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mercredi 16 août 2023

Joseph de Maistre : la nation contre les droits de l’homme, par Marc Froidefont

 

Joseph de Maistre : la nation contre les droits de l'homme, par Marc Froidefont

Marc Froidefont, agrégé de philosophie, est docteur en poétique et littérature. Déjà auteur de Théologie de Joseph de Maistre dont nous vous parlerons probablement prochainement, il vient de signer un excellent petit opuscule intitulé Joseph de Maistre, La nation contre les droits de l’homme.

En quelques chapitres d’une belle écriture qui fait si souvent défaut aujourd’hui, Marc Froidefont s’attèle à montrer à ses lecteurs combien Joseph de Maistre critiquait l’esprit anti-chrétien de la Déclaration des droits de l’homme. Mais cet opuscule fait surtout apparaître à quel point la pensée de Joseph de Maistre s’avère toujours d’actualité. Ainsi, Joseph de Maistre écrivait : ” il ne faut pas oublier que le propre de la langue révolutionnaire est d’employer des mots connus mais toujours en un sens inverse “. Ô combien cela est-il encore constatable aujourd’hui, tant de la part de nos gouvernants de la république française que de celle des élites mondialistes qui prétendent s’occuper de notre bonheur contre notre gré. Et l’on est saisi devant la pertinence prophétique de Joseph de Maistre lorsque celui-ci décrit notre société mortifère : ” Pendant que le fils tue son père pour le soustraire aux ennuis de la vieillesse, sa femme détruit en son sein le fruit de ses brutales amours pour échapper aux fatigues de l’allaitement. 

Marc Froidefont prend soin de rappeler que si Joseph de Maistre s’égara un temps dans la franc-maçonnerie, il s’en démarqua ensuite avec force, devenant une plume contre-révolutionnaire de premier plan. Dans ses Considérations sur la France, Joseph de Maistre démontre qu’une nation peut être châtiée, particulièrement quand, fille aînée de l’Eglise, elle s’éloigne de sa mission divine. Utilisant à plusieurs reprises l’analogie avec la ruche des abeilles, Joseph de Maistre fait apparaître comment un peuple sans souverain est aussi démuni qu’une ruche sans reine.

Toute sa vie, Joseph de Maistre va lutter contre les idées issues de la Révolution française.

Joseph de Maistre : La nation contre les droits de l’homme, Marc Froidefont, éditions La Nouvelle Librairie, 73 pages, 9 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/joseph-de-maistre-la-nation-contre-les-droits-de-lhomme-par-marc-froidefont/178026/

lundi 5 septembre 2022

Les droits de l’homme contre le peuple (Jean-Louis Harouel)

 

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Jean-Louis Harouel est professeur émérite d’histoire du droit et des institutions.

Cet essai parvient en peu de pages à démontrer la nocivité des droits de l’homme. Après avoir estimé que les droits de l’homme sont utilisés comme un outil de la conquête musulmane au nom de l’égalitarisme et du refus des discriminations, Jean-Louis Harouel démontre que les droits de l’homme sont devenus un avatar de religion séculière de l’humanité et en souligne les racines gnostiques et millénaristes. L’auteur examine également comment les droits de l’homme sont mis au service d’une immigration colonisatrice. Il conclut naturellement qu’il faut résister aux droits de l’homme pour survivre comme peuple et rappelle que discriminer se révèle indispensable en certaines circonstances.

Les droits de l’homme contre le peuple, Jean-Louis Harouel, éditions Desclée De Brouwer, 123 pages

https://www.medias-presse.info/les-droits-de-lhomme-contre-le-peuple-jean-louis-harouel/53571/

vendredi 18 février 2022

Identité nationale et droits de l’homme : de quoi parle-t-on ? (Partie 1)

 

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Par Henri Temple

Nous commençons aujourd’hui la publication d’un travail réalisé par notre « compagnon de route » Henri Temple, universitaire et essayiste, sur la notion d’identité nationale. Certains de nos amis seront étonnés de trouver sur un site royaliste une illustration représentant la « déclaration des droits de l’Homme ».

Que la célébration quasi religieuse de la Nation date de la révolution est un fait incontestable, mais que le principe de Nation date des premiers CAPETIENS, en est un également. Du reste Henri Temple montre bien l’enracinement multiséculaire de l’esprit de Nation. Ajoutons, pour être complet, que sous l’ancien régime monarchique, le roi incarnait la Nation. Après l’exécution sanglante de la famille royale et la chute de la monarchie, le « vive le roi » qui jaillissait naguère des cœurs du peuple Français est devenu le « vive la Nation ! » ce qui momentanément a permis de combler le vide né de la mort du père du peuple (qui reste un traumatisme pour les Français), et maintenir la prise en compte du « nous » historique et social, l’espace le plus pertinent de solidarité naturelle comme le pensait Maurras. Du strict point de vue de l’école de pensée d’Action Française, après la mort du roi qui incarnait la Nation, laquelle devint un concept encore très puissant au moment de la Révolution, il est normal qu’aujourd’hui celui-ci se trouve anémié parce-que perçu comme un parti pris idéologique et que se pose avec acuité la question de l’identité. C’est pourquoi nous vous invitons vivement à suivre cette chronique éclairante dans laquelle l’auteur tente une approche à la fois historique, sociologique, politique en s’appuyant sur l’actualité la plus récente et le travail collectif réalisé au sein du nouveau « Front Populaire » créé avec Michel Onfray. Elle paraitra à partir d’aujourd’hui et pendant quatre semaines chaque lundi. (AF)

OPINION. Entre universalisme et identitarisme, qui sommes-nous réellement ? Dans cette réflexion en quatre parties, Henri Temple s’interroge sur la place de l’identité nationale dans notre monde globalisé.

Avertissement. L’étude qui suit est une synthèse abrégée de nos différents écrits sur l’idée de nation. Aussi, s’agissant des développements et des références, le lecteur sera simplement renvoyé à ces écrits et tout particulièrement à notre étude sur l’identité nationale Qu’est-ce qu’une nation en Europe ? (collectif coordonné avec Eric Anceau, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2018). Ce texte y renverra avec l’abréviation : (H.T… id.nat… n.X).

Le présent résumé nous a paru indispensable en ce temps où la société française est si tendue, et les affrontements idéologiques si virulents en pleine campagne pour l’élection présidentielle d’avril 2022. Le seul mot de « nation » entraîne les réactions agressives de certains penseurs et politiciens, alors que, pourtant, l’idée de Nation est un pilier des grands textes philosophiques universels. Et l’universalisme lui-même — qui est la foi dans l’humanité — est désormais dénié ! De nouveaux inquisiteurs substituent le procès d’intention à l’argumentaire, et leurs réquisitions d’accusateurs publics réclament l’interdiction de participer au débat public, voire de se présenter à des élections : la reductio ad Hitlerum… Quant à l’opinion majoritaire, elle est décontenancée par les imprécations qu’elle endure, mais elle est plus que jamais en attente de réponses à ses demandes, diffuses, mais intenses.

Pourtant l’idée de Nation fut à l’origine une idée de gauche avant d’être excommuniée par les communistes, haïe des trotskystes, et, simultanément, bannie par le capitalisme cosmopolite spéculatif : des groupuscules anarcho-gauchistes, violents, aux financements douteux, se disant « No border, no nation », convergent étonnamment avec les objectifs du business mondialiste… Des modes intellectuelles indigentes, conçues en France dans les années 60, y sont revenues depuis les campus américains où elles ont été transformées en monstres philosophiques et sociétaux. Ces monstres sont souvent l’expression de frustrations personnelles, prétextes à des haines irrationnelles : racialistes, racistes, christianophobes, misandres…

L’humanité, depuis ses origines et pendant des millénaires, a recherché le progrès technique et le progrès moral. Sa quête s’est construite à la fois sur l’observation du réel, la maîtrise de la pensée, la recherche de la sagesse et du bien commun. Si les Grecs furent de prodigieux précepteurs dont nous sommes à jamais débiteurs, c’est toute l’humanité qui a recherché cette voie. Ainsi découvre-t-on de puissantes analogies entre Platon et Confucius alors qu’ils n’ont pas pu se connaître. Il faut lire le Dalaï-Lama pour apprendre que les sages tibétains ont, il y a 2000 ans, fait des emprunts aux philosophies grecques. Ainsi se sont construites spontanément, entre tous les peuples et au fil des siècles, des convergences intellectuelles et philosophiques. Mais l’heureuse et lente convergence de l’humanité vers des valeurs communes n’implique absolument pas la disparition des nations qui sont l’essence et le cadre de cette humanité. Or voici que des intellectuels iconoclastes, le verbe haut et mauvais, décrètent que ce monde ancien doit être « déconstruit ». En réalité, détruit. « Déconstruire », détruire ? Mais pour construire quelle autre société ? Cette « sédition », intellectuellement indigente, est incapable de formuler la moindre esquisse d’avenir. Aussi nous a‑t-il paru opportun de rappeler le caractère indispensable, sinon sacré, des Nations dont la souveraineté et l’identité sont des droits de l’Homme.

La pensée classique, qui s’est construite au fil des siècles, n’a été remise en question que très tardivement, par le mouvement agressif et destructeur du « wokisme intersectionnel » actuel (à ce sujet, lire Eugénie Bastié, La guerre des idées, 2021 ; Mathieu Bock-Côté, L’Empire du politiquement correct, 2019, mais aussi Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff…). La philosophie politique — pour Aristote, la philosophie première — ne s’est développée que très tardivement. Car d’Alexandre le Grand à Guillaume II, l’Europe oublia, pendant 2000 ans, la démocratie athénienne et la République romaine, sous l’emprise de dynasties héréditaires, monarchiques ou impériales, parfois absolues, totalitaires, voire sanglantes. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que se produisirent des révolutions de la pensée politique : l’équilibre des pouvoirs chez Montesquieu. Et surtout l’idée de « Souverain » chez Rousseau, qui fusionne les notions de démocratie et de Nation : seule la Nation est souveraine. Mais alors la théorie de la nation n’est pas encore complètement dégagée. En particulier la notion « d’identité nationale », gâchée par le misérable « débat » de 2010, avait été abandonnée, donnant ainsi des armes faciles à ses contradicteurs, même de bas niveau. Or il n’existait pas de Théorie générale de la nation : Michelet n’était pas satisfait de son travail (Le Peuple, 1846 – 1871), Marcel Mauss n’avait pas pu finir le sien, et y avait renoncé (dès 1922) jusqu’à sa mort. Et Edgar Morin constatait que cette théorie restait à écrire — une première tentative de regard complet : H. Temple, Théorie générale de la nation, op.cit.

Les débats de la campagne présidentielle de 2022 qui commence sont à nouveau axés sur la souveraineté, l’immigration, l’identité. Il en sera longtemps ainsi : le réel est tenace. Ces débats laissent pris à l’idée que ce sont les immigrants qui sont visés en eux-mêmes, et tombent dès lors sous le coup d’attaques au prétexte des droits de l’homme ou de l’antiracisme ; parfois aussi des considérations d’un certain patronat ou de ses politiciens liges, à Berlin, Paris ou Bruxelles, en quête de main‑d’œuvre bon marché. Ou même au Vatican — contra le bon sens du Guinéen, Mgr Sarah, qui comprend l’islam, dans lequel il baigne, ainsi que les besoins des pays d’émigration.

Mais rien ne saurait dissimuler le fait que la liberté de l’Homme ne peut se concevoir sans la liberté de sa collectivité, sa Nation. Le premier ne peut être libre sans la liberté de la seconde et vice versa. Il en va de même de l’identité : tout être humain a une identité et toute nation a une identité. Liberté (ou souveraineté) et identité sont des droits. Des droits de l’homme.

L’air que l’homme respira sans le savoir durant des millénaires a toute une histoire. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que Boyle démontra que l’air est indispensable à la vie, et au XVIIIe siècle, que Lavoisier en établit la composition chimique. Il en est de même pour la Nation : nous en sommes intimement constitués, nous la composons, elle nous est nécessaire, mais n’est comprise qu’au XVIIIe siècle, devenant alors ce principe fondateur en politique qui s’exprime dans la Déclaration des droits de l’Homme de 1789. Pourtant elle est encore mal analysée en ce XXIe siècle commencé. Car la nation n’est pas un concept simple qui se laisse apprivoiser aisément (pas plus que l’air). La nation est à la fois la réalité que nous sommes et le projet dont nous avons besoin : nous l’inhalons comme l’air, elle constitue notre personnalité culturelle et construit une part importante de notre affect. Elle est le seul cadre possible de vie en commun, la seule architecture possible du monde.

Ernest Renan eut le mérite d’être le premier, avec Michelet, à entreprendre de définir ce concept si nouveau, si longtemps associé à la Révolution : la Nation. Mais, dans la vingtaine de pages de son fameux discours Qu’est-ce qu’une nation ?, Renan consacre l’essentiel à dire ce que la nation n’est pas, ou à faire chatoyer les nuances infinies du concept, en parcourant les siècles et les latitudes. Puis, en deux pages illustres, emphatiques et inspirées, Renan déclame : « La nation est une âme, un principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble » (le fameux vivre ensemble d’Aristote). Renan sent bien que c’est l’affectivité et l’identité qui importent au fond du cœur humain, mais n’en a pas la preuve : en 1882 la psychologie, la sociologie, l’éthologie n’en sont qu’à leurs débuts. Voici pourquoi il convient de se concentrer sur les conséquences psychologiques individuelles et les conséquences sociologiques collectives de l’immersion nationale, car on en sait désormais beaucoup plus sur ces sentiments et ces élans, à peine entrevus par Renan. Nous découvrirons alors que les droits de l’homme sont venus protéger l’identité culturelle et psychosociologique nationale.

Psychologie, sociologie, sentiments et identité nationale

Les Français — surtout les jeunes et les anciens — sont inquiets et/ou en colère quant à l’avenir de leur pays. Mais on trouve des sentiments analogues dans tous les autres pays d’Europe. Et dans le monde entier, pour les nations en souffrance comme ce fut jadis le cas de l’Italie, la Pologne, l’Irlande ou les peuples d’Afrique et d’Asie. Désormais, les causes de « stress social » les plus couramment invoquées sont le chômage de masse, l’insécurité, le recul démocratique et les sujétions économiques, l’immigration de masse, et bien sûr la crainte d’une perte d’identité. Or les critiques intellectuelles et les stratégies politiques ou économiques dirigées contre les nations n’ont jamais été aussi virulentes. Pourtant les années 60 avaient fait apparaître quantité de nouvelles nations, décolonisées, et les années 90 ont vu des événements historiques majeurs « venus d’en bas », comme le dit Marcel Mauss : démembrement de l’URSS et de la Yougoslavie (1992) ; recrudescences de rébellions nationales (Darfour, Azawad, Tibet, ouïghour, karen, Papouasie, Kurdistan, Palestine, Tigré, Est ukrainien) ; et même des scissions d’États pour des raisons d’incompatibilités socio-nationales : la Tchécoslovaquie devient Tchéquie et Slovaquie en 1993, l’Indonésie perd, en 2002, le Timor-Leste qu’elle avait envahie illégalement, l’Érythrée qui se sépare de l’Éthiopie retrouve sa souveraineté en 1993, et le Soudan du Sud quitte le Soudan en 2011. À l’inverse, on assiste à des amalgames « venus d’en haut » de nations dans des blocs politiques ou commerciaux (OTAN ; Union européenne : Maastricht en 1992, Lisbonne en 2008 ; OMC en 1994).

Ces événements majeurs, contradictoires, lourds de conséquences, ont suscité peu de réflexions approfondies en philosophie et psychologie politiques. Alors qu’il aurait fallu sonder le fait national dans l’un de ses aspects le plus important et le plus mal compris : l’identité nationale. L’être humain a besoin d’une famille, sa cellule de base (d’abord celle de son enfance ; puis celle qu’il construit lui-même en tant qu’adulte) ; la famille a besoin de la protection de la nation, qui est une famille de familles : et l’humanité ne devrait-elle pas être une famille de nations ? L’identité nationale participe intimement de l’essence de l’homme.

Que signifie « identité » ? Ce terme a plusieurs sens, pas toujours compatibles. Écartons les significations mathématiques où « identité » a le même sens que « égalité » entre deux valeurs. En psychologie et en sociologie, c’est au contraire la différenciation qui permet de cerner une identité : les particularités, les différences plus que les ressemblances. L’identité se définit dès lors comme « l’ensemble des caractéristiques qu’un individu ou un groupe perçoivent d’eux-mêmes ou qui sont perçues par d’autres »(H.T… id.nat… n.3). On dit aussi que l’identité est le « caractère permanent et fondamental d’une personne, d’un groupe » (Encyclopédie Larousse en ligne, 2016, V° Identité). L’identité de l’être humain est considérée en soi, mais aussi dans son rapport à la communauté nationale, et dans le rapport avec d’autres communautés. Le mot « identité » vient du latin : id (ceci), idem (ceci même) ; en grec on parle d’essence ou ensemble des caractéristiques permanentes, principales et dominantes, aussi bien pour une personne que pour la collectivité à laquelle elle est rattachée.

Dans les parties suivantes, on distinguera les deux dimensions de l’identité nationale (personnelle et collective) et les facteurs qui sont à l’origine de l’affect qui en découle. Les consensus, alors, convergent inévitablement.

https://www.actionfrancaise.net/2022/02/14/identite-nationale-et-droits-de-lhomme-de-quoi-parle-t-on-partie-1/

dimanche 13 décembre 2020

J’accuse… les droits de l'homme !

   


Depuis qu’ils furent « découverts » au XVIIIe siècle, les droits de l’homme font l’objet de critiques diverses, comme le montre Le procès des droits de l’homme (J. Lacrois et J.-Y. Pranchère, chez Seuil). Il n’empêche : ils sont devenus une « religion séculière), une « nouvelle morale » dénoncée par Alain de benoist (Au-delà des droits de l’homme, P.G. de Roux) et par jean-Louis Harouel (Les droits de l’homme contre le peuple, DDB). Le mur des droits de l’homme doit-il tomber ? À vous de juger.

Critiquer les droits de l'homme en commençant par charger l'islam le procédé a de quoi étonner. C'est le pari de Jean-Louis Harouel. Son constat ? L'arrivée massive en Europe d'immigrés portant l'islam dans leurs bagages. Rien de nouveau sous le soleil. Sauf qu'il pointe le rôle joué par les droits de l'homme dans l'installation pérenne et inamovible de ces populations. Harouel a le mérite d'illustrer son propos par des exemples concrets ainsi de l'allocation de prestations sociales généreuses aux immigrés clandestins. La gauche a « droit-de-l'hommisé » l'immigré, empêchant de ce fait toute saine réaction de la société ou de la puissance publique. Au fond, Harouel dénonce « l'impuissance collective » générée par les droits de l'homme. Un point de vue partagé par Alain de Benoist. Ce dernier fustige l'irruption du sujet dans le droit, restreignant d'autant le rôle du politique. La castration de l’État : voilà, pour eux, le péché mortel de l'idéologie des droits de l'homme, nouveau culte civique, relevant de la morale plus que du droit classique (Benoist) et transformant les juges en prêtres inquisiteurs (Harouel).

Je ou Nous

Symptôme de cette impuissance, le principe de non-discrimination, dogme de la « religion séculière des droits de l'homme ». Selon Harouel, l'urgence est à la discrimination et au sentiment d'appartenance. Benoist n'est pas loin : pour lui, la nocivité des droits de l'homme est ontologique car elle remplace le « nous » (la communauté) par le « je » (l'individu atomisé). À l'instar de Michel Villey, il regrette l'effacement du modèle juridique romain, où la notion de droit subjectif était inconnue. Les deux auteurs parviennent à de proches conclusions : il faut défendre la communauté, en sauvegardant le peuple dans son existence (Harouel) et dans ses libertés collectives en tant que communauté (Benoist). Le héraut de la Nouvelle Droite, c'est bien connu, est un penseur de la communauté. Sans surprise, Au-delà des droits de l'homme s'inscrit dans une perspective holiste, et l'antilibéralisme d'Alain de Benoist se déploie particulièrement dans la postface de l'ouvrage, où l'auteur critique vertement « l'atomisation du monde » qu'il attribue au modèle libéral.

Difficile de donner tort à nos auteurs, tant leurs constats se vérifient impuissance à endiguer d'immenses flux migratoires bouleversant le visage de l'Europe : règne de l'individualisme face aux logiques collectives, pourtant naturelles à l'homme.

La critique des droits de l'homme n'est pas nouvelle. Depuis plus de deux siècles, elle est le fait tant des conservateurs comme Edmund Burke (dénonçant leur abstraction) que des révolutionnaires comme Karl Marx (les droits de l'homme ne seraient pas assez émancipateurs car formels et non réels, politiques et non sociaux). La critique contemporaine vient enrichir ce scepticisme.

La grande marche en avant

Alain de Benoist et Jean-Louis Harouel écrivent en un temps où le règne des droits de l'homme doit beaucoup au gouvernement des juges. L'éditeur de Jean-Louis Harouel ne s'y est pas trompé en illustrant la couverture de l'ouvrage avec une représentation de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH)… à l'envers ! À Paris comme à Strasbourg (siège dé la CEDH), le discours des droits de l'homme ne se limite pas aux textes fondateurs, à savoir la déclaration de 1789 ou la Convention européenne des droits de l'homme il est conquérant, extensif. L'interprétation y est téléologique (fondée sur la finalité des textes). Or, cette finalité n'est autre que l'émancipation de l'individu. Le mépris du Décalogue est patent, au profit de droits-créances libertaires (droit au mariage, à l'enfant, au suicide assisté, à l'avortement). Gigantesque hypocrisie de ces droits de l'homme qui, d'ailleurs, ne consacrent en rien le premier de tous les droits, la plus importante des immunités de contrainte : le droit à la vie. Alors que pléthore de droits-créances sont proclamés en Occident, le plus élémentaire des droits fondamentaux (formule affectionnée par Pie XII, entre autres) est farouchement nié. La raison en est simple : l'anthropologie des droits de l'homme est profondément matérialiste.

Si la défense des libertés concrètes est indispensable, la critique de l'idéologie des droits de l'homme prouve toujours sa pertinence, dans l'océan post-moderne.

Thibault Bertrand monde&vie 9 juin 2016 n°925

dimanche 29 novembre 2020

La machine à exclure

 La République n'est pas un système de gouvernement, c'est une idée. Et cette idée a littéralement pris possession de la France depuis le XVIIIe siècle, produisant ce que l'on peut appeler non une démocratie mais une idéocratie. Une idée.. Mais quelle idée ? demande Hubert Champrun… L'idée d'un nouveau commencement., qui périme tout ce qui n'est pas lui.

Le projet républicain français est d'emblée universaliste. C'est bien la France qui change, mais cette transformation se veut radicale au point d'être une métamorphose; ses promoteurs entendent qu'elle soit fondatrice d'un ordre nouveau qui doit étendre son empire sur toutes les nations. Le nouvel État qui naît est sans doute français, mais l'adjectif désigne bien plus ce qui vient de naître - et bien plus sûrement ce qui va advenir - qu'une quelconque continuité historique. On pourrait débattre de la proclamation effective de la Première République, de la Convention nationale, etc. : retenons que le projet républicain tel qu'il est immédiatement mis en oeuvre est fondé sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (un des textes fondamentaux de notre actuelle Constitution), avec son fameux premier article, « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », qui abolit, à la suite du 4 août, quelques siècles de vie commune et quelques millénaires de civilisation : clergé, noblesse, métiers, villes et provinces ne sont plus rien. La Déclaration universelle des droits de l'homme, de 1948, reprendra la formule dans son article premier : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Le premier Empire, agent révolutionnaire du dépassement des nations

Ce que pose la déclaration de 1789 est valable, déjà, pour, toute l'humanité, et les révolutionnaires ont bien en tête de prêcher à tout l'univers. Si les nations demeurent dans les discours, c'est qu'elles paraissent alors être les formes naturelles et insurpassables du vivre ensemble, les corps intermédiaires que sont les provinces étant déjà balayés et les formes d'organisation politique étrangères (principautés et autres duchés) déjà condamnées. Le premier empire, puis l'expansion coloniale du XIXe, sauteront aisément le pas et dépasseront le cadre national pour proposer d'étendre un empire raisonnable sur tous les territoires qui accepteraient, volens nolens, d'être illuminés. Le territoire n'est donc plus une réalité traditionnelle mais une contingence historique : la France est un projet salvateur de l'humanité, et ses frontières ne sont pas tant celles qu'un long usage a plus ou moins consacrées, au hasard des guerres et des alliances, que le théâtre administratif de son gouvernement éclairé; mieux, ses peuples ne sont pas forcément ceux qui résident en ces territoires mais la collection des individus qui adhèrent au projet républicain. On pourrait bien sûr examiner la xénophobie évidente des révolutionnaires et de leurs épigones de plus en plus lointains : c'est oublier que la nation est d'abord un projet purement contractualiste, et que la destruction des Français et les massacres opérés par les armées révolutionnaires et impériales sont d'abord des opérations politiques nécessaires d'épuration. Ce que proclame la République nouvelle, c'est l'abolition de tous droits préexistants à ceux qu'elle reconnaît : les frontières n'ont pas d'existence, le vocabulaire n'est pas fixé, les langues doivent disparaître, les coutumes s'abolir, les êtres se réincarner en d'autres eux-mêmes, transfigurés par la foi républicaine, transmutés de sujets en citoyens, etc.

Tout est déjà là qui animera toute la vie politique française : ne jamais réellement reconnaître au passé la moindre valeur que celle qui, ponctuellement, permet de légitimer la disparition de tout ce qui n'est pas purement républicain toutes traditions (des manières.de se tenir à table aux dogmes du catholicisme, de l'enseignement du latin au maintien d'une armée confondues dans une même détestation.

Et cette exigence d'adaptation permanente n'a jamais quitté la pensée des républicains qui ont gouverné la France et son empire - et encore moins les intentions de ceux qui ont jeté la France, logiquement, et avec ferveur, sur la voie de l’européanisation et de la mondialisation. La république française veut que chacun porte le projet républicain le règne universel d'un individu parfaitement égal à tous les autres, absolument indifférencié, quitte à être perpétuellement redéfini et requis d'adhérer à sa redéfinition, sous peine d'être… au mieux exclu, au pire éliminé. Le rêve réel de la République française n'est pas l'empire mondial qu'elle régenterait mais la dissolution absolue dé la France une fois obtenue l'unanimité planétaire. Cas unique, et prodigieux d'un régime qui ne poursuit que son anéantissement et ne consent à exister que comme moyen subordonné à sa cause.

« Le rêve réel de la République est la dissolution de la France »

Le pur et délirant amour d'une humanité théorique conduit ainsi la France républicaine, aujourd'hui, à nier les genres après avoir aboli ses frontières, renoncé à sa monnaie, abandonné sa législation, dissous son peuple, détruit sa religion, bref réalisé la tabula rasa la plus radicale qui soit, en pouvant avec orgueil mettre en avant qu'elle n'en tire réellement aucun profit, sinon d'être encore et toujours le phare d'une humanité nouvelle. La République française n'est ni une tyrannie, ni un totalitarisme, ni un absolutisme - même si elle en a tous les traits roides, intolérants et brutaux elle est ce régime singulier porté par une chimère dont seuls les communistes ont rêvé, l'annihilation de toute différence, au prix de sa propre disparition. Aucun moyen n'est immoral rapporté à cette fin - et la République française s'attache donc à disparaître totalement, et son peuple avec elle. Héroïque vertu.

Hubert Champrun Monde&vie 10 juin 2015 n°909

vendredi 27 janvier 2017

« L’idéologie des droits de l’homme »




Émission de Thibaut de Chassey, diffusée en direct sur Radio Courtoisie le 19 janvier 2017, avec :
le père Louis-Marie, du couvent dominicain d’Avrillé (49), et de la revue Le Sel de la terre.
Jean-Louis Harouel, docteur en droit et agrégé d’histoire du droit, professeur émérite d’histoire du droit à l’Université Paris Panthéon-Assas, auteur notamment des Droits de l’homme contre le peuple, de La grande falsification et de Revenir à la nation.
Ont aussi été évoqués : le dernier numéro de L’Héritage, « revue d’études nationales », qu’on peut se procurer en ligne ici, et dont on peut consulter le site ici.
Le livre de Jean Madiran : Les droits de l’homme DHSD.
A voir aussi, sur la question : L’apothéose humaine, de l’abbé Rioult.
Vous pouvez écouter la radio en direct sur son site ou sur la bande FM :
À Paris et en Ile-de-France : 95,6 Mhz et DAB+ (canal 6D) | Caen, 100,6 | Chartres, 104,5 | Cherbourg, 87,8 | Le Havre 101,1 | Le Mans, 98,8. Sur les bouquets satellite Canalsat (canal 199 pour la mosaïque des radios et canal 641 pour l’accès direct à Radio Courtoisie) et TNTSAT. 
http://www.contre-info.com/lideologie-des-droits-de-lhomme |

lundi 17 octobre 2011

Des droits contre l’homme


On trouve dans les déclarations de 1789 et de 1948 des articles qui sont l'aboutissement d'une tradition de jurisprudence. Ce que nous condamnons, c'est la fausse conception de l'homme dans laquelle ces articles se trouvent insérés et qui a inspiré quelques autres articles réellement condamnables.
L'exemple d'une déclaration des droits avait été donné dès 1778 par les auteurs de la Déclaration d'indépendance des États-Unis, mais au moins désignaient-ils Dieu comme l'auteur des droits inaliénables. Les Constituants français de 1789, eux, se sont contentés dans le préambule de placer leur déclaration « en présence et sous les auspices de l'Être suprême », ce qui ne les engageait à rien…
Libres et égaux…
L'article 1er est sot : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Maurras l'a fait remarquer : l'homme laissé libre, donc seul, en venant au monde n'aurait aucune chance de vivre. La naissance est un beau spectacle d'autorité nécessaire et d'inégalité protectrice. D'ailleurs, liberté et égalité sont un couple impossible : là où la liberté est illimitée, les forts écrasent les faibles ; là où l'égalité règne, il faut obliger tout le monde à passer sous la même toise…
La déclaration de 1948 corrige très légèrement cette conception abstraite de l'individu. Elle remplace « hommes » par « êtres humains » (art. 1). Ils ont donc un être et ne sont plus de simples atomes, ils ont une « dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine » (préambule). Mais leurs « droits égaux et inaliénables » sont, dans l'énoncé, juxtaposés à cette dignité ; ils ne sont pas explicitement fondés en elle. Donc on est toujours dans l'individualisme comme en 1789.
Le conflit institutionnalisé
L'article 2 de 1789 est un brûlot : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. » C'est du pur Rousseau : chacun est sur terre pour y chercher sa satisfaction personnelle, il ne doit obéir qu'à lui-même, donc ne se lier à la société que dans la mesure où il y trouve son intérêt, selon les termes d'un “contrat social”. Les droits dits « de l'homme et du citoyen » doivent être compris comme ceux du citoyen en tant qu'homme, non ceux de l'homme en tant que citoyen. Car “l'Homme”, dans la nation, n'est plus héritier (débiteur), mais créancier (sujet de droits).
Le rôle de l'État devient alors de conserver à tous cette possibilité pour chacun de ne vivre que pour et selon soi. Il sort ainsi de sa mission traditionnelle qui est de gérer le bien commun par-dessus les biens particuliers, et toute question politique ou sociale se trouve posée en termes de droits, donc dans un climat conflictuel. Résultat : des lobbies peuvent s'organiser pour paralyser l'État. Sans compter qu'une société où tout est droits voit se multiplier les déprimés, les aigris, les névrosés, ceux pour qui toute malchance est une injustice. Allons plus loin : comment une société fondée sur le droit de vivre chacun pour soi peut-elle faire comprendre aux immigrés que s'intégrer à une nation, cela se mérite ?
Vient ensuite (toujours en 1789) la liste des « droits ». D'abord la liberté, posée sans complément, donc comme un absolu. C'est oublier que la liberté ne vaut que par l'usage que l'on en fait. De cet oubli découle la mise sur le même plan de « toutes les opinions ». (« Mêmes religieuses », précise l'article 10, comme si la religion n'était rien de plus qu'une opinion !… La Terreur n'était pas loin.)
Suivent, entre autres droits, la liberté de parler et d'imprimer, puis la propriété, tous droits mieux garantis par le Décalogue (Tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas...) que par une déclaration qui en est la caricature. Déclarer la propriété comme un droit absolu, et non par rapport au bien commun, donc sans responsabilités sociales, est source de graves conflits.
La liberté selon la déclaration de 1948 est apparemment plus réaliste. Elle parle des droits de la famille (art. 16), du droit des parents de choisir le genre d'éducation pour leurs enfants (art. 26), mais ce même article dit que l'éducation doit former au respect des Droits de l'Homme, ce qui n'est pas une garantie contre une école étatique imposant son idéologie.
Quant à la liberté de religion et de culte, fondée sur le droit individuel, elle est plus celle de « changer de religion » (art. 18) que celle de rester ferme dans sa foi envers et contre tout. Cet article peut aussi bien être invoqué pour réclamer la liberté du culte que pour obliger un peuple à renoncer à toute référence religieuse. On comprend pourquoi les États communistes n'ont jamais eu de difficulté à adopter les fameux Droits de l'Homme…
Le lit d'Hitler
Signalons en outre que la déclaration de 1948 énonce le « droit à la vie » (art. 3), juste avec le droit à la liberté et à la sûreté de la personne, mais là encore dans un contexte individualiste, ledit droit à la vie peut tout aussi bien servir à défendre l'enfant à naître qu'à ériger la vie elle-même en un droit dont on peut user à sa guise, voire en décidant pour soi-même ou pour les autres à partir de quand la vie commence ou cesse de mériter d'être vécue. Quand le droit à la vie est égal au droit à la liberté, donc fermé à toute référence transcendante, la qualité de la vie prend le pas sur le sens de la vie, et cette vie n'est plus protégée réellement contre l'avortement, l'euthanasie, et toute forme d'eugénisme.
Venons-en à l'article 3 de la déclaration de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Un chef-d'oeuvre d'abstraction démentielle. Attention, ce texte n'a rien de “souverainiste” : quand le peuple est souverain, la nation n'est pas comprise comme la communauté historique de destin, elle est le peuple en corps dressé face au roi qui en août 1789 n'en était déjà plus la tête. De la très rousseauiste « volonté générale » (art. 6) massifiée, tout doit “émaner”.
Alors, tout reposant sur l'individu, il faut détruire ou affaiblir les organismes naturels (familles, paroisses, corporations, provinces qui encadraient l'individu) pour ne plus laisser subsister que l'État, centralisateur à outrance, seul habilité à définir la liberté. Cela afin que chacun, n'ayant plus de lien particulier, puisse être “vertueux” et se fondre dans la volonté générale. Déconnecté des forces vives où il puisait sa sève, le citoyen a dès lors vocation à être interchangeable, et bientôt “mondialisé”.
Le joug collectif
Écrasant ainsi les individus concrets sous le joug d'une entité collective, cet article 3 a été dès 1792 une machine de guerre contre tout pouvoir ne venant pas d'en-bas (le roi, les prêtres, les nobles, les pères de famille).
L'article 6 allait dans le même sens en accordant les dignités à des citoyens « sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » : comme aucune transcendance n'est plus reconnue pour juger des critères de la “vertu” ou de la pureté de tel individu ou groupe, cela peut déboucher sur une espèce de république des purs ou des génies, voire sur le culte du surhomme et de la race supérieure, comme sur toutes formes de populicides. Car la “volonté générale” peut facilement devenir celle des purs, de ceux qui se sont le plus dépouillés d'eux-mêmes pour coller à l'idéologie du moment. Des bourreaux de la Vendée à Hitler, les Droits de l'Homme ont déjà une morbide postérité.
La déclaration de 1948 se contente de remplacer « volonté générale » par « volonté du peuple » (art. 21), et de préciser qu'il faut des élections libres… Elle ne corrige rien de fondamental. Disons même qu'elle sacralise à outrance les Droits de l'Homme, devenus « la conscience de l'humanité », « l'idéal commun à atteindre par tous les peuples » (préambule) . Donc une super-religion qui n'a rien d'une chance pour l'avenir du monde…
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 4 au 17 décembre 2008

mercredi 6 avril 2011

Des droits contre l’homme

On trouve dans les déclarations de 1789 et de 1948 des articles qui sont l'aboutissement d'une tradition de jurisprudence. Ce que nous condamnons, c'est la fausse conception de l'homme dans laquelle ces articles se trouvent insérés et qui a inspiré quelques autres articles réellement condamnables.
L'exemple d'une déclaration des droits avait été donné dès 1778 par les auteurs de la Déclaration d'indépendance des États-Unis, mais au moins désignaient-ils Dieu comme l'auteur des droits inaliénables. Les Constituants français de 1789, eux, se sont contentés dans le préambule de placer leur déclaration « en présence et sous les auspices de l'Être suprême », ce qui ne les engageait à rien…
Libres et égaux…
L'article 1er est sot : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Maurras l'a fait remarquer : l'homme laissé libre, donc seul, en venant au monde n'aurait aucune chance de vivre. La naissance est un beau spectacle d'autorité nécessaire et d'inégalité protectrice. D'ailleurs, liberté et égalité sont un couple impossible : là où la liberté est illimitée, les forts écrasent les faibles ; là où l'égalité règne, il faut obliger tout le monde à passer sous la même toise…
La déclaration de 1948 corrige très légèrement cette conception abstraite de l'individu. Elle remplace « hommes » par « êtres humains » (art. 1). Ils ont donc un être et ne sont plus de simples atomes, ils ont une « dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine » (préambule). Mais leurs « droits égaux et inaliénables » sont, dans l'énoncé, juxtaposés à cette dignité ; ils ne sont pas explicitement fondés en elle. Donc on est toujours dans l'individualisme comme en 1789.
Le conflit institutionnalisé
L'article 2 de 1789 est un brûlot : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. » C'est du pur Rousseau : chacun est sur terre pour y chercher sa satisfaction personnelle, il ne doit obéir qu'à lui-même, donc ne se lier à la société que dans la mesure où il y trouve son intérêt, selon les termes d'un “contrat social”.
Les droits dits « de l'homme et du citoyen » doivent être compris comme ceux du citoyen en tant qu'homme, non ceux de l'homme en tant que citoyen. Car “l'Homme”, dans la nation, n'est plus héritier (débiteur), mais créancier (sujet de droits).
Le rôle de l'État devient alors de conserver à tous cette possibilité pour chacun de ne vivre que pour et selon soi. Il sort ainsi de sa mission traditionnelle qui est de gérer le bien commun par-dessus les biens particuliers, et toute question politique ou sociale se trouve posée en termes de droits, donc dans un climat conflictuel. Résultat : des lobbies peuvent s'organiser pour paralyser l'État. Sans compter qu'une société où tout est droits voit se multiplier les déprimés, les aigris, les névrosés, ceux pour qui toute malchance est une injustice. Allons plus loin : comment une société fondée sur le droit de vivre chacun pour soi peut-elle faire comprendre aux immigrés que s'intégrer à une nation, cela se mérite ?
Vient ensuite (toujours en 1789) la liste des « droits ». D'abord la liberté, posée sans complément, donc comme un absolu. C'est oublier que la liberté ne vaut que par l'usage que l'on en fait. De cet oubli découle la mise sur le même plan de « toutes les opinions ». (« Mêmes religieuses », précise l'article 10, comme si la religion n'était rien de plus qu'une opinion !… La Terreur n'était pas loin.)
Suivent, entre autres droits, la liberté de parler et d'imprimer, puis la propriété, tous droits mieux garantis par le Décalogue (Tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas…) que par une déclaration qui en est la caricature. Déclarer la propriété comme un droit absolu, et non par rapport au bien commun, donc sans responsabilités sociales, est source de graves conflits.
La liberté selon la déclaration de 1948 est apparemment plus réaliste. Elle parle des droits de la famille (art. 16), du droit des parents de choisir le genre d'éducation pour leurs enfants (art. 26), mais ce même article dit que l'éducation doit former au respect des Droits de l'Homme, ce qui n'est pas une garantie contre une école étatique imposant son idéologie.
Quant à la liberté de religion et de culte, fondée sur le droit individuel, elle est plus celle de « changer de religion » (art. 18) que celle de rester ferme dans sa foi envers et contre tout. Cet article peut aussi bien être invoqué pour réclamer la liberté du culte que pour obliger un peuple à renoncer à toute référence religieuse. On comprend pourquoi les États communistes n'ont jamais eu de difficulté à adopter les fameux Droits de l'Homme…
Le lit d'Hitler
Signalons en outre que la déclaration de 1948 énonce le « droit à la vie » (art. 3), juste avec le droit à la liberté et à la sûreté de la personne, mais là encore dans un contexte individualiste, ledit droit à la vie peut tout aussi bien servir à défendre l'enfant à naître qu'à ériger la vie elle-même en un droit dont on peut user à sa guise, voire en décidant pour soi-même ou pour les autres à partir de quand la vie commence ou cesse de mériter d'être vécue. Quand le droit à la vie est égal au droit à la liberté, donc fermé à toute référence transcendante, la qualité de la vie prend le pas sur le sens de la vie, et cette vie n'est plus protégée réellement contre l'avortement, l'euthanasie, et toute forme d'eugénisme.
Venons-en à l'article 3 de la déclaration de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Un chef-d'oeuvre d'abstraction démentielle. Attention, ce texte n'a rien de “souverainiste” : quand le peuple est souverain, la nation n'est pas comprise comme la communauté historique de destin, elle est le peuple en corps dressé face au roi qui en août 1789 n'en était déjà plus la tête. De la très rousseauiste « volonté générale » (art. 6) massifiée, tout doit “émaner”.
Alors, tout reposant sur l'individu, il faut détruire ou affaiblir les organismes naturels (familles, paroisses, corporations, provinces qui encadraient l'individu) pour ne plus laisser subsister que l'État, centralisateur à outrance, seul habilité à définir la liberté. Cela afin que chacun, n'ayant plus de lien particulier, puisse être “vertueux” et se fondre dans la volonté générale. Déconnecté des forces vives où il puisait sa sève, le citoyen a dès lors vocation à être interchangeable, et bientôt “mondialisé”.
Le joug collectif
Écrasant ainsi les individus concrets sous le joug d'une entité collective, cet article 3 a été dès 1792 une machine de guerre contre tout pouvoir ne venant pas d'en-bas (le roi, les prêtres, les nobles, les pères de famille).
L'article 6 allait dans le même sens en accordant les dignités à des citoyens « sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » : comme aucune transcendance n'est plus reconnue pour juger des critères de la “vertu” ou de la pureté de tel individu ou groupe, cela peut déboucher sur une espèce de république des purs ou des génies, voire sur le culte du surhomme et de la race supérieure, comme sur toutes formes de populicides. Car la “volonté générale” peut facilement devenir celle des purs, de ceux qui se sont le plus dépouillés d'eux-mêmes pour coller à l'idéologie du moment. Des bourreaux de la Vendée à Hitler, les Droits de l'Homme ont déjà une morbide postérité.
La déclaration de 1948 se contente de remplacer « volonté générale » par « volonté du peuple » (art. 21), et de préciser qu'il faut des élections libres… Elle ne corrige rien de fondamental. Disons même qu'elle sacralise à outrance les Droits de l'Homme, devenus « la conscience de l'humanité », « l'idéal commun à atteindre par tous les peuples » (préambule) . Donc une super-religion qui n'a rien d'une chance pour l'avenir du monde…
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 4 au 17 décembre 2008

mardi 7 octobre 2008

Un Livre noir sur une période rouge

Il y eut un (remarquable) Livre noir du communisme rédigé sous la direction de Stéphane Courtois. Il y a maintenant un Livre noir de la Révolution française. La logique historique eût préféré que le second précédât le premier puisque l'on sait que Lénine s'inspira de la répression contre la Vendée pour ses méfaits en Russie. Mais l'idée de Livre noir étant excellente, elle a inspiré ce second ouvrage et c'est tant mieux.
NÉGATIONNISME ?
Ce livre a suscité polémique et mépris chez l'adversaire, qui n'hésite pas à crier au "négationnisme" bien que d'impeccables démocrates comme Jean Tulard, Emmanuel Le Roy Ladurie ou Mickaël Bar-Zvi y aient apporté leur contribution. Il a donc touché juste. Le mythe de la bienfaisante révolution prend sa claque. Le si consensuel René Rémond qui déclarait dans Les Droites en France : « Les réformes sociales de 1789 et le gouvernement parlementaire, bon gré mal gré, c'est là ce qu'on appelle une civilisation », avait tout faux. Nous le savions mais ce livre à plusieurs plumes mesurées, historiques et littéraires, le redit avec des arguments-massues pris dans les faits, les déclarations, les bilans des morts et des exils. Ce fut même le contraire d'une civilisation c'est-à-dire le retour à la barbarie. Paul Augustin d'Orcan cite Nietzsche : « Il est des rêveurs politiques et sociaux qui dépensent du feu et de l'éloquence à réclamer un bouleversement de tous les ordres, dans la croyance qu'aussitôt le plus superbe temple d'une telle humanité s'élèverait, pour ainsi dire, de lui-même. Malheureusement, on sait par des expériences historiques que tout bouleversement de ce genre ressuscite à nouveau les énergies les plus sauvages, les horreurs et les excès des âges reculés : que par conséquent un bouleversement peut bien être une source de force dans une humanité exténuée, mais ne peut jamais servir d'ordonnateur, d'architecte, d'artiste, de perfecteur de la nature humaine. » C'est plutôt une époque qui, « de viols d'innocentes en cannibalisme, d'ambulantes expositions de bustes sanguinolents en brandissement de gonades, exprime au nom des "droits de l'homme" les instincts les plus immondes. »
Une première partie présente les faits comme l'excellente étude sur le massacre du 10-Août par notre ami Ghislain de Diesbach. Texte particulièrement douloureux car il relate l'effroyable faiblesse de Louis XVI désarmant ses Suisses et livrant aux sauvages cette unité d'élite justement présente pour le protéger et dans laquelle on trouve bien sûr deux Diesbach, Hubert et Romain. Quand les descendants de ces victimes demandèrent en 1992 une messe à Notre-Dame de Paris, cela leur fut refusé. Elle eut lieu aux Invalides. Il ne fallait pas fâcher les thuriféraires de la révolution. Encore une lâcheté qui se paiera un jour car toutes les lâchetés se paient.
Autres études : celle de Jean de Viguerie sur la persécution antireligieuse, celle pleine d'humour de Pierre Chaunu sur la sécularisation des biens d'Eglise citant Jean de Viguerie ; « C'est à Talleyrand, sans honneur et sans vergogne, qu'appartient la honte d'avoir proposé le 10 octobre que, pour se donner les moyens de faire face à ses créanciers, l'Etat s'appropriât l'énorme richesse constituée par les biens du clergé. Ce qui implique, pour que l'opération soit rentable, que l'on vole, au profit des créanciers privilégiés, éventuellement pousse-au-crime des villes, Dieu, les enfants, les pauvres et les malades. »
DÉSHONORER L'ADVERSAIRE
Mais quel habillage juridique allait-on trouver pour justifier l'abolition du droit de propriété que les députés venaient de déclarer inviolable et sacré ? Tout rapprochement avec d'autres vols, maquillés en droits, à d'autres périodes révolutionnaires, comme en 1944-45, est permis et même conseillé. La même hypocrisie masque les mêmes appétits. Le droit révolutionnaire est abordé parfaitement par Xavier Martin. Un prêtre signe un article profond sur « Liberté, Egalité, Fraternité » ou l'impossibilité d'être fils si l'on ne se reconnaît plus de père puisqu'on l'a exécuté sur terre comme au ciel. Dû à Tancrède Josseran, un article sur la Royale, anéantie en pleine gloire et suprématie, rappelle avec justesse - et beaucoup d'humour là - aussi - que la démocratie révolutionnaire à bord des navires les mène sur les récifs ou à la défaite. « Cet esprit de corps, cet élitisme insupportable heurtaient de front les principes égalitaires de 1789. La Révolution va s'acharner à détruire, niveler, araser par tous les moyens. Les marins détonnaient par leur genre de vie, leurs habitudes, leur code de l'honneur. Ils formaient un univers bien à part en marge de la société. Les idées abstraites ne pouvaient que dérouter les gens de mer habitués à penser et agir en fonction de réalités bien concrètes. Car jusqu'à nouvel ordre les éléments déchaînés ne plient que rarement face à l'idéologie. »
Le sac des bibliothèques donne aussi un éclairage très signifiant sur l'époque. Sous la monarchie, le clergé, les aristocrates, quelques bourgeois ont des bibliothèques immenses couvrant tous les sujets. Il y a certes un enfer mais les livres existent. A la Révolution, ces bibliothèques sont volées et tout ce qui ne correspond pas à la doxa est brûlé, comme dans tout bon régime totalitaire qui se respecte.
Dans un article remarquable, Reynald Secher insiste sur le mémoricide des guerres de Vendée et cite une lettre rédigée par sept conventionnels désespérés de la tournure des événements en faveur des Blancs et qui indique le tactique à appliquer à tout prix pour gagner : « Il faut tout sacrifier pour mettre l'opinion de notre côté. Il faut supposer que les chefs insurgés ont voulu rompre le traité, se créer princes des départements qu'ils occupent ; que ces chefs ont des intelligences avec les Anglais ; qu'ils veulent leur offrir la côte, piller la ville de Nantes et s'embarquer avec le fruit de leurs rapines. » Tout cela est faux mais qu'importe, il s'agit de discréditer, de déshonorer l'adversaire. Encore un procédé qui fera école en d'autres temps.
La seconde partie offre des portraits d'écrivains peu enclins à admirer cette période, notre patron Antoine de Rivarol, Joseph de Maistre, Balzac, Maurras, Bernanos, Péguy ... D'inégale valeur, certains auteurs ayant des prudences révélatrices. Et la troisième partie, une anthologie de documents d'archives, apporte des richesses implacables.
Il faut remercier le Père Renaud Escande d'avoir fait ce livre et peut-être lui suggérer un second tome tant le sujet est vaste ... et contemporain. Il faut aussi éditer ce Livre noir en livre de poche afin que chaque jeune de France connaisse enfin la vérité.
Un autre ouvrage complète parfaitement ce Livre noir, la dernière étude du Dr Minh Dung Louis Nghiem intitulée Cannibalisme révolutionnaire. Ce médecin connaît bien les révolutions contemporaines. Etudiant à Paris, il n'avait pu rentrer chez lui au Vietnam, anéanti par les Rouges. Après une carrière médicale intense, il se consacre à l'étude du cerveau et aux dommages qu'une certaine musique fait subir au cerveau des jeunes qu'elle met en transes et réduit à l'état primitif. Elargissant ses recherches, il se rend compte que les révolutionnaires vivent les mêmes transes, abolissant tous les tabous de la civilisation. Ainsi le délicat Carrier peut-il dire lors de son procès : « Dans le département où j'ai donné la chasse aux prêtres, jamais je n'ai tant ri, éprouvé de plaisir qu'en leur voyant faire leurs grimaces en mourant. »
Et le charmant Marat de déclarer pour sa part : « Quand un homme manque de tout, il a le droit d'arracher à un autre le superflu dont il regorge. »
Le Dr Nghiem voit la révolution comme un immense défoulement qui ramène l'homme à l'état de mauvais sauvage. Et son diagnostic nous semble assez exact : « La civilisation, construite par l'homme en plusieurs dizaines de siècles, se défait inéluctablement, en passant d'abord par la destruction des lois naturelles de la politique (royauté d'un Fils du Ciel, père du peuple) en 1789 puis des lois naturelles de l'économie, par la victoire du communisme, en 1917. Enfin des lois naturelles des mœurs en mai 1968 avec l'exaltation du sexe par la victoire des doctrines psychanalytiques. Toutes ces péripéties ont permis à l'homme de se dénuder progressivement des constructions de ses ancêtres. Et bientôt déchirant le dernier "blue-jean ", il ne nous restera que des "strings" et des étuis péniens. » Et l'on pourra tranquillement revenir à l'état de nature en s'ensauvageant, mais sans devenir pour autant de Bons Sauvages.
Anne Brassié Rivarol du 13 juin 2008
Le Livre noir de la révolution française. Editions du Cerf. 882 pages, 44 €. Cannibalisme révolutionnaire par L. Nghiem. Editions de Paris. 160 pages, 15 €.