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dimanche 23 août 2026

Terre & Peuple, l’Europe par les racines

 

Identité

Fondée il y a plus de trente ans par Pierre Vial, ancien pilier de la Nouvelle Droite, « Terre & Peuple » a progressivement tracé son propre chemin : défendre les héritages européens. À l’occasion de la parution de son 108e numéro, retour sur cette aventure.Propos recueillis par François Bousquet

ÉLÉMENTS : Trente ans après la création de Terre & Peuple, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

TERRE & PEUPLE. D’abord, nous sommes toujours là. Et notre cap n’a pas varié. D’aucuns sont actifs depuis les origines et des jeunes continuent à nous rejoindre, attirés par notre singularité, tant doctrinale qu’en termes d’actions. Nous avons creusé un sillon unique, avec des activités en régions, dans nos bannières, un site Web alimenté tous les jours, une newsletter, la revue, trimestrielle, et des publications qui traitent des fondamentaux.

ÉLÉMENTS : Quelle est la singularité de Terre & Peuple ? La place accordée aux traditions européennes, au paganisme, à la longue mémoire, à l’écologie enracinée ? Autres ?

TERRE & PEUPLE. Terre & Peuple poursuit l’œuvre entamée par Pierre Vial et ses deux présidents d’honneur, Jean Mabire, puis Jean Haudry, en assumant une démarche identitaire, seule à même pour nous de préserver notre spécificité européenne. Cela passe par une réappropriation de notre héritage, ethnique, culturel et spirituel. Héritage païen, car c’est ainsi que l’Europe s’est construite. Pour autant, nous assumons aussi les deux derniers millénaires, et d’ailleurs nous comptons de nombreux sympathisants catholiques, curieux de la totalité de notre héritage. Le paganisme représente pour nous une approche du monde enracinée, mémorielle et vivante. Pas un folklore qu’il faudrait réinventer.

La structuration du monde indo-européen, mise en évidence par Jean Haudry – immense linguiste qui a consacré sa vie aux études indo-européennes –, relève pour nous du corpus doctrinal, et ce faisant de notre construction intime. Elle porte notre vision du monde européen. Ce n’est pas seulement une approche intellectuelle.

Quant à l’écologie enracinée, bien entendu, oui, c’est pour nous un thème tout naturel, si j’ose dire, et de toute éternité.

ÉLÉMENTS : Votre dernière livraison – et couverture – consacre un important dossier au cheval. Pourquoi ce thème ?

TERRE & PEUPLE. Tout ce qui est européen est nôtre. La première représentation pariétale de l’homme européen est un cheval. Sans le cheval, point d’expansion indo-européenne, point de chevalerie, etc.

Chaque numéro de Terre & Peuple comporte un dossier spécifique. L’affaire Epstein pour le dernier numéro, le 108, avec notamment une analyse chinoise, tout à fait inhabituelle. Et désormais, en plus, un entretien visant à approfondir la relation spécifique qui nous unit à tel ou tel élément structurant de notre identité européenne, en l’éclairant depuis nos origines. Dernièrement : la chasse, le cheval. Avec un regard singulier. Pour le cheval, par exemple, nous n’avons pas interrogé un « simple » sachant, mais un ancien écuyer en chef du Cadre noir. Ce qui nous permet d’avoir une approche non seulement scientifique, mythologique, historique et équestre, mais vécue, à nulle autre pareille. De même, pour un sujet sur le taureau, sous l’angle de la mythologie, jusqu’à son prolongement actuel, à savoir la corrida, nous avons interrogé un matador.

À venir : la musique, le mercenariat, la Beauté, etc. Mais aussi, des périodes de notre histoire à même de nous orienter pour demain. Prochainement : la Reconquista, l’Empire romain. Les sujets ne manquent pas…

ÉLÉMENTS : À qui s’adresse aujourd’hui Terre & Peuple ? À un noyau militant, à des lecteurs en quête de repères, à la nouvelle génération… ?

TERRE & PEUPLE. À vrai dire, aux trois. Un militant sans une solide formation métapolitique risque fort de s’égarer. Certains lecteurs militent, d’autres non. Quant aux jeunes, dès leur plus tendre enfance, l’État profond les biberonne aux contre-vérités et les réseaux sociaux ont vite fait de leur donner le tournis. Nous offrons aux identitaires un corpus culturel et doctrinal, associé à des analyses et des expériences de terrain, synthèse probablement unique. Nous ambitionnons de servir d’éveilleurs et de boussole dans un monde en perte de repères.

ÉLÉMENTS : Quels sont les objectifs de la revue ?

TERRE & PEUPLE. La revue pose les jalons. Et elle demeure. Contrairement aux parutions numériques, aussi vite disparues qu’elles sont apparues.

C’est une revue métapolitique. Elle s’intéresse à certains sujets d’actualité (Ukraine, Iran, etc.), mais en s’appuyant sur la profondeur historique. Elle apporte donc sur ces sujets un recul qui fait cruellement défaut par ailleurs. Chaque numéro comporte un dossier (technologie, la question religieuse, etc.). Également, nous l’avons vu, un entretien sur un thème structurant pour notre conscience identitaire. Nous traitons aussi de l’actualité des publications de notre courant de pensée, et des découvertes scientifiques en linguistique, archéologie et génétique, plus particulièrement.

Nous avons donc vocation à apporter aux identitaires, trop souvent mus par leur instinct, une vision de notre civilisation structurée, profonde et réfléchie, seule garante de notre cohésion et des succès de nos combats. Au-delà, bien entendu, nous nous adressons aussi à l’ensemble de nos peuples, aux individus curieux de leur racines, particulièrement dans l’Europe francophone.

Pour consulter le site de Terre & Peuple :

https://www.terreetpeuple.com

https://www.revue-elements.com/terre-peuple-leurope-par-les-racines/

dimanche 29 mars 2026

Une charpente d’exception : la famille

 

Par Gérard Leclerc

Le progressisme ecclésial ? La négation de la différence sexuelle ? Attention à la corruption les relations sociales !…

C’est un essai, dû à un religieux de la Compagnie de Jésus, qui évoque la vie, l’œuvre et la postérité de l’éminent Père Gaston Fessard (1897-1978), un jésuite. Sa personnalité a marqué le XXe siècle, comme auteur spirituel de grande fécondité, mais aussi comme « adepte de la contemplation dans l’action ». Deux manifestes de sa main ont particulièrement marqué l’histoire : France, prends garde de perdre ton âme (1941) contre le nazisme et France, prends garde de perdre ta liberté (1946) contre le communisme.

Avec la distance, la lucidité dont il fit preuve, notamment à l’encontre d’un certain progressisme, apparaît d’autant plus remarquable qu’elle est à mettre en relation avec le risque d’apostasie encouru de la part de toute une mouvance ecclésiale. Son dernier ouvrage, Église de France, prends garde de perdre la Foi !, avec une préface de son grand ami Henri de Lubac, sonne encore comme un avertissement. « Fessard ne se borne pas à un procès d’intention. Il analyse avec précision les documents récents de la pastorale épiscopale en France en montrant comment certains présupposés anthropologiques ou sociaux altèrent la foi elle-même. […] À la prétention d’une praxis sans référence à la vérité révélée, il oppose le discernement ignatien ; à l’activisme horizontal, il rappelle que l’Église est d’abord hiérarchique parce que sacramentelle, c’est-à-dire orientée par le Christ vers le Père. »

Un des aspects de l’œuvre de Gaston Fessard paraît d’une actualité étonnante. C’est celui qui touche à la question particulièrement cruciale de l’amour humain, avec la dévalorisation de la différence des sexes, la promotion du concept de gender et l’invraisemblable complaisance à l’égard du trans-sexualisme qui produit tant de dégâts. On pourrait y ajouter encore un néo-féminisme virulent, prompt à exacerber la haine envers le sexe masculin.

Une autre voie alternative

À l’encontre de ces facteurs de déconstruction, le Père Fessard propose une perspective d’une union de l’homme et de la femme qui structure le destin de l’humanité : « Alors que nos institutions traditionnelles s’affaiblissent et que l’individualisme progresse, tandis que les revendications identitaires fragmentent le corps social, Fessard propose une autre voie alternative. Il mise sur une fraternité qui ne soit ni superficielle coexistence ni fusion autoritaire, mais véritable communion respectueuse des différences. »

À ce propos, je me permettrais de rappeler que j’avais eu recours largement dans un essai intitulé L’amour en morceaux ? (2000) à l’ouvrage du Père Fessard introduit magistralement par le Père Michel Sales : Le mystère de la société. Recherches sur le sens de l’histoire (1997). En effet, la relation homme-femme constitue « la charpente de toutes les structures sociales en même temps que du milieu où éclôt, grandit et tend à s’accomplir la liberté de chaque individu ». Toute la perversité actuelle du gender consiste à dévaluer et même à proscrire la différence sexuelle qui est pourtant fondatrice de toutes nos relations existentielles. Cette dénégation a forcément des effets ravageurs, parce qu’elle aboutit à transformer en véritable chaos les relations humaines, alors que l’union conjugale avec sa fécondité est au cœur même d’une fraternité humaine.

Il faut ajouter à cela que, dans la doctrine sacramentelle, Dieu est participant de l’Alliance, il est garant d’une économie de la grâce, du pardon et de la refondation. C’est pourquoi on aurait sans doute intérêt à revenir à ces notions essentielles dans les discussions présentes, notamment synodales sur ces fondements anthropologiques et théologiques, qui interdisent certaines fausses pistes (telle la recherche éperdue d’un diaconat féminin). La crise universelle de la conjugalité impose des réponses solides et adaptées.

(Illustration : La Sainte Famille accompagnée de saint Jean et sainte Élisabeth, Nicolas Poussin, Le Louvre)

https://www.actionfrancaise.net/2026/03/29/une-charpente-dexception-la-famille/

lundi 9 décembre 2024

La magie de Noël : origines et traditions

 

La magie de Noël : origines et traditions

“Les serviteurs s’en allaient, pour « poser la bûche au feu » dans leur pays et dans leur maison. Au Mas ne demeuraient que les quelques pauvres hères qui n’avaient pas de famille ; et parfois des parents, quelque vieux garçon par exemple, arrivaient à la nuit en disant : « Bonne fête ! Nous venons poser, cousins, la bûche au feu avec vous autres ». Tous ensemble nous allions joyeusement chercher la « bûche de Noël » qui – c’était de tradition – devait être un arbre fruitier.

Nous l’apportions dans le Mas, tous à la file, le plus âgé la tenant d’un bout, moi, le dernier-né, de l’autre ; trois fois nous lui faisions faire le tour de la cuisine ; puis, arrivés devant la dalle du foyer, mon père, solennellement, répandait sur la bûche un verre de vin cuit en disant : « Allégresse ! Allégresse ; mes beaux enfants, que Dieu nous comble d’allégresse ! Avec Noël tout bien vient. Dieu nous fasse la grâce de voir l’année prochaine. Et, sinon plus nombreux, puissions-nous n’y pas être moins. » Et nous écriant tous « Allégresse, allégresse, allégresse ! », on posait l’arbre sur les landiers et, dès que s’élançait le premier jet de flamme : « À la bûche boutefeu ! » disait mon père en se signant. Et tous nous nous mettions à table. Oh ! La sainte tablée, sainte réellement, avec, tout à l’entour, la famille complète, pacifique et heureuse. Trois chandeliers brillaient sur la table et si, parfois, la mèche tournait devers quelqu’un, c’était de mauvais augure. À chaque bout, dans une assiette, verdoyait du blé en herbe, qu’on avait mis à germer dans l’eau le jour de la Sainte-Barbe. Sur la triple nappe blanche tour à tour apparaissaient les plats sacramentels : les escargots, qu’avec un long clou chacun tirait de la coquille ; la morue fine et le muge aux olives, le cardon, le scolyme, le céleri à la poivrade, suivis d’un tas de friandises réservées pour ce jour-là, comme : fouace à l’huile, raisins secs, nougat d’amandes, pommes de paradis ; puis au-dessus de tout, le grand pain calendal, que l’on n’entamait jamais qu’après en avoir donné, religieusement, un quart au premier pauvre qui passait. La veillée, en attendant la messe de minuit, était longue ce jour-là ; et longuement, autour du feu, on y parlait des ancêtres et on louait leurs actions…”

Cette évocation des Noëls de son enfance que nous a laissée le grand écrivain provençal Frédéric Mistral résume parfaitement ce que fut cette fête dans l’Europe traditionnelle. Fête de la famille et de la mémoire, fête de l’enfance dont le déroulement mêle, diversement selon les régions, des pratiques immémoriales liées à l’arbre et au foyer, les rituels de la table, l’affirmation des solidarités communautaires et la piété chrétienne. Moment privilégié de la manifestation du sacré, l’anniversaire de la naissance du Christ, confondu avec le moment des nuits les plus longues, annonce l’éternel retour de la vie. Instant « merveilleux » qui voit se confondre le temps cyclique des saisons et celui d’une histoire sacrée porteuse de la rédemption du monde, la fête de Noël demeure le moment du recueillement et de la joie, du retour sur soi et de la générosité, de la communion avec Dieu et des lumières de l’espérance. Profondément ancrée dans la longue mémoire européenne et chrétienne, la célébration de Noël, quelles que soient les dérives marchandes qu’elle engendre aujourd’hui, demeure l’occasion – dans le monde cruellement désenchanté du début du XXIe siècle – de renouer les fils du temps, de reconstituer, à travers le regard illuminé d’un enfant ou dans la chaleur d’une famille réunie, les liens puissants qui permettent aux hommes d’échapper aux désespérances contemporaines.

Le 25 décembre a été reconnu fort tardivement comme le jour anniversaire de la naissance de Jésus

Le christianisme primitif ignore cette célébration et, dans la première moitié du IIIe siècle, le philosophe alexandrin Origène refuse encore que soit posée la question de la date de naissance du Christ, comme s’il s’agissait d’un quelconque souverain ou pharaon. Reprenant une prophétie de Michée, les évangélistes Mathieu et Jean situent la Nativité à Bethléem mais ne donnent aucune indication quant à sa date, et les bergers veillant la nuit, en plein air, sur leurs troupeaux qu’évoque saint Luc laissent penser à une journée printanière. Plusieurs dates correspondant à la naissance de Jésus sont pourtant proposées à partir de la fin du IIe siècle.

Clément d’Alexandrie avance le 18 novembre, mais les auteurs ultérieurs tiennent pour une date située entre mars et mai. Certains gnostiques choisissent celle du 6 janvier, qui présente l’intérêt de correspondre aux épiphanies de Dionysos et d’Osiris – deux divinités de la végétation qui, comme le Christ, meurent et ressuscitent – et à la sortie du soleil dans la constellation de la Vierge, moment important pour les astrologues de l’Antiquité. La date du 6 janvier fut également retenue pour célébrer l’anniversaire du baptême du Christ dans le Jourdain et le miracle réalisé lors des noces de Cana qui virent Jésus transformer l’eau en vin. Aux IIIe et IVe siècles, c’est donc le 6 janvier, qui voit « l’épiphanie », c’est-à-dire la « manifestation » du Christ, que l’Orient chrétien célèbre sa naissance.

À l’inverse, l’Occident se rallie rapidement à la date du 25 décembre. L’importance accordée aux anciennes fêtes du solstice d’hiver, le souvenir des saturnales romaines (célébrées du 17 au 25 décembre) et la place considérable qu’avait acquise dans l’empire le culte de Mithra – dieu solaire et sauveur d’origine iranienne – expliquent pour une bonne part ce choix. Correspondant à la nuit la plus longue de l’année, qui précède immédiatement la « remontée » du soleil dans le ciel, le solstice d’hiver était un moment chargé d’une forte sacralité pour les anciennes sociétés européennes, et l’assimilation du Christ sauveur au Soleil victorieux des ténèbres devait fatalement rapprocher les deux traditions. La célébration de la renaissance annuelle de Mithra et la fête du Sol invictus, dont Aurélien avait tenté d’imposer le culte dans l’ensemble de l’empire, intervenaient toutes deux le 25 décembre, et Macrobe nous rapporte que, ce jour-là, on sortait d’un sanctuaire une divinité solaire figurée comme un enfant nouveau-né. Lire la suite sur le site Clio.fr

Philippe Conrad

Illustration : Carl Larsson. “Ett hem åt solsidan” (1904/1905)
Première diffusion le 22/12/2014

https://institut-iliade.com/la-magie-de-noel-origines-et-traditions/

dimanche 3 novembre 2024

L’Anaon ou le domaine des morts chez les Bretons

 

« L’Anaon », ou le domaine des morts chez les Bretons

Les folkloristes Anatole Le Braz, Arnold Van Gennep et Bernard Rio font état dans leurs différents ouvrages de croyances relatives à la mort qui étaient encore très vivaces en Bretagne avant la Seconde Guerre mondiale.

Selon ces croyances, la vie terrestre n’est qu’un passage entre une vie éternelle antérieure et une vie éternelle ultérieure. La conséquence est une absence de séparation entre morts et vivants qui voisinent, au sein de deux sociétés impénétrables mais organisées de façon semblable.

Les membres de la société des morts, appelée « Anaon », habitent le cimetière et y vivent réellement, conservant leurs caractères, leurs sympathies et leurs aversions pour d’autres morts comme pour des vivants qu’ils aident ou harcèlent selon l’amour ou la haine qu’ils leur portent. Ils ouvrent les yeux à minuit et peuvent revenir dans leurs villages pour voir leurs maisons et observer leur famille, mais pas pour les effrayer ni leur demander quoi que ce soit – l’idée de péché à racheter étant ici totalement absente de la vision de l’après-monde.

Les âmes réunies dans l’Anaon se réunissent trois fois par an : la veille de Noël, le soir de la Saint Jean qui correspond au solstice d’été et le soir de la Toussaint, qui coïncide avec la Samain, fête des morts dans la vieille tradition celtique.

C’est justement cette tradition que rapporte Bernard Rio dans la réédition de son ouvrage Les Bretons et la mort. Rites, croyances et traditions. Pour lui, les « sources grecques et latines mentionnent un rapport particulier des Bretons avec l’au-delà » qui les différencie des autres peuples d’Europe continentale. S’inscrivant dans la continuité du travail d’Anatole Le Braz, il développe l’idée selon laquelle le rapport à la mort des Bretons est singulier :

« La mort ne leur fait pas peur. Ou je devrais dire, la mort ne leur faisait pas peur parce que les mentalités ont évolué. ».

Pour l’auteur, le rapport particulier des Bretons à la mort est à ce point singulier qu’ils ne craignent pas la mort, et qu’ils ont même parfois tendance à mettre fin à leurs jours plus facilement que les autres Européens. Cette tendance est notamment corroborée par les chiffres de l’INSEE qui montrent que la Bretagne est la région de France où l’on se suicide le plus. C’est également ce rapport à la mort qui explique les difficultés pour l’Église catholique à faire de la Bretagne une terre de mission féconde. Si l’Église s’est effectivement enracinée dans cette région, elle a dû néanmoins composer avec les rites funéraires bretons. C’est pourquoi elle a intégré à son corps défendant des pratiques non chrétiennes telles que les « tombes de mémoire » dispersées en dehors des cimetières ou encore l’usage du « Mell Beniget », le marteau bénit qui servait symboliquement à libérer l’âme du défunt. L’on posait la pierre au niveau de la fontanelle située sur la ligne médiane du crâne, à la jonction de différents os, afin d’ouvrir symboliquement le corps et libérer l’âme pour qu’elle s’en aille :

« Tout au long de la vallée du Blavet, on a ce marteau béni qui était entreposé dans les chapelles. Et lorsqu’il y avait une personne qui agonisait, le sage du village était contacté par la famille pour que l’on vienne poser le Mell Beniget sur le sommet du crâne de l’agonisant. […] c’est à la fois connu dans les traditions populaires, mais aussi dans l’histoire de l’art, puisque l’on a une magnifique fresque représentant la mort de Saint Méen dans l’abbaye de Saint Méen le Grand, en Ille-et-Vilaine, où l’on représente le saint avec l’âme qui s’échappe par la fontanelle. »

La pratique du Mell Beniget met en lumière une autre croyance populaire bretonne : pour eux l’âme préexistait au corps et s’intégrait au corps neuf mois avant la naissance, c’est-à-dire dès la conception :

« On va retrouver ça dans la mythologie irlandaise ou dans le cycle de Fintan par exemple, ce héros mythique de l’Irlande, dont l’âme intègre le corps dès la conception. On a la même chose avec la naissance de Merlin, enfanté d’une vierge et d’un succube. »

Pour Bernard Rio, les traces de ce rapport à la mort des Bretons, et de la croyance populaire dans la société des morts se retrouvent à travers divers témoignages au cours des siècles : d’une mention chez Procope de Césarée au témoignage d’Anatole Le Braz sur le naufrage du navire La Gorgone à la fin du XIXᵉ siècle, en passant par un article du journal Le Télégramme sur une Dame blanche aperçue du côté de Landévennec, les preuves de ces croyances abondent. Certaines plus impressionnantes que d’autres : l’auteur raconte notamment l’apparition en 1914 d’une chasse sauvage dans les Monts d’Arrée, sur le Massif armoricain, annonçant la guerre mondiale à venir. Il évoque également l’exemple d’un phénomène collectif :

« Dans les années 1930, à côté de Malestroit dans le Morbihan, plusieurs dizaines de personnes ont vu un château en feu. Sauf que le château n’existait pas… Il y a eu une sorte d’hallucination collective. Le recteur de cette commune de la paroisse a relaté le phénomène dans le bulletin paroissial en disant : « Plusieurs paroissiens sont venus m’indiquer qu’ils avaient vu à tel endroit un château en flammes. »  […]
Dix ans plus tard, au printemps 1944, un industriel construit un château au même emplacement. Cependant, ce château fut incendié par les troupes allemandes. Il ne s’agit donc pas ici d’une simple croyance : c’est un phénomène relaté, daté, localisé. Le bulletin paroissial en fait foi en 1930. Et 20 ans plus tard, le phénomène se produisit. »

Dans cet ouvrage, Bernard Rio témoigne donc de la permanence en Bretagne de la croyance en l’Anaon : le peuple des âmes des trépassés qui se promènent en liberté parmi les vivants et entrent en contact avec eux la nuit de la Toussaint et celle de la Saint-Jean. Une croyance encore vivace qui témoigne des relations singulières que les Bretons entretiennent avec la mort et les morts.

Note : les propos de Bernard Rio auxquels nous nous référons sont extraits d’un entretien accordé à TVL le 8 octobre 2024.

Crédit photo : DR

https://institut-iliade.com/lanaon-ou-le-domaine-des-morts-chez-les-bretons/

vendredi 12 avril 2024

Magie arthurienne

 

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Fernando Galván

Source: https://melmothlibros02.blogspot.com/2024/04/la-magia-arturica.html

Le monde arthurien est étroitement lié à la fantaisie et à la magie du Moyen Âge. Il suffit d'évoquer le nom d'Arthur et de ses célèbres chevaliers pour que surgissent immédiatement à l'esprit les figures mythiques du magicien Merlin, de la fée ou de la sorcière Morgane, ou des objets magiques - aux pouvoirs extraordinaires - comme le Graal, ou l'épée Excalibur, ou encore des lieux dotés d'un important halo mythique et magique, comme Camelot, Avalon, la Forêt Stérile, la Chapelle Dangereuse, etc.

On pourrait citer des dizaines de motifs bien connus qui apparaissent partout au Moyen Âge et qui survivent encore dans les réécritures et les adaptations des récits arthuriens.

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Il suffit de consulter un ouvrage aussi bien documenté que El Rey Arturo y su mundo. Diccionario de mitología artúrica (=Le Roi Arthur et son monde - Dictionnaire de la mythologie arthurienne (1)) de Carlos Alvar, pour constater la richesse magique et mythologique sous-jacente.

Dans le prologue de cet ouvrage, il est fait référence à l'Histoire de Lancelot du Lac comme noyau central des récits arthuriens, car elle contient la plupart des thèmes qui sont répétés et modifiés ailleurs.

Mais dans ce même récit sur Lancelot, étant donné sa longueur singulière, nous trouvons également ce que l'on peut observer dans d'autres récits en vers et en prose dans les différentes langues européennes médiévales.

C'est-à-dire que les personnages, les incidents, les objets et les lieux de ce monde fictif ne conservent pas une identité concrète et fixe, mais changent constamment, modifient leur nature et se transforment, comme par magie, en de multiples versions.

Le dictionnaire d'Alvar est irremplaçable, dans notre langue espagnole, pour trouver les clés de tant de transformations, des changements de physionomie et de noms adoptés par les centaines de personnages et d'incidents du monde arthurien.

Parfois, on croit percevoir dans tel ou tel élément narratif la trace de l'antiquité classique, d'autres fois celle du monde celtique primitif - d'où proviennent certainement beaucoup des légendes qui ont façonné le monde du roi Arthur - ; et à d'autres occasions, la présence du christianisme est indiscutable, qui - comme à d'autres époques - s'est efforcé au Moyen Âge d'adapter les fantaisies et les mythes païens à la doctrine de l'Église.

Il n'est donc pas facile de résumer la très longue liste d'événements magiques qui abondent dans tant de textes médiévaux.

Il existe des livres et des articles bien connus sur chacun des éléments importants liés à la magie et à la fantaisie. Citons, par exemple, les ouvrages prestigieux de R. S. Loomis, l'encyclopédie monumentale de N. J. Lacy et d'autres, les études de Geoffrey Ashe, William Albert Nitze et Nikolai Tolstoy.

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Mentionnons également les livres de Carlos García Gual sur les légendes arthuriennes.

Pour ne pas me perdre dans le labyrinthe des détails magiques qui affectent le cycle arthurien, je préfère me concentrer sur une tentative d'explication de certaines des raisons de cette magie et de ses relations avec la science, la religion et l'histoire, et commenter brièvement les effets de cette magie au Moyen Âge et même à une époque ultérieure, car les résultats de la magie arthurienne dépassent largement les frontières du quinzième siècle.

Le monde de la fantaisie, du merveilleux, n'a pas eu la même importance dans d'autres périodes historiques.

Ann Swinfen, dans son livre Defence of Fantasy, qui étudie le roman fantastique contemporain, affirme ce qui suit :

L'un des aspects les plus difficiles de l'étude critique du roman fantastique résulte peut-être de l'attitude de la plupart des critiques contemporains, une attitude qui suggère que le mode d'écriture dit "réaliste" est en quelque sorte plus profond, plus engagé moralement, plus directement lié aux préoccupations humaines "réelles" qu'un mode d'écriture qui fait appel au merveilleux.

La raison pour laquelle je défends le fantastique est que c'est loin d'être le cas. Pour clarifier cette question, nous pouvons peut-être nous rappeler que ce que nous considérons aujourd'hui comme le monde "réel" - c'est-à-dire le monde de l'expérience empirique - a été considéré pendant de nombreux siècles comme le monde des "apparences". Pour nos ancêtres, plus enclins que nous par conviction et par apprentissage à chercher la réalité au-delà du monde matériel, ce qui était définitivement réel résidait dans les autres mondes spirituels. C'est sur la réalité de ces autres mondes que porte, dans une large mesure, la fantaisie".

En effet, au Moyen Âge, le surnaturel, la magie, n'était pas nécessairement une fantaisie irréelle, ni ne devait nécessairement s'opposer au concept de science, mais c'était souvent un moyen didactique de transmettre une connaissance profonde de la réalité, non accessible à un niveau empirique, et qui pouvait donc être présentée à travers des paradoxes et des contradictions avec les apparences du monde réel. 

Fernando Galván : MAGIE ARTHURIENNE

  • Carlos Alvar, El Rey Arturo y su mundo. Diccionario de mitología artúrica, Madrid, Alianza Editorial, 1991.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/04/09/magie-arthurienne.html

jeudi 11 avril 2024

Les Éditions de Flore, c’est quoi ?

 

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À la toute fin du XIXe siècle, raconte Charles Maurras dans un livre de souvenirs, lui-même et quelques jeunes intellectuels patriotes avaient pris l’habitude de se retrouver tous les jours « Boulevard Saint-Germain, au coin de la rue Saint-Benoît, assis de guingois » sur leurs chaises « au premier étage d’un café de quartier que décora jadis une statue de sa marraine, la jeune Flore, au-dessus de la porte d’entrée ». C’est là, un demi-siècle avant que « le Flore », envahi par Sartre, Beauvoir et les existentialistes, ne devienne le grand quartier général de la gauche bien-pensante, que Maurras et ses amis vont élaborer, en fumant, en mangeant et en buvant, les premiers éléments d’une réflexion nationale et royaliste « sous le signe et la protection de cette déesse du printemps ».

C’est sous le signe de cette même déesse, dans l’héritage de cette tradition qui est aussi celle de la critique constructive, de l’ouverture et de la libre discussion, qu’ont été fondées les Éditions de Flore. Leur objectif est aussi simple qu’ambitieux. Elles se proposent, d’une part, de rééditer de façon scientifiquement satisfaisante les textes classiques de la doctrine « néo-royaliste » ; d’autre part, d’en montrer la fécondité en poursuivant la réflexion, y compris dans des directions que n’auraient pu imaginer les joyeux convives de Flore, à travers la publication d’essais, d’études savantes, mais aussi de pamphlets, de nouvelles, de romans et, pourquoi pas, de livres de cuisine.

Aux Éditions de Flore, plusieurs collections :

• Au signe de Floredirigée par Axel Tisserand

Centrée sur l’œuvre de Charles Maurras et reprenant pour titre celui du livre de souvenirs publié par en 1933 par le penseur du « nationalisme intégral », la collection « Au signe de Flore » constitue le navire amiral des Éditions de Flore. Elle se donne pour objectif de faire connaître (ou mieux connaître) son œuvre immense, en publiant des textes classiques ou inédits, accompagnés d’une introduction et de notes visant à les éclairer en les replaçant dans un contexte qui n’est plus familier au lecteur contemporain. Le rouge de la couverture, couleur traditionnelle du pouvoir en Occident, renvoie au point de départ de la construction doctrinale maurrassienne : Politique d’abord !

• Maîtres et témoinsdirigée par Charles de Meyer

L’œuvre intellectuelle de Charles Maurras n’est pas tombée du ciel avant de disparaître sans laisser de trace. Au contraire, elle s’enracine dans une tradition que Maurras n’a jamais hésité à reconnaître, celle de la philosophie antique et médiévale, de la pensée classique, du conservatisme et de la contre-révolution. Par ailleurs, elle a suscité d’emblée un nombre important de disciples, de continuateurs ou de compagnons de route. C’est à cet ensemble apparemment hétérogène, mais présentant une réelle cohérence interne, qu’est consacrée cette collection. Quant à la couleur de la couverture, elle est un clin d’œil aux Princes d’Orange et à leur royale devise : « Je Maintiendrai »

• Actualité et permanence de la monarchiedirigée par Stéphane Blanchonnet

« On démontre la nécessité de la Monarchie comme un théorème. La volonté de conserver notre patrie française une fois posée comme postulat, tout s’enchaîne, tout se déduit d’un mouvement inéluctable », écrit Maurras au début du XXe siècle dansL’Enquête sur la Monarchie. Un siècle et quelques décennies plus tard, non seulement la formule n’a pas pris une ride, mais la monarchie, réponse à la nécessité d’une politique du temps long, apparaît à beaucoup d’égards plus actuelle que jamais, tant il est devenu évident que les problèmes réellement importants ne se règlent ni durant les cent jours qui suivent une élection présidentielle, ni même durant les quelques années du mandat. La couleur verte de la couverture signifie que c’est du côté des princes que se trouve l’espérance.

• La Dentelle du rempartdirigée par Olivier Coté

Il importe de tenir la forteresse contre les assauts des barbares : d’où l’importance de la solidité des remparts, et de la dentelle de pierre qui les surmonte, là où se trouvent les guetteurs et où auront lieu les combats décisifs. Cette collection entend rappeler quelles furent, dans l’ordre des idées, les batailles d’autrefois, notamment en s’intéressant aux revues et en proposant des présentations et des anthologies des principales d’entre elles (La revue grise, La Nation française, Aspects de la France, JSF, Réaction, etc.). En parallèle, elle s’interroge sur les combats d’aujourd’hui, sur les raisons de s’engager et sur la manière de le faire. La couleur bleue symbolise cette volonté de défendre la Cité et la civilisation.

• Kiel et Tangerdirigée par Aristide Leucate

En 1972, Georges Pompidou, lors d’une conférence à Sciences Po, déclare, après l’avoir cité, que « quelqu’un qui n’a jamais été mon maître à penser, tant s’en faut, Charles Maurras a, dans Kiel et Tanger, dès 1910, prévu le monde actuel » : le monde, les menaces qui pèsent dans ce cadre sur les nations de taille moyenne, mais aussi les difficultés d’une démocratie, surtout parlementaire, face aux questions diplomatiques et internationales. La collection Kiel et Tanger, qui aurait pu prendre pour titre celui d’un des grands livres de Jacques Bainville, est centrée sur ces questions : géopolitique, affaires étrangères, construction européenne et souverainisme. La crème des problèmes, d’où la couleur des couvertures, qui rappelle en outre celle de l’ancien drapeau de la France, repris comme emblème par les royalistes du XIXe siècle.

• L’Ordre et le désordredirigée par Christophe Boutin

L’essence de la démarche maurrassienne consiste à refuser les constructions a priori et à se soumettre humblement aux enseignements de l’expérience pour tenter de discerner les réponses politiques les plus pertinentes – autrement dit, les plus favorables à l’intérêt national. Sans doute l’histoire n’elle pas un catalogue de solutions toutes faites, susceptibles d’être reproduites telles quelles : mais elle n’en est pas moins un immense réservoir de faits et d’expérimentations, qui permettent de déterminer de façon relativement sûre, à partir de ce qui a fonctionné, ce qui peut marcher et ce qui ne le pourrait en aucun cas. La collection L’ordre et le désordre publie donc des ouvrages historiques, anciens ou contemporains, avec une prédilection pour les périodes de crise et les révolutions, qui sont les plus susceptibles de fournir des pistes à la réflexion contemporaine. La couverture est noire, comme le drapeau de l’anarchie qu’il faut combattre.

• La bagarre de Fusteldirigée par Frédéric Rouvillois

Pendant plus d’un siècle, la Sorbonne a joué un rôle important,donc le déploiement de la pensée contre-révolutionnaire, comme du reste dans l’opposition à celle-ci. Les débats houleux autour de l’historiographie, de la légende nationale, du romantisme ou, plus tard, de la nomination de Pierre Boutang à la chaire de métaphysique de la Sorbonne, ont été des moments-clefs dans l’histoire française de cette pensée. Cette collection, portant couverture jaune comme la toge des professeurs de lettres, réunit des études universitaires (thèses, mémoires de Masters, colloques, etc.) consacrées à l’étude de ces courants de pensée.

• Les Morticolesdirigée par Rémi Soulié

Le titre de la collection renvoie à la première grande dystopie de Léon Daudet, Les Morticoles (1894) où, plus d’un siècle avant le confinement et les « Conseils de défense sanitaires », l’auteur imagine un pays dominé par l’hygiénisme et dirigé par des médecins. Le roman dystopique s’est développé à partir de cette époque, notamment pour démontrer que le paradis sur terre décrit par les utopies et annoncé par les apôtres du Progrès dissimule un avenir infiniment moins souhaitable. D’où l’intérêt d’y consacrer une collection, d’une part afin de rééditer des textes anciens, français ou étrangers qui s’avèrent souvent (atrocement) prophétiques, d’autre part pour publier des ouvrages contemporains, la vogue actuelle du genre dystopique répondant à un besoin très largement ressenti. Quant au gris de la couverture, il indique ce qui nous attend si nous ne réagissons pas.

• Le Petit Poussindirigée par Richard de Sèze

« Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de choses lui manquent pour crier : “Je suis libre”… Mais le petit homme ? » Sur un mode souriant, c’est à cette interrogation fondatrice, lincipit de La politique naturelle de Maurras, que fait allusion le titre de cette collection. Celle-ci entend publier des livres ou des images qui permettront au « petit homme » de grandir puis de se mettre à courir à son tour, « dans l’enceinte d’une autre nature empressée, clémente et humaine » qui lui offrira le nécessaire.

https://www.actionfrancaise.net/2024/04/11/les-editions-de-flore-cest-quoi/

dimanche 18 février 2024

Fêtes et coutumes populaires dans l’Ancien Régime

 L’Ancien Régime est marqué par l’abondance de fêtes et de réjouissances diverses : 55 dans le diocèse de Paris au début du XVIIe siècle (soit en moyenne une par semaine), en plus des 52 dimanches. Dans le diocèse d’Angers, avant 1693, 63 fêtes jalonnent l’année. Le travail est alors interdit sous peine d’amende.

Il est évidemment impossible de détailler dans cet article toutes les fêtes locales. Certaines de ces fêtes locales sont pour l’anecdote parfois particulièrement pittoresques comme la fête du 22 août à Beaucaire, où est organisée une course des prostituées de la ville et des environs entièrement nues. Par ailleurs, certaines réjouissances sont spontanées comme à Arras en 1434, où il neigea pendant trois mois et trois semaines à compter du 30 novembre, ce qui permis aux habitants de modeler de nombreuses figures avec la neige ; ou à Lille en 1600 où l’on a fait rôtir un porc sur une fontaine gelée en présence d’une cinquantaine de personnes.
I. La calendrier agro-liturgique
A la campagne, les fêtes se répartissent en six grands cycles marquant l’année (Carnaval-Carême, Mai, Saint-Jean, Assomption, Toussaint, les 14 jours autour de Noël).
Le cycle de Noël concentre à lui seul six fêtes obligatoires en 14 jours. Outre la présence au divers offices religieux, un certain nombre de pratiques marquent cette période. Le 24 au soir, dans chaque maison, on allume une énorme bûche placée dans la cheminée par le doyen de la maison, aspergée d’eau bénite avant d’être enflammée. Elle doit brûler entre 3 et 9 jours selon les régions françaises. Toute l’année on conserve précieusement les cendres qui entrent dans la composition de plusieurs remèdes, protègent la maison de la foudre, préservent les blés et purifient l’eau du puits.
Les mois de janvier et de février sont des mois de noces et de carnaval. La Chandeleur, le 2 février, commémore la purification de Jésus au Temple et les cierges sont bénis à l’église ; ceux-ci sont ramenés à l’habitat : ils protégeront la maison et l’étable de l’incendie et de la foudre. Le carnaval dure plusieurs jours et se termine à des dates différentes selon les régions, un mannequin représentant Carnaval ou Carême-Prenant est brûlé pour clôturer cette période de festivité qui concerne essentiellement les jeunes.
Le dimanche des Rameaux ou de Pâques-Fleuries marque le début de la Semaine sainte. Le curé bénit des branches de lauriers et des bouquets de buis, puis, après la grande messe, les fidèles se rendent au cimetière déposer un buis sur chaque tombe. En rentrant chez soi, chaque fidèle fait de même pour les croix sur le chemin, puis au crucifix de la maison. Le dimanche de Pâques marquant la fin du Carême est un grand jour de fête, la viande réapparaissant sur les tables et les cloches sonnant à toute volée. Les beaux jours sont là et déjà les travaux des champs entraînent la fin des veillées d’hiver.

Quarante jours après Pâques vient l’Ascension, puis le dimanche de la Pentecôte dix jours plus tard, et le jeudi de la Fête-Dieu dix jours après la Pentecôte. La Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin, est avec Noël et Pâques la plus grande fête de l’année. Cette vieille fête mal christianisée est l’occasion de pratiques plus ou moins bien tolérées par l’Église. On allume des feux sur les hauteurs ou devant la chapelle dédiée au saint qui donnent lieu à des farandoles et sauts par-dessus les flammes. Les cendres du brasier sont ensuite conservées pour protéger du mauvais sort.
Après la Saint-Jean, les gros travaux commencent et les fêtes se font moins nombreuses : l’Assomption le 15 août, la Nativité de la Vierge le 8 septembre, la Saint-Michel le 29 septembre. La Toussaint et la Commémoration des morts les 1er et 2 novembre (fêtes avec prières et processions) marquent l’approche de la période hivernale et terminent l’année.
II. Trois coutumes populaires
La chevauchée de l’âne

La chevauchée de l’âne est une pratique qui consiste à promener sur un âne à travers le village un mari cocu ou battu par sa femme. Parfois, le mari en question peut être remplacé par un mannequin de paille ou un figurant remplissant le rôle. Au XVIe siècle, cette pratique populaire se tient jusque dans les grandes villes, certaines parades pouvant alors se transformer en de véritables spectacles. A Lyon en 1578, ce sont 18 groupes venant chacun d’un quartier différent qui traversent la ville, avec 1500 à 2000 figurants et un mari cocu ou battu par quartier. Cette pratique est alors évidemment parfois mal supportée par le mari humilié qui peut se venger voire tuer l’un des participants (on a au moins un cas pour le XVIIe siècle connu grâce à une lettre de grâce du roi pour le meurtrier). Un parlementaire bordelais du XVIe rachète pour dix sous la course de l’âne méritée par son voisin.
Quand ils passent devant la justice, les participants se justifient en invoquant l’ancienneté de la coutume. Un avocat chargé de la défense de paysans du hameau de Colleignes, près d’Aiguillon-en-Agenais, affirme ainsi devant le parlement de Bordeaux que « la course de l’âne est une coutume générale par toute la France… Il n’y a ni loi, ni ordonnance défendant expressement cette cérémonie, puisque donc la loy civile manque, la peine civile cesse. Encore aujourd’hui, on convie aux jeux d’hasard défendus, aux nastreries et champisseries des laquais par coutume ; la course de taureau à Bazas et mille autres choses peu louables se tolèrent par coutumes ».
Le charivari
Le clerc Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel (paru en 1690), définit le charivari comme un « bruit confus que font des gens du peuple avec des poëles, des bassins et des chaudrons pour faire injure à quelqu’un. On fait des charivaris en dérision des gens d’un âge fort inégal qui se marient. » Dans les textes, la pratique du charivari n’est mentionnée qu’à partir du XIVe siècle sous des dénominations différentes (mais cela ne signifie pas que la coutume ait pris naissance seulement à la fin du Moyen Âge).

La coutume consiste à faire un grand chahut lorsque qu’un mariage paraît anormal. Au bas Moyen Âge, elle ne semble liée qu’aux secondes noces ; durant l’époque moderne, elle se met à concerner presque systématiquement deux époux d’un âge très inégal (quelquefois deux époux originaires de deux régions lointaines ou deux époux de catégories sociales très différentes).
Les textes insistent tous sur le bruit (sifflements, huées, percussions d’objets divers) et certains font allusion au fait que les participants sont déguisés ou masqués. Certains mentionnent des extorsions d’argent ; le charivari ne cesse alors que lorsque les époux se sont « rachetés ». Ainsi, l’ordonnance synodale d’Étienne Le Camus, évêque de Grenoble, condamne en 1687 « ceux qui avec des charivaris… obligent les veufs ou les veuves qui se marient, ou ceux qui contractent hors de la paroisse, de payer quelque contribution ». Les autorités civiles et l’Église répètent évidemment leurs condamnations à l’égard du charivari, considéré comme une atteinte à la sainteté du mariage. Cette pratique populaire, malgré la réitération des interdictions, perdure néanmoins jusqu’à la fin du XIXe siècle.
La mise à mort fictive d’un bouc-émissaire
La scène de mise à mort d’un bouc-émissaire la plus connue est celle de Carnaval, le mercredi des Cendres. Mais ce supplice fictif, qui a traversé les siècles, est loin d’être le seul sous l’Ancien Régime. De nombreux autres coexistent selon des variantes régionales. Dans les Pyrénées, on met à mort un ours joué par un jeune homme déguisé avec une vraie peau. Cet ours était accusé d’avoir enlevé une jeune fille, la Rosetta. A Metz, le Graouilly, un dragon de carton est promené dans les rues et flagellé par les enfants. A Limoges, chaque 27 août, une effigie représentant Gauthier (personnage ayant réellement existé : bourgeois ayant en 1426 tenté d’ouvrir une porte de la ville aux Anglais, acquis à leur cause) est baladé dans la ville et hué par les Limougeaux aux cris de « maudit Gauthier, maudit traître ». A Lille, c’est le « chevalier rouge », obscur criminel, qui est présenté chaque année à la foule, expiant un crime atroce.
Sources :
BERCÉ, Yves-Marie. Fête et révolte. Des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle. Hachette, 1994.
LEBRUN, François. Croyances et cultures dans la France d’Ancien Régime. Seuil, 2001.
MUCHEMBLED, Robert. Culture populaire et culture des élites dans la France moderne (XVe-XVIIIe siècle). Flammarion, 1991.

https://www.fdesouche.com/2011/02/13/desouche-histoire-fetes-et-coutumes-populaires-dans-lancien-regime/

dimanche 14 janvier 2024

Yvan Guehennec : « La Tradition celtique fait du monarque le personnage central du monde celte » [Interview]

 

Dans un ouvrage colossal intitulé La Tradition celtique et publié chez Yoran Embanner, Yvan Guehennec est parvenu à synthétiser l’ensemble de ses recherches pour réaliser une approche globale de la culture, de l’esprit et de l’histoire des peuples celtes brittoniques de l’antiquité. Un livre aussi complet qu’érudit pour comprendre un héritage celtique qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Un livre préfacé par Philippe Jouët, historien et docteur de l’école pratique des Hautes-Études.

Professeur d’histoire, diplômé d’études bretonnes et celtiques, Yvan Guehennec est spécialiste de l’antiquité celtique et particulièrement des peuples brittoniques. Nous l’avons interviewé sur le livre.

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Yvan Guehennec : Da gentañ penn e trugaran Breizh-Info d’he bout daet tremazon. J’ai fait toute ma carrière dans l’Éducation Nationale en tant que professeur certifié d’histoire et de géographie. Du fait du métier de mes parents j’ai beaucoup voyagé étant très jeune, et j’ai été scolarisé dans de nombreuses régions de France, en Alsace, en Lorraine, Bourgogne, Provence, ainsi qu’en Belgique et aux Pays-Bas. Grâce à mon nom de famille, j’étais immédiatement identifié comme étant Breton, ce qui m’a donné partout des accueils très sympathiques, à Anvers en particulier, en Belgique flamande. Le flamand fut ma première langue étrangère en vérité, langue que j’apprécie encore beaucoup. Tous ces voyages m’ont donné une forte conscience bretonne et l’amour des langues. Chez moi, le bilinguisme breton-français était chose courante, avec l’anglais en plus, du fait d’une autre branche familiale. Passer d’une langue à l’autre fut mon grand bain dans le chaudron.

Ce qui m’a emmené vers une étude plus approfondie de la langue bretonne, puis vers celle des autres langues celtiques, le gallois en premier lieu. Puis l’irlandais ancien, et de fil en aiguille, l’étude des langues indo-européennes, avec un peu de basque et de chinois, pour ouvrir l’espace et le plaisir. Puis ce fut mes études universitaires celtiques à Rennes, avec Léon Fleuriot, Ch-J. Guyonvarc’h, Gwennole Ar Men et Per Denez entre autres. Et à côté de cela, une forte activité culturelle bretonne, trop longue pour être résumée ici. Et grâce à Léon Fleuriot et Per Denez, j’ai pu suivre une formation universitaire au Pays de Galles. Sans oublier le fait d’avoir parcouru l’ensemble des pays celtes et l’Angleterre dans tous les sens. Au Pays de Galles, je fus membre de la Plaid Cymru, le parti nationaliste, et plusieurs fois j’ai eu l’occasion d’écouter et de parler avec Gwynfor Evans qui m’avait surnommé le Cymro o’r Gyfandir le « Gallois du Continent » ! En Écosse, mon épouse et moi, nous fûmes les premiers Bretons à visiter le Parlement Écossais, nous étions guidés par une membre du SNP, le Parti National Écossais.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire sur la tradition celtique et quelles sont les principales sources d’inspiration pour votre livre?

Yvan Guehennec : L’étude des langues celtiques, de façon synchronique et de façon diachronique, amène obligatoirement à l’étude des textes anciens, gallois et irlandais, dans leur langue nationale ou bien en latin. Ce qui amène à la Tradition, sans oublier le fait de tenir grand compte de l’archéologie. La comparaison des données linguistiques entre elles, avec souvent l’intervention des faits historiques et archéologiques, nous guident vers la compréhension de cette Tradition celtique, de sa réalisation sociale, politique, religieuse et mythologique. La langue est le vecteur naturel et hautement organisé de cet ensemble.

L’étude de la Tradition passe par le travail fait par nos prédécesseurs, on ne bâtit pas sur du vide. Le fait d’avoir vécu au Pays de Galles et d’avoir parcouru l’ensemble des îles Britanniques m’ont permis d’acquérir beaucoup d’ouvrages. Il faut fouiller partout, par exemple c’est dans une petite librairie de l’île de Skye, en Écosse donc, que j’ai trouvé le Barddas gallois de J. Williams Ab Ithel, ouvrage publié en de 1862. La chance compte beaucoup aussi.

Cependant, ce qui demeure l’essentiel c’est de suivre des cours universitaires et étudier sans relâche. En France on ne tient plus assez en valeur le rôle de l’Université, et en Bretagne, dans les études celtiques, les livres essentiels qui paraissent en Grande-Bretagne et en Irlande, sont très souvent ignorés parce qu’ils sont rédigés en anglais la plupart du temps, ou en gallois. La méconnaissance de la langue anglaise en Bretagne est fort regrettable. Toute la façade maritime de l’Europe du Nord et du Nord-Ouest s’exprime internationalement en anglais. La France est misérable en ce domaine, les Bretons, pour leur émancipation, ont besoin de maîtriser la langue anglaise. C’est vers l’Ouest et le Nord que nous devons regarder. Certains vont peut-être être sabatuet, mais parler trois langues (français, breton et anglais) n’est pas inconcevable, tous les enseignants de breton le savent bien. Et dans beaucoup de pays c’est effectivement le cas (Belgique, Suède, Finlande, pays Baltes…). Et qu’on aime ou qu’on aime pas, aujourd’hui la langue interceltique est l’anglais. Pour l’instant du moins, car la reconstruction d’un brittonique commun me semble réalisable, basée évident sur la phonologie, l’étymologie et la sémantique. Mais dans quel but ? Est-ce vraiment nécessaire ?

Breizh-info.com : Comment avez-vous abordé la recherche sur l’antiquité celtique et quelles ont été vos principales méthodes pour recueillir et analyser les données historiques et culturelles? Quelles ont été vos principales sources pour écrire ce livre et quelle méthodologie avez-vous adoptée pour étudier la tradition celtique?

Yvan Guehennec : La méthode de travail consiste en plusieurs manœuvres : étudier, apprendre et comparer. Tous ces éléments nous permettent de définir ce qu’est la Tradition celtique, et de définir d’abord ce qu’est une tradition. Et donc, la méthode est nécessairement pluri-disciplinaire. Cependant son approche peut se faire par plusieurs biais. Le mien est la langue. Et de par la langue, on aborde le vécu ancestral et encore vivant de notre tradition. Tradition qui est à la fois conservatrice et évolutive. Ainsi, nous voyons que nos racines celtiques bretonnes remontent très loin, et c’est dans l’univers ancestral des Indo-Européens qu’il convient de rechercher les premières apparitions de ce qui deviendra plus tard, la tradition populaire bretonne.

Le cœur de la méthode est celui de la comparaison, comme le préconisait Georges Dumézil. Mettre côte à côte les langues indo-européennes et celtes, les textes et diverses expressions (le formulaire), les coutumes, les faits historiques indéniables des peuples celtiques, et alors apparaissent des concordances manifestes (celle des trois couleurs, des trois morts, d’Ogma en Irlande et de l’Ankou en Bretagne, l’Angau au Pays de Galles…) qui expriment une unité brittonique et même britto-gaélique, qui nous emmènent, nous Bretons du Continent, vers les îles Britanniques dont sont issus nos ancêtres, notre langue celtique, nos coutumes, avec des similitudes que nul n’avait envisagées, si ce n’est celui qui cherche, qui trouve et qui prouve. C’est ce qu’ont fait nos professeurs des deux côtés du Mor Breizh.

Mon travail, depuis toujours, consiste à mettre en évidence le fait que la Tradition celtique bretonne est d’origine insulaire. C’est-à-dire d’origine brittonique, comme celle des Gallois et des Cornouaillais de Grande-Bretagne. Pour cela, dans mon ouvrage La Tradition celtique, qui vient de paraître (et dont le sous-titre est « de par la langue et les textes, la Bretagne dans la tradition celtique »), je donne une quantité importante de textes anciens, gallois, irlandais, bretons, qui affirment et qui prouvent les origines insulaires de notre langue et de notre façon de penser l’univers. Je fournis des textes ou extraits de textes dans la langue celtique d’origine, avec une traduction bien sûr. Ainsi se dessinent ou réapparaissent les liens multi-séculaires entre les deux Bretagne.

Breizh-info.com : Pouvez-vous expliquer l’importance des langues celtiques dans la compréhension de la tradition celtique et comment celles-ci ont-elles évolué au fil du temps?

Yvan Guehennec : Nombreux sont les textes mythologiques gallois, miraculeusement mis par écrit, qui trouvent leurs correspondants en Petite-Bretagne (Le Livre Noir de Carmarthen et la Gwerz SklolanKêr Is et Maes Gwyddno etc.) ; j’ai donc mis cela en évidence ainsi que l’apparition régulière des Bretons du continent dans cette même mythologie galloise. En ce domaine, le fond est très riche. De ce côté-ci de la Manche, nous devons chercher dans les Vitae des saints de Bretagne. Saint Hervé par exemple, auquel je décline quelques lignes, apparaît comme étant purement mythologique, image d’un barde ou d’un druide aveugle, guidé par un loup, traversant une forêt la nuit, puis auprès duquel se dessine une roue qui tourne… Autant de schèmes notionnels qui s’expriment ici. Hervé est également l’un des trois saints qui déterminent le centre mythologique de notre Bretagne, le Mené Bré. Les Sept Saints Fondateurs dessinent la carte du nouveau pays conquis par les Bretons en Armorique. Chose que nous retrouvons en Écosse et en Inde védique. Les trois couleurs cosmiques des Indo-Européens, gwenn, ruz et du, apparaissent dans plusieurs de nos contes, comme dans toutes les branches du Mabinogi gallois et même dans les récits arthuriens de la littérature médiévale française issue du fond brittonique, en ce domaine évidemment.

Les druides de l’Antiquité celtique et du haut Moyen Âge en Irlande, ainsi que les grands bardes gallois de ces époques, ont appuyé sur la nécessité d’une ‘’Haute-Langue’’, ur Yezh Uhel, que les historiens et les philologues nomment ‘’la parole bien charpentée’’, selon des principes très anciens. Ces principes ont perduré dans toute la littérature et la poésie irlandaise et galloise, ainsi que dans celles de la Bretagne. Joseph Loth, Léon Fleuriot et Gwennole Le Menn avaient bien présenté cela ; je donne d’ailleurs des extraits des travaux de Léon Fleuriot et de Gwennole Le Menn à ce sujet. De J. Loth aussi.

Les Celtes ont presque divinisé leurs langues ; Ogma, Gwydion, Caradec en sont les précepteurs. La population celtique a toujours voulu conserver une langue unifiée et s’est toujours opposée à la promotion des dialectes. Mais les langues vivent par elles-mêmes, leur évolution interne nous échappe, même l’École ne peut s’opposer à cette réalité. Cependant croire que le peuple, le petit peuple, ne veut pas être éduqué est une lourde erreur. Notamment en ce qui concerne la langue. Ma grand-mère me disait que son père la fustigeait quand elle parlait mal breton. Au Pays de Galles, à Cardiff un jour, j’étais avec un compatriote bien connu, au Welsh Tourist Board, un responsable Gallois qui nous recevait dans un français parfait, nous dit que « quand il commettait des fautes en gallois, il recevait un grand coup de pied au c… » de la part de son père.

En ce qui concerne la langue bretonne aujourd’hui, langue à l’avenir incertain, il conviendrait d’enrichir le vocabulaire enseigné, les méthodes, les romans tournent très souvent avec le même vocabulaire basique. L’enseignement de la syntaxe est aussi à améliorer. Et la richesse du dialecte vannetais, rannyezh Bro Ereg, est souvent négligée. Même dans le Geriadur Istorel ar Brezhoneg de Roparz Hemon, de très nombreux termes sont absents, et pas seulement vannetais. Mais les Bretons ne peuvent pas tout faire, face à ceux qui souhaitent la mort de leur langue et de leur culture. Se maintenir est déjà chose difficile. Pourtant des erreurs pourraient être évitées facilement, notamment dans la toponymie, ou dans la re-bretonnisation des noms de lieux déjà de langue bretonne à l’origine. La Yezh Uhel doit se maintenir là aussi. Comme le conseillait Léon Fleuriot, lors de ses cours de gallois, il conviendrait de promouvoir les formes longues des toponymes. Et non pas des formes dialectales, ou même parfois, extrêmement locales.

Il faut éviter cette idéologie populiste qui est en fait anti-populaire. Les formes longues, qui d’ailleurs ne sont pas oubliées par tous les Bretonnants locaux, constituent une forme très riche et très importante du patrimoine breton et de l’histoire de Bretagne. La toponymie enseigne l’histoire. Les druides irlandais formaient la jeunesse en enseignant la religion et la mythologie celtiques via le Dindsenchas Érenn « Les Antiquités des Hauts-Lieux d’Irlande » (XIIè – XIVè siècle), ce qui donnait ainsi aux jeunes Gaëls la possibilité d’apprendre en plus la géographie de leur pays. C’est encore l’exemple qu’il faudrait suivre.

Il faut se défier aussi de la gallomanie qui revient au galop actuellement. Des ouvrages fallacieux paraissent mettant en cause notre celtitude ou bien voulant nous plonger dans le monde gaulois. C’est avec brio que Léon Fleuriot mit un terme à ces tentatives outrancières, en faisant éditer « Les Origines de la Bretagne » (Payot, 1980). Le Professeur Kenneth H. Jackson, de l’Université d’Edinburgh, avait fait de même en publiant « A Historical Phonology of Breton » en 1967 (The Dublin Institute for Advanced Studies). Malheureusement cet ouvrage fondamental ne fut pas traduit en français. Notre Tradition est aussi une tradition de résistance. Il serait naïf de croire que l’offensive pro-gauloise n’est pas organisée. Cela a pour but de nous hexagonalisés davantage, de nous couper de nos racines, à un moment où les échanges Irlande-Bretagne par exemple, redeviennent importants. A l’heure où notre Tradition est à nouveau attaquée, la réédition de l’ouvrage de L. Fleuriot « Les Origines de la Bretagne » est plus que souhaitable. Le dernier livre de Barry Cunliffe, « Bretons & Britons, the Fight for Identity » (Oxford, 2021), est à traduire également. Mais j’ai déjà trouvé des oppositions à cela. Des oppositions pro-gauloises.

Breizh-info.com : De quelle manière la tradition celtique influence-t-elle encore aujourd’hui les cultures européennes, notamment la culture bretonne?

Yvan Guehennec : La Tradition celtique fait du monarque le personnage central du monde celte. A défaut de monarque, ou de « Duc de Bretagne, Roi en son domaine », les Britons du Continent ont toujours leur Ténacité et leur Glwad, leur « Patrimoine », et comme le roi celte sur son char et Cinquième Élément dans l’orientation mythologique celtique, toujours appliquée par les marins pêcheurs bretons, ils sauront, j’espère, encore une fois appliquer les préceptes de ce qui le Reizh, le « Droit ».

Y.G.

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[cc] Breizh-info.com, 2024, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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dimanche 7 janvier 2024

Pour célébrer le solstice d’hiver

 

Pour célébrer le solstice d’hiver

Les fêtes « traditionnelles » de Noël et du Nouvel An perdent peu à peu leur signification religieuse, pour devenir simples prétextes à des réunions gastronomiques ou à des échanges de cadeaux futiles. Le vieux culte païen du « Soleil invaincu » a été transformé une première fois par les chrétiens en célébration de la naissance de l’enfant-dieu. Cette fête se trouve désormais de plus en plus désacralisée et dénaturée par les marchands. Il importe de retrouver le sens d’une véritable Tradition, qui plonge ses racines dans le passé le plus ancien de tous les peuples européens.

Tout naturellement, cette fête d’hommage et de confiance au Soleil, célébrée lors de la nuit la plus longue de l’année, a pris une force particulière dans les pays où l’hiver était le plus rude, le plus froid, le plus noir. La tradition du solstice d’hiver s’est maintenue plus longtemps dans un univers où la mauvaise saison a toujours pris la forme d’une véritable tragédie.

À l’angoisse de la longue disparition du Soleil, par ces mois de tempête et de gel, correspond, bien entendu, une ferveur encore plus grande dans l’espérance du retour de la lumière. Mais en « récupérant » la fête du solstice d’hiver, les « inventeurs » du Noël chrétien ont largement contribué à étendre cette ambiance religieuse et tragique vers les pays du Sud. Aussi le « mythe » de Noël at-il largement dépassé son berceau septentrional originel pour s’étendre à toute l’Europe.

Noël reste ainsi la plus grande fête de l’année, même si elle se trouve de plus en plus privée de son sens véritable.

Quand scintillent les lumières publicitaires du néon et que les familles se réunissent dans des appartements climatisés, que peut-il demeurer du sens profond de cette lutte millénaire qui a opposé les ténèbres de l’hiver et les rayons du Soleil ? Il faut donc aujourd’hui entièrement recréer le sens profond du solstice.

Non pas en s’enfermant dans de soi-disant « rites païens » qu’aucun archéologue n’a jamais pu reconstituer avec certitude, mais en s’inspirant du sens profond de cette nuit unique pour imaginer une nouvelle célébration des sentiments ancestraux.

Chaque foyer, chaque famille doit ainsi découvrir une manière qui lui soit personnelle de célébrer le solstice d’hiver. Il ne s’agit pas de donner ici une sorte de liturgie immuable, mais de proposer quelques « recettes pratiques » à ceux dont l’imagination ne serait pas aussi grande que la ferveur. L’important reste cependant d’innover, c’est-à-dire de respecter la véritable tradition en lui donnant toutes les couleurs de la vie. Il ne faut jamais craindre, en un tel domaine, d’improviser, et de se laisser emporter par une atmosphère tour à tour grave et joyeuse.

Ainsi se retrouvera le vrai sens de cette fête qui est tout autant spontanéité que fidélité. L’essentiel reste de célébrer le solstice d’hiver et de faire de cette nuit la plus longue une nuit unique et sacrée. Déjà, les temps sont venus. L’hiver est là. Bientôt vont commencer les douze nuits qui marquaient pour les anciens Européens le temps merveilleux où, au cœur de chaque foyer, le feu prenait la relève du Soleil – dont la mort n’était qu’un sommeil.

La décoration de la maison

La fête du solstice d’hiver restant avant tout une fête familiale, la décoration de la maison revêt une importance toute particulière.

Le houx

Accrochés au plafond, suspendus sur les murs, disposés sur les meubles, des branchages apporteront au foyer la présence vivante de la nature. Il convient de choisir des espèces qui ne meurent pas au cours de l’hiver : gui, sapin et surtout houx. Ses feuilles luisantes et ses baies rouges en font la décoration la plus caractéristique de la période des fêtes.

Couronnes et guirlandes seront nouées de rubans soit en papier doré, soit en soie de couleur vive. Il faut respecter une certaine harmonie et limiter à deux le nombre des teintes. Le rouge et le jaune évoquent le feu et le Soleil. Ce sont aussi les couleurs de la Normandie et de l’Occitanie.

Ne pas oublier que chaque province a les siennes : blanc et noir, la Bretagne ; noir et jaune, la Flandre ; rouge et blanc, l’Alsace ; bleu et jaune, l’Île-de-France, etc. Les feuillages peuvent également être rehaussés par de petits objets de paille tressée et nouée de ruban rouge à la mode suédoise. On retrouvera ainsi la « trinité » des animaux sacrés indo-européens : le cheval, le sanglier et le bouc.

Le gui

Une grosse boule de gui décore la porte de la maison, à l’extérieur. On la suspend avec des rubans de couleur rouge, en essayant de disposer un éclairage à proximité ou, mieux encore, derrière le gui.

On peut aussi accrocher le gui à l’intérieur, à un lustre, à une poutre. On le brûle dans le feu, généralement lors de la dernière veillée du cycle de douze jours, c’est-à-dire pour la fête des Rois.

Le sapin

Le traditionnel arbre de Noël apparaît d’importation relativement récente en France. Originaire des pays germaniques, il fut introduit en France « intérieure » après la guerre de 1870, par des réfugiés alsaciens. Beaucoup de provinces françaises ne l’ont adopté qu’après la dernière guerre. Mais il s’est imposé aujourd’hui dans tous les foyers et constitue un des plus représentatifs symboles populaires du solstice d’hiver.

Nos ancêtres – qui « appelaient dieu le secret des bois » – ont toujours accordé une importance religieuse à la forêt. À l’origine de la vie se trouve, selon la mythologie nordique, un arbre puissant.

Ses racines embrassent la terre et ses rameaux portent la voûte du ciel. Les anciens Scandinaves l’appelaient Yggdrasill, c’est-à-dire le « frêne du monde ». Plus tard, les Saxons auront, eux aussi, un arbre sacré : l’Irminsul. Aujourd’hui, dans tous les foyers européens, le sapin renoue avec une très vieille tradition et retrouve son caractère sacré. On le choisit le plus haut possible, de préférence avec ses racines, afin de le replanter ensuite. Il est décoré de rubans colorés, de guirlandes, de bougies (éviter les lampes électriques !), de boules multicolores et d’objets de paille tressée à la manière scandinave. En haut du sapin est placé un symbole solaire : soleil de paille ou roue solaire recouverte de papier doré. On peut encore accrocher aux branchages des oranges plantées de clous de girofle, des petits gâteaux et des objets, des rubans aux couleurs d’une région, etc.

Ces rubans partent parfois de la couronne d’avent, et rejoignent les murs en formant une sorte de dais de couleurs vives.

La couronne d’Avent

Quatre semaines avant· le solstice d’hiver, on façonne avec des branches de sapin une couronne qui peut être suspendue au centre de la pièce principale de la maison. On peut aussi la poser sur un coffre ou sur une table. Cette couronne est faite avec une armature circulaire rigide, cercle de base d’une carcasse d’abat-jour ou cerceau d’enfant en bois. La carcasse est garnie avec de la paille (paillons à bouteille par exemple), liée avec de la cannetille ou fil de laiton de fleuriste. Elle est ensuite décorée avec du feuillage vert : branches de sapin ou de houx. Les branches sont également liées avec de la cannetille et entourées de croisillons de ruban rouge assez étroit.

On fixe quatre bougies rouges sur la couronne, soit des bougies fines et longues, qui tiennent avec des pinces à bougies pour arbre de Noël, soit des bougies courtes et larges, placées dans des coupelles et amarrées avec de la cannetille. Un autre procédé (difficile) consiste à planter à l’envers quatre clous très longs dans le cercle de bois de la carcasse, et à enfiler les bougies dessus.

La couronne est préparée quatre semaines avant le solstice d’hiver. Une bougie est allumée quelques instants pendant la première semaine, deux la semaine suivante, puis trois la troisième semaine. Quand arrive enfin la nuit la plus longue de l’année, on allume les quatre bougies ensemble. Ainsi, au fur et à mesure que le Soleil décline, les bougies s’allument de plus en plus nombreuses, prenant en quelque sorte la relève. Elles symbolisent, durant la veillée du solstice, la fin de l’hiver et annoncent le retour du soleil.

La tour de Jul

C’est un chandelier de terre cuite assez rustique qui est utilisé comme bougeoir uniquement lors de la veillée du solstice d’hiver. Le modèle original de la tour de Jul a été découvert au siècle dernier dans la province de Halland en Suède, et plusieurs musées folkloriques suédois en possèdent des exemplaires. De nos jours, des tours de Jul, s’inspirant du modèle nordique originel, sont exécutées par des artisans potiers. La tour de Jul comporte quatre faces, décorée chacune d’un cœur surmontant une rune de Hagal (rune de la Vie et rune de la Mort liées ensemble, image d’un Soleil à six rayons, symbole de l’année qui commence comme de celle qui finit). Ces motifs décoratifs ajourés permettent d’apercevoir une bougie qui se trouve placée à l’intérieur de la tour de Jul et symbolise l’année à naître du cœur même de l’année qui s’achève. Cette bougie doit rester éteinte jusqu’à minuit.

Au sommet du chandelier se trouve une cavité qui contient une bougie en partie consumée et qui ne doit durer que le temps de la veillée.

La bûche

La pièce maîtresse de la décoration du foyer est la bûche. On la retrouve dans la plupart des provinces européennes. Le soir du solstice d’hiver, le maître de maison va choisir dans le bûcher la pièce de bois qu’il destine à ce rôle capital dans la veillée. La bûche est ensuite décorée par son épouse, avec du feuillage de houx, de gui et de sapin, entouré de rubans de couleurs.

On peut graver sur cette bûche des devises, des signes ou des runes, à des intentions particulières. Quand le feu brûlera, les pensées et les désirs de toute la famille seront ainsi consumés et sublimés.

Juste avant d’être placée dans le foyer, la bûche est arrosée d’eau-de-vie par le plus jeune enfant de la maisonnée. Le plus âgé des enfants place la bûche sur un échafaudage soigneusement préparé de papier froissé, de brindilles et de petit bois. Il devra allumer le feu avec un tison provenant du solstice d’été précédent.

Le repas

Animé et savoureux, le repas du solstice d’hiver peut varier selon les régions. Certains plats et certaines boissons restent traditionnels, et il faut respecter ces usages au même titre que les autres. Il convient cependant de proposer un menu-type dont la qualité ne fait que renforcer le symbolisme. Il est de tradition de manger des huîtres le soir de Noël. Les huîtres creuses (portugaises) ne sont pas les plus chères, ni surtout les moins bonnes. On peut aussi déguster des oursins dans le Midi ou des praires dans le Nord.

Peut commencer la fête du cochon ! Le boudin blanc apparaît pour annoncer le plat de viande. Point ne sera pour nous question de dinde et encore moins de coq, fût-il au vin… Au soir du solstice d’hiver, il faut manger du porc !

Le choix existe entre le porc sauvage (marcassin de préférence) et le porc domestique (cochon de lait). La meilleure solution est de manger un animal entier, rôti. Bourré de farce, il doit être accompagné de purée de marrons, de purée de pomme de terre et de purée de pomme-en-l’air (pomme-fruit, de préférence du Canada).

Le repas se poursuit avec une salade d’hiver, c’est-à-dire un mélange de betteraves rouges, d’endives, de noix, de pommes émincées, assaisonné de jus de citron et de crème. S’y ajoutent les fromages du pays ou les fromages gras de saison. Les pommes et les noix ont toujours fait partie du menu du solstice d’hiver depuis la plus haute Antiquité : à l’intérieur de ces fruits se cache le noyau de la vie qui continue. C’est maintenant l’apparition du dessert tant attendu par les enfants. La réussite du gâteau de Jul est le grand problème d’une maîtresse de maison. La classique « bûche » à base de marron et de chocolat ne souffre que la perfection et garde ses amateurs.

Quant aux gâteaux à base de fruits les plus divers (pommes et noix, marrons et noix, pommes et citrons), ils demandent de vifs efforts d’imagination. Ils peuvent être servis en tartes ou bien en entremets chauds ou glacés. La tradition britannique du « pudding », qui reste vivace au pays de M. Pickwick, tend de plus en plus à franchir la Manche• Le repas est fini. Il ne reste plus qu’à « grignoter » … C’est le moment des mandarines, des fruits secs et des petites pâtisseries. Une habile cuisinière se doit, pour le soir du solstice d’hiver, de réussir des petits gâteaux très simples, à base de lait, de beurre et de sucre. Certains ont des formes traditionnelles : cheval, bouc ou sanglier. Le plus curieux des gâteaux de Jul représente trois lièvres en cercle, qui se tiennent par les oreilles et qui, par leur bond, indiquent le cours de l’année sous le grand tournant de la roue solaire.

Les cadeaux

Au début du repas, chacun a ouvert le « paquet cadeau » qui se trouve sur son assiette. Il ne s’agit pas des étrennes classiques qui doivent être remises aux enfants… et aux parents, seulement le lendemain matin, 25 décembre. En cette soirée du solstice d’hiver, il ne faut offrir que de menus objets symboliques.

Chacun des enfants doit ainsi recevoir :

  • Un objet en bois : coquetier, rond de serviette, chandelier, etc. inspiré par l’artisanat populaire, avec des motifs en pyrogravure ou en peinture.
  • Un objet en fer pour les garçons : couteau, boucle de ceinture, porte-clef (avec drakkar à roue solaire, emblème héraldique, reproduction d’anciens sceaux, etc.).
  • Un objet en fil pour les filles : rubans ornés de motifs folkloriques, mouchoirs, foulards, tabliers, petit nécessaire à coudre avec porte-aiguilles, etc.

Tous ces menus objets devront se trouver au maximum personnalisés. On peut même y faire graver ou broder le prénom de l’enfant. Le père et la mère s’offrent mutuellement, eux aussi, un présent, dont la nature est laissée à la discrétion de chacun, mais qui doit s’inscrire dans le cadre de cette fête.

Les paquets cadeaux doivent être présentés dans des papiers d’emballage « de saison » comme on en trouve à cette époque dans tous les magasins. Les nouer avec des rubans colorés et y accrocher une étiquette de circonstance avec le nom de chacun.

La veillée

Le repas terminé, la famille se réunit autour du feu. La veillée proprement dite commence. Elle doit être relativement courte puisqu’elle se termine peu après minuit. De toute façon, il est préférable que les enfants puissent y assister jusqu’au bout ; ils ne doivent pas avoir l’impression que quelque chose continue après que l’heure est venue de les envoyer au lit…

Pendant cette veillée, chacun peut lancer dans le feu des écorces gravées. Ce geste a la signification d’un vœu et peut ainsi se comparer au saut du feu lors du solstice d’été, où il est de coutume de prononcer un souhait ou un défi en bondissant par-dessus les flammes.

Tandis que le feu brûle dans la cheminée, surveillé par le maître de maison, toute la famille se réunit autour de la table familiale. Il convient alors d’allumer les bougies symboliques de cette veillée. Le père allume d’abord une bougie rouge en disant :

– J’allume cette flamme en souvenir de tous les morts de la famille. La mère allume ensuite une bougie bleue, en disant : – J’allume cette flamme en témoignage de fidélité à tous les parents et amis absents. Le plus ancien de l’assemblée allume enfin une bougie verte, en disant : – J’allume cette flamme en espérance de tous les enfants qui naîtront dans notre communauté et perpétueront à leur tour le retour du Soleil.

Les autres bougies qui éclairent la table familiale, et doivent si possible remplacer tout éclairage électrique, sont blanches ou, mieux encore, de couleur cire.

Pendant la veillée, chacun peut raconter des histoires. Il existe de nombreux livres de contes et légendes, généralement regroupés par province. Plus les contes sont courts, plus ils se retiennent facilement et peuvent être compris de tous.

À minuit, le chef de famille enlève la bougie qui brûle au sommet de la tour de Jul et s’en sert pour allumer la bougie qui se trouve à l’intérieur de ce chandelier, disposé à la place d’honneur de la maison. Il dit alors :

– Une année meurt. Une année commence. Ainsi s’enchaîne le cycle de la vie sur cette terre. Demain, le jour sera plus long et la nuit plus courte. Demain, le Soleil reviendra pour tenir sa promesse.

Que la lumière de cette flamme de l’année nouvelle brille dans cette maison et dans nos cœurs comme une image du Soleil qui ne meurt pas ; comme un symbole de la marche du monde qui se poursuit, sous la grande roue des saisons.

Jean Mabire
Source : revue-elements.com

https://institut-iliade.com/pour-celebrer-le-solstice-dhiver/