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vendredi 16 octobre 2026

Le socialisme n’est pas de gauche !

 

Le socialisme n’est pas de gauche !

On a pris l’habitude d’associer socialisme et gauche. Pourtant, dès son origine, le socialisme s’oppose frontalement au progressisme libéral né de la Révolution française. Là où la gauche célèbre le mouvement, l’individu et la table rase, le socialisme originel défend les communautés, l’enracinement et la décence commune. Une opposition radicale que l’histoire a peu à peu effacée… jusqu’à faire disparaître le socialisme lui-même.

L’opposition entre la gauche et la droite vient de la Révolution française. La droite est alors le parti de la Restauration catholique et monarchiste, la gauche au contraire entend affermir et prolonger la Révolution, elle est républicaine et anticléricale. La droite est conservatrice, la gauche progressiste. La droite est le parti de l’ordre et de l’autorité, le sabre et le goupillon, tandis que la gauche est libérale : libérale politiquement, promouvant les libertés politiques contre l’autorité du roi ; libérale de mœurs contre la morale catholique ; libérale économiquement et favorable aux innovations industrielles et scientifiques.

La vie politique du XIXe siècle ne s’arrête pas à ces deux partis. A la gauche progressiste (les bleus) et à la droite réactionnaire (les blancs) s’ajoutent les socialistes (les rouges). Ce mot de socialisme a été introduit en France en 1834 par Pierre Leroux, ouvrier typographe et fondateur du socialisme français, dans un but précis : « j’inventais le terme de socialisme pour l’opposer au terme d’individualisme ».

Cette origine est décisive. Le socialisme originel est une réaction devant l’atomisation de la société. En effet, les communautés traditionnelles sont morcelées par le capitalisme naissant. L’exigence de mobilité, qui commence avec l’exode rural, rompt la vie commune ; la mise en concurrence des travailleurs déchire le tissu social ; l’innovation permanente détruit les traditions et brise le lien entre les générations. L’individualisme libéral sape les formes élémentaires de réciprocité et d’entraide, toute culture commune, toutes les habitudes de vivre et de travailler ensemble sans lesquelles aucune communauté ne peut se maintenir. Le socialisme, comme son nom l’indique, sera d’abord la lutte pour maintenir vivantes les communautés, contre le libéralisme pour qui « la société n’existe pas » (Thatcher), bien avant d’être une lutte économique contre la misère ouvrière.

Pourquoi défendre les communautés ? Parce que les individus isolés sont faibles, vulnérables et exploitables, à la merci de l’État ou de l’argent. Les socialistes, comme Debord, Orwell ou Simone Weil, ont souligné que l’atomisation des sociétés signifiait la désolation, l’isolement et le déracinement, qui permettent tous les asservissements et tous les totalitarismes. Sans communauté solide, pas d’hommes libres. Voilà pourquoi le socialisme originel s’oppose à tous les progressismes de la science, de l’économie et de la politique qui font table rase du passé, afin défendre tout ce qui est indispensable à la survie des communautés. Le socialisme originel est conservateur, il entend réenraciner les hommes déracinés par la modernité industrielle.

Aimer son pays

Le socialisme est naturellement nationaliste et patriote. On « doit aimer, dans un pays, tout ce qui est condition du développement spirituel des individus : le langage, les cérémonies, les coutumes, toute la poésie qui enveloppe la vie d’un pays. On peut et doit aussi aimer tous les pays, mais on a des obligations particulières envers le sien propre » (S. Weil). Les socialistes s’opposent dès le début à l’immigration, dès 1845 (Engels). Ils fondent la fameuse Internationale notamment pour développer la solidarité entre les travailleurs de tous les pays qui fera que les ouvriers belges ne viendront pas briser une grève française en se faisant embaucher à la place des ouvriers français. Le socialisme est, enfin, moral. Il cultive les vertus indispensables à la vie sociale qui sont rongées par « les eaux glacées du calcul égoïste » : la fidélité à la parole donnée, l’entraide et la générosité, le sens de l’honneur. C’est la common decency d’Orwell.

Bref, la gauche progressiste et le socialisme conservateur s’opposent frontalement. La gauche issue de la Révolution française se fonde sur l’idée de Progrès et la philosophie des Lumières. Son ennemi, c’est le réactionnaire, c’est-à-dire tout ce qui freine le Progrès : l’Eglise, la monarchie, mais aussi les traditions populaires, toujours conçues comme arriérées et nauséabondes. Le socialisme issu de la Révolution industrielle se fonde sur l’expérience concrète de l’atomisation des communautés. Son ennemi, c’est le bourgeois, c’est-à-dire tout ce qui détruit les conditions d’une vie digne.

Alliances temporaires et oppositions radicales

Il y eut parfois des alliances temporaires, lors de l’affaire Dreyfus et du Front Populaire. Mais la plupart du temps, les socialistes et la gauche se sont opposés, parfois violemment. En juin 48, Hugo, alors député se range clairement du côté de l’ordre et de la garde nationale contre les ouvriers, incitant les soldats à prendre d’assaut les barricades ; en 1870 la Commune est écrasée dans le sang par Thiers, alors chef de la gauche ; en 1871 Edouard Vaillant proclamait que « Versaillais de gauche comme Versaillais de droite doivent être égaux devant la haine du peuple ; en 1893 le parti ouvrier français appelle à « chasser du pouvoir les voleurs de droite comme de gauche » ; lors de l’affaire Dreyfus, Rosa Luxembourg désigne Jaurès, Zola et la gauche comme « les ennemis de la classe ouvrière » ; en 1919 les spartakistes sont exécutés par un gouvernement de gauche ; en 1920, la SFIO répète qu’elle est un parti révolutionnaire « opposé aux blocs de gauche »…

Après-guerre, le socialisme originel a disparu, avalé par la gauche sociale-démocrate. Rosa Luxembourg avait pourtant mis en garde : l’assimilation des socialistes à la gauche sera « l’anéantissement de toute l’œuvre accomplie par le socialisme ». Effectivement, la gauche a totalement éradiqué le discours socialiste originel à tel point qu’il n’y a plus à gauche de critique sérieuse du capitalisme – tout au plus la volonté d’en réformer quelques excès. Même l’extrême gauche actuelle n’est pas anticapitaliste ni antilibérale, malgré tous ses discours fracassants, parce que son idéologie libertaire et progressiste permet le déploiement total du capitalisme – ce que les socialistes avaient bien vu.

La droite monarchiste et catholique a elle aussi disparu, remplacée par la droite contemporaine, aussi libérale et progressiste que la gauche, à tel point qu’il n’y a plus à droite de critique sérieuse de la modernité – tout au plus la volonté d’en réformer quelques excès. Même l’extrême droite actuelle n’est pas conservatrice ni patriote, malgré tous ses discours fracassants, parce qu’elle promeut l’économie de marché et l’innovation technologique qui détruisent les frontières et les communautés, les traditions et les valeurs morales – ce que les socialistes avaient bien vu.

C’est le fameux mouvement sinistrogyre. La gauche libérale a triomphé des socialistes et de la droite réactionnaire, elle a imposé à tous ses valeurs fondamentales, le libéralisme et le progressisme. Tous les partis politiques français sont d’une manière ou d’une autre libéraux et progressistes, tous sont les héritiers de la gauche. Tous, malgré leurs beaux discours, œuvrent concrètement à la destruction des communautés. Pour combattre l’atomisation, le déracinement et la désolation de l’homme moderne il n’y a donc qu’un moyen : non pas voter, mais s’enraciner, c’est-à-dire s’engager dans une communauté.

Pour approfondir, on lira avec profit Jean-Claude Michéa, en particulier Notre ennemi, le capital.

https://www.revue-elements.com/le-socialisme-nest-pas-de-gauche/

samedi 25 janvier 2025

Otto Rösch, le passé trouble du socialisme autrichien

 

La poignée de main entre le ministre de l'Intérieur Rösch et Carlos #otd en 1975 ressemble presque à un high five. Avec le départ des terroristes et des otages, la #OPEC prise d'otages sur le sol autrichien était terminée. Ça ne s'est terminé que le 23 décembre à Alger

Alors que le président du Parti patriotique autrichien FPÖ Herbert Kickl est chargé, par le président de la République Alexander Van der Bellen, de former un gouvernement réunissant son parti et les sociaux-chrétiens/conservateurs de l’ÖVP, la presse internationale, comme à chaque victoire enregistrée par le FPÖ, tente de renvoyer ce dernier aux lointaines origines nationales-socialistes de ses fondateurs. Or, si le FPÖ a, en effet, intégré d’anciens nationaux-socialistes dans ses rangs, les deux partis du système, les sociaux-chrétiens/conservateurs de l’ÖVP et les socialistes – devenus en 1991 sociaux-démocrates – du SPÖ ont également emprunté cette voie. Lionel Baland nous conte l’incroyable histoire d’Otto Rösch, national-socialiste sous le IIIe Reich, lié à des activités néo-nationales-socialistes clandestines après la guerre et devenu ensuite ministre socialiste de la Deuxième République autrichienne.

Sánchez, connu sous le nom de terroriste « Carlos », pénètre, à Vienne, dans le siège de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), où sont réunis les représentants de différents États. Après avoir tiré des coups de feu dans le plafond, les assaillants séquestrent une soixantaine de personnes. Les agresseurs possèdent un véritable arsenal, transporté dans des sacs de sport et dans des manteaux. Au cours de l’opération, trois personnes sont tuées : un policier autrichien, un agent de sécurité irakien et un économiste libyen. Un des terroristes est blessé et hospitalisé.

Le lendemain, les assaillants, rejoints par celui d’entre eux qui a été hospitalisé, et les otages embarquent, à l’aéroport de Vienne-Schwechat, dans un avion vers l’Algérie. Le terroriste Carlos s’approche du ministre de l’Intérieur autrichien Otto Rösch et lui dit au revoir en lui serrant la main. L’avion décolle et se rend à Alger, où les otages sont finalement relâchés.

Le gouvernement socialiste homogène autrichien de Bruno Kreisky doit alors faire face à de nombreuses critiques au niveau international, portant tant sur le manque de sécurité dans et autour du bâtiment au sein duquel les faits se sont déroulés ainsi que sur la poignée de main entre « Carlos » et Otto Rösch.

Ce dernier a un passé qui peut apparaître pour le moins singulier, mais qui, à cette époque, constitue plus la norme que l’exception.

De la Hitlerjugend au Parti socialiste

Né à Vienne en 1917, Otto Rösch étudie le droit et la philosophie aux universités de Vienne et de Graz. Alors que l’Autriche est aux mains du régime « austro-fasciste », mis en place par les sociaux-chrétiens ennemis du national-socialisme, Rösch est membre, en 1935-1936, de la Hitlerjugend (Jeunesse hitlérienne – HJ). En 1936, il rejoint l’Association des étudiants nationaux-socialistes, illégale. En 1937, il devient un cadre important de la Jeunesse hitlérienne à Graz en Styrie. Il appartient à cette époque à l’État-major de la SA (Sturmabteilung – Section d’assaut, la milice du Parti national-socialiste) à Graz. Après l’annexion de l’Autriche au IIIe Reich, Otto Rösch est, d’octobre 1938 au 15 janvier 1940, enseignant à Traiskirchen au sein d’un internat NPEA (NationalPolitische ErziehungsAnstalt – « établissement d’éducation politique national ») aussi appelé Napola (NAtionalPOlitische LehrAnstalt – « établissement d’enseignement politique national »), visant à la formation de la future élite nationale-socialiste. Il introduit, le 8 octobre 1938, une demande d’adhésion au Parti national-socialiste (NSDAP) et est accepté en son sein le 1 janvier 1940, recevant le numéro de membre 8.595.796. Il devient, au début de l’année 1940, officier professionnel au sein de l’armée. Il est décoré de la croix allemande en or et termine la guerre en tant que capitaine.

Le 8 décembre 1947, Otto Rösch est arrêté à Graz en Styrie par deux membres de la police criminelle pour appartenance à une organisation nationale-socialiste souterraine organisée par Theodor Soucek. Il s’agit de la plus dangereuse organisation illégale nationale-socialiste en Autriche, qui dispose d’une branche politique et d’une branche militaire. Elle est avant tout une organisation d’aide à la fuite des anciens nationaux-socialistes. Elle a également pour objectif de rétablir et de développer les anciennes organisations nationales-socialistes et d’utiliser et d’amplifier les tensions entre les forces qui occupent l’Autriche (soviétiques et occidentales). En cas de conflit entre ces protagonistes, l’organisation se donne pour but d’établir un grand Reich allemand fidèle aux idées nationales-socialistes. Otto Rösch reste huit mois en prison préventive.

Otto Rösch est à cette époque le chef de la censure civile de la zone d’occupation britannique en Styrie et est actif en tant que cadre au sein de l’organisme socialiste qui s’occupe d’aider les personnes qui reviennent au pays après la guerre (soldats, …). Des témoignages de Theodor Soucek et d’autres détenus indiquent qu’Otto Rösch était prévu pour les relations de l’organisation clandestine nationale-socialiste avec les administrations, la police, les partis. De plus, Otto Rösch est accusé d’avoir, à partir de la mi-novembre 1947, conservé chez lui une valise pleine de cartes d’identité, de tampons, de formulaires non remplis, de listes de recherche… Il se justifie en prétendant qu’il ne savait pas ce que cette valise contient. Selon plusieurs témoignages, Theodor Soucek avait prévu d’utiliser Otto Rösch également comme conseiller militaire.

Theodor Soucek et deux autres dirigeants de l’organisation sont condamnés à mort. La sentence est commuée en prison à vie. Après trois années, les trois condamnés sont graciés.

Entre nécessité politique et silence gênant : le cas Rösch comme norme

Otto Rösch nie tout en bloc et est acquitté le 3 juin 1949 lors de son procès par manque de preuves. La même année, son protecteur, le secrétaire du parti socialiste SPÖ de l’État de Styrie Ernst Taurer le propose en tant que secrétaire de l’Association socialiste des représentants municipaux en Styrie et en 1951 pour un siège au Sénat (Bundesrat). Mais de fortes oppositions internes voient le jour, venant de personnes, avant tout au sein du SPÖ de Graz, qui font remarquer le passé d’Otto Rösch (dirigeant des HJ illégales, procès Soucek, déclaration pro-nationale-socialiste après la fin de la guerre). À la suite de longues discussions, Otto Rösch est désigné pour le Sénat. Il est membre du Sénat de 1951 à 1953, député au Parlement de Styrie de 1953 à 1959, député au Parlement de Basse-Autriche de 1959 à 1966, ministre du gouvernement de Basse-Autriche de 1966 à 1970, député fédéral de 1971 à 1983, secrétaire d’Etat à la Défense de 1959 à 1966, ministre de l’Intérieur de 1970 à 1977, ministre de la Défense de 1977 à 1983, président de l’organisation annexe du SPÖ dénommée Association des retraités autrichiens de 1983 à 1991.

Au sein de son ouvrage (non traduit) Mein Österreich. 50 Jahre hinter den Kullissen der Macht (« Mon Autriche. 50 ans dans les coulisses du pouvoir »), le journaliste et écrivain à succès Paul Lendvai, né à Budapest, en Hongrie, au sein d’une famille juive et qui vit depuis 1957 à Vienne et a fréquenté durant un demi-siècle les antichambres de la politique autrichienne, estime que cette situation est le résultat du besoin de jeunes cadres politiques formés, ainsi que du passé familial d’Otto Rösch. Son grand-père, membre du parti social-démocrate SDAP (Sozialdemokratische Arbeiterpartei – Parti ouvrier social-démocrate), a été maire de Stockerau, député au Parlement de Basse-Autriche de 1918 à 1927 et sénateur de 1927 à 1934. Paul Lendvai met en avant le fait que l’historienne Maria Wirth indique que le passé d’Otto Rösch, complètement connu au sein du parti socialiste SPÖ, n’a pas posé un problème, car Otto Rösch a été considéré comme un exemple de dénazification réussie.

Paul Lendvai estime que le cas Otto Rösch n’est pas isolé et apparaît plutôt comme un parcours normal au sein du SPÖ. Six anciens membres du Parti national-socialiste (NSDAP) ont été ministres dans les gouvernements fédéraux du chancelier SPÖ Bruno Kreisky. Parmi les cadres socialistes anciens membres du Parti national-socialiste figurent, entre 1945 et 1990, un gouverneur d’État fédéré, des ministres d’États fédérés, des députés de parlements d’États fédérés, de nombreux hauts fonctionnaires et directeurs généraux, ainsi que 43 députés fédéraux et sénateurs du SPÖ, alors que le nombre se monte à 51 durant cette période chez les députés fédéraux et sénateurs conservateurs/sociaux-chrétiens de l’ÖVP qui ont été membres du Parti national-socialiste.

© Photo : La poignée de main entre le ministre de l’Intérieur Otto Rösch et Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos en 1975, lors de la prise d’otages du siège de l’OPEP à Vienne.

Sources

Lionel Baland, Jörg Haider, le phénix. Histoire de la famille politique libérale et nationale en Autriche, Éditions des Cimes, Paris, 2012.

Paul Lendvai, Mein Österreich. 50 Jahre hinter den Kullissen der Macht, Haymon Taschenbuch, Innsbruck-Vienne, 2010.

https://www.revue-elements.com/otto-rosch-le-passe-trouble-du-socialisme-autrichien/

jeudi 26 septembre 2024

Cartouches. Saint-Simon : Le précurseur du socialisme moderne

 

Cartouches. Saint-Simon : Le précurseur du socialisme moderne (1/1)

Saint-Simon est l’un des premiers penseurs à proposer une réorganisation complète de la société sur des bases industrielles et scientifiques. Il rejette l’ordre féodal et aristocratique, prônant une société dirigée par les producteurs – les industriels, les scientifiques et les ingénieurs – plutôt que par les nobles et les militaires. Il estime que le progrès de l’humanité repose sur l’amélioration de la production et sur la répartition équitable des richesses.

Son idée centrale est que la politique doit être subordonnée à l’économie. Selon Saint-Simon, les gouvernements doivent être composés de savants et d’industriels capables de gérer efficacement les ressources et d’assurer le bien-être général. Il plaide pour une société méritocratique où le pouvoir est confié à ceux qui possèdent les compétences et les connaissances nécessaires pour faire progresser la civilisation.

Saint-Simon introduit également le concept de la “nouvelle chrétienté”, une religion humaniste qui met l’accent sur l’amour du prochain et le service à l’humanité. Bien que ses idées aient été considérées comme radicales à son époque, elles ont posé les fondations de nombreuses théories socialistes et ont inspiré des mouvements tels que le saint-simonisme, qui a prospéré après sa mort.

Les principaux ouvrages de Saint-Simon

1. Lettres d’un habitant de Genève à ses contemporains (1802)

Résumé : Dans cet ouvrage, Saint-Simon expose pour la première fois ses idées sur la nécessité de réorganiser la société sur des bases scientifiques et industrielles. Il critique les institutions de l’Ancien Régime et propose une nouvelle organisation sociale dirigée par des scientifiques et des industriels. Ce texte marque le début de la réflexion de Saint-Simon sur la transformation sociale. Bien que le style soit encore balbutiant, les idées qui y sont développées annoncent déjà les grands thèmes de son œuvre future.

 « Il faut que la politique devienne une science, et qu’elle soit mise entre les mains de ceux qui savent, non de ceux qui possèdent. »

2. L’Industrie (1816-1818)

Résumé : L’Industrie est un périodique dans lequel Saint-Simon expose ses théories sur l’organisation industrielle de la société. Il y soutient que les industriels doivent prendre le pouvoir pour remplacer l’ancienne aristocratie. Cette publication est cruciale pour la diffusion des idées de Saint-Simon. Elle permet à ses théories de gagner en popularité et d’attirer l’attention de jeunes intellectuels, qui deviendront ses disciples.

 « Les industriels sont les seuls capables de diriger la société vers le progrès, car ils produisent les richesses et savent comment les utiliser. »

3. Le Système industriel (1821-1822)

Résumé : Cet ouvrage propose une organisation sociale basée sur l’industrie. Saint-Simon y développe l’idée que les industriels, les savants et les artistes doivent diriger la société pour garantir le progrès et le bonheur de tous. Le Système industriel est l’œuvre dans laquelle Saint-Simon clarifie ses idées et les présente de manière structurée. C’est un texte fondateur qui pose les bases du saint-simonisme et qui influence de nombreux réformateurs sociaux.

« Le gouvernement des hommes doit céder la place à l’administration des choses. »

4. Catéchisme des industriels (1823-1824)

Résumé : Ce texte, sous forme de dialogue, explique les principes du saint-simonisme de manière accessible. Il y affirme que l’avenir appartient aux travailleurs, et que les dirigeants doivent être choisis en fonction de leurs compétences. Le Catéchisme des industriels est un manifeste qui popularise les idées de Saint-Simon auprès d’un public plus large. Il est souvent considéré comme l’un des textes les plus accessibles de sa production intellectuelle.

 « L’industrie est la source de toute richesse, et ceux qui la dirigent doivent gouverner le monde. »

5. Nouveau Christianisme (1825)

Résumé : Dans ce dernier ouvrage, publié peu avant sa mort, Saint-Simon développe sa vision d’une religion humaniste qui prône l’amour et le service à l’humanité. Il y appelle à la création d’une nouvelle religion qui remplacerait les anciennes croyances par un culte de l’humanité. Nouveau Christianisme est une œuvre controversée qui montre la dimension spirituelle de la pensée de Saint-Simon. Il y combine ses idées sociales avec une vision religieuse du progrès, ce qui a inspiré de nombreux réformateurs.

 « La religion de l’humanité doit unir les hommes dans un amour fraternel et les guider vers le progrès. »

6. Mémoires (posthume)

Résumé : Recueil de souvenirs et de réflexions dans lequel Saint-Simon revient sur sa vie, ses expériences et l’évolution de ses idées. Bien que moins connu, ce texte posthume est important pour comprendre le parcours intellectuel de Saint-Simon. Il offre un aperçu personnel de l’homme derrière les idées, et montre comment ses expériences ont façonné sa pensée.

« Toute ma vie a été consacrée à la recherche d’une société plus juste, où chacun pourrait contribuer au bien commun selon ses capacités. »

Saint-Simon reste un penseur incontournable dont les idées ont façonné le développement du socialisme et de la sociologie. Son œuvre, centrée sur l’importance de l’industrie, la science et l’organisation rationnelle de la société, continue de résonner aujourd’hui. Ses propositions pour une réorganisation sociale basée sur la méritocratie et le service à l’humanité ont ouvert la voie à de nombreux mouvements réformateurs. En explorant ses principaux ouvrages, on découvre un intellectuel dont la vision a non seulement influencé son époque, mais qui a aussi laissé une empreinte durable sur la pensée sociale et politique.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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jeudi 19 septembre 2024

La vie et l’œuvre de Charles Fourier : Un visionnaire du socialisme utopique

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Charles Fourier, né le 7 avril 1772 à Besançon et mort le 10 octobre 1837 à Paris, est l’un des penseurs les plus influents du socialisme utopique. Il est connu pour ses idées radicales et ses théories visionnaires sur la société, l’économie, et la réorganisation sociale. Ses concepts, bien que souvent considérés comme utopiques, ont marqué profondément l’histoire des idées et ont inspiré de nombreux mouvements sociaux au XIXe siècle. Cet article revient sur la vie de Fourier, les idées qu’il a défendues, et ses ouvrages principaux, avec une attention particulière portée à son concept de “Phalanstère”, qui reste l’une de ses contributions les plus emblématiques à la pensée sociale.

La vie de Charles Fourier

Charles Fourier est né dans une famille bourgeoise à Besançon. Son père, un marchand de draps, lui laisse un petit héritage qui permet à Fourier de se consacrer à l’étude et à la réflexion. Jeune homme, il est marqué par les injustices qu’il observe autour de lui, notamment les pratiques commerciales trompeuses et l’exploitation économique. Cela alimente sa critique du capitalisme et du commerce, qu’il voit comme des systèmes déshumanisants.

Fourier se distingue par son indépendance d’esprit et son refus de se conformer aux attentes sociales de son époque. Il refuse de se marier, préférant se consacrer entièrement à l’élaboration de ses théories. Fourier ne s’intègre jamais vraiment à la société de son temps, restant à l’écart des cercles intellectuels dominants, mais cela ne l’empêche pas de développer une pensée novatrice qui influencera des générations de réformateurs sociaux.

Les idées de Fourier

Fourier est souvent considéré comme un visionnaire en raison de ses idées audacieuses sur la réorganisation de la société. Il critique vivement l’ordre social existant, qu’il juge oppressif et destructeur. Pour lui, le capitalisme et la propriété privée sont à l’origine de la misère et de l’injustice sociale. Contrairement à d’autres penseurs socialistes, Fourier ne prône pas une révolution violente mais une transformation pacifique et progressive de la société.

Son idée centrale est celle de l’harmonie universelle, qu’il croit possible grâce à la réorganisation de la société en unités coopératives appelées “Phalanstères”. Dans ces communautés, les individus vivraient et travailleraient ensemble de manière égale, chacun contribuant selon ses capacités et recevant selon ses besoins. Fourier croyait que cette organisation permettrait à chacun de réaliser son potentiel tout en vivant en harmonie avec les autres et avec la nature.

Fourier était également un défenseur de la libération des femmes, un sujet sur lequel il était bien en avance sur son temps. Il estimait que le statut des femmes dans une société était un indicateur de la civilisation de cette société, et il prônait l’égalité des sexes dans tous les domaines, y compris le mariage, l’éducation, et le travail.

Les principaux ouvrages de Fourier

Parmi les œuvres les plus importantes de Fourier, on trouve :

1. “Théorie des quatre mouvements et des destinées générales” (1808)

  • Résumé : Cet ouvrage est le premier grand traité de Fourier où il présente sa vision globale de l’humanité et de l’univers. Il y développe sa théorie des quatre mouvements (mouvement social, animal, végétal, et matériel) qui régissent le monde. Fourier y introduit également son concept de “phalanstère”, une communauté idéale où les passions humaines s’harmonisent pour créer une société parfaite.
  • Extrait : « L’homme n’a pas encore atteint le dernier degré de son évolution ; le progrès véritable ne peut s’accomplir qu’en harmonie avec la nature. ». Ce passage reflète la croyance de Fourier en une évolution humaine guidée par l’harmonie des passions, aboutissant à une société idéale.

2. “Le Nouveau Monde industriel et sociétaire” (1829)

  • Résumé : Dans cet ouvrage, Fourier critique le capitalisme et présente son modèle alternatif de société, fondé sur les Phalanstères. Il propose une organisation de la production où le travail est réparti de manière équitable et agréable, en fonction des aptitudes et des goûts de chacun. Fourier croit que cette réorganisation sociale mènera à une prospérité collective.
  • Extrait : « Le bonheur de l’humanité réside dans l’association harmonieuse des passions ; la société industrielle telle qu’elle est conçue aujourd’hui en est l’antithèse. ». Fourier insiste sur l’idée que le capitalisme est incompatible avec le bonheur humain, et que seule une réorganisation sociale peut amener la véritable harmonie.

3. “Traité de l’association domestique-agricole” (1822)

  • Résumé : Ce traité est une extension des idées de Fourier sur les Phalanstères, appliquées spécifiquement à l’agriculture et à la vie domestique. Fourier y propose un modèle où les communautés agricoles vivent en autarcie, dans une organisation collective où les tâches sont partagées selon les préférences individuelles. L’ouvrage est aussi une critique du système agricole de son époque, qu’il voit comme inefficace et inhumain.
  • Extrait : « Dans le Phalanstère, l’agriculture devient une source de plaisir, car elle est pratiquée dans le respect des goûts et des talents de chacun. ». Fourier présente ici une vision idyllique de la vie agricole, où le travail manuel est synonyme de joie et d’accomplissement personnel.

4. “La Fausse Industrie, morcelée, répugnante, mensongère, et l’antidote, l’industrie naturelle, combinée, attrayante, véridique” (1835-1836)

  • Résumé : Cet ouvrage en deux volumes est une critique acerbe du capitalisme et de l’industrie telle qu’elle est pratiquée à son époque. Fourier y oppose la “fausse industrie”, qui divise et appauvrit les hommes, à l'”industrie naturelle”, qu’il imagine comme une organisation collective où le travail est une source de satisfaction. Il développe également ses idées sur la répartition des richesses et la gestion des ressources.
  • Extrait : « La vraie richesse ne réside pas dans l’accumulation de biens matériels, mais dans l’harmonie des relations humaines et la satisfaction des besoins moraux. »
  • Commentaire : Fourier critique ici la recherche effrénée du profit au détriment du bien-être collectif, une idée qui reste très actuelle.

5. “Le Nouveau Monde amoureux” (inachevé, publié posthumement en 1967)

  • Résumé : Cet ouvrage inachevé est une exploration des théories de Fourier sur l’amour et les relations humaines. Il y envisage une société où les relations amoureuses et sexuelles sont libérées des contraintes morales et sociales de son époque. Fourier propose une organisation où les passions sont libres et harmonieuses, contribuant ainsi à l’épanouissement de l’individu et à la cohésion sociale.
  • Extrait : « L’amour, libéré de ses chaînes morales, devient le ciment de la société harmonieuse. ». Fourier présente ici une vision radicalement libertaire des relations humaines, un aspect souvent méconnu de sa pensée.

6. “La Civilisation et le Grand Mal” (1820)

  • Résumé : Dans cet ouvrage, Fourier critique la civilisation moderne, qu’il considère comme la source de tous les maux de l’humanité. Il y dénonce l’hypocrisie, l’injustice, et la corruption qui, selon lui, caractérisent les sociétés contemporaines. Fourier y propose une réorganisation sociale qui permette de dépasser ces défauts en revenant à une forme de vie collective plus naturelle et plus juste.
  • Extrait : « La civilisation moderne n’est que l’apogée de l’hypocrisie ; seule une société fondée sur la vérité et la transparence peut mener à l’harmonie. ».  Ce livre montre l’aspect profondément critique de la pensée de Fourier, qui ne se contente pas de proposer des utopies, mais aussi de dénoncer les travers de son époque.

Les Phalanstères : Utopie ou réalité ?

Le Phalanstère est sans doute l’idée la plus célèbre de Fourier. Il s’agit d’une communauté idéale où 1 620 personnes vivraient et travailleraient ensemble en parfaite harmonie. Chaque Phalanstère serait une sorte de microcosme de la société idéale, où l’inégalité, la misère et l’oppression n’existeraient pas. Fourier croyait que les Phalanstères pourraient se multiplier pour former une nouvelle société mondiale, débarrassée des maux du capitalisme.

Bien que les Phalanstères n’aient jamais vraiment vu le jour sous la forme exacte que Fourier avait imaginée, ses idées ont inspiré plusieurs tentatives de création de communautés utopiques au XIXe siècle, notamment aux États-Unis avec des expériences comme celle de Brook Farm. Ces tentatives, bien qu’éphémères, ont laissé une trace durable dans l’histoire des mouvements sociaux et continuent d’influencer les idées de coopération et de vie communautaire.

La vie et l’œuvre de Charles Fourier sont un témoignage de la puissance de l’imagination humaine face aux injustices sociales. Bien que ses idées aient souvent été considérées comme utopiques, elles ont inspiré de nombreux réformateurs et ont jeté les bases de la pensée socialiste moderne. Fourier reste une figure incontournable pour quiconque s’intéresse à l’histoire des idées sociales et économiques, et son concept de Phalanstère continue de fasciner.

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vendredi 22 décembre 2023

Pierre Laval était considéré avant guerre comme " Le plus brillant des socialistes de son époque"

 Pierre Laval - Le plus brillant des socialistes de son époque

La vie de Pierre Laval restera une des grandes énigmes du vingtième siècle : Comment ce brillant socialiste a-t-il pu verser dans la Collaboration politique avec le National-socialisme? Comment a-t-il pu mettre en place les lois iniques contre les Français de confession juive?

Pour tenter d'y répondre, il convient de s’intéresser à son parcours politique d'avant Guerre.

Résumé :

Pierre Laval, commença sa carrière politique comme député socialiste de la SFIO (section française de l'internationale ouvrière) de 1914 à 1919 et la continuera comme maire socialiste d’Aubervilliers et sénateur sous l’étiquette « Socialistes indépendants » jusqu’en 1940 ; Il fut fait ministre par le Cartel des gauches en avril 1925, devint à quatre reprises président du Conseil de la Troisième République à la demande du radical Gaston Doumergue et fut dix fois ministre.

C’est même le plus brillant de sa génération. Il fut : l’un des trois plus jeunes président du Conseil ; le premier homme politique français à être reçu en triomphe à New York et à Washington ; le premier chef de gouvernement à être désigné par le magazine Times « Homme de l’année » en 1931 ; le premier au monde (avant Roosevelt) à constituer un brain-trust de techniciens talentueux dont la moitié le suivront à Vichy comme René Bousquet.

Son mentor, le socialiste et prix Nobel de la paix 1929 Aristide Briand, lui légua son pacifisme dogmatique et son projet d’union fédérale européenne. Cela le conduira vers la collaboration avec le national-socialisme, première étape, selon lui, pour créer après la signature de la paix, cette « Europe des peuples » qui garantirait la paix sur tout le continent.

Ses actions comme chef du gouvernement du Régime de Vichy lui valent largement d'être inscrit sur le Mur des collabos

Pierre Laval : sa fiche signalétique

Né dans le Puy de Dôme à Chateldon le 28 juin 1883 & mort à la prison de Fresnes le 15 octobre 1945 (condamné à mort et exécuté alors qu’il était mourant après une tentative de suicide)

Une attache constante au socialisme français

Pierre Laval débutât sa carrière politique à 31 ans comme député socialiste d'Aubervilliers. Il s'inscrira dans le groupe SFIO et siègera donc à l'extrême Gauche de 1914 à 1919.

Durant le Grande Guerre, en totale opposition avec un autre figure du socialisme, Georges Clemenceau qui prônait la fermeté et la défaite totale de l’Allemagne, il sera le seul élu à soutenir les "Pélerins de Kienthal".

En 1916, l'Internationale socialiste s'est réuni en Suisse à Kienthal. Trois députés français y ont participé (Pierre Brizon, Alexandre Blanc et Jean-Pierre Raffin-Dugens). L'objectif de la conférence est de dénoncer la guerre et en appelle à une paix sans indemnités et sans annexions. Suite à l'intervention de Lénine, la conférence opte pour une transformation de la "Guerre bourgeoise" en "Guerre révolutionnaire" au moyen de grèves et de sabotages.

Après la Grade Guerre, comme une très grande majorité des élus socialistes, il quittera la SFIO pour siéger dans le groupe des Socialistes indépendants, refusant le dikta de l'Internationale socialiste qui interdit à ses membres de participer à des "Gouvernements bourgeois".

Maire d’Aubervilliers de 1923 à 1940, il fut réélu sous l’étiquette Socialiste indépendant à la députation de 1924 à 1927. Il passa ensuite au sénat qu’il fréquenta de 1927 à 1940 sous la même étiquette.

Un des trois plus jeunes président du Conseil

Pierre Laval fut président du Conseil pour la première fois à quarante huit ans. C’est un cas exceptionnel dans une Troisième République parlementaire où le président du Conseil était choisi par le Président de la République parmi les parlementaires de plus de cinquante ans ! Dans la liste des plus jeunes présidents du Conseil, Pierre Laval est précédé par Charles-Dupuy (4 avril 1893) et Armand Fallières (29 janvier 1883) nommés tout les deux à 41 ans.

Pierre Laval fut choisi par les présidents de la république Gaston Doumergue puis Paul Doumer pour former trois gouvernements successifs. Il fut Président du Conseil et ministre de l’Intérieur du 27 janvier 1931 au 13 janvier 1932 (avec deux gouvernements formés), puis Président du Conseil et ministre des affaires étrangères du 14 janvier au 20 février 1932.

Quelques années plus tard, Albert Lebrun le rappela pour former son quatrième gouvernement. Il demeurera président du Conseil et ministre des affaires étrangères du 7 juin 1935 au 24 janvier 1936 presque 8 mois alors que la menace du national-socialisme sur l’Europe était déjà bien présente.

Une notoriété internationale très précoce

Grâce à sa notoriété (notamment pour avoir été ministre des affaires étrangères où il cultiva le pacifisme de son mentor, Aristide Briand) et alors qu’il assumait son premier poste de président du Conseil depuis huit mois et qu’il avait déjà été cinq fois ministre, Pierre Laval fut reçu triomphalement à New York et à Washington durant les dix premiers jours d’octobre 1931. Il eut droit à tous les honneurs : il réussit avec simplicité et brio sa conférence de presse par questions-réponses (coutume inconnue en Europe) ; il se prêta à l’exercice des bains de foule et des autographes. Il eut même droit, en présence de Philippe Pétain, le « Sauveur de Verdun », à la ticket-parade dans les rues de New York avec sa pluie de confettis. Il reçut les éloges de la presse : un magazine titra sur la « french supremacy ».

Le magazine Times lui décerna la palme d’homme de l’année et lui consacra sa une. Une première pour un Français et une distinction unique pour un chef de gouvernement. Il faudra attendre Charles De Gaule, comme locataire de l’Elysée, pour qu’un second chef du gouvernement reçoive cette distinction.

Pierre Laval tirera de ce voyage triomphal une confiance immodérée en son mérite.

Un palmarès politique impressionnant

Le palmarès politique de Pierre Laval est impressionnant : durant les cinq années précédent son voyage aux Etats-Unis, il occupa cinq portefeuilles ministériels différents ; Il sera au total dix fois ministre ; quatre fois président du Conseil. Sous le régime de Vichy, il sera chef du gouvernement et même chef du gouvernement « Gréviste » de Sigmaringen !

Participation gouvernementale de Pierre Laval sous la 3e république :

cinq fois ministre dans des gouvernements de gauche

Gouvernement - Date - Poste ministériel

  • Painlevé II - 17 avril 1925 - Travaux publics
  • Briand VIII - 28 novembre 1925 - Ss présidence du Conseil et affaires étrangères
  • Briand IX - 9 mars 1926 - Justice
  • Briand X - 23 juin 1926 - Justice
  • Tardieu II - 2 mars 1930 - Travail et prévoyance sociale

1ère présidence du Conseil 27 janvier 1931, suivie immédiatement des 2e et 3e

Six fois ministre dans des gouvernements de gauche ou Radical :

  • Tardieu III - 20 février 193 - Travail et prévoyance sociale
  • Tardieu IV - 10 mai 1932 - Travail et prévoyance sociale
  • Doumergue II - 9 février 1934 - Colonies
  • Doumergue II - 13 octobre 1934 - Affaires étrangères
  • Flandin - 8 novembre 1934 - Affaires étrangères
  • Bouisson - 1er juin 1935 - Affaires étrangères

4e présidence du Conseil 7 juin 1935 au 24 janvier 1936

A nouveau ministre du dernier gouvernement de la Troisième république :

Pétain - 23 juin 1940 - Vice-présidence du Conseil

Participation gouvernementale de Pierre Laval sous le régime de Vichy :

Date - Poste ministériel

  • 12 juillet au 6 septembre 1940 - Ministre secrétaire d’état & vice-président du Conseil
  • 6 septembre au 13 décembre 1940 - Vice-président du Conseil chargé de l’information et de la coordination des différents ministères
  • 18 avril 1942 au 17 août 1944 - Chef du gouvernement de l’Etat français, ministre des affaires étrangères, de l’intérieur et de la propagande (jusque fin 1943)
Pierre Laval : ses débuts comme ministre
Un dirigeant politique mis en selle par le Cartel des gauches

Créé en 1924 pour constituer une opposition au Bloc national rassemblant modérés et conservateurs, le Cartel des gauches était formé exclusivement de partis de gauche : la gauche radicale (radicaux et radicaux-socialistes) ; les républicains socialistes ; les socialistes de la SFIO.

Cette coalition remporta les élections législatives de mai 1924 et eut pour conséquence immédiate la démission du président de la république Millerand. Le Cartel des gauches le remplaça par un radical : Gaston Doumergue.

Les trois premières participations gouvernementales de Pierre Laval eurent lieu durant le Cartel des gauches (13e législature). C’est le président du parti républicain socialiste, Paul Painlevé, qui l’appela comme ministre des travaux publics alors qu’il venait d’être élu député socialiste indépendant dans la coalition du Cartel des gauches. La nécessité de constituer une majorité parlementaire avait fait oublier à Paul Painlevé que Pierre Laval avait prit la tête des opposants, le 17 octobre 1917, afin de renverser son premier gouvernement. Il représentait les socialistes indépendants !

Aristide Briand : mentor de Pierre Laval

Mais c’est Aristide Briand qui fut son mentor et qui lui permit d’accéder à des postes clés. Flirtant avec l’anarcho-syndicalisme, Aristide Briand milita dans les rangs socialistes en étant attaché à la prise de pouvoir par l’insurrection et la guerre civile (sur le modèle du marxisme léninisme). En 1901, il adhèrera au parti socialiste français fondé par Jean Jaurès et en deviendra le secrétaire général la même année. Mais rapidement, il prendra ses distances refusant les concessions faites par Jean Jaurès au courant de Jules Guesde afin de maintenir l’unité des socialistes (opposition à une participation des socialistes à un ministère bourgeois). Il sera exclu du parti socialiste pour avoir accepté de participer au gouvernement Sarrien, le 1er mars 1906, en tant que ministre de l’instruction publique, des Beaux-Arts et des cultes. Son action se situera ensuite en dehors du parti socialiste mais parmi les socialistes indépendants.

Aristide Briand fera de Pierre Laval son sous-secrétaire d’état à la présidence du Conseil et aux affaires étrangères dans son 8e gouvernement formé le 28 novembre 1925. Cela lui permit d’avoir une vue d’ensemble de l’action gouvernementale et surtout de se former aux affaires étrangères. Il fera encore partie des deux autres gouvernements Briand qui se sont succédés comme ministre de la justice.

Après le Cartel des gauches… l’Union nationale de Poincaré

L’échec de la politique financière des gouvernements du Cartel des gauches conduisit à la formation d’un gouvernement d’union nationale avec Raymond Poincaré (du 23 juillet 1926 au 11 novembre 1928). Pierre Laval n’y participa pas, Paul Painlevé et Aristide Briand représentant les socialistes indépendants dans l’Union nationale.

Dans le courant d’avril 1928, une nouvelle élection législative permit de constituer une majorité ne comportant ni droite ni communiste (14e législature). Pendant cette législature, l’assemblée atteignit un record de dispersion avec quinze groupes parlementaires pour cinq partis ! Raymond Poincaré obtiendra la confiance des parlementaires et formera un nouveau gouvernement, très semblable au précédent, qui finira de rétablir la situation financière de la France par une dévaluation du franc importante (le franc de 1928 vaut alors un cinquième de celui de 1914 !). Ce gouvernement tombera par le retrait des ministres radicaux à la demande de leur parti. Ce dernier veut rendre à nouveau possible une union des gauches pour les prochaines législatives. Le ministère d’union nationale a vécu malgré l’assainissement financier de la Nation.

Pierre Laval à l’école d’André Tardieu

C’est un homme inclassable croyant à la méritocratie et partisan d’un exécutif fort (« cette conception d’un exécutif actif et personnalisé heurtait la tradition républicaine qui faisait du gouvernement un simple comité parlementaire délégué et du président du Conseil un simple courtier politique sous haute surveillance parlementaire ») qui proposera un nouveau poste de ministre à Pierre Laval : André Tardieu, le nouveau chef de file du centre droit. Ce dernier veut dépasser les vieux clivages politiques en faisant appel aux meilleures idées de chaque camp afin de créer une dynamique de progrès basée sur l’initiative individuelle.

Dans ce second gouvernement Tardieu formé le 2 mars 1930, qui va de gauche (sans les communistes considérés comme anti-français) à droite et avec des radicaux qui ont décidé de revenir dans les gouvernements, Pierre Laval hérite du ministère du travail et de la prévoyance.

Le nouveau ministre rendra effectif les assurances sociales instituées en 1928 à l’heure où l’horizon économique s’assombrit. Le ministère tombera le 13 décembre 1930 : le sénat, dominé par les radicaux, exploitera le scandale de la banque Oustric dans lequel furent impliqués trois ministres dont le ministre des finances, Raoul Péret.

Pierre Laval héritera de son passage dans des gouvernements Tardieu d’un besoin de rendre un rôle plus important au président du Conseil.

Trois présidences du Conseil successives
La succession du gouvernement Tardieu

Après l’affaire Oustric qui conduisit à la démission du gouvernement Tardieu le 13 décembre 1930, Gaston Doumergue appela Théodore Steeg pour former un gouvernement. Au moment où il accède à la présidence du Conseil, ce radical-socialiste a une longue carrière derrière lui : plusieurs fois ministres de l’instruction publique, de la justice et de l’intérieur ; gouverneur général de l’Algérie (de 1921 à 1925) ; résident au Maroc (de 1925 à 1928). Son gouvernement modéré à dominante centre-gauche obtient la majorité par sept voix d’avance. Il finit par perdre la majorité suite à la défection des modérés ulcérés par le soutien que lui accordent les socialistes. Son gouvernement aura duré un peu plus d’un mois.

Parmi les personnalités possibles pour succéder à Théodore Steeg, Gaston Doumergue voit son choix limité : André Tardieu représente le centre droit et est encore marqué par l’affaire Oustric ; Aristide Briand représente les socialistes indépendants mais est malade et âgé de 69 ans (il mourra le 7 mars 1932) ; malade, Raymond Poincaré refusera l’offre de Gaston Doumergue de former le nouveau gouvernement fin 1930 (il est âgé de 71 ans et mourra le 15 mars 1934).

Gaston Doumergue décide alors de faire appel à un jeune socialiste indépendant pour former le nouveau gouvernement : Pierre Laval.

L’état de la France début 1931

Alors que la crise ravage les pays neufs et commence à atteindre l’Europe suite « Jeudi noir » à Wall street (24 octobre 1924), la France est prospère : la Banque de France possède presque cinq mille tonnes d’or et le taux de chômage est au plus bas avec 12 000 chômeurs recensés.

L’armée française passe pour être la plus puissante au monde, sa diplomatie est la plus influente et son empire colonial s’apprête à célébrer sa grande exposition coloniale à Paris en 1930 – 1931.

Pierre Laval président du Conseil pendant 13 mois

Le 27 janvier 1931, Pierre Laval accède donc à sa 1ère présidence du Conseil à 48 ans. Il s’installe à Matignon après une investiture très confortable : 372 voix contre 258 (114 voix d’écart). Il enchaînera deux autres présidences à la demande du Radical Paul Doumer qui a succédé à Gaston Doumergue.

Sur le plan intérieur, l’action du nouveau gouvernement sera de maintenir la prospérité du pays et de « Faire le bonheur des Français » comme le dit Pierre Laval.

  1. 1e présidence du Conseil et ministre de l’intérieur - 27 janvier 1931 au 13 juin 1931
  2. 2e présidence du Conseil et ministre de l’intérieur - 13 juin 1931 au 14 janvier 1932
  3. 3e présidence du Conseil et ministre des affaires étrangères - 14 janvier 1932 au 20 février 1932

Le troisième gouvernement de Pierre Laval tombera pour une question intérieure : à la veille des élections législatives de 1932, Pierre Laval voulu modifier la loi électorale pour passer à un scrutin uninominal à un tour. Ce n’était pas du goût des parlementaires qui préféraient un scrutin de liste à deux tours. Il sera remplacé par André Tardieu.

Un pacifisme idéologique appris auprès d’Aristide Briand

En bon disciple de l’ancien prix Nobel de la paix, Aristide Briand, Pierre Laval voudra protéger le pays des menaces extérieures avec un pacifisme débridé (et malheureusement sans effet). Dès février 1931, il se transforme en « Ouvrier de la paix » : il vole au secours des républicains allemands menacés par le National-socialisme ; accepte le moratoire Hoover sur les réparations et les dettes de guerre en prétextant que la France est assez riche ; soutien en septembre la Livre sterling qui est au plus bas. Il propose à chaque nation de collaborer ! Déjà !

La formation d’un Brain-trust de techniciens brillants

Dès sa première présidence, Pierre Laval sut s’entourer de techniciens : deux ans avant le président Roosevelt, Il possédait son « Brain-trust ». Dés février, il recruta les plus brillants de ce qu’on appela les « Techniciens » chargés de rédiger des discours, des notes financières ou des rapports diplomatiques sur les grands partenaires de la France. Ainsi, dans la liste de ses collaborateurs on note : André François-Poncet ; Claude-Joseph Gignoux ; Léon Noël ; René Bouffet ; Jean Cathala ; Jacques Rueff ; Georges Hilaire ou encore René Bousquet. Au moins la moitié le suivra dans son gouvernement de Vichy en 1942.

Pierre Laval encore six fois ministre

Après son départ de la présidence du Conseil, Pierre Laval fut encore six fois ministre : Il redevint ministre du Travail et de la prévoyance sociale dans deux ministères Tardieu successifs pendant deux ans (20 février 1932 au 9 février 1934), fit un bref passage comme ministre des colonies dans le second gouvernement Doumergue (9 février au 13 octobre 1934), avant de devenir ministre des affaires étrangères dans les gouvernements successifs de Doumergue, Flandin et Bouisson (13 octobre 1934 au 7 juin 1935).

Tardieu III - 20 février 1932 - Travail et prévoyance sociale

Tardieu IV - 10 mai 1932 - Travail et prévoyance sociale

Doumergue II - 9 février 1934 - Colonies

Doumergue II - 13 octobre 1934 - Affaires étrangères

Flandin - 8 novembre 1934 - Affaires étrangères

Bouisson - 1er juin 1935 - Affaires étrangères

Le quatrième gouvernement Laval
La succession de Fernand Bouisson

C’est à un socialiste indépendant, par ailleurs maire d’Aubagne à partir de 1908, qu’Albert Lebrun confie le soin de former le gouvernement qui a précédé le 4e gouvernement Laval. Fernand Bouisson débuta sa carrière comme socialiste indépendant, puis dès son élection de député d’Aubagne en 1908 adhérera à la SFIO avec qui il entretiendra des rapports conflictuels avant de la quitter en 1934. Elu à la présidence de la chambre des députés en 1924, il marquera son poste en le transformant, à l’inverse de ses prédécesseurs, en une fonction technique de véritable arbitrage. Il en tirera une image d’homme conciliant reconnu par tous les partis politiques et d’une certaine bonhomie (certains lui reprochent son affairisme et son inculture). Chargé de former une première fois le gouvernement au lendemain des manifestations du 6 février 1934, il refuse l’offre. Pressé par Albert Lebrun à la suite de la démission du gouvernement Flandin, il accepte le 1er juin 1935. Il forme alors un gouvernement d’union nationale allant des radicaux aux droites républicaines en y intégrant le « Sauveur de Verdun » (Philippe Pétain) et les principaux chefs parlementaires. Dès le 4 juin, il sollicite les pleins pouvoirs financiers qui lui sont refusés. Il démissionne le 7 juin 1935 pour céder la place à Pierre Laval.

Pierre Laval revient en 1935 avec ses opinions bien arrêtés

Quand Pierre Laval revient à la tête du gouvernement il n’a pas perdu ses opinions qui sont devenues des idées fixes. Comme ses prédécesseurs Clemenceau et Poincaré, il est persuadé être le seul à sauver la situation économique désastreuse de la France (qui frise la banqueroute) et à éloigner les menaces allemandes. Il est conforté dans ses idées par un sondage du « Petit journal » fait en novembre 1934 qui le donne second derrière Philippe Pétain pour être choisi comme éventuel « Dictateur républicain ».

Il fait appel à l’union nationale ce qui lui donne une majorité conséquente de 329 voix contre 119. Quand il demandera les pleins pouvoirs, il aura encore une large majorité : 324 contre 160 ! Son ministère d’union nationale est patronné par Edouard Herriot (président du parti radical), Pierre-Etienne Flandin (chef de l’Alliance républicaine) et Louis Marin (qui sera hostile à l’armistice de juin 1940 avant de rejoindre Londres), mais Pierre Laval met ses hommes de confiance aux postes clés : Marcel Régnier aux finances ; Pierre Cathala à l’agriculture et Joseph Paganon à l’intérieur.

Pierre Laval acteur majeur de la politique étrangère

Pierre Laval revient à la tête de l’exécutif le 7 juin 1935, succédant au très court ministère Bouisson (1er juin au 7 juin 1935), appelé par Albert Lebrun (gauche démocratique). Il prit en plus le portefeuille des affaires étrangères qu’il possédait déjà depuis le 13 octobre 1934. Il dirigera la politique étrangère de la France jusqu’au 24 janvier 1936.

Dès octobre, il est confronté à l’invasion de l’Ethiopie par Mussolini alors qu’il avait signé avec lui, quelques mois plus tôt, le traité de Stresa qui condamnait la révision unilatérale par l’Allemagne des traités de paix ; traité signé par la France, la Grande-Bretagne et l’Italie le 14 avril 1935 (on parle aussi d’accord de Stresa). Celui qui était apparu alors comme le défenseur de l’Autriche et de l’Europe centrale, ne sut pas garantir les traités de Versailles et de Trianon. Alors qu’il affirmait : « Je veux la paix et je ferai tout pour la paix » fut incapable de couper court à un coup de force colonial. Bien pire, avec le Britannique Samuel Hoare (le très zélateur ministre des affaires étrangères partisan de la politique de l’apaisement), ils établiront un plan secret de partage de l’Ethiopie qui prévoyait de céder deux tiers du royaume à l’Italie. L’Ethiopie retrouvera sa liberté et son empereur le 20 mai 1941, libérée par les Anglais.

Pierre Laval ne put pas empêcher la remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne qui se fit un mois après son départ du gouvernement. Ce fut un nouvel accro de plus aux traités de paix !

L’inertie de la France et de la Grande-Bretagne jusqu’à la déclaration de guerre est directement responsable de l’entrée en guerre et de l’humiliante défaite qui s’en suivit. Alors que Pierre Laval était aux commandes de la diplomatie française, le parti national-socialiste des ouvriers allemands aurait pu être stoppé grâce à des positions fermes quant aux actions bellicistes de l’Allemagne. Une intervention militaire victorieuse aurait été possible et souhaitable au moment de la remilitarisation de la Rhénanie. Le pacifisme apprit à l’école d’Aristide Briand et cette volonté de faire « l’Europe des peuples » à tout prix en auront décidé autrement ! La politique étrangère fut un échec qui a eu des conséquences majeures sur l’indépendance de la France.

Une politique économique désastreuse

La politique économique et financière du quatrième gouvernement Laval resta dans la mémoire des Français longtemps ! Le gouvernement poursuivit une politique de déflation brutale (comme l’avait fait l’Allemagne en décembre 1931). La baisse autoritaire des salaires des fonctionnaires les jette dans la rue. La manifestation fait deux morts et cinquante blessés !

La production industrielle continue une petite croissance entamée depuis le début de l’année 1935 pour revenir à son niveau de crise à la mie 1936, après un décrochage à la fin du premier trimestre 1936. Les prix de gros, après avoir chuté à partir de la mie 1929, repartent fortement à la hausse à partir du premier trimestre 1935. Ils continueront leur augmentation vertigineuse pour revenir à leur niveau de 1926 en 1939. Le nombre de chômeurs aidés qui avait subit une petite baisse temporaire d’un an (de mi 1934 à mi 1935) repart à la hausse jusqu’au début du dernier trimestre de 1935. Cette baisse continue s’achèvera au premier trimestre 1937. Mais le niveau de chômeurs secourus restera élevé (supérieur à 300 000) pour enfin décroître dès le début de 1939.

La brutale politique déflationniste du gouvernement Laval relança faiblement et temporairement la production industrielle, avec un temps de retard permit de faire baisser le taux de chômage jusque début 1937 (tout en le maintenant largement au dessus des 300 000 personnes), mais généra une inflation importante qui fut d’autant mal perçu que les salaires avaient été baissés autoritairement dans la fonction publique. Elle n’atteint pas les effets escomptés : relance durable de l’économie permettant de gommer l’effet de l’inflation ! Elle ne devait mécontenter nécessairement les salariés et ceux qui possédaient des capitaux !

En réaction à la politique du gouvernement, la gauche désunie depuis l’échec du Cartel des gauches s’était à nouveau rassemblée en formant le Front populaire en 1935. Pierre Laval fit tant de mécontents que le Front populaire gagna les élections législatives de 1936.

Auparavant, en décembre 1935, les radicaux le lâcheront ; il sera contraint à la démission. Le 24 janvier 1936, il sera remplacé par Albert Sarraut, digne représentant du radical-socialisme Franc-maçon du sud-ouest. Le président Albert Lebrun compte sur son expérience de « vieux routier de la politique, bon manœuvrier de couloirs et orateur chaleureux » ! Ce gouvernement faible, en attente du résultat des élections législatives, regardera la remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne.

Très impopulaire, Pierre Laval ne revint pas au gouvernement avant la déclaration de guerre avec l’Allemagne. Le bilan de son quatrième ministère fut un échec cuisant à cause de sa politique déflationniste et un bilan en trompe l’œil quant aux relations diplomatiques avec l’Allemagne où il ne sut pas maîtriser la volonté belliqueuse du National-socialisme à cause de ses idées pacifistes acquises auprès d’Aristide Briand.

Le retour au pouvoir dans le chaos politique
Dans le dernier gouvernement de la 3e république

A la faveur de la percée allemande de mai 1940, Pierre Laval revient au pouvoir dans le ministère formé par Philippe Pétain qu’une majorité de la chambre des députés du Front populaire est allé cherché comme sauveur de la nation !

Il y obtient la vice-présidence sans aucun ministère et considère qu’il est le véritable chef du gouvernement. Dans les couloirs du casino de Vichy, Pierre Laval est persuadé de mener sa propre politique. Alors qu’il apprend l’interdiction du Populaire, Léon Blum en reçoit l’aveu de la bouche de Pierre Laval : « aucun journal ne paraîtra s’il ne manifeste la moindre réticence à l’égard de ma politique. Il faut me suivre absolument, sans réserve, et je ne me laisserai pas duper ».

Un de ses leitmotivs scandé à maintes reprises (novembre 1935, juillet 1936, juillet 1943, novembre 1943) est repris mot pour mot : « J’ai parfois été hué par les foules, mais j’ai toujours eu le sentiment que c’était au moment où je remplissait le mieux mon devoir… que j’étais le moins bien compris ».

Pierre Laval effectuera alors l’un « Des plus beaux retournements politique que l’histoire ait connus » (selon le docteur Ménétrel, secrétaire particulier de Pétain).

La mise en œuvre de la politique de collaboration

Pierre Laval reprenant ses idées fortes développées quand il était au pouvoir : pacifisme et collaboration entre tous les peuples d’Europe en vu de créer un espace européen.

Après le 11 juillet 1940 (début de l’Etat français le 12 juillet 1940), il est à la fois le dauphin d’un maréchal Pétain très âgé quand il est à Vichy, et quand il est en tournée en zone occupée, il redevient le chef du gouvernement de 1935 avec les responsabilités des affaires étrangères.

Alors que Philippe Pétain dirige le gouvernement d’une main de fer et qu’il se trouve lors des conseils des ministres dans une position de simple exécutant, Pierre Laval à l’obsession de forcer la paix par une initiative personnelle digne d’un chef du gouvernement en exercice.

La mise au point de l’entrevue de Montoire lui en donne l’occasion : voyages diplomatiques à Paris ; rencontre en tête à tête avec Adolf Hitler le 22 octobre ; assurance que la poignée de main entre Hitler et Pétain aura bien lieu et le 30 octobre engagement ferme de la France qu’une politique de collaboration sera mise en place. L’entrevue de Montoire pourra alors se dérouler pour officialiser tout ça ! Pierre Laval aura pu mettre en place ses idées fortes : la recherche de la paix à tout prix et la création d’un espace européen de collaboration entre les peuples ! Sa réputation terrifiante de tacticien aura encore fait ses effets. L’entrevue de Montoire aura bien lieu comme convenu le 24 octobre 1940. Toutefois Philippe Pétain refusera une alliance contre l’Angleterre et la signature d’une paix séparée.

Contrairement à ce que beaucoup croient, en juin 1940 fut signé l’armistice qui mettait fin aux combats entre la France et l’Allemagne et non la paix qui sera signée après la défaite allemande.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2013/10/pierre-laval-le-plus-brillant-des-socialistes-de-son-%C3%A9poque.html

 

vendredi 15 décembre 2023

Du socialisme à la collaboration : Anatole de Monzie

 

Du socialisme à la collaboration : Alexandre De Monzie

Encore un socialiste qui mérite d’être inscrit sur le Mur des collabos !

Député de Cahors en 1909, il rejoindra le groupe des Républicains socialistes (Socialistes favorables à une participation à des gouvernements « Bourgeois » contrairement aux socialistes du Parti socialiste unifié). Il rentrera dans un gouvernement en 1913 pour la première fois comme sous-secrétaire d’état à la marine marchande d’un gouvernement de gauche. Il sera au total dix-huit fois ministre.

A la Chambre des députés, il s’illustre en 1922 pour la reconnaissance par la France de l’Union soviétique de Lénine. Fervent opposant des langues régionales et pour l’uniformisation de l’éducation des jeunes français, il déclarera, en tant que ministre de l’Instruction publique en 1925 lors de l’inauguration du pavillon de la Bretagne à l’Exposition internationales des arts décoratifs de Paris : « Pour l’unité linguistique de la France, le Breton doit disparaitre ».

Il sera le premier ministre de « L’éducation nationale » en 1932 (Et non plus de l’Instruction publique), nationalisant ainsi le rôle d’éducation jusque-là dévolus aux seuls parents.

Sous l’occupation nazie, Anatole de Monzie collabora à la rédaction de la « Revue de la pensée socialiste », Le Rouge et le bleu, dont le premier numéro date du 1er novembre 1941. Créée par le socialiste Charles Spinasse, cette revue était proche des idées de Marcel Déat en faveur d’un collaborationnisme socialiste et d’un fédéralisme européen sous domination de l’Allemagne nazie. La revue sera supprimée en août 1942 par l’occupant suite au désaccord entre son rédacteur en chef et Marcel Déat au sujet de la création d’un parti unique d’orientation nationale et socialiste.

Anatole de Monzie fut nommé, par le maréchal Pétain, président du Conservatoire National des Arts et Métiers en 1940 ; poste qu’il conservera jusqu’en 1944.

Durant toute l’occupation, il sera un ami intime d’Otto Abetz, ambassadeur du troisième Reich à Paris.

Pour ses actes de collaboration, il sera mis à l’index à l’automne 1945 par le Comité national des écrivains.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2017/11/du-socialisme-a-la-collaboration-anatole-de-monzie.html

jeudi 21 octobre 2021

Le socialisme héroïque de Mazzini

  

Prophéte du nationalisme italien, Giuseppe Mazzini est, malgré sa réputation d'homme de gauche, un des esprits les plus originaux de son temps. Dans ses écrits, ignorés des Français qui réservent leur admiration à Garibaldi, Mazzini oppose la notion de "devoirs" à celle des "droits" de l'homme. Jean Mabire nous invite à redécouvrir cet éternel rebelle et militant du mouvement ouvrier, qui était fasciné par les héros de l’Antiquité. Si en 1849, l'entrée des troupes françaises dans Rome mit fin à la brève expérience du pouvoir de Giuseppe Mazzini, celui-ci, réfractaire à tout compromis, à la différence des trois artisans de l'unité italienne (Victor-Emmanuel, Cavour et Garibaldi), s'opposera jusqu’au bout à la nouvelle autorité royale italienne comme il s'opposait au pouvoir de l'empire autrichien et à tout matérialisme, qu'il soit capitaliste ou communiste. Il en appelait à "l'élite européenne du parti de l'action"... Avanti Paladin !

Mettre en doute l'idéologie des droits de l'homme, érigée en credo laïque, est aujourd'hui un de ces péchés que l'Église qualifiait naguère de mortel. Ce serait même, à en croire les nouveaux bien-pensants, le crime intellectuel absolu. Dans l'un des plateaux de la balance de la justice universelle, la fameuse Déclaration des droits. Dans l'autre, le sabre dégoulinant de sang d'un quelconque général de pronunciamento sud-américain. Comme c'est simple et personne n'a envie de se trouver du côté des salauds.

On étonnerait bien nos modernes thuriféraires des droits de l'homme en leur apprenant que cela n'a pas toujours été justement aussi simple que notre journal habituel voudrait nous le faire accroire. Prenons le siècle dernier où pourtant les écrivains socialisants usaient et abusaient des grands mots à majuscule, du style Humanité, Progrès ou Démocratie. Quand il s'agissait des fameux droits de l'homme, certains se montraient plus circonspects. Tenez, par ex., Mazzini.

On connaît peu en France Mazzini, qui n'a pas, comme son camarade Garibaldi, sa rue dans la moindre de nos sous-préfectures. Pourtant, le personnage est intéressant, tant il révèle les rapports toujours fascinants d'un intellectuel avec la politique et même avec le terrorisme. Giuseppe Mazzini, donc, né à Gênes au début du siècle dernier et tôt affilié à la fameuse société secrète des Carbonari, passa quelques mois en prison à la suite des événements piémontais de 1830 et se vit forcé d'émigrer en France, où il croyait trouver en Louis-Philippe un ami de la liberté des peuples. Vite éclairé sur la médiocrité d'un roi qui se réclamait du "juste milieu" pour mieux instaurer la société marchande des boutiquiers, l'émigré fonda alors une société révolutionnaire, la Jeune Italie, qui devait peu après s'élargir en Jeune Europe. Avec quelques camarades, il rêvait de créer, contre la Sainte alliance des conservateurs et des réactionnaires, de véritables États-Unis d'Europe, dont le ciment aurait été une idéologie tout à la fois patriotique et populiste.

Républicain jusqu'au sectarisme et démocrate jusqu'à l'utopisme, Mazzini fut incontestablement, dans la sensibilité politique de son époque, un homme de gauche et même d’extrême-gauche, ami des révolutionnaires quarante-huitards, avant de leur reprocher l'abandon de la cause des peuples au bénéfice d'un chauvinisme petit-bourgeois qui devait rapidement conduire à la dictature du prince-président Louis Napoléon, ancien carbonaro lui aussi, hélas.

Exilé tantôt en Angleterre et tantôt en Suisse, Mazzini allait passer sa vie en complots avortés et malheureux. Il ne connut que quelques semaines euphoriques quand il devint triumvir de l’éphémère république romaine édifiée en 1849 sur les ruines assez pestilentielles des États de l'Église. Quand il mourut en 1872, l'Italie s'était faite, sans lui et sans le peuple, et portait désormais, à ses yeux, la tare originelle de la monarchie.

Ceci pour situer un personnage hors du commun, dont tous les petits Italiens apprennent par cœur des tirades entières dés l'école, mais dont peu d'intellectuels français, même socialistes, connaissent autre chose qu'un nom qui ne leur dit pas grand chose et qu'ils confondent généralement avec celui de son contemporain Manzoni, l'auteur des Fiancés, ce prodigieux roman historique du style Alexandre Dumas. Ce qui prouve en passant que l'Europe de la culture, par où tout devrait commencer sur notre continent, est encore plus illusoire que celle du pinard ou de la bidoche.

Dans son exil londonien, Mazzini fut confronté au terrible problème de la misère absolue que vivaient ses compatriotes émigrés. Entassés dans des faubourgs ignobles, déracinés et acculturés, sans cesse ballottés entre l'exploitation et le chômage, ils formaient une des couches les plus misérables du prolétariat industriel, qui reste la honte de la société européenne et particulièrement britannique au siècle dernier. Pendant que les patrons capitalistes fabriquaient ainsi à la chaîne des ouvriers communistes, Mazzini se lança, un des premiers en Europe, dans l'action ouvrière au service des exploités. Il créa à Londres, en 1847, un mouvement du nom de People's International League, qui s'inscrivait dans le sillage de la Jeune Europe et précédait de quelque vingt ans l'Internationale socialiste de Karl Marx. On verra que les rapports des deux "prophètes" furent exécrables et que mazziniens et marxistes devaient un jour se trouver, dans le Mezzogiorno et ailleurs, à couteaux tirés.

Pour ses compatriotes prolétaires exilés, Mazzini créa un journal, ouvrit des écoles, publia plusieurs livres, dont l'un au moins, Pensées sur la démocratie en Europe, mérite toujours de retenir notre attention et même notre sympathie. L'idée essentielle de cet essai est la lutte contre le matérialisme, qu'il soit capitaliste ou communiste, c'est-à-dire contre une conception économique de la société qui prétend l'organiser « selon la méthode des abeilles et des castors, sur un modèle fixe et immuable et une base d'égalité absolue ».

Mazzini, indiscutable démocrate, persécuté toute sa vie durant par les pouvoirs réactionnaires de l'empire d'Autriche puis du royaume d'Italie, s'y révèle farouchement anti-égalitaire. Il n'hésite pas à écrire, dans une optique d'ailleurs très prolétarienne : « L'établissement d'un système de récompense arithmétiquement égales équivaudrait à ne tenir aucun compte du mérite moral de chaque ouvrier ».

Le plus beau — ou le pire pour les adorateurs des droits de l'homme, ce fut qu'il voyait justement dans cette idéologie la source de tous les maux dont souffrait l'Europe de son temps. Il devait l'écrire avec force : les fameux droits de l'homme étaient pour lui des droits individuels, qui favorisaient l'individualisme et détruisaient toute communauté :

« Faire de la théorie du bien-être le but de la transformation sociale, c'est déchaîner cas instincts de l'individu qui le poussent vers la jouissance, développer l’égoïsme dans les âmes et considérer les appétits matériels comme une chose saine. Une transformation basée sur de tels éléments ne peut pas être durable, et c'est contre ces éléments que nous dirigeons aujourd'hui tous nos efforts ».

Pour ce théoricien de la démocratie républicaine, il ne pouvait y avoir qu'une riposte aux droits de l'homme, c'était les devoirs... Aussi, une autre brochure destinée aux émigrés italiens portera-t-elle justement pour titre : Des devoirs de l'homme. Mazzini s'y révèle tout entier avec sa générosité et sa lucidité. La révolution française et son idéologie des droits appartenaient, pour lui, au passé. Ce qu'il voulait, c'était une révolution européenne où chacun serait conscient de ses devoirs envers sa communauté nationale comme envers la classe laborieuse. Il ne s'agissait pas de s'accrocher au siècle précédent, mais d'être résolument de son temps.

Dès le lendemain de la révolution avortée de 1830, Mazzini avait déjà écrit, dans un petit opuscule intitulé Foi et avenir :

« Le droit, c'est la foi individuelle ; le devoir, c'est la foi commune. Le droit ne peut aboutir qu'à organiser la résistance ; il n'a mission que pour détruire ; il n'en a pas pour fonder : le devoir fonde et associe... La doctrine des droits ne renferme pas, comme nécessité, le progrès... Tout ceci, c'est le XVIIIe siècle : la servitude aux vieilles choses, s'entourant des prestiges de la jeunesse ».

Mazzini rompait ainsi avec la plupart des hommes politiques de son temps et même de son bord. Il se trouvait tragiquement seul, avec une poignée de fidèles dispersés à travers toute l'Europe, face à son grand rival Karl Marx. Il n'avait pas de mots trop durs pour dénoncer la doctrine qui commençait à germer sur le fumier de l'Europe libérale :

« La tyrannie ! Elle est à la racine et au sommet du communisme, elle le sature en entier. Ainsi que la théorie froide, sèche et imparfaite des économistes, il fait de l'homme une machine productive. Son libre arbitre, son mérite individuel, ses aspirations incessantes vers de nouveaux modes de vie et de progrès disparaissent entièrement. Dans une société qui n'est qu'une forme pétrifiée, réglée dans tous ses détails, l'individualité n'a plus de place. L'homme devient chiffre, un, deux, trois. C'est la vie du couvent, sans la foi religieuse ; c'est l'esclavage du Moyen-Âge, sans espoir de se racheter, de s'émanciper par l'économie ».

Et cela a été écrit dés 1847.

Contre un système qu'il qualifiait de « rêve barbare, absurde et immoral », Giuseppe Mazzini essayait avec la Jeune Europe de créer une secte politique qui ressemblait, trait pour trait, à un ordre religieux. On trouvait chez lui un culte de l’héroïsme dans le combat prolétarien qui annonçait l'esprit d'un homme aussi original que Georges Sorel. Tous deux allaient d'ailleurs se montrer sensibles, jusqu'à la hantise, au souvenir des guerriers grecs tombés aux Thermopyles et dont le sacrifice évoquait celui des militants ouvriers de leur temps, luttant pour un monde plus juste et plus noble.

Le visionnaire Mazzini aimait évoquer un avenir qui se trouve toujours devant nous : « Lorsqu'une grande ligue populaire réunira l'élite européenne du parti de l'action, les droits des peuples et des classes ouvrières ne pourront plus être traités avec mépris ». Ne serait-ce pas là un programme d'actualité pour une vraie nouvelle gauche ? Jean Mabire, éléments n°40, 1981.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/44