Affichage des articles dont le libellé est Moyen-Âge. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Moyen-Âge. Afficher tous les articles

dimanche 23 août 2026

Terres de Mission n°474 : Saint Louis, chef d'Etat

 

Terres de Mission n°474 : Saint Louis, chef d'Etat

Eglise universelle : Saint Louis modèle des chefs d'Etat

Il y a tout juste 800 ans, le 29 novembre 1226, Saint Louis était sacré roi de France. A l'occasion de cet anniversaire, François-Régis Legrier publie une nouvelle biographie du saint : "Saint Louis modèle des chefs d'Etat", principalement centrée sur l'action politique du saint roi. Ou comment concilier fidélité à l'Evangile et responsabilités politiques.

Eglise en France : Quelques lectures estivales

Jean-Pierre Maugendre nous propose quelques lectures estivales :

- L'Odyssée - Sur les traces d'Ulysse. Figaro hors-série, 164 pages, 14,9 €


- Les guerriers de l'hiver, Olivier Norek, Michel Lafon, 424 pages, 21,95 €

- A cœur ouvert, Charles d'Azérat, Mareuil Editions, 159 pages, 21 €

- Le retour du roi, David Engels, Verbe haut, 288 pages, 25 €

Eglise en marche : Rénove une statue

Raphael Castex, de l'association Rénove une statue, vient de démarrer un tour de France du patrimoine afin de restaurer 20 statues. Il nous présente son action et ses projets.

https://tvl.fr/terres-de-mission-n0474-saint-louis-chef-d-etat

jeudi 26 février 2026

Découverte d’une nécropole à Fosses, ancienne cité potière

 

© X Inrap Centre et Île-de-France
© X Inrap Centre et Île-de-France
En Île-de-France, au nord de Paris, la commune de Fosses (Val-d'Oise) est riche d’une Histoire ancienne liée essentiellement à l’argile et à la poterie. Ces derniers jours, l’Institut national de recherches archéologiques préventives a confirmé et enrichi ce chapitre de l’Histoire locale en publiant le contenu de ses travaux concernant la découverte des vestiges de quelques habitations ainsi qu’une vaste nécropole comprenant de nombreuses sépultures de l’époque carolingienne.

Fosses, un citée potière

Il est attesté par les historiens que l’extraction de l’argile et la production de poterie à Fosses débutent dès l’époque gallo-romaine, vers le IVe siècle après J.-C. Pendant l’Antiquité, la cité se développe alors à proximité de grandes voies romaines parcourant toute la région, favorisant ainsi le commerce et l’exportation des productions locales. Au Moyen Âge, cette activité se développe au point que les créations réalisées à Fosses sont vendues dans une grande partie de la région. On trouve ainsi de nombreuses poteries, dans les châteaux et les monastères des environs, issues d’au moins une dizaine d’ateliers fonctionnant simultanément à Fosses, faisant de la cité, au Moyen Âge, l’un des principaux centres potiers du nord de l’Île-de-France.

Cependant, au fil des siècles, les filons d’argile finissent par s’épuiser. Cette situation oblige alors progressivement les artisans et les ouvriers à quitter Fosses pour exercer leur artisanat ailleurs. À la fin de l’Ancien Régime, en 1770, la commune ne compte plus qu’environ 125 habitants, vivant essentiellement du travail agricole.

Des fours et encore des fours…

Conscients de cette histoire artisanale, les archéologues ont ainsi récemment mis au jour, sur un terrain de près de 1.600 m2, plusieurs fours creusés en sape dans le sol. L’étude de leurs vestiges a alors permis aux scientifiques de déterminer qu’ils n’étaient pas tous destinés à la production de céramiques. En effet, plusieurs structures, de formes et de tailles différentes, correspondent plutôt à des fours domestiques utilisés pour la cuisson du pain, probablement partagés par plusieurs familles de potiers installées à proximité. Un grand four de potier a également été dégagé. Si certaines céramiques présentaient des défauts, ils étaient alors jetés dans une fosse voisine, une véritable tessonnière, également mise au jour lors des fouilles. Les archéologues ont aussi identifié d’autres fosses, dont l’une servait de zone de stockage pour l’argile.

Afin de préciser la temporalité de ces installations, les chercheurs auront recours à l’archéomagnétisme. En effet, certaines structures chauffées à haute température enregistrent, au moment de leur dernière utilisation, l’orientation et l’intensité du champ magnétique terrestre, grâce aux oxydes de fer contenus dans l’argile. La comparaison de ces données permettra ainsi de dater avec précision l’ultime utilisation de ces fours.

Une nécropole carolingienne

En parallèle de ces découvertes, les archéologues ont mis au jour une vaste nécropole médiévale comptant au moins 80 sépultures, dont les plus anciennes sont attribuées à la période carolingienne, entre le IXe et le Xe siècle. Les tombes sont organisées en rangées régulières et parfois en petits groupes. Plusieurs fosses présentent des aménagements particuliers, notamment des fosses étroites munies d’une loge céphalique, c’est-à-dire un petit espace réservé à la tête du défunt, soigneusement aménagé dans la terre. Les individus retrouvés sont inhumés avec une absence totale de mobilier funéraire observée par les archéologues.

À terme, l’étude des squelettes permettra de documenter l’âge, le sexe, l’état et les conditions de vie de ces individus, offrant un nouvel éclairage sur la vie de ces personnes qui ont travaillé et habité ce village de potiers au début du Moyen Âge.

Voir le tweet

Eric de Mascureau

dimanche 8 février 2026

Une cité des morts révélée au Mans : 800 sépultures médiévales exhumées

 

Image d'illustration (Licence creative commons)
Image d'illustration (Licence creative commons)
Au cœur du Mans, une découverte archéologique d’envergure a révélé une page jusqu’ici méconnue de la vie médiévale de la cité. Sous la place Washington, aux abords du centre-ville, des opérations préventives, menées en amont du chantier du futur réseau de transport en commun du Mans, ont mis au jour un cimetière d’une ampleur exceptionnelle, d’environ 800 sépultures couvrant une longue période du Moyen Âge à l’époque moderne. Ces vestiges, liés à l’ancien Hôtel-Dieu de Coëffort, sont encore en cours d’étude mais promettent d’éclairer sous un jour nouveau l’histoire des Manceaux.

Un cimetière d’indigents

La découverte est survenue en avril 2025 lorsque, dans le cadre des travaux pour les futurs bus Chronolignes, des ossements humains ont été retrouvés à faible profondeur dans le sous-sol de la place Washington. Alertés, les services archéologiques de l’INRAP ont engagé une fouille exhaustive qui s’est prolongée jusqu’au mois d’octobre 2025. Cette intervention a révélé un cimetière d’indigents associé à l’Hôtel-Dieu de Coëffort.

Parmi les 800 sépultures identifiées, les archéologues ont repéré des cas peu courants. Certaines comportaient plusieurs corps, dont une près de vingt individus. La disposition des squelettes entremêlés et l’existence de plusieurs tombes dites multiples indiqueraient des enterrements réalisés à la hâte lors de périodes de grandes catastrophes, sans doute liées à des épisodes de famine ou à des crises épidémiques, notamment la peste noire qui frappe l’Europe au XIVe siècle. Les premières analyses ont déterminé que beaucoup des miséreux enterrés en ce lieu souffraient également de rachitisme ou de tuberculose osseuse. Le cimetière, destiné à des indigents, va ainsi permettre aux archéologues d’étudier, à partir des ossements retrouvés, l’état sanitaire de la population locale entre les XIIIe et XVIIIe siècles. En effet, peu de sources livrent ce type d’informations, les documents conservés se concentrant essentiellement sur les conditions de vie des classes sociales plus favorisées.

Les scientifiques ont également mis au jour un espace destiné à l’inhumation d’enfants. Leur présence dans ce lieu devait être liée à l’une des vocations de l’Hôtel-Dieu, qui recueillait de nombreux enfants abandonnés. Parmi les pauvres infortunés, beaucoup étaient voués à une mort précoce, avant même l’âge adulte.

Des fortifications antiques et médiévales

Au-delà de la découverte majeure du cimetière, les fouilles menées tout au long du tracé du chantier ont également mis au jour les vestiges des anciennes fortifications de la ville du Mans, datant de l’Antiquité et du Moyen Âge. Ainsi, une portion de l’enceinte romaine, proposée au classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, a été découverte sur près de huit mètres de long, accompagnée de son décor caractéristique. Un peu plus loin, les archéologues ont retrouvé un large fossé défensif creusé à l’époque médiévale, témoignant des dispositifs successifs mis en œuvre pour protéger la cité, ainsi qu’une petite portion de l’enceinte médiévale dite de « Saint-Benoît » aménagée au XIVe siècle.

L’Hôtel-Dieu de Coëffort et son trésor

Le cimetière étudié par les équipes de l’INRAP dépendait de l’ancien Hôtel-Dieu de Coëffort. Fondé au XIIe siècle sur ordre du roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, il avait pour mission d’accueillir les malades, les pèlerins et les plus nécessiteux. Les archéologues estiment que les abords de l’hospice n’ont pas immédiatement servi de nécropole, les défunts étant sans doute inhumés directement dans les cimetières paroissiaux du Mans. Cependant, ces derniers se remplissant, la création d’un nouvel espace funéraire à proximité de l’Hôtel-Dieu aurait été envisagée, d’après les datations réalisées au carbone 14, au moins à partir du XIIIe siècle.

Hôpital principal du Mans jusqu’à la création de l’hôpital général en 1666, l’Hôtel-Dieu de Coëffort a été fermé à la Révolution. Démoli par la suite, il n’en subsiste aujourd’hui que l’église Sainte-Jeanne-d’Arc et des vestiges de fondations mis au jour lors des fouilles. D’apparence austère à l’extérieur, l’église conserve néanmoins à l’intérieur de remarquables voûtes de style gothique, alors en pleine émergence en Europe. Devenu bien national, l’édifice servit d’écurie pour les armées françaises jusqu’au XXe siècle.

En 1950, après de longues discussions avec l’État et l’armée, le cardinal Grente parvint à restituer l’usage du lieu aux fidèles catholiques. Des travaux de restauration furent alors engagés, accompagnés de fouilles archéologiques destinées à rendre à ce lieu sa beauté et à mieux connaître ses secrets. C’est à cette occasion qu’un sarcophage datant du XIVe siècle fut découvert. Il dissimulait des merveilles mieux connues sous le nom de trésor de Coëffort. Composé d’une trentaine de magnifiques pièces d’orfèvrerie en argent, probablement dissimulées aux yeux des hommes pour mieux échapper aux pillages anglais lors de la guerre de Cent Ans, cet ensemble est aujourd’hui conservé précieusement au musée du Mans.

Eric de Mascureau

lundi 27 janvier 2025

La traite des Slaves

 

par Aleksandr Lavrov

Il est difficile actuellement de vivre en France, de s’intéresser à l’histoire, à plus forte raison d’être historien, et d’ignorer complètement le débat sur l’esclavage. Pour les uns, la traite coloniale, et surtout la traite transatlantique, n’est plus seulement un objet entre autres de la recherche : elle est revendiquée comme repère d’identité et objet de mémoire par les descendants des déportés. Pour les autres, en majorité des historiens, le phénomène de l’esclavage colonial, organisé par les Européens, doit être mis en parallèle avec d’autres phénomènes des Temps modernes. C’est ce que tente de faire le livre de l’historien américain Robert C. Davis, qui porte sur l’esclavage des Européens dans les pays du Maghreb aux XVIe-XVIIIe siècles. L’auteur, qui n’est pas toujours assez critique à l’égard de ses sources, essaie de montrer qu’il s’agissait d’un groupe de plusieurs dizaines de milliers d’esclaves. Il est intéressant de remarquer que cette dernière étude fut tout de suite traduite en France.1

Ce n’est sans doute pas un hasard si Alexandre Skirda a tenu à exprimer son approbation pour cet «exemple de […] démarche d’authentique recherche historique». Le sous-titre de son livre («L’esclavage des Blancs») renvoie lui aussi au livre de Davis. Mais alors que celui-ci traite des Temps modernes, la plus grande partie du livre de Skirda est consacrée au Moyen-Âge. Or la notion de «race» n’existait pas dans le monde médiéval d’Occident ; mettre l’accent sur la race est donc anachronique. C’est que A. Skirda a évidemment été influencé par l’ouvrage de Bernard Lewis sur la «race» et l’esclavage en pays d’Islam, dont il a fait une lecture quelque peu sélective, pour projeter ensuite les idées de Lewis dans le monde médiéval. Projection illégitime car, pendant le Moyen-Âge, les Slaves, capturés et réduits en esclavage par leurs voisins, étaient considérés comme vaincus et perdants (avec toutes les conséquences que cela entraînait), mais pas comme des sous-hommes. C’est là la grande différence avec l’expérience de l’esclavage colonial des Temps modernes, véritable chantier des idéologies racistes.

«Les Slaves, dans leurs groupes communautaires, n’avaient pas, à l’origine, de membres privés de la liberté», écrit Alexandre Skirda. «Il s’était bien créé parmi eux une classe de gens plus opulents, mais tous participaient aux mêmes droits et tous étaient libres» (p. 139). L’auteur regarde l’esclavage dans la Rus’ médiévale comme imposé par les Vikings, qui pratiquaient le commerce international des esclaves. L’auteur ne mentionne pas l’histoire de l’esclavage russe médiéval (holopstvo), non plus que les débats entre historiens sur les parts respectives des esclaves étrangers et moscovites au sein des différentes catégories de holop. Selon Skirda, les Slaves auraient été victimes d’une chasse à l’homme menée à partir du haut Moyen-Âge, d’abord par les Vikings et les Allemands, puis par les Génois, les Tatars et les Ottomans. Mais ce sont surtout les musulmans et les juifs qui attirent l’attention de l’auteur, à cause de l’énergie particulière dont ils auraient fait preuve dans ce commerce.

Les pages de son livre consacrées aux Tatars de Crimée mériteraient de servir d’exemple dans un séminaire portant sur les stéréotypes et l’usage non critique des sources dans la littérature de vulgarisation contemporaine. Les Tatars sont des «prédateurs permanents». Ils «ne connaissaient ni l’agriculture, ni les métiers, et ne s’occupaient exclusivement que de l’élevage du bétail et des chevaux». Leur «abominable pédagogie» – l’auteur cite le récit de Sigismond von Herberstein, selon lequel les captifs vieux ou malades étaient livrés aux jeunes Tatars pour être achevés – ne «pourrait produire que des monstres» (p. 172, 177).

L’image des marchands juifs est un peu différente. L’auteur reconnaît que la majorité des juifs médiévaux n’avait rien à voir avec le commerce des esclaves. Malgré cela, une corporation spéciale de marchands juifs (les Radânites, comme les appelle l’auteur) est déclarée responsable de l’organisation de la traite. Ici on décèle très clairement l’influence néfaste des idées de Lev Gumilev sur le rôle des juifs au sein de certaines sociétés médiévales. En réalité, les autorités ottomanes n’auraient pas pu céder à des marchands non musulmans le monopole du commerce des esclaves, puisqu’elles auraient dû alors renoncer à convertir ceux-ci à l’islam.

Bien que l’auteur ait connaissance de l’interdit religieux en vertu duquel les juifs ne pouvaient ni vendre des esclaves ou des eunuques, ni procéder à la castration (p. 93), il les accuse d’être des «fabricants d’eunuques» (p. 87). La même accusation (d’organiser la castration des captifs) est portée contre les Arméniens et les moines coptes (p. 125). Selon Skirda, cette opération était souvent effectuée par des médecins spécialisés dans la circoncision. Ces pages du livre sont gênantes, et vérifient parfaitement l’analyse de Sigmund Freud : il associe la peur des juifs à celle de la circoncision, qui à son tour fait penser à la castration (travaux de 1909-1910, «Moïse et le monothéisme»).

La logique interne de l’exposé d’Alexandre Skirda exige que, face aux «méchants», apparaissent les «bons». Ici, ce sont les Cosaques, que l’auteur décrit comme «un mouvement d’autodéfense» (p. 178) slave contre les razzias des marchands d’esclaves ; à le lire, les Cosaques seraient très proches des partisans de Mahno. Il s’intéresse surtout aux Cosaques du Dniepr, peut-être parce que les fameuses expéditions navales furent le fait des Cosaques du Don. Il n’est pas étonnant que les prises d’otages et la capture de prisonniers par les Cosaques, étudiées récemment par Victor Ostapchuk2, ne soient pas mentionnées dans le livre de Alexandre Skirda.

À ce point, plusieurs critiques d’ordre général s’imposent. La première concerne le rôle des religions dans la société médiévale. A. Skirda affirme que le christianisme et l’islam adoptèrent, face à l’esclavage, «un rôle ambigu» (p. 222). Tous les arguments lui sont bons – y compris la citation de Alexandre Eck, qui indique que l’Église elle aussi possédait des esclaves (p. 161). Mais il faut bien voir la tendance opposée, qui était beaucoup plus forte et plus importante. Il est hors de doute que la christianisation des sociétés médiévales a eu pour effet de réduire le nombre de ceux qu’il était permis de réduire en esclavage. L’islamisation des sociétés conquises par les Arabes ou les Ottomans a joué dans le même sens. Par exemple, dans l’empire Ottoman, un musulman (ou même un non-musulman, sujet de l’Empire) ne pouvait être réduit en esclavage. Du reste, particularité qui semble avoir échappé à l’auteur, les monothéistes (par exemple, les orthodoxes) n’étaient pas les plus menacés, mais bien plutôt ceux qui étaient considérés comme «païens», par exemple les habitants du Caucase du Nord au début des Temps modernes.

La deuxième critique concerne l’esclavage criméen ou ottoman. L’auteur ignore que l’esclave se voyait très souvent proposer l’affranchissement, à condition de se convertir à l’islam. Ce n’était pas le cas pour tous les esclavages de l’époque moderne : ainsi plusieurs catégories de holopstvo étaient héréditaires. De plus, l’auteur reprend des clichés historiographiques éprouvés, par exemple lorsque traitant de la situation des rameurs aux galères, il la qualifie de «destin des plus cruels» (p. 196). Nous avons déjà eu l’occasion d’écrire qu’il serait préférable, avant de s’indigner, de définir les critères. S’il s’agit de l’exploitation des rameurs et de leurs conditions de vie effrayantes, Skirda a raison. Si l’on s’intéresse en revanche aux pressions exercées sur eux pour les contraindre à la conversion (c’est-à-dire à un changement d’identité), la situation des rameurs était moins pénible que celle des maisons nobles, soumises à des pressions plus fortes, et l’on ne peut qu’exprimer son désaccord avec l’auteur.

La lecture attentive de l’ouvrage de Alexandre Skirda suscite deux réflexions, qui portent d’une part sur le départ des grandes idéologies du champ de la recherche historique (ce qui laisse le champ libre à l’histoire «mémorielle» avec toutes ses dérives), d’autre part sur la communication interne entre les historiens.

Même lorsque l’historien qui étudie l’esclavage refuse la terminologie marxiste, cela ne l’autorise pas pour autant à négliger les acquis d’une école historique tout entière, pour laquelle l’esclavage n’est pas un phénomène en soi : il représente soit la base même sur laquelle s’édifie un mode de production (l’esclavagisme), soit une institution au sein d’une société différente, féodale par exemple. On peut rappeler à l’auteur que plusieurs historiens analysent la Rus´ pré-mongole comme une société caractérisée par une forte proportion d’esclaves. L’histoire du holopstvo moscovite, alimenté en grande partie par les prisonniers de guerre, est également passée sous silence par l’auteur (ainsi d’ailleurs que son abolition par Pierre le Grand). En revanche, les premières tentatives d’introduction du servage à la fin du XVIe siècle sont assimilées par Alexandre Skirda à l’introduction de l’«esclavage» (p. 177), ce qui constitue un grave anachronisme.

On sait que la communication entre les historiens n’est pas toujours facile, surtout lorsqu’ils appartiennent à des branches différentes de la recherche. C’est pourtant cette communication qui leur permet d’éviter les erreurs et les lacunes les plus graves. On dirait que le livre de Skirda a été écrit dans un ermitage spécialement conçu pour éviter à l’auteur tout contact avec ses collègues. Il suffisait de consulter un hébraïste pour apprendre que gueniza/guenizah ne signifie pas les «archives», mais l’endroit où l’on déposait provisoirement les fragments de manuscrits religieux en attendant de les enterrer (p. 89). Une courte discussion avec un spécialiste de l’Europe de l’Est lui aurait appris que les Khazars étaient sédentaires, et non pas «nomades» (p. 141) et qu’une guerre des Varègues contre les Petchenègues relevait de l’histoire-fiction (p. 157). Un slavisant pourrait ajouter que la Chronique des temps passés (dite «de Nestor») ne se confond pas avec les «Chronographes», ou histoires universelles (p. 144), et que Ejsk et Taganrog, fondées respectivement en 1777-1778 et en 1698, ne pouvaient donc pas être des colonies de Gênes (p. 163).

Dans le chapitre des lacunes, il faut citer le livre de l’historien américain Richard Hellie3, qui estime que les Moscovites préféraient réduire en esclavage leurs compatriotes, ainsi que la polémique qu’il a déclenchée : les historiens russes ont insisté au contraire sur le pourcentage élevé de prisonniers de guerre parmi les holopy. Alexandre Skirda les ignore, tout comme la seule étude sérieuse consacrée aux eunuques, celle de Maryna Kravets. Lui qui s’intéresse tant aux eunuques aurait pu mettre à profit ses conclusions : M. Kravets montre que les eunuques employés à la cour des Khans n’étaient pas des Slaves, mais des Africains, envoyés spécialement à Bahčisaraj par les sultans ottomans.4

Sous l’influence de la traite transatlantique, l’auteur privilégie un seul parcours : captivité, réduction en esclavage, exportation vers un pays lointain, avec déracinement culturel et impossibilité de retour. Il oublie cependant qu’il s’agit, sur la frontière ottomane, d’un esclavage temporaire ayant pour but d’obtenir une rançon, auquel cas la question de la conversion ou de l’intégration de l’esclave dans la société ne se posait pas. Pour la même raison, il ne s’intéresse guère à la situation des esclaves en Italie ni aux articles qui la décrivent.5

Les fautes d’érudition peuvent sembler mineures en comparaison des erreurs de fond, elles n’en sont pas moins gênantes. Très souvent l’auteur cite les sources d’après les livres d’histoire, et les livres d’histoire d’après les ouvrages de compilation. Lorsqu’on se réfère à Aristote ou à Thucydide, on doit indiquer (comme pour tous les classiques) le chapitre et le paragraphe, et non pas seulement la page d’une traduction (p. 76). Skirda prend le recueil d’articles de Halil Inalcik, Studies in Ottoman social and economic history (Variorum reprints, 1985) pour une revue, et déforme le titre («social and economical history» : l’histoire à peu de frais ?) (p. 173). Les statistiques de captifs que donne Inalcik ne proviennent pas des «archives ottomanes», mais s’appuient en partie sur les estimations de Novosel´skij. Quand Alexandre Skirda cite Inalcik pour confirmer les estimations de Novosel´skij, il présente donc un raisonnement circulaire. Le nom de l’historien polonais Maurycy Horn, translittéré en caractères cyrilliques dans une publication russe, est retranslittéré par l’auteur en caractères latins, ce qui donne «Khorn».

On ne peut reprocher à Alexandre Skirda de mal connaître le russe ou l’ukrainien, car ses anciens travaux le révèlent traducteur attentif et habile. Comment alors a-t-il pu transformer le hetman Dem’jan Mnohohrišnyj (nom de famille signifiant «qui a beaucoup péché») en «Monogretchny» ? Faut-il comprendre «qui se nourrit uniquement de kacha» ? Enfin, lorsqu’il cite la relation de Michalon Litwin, publiée en 1615, il remarque que Litwin visita le Khanat de Crimée en 1640-1643 (p. 176). La relation serait-elle une œuvre d’anticipation ?

Par-delà ces erreurs de détail, le principal reproche que l’on puisse faire à l’auteur est d’être de parti pris. Certes, les prisonniers tatars et turcs en Moscovie – ou dans l’Empire des Habsbourg – étaient beaucoup moins nombreux que les prisonniers moscovites ou impériaux de l’autre côté de la frontière. Mais dans cette guerre frontalière sans fin, les statuts juridiques de tous les prisonniers étaient comparables. Essayer de comprendre la situation dans son ensemble, sans oublier aucune de ses composantes, au moyen d’une analyse transversale se révélera certainement plus fructueux à long terme que de donner libre cours à son indignation. Pour généreuse qu’elle soit, celle-ci ne fait pas bon ménage avec l’histoire.

Référence papier

Aleksandr Lavrov et André Berelowitch, «Alexandre Skirda, La traite des Slaves», Cahiers du monde russe, 51/4 | 2010, 665-669.

Référence électronique

Aleksandr Lavrov et André Berelowitch, «Alexandre Skirda, La traite des Slaves», Cahiers du monde russe [En ligne], 51/4 | 2010, mis en ligne le 09 décembre 2011, consulté le 30 juillet 2023. URL : http://journals.openedition.org/monderusse/7358 ; DOI : https://doi.org/10.4000/monderusse.7358

source : L’Échelle de Jacob

Notes :

  1. Robert C. Davis, «Christian Slaves, Muslim Master – White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500-1800», Basingstoke : Palgrave MacMillan, 2003 ; «Esclaves chrétiens, maîtres musulmans : L’esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800)», traduit de l’anglais par Manuel Tricoteaux, P. : Babel, 2007.
  2. Victor Ostapchuk, «The Human Landscape of the Ottoman Black Sea in the Face of the Cossack Naval Raids», Oriente Moderno, n.s., XX, (LXXXI), (1), 2001.
  3. Richard Hellie, Slavery in Russia, 1450-1725, Chicago-Londres : University of Chicago Press, 1982.
  4. Maryna Kravets, «Blacks beyond the Black Sea : Eunuchs in the Crimean Khanate», in Behnaz A. Mirzai, Ismael Musah Montana and Paul E. Lovejoy, éds., «Slavery, Islam and Diaspora», Trenton, NJ : Africa World Press, 2009, p. 21-36.
  5. Ines Origo, «The Domestic Enemy. The Eastern Slavs in Tuscany in xiv-xv Centuries», Speculum, 30, 1955, p. 321-366 ; S.M. Stuard, «Urban Domestic Slavery in Medieval Ragusa», Journal of Medieval History, 9, 1983, p. 155-171.

https://reseauinternational.net/la-traite-des-slaves/

lundi 16 décembre 2024

« Le Vrai Visage du Moyen Âge » déconstruit les préjugés sur la période médiévale

 

Screenshot-2018-03-13-at-18.08.10-1.png

Une vingtaine de spécialistes rendent ses couleurs au Moyen Âge au-delà des idées reçues, à la lumière des acquis de la recherche historique.

Le propos est double : débarbouiller le Moyen Âge des préjugés qui l’encombrent et présenter les acquis récents de la science. Autrefois, un seul auteur suffisait. La recherche est devenue si foisonnante, la période si étendue et si variée qu’une vingtaine de spécialistes, et non des moindres, participe à cet essai. Par un jeu de questions et de réponses, le point est fait sur vingt-cinq sujets très divers, l’exactitude historique rétablie, la genèse de ces fausses idées et la raison de leur persistance expliquées. Entre légende dorée et légende noire, le Moyen Âge retrouve ses couleurs.

Le Figaro

Contre la thèse présentant la France comme une idée anachronique au Moyen Âge, le professeur émérite Philippe Contamine (Paris-Sorbonne) montre qu’il ne fait pas de doute qu’un sentiment identitaire commun se retrouve au sein des populations vivant dans le royaume de France à la fin du Moyen Âge. Gabriel Martinez-Gros (Paris-Nanterre) enfonce un clou supplémentaire dans le cercueil du mythe d’Al-Andalus, rappelant notamment que ladite « tolérance » des chrétiens et des juifs n’était possible que par l’existence d’un statut juridique inégalitaire, la dhimma. […]

Au fil des contributions s’effondrent une à une les « fake news » les plus tenaces. Non, le droit de cuissage des seigneurs sur l’épouse de leurs sujets n’a jamais existé. Non, l’Église médiévale n’a jamais formulé l’idée que la femme n’avait pas d’âme. Non, il n’y a pas eu, à l’exception des années 1230-1240, de massacres commis à l’instigation de l’Inquisition, lesquels auront lieu à l’époque moderne lorsque l’Inquisition sera d’ailleurs prise en main par les pouvoirs publics. Non, il n’a pas fallu attendre les voyages de Christophe Collomb pour savoir que la Terre n’était pas plate, et l’Église, contrairement à ce qu’ont propagé les anticléricaux du XIXe siècle, ne s’est jamais opposée à la théorie de sa sphéricité.  […]

Au terme de cette lecture, l’on comprend mieux comment le Moyen Âge est en fait « une construction idéologique à laquelle on a tenté de donner une consistance scientifique » (Boris Bove). Une construction idéologique qui nous invite à concevoir l’Histoire telle que les marches d’un escalier. […]

Par contrecoup, cette réévaluation du Moyen Âge depuis quelques années amène à porter un autre regard sur la période que l’on appelle la « Renaissance », laquelle aurait mis un terme à ce coma millénaire, faisant rayonner les arts et les sciences, inventant tous les attributs de la Modernité. Il serait trop long de rappeler tout ce que la Modernité doit au Moyen Âge, de la science économique à la construction étatique en passant par l’université, l’introduction du feu sur les champs de bataille, la navigation ou la bourse.

Néanmoins, avec Une autre histoire de la Renaissance (Perrin, 2018) l’historien Didier le Fur fait la lumière sur cette autre construction idéologique qu’est la Renaissance, présentée à tort comme une rupture historique. […]

Suite de l’article sur La Camisole

https://www.fdesouche.com/2018/03/13/le-vrai-visage-du-moyen-age-deconstruit-les-prejuges-sur-la-periode-medievale/

mardi 3 décembre 2024

Histoire médiévale des imaginaires paysans, de Jean-Pierre Devroey

  

Histoire médiévale des imaginaires paysans, de Jean-Pierre Devroey

Quelle est la signification des phénomènes météorologiques ? La période médiévale ne rompt pas avec la conception antique dominante d’un univers à la fois organisé et signifiant. La conception matérialiste et rationaliste d’un Démocrite (+ vers 370 av. J.-C.) reste en réalité marginale jusqu’au XVIIIe siècle : l’univers antique et médiéval n’est pas le résultat d’un simple jeu d’atomes, mais une totalité où se manifestent et s’affrontent acteurs et intentions. Les guerres n’ont pas plus d’effets sur le genre humain que les catastrophes apparemment naturelles, les affrontements seigneuriaux que les épidémies, les famines et les intempéries. Si le souverain décide de la guerre, n’est-il pas mû par ses passions ? Le vice peut être désiré, attisé par une force tierce et maligne. La témérité même peut être tolérée par Dieu pour le triomphe des gentils et l’accomplissement des saints, suivant la doctrine de saint Augustin (+ 430). Sous l’aiguillon du christianisme, l’Europe médiévale tend à rationaliser son expérience de la nature, des aspirations humaines aux manifestations météorologiques. La croyance en un Dieu unique et créateur du monde traverse les communautés. Une élite cléricale examine en son nom les mentalités communes tout en leur imposant une interprétation nouvelle.

L’ouvrage de Jean-Pierre Devroey explore l’histoire des mentalités par de solides exemples. 13 avril 1360 : l’armée du roi Édouard III d’Angleterre, qui fait route vers Chartres, est décimée par un orage « redoutable surtout par la grosseur des grêlons » qui s’abat sur les chevaux et les hommes d’armes. Jean Froissart, dont les Chroniques confèrent aux évènements de la Guerre de Cent Ans une unité, peut l’évoquer comme un « grand miracle » brisant le courage du souverain anglais. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’une réécriture à fin de propagande. Les conseillers entourant Édouard III peuvent conclure qu’il s’agit « d’interpréter correctement » les phénomènes célestes. La violence de l’orage ? Il s’agit d’une « verge de Dieu envoyée pour l’exemple » indiquant aux souverains que le temps est venu de conclure un accord de paix.

Froissart témoigne ici de la permanence d’une mentalité. Songeons à Hérodote, qui rapporte déjà que les Lydiens et les Mèdes cessèrent le combat « quand ils virent que le jour s’était transformé en nuit », convaincus que les dieux exigeaient d’eux la fin de l’affrontement (bataille dite de l’Éclipse en 585 av. J.-C.). Encore l’astronome Thalès en aurait-il prévenu les Grecs, tandis que la Bible fournit à l’élite cultivée médiévale les clefs de son interprétation. Deux types d’élite, deux modalités de compréhension d’un monde à la fois rationnel et symbolique se distinguent sans, pour autant, résumer la dynamique de la civilisation occidentale. La confrontation de l’élite intellectuelle – soucieuse de la norme – et des masses paysannes s’avère peut-être plus décisive. L’aspiration à la « christianisation » des populations (suivant l’expression forgée par Tertullien [+ 240 ap. J.-C.]) ne fit que révéler un clivage profond et durable. Il ne s’agit plus de tolérer dans l’indifférence ou le mépris une masse servile, en se contentant de réprimer les troubles à l’ordre public. Il s’agit désormais d’évaluer, de contrôler, finalement de transformer la population.

Que faire face aux exigences élitaires ? Le « proposé, le prescrit, le toléré et le proscrit » constituent autant d’éléments de négociation entre le monde paysan et les tenants de la norme. Acceptant volontairement, s’accommodant, réinterprétant ou refusant les pratiques et croyances impulsées, les communautés paysannes s’assurent de leur manière singulière d’habiter le monde (Descola, Ingold, Lussault, Être au monde. Quelle expérience commune ?, 2014). L’ouvrage de Jean-Pierre Devroey participe ainsi à écrire un chapitre de l’histoire des communautés populaires du continent. Admettons à sa suite qu’il « faut refuser l’idée reçue selon laquelle les superstitions paysannes qui survivent jusqu’à l’époque contemporaine seraient forcément les vestiges d’anciennes pratiques ancestrales ». En d’autres termes : le monde rural n’est pas un simple conservatoire, la manifestation pérenne d’une « culture sui generis ». On ne trouverait pas nécessairement en lui plus de « croyances universelles et primitives » qu’en d’autres espaces et milieux. L’historien Alain Dierkens avait pu, quant à lui, souligner que le « christianisme ne s’est pas implanté en une fois. Il s’est heurté à des résistances, actives et (surtout) passives, dont on ne peut sous-évaluer la force ». Et, depuis longtemps, Jean Delumeau avait diffusé la thèse voulant que « la christianisation réelle des campagnes de l’Occident ne soit pas antérieure au XVIe siècle, au XVIIIe ou au XIXe siècle ».

Il est d’autant plus dommage que Jean-Pierre Devroey ne discute pas davantage la signification sociale et anthropologique de ses découvertes, se maintenant à équidistance des diverses écoles pour se livrer plus librement à un inventaire raisonné. La mentalité et les pratiques d’un paysan européen dépendent-elles d’un certain mode de production ? ou de conceptions devenues autonomes ? Sont-elles analogues à celles d’un laboureur d’un autre continent, confronté aux mêmes conditions matérielles et à la pression des éléments ? Rappelons qu’Émile Durkheim soutenait quant à lui la possibilité pour les faits sociaux de perdurer par la « force de l’habitude » après la disparition de leur fonction sociale objective (Règles de la méthode sociologique, 1895).

Jean-Pierre Devroey passionne cependant lorsqu’il présente et commente les sources mises à jour : évêque de Lyon (où il fut honoré sous le nom de saint Agobo ou Aguebaud – et pas au-delà), Agobard (+ 840) consacre un traité à l’origine des phénomènes météorologiques (De grandine et tonitruis [Sur la grêle et le tonnerre]). Son objet précis ? Démontrer que si « presque tous les hommes, nobles et non nobles, urbains et rustiques, vieux et jeunes, pensent que la grêle et le tonnerre peuvent être provoqués par la volonté des hommes », nul ne possède un tel pouvoir sur la nature. De fait, les Écritures chrétiennes ne montrent ou n’annoncent rien de tel. La foi chrétienne permet et légitime une paradoxale entreprise de rationalisation. Au nom de la foi, il faut expliciter la gravité des actes et pensées « de celui qui attribue à un être humain ce qui est l’œuvre de Dieu. » Peut-on honnêtement et rationnellement accuser quelques individus d’être « tombés du ciel de vaisseaux voguant sur les nuages pour s’emparer des récoltes détruites par les intempéries et les transporter ensuite vers un pays nommé Magonia » ? Le clergé catholique parvient ici à éviter le lynchage – précisément, la lapidation – des individus capturés. Les « tempestaires », prétendument dotés de pouvoirs (supérieurs ? magiques ? démoniaques ?), assureront la postérité du Traité d’Agobard : au milieu du XVIIe siècle, Cyrano de Bergerac en use pour moquer la crédulité. Les occultistes s’en saisissent au XIXe siècle, fascinés par la mention des démons de l’air (les « sylphes »).

Annonçant les efforts modernes de mise en forme du peuple, l’époque médiévale voit s’affirmer une « pédagogie pour éduquer les élites et discipliner la population ». Figure majeure du cercle des intellectuels auprès de Charlemagne, Alcuin (+ 804) expose déjà une série de problèmes de mathématiques et de logique « destinés à aiguiser l’esprit des jeunes gens ». La thèse de l’omnipotence de Dieu – combinée, plus ou moins heureusement, avec la thèse du libre arbitre de l’homme – implique de déceler les supercheries et d’établir une image stable et commune de la réalité. Le pécheur public persévérant dans ses fautes ou ses tromperies se trouve logiquement différencié du sot issu du peuple, incapable de s’élever à la dignité de l’individu rationnel. Le clerc Amolon (+ 852) récuse ainsi le recours aux démons censés légitimer, justifier, finalement excuser des comportements excentriques, déviants ou délictuels. Les convulsionnaires de Dijon ? Ils « faisaient semblant d’être contrariés par des démons […] Une fois disciplinés par des coups et des coups violents, [ils] avouaient immédiatement leur pitoyable illusion et exposaient publiquement l’état de besoin et la pauvreté et la raison desquelles ils avaient montré ces choses ». Il ne s’agit pas tant de reconnaître puis combattre une série de rapports distincts au monde, mais de dénier finalement toute signification aux mentalités qui semblent dominer dans les campagnes (concrètement, au sein de la grande masse de la population). Celles-ci ne sont pas le lieu par excellence de manifestation de forces obscures – contre-chrétiennes – comme s’il s’agissait du revers d’une pièce. Elles sont le lieu de l’irrationnel ; de l’absurde. S’il doit advenir, l’espace commun sera non seulement dominé mais défini par une élite intellectuelle, dépositaire du monopole de la rationalité (certes suivant le paradigme chrétien : fécondée par les Écritures dont elle est l’auxiliaire).

Les sociétés médiévales demeurent cependant des « sociétés partielles ». Les communautés villageoises s’avèrent rétives à la tentative cléricale (et urbaine) d’imposer une hégémonie culturelle. La « petite tradition » locale cohabite avec la « grande tradition » à prétention globale, alors que la christianisation relève en pratique du « refus de la culture folklorique par la culture ecclésiastique » (Jacques Le Goff). Est-ce à dire que le conflit des visions du monde est en l’espèce réductible à une série de conflits sociaux ? Jean-Pierre Devroey conclut que la « question des croyances s’inscrivait au Moyen Âge, comme la question sociale, dans un champ mouvant de luttes et de tensions avec les élites qui visent à contrôler et à dominer la société rurale. » La masse populaire restera longtemps maîtresse sur son propre terrain d’interpréter les pratiques prescrites par l’élite cléricale.

On peut bien sûr être sensible aux actions débouchant sur l’expérience de la communauté, au sens fort du terme. Face aux menaces – grêle dévastatrice objective et démons de l’air supposé –, le collectif villageois peut certes organiser des processions, planter des croix en quelque endroit signifiant et demander à ses prêtres de multiplier les oraisons pour la pluie ou pour la sérénité du temps avant de procéder à un exorcisme contre les forces aériennes du mal. Nous ne pouvons assurément qu’aspirer à « l’idée d’un vivre et d’un sentir communautaire » et à la constitution d’une « communauté existentielle ». Encore la méfiance persistante de l’Église à l’égard de ceux qui érigent des calvaires sans régler leur vie sur les commandements chrétiens témoigne-t-elle de plus que d’une insatisfaction cléricale permanente. Elle fait signe vers l’incapacité des sociétés médiévales et du début de l’ère moderne à s’unifier sans contrainte ni violence par le haut, grâce à la diffusion et l’intériorisation des conceptions élitaires. La répression de la magie puis la mal-connue « chasse aux sorcières », apparaissent ensuite comme des étapes indispensables à la formation de l’individu et de l’État moderne.

Où peut alors aller notre sympathie ? Il semble téméraire de prendre le seul parti de ceux de nos ancêtres qui, à l’instar des agriculteurs du Quercy à la suite de mauvaises récoltes, « fouettaient les statues des saints pour avoir échoué à protéger les fruits de leur labeur de la grêle et de la gelée » ; ou encore de ces agriculteurs en pays protestant qui utilisaient « le texte imprimé des sermons de pasteurs réputés sur la nature […] comme amulette paragrêle ».

On reste évidemment fasciné par la diversité enracinée qui fut celle de nos sociétés. Force est cependant de constater qu’elle a largement disparu avec ses charmes et aspérités, alors que le modèle rationalisateur et unitaire propre à la Modernité semble se décomposer. Il serait d’autant plus naïf d’espérer le salut de la seule spontanéité populaire ou de l’affirmation de nouvelles tribus (Michel Maffesoli) privilégiant les sentiments et les micro-récits à l’effort de mise en forme culturelle et politique de la réalité. Plus que jamais, nous devrions considérer la valeur de la sentence – de l’axiome – voulant qu’il soit possible de « faire la pluie et le beau temps ».

Benjamin Demeslay 21/11/2024

Jean-Pierre Devroey, De la grêle et du tonnerre. Histoire médiévale des imaginaires paysans, Paris, Seuil, 2024, 448 p.

Jean-Pierre Devroey (professeur émérite de l’Université libre de Belgique et membre de l’Académie royale) est connu pour ses travaux sur l’économie rurale au Moyen Âge. Auteur d’une « éco-histoire du système social carolingien » questionnant les rapports entre pouvoir politique, territoires exploitables et forces de la Nature (La Nature et le roi. Environnement, pouvoir et société à l’âge de Charlemagne, 2019), l’historien tente d’établir une Histoire des imaginaires paysans à l’ère des « tempestaires », des « escamoteurs » et des « sorcières » réputés capables d’influer sur les phénomènes météorologiques. Il révèle ainsi que la question climatique fut plus d’une fois objet de conflits sociaux.

https://institut-iliade.com/histoire-medievale-des-imaginaires-paysans-de-jean-pierre-devroey/

lundi 18 novembre 2024

1 doigt d’histoire – Antique Moyen-Âge ?

 

Âge sombre de la pensée décadente bien pensante du XIXe siècle – de bourgeois historiens ennuyeux, parce que s’ennuyant, atteints de philanthropisme aigu –, nous a fait croire à beaucoup trop de choses fausses. Selon cette pensée, tout n’était que chaos, confusion et barbarie à l’époque médiévale qui, d’ailleurs, n’en était pas une, mais trois époques.

On commence par quoi ?

« La Terre était plate » ?

Le grand Pluto, le philosophe à la toge immaculée – un gars féru d’interprétations de découvertes faites par d’autres (les formes géométriques spatiales régulières parfaites, par exemple) – aurait écrit que la Terre est une planète de forme sphérique imparfaite. Par la suite de cette antique affirmation, la Terre pouvait avoir la forme d’un œuf ou d’une balle, pour certains et, pour d’autres, d’une pomme ou d’une pelote. Et qu’en ont dit les grands penseurs illuminés – pas ceux de Rodin qui n’ont qu’un lourd sommeil minéral – : qu’avant la Renaissance, tout le monde croyait que la Terre était plate ! Oui, selon eux, les antiques moyenâgeux étaient donc idiots et stupides ; c’est donc de l’obscurantisme médiéval.

Alors qu’en était-il ? Déjà au XVe siècle, l’affaire était entendue. La Géographie du Grec Potomélé (traduite en latin en 1410) ne laisse subsister aucun doute sur la rotondité de la Terre : elle est tout entière fondée sur le quadrillage de la sphère en degrés de latitude et méridiens de longitude. Et le Cardinal d’Ailloli en a bien retenu toutes les leçons dans son Image du monde (écrite en latin dès 1410). Pour des philosophes, du XIIIe au XIVe, nul doute n’est possible. Certains d’entre eux évoquaient même la rotation de la Terre sur elle-même ! Il semble donc y avoir unanimité sur la question durant tout le Moyen-Âge occidental. Lorsque les cartographes médiévaux nous présentent une Terre d’apparence plate et circulaire, c’est donc certainement une convention cartographique, parfois l’illustration d’une certaine tradition bibliste, mais jamais la représentation d’un soi-disant « dogme de la Terre plate ».

Cette époque avait bel et bien connu deux théoriciens de la Terre plate : Jactance (IIIe/IVe s.) d’abord, polémiste crédule, qui s’opposait ouvertement à la pensée scientifique – et païenne – de son époque, au moyen d’arguments simplistes mais combien efficaces :

Le Roi Artus faisant coucou ?

« Y a-t-il quelqu’un d’assez extravagant pour se persuader qu’il y a des hommes qui aient les pieds en haut et la tête en bas […] et que la pluie et la grêle puissent tomber en montant ? » – Lactance.

Ces visions farfelues du monde seraient restées aussi chimériques que les descriptions contemporaines de cynocéphales (hommes à tête de chien), si elles n’avaient été reprises par les « positivistes » et « progressistes » du XIXe siècle.

Je passerai volontiers loin au-dessus des mémorables textes de fables et romans « historiques » du vénérable et Saint Michelet (Jules). En effet, ses affirmations – sans la moindre source référencée – d’attardé lettré – pur modelage de polémistes, pseudo historiens et querelleurs voltairianistes incrédules – ont créé le moule de notre histoire officielle… D’autres ?

« Excepté pour les nobles et religieux, la population était totalement illettrée, donc arriérée » ?

Des recueils de minutes de procès féodaux prouvent le contraire. La loi était coutumes et réglementations locales, que tout corps de métier connaissait si bien qu’un noble ou un abbé pouvait très facilement perdre un procès. En regardant de plus près, l’on peut même constater que nos ancêtres arriérés vivaient – excluant toute technologie post-moderne actuelle – exactement comme nous. Pire ! Ils savaient mutualiser leurs forces de travail, ainsi que leurs capacités et compétences, pour vivre harmonieusement en communauté quasi autonome.

« Le peuple crevait à la tâche et crevait de faim » ?

Il s’avère que les éboueurs de l’histoire – les archéologues – et les latinistes traducteurs de parchemins féodaux ont réussi à prouver le contraire.

Le peuple, majoritairement paysan, travaillait en fonction du cycle des saisons et, malgré quelques grosses vagues d’agressions barbares, de contagions génocidaires et de pillages monastiques comme aristocratiques, mangeaient suffisamment, en quantité et en qualité, pour avoir peu de problèmes de santé. Ils mouraient jeunes mais en bonne santé.

En ville, il était interdit, sauf pour quelques rares privilèges soldatesques et miliciens, de « travailler au noir », c’est à dire de travailler la nuit.

« Pas de repos ni de congés » ?

Il y avait, en plus du jour hebdomadaire de gloire rendue au soleil, tellement de jours chômés dans l’année qu’ils avaient deux à trois fois plus de temps de vacances que nous actuellement.

« Le peuple était écrasé sous le joug des multiples taxes et lourds impôts trop contraignants » ?

Dans des pays voisins, où une loi n’interdit pas à ses historiens de fouiller, farfouiller méthodiquement et méticuleusement, nos archives historiques nationales, pour présenter une version revisitée mais plus correcte de notre histoire, on a découvert que, toutes taxes confondues ! et sans ajouter celles qui sont apparues bien plus tard (!) le moyenâgeux citoyen moyen ne reversait aux administrations et institutions que moins de vingt pour-cent (20%) de leurs revenus réels (équivalents du salaire brut, soit avant les charges salariales et patronales) issus de la force de son travail. À notre époque, l’indice moyen est de quatre-vingt cinq pour-cent (85%) des revenus réels (équivalents du salaire brut, soit avant les charges salariales et patronales).

« La religion était omniprésente et oppressante » ?

Le paganisme rural – jusqu’au XVIe siècle, voir XIXe selon certains – et les formes gnostiques égalitaires régionales – jusqu’aux tueries libératrices d’un roi expansionniste, canonisé pour l’occasion – ont longtemps tenu tête à l’Église. L’inquisition ne date que de quelques années avant ou après l’arrivée officielle de la Renaissance – selon des datations polémiques – et les tribunaux ecclésiastiques ont, très très vite, été remplacés par ceux composés de laïcs passionnément fanatiques.

« Toutes les constructions du Moyen-Âge étaient éphémères » ?

Dans nos provinces assez rurales donc beaucoup moins bétonnées, vous avez encore des ponts, des bâtis, des édifices civils, militaires et religieux qui tiennent encore tous seuls, alors qu’une construction récente ne tient pas plus de vingt à quarante ans.

N’oublions jamais que l’Histoire ne parle pas de l’Histoire des peuples, mais uniquement de leurs dirigeants.

Et l’Histoire est toujours arrangée à la sauce du pouvoir en place qui veut nous manger.

source : https://cacajuste1doigt.wordpress.com/

https://reseauinternational.net/1-doigt-dhistoire-antique-moyen-age/

dimanche 13 octobre 2024

La bataille de Marchfeld : un affrontement historique révélé par l’archéologie

 

La bataille de Marchfeld : un affrontement historique révélé par l’archéologie (1/1)

Au XIIIe siècle, une lutte acharnée pour le contrôle du Saint Empire romain germanique oppose deux figures emblématiques de l’époque : Rodolphe de Habsbourg et Ottokar II, roi de Bohême. Ce conflit atteint son paroxysme lors de la célèbre bataille de Marchfeld, à l’été 1278. Ce moment clé de l’histoire médiévale, pourtant peu exploré par les chercheurs, fait aujourd’hui l’objet de nouvelles investigations archéologiques.

Rodolphe de Habsbourg et Ottokar II : une rivalité au sommet

L’origine de ce conflit remonte à la mort de Frédéric II de Hohenstaufen en 1250, qui plonge le Saint Empire romain germanique dans une période de chaos connue sous le nom de « Grand Interrègne ». Durant cette quinzaine d’années, plusieurs rois se disputent la couronne impériale. Parmi eux, Ottokar II, roi de Bohême, s’impose comme l’un des prétendants les plus puissants.

Cependant, en 1273, lorsqu’il s’agit de désigner un nouveau roi des Romains, titre préalable pour devenir empereur, Ottokar II ne se présente pas. À sa place, les princes élisent un candidat moins connu : Rodolphe de Habsbourg. Ce choix déclenche une rivalité féroce entre les deux hommes, qui se soldera par la bataille de Marchfeld en 1278.

La bataille de Marchfeld : un tournant décisif

La bataille de Marchfeld est l’un des affrontements les plus violents et décisifs du Moyen Âge. Ce combat, qui oppose les troupes de Rodolphe de Habsbourg à celles d’Ottokar II, a façonné l’avenir du Saint Empire romain germanique. La victoire de Rodolphe a non seulement scellé la fin du règne d’Ottokar, mais aussi marqué le début de l’ascension des Habsbourg sur la scène européenne.

Malgré l’importance historique de cet événement, la bataille de Marchfeld est restée longtemps dans l’ombre. Aujourd’hui, près de 750 ans plus tard, une équipe d’archéologues de l’Institut Ludwig-Boltzmann de Vienne entreprend d’éclaircir les mystères de ce champ de bataille situé au nord-est de l’Autriche. À travers des fouilles et des recherches approfondies, les scientifiques espèrent reconstituer avec précision cet épisode majeur de l’histoire médiévale.

Un plongeon dans l’Europe médiévale

Ce projet archéologique, soutenu par des reconstitutions historiques détaillées, permet de mieux comprendre les enjeux politiques et militaires de l’époque. Grâce à ce travail, la bataille de Marchfeld retrouve sa place au cœur de l’histoire européenne. Un documentaire diffusé par Arte met en lumière ces découvertes passionnantes et offre une immersion totale dans l’Europe du XIIIe siècle.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2024, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2024/09/28/238208/la-bataille-de-marchfeld-un-affrontement-historique-revele-par-larcheologie/

samedi 14 septembre 2024

Danemark : découverte des restes des premiers habitants de Copenhague datant d’un millier d’années

 danemark-decouverte-des-restes-d.jpg

Il s’agirait des tous premiers habitants de Copenhague, la capitale danoise… Depuis décembre, une équipe d’archéologues du Musée national de Copenhague fouillent les sous-sols sous la place de l’Hôtel de ville et ils viennent d’annoncer avoir découvert une vingtaine de squelettes. Ces ossements appartiendraient à des familles ayant vécu il y a un millier d’années.

Ils ont été découverts un mètre seulement sous la surface de la place la plus fréquentée du pays et les archéologues ont bon espoir d’en exhumer d’autres. Une découverte susceptible de permettre d’en savoir davantage sur la manière dont fut fondée la capitale.


https://www.fdesouche.com/2018/02/22/danemark-decouverte-des-restes-des-premiers-habitants-de-copenhague-datant-dun-millier-dannees/

dimanche 25 août 2024

Charlemagne, le prince à cheval – La vie et les batailles de Charlemagne, de son avènement au trône des Francs à son couronnement comme empereur d’Occident

 

Charlemagne, le prince à cheval est un téléfilm franco-italo-germano-luxembourgeois en trois parties, réalisé par Clive Donner.

Nous vous proposons les trois parties de ce film qui raconte la vie et les batailles de Charlemagne, de son avènement au trône des Francs à son couronnement comme empereur d’Occident :
– 1 : Le Prince
– 2 : Le Roi
– 3 : L’Empereur

Présentation :
– Réalisation : Clive Donner
– Scénario : Marcel Jullian et Jack Russel
– Durée : 3 fois 100 minutes
– Première diffusion : 28 février, 7 et 14 mars 1994 sur France 2

Première partie : Le Prince

Deuxième partie : Le Roi

Troisième partie : L’Empereur

Fabien Laurent

https://www.medias-presse.info/charlemagne-le-prince-a-cheval-la-vie-et-les-batailles-de-charlemagne-de-son-avenement-au-trone-des-francs-a-son-couronnement-comme-empereur-doccident/190486/

vendredi 23 août 2024

Pour en finir avec les inepties et autres mensonges débités sur Moyen-Âge

 

Partout, que ce soit à la radio à la télévision ou dans l’espace public, en famille ou même l’école, le Moyen-Âge est communément taxé d’obscurantisme, de misogynie, d’intolérance et autres joyeusetés totalement ineptes et contraires aux faits.

« Pour en finir avec le Moyen Âge » de Régine Pernoud Kelly est publié aux éditions du Seuil, dans la collection POINTS.

Dans le cadre de sa volonté de rétablir certaines vérités historiques, MPI vous propose aussi :
– L’homme et la femme au temps des cathédrales, par Dominique STRUYVE

Fabien Laurent

https://www.medias-presse.info/pour-en-finir-avec-les-inepties-et-autres-mensonges-debitees-sur-moyen-age/190457/