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lundi 30 octobre 2023

SPQR. Histoire de l’ancienne Rome, par Mary Beard

 

Les éditions Perrin ne sont jamais à court d’ouvrage majeur ; elles le prouvent avec la sortie de SPQR. Histoire de l’ancienne Rome, de Mary Beard. Figure académique anglaise, Mary Beard est professeur à Cambridge. Personnalité hors norme, alliant une hauteur de vue unique à une écriture rare, elle est membre de la British Academy et de l’American Academy of Arts and Sciences.

Auteur de nombreux livres acclamés par la presse et plébiscités par le public, dont The Roman Triumph, The Parthenon, et Pompéi, elle est également chargée de l’Antiquité pour le prestigieux Times Literary Supplement. Brillante pédagogue, elle conseille la BBC pour ses émissions historiques.

Cet ouvrage, de plus de 500 pages, retrace l’histoire de Rome, de sa fondation à sa chute ; un effondrement de l’empire romain particulièrement d’actualité aujourd’hui, à l’heure où les frontières de l’Europe cèdent de toute part…

L’ancienne Rome continue de soutenir l’édifice de la culture occidentale, de façonner notre vision du monde et la place que nous y occupons. Mais comment et pourquoi ce qui n’était qu’un village insignifiant dans le centre de l’Italie a-t-il pu devenir une puissance à ce point dominante, exerçant son autorité sur un vaste territoire déployé à travers trois continents et façonnant nombre de nos concepts fondamentaux sur le pouvoir, la citoyenneté, la guerre, l’empire, le luxe ou la beauté ? L’auteur retrace mille ans d’histoire de l’Urbs, du mythe fondateur de Romulus et Remus à l’édit de l’empereur Caracalla offrant la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’empire (IIIe siècle).

Ce faisant, l’auteur conteste les perspectives historiques confortables, refusant l’admiration simpliste ou la condamnation systématique. Elle montre que l’histoire romaine, loin d’être figée dans le marbre, est constamment révisée en fonction de nouvelles connaissances. Rome ne fut pas, par exemple, le petit frère violent de la Grèce, féru d’efficacité militaire, là où son aînée aurait au contraire privilégié la recherche intellectuelle.

De célèbres personnages – Cicéron, César, Cléopâtre, Auguste et Néron – prennent ainsi une tout autre couleur, tandis que les acteurs négligés dans les histoires traditionnelles – les femmes, les esclaves et affranchis, les conspirateurs et, globalement, ceux qui ne sont pas du côté des vainqueurs – retrouvent leur place dans l’éblouissante aventure romaine.

SPQR –Senatus PopulusQue Romanus – est l’abréviation qu’utilisent les Romains pour désigner leur État. À travers ce livre exceptionnel, ponctué par une centaine d’illustrations, le Sénat et le Peuple de Rome reprennent vie.

SPQR est un ouvrage majeur concernant une période déterminante et passionnante dans l’histoire de l’Europe.  Le livre est agrémenté de photos et d’illustrations, qui rendent la lecture encore plus agréable. A posséder, pour tous les étudiants en Histoire abordant cette période, mais aussi pour tous les passionnés de cette période. Procurez-le vous, et replongez dans ce rêve appelé Rome, qui s’effondra après l’édit de Caracalla…

SPQR. Histoire de l’ancienne Rome – Mary Beard – Perrin – 26 €. Commandez le livre en cliquant sur l’image ci-dessous, et aidez en même temps breizh-info.com qui touchera une commission.

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2016/10/23/51765/spqr-histoire-de-lancienne-rome-mary-beard/

mardi 15 août 2023

La Gaule et les Gaulois avant César (rediif)

 Avant notre ère, le territoire compris entre les Pyrénées, les Alpes et le Rhin (France, Bénélux, Suisse et Rhénanie actuels) a une unité toute fictive et ce n'est en rien un pays de sauvages selon l'idée cultivée par les historiens du XIXe siècle…

Appelé Gallia (Gaule) par Jules César dans son célèbre compte-rendu de la guerre des Gaules, ce territoire appartient à l'immense domaine de peuplement celte qui s'étend des îles britanniques jusqu'au bassin du Danube et même jusqu'au détroit du Bosphore (le quartier de Galatasarai, à Istamboul, rappelle encore aujourd'hui la présence de Galates, cousins des Gaulois, dans la région).
Brennus, le premier Gaulois
Le nord de la péninsule italienne est lui-même baptisé Gaule cisalpine par les Romains qui n'en gardent pas de bons souvenirs… En 390 avant JC, la jeune république sénatoriale avait été assiégée par des Gaulois de cette région, les Sénones. Les habitants n'avaient dû leur salut qu'à la vigilance des oies sacrées du Capitole. Selon l'historien Tite-Live, celles-ci, par leurs cris, les avaient prévenu d'une tentative d'effraction nocturne des Gaulois.
Finalement contraints à la reddition et à un lourd tribut, les Romains avaient osé mettre en doute la fiabilité de la balance utilisée par les Gaulois pour peser l'or. Le chef gaulois, Brennus, avait alors jeté son épée sur la balance en lançant : «Vae Victis ! » (Malheur aux vaincus !).
Une unité fictive
La Gaule proprement dite est partagée entre Rome et des tribus indépendantes celtes, mais aussi ibères ou encore germaniques.
Jules César lui-même a perçu cette diversité : « La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur propre langue, se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par le cours de la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de tous ces peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et des mœurs raffinées de la Province, parce que les marchands vont très rarement chez eux et n'y importent pas ce qui est propre à amollir les cœurs, parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre » (La guerre des Gaules).
Avant que le général ne débarque en Gaule, les Romains occupent déjà la partie méditerranéenne du pays, dont la capitale a été Narbonne avant de devenir Lyon. Cette région, la Gaule Narbonnaise, est aussi appelée la Province (dont nous avons fait Provence) car c'est dans l'ordre chronologique la première province de Rome !
La Gaule qui échappe à Rome est communément appelée «Gaule chevelue». En fait, ses habitants sont loin d'être tous chevelus… Ainsi, les Éduens, qui habitent au centre de l'hexagone, sont fortement influencés par la culture latine, portent les cheveux courts et s'habillent à la romaine. Les régions proches des Pyrénées sont plus précisément appelées Aquitaine ; au-delà de la Seine, elles sont appelées Belgique.
Les 64 pays gaulois («pagus») sont très différents les uns des autres et sensibles aux influences des pays riverains (Italie, Germanie, Espagne) et même plus lointains (Grèce). Certains sont des chefferies héréditaires, d'autres des républiques plus ou moins démocratiques.
Le trésor de Vix
 
 
En 1953, on a découvert à Vix, en Bourgogne, la tombe d'une princesse celte morte vers 480 avant JC.
Son trésor funéraire incluait un cratère (vase) en bronze de 1,64 mètre, originaire de l'Italie du Sud qu'on appelait alors la Grande Grèce !
Cette découverte atteste que, très tôt, les Celtes de l'hexagone, plus tard appelés Gaulois, avaient des liens commerciaux nombreux avec les civilisations de la Méditerranée
Un pays prospère et fortement peuplé
Dans son ensemble, la Gaule se caractérise par une forte densité de population. On évalue à douze millions le nombre de ses habitants, soit davantage qu'à certaines époques du Moyen-Âge.
Loin d'être un pays de forêts impénétrables uniquement peuplées de sangliers comme le laisseraient croire certaines bandes dessinées, la Gaule est en grande partie défrichée et couverte de belles campagnes comme l'atteste l'archéologie aérienne.
Ses habitants manifestent un exceptionnel savoir-faire dans l'art de l'agriculture et de l'élevage comme l'atteste un bas-relief en pierre découvert dans le bassin parisien : il montre une moissonneuse-batteuse antique, poussée par des chevaux et manoeuvrée par deux hommes ! D'ailleurs, le potentiel agricole de la Gaule compte pour beaucoup dans l'intérêt que lui portent les Romains.
Les Gaulois reviennent à la vie
En janvier 1789, à la veille de la Révolution française, l'abbé Joseph Sieyès publie un opuscule retentissant : Qu'est-ce que le tiers état ? Dans ce petit ouvrage, il présente les Gaulois et plus précisément les Gallo-Romains comme les ancêtres du tiers état (le peuple), en les opposant aux Francs, ancêtres des nobles et aristocrates.
C'est ainsi que sortent de l'ombre «nos ancêtres les Gaulois», éclipsés jusque-là par les chroniqueurs officiels qui se contentaient de relater les exploits de la monarchie et faisaient remonter celle-ci à Clovis (Ve siècle de notre ère).
Les Gaulois vont acquérir leurs lettres de noblesse avec Napoléon III ! Féru d'histoire antique, l'empereur écrit en collaboration avec Victor Duruy une biographie de Jules César et par la même occasion, se pique de passion pour Vercingétorix. Il le fait représenter sous ses traits à Alise-Sainte-Reine, lieu supposé de la bataille d'Alésia.
C'est le début d'une étrange dichotomie chez les Français cultivés qui considèrent les Gaulois comme leurs ancêtres et dans le même temps, les voient comme des sauvages que les Romains ont eu le bon goût de soumettre et civiliser… Les historiens et archéologues de la fin du XXe siècle ont fait litière de ces schémas.
La Gaule à la veille de la conquête romaine
Cliquez pour agrandir
 
Le territoire entre Rhin et Pyrénées que César appelle Gaules est composé d'environ 64 pays relativement divers et d'une unité très factice… C'est aussi un territoire fortement peuplé, aux ressources agricoles et minières abondantes…

vendredi 1 juillet 2022

La mort des Césars (Joël Schmidt)

 Joël Schmidt, historien, critique littéraire et romancier, est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, parmi lesquels plusieurs sont consacrés à l’Empire romain.

Rome a été gouvernée entre 27 av. J.-C. et 476 ap. J.-C. par quelque 71 empereurs légitimes. Parmi eux, au moins les trois-quarts furent assassinés, et le quart restant mourut en livrant bataille ou anéanti par des maladies diverses.

L’auteur respecte ce que les historiens de l’Antiquité nous ont relaté, mais adopte une forme tantôt historique, tantôt un peu plus romanesque pour chacun des empereurs traités, les faisant songer, voire rêver, afin de les rendre vivants et personnels, pour expliquer ce qui les a conduits à la mort. L’ouvrage commence par les derniers jours de Jules César qui ne fut jamais empereur, mais qui donna son nom à toutes les titulatures impériales des empereurs qui devaient gouverner Rome pendant quelque cinq siècles.

L’objet de cet ouvrage ne consiste pas à dresser la biographie exhaustive de ces empereurs, mais à indiquer les principales lignes de faîte de leur gouvernement, en s’attachant à leurs points de faiblesse, souvent à leurs crimes inexpiables qui ont parfois justifié leur mort. Joël Schmidt insiste également sur les prodiges qui entourent les empereurs et sont annonciateurs de leur prochain décès, ainsi que sur le rituel de leurs obsèques et de leur inhumation devant des foules souvent compactes.

A l’heure où l’heure de la mort approche, certains empereurs romains se montrent courageux, d’autres lâches et, en ce sens, leur exemple, parce qu’ils ont été les maîtres du monde et que leur fin est celle de tout être réduit à sa plus simple humanité, comme tous leurs sujets, peut nous servir de modèle à suivre ou à éviter si, comme disait Montaigne, suivant en cela Sénèque, nous souhaitons une belle mort.

La mort des Césars, Joël Schmidt, éditions Perrin, 334 pages, 21,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-mort-des-cesars-joel-schmidt/62042/

lundi 27 septembre 2021

Le Temple de Vénus Génitrice (Venus Genetrix)

  

Ex: https://www.romanoimpero.com/2019/09/templum-veneris-genetricis-26-settembre.html

La construction du temple de Venus Genetrix (Vénus Mère) avait été une promesse et un vœu de Jules César à Vénus lors de la bataille de Pharsale, livrée et gagnée en 48 avant J.-C. contre son adversaire Pompée le Grand.

 

Le terme "Genitrice" faisait allusion à l'ascendance mythique de César à travers Iulus (c'est-à-dire Ascanius), géniteur de la gens Iulia, et fils d'Énée, lui-même fils de la déesse Vénus. Mais la Déesse était aussi la génitrice de tout le monde vivant, animal et végétal.

César pensait d'abord dédier le temple à la "Venus Vincitrix", comme celui construit par son rival Pompée au sommet de son théâtre, mais il changea d'avis et opta pour la Genitrix. Le temple de la déesse fut ainsi construit et inauguré en 46 avant J.-C. sur la place du Forum de César, vers la montée menant au Capitole, dont il occupait toute l'extrémité nord-ouest.

Le temple, avec la magnifique place qui le précède, est l'un des rares bâtiments que César a réussi à inaugurer avant son assassinat.

Un passage de Suétone (70 - 122) rappelle comment un jour César a reçu le Sénat, ignorant toutes les normes de l'étiquette républicaine, assis au milieu du podium du temple, comme une divinité vivante. Mais l'anecdote n'est pas crédible, notamment parce que le Sénat ne se réunissait que dans des lieux consacrés à cet effet, généralement dans la Curie, qui se trouvait dans le forum romain.

Les cérémonies du Nouvel An du Sénat se déroulaient dans le temple de Jupiter Optimus Maximus, tandis que les réunions sur les questions de guerre avaient lieu dans le temple de Bellona.

Il n'est pas exclu que l'anecdote ait été compilée pour plaire à l'empereur Hadrien, sous lequel Suétone a servi, qui voulait que son gouvernement soit considéré comme meilleur que celui de ses prédécesseurs, et aimait donc les anecdotes défavorables sur les empereurs précédents.

 

 

VESTIGES DU TEMPLE DE VENUS GENETRIX - FORUM DE CÉSAR FAMIANO NARDINI

Templum Veneris Genetricis 

Comme l'ancien Forum devenait étroit et ne pouvait être agrandi sans provoquer grande ruine pour les temples et les bâtiments qui l'entouraient, César en construisit un autre à proximité et presque joint à celui-ci : "Non quidem rerum venalium", écrit Appien dans la deuxième des Guerres civiles, "sed ad lites aut negotia convenientium". 

Il raconte également que César y a fait construire un magnifique temple à Vénus Génitrice avec une célèbre image de cette déesse envoyée par Cléopâtre, à côté de laquelle se trouvait une effigie de Cléopâtre. Dans la 2e édition des Guerres civiles, ledit auteur écrit "Ad Dea latus effigiem Cleopatrae statuit quae hodieque juarta visitur". 

Auquel il a ajouté un somptueux Atrium, le déclarant Forum. L'Atrium, donc, a été ajouté au Temple et est la Basilique dans laquelle il a été tenu, qui, plus que la place devant elle, a été appelé le Forum. Il ne semble pas étrange que l'Atrium et la Basilique y soient une seule et même chose, puisque l'Atrium était une grande salle divisée par des colonnes, comme je l'ai déjà démontré, et que les anciennes Basiliques des Gentils n'avaient pas une forme différente de celle des premières Églises chrétiennes, comme le démontre Donati, avec l'exemple de Saint-Jean de Latran, Saint-Paul, Sainte-Marie-Majeure et d'autres, de sorte que, à partir des compartiments de nos anciennes Églises, nous pouvons nous rappeler la forme des Basiliques et des Forums des Gentils et conclure que les Atriums n'y étaient pas différents. 

Mais revenons pour parler du Forum de César dans son intégralité. De Dione il est dit dans lib 48 pulchrius romanus Suetonius, 26, de César: "Forum de manubiis inchoavit cujus area super II S millies constititit" et est confirmé par Pline, 15, lib 36. Son emplacement est dit être entre San Lorenzo in Miranda et le Temple de la Paix, mais comment cela peut-il être, si non seulement le Temple de la Paix, mais aussi San Lorenzo in Miranda et d'autres bâtiments plus proches que San Lorenzo du grand Forum et du Capitole appartenaient à la quatrième région, et le Forum de César est compté par Victor et Rufus, comme nous le lisons dans Anastase plusieurs fois. 

Au milieu du Forum, devant le temple de Vénus, se trouvait une statue équestre de César lui-même, en bronze doré, à l'effigie de son merveilleux cheval, qui, impatient d'avoir sur lui d'autres que César, avait les ongles taillés en forme de dents humaines. 

C'est ce qu'écrivent Suétone (61 César) et Pline dans le livre 42, 8. Ce cheval de bronze, sous la forme du Bucéphale d'Alexandre, œuvre de Lysippe, avait déjà été donné à Alexandre et ensuite transporté par César sur son Forum, où il fit d'abord ajuster les griffes à celles du sien, comme Donati nous l'apprend de ce qu'écrit Statius dans le premier des Selves, quand il parle du cheval de Domitien au v 84; "Cedat equus Latiae qui contra Templa Diones Caesarei stat sede Fori Quem tradere cs ausus Pellaeo Lysippe Duci mox Caesaris ora Aurata cervice tulit".

Devant le même temple de Vénus, Pline 4, livre 35, il y avait les superbes peintures d'Ajax et de Médée. Parmi les autres statues, dont il était orné, il y en avait une de César, armée d'un blason évoqué par d'autres, dont Pline 5, 34. Ayant dédié au même César un casque de perles britanniques et six bijoux. Pline écrit, livre 35,  et 1,37: "Il y avait une Colonne Rostrata de Quintilien, lib 1 c 7, et nous en donne connaissance; "Ut latinis veteribus D plurimis in verbis ultimam adjectam quod manifestum est etiam ex Columna rostrata qua est Julio better C Duellio in Foro posita". 

VENUS GENETRIX RECONSTRUCTIONS

Le temple fut endommagé par l'incendie du Capitole en 80 et dut être reconstruit sur les mêmes fondations sous le règne de Trajan (53-117), après la démolition de la sellette de la colline entre le Capitole et le Quirinal pour l'érection du Forum de Trajan, sellette sur la pente de laquelle se trouvait le temple.

Elle fut donc à nouveau consacrée, comme le rapportent les Fasti Ostiensi, le 12 mai 113, le jour même de l'inauguration de la colonne de Trajan. Le temple subit un nouvel incendie sous l'empereur Carinus (257-285) en 283, tandis que sous Dioclétien (244-313) il a dû être restauré, en incorporant les colonnes de la façade dans un mur de briques.

Il était ensuite relié par des arcs, toujours en maçonnerie recouverte de marbre, pour des raisons de stabilité, aux structures latérales de la Basilique Argentaria, le portique à piliers qui flanquait le temple de Vénus Génitrice.

Dans l'abside se trouvait la statue de Vénus Genetrix, œuvre du sculpteur néo-attique Arcesilaus. A l'intérieur du temple, de nombreuses œuvres d'art, connues en partie grâce aux sources :

    - statue de Vénus
    - statue de César
    - statue en bronze doré de Cléopâtre,
    - deux tableaux de Timomachus de Byzance (Médée et Ajax, que César a payé quatre-vingts talents),
    - six collections de pierres précieuses sculptées,
    - une cuirasse décorée de perles de Britannia.

Cette invocation a été gravée sur un mur à Pompéi :

"Je te salue, ô... nôtre. Sans cesse je vous prie, ô ma dame; par Vénus physique je vous implore de ne pas me rejeter. (Signature) Se souvenir de moi". 

Les amoureux ou ceux qui espéraient le devenir se tournaient vers Vénus pour gagner le cœur de quelqu'un, pour recevoir le don de la beauté ou pour être vif dans les relations sexuelles afin de plaire à leur partenaire. 

Ils priaient aussi pour retrouver un amour perdu, ou pour bien garder un amour présent.

"Parent de la lignée d'Énée, étoiles fluides du ciel tu rends populeuse la mer, car toute espèce d'être vivant naît de toi et, levé, contemple la lumière du soleil: toi, déesse, toi que les vents fuient, toi et ton industrieux avancement fait jaillir les fleurs, pour toi le ciel brille d'une clarté diffuse." 

(Lucretius, De Rerum Natura, Livre I).

LE FESTIN

Elle était célébrée le Saturni Dies, le jour de la cérémonie, ante diem VI Kalendas Octobres. Elle commençait tôt le matin par la lustration du temple par les prêtres flaminiens avec leurs accompagnateurs (camilli) qui les aidaient dans leur tâche.

Puis il y eut un sacrifice d'herbes odorantes et d'encens en l'honneur de Venus Genitrix avec des chants et des invocations, suivi de la reconstitution de Jules César, désormais déifié, sur la statue duquel on plaça des guirlandes de myrte, sacrées pour la déesse.

Puis la procession commence avec les prêtres, les jeunes filles enguirlandées qui chantent et répandent des pétales de rose, et enfin la statue de Vénus portée par les hommes, qui fait le tour des temples qui lui sont liés, comme Saturne, Mars et Mercure et aussi Cupidon, étant encore plus enguirlandée à l'entrée de chacun de ses temples, avant de retourner dans son propre temple.

Parfois, les adorateurs sur le chemin lui donnaient des écharpes ou des manteaux de soie qui étaient placés sur ses bras ou à ses pieds. Ou bien ils lui plaçaient des colliers autour du cou, des bracelets et même des bagues en or et en argent.

Aucun animal n'était sacrifié à la déesse, mais des branches de myrte, des roses et des pommes lui étaient offertes, et souvent, lors des processions, des colombes blanches étaient lâchées dans le ciel en son nom. À la maison, on organisait des banquets, on versait du vin et on préparait des friandises appelées milloi (en forme de vagin) avec des fruits secs et du miel.

Dans la nuit suivant le jour de la fête, les rapports sexuels pour avoir des enfants, pour renforcer l'amour, mais aussi la chance pour atteindre le succès, étaient de bon augure. La Déesse aimait ceux qui pratiquaient l'art de l'amour, comme elle-même ne cessait de le faire.

BIBLIOGRAPHIE :

- Giuseppe Lugli - Il restauro del tempio di Venere e Roma, in Pan - 1935 -
- Antonio Muñoz - Il tempio di Venere e Roma, in Capitolium - 1935 -
- Filippo Coarelli - Guida archeologica di Roma - Arnoldo Mondadori Editore - Verona - 1984 -
- Andrea Barattolo - Sulla decorazione delle celle del tempio di Venere e Roma all'epoca di Adriano - in Bullettino della Commissione Archeologica Comunale di Roma - 1974-75 -
- Alessandro Cassatella e Stefania Panella - Restituzione dell'impianto adrianeo del Tempio di Venere e Roma - in Archeologia Laziale - Consiglio Nazionale delle Ricerche - 1990 .

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2021/09/21/le-temple-de-venus-genitrice-venus-genetrix-6338986.html

jeudi 19 août 2021

Vercingétorix ou la gloire des vaincus

 Le célèbre Vercingétorix du grand maître Camille Jullian doit aller dans toutes les bibliothèques de qualité. On verra par l'article de Marcel Brion l'intérêt de la personnalité du jeune chef gaulois. Elle permet un saisissant rapprochement avec notre temps. Elle montre - quelle leçon pour aujourd'hui - la France souvent vaincue par elle-même. Comme le dit Marcel Brion, la stratégie gauloise était périmée, et périmée aussi cette passion pour la liberté qui leur faisait préférer l'anarchie et la discorde à l'établissement d'un gouvernement durable. La foi religieuse, elle non plus, n'animait plus suffisamment ce peuple.

La tentative de Vercingétorix a été le magnifique sursaut d'un jeune homme intrépide et plein d'illusions, pour essayer de détourner le cours de la destinée. L'imaginatif, le chimérique, a été vaincu par le réaliste, le calculateur; mais ces différences de caractère n'auraient pas suffi à donner la victoire à César si la Gaule n'avait déjà porté en elle-même toutes ses causes de défaite, tous les germes de désagrégation.

On peut dire que la Gaule a été vaincue par elle-même tout autant que par César. Vaincue par son esprit de désordre et d'insubordination, par son goût pour l'indépendance anarchique et brouillonne, par son défaut d'organisation morale et matérielle.

Au printemps de l'année 53, pour parachever son œuvre et garder toute la Gaule en main, César invita les peuples à tenir leur assemblée traditionnelle dans son camp et sous sa présidence. C'était le meilleur moyen de dénombrer qui était pour lui, qui était contre lui; les absents seraient considérés, du fait même de leur absence, comme des ennemis.

Ce coup d'audace, dans un pays où l'instinct de la révolte bouillonnait encore, réussit : les peuples, intimidés, envoyèrent leurs représentants au camp de César. Il n'y en eut que trois qui manquèrent au rendez-vous et qui payèrent de la destruction de leurs champs et de leurs cités ce geste de bravade.

Fort de ce succès, César recommença lors de l'assemblée d'automne et obligea les délégués des nations à prononcer la condamnation des chefs coupables qu'il avait faits prisonniers.

Les envoyés gaulois, qui délibéraient sous la protection des légionnaires, homologuèrent les jugements désirés par César. La Gaule n'avait pas seulement perdu sa liberté, mais aussi, semble-t-il, son honneur et son âme.

En voyant la docilité avec laquelle les délégués des peuples gaulois avaient accepté ses plus insultantes exigences. César pouvait croire le pays maté. En réalité, la révolte couvait, à la fois chez les peuples qui avaient été victimes des répressions et chez ceux qui, par prudence ou par diplomatie, ne s'étaient pas compromis d'une façon prématurée et qui n'avaient pas encore attiré, ainsi, les regards soupçonneux des Romains.

La Gaule, enfin, avait la bonne fortune de voir sortir d'entre ses jeunes princes le chef qui lui avait toujours manqué; celui sur le nom duquel l'unanimité se fait, qui personnifie la volonté de vivre et de durer, qui joint aux qualités gauloises traditionnelles des talents militaires exceptionnels ; qui, enfin, pour avoir fréquenté les Romains, connaît leur tactique et leurs procédés de combat.

un jeune Arverne

Un jour le bruit se répandit, secrètement, car il ne fallait pas éveiller trop tôt la méfiance des Romains, que la révolte éclaterait le sixième jour de la lune du solstice d'hiver. C'étaient les Carnutes qui avaient pris l'initiative du soulèvement, sans doute sous l'influence des Druides, et qui invitaient tous les peuples de la Gaule à se joindre à eux pour chasser les Romains.

Déjà, les Parisiens, les Sénons, les Aulerques, les Armoricains, les Andes, les Cadurques, les Lemoviques, les Turons, avaient juré leur foi. Les Arvernes hésitaient, leur chef, Gobbanitio, redoutant les aventures et craignant de s'engager dans une tentative sans espoir. 

Au jour convenu, les Carnutes massacrèrent tous les Romains de Genabum (Orléans). Il y avait des villes plus puissantes et mieux défendues que celle-là; le geste avait donc une valeur symbolique, plutôt qu'une portée stratégique; il signifiait la rupture absolue avec Rome, le défi jeté à César. L'armée gauloise, faite de tant de nations diverses, traditionnellement attachées à leurs particularismes, pour une fois renonça à ses discordes anarchiques et choisit comme unique chef de guerre le jeune Vercingétorix.

En effet, la nouvelle du massacre de Genabum bouleversa l'Auvergne. Ce jeune Arverne, Vercingétorix, réunit ses clients et les enthousiasma sans peine. Il recruta des partisans dans la campagne et expulsa de Gergovie le parti aristocratique. La royauté fut rétablie en sa faveur.

Son prestige fut bientôt immense. Il raffermit le courage des peuples hésitants; le commandement suprême de la rébellion lui fut donné.

Le choix était intelligent. Vercingétorix avait appris son métier d'homme de guerre aux côtés de César ; il connaissait donc les manœuvres, les feintes, les ruses de l'ennemi qu'on allait combattre. Il possédait les qualités natives du Gaulois, le courage, l'audace, la promptitude de décision, l'amour de son pays, l'héroïsme aveugle. Son intelligence était grande, aiguë, pratique, objective ; il savait agir vite et à propos.

Il est difficile de juger Vercingétorix avec toutes les chances de certitude et d'impartialité, puisque nous ne le connaissons que par ce que ses ennemis ont dit de lui et la « propagande » romaine ne négligeait rien pour diminuer le prestige de l'adversaire.

Il faut donc considérer les documents d’origine romaine comme sujets à caution et ne leur accorder qu'une créance limitée. Il est possible qu'il y ait eu dans les actes de Vercingétorix quelques traits de la duplicité et de la cruauté que nous reprochons à César, sa personnalité étant certainement plus nuancée que celle que nous voyons se dégager de la rareté et de l'unilatéralité des textes. Il possédait de grands talents militaires, qu'avait développés une formation politique; sa conduite fut en réalité dictée par beaucoup de sang-froid et de prudence.

On aurait tort de ne voir dans le jeune Arverne que le cavalier audacieux, le « beau sabreur », l'homme des coups de main désespérés. Il importe de remarquer avant tout le prestige immense qui fut celui de Vercingétorix auprès de ses compatriotes. Prestige dû, évidemment, à son parfait désintéressement et à son noble et ardent amour de la liberté. mais aussi à ce qu'il était doué par la nature de cette qualité essentielle du chef de guerre et de l'homme d'État : l'autorité.

Celle-ci était aussi l'un des traits du caractère de César. Mais alors que l'ascendant du Romain reposait non seulement sur son génie personnel, mais aussi sur l'organisation et la discipline séculaire des légions, celui de Vercingétorix, tout de prestige et d'éloquence, était instable, car il ne pouvait prendre appui sur la cohue des bandes gauloises.

Le jeune Arverne le savait, c'est pourquoi, s'il se montre parfois intrépide, voire téméraire, sa conduite sera d'affaiblir l'adversaire en faisant le vide dans le pays, en se dérobant aux attaques directes : il eût été imprudent d'affronter en rase campagne les légionnaires romains. Chaque fois que, sous la pression de ses propres troupes, Vercingétorix renoncera à cette tactique, l'événement lui sera fatal : ainsi à Avaricum, ainsi à Dijon, Vercingétorix fut véritablement l'incarnation du patriotisme gaulois.

César revient

Profitant de l'absence de César, il inaugure sa campagne en déclenchant les hostilités en plein hiver, ce qui est contraire à la tradition, et en partageant en trois armées les troupes que lui a fournies la coalition des peuples gaulois. Il va frapper César à trois points vitaux de la puissance romaine en Gaule, dans la Narbonnaise, que les Cadurques ont envahie, sous la direction de Luctère, à Sens où six légions attendent, sur pied de guerre, l'ordre de marcher, et chez les Bituriges, qui ont répondu avec tiédeur à l'appel des Arvernes.

César n'étant pas en Gaule, il faut agir vite, avant qu'il n'ait pu être prévenu de ce qui s'y passe. Malheureusement, le chef senon Drappès, qui avait pour mission d'encercler Sens, n'a pas su empêcher Labienus, le meilleur lieutenant de César, d'envoyer un message à son chef qui se trouve, à ce moment-là, au bord de l'Adriatique, à Ravenne.

Il aurait fallu profiter de son absence pour achever le rassemblement de toutes les forces gauloises - il y a encore des tièdes et des hésitants - et pour écraser les garnisons qui occupent les points principaux du pays. C'est ce qu'a voulu faire Vercingétorix. Il sait que l'absence de César est, pour lui, un grand facteur de succès. Il est prêt à agir promptement mais, si vite qu'il se déplace, il ne connaît pas la rapidité prodigieuse de César, cette endurance quasi surhumaine qui lui permet de couvrir, au galop, presque sans repos, des distances considérables.

Pour tous les deux, la victoire est une question de vitesse. César a confiance dans ses lieutenants, mais il sait bien qu'il est nécessaire en Gaule; pour Vercingétorix, il faut l'empêcher d'arriver avant que la concentration des troupes ne soit achevée et l'alliance des peuples gaulois totale.

Vercingétorix n'a pas hésité à frapper durement les tièdes et les suspects. Il a usé de l'intimidation et de la terreur, là où la persuasion était inefficace. Il est prêt à conduire cette guerre avec la plus grande cruauté contre ses ennemis, et envers ses soldats aussi dont les défaillances seront punies par des supplices terribles.

Ce qui compte, c'est le résultat. Il n'est pas mauvais que les châtiments soient assez spectaculaires pour frapper l'imagination et Vercingétorix qui, à bien des égards, demeure un barbare, impose à son armée une discipline de fer, qui réussira, dans une certaine mesure, à briser enfin l'anarchie gauloise. Il faut que la peur renforce le zèle et le patriotisme. Et surtout, agir vite, frapper fort et vaincre, avant que César ne soit revenu.

Malheureusement, César, avec une rapidité qui tient du miracle, est déjà là. Il franchit les Alpes à la fin de janvier 52 et la Narbonnaise, à sa vue, revient à l'obédience romaine. Luctère et ses Cadurques battent en retraite. César dédaigne de les poursuivre. Traversant les montagnes du Vivarais, par six pieds de neige, il lance ses légions sur le pays des Arvernes.

C'est frapper en plein cœur Vercingétorix, qui est obligé, alors, de quitter le pays des Héduens qu'il tentait de rallier à sa cause, pour venir défendre sa terre. Tout son plan de campagne se trouve désorganisé.

César, enfin, amène d'Italie des troupes aguerries, des vétérans des guerres d'Asie. Les légions, douées d'une mobilité formidable, suivent sa marche en zigzag qui déconcerte l'adversaire, lequel ne sait plus où le joindre.

Ce serait une imprudence de le poursuivre et une perte de temps. Vercingétorix perdit quelques semaines à assiéger une ville des Boiens, clients des Héduens, Gortona (Sancerre), qui présentait une certaine importance stratégique et que César, pensait-il, convoiterait.

Mais César ne se souciait pas de Gortona; il laissa les Arvernes guerroyer quelque temps contre les Boiens, jusqu'au jour où, Vercingétorix, appelé par des tâches plus urgentes, finit par abandonner Gortona. De mauvaises nouvelles arrivaient, en effet, du pays des Carnutes où des événements graves se déroulaient.

Les Carnutes avaient été le premier peuple gaulois à donner le signal de la révolte. C'était de chez eux que la guerre sainte était partie; c'était eux qui avaient accompli le massacre général des Romains de Genabum, César avait donc un compte à régler avec eux. Il quitta Agedincum (Sens) et se dirigea sur Genabum. En route il se heurta à Vellaudunum (près de Montargis), qui ne fit qu'une courte résistance. Il s'empara de Genabum, la pilla et l'incendia, força le passage de la Loire, que personne ne défendait plus dans cette confusion. Il s'enfonça alors en Sologne en direction du pays des Bituriges.

une lutte de vitesse

La situation est critique, car Vercingétorix a eu, peu de semaines auparavant, assez de peine à convaincre les Bituriges de s'allier à lui. Ils l'ont fait sans enthousiasme, pressés par la nécessité et sous la poussée de l'intimidation. Si les Romains les soumettent, maintenant, à une intimidation plus forte, les Bituriges vont lâcher pied.

Vercingétorix n'a plus l'initiative des événements; c'est César qui le conduit où il veut. Il est contraint à une lutte de vitesse qui, en principe, ne lui est pas défavorable, car la cavalerie gauloise est égale, sinon supérieure, à la cavalerie germanique qui sert d'auxiliaire aux légions romaines. Mais les mouvements imprévus de César le condamnent à des itinéraires déconcertants, en apparence. incohérents, dont le développement est imprévisible, et qui l'empêchent d'organiser lui-même une campagne offensive.

Avant de pouvoir obliger César à accepter la bataille sur un terrain choisi par lui, il est donc contraint à des manœuvres qui lui font perdre du temps, qui désorganisent ses plans. César savait ce qu'il faisait en soumettant ainsi à cette pénible subordination un adversaire jeune, bouillant, plus riche de courage que d'expérience, mais cette jeunesse même sauve Vercingétorix.

Avec une admirable souplesse, Vercingétorix entre dans le jeu de son adversaire; il accourt chez les Bituriges, mais arrive trop tard pour sauver Noviodunum (Neung-sur-Beuvron), dont l'oppidum vient juste d'être emporté. La lutte en rase campagne avec les armées romaines était donc par trop inégale. Vercingétorix venait de perdre successivement Vellaudunum, Genabum et Noviodunum. Il décida de se dérober à l'ennemi et de brûler le pays, afin de réduire l'adversaire par la famine.

De nombreuses localités du Berry furent ainsi sacrifiées et Vercingétorix réservait un sort semblable à la capitale du pays. Avaricum (Bourges), la plus belle ville des Gaules. Mais les Bituriges implorèrent avec tant d'insistance pour que l'on épargnât leur capitale que, malgré lui, Vercingétorix fut contraint de céder et d'ordonner qu'on défendît la place.

Le siège dura plus d'un mois et fut atroce. Les Gaulois déployèrent des prodiges d'héroïsme qui firent l'admiration de César. mais ils ne purent empêcher la prise de la ville dont la population fut massacrée. L'armée romaine trouva là de riches approvisionnements et ce succès releva le prestige de César.

Échec à Gergovie

Cette patience, cette prudence, surprenantes de la part d'un jeune Gaulois, sont très caractéristiques du tempérament de Vercingétorix ; elles ont abusé César, qui a cru son adversaire découragé et réduit à l'impuissance. Il s'est vu le maître de la situation, il a pensé qu'il pouvait écraser sans peine une révolte dont les débuts avaient été aussi peu concluants.

Il a divisé ses troupes, afin d'en finir plus vite avec ces rebelles dont il sous-estimait la puissance ; il a confié à Labienus une partie de son armée en le chargeant d'occuper Lutèce, de tenir en respect les Parisiens, d'intimider les Belges et de surveiller le carrefour des routes terrestres et des voies navigables par lesquelles pourrait se faire la concentration des insurgés.

Lui-même, gardant ses meilleures légions, pensa que le meilleur moyen de rétablir l'ordre était de frapper à la tête. Les opérations d'hiver dans le Velay avaient eu pour objet dans son esprit d'intimider les Arvernes. Puisque l'opération n'avait pas réussi, il fallait recommencer mais, cette fois, il portera ses coups au cœur même de la nation rebelle, il s'en prendra à sa capitale : Gergovie, puisque Vercingétorix avait dû battre en retraite jusque-là.

À sept kilomètres environ au sud-ouest de Clermont-Ferrand, se dresse le plateau de Gergovie, d'une superficie d'environ soixante-dix hectares, qui domine de quelque trois cents mètres le pays environnant, position stratégique de première valeur. C'était l'oppidum des Arvernes, leur capitale, lieu de refuge habité surtout pendant la belle saison.

Vercingétorix vint occuper Gergovie. César vint bientôt investir la place ; il remporta d'abord un léger avantage en s'emparant d'une petite hauteur au sud-ouest du plateau. Il y installa un petit camp. qu'il relia à son grand camp par une tranchée. Mais de mauvaises nouvelle lui arrivèrent alors du pays des Hédues : les 10 000 fantassins que ces fidèles alliés lui envoyaient s'étaient débandés à l'instigation d'un de leurs chefs, Litaviccos, partisan de Vercingétorix.

César reprit en main une partie des troupes héduens et fit travailler ses légionnaires aux ouvrages de siège. Les opérations traînaient. Les Romains se fatiguaient de creuser sans cesse des circonvallations. En outre, l'attitude douteuse des Héduens préoccupait César très sérieusement : il songeait à lever le siège, mais résolut auparavant de tenter sa chance.

Il s'aperçut un jour qu'une colline, garnie de troupes les jours précédents, semblait déserte. S'il parvenait à s'en emparer, la forteresse serait bloquée. Vers midi, César ordonna l'assaut, la colline fut emportée. Les Gaulois semblaient se débander, quand Vercingétorix attaqua les Romains de flanc. Après une lutte sans merci, les Romains plièrent et furent rejetés en désordre dans la plaine.

Prudent, Vercingétorix se garda de se lancer follement à la poursuite de César, et rentra dans Gergovie. L'échec de César était indéniable.

L’erreur de Vercingétorix

La victoire de Gergovie eut un énorme retentissement : elle montra que César n'était pas invincible, et décida les peuples qui hésitaient encore à entrer dans la confédération. Les Héduens, eux-mêmes, sous l'instigation de Conviclolitavis, se rallièrent à la cause de l'indépendance.

Cette défection mit César dans une situation fort embarrassante. C'était dans leur pays en effet qu'il avait une grande partie de ses approvisionnements. Sans tarder, les Héduens brûlèrent et ravagèrent leur propre pays sur la rive gauche de la Loire, afin de réduire les Romains par la famine.

César ne se laissa pas troubler par cela. Loin de songer à battre en retraite, il décida au contraire de rejoindre Labienus à Sens; il réussit à passer la Loire et trouva sur la rive droite des régions plantureuses où son armée put se refaire avant de rencontrer Labienus qui revenait victorieux de Lutèce.

Labienus avait eu en effet pour mission de s'emparer de cette localité. Il se mit en marche avec quatre légions. Le commandement des troupes gauloises dans cette région fut confié à Camulogenos, grand chef de guerre, qui s'établit au confluent de l'Essonne et de la Seine, contrée marécageuse dont on ne pouvait songer à le déloger. Labienus décida alors de passer sur la rive gauche de la Seine ; il franchit le fleuve. Les Gaulois engagèrent la bataille après avoir brûlé Lutèce et rompu les ponts.

Ce fut une terrible mêlée. Les Gaulois semblaient prendre l'avantage, quand ils furent attaqués sur leurs arrières et enveloppés; tous se firent tuer jusqu'au dernier, y compris Camulogenos. Comme les Bellovaques s'agitaient, Labienus jugea prudent, sur ce succès, de regagner Sens, où César vint peu après le rejoindre.

Après avoir abandonné la cause de César, les Héduens tinrent dans leur capitale Bibracte (Mont Beuvray) une assemblée des Gaules, où Vercingétorix fut, une fois encore, acclamé comme chef suprême.

Vercingétorix organisa aussitôt les opérations. Tous les peuples gaulois durent lui laisser des otages et lever rapidement 15000 cavaliers : les Héduens et leurs chefs fournissaient 10 000 hommes de pied. Avec cette puissante cavalerie, on intercepterait les communications de l'ennemi. Par ailleurs, récoltes, demeures, granges, tout devrait être détruit.

Il fut aussi décidé que Ruthènes et Cadurques iraient ravager les terres des Volques Arécomiques, Cette menace sur la Provincia s'ajoutant à celle de la famine, César se décida à gagner le Sud.

Il partit par le pays de ses alliés Lingons. À quelques lieues de lui, Vercingétorix surveillait et harcelait sa marche. Le chef gaulois commit alors la lourde erreur d'engager le combat contre les dix légions de César. Vercingétorix avait trop confiance dans la puissance de sa cavalerie et il ignorait que César avait reçu des renforts importants de cavaliers germains; il fit trois corps de sa cavalerie, l'un devant barrer la route à César et les deux autres l'attaquer de flanc.

L'engagement eut lieu près de Dijon. César, averti à temps, avait réparti ses troupes en trois puissants carrés, contre lesquels se brisa l'attaque de la cavalerie gauloise; prise de flanc alors par une charge des cavaliers germains, celle-ci se débanda.

Privée ainsi de ses meilleurs éléments, l'armée de Vercingétorix battit en retraite vers Alésia (l'actuelle Alise-Sainte-Reine, sur le mont Auxois, en Côte-d'Or), César se mit à sa poursuite. Les Gaulois se réfugièrent dans Alésia.

Alésia était une vieille cité gauloise, possédant un sanctuaire renommé; c'était à la fois une capitale, un lieu de pèlerinage et, par surcroît, une place forte facile à défendre. Au mois d'août 52 avant Jésus-Christ, Vercingétorix s'y enferma.

Il avait amené dans la ville toute sa cavalerie, en même temps que son infanterie, avec des réserves de fourrage insuffisantes; et, pour ses hommes, très nombreux, trop nombreux, il n'avait qu'un mois de vivres; c'était, pensait-il, plus qu'il ne lui en fallait pour attendre le grand rassemblement de la levée en masse qu'il avait ordonnée.

enfermés dans Alésia

La place était trop forte pour être enlevée d'assaut. César ne renouvela donc point son erreur de Gergovie. Après avoir établi plusieurs camps autour d'Alésia, il en commença le blocus. Le soldat romain était un infatigable terrassier. Utilisant les inégalités du terrain, profitant du moindre accident qui peut nuire aux Gaulois, César fait construire par ses soldats une formidable ceinture de remparts, qui, enferme Alésia dans un cercle de terre, de palissades, de fossés et de tours littéralement infranchissables. 

Vercingétorix essaya de briser l'investissement avant qu'il fût complet; il tenta une sortie qui tournait à son avantage, quand César fit donner la cavalerie germaine qui, une fois encore, dispersa la gauloise. Vercingétorix décida alors de se séparer de sa cavalerie devenue inutile, et de l'envoyer rejoindre et renforcer l'armée de secours qui se formait. Il la fit partir nuitamment, mais commit l'erreur de ne pas l'accompagner et de s'enfermer dans Alésia avec les défenseurs.

Informé qu'une armée de secours allait le prendre de dos, César, pour se prémunir contre l'attaque qui viendrait de l'extérieur, doubla ses fortifications d'un second système de défenses, long de vingt et un kilomètres, alors que l'autre, concentrique à celui-ci, n'en avait que quinze. Des fossés larges de six mètres et profonds de trois, alternent avec des levées de terre, hérissées de palissades, le terrain intermédiaire étant semé de pièges, de pieux dissimulés sous les branchages, de puits et de pointes de fer, qui rendent toute attaque très périlleuse.

La troupe la plus courageuse et la mieux armée ne peut que se briser sur de pareils remparts sans parvenir même à les entamer. Cela fait, il suffisait d'attendre que le temps fît son œuvre qui compléterait celle des terrassiers.

C'est au mois d'août que les Gaulois s'étaient enfermés dans Alésia. Au début du mois de septembre, ils n'avaient presque plus rien à manger. La chaleur, l'entassement des troupes dans une petite ville, déjà remplie par ses habitants, le manque de vivres et d'eau, développèrent des épidémies.

Un jour, il fallut expulser les bouches inutiles, et l'on repoussa, hors des murs, la foule des femmes, des vieillards, des enfants, qui moururent de faim sous les yeux de leurs compatriotes, car César avait refusé de les laisser passer.

Les conditions matérielles et morales du siège usaient la force des soldats, auxquels on avait réservé tous les aliments encore disponibles, et qui, pourtant, souffraient de la faim.

L'armée de secours parut enfin. Elle se heurta aux circonvallations romaines et tenta vainement, pendant deux jours, de les forcer. Les assiégés, de leur côté, harcelaient l'ennemi.

Apprenant qu'une partie des défenses romaines du côté Nord étaient plus vulnérables, les Gaulois de l'armée de secours décidèrent de porter là leur effort principal. Ils comblèrent le fossé et commencèrent l'escalade des remparts.

Accablés par cette attaque massive, les légionnaires romains étaient à bout de forces. César leur expédia plusieurs cohortes de renfort aux ordres de Labienus.

De leur côté, les assiégés combattent avec rage, ils délogent les Romains de certaines défenses, ouvrent une brèche dans les palissades.

Des illusions généreuses

En ces moments décisifs, le génie de César sauva la situation des Romains, qui devenait tragique. Après avoir, en personne, refoulé les assiégés, il vola au secours de Labienus qui, ayant appelé des troupes fraîches des postes non attaqués, se préparait à la contre-offensive.

L'armée de secours de Vercingétorix fut battue; ce que voyant, les assiégés regagnèrent Alésia, tandis que se débandaient les restes des troupes de secours : de cette belle armée sur laquelle Vercingétorix comptait tant, il ne restait plus que quelques escadrons qui s'enfuyaient en désordre.

Vercingétorix pensa qu'on pouvait encore sauver la situation. Il fit taire sa fierté et, le lendemain, offrit à César de capituler et lui demanda à quel prix.

Le Romain répondit qu'il laisserait la vie sauve aux soldats à condition que les chefs lui soient remis. Les Gaulois devaient, en outre, abandonner toutes leurs armes.

Livrer les chefs, c'était sacrifier tous les espoirs d'une résistance future; rendre les armes, c'était se condamner à l'impuissance. Plutôt que d'accepter ces conditions désastreuses pour le pays, Vercingétorix choisit une solution qui, dans son âme généreuse, lui paraissait la plus noble et la plus politique, il se livrerait lui-même, et, lui mort, la guerre continuerait.

Dans son esprit, le geste qu'il va faire a une portée profondément religieuse et nationale. La défaite qu'il a subie prouve que les dieux sont mécontents; en leur offrant une victime, il apaisera leur colère et attirera leur bienveillance sur la Gaule. En même temps, il désarmera César dont il croit l'âme aussi noble que la sienne ; comment le général romain ne se contenterait-il pas d'une victime, alors que les dieux n'en demandent pas davantage ?

Ces calculs montrent combien Vercingétorix connaissait mal les Romains, et les illusions qu'il avait aussi sur ses compatriotes. Il ne savait pas qu'il était le seul ciment de la résistance gauloise et que, lui disparu, la Gaule s'effondrerait. Il s'imaginait que son sacrifice galvaniserait son peuple, alors qu'en réalité, une fois la tête abattue, la révolte gauloise s'éteindrait passivement.

L’attente de la mort

Avant de se décider à se rendre aux Romains, il réunit les défenseurs d'Alésia et leur expliqua le sens et la portée de l'acte qu'il allait accomplir, puis il prit congé d'eux et, au matin, couvert de sa plus belle armure, monté sur son cheval, il quitta Alésia et galopa jusqu'aux fortifications romaines. Là, il demanda à être conduit auprès de César.

Le général romain était assis sur son siège quand Vercingétorix parut, à cheval, devant lui. Il le considéra d'un œil froid, tandis que le jeune Arverne jetait aux pieds du vainqueur ses armes et son bouclier et, descendu de cheval venait s'agenouiller devant lui (septembre 52).

Sans doute, Vercingétorix espérait-il qu'on allait immoler immédiatement la victime expiatoire. César lui fit attendre la mort qu'il réclamait. Pendant six années il vécut en prison, avant d'être traîné derrière le char du vainqueur, exposé aux injures de la foule, et finalement étranglé dans le temple de Jupiter Capitolin (fin juin 46).

Tous les espoirs d'indépendance gauloise étaient tombés en même temps que Vercingétorix. César ne massacra pas les défenseurs d'Alésia, mais il les réduisit en esclavage et les distribua à ses soldats. Il acheva de soumettre les divers foyers d'insurrection qui brûlaient encore au fond des provinces.

La Gaule ne devait plus se relever. La campagne des années 53-52, où César avait écrasé le soulèvement général des peuples, avait eu raison de tous les désirs d'indépendance.

Marcel Brion, de l'Académie française Historia janvier 1978

vendredi 23 avril 2021

L’urgence des classiques

 Nos temps sont troublés, ce n’est une nouvelle pour personne. Quel que soit le camp politique, ou le degré de détachement du monde, s’il y a bien un point d’accord pour chacun, c’est la crainte d’une montée des périls et le sentiment d’une perdition grandissante.

Un tel se demande où va la famille, un autre ce que devient la place de Dieu, un autre encore s’interroge sur la disparition des belles manières, de l’art de vivre, des belles lettres, mais aussi de l’esprit de devoir ou de sacrifice, du sentiment de solidarité envers les plus faibles, ou même entre égaux.

Tous se demandent jusqu’où ira la désorientation commune. En réalité, il y a bien une boussole et nos contemporains sont comme hypnotisés par une route qu’ils suivent cahin-caha, tout en s’inquiétant sur son issue. Tous, en effet, peu ou prou, se laissent prendre à l’esprit de facilité, de jouissance immédiate, de matérialisme zappeur, de fainéantise du raisonnement et d’avachissement du sentiment de fierté personnelle, remplacé par l’orgueil des lâches. Notre monde va de l’avant sur cette route dont les golden-boys de La Défense sont autant les serviteurs que les chômeurs de nos tours HLM.

Pour s’échapper de cette route, qui mène au précipice dans l’étourdissement de la jouissance, plusieurs voies sont possibles et bonnes, entre la discipline personnelle, les valeurs familiales, le sens du devoir, l’amour de la patrie, la charité fraternelle, etc.

Il en est une, immédiatement accessible, sans grandes réformes, à laquelle bien peu songent pourtant. A porter de librairie ou de tablette, les classiques sont là. Nous ne parlons pas ici de Balzac, Mauriac ou France déjà promus dans ce bloc notes. Nous entendons par classiques, les oeuvres des anciens. Ce que nous proposons, face à la littérature misérabiliste et débilitante à base de loups mangeurs de salades et de Jean affublés de deux papas, c’est un retour à la vigueur de ces récits latins, vieux de deux mille ans, qui dans une langue vivante et alerte donnent à méditer des vies terriblement incarnées, faites d’héroïsme autant que de lâchetés, de discours et de sang, de force et de clémence. César est parfois cruel, mais il est profondément humain. Dion Cassius fait parler des Romains ou des Gaulois pour lesquels la querelle se vide dans le sang versé, et où la notion de non-combattants n’existe pas. Strabon décrit des paysages, une architecture d’un monde qui n’existe plus.

Mais tous portent au rêve et sont des exemples de vie et de conduite, non pas en ce qu’ils seraient à suivre, mais en ce qu’ils façonnent l’intelligence. Se plonger dans nos latins, c’est renouer avec des bâtisseurs d’empire, avec des hommes de force.

De cette mâle énergie il ressort un stimulant et un appel à l’oeuvre personnelle. C’est pourquoi nous croyons que dans la grisaille, retrouver César, Tite Live, Tacite, Suétone ou Pline permet d’offrir aux lecteurs, et à leur entourage, autant de rayons de soleil, autant de fortifiants pour le combat personnel et social, autant de raisons d’espérer.

Il n’y a pas que la mâle vertu guerrière, la force, le courage ou la trahison punie dans le sang, chez nos latins. Il y a aussi la poésie élégiaque et le mythe divin qui élèvent l’âme vers le ciel en le faisant partir de l’échauffement de ses entrailles. Tiré de sa glaise par les beaux sentiments et la piété, le lecteur grimpe l’échelle de Jacob placée au coeur de la Rome païenne.

Lire les Métamorphoses d’Ovide, c’est presque lire une histoire sainte, et là encore, c’est s’ouvrir l’intelligence à des mythes qui nous parlent parce qu’ils irriguent les symboles de notre héritage littéraire, architectural, pictural, musical ou statuaire. C’est ouvrir notre esprit à des récits qui éveillent en nous le souvenir de ceux qui ont passé le Styx. Il y a dans ces chants du poète, entre les combats héroïques, les amours divins, le temps de peuples disparus, l’évocation de notre propre berceau.

L’homme occidental, par la lecture attentive et fidèle des latins, renoue avec ses racines. Arrosées de l’esprit chrétien, la latinité païenne pousse ses branches vers la Jérusalem céleste. Le lecteur chrétien n’oubliera pas son Ciel, mais en se souvenant de son berceau, il redirigera les aiguilles de sa boussole dans le sens qui plait à la vertu, puisqu’il est celui de la vie incarnée, magnifiée par la littérature.

Au diable donc les sentiments faux de ces récits invraisemblables et lénifiants d’une certaine littérature officielle de jeunesse, et le bâton en main, marchons vers la Via Appia !

A relire d’urgence :

Les Métamorphoses. Ovide

La vie des douze Césars. Suétone

La Guerre des Gaules. César

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2013/04/19/lurgence-des-classiques/

dimanche 14 mars 2021

La mort fondatrice de Caton

 

Jean Paul Laurens, La mort de Caton, 1863
 
"Le suicide, c'est la seule preuve de la liberté de l'Homme" Stig Dagerman
Lorsque évoque la mort volontaire, c'est à dire le geste porté par une intention héroïque élevant l'âme et non par un désespoir incontrôlé conduisant à son effondrement, on pense surtout à la tradition japonaise du seppuku, sublimée par Mishima en 1970. En Occident, fortement condamné par le christianisme, ce geste héroïque qui appartenait à la tradition stoïcienne européenne grecque et romaine mais aussi aux traditions païennes, celtes par exemple, survécu à la castration cléricale jusqu'à nos jours.
Ainsi, Dominique Venner qui a offert son sacrifice à nos consciences en 2013, nous a rappelé cette tradition symbolique européenne du suicide héroïque, qui force l'admiration et réduit son tabou imposé à sa fatuité allogène. Et même le catholique Henry de Montherlant, conciliant l'héritage chrétien au païen, avait réhabilité la mort volontaire, cette "sortie honorable" qu'il choisira avec courage en 1972, quand sa cécité rendant "le jour égal à la nuit" privera l'écrivain "d'exercer ses passions"...
Rejoignant la symbolique nippone du Seppuku, tant par son contexte, sa philosophie que son mode opératoire, la mort volontaire de Caton est à ce titre une pierre d'angle symbolique et fondatrice de la conception européenne de la Liberté.
Caton d'Utique, appelé aussi Caton le jeune est né en 95 avant J.C. à Utique, dans l'actuelle Tunisie. Il devient questeur et laisse le souvenir d'un homme rigoureux et juste. Bien qu'opposant politique à Pompée lors des élections au consulat, Caton refuse par dessus tout, les ambitions tyranniques de César, contraires aux principes de la République romaine.
Lors de la guerre civile, il rejoint en -49 le camp de Pompée, opposé à César. Après la défaite de Pharsale, Pompée est assassiné et Caton essaye de continuer la lutte avec les débris de l'Armée républicaine, en rejoignant Scipion en Afrique. Mais le défaite de Thapsus en -46, sonne définitivement la défaite des républicains. 
Caton "ne peut survivre à la liberté" et, réfugié dans sa ville natale à Utique, il décide de se donner la mort plutôt que de subir "la grâce d'un tyran". Armé de son épée il s'ouvre le ventre en s'exclamant "maintenant je suis mon maître !"; un médecin intervient le soigne, mais il achèvera son geste dès son réveil en s'arrachant les tripes. Sa mort volontaire force l'admiration de ses pairs, y compris de César son adversaire, qui aurait dit : "J'envie ta mort, Caton, puisque tu m'as enlevé la gloire de te sauver la vie". 
Ce geste héroïque de Caton le jeune, immortalisé par le peintre Jean Paul Laurens en 1863, symbolise à jamais le combat de la liberté contre la tyrannie, et la victoire de l'Homme sur son destin, car comme le rappelait justement Montherlant, évoquant ce sacrifice  :
"Défaite ou non du suicidé, cela a peu d'importance, si par son suicide il a témoigné de deux choses : de son courage et de sa domination (...) Il a été maître de son destin (...) et, s'il n'en a pas été le maître tout à fait, il a été maître du moins de son instrument" ("Le Treizième César")
La conséquence paradoxale, mais efficace, est d'assurer par la mort volontaire, la renaissance des valeurs défendues. Grâce au choc émotionnel qui fixe le souvenir tragique du héros se sacrifiant dans la mémoire éternelle de l'Histoire, la mort prend alors la dimension d'un acte fondateur, rejoignant ici la symbolique du sacrifice au combat, des derniers soldats protégeant l'aigle symbole de la puissance éternelle, et qui peut alors renaître de leurs cendres dans les traditions nationales.
Erwan Castel, le 12 mars 2014

mardi 29 octobre 2019

La véritable histoire des douze Césars par Virginie Girod

Virginie Girod
Virginie Girod est docteur en histoire et spécialiste de l’Antiquité romaine. Elle a publié les biographies d’Agrippine et de Théodora, qui ont rencontré un beau succès. Avec son dernier ouvrage, elle revient sur « la véritable histoire des douze Césars ».
Suétone fut un haut fonctionnaire romain, membre de l'ordre équestre qui travaillait comme secrétaire et bibliothécaire. Cette charge lui permit de consulter librement les archives impériales et de rédiger les biographies des premiers Césars, de Jules à Domitien. Nous pouvons écrire que la Vie des 12 Césars constitue l’apogée de sa carrière. Le clin d’œil et bien plus de Girod à Suétone paraît donc évident dans le choix de son titre. Elle confesse volontiers, ce qui suit, à la fin de l’ouvrage : « En hommage à Suétone, mon compagnon d’études, je réécris les Douze Césars, mes douze Césars, car cela fait plus de douze ans que je vis un peu avec eux. Tout fait sens. »
En 2019, n’est-il pas étonnant d’écrire une énième histoire des premiers empereurs romains ? Dès les premières lignes, l’auteur répond à cette question avec vivacité et pertinence : « Pourquoi revenir aux douze Césars ? Parce qu’ils ne cessent de nous fasciner. Qui n’a jamais rêvé d’avoir l’audace de César et de franchir, comme lui, le Rubicon ? Qui n’a jamais imaginé d’être doué d’un esprit aussi rusé que celui d’Auguste et de devenir un meneur d’hommes adulé ? Qui en son for intérieur, n’a jamais envié les nuits orgiaques de Caligula ou Néron ?  »
Nous sommes les héritiers de cette histoire romaine. Par conséquent, il semble logique de nous intéresser à ceux qui ont marqué leur époque et les siècles… jusqu’à nous ! Girod constate que «  bons ou mauvais, les Césars ont tous été animés par une volonté de puissance au sens nietzschéen, une pulsion de vie si extraordinaire qu’elle aboutit irrémédiablement à l’hybris…  » De fait, l’auteur avoue que ces hommes « rendus immortels par l’histoire sont toujours présents dans les manuels de nos écoliers, jusque dans les œuvres de fiction les plus variées. De l’opéra aux séries télévisées, en passant par les grands péplums hollywoodiens et la bande dessinée, ces mégalomanes, visionnaires ou pervers, hantent délicieusement notre imaginaire. »
Il faut bien mesurer la tension exceptionnelle qui saisit ces romains une fois devenus empereurs. Le pouvoir corrompt bien souvent les puissants. Girod écrit qu’il isole. De même, elle précise un autre point très important : « Être Auguste signifie avoir une valeur supérieure aux autres, et il ne peut y avoir qu’un Auguste à la fois. L’empereur se trouve à une place intermédiaire entre les hommes et les Dieux. » Dans ces conditions, l’historienne pose la question suivante : « Comment garder les pieds sur terre dans cet espace symbolique où personne ne peut vous rejoindre  ? » Elle rappelle des faits historiques pour donner de l’ampleur à sa réflexion : « Les effets de cette solitude sont particulièrement palpables chez les plus tyranniques tels Tibère ou Domitien. Le premier s’est isolé à Capri et le second s’enfermait plusieurs heures par jour pour échapper à la promiscuité du palais ». 
En fin de compte, la solidité sur le plan mental reste une condition essentielle pour résister à la corruption du pouvoir et la pression exercée par tout un empire. Nous l’avons déjà dit : le pouvoir isole. De plus, il permet l’expression de la démesure si l’empereur n’enracine pas ses actions dans les plus pures et meilleures intentions. Il n’est donc pas étonnant que « le pouvoir confère par ailleurs un sentiment d’impunité. Caligula et Néron n’ont renoncé à aucun de leurs désirs, même lorsqu’ils étaient socialement réprouvés : le fils du général Germanicus laissait libre cours à sa féroce volonté d’humiliation et Néron a mené une carrière au théâtre comme s’il avait été un histrion né dans les bas-fonds. »
Pour lire cet ouvrage et celui de Suétone, il demeure fondamental de comprendre que « les douze Césars s’inscrivent dans une histoire de famille particulièrement complexe. Ils ne peuvent être réduits à une succession de biographies se chevauchant plus ou moins. Ils forment ensemble la fresque humaine la plus cynique du Haut-Empire et sans doute l’une des plus captivantes de l’histoire de l’Occident.  » En réalité, la véritable histoire des Césars s’analyse comme « une sorte de saga familiale ou chaque destin d’empereur est lié à celui de son entourage sur près de cinq générations  ». Dans notre époque terne et bien triste, la violence politique en France se résume à des mots, parfois à des coups, alors que « le palais où ils évoluent est un lieu d’une grande violence psychologique et parfois physique  ». Les meurtres, les assassinats, les empoisonnements, les vengeances étaient monnaie courante pour accéder au pouvoir ou le garder. En définitive, Girod estime « que ces douze empereurs incarnent encore, deux mille ans plus tard, les figures paroxystiques de nos passions ».
Pour être précis, l’auteur explique « que les empereurs sont bien évidemment les produits de leur époque, mais aussi de leur famille particulièrement toxique et violente. Je tenais à les replacer dans leurs constellations familiales et ne pas me limiter à leurs hauts faits sur le champ de bataille ou au sénat. » Elle poursuit en développant l’idée suivante que nous ne partageons pas forcément : « Le pouvoir n’a fait qu’ouvrir leurs failles et laisser paraître au jour ce qu’ils portaient en eux de plus noir : un surmoi fragile, un complexe d’infériorité, un ego hypertrophié, des tendances sadiques. »
Elle opère une césure entre les douze empereurs sur une base que nous trouvons intéressante : « A part César, Auguste et Vespasien, parce qu’ils sont allés chercher le pouvoir et ont su le conserver et le transmettre, les Césars me sont apparus faibles, esseulés, souvent brisés avant même d’être parvenus à la pourpre, quand ils n’étaient pas animés par une vaine arrogance à l’instar de Galba, d’Othon et de Vitellius. » Cependant, en étudiant le passé il convient de ne jamais succomber à l’anachronisme : « Je voulais expliquer les comportements les plus fous, trouver l’étiologie de leur paranoïa ou de leur mégalomanie. Pour cela, il faut être bienveillant mais sans complaisance, interroger leur nature sans les juger et jeter des ponts en toute modestie avec d’autres sciences humaines. »
L’auteur conclut en écrivant que « les Douze Césars ne sont en définitive ni des héros ni des monstres, et encore moins des démons, car non, Néron n’est pas un agent de l’Antéchrist ! Ils sont humains et j’ai tenté de leur rendre, avec humilité et compassion, une part de cette humanité diluée dans leurs mythes. » Que Virginie Girod accepte la contradiction : nous considérons vraiment Auguste comme un héros. A nos yeux, il reste à ce jour l’un des plus grands chefs d’Etats européens. Lire sa véritable histoire permettra sans aucun doute aux futurs et nombreux lecteurs de ce très bon ouvrage de comprendre l’immense respect que nous inspire le fondateur du Principat…
Franck ABED