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vendredi 30 décembre 2022

Naissance du Coran : le rôle des Nazôréens et le livre de l’étrange Michel Benoît

 L’auteur, Michel Benoît (il s’agit d’un pseudonyme), a précédemment fâché de nombreux catholiques avec des livres qui, sous la forme du roman (Le secret du treizième apôtre) ou de l’essai (Dieu malgré luiJésus – mémoires d’un juif ordinaire ou encore Jésus et ses héritiers), sont autant de remises en cause du christianisme.

Cette fois, l’auteur s’en prend à la genèse du Coran, ce qui ne l’empêche pas, de-ci de-là, de continuer à égratigner au passage la foi catholique. Mais l’idée principale de l’ouvrage consiste à vouloir démontrer que le Coran puise son inspiration dans le Messianisme, idéologie que l’auteur fait remonter au Vème siècle avant Jésus-Christ.

Pour Michel Benoît, l’origine du Coran est étroitement liée aux Nazôréens qui, après avoir assimilé tout un pan de la tradition talmudique, s’en seraient séparés pour forger une nouvelle religion.

Mais, sans pouvoir le situer précisément dans le temps, l’auteur décrit un processus de rupture entre les califes et les arabo-nazôréens.

S’il y a sans aucun doute des éléments intéressants dans cet ouvrage, il faut pourtant entamer sa lecture avec beaucoup de prudence et en considérant d’emblée que l’auteur, qui affirme par ailleurs être un ancien moine défroqué aujourd’hui adepte de la « philosophie des Lumières », est en réalité autant hostile au christianisme qu’à l’islam, même si cette hostilité est feutrée, amenée au nom de ce qu’il présente comme une critique exégète.

Sur le sujet du rôle des Nazôréens dans la naissance de l’islam, nous préférerons donc conseiller la lecture des ouvrages du Frère Bruno Bonnet-Eymard (Le Coran, traduction et commentaire systématique, 3 tomes), les travaux d’Etienne Couvert ou l’étude d’Alfred-Louis de Prémare (Les fondations de l’islam).

Naissance du Coran – Aux origines de la violence, par Michel Benoît, chez L’Harmattan, mars 2015, 17 euros.

https://www.medias-presse.info/naissance-du-coran-le-role-des-nazoreens-et-le-livre-de-letrange-michel-benoit/31384/

lundi 12 octobre 2020

Coran, Sunna, charia ou fiqh : Ce que les textes disent des musulmanes

 La sujétion des femmes en islam s'explique-t-elle seulement par un machisme méditerranéen, ou plonge-t-elle ses racines dans le Coran et les textes. Le plus simple pour le savoir est de se renseigner à la source.

« Nous l’avons dit, nous sommes loin d'appliquer comme il se doit les enseignements de l'islam en ce qui concerne les droits et le rôle des femmes dans nos sociétés. Les discriminations sont légion et dans tous les domaines éducation, mariage, travail etc. »

Ces lignes ont été publiées dans un petit opuscule de 80 pages par Tariq Ramadan, petit-fils de Hassan al-Bannâ, fondateur des Frères musulmans, qui sont à l’origine de l'islamisme. Ramadan lui-même est le maître à penser des fondamentalistes musulmans de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOEF). Ses propos laissent entendre que l'assujettissement des femmes dans les sociétés musulmanes serait la conséquence de dérives fâcheuses. Pour s'en assurer, le mieux est de se reporter aux textes fondateurs sur lesquels est bâtie la religion musulmane. Ils sont de plusieurs ordres le Coran, livre de la Révélation mais aussi la sunna (Tradition), qui rassemble les « dits du Prophète » (hadiths) la charia, Loi divine qui s'appuie à la fois sur le Coran et la sunna et le fiqh, jurisprudence musulmane précisant la charia.

Concernant la tenue des femmes, par exemple, le Coran enseigne : « Dis aux croyantes de garder leurs regards baissés, de cacher leurs parties secrètes, de ne laisser voir de leur parure que ce qui est extérieur, de serrer leurs voiles sur leur poitrine, de ne laisser voir leur parure qu'à leurs époux, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs époux, ou à leurs fils, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères ou de leurs sœurs ou de leurs femmes, et à ceux qui possèdent leurs droits » (les esclaves eunuques). Hors de leur logis aussi, les femmes doivent être voilées : « Prophète, dis à tes épouses et à tes filles et aux femmes des croyants qu’elles rapprochent sur elles leurs voiles. Cela affirmera leur qualité et empêchera qu on leur fasse affront. » (XXIII, 59)

Frappées avec plus de modération que le chameau

Le Coran consacre par ailleurs la supériorité des hommes, qui sont au-dessus des femmes « d'un degré ». Il la protège en la réputant propriétaire ou créancière de sa dot, ce qui lui assure une indépendance financière. Il protège également son consentement au mariage : la femme doit être assistée d'un tuteur testimonial qui atteste de son libre consentement. Cette garantie ne joue pas si elle est mineure ou vierge dans ce cas, son père ou son aïeul, « tuteur maître de contrainte », peut la marier sans son consentement, mais c'est là « une question qui n'a pas été réglée par le Coran et que la doctrine discute », précise dans son ouvrage sur « Mahomet » Maurice Gaudefroy-Demombynes, qui y voit une survivance d'un usage pré-islamique, dont le Prophète lui-même a bénéficié en épousant Aïcha.

Le mariage n'en place pas moins la femme sous l'autorité du mari. En contre-partie, celui-ci a des devoirs : il doit à sa femme nourriture et vêtement. Selon le Coran, « Les hommes ont la haute main sur les femmes selon la supériorité qu’Allah a donné aux uns sur les autres et en compensation de ce qu'ils dépensent sur leurs biens. Les femmes vertueuses sont fidèles, conservatrices pour l’absence de ce qu Allah conserve. Celles dont vous craignez les écarts, corrigez-les et isolez-les dans leur lit et frappez-les. Mais si elles vous obéissent, n'usez pas envers elles de répression » (IV 34). Admirable longanimité.

« La tradition oppose la tenue discrète des femmes de Mekke à l'impudence des Médinoises, écrit Maurice Gaudefroy-Demombynes. Les Mekkoises sont bien tenues en main par leurs maris qui les corrigent et les frappent, "mais avec plus de modération qu'ils ne font à leur esclave ou à leur chameau" ». En 2004, l'imam de Vénissieux, Abdelkader Bouziane, avait été plus précis en affirmant au journal Lyon Mag qu'il était normal qu'un mari batte une épouse adultère, pourvu qu'il vise « le bas, les jambes ou le ventre ». Il est vrai que c'était une libre interprétation du texte sacré. Quant à la polygamie, le Coran réduit à quatre le nombre de femmes légitimes que peut épouser le croyant, sans compter les concubines. L'époux doit veiller à maintenir une égalité de traitement entre ses épouses légitimes : il doit notamment à chacune d'entre elles le même nombre de jours et de nuits. Le Coran prévoit aussi la répudiation, le mari étant tenu de subvenir aux besoins de l'épouse répudiée tant qu’elle ne s’est pas remariée. Concernant le droit d'héritage, enfin, le livre stipule que la part du garçon sera égale à celle de deux filles.

Qui a parlé de « discrimination » ?

Maurice Gaudefroy-Demombynes, Mahomet, Albin Michel, 1969

Paul Balta et Claudine Rulleau, Islam & islamisme, gare aux amalgames Milan, 2008, 192p., 14,50€

Jean-Pierre Nomen monde & vie 18 juillet 2009 n° 814

samedi 5 mars 2016

« La face cachée de l’islamisation »… un nouveau livre dans nos librairies

Ce livre, attendu, n’est pas une révélation pour qui s’intéresse aux travaux du Professeur Yassine Essid [1]. Il s’inscrit, en effet, dans le droit fil de ses ouvrages portant sur la genèse de la pensée économique chez les arabes [2].
354745884.jpgOn y retrouve une grande rigueur d’analyse fondée sur une critique approfondie des sources lui permettant d’établir une chronologie argumentée et cohérente sur laquelle il construit son sujet, présenté pour l’essentiel sous la forme d’un récit très précisément articulé et déroulé selon une logique implacable.
L’auteur nous propose dans cette recherche, publiée à Paris chez les éditions de l’Aube, d’enquêter sur ce qu’il nomme la « face cachée de l’islamisation ». Dans les trois premiers chapitres de son livre, il nous présente le contexte historique dans lequel l’idée de la finance islamique a été conçue.
Née en 1973, dans la foulée du quadruplement des prix du pétrole et de l’embargo pétrolier arabe, la Banque Islamique du Développement (IDB), basée à Djeddah, posa les jalons d’un système d’entraide fondé sur des principes islamiques comme la prohibition de l’intérêt.
Deux ans plus tard, en 1975, la Dubaï Islamic Bank (DIB), la première banque universelle privée islamique, voit le jour. En 1979, apparaît également la première compagnie d’assurances islamique, Islamic Insurance Company of Soudan.
Au cours de la décennie suivante, le nombre des institutions financières islamiques et le volume de leurs actifs croissent de manière ininterrompue et ces opérateurs commencent, pour la première fois, à étendre leur activité au-delà des frontières physiques du Moyen Orient (en Asie de Sud-Est, dans un premier temps, vers l’Afrique de Nord et les pays de l’Europe occidentale par la suite).
En France, l’Institut français de finance islamique (IFFI) a été créé en 2009 et la place de Paris dispose depuis 2010 d’un cadre juridique, fiscal et réglementaire permettant la réalisation d’opérations de finance islamique et le développement des banques du même type.
Dans les deux derniers chapitres de son livre, l’auteur nous présente une lecture critique de ce nouveau type de finance. Selon le Professeur Essid, le mélange particulier entre techniques financières et éthique religieuse que représente la finance islamique suscite de nombreuses appréhensions et polémiques.
Elle est ainsi parfois considérée incompatible avec une société laïque, construite sur la séparation entre le religieux et l’État. L’auteur se propose aussi d’étudier le mythe du « bon musulman » qui ferme les yeux sur la provenance des capitaux des banques considérées comme islamiques.
Puis par le truchement de l’histoire, il pose une question capitale sur le sens des slogans utilisés par ces banques. Ainsi, la mourabaha, l’un des principaux outils utilisés par les banques islamiques pour prêter de l’argent au « bon musulman » n’est qu’un intérêt déguisé puisque la marge facturée par la banque islamique au client ressemble tant à l’intérêt que certains estiment qu’il ne s’agit que d’un habillage cosmétique pour duper le client.
Là où une banque conventionnelle aurait simplement proposé un intérêt à 5%, la banque islamique obtient le même résultat à travers un montage commercial d’achat et de revente. Ici, l’interdiction de l’intérêt dans le système financier islamique est contournée par l’usage de la commission, pratiquée à des taux souvent astronomiques.
À travers cette recherche fouillée, Yassine Essid entend dénoncer la soumission déguisée au Wahhabisme à qui on donne encore plus d’emprise sur nos sociétés modernes. Il entend dénoncer aussi les fondements de la finance islamique conçue, depuis quelques décennies, comme un élément constructif du radicalisme sociétal.
Le livre de Yassine Essid est un appel aux gardiens de l’orthodoxie pour qu’ils cessent leur manipulation basée sur l’adhésion des cœurs et des esprits des simples musulmans aux normes d’une lecture primaire, littéraliste et fondamentaliste du Coran.
Mohamed Arbi Nsiri – Historien
1/ Yassine Essid, est un professeur d’histoire médiévale à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Ancien doyen de la Faculté des lettres et sciences humaines de Sfax. Il est également président du Groupe d’études et de recherches interdisciplinaires sur la Méditerranée.
2/ Yassine Essid est l’auteur de plusieurs ouvrages qui portent sur la pensée économiques arabes dont :
– At-tadbir/Oikonomia : Pour une critique des origines de la pensée économique arabo-musulmane, Tunis, Édition T.S, 1993
– A Critique of the Origins of Islamic Economic Thought, Leiden-New York, Brill édition, 1995
– Dictionnaire historique de la pensée arabe et musulmane (avec Youssef Seddik), Tunis, MediaCom, 1998

jeudi 19 novembre 2015

LE CORAN : IMPRESSIONS DE LECTURE

Cela faisait longtemps que je voulais en avoir le cœur net. J’avais déjà fait quelques tentatives, mais à chaque fois découragées par le rébarbatif de l’entreprise. Et puis, surmontant enfin ma répugnance, j’ai attaqué le monument par la face nord, je veux dire la première sourate. Cette fois c’est la bonne : je lis le Coran. 
Et cela dans la traduction d’un éminent connaisseur de la langue et de la civilisation arabes : Jacques Berque. L’édition est belle, le papier de qualité, la reliure solide : on peut avoir confiance. Si j’en crois l’abondance et l’érudition (souvent énigmatique pour le néophyte que je suis) des notes de bas de page, je soupçonne le monsieur d’avoir au préalable épluché une bonne partie de la monstrueuse littérature (commentaire, glose, exégèse, interprétation, ...) que le bouquin a suscitée au cours de l’histoire. Et j'estime en avoir lu désormais suffisamment pour commencer à livrer mes impressions de lecture. Et je vais vous dire : si ce n’est pas triste, c’est juste parce que c’est effrayant, le Coran. 
Première impression : tout ça n’a ni queue ni tête. Le Coran se présente sous la forme d’un innommable fatras, « éparpillé façon puzzle ». Le propos est horriblement décousu, passant à chaque instant d’une idée à l’autre, d’un thème à un autre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’auteur, qui qu’il puisse être, aurait voulu embrouiller le lecteur, il ne s’y serait pas pris autrement. De quoi se demander d’ailleurs si ce n’est pas le but recherché. 
Il est rare qu’une sourate comporte la moindre homogénéité, la moindre cohérence, la moindre continuité de son début jusqu’à sa fin (j’excepte à la rigueur la sourate Yusuf, qui raconte à peu près, quoiqu’à sa manière – il faut suivre –, l’histoire de Joseph et de ses frères). Pour l’essentiel, ce sont des pièces et des morceaux rassemblés à la diable. Rares sont les phrases qui vont du début à la fin sans s’interrompre. Comme le dit lui-même Tarek Oubrou (imam de la mosquée de Bordeaux) invité chez Finkielkraut, c’est l’anarchie qui règne. Ce qui m'étonne c'est que ça n’a pas l’air de l’embêter. 
En plus de me dire que l'islam a quelque chose à voir avec le désordre, j’en tire la réflexion suivante : je me dis que tous les musulmans sincères et assidus, en particulier ceux qui apprennent le Coran par cœur (il paraît qu’ils sont nombreux à s’infliger le pensum), ont la tête farcie de cette bouillie intellectuelle. Comment peut fonctionner un cerveau qui a longuement baigné dans un tel jus de puzzle ? Il y a de quoi avoir peur. 
Deuxième impression : le Coran n’apporte strictement rien de neuf par rapport à l’Ancien Testament comme au Nouveau. Tout juste cite-t-il des bribes de l’un comme de l’autre, de temps à autres, sans qu’on sache à quelle logique ces parachutages obéissent. Ainsi le livre est-il parsemé de crottes plus ou moins volumineuses de la Torah et des Evangiles, avec une référence obstinée à Abraham, toujours considéré comme le « croyant originel », celui dont l’existence précède jusqu’à « la descente de la Torah comme de l’Evangile » (en contestant au passage la chronologie habituelle). 
De toute façon, le Coran vient « accomplir » ce que n’ont pas voulu accomplir les juifs et les chrétiens (appelés « les Gens du Livre ») : « Enfin Nous avons fait descendre sur toi l’Ecrit, dans le Vrai, pour avérer ce qui était en cours, en l’englobant ». Traduction : toi le mécréant, j’espère que tu as compris que le Coran est supérieur à l’Ancien et au Nouveau Testaments réunis, puisqu’il les englobe ! 
Troisième impression : l’infernal ressassement de certaines formules, de certaines affirmations, de certaines idées. Comme si le même marteau voulait vous enfoncer le même clou dans le crâne. A tous les détours des pages, on tombe sur « Dieu est Tout pardon, Miséricordieux ». On tombe aussi sur le « jardin sous lequel les ruisseaux coulent » promis à tous ceux qui adorent Dieu ; sur « Quant aux dénégateurs, eh bien ! Je les châtierai de durs châtiments dans ce monde et dans l’autre ». Bref : apprendre le Coran par cœur, c’est apprendre à rabâcher une Vérité simplissime jusqu’à vous crever les yeux. 
Jacques Berque, le traducteur, le signale d’ailleurs en note de la sourate XV : « Peut-être qu’il est seulement question des duplications et itérations de l’exposé coranique » (p.277). Va donc pour les duplications et itérations. Le plus curieux ici, c’est que cette composition extrêmement insistante dans la répétition m’a rappelé l’impression que j’avais éprouvée en ouvrant le célèbre et totalement méconnu Mein Kampf, d’un certain Adolf Hitler. Je n'en tire pas de conclusion décisive.
Une composition, en quelque sorte, organisée en spirale, où les mêmes thèmes reviennent constamment sous des habits un peu différents, comme si l’auteur passait son temps à avancer, tout en récapitulant ce qui a précédé. Jacques Berque, dans ses notes de bas de page, ne parle pas de construction en spirale, il parle d’ « entrelacs » : « Le thème du châtiment des peuples passés n’occupe pas ici la même place que dans "Les Poètes", mais devient partie intégrante d’un discours à entrelacs » (p.271). Va pour les entrelacs. 
Quant au style, on trouve très peu de phrases simplement déclaratives, mais constamment des exhortations, des impératifs. A chacun d'en tirer les conclusions.
Quatrième impression : l’humanité se divise en deux. D’un côté ceux qui croient en Dieu, de l’autre le reste de l’humanité. Parmi les composantes de ce dernier (le "reste"), un sort particulier est fait aux « Gens du Livre », autrement dit aux juifs et aux chrétiens, mais l’essentiel, qui est seriné à presque toutes les lignes, c’est l’espèce de mur infranchissable que la « Parole » élève entre les croyants et les autres, irréconciliables par essence. J'attends qu'on m'explique où l'on peut trouver des références communes entre les adorateurs de ce livre-là et les Européens enracinés dans un sol d'origine chrétienne.
Toutefois, le Coran fait une distinction : si les chrétiens sont plutôt des « égarés » (sous-entendu : qu’on peut espérer ramener dans le bon troupeau), les juifs sont quant à eux des « réprouvés ». Leur destin est tout tracé : « Tandis que les dénégateurs, à rien ne leur serviront auprès de Dieu biens ni progéniture. Ceux-là seront les compagnons du Feu : ils y seront pour l’éternité » (sourate III verset 116). 
Et pourtant, on lit ailleurs : « Ceux qui croient, ceux qui suivent le Judaïsme, les Chrétiens, les Mandéens, quiconque croit en Dieu et au Jour dernier, effectue l’œuvre salutaire, ceux-là trouveront leur salaire auprès de leur Seigneur. Il n’est pour eux de crainte à nourrir, et ils n’éprouveront nul regret » (sourate II, verset 62). Allez comprendre ! Même que Jacques Berque commente en note : « Verset œcuménique avant la lettre ! » (p.34). 
Ce qu’il faut retenir ici, c’est que cette division de l’humanité entre le camp du Bien (les croyants) et le camp du Mal (les autres) est rappelée à tout instant, martelée, serinée, parfois trois fois par page. 
Que ceci soit bien entendu : je ne dis pas que ma lecture est complète, ni qu’elle est neutre. J’ai commencé, je ne sais pas quand je finirai (il me reste à peu près la moitié à ingurgiter). De plus, ma lecture est sans doute pleine de préjugés, voire de partis pris. Mais je ne suis pas a priori islamophobe. Je l’ai dit : ce sont des impressions de lecture. Ma conclusion : imbuvable.
Je dis seulement que ce que j'ai lu du Coran ne m'encourage pas à l'islamophilie, bien au contraire.
J’ai lu la Bible. Elle me fait moins peur que le Coran.
Voilà ce que je dis, moi.
Note : j'y reviendrai sans doute quand j'aurai achevé la lecture.

mercredi 1 juillet 2015

Le Coran révélé à Mahomet : une supercherie ?

Les propagandistes judéonazaréens, Juifs de langue syro-araméenne, dont beaucoup connaissent l’hébreu liturgique, ont expliqué leurs textes aux Arabes. Plus encore, ils ont formé des prédicateurs arabes, traduit leurs textes en arabe et les leur ont appris. Pour cela, ils ont réalisé pour eux de petits manuels, des florilèges des principaux textes de leur Torah, de leur évangile, de leurs coutumes, de leurs lois, de leurs rites de pureté, de leur circoncision… Il fallait en effet des aide-mémoires à cette époque où l’enseignement était essentiellement su et transmis par cœur : les aide-mémoires capitaux ont été constitués par des traductions en arabe des lectionnaires utilisés par les judéonazaréens eux-mêmes. Un lectionnaire est un livre liturgique qui présente des lectures et commentaires de textes sacrés, comme en ont toujours les chrétiens. Le lectionnaire judéonazaréen présentait donc des extraits de la Bible, ancien et nouveau testament – du moins ce que les judéonazaréens en acceptaient – en fonction du calendrier (samedi, dimanche, jours de fête). En langue syro-araméenne, les chrétiens appelaient ce lectionnaire « qor’ôno » (ce qui se transpose en arabe par «qur’ân », c’est-à-dire « coran »). S’est donc constitué un ensemble de prédications diverses et de lectures saintes, certaines bénéficiant d’une mise par écrit comme aide-mémoire. Cette propagande visait en particulier la foi chrétienne des Arabes en l’attaquant sous l’accusation d’associationnisme, c’est-à-dire en prétendant que les chrétiens donnent à Dieu des « adjoints » (la trinité).
Le Coran si compliqué s’éclaire. La compréhension des mécanismes de manipulation du texte par le discours musulman permet effectivement de décrypter la signification alambiquée que la tradition s’efforce de lui donner. Sa lecture « judéonazaréenne » est nettement plus simple et l’on voit ainsi une tout autre histoire apparaître : l’endoctrinement des Arabes par les judéonazaréens, l’explicitation de la religion judéonazaréenne aux néophytes arabes, l’embrigadement dans le projet messianiste, les exhortations pour la conquête de Jérusalem, les aléas des batailles, la reprise en main dans les moments de découragement … Pour qui sait le lire, le Coran reflète encore, partiellement, l’histoire authentique de ses origines. Le grand secret de l’islam est encapsulé dans le Coran. Il faut toutefois relativiser la portée du Coran dans l’islam : bien qu’il soit dit représenter le pivot de la foi musulmane, sa révélation (révélation qui se partage en réalité entre Coran et personne de Mahomet, par l’exemple de sa conduite relatée par les hadiths et la sîra), il faut bien comprendre qu’il n’est qu’un élément contributif de cette foi. La plupart des musulmans au cours de l’Histoire n’ont jamais lu le Coran (et c’est toujours aussi vrai aujourd’hui). Sa diffusion de masse n’est qu’un phénomène récent. D’ailleurs, les premiers conquérants « islamiques » ne le connaissaient pas. Rappelons que les Maures débarqués en Espagne au 8e siècle semblaient ignorer le Coran.
Comment les Arabes ont « inventé » l’islam moderne ?
Forts de leurs positions en Syrie, les Emigrés [alliance de judéo-nazaréens et d’Arabes endoctrinés] avancent vers la Palestine et approchent de Jérusalem. Prenant Jérusalem, ça y est, le projet va se réaliser, le temple va être reconstruit, le messie va revenir… le temple est enfin relevé, les sacrifices et les rites vont pouvoir avoir lieu. Les judéonazaréens invoquent la figure du messie, appellent son retour. Mais le messie ne revient pas. Les prêtres judéonazaréens tentent de temporiser avec les guerriers arabes, impatients de devenir les élus du nouveau royaume du « Messie Jésus », comme dit le Coran. En 640, les chefs arabes ont compris : le messie ne reviendra pas, il n’y a pas de royaume pour les élus, ils ont été trompés. Les maîtres judéonazaréens sont des escrocs et des traîtres qui les ont entraînés pour rien dans près de 40 années de fausses promesses, d’efforts, d’exil, de sacrifices, de guerres… En éliminant les chefs judéonazaréens, Omar a fait d’une pierre deux coups : non seulement il s’approprie la conquête, mais il récupère aussi le commandement religieux. L’islam moderne commence à se structurer.
Aujourd’hui, alors que les technologies et l’alphabétisation ont permis de le rendre accessible à tous, de très nombreux musulmans ne connaissent pas vraiment le Coran et n’osent même le lire tant ils ont peur du sacré qui l’auréole. Dans les faits, l’islam est avant tout un discours. Le texte coranique, tout comme les autres sources de la foi musulmanes, tout comme les hadiths, la sîra, l’histoire musulmane et même la personne du prophète Mahomet ne servent qu’à justifier quelque chose de bien plus important qu’eux-mêmes : ils fondent cette conscience des musulmans d’avoir été choisis par Dieu pour établir sa loi sur le monde entier. Selon cette conviction messianiste, l’avenir du monde serait islamique, l’islam serait son salut, ce salut devant s’établir à jamais avec le retour du « Messie Jésus » à la fin des temps (et/ou celui du dernier imam pour les Chiites).
SOURCES :

mercredi 24 novembre 2010

Les Européens ne doivent rien, mais alors rien, aux musulmans !

Sans les Arabes, nous ignorerions tout de la civilisation grecque. Ce sont eux qui nous l'ont transmise au Moyen-Âge. En somme, si Aristote est grand, c'est qu'Allah est son prophète. Ce mythe qui pollue les manuels scolaires et les consciences européennes vient d'être détruit. Anéanti. Pulvérisé. Par un professeur d'histoire médiévale. Gloire à lui. Et mémoire éternelle à Constantinople !

« Les musulmans, désireux d'apprendre les sciences des autres nations, se les approprièrent par la traduction, les adaptèrent à leurs propres vues. » Ibn Khaldûn, Muqqadima VI, 4, trad. Rémi Brague

Plongée dans les ténèbres du Haut Moyen-Âge, l'Europe errait sans but, privée de mémoire après les Grandes Invasions(1). Le ciel rougeoyait d'incendies barbares, brasiers dantesques où achevait de se consumer une romanité décadente. L'Église installait son cortège de superstitions et son monachisme omniprésent. Elle collaborait - déjà - avec des proto-nazis portant casque lourd et longues tresses blondes, tout droit sortis de leurs forêts wagnériennes, qui n'avaient pas lu Marguerite Duras, ne s'essuyaient pas même les calligae avant de se vautrer dans l'atrium et se torchaient avec le Critias de Platon. Tout ce beau monde festoyait dans les ruines gallo-romaines en rotant du vin de Lugdunum, et lorsqu'on leur demandait qui était Aristote, ils hésitaient entre un pornographe néo-platonicien et une marque de machine à laver. Saccagée, la culture grecque et latine ; oubliées, les leçons des philosophes : l'antique sophia perennis descendait aux catacombes au son du Credo.

C'est alors que, dans le chant des muezzins, le cliquetis des yatagans et les youyous des bayadères, le soleil se leva (à l'Orient, comme de juste) ; sa lumière éclaira l'Occident avec générosité, irradiant les mathématiques, la médecine et la philosophie. De leur Empire humain et tolérant, rationaliste et scientifique, les Arabes, qui avaient lu et bien entendu amélioré les Grecs, transmirent libéralement ce savoir à nos ancêtres pour les faire sortir de leurs terriers. Belle opération humanitaire qui n'aboutit hélas à rien. Car, ingrats comme les Infidèles que nous étions, nous récompensâmes un peu plus tard nos bienfaiteurs désintéressés par les Croisades, la colonisation, les foyers Sonacotra et Michel Houellebecq.

L'Histoire réécrite à grands coups de sourate dans le crâne

Mais la Vérité finit toujours par triompher de l'ethnocentrisme occidental, et le regroupement familial a fini par réussir là où Saladin et Soliman le Magnifique avaient échoué. Nos enfants réapprennent aujourd'hui à l'école tout ce qu'ils doivent aux ancêtres de leurs petits camarades de classe musulmans. Des rapports officiels de l'Union européenne demandent la révision des manuels scolaires pour y inclure l'immense place que tient l'Islam dans notre identité. De lycées Averroès en « racines musulmanes de l'Europe », de mosquées-cathédrales en réinterprétations de la bataille de Poitiers (Charles Martel était le premier lepéniste), l'Histoire est redressée à grands coups de sourates tolérantes. La culture, l'art et le savoir européens viendraient en droite ligne de l'empire Abbasside. Exit Godefroy de Bouillon et saint Bernard, bienvenue Avicenne et Mehmet le Conquérant. Bysance et les mille ans de l'Empire romain d'Orient, conservatoire de la sagesse grecque qui jamais ne coupa les ponts avec la chrétienté latine, tout en la protégeant contre le cimeterre islamique ? Nul et non avenu. La Patristique, les écoles de traduction des monastères chrétiens ? Idem.

Proclamés instituteurs de l'Europe, les Arabes, dont il est du dernier chic dans les dîners en ville de citer les grandes figures intellectuelles comme Ibn Farab, Avicenne ou Averroès (2) se retrouvent avoir tout inventé. Et tant pis si personne n'a vraiment lu ces philosophes hétérodoxes dont on voudrait qu'ils aient été des rationalistes avant l'heure, interprétation en totale contradiction avec leur approche de la vérité musulmane. Ceux qui les citent compulsivement sont ceux qui les maîtrisent le moins. Luc Ferry, qui s'était abrité derrière Averroès pour critiquer le discours de Ratisbonne de Benoît XVI, s'est ainsi fait humilier justement sur la chaîne de télévision KTO par le professeur Brague - arabisant et vrai spécialiste d'Averroès, lui -, qui avait démontré la cuistrerie et la minceur du vernis de connaissance de l'ancien ministre dans ce domaine difficile.

Mais détail, détail que tout ceci. Nous devons tout aux Arabes. Ils sont donc ici chez eux, et il est normal, au nom de leur dette intellectuelle, que les Européens leur fassent une place grandissante dans leurs pays de vieille chrétienté. Il fallait tout de même y penser. Au moment où l'antiracisme à sens unique commençait à s'essouffler, l'histoire prend opportunément le relais, alors que grossit en Europe une communauté musulmane prolifique persistant à détester les Roumis. En leur répétant qu'ils sont nos maîtres, ils finiront peut-être par nous aimer ? La vulgate imposée aujourd'hui par lâcheté et multiculturalisme capitulard tend en somme à faire passer des conquérants destructeurs pour des parangons de science et de culture, sous prétexte de les intégrer à une civilisation qui ne leur doit rien et s'est bâtie contre eux.

« C'est grâce aux penseurs arabes que l'Europe a connu le rationalisme » !

Reste un détail gênant : la dette «éternelle» soi-disant contractée par l'Europe auprès des savants arabes, qui lui aurait permis de renouer avec l'héritage grec et de sortir des ténèbres, est une fable grossière et politiquement orientée. Dans Aristote au Mont Saint-Michel, Sylvain Gougenheim, professeur à l'École Normale de Lyon, le démontre sans appel, en un mélange de clarté et d'érudition qui force l'admiration, et rappelle les collaborationnistes aux réalités de la critique historique objective(3).

Pour l'auteur, dont l'argumentation foisonne d'exemples concrets, nous devons tout aux Grecs sans que les «Arabes» n'y aient jamais rien ajouté de sérieux. Il y a bien eu transmission directe de l'Hellade à l'Europe chrétienne, qui n'a jamais perdu le contact avec les sources de son héritage classique, même au Haut Moyen-Âge. Une affirmation essentielle, étant donné la force des falsifications actuelles relayées par nos «élites». Car à écouter les «experts» autorisés, l'empire des Abbassides aurait non seulement sauvé le legs antique, mais encore aurait-il été intrinsèquement supérieur aux autres cultures de l'époque !

Ainsi parle Mme Zeinab Abdel Aziz, professeur de civilisation française à l'université AI-Azhar du Caire : « Tout l'Occident dans son ensemble a été édifié sur l'apport indéniable de l'Islam […], c'est grâce aux penseurs arabes que l'Europe a connu le rationalisme »(4). Tahar ben JelIoun ne dit pas autre chose dans son médiocre L'islam expliqué aux enfants (5), et le très doué Amin Maalouf propage cette vision irénique d'un Orient pacifique «violé» par les méchants Européens dans son très partisan les Croisades vues par les Arabes(6).

Il faut comprendre cette frustration : que fait-on quand la culture à laquelle on appartient n'a rien produit de durable, et a tout emprunté à des civilisations conquises par la violence, parasitées et réduites à la dhimmitude, des Byzantins aux Perses, des Indiens aux Juifs ? On invente, on sublime, et l'on s'approprie les mérites des autres pour retrouver une estime de soi que l'Histoire s'obstine à déclarer sans objet. Il serait dommage de se gêner, d'autant que les lointains et indignes héritiers des Grecs, Romains, Croisés et Byzantins haïs et jalousés collaborent aujourd'hui à cette réécriture par pure haine de soi.

La vérité, c'est que les musulmans furent à l'école des chrétiens

Sylvain Gougenheim résume lumineusement le problème actuel : « S'impose désormais l'image biaisée d'une Chrétienté à la traîne d'un “Islam des Lumières” auquel elle devrait son essor, grâce à la transmission d'un savoir grec dont l'époque médiévale avait perdu les clefs. On parle d'un “héritage oublié” dont il faudrait “rendre conscients les Européens”. » Une manœuvre dont il démonte les ressorts en redressant quelques idées reçues :

• Les invasions barbares avaient détruit le savoir antique en Europe. Faux : « Les récents travaux des antiquisants et des médiévistes ont montré que cette période des Ve-VIIIe siècles ne fut pas si catastrophique, les facteurs de dislocation, bien réels étant atténués par des éléments de continuité. » On traduisait directement les auteurs grecs à la cour de Charlemagne, de Louis le Pieux, et de Charles le Chauve.

• Ce sont les manuscrits arabes qui ont fait connaître Aristote à la chrétienté. Faux : « Cinquante ans avant que ne démarre en Espagne la traduction des versions arabes d'Aristote, l'œuvre avait été traduite directement du grec à l'abbaye du Mont Saint-Michel. »

• Le monde islamique était un univers homogène. Faux : « L'univers arabe ne peut être réduit à une seule foi […] Les Arabes chrétiens et les chrétiens arabisés du fait de la conquête musulmane constituaient encore près de la moitié de la population des pays d'Islam aux alentours de l'an mil. » Et ce sont ces derniers, enfants perdus de Byzance et du savoir grec mais toujours chrétiens, qui fournirent pendant des siècles à la civilisation musulmane son socle de connaissances : « Jamais les Arabes musulmans n'apprirent le Grec, même al-Farabi, Avicenne ou Averroès l'ignoraient. » À cette époque «brillante» de la civilisation arabe comme à l'époque moderne, les musulmans furent à l'école des chrétiens arabes, perses et grecs qu'ils avaient soumis et qui leur fournirent l'immense majorité de leurs médecins, lettrés, traducteurs, et mathématiciens (7).

• Le passage de l'univers scientifique et philosophique grec s'est fait naturellement vers le monde islamique, avant d'être transmis facilement à l'Europe par ces derniers. Faux : « Quel texte philosophique, quel raisonnement scientifique peut sortir indemne de transformations où le vocabulaire et la pensée basculent d'un système indo-européen à un système sémitique avant de faire retour au texte d'origine » ? De plus : « la croyance en la nature incréée du Coran mit d'importantes répercussions sur la possibilité d'une expression libre de la pensée. » Les plus originaux des penseurs arabes, comme Ibn Khaldûn, ont pu selon certains, tout en restant croyants s'échapper des catégories transcendantes et étroites de l'Islam pour réfléchir sur la possibilité d'une Raison autonome (8). Mais ce furent des exceptions, moins d'une dizaine. Pas de Thomas d'Aquin musulman pour faire dialoguer le Coran et Aristote. Tout resta, y compris chez Averroès et Avicenne, et encore plus chez Al-Ghazali, totalement et étroitement enfermé dans le carcan du Livre.

• L'Islam a inventé la science moderne. Faux : « la science moderne s'est développée à partir du XVIe siècle, et seule l'Europe peut en revendiquer la paternité. »

• Le filtre islamique était nécessaire pour que l'Europe renoue avec son héritage antique. Faux : « L'hellénisation de l'Europe médiévale fut le fruit des Européens [… ] Un fil directeur part des cités grecques et unit les Européens à travers les âges. »

• L'Islam était éclairé, raffiné, spirituel, tandis que l'Occident était brutal, guerrier et conquérant. Faux : l'Islam ne fut jamais riche que des civilisations qu'il asservit, pilla et détruisit, jamais l'Europe ne fut en paix tant que les musulmans étaient forts, Byzance - et non la Mecque - fut finalement détruite, la Méditerranée ravagée, les Croisades (entreprises pour délivrer des terres chrétiennes) échouèrent, les Turcs parvinrent jusqu'à Vienne après avoir dévasté tous les Balkans… Qui menaçait qui ?

Aristote au Mont Saint-Michel devrait être offert à tous les étudiants en histoire, à tous les journalistes, et se retrouver dans toutes les bibliothèques des Européens conscients de leur héritage. La prochaine fois qu'un cuistre vous entreprendra sur Avicenne et les «savants» arabes, vous pourrez lui river son clou en remettant les choses dans leur contexte, et la civilisation bédouine à sa place (qui n'est pas sur l'Acropole). Le premier devoir est de se former culturellement. Qui s'élèvera, sinon, contre le mensonge, à l'heure où l'inculture domine ? Elle est bien lointaine, cette période du VIe au XIIe siècle où s'est noué tout notre héritage. Et c'est pourtant là que s'est accomplie, entre les derniers Romains et les premiers Capétiens, la synthèse proprement européenne entre Athènes, Rome et le principe spirituel chrétien(9). La synthèse dont tous, nous sommes issus.

La sagesse, la beauté et la lumière grecques ne leur doivent rien

C'est cette période que les islamomanes revisitent en apprentis sorciers pour en faire naître le fantasme bien marketé de mahométans tolérants et hellénisés. Le viol s'accomplit en silence, car ces « âges obscurs » n'intéressent pas grand monde. C'est un peu comme la période de l'Histoire de France qui s'étend de 1850 à 1914 : rien de moins connu, et pourtant tout est là des contradictions, des falsifications et des mythes dans lesquels s'enracine « la République des républicains » qui a fini par se confondre, brigandage mémoriel confondant, avec la France tout entière et ses 1 500 ans d'Histoire.

Faudra-t-il, pour prix de «l'arrogance», de la «cruauté» et de la «barbarie» occidentales supposées, accepter de voir ainsi notre histoire travestie au bénéfice de la multiculturalité triomphante ? Les Européens ne doivent que peu de choses aux musulmans, en dehors des pillages, des destructions, des invasions, et de quelques équations mathématiques. S'ils ont une vraie dette, c'est envers une autre civilisation.

Il faut aussi laisser la conclusion sur ce point à Sylvain Gougenheim : « Le monde occidental chrétien du Moyen-Âge fit de son mieux pour retrouver le savoir grec. Il y parvint au terme d'un étonnant effort pluri-séculaire dont la constance et l'opiniâtreté témoignent de l'intime conviction que là résidait la matrice de sa civilisation. Il a, dans cette quête, une dette envers l'Empire romain d'Orient, Constantinople, grand oublié de l'héritage européen, qui partageait avec lui un même patrimoine culturel et civilisationnel, celui de l'Antiquité classique. »

Il suffit d'examiner deux minutes une carte de géographie : pourquoi aurait-il fallu traverser la Méditerranée pour aller mendier la connaissance chez les destructeurs du Saint-Sépulcre, alors qu'aux portes mêmes de la chrétienté latine l'Empire Romain allait se perpétuer mille ans ? Ce sont les savants chrétiens chassés de Syrie, de Palestine, d'Egypte, d'Anatolie, de Constantinople, toutes terres chrétiennes avant le cataclysme mahométan, qui, fuyant l'intolérance de leurs vainqueurs, firent au cours des siècles et à mesure que reculait Byzance, passer à flot continu en Europe latine le trésor de la sagesse, de la beauté et de la lumière grecques.

Ce jour maudit où Byzance tomba aux mains des Ottomans

Il n'y a dans toute l'histoire de notre civilisation qu'un seul crime dont un Européen puisse honnêtement se repentir, c'est celui de la quatrième croisade qui prit Constantinople en 1204 au lieu d'aller étriller les Turcs. Je veux bien me flageller pour cela. Mais pour le reste, tout le reste, les grands prêtres du masochisme occidental peuvent se brosser. Quant à notre héritage grec, foin d'Avicenne ou d'Averroès, aussi sympathiques qu'inutiles et incertains. Nous n'avons perdu la filiation directe avec lui que le jour maudit de 1453 où Byzance finit par tomber sous les coups des guerriers du croissant. Un jour de deuil pour tous les vrais Européens, un malheur personnel qui nous est arrivé la semaine dernière.

Ce jour-là, Constantin XI Dragasès, Basileus et dernier empereur romain, mourut l'épée à la main en défendant courageusement les murailles de la Reine des Villes. la barbarie née au VIIe siècle des sables d'Arabie emporta alors ce qui restait d'un monde à l'agonie (10) : « En certains endroits, le sol disparaissait sous les cadavres et l'on ne pouvait plus marcher dans les rues […] Les Turcs vainqueurs se battaient entre eux pour s'arracher les plus beaux jeunes hommes, les plus belles jeunes femmes […] Cette cohue de toutes les nations, ces brutes effrénées se ruaient dans les maisons, arrachaient les femmes, les traînaient, les déchiraient ou les forçaient, les déshonoraient, les violentaient de cent façons aux yeux de tous dans les carrefours […] Mehmet avait ordonné que les familles des dignitaires grecs soient réduites à la plus dure et à la plus humiliante des servitudes […] De Sainte-Sophie, ils firent d'abord une écurie. Un nombre incalculable de manuscrits précieux, ouvrages des auteurs grecs ou latins de l'Antiquité, furent brûlés ou déchirés […] Dix volumes d'Aristote ou de Platon se vendaient une seule pièce de monnaie. » Reconnaissons que nous avons fait des progrès : aujourd'hui, nos historiographes les vendent trente deniers.

Revenons sur terre. L'Europe « aussi musulmane que chrétienne », qui peut avaler ça après Poitiers, Dorylée, la Mansourah, Grenade, Mohacs, le Kahlenberg, Kosovo Polje, Navarin, Lépante ? Au lieu de subventionner des centres «culturels» islamiques et de rêver à une tolérance arabo-andalouse ou ottomane qui n'exista que dans les rêves de quelques orientalistes prisonniers de leurs fantasmes, les Français feraient mieux d'ériger des statues de Constantin Dragasès dans les cours de leurs Universités, indignes héritières du miracle grec.

En attendant, en mémoire du jour où disparut la moitié de notre héritage et à l'heure où les Turcs sont sur le point de franchir à nouveau les murailles d'une Europe qui s'imagine musulmane, je préfère penser au soleil d'Apollon, étoile morte qui toujours illumine l'Occident. Et à Constantinople, Ville gardée de Dieu, Deuxième Rome des Empereurs, Educatrice et Rempart des peuples chrétiens face à la barbarie. A Elle, oui, salut et mémoire éternelle !

PAR BRUNO WIESENECK Le Choc du Mois Mai 2008

1. Pas celles des années 1970, celles du Ve siècle.

2. Voir, sur Al-Farabi et son traité, la Cité vertueuse, les commentaires éclairants d'Antoine Moussali dans son article Islam et violence, in La Nouvelle Revue d'Histoire, n°4, janvier-février 2003.

3. Aristote au Mont Saint-Michel. Les Racines grecques de l'Europe chrétienne, par Sylvain Gougenheim, Seuil, 2008, 278 pages, 21 euros.

4. Article du 19 avril 2007, cité par S. Gougenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, page 13.

5. Seuil, 2002 .« Je raconte le plus objectivement et le plus simplement l'histoire d'un homme devenu prophète, l'histoire aussi d'une religion et d'une civilisation qui a tant apporté à l'humanité » qu'il disait.

6. jean-Claude Lattès, 1983. La thèse : l'« incursion barbare de l'Occident au cœur du monde musulman marque le début d'une longue période de décadence et d'obscurantisme ».

7. Ils les ont tellement bien récompensés pour ces leçons que de nos jours les derniers chrétiens d'Orient, vrais autochtones de la région, sont en passe d'être éliminés d'un monde qui fantasme encore sur un « âge d'or » dû en réalité à ses dhimmis syriaques, araméens et nestoriens.

8. C'est ce que propose Fabrice Valclérieux dans son article « Le génie d'Ibn Khaldûn », où il utilise également à propos du penseur le terme « d'islam des Lumières » (Eléments, n° 126, automne 2007). Sylvain Gougenheim n'est pas d'accord (et nous non plus) : « Ibn Khaldûn réfutait toute prétention de la raison, non seulement à s'élever au-dessus de la foi, mais même à en éclaircir les mystères » in Aristote au Mont Saint-Michel, page 142. S'il y avait une comparaison à faire entre cet immense penseur et un Grec, ce serait plutôt avec Hérodote qu'avec Aristote.

9. Voir Les Racines chrétiennes de l'Europe. Conversion et liberté dans les royaumes barbares V-VlIIe siècle, par Bruno Dumézil, Fayard, 2007. C'est autre chose, navré pour mes amis ND, que « Le Bolchevisme de l'Antiquité » d'Alain de Benoist.

10. Jacques Heers, Chute et Mort de Constantinople 1204-1453, Perrin, 2004, pages 253 et suivantes.

lundi 4 mai 2009

A propos des racines de l'Europe

L'histoire des racines européennes repose sur les relations entre deux entités l'Occident, de l'Atlantique aux Balkans, l'immense empire romain d'Orient à Constantinople, du Danube aux confins de la Perse, englobant Grèce, Macédoine, ouest de la Turquie, Liban, Palestine, Égypte.
L'empire romain d'Orient vécut toujours dans l'univers philosophique et scientifique hérité de la Grèce antique, un héritage qu'il ne cessa de diffuser dans toutes les régions occidentales fortement hellénisées : Sicile, Italie du sud, Exarchat de Ravenne. Or c'est de cette aire de culture hellénistique que se diffusa le christianisme. Les premiers courants de cette transmission, dès les premiers siècles, furent le fait de Chrétiens orientaux : Nestoriens, Jacobites Melkites, Philosophes, médecins, scientifiques à la fois, formés à l'École d'Alexandrie, tous traducteurs, du grec en syriaque (ou copte), des textes du savoir antique (Aristote, Platon, Galien, Hippocrate ... ), puis des Pères de l'Eglise grecque, incorporant la méthode dialectique grecque à la pensée néoplatonicienne puis à l'affirmation de la foi chrétienne. La fondation, au milieu du VIIIe siècle, à Bagdad, d'un immense empire musulman, assura la pérennité des Nestoriens. Médecins des califes (jusqu'au XIIIe siècle), ils fondent des hôpitaux sur le modèle du noso-komion antique, et transmettent aux Musulmans le savoir grec qu'ils traduisent alors en arabe. Peu à peu arabisés et toujours chrétiens, leurs plus grandes figures furent Hunaynibn-Ishaq, philosophe, historien et médecin du calife, Stéphanos d'Athènes, philosophe, astronome, médecin du roi de Perse, Abu- Sahal- al Masihi, qui fut le maître d'Avicenne, Alexandre de tralles et son frère Anthomios, architecte de l'église Sainte-Sophie, et le grand théologien Jean Damascène. Tels furent donc les intermédiaires entre le monde savant grec et les conquérants musulmans. Après la conquête de l'Espagne par ces derniers (711), les Mozarabes (Chrétiens sous domination) traduiront les textes antiques en arabe et en latin. En outre, Byzance ne cessera d'envoyer à Cordoue des moines savants traducteurs.
En Occident, toutes les élites intellectuelles parlent grec. A Rome, dès le IIIe siècle on traduit et commente Aristote et Platon dans une pensée néoplatonicienne, puis chrétienne, autour de Plotin (élève d'Ammonius), Porphyre, Macrobe, Théocrite, tous de langues grecque et latine. La circulation continuelle des hommes et des idées entre Byzance et l'Occident firent pénétrer, dans le cadre biblique, l'essentiel de la pensée antique. Aux VI-VIIe siècles, Martianus Capella y fonda le cadre de l'enseignement médiéval. Boèce (consul du roi Théodoric) fut le plus grand traducteur et commentateur des sciences et de la philosophie grecques. Cassiodore, préfet du même Théodoric, établira, à Vivarium, les règles des études monastiques, sacrées et profanes. La plus grande figure fut le pape Grégoire le Grand qui, parfait connaisseur de la langue grecque, fut envoyé par son prédécesseur à Byzance, comme apocrisiaire auprès de l'empereur. En Espagne, Isidore de Séville, grammairien, ébaucha la classification des connaissances antiques. A partir du VII-VIIIe siècle cette diffusion s'intensifie en Occident où affluent les Chrétiens levantins fuyant les persécutions perses, arabes et byzantines (querelle de l'iconoclasme). C'est la grande époque des moines missionnaires orientaux qui évangélisèrent l'Europe du nord, y transmettant la connaissance du grec. Entre Byzance et les cours occidentales se multiplient les échanges d'ambassade et de manuscrits. A la cour de Pépin le Bref, de Charlemagne, de Louis le Pieux, on connaît le grec. Sous Charles le Chauve, l'Irlandais Jean Scot Erigène, brillant helléniste, fit connaître à l'Occident « le nectar sacré des Grecs ». À la cour pontificale l'hellénisme est omniprésent, et dès le début du IXe siècle, dans toutes les grandes églises de la Gaule, on trouve des manuscrits grecs et la liturgie est chantée en grec. En Germanie, à la cour d'Othon Ier, Liutprand de Crémone est ambassadeur à Byzance; sous Othon II, dont l'épouse, Théophano, était une princesse byzantine, et sous Othon III, la cour s'entoure d'une élite d'hellénistes brillants, de même que dans les grandes églises de l'empire. En Italie du sud, de l'École de Salerne, de nombreux textes médicaux circulent en France, dans des traductions bien antérieures aux premières traductions arabes. La chancellerie des rois normands expédie ses actes en grec, arabe, latin et normand. À Rome, on spolie les monuments antiques, on fait venir des artistes de Byzance et les cérémonies pontificales s'inspirent de celles de la cour byzantine. Les textes grecs et antiques circulaient déjà en Angleterre et dans le nord de la France, bien avant les traductions des Musulmans d'Espagne. L'axe de l'Europe s'était déplacé vers le nord.
Il est incontestable que les savants musulmans Abbassides promurent ensuite, en leur temps et à leur tour, sur la base des traductions chrétiennes (syriaques, arabes latines) la tradition grecque dans les disciplines essentiellement scientifiques : celles qui ne mettaient pas en question le Coran, et seulement dans leur propre langue, l'arabe étant « la langue de Dieu ». Les deux figures emblématiques furent Avicenne (XIe siècle), Persan, formé par un maître arabe chrétien, de pensée augustinienne, et Averroès (2° partie du XIIe siècle), philosophe de l'aristotélisme rationaliste, juriste de profession et fidèle au Coran, qui prêcha à Cordoue le Djihad contre les chrétiens, et dont les thèses provoquèrent de profondes querelles doctrinales au XIIIe siècle. On ne peut donc en aucun cas considérer qu'ils aient de quelque façon contribué à la constitution des racines de l'Europe, lesquelles sont grecques, latines, chrétiennes.
Francine Passagri Universitaire médiéviste : AU FRONT avril 2009