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jeudi 27 août 2026

L’autre christianisation de l’Europe : des moines celtiques à l’amnésie romaine

 

Christianisme

Entre le Ve et le VIIIe siècles, l’Occident fut rechristianisé moins depuis Rome que depuis les monastères irlandais et brittoniques. Colomba, Aidan, Colomban et leurs disciples implantèrent un christianisme monastique, territorial et culturellement enraciné. Cette pluralité fut ensuite progressivement absorbée par une Église diocésaine, juridique et gréco-latine. Aujourd’hui, tandis que Rome encourage l’inculturation des peuples extra-européens, l’Europe occidentale a largement perdu la mémoire de ses propres formes chrétiennes vernaculaires.

L’histoire religieuse de l’Europe occidentale est souvent racontée comme une progression naturelle de Rome vers les peuples du Nord. Ce récit oublie pourtant une autre matrice. Entre les Ve et VIIIe siècles, l’Irlande, l’Écosse, le pays de Galles, la Bretagne, les Gaules rurales, l’Italie du Nord et les régions germaniques sont profondément marqués par des missions issues du monde irlandais et brittonique. Le moine Colomba (521-597) fonde Iona, un monastère sur une petite île des Hébrides, en 563. Aidan (vers 590-651) établit Lindisfarne, sur une autre île mais située en Angleterre. Colomban (543-615) quitte l’Irlande vers 590, fonde Luxeuil dans les Vosges, puis Bobbio, dans la péninsule italienne, et participe à la rechristianisation de l’Occident continental.

Il n’existait pas une « Église celtique » unifiée et schismatique. L’historiographie parle plutôt de chrétientés insulaires. Leur originalité était surtout institutionnelle et culturelle. Dans des sociétés peu urbanisées, l’abbé, le monastère, le saint fondateur et son territoire pouvaient compter davantage que la cité épiscopale. Le christianisme avait pris la forme des sociétés qu’il rencontrait. Il pratiquait déjà ce que Rome appelle aujourd’hui l’inculturation.

Le problème est que cette pluralité fut progressivement absorbée par une Église de plus en plus diocésaine, juridique, romaine et intellectuellement gréco-latine. Il y eut une succession de normalisations, parfois choisies localement, parfois imposées, parfois accompagnées de violence et de réécriture de la mémoire. Le paradoxe contemporain est plus rude encore. L’Église encourage aujourd’hui l’inculturation des peuples extra-européens alors que l’Europe occidentale a largement perdu ses anciennes formes chrétiennes vernaculaires.

Une christianisation enracinée, puis les premières résistances

L’Irlande n’avait jamais appartenu à l’Empire romain. Son Église ne pouvait donc pas simplement reproduire le modèle cité, évêque, diocèse. Les évêques existaient, mais de grands réseaux monastiques pouvaient être gouvernés par un abbé. Cette organisation s’insérait dans une société rurale et lignagère. Elle produisait un christianisme territorial : îles, sources, vallées, chemins, ermitages et saints locaux formaient une géographie sacrée. La Bretagne en garde encore des traces dans ses pardons, ses fontaines et ses chapelles.

Cette première christianisation ne fonctionnait d’ailleurs pas toujours par table rase. En 601, le pape Grégoire le Grand recommande aux missionnaires envoyés chez les Anglo-Saxons de purifier certains anciens sanctuaires plutôt que de les détruire et de transformer des fêtes existantes. Le principe est clair : convertir une culture ne signifie pas nécessairement l’abolir. L’ancien monde peut être baptisé, réinterprété et transmis.

Colomban incarne cette catholicité souple. Il reconnaît le prestige de Rome, mais ne confond pas communion et uniformité administrative. Il défend ses usages et critique librement des évêques continentaux. Cette autonomie rencontre cependant une logique politique inverse. Les Brittons, les habitants celtiques de Grande-Bretagne, voient parfois d’un mauvais œil la mission d’Augustin de Cantorbéry dans le cadre de la conquête anglo-saxonne. Vers 616, selon Bède, quelque 1 200 moines de Bangor sont massacrés par le roi païen Aethelfrith près de Chester. Rome n’ordonne pas le massacre, mais Bède, le père l’histoire anglaise, le relie symboliquement au refus antérieur des Brittons de coopérer avec Augustin : la violence politique est ainsi relue comme une leçon ecclésiale.

Le concile de Whitby, en 664, est moins violent mais plus durable. Le roi Oswiu choisit le comput pascal romain, qui offre une norme commune et une meilleure insertion dans les réseaux continentaux. Iona ne s’aligne qu’en 716. Le roi picte Nechtan expulse également des communautés colombaniennes refusant certains nouveaux usages. Le schéma est déjà visible : Rome fournit la norme prestigieuse et le pouvoir politique local dispose des moyens de l’imposer.

De l’absorption autoritaire à la romanisation ultramontaine

Avec les Carolingiens, l’uniformisation change d’échelle. Pépin puis Charlemagne favorisent les usages romains pour donner une cohérence religieuse à leur espace politique. Le résultat n’est pas purement italien : la liturgie romaine absorbe des éléments francs et gallicans. Mais la direction est nette. La pluralité occidentale est désormais filtrée par une norme centrale plus facilement administrable.

La réforme grégorienne des XIe et XIIe siècles constitue un tournant plus profond. Elle veut libérer l’Église de la simonie, des nominations laïques et de la tutelle des seigneurs. Pour y parvenir, elle renforce le pape, le droit canonique, l’évêque territorial et les appels à Rome. Le projet répond à des abus réels, mais son effet est centralisateur : pour libérer les communautés des pouvoirs locaux, on les rattache davantage au centre romain.

L’Irlande est alors restructurée par le synode de Ráith Bressail en 1111, puis par celui de Kells en 1152. Les Irlandais participent eux-mêmes à cette réforme, notamment autour de saint Malachie. Il ne s’agit donc pas d’une simple colonisation ecclésiastique. Le résultat reste pourtant une rupture : le vieux monde du saint fondateur, de l’abbé et des réseaux monastiques recule devant la chaîne paroisse, évêque, archevêque et Église universelle.

La « crise de Mellifont » montre que cette normalisation pouvait devenir coercitive. Le monastère cistercien, fondé en 1142 avec un appui irlandais, s’inculture rapidement sous la pression du chapitre général de l’ordre cistercien. Les communautés locales résistent ensuite aux inspections de Cîteaux. Entre 1216 et 1228, les visiteurs rencontrent portes fermées et troubles. Des abbés sont déposés, des filiations sont réorganisées et Mellifont perd une partie de son réseau. Dans le contexte de la conquête anglo-normande commencée en 1169, réforme religieuse, contrôle politique et fracture culturelle finissent par se renforcer. Il n’y a pas d’extermination cistercienne des Celtes, mais il existe bien une coercition institutionnelle et un effacement des autonomies.

Le quatrième concile du Latran (Latran IV), en 1215, consacre le système victorieux : le fidèle est davantage inscrit dans la paroisse, sous son prêtre et son évêque, au sein d’un droit commun. Le concile de Trente, de 1545 à 1563, donne ensuite à cette convergence une puissance nouvelle. Face à la Réforme, Rome renforce la formation des prêtres, les séminaires, la discipline épiscopale, le catéchisme et l’unité doctrinale. Le Missel de Pie V de 1570 n’abolit pas tous les rites anciens. Mais il fait du rite romain la seule référence dominante de l’Occident catholique. Trente ne crée pas la romanisation : il lui donne son armature uniformatrice, disciplinaire et liturgique durable.

À cette normalisation, s’ajoute un effacement intellectuel plus discret. Le catholicisme fait de la Bible, d’Augustin, du droit romain, de Platon et d’Aristote sa haute langue culturelle. Le paganisme grec est désethnicisé et devient philosophie universelle. Les héritages celtiques ou germaniques deviennent mythologie, littérature, folklore ou piété populaire. Ils ne sont pas interdits. Ils sont déclassés ! Le XIXe siècle achève ensuite la romanisation française. Sous l’influence ultramontaine de Dom Prosper Guéranger, les anciennes liturgies diocésaines disparaissent presque toutes entre 1840 et 1875 malgré les résistances de Paris, Lyon ou Besançon. Au nom de la Tradition, on efface des traditions.

Vatican II : l’inculturation pour les autres, l’amnésie pour l’Europe ?

Vatican II semble pourtant renverser cette logique. Sacrosanctum Concilium refuse l’idée d’une « uniformité rigide » lorsque la foi n’est pas en cause et reconnaît la valeur des traditions des peuples. Mais le texte pense particulièrement aux terres de mission. Jean-Paul II ira beaucoup plus loin en Afrique, où Ecclesia in Africa, exhortation apostolique, demande d’étudier la vénération des ancêtres, le monde des esprits, la liturgie et même les structures de l’Église. Dans Querida Amazonia (« Amazonie bien-aimée), autre exhortation, le pape François invite à accueillir des chants, gestes, symboles et rapports traditionnels à la nature.

Appliqué à un Gaël du VIe siècle ou à un Breton, ce programme ressemble exactement à la première christianisation. Pourtant, le traitement reste asymétrique. Les ancêtres africains deviennent un objet d’inculturation ; une fontaine bretonne reste facilement du folklore. La relation amazonienne à la nature peut nourrir une liturgie ; les anciennes cosmologies celtiques ou germaniques suscitent vite le soupçon de néopaganisme ou d’identitarisme. Cette prudence a des raisons historiques, notamment les récupérations nationalistes modernes, mais elle finit souvent par confondre enracinement et fermeture ethnique.

Le privilège du vernis gréco-romain accentue cette contradiction. En 1998, l’encyclique Fides et ratio (« Foi et raison ») de Jean-Paul II présente l’inculturation gréco-latine comme un acquis que l’Église ne peut abandonner. Rien d’équivalent n’est accordé à Iona, aux traditions brittoniques ou au monde germanique christianisé. Platon est devenu universel. Les autres paganismes ouest-européens restent particuliers et suspects. La culture romaine n’apparaît même plus comme une culture. Elle se présente comme la forme neutre du christianisme et son vecteur universel à l’instar du Grec ancien, en occultant Byzance.

Cette histoire ne suffit évidemment pas à expliquer la sécularisation moderne. Mais elle éclaire une perte de résilience. En France métropolitaine, 51 % des 18-59 ans déclaraient n’avoir aucune religion en 2019-2020, contre 29 % se disant catholiques ; en Écosse, 51,1 % de la population était sans religion en 2022 et, au pays de Galles, 46,5 % contre 43,6 % de chrétiens en 2021. Le cas irlandais est plus spectaculaire encore par sa vitesse : la part catholique est passée de 79 % en 2016 à 69 % en 2022. Chez les 25-29 ans, elle n’est plus que de 53 %, tandis que 26 % déclarent n’avoir aucune religion ; entre 2016 et 2022, le nombre de catholiques de 25 à 44 ans a reculé de 17 %. L’identité irlandaise ne disparaît donc pas avec le catholicisme : elle se découple de lui. La langue, les paysages, les cycles mythologiques et l’héritage celtique deviennent des références culturelles disponibles sans passer par l’Église, même si le néopaganisme religieux proprement dit reste très minoritaire.

Le vide n’est pas massivement rempli par le néopaganisme, qui reste encore minoritaire, mais le mouvement existe et progresse rapidement : le recensement de 2021 en Angleterre et au pays de Galles comptait environ 74 000 personnes se déclarant païennes, 13 000 Wiccan1 et 8 000 relevant du chamanisme, tandis que les nomenclatures distinguent désormais Druid, Heathen, Pagan, Wicca et même Celtic Christian.

À ce retour religieux, s’ajoute un écho culturel incomparablement plus large. Tolkien, catholique convaincu, a pourtant construit une mythologie dont les formes visibles viennent largement des traditions nordiques, celtiques et finnoises. Il reconnaissait lui-même que le Kalevala, vaste geste épique des peuples finnois, avait déclenché son travail mythologique. Or, c’est cette surface préchrétienne – elfes, runes, anneaux, forêts, royaumes, sagas et paysages enchantés – que l’Europe occidentale reçoit massivement par les livres, les films, les séries, les jeux vidéo et jusqu’aux gammes LEGO. Le christianisme demeure profond dans la morale de Tolkien, mais dans la culture populaire son imaginaire est beaucoup plus immédiatement perçu comme celto-germanique et nordique que comme catholique.

Une ressource non mobilisée, mais mobilisable

Le contraste est sévère. Rome encourage aujourd’hui les peuples extra-européens à préserver ancêtres, symboles et rapports à la nature alors qu’elle a longtemps folklorisé ou marginalisé les couches comparables de l’Europe occidentale. Son recul s’inscrit certes dans une désaffiliation plus générale aux institutions de masse, mais le besoin d’identité demeure. L’Irlande l’illustre : le catholicisme est passé de 79 % en 2016 à 69 % en 2022, tandis que langue, paysages, Imbolc, Brigitte et mémoire celtique peuvent désormais porter l’identité sans passer par l’Église.

La Pologne montre que même les bastions catholiques ne sont pas à l’abri : les catholiques déclarés sont passés de 87,6 % en 2011 à 71,3 % en 2021, tandis que des religions natives slaves, encore minuscules, réapparaissent. Il ne s’agit pas d’une paganisation massive, mais d’un déplacement : lorsque le catholicisme cesse de porter l’identité, des références plus anciennes redeviennent disponibles. L’ironie est forte : Benoît XVI reconnaissait en 2008 Colomban comme « réellement un des Pères de l’Europe », alors que Rome avait largement marginalisé l’humus chrétien qui l’avait produit.

1. La wicca, ou le wiccanisme, est un mouvement religieux néopaïen fondé au XXe siècle au Royaume-Uni, comprenant des éléments de croyance tels que le chamanisme, le druidisme et les mythologies gréco-romaine, slave, celtique et nordique.

https://www.revue-elements.com/christianisme/

jeudi 29 janvier 2026

Un tombeau chrétien vieux de 1700 ans rappelle l’histoire oubliée de la Turquie

 

© SALIHA NUR KOKSAL / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP
© SALIHA NUR KOKSAL / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP
Dans les collines anatoliennes qui entourent Iznik, l’antique Nicée, une découverte archéologique majeure est venue récemment enrichir notre compréhension des premiers temps du christianisme. À quelques kilomètres de cette ville où, en 325 après J.-C., se tint le premier concile œcuménique, des archéologues ont mis au jour des fresques paléochrétiennes exceptionnellement bien conservées et dissimulées dans un tombeau souterrain. Cette peinture représente Jésus sous les traits du Bon Pasteur, bien avant que la croix ne s’impose comme symbole universel de la foi chrétienne. À travers cette image, c’est toute une histoire qui se dévoile, celle de la représentation d’un Christ proche des hommes, protecteur de ses fidèles dans un monde romain encore hostile au christianisme, mais également celle d'une contrée aujourd'hui terre d'islam.

Le Bon Pasteur romanisé

Le site, situé dans la nécropole de Hisardere, est daté du IIIe siècle, une période durant laquelle les chrétiens de l’Empire romain vivaient encore sous la menace de persécutions. Ils devaient alors pratiquer leur foi en secret, dans des lieux discrets, loin du regard des autorités impériales. À l’intérieur de cette chambre funéraire, creusée à environ un mètre sous terre, la figure du Bon Pasteur se déploie sur le mur principal. Le Christ y apparaît jeune, imberbe, vêtu à la romaine, portant un agneau sur ses épaules, symbole de la brebis égarée que le berger ramène au troupeau. Cette représentation renvoie bien sûr directement à l’Évangile selon Jean où il déclare : « Je suis le bon berger. Je connais mes brebis et elles me connaissent », soulignant la protection et l’amour du Christ pour les Hommes.

Dans l’art paléochrétien, ce motif est fréquent, notamment dans les catacombes de Rome. Il permettait aux croyants d’exprimer leur foi de manière discrète, à une époque où les symboles chrétiens explicites pouvaient être dangereux. Ici, le Bon Pasteur devient aussi une figure d’espérance face à la mort.

D’autres symboles et découvertes

D’autres éléments décoratifs complètent l’ensemble des fresques du caveau, comme des dattiers. Cet arbre, capable de prospérer dans des régions hostiles, était alors associé à la résilience, à la vie éternelle et à la victoire du Christ sur la mort.

À l’intérieur du tombeau ont également été retrouvées les dépouilles d’un enfant et d’un couple adulte, ces derniers semblant avoir été représentés sur les parois. Leur apparence et leurs vêtements finement détaillés indiquent qu’ils appartenaient sûrement à l’aristocratie locale. Assez fortunés, ils purent ainsi faire aménager ce caveau orné de ces magnifiques fresques, signe de leur statut social. Les corps étaient enveloppés dans un linceul richement brodé, dont ne subsistent aujourd’hui que quelques fils d’or, précieux témoins de la splendeur passée mais également pratique peu répandue à l’époque.

L’ensemble de ces découvertes illustre ainsi la transition progressive des esprits et des pratiques funéraires dans les temps du Bas-Empire romain. Elles révèlent un glissement subtil entre les conceptions païennes de l’au-delà et les nouvelles croyances chrétiennes.

Le christianisme anatolien

L’Anatolie, correspondant en grande partie à l’actuelle Turquie, fut l’un des principaux berceaux du christianisme. Dès le Ier siècle, les apôtres et les premiers convertis parcoururent ces terres, parmi lesquels saint Paul, originaire de Tarse, et saint Jean, installé à Éphèse. Ces derniers fondèrent alors de nombreuses communautés chrétiennes et diffusèrent le message du Christ dans toute la région.

Des villes comme Antioche, Éphèse ou Smyrne devinrent ainsi rapidement des centres importants dans le développement du christianisme primitif. Elles figurent d’ailleurs parmi les célèbres « Sept Églises de l’Apocalypse » mentionnées dans le Nouveau Testament, témoignant de l’importance de l’Anatolie dans l’esprit même des Évangélistes.

Iznik elle-même, anciennement Nicée, joue également un rôle majeur dans l’histoire du christianisme lorsqu’en 325 l’empereur Constantin y convoqua un concile réunissant les principaux évêques de l’Empire. Ces derniers y débattirent des dogmes de l’Église et rédigèrent le célèbre Credo de Nicée, ce texte fondateur qui structure encore aujourd’hui la foi de nombreuses Églises chrétiennes. La ville conserve des vestiges remarquables postérieur à cette période, comme l’église Sainte-Sophie, à ne pas confondre avec la célèbre basilique de Constantinople. Cette dernière fut édifiée au VIe siècle par l’empereur Justinien, mais transformée en mosquée après la conquête ottomane au XIVe siècle.

Cet héritage chrétien se maintint durant toute la période byzantine et l’orthodoxie. Cependant, l’arrivée des Turcs seldjoukides au XIe siècle, puis la disparition de l’Empire byzantin au XVe siècle, transformèrent profondément la région. Progressivement, l’islam s’imposa comme la religion dominante de la contrée, reléguant le christianisme au statut de minorité et voilant peu à peu la mémoire de ses profondes racines locales.

Fort heureusement, à travers la découverte du tombeau de Nicée, c’est tout un pan de l’histoire chrétienne de l’Anatolie qui refait surface, rappelant que cette terre, aujourd’hui majoritairement musulmane, fut autrefois un cœur battant du christianisme naissant.

Eric de Mascureau

samedi 17 janvier 2026

L’Orient d’avant l’islam : découverte d’une église du Ve siècle en Irak

 

@Wikimedia commons
@Wikimedia commons
Au cœur des terres qui forment aujourd’hui l’Irak, une découverte archéologique récente met en lumière une histoire souvent méconnue du grand public : celle d’un christianisme ancien et profondément enraciné avant l’ère islamique. La mise au jour des vestiges d’une église datant du Ve ou du début du VIe siècle, à Gird-î Kazhaw, dans le Kurdistan irakien, par des archéologues de l’Uuniversité Goethe de Francfort et de l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg, permet de reconstituer une époque où plusieurs religions, dont le christianisme, vivaient côte à côte en Orient, bien avant l’ascension de l’islam.

Des vestiges de l'Antiquité tardive

Les fouilles entreprises sur le site de Gird-î Kazhaw ont mis en évidence les structures d’un édifice religieux construit vers l’an 500 après Jésus-Christ. Les restes de piliers en pierre, la disposition architecturale en trois nefs et surtout la présence de fragments de poterie ornés d’une croix de Malte attestent que ce bâtiment n’était rien moins qu’une église chrétienne organisée selon les canons architecturaux de l’Antiquité tardive.

Ce lieu de culte a été trouvé à une distance très rapprochée d’un autre ensemble architectural ayant vraisemblablement appartenu à un temple zoroastrien. Le zoroastrisme, religion née en Iran entre le deuxième et le premier millénaire avant Jésus-Christ et encore pratiqué aujourd’hui par quelques milliers de fidèles, est fondé sur l’enseignement du prophète Zoroastre, également appelé Zarathoustra. Centré sur le culte d’Ahura Mazda, divinité suprême associée à la vérité et à la lumière, il repose sur une vision dualiste du monde opposant le bien et le mal et accorde une place centrale au libre arbitre de l’homme. Devenu religion officielle du dernier grand Empire perse, l’empire sassanide, à partir du IIIe siècle, le zoroastrisme structurait profondément la vie politique, sociale et religieuse des territoires qu’il dominait, dont la Mésopotamie.

La proximité de ces deux édifices religieux étonne alors les historiens. Elle suggère qu’une coexistence pacifique entre chrétiens et zoroastriens était possible, au sein d’une même communauté. Pour approfondir cette hypothèse, les archéologues ont annoncé leur intention de poursuivre les recherches en se concentrant « sur l'infrastructure économique, cette fois en utilisant des méthodes archéométriques, notamment l'archéobotanique, la zoologie et l'anthropologie médico-légale. L’objectif est d’étudier à quoi ressemblait la vie à l’intérieur des murs fouillés. »

Une terre chrétienne avant une terre d'islam

La force de cette découverte réside également dans ce qu’elle révèle d’un Proche-Orient profondément pluriel sur le plan religieux avant l’islam. Aux Ve et VIe siècles, le christianisme était alors en plein essor. Implanté dès les premiers siècles après la naissance du Messie, il s’était structuré en plusieurs Églises orientales, notamment l’Église de l’Orient, très active en Mésopotamie et au-delà.

Cette présence chrétienne ancienne est également confirmée par de nombreux autres sites archéologiques. Le monastère de Saint-Élie fondé vers 582 près de Mossoul, les vestiges chrétiens de la plaine de Ninive, les églises découvertes dans le nord de la Syrie, mais aussi les monastères mis au jour récemment dans le golfe Persique, comme à Sir Bani Yas, témoignent de l’ampleur de l’implantation chrétienne en Orient avant le VIIe siècle.

Malheureusement, certains groupes, comme Daech, cherchent délibérément à faire disparaître ces vestiges. Leur destruction méthodique ne relève pas alors seulement du fanatisme religieux mais d’une volonté idéologique d’effacer toute trace d’un passé gênant leur projet. En effet, ces pierres sont porteuses d’une culture, d’une histoire et d’une mémoire qui rappellent que le Moyen-Orient n'a pas toujours été terre d'islam. En révélant l’existence ancienne et enracinée du christianisme, elles contredisent un récit exclusif et dérangeant pour ceux qui prétendent imposer une vision unique de l’histoire et de l’identité de la région.

Un héritage tangible mais en danger

L’importance de l’église découverte à Gird-î Kazhaw ne se limite donc pas seulement à son ancienneté. Elle rappelle que le christianisme fut longtemps une religion majeure du Moyen-Orient, solidement enracinée dans ses territoires, bien avant l’islam. Ces vestiges silencieux témoignent d’un passé où l’Orient n’était pas musulman mais chrétien ou autre.

Replacer cette découverte dans son contexte historique, c’est reconnaître que le christianisme oriental fut une force locale, avant de céder progressivement la place à l’islam conquérant. Un rappel essentiel à l’heure où les chrétiens d’Orient continuent de subir des persécutions mais aussi un effacement progressif de leur histoire et de leur culture sur ces terres qui ont vu naître et croître le christianisme.

vendredi 25 octobre 2024

Lourdes : histoire d’un sanctuaire où se pressent les foules

 

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Avec l’Assomption, de grandes célébrations ont lieu dans les nombreux sanctuaires consacrés à la Vierge Marie en France, et notamment dans le plus célèbre de tous : Lourdes. S’étendant aujourd’hui sur 52 hectares de terrain, ce dernier se limitait, en 1858, à une simple grotte au pied de laquelle coulait tranquillement le Gave, jusqu’au moment où le destin de Bernadette Soubirous, mû par quelques forces célestes, changea à jamais ce lieu.

« Que l'on bâtisse ici une chapelle »

Lorsque la jeune Bernadette eut les visions de « la dame » en 1858, cette dernière lui aurait dit, lors de sa treizième apparition : « Allez dire aux prêtres que l'on bâtisse ici une chapelle et que l'on y vienne en procession. » La petite, âgée de 14 ans et obéissant à la demande « d’Aqueró », comme elle l’appelle, court rencontrer le curé de Lourdes, l'abbé Peyramale, afin de lui porter ce message. Celui-ci, sceptique, lui rétorque, le 3 mars : « Si elle veut la chapelle, qu'elle dise son nom ! » Cette réponse, il l’obtient le 25 mars, jour de l’Annonciation, lorsque Bernadette revient vers lui avec les paroles de « la dame » : « Je suis l’Immaculée Conception. » Finalement convaincu, l’abbé consent à la requête de celle qui est alors reconnue comme étant la Sainte Vierge.

Un sanctuaire toujours plus grand

Néanmoins, pour édifier cette chapelle, il faut de l’argent et du temps. En effet, ce n’est qu’en 1864 que commence enfin la construction de la future basilique de l'Immaculée-Conception, première pierre d’un sanctuaire en perpétuel agrandissement. Cependant, Bernadette Soubirous n’aura pas la joie de voir l’accomplissement du vœu demandé par la Vierge. En effet, rentrant chez les Sœurs de la Charité de Nevers en 1866 et disparaissant en 1879, elle ne revint jamais dans ses Pyrénées natales. Ainsi, elle ne put jamais contempler l'édifice religieux trônant au-dessus de la grotte et terminé en 1871. Cependant, la sainte apparition et les miracles, faisant la notoriété et la gloire de Lourdes, entraînent l'arrivée de milliers de pèlerins sur le site qui devient alors trop petit dès 1880. Ainsi, un nouveau chantier pour une nouvelle et plus grande église, Notre-Dame du Rosaire, est lancé en 1883 et achevé en 1889.

Plus de 60 ans plus tard, encore une fois, le besoin de s’agrandir se fait sentir au sein du sanctuaire. Pour résoudre ce problème et pour longtemps, il est décidé de voir grand, très grand. Ainsi, entre 1956 et 1958, un siècle après les apparitions, est aménagée l’immense basilique Saint-Pie-X longue de 191 mètres, dans un style moderne et en souterrain afin de ne pas gâcher la beauté des ensembles architecturaux extérieurs. Enfin, en 1988 et à ce jour, est édifiée la dernière église du sanctuaire consacré à sainte Bernadette. Cette dernière accueille, depuis, la Conférence des évêques de France.

Un site très fréquenté

Mais Lourdes n’a pas vocation à recevoir la visite des seuls évêques, bien sûr. En effet, de nombreux malades venant du monde entier se pressent aussi près de la petite grotte où coule toujours l’eau miraculeuse, dans l’espoir d’obtenir un réconfort à leur malheur. À l’heure actuelle, l’Église n’a reconnu officiellement que 70 miracles, même si plus de 7.000 dossiers de guérisons extraordinaires ont été déposés depuis les apparitions.

En dehors des personnes malades, le sanctuaire accueille en continu d’autres pèlerins tout le long de l’année. Néanmoins, le site connaît son pic de fréquentation lorsqu’il est assiégé au moment des grandes célébrations comme celles de l’Assomption, de la fête du Rosaire, du Pèlerinage militaire international ou de l’Ordre de Malte. Ainsi, selon Les Échos, 3,1 millions de visiteurs seraient ainsi venus pendant l’année 2023, par curiosité ou par piété, voir la grotte de Massabielle où une simple jeune fille s’était autrefois rendue seule, il y a plus d’un siècle.

Eric de Mascureau

jeudi 17 octobre 2024

Royauté et sainteté, un lien millénaire

 

Saint Louis
Au cours de l'Histoire, le lien entre royauté et sainteté a toujours été étroit. Si certains monarques se sont parfois égarés et ont penché du côté du Diable, d'autres ont su mener des vies en accord avec Dieu et les dogmes de l'Église catholique. Parmi ces pieux souverains figure le roi des Belges, Baudouin, dont le procès en béatification a été annoncé par le pape François le 28 septembre. Cette démarche souligne ainsi, pour ceux qui en douteraient, l'importance incontestable du christianisme au cœur de notre civilisation contemporaine. Par ce processus, Baudouin pourrait s'ajouter à la longue liste des monarques déclarés saints ou bienheureux, dont l'exemple demeure une source d'inspiration pour ceux qui aspirent à gouverner avec sagesse et vertu.

Louis IX, le saint capétien

Nul ne peut évoquer un saint roi sans penser à Louis IX. Couronné en 1226, il consacre son règne à la promotion de la paix et de la morale chrétienne, valeurs qui lui furent soigneusement inculquées par sa mère, Blanche de Castille. Cette dernière n'a ainsi pas hésité à lui dire : « Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort que coupable d'un seul péché mortel », et lui rappelant qu'« un roi illettré est un âne couronné ». Fort de cette éducation chrétienne, Louis IX instaure des réformes judiciaires, favorisant l'équité et l'accès à la justice pour tous, qu'il exerce, selon l'image d'Épinal, sous un chêne verdoyant. Le roi de France fait également preuve d'humilité, de charité et de simplicité. Lors de banquets, il n'hésite pas à affadir ses plats et à réserver les meilleures portions aux pauvres. Louis IX fonde également la Sainte-Chapelle à Paris, un reliquaire monumental qui abrite en son cœur des reliques sacrées telles que la couronne d'épines portée par le Christ et un fragment de la Sainte Croix. Poussé par sa profonde foi, il entreprend aussi deux croisades, en 1248 et en 1270. C'est lors de cette dernière qu'il décède, loin des fastes du pouvoir, sur un lit de cendres. Canonisé en 1297, Saint Louis demeure un ardent exemple de dévotion aux valeurs chrétiennes qui ont façonné la France.

Sainte Clotilde, reine des Francs

Cependant, s'il existe de saints rois, il convient de rappeler qu'il y a également de saintes reines, dont certaines comptent parmi les premiers souverains chrétiens de France, à l'image de sainte Clotilde. Ancienne princesse burgonde devenue reine des Francs par son mariage avec Clovis, elle joue un rôle crucial dans la christianisation de son peuple, en commençant par son propre époux. Avec l'aide de saint Remi, évêque de Reims, elle convainc Clovis de se faire baptiser, surtout après que celui-ci, suite à sa victoire à la bataille de Tolbiac en 496, a juré : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien. » Profondément dévote, la reine Clotilde profite de son statut pour soutenir la fondation et la construction de nombreuses églises et monastères, renforçant ainsi la foi chrétienne et l’évangélisation chez les Francs. Attirée par la vie monastique, après la mort de Clovis, elle se retire dans un monastère près de Tours, où elle consacre la fin de sa vie à la prière jusqu'à son décès en 545. Son exemple inspirera d'autres souveraines, dont sa belle-fille, sainte Radegonde, qui suivra un chemin similaire. Sainte Clotilde reste ainsi à jamais la sainte patronne et mère de la France chrétienne.

Charles Ier de Habsbourg, l’empereur de la paix

Rois et reines ne sont pas immédiatement canonisés, car ce processus exige du temps et que des miracles soient avérés et reconnus par l’Église. En attendant, de pieux monarques peuvent être déclarés bienheureux en reconnaissance de leurs actions remarquables. L'un des souverains récents à avoir reçu cette grâce de la béatification et en attente de canonisation est Charles Ier de Habsbourg-Lorraine. Devenu empereur d'Autriche et roi de Hongrie en 1916, en pleine Première Guerre mondiale, il s'efforça en vain de rétablir la paix en Europe en privilégiant le dialogue et la diplomatie, avec le soutien du pape Benoît XV. Sa politique, opposée à celle des autres puissances belligérantes qui recherchaient une victoire sans compromis, était motivée par ses profondes convictions catholiques et son souci de préserver la vie humaine.
Cependant, Charles Ier dut également affronter la chute des empires européens, ce qui le conduisit à l'exil avec sa famille. Vivant humblement, il succombe à une maladie en 1922, laissant derrière lui une veuve et huit enfants. Béatifié en 2004 par le pape Jean-Paul II, il est reconnu pour son engagement chrétien exemplaire et ses efforts inlassables pour la paix, incarnant ainsi les valeurs d'un souverain dévoué au bien commun. Son petit-fils, l'archiduc Georges de Habsbourg-Lorraine, ambassadeur de Hongrie en France, le décrivait en 2022 dans le magazine Dynastie comme « très religieux et [qui] puisait une grande force dans sa religion. Il avait une grande confiance en Dieu et dans la prière. C’était un homme très optimiste, car il était toujours en contact avec Dieu par la prière. » À la question de savoir si Charles Ier pouvait être un modèle pour l'Europe, l'archiduc a répondu simplement : « Quand [Jean Paul II] a béatifié mon grand-père, il a donné sa vie en exemple. »

Par leurs béatifications et canonisations, l’Église catholique cherche à mettre en lumière l’exemplarité de ces souverains, dont la vie fut intimement liée au destin de l’Europe et, parfois, du monde entier. Ces monarques, bien qu’investis de pouvoirs temporels considérables, ont su incarner les valeurs chrétiennes de charité, d’humilité et de justice, faisant de leur règne un service à la fois spirituel et politique. Ainsi, l’Église nous rappelle que la responsabilité de gouverner doit être exercée avec une conscience morale élevée, inspirée par la foi et le souci du bien commun.

Eric de Mascureau

dimanche 19 mai 2024

Alain Besançon : l’islam “est incompatible avec le christianisme”

 

L’historien Alain Besançon réagit aux propos du recteur de la mosquée de Paris sur la parenté entre l’islam et le catholicisme et explique ce qui distingue les religions chrétienne, juive et musulmane.

FIGAROVOX. – Dalil Boubakeur a déclaré sur Europe 1: «Chrétiens et musulmans ont le même Dieu. Ce sont des rites qui sont voisins, fraternels…» Partagez-vous cette vision?

Alain BESANÇON. – Ce propos est très flou. Beaucoup de religions ont théoriquement le même Dieu. Mais on trouve dans le Coran des malédictions contre les chrétiens, les juifs qui montrent que s’il s’agit du même Dieu, les chrétiens et les musulmans n’ont pas le même rapport avec ce Dieu. Je n’ai rien contre la religion musulmane. Il faut respecter les musulmans dont personne n’a jamais dit qu’ils étaient moins vertueux que des chrétiens mais il faut savoir qu’ils appartiennent à une religion qui est incompatible avec le christianisme. Ce sont des religions différentes.

La religion chrétienne a des dogmes qui définissent ce qu’un chrétien doit croire: la trinité, l’incarnation, la rédemption. Dans l’islam ces trois dogmes fondamentaux sont niés. Et c’est à Jésus qui figure dans le Coran, à un Jésus musulman, qu’est confié le soin de proclamer qu’il n’est pas Dieu, qu’il n’est pas incarné et qu’il n’est pas mort sur la croix. Ce Jésus musulman dont la mission est de nier les dogmes du christianisme n’empêche pas certains catholiques de se féliciter qu’il figure dans le Coran!

Les liens entre la religion juive et la religion chrétienne sont différents des liens avec l’islam. Pour les chrétiens, il y a une continuité entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament.

Le christianisme naît d’une annonce juive (le messie) et les titres de créances de la religion catholique sont tous dans l’Ancien Testament. En outre, il y a une matrice de compréhension commune au christianisme et au judaïsme. Cette matrice est la notion d’alliance entre Dieu et son peuple. Cette notion d’alliance n’existe pas dans l’islam. Il n’y a pas l’équivalent dans cette religion de l’alliance passée avec Abraham, Moïse et le Christ. Enfin la prière du christianisme est fondamentalement celle des juifs, c’est-à-dire les psaumes.

Il faut rappeler que les écritures juives et chrétiennes sont considérées, dans l’islam, comme des écritures falsifiées. Dans le monde musulman, la Bible n’est pas éditée. Elle est interdite parce qu’elle est considérée comme fausse. […]

Source

25/06/2015 

https://www.fdesouche.com/2015/06/25/alain-besancon-lislam-est-incompatible-avec-le-christianisme/

dimanche 8 janvier 2023

La Cristiada des Cristeros

 

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Il s’en est fallu de peu pour qu’un long-métrage produit aux Etats-Unis n’ai pas été visible en France : c’est que le catholicisme y est à l’honneur, à travers l’épopée extraordinaire des cristeros. Seule ombre au tableau, le film laisse entendre que c’est pour « la liberté » en général ( ?) que luttaient ces héros, tandis qu’ils mouraient, en vérité, pour la liberté du catholicisme, et surtout pour le Christ-Roi. Mais voici un film qui mérite l’encouragement.

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« Entre ciel et terre, entre lumière et obscurité, entre foi et péché, seul mon cœur repose, seuls Dieu et mon cœur reposent… » Ces mots s’inscrivent sur l’écran au tout début du film sur un fond de ciel avant que, lentement, la caméra descende du ciel à la terre, découvrant aux yeux du spectateur la place animée d’un village mexicain où la vie semble suivre calmement son cours. 

Par cette ellipse cinématographique, le cinéaste Dean Wright – qui réalise ici son premier long-métrage après avoir signé la réalisation des effets visuels des deux trilogies cinématographiques à succès Le Seigneur des Anneaux (2001-2003) et Le Monde de Narnia (2005-2010) – choisit de placer tout son film sous le regard de Dieu et pour sa plus grande gloire. L’historien Jean Meyer écrit, à propos de l’histoire des cristeros, qu’il s’agit d’une « grande aventure mystique, sainte et noble ». Auteur de cinq ouvrages sur ce même sujet, son avis peut être considéré comme sérieux. C’est pourquoi, poser la question de savoir si les qualificatifs qu’il emploie peuvent s’appliquer, peu ou prou, au film de Dean Wright apparaît comme une manière intéressante d’aborder son analyse.

Un film à gros budget pour un public très large

La production n’a pas lésiné sur les moyens réunissant un plateau de comédiens renommés : Andy Garcia (Les Incorruptibles de Brian de Palma en 1987, Le Parrain 3 de Francis Ford Coppola en 1990, Dans l’ombre de Manhattan de Sidney Lumet en 1997, Ocean’s Twelves de Steven Soderbergh en 2001), très charismatique dans le rôle du général Enrique Gorostieta, Peter O’Toole (Lawrence d’Arabie de David Lean en 1962, Lord Jim de Richard Brooks en 1965) très émouvant dans son avant-dernier rôle, celui du prêtre martyr, saint Cristobal Magallanes (Peter O’Toole décède le 14 décembre 2013, trois ans après le tournage et une année après la sortie du film au Mexique au Chili et aux États-Unis), mais aussi l’actrice américaine d’origine mexicaine, Eva Longoria, magnifique dans le rôle de l’épouse du général Gorostieta et Ruben Blades, chanteur, homme politique et comédien panaméen (Ennemis rapprochés de Alan J. Pakula en 1997, Cartel de Ridley Scott en 2013), qui est tout à fait impressionnant dans son interprétation du président Calles. Ce beau plateau est complété par une bande originale signée James Horner, compositeur hollywoodien par excellence puisqu’on lui doit en particulier les musiques des films Titanic (1997), Avatar (2009) de James Cameron (1997) et Apocalypto (2006) de Mel Gibson. On le voit, les moyens sont bien au rendez-vous. Fort heureusement, l’importance du budget mis en oeuvre n’occulte pas la volonté du cinéaste de traiter avec l’application, le sérieux et la hauteur de vue qui s’imposent un sujet aussi grave. C’est d’ailleurs au bout du compte un des choix intelligents du cinéaste et de ses producteurs d’avoir conçu cette enveloppe très hollywoodienne qui permet précisément d’atteindre le public le plus large possible pour faire connaître cet épisode édifiant de l’histoire du Mexique et de l’Église catholique dans ce pays. Cette forme hollywoodienne n’est pas pour autant grossière, bien au contraire. Pas une once de vulgarité, pas une seule image déshonnête. Si l’écriture cinématographique est résolument simple, la réalisation est belle et dynamique, se déroulant le plus souvent dans des paysages naturels magnifiques, alternant les séquences difficiles ou empreintes d’une certaine violence avec celles plus calmes et reposantes, permettant ainsi au spectateur de se ressaisir et contribuant adroitement à mettre en valeur les nombreux aspects de cette grande tragédie. Un choix de production et de mise en scène qui s’est avéré tout à fait judicieux puisque le film a connu un immense succès populaire dès sa sortie en salles en 2012, non seulement au Mexique mais également aux États-Unis, et qu’il permet de faire connaître cette épopée tragique, édifiante et très majoritairement méconnue. En France, le film a d’abord peiné à trouver un distributeur courageux (Saje distribution) puis, pour des raisons que nous qualifierons pudiquement de « mystérieuses », il s’est heurté aux réseaux d’exploitation des salles qui ont accepté après beaucoup d’hésitations la programmation du film, mais dans un nombre très réduit de salles (61 salles alors qu’un film grand public bénéficie souvent jusqu’à 600 copies). Malgré ce lourd handicap et grâce à une mobilisation du public, le film est maintenu en deuxième semaine avec dix salles de plus et passe le cap pour une troisième semaine dans 85 salles !

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Des références historiques

Comment résumer en 2 heures et 20 minutes les trois années apocalyptiques que connaît le Mexique entre 1926 et 1929 ? Le film ne parvient pas, et c’est bien normal, à tout dire et tout restituer avec une exactitude strictement historique. Ainsi, les historiens et les puristes noteront, ici où là, des erreurs, des inexactitudes, voire des ajouts fictionnels. Citons en premier le martyre de Cristobal Magallanes : dans la réalité, il n’a pas été fusillé seul sur le parvis de son église et revêtu de ses vêtements sacerdotaux, mais en compagnie de plusieurs autres prêtres, dont le père Agustin Caloca qu’il a réconforté avant son exécution en lui disant : « Reste tranquille, mon fils, seulement un moment et puis le Ciel », puis, se tournant vers la troupe, il s’est exclamé : « Je meurs innocent et je demande à Dieu que mon sang serve pour l’union de mes frères mexicains ». De même, le général Enrique Gorostieta, figure considérable de la Cristiada, est présenté comme un agnostique qui se convertit juste avant de mourir au combat, alors qu’il était simplement un catholique non pratiquant mais farouche défenseur de la liberté, étant précisé que le contraire l’aurait empêché de faire une première carrière brillante dans l’armée régulière. Il y a encore le père Vega qui seconde le général Enrique Gorostieta : il a bien ordonné de mettre le feu à un train pris en embuscade, tuant ainsi accidentellement 51 voyageurs innocents dont la présence dans le train lui avait été cachée ; en revanche, il n’est pas mort après avoir confessé le général Gorostieta ; il est tué au combat le 19 avril 1929, un mois et demi avant le général Gorostieta qui meurt héroïquement le 2 juin 1929 (« Gorostieta est tombé le premier en chargeant au cri de “Viva Cristo Rey” qui scellait pour l’éternité son baptême de sang. Il venait d’embrasser la croix pectorale qui ne le quittait pas, avant de précipiter sa monture sur les mitrailleuses fédérales, furieusement, heureux de finir en simple soldat… »)

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Mentionnons enfin bienheureux José Sanchez Del Rio : il n’est pas établi qu’il ait connu le père Cristobal Magallanes, ni qu’il ait assisté à son exécution ; ses faits d’armes sont fidèlement retranscrits mais n’ont pas été réalisés sous les ordres du général Enrique Gorostieta mais sous ceux du général Prudencio Mendoza qui l’avait enrôlé. Ainsi, le transfert de paternité décrit dans le film entre le général et José, s’il est d’un intérêt dramatique certain, reste une pure fiction ; le rôle des évêques et leur attitude sont effleurés puisque, dans la réalité, sur les 38 évêques mexicains en charge d’âmes au moment des événements, un seul a résisté frontalement aux lois Calles. Certains autres aspects sont très justement illustrés, comme le rôle très important joué par les femmes au risque de leur vie, pour assurer l’intendance (approvisionnement en vivres mais aussi en armes et munitions) des cristeros.

On a estimé que le nombre de ces femmes engagées dans cette guerre s’est élevé à 25 000. En sus de ces inexactitudes historiques et de ces ajouts du scénariste, on remarquera que beaucoup d’autres grandes figures sont oubliées comme celles de Manuel Bonilla, mort martyr le jour du vendredi saint à 15 heures et dont le corps, lorsqu’on l’exhuma 15 ans après, avait échappé aux lois communes de la décomposition ; Luis Segura Vilchis, brillant ingénieur des mines âgé de 21 ans ; le père jésuite Humbert Pro et son frère Miguel, tous les trois exécutés après une tentative d’assassinat du général Obregon – le véritable mentor du président Calles ; José de Leon Toral qui réussira à assassiner le général Obregon et qui passera 7 mois entre les mains de ses tortionnaires avant d’être exécuté le 9 février 1929, à l’âge de 29 ans. En effet, des 25 martyrs canonisés par le pape Jean-Paul II et des 13 autres béatifiés par le pape Benoît XVI, seuls trois sont évoqués dans le film : le père Cristobal Magallanes, le jeune José Sanchez Del Rio, tous deux déjà cités, et José Anacleto González Flores, l’un des chefs influents de la « Ligue pour la Défense de la Liberté Religieuse ». A contrario, il convient de souligner que les actes de violences qui sont montrés dans le film ne sont rien en comparaison de la réalité. Les spectateurs qui en douteraient se reporteront utilement aux ouvrages de Jean Meyer et Hugues Keraly. Pour autant, faut-il considérer que Cristeros pèche par manque de rigueur ou de détails historiques ? Bien au contraire, le scénariste a très adroitement construit une histoire qui, tout en entremêlant le destin de quelques personnages marquants de cette épopée, parvient à évoquer de très nombreux aspects de cette révolte populaire et chrétienne, et parvient précisément à retranscrire avec vérité l’ambiance, le climat, plus encore l’esprit et finalement la réalité de ce qu’ont vécu les Mexicains.

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Un film catholique

Ces approximations historiques et ces oublis volontaires deviennent comme des enluminures qui permettent de donner au film tout son souffle épique et spirituel sans trahir pour autant l’esprit de la vérité historique. C’est bien l’essentiel auquel il fallait parvenir en moins de deux heures et demie, en donnant au spectateur, en même temps que de très belles émotions, quelques grands sujets de réflexions et de méditations. Parmi ceux-ci, il faut citer en premier lieu le martyre qui est présenté sous deux angles différents, celui de l’adulte au travers de la figure du père Cristobal Magallanes, et celui de l’enfant au travers de ce que l’on peut sans hésiter nommer la montée au Golgotha du jeune José Sanchez Del Rio.

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Pour reprendre les mots choisis par Jean Meyer pour qualifier cette épopée mexicaine, comment ne pas voir une dimension mystique et une dimension de sainteté dans ces destins tragiques profondément bouleversants ? Comment ne pas voir de la noblesse dans ces personnages principaux mais aussi dans presque tous ceux qui les entourent : le père Vega qui s’est transformé en général de l’armée cristeros et dont l’attitude est également à elle seule un grand sujet (le prêtre doit-il prendre les armes ou rester pacifique, comme le père Cristobal Magallanes ?), le général Gorostieta dont la lente évolution vers la conversion et la rédemption sous-tend tout le film, avec l’image lumineuse du petit José Sanchez, les femmes qui risquent leur vie, et jusqu’aux humbles combattants cristeros qui constituaient le gros des troupes et qui mourraient, anonymes, au cri de « Viva Cristo Rey » ?

Un contenu pédagogique

Tous ces destins ont une valeur d’exemple pour le spectateur, mettant à la portée de tous, jeunes et moins jeunes, ce que mourir pour ses convictions ou pour sa foi veut dire, et faisant réfléchir sur notre propre courage et ce à quoi nous sommes réellement prêts ! En dépit des apparences, liées à l’importance de la production et à certains aspects spectaculaires de la mise en scène, loin d’être grossièrement manichéen, le film montre la diversité des réactions des catholiques eux-mêmes face à la montée en force des manifestations pacifiques, puis armées et guerrières, organisées dans tout le pays contre les lois Calles. Tous ces personnages qui émergent progressivement au cours du récit nous montrent la difficulté de faire des choix et de vivre selon ce à quoi et ou en qui l’on croit en des moments particulièrement difficiles et radicalement tragiques. Le film expose avec un didactisme très catéchétique les différents comportements humains auxquels l’homme peut être confronté dans des circonstances aussi dramatiques et radicales : ainsi, outre les figures déjà évoquées, il faut noter celle de l’épouse du général Gorostieta, catholique pratiquante, mais si peu désireuse de voir son mari se lancer dans une telle aventure, ou celle du parrain de José qui, bien que catholique pratiquant sans faille, ne parviendra pas à l’héroïcité du martyre, malgré l’exemple donné par son filleul. On peut voir là une superbe allégorie du reniement de saint Pierre qui, avec d’autres détails parsemés tout au long du film, contribue aussi à la dimension mystique du long-métrage. Ces exemples qui nous sont donnés à contempler ne peuvent que toucher les âmes chrétiennes, mais également toute autre personne intellectuellement honnête, emprunte d’humanité, d’une capacité à la compassion et sensible à l’esprit de sacrifice. Difficile donc, voire impossible, de sortir totalement indemne de la projection de Cristeros et de ne voir dans ce spectacle qu’un western teinté de religion. Cristeros ne peut qu’être conseillé pour la fierté qu’il redonne et conforte d’être catholique et de le demeurer, à contre-courant de l’esprit du temps et du monde, et aussi pour le courage qu’il transmet à nouveau de s’opposer à tout pouvoir contraire qui chercherait à imposer des lois anti-naturelles et antichrétiennes. Le parallèle avec ce que nous vivons en France et plus largement en Europe n’est pas très difficile à faire.

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Un film « ignatien »

Américain pour la forme, mais universel et donc catholique pour le fond, Cristeros est un film « clivant », c’est-à-dire un film par rapport auquel on ne peut se déterminer que d’une façon nettement tranchée. Dans sa radicalité, le film est donc « ignatien » : le spectateur se trouve soit du côté de ceux qui crient « Viva Cristo Rey », soit du côté de ceux qui vocifèrent « Viva el Demonio ».

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C’est ainsi qu’une certaine presse, au mieux intellectuellement rigide et au pire intellectuellement malhonnête, a eu pour ce film dont l’écriture cinématographique reste simple puisque destinée à un très large public, mais d’une vraie beauté et d’une rare intensité émotionnelle et religieuse, des mots qui situent très bien où se trouve ce clivage : « L’Américain Dean Wright gâche ce sujet en le noyant dans un banal film d’aventures, ponctué de scènes édifiantes, d’un dolorisme presque kitsch » (Télérama), ou, ce qui en dit long sur le niveau des connaissances en matière de doctrine catholique du journaliste du quotidien La Croix, « forçant le trait sur la brutalité des soldats de l’armée fédérale, ce film oublie l’interdit évangélique de toute forme de violence, y compris pour défendre le Christ. De ce fait, ce Cristeros tient davantage du western que du film d’inspiration chrétienne », ou encore, ce qui prouve que le film frappe là où cela peut faire mal «… la lourdeur de la direction artistique et la prévisibilité des enjeux dramatiques rendent souvent indigeste ce lointain descendant du Chouans ! de Philippe de Broca » (Journal Première) Enfin, le journal Le Monde donne le coup de grâce : « Une curiosité, diffusée en France par un éditeur vidéo spécialisé dans la catéchèse catholique. Cette guerre civile est aujourd’hui la raison d’être d’un pseudo western d’une extrême platitude. » Tous ceux qui ont vu cette « curiosité », « ce pseudo-western d’une extrême platitude » et qui, dans leur très grande majorité, l’ont apprécié au point d’applaudir dans les salles obscures, répondent tout simplement en criant « d’une seule et même voix » : « Viva Cristo Rey ! »

Bruno de Pazzis

(Cet article est également publié dans la revue Fideliter)

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http://www.clovis-diffusion.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=12345573

https://www.medias-presse.info/la-cristiada-des-cristeros/12603/

vendredi 30 décembre 2022

Naissance du Coran : le rôle des Nazôréens et le livre de l’étrange Michel Benoît

 L’auteur, Michel Benoît (il s’agit d’un pseudonyme), a précédemment fâché de nombreux catholiques avec des livres qui, sous la forme du roman (Le secret du treizième apôtre) ou de l’essai (Dieu malgré lui, Jésus – mémoires d’un juif ordinaire ou encore Jésus et ses héritiers), sont autant de remises en cause du christianisme.

Cette fois, l’auteur s’en prend à la genèse du Coran, ce qui ne l’empêche pas, de-ci de-là, de continuer à égratigner au passage la foi catholique. Mais l’idée principale de l’ouvrage consiste à vouloir démontrer que le Coran puise son inspiration dans le Messianisme, idéologie que l’auteur fait remonter au Vème siècle avant Jésus-Christ.

Pour Michel Benoît, l’origine du Coran est étroitement liée aux Nazôréens qui, après avoir assimilé tout un pan de la tradition talmudique, s’en seraient séparés pour forger une nouvelle religion.

Mais, sans pouvoir le situer précisément dans le temps, l’auteur décrit un processus de rupture entre les califes et les arabo-nazôréens.

S’il y a sans aucun doute des éléments intéressants dans cet ouvrage, il faut pourtant entamer sa lecture avec beaucoup de prudence et en considérant d’emblée que l’auteur, qui affirme par ailleurs être un ancien moine défroqué aujourd’hui adepte de la « philosophie des Lumières », est en réalité autant hostile au christianisme qu’à l’islam, même si cette hostilité est feutrée, amenée au nom de ce qu’il présente comme une critique exégète.

Sur le sujet du rôle des Nazôréens dans la naissance de l’islam, nous préférerons donc conseiller la lecture des ouvrages du Frère Bruno Bonnet-Eymard (Le Coran, traduction et commentaire systématique, 3 tomes), les travaux d’Etienne Couvert ou l’étude d’Alfred-Louis de Prémare (Les fondations de l’islam).

Naissance du Coran – Aux origines de la violence, par Michel Benoît, chez L’Harmattan, mars 2015, 17 euros.

https://www.medias-presse.info/naissance-du-coran-le-role-des-nazoreens-et-le-livre-de-letrange-michel-benoit/31384/

mardi 22 novembre 2022

Les Cristeros, croisés du vingtième siècle

 

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Le peuple catholique mexicain sut donner au monde l’exemple de sa capacité de sacrifice illimitée. Une armée populaire surgit de rien, décidée à défendre le culte et les églises. Sans soutiens internationaux, sans moyens matériels, sans aucun type de préparation militaire, ces hommes – et ces femmes – parvinrent à s’imposer dans des Etats entiers du Mexique, où ils se rendirent inexpugnables et constituèrent leurs propres gouvernements locaux.

Seule la vile trahison de certains personnages, notamment parmi les évêques, réussit à éteindre ce feu qui était sur le point de faire tomber le gouvernement révolutionnaire et maçonnique de Mexico. Ensuite, par le biais d’une fausse paix, les Cristeros furent systématiquement poursuivis et assassinés. Le maintien des lois anticléricales et de constantes vexations entrainèrent un second soulèvement de Cristeros. L’héroïsme sans limite de ces hommes parvint à embarrasser tout le processus révolutionnaire mexicain. Ce n’est qu’en 1941 que le gouvernement parvint à réprimer les derniers soubresauts de ces soulèvements populaires dont les chefs furent assassinés les uns après les autres.

En quelques pages très denses et abondamment illustrées, ce livre rend hommage à ces véritables croisés du vingtième siècle que furent les Cristeros, magnifiques combattants pour le Christ-Roi.

Les Cristeros, croisés du vingtième siècle, éditions Saint-Rémi, 95 pages, 11 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-cristeros-croises-du-vingtieme-siecle/45761/

samedi 13 août 2022

Les rythmes au Moyen Âge (Jean-Claude Schmitt)

 Jean-Claude Schmitt, historien médiéviste et spécialiste de l’anthropologie historique, est directeur émérite à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et auteur de plusieurs ouvrages d’anthropologie médiévale.

Les rythmes ne sont étrangers à aucune activité intellectuelle ou collective. Au gré des bouleversements technologiques, marchands et culturels de notre monde « globalisé », les rythmes actuels nous entraînent dans un tourbillon difficile à maîtriser.

Tout autre fut le monde du « long Moyen Âge ». C’était un monde plus intégré et homogène que le nôtre. Un monde qui se réfléchissait en harmonie avec la religion – le christianisme -, coextensive à la société, avant tout définie et défendue par l’Eglise.

Partant des différences entre les conceptions anciennes et modernes des rythmes, l’auteur organise ce livre en six parties, autant que la Création compte de jours selon la Genèse. Jean-Claude Schmitt se laisse ainsi porter par le rythme originel et le plus fondamental de la civilisation, un rythme qui continue de peser sur le cadre hebdomadaire de toutes nos activités, malgré la volonté de l’économie marchande de mettre fin au repos dominical.

Cet ouvrage savant examine ainsi le rapport entre le rythme de la vie au Moyen Âge et le temps chrétien, dans le cadre de la liturgie de l’Eglise, avec ses rythmes annuel, hebdomadaire et quotidien, mais aussi à travers les marqueurs par excellence du temps chrétien que sont les cloches. Cette étude sociologique et anthropologique est très variée abordant, par exemple, l’iconographie médiévale – comme la tapisserie de Bayeux – d’un point de vue rythmique.

Un travail d’une grande densité qui permet de mesurer le saisissant contraste entre la société traditionnelle médiévale et le monde contemporain.

Les rythmes au Moyen Âge, Jean-Claude Schmitt, éditions Gallimard, collection Bibliothèque illustrée des Histoires, 718 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-rythmes-au-moyen-age-jean-claude-schmitt/56053/

lundi 30 mai 2022

Pour que vive le Christ Roi ! Le bienheureux José del Rio (Catherine Escrive)

 

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Catherine Escrive, journaliste, est une spécialiste des sujets hispano-américains.

José del Rio (1913-1928) est le plus jeune martyr des treize Cristeros qui ont été béatifiés à Guadalajara. Ce jeune garçon fauché à l’âge de 14 ans est une belle âme à présenter en exemple à la jeunesse. C’est donc un excellent choix de lui avoir consacré un livre dans une collection de livres catholiques destinés aux jeunes gens.

José était un enfant d’une piété exceptionnelle. Sa foi intense l’amenait tout naturellement à admirer les combattants cristeros dressés contre les lois anticatholiques du gouvernement franc-maçon. Il était impressionné par cette armée de paysans avançant au cri de Viva el Cristo Rey ! et n’avait qu’une envie : pouvoir les rejoindre et servir ainsi le Christ. Ce fut pour lui une grande fierté d’être accepté parmi cette troupe de soldats catholiques en tant que porte-drapeau, brandissant l’étendard du Christ-Roi au milieu de la bataille.

Le 6 février 1928, lors d’un accrochage entre Cristeros et forces gouvernementales, José del Rio est fait prisonnier. Il sera abominablement supplicié puis exécuté. Jusqu’au bout, cet enfant est resté fidèle au Christ Roi et à la Sainte Vierge. Son existence héroïque est décrite ici avec beaucoup de délicatesse et édifiera les jeunes lecteurs.

A l’approche de Noël, voici un très beau cadeau à prévoir pour vos enfants ou petits-enfants, dès l’âge de 11 ans.

Pour que vive le Christ Roi ! Le bienheureux José del Rio, Catherine Escrive, éditions Pierre Téqui, collection Les Sentinelles, 95 pages, 9,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

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