa misérable manœuvre. Le fils de madame Vidal, Pierre Vidal, enfin arraché aux griffes vietminh, découvrit alors ce texte parmi les papiers de sa mère. Il manifesta publiquement son indignation, notamment dans le journal La République du Var, et dans Combattants d'Indochine. Il décrivit, au passage, ses terribles conditions de vie en tant que prisonnier du Vietminh (ce que « Léo » appelait « rendre la vie supportable »). Il était réduit à manger de l'herbe, et il dut aussi subir le supplice de la cage à buffle.

Le directeur de l'Avant-Garde est aujourd'hui maire communiste de Malakoff, dans les Hauts-de-Seine, et jouit de toute la considération des autorités préfectorales et ministérielles.

René-Louis DUVAL


L'élève D'Ho-Chi-Minh

• Pourquoi Léopold Figuères, dit « Léo », fut-il envoyé par le PC en Indochine, rencontrer les chefs d'une rébellion antifrançaise, au moment précis d'une terrible offensive communiste contre nos troupes ? L'explication tient au fait que le camarade Léo était particulièrement sûr. C'était un « internationaliste » de choc, formé à l'Ecole léniniste de Moscou, en 1936-1937. Une condition nécessaire, mais remplie par bien d'autres que lui, dans le PC de 1950. Certes. Avec, cependant, un petit détail, du genre décisif : à Moscou, le jeune Léo (il avait alors 18 ans) bénéficiait des cours d'un professeur barbichu, très intéressé par les Français : Ho-Chi-Minh.

RG amnésiques

Pas la peine de chercher la trace des exploits indochinois de « Léo » Figuères dans sa fiche des Renseignements généraux.

Dès 1962, comme en témoigne le document reproduit, les RG avaient soigneusement expurgé toute trace du scabreux périple du dirigeant communiste au Vietnam. A noter au passage le piège grossier tendu à l'utilisateur naïf du document policier. Contrairement à ce qui est mentionné sur la fiche, Figuères ne figurait pas au Comité central du PC entre 1936 et 1940. Il était bien trop jeune pour cela. Il siégeait à la direction de la JC (CC, de la JC), ce qui n'est pas du tout le même niveau de responsabilité. Cette « nuance » permettait au PC de savoir instantanément qui utilisait les documents de police, car la quasi-totalité de ceux concernant ses dirigeants comportaient de telles « erreurs ». (Le Crapouillot n° 108 a publié sur les rapports PC/RG une étude à laquelle nous renvoyons les lecteurs désireux d'en savoir plus).

R. L. D. National Hebdo du 30 juillet au 5 août 1992