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vendredi 2 août 2024

Il y a 810 ans, Bouvines : la France victorieuse

 

bouvines
Bouvines, le nom ancien d’une bataille glorieuse ayant eu lieu il y a 810 ans, acte fondateur d'un royaume de France féodal en route vers son unification. Philippe Auguste impose ainsi, lors de cet événement guerrier, le 27 juillet 1214, sa puissance de suzerain à son félon de vassal qu’est le roi d’Angleterre Jean sans Terre. Il devient même l’égal politique de l’héritier du pouvoir de l’ancienne Rome incarné par le Saint Empire romain germanique et son empereur dont la défaite le pousse à l’exil.

Un peu de contexte

Roi de France depuis 1180, Philippe II règne sur un territoire en grand péril. En effet, son vassal et principal rival n’est autre que le roi d’Angleterre, Richard Ier Plantagenêt. Par les legs de sa mère Aliénor d’Aquitaine et son père Henri II, le Cœur de Lion gouverne du mur d’Hadrien jusqu’aux Pyrénées et son domaine forme un véritable empire dit Plantagenêt dont l’immensité dépasse même celle du roi de France.

Cependant, le successeur de Richard, en 1199, n’est autre que son propre frère, Jean sans Terre, et dont le talent en politique ne s’exprime que par l’insolence et l’insulte envers le roi de France qui est aussi son suzerain. Celui-ci n’hésite pas et profite de son droit féodal pour priver son vassal anglo-angevin de ses possessions en Normandie, Anjou, Bretagne, mais aussi en Aquitaine. En représailles, Jean sans Terre décide de monter une alliance avec l’empereur Othon IV afin de s’emparer du royaume de France et de mettre fin au règne des Capétiens.

Une coalition défaite

Selon un plan mûrement réfléchi, ils décident, en 1214, de passer à l’attaque et de prendre en étau Philippe Auguste. Ainsi, les Anglais assiègent La Rochelle pour mieux débarquer leurs forces tandis que les Impériaux arrivent par le Nord avant d’encercler les forces françaises. Cependant, il n’est pas chose si aisée de duper un roi de France. Ce dernier décide d’anticiper les actions de ses ennemis et brise l’armée anglaise le 2 juillet à La Roche-aux-Moines (Maine-et-Loire). Néanmoins, le plus dur reste à faire, car l’armée d’Othon IV est plus nombreuse que celle de Philippe Auguste. L’empereur germanique, pensant la victoire facile, tente une attaque surprise le 27 juillet 1214, près de Bouvines, à 12 kilomètres à l’est de Lille, afin de détruire l'arrière-garde des armées françaises et l'obliger à fuir. Les forces de Philippe Auguste réussissent pourtant à repousser leur ennemi et vont même lancer une contre-attaque en se mettant en ordre de bataille, à la stupeur d’Othon IV. Les troupes de ce dernier sont alors enfoncées par la cavalerie française forte de 1.500 hommes faisant des ravages parmi l’infanterie impériale. À la fin de la journée, Philippe Auguste est vainqueur, tandis que son ennemi fuit dans l’espoir de n’être pas capturé. Dans son empressement, il laisse derrière lui ses bannières, un butin simple mais symbolique, car il entérine la victoire de la France sur ses ennemis en ce jour glorieux.

Malheur aux vaincus

Vaincu, la coalition défaite est obligée d’accepter la volonté du roi capétien. Celui-ci, le 18 septembre, par le traité de Chinon, oblige Jean sans Terre à renoncer à ses droits sur les territoires confisqués par son suzerain et qui viennent ainsi enrichir son propre domaine. Pour l’empereur Othon IV, seule la honte de la défaite lui est laissée par Philippe Auguste, cette disgrâce lui fait perdre son titre et son pouvoir avant que la mort ne l’emporte en 1219. À l’intérieur du royaume de France, la gloire attend le vainqueur de Bouvines qui voit son pouvoir renforcé ainsi que celle de sa dynastie sur ses sujets et ses vassaux. La bataille de Bouvines à travers les siècles, est devenue devenue le symbole de l'émergence de la nation française.

Eric de Mascureau

mercredi 4 mai 2022

Bouvines, le début du sentiment national ? – LPH – Les grandes victoires (2/4)

 On la considère souvent comme le marqueur du début de ce qu’on pourrait appeler le sentiment national. Si cette idée, forgée au XIXe siècle par la IIIe République, est très exagérée, Bouvines n’en demeure pas moins une grande victoire à la portée et à la dimension inédite. Face à l’Europe coalisée, Philippe Auguste remporte ici, aux côtés de ses vassaux et des milices communales, un succès retentissant qui viendra rassurer le royaume et affermir le pouvoir de la France capétienne. Retour sur un symbole pas si étonné qu’il n’y paraît.


https://www.tvlibertes.com/bouvines-le-debut-du-sentiment-national-lph-les-grandes-victoires-2-4

mercredi 28 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (37)

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Aujourd'hui : 39. Bainville vu par Joseph de Pesquidoux, son successeur à l'Académie...
Illustration : Buste de Joseph de Pesquidoux, par Anne Kirkpatrick.
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)
Elu à l'Académie le 28 mars 1935, et reçu le 7 novembre de la même année, Jacques Bainville n'aura donc même pas été membre pendant un an de l'illustre société, et n'y aura même pas siégé pendant trois mois...
Lorsque son ami "de six grands lustres de collaboration incessante", Charles Maurras, fut élu a son tour à l'Académie, le 9 juin 1938 (il n'y sera reçu que le 8 juin 1939 !...) cela faisait donc déjà plus de deux ans que Bainville avait disparu : 
"...Au bon temps, nous nous voyions tous les jours..." écrit Maurras dans la préface qu'il donne au livre posthume de Bainville, "Lectures"; mais il ne leur aura pas été donné de se retrouver, aussi, à l'Académie...

C'est Joseph de Pesquidoux qui fut élu, le 2 juillet 1936 (donc, très peu de temps après sa mort), au fauteuil de Jacques Bainville, le fauteuil 34.
Reçu le 27 mars 1937, il prononça son éloge, dont voici deux extraits :
1. "...Jacques Bainville est dès lors en possession de ses puissances intellectuelles. Sans rien abandonner de la tâche quotidienne, il va se mettre à son oeuvre historique. Comme Michelet il fera son Histoire et son Histoire le fera, c'est-à-dire qu'en la creusant dans le sens d'explication et d'enseignement politique où il l'envisage, il s'enrichit incessamment des perspectives qu'elle lui ouvre. Elle est toute dirigée vers l'avenir, toute tendue vers la sécurité et la grandeur de la patrie.
Plus tôt qu'un autre sans doute il a vu venir la Grande Guerre. Il l'a connue, vécue, il en a été le chroniqueur frémissant de chaque jour, et il a recherché dans les causes les plus lointaines d'où pouvait bien sortir ce choc formidable destiné à nous écraser, en achevant 1870.
Face à face notre peuple et l'allemand; le Rhin entre nous, le fleuve rapide aux eaux vertes, que les uns ont l'éternelle tentation de franchir, les autres l'éternel souci de surveiller pour en empêcher le passage. C'est notre histoire et la leur depuis nos commencements, depuis que le destin nous a mis en conflit. L'antagonisme a été souvent sanglant. Bainville en souligne les épisodes. L'empire au début était beaucoup plus puissant que le royaume. Il se promettait de le prendre en tutelle. La bataille de Bouvines gagnée par Philippe Auguste brisa cette prétention. C'est pourquoi elle est appelée nationale. Cependant on s'était avisé chez nous des faiblesses de l'Empire allemand : élection du souverain, rivalité des princes électeurs, opposition des intérêts et des peuples. On tira aussitôt parti de ces défauts organiques. On noua des alliances avec le pape, on intrigua avec les princes, soit pour l'élection de l'empereur, soit dans les débats contre lui, on s'immisça par l'or et le fer dans la constitution germanique. Longtemps nous l'avons emporté : tant que la France a eu affaire avec l'Allemagne divisée et morcelée, maintenue telle par l'intervention séculaire de nos armes ou de notre diplomatie. Comme Philippe le Bel répondait seulement aux explications de Guillaume de Nassau prétendant s'affranchir de l'élection, et à son ultimatum : "trop allemand", Henri II professait plus tard : "Qu'il fallait tenir les affaires d'Allemagne en la plus grande difficulté qui se pourrait." La formule a servi de règne en règne. Exploitée par l'inébranlable Richelieu et le fertile Mazarin, elle fut consacrée au traité de Westphalie. On y maintint, dit Bainville, "le morcellement de l'empire, l'élection du souverain, on y ajouta la garantie des vainqueurs".
Nous connûmes une ère prolongée de sécurité et une hégémonie : la nôtre. Au point de vue de la puissance, de la renommée, des moeurs, des arts, de la pensée. Le soleil de la France ne se coucha point avec le grand roi. Il continua de rayonner sur l'Europe. Et, chose inattendue, l'Allemagne se complut à ces rayons. Elle s'affina selon nos goûts et nos usages. On ne parlait pas de culture germanique alors.... Leibniz écrivait en français, Maurice de Saxe s'offrait à servir sous nos drapeaux... Mais, lorsque Frédéric le Grand eut commencé à forger la couronne de l'Allemagne future, et que, comme pour l'asseoir, sous la poussée des Encyclopédistes, l'intervention préservatrice fit place au principe suivant lequel toute race, considérée comme semblable aux autres, à l'instar des individus, a un droit absolu à son unité et à son accroissement quelques risques qu'elle puisse faire courir, toutes données ont été renversées, et la politique des nationalités dans laquelle nous nous sommes si imprudemment jetés, s'est révélée pour nous duperie humanitaire à fin d'invasion... Si nous en avons magnifiquement rappelé, de 1914 à 1918, grâce au génie de nos chefs et à la vaillance entêtée de nos soldats, alors que, du maréchal de France au dernier poilu ( gardons le mot héroïque et hirsute), ils servaient, en l'encadrant, de moniteurs au monde, nous sommes restés impuissants ou aveugles devant le principe lui-même : l'Allemagne vaincue a conservé et fortifié sa dangereuse unité...
C'est la grave leçon donnée par Bainville dans son "Histoire de deux peuples".

2. "...Bainville a mis en lumière la conception qui a guidé la maison de France dans son cheminement parmi les nations. Il la résume dans l'idée du pré carré, dans l'idée de l'unité et de la discipline nationale, et dans celle de l'hérédité. 
Le pré carré implique la notion d'un cadre en-deçà duquel il ne sera ni assez vaste, ni assez clos et défendu, et au-delà duquel il excédera l'étendue utile et deviendra vulnérable. C'est le concept de nos frontières naturelles : deux montagnes, les deux mers et le Rhin : longue lutte de la monarchie contre la féodalité et contre l'étranger, en vue de la possession de ce territoire intérieur, indispensable à la fois pour atteindre et défendre ces frontières. Nos rois en ont gardé la réputation de rassembleurs de terre. Commines appelait l'un deux : "l'universelle aragne", perpétuellement occupé à tisser en l'étendant sa toile, ou à la rapiécer. A la mort de Louis XI, la Picardie, la Bourgogne, la Provence, le Roussillon, le Maine et l'Anjou étaient incorporés à la trame. D'autres furent aussi des aragnes. Tâche obstinément mais prudemment poursuivie. "Raison garder", disaient-ils. Quand ils l'oubliaient, par l'apanage ou la guerre de magnificence, ce n'étaient que revers. Les frontières, les bornes naturelles les ramenaient aux projets viables. Ils devaient rester des réalistes, soumis à la politique inscrite sur le sol lui-même..."

lundi 28 juillet 2014

La victoire de Bouvines

Il y a huit cents ans, ce 27 juillet 2014 se déroulait une bataille remportée par le roi de France, dont la victoire marqua le début du déclin de la prédominance seigneuriale.
Philippe II Auguste était engagé dans la difficile r e c o n q u ê t e d e s o n royaume, amputé à la génération précédente par le caprice de la première épouse de son père, Louis VII, la trop volage Aliénor d’Aquitaine. En quelques années de sièges, d’escarmouches et de démantèlements de châteaux, il avait réussi à préparer la reconquête de la Normandie, puis du Maine, de l’Anjou, de la Touraine et du Poitou.

Face à Jean sans Terre
Pourtant, vers 1210, tout risquait d’être remis en cause. L’immoral Jean, dit Jean sans Terre, devenu roi d’Angleterre en 1199, et toujours duc de Normandie, s’était d’abord fait conciliant ; Philippe- Auguste en avait profité pour lui faire signer le traité du Goulet, par lequel il forçait Jean à renoncer à soutenir les prétentions de son neveu, Othon de Brunswick, à l’empire germanique. Jean, par ailleurs, abandonnait à Philippe-Auguste le comté d’Évreux et gardait le reste de la Normandie.
Mais la clause la plus importante, dont nul ne pouvait pour l’heure deviner les heureuses conséquences, était le mariage de Louis, fils de Philippe (futur Louis VIII le Lion), avec Blanche de Castille, fille d’Alphonse VIII de Castille et d’Aliénor d’Angleterre, et petite-fille de la vieille reine Aliénor. Donc une nièce de Jean. Persécutés, les vassaux français de Jean sans Terre demandèrent en 1202 qu’un procès fût ouvert contre leur mauvais suzerain. Le roi de France le fit donc citer à Paris pour répondre devant la Cour des pairs, mais le roi d’Angleterre ne se présenta point. Alors Philippe prit Château-Gaillard et investit Rouen. La Normandie était reconquise ; Philippe reconnut aussitôt les libertés des Normands.
Mais Jean ourdissait contre Philippe- Auguste une terrible vengeance. Avec l’appui de Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, et de Ferrand, comte de Flandre, jaloux des Capétiens, il fomenta en 1214 une ligue puissante contre le roi de France, dans laquelle entra l’empereur germanique Othon IV, neveu de Jean. Jean débarqua d’abord à l’Ouest, ouvrant donc un second front. Le jeune prince Louis (futur Louis VIII le Lion) marcha à la rencontre de Jean, qui avait pris Ancenis le 11 juin 1214 et Angers le 17, et projetait de s’emparer de La Roche-aux-Moines, dans l’actuel Maine-et-Loire. Le prince Louis, père depuis le 25 avril 1214 d’un petit Louis qui allait être le glorieux saint Louis [1], lui lança un défi selon les règles chevaleresques d’un combat loyal.
Se voyant abandonné par ses anciens vassaux, le roi anglais renonça au siège le 2 juillet 1214, ouvrant pour le roi de France la voie à la reconquête de l’Anjou... [2]
Le grand choc au Nord
Or le grand choc se préparait au Nord, où s’avançait une importante armée, commandée par l’empereur Othon, auquel s’étaient joints les redoutables milices flamandes, les comtes de Hollande, les ducs de Brabant, de Limbourg, et de Lorraine. Le danger devenait terrible. Philippe, débarrassé, grâce à son fil,s de la menace du roi d’Angleterr,e qui faisait retraite dans le Poitou et le Limousin, s’élança vers les coalisés et, ayant levé en masse les milices communales, bourgeois, paysans, petites gens, remua l’extraordinaire fibre française qui devait si souvent faire miracle dans notre histoire.
Contrairement à toutes les lois de la Chrétienté, Othon engagea la bataille le dimanche 27 juillet à Bouvines (actuel Nord), au pont sur la Marque. Philippe prit personnellement tous les risques, offrant sa poitrine comme bouclier de l’indépendance française. Il poussa l’empereur à battre en retraite en abandonnant ses ornements impériaux avec toute sa troupe hétéroclite, tandis que Philippe faisait prisonniers les grands féodaux français révoltés.
1214 - 1914 ...2014
Le roi et le peuple
Le roi avait partagé tout le risque du pays ! Dans cette victoire totale, le roi et le peuple avaient vibré d’un même coeur. La réaction féodale, complice de l’étranger, était battue. Ce fut l’allégresse dans la France entière en ce bel été [3]. Villageois et moissonneurs, brandissant râteaux et faucilles, se pressaient aux carrefours. Les bourgeois de Paris et toute l’Université allèrent au-devant du roi et firent fête sans discontinuer durant sept jours et sept nuits. Les semaines suivantes, tandis qu’Othon, déjà excommunié, renonçait à l’empire, et qu’en Angleterre l’ignoble Jean sans Terre se voyait imposer par ses barons révoltés la Grande Charte qui amoindrissait pour toujours la couronne anglaise, le roi de France resplendissait dans tous les coeurs comme la vivante incarnation du sentiment national.
Michel Fromentoux - L’AF 2890
- [1]- Lire Isabelle, comtesse de Paris, Blanche de Castille, mon aïeule, éditions Robert Laffont, 1991. 
- [2]- Lire Ivan Gobry, Louis VIII le Lion, éditions Pygmalion, 2009. 
- [3]- Lire Georges Bordonove, Philippe II Auguste, éditions Pygmalion, 2009.
LIRE ÉGALEMENT : BOUVINES PAR JACQUES BAINVILLE ET, SUR BOULEVARD VOLTAIRE : Octocentenaire de la bataille de Bouvines : joyeux anniversaire, la France !, PAR GEORGES GARNIER ROUSSEAU

mardi 27 novembre 2012

Naissance de l'Europe Blanche de Castille ( 1188 - 26 novembre 1252)

1188 à Palencia (Castille) - 26 novembre 1252 à Paris
Blanche de Castille, épouse de Louis VIII le Lion et mère de Saint Louis, est l'une des rares reines de France qui ait trouvé grâce auprès des historiens.
Son destin n'a tenu qu'à un... prénom. En 1200, la vieille reine Aliénor d'Aquitaine (80 ans) se rend en délégation à la cour du roi Alphonse VIII de Castille pour ramener une infante, sa petite-fille, promise au fils et héritier du roi de France Philippe Auguste. La délégation se voit présenter l'infante. Elle a toutes les qualités requises sauf... son prénom, Urraca (pas de traduction française).
Chacun de se demander si les Français pourront jamais aimer une reine dotée d'un si méchant prénom. Qu'à cela ne tienne, le roi de Castille leur rappelle qu'il a une fille de rechange. La cadette a quinze ans ; elle ne manque pas non plus de qualités et porte le doux prénom de Blanca...
C'est ainsi que Blanche épouse Louis, fils et héritier de Philippe Auguste, le 23 mai 1200, le lendemain du traité du Goulet. Elle donnera le jour en 1214 (l'année de la victoire de Bouvines) au futur Saint Louis, qu'elle éduquera d'une excellente et pieuse façon.
Son fils n'ayant que 12 ans à son avènement, elle gouverne en son nom le royaume avec le titre de «baillistre» et surmonte avec brio les traquenards des barons et grands seigneurs. Elle reprendra les rênes lorsque son fils partira pour la 7e croisade, de 1249 à sa mort en 1252. Elle sera inhumée dans l'abbaye de Maubuisson, au nord de Paris...

vendredi 11 mars 2011

1200 : Capétien et Plantagenêt

Soucieux de chasser les Plantagenêt du royaume de France, Philippe-Auguste se battit en vrai capétien, avec « réalisme, patience, esprit d'opportunité ».
Le traité du Goulet fut l'occasion d'un répit, sans faire illusion…
Cette année-là, la vingtième de son règne, Philippe II Auguste, trente-cinq ans, signait le 22 mai le traité du Goulet qui le mettait en position de force face au roi d'Angleterre et dont la clause principale était le mariage du prince royal Louis, treize ans, avec Blanche de Castille. douze ans, fille du roi Alphonse VIII de Castille.
La petite-fille d'Aliénor
Il importe de rappeler ici que celle qui allait donner à la couronne de France neuf enfants, dont le grand saint Louis, était par sa mère Aliénor d'Angleterre, la petite-fille de la trop belle Aliénor d'Aquitaine que nous avons vue dans nos précédents articles passer avec son colossal héritage – presque la moitié de la France - du lit de Louis VII, roi de France, à qui elle n'avait pas donné d'enfant mâle, à celui d'Henri Plantagenêt juste avant que celui-ci joignît à ses titres de comte d'Anjou et de duc de Normandie celui de roi d'Angleterre… Agissant ainsi cette femme légère avait suscité entre les deux royaumes une zizanie qui devait marquer pour de longs siècles l'histoire de l'Europe. C'est dire l'importance de cette union de 1200. La vieille Aliénor, alors soixante-dix-huit ans, tint à aller elle-même, comme pour se repentir, chercher sa petite-fille outre-Pyrénées pour la conduire auprès du petit-fils de son premier mari…
Philippe-Auguste, que nous avons laissé dans notre dernier numéro tout jeune et déjà veuf d'Isabelle de Hainaut, s'adonnait alors à réguler les mouvements féodaux, à châtier les bandes errantes de pillards désoeuvrés, à veiller à la bonne administration du royaume, à embellir Paris… Mais il ne cessait de se préparer à chasser les Plantagenêt du royaume de France. Contre Henri II d'abord, puis contre les deux fils qu'Aliénor avait donnés à ce rustre, le presque estimable et même légendaire Richard dit Coeur de Lion, et le morbide Jean Sans Terre, Philippe allait se battre en vrai capétien, avec, écrit Bainville, « réalisme, patience, esprit d'opportunité ».
Parti en croisade en 1190 avec Richard, il avait, avec l'accord du pape, quitté Saint-Jean d'Acre au bout de quelques mois pour des raisons de santé mais surtout pour profiter de l'absence, puis de la captivité de Richard tombé aux mains de l'empereur germanique. Utilisant habilement les failles du système successoral anglais, il avait soutenu Jean contre Richard, puis, après la mort de celui-ci dans des conditions indignes d'un preux, il avait embrassé la cause du tout jeune Arthur de Bretagne, fils de Geoffroy, frère aîné de Richard et de Jean. Pendant ce temps, Jean avait déjà mis la main sur les possessions françaises des Plantagenêt, dont la Normandie, mais ce fourbe désirait alors une accalmie…
Renonciations
C'est ainsi qu'en 1200, Philippe le prit au mot et le reçut à Paris puis lui imposa dans l'île du Goulet, près de Vernon, le traité du même nom, par lequel Jean, d'une part, renonçait à soutenir les prétentions d'Othon de Brunswick à l'Empire contre le candidat français, d'autre part, rendait hommage au roi de France son suzerain pour toutes ses possessions françaises. Il abandonnait en outre le comté d'Evreux et ses fiefs berrichons au jeune prince Louis pour constituer la dot de Blanche de Castille. De son côté Philippe renonçait à faire valoir ses droits sur la Bretagne.
La Normandie redevient française
Traité d'équilibre, occasion d'un répit, mais cela ne faisait illusion à personne. En fait il restait à Philippe à saisir l'occasion de prendre Jean en faute. Chose aisée, puisque celui-ci n'accomplissait pas ses devoirs envers ses vassaux, qu'il persécutait même parfois ! Ceux-ci l'attaquèrent en justice en 1202. Les pairs du royaume prononcèrent la confiscation de ses biens français, à charge pour Philippe d'exécuter la sentence. Ainsi la Normandie redevint-elle française : après la prise de la forteresse de Château-Gaillard, Philippe put entrer dans Rouen. Le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou suivirent le mouvement, mais l'Aquitaine restait encore pour le moment entre les mains du Plantagenêt. En même temps, la mort du malheureux Arthur de Bretagne permit au roi de faire passer la Bretagne dans l'orbite capétienne, en donnant en mariage Alix, la soeur d'Arthur, à un descendant de Louis VI le Gros.
Pendant qu'en Angleterre la monarchie fonctionnait si mal que les populations se révoltaient (c'était le temps de Robin des Bois) et que les seigneurs s'apprêtaient à imposer à leur roi pour le ligoter la fameuse Grande Charte (15 avril 1215), la monarchie française, créatrice d'un État fort et rassembleur, constituait un modèle de continuité sans heurts et de sage gouvernement. C'est pourquoi Philippe-Auguste pouvait dès lors tenir tête à l'Angleterre et à l'Empire réunis contre nous. En 1214, à Bouvines, on allait voir se manifester la force du sentiment national, comme nous l'avons déjà raconté dans L'AF 2000 du 20 novembre 2008.
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 17 au 30 septembre 2009