vendredi 20 septembre 2019

16 septembre 1943 : les Américains attaquent Nantes

nantes
nantes1.jpgLe 16 et le 23 septembre 1943, les Alliés ravagent la ville de Nantes.
Leurs bombardements massifs font 1463 morts et 2500 blessés civils.
700 maisons et immeubles sont détruits et près de 3 000 rendus inhabitables, sans que l’on voit bien l’intérêt militaire de raids aussi meurtriers.
De Gaulle ne s’offusquera naturellement pas.
Sur ce thème, on pourra lire Quand les Alliés bombardaient la France, d’Eddy Florentin (disponible ici).

C’était un 20 septembre : la bataille des champs catalauniques

the_huns.jpgEn l’an 451, les Huns connurent une défaite lourde de conséquences.
Cette confédération de barbares européens et asiatiques menée par Attila, dont le gigantesque empire était basé en Pannonie (Hongrie), entendait conquérir la Gaule.
Après avoir franchi le Rhin, les Huns détruisirent Metz. Mais ils se détournèrent de Paris suite à l’opposition menée par Sainte Geneviève, avant de se casser le nez sur la résistance d’Orléans. Quinze jours après, près de Chalons-en-Champagne se déroula la bataille des Champs catalauniques où les Huns furent battus par une coalition.
Celle-ci, dirigée par le général romain Aetius, regroupait – outre les troupes romaines – des Francs (menés par Mérovée), des Gaulois, des Alains, des Burgondes, des Sarmates, des Wisigoths et d’autres peuples.
Attila et ses troupes pouvaient de leur côté compter notamment sur l’appui des Ostrogoths et des Alamans.
Après cette défaite les Huns ne revinrent jamais plus vers la Gaule.
Ils s’en prirent alors à l’Italie.
La bataille des Champs Catalauniques fut importante car elle amena un changement fondamental dans les rapports des peuples soumis vis-à-vis de Rome. En paiement de ses loyaux services, Mérovée, roitelet des Francs saliens, fut reconnu par Rome comme roi de la Gaule belgique. A partir de cet instant, les Francs imposèrent graduellement leur domination sur toute la Gaule gallo-romaine pour les trois siècles à venir. Gondioc, chef des Burgondes dont le royaume outre-Rhin avait été ruiné 20 ans plus tôt par les Romains avec l’aide des Huns, se tailla le royaume de Bourgogne. Il ne resta bientôt plus qu’un seul patrice romain en Gaule, Syagrius, îlot dans un océan de rois « barbares ».

Les Grands Dieux de Samothrace - Les Sociétés Secrètes

mercredi 18 septembre 2019

Passé-Présent n°251 : La désinformation dans les manuels d’Histoire !

Les Templiers
Philippe Conrad résume l’histoire de l’ordre du Temple, société religieuse et militaire issue – au Moyen-Age – de la chevalerie chrétienne dont les premières missions consistaient à protéger, face aux guerriers musulmans, le voyage des pèlerins se rendant à Jérusalem.
La désinformation dans les manuels scolaires en matière d’Histoire
Disséquant, en compagnie de Philippe Conrad, le n° Hors Série (sept/oct 2019) du quotidien Présent dont il est le gérant, Francis Bergeron met en lumière la démarche propagandiste qui sied actuellement dans le contenu des manuels d’enseignement. Prenant appui sur des exemples, il démontre la manipulation intellectuelle de la doxa dominante qui impose sa propre interprétation de certains événements de notre Histoire.

La Petite Histoire : Georges Guynemer, légende de l’aviation française

Durant la Grande guerre, alors que la guerre n’est plus qu’un affrontement industriel jetant des masses anonymes les unes contre les unes, dans le ciel, une forme de chevalerie perdure : les As. Dans ce domaine, le pilote français Georges Guynemer fera plus qu’exceller. Bien qu’il mourra héroïquement à 22 ans seulement, il laissera derrière lui 53 victoires et deviendra une véritable légende de l’aviation française. Retour sur un destin foudroyant.

dimanche 15 septembre 2019

"1791", cette date "oubliée" de l'histoire sociale française...

Les nouveaux manuels scolaires, désormais entre les mains des professeurs avant d’être entre celles des élèves de lycée dans quelques jours, sont toujours révélateurs des tendances idéologiques du moment comme de la plus ou moins grande implication du Pouvoir en place dans la formation des esprits et des intelligences, mais aussi des « tabous » de celui-ci. Evidemment, la période de la Révolution française, « matrice » de notre contemporanéité, attire l’œil des royalistes tout autant que celles des républicains et de la République elle-même, en tant que système idéologico-politique dominant et forme actuelle du Pouvoir en France. Or, alors que les programmes de Première (l’année d’étude de la Révolution dans les nouveaux programmes) y consacrent les premières heures d’étude de l’histoire, et qu’ils accordent une place un peu plus importante que les années précédentes aux question sociales (ouvrières comme paysannes) à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, il est frappant de constater que ce même thème est absent des cours sur la période des années 1789-99, et cela est, tout compte fait, dans la logique de l’Education nationale héritée des « Jules », Ferry et Michelet. Car la Révolution française, c’est aussi la « naissance du prolétariat », en tant que « situation sociale » et, en conséquence, de « classes », souvent considérées comme « dangereuses » au XIXe siècle par les pouvoirs politiques comme par les possédants qui vivaient largement de leur asservissement et exploitation.
S’il est quelques dates « révolutionnaires » évoquées dans les manuels, il en manque donc une, d’ailleurs « double » : celle de « 1791 ». Non que le départ malheureux de la famille royale soit oublié, ni les débuts pratiques de la première constitution écrite de la France sous la forme d’une monarchie constitutionnelle (éphémère), mais les deux actes fondateurs de la « grande question sociale en France » sont purement et simplement effacés, dans une sorte de « mémoricide social » qui pose tout de même quelques questions. Car le décret d’Allarde de mars 1791 et la loi Le Chapelier, votée en juin de la même année, sont les textes qui déconstruisent le modèle social français original fondé sur l’organisation corporative du royaume et de ses « métiers », modèle qui valorise le travail et sa qualité avant même le profit financier, à l’inverse du modèle anglosaxon libéral et « franklinien » qui ne compte le temps qu’en argent ; ce sont bien ces deux textes qui, par leur esprit et leur pratique, asservissent le travail comme les travailleurs (qu’ils soient simples ouvriers ou « maîtres ») aux seules nécessités du profit, sous l’argument de la « liberté du travail » qui n’est rien d’autre que la liberté de l’argent sur le travail et la mainmise presque totale du premier sur le second, au détriment des producteurs et de la qualité même de leurs production et produits. C’est la victoire d’un libéralisme qui ne sera jamais aussi total (mais pas forcément le plus efficace, en définitive, y compris pour ses objectifs financiers) qu’à cette période et durant une bonne partie du XIXe siècle, avant que, peu à peu et sous la pression des catholiques royalistes sociaux, des « syndicalistes » et des socialistes, il soit « tempéré » par quelques lois sociales et « conquis sociaux » (formule sans doute plus appropriée et plus exacte que celle d’acquis sociaux, aujourd’hui devenue presque péjorative pour une large part de l’opinion publique), qui ne sont, en définitive, que la récupération de ce qui a été perdu par le monde des producteurs en 1791…
La Révolution française a bien été le triomphe du libéralisme le plus sauvage et le moins encadré, et elle a désarmé les ouvriers au moment même où le processus d’industrialisation (déjà amorcé en France depuis le règne de Louis XV) aurait nécessité, au contraire, la prise en compte des nouvelles problématiques économiques et sociales posées par le décollage industriel rendu possible par la maîtrise des techniques énergétiques et l’abondance des ressources qui permettaient de les mettre en pratique, des cours d’eau et torrents au charbon bien présent dans le sous-sol du Nord français. « 1791 » est la date la plus « libérale » de l’histoire de France, jamais « égalée » dans le domaine économique et social depuis, et il n’est pas sûr que cela ait été une bonne chose, ne serait-ce qu’au regard de la suite…
Car, en détruisant les corporations de métiers (décret d’Allarde) et en interdisant toute association de producteurs dans leur branche d’activité (loi Le Chapelier) ainsi que toute grève et contestation de « la liberté du travail » (formule piégée, en fait, qui, sans citer le nouveau maître du travail, l’argent, en établit la tyrannie), les lois d’Allarde et Le Chapelier livrent ouvriers, artisans et métiers eux-mêmes, à la toute-puissance des financiers, et condamnent les salariés (et les « travailleurs libres ») à subir sans pouvoir les contester vraiment (par peur du chômage ou du renvoi) les conditions posées par les possesseurs des moyens d’investissement et de production : ainsi, comme le signalait Maurras à la suite des royalistes sociaux du XIXe siècle, la liberté du travail équivalait à la liberté de mourir de faim pour l’ouvrier s’il n’obéissait pas à la contrainte du détenteur des capitaux, de l’usine et de ces machines. Drôle de liberté, effectivement ! Terrible liberté en fait que seules la bonne volonté de quelques patrons « sociaux » et l’action législative permettront d’adoucir et, peu à peu, d’apprivoiser à défaut de la dominer…


L’on comprend mieux ainsi pourquoi l’Education nationale n’a guère envie que « 1791 » soit évoqué, elle qui a pour vocation, comme le rappelait Ferry et s’en moquait Pagnol, de « faire de bons petits républicains dociles », y compris sur le plan social et à l’heure où les (re)conquêtes sociales des XIXe et XXe siècles sont de plus en plus attaquées par une mondialisation libérale dont la République n’est, en définitive, que la dupe en s’efforçant d’en être la promotrice à travers ses multiples réformes « moins sociales »…
Mais il se trouvera bien, cette année et les suivantes, quelques professeurs d’histoire plus scrupuleux et peut-être moins oublieux (ou moins républicains) pour rappeler que la grande question sociale française qui agite notre pays après la Révolution française, et d’une certaine manière jusqu’à aujourd’hui, en est une des immédiates et terribles conséquences…

La France, fille aînée de l’Eglise Grandeur et décadence

Ce sont les Républicains du XIXe siècle qui attribuèrent à la France le titre de fille aînée de l’Église.
Après Rome, l’Arménie et l’Éthiopie, la France, fut un des premiers royaumes chrétiens.
Lors des invasions barbares, alors que les élites avaient fui avec femmes et enfants,  ce furent les chefs de l‘Eglise qui, en 451, firent reculer Attila et constituèrent, durablement, une nouvelle autorité fiable et respectée.
L’Eglise propagea le savoir à travers tout le continent et contribua activement à y éradiquer ce fléau des peuples qu’était l’esclavage
Le titre de fils ainé de l’Eglise fut attribué par le pape au roi Pépin le Bref qui, après avoir soulagé  l’Italie du nord des exactions lombardes au VIIIe siècle, attribua à la papauté les territoires ainsi conquis qui devinrent les états pontificaux.
Royaume profondément chrétien, la France le fut jusqu’à la Révolution française qui, en l’espace de quelques années, renversa la royauté et déroba à l’Eglise le patrimoine qu’elle avait accumulé pendant des siècles et dont elle se servait pour assurer un service public  multiforme : service religieux, éducation, secours aux pauvres et aux malades, recherche, conservation et diffusion du savoir. Tout fut renversé et confisqué au profit d’un Etat qui, en privatisant les trésors et en pourchassant les ecclésiastiques, jeta durablement la population dans la détresse.
Une conférence à deux voix : Claire Colombi et Marion Sigaut, reçues par l’équipe E&R de Perpignan en juin 2016.
La conférence de Claire :
La conférence de Marion :

samedi 14 septembre 2019

Six ouvrages sur le paganisme germano-nordique par Thierry DUROLLE

mannusmal-germains-190x300.jpgLa mythologie nordique et le monde germano-scandinave jouissent d’un intérêt grandissant, et d’une vulgarisation pas toujours heureuse. La série Vikings, plutôt décevante, n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler une « série historique réaliste ». D’ailleurs feu Régis Boyer préférait ne pas faire de commentaire à son sujet… Cependant, et d’un point de vue positif, certains ont pu (re)découvrir un imaginaire, une culture, et un univers qui leur ait souvent plus proche qu’il n’y paraît. En bonus, ils auront pu également découvrir l’excellente musique du groupe norvégien Wardruna !
Les ouvrages sur le Nord et son univers sont pléthore, et pour tout type de publics également. Pour le lecteur uniquement francophone, les livres de Régis Boyer demeurent une référence incontournable. Pour autant ils ne sont pas toujours simple à lire, du moins le niveau ne s’adresse pas à tous… Et c’est tant mieux ! Parmi les éditeurs ayant à cœur de promouvoir l’héritage du paganisme nordique, sans connotations académiques, il faut compter sur la maison d’édition Sesheta Publications, qui propose cinq ouvrages sur le sujet.
Tout d’abord – et ceux sont les livres les plus récents – on trouve une édition bilingue français – vieux norrois des Hávamál ou Dits du Très-Haut, et de la Völuspa ou les « Prophéties de la Voyante ». Tous deux préfacés par un auteur « maison », le Normand Halfdan Rekkirson, ces versions très peu annotées nous livre les 165 strophes des conseils d’Odhinn dans un langage clair et précis pour le premier ouvrage. Collection de préceptes de bonne tenue, de bon sens, avec aussi un récit centré sur la magie à la fin (y ait relaté l’initiation runique de Odhinn, et les chants magiques), ce texte permettra de mieux comprendre la mentalité de l’époque. Et, du coup, l’on se rend compte que le bon sens de nos ancêtres du Nord fut sensiblement le même que le nôtre. Dans le cas des prophéties de la Voyante, Odhinn tient toujours le rôle principal. Composé de 66 strophes, la Völuspa, un peu à l’instar de la Théogonie d’Hésiode, nous raconte ainsi la naissance des Dieux et du cosmos tout entier, du démembrement d’Ymir au funeste Raganrök. Très court, ce texte est tout simplement un indispensable de la matière nordique.
Nous parlions d’un auteur « maison » en la personne de Halfdan Rekkirson. Celui-ci compte deux ouvrages à son actif. Le premier s’intitule Calendrier runique Asatru. L’Asatru est une religion néo-païenne qui s’est donnée comme mission de réanimer la vielle foi du Nord. Ce courant, qui se porte bien soit dit en passant, se rencontre principalement en Islande et dans les pays anglo-saxons, États-Unis et Grande-Bretagne en tête. L’ouvrage de Rekkirson témoigne avant toute chose d’un travail sérieux. Élaborer un calendrier n’est pas chose facile ! Le pari est pourtant relevé ! En outre, l’auteur développe certains sujets comme l’interprétation des contes ou l’importance de la Déesse Frigg. C’est un livre roboratif et plaisant à lire.
Son deuxième ouvrage chez Sesheta Publications est tout aussi passionnant. Mannus. Les origines mythologiques des Germains propose une interprétation mythologique de l’ethnogenèse des Germains continentaux. Se basant surtout sur De Germania de Tacite et sur l’Edda de Snorri, le travail d’Halfdan Rekkirson fait preuve encore une fois de sérieux. Cet ouvrage est peut-être moins accessible au novice car il demande un minimum de connaissance au préalable.
Enfin, on retrouve deux tomes d’un auteur que les habitués du réseau (pseudo-) social Facebook connaissent peut-être : Hathuwolf Harson. Derrière ce patronyme se trouve le responsable d’une page Facebook consacrée aux symboles et inscriptions nordiques. Son premier ouvrage se nomme Symboles païens germano-nordiques. Simple, précis, riche en informations et en images, l’auteur fait le tour de nombreux symboles comme le marteau de Thor, le Walknut mais aussi divers animaux ou même des armes et des boissons comme l’hydromel. Une fois de plus nous avons affaire à un livre vulgarisateur dans tout ce qui a de plus positif.
Le deuxième tome quant à lui a pour sujet les runes. Rune par rune – Futhark repasse en revue chaque idéographes de l’ancien Futhark, celui-ci comporte 24 signes. Là encore rien à redire : c’est du très bon travail. Ayant eu l’occasion d’étudier le sujet de près, nous pouvons affirmer que ce livre représente une excellente entrée en matière, même si, évidemment, il devra être compléter par d’autres lectures. Ici, nulles interprétations fantaisistes ou ésotérico-tarabiscotés mais du concret.
Cinq ouvrages, cinq titres forts intéressants. Cette collection « Païenne » regroupe des titres digne d’intérêt mettant de côté le ton parfois pompeux ou abscons de certains livres d’obédience universitaire. Il reste à espérer que viendront s’ajouter d’autre titres, et pourquoi pas celtes, grecs ou romains ? En tout cas ces ouvrages mettent en valeur de belle manière notre héritage septentrional.
Thierry Durolle
• Hávamál. Les dits du Très-Haut, préface de Halfdan Rekkirson, Sesheta Publications, coll. « Païenne », 2019, 68 p., 15 €.
• Völuspa. Les Prophéties de la Voyantepréface de Halfdan Rekkirson, Sesheta Publications, coll. « Païenne », 2019, 36 p., 10 €.
• Halfdan Rekkirson, Calendrier runique Asatru, Sesheta Publications, coll. « Païenne », 2018, 202 p., 25 €.
• Halfdan Rekkirson, Mannus. Les origines mythologiques des GermainsSesheta Publications, coll. « Païenne », 2018, 144 p., 20 €.
• Hathuwolf Harson, Symboles païens germano-nordiquesSesheta Publications, coll. « Païenne », 2018, 170 p., 22 €.
• Hathuwolf Harson, Rune par rune – FutharkSesheta Publications, coll. « Païenne », 2018, 230 p., 28 €.

Découverte du Grand Adria, un continent perdu enfoui sous l’Europe depuis 100 millions d’années

Après une décennie de travail, des scientifiques viennent de reconstituer l’histoire mouvementée du Grand Adria, un continent disparu depuis 100 millions d’années. Collisions titanesques, enfoncements profonds, failles béantes : difficile au quotidien d’imaginer que sous nos pieds gisent, sur des kilomètres de profondeur, les vestiges d’une formidable valse tectonique, dansée pendant des millions d’années par des morceaux de croûte terrestre flottant sur un manteau instable.
Savoir comment ce caillou-ci ou cette roche-là est arrivée à la surface, quelles furent ses précédentes vies, fait partie du job des géologues, grâce à qui l’on sait désormais que la Norvège fut un jour dans l’hémisphère sud et la France sous les tropiques. Une avancée assez considérable vient d’être franchie dans cette discipline avec la mise au jour, par une équipe internationale d’un continent entier, baptisé le Grand Adria. […]

Espagne : en raison d’une intense sécheresse, le «Stonehenge de Guadalperal» ressort de terre

Le groupement de menhirs datant de moins de 3.000 ans avant Jésus-Christ était immergé dans un lac. Cet été, les très fortes températures ont fait ressurgir ce monument qu’une association de la région veut préserver en le déplaçant. Incroyable découverte à l’ouest de l’Espagne. Suite à une très longue période de sécheresse sur le territoire de la commune de Peraleda de la Mata (Estremadure), le dolmen de Guadalperal est ressorti de terre. Il s’agit d’un ensemble de 140 menhirs souvent baptisé le «Stonehenge espagnol», en référence au célèbre monument mégalithique situé à 150 kilomètres à l’ouest de Londres.
[…] «La pierre est toujours en bon état, mais le granit est plus poreux, il y a des fissures… Le plus important, c’est qu’il y avait un menhir sculpté avec un serpent, et il a l’air très érodé», a-t-il ajouté. Le monument est formé d’une chambre ovale de cinq mètres de diamètre et d’un hall d’accès de vingt et un mètres de long selon le média espagnol. Le fameux menhir sculpté se trouverait au bout de ce couloir.
Le gouvernement régional d’Estremadure a déjà pris contact avec l’association pour agir. Découvert en 1925 par le prêtre allemand Hugo Obermaier qui a mené les fouilles jusqu’en 1927 et récupéré des éléments pour les exposer dans un musée du Munich, le dolmen de Guadalperal fait aujourd’hui l’objet de visite des habitants de la région.

jeudi 12 septembre 2019

Trad’Histoire en vidéo – Henri II

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Trad’Histoire, site historique à destination des plus jeunes, diffuse le vingt deuxième chapitre de la Petite histoire de France de Jacques Bainville adaptée en vidéo.
Aujourd’hui: Henri II
 Retrouvez le cours, le quiz et des idées sorties en relation avec cette vidéo sur Tradhistoire.com

Anubis, le guide des morts - Mythologie égyptienne

mercredi 11 septembre 2019

Rozel (50) : découverte de 257 empreintes de pas de Néandertaliens sur une plage

[…] Jamais autant de traces de pas de Néandertaliens n’avaient été découvertes d’un coup : à quelques dizaines de mètres du rivage normand, à Rozel, sous des dunes nichées dans des falaises, des archéologues ont découvert 257 empreintes de pieds, miraculeusement préservées depuis 80.000 ans. Les empreintes n’offrent qu’un « instantané » de la vie du petit groupe de Néandertaliens qui occupait le site, alors éloigné de l’eau d’un ou deux kilomètres. Elles suggèrent que ce groupe comptait entre 10 et 13 personnes. La très grande majorité des empreintes appartenaient à des enfants et des adolescents, mais il y avait également quelques adultes dont l’un, très grand, qui mesurait 1 mètre 90, une taille estimée à partir de la longueur des pieds. Ces Néandertaliens étaient vraisemblablement présents sur le site de l’automne au printemps, dit à l’AFP Jérémy Duveau, doctorant au Muséum national d’histoire naturelle et l’un des coauteurs de l’étude décrivant la découverte, publiée dans les Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS), une prestigieuse revue scientifique. Le site avait été découvert par un amateur dans les années 1960, Yves Roupin, mais ce n’est qu’à partir de 2012, face au danger de l’érosion par le vent et la marée, que des fouilles de sauvetage ont été organisées, trois mois par an, menées par Dominique Cliquet, de la direction régionale des affaires culturelles de Normandie et du CNRS.
Des dizaines de mètres de sable ont été enlevés par pelles mécaniques pour atteindre les couches intéressantes. Puis, au pinceau, les chercheurs ont découvert les empreintes, laissées à l’époque dans un sol herbacé et boueux. Comment ont-elles survécu ? Grâce au sable qui, en les recouvrant immédiatement, les a préservées. […]
Avant Rozel, seules neuf empreintes néandertaliennes confirmées avaient été découvertes en Grèce, en Roumanie, à Gibraltar et en France. Quelques moulages de Rozel ont déjà été exposés, notamment au Musée de l’Homme à Paris, et les chercheurs disent vouloir en exposer plus au grand public à l’avenir. En attendant, toutes les empreintes extraites sont stockées dans les dépôts de la direction régionale des affaires culturelles de Normandie. […]
Sciences & Avenir
https://www.fdesouche.com/1258271-rozel-50-decouverte-de-257-empreintes-de-pas-de-neandertaliens-sur-une-plage

Passé-Présent n°250 : Les massacres d’Oran en 1962

Le déclenchement de la guerre 1939-1945
Philippe Conrad retrace les événements qui, il y a quatre-vingts ans, précédèrent et suivirent la déclaration de guerre, et notamment lorsque, au mois de septembre 1939, les armées alliées du IIIème Reich et celles de l’armée rouge envahirent le territoire polonais, ne suscitant que passivité de la part des troupes franco-britanniques.
Louise Dupin : une mondaine au XVIIIè siècle
Anne Sicard fait resurgir de l’Histoire l’arrière grand-mère de George Sand : Louise Dupin (1706-1799), une femme raffinée, intelligente, jolie, musicienne, salonnière dans chacune des résidences que son aisance financière lui permit d’acquérir, dont l’Hôtel Lambert ou le château de Chenonceau qu’elle sut préserver de l’engeance révolutionnaire et où elle reçut les principaux penseurs du grand siècle.
Jean Monneret : Les massacres d’Oran du 05/07/1962
Philippe Conrad questionne Jean Monneret, spécialiste de l’Histoire de l’Algérie française, sur les dernières heures de celle-ci, et les massacres qui eurent lieu à Oran deux jours après la déclaration d’indépendance du pays. L’occasion est donnée de rappeler l’objective émission que FR3 diffusa le 05/09/2019, surprenante brèche dans le système médiatique après le silence si longtemps entretenu sur ce sanglant épisode.

Précurseurs de la justice sociale : les royalistes sociaux du XIXème siècle, ces grands oubliés de l'histoire officielle...

(Vu sur la page fb de Jean-Philippe Chauvin)
Cette vidéo évoque l'un des précurseurs du combat pour de meilleures conditions de vie et de travail des ouvriers au XIXe siècle en France : écoutez et lisez les textes incrustés dans le film, et vous serez sans doute surpris de constater que, dès les années 1820-1840, un préfet de la Restauration, grand catholique et royaliste militant, prônait des idées et avançait des propositions sociales que les libéraux mettront, souvent contraints et forcés, bien des années à accepter...
La mondialisation leur permettra, d'ailleurs, de "délocaliser le travail" pour éviter d'avoir à appliquer ce que Villeneuve-Bargemont fut l'un des premiers à défendre : la justice sociale !
http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2019/09/09/chauvin-alban-6174773.html#more

mardi 10 septembre 2019

La Petite Histoire : quand les Français débarquaient en Irlande

C’est un fait méconnu. En 1796, puis 1798, les Français ont débarqué en Irlande afin d’aider les insurgés et tenter de libérer le pays de l’occupation anglaise. Si la première tentative a été un désastre, la seconde, bien qu’insuffisante, a permis d’infliger quelques sueurs froides aux Britanniques et reste, aujourd’hui encore, très présente dans le souvenir des Irlandais. Un épisode ô combien symbolique de l’amitié entre les deux nations.

lundi 9 septembre 2019

La Petite Histoire : Le jour où Napoléon a mis la Prusse à genoux

Nous sommes en 1806. La Prusse, animée par un fort sentiment anti-français, est partie seule en guerre contre la France avec l’arrogante certitude de vaincre la Grande armée. Mais dès le 14 octobre, dans les plaines allemandes d’Iéna, l’empereur Napoléon n’en fait qu’une bouchée avant d’entrer triomphalement à Berlin. Retour sur une victoire totale qui marque alors l’anéantissement pur et simple de l’armée prussienne.

Passé-Présent n°249 : Quand Staline aimait Hitler

A l’occasion du 80ème anniversaire du pacte germano-soviétique, Philippe Conrad rappelle les événements qui conduisirent à l’alliance des dictatures par la signature le 23/08/1939, à Moscou, du traité de non-agression entre l’Union Soviétique stalinienne et l’Allemagne nationale-socialiste hitlérienne. L’une des clauses du pacte incluait le partage de la Pologne entre les deux pays, une autre prévoyait une importante aide économique de l’URSS à l’Allemagne.
L’historien souligne que cet épisode ne fut pas abordé lors du procès de Nuremberg ; les soviets s’étant ralliés au camp occidental à partir du 23/06/1941.
Anne Sicard évoque la vie et l’oeuvre de l’artiste Rosa Bonheur (1822-1899)
Peintre et sculptrice comme ses frères, Rosa cultive très tôt le goût de la nature et des animaux qu’elle peindra dans de grands formats avec succès tout au long d’une prestigieuse carrière. Titrée, décorée, honorée en Europe, célébrée outre Atlantique, cette femme mènera une vie ouvertement émancipée.

dimanche 1 septembre 2019

Après les commémorations du 75ème anniversaire du Débarquement en Provence : restituer l'histoire vraie...

4178358984.jpgFrançois-Marin Fleutot est essayiste. Ancien membre fondateur de la Nouvelle Action royaliste (NAR), il est l’auteur de divers livres à succès et considéré comme l’un des spécialistes de l’histoire de la Résistance.
Son livre Des Royalistes dans la Résistance, paru aux éditions Flammarion, est devenu une référence et sera prochainement réédité en même temps qu’une biographie de Jacques Renouvin.
Frédéric de Natal l’avait interviewé en janvier 2018 pourVoie Royale :

samedi 31 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... S'ACHEVE AUJOURD'HUI !

Voici que ce feuilleton s'achève, et nous sommes heureux qu'il vous ait intéressé : ce sont les chiffres de fréquentation qui l'attestent, et cela nous confirme dans notre décision prise de renouveler l'expérience, pour les deux années à venir : l'année prochaine, du 14 juillet au 14 août (puisqu'il n'y a pas de note sur lafauteraousseau le 15 Août), nous vous emmènerons à la découverte de Léon Daudet; et, en 2021, à la découverte de Charles Maurras...
Pour clôturer ce feuilleton dédié à Bainville, nous avons choisi de redonner ce moment de grâce offert par France info, cette courte chronique consacrée à l'Histoire de France de Bainville, en faisant suivre le lien du scripte de la chronique...
Bonne écoute, bonne lecture, et... à l'année prochaine, pour notre feuilleton Léon Daudet !...
France info : L'Histoire de France, "petit bijou".
En deux minutes et dix neuf secondes, ce samedi 4 août 2007, France info a remarquablement signalé à ses auditeurs la valeurs et la qualité de ce maître livre de Jacques Bainville : "ce grand livre" "un chef d'oeuvre", "un petit bijou", n'hésite pas à dire le journaliste, à l'enthousiasme communicatif, que l'on aurait aimé entendre plus longtemps... :
Et voici le texte intégral de ces 2'19" :
L'été est le moment idéal pour se reposer, s'amuser, mais aussi pour réviser.
Aux traditionnels et fastidieux devoirs de vacances, préférez donc une lecture... comment dirais-je, plus enthousiasmante, plus romanesque, tout en étant aussi sérieuse : révisez votre Histoire de France avec l'un des grands classiques du genre, longtemps introuvable et désormais ré-édité en poche, dans la collection Textos, chez Tallandier : il s'agit, tout simplement, de L'Histoire de France de Jacques Bainville.
1380898255.jpgBainville, c'est un peu le Max Gallo du début du XXème siècle : Académie française, biographe de Napoléon, figure intellectuelle marquée à droite mais qui ne sombra jamais dans les travers de l'Action française, qui rendit hommage à sa mort, en 1936, au talent littéraire et à l'acuité de l'esprit de Bainville.
Autant vous le dire tout de suite, L'Histoire de France de Bainville est un chef d'oeuvre : chef d'oeuvre d'écriture, de grâce, de finesse. Un vrai roman à suspense. Le héros ? La France ! Les personnages principaux : les rois, les reines, les courtisans, mais aussi les ministres, les aventuriers, les présidents, qui se succédèrent aux affaires pendant près de deux mille ans.
Bainville s'est intéressé paradoxalement très tardivement à l'Histoire. La légende dit même que, lorsqu'il était au collège, adolescent, Jacques Bainville n'aimait pas l'histoire. Que discerner dans ce tissu de drames sans suite, dans cette mêlée, ce chaos ? Lui, eh bien il voulait savoir pourquoi les peuples faisaient les guerres et les révolutions, pourquoi les hommes se battaient, se tuaient, se réconciliaient... Voici la réponse : ce grand livre embrasse d'un seul regard le destin de la Nation française depuis la Gaule romaine jusqu'au premier après-guerre.
Bainville écrit sans parti-pris scientifique, et il se montre parfaitement capable de tenir en laisse son propre engagement politique et idéologique. C'est presque du journalisme. Il se contente - et c'est déjà beaucoup... - de rappeler les faits et de les ordonner, pour répondre aux questions qu'il se posait lorsqu'il était enfant. En deux pages, par exemple, Bainville raconte ce qu'il appelle le chef d'oeuvre de Richelieu, c'est-à-dire le Traité de Westphalie. Eh, bien ce qui n'est plus aujourd'hui qu'un lointain souvenir, devient, sous la plume alerte de cet écrivain, une formidable épopée.
Quand l'Histoire est plus contemporaine que jamais, c'est qu'un grand auteur est passé par là : voilà qui réconciliera tout le monde avec l'Histoire, cette discipline passionnante, mais parfois un peu austère. Lisez donc L'Histoire de France de Jacques Bainville, c'est un petit bijou, ré-édité en poche dans la collection Textos (c'est aux Editions Tallandier).
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

Sacré Zemmour, sacré Maurras ! : "Quand Charles Maurras inspire Emmanuel Macron", par Eric Zemmour

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Dans Le Figaro magazine d'hier, Zemmour consacre sa chronique à Emmanuel Macron, mais surtout à... Charles Maurras, d'où son titre : Quand Charles Maurras inspire Emmanuel Macron.
Lisez-là, elle ne vaut la peine, comme toujours chez Zemmour, et même encore un peu plus cette fois-ci.
Vous aurez droit, en prime, à la fin de la chronique, au lien vous donnant accès au chapitre 24 de Kiel et Tanger, de Maurras, auquel fait référence Zemmour et qui constitue le deuxième de nos Grands Textes...
Il est né le divin enfant ! Les médias proclament la bonne nouvelle. Emmanuel Macron est sacré grand diplomate. Un mélange de Mazarin et de Talleyrand. En mieux. On souligne la manière habile avec laquelle il a circonvenu Trump - toujours présenté comme un éléphant un peu benêt dans un magasin de porcelaine. On exalte l'effet de surprise provoqué par la venue de l'Iranien à Biarritz. Sans oublier l'invitation à Poutine qui avait précédé le G7. C'est le triomphe de la France médiatrice, conciliatrice, faiseuse de paix. Une France indépendante, imaginative, transgressive. Bref, le retour de la France gaullienne. Peu importe le résultat concret de cette opération diplomatique. L'important est dans la manière.
Justement, arrêtons-nous sur la manière. Celle d'un président français qui fait des coups dans son coin. Où est le couple franco-allemand ? A quoi sert l'Europe ? Que faisait Donald Tusk, sinon tapisserie ? C'est la France, et elle seule, appuyée sur sa tradition diplomatique, qui a joué un jeu classique. Avec des relations d'homme à homme, d'Etat à Etat, de nation à nation. Le G7 n'est pas l'ONU, l'UNESCO ou les grandes conférences internationales. Ce n'est pas le droit qui y règne mais la diplomatie traditionnelle bilatérale. Pas les grands principes, mais les rapports de force. On est plus près du chancelier Bismarck que d'Aristide Briand.
Et maintenant, voici, comme promis, le lien vers notre deuxième Grands Textes ("un acquis pour la suite des temps..." disait Pierre Boutang) : L'inoxydable 24ème chapitre de "Kiel et Tanger", de Charles Maurras
Bonne lecture !

vendredi 30 août 2019

La Petite Histoire : Azincourt, une cicatrice française

La bataille d’Azincourt a beau être une terrible déroute de l’armée française durant la guerre de Cent-Ans, elle est particulièrement riche d’enseignements. Ce jour-là, ce 25 octobre 1415, la chevalerie française, trop sûre d’elle, a payé au prix fort son arrogance et son incapacité à s’adapter. Oui, les Anglais ont bafoué les codes de la guerre, en massacrant les prisonniers notamment, mais Azincourt a été avant-tout un problème français, une cicatrice française aux conséquences terribles qu’il convient aujourd’hui de refermer.

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (39)

Aujourd'hui : 41. De Paris à Martigues, la visite mouvementée des Daudet et des Bainville à Charles Maurras...
Aujourd'hui, ce n'est pas Bainville qui parle, mais Léon Daudet qui raconte... Voici un extrait de Charles Maurras et son temps (Ernest Flammarion, 1930) dans lequel Léon Daudet restitue quelque chose de l'amitié qui réunissait les trois figures de proue de l'Action française : Bainville, Maurras et lui-même, Daudet. 
Une amitié intellectuelle, certes, fondée sur l'accord des esprits, mais aussi, on va le voir, une amitié qui ne se limitait pas à l'intellectuel.
Cet extrait a le mérite de rendre un peu de la réalité vivante, de la chaleur de ce que fut l'entente de ces trois amis. 
Et, au-delà des habituels développements sur leurs qualités intellectuelles, de nous les restituer dans ce qu'ils avaient d'humain, de bien vivants, en chair et en os si l'on peut dire...
"...En septembre 1925, nous avions décidé, nos amis Bainville, ma femme et moi, de nous rendre à l’invitation de Maurras à Martigues et de lui amener, comme il le désirait, Hervé Bainville, jeune homme de quatre années et son très jeune filleul François Daudet. Cette mémorable expédition commença mal : le train rapide faillit télescoper, près de Sens, un expresse qui le précédait, et, à partir de là, tel le bateau ivre, dériva de Sens à Saint-Germain-des-Fossés, à Montluçon, à Bourges, à Ganat, à Tarare, à Lyon et vers quelques autres villes encore ; si bien qu’au lieu d’arriver à Marseille le matin à neuf heures, comme il se doit, nous n’y parvînmes, après mille détours et péripéties, qu’à onze heures du soir. Soit quatorze heures de retard, et pas de pain, ni de victuailles dans le wagon restaurant ! Ma femme eut une inspiration très heureuse :
- Je suis sûre, nous dit-elle, que Maurras aura préparé à souper. Ne restons pas ici. Sautons, avec nos bagages, dans ces deux automobiles, et allons tout de suite à Martigues !
Sitôt dit, sitôt fait. Après quarante kilomètres avalés dans la nuit chaude et blanche de poussière, nous débarquions, vers minuit, dans la célèbre demeure du chemin de Paradis. Maurras, balançant une grosse lanterne, nous conduisit aussitôt dans la salle à manger, au milieu des rires et des cris d’appétit des enfants bien réveillés.
Une jeune dame de beaucoup d’esprit a défini ainsi Maurras : "Un maître de maison" . Ce grand politique, ce poète admirable, ce redresseur de l’ordre français s’entend comme personne à régaler ses amis. Son hospitalité fastueuse avait combiné, ce soir-là, un festin de Pantagruel ou de Gamache, lequel commençait par une bouillabaisse classique, exhaussée de la « rouille » traditionnelle, qui met la soupe de soleil à la puissance 2 ; se continuait par des soles "bonne femme" et des loups grillés ; atteignait au grandiose et au sublime avec un plat d’une douzaine de perdreaux de Provence, demeurés tièdes et dorés, sur des "lèches" de pain, comme on ne les obtient que dans la vallée du Rhône – pardonne-moi, ô Bresse – et arrivés à la consistance du baba. Chaque enfant mangea son perdreau. Celui qui écrit ceci, comme disait Hugo, mangea deux perdreaux, pécaïre, toute une sole, le tiers de la bouillabaisse, et le reste à l’avenant, suivi de près par Jacques Bainville, romancier, journaliste, historien et financier des plus gourmands.
Maurras ne cessait de nous encourager et de nous verser à boire, car j’aime autant vous dire tout de suite que sa cave est à la hauteur de sa table et qu’il est un des très rares amphitryons de France sachant vider, dans les grands verres, quelques bouteilles de vin du Rhône. Il nous en ouvrit, cette nuit-là, de prodigieuses. La conversation roula sur la poésie, le langage et la Provence, dans une atmosphère à la Platon. Les enfants, gonflés de nourriture et de sommeil, étaient allés se coucher, bien entendu, et dormirent douze heures d’affilée.
Le lendemain, Maurras nous emmenait tous faire quelque deux cents kilomètres en automobile dans cette région enchantée qui est entre les Alpes et la mer, où l’on ne peut faire dix pas sans rencontrer un grand souvenir, un vers de Mistral, ou une belle fille élancée, au teint mat et aux yeux noirs. Ainsi passaient et couraient les douces heures claires de l’amitié et de la fantaisie. Ne croyez pas ceux qui vous diront que les gens d’A.F. sont des censeurs ou docteurs moroses ; ou qu’ils ont mauvais caractère. Depuis vingt-trois ans que je vois quotidiennement Maurras, je n’ai cessé de découvrir de nouvelles raisons de l’admirer et de l’aimer...
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jeudi 29 août 2019

La différence entre la liberté et les libertés avec Antoine de Crémiers

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (38)

Il devint vite l'ami et le familier de notre maison, et je le vois à ce début du journal, présent à toutes nos réunions, attentif, un peu grave, donnant toujours avec une exacte mesure - sans nous éloigner de l'action - le conseil de la sagesse.
Peu d'années après, en 1912, il se mariait et nous amenait à Bourg-le-Reine, chez mes parents où nous séjournions alors, sa jeune femme aux yeux bleux, au teint clair, éblouissant de jeunesse qui riait sous un joli chapeau rouge et qui ressemblait à une de ces déesses de la mythologie symbolisant la joie, l'amour, la confiance dans le bel été qui ne finit pas.... Tout de suite nous fûmes amies, et nos deux ménages connurent alors des années d'amitié incomparables, une de ces amitiés où l'on partage tout, joie, peine, préoccupation, sans empiéter sur les libertés ou les préférences de chacun. Amitié idéale et sans tyrannie.
Que de voyages nous fîmes tous les quatre ! Que de dîners intimes, de séjours à la campagne, quelles parties de rire, parfois, quand nous mettions en commun, au cours de longues causeries, nos observations sur les gens, les choses, le spectacle de la vie ! Jacques Bainville, qui paraissait froid et distant à ceux qui ne le connaissaient pas, était affable, naturel avec ses amis, il avait le sens comique très développé. Je le vois encore riant de tout son coeur en secouant les épaules, un jour où, à un dîner de noces donné dans un hôtel de province, il était convaincu que nous avions mangé du chien, en civet, sous le nom de lièvre, car ce lièvre avait de si petits os et il était si dur !...
L'admirable équilibre intellectuel de Jacques Bainville - admiré de tous - tenait aussi, je crois, à ce qu'il était un grand travailleur, un journaliste-né. Il faisait ses articles quotidiens comme en se jouant, au milieu du bruit d'une salle de rédaction. Il emportait chez lui, chaque soir, avec un sourire un peu las, d'énormes paquets de journaux qu'il dépouillait en un clin d'oeil, car il saisissait avec la rapidité de l'éclair la chose essentielle parmi le fatras des textes ou des phrases vaines. Et comme il paraissait travailler facilement ! Il avouait pourtant que cela ne l'amusait pas tous les jours; mais cette règle de travail était absolue chez lui, elle faisait partie de sa discipline, de sa santé même, et n'est-ce pas elle qui lui a permis de lutter si héroïquement et si longtemps contre le mal obscur et terrible qui devait l'emporter ?
Au terme de cette vie droite et haute, il est doux de penser, pour ses amis qui le pleurent, qu'il laisse une oeuvre vaste, forte, un long sillage de pensées et de jugements qui pourront servir longtemps encore le pays et la cause monarchiste.
S'il a eu le malheur de naître en des temps sinistres où les plus puissants cerveaux constructeurs sont obligés de combattre dans l'opposition, il aura eu au moins le bonheur de rencontrer sur cette terre les véritables amis de sa pensée et de pouvoir toujours s'exprimer librement auprès d'eux. Il s'est imposé au monde par ses articles de politique étrangère parus dans l'Action française pendant vingt-huit ans, et par ses livres d'histoire. Il est devenu un guide, un maître, parce qu'il avait le coeur noble, l'esprit droit, et que tout ce qu'il disait ou écrivait avait le son de la vérité."
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

mercredi 28 août 2019

La Petite Histoire : La Gaule à la chute de Rome

476 est une date marquante, très symbolique, puisqu’il s’agit de la chute officielle de l’empire romain. Et pourtant, ça n’est justement qu’un symbole. En effet, au-delà des événements qui se déroulent à Rome, dans le reste de l’empire, la transition ne s’est pas faite en un jour, particulièrement en Gaule. Quelle était la situation de la Gaule romaine et comment la transition a-t-elle été gérée pour aboutir à la prise de pouvoir des Francs de Clovis ? En résumé : comment a débuté l’histoire de France ?

"Fils de collabos, neveu de résistant", le nouveau livre du Dr Jean-Pierre Cousteau

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Jean-Pierre Cousteau nous avait fait l'amitié, l'an passé, d'intervenir lors de notre journée Flandre-Artois-Hainaut de Synthèse nationale cliquez là. Ces jours derniers les Editions Via Romana ont publié un nouveau livre de lui : Fils de collabos, neveu de résistant. Ce titre résume à lui-seul l'une des singularités de la vie de l'auteur.
Voici la préface de Nicolas d'Estienne d'Orves :
« Chaque fois que tu le penses possible, fais ce que les autres ne font pas. »
Commandant Jacques-Yves Cousteau, de l’Académie française

«  Mon père est mort en décembre 1958 à 52 ans, alors que j’en avais 20, étais en seconde année de médecine et préparais le concours de l’externat. J’ai pleuré un bon coup comme six ans auparavant pour la disparition de ma mère, mais inconscient de la perte qui allait me frapper. Je pensais écrire le mot "fin" au bas de ma petite histoire de "Fils de" tant il semblait évident que mon existence n’offrirait plus rien que… de commun  !  »
Cardiologue et professeur né à Paris à la veille du second conflit mondial, Jean-Pierre Cousteau confie ici ses souvenirs et réflexions de gentilhomme. Plongée dès l’enfance au cœur des tribulations de la guerre et de l’Épuration, sa vie reflète les ombres et les lumières d’une époque oubliée où « les Français ne s’aimaient pas ». Fils de Pierre-Antoine Cousteau, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Je suis partout, condamné à la Libération pour intelligence avec l’ennemi, neveu chéri du commandant Jacques-Yves Cousteau, résistant de la première heure dont il fut le médecin et confident jusqu’à sa mort, Jean-Pierre Cousteau a le caractère d’un battant et le verbe incisif. Sans doute parce qu’il vécut la longue séparation du père, la pension anglaise et ses châtiments, Juilly et ses « humanités » forcées, la mort d’une mère alors qu’à peine adolescent, puis plus heureusement la passion médicale et l’affection et la protection de l’oncle providentiel. Par delà une étonnante carrière médicale achevée dans les coulisses de Roland-Garros, Jean-Pierre Cousteau témoigne ici des riches amitiés littéraires de son père autant que de l’odyssée des profondeurs de son oncle à bord de la Calypso au fil des océans lointains.
Fils de collabos, neveu de résistant, Jean-Pierre Cousteau, Via Romana, 2019, 196 pages, 19 euros.
En savoir pluscliquez ici

Une Allemande démonte l'arnaque climatique.

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (37)

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Aujourd'hui : 39. Bainville vu par Joseph de Pesquidoux, son successeur à l'Académie...
Illustration : Buste de Joseph de Pesquidoux, par Anne Kirkpatrick.
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)
Elu à l'Académie le 28 mars 1935, et reçu le 7 novembre de la même année, Jacques Bainville n'aura donc même pas été membre pendant un an de l'illustre société, et n'y aura même pas siégé pendant trois mois...
Lorsque son ami "de six grands lustres de collaboration incessante", Charles Maurras, fut élu a son tour à l'Académie, le 9 juin 1938 (il n'y sera reçu que le 8 juin 1939 !...) cela faisait donc déjà plus de deux ans que Bainville avait disparu : 
"...Au bon temps, nous nous voyions tous les jours..." écrit Maurras dans la préface qu'il donne au livre posthume de Bainville, "Lectures"; mais il ne leur aura pas été donné de se retrouver, aussi, à l'Académie...

C'est Joseph de Pesquidoux qui fut élu, le 2 juillet 1936 (donc, très peu de temps après sa mort), au fauteuil de Jacques Bainville, le fauteuil 34.
Reçu le 27 mars 1937, il prononça son éloge, dont voici deux extraits :
1. "...Jacques Bainville est dès lors en possession de ses puissances intellectuelles. Sans rien abandonner de la tâche quotidienne, il va se mettre à son oeuvre historique. Comme Michelet il fera son Histoire et son Histoire le fera, c'est-à-dire qu'en la creusant dans le sens d'explication et d'enseignement politique où il l'envisage, il s'enrichit incessamment des perspectives qu'elle lui ouvre. Elle est toute dirigée vers l'avenir, toute tendue vers la sécurité et la grandeur de la patrie.
Plus tôt qu'un autre sans doute il a vu venir la Grande Guerre. Il l'a connue, vécue, il en a été le chroniqueur frémissant de chaque jour, et il a recherché dans les causes les plus lointaines d'où pouvait bien sortir ce choc formidable destiné à nous écraser, en achevant 1870.
Face à face notre peuple et l'allemand; le Rhin entre nous, le fleuve rapide aux eaux vertes, que les uns ont l'éternelle tentation de franchir, les autres l'éternel souci de surveiller pour en empêcher le passage. C'est notre histoire et la leur depuis nos commencements, depuis que le destin nous a mis en conflit. L'antagonisme a été souvent sanglant. Bainville en souligne les épisodes. L'empire au début était beaucoup plus puissant que le royaume. Il se promettait de le prendre en tutelle. La bataille de Bouvines gagnée par Philippe Auguste brisa cette prétention. C'est pourquoi elle est appelée nationale. Cependant on s'était avisé chez nous des faiblesses de l'Empire allemand : élection du souverain, rivalité des princes électeurs, opposition des intérêts et des peuples. On tira aussitôt parti de ces défauts organiques. On noua des alliances avec le pape, on intrigua avec les princes, soit pour l'élection de l'empereur, soit dans les débats contre lui, on s'immisça par l'or et le fer dans la constitution germanique. Longtemps nous l'avons emporté : tant que la France a eu affaire avec l'Allemagne divisée et morcelée, maintenue telle par l'intervention séculaire de nos armes ou de notre diplomatie. Comme Philippe le Bel répondait seulement aux explications de Guillaume de Nassau prétendant s'affranchir de l'élection, et à son ultimatum : "trop allemand", Henri II professait plus tard : "Qu'il fallait tenir les affaires d'Allemagne en la plus grande difficulté qui se pourrait." La formule a servi de règne en règne. Exploitée par l'inébranlable Richelieu et le fertile Mazarin, elle fut consacrée au traité de Westphalie. On y maintint, dit Bainville, "le morcellement de l'empire, l'élection du souverain, on y ajouta la garantie des vainqueurs".
Nous connûmes une ère prolongée de sécurité et une hégémonie : la nôtre. Au point de vue de la puissance, de la renommée, des moeurs, des arts, de la pensée. Le soleil de la France ne se coucha point avec le grand roi. Il continua de rayonner sur l'Europe. Et, chose inattendue, l'Allemagne se complut à ces rayons. Elle s'affina selon nos goûts et nos usages. On ne parlait pas de culture germanique alors.... Leibniz écrivait en français, Maurice de Saxe s'offrait à servir sous nos drapeaux... Mais, lorsque Frédéric le Grand eut commencé à forger la couronne de l'Allemagne future, et que, comme pour l'asseoir, sous la poussée des Encyclopédistes, l'intervention préservatrice fit place au principe suivant lequel toute race, considérée comme semblable aux autres, à l'instar des individus, a un droit absolu à son unité et à son accroissement quelques risques qu'elle puisse faire courir, toutes données ont été renversées, et la politique des nationalités dans laquelle nous nous sommes si imprudemment jetés, s'est révélée pour nous duperie humanitaire à fin d'invasion... Si nous en avons magnifiquement rappelé, de 1914 à 1918, grâce au génie de nos chefs et à la vaillance entêtée de nos soldats, alors que, du maréchal de France au dernier poilu ( gardons le mot héroïque et hirsute), ils servaient, en l'encadrant, de moniteurs au monde, nous sommes restés impuissants ou aveugles devant le principe lui-même : l'Allemagne vaincue a conservé et fortifié sa dangereuse unité...
C'est la grave leçon donnée par Bainville dans son "Histoire de deux peuples".

2. "...Bainville a mis en lumière la conception qui a guidé la maison de France dans son cheminement parmi les nations. Il la résume dans l'idée du pré carré, dans l'idée de l'unité et de la discipline nationale, et dans celle de l'hérédité. 
Le pré carré implique la notion d'un cadre en-deçà duquel il ne sera ni assez vaste, ni assez clos et défendu, et au-delà duquel il excédera l'étendue utile et deviendra vulnérable. C'est le concept de nos frontières naturelles : deux montagnes, les deux mers et le Rhin : longue lutte de la monarchie contre la féodalité et contre l'étranger, en vue de la possession de ce territoire intérieur, indispensable à la fois pour atteindre et défendre ces frontières. Nos rois en ont gardé la réputation de rassembleurs de terre. Commines appelait l'un deux : "l'universelle aragne", perpétuellement occupé à tisser en l'étendant sa toile, ou à la rapiécer. A la mort de Louis XI, la Picardie, la Bourgogne, la Provence, le Roussillon, le Maine et l'Anjou étaient incorporés à la trame. D'autres furent aussi des aragnes. Tâche obstinément mais prudemment poursuivie. "Raison garder", disaient-ils. Quand ils l'oubliaient, par l'apanage ou la guerre de magnificence, ce n'étaient que revers. Les frontières, les bornes naturelles les ramenaient aux projets viables. Ils devaient rester des réalistes, soumis à la politique inscrite sur le sol lui-même..."

mardi 27 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (36)

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Aujourd'hui : 38. L'incident des obsèques...
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)
L'incident des obsèques...
Paris, 13 février 1936, au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue de l'Université. 
La foule attend le cortège funèbre de Jacques Bainville, dont la dépouille doit être transportée depuis son domicile, rue de Bellechasse, à la gare de l'Alma, pour être inhumée à Marigny, en Normandie. 
L'Église catholique - qui ne s'est pas honorée en la circonstance... - lui a refusé les obsèques religieuses, en raison de la "mise à l'Index" de l'Action française par le pape Pie XI, en 1926....
Le quotidien de la Ligue d'Action française a appelé ses lecteurs à se masser, à midi, l'heure de la levée du corps, boulevard Saint-Germain....
Le corps du défunt a été exposé dans la cour de l'immeuble de la rue de Bellechasse. 
A midi, deux discours sont prononcés : l'un par Léon Daudet, au nom des amis du défunt, l'autre par Me Henri Robert, directeur de l'Académie Française (extraits) :1. De Me Henri Robert : 
«La mort de Jacques Bainville est pour tous ceux qui l'ont connu, aimé et admiré, un sujet de profonde tristesse. Certes, nous le savions malade, atteint aux sources mêmes de la vie, mais nous voulions espérer quand même. Il nous donnait l'exemple, en luttant avec un indomptable courage, un magnifique stoïcisme contre le mal qui le torturait. Il avait auprès de lui, pour l'aider dans ce dur combat, sa femme dont les soins attentifs et l'inlassable dévouement réussirent par une sublime conspiration, à l'arracher plusieurs fois à son cruel destin. Sa femme et son fils, ses confrères et ses amis ne sont pas les seuls à ressentir profondément la perte douloureuse qu'ils viennent de subir. Les Lettres françaises sont aussi en deuil. Maurice Donnay, en le recevant à l'Académie, a fait de notre confrère un magistral et définitif éloge. Dans les tristes circonstances présentes, je ne puis qu'évoquer son oeuvre. Jacques Bainville a écrit des livres qui ont consacré sa grande réputation, et il est toujours resté fidèle au journalisme dans lequel il avait fait ses débuts, alors qu'il sortait à peine du lycée, en écrivant à Francisque Sarcey une lettre que celui-ci inséra dans Le Temps. Voir pour la première fois son nom imprimé dans les colonnes d'un grand journal, quelle joie et quel orgueil pour un collégien. Ce simple fait décida peut-être de sa vocation... »
2. De Léon Daudet :
«C'est comme vis-à-vis quotidien de Jacques Bainville, à notre table commune de travail de l'Action Française depuis vingt-huit ans, que je viens apporter à l'admirable veuve et au fils de notre cher ami, le suprême témoignage de notre douleur et aussi de notre fierté. Fierté que peuvent partager tous les collaborateurs de ce grand écrivain qui fut aussi un grand patriote. Eadem velle eadem nolle ea est vera amicitia. Vouloir les mêmes choses, ne pas vouloir les mêmes choses, voici la véritable amitié. La fidélité amicale de Bainville était connexe à la fidélité de ses convictions politiques. Il disait de Charles Maurras qu'il lui devait tout, sauf le jour. Cette formule pourrait être celle de la plupart d'entre nous. Tant de peines profondes et aussi de joies et de certitudes en commun ont créé entre nous, les maurrassiens, une solidarité que la mort même ne saurait anéantir. S'il est vrai que l'amour est plus fort que la mort, cela n'est pas moins vrai de l'amitié et au-delà des tombeaux quand il s'agit d'écrivains et d'hommes d'action, celle-ci se continue par leurs oeuvres, par leurs actes, par leurs intentions fraternelles. Amis, nous le fûmes dans la patrie, dans la France, notre mère, dont les dangers, les risques nous apparurent ensemble. Historien né, objectif et clairvoyant, pressentant les effets dans les causes comme un Thucydide et un Fustel de Coulanges, Bainville était atteint de cette transe des époques troubles : l'angoisse pour le pays. Il n'était pas de jour qu'il ne m'en parlât ou n'y fît allusion. Poète par surcroît et de l'esprit le plus vif, le plus spontané, il voyait, navigateur des âges écoulés, monter à l'horizon les points noirs, annonciateurs de la tempête. Un article de lui dans la revue d'Action Française du 14 juillet 1914, intitulé Le Rêve serbe, annonce avec précision et clarté le mécanisme de la guerre européenne qui vient... Sa plume ne tomba de ses mains qu'à la dernière minute. Jusqu'à ses derniers moments il s'entretint avec nous des sujets les plus divers, de ceux surtout qui lui tenaient au coeur. Cela nous permettait à nous, les collaborateurs de chaque jour, de lui cacher notre inquiétude. La veille de sa mort, il s'occupait avec Maurras de La Bruyère et il nous parlait de ses projets. Une seule plainte : quand pourrai-je reprendre avec vous nos petits dîners d'amis. Cher Bainville, tendre, délicat, grandiose ami, jusqu'à l'heure d'aller vous rejoindre, quand nous aurions dû vous précéder nous ne cesserons de penser à vous, de vous pleurer, de prier pour vous. »
Au premier rang de l'assistance, se pressent les plus hautes personnalités de la politique et des lettres...
Le cortège est précédé de deux chars remplis de fleurs et de couronnes, dont celles du duc et de la duchesse de Guise.
Charles Maurras et la reine Amélie du Portugal suivent aussitôt après la famille.
L'imposant cortège s'engage dans le Boulevard Saint-Germain, et c'est alors que se produit "l'incident" : une automobile, dans laquelle ont pris place Léon Blum et Georges Monnet, est arrêtée par la foule, qui attend le passage du cortège. 
Il est évidemment impossible, étant donnée la notoriété de Bainville, et l'importance de l'événement, qu'une personnalité comme Léon Blum ait été dans l'ignorance de ce qui se passait à cet endroit, et à ce moment-là...
Il semble que l'auto voulut passer malgré tout, coupant ainsi la double haie de la foule attendant, de part et d'autre du boulevard, le passage du cortège.
Léon Blum reconnu, des cris et des sifflets se firent entendre. Provocation ? La vitre arrière de la voiture fut brisée, et un mouvement de foule eut lieu autour du véhicule... Léon Blum et Mme Monnet furent légèrement contusionnés... 
Les Camelots du Roi, présents sur les deux trottoirs du Boulevard, protégèrent Blum, qui se fit conduire à l'Hôtel Dieu.
Quand il revint à la Chambre des députés, il fut accueilli aux cris de "Dissolution des Ligues". 
Et Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, fit signer, par le président Albert Lebrun, la, dissolution de toutes les organisations d'Action Française, que suivit celle de toutes les ligues nationales...
Sur cette malheureuse journée des obsèques, Albert Thibaudet écrit :
"...Les trois formes des guerres historiques françaises semblèrent conviées aux obsèques de Bainville.
D'abord, notre forme la plus française de la guerre religieuse, celle que connaissent bien les lecteurs de Port-Royal.
Ensuite la guerre civile : on a, dans le malheureux incident Léon Blum, la sensation physique de cette Discorde que les poètes épiques, et Boileau dans le Lutrin, invoquent pour signifier un moment exceptionnel où tout sort de la mesure, tout est déréglé, tout est déchaîné démoniaquement. Je saurai désormais ce que veut dire l'hémistiche : la Discorde triomphe...
Enfin, la guerre étrangère : le jour des obsèques était le jour de la discussion du pacte franco-soviétique, sur les conséquences duquel je n'ai pas d'opinion, mais Bainville en avait une, très nette, et l'un de ses derniers articles disait : "Une alliance avec les Soviets offre tout ce qu'il faut pour vous amener à la guerre."
On songe alors à la dernière phrase de Jaco et Lori, où Jaco disparaît dans les arbres : "Je criai par trois fois : Ca finira mal !"
Le cortège funèbre de Jacques Bainville s'est déroulé justement entre les trois cris."