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vendredi 27 décembre 2024

Ukraine – En réécrivant l’histoire de la libération de Kiev en 1943, Zelensky trahit la mémoire de son grand-père

 

par Christelle Néant.

Prouvant une nouvelle fois que la réécriture de l’Histoire est devenue un sport national en Ukraine, Volodymyr Zelensky a jeté l’opprobre sur l’URSS concernant la libération de la ville de Kiev en 1943, insultant et trahissant ainsi la mémoire des nombreux soldats soviétiques qui ont rendu cette libération possible, dont son propre grand-père.

Après avoir accusé l’URSS d’être responsable de l’Holocauste, voilà que le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a décidé de continuer dans la réécriture abjecte de l’histoire de la Seconde guerre mondiale, en s’attaquant cette fois à la libération de la ville de la capitale de l’Ukraine, Kiev, le 6 novembre 1943.

Dans un post publié sur sa chaîne Telegram, Zelensky accuse l’URSS d’avoir envoyé des Ukrainiens sans uniforme et non enregistrés comme soldats dans la bataille pour libérer Kiev à temps pour l’anniversaire de la révolution d’Octobre.

« La vie humaine est ce qui a le plus de valeur. C’est un axiome. C’est la norme pour tout État, s’il s’agit vraiment d’un État et non d’une machine sans âme pour laquelle l’être humain n’est qu’un combustible. Une ressource. Un petit insecte, dont l’État « puissant » n’aurait pas remarqué la disparition », écrit-il en guise d’introduction.

Une déclaration d’un cynisme sans borne, quand on sait qu’elle est faite par un Président dont l’armée a assassiné des milliers de civils innocents dans le Donbass depuis 2014.

« Et si nous ne parlons pas d’une, mais de 500 000 vies ? Comment a-t-elle pu ne pas remarquer un demi-million de personnes ? Des personnes ! […] La machine s’en moque. Elle est prête à payer facilement un prix aussi terrible, parce qu’il y a un caprice des dirigeants – libérer Kiev pour l’anniversaire de la Révolution d’Octobre… Et dans les données officielles sur les pertes dans la bataille du Dniepr, 417 000 morts seront indiqués. Mais selon les recherches et les calculs d’un certain nombre d’historiens, ce nombre est au moins deux fois plus important et atteint presque un million de personnes. Jusqu’à 240 000 soldats et officiers ont été tués dans les batailles pour Kiev », poursuit Zelensky.

Sauf que ce qu’il raconte est une ânerie sans nom. Même l’Université technique nationale de Kiev, indiquait dans un article de 2013, que les pertes (c’est-à-dire les morts, les blessés, et les disparus tous ensemble), pour la bataille de Kiev se montaient à 260 000 personnes. Les statistiques officielles fournies par Karl-Heinz Frieser en 2007 indiquent même 118 042 pertes dont seulement 28 141 tués, disparus ou capturés. On est très loin des chiffres délirants de soldats morts avancés par Zelensky.

Selon lui, des centaines de milliers d’Ukrainiens « mal armés et sans uniformes » ont participé à la contre-offensive de l’Armée rouge, et ces combattants ont été « envoyés à une mort certaine » sans même être enregistrés au sein de l’armée soviétique, pour dissimuler ses véritables pertes.

« La libération de Kiev est l’histoire de l’indifférence et de la cruauté sans limites des « grands » dirigeants et de l’exploit sans limites des grands combattants qui ont libéré la ville des nazis », a conclu le président ukrainien.

Ce texte abject a été durement commenté par Vadim Rabinovitch, député du parti Plateforme d’Opposition, qui a souligné que l’impression qui se dégage de la déclaration c’est que pour Zelensky la « cruauté » du commandement soviétique est plus grave que les atrocités commises par les nazis.

« Il a écrit des « félicitations » pour le jour de la libération de Kiev des nazis, dans lesquelles il n’a pas mentionné un seul mot sur les atrocités commises par les nazis dans la ville, mais s’est concentré sur « la cruauté » du commandement des troupes soviétiques. Le texte donne l’impression que pour Zelensky (ou plutôt pour l’auteur inconnu de cet opus) la libération de Kiev des envahisseurs n’est pas une célébration ni une victoire, mais une grande tristesse, » a écrit Rabinovitch sur son mur Facebook.

Le député ukrainien n’a pas été le seul à commenter cette réécriture de l’histoire de la libération de Kiev en 1943 par Volodymyr Zelensky. Plusieurs historiens ont contesté la déclaration du Président ukrainien.

Ainsi Nikita Bouranov, un expert de la Société historique militaire russe, a déclaré que la libération de Kiev en 1943 est l’une des opérations les plus réussies et les mieux préparées de l’Armée rouge, un fait même reconnu par certains officiers de l’Allemagne nazie.

« La libération de Kiev et de toute l’Ukraine a été l’une des plus brillantes opérations de l’Armée rouge. Si Zelensky ne comprend pas cela, il peut lire le dernier tiers des mémoires du maréchal allemand Manstein, qui a commandé les troupes nazies dans cette région, et même lui, qui est un ennemi, fait des éloges des actions de l’Armée rouge », a déclaré Bouranov.

L’historien militaire a souligné que la prise de Kiev en quelques jours témoigne de la maturité stratégique du commandement soviétique. Il a aussi admis que les pertes de l’armée soviétique pendant la libération de l’Ukraine étaient importantes (de 800 000 à un million de combattants), mais il ne s’agit pas là simplement des pertes lors de la libération de Kiev, et encore une fois, ce chiffre inclut les blessés. De plus ces pertes concernent des soldats venant de toutes les républiques de l’URSS, et non de civils ukrainiens, qui étaient censés être de la « chair à canon ».

L’historien Evgueni Spitsyne a quant à lui qualifié le texte de Zelensky de trahison envers tout le monde, y compris son propre grand-père.

« C’est clairement une personne incompétente qui a trahi tout et tout le monde, y compris son propre grand-père. … On peut assurément interpréter les événements historiques. Mais cela doit être fait sur la base de faits réels et avec un véritable ensemble d’arguments. Ne vous contentez pas de siffler à droite et à gauche, sans comprendre ce dont vous parlez, en déformant délibérément l’Histoire », a déclaré l’historien.

Rejoignant l’évaluation de cette bataille faite par Nikita Bouranov, Spitsyne a qualifié d’exceptionnelle l’opération menée par les troupes du 1er Front ukrainien sous le commandement du général Nikolaï Vatoutine, qui a permis de prendre le contrôle de Kiev et de s’emparer de la tête de pont la plus importante pour la poursuite de la libération de la rive droite de l’Ukraine.

Comme on peut le voir, Volodymyr Zelensky semble prêt à tout pour concurrencer Petro Porochenko dans le domaine de la réécriture abjecte de l’Histoire, quitte à trahir la mémoire de son propre grand-père qui a participé à la libération de l’Ukraine.

Christelle Néant

source : https://www.donbass-insider.com

mardi 21 mai 2024

Seconde Guerre Mondiale : la Russie déclassifie des documents sur la libération de l’Europe par l’Armée rouge

 

par Karine Bechet-Golovko.

Le ministère russe de la Défense continue à déclassifier et publier nombre de documents concernant la Seconde Guerre mondiale et en particulier la libération de l’Europe par l’Armée rouge. Il est vrai que la tentative de réécriture de l’histoire voulant rabaisser l’URSS au rang des pays agresseurs pour laisser la place aux États-Unis et faire oublier la collaboration plus qu’active des pays européens avec les nazis, dans un contexte d’acculturation des populations, obligent à une réponse. Les documents sont accessibles, les personnes intéressées peuvent les consulter.

Ce mouvement de réécriture de l’histoire que nous observons s’explique par un changement des rapports de forces sur la scène internationale. L’URSS, vainqueur incontesté à l’époque, a été juridiquement remplacée par la Russie dans les organismes internationaux, sans avoir – objectivement – le même capital politique. Avec le temps, les failles se sont approfondies et l’occasion fut trop belle pour le clan atlantique d’utiliser cet état de fait afin de reconstruire à leur avantage le discours sur la Seconde Guerre mondiale, dont les conséquences sont redevenues un enjeu géostratégique avec la chute de l’URSS. Comme si le monde atlantique revivait une version hollywoodisée de cette tragédie mondiale, le discours – adapté au niveau de l’époque – se transforme un joli conte pour les enfants occidentaux et leurs petits amis.

Face à cette dangereuse tendance, le ministère russe de la défense rend public de nombreux documents d’époque. A l’occasion des 75 ans de la libération de Riga en 1944, nombre de documents concernant les crimes nazis en Lettonie ont été publiés (voir ici le site du ministère russe de la défense), entre autres sur le camp d’extermination de Salaspils.

La libération de Tallinn en Estonie par l’Armée rouge et l’accueil de la population a également fait l’objet de publications sur le site du ministère russe de la Défense (voir ici). En Estonie aussi, les crimes des nazis furent conséquents et les Allemands tentèrent “d’effacer” les traces face à l’avancée de l’Armée rouge par des massacres de civils et de prisonniers dans les camps d’extermination :

“En septembre, les nazis ont fusillé et brûlé dans la région de Klooga – Rand plus de 3 000 personnes, dont 800 Estoniens. Pendant plusieurs jours ici la fumée stagnait, autant que l’odeur des cadavres.”

Parmi ces 3 000 personnes, il y avait des civils, des femmes, des enfants, des prisonniers de guerre … A l’arrivée des troupes soviétiques, les nazis ont finalement quasiment exterminé tous les prisonniers des camps.

Et c’est justement dans ces pays baltes que l’on voit la plus grande force de réhabilitation de la collaboration nazie, avec les Marches annuelles des bourreaux d’alors, devenus les héros d’aujourd’hui.

Le ministère de la Défense a également publié les documents concernant la libération de Bucarest (voir ici) par les Soviétiques en collaboration avec l’armée roumaine et concernant la libération de Minsk (voir ici) “d’où il était possible de voir Berlin“.

Maintenant, le ministère vient de publier les documents concernant la libération de Belgrade, en collaboration avec l’armée populaire de libération de la Yougoslavie (voir ici). Lors de cette bataille, 2 900 membres au moins de l’armée populaire de libération de la Yougoslavie sont morts et environ un millier de soldats soviétiques. Une partie des documents est ici aussi consacrée aux crimes commis par les nazis contre les Serbes dans le camp de concentration de la ville de Ruma, selon le témoignage de l’officier allemand Carl Weimann. Le commandement allemand des forces armées en Serbie avait déclaré que pour chaque soldat allemand tué, 100 Serbes seraient fusillés et 50 pour un blessé Allemand. Le camp de Ruma contenait environ 40 000 personnes. Chaque jour, les nazis lisait à la population la liste des Serbes condamnés à être fusillé.

Pour ne pas oublier, il est important de rappeler régulièrement les faits. L’homme oublie vite ce qui le dérange. Ou ce qui n’entre plus dans le cadre – rétréci – des sociétés postmodernes est délicatement gommé.

source : http://russiepolitics.blogspot.com/2019/10/seconde-guerre-mondiale-la-russie.html

https://reseauinternational.net/seconde-guerre-mondiale-la-russie-declassifie-des-documents-sur-la-liberation-de-leurope-par-larmee-rouge/

vendredi 26 avril 2024

Comment l’Armée rouge a libéré l’Europe durant la Seconde Guerre Mondiale (août 2019)

 

par Boris Egorov

En dépit du fait que le 75e anniversaire de la Victoire à l’issue de la Seconde Guerre mondiale sera célébré l’année prochaine, la Russie a déjà commencé les célébrations. D’avril 2019 à mai 2020, des feux d’artifice ont lieu à Moscou pour commémorer les «Jours du Souvenir» durant lesquels les villes soviétiques et européennes ont été libérées du nazisme.

Minsk (3 juillet 1944)

Sputnik

Lancée à la fin du mois de juin 1944, cette importante offensive soviétique en Biélorussie, connue sous le nom d’opération Bagration, a infligé aux Allemands leur plus lourde défaite militaire. Près d’un demi-million de soldats ennemis ont été tués et l’ensemble du groupe d’armée Centre a été détruit. Le 3 juillet, l’Armée rouge avait complètement libéré Minsk.

Vilnius (13 juillet 1944)

Victor Temin/MAMM/MDF/russiainphoto.ru

La capitale de la Lituanie soviétique était un point stratégique important sur le chemin de la Prusse orientale. Le 9 juillet, l’Armée rouge a encerclé la ville et l’a libérée le 13 juillet après des combats de rue acharnés. Les unités de la résistance lituanienne, qui attaquaient la ville par le sud, ont apporté une aide considérable à la progression des troupes soviétiques.

Kaunas (1er août 1944)

Ivan Shagin/MAMM/MDF/russiainphoto.ru

Pendant l’occupation, Kaunas, la deuxième plus grande ville lituanienne, avait été transformée par les Allemands en une puissante forteresse. Malgré cela, il n’a fallu que quelques jours aux troupes soviétiques pour libérer la ville. À partir du 29 juillet, deux frappes majeures de l’Armée rouge ont coupé en deux et anéanti la garnison allemande. Puis un autre problème est apparu : Kaunas était infestée de mines. Plus de 5 500 d’entre elles ont été détectées et supprimées dans la ville et sa périphérie.

Chisinau (24 août 1944)

TASS

La libération de la Moldavie et de sa capitale, Chisinau, est considérée comme l’une des opérations les plus réussies de l’Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, l’un des soi-disant « dix coups de Staline ». À la suite de l’opération, le groupe d’armées Ukraine du Sud, qui comprenait des troupes allemandes et roumaines, a été complètement anéanti et la Roumanie a quitté l’Axe.

Bucarest (31 août 1944)

Sputnik

Les troupes soviétiques ont efficacement utilisé le chaos et le désordre qui régnaient parmi les troupes allemandes suite aux défaites militaires en Moldavie et au coup d’État en Roumanie, et sont entrées rapidement et sans aucune résistance dans Bucarest, où elles ont été chaleureusement accueillies par les habitants.

Tallinn (22 septembre 1944)

Domaine public

En septembre 1944, le commandement allemand a pris conscience qu’il ne pouvait plus tenir le territoire estonien et a ordonné une évacuation massive. Plus de 60 000 soldats ont été évacués de Tallinn, tandis que le gros des forces allemandes se sont retirées à Courlande. Le 22 septembre, les troupes soviétiques sont entrées dans la ville presque sans résistance.

Riga (15 octobre 1944)

Nikolay Petrov/TASS

En prenant Riga, les troupes soviétiques prévoyaient de couper la route aux troupes allemandes qui se retiraient d’Estonie. Cependant, la résistance acharnée des SS lettons à la périphérie de la ville a retardé l’assaut soviétique pendant près de deux semaines et a permis aux Allemands d’atteindre avec succès Courlande. L’Armée rouge a finalement libéré la ville le 15 octobre.

Belgrade (20 octobre 1944)

Evgeny Khaldey/MAMM/MDF/russiainphoto.ru

Les partisans yougoslaves de Josip Broz Tito et l’Armée populaire bulgare ont fourni à l’Armée rouge une aide active dans la libération de la Yougoslavie et de Belgrade. Une série de frappes fulgurantes et efficaces a complètement évincé les nazis du pays, anéanti le détachement d’armée Serbie et compliqué de manière significative l’évacuation de la Grèce par l’Allemagne.

Varsovie (17 janvier 1945)

Sputnik

La capitale polonaise a été libérée en trois jours d’affrontements. L’attaque fulgurante et couronnée de succès des troupes soviétiques leur a permis de traverser la Vistule et de prendre pied dans la ville. La 1ère armée polonaise alliée a mené une avancée accompagnée de l’hymne national polonais. La deuxième frappe a été lancée par la 2e armée de blindée soviétique de la Garde, qui s’est frayé un chemin vers l’arrière de l’ennemi et a coupé toutes les voies de retraite pour la garnison allemande.

Budapest (13 février 1945)

Evgeny Khaldey/Sputnik

Les Allemands ont rassemblé 13 divisions de chars pour la défense de la ville. Une telle concentration de chars était chose rare, même pour le front Est. Bien que les troupes allemandes et hongroises aient été encerclées à Budapest le 29 décembre, elles ont refusé de se rendre et ont continué à se battre pendant plus d’un mois et demi.

Bratislava (4 avril 1945)

Getty Images

La prise de Bratislava a ouvert une voie directe vers Prague pour l’Armée rouge. Le commandement allemand prévoyait d’utiliser la ville comme une forteresse sur le long terme. Les troupes soviétiques ont toutefois évité un assaut frontal et, après une manœuvre en profondeur, ont attaqué la ville depuis le nord-ouest. Il a fallu deux jours pour libérer la capitale slovaque.

Vienne (13 avril 1945)

Ivan Shagin/MAMM/MDF/russiainphoto.ru

L’Armée rouge a commencé son assaut sur Vienne par l’est et le sud, tout en essayant de contourner la ville par l’ouest. Les soldats se sont battus pour chaque maison et chaque immeuble que les Allemands avaient transformés en positions fortifiées. Sous le feu acharné de l’ennemi, les ingénieurs soviétiques ont déminé le principal pont de la ville, le Reichsbrücke. Les Allemands ont livré une résistance farouche et la capitale autrichienne n’a été libérée qu’après une semaine de combats acharnés.

Même après la chute de Berlin et la capitulation du Troisième Reich, Prague continuait à se battre. Les troupes allemandes restantes s’y étaient concentrées dans l’espoir de percer vers l’ouest et de se rendre aux Américains. Le 5 mai, les habitants de Prague ont entamé un soulèvement, rapidement soutenu par la 1ère division d’infanterie de l’Armée de libération russe, des Russes qui avaient collaboré avec les nazis et qui, en changeant de camp, voulaient obtenir le pardon. Avec l’arrivée des troupes soviétiques, les collaborateurs russes se sont enfuis vers l’Ouest. Le 9 mai, la garnison de la ville s’est rendue à l’Armée rouge.

source:https://fr.rbth.com/histoire/83348-urss-liberation-capitales-europe-seconde-guerre-mondiale

https://reseauinternational.net/comment-larmee-rouge-a-libere-leurope-durant-la-seconde-guerre-mondiale/

mercredi 13 mars 2024

L’Armée rouge

 

L'Armée rouge, album, Jean Lopez, éditions Perrin

C’est sous la direction de Jean Lopez, directeur de la rédaction de Guerres & Histoire et auteur de nombreux ouvrages d’histoire militaire, notamment consacrés à la Seconde Guerre mondiale, que les éditions Perrin viennent de publier un impressionnant album sur l’Armée rouge. Certes, l’Armée rouge a déjà fait l’objet de nombreuses études, mais voici un ouvrage qui traite le sujet sous les angles les plus complets (les chefs, les doctrines, les stratèges, les matériels, les batailles,…), à la lumière des connaissances des dernières archives et avec une iconographie originale.

L’Armée rouge naît du coup d’Etat bolchévique de 1917. Elle a cette particularité d’avoir rapidement intériorisé l’usage de la terreur massive pour maintenir ses hommes au combat. La première exécution de soldats récalcitrants se produit près de Sviajsk, le 29 août 1918. Des centaines de milliers d’autres suivront jusqu’en 1945. C’est durant la guerre civile également que le RKKA acquiert la pratique d’une propagande massive en direction des soldats : pas d’Armée rouge sans commissaires politiques, sans sections spéciales de la police politique – Tchéka ou NKVD.

Armée révolutionnaire

L’Armée rouge est marquée par des débats doctrinaux incessants, qui se traduisent par une complexité et une instabilité institutionnelle qui dure jusqu’en 1925. La faible compétence militaire de Lénine, la rivalité entre Trotski et Staline ajoutent au chaos. L’armée qui émerge de ce maelstrom ne ressemble à aucune autre. Son nom initial est Armée rouge des ouvriers et paysans. Elle est une armée révolutionnaire dans son fonctionnement et ses objectifs et affirme vouloir la victoire de la révolution mondiale. Elle est la créature et l’instrument du Parti bolchévique qui se donne tous les moyens de la soumettre en permanence à ses objectifs. Mais elle a bien du mal à recruter des chefs qualifiés et lance donc un appel aux anciens officiers et sous-officiers du Tsar à entrer dans l’Armée rouge comme “spécialistes militaires”. 22 315 ex-officiers impériaux et 128 168 ex-sous-officiers impériaux répondront à l’appel, parmi lesquels plusieurs futurs maréchaux soviétiques. Ce qui n’empêchera pas bon nombre d’entre eux d’être éliminés lors des purges de juin 1937.

Guerres contre la Pologne, le Japon et la Finlande

L’ouvrage examine ensuite la guerre soviéto-polonaise commencée au printemps 1919, qui se joue d’abord entre trois partis : les Polonais, les Russes blancs et les bolcheviks, sans oublier les Alliés franco-britanniques que les appétits de Varsovie indisposent. La résurrection de la république polonaise pose les problèmes des frontières de cet Etat qui se verrait bien profiter de la guerre opposant Russes blancs et bolcheviks. La nouvelle armée polonaise amalgame les traditions des armées prussienne, autrichienne, française et russe. Misère matérielle et moral élevé caractérisent tant l’armée polonaise que l’Armée rouge. Ces deux armées disposent des deux plus grosses cavaleries du monde. Les Polonais vont se révéler très doués pour casser le chiffrement utilisé pour les messages codés soviétiques, grâce à une section spéciale de professeurs de mathématiques. En octobre 1920, quand la guerre avec les Soviétiques s’achève, cette équipe polonaise aura déchiffré près de 4 000 radio-cryptogrammes soviétiques.

Autre étude très intéressante, celle qui concerne le conflit, en 1939, entre le Japon, qui occupe la Mandchourie, et la Mongolie prosoviétique. La bataille de Khalkhin Gol voit l’Armée rouge annihiler les ambitions japonaises sur la région. Les Soviétiques ont pourtant en face d’eux des hommes que l’on considère comme la meilleure infanterie du monde par sa discipline, sa capacité à se faire tuer sur place et sa science du combat de nuit. Et si les artilleurs nippons sont mieux formés que leurs homologues soviétiques, ils seront écrasés sous le feu de pièces plus lourdes et trois fois plus nombreuses.

Le lecteur est ensuite entraîné dans le conflit qui oppose l’armée finlandaise à l’Armée rouge. Les Finlandais ont su dominer les Soviétiques dans la défense, s’appuyant sur la rusticité de leur infanterie paysanne, bien adaptée aux conditions naturelles. 64 000 Soviétiques sont capturés pendant la guerre dite de Continuation. L’Armée rouge perd en outre environ 270 000 tués et dénombre 550 000 blessés.

Le choc titanesque de la Seconde Guerre mondiale

Bien entendu, cet album accorde ensuite une large place au conflit entre deux armées gigantesques que sont l’armée allemande et l’armée soviétique à partir de l’Opération Barbarossa. Six millions d’hommes, 18 000 chars et 12 000 avions se font face. L’armée allemande réussit en Union soviétique une campagne de France à l’échelle 10. Quelques semaines après le début de l’offensive, il ne reste presque rien de l’Armée rouge qui s’alignait sur les frontières. Paradoxalement, cette victoire sans précédent dans l’histoire débouche sur un échec de portée stratégique. L’ouvrage examine tant les erreurs soviétiques qu’allemandes. A l’été 1942, l’Armée rouge paraît au bord du gouffre. Six mois plus tard, c’est son adversaire qui semble à la dérive. Mais à Stalingrad, la résistance de la VIe armée allemande durant plus de deux mois est un exploit sans précédent dans l’histoire des guerres, exploit qui a immobilisé pas moins de sept armées soviétiques.

Ce livre ne manque pas d’aborder l’art opératif, innovation théorique majeure de la pensée soviétique combinant l’ensemble des activités militaires relevant de techniques différentes – la tactique, la logistique, le renseignement, la désinformation et le contrôle des troupes. Bien sûr, il est aussi attentivement question du NKVD qui, alignant jusqu’à 10 % des effectifs de l’Armée rouge, a participé à la Seconde Guerre mondiale comme une véritable troupe d’élite, abonnée aux missions spéciales et volontiers sacrifiée. Mais c’est surtout en tant que bras armée de la terreur stalinienne et, à ce titre, une des pires organisations criminelles de l’histoire, que le NKVD est resté dans les mémoires.

Cet album de très grande qualité renouvelle le sujet et intéressera tous les amateurs d’histoire militaire.

L’Armée rouge, sous la direction de Jean Lopez, éditions Perrin, 400 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/larmee-rouge/182123/

mardi 14 novembre 2023

L’Armée rouge

 

L'Armée rouge, album, Jean Lopez, éditions Perrin

C’est sous la direction de Jean Lopez, directeur de la rédaction de Guerres & Histoire et auteur de nombreux ouvrages d’histoire militaire, notamment consacrés à la Seconde Guerre mondiale, que les éditions Perrin viennent de publier un impressionnant album sur l’Armée rouge. Certes, l’Armée rouge a déjà fait l’objet de nombreuses études, mais voici un ouvrage qui traite le sujet sous les angles les plus complets (les chefs, les doctrines, les stratèges, les matériels, les batailles,…), à la lumière des connaissances des dernières archives et avec une iconographie originale.

L’Armée rouge naît du coup d’Etat bolchévique de 1917. Elle a cette particularité d’avoir rapidement intériorisé l’usage de la terreur massive pour maintenir ses hommes au combat. La première exécution de soldats récalcitrants se produit près de Sviajsk, le 29 août 1918. Des centaines de milliers d’autres suivront jusqu’en 1945. C’est durant la guerre civile également que le RKKA acquiert la pratique d’une propagande massive en direction des soldats : pas d’Armée rouge sans commissaires politiques, sans sections spéciales de la police politique – Tchéka ou NKVD.

Armée révolutionnaire

L’Armée rouge est marquée par des débats doctrinaux incessants, qui se traduisent par une complexité et une instabilité institutionnelle qui dure jusqu’en 1925. La faible compétence militaire de Lénine, la rivalité entre Trotski et Staline ajoutent au chaos. L’armée qui émerge de ce maelstrom ne ressemble à aucune autre. Son nom initial est Armée rouge des ouvriers et paysans. Elle est une armée révolutionnaire dans son fonctionnement et ses objectifs et affirme vouloir la victoire de la révolution mondiale. Elle est la créature et l’instrument du Parti bolchévique qui se donne tous les moyens de la soumettre en permanence à ses objectifs. Mais elle a bien du mal à recruter des chefs qualifiés et lance donc un appel aux anciens officiers et sous-officiers du Tsar à entrer dans l’Armée rouge comme “spécialistes militaires”. 22 315 ex-officiers impériaux et 128 168 ex-sous-officiers impériaux répondront à l’appel, parmi lesquels plusieurs futurs maréchaux soviétiques. Ce qui n’empêchera pas bon nombre d’entre eux d’être éliminés lors des purges de juin 1937.

Guerres contre la Pologne, le Japon et la Finlande

L’ouvrage examine ensuite la guerre soviéto-polonaise commencée au printemps 1919, qui se joue d’abord entre trois partis : les Polonais, les Russes blancs et les bolcheviks, sans oublier les Alliés franco-britanniques que les appétits de Varsovie indisposent. La résurrection de la république polonaise pose les problèmes des frontières de cet Etat qui se verrait bien profiter de la guerre opposant Russes blancs et bolcheviks. La nouvelle armée polonaise amalgame les traditions des armées prussienne, autrichienne, française et russe. Misère matérielle et moral élevé caractérisent tant l’armée polonaise que l’Armée rouge. Ces deux armées disposent des deux plus grosses cavaleries du monde. Les Polonais vont se révéler très doués pour casser le chiffrement utilisé pour les messages codés soviétiques, grâce à une section spéciale de professeurs de mathématiques. En octobre 1920, quand la guerre avec les Soviétiques s’achève, cette équipe polonaise aura déchiffré près de 4 000 radio-cryptogrammes soviétiques.

Autre étude très intéressante, celle qui concerne le conflit, en 1939, entre le Japon, qui occupe la Mandchourie, et la Mongolie prosoviétique. La bataille de Khalkhin Gol voit l’Armée rouge annihiler les ambitions japonaises sur la région. Les Soviétiques ont pourtant en face d’eux des hommes que l’on considère comme la meilleure infanterie du monde par sa discipline, sa capacité à se faire tuer sur place et sa science du combat de nuit. Et si les artilleurs nippons sont mieux formés que leurs homologues soviétiques, ils seront écrasés sous le feu de pièces plus lourdes et trois fois plus nombreuses.

Le lecteur est ensuite entraîné dans le conflit qui oppose l’armée finlandaise à l’Armée rouge. Les Finlandais ont su dominer les Soviétiques dans la défense, s’appuyant sur la rusticité de leur infanterie paysanne, bien adaptée aux conditions naturelles. 64 000 Soviétiques sont capturés pendant la guerre dite de Continuation. L’Armée rouge perd en outre environ 270 000 tués et dénombre 550 000 blessés.

Le choc titanesque de la Seconde Guerre mondiale

Bien entendu, cet album accorde ensuite une large place au conflit entre deux armées gigantesques que sont l’armée allemande et l’armée soviétique à partir de l’Opération Barbarossa. Six millions d’hommes, 18 000 chars et 12 000 avions se font face. L’armée allemande réussit en Union soviétique une campagne de France à l’échelle 10. Quelques semaines après le début de l’offensive, il ne reste presque rien de l’Armée rouge qui s’alignait sur les frontières. Paradoxalement, cette victoire sans précédent dans l’histoire débouche sur un échec de portée stratégique. L’ouvrage examine tant les erreurs soviétiques qu’allemandes. A l’été 1942, l’Armée rouge paraît au bord du gouffre. Six mois plus tard, c’est son adversaire qui semble à la dérive. Mais à Stalingrad, la résistance de la VIe armée allemande durant plus de deux mois est un exploit sans précédent dans l’histoire des guerres, exploit qui a immobilisé pas moins de sept armées soviétiques.

Ce livre ne manque pas d’aborder l’art opératif, innovation théorique majeure de la pensée soviétique combinant l’ensemble des activités militaires relevant de techniques différentes – la tactique, la logistique, le renseignement, la désinformation et le contrôle des troupes. Bien sûr, il est aussi attentivement question du NKVD qui, alignant jusqu’à 10 % des effectifs de l’Armée rouge, a participé à la Seconde Guerre mondiale comme une véritable troupe d’élite, abonnée aux missions spéciales et volontiers sacrifiée. Mais c’est surtout en tant que bras armée de la terreur stalinienne et, à ce titre, une des pires organisations criminelles de l’histoire, que le NKVD est resté dans les mémoires.

Cet album de très grande qualité renouvelle le sujet et intéressera tous les amateurs d’histoire militaire.

L’Armée rouge, sous la direction de Jean Lopez, éditions Perrin, 400 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/larmee-rouge/182123/

mercredi 2 août 2023

Sortie à la fin aout du n°26 de la collection "Les Cahiers d'histoire du nationalisme consacré à Jozef Pilsudski, vainqueur polonais de l'Armée rouge

 

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La Pologne, qui avait disparu en tant qu’État souverain au XVIIIe siècle, renaît en 1918 à la faveur de la défaite des empires centraux. Immédiatement, un homme s’impose à sa tête : Józef Piłsudski. Tour à tour activiste politique, chef de parti, puis chef de guerre, il devient chef de l’État et prend en mains les destinées de son pays. En 1920, alors que la Russie a décidé de propager la révolution à tout le continent et que l’Armée rouge est aux portes de Varsovie, il lui inflige une défaite cinglante et sauve ainsi l’Europe du bolchevisme.

Au cours des années suivantes et jusqu’à son décès en 1935, il va s’imposer comme le vrai maître du pays bien qu’il n’en ait jamais été Président de la République. Son aversion pour le parlementarisme, son mépris pour les politiciens professionnels comme son caractère intransigeant vont le conduire à instaurer un régime qui, bien qu’indéniablement autoritaire, ne saurait être considéré comme totalitaire ou fascisant. Il va stabiliser le pays et tenter de le préparer à faire face aux menaces liées à une situation internationale préoccupante. Malgré ses efforts et une volonté hors du commun, il n’y parviendra pas et l’année 1939 sera hélas fatale à la Pologne.

L’auteur, Michel Vial, en fin connaisseur de la Pologne, décrit avec précision l’itinéraire extraordinaire de celui qui incarne indubitablement le nationalisme polonais et dont la personnalité exceptionnelle continue d’exercer, près d’un siècle après sa disparition, une influence considérable sur la mémoire nationale polonaise. Méconnu en France, le maréchal Piłsudski, a été un des personnages les plus marquants de la première moitié du XXe siècle.

Jozef Pilsudski, le vainqueur de l'Armée rouge, Michel Vial, Synthèse nationale, collection Les Cahiers d'histoire du nationalisme, n°26, aout 2023, 196 pages, 24,00 € (+ 6,00 € de port)

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vendredi 11 mars 2022

Le regard de Dominique Venner sur le destin des Armées blanches

 

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Lors du 50e anniversaire du coup d'État bolchévique en 1967, on assista dans le monde entier, et tout spécialement en France, à une débauche de propagande et de bourrage de crâne en faveur du régime rouge : ce fut le délire, un délire soigneusement organisé, subsidié et contrôlé par les “Organes”. Combien d'intellos parisiens n'ont pas émargé aux fonds secrets soviétiques ? Certains (les mêmes parfois) touchent aujourd'hui d'autres chèques…  Ainsi va (leur) monde… En réaction contre cette désinformation, il y eut le livre de Marina Grey et de Jean Bourdier consacré aux Armées blanches (Stock 1968, paru en Livre de Poche n°5116). Marina Grey est la fille du Général Dénikine, qui commanda la fameuse Division de Fer lors de la Première Guerre mondiale : le Maréchal Foch et Churchill ont dit de lui qu'il avait contribué à la survie des Alliés sur le front ouest. Anton Dénikine, pourtant acquis aux idées libérales et critique à l'égard des insuffisances de Nicolas II, sera Régent de Russie et l'un des principaux chefs blancs.
Sa fille, née en Russie libre, a écrit une excellente évocation de l'épopée des Vendéens russes, ces rebelles qui, refusant la servitude et la terreur bolchéviques, se battent à un contre cent avec un panache extraordinaire. Cette étude écrite comme un roman, se fondait sur des archives privées d'émigrés, des revues parues en exil, à Buenos Aires, Paris ou Bruxelles (saluons au passage Sa Haute Noblesse feu le capitaine Orekhoff, éditeur à Bruxelles de La Sentinelle et, en 1967, du Livre blanc sur la Russie martyre !),  des mémoires rédigés en russe par des officiers rescapés du génocide communiste (au moins dix millions de morts pour la Guerre civile). P. Fleming, le frère de Ian, avait signé un beau livre sur l'amiral blanc Koltchak et plus tard, Jean Mabire avait sorti la belle figure d'Ungern de l'oubli dans un roman, qui a marqué toute une génération. Mais les Blancs, malgré ces efforts, restaient des maudits, bien plus en Occident qu'en Russie occupée !

Admiration pour les combattants blancs
Vers 1980, un texte du samizdat russe expliquait que, dans les cinémas soviétiques des années 70, lorsqu'on montrait des Gardes blancs (vrais ou non, mais montrés du doigt comme des vampires), souvent les jeunes se levaient d'un bloc, sans un mot. Un de ces adolescents avait écrit à une revue émigrée, une superbe lettre ouverte aux derniers Blancs pour leur dire son admiration. La SERP nous offre toujours un bel enregistrement de marches de l'ancienne Russie et les Cosaques de Serge Jaroff nous restituaient les chants des Blancs… autrement plus beaux que les chœurs de la défunte Armée rouge qui, pourtant, avaient une classe indéniable par rapport aux misérables chansonnettes des armées anglo-saxonnes qu'on tente de nous faire passer pour le comble du génie.
Mais voilà que Dominique Venner, déjà auteur d'une Histoire de l'Armée rouge (ouvrage couronné par l'Académie française), vient combler ce vide regrettable. Il s'attaque à la Guerre civile, épisode soigneusement occulté de l'histoire soviétique. L'hagiographie marxiste passait sous silence la résistance des Blancs, ou alors ne parlait que de “bandes” de réactionnaires au service du capital, etc. Venner s'est replongé dans cette époque tout compte fait mal connue : peu de livres en langue occidentale, censure générale sur le sujet (tabou dans les universités européennes, alors que les chercheurs américains ont publié pas mal de thèses sur les Blancs), et surtout blocage mental sur ces épisodes qui contredisent la version officielle des faits pour une intelligentsia européenne qui subit encore une forte imprégnation marxisante, souvent inconsciente : une résistance populaire à la “révolution” communiste ne va pas dans le “sens de l'histoire” ! Comme le dit justement Gilbert Comte dans le Figaro littéraire du 6 novembre 1997 : « Triste modèle des démissions de l'intelligence, quand l'histoire écrite par les vainqueurs devient la seule qu'il soit possible d'écouter ». On connaît cela pour d'autres épisodes de notre histoire et le procès Papon, une gesticulation inutile, en est le dernier (?) exemple. Il n'y a pas qu'à Moscou que les procès sont des farces orwelliennes…
Venner a donc lu des témoignages écrits à chaud (voyageurs, diplomates, journalistes), ce qui lui permet de rendre l'esprit de l'époque. Une seule critique vient à l'esprit à la lecture de son beau livre : peu de sources russes et pas de témoignages de première main. Il est vrai que pour trouver des rescapés des Armées blanches en 1996… Mais ces hommes, officiers, civils, soldats ont laissé des écrits : mémoires, archives, articles dans la presse émigrée. Paris, Kharbine en Mandchourie, Bruxelles, Berlin ou Buenos Aires furent des centres actifs de l'Emigratziya. Les revues, journaux, livres rédigés par des combattants blancs se comptent par centaines. Il y a là une masse de documents énorme à analyser. Il existe encore des Associations de la Noblesse russe où de Volontaires qui possèdent des archives du plus haut intérêt et les archives soviétiques doivent aussi receler des trésors… Mais ne faisons pas les difficiles ! Le travail de Venner est une réussite complète. Signalons seulement qu'il reste du pain sur la planche pour de futurs chercheurs !
Venner étudie les Rouges et les Blancs, ce qui est neuf : il analyse les points forts et les faiblesses des uns et des autres. Sa description des événements est précise, militaire : il montre bien à quel point la guerre fut atroce. Surtout, il prouve que les Blancs, ces “vaincus” de l'histoire officielle, ne furent pas loin de l'emporter sur les Rouges. Fin 1919, Lénine s'écrie : « nous avons raté notre coup ! ». C'est Trotsky qui sauvera le régime, avec ses trains blindés et sa vision très militariste de la révolution. Il y a d'ailleurs chez Lev Davidovitch Bronstein un côté fascistoïde avant la lettre !

La catastrophe de l'alliance française
Pour la Russie, l'alliance avec la France fut une catastrophe : l'État-Major impérial est fidèle à ses promesses, jusqu'à la folie. Mal armée (usines d'armement peu productives), mal commandée (généraux incapables), sans doute trahie au plus haut niveau (la Tsarine ou son entourage), l'armée russe subit une terrible saignée : 2,5 millions de tués en 1915! Ces millions de moujiks tués ou estropiés sauvent la France du désastre : si le plan Schlieffen ne réussit pas à l'ouest, c'est en partie grâce aux divisions sacrifiées de Nicolas II. En 1940, ce même plan, actualisé (frappes aériennes et panzers) réussira grâce à l'alliance de fait germano-russe (pacte Ribbentrop-Molotov). En 1917, l'armée est à bout, et la personnalité du monarque, une vraie fin de race, n'arrange rien. Seul le Grand-Duc Nicolas aurait pu sauver la mise, après la mort de Stolypine (assassiné en 1911 par un révolutionnaire juif), ce qui fut un désastre pour toute l'Eurasie. Les trop vagues projets de coup d'état militaire visant à renverser ce tsar incapable ne se réalisent pas… mais le corps des officiers est préparé à lâcher ce dernier, que même le roi d'Angleterre n'a pas envie de sauver.
Ce sont des officiers comme Alexeiev ou Korniloff, futurs chefs blancs, qui joueront un rôle dans son abdication tardive. Preuve que les Blancs n'étaient pas des nostalgiques de l'ancien régime, mais des officiers qui souvent servent d'abord Kerenski, même s'ils méprisent à juste titre ce bavard incapable (un politicien). On peut d'ailleurs se demander si le ralliement au régime rouge de tant d'officiers tsaristes n'a pas été partiellement facilité premièrement par les revolvers (Nagan, au départ une conception liégeoise) délicatement braqués dans leur nuque, mais aussi par le dégoût inspiré par la cour de Nicolas II. Dénikine lui-même avait été scandalisé par le lâchage par le tsar de son meilleur ministre, Stolypine.

Une gigantesque guerre civile d'ampleur continentale
Un des nombreux mérites du livre de Venner est de camper tous ces personnages historiques avec un talent sûr. Le portrait de Lénine, qui était la haine pour le genre humain personnifiée, celui de Trotsky, sont remarquables. Venner montre bien que là où les Bolchéviks trouvent face à eux une résistance nationaliste, ils sont vaincus, comme en Finlande, en Pologne. Les armées de paysans attachés à leurs traditions ancestrales sont toujours plus fortes que celles des révolutionnaires citadins, fanatiques mais divisés en chapelles. Un des mérites du livre est d'insister sur la respansabilité de Lénine dans le génocide du peuple russe : c'est lui qui met en place le système du goulag, et non Staline. Les premiers camps d'extermination communistes datent de l'été 1918. Toutes ces ignominies, dont Hitler ne fut qu'un pâle imitateur, découlent de l'idéologie marxiste, qui est celle de la table rase (au moins 25 millions de tués de 1917 à 1958 !). La révolution blochévique vit une véritable colonisation de la Russie par des étrangers : Polonais, “Lettons”, et surtout des Juifs, animés d'une haine viscérale pour la Russie traditionnelle, qui ne leur avait jamais laissé aucune place au soleil.
Cette révolution est en fait le début d'une gigantesque guerre civile d'ampleur continentale : le fascisme, le nazisme sont des ripostes à cette menace, avec toutes les conséquences que l'on sait. L'historien allemand Ernst Nolte l'a très bien démontré au grand scandale des historiens établis qui aiment à répéter les vérités de propagande dans l'espoir de “faire carrière”. Mais ces vérités, dûment démontrées en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons, passent mal en France où sévit encore un lobby marxisant, qui impose encore et toujours ses interdits. Voir les déclarations ridicules de Lionel Jospin, impensables ailleurs en Europe. Voir le scandale causé par le livre de S. Courtois sur les 85 millions de morts du communisme, qui réduit à néant les constructions intellectuelles du négationnisme des établissements, qui, s'ils ont souvent trahi leurs idéaux de jeunesse, ont gardé intactes leur volonté de pourrir notre communauté. Mais ces viles canailles politiques n'ont plus l'ardeur de la jeunesse : ils ne croient plus en rien et n'ont plus au cœur que la haine et le ressentiment pour toutes les innovations qui pointent à l'horizon. À leur tour de connaître la décrépitude et le mépris, des 20 à 30% de jeunes qu'ils condamnent au chômage, en dépit de leur beaux discours sur le “social”. Remercions Venner de nous avoir rendus, avec autant de sensibilité que d'érudition, les hautes figures de l'Amiral Koltchak, des généraux Dénikine, Korniloff ou Wrangel, de tous ces officiers, ces simples soldats blancs, héros d'autrefois qui nous convient à résister sans faiblir aux pourrisseurs et aux fanatiques.

Dominique Venner, Les Blancs et les Rouges : Histoire de la guerre civile russe, Pygmalion 1997. 293 p. [Rocher, 2007]

Patrick Canavan, Nouvelles de Synergies Européennes n°30/31, 1997.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/102

mardi 14 décembre 2021

La légende d'Ungern, le dernier général Blanc 2/2

  

Wrangel (célèbre général de l'armée blanche, commandant en chef des armées du Sud), qui l'eut sous ses ordres durant la Guerre mondiale, a dit de lui : « Les hommes de sa trempe sont inappréciables en temps de guerre et impossibles en temps de paix ». Pour le baron Ungern, c'est toujours la guerre. Cadet du tsar, mercenaire en Mongolie, officier de cosaques en compagnie du futur ataman (chef des cosaques) Séménov en 1914, petit, malingre, il possède une santé de fer et une énergie farouche, mais son style n'est pas celui d'un officier traditionnel. « Débraillé, sale — dit Wrangel —, il dort sur le plancher parmi les cosaques, mange à la gamelle. Des contrastes singuliers se rencontraient en lui : un esprit original, perspicace, et, en même temps, un manque étonnant de culture, un horizon borné à l'extrême, une timidité sauvage, une furie sans frein, une prodigalité sans bornes et un manque de besoins exceptionnel ».

Le gouvernement de Pékin et celui de l'amiral Koltchak (chef suprême des armées blanches de novembre 1918 à sa mort en 1920, qui instaura un gouvernement militaire en Sibérie) sont hostiles à cette initiative et font pression sur le bogd (prince royal) d'Ourga qui finit par se récuser.

En novembre 1919, un seigneur de la guerre chinois, le général Hsü, arrivé à Ourga avec 10.000 hommes comme « pacificateur de la Mongolie ». Il abolit l'autonomie mongole et signifie aux indigènes qu'ils sont désormais soumis à l'autorité de Pékin. Ce coup de force déchaîne par réaction un grand mouvement de nationalisme mongol. Quelques jeunes gens dirigés par un certain Soukhé Bator, qui ont constitué une société secrète, prennent contact avec les bolchéviks qui les assurent de leur appui.

Entre-temps, la Sibérie blanche de l'amiral Koltchak s'est effondrée sous les coups de l'armée rouge et de ses propres contradictions. Ignominieusement abandonné par les Alliés (principalement les Français et les Britanniques), l'amiral est fusillé le 7 février 1920. Les rescapés de son armée se sont dispersés en Mandchourie. Certains rejoindront Vladivostok et l'Europe, d'autres resteront en Mandchourie et iront même en Chine. Quelques-uns se joindront aux bandes de Séménov.

Placée sous l'attention vigilante des Japonais, la Transbaïkalie échappe en partie à l'autorité de Moscou qui accepte en avril 1920 la création d'un « État-tampon », la République d'extrême-Orient. Les Japonais tentent de mettre Séménov à sa tête. Mais les partisans rouges qui forment des bandes puissantes passent à l'offensive. L’ataman est contraint de fuir Tchita vers la Mandchourie à l'automne 1920.

C'est à ce moment qu'Ungern, prévoyant que son camarade ne pourra tenir face aux Rouges, a pris le parti de s'enfoncer en direction de la Mongolie à la tête de ses troupes personnelles, cette « Division de cavalerie asiatique » initialement créée avec l'appui des Japonais. On lui impute d'avoir exterminé en cours de route la population de plusieurs villages réputés "rouges". Mais les confins de la Sibérie, à cette époque, ne sont pas à un massacre près. En mars 1920, par exemple, la garnison japonaise de Nikolaevsk, à l'embouchure de l'Amour, et une bonne partie des civils ont été massacrés par les partisans rouges. Il y eut 700 morts parmi les Japonais et plus de 6.000 hommes, femmes et enfants parmi les civils, abattus sur ordre de Triapitsyne, le chef des partisans.

« L'un de ses ordres prescrivait de tuer tout les enfants de plus de cinq ans, qui, autrement, pourraient garder des souvenirs et nourrir des idées de vengeance. Le chef d'état-major de Triapitsyne, qui était aussi sa maîtresse, Nina Lebedeva, une communiste de 25 ans, était censée veiller à ce que les partisans de Nikolaevsk agissent conformément à la politique soviétique ; caracolant sur son cheval, armée jusqu'aux dents et généralement habillée de cuir rouge, c'était un personnage de mélodrame. Quand une expédition punitive japonaise apparut sur les lieux, Triapitsyne rasa Nikolaevsk et se retira à l'intérieur du pays, où ses partisans, écœurés, bien qu'un peu tard, par ses cruautés, l'arrêtèrent. Lui, Nina et quelques-uns de ses acolytes les plus vils furent exécutés, après un jugement sommaire ».

Dès qu'ils apprennent qu'Ungern est entré en Mongolie, les bolchéviks accentuent leur soutien aux jeunes révolutionnaires mongols de Soukhé Bator (le « petit Staline ») qui reçoivent une instruction politique et militaire à Irkoutsk. Ils seront bientôt envoyés à la frontière mongole avec des armes et des conseillers soviétiques.

Ungern lui-même est accueilli en libérateur. De nombreux princes mongols voient en lui celui qui peut libérer le pays de l'occupation chinoise. L'un d'eux, Tsevenn devient même le commandant en chef des troupes mongoles d'Ungern. Celui-ci semble être partout. On signale sa présence simultanément en plusieurs points éloignés du territoire.

À la fin du mois d'octobre 1920, il lance une première offensive sur Ourga pour en chasser les Chinois. Il dispose alors, semble-t-il, de 2.000 hommes de toutes origines, dont 800 cosaques. Les forces chinoises sont cinq fois plus nombreuses et l'attaque est repoussée. Mettant l'hiver à profit pour renforcer ses troupes, il s'empare aussi de la personne du bogd, par un coup d'audace, et l'emmène sous bonne escorte au monastère de la Montagne Sacrée.

La deuxième offensive d'Ungern, en janvier 1921, prend les Chinois par surprise. Après quelques jours de combat, Ourga est prise le 2 février dans une orgie de sang. Tout ceux qui sont soupçonnés de sympathie bolchéviques sont exécutés. Le baron rétablit le bogd sur son trône, et se fait accorder les pleins pouvoirs. D'autorité, il recrute les Russes antibolchéviques réfugiés à Ourga dans son armée. Un peu inquiet des débordements de son protecteur, le bogd finira par demander à Pékin d'être libéré du « baron fou ».

Mort du dernier général Blanc

De leur côté, les bolchéviks tentent d'obtenir une intervention chinoise contre Ungern. Un rapport du capitaine japonais Sassaki explique l'inquiétude des bolchéviks :

« Bien que les troupes d'Ungern soient insuffisantes pour renverser la République d'extrême-Orient, leur présence obligerait cette dernière à déployer constamment toute son armée le long de la frontière mongole. Par ailleurs, si un important mouvement antibolchévique venait à naître en Extrême-Orient, Ungern, avec ses troupes, pourrait créer la secousse initiale qui préluderait à l'écroulement de la République et à l'ébranlement des fondations de la Russie soviétique ».

C'est bien ce que craignent Lénine et les dirigeants bolchéviques qui décident d'intervenir en force. Au printemps 1921, les partisans de Soukhé Bator sont moins de 500. C'est suffisant pour s'emparer de Khiagt, une bourgade où ils fondent aussitôt un « gouvernement populaire provisoire de Mongolie ». Suivant un schéma déjà utilisé plusieurs fois en Ukraine et dans les Pays Baltes, ce "gouvernement" fait appel au grand frère soviétique qui expédie ses forces armées sous une apparence légale.

Le 21 mai, Ungern quitte Ourga à la tête de son armée. Son intention est de passer à l'offensive vers le nord en direction de la Transbaïkalie. Il escompte un soulèvement antibolchévique dans l'Oussouri. On signale en effet plusieurs guérillas antibolchéviques dans les provinces maritimes. L'armée réunie par Ungern compte semble-t-il 10.000 hommes. Se lancer à l'assaut de la Sibérie rouge avec une telle force relève pour le moins de la témérité.

Le 12 juin, Ungern attaque Troitskosavsk que défendent des troupes soviétiques beaucoup plus nombreuses. À la suite d'une journée indécise, le baron se replie en Mongolie, ayant essuyé de lourdes pertes. Les troupes soviétiques pénètrent en Mongolie pour lui faire la chasse. L'armée rouge d'Extrême-Orient compte 78.000 hommes. Les troupes d'intervention sont commandées par Rokossovski, un excellent chef militaire. Ungern disperse ses troupes en petits détachements et fait le vide devant l'envahisseur, ne cherchant pas à défendre Ourga qui occupée par l'armée rouge le 11 juillet. Par un vaste mouvement tournant, il vient attaquer les arrières des Rouges. Le 24 juillet, il pénètre en territoire soviétique. Ayant subi un nouveau revers en aôut, il se retire vers le sud, échappant par miracle à l'encerclement, pendant que ses poursuivants s'entretuent…

Il reste insaisissable, toujours bouillonnant d'idées. Mais son escorte est fourbue. Ses hommes sont démoralisés. Une nuit, ses propres cosaques attaquent sa tente. Profitant de l'obscurité, il saute sur un cheval et parvient à fuir. Cette fois, il est seul, ce qui ne l'effraie pas. Il en a vu d'autres. D'ailleurs les Rouges ont perdu sa trace.

Un prince mongol, Sundui, qui lui est resté apparemment fidèle, le rejoint. Le baron est toujours sur ses gardes, la main sur le révolver. Un jour, profitant d'un instant de distraction, les hommes de Sundui le jettent à bas de son cheval et parviennent à le ligoter. Peu après, Sundui le livrera à Rokossovski (1).

Sous bonne garde, Ungern est conduit à Novonikolaïevsk (future Novossibirsk). Condamné d'avance (2), il est fusillé le 17 septembre 1921. Ainsi disparaît le dernier général blanc, ce « baron fou » qui croyait à un axe entre l'Extrême-Orient et l'Extrême-Occident. Ce qui montre que, dans sa "folie", l'audacieux baron était en avance sur son temps.

Dominique Venner, extrait de : Les Blancs et les Rouges : histoire de la guerre civile russe, 1917-1921, Pygmalion, 1997, p. 314-320.

Notes :

1. Le lâche ! Le fourbe !

2. Au cours de la séance du Politburo du 27 août 1921, Lénine fit une proposition aussitôt acceptée : « Mener un procès public à une vitesse maximum et le fusiller aussitôt ».

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/62